La vie de saint Benoît

au livre II des Dialogues de saint Grégoire le Grand

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Cette traduction a été effectuée en l'honneur du 75ème anniversaire de la fondation bénédictine de Suisse Romande. Le R.P. Abbé André KOLLY, O.S.B. en est le troisième Abbé, après Dom Bonaventure SODAR et Dom Raymond CHAPPUIS.

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Dialogues du Pape saint Grégoire le Grand

sur les miracles des Pères d'Italie.

 

Le pape saint Grégoire le Grand vécut de 540 à 604. Il est docteur de l'Eglise, sa fête a lieu le 3 septembre. Né à Rome dans une famille patricienne, il devint préfet de la ville. En 575, ayant renoncé à ses charges et à sa fortune, il devint moine et se retira dans un monastère qu'il fonda et établit sous la règle bénédictine. Après une ambassade à Byzance pour le compte du pape Gélase II, il fut élu pape et eût à organiser la défense et l'organisation de Rome lors de l'invasion des lombards ainsi qu'à négocier avec eux, pour éviter un plus grand malheur à la ville. Ce fut lui qui envoya saint Augustin de Cantorbéry en Grande-Bretagne pour évangéliser ce pays. Il tourna l'Eglise vers les jeunes nations barbares qui s'étaient implantées dans les ruines de l'ancien empire Romain d'Occident. On doit à saint Grégoire de nombreuses lettres, homélies, dialogues et traités de pastorale. Il est à l'origine d'une réforme liturgique et le chant dit "grégorien" porte son nom.

Il nous a rapporté la vie de saint Benoît de Nursie (480-547) au livre II de ses dialogues sur les miracles des pères d'Italie, dont on trouvera ci-après une traduction.

 

 


 
 

Extrait de l'introduction

 

1. Un beau jour, alors que je me sentais oppressé par le tumulte des affaires séculières, car nous sommes bien forcés de nous y plonger pour les résoudre, ce qui, certes, ne relève pas du devoir de notre charge, je me retirai dans un endroit secret confident de mes peines, où tout ce qui me déplaisait dans mes occupations m'apparaîtrait ouvertement, et où toutes les affaires qui m'infligent une continuelle douleur pourraient librement se rassembler devant mes yeux.

2. J'étais là depuis longtemps, assis et prostré dans mon silence : arrive alors mon très cher fils le diacre Pierre ; depuis la fleur de sa jeunesse, il s'est attaché à moi comme à sa famille, par des liens amicaux, et il est devenu mon compagnon pour scruter la parole sacrée. Voyant que mon cœur se consumait de tristesse, il me dit : "Est-il donc arrivé quelque chose de nouveau, que tu sois tenaillé par le chagrin plus qu'à l'ordinaire ?"

3. A quoi je répondis : cette peine, Pierre, dont je souffre quotidiennement m'est toujours ancienne par un long usage, et toujours nouvelle parce qu'elle augmente.

6. Parfois, pour augmenter encore ma douleur, me revient en mémoire la vie de ceux qui ont quitté de tout leur cœur le siècle présent : regardant le sommet où ils sont parvenus, je prends encore davantage conscience des bas-fonds où je gis. La plupart ont plu à leur Créateur en menant une vie retirée, et pour que l'usure des affaires humaines ne ternisse pas leur fraîcheur d'âme, le Dieu tout-puissant n'a pas voulu qu'ils soient employés aux labeurs de ce monde.

7. Mais maintenant, je me ferai mieux comprendre si je distingue questions et réponses en mettant devant le nom de chacun.

Pierre : Je n'en connais pas beaucoup en Italie dont la vie ait brillé par les miracles.

8. Grégoire : Si je me contentais de raconter les seuls exemples d'hommes parfaits et éprouvés que moi, pauvre petit homme, j'ai appris de témoins bons et fidèles, le jour tomberait, je pense, avant que ne cesse mon récit.


 
 
Livre second

De la vie et des miracles du saint Abbé Benoît

 

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Saint Benoît de Nursie (480-547).

Détail du devant d'autel doré de la cathédrale de Bâle (XIe S.). Il fut commandé par le saint Empereur Romain Germanique, Henri II, suite à une guérison d'un calcul rénal au Mont-Cassin. Cet antépendium était primitivement destiné au Mont-Cassin, mais diverses circonstances politiques et financières, firent qu'il resta dans la cathédrale de Bâle. Après la Réforme et la division d'une partie de l'ancienne principauté épiscopale en deux cantons,  Bâle-ville et  Bâle-campagne, cette pièce du trèsor de la cathédrale fut vendue par le demi-canton de Bâle-Campagne, à un antiquaire, puis à un certain colonel Theubet de Porrentruy, au Musée de Cluny à Paris.
L'empereur Henri II est patron des oblats bénédictins.

©Photo RMN-H. Lewandowski
Paris, Musée du Moyen Age Cluny

Introduction ; I - Le vase brisé.; II - La Tentation ; III - Le Vase de verre brisé par un signe de Croix ; IV - De la conversion d'un moine instable ; V- La source jaillie du rocher; VI- L'outil perdu et retrouvé ; VII Son disciple Maur marche sur les eaux ; VIII - Les embûches de Florentius; IX - La pierre soulevée à la prière du Saint ; X - La cuisine en feu ; XI - Un moine enfant tombe d'un mur et se relève aussitôt, indemne. ; XII - Des moines qui avaient mangé hors du monastère. ; XIII - Un pieux laïc se laisse aller à manger en route ; XIV - La supercherie de Totila démasquée. ; XV - Totila (suite) : Prophéties faites à Totila ainsi qu'à l'évêque de Canuse. ; XVI - Benoît et le clerc tourmenté par le démon. ; XVII - Benoît prédit la ruine de son monastère. ; XVIII - Le recel de la fiasque de vin. ; XIX - Le cadeau dissimulé. ; XX- Benoît lit des pensées d'orgueil dans le cœur d'un religieux. ; XXI - Les sacs de farine trouvés devant le monastère. ; XXII - Consignes données en songe pour la construction du monastère de Terracine. ; XXIII - Les deux religieuses excommuniées. ; XXIV - Le jeune moine rejeté hors de terre. ; XXV - Le moine qui voulait toujours sortir du monastère. ; XXVI - Le serviteur guéri de la lèpre. ; XXVII - Miracle des pièces d'or en faveur d'un débiteur et guérison d'un homme empoisonné. ; XXVIII - La bouteille d'huile jetée sur les rochers. XXIX - Le tonneau se remplit d'huile.; XXX - Le démon chassé par un soufflet ; XXXI - Le paysan libéré du Goth Zalla ; XXXII - L'enfant ressuscité ; XXXIII - Le ciel vient au secours de sainte Scholastique pour empêcher Benoît d'interrompre un entretien. ; XXXIV - La Montée au ciel de e Scholastique ; XXXV - Vision du monde dans un seul rayon de lumière ; XXXVI - La Règle des moines ; XXXVII - Son départ de ce monde et les signes qui l'accompagnent. ; XXXVIII - Une pauvre femme guérie dans la grotte de saint Benoît.

Appendice: Extrait du Livre III, chapitre XVI - L'ermite Martin et saint Benoît.

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Introduction

 
1. Il y eut un homme de sainte vie, Benoît, béni par la grâce et par le nom. Dès le temps de sa jeunesse, il portait en lui un cœur digne de celui d’un vieillard : dépassant son âge par ses mœurs, il ne livra son âme à aucune jouissance, mais alors qu’il vivait encore sur cette terre et qu’il avait la possibilité d’en user librement pour un temps, il méprisa d’emblée le monde avec sa fleur comme un sol aride. Issu d’une très bonne famille libre de la province de Nursie, on l’envoya à Rome pour s’y livrer à l’étude libérale des lettres. Mais il s’aperçut que c’était l’occasion pour beaucoup de tomber dans l’abîme des vices : aussi – pour ainsi dire – à peine avait-il mis les pieds dans le monde qu’il les retira, de peur que, pour avoir pris quelque contact avec ladite science, il ne soit en contrepartie précipité tout entier dans l’abîme. Méprisant donc l’étude des lettres, il se mit en quête d’un genre de vie sainte. Aussi se retira-t-il, savamment ignorant et sagement inculte.

2. Je n’ai pas pris connaissance de toutes ses actions, mais le peu que je raconte, je le tiens de quatre de ses disciples : Constantin, un saint homme, qui lui a succédé dans le gouvernement de son monastère, Valentinien qui, pendant de longues années, fut à la tête de celui du Latran, Simplicien qui fut le troisième à diriger la communauté après lui ; Honorat, enfin, qui gouverne encore le petit monastère où il vécut tout d’abord.
 
 

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I - Le vase brisé.

 

1. Ayant donc abandonné l’étude des lettres, il avait décidé de gagner le désert, et sa nourrice qui l’aimait passionnément fut seule à le suivre. Comme ils étaient arrivés à un endroit qu’on appelle Effide et que plusieurs personnages fort honorables les retenaient charitablement, ils séjournèrent dans l’église saint Pierre. La dite nourrice ayant demandé à ses voisines un crible pour purifier le grain, elle le laissa imprudemment sur la table : il vint à tomber, se brisa, et le voilà en deux morceaux ! A son retour, dès qu’elle le vit dans cet état, la nourrice se mit à pleurer à chaudes larmes en voyant que le crible qu’elle avait emprunté était maintenant brisé.

2. C’est alors que Benoît, qui était un enfant religieux et dévoué, voyant sa nourrice en larmes, fut ému de compassion : il emporta les morceaux du crible et se mit à prier en pleurant. Sa prière achevée, il se releva et découvrit à ses côtés le vase en bon état au point qu’on ne pouvait y voir aucune trace de l’accident. Alors aussitôt, il consola sa nourrice avec tendresse et lui remit en bon état le crible qu’il avait emporté en morceaux. La chose fut connue de tout le monde dans le pays et elle suscita une telle admiration que les gens du coin accrochèrent l'objet à l’entrée de l’église afin que tous, présents et à venir, apprennent à quel degré de perfection se trouvait le jeune Benoît, à peine avait-il reçu la grâce de conversion.

Pendant bien des années, l’objet demeura là, sous les yeux de tous, suspendu à l’entrée de l’église, et cela jusqu’à l’époque des Lombards.

3. Mais Benoît, plus désireux de souffrir les maux du monde que ses louanges, de se fatiguer dans les travaux de Dieu plus que d’être promu aux faveurs de cette vie, quitta sa nourrice en secret et gagna une retraite située dans un lieu désert appelé Subiaco à quelques 40 milles de Rome : de là émanent des eaux fraîches et transparentes lesquelles, grâce à leur abondance, forment au début un grand lac qui, à la fin, poursuivent leur chemin en rivière.

4. Alors que dans sa fuite, il était parvenu à cet endroit, un certain moine, du nom de Romain le découvrit en train de marcher et lui demanda où il allait. Ayant pris connaissance de son désir, d’une part il garda le secret, d’autre part il lui accorda son aide, lui donnant l’habit de sainte vie et lui rendit tous les services qu’il était en droit de lui rendre. Parvenu à ce lieu, l’homme de Dieu, quant à lui, gagna une grotte très exiguë où, pendant trois ans, il demeura inconnu des hommes, à l’exception du moine Romain.

5. Ce Romain vivait non loin de là dans un monastère sous la règle du Père Adéodat, mais il dérobait pieusement des heures aux yeux de son Père, et le pain qu’il pouvait soustraire à sa propre portion, il le portait, certains jours, à Benoît. Il n’y avait pas de chemin de la grotte au monastère de Romain, car un rocher très élevé la surplombait. Cependant, du haut de ce rocher, Romain avait l’habitude de descendre le pain à l’aide d’une très longue corde sur laquelle il avait mis une petite sonnette attachée par une ficelle afin qu’en entendant la clochette, l’homme de Dieu soit averti que Romain lui apportait du pain : alors il sortait pour le prendre. Mais l’antique ennemi, jaloux de la charité de l’un et du repas de l’autre, voyant un jour qu’on faisait descendre le pain, jeta une pierre et brisa la sonnette. Romain cependant n’en continua pas moins de le servir en usant de moyens adéquats.

6. Mais le Dieu tout-puissant résolut désormais que Romain se reposerait de son labeur et que la vie de Benoît serait offerte en exemple aux hommes afin que brille la lumière posée sur le chandelier pour tous ceux qui sont dans la maison : Il daigna apparaître en vision à un prêtre qui demeurait un peu plus loin et Il lui dit : " Toi, tu te prépares un délice et mon serviteur, en ce lieu, est torturé par la faim ". Il se leva incontinent, en cette même solennité de Pâques, avec les aliments qu’il s’était préparés, il se dirigea vers l’endroit et se mit en quête du serviteur de Dieu à travers les monts abrupts, les vallées encaissées et les terres défoncées ; il le trouva enfin qui se cachait dans la grotte.

7. La prière faite et après avoir béni le Seigneur, ils s’assirent et ils échangèrent de doux entretiens sur la Vie. Après quoi, le prêtre qui était venu dit : " Lève-toi et prenons de la nourriture car c’est Pâques aujourd’hui ". A quoi l’homme de Dieu répondit : " Je sais que c’est Pâques puisque j’ai mérité de te voir ". En effet, demeurant loin des hommes, il ignorait qu’en ce jour, c’était la solennité de Pâques. Mais le vénérable prêtre affirma de nouveau : " En toute vérité c’est aujourd’hui le jour pascal de la Résurrection du Seigneur. Il ne te convient nullement de faire abstinence. Et c’est pour ceci que j’ai été envoyé : pour que nous prenions ensemble les dons que les dons du Seigneur tout-puissant ". Alors, ayant béni Dieu, ils prirent de la nourriture. Et puis, ayant achevé le repas et l’entretien, le prêtre revint à l’église.

8. A la même époque également, des bergers aussi le trouvèrent, se cachant dans la grotte, et comme ils le voyaient couvert de peaux au milieu des fourrés, ils crurent que c’était une bête féroce. Mais ayant reconnu en lui un serviteur de Dieu, beaucoup d’entre eux passèrent d’une mentalité bestiale à la grâce de la piété. C’est pourquoi son nom fut connu dans tout le voisinage, et il advint qu’à partir de ce moment-là, beaucoup se mirent à le fréquenter : on lui apportait de la nourriture pour le corps, et on remportait, sortis de sa bouche, des aliments pour son propre cœur.
 
 

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II - La tentation 

1. Un certain jour, alors qu'il était seul, le tentateur se trouva là. Un petit oiseau noir, vulgairement appelé merle, se mit à voleter autour de sa tête et à insister avec importunité près de son visage à tel point qu'on pouvait le prendre à la main, si du moins le saint homme avait voulu le saisir. Mais, sur un signe de croix, l'oiseau s'en alla. Cependant, l'oiseau parti, il s'ensuivit une telle tentation de la chair que jamais l'homme de Dieu n'en avait connu de si grande. En effet, il avait vu une certaine femme autrefois que l'esprit malin lui ramena devant les yeux de l'âme et la beauté de celle-ci alluma un si grand feu dans l'esprit du serviteur de Dieu que la flamme de l'amour pouvait à peine se contenir dans sa poitrine, et déjà, presque vaincu par la volupté, il songeait quitter le désert.

2. Mais, bien vite, sous le regard de la grâce d'en haut, il revint à lui-même et, avisant tout près de lui un fourré épais d'orties et de ronces, il se dépouilla de son vêtement et se jeta tout nu au milieu de ces épines acérées et dans le feu des orties : s'y étant roulé longtemps, il en sortit le corps tout meurtri et grâce à ces blessures de la peau, il fit sortir de sa chair la blessure de l'âme, car la volupté se traduisit en douleur ; en souffrant d'une brûlure externe, il éteignit celle qui le consumait illicitement à l'intérieur.

3. A partir de ce moment-là, et il en témoignait lui-même à ses disciples, la tentation de la volupté fut à ce point domptée en lui qu'il ne ressentit plus jamais rien de tel. Beaucoup dès lors commencèrent à quitter le monde et s'empressèrent de le prendre pour maître. C'est pour cela d'ailleurs que Moïse prescrit que les lévites soient employés comme serviteurs à partir de 25 ans et plus, et comme gardiens des vases sacrés à partir de 50.

4. Pierre : J'ai bien déjà quelque clarté dans l'esprit grâce au témoignage scripturaire que tu invoques mais je demande une plus complète explication.

Grégoire : Il est clair que dans la jeunesse, Pierre, la tentation charnelle est ardente, mais à partir de 50 ans, la chaleur du corps diminue. Les vases sacrés, ce sont les âmes des fidèles. Lors donc que les élus (de Dieu) sont encore sujets aux tentations, il est nécessaire qu'ils servent, soient soumis et se dépensent dans les travaux et les obédiences, mais lorsque l'esprit s'apaise avec l'âge et que la chaleur de la tentation s'éloigne, les voilà gardiens des vases sacrés, car ils deviennent docteurs des âmes.

5. Pierre : Franchement, ce que tu dis est bon, mais puisque tu dévoiles le sens caché du témoignage invoqué, je te prie d'aller jusqu'au bout de ce que tu as commencé concernant la vie de ce juste.
 
 

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III - Le vase de verre brisé par un signe de Croix.

 

1. Grégoire : La tentation s'étant éloignée, l'homme de Dieu, comme dans une terre débarrassée de ses épines, produisit un fruit plus abondant provenant de sa moisson de vertus. C'est pourquoi on célébrait les louanges de sa vie parfaite et son nom devint célèbre.

2. Non loin de là était un monastère : le Père de la communauté venant à mourir, toute la communauté se rendit auprès du vénérable Benoît, lui faisant un devoir de se mettre à leur tête, lequel pendant longtemps différa de leur donner satisfaction en leur opposant son refus et en leur prédisant qu'il ne pourrait s'accommoder de leurs mœurs ni de celles de leurs frères ; mais un jour enfin, vaincu par leurs prières, il leur donna son assentiment.

3. Néanmoins, comme il prenait garde à la vie régulière dans le monastère et qu'il n'accordait licence à personne comme auparavant de poser des actes illicites en déviant à droite ou à gauche du droit chemin, les frères ainsi repris, devenus fous de colère, commencèrent à se faire des reproches mutuels parce qu'ils avaient demandé que cet homme soit à leur tête, car il était clair que leur vie tordue venait buter contre ses normes de droiture. Et comme ils voyaient qu'avec lui l'illicite n'était plus licite, qu'ils s'affligeaient d'abandonner leurs habitudes et qu'enfin il était dur pour un esprit vieilli d'être contraint d'envisager la nouveauté, car la vie des bons est toujours un poids pour les dépravés, ils s'appliquèrent à rechercher ensemble un bon moyen pour le faire mourir.

4. Lesquels, ayant tenu conseil, mélangèrent du poison au vin. Et comme le récipient de verre contenant ce funeste breuvage avait été présenté au père qui se mettait à table afin qu'il le bénisse selon la coutume du monastère, Benoît étendant la main fit un signe de croix et le récipient qui était tenu à distance se brisa à ce signe : le vase de la mort fut mis en pièces comme s'il avait reçu une pierre au lieu du signe de croix. Benoît comprit tout de suite qu'il avait contenu un breuvage de mort puisqu'il n'avait pu supporter le breuvage de vie, et, se levant aussitôt, avec un visage placide et un esprit tranquille, il s'adressa aux frères qu'il avait convoqués en leur disant : "Que le Dieu Tout-puissant ait pitié de vous, frères! Pourquoi avez-vous essayé de perpétrer une telle chose à mon endroit ? Ne vous avais-je pas dit dès le début que vos mœurs ne pourraient s'accommoder avec les miennes ? Allez donc et trouvez-vous un père selon vos mœurs, car après cela, vous ne pouvez plus du tout compter sur moi."

5. Il revint alors au lieu de sa chère solitude et, seul sous le regard de Celui qui voit d'en-haut, il habita avec lui-même.

Pierre : Je ne vois pas très clairement en quoi consiste habiter avec soi-même.

Grégoire : Si le Saint avait voulu continuer à tenir de force sous sa direction des individus unanimes à conspirer contre lui et menant une vie totalement dissemblable avec la sienne, sans doute cela aurait excédé ses forces et bouleversé son genre de vie paisible ; cela aurait détourné l'œil de son âme de la lumière de la contemplation ; en se fatiguant à les corriger, il aurait moins bien veillé sur lui : alors il se serait peut-être perdu lui-même sans pour autant les trouver, eux. En effet, à chaque fois que par une présomption excessive nous sommes tirés hors de nous-mêmes, nous "sommes", mais nous ne sommes pas "avec nous-mêmes", car on ne se regarde plus guère mais on se fourvoie dans ces activités aliénantes.

6. Peut-on dire qu'il était avec lui-même, celui qui est parti vers une contrée lointaine, qui a dévoré la part qui lui était échue, s'est attaché à l'un des concitoyens de l'endroit, a nourri les porcs, les a regardés manger des caroubes et a eu faim ? Mais après un certain temps, il se mit à réfléchir aux biens qu'il avait perdus, et il est écrit de lui : "Faisant retour sur lui-même, il dit : "Nombreux sont les mercenaires dans la maison de mon père qui ont du pain en abondance !" S'il avait déjà "été avec lui", comment serait-il "revenu à lui" ?

7. Si donc j'ai dit que cet homme vénérable avait habité avec lui, c'est parce qu'il veillait sans cesse à sa propre garde, qu'il se voyait toujours sous les yeux de son Créateur, qu'il s'examinait sans cesse lui-même et ainsi il n'a pas avili le regard de son âme en le promenant partout à l'extérieur de lui-même.

8. Pierre : A propos, que dire de l'apôtre Pierre dont il est écrit lorsque l'ange le fit sortir de sa prison : "Revenu à lui, il dit : " Maintenant je sais vraiment que le Seigneur a envoyé son ange et m'a soustrait à la main d'Hérode et à toute l'attente du peuple Juif" ?"

9. Grégoire : Il y a deux façons, Pierre, d'être "conduit hors de soi" : ou bien par l'abaissement de nos pensées nous rétrogradons en-dessous de nous-mêmes, ou bien par la grâce de la contemplation, nous sommes élevés au-dessus de nous. Et ainsi, celui qui a nourri les porcs, par l'égarement de son esprit et la malpropreté de sa vie, est tombé au-dessous de lui-même, mais celui que l'ange a délié et dont il a ravi l'esprit en extase, celui-là s'est bien trouvé "hors de lui", mais c'était "au-dessus de lui". L'un et l'autre sont "revenus à eux", le premier lorsqu'il s'est recueilli dans son cœur en s'éloignant des actions erronées, le second, lorsque, du sommet de la contemplation, il est revenu au sens commun et à son état normal antérieur. Le vénérable Benoît, donc, "habita avec lui" dans sa solitude en ce sens qu'il se maintint lui-même dans le cloître de sa pensée.

10. Pierre : Parfait ce que tu dis ! Mais réponds-moi s'il te plaît : devait-il quitter ses frères une fois qu'il les avait assumés ?

Grégoire : Je pense qu'il faut supporter avec égalité d'âme un groupe de mauvais sujets lorsqu'il s'y trouve quelques-uns de bons qui peuvent être secourus. Mais là où le fruit qu'on peut espérer des bons fait absolument défaut, tout à fait vain est le labeur qu'on entreprendrait, d'aventure, pour ces mauvais sujets surtout si d'autres affaires nous sollicitent à proximité, susceptibles de donner un fruit meilleur pour le Seigneur. Pour lequel d'entre eux le saint homme aurait-il persévéré dans son office de veilleur, alors que tous, comme un seul homme, s'acharnaient contre lui ?

11. Et souvent - on ne doit pas le passer sous silence - il se passe ceci dans l'âme des justes : considérant que leur labeur est infructueux, ils émigrent dans un autre lieu pour y faire un travail qui porte des fruits. Voilà pourquoi, également, ce glorieux héraut de la Bonne Nouvelle qui désirait "mourir et se trouver avec le Christ" et pour qui "vivre c'était le Christ et mourir un gain", qui, non seulement recherchait pour lui-même le combat et ses souffrances mais encore enflammait les autres du désir d'en supporter de semblables, voilà pourquoi, dis-je, cet homme persécuté à Damas et ayant la possibilité de s'évader, se mit en quête d'une corbeille avec une corde et voulu se faire déposer secrètement au pied de la muraille : Dirons-nous que Paul avait craint la mort alors qu'il déclarait la rechercher pour l'amour de Jésus ? En fait, comme il voyait qu'en cet endroit il y avait un maigre fruit pour un grand labeur, il se réserve la possibilité de faire ailleurs un travail fructueux. Le brave combattant de Dieu, se refusant à être circonscrit dans le "cloître" de ces murailles, se mit à la recherche d'un champ de bataille ouvert.

12. Même chose, également pour le vénérable Benoît - et tu le comprendras vite si tu m'écoutes bien - il abandonna, toujours vivant, quelques sujets indociles, pour en relever ailleurs combien d'autres de la mort spirituelle !

Pierre : Que tes dires correspondent à la vérité, cela est évident et le témoignage scripturaire invoqué leur apporte une pleine confirmation, mais, je t'en prie, reviens à la vie d'un tel Père et à la suite de l'histoire.

13. Grégoire : Comme dans cette solitude, le saint homme croissait en vertus et en miracles, beaucoup attirés par lui, se rassemblèrent en ce lieu en vue de servir le Dieu Tout-puissant, si bien qu'il y construisit douze monastères avec l'aide de Jésus-Christ le Seigneur Tout-puissant, dans lesquels il établit douze moines en leur assignant un Père, mais il en garda quelques-uns avec lui, jugeant que sa présence était encore nécessaire pour leur formation.

14. Rapidement, quelques nobles et pieuses personnes de la ville de Rome se mirent à converger aussi vers Benoît et à lui confier leurs fils pour qu'ils soient nourris sous les auspices du Seigneur Tout-puissant. C'est à ce moment-là qu'Euthicius confia son fils Maur et le patricien Tertullus, son fils Placide: des enfants pleins d'espoir. Le jeune Maur, déjà fort d'une bonne éducation, commença à être un auxiliaire pour son Maître, tandis que Placide avait encore l'âge et le tempérament d'un enfant.
 
 

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IV - De la conversion d'un Moine instable.

 

1. Dans l'un des monastères qu'il avait construits tout autour se trouvait un certain moine qui ne pouvait tenir en place au moment de la prière. Mais dès que les frères avaient fait l'inclination pour s'adonner à l'œuvre de l'oraison, aussitôt il sortait dehors et, avec un esprit de vagabondage, il s'occupait de choses terrestres et transitoires. Après avoir été bien souvent admonesté par son Abbé, on l'envoya à l'homme de Dieu qui, à son tour, lui adressa de vifs reproches pour son comportement inepte. De retour au monastère, c'est à peine s'il s'en tint pendant deux jours aux admonestations de l'homme de Dieu, car le 3ème jour, revenant à ses habitudes, il se mit à rôder partout pendant le temps de l'oraison.

2. Comme la chose était rapportée au serviteur de Dieu par ce même homme qu'il avait établi Père du monastère, il dit : "Je viens, moi, et je le corrige par mes soins." Comme il était arrivé au monastère et que, l'heure venue, la psalmodie finie, les frères s'adonnaient à l'oraison, il vit ce moine qui n'avait pu rester à la prière; et voilà qu'un petit noiraud le tirait au-dehors par le bord de son vêtement ! Alors, tout bas, il dit au Père du monastère qui s'appelait Pompeïanus et au serviteur de Dieu Maur : "Est-ce que vous ne voyez pas celui qui tire ce moine-là dehors ?" "Non", répondirent-ils. Il leur dit : "Prions pour que, vous aussi, vous voyiez celui que ce pauvre moine est en train de suivre". Après deux jours de prières, le moine Maur le vit, mais Pompeïanus, le Père de ce monastère, n'y arrivait pas.

3. Le lendemain, l'oraison achevée, l'homme de Dieu, sortant de l'oratoire, trouva le moine dehors : il le frappa avec une verge pour guérir la cécité de son cœur. Le moine à dater de ce jour n'eut plus jamais à souffrir des suggestions du démon qui l'entraînait. Mais il demeura immobile, appliqué à son devoir d'oraison et ainsi l'antique ennemi n'osa plus exercer sa domination sur son esprit : comme si c'était lui-même qui avait été atteint par le coup !
 
 

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V - La source jaillie du rocher

 

 1. Or parmi les monastères qu'il avait construits en cet endroit, il y en avait trois qui étaient situés en hauteur sur des rochers de la montagne et c'était une opération très laborieuse pour les frères que de descendre toujours au lac pour se mettre en devoir de puiser de l'eau, d'autant pus que le flanc abrupt de la montagne constituait un grave danger pour ceux qui les descendaient, non sans crainte. Alors un groupe de frères choisi dans ces trois monastères vint trouver le serviteur de Dieu Benoît et ils lui disent : "C'est laborieux pour nous de descendre chaque jour chercher de l'eau jusqu'au lac et c'est pourquoi il est nécessaire de changer les monastères de place."

2. Il les reçut avec tendresse et les renvoya dûment consolés. La même nuit, avec le brave petit enfant appelé Placide dont j'ai parlé plus haut, il gravit le sommet de cette montagne ; il y pria assez longuement et lorsqu'il eut terminé, il disposa trois pierres à cet endroit pour servir de signe, puis il revint à son monastère à l'insu de tous ceux qui demeuraient là.

3. Comme un autre jour, poussé par la même nécessité, les frères étaient revenus vers lui, il leur dit : "Allez et creusez un peu sur ce rocher où vous trouverez trois pierres superposées : Dieu tout-puissant a le pouvoir de produire de l'eau même au sommet de cette montagne : qu'Il daigne ainsi vous épargner la fatigue d'un tel parcours ?" Ils se rendirent sur le sommet de la montagne dont Benoît leur avait parlé et le trouvèrent suintant déjà de l'eau. Comme ils y faisaient une excavation, elle se remplit aussitôt, et elle sortit en quantité suffisante pour couler en abondance jusqu'à nos jours et pour descendre du sommet de cette montagne jusqu'en bas.

 

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VI - L'outil perdu et retrouvé. 

1. Une autre fois, un certain Goth, pauvre en esprit, vint pour se convertir à la vie monastique et l'homme de Dieu Benoît le reçut très volontiers. Or un certain jour, il ordonna qu'on lui donne un outil en fer, appelé fauchette à cause de sa ressemblance avec une faux, afin qu'il coupe les ronces d'un endroit donné où on devait faire un jardin. Or, ce terrain que le Goth avait mission de déblayer était situé sur le bord même du lac. Et comme ce même Goth, à cause de l'épaisseur du roncier, y allait de toutes ses forces, le fer, se détachant de son manche, alla voler dans le lac ; or, à cet endroit il y avait une telle profondeur qu'il ne restait plus aucun espoir de le récupérer.

2. Le fer étant donc perdu, le Goth tout tremblant courut trouver le moine Maur pour lui raconter l'accident dont il était l'auteur et il fit satisfaction pour sa faute. Lequel Maur se mit aussitôt en devoir d'informer le serviteur de Dieu, Benoît. Or donc, l'homme de Dieu Benoît apprenant la chose se rendit sur les lieux ; il prit le manche de la main du Goth et le mit dans le lac ; aussitôt le fer remonta des profondeurs et se réajusta sur le manche. Sur-le-champ, il rendit son outil au Goth en lui disant : "Tiens ! Travaille et ne sois plus triste!"  
 

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VII - Son disciple Maur marche sur les eaux.

 

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1. Un certain jour, alors que le même vénérable Benoît se tenait en cellule, ledit Placide, cet enfant attaché à la personne du saint homme, sortit pour puiser de l'eau dans le lac. Tenant son récipient, il eut un geste imprudent en le mettant dans l'eau, et entraîné par ce mouvement, il y tomba lui aussi. Aussitôt, le courant le saisit, l'éloigna du bord et le tira vers le large jusqu'à la distance d'un jet de flèche ! Or l'homme de Dieu, à l'intérieur de sa cellule, eut aussitôt conscience de ce qui s'était passé et appela Maur en toute hâte : "Frère, lui dit-il, cours ! L'enfant qui était allé puiser de l'eau est tombée dans le lac et le courant l'a déjà entraîné fort loin !"

2. Chose admirable et qui ne s'était pas reproduite depuis l'apôtre Pierre ! Voici: la bénédiction ayant été demandée et reçue, Maur, stimulé par l'ordre de son Père gagna cet endroit et, se croyant toujours sur la terre ferme, il continua sa course sur l'eau jusqu'à l'endroit où l'enfant avait été emporté par le courant : il le saisit par les cheveux et revint toujours en courant. A peine eut-il touché terre et repris ses esprits qu'il jeta un regard derrière lui et voici que, ce qu'il n'aurait jamais cru possible, étonné et tout tremblant, il le voyait accompli !

3. De retour chez le Père, il lui rendit compte de cet exploit. Le vénérable homme de Dieu, Benoît, lui, se mit à attribuer la chose non à ses propres mérites mais à l'obéissance de son disciple. Maur, au contraire, disait que c'était dû uniquement à son ordre : il était bien conscient que cela ne venait pas de sa propre vertu puisqu'il avait agi inconsciemment. Mais voici que dans cet assaut d'humilité, réciproque et amical, l'enfant sauvé intervint comme arbitre. Car il disait : "Moi, lorsque j'étais retiré de l'eau, je voyais au-dessus de ma tête la melote du Père Abbé, et j'avais conscience que c'était lui qui me conduisait hors de l'eau."

4. Pierre : Grandioses les choses que tu racontes ! Et dignes de servir à l'édification d'un grand nombre. Pour ma part, ces miracles d'un homme si bon, plus j'en bois, plus j'ai soif !
 
 

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VIII - Les embûches de Florentius

 

1. Grégoire : Comme le feu de l'amour de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ devenait dans cette région, toujours plus fort, toujours plus étendu, comme beaucoup quittaient la vie du siècle et se mettaient sous le joug du Rédempteur, comme, d'autre part, il est courant que les méchants jalousent le bien spirituel des autres, sans vouloir le posséder eux-mêmes, un prêtre de l'église voisine, du nom de Florentius, aïeul de notre sous-diacre Florentius, atteint par la malice de l'antique ennemi, se mit à envier les vaillantes entreprises du saint homme, à vilipender son genre de vie et à barrer la route, autant qu'il le pouvait, à ceux qui venaient le visiter.

2. Puis, voyant qu'il ne pouvait entraver la carrière d'un tel homme, que la renommée de sa vie prenait de l'ampleur, et que sans cesse de nombreux sujets se sentaient appelés à un genre de vie meilleure au seul bruit de ses louanges, les ardeurs de l'envie le consumaient toujours davantage et le rendaient d'autant plus méchant : Les louanges de cette sainte vie, il aurait aimé les recevoir, certes, mais mener une vie digne de louanges, il ne le voulait pas ! Cette jalousie ténébreuse l'aveugla à un tel point qu'il fit parvenir au serviteur du Dieu Tout-puissant un pain farci de poison sous couleur d'offrande bénite ! L'homme de Dieu le reçut avec action de grâce, mais la peste que recelait ce pain n'eut pas de secret pour lui.

3. Or, à l'heure de sa réfection, un corbeau avait coutume de venir de la forêt voisine pour prendre du pain dans sa main. Comme il arrivait donc, selon son habitude, l'homme de Dieu jeta devant lui le pain que le prêtre lui avait fait parvenir et il lui donna cet ordre : "Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, prends-moi ce pain et jette-le dans un endroit tel qu'aucun homme ne puisse le retrouver". Alors, ouvrant la bouche, étendant les ailes, le corbeau se mit à sautiller autour du pain et à émettre de petits croassements comme s'il lui disait en clair qu'il voulait bien lui obéir, mais qu'il ne pouvait accomplir cet ordre. Alors l'homme de Dieu, revenant à la charge lui dit à plusieurs reprises : "Pars, Pars, sois tranquille, jette-moi ça dans un endroit impossible à trouver". Après de longues hésitations, le corbeau se résolut enfin à le prendre dans son bec, il s'envola et s'éloigna. Après un laps de temps de trois heures, le pain ayant été jeté, il revint, et l'homme de Dieu lui donna dans la main sa pitance accoutumée.

4. Or le vénérable Père voyant que ce prêtre brûlait dans son cœur du désir d'attenter à sa vie en éprouva une grande peine, plus pour celui-ci d'ailleurs que pour lui-même. Mais ledit Florentius, voyant qu'il ne pouvait supprimer physiquement le Maître, s'enflamma du désir d'éteindre la vie dans l'âme de ses disciples : c'est ainsi que dans le jardin de la "cella" où résidait Benoît, il leur mit sous les yeux sept filles nues chargées de faire une grande farandole en se tenant la main, allumant ainsi dans leur cœur un désir pervers.

5. Ce que voyant depuis la "cella", et redoutant la chute de ses disciples dont l'âge était encore tendre, comprenant bien d'autre part que tout cela n'était fait que dans le seul but de le persécuter, lui, il céda à une telle jalousie, mit en ordre tous les oratoires qu'il avait bâtis en les plaçant sous l'autorité d'un préposé et en y adjoignant des frères, puis en prenant avec lui un petit nombre de moines, il changea son lieu de résidence.

6. Aussitôt que l'homme de Dieu se fut effacé par humilité devant les procédés de cet homme, le Dieu Tout-puissant frappa celui-ci de façon terrible. En effet, comme ledit prêtre, debout sur son balcon, voyait s'éloigner Benoît et sautait de joie, et alors que tout le reste de la maison restait parfaitement immobile, le balcon sur lequel il se trouvait tomba et l'écrasa dans sa chute : ainsi s'éteignit l'ennemi de Benoît.

7. Le disciple de l'homme de Dieu, appelé Maur, jugea qu'il fallait tout de suite annoncer la chose au Père Benoît, lequel n'était encore qu'à une distance de 10 milles. Il lui dit: "Reviens ! Car le prêtre qui te persécutait s'est éteint !" En entendant cela, l'homme de Dieu Benoît se livra à de grandes lamentations, tant pour la mort de son ennemi que pour l'exultation de son disciple devant la mort de cet ennemi. Il s'ensuivit qu'à son disciple aussi il infligea une pénitence parce qu'en lui annonçant une telle nouvelle, il avait osé se réjouir de la mort d'un ennemi.

8. Pierre : Admirable et stupéfiant tout ce que tu me racontes là ! Car, dans l'eau tirée du rocher, je vois Moïse, dans le fer qui remonte des profondeurs, Elisée, dans la marche sur les eaux, Pierre, et enfin dans les pleurs sur la mort d'un ennemi, David. Au fond je pense vraiment que cet homme était rempli de l'esprit de tous les justes !

9. Grégoire. L'homme de Dieu Benoît, mon cher Pierre, avait reçu l'équivalent de Celui qui est un, lequel, en concédant la grâce de la Rédemption, a rempli le cœur de tous les élus. C'est de Lui que Jean a dit : "Il était la lumière véritable qui illumine tout homme venant en ce monde." Et c'est de lui qu'il est encore écrit : "De sa plénitude, tous, nous avons reçu." En effet les saints hommes de Dieu ont bien pu recevoir les dons puissants du Seigneur mais non le pouvoir de les communiquer aux autres. Le Seigneur par contre a offert les signes de sa puissance à ceux qui Lui sont soumis, tout en promettant à ses ennemis de leur donner le signe de Jonas, de sorte qu'Il daigna mourir devant les superbes, et devant les humbles, ressusciter, d'une part ceux-ci voient de quoi Le mépriser, tandis que ceux-là, en Le vénérant, comprennent qu'ils doivent L'aimer. Duquel mystère, il ressort ceci : tandis que les superbes considèrent sa mort avec mépris, les humbles reçoivent en échange de cette mort, la gloire du pouvoir.

10. Pierre. Dis-moi, je te prie, en quel endroit le saint homme de Dieu émigra après cela, et si, là encore, il s'est signalé par quelques miracles.

Grégoire. En émigrant ailleurs, le saint homme a changé de lieu mais pas d'ennemi. En effet, il eut à supporter par la suite des combats d'autant plus graves qu'il se trouva affronté directement au maître de la malice en personne. Voici les faits : le village fortifié appelé Cassin est situé sur les côtés d'un mont élevé dont le flanc s'élargit pour recevoir ledit village, mais ensuite, sur une distance de 3 milles, il prend de la hauteur et son sommet atteint pour ainsi dire les nuées : il y avait là un très ancien lieu de culte dans lequel dans lequel, suivant une coutume héritée des païens de jadis, Apollon était vénéré par un peuple stupide de rustres. Et tout autour avaient poussés des bois sacrés dans lesquels une masse abrutie d'infidèles s'appliquait, avec force transpiration, à offrir des sacrifices sacrilèges.

11. Arrivant donc à cet endroit, l'homme de Dieu brisa l'idole, culbuta l'autel, coupa les bois sacrés à la base et dans le temple d'Apollon lui-même, il construisit un petit oratoire dédié à saint Martin. De plus, là où se trouvait l'autel du même Apollon, il construisit un petit oratoire à saint Jean. Quant à la multitude qui habitait alentour, par de continuelles prédications, il l'invitait à la foi.

12. Mais cela, l'antique ennemi ne pouvait le souffrir en silence et ce n'est pas qu'en tapinois ou dans un songe qu'il se manifestait, mais dans une claire vision il s'imposait aux yeux de ce Père : En poussant de grandes clameurs, il se plaignait d'être victime de la violence, à tel point que les frères entendaient sa voix bien qu'ils ne vissent nullement son image. Cependant, comme le vénérable Père le disait à ses disciples, l'antique ennemi se montrait à ses yeux de chair sous un aspect parfaitement horrible et tout en feu ; il faisait mine de se jeter sur lui avec une bouche et des yeux enflammés. Cependant, tous entendaient bien ce qu'il disait : Il l'appelait d'abord par son nom, et comme l'homme de Dieu n'avait cure de lui répondre, il éclatait aussitôt en invectives. En effet, lorsqu'à ses cris de "Benoît! Benoît !" il voyait que celui-ci ne donnait aucune espèce de réponse, il ajoutait incontinent: "Maudit ! Non Béni ! (Benoît=benedictus=béni). Pourquoi en as-tu avec moi ? Pourquoi donc me persécutes-tu ?"

13. Mais il faut s'attendre maintenant à de nouveaux combats de l'antique ennemi contre le serviteur de Dieu : Sa volonté était, bien sûr, de lui livrer des batailles, mais c'est contre sa volonté qu'il lui fournit des occasions de victoire.


 
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IX - La pierre soulevée à la prière du Saint.   

Un jour que les frères construisaient les demeures de cette cella, ils trouvèrent une pierre au beau milieu du chantier et ils décidèrent de l'enlever pour servir à la construction. Or, comme à deux ou trois, ils ne pouvaient la remuer, plusieurs autres se joignirent à eux, mais elle demeura immobile comme si elle était retenue à terre par des racines, alors il leur fut donné de comprendre clairement que c'était l'antique ennemi en personne qui s'était assis dessus puisque les mains réunies de tant d'hommes n'arrivaient même pas à la remuer. Devant cette difficulté, on envoya quelqu'un prévenir l'homme de Dieu pour qu'il vienne, qu'il repousse l'ennemi par sa prière et qu'ainsi on puisse soulever la pierre. Il arriva aussitôt, et après avoir fait une prière, il donna sa bénédiction; on souleva la pierre avec la plus grande facilité comme si elle n'avait aucun poids.
 
 

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X - La cuisine en feu. 

Alors il parut bon aux yeux de l'homme de Dieu de creuser la terre à cet endroit, et comme, à force de la creuser, ils arrivaient à une bonne profondeur, les frères y découvrirent une idole de bronze que provisoirement ils jetèrent au hasard dans un coin de la cuisine d'où on vit jaillir un feu : aux yeux de tous ces moines, il semblait évident que la cuisine allait brûler toute entière ; ils jetaient donc de l'eau et s'agitaient comme pour éteindre le feu ; attiré par ce vacarme l'homme de Dieu intervint, mais il constata que ce feu était dans les yeux de ces frères et nullement dans les siens ; alors il inclina la tête pour prier, et s'étant rendu compte qu'ils avaient été joués par un feu purement imaginaire, il les invita à bien regarder avec leurs yeux, à constater que la cuisine était intacte et qu'il n'y avait aucune flamme à voir mais que c'était une fiction de l'antique ennemi.
 
 

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XI - Un moine enfant tombe d'un mur et se relève aussitôt, indemne. 

 

 1. Autre fait du même genre : un jour que les frères surélevaient quelque peu un mur parce qu'il le fallait ainsi pour répondre aux exigences, l'homme de Dieu prolongeait la prière à laquelle il se livrait entre les murs de sa cellule. L'antique ennemi lui apparut alors, l'insulte à la bouche, lui signifiant qu'il allait voir les frères au travail, ce dont l'homme de Dieu s'empressa de les informer au plus vite en leur faisant dire par un messager : "Frères ! Agissez avec la plus grande prudence parce que l'esprit malin est en train de venir vers vous à cette heure même !" Celui qui transmettait cet ordre avait à peine achevé de parler que l'esprit malin renversa le mur qu'on construisait et dans sa chute, il écrasa un moine, un jeune garçon, fils d'un magistrat, qui fut enseveli sous les décombres. Tous en furent attristés et profondément affligés, non pas à cause de la ruine du mur mais à cause de l'écrasement de ce frère. Leur premier souci fut d'avertir au plus vite le vénérable Père Benoît, lui annonçant la nouvelle avec grande douleur.

2. Alors le Père ordonna qu'on lui apporte le corps de l'enfant mis en pièces. Et ils ne purent le porter qu'en le mettant dans un sac parce que l'avalanche de pierres lui avait écrasé non seulement les membres mais aussi les os. L'homme de Dieu ordonna aussitôt qu'on le mette sur la natte de sa cellule là où il avait coutume de prier puis ayant mis les frères dehors, il s'enferma dans sa cellule. Alors il se plongea dans la prière avec plus d'insistance que d'habitude. Et merveille ! A l'heure même, sain et sauf, aussi vaillant qu'avant l'accident, il envoya ce moine reprendre son travail pour que lui aussi achève de construire le mur avec les frères, lui dont le meurtre aurait permis à l'antique ennemi d'insulter Benoît du moins comme il le croyait.
 
 

 

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XII - Des moines qui avaient mangé hors du monastère. 

 

1. Sur ces entrefaites, l'homme de Dieu commença à montrer la puissance de son esprit prophétique, à prédire l'avenir et à révéler aux personnes présentes des choses relatives à ceux qui étaient absents. Par exemple, la coutume voulait que, chaque fois que les frères avaient à sortir pour répondre à une mission quelconque, ils ne pouvaient en aucune façon prendre nourriture ou boisson hors du Prieuré, et ce point de la règle était observé scrupuleusement. Or, il advint un certain jour que des frères sortirent pour répondre à une obédience ; sur quoi ils furent contraints de prolonger leur absence jusqu'à une heure plus tardive que prévue ? Comme ils savaient qu'une femme dévote habitait dans les environs, ils entrèrent dans son logis et ils y prirent leur nourriture.

2. Il était déjà fort tard lorsqu'ils revinrent au Prieuré et ils demandèrent la bénédiction du Père comme de coutume. Celui-ci leur posa directement la question : "Où avez-vous mangé ?" Eux de répondre : "Nulle part !" Et lui de leur dire : "Pourquoi mentez-vous ainsi ? Est-ce que vous n'êtes pas entrés au domicile de telle femme ? Est-ce que vous n'avez pas accepté telle et telle nourriture ? Est-ce que vous n'avez pas bu tant de verres?" Voyant donc que le vénérable Père leur avait (tout) dévoilé : et la visite chez cette femme, et le détail des aliments consommés et la quantité de ce qu'ils avaient bu, ils avouèrent tout ce qu'ils avaient fait et tombèrent à ses pieds, épouvantés, en reconnaissant qu'ils avaient fauté. Mais lui, sans autre forme de procès, leur pardonna tout car, réflexion faite, il se disait qu'ils ne recommenceraient jamais, sachant que, même absent, il restait présent en esprit.
 
 

 

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XIII - Un pieux laïc se laisse aller à manger en route. 

 

1. Encore ceci : Le moine Valentinien dont j'ai parlé plus haut, avait un frère qui était laïc mais religieux de cœur, lequel, pour recevoir la prière de bénédiction du serviteur de Dieu et pour voir son frère, avait l'habitude de venir tous les ans de chez lui au Prieuré en restant à jeun. Or, un beau jour qu'il faisait route vers le monastère, un autre marcheur qui avait des provisions de route se joignit à lui. Comme l'heure avançait et qu'il était déjà assez tard, l'autre lui dit : "Viens, frère, prenons quelque nourriture afin de ne pas tomber de fatigue sur la route." Il lui répondit : "Loin de moi, frère ! Je ne le peux pas car j'ai pris l'habitude d'arriver toujours à jeun chez le vénérable Père Benoît." A ces mots, son compagnon de route se tut pendant un certain temps.

2. Mais ensuite, comme ils avaient encore fait un bout de chemin, il l'invita de nouveau à manger : Il ne le voulut pas puisqu'il avait résolu de venir à jeun. Alors celui qui l'avait invité à manger se tut à nouveau et il consentit à marcher encore un peu avec lui en restant à jeun. Mais comme la route s'allongeait et que l'heure, plus tardive aussi, fatiguait nos marcheurs, ils découvrirent le long de la route, un pré, une source et tout ce qui pouvait leur paraître le plus agréable pour se refaire le corps. Son compagnon lui dit alors : "Voilà de l'eau, voilà un champ ! Quel bon coin pour se restaurer et se reposer un peu afin d'arriver au bout de notre route en pleine forme !" Ces paroles lui chatouillaient agréablement l'oreille et l'endroit avait le don de plaire à ses yeux ; alors, désarmé par cette troisième invitation, il donna son accord et il mangea.

3. C'est donc à une heure "vespérale" qu'il parvint au Prieuré, et ayant été présenté au Vénérable Père Benoît, il lui demanda une prière de bénédiction. Mais aussitôt, le saint homme lui reprocha ce qu'il avait fait en chemin : "Quoi donc, frère, lui dit-il, l'ennemi malin qui s'exprimait par la bouche de ton compagnon de route n'a pas pu te persuader une première fois, ni une seconde, mais il t'a convaincu au bout de la troisième et il t'a dominé en t'amenant à faire ce qu'il voulait. Alors celui-ci, reconnaissant la faiblesse coupable de son esprit, se jeta à ses pieds, se mettant à pleurer et à rougir de sa faute, et cela d'autant plus qu'il se rendait bien compte que, même en l'absence du Père Benoît, c'est vraiment sous ses yeux qu'il avait fauté.

4. Pierre : Je vois, moi, que le cœur de ce saint homme était habité par l'esprit d'Elisée, lui qui fut présent à son disciple absent.

Grégoire : Allons, Pierre, un instant de silence, s'il te plaît, si tu veux apprendre des choses plus grandes encore.
 
 


 
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XIV - La supercherie de Totila démasquée.

 

1. Voici donc : A l'époque des Goths, comme leur roi Totila entendait dire que le saint homme avait l'esprit de prophétie, il se rendit au monastère, mais s'arrêtant assez loin de là, il fit annoncer son arrivée. Sans plus tarder, du monastère, on lui fit dire de venir, mais comme il avait un esprit retors, il voulut sonder l'homme de Dieu pour voir s'il avait l'esprit de prophétie ou non. Or l'un de ses gardes du corps s'appelait Riggo : il lui donna ses chausses, lui fit endosser des habits royaux, et comme si c'était lui en personne, il lui donna l'ordre de se rendre auprès de l'homme de Dieu comme s'il était le roi en personne. Comme escorte d'honneur, il envoya des hommes qui faisaient habituellement partie de son entourage le plus proche, à savoir trois comtes, Vult, Ruderic et Blidin, afin de marcher à ses côtés devant les yeux du serviteur de Dieu et lui faire croire que c'était lui, le roi Totila. Il lui donna encore d'autres insignes honorifiques ainsi que des hommes d'armes ; de la sorte, tant par les hommages que par les vêtements de pourpre, on serait amené à penser qu'il était le roi.

2. Alors donc que ce même Riggo, paré de ces vêtements et accompagné de ces marques d'honneur à profusion, entrait dans le monastère, l'homme de Dieu siégeait sur une éminence à distance. Le voyant venir, dès qu'il put se faire entendre, il s'écria : "Dépose donc mon fils ! Dépose ce que tu portes ! Ce n'est pas à toi." Lequel Riggo tomba incontinent à terre, effrayé d'avoir osé se moquer d'un si grand homme et tous ceux qui l'avaient accompagné chez l'homme de Dieu se retrouvèrent à terre, épouvantés. Lors donc qu'ils se relevèrent, ils n'osèrent plus du tout s'approcher de lui mais ils revinrent auprès de leur roi et lui racontèrent en tremblant avec quelle rapidité ils avaient été découverts.
 
 

 

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XV - Totila (suite) : Prophéties faites à Totila ainsi qu'à l'évêque de Canuse.

 

1. C'est alors que le même Totila arriva personnellement auprès de l'homme de Dieu ; comme il le voyait assis de loin, n'osant pas approcher, il se mit à terre. Et comme, à deux puis à trois reprises, l'homme de Dieu lui disait "Lève-toi !" mais que lui, en sa présence, n'osait pas se lever de terre, Benoît, serviteur du Seigneur Jésus-Christ, daigna s'approcher en personne du roi prosterné. Il le releva de terre, lui fit des reproches au sujet de ses agissements, et en peu de mots, il lui prédit tout ce qui allait lui arriver : "Tu fais beaucoup de mal, lui dit-il, et tu en as fait déjà beaucoup. Maintenant, tâche, enfin, de mettre un frein à l'injustice. Pour toi, tu entreras dans Rome, tu traverseras la mer, tu régneras neuf années, tu mourras la dixième."

2. A ces mots, le roi profondément terrifié, lui ayant demandé une prière de bénédiction, se retira, et à partir de cette époque-là, il fut désormais moins cruel. Comme assez peu de temps après il faisait son entrée à Rome, il poussa jusqu'en Sicile, puis, la dixième année de son règne, par un jugement du Dieu Tout-puissant, il perdit son royaume avec la vie.

3. Ajoutons ceci : L'évêque de l'Eglise de Canuse avait coutume de venir chez ce même serviteur du Seigneur, et l'homme de Dieu l'aimait grandement à cause du mérite de sa vie. Ce dernier, donc, eut un entretien avec lui au sujet de l'entrée du roi Totila et de la perdition de la ville de Rome et il lui dit : "Par ce roi cette ville sera détruite au point qu'elle ne sera plus habitée désormais. A quoi l'homme de Dieu répondit : "Rome ne sera pas exterminée par ces peuplades, mais harassée par les tempêtes, les éclairs, les tourbillons et le tremblement de terre, elle s'affaissera sur elle-même." Le mystère de cette prophétie est devenu maintenant, pour nous, plus clair que le jour, nous qui constatons de nos yeux que, dans cette ville, les remparts s'écroulent, les maisons sont renversées, les églises détruites par le tourbillon, et ses édifices fatigués par une longue vieillesse, nous les voyons s'affaisser sous l'accumulation de leurs propres ruines.

4. Bien que son disciple Honorat, dont je tiens cette relation, reconnaisse qu'il ne l'a jamais entendu de sa propre bouche, cependant il atteste l'avoir entendu dire par les frères.
 
 


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XVI - Benoît et le clerc tourmenté par le démon.

 

1. A cette époque également, un certain clerc de l'Eglise d'Aquin subissait les vexations du démon et l'homme vénérable que fut Constantin, évêque de cette ville, l'avait fait parcourir de nombreux sanctuaires de martyrs afin qu'il puisse être guéri. Mais les saints martyrs de Dieu ne voulurent pas lui accorder le don de la santé pour montrer quelle grande grâce résidait en Benoît. Il fut donc conduit au serviteur du Dieu Tout-puissant, Benoît, lequel se répandant en prières adressées au Seigneur Jésus-Christ, chassa incontinent l'antique ennemi de cet homme obsédé, mais après sa guérison, il lui enjoignit ceci : "Va, ne mange plus de chair, et n'aie jamais l'audace d'accéder à l'Ordre sacré. Car quel que soit le jour où tu oserais profaner le saint Ordre par ta témérité, aussitôt le démon reprendrait sur toi tous ses droits."

2. Le clerc s'en fut donc, pleinement guéri, et comme, en général, une peine récente a pour effet de terrifier l'esprit, il observa pendant un certain temps ce que l'homme de Dieu lui avait prescrit. Mais, comme après de nombreuses années tous ses anciens avaient émigré loin de la lumière de ce monde et qu'il voyait que les plus jeunes s'élevaient au-dessus de lui par les saints Ordres, il mit au second plan les paroles de l'homme de Dieu comme s'il les avait oubliées après un temps prolongé, et il accéda à l'Ordre sacré : Aussitôt le diable qui l'avait laissé de côté s'empara de lui et ne cessa de le soumettre à ses vexations jusqu'à ce qu'il lui eût arraché l'âme.

3. Pierre : cet homme, à ce que je vois, avait pénétré les secrets de la divinité, lui qui avait discerné que si ce clerc avait été livré au diable, c'était pour qu'il n'ose pas accéder à l'Ordre sacré.

Grégoire : Pourquoi ne connaîtrait-il pas les secrets de la divinité, celui qui garde les préceptes de la divinité, vu qu'il est écrit : "Celui qui adhère au Seigneur est un seul esprit."?

4. Pierre : S'il ne fait qu'un seul esprit avec le Seigneur, celui qui adhère au Seigneur, qu'en est-il de ce que dit aussi cet incomparable héraut de la parole : "Qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ?" Il paraît en effet grandement contradictoire d'ignorer la pensée de celui avec qui on a été fait un.

5. Grégoire : Les saints hommes, dans la mesure où ils sont un avec le Seigneur, n'ignorent pas la pensée du Seigneur. En effet, ce même Apôtre dit aussi : Qui donc connaît l'homme, et ce qui est dans l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? De même, les choses qui sont de Dieu, personne ne les connaît, si ce n'est l'Esprit de Dieu." Et, pour montrer qu'il connaissait les choses de Dieu, il ajoute : "Quant à nous, nous avons reçu, non l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu." D'où il dit encore: "Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment, eh bien, Lui nous l'a révélé par son Esprit."

6. Pierre : Si donc les choses de Dieu furent révélées par l'Esprit de Dieu à ce même apôtre, comment dit-il, juste avant ce que je viens de citer : "O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que Ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ? " Mais de nouveau, lorsque je dis ceci, une autre question surgit, car David le prophète parle au Seigneur en disant : "De mes lèvres j'ai prononcé tous les jugements de Ta bouche." Or comme savoir est moins que prononcer, pourquoi est-ce que Paul affirme que les jugements de Dieu sont incompréhensibles alors que David atteste que non seulement il les connaît tous, mais qu'il les a même prononcés de ses lèvres ?

7. Grégoire : A l'une et l'autre question, j'ai déjà brièvement répondu ci-dessus en te disant que les saints hommes, en tant qu'ils sont avec le Seigneur, n'ignorent pas la pensée du Seigneur. En effet, tous ceux qui suivent dévotement le Seigneur sont par cette dévotion même, avec le Seigneur ; d'autre part, encore alourdis par le poids d'une chair corruptible, ils ne sont pas avec le Seigneur. C'est pourquoi, les jugements cachés du Seigneur, ils les connaissent en tant qu'ils sont unis à Lui ; en tant qu'ils sont désunis, ils les ignorent. Et comme ils ne pénètrent pas encore parfaitement ses secrets, ils attestent que ses jugements sont incompréhensibles, mais comme ils adhèrent à Lui en esprit, et qu'en adhérant soit aux paroles de la Sainte Ecriture, soit aux révélations cachées, en tant qu'ils les reçoivent, ils en prennent connaissance : ils les ont connues et ils les prononcent. Donc, les jugements que Dieu tait, ils les ignorent, les jugements qu'Il prononce, ils les savent.

8. D'où également le prophète David : Comme il disait : "De mes lèvres j'ai prononcé tous les jugements" il a ajouté immédiatement : "de Ta bouche", comme s'il disait en clair : " Ces jugements que j'ai pu, et connaître, et prononcer, j'ai reconnu que c'est Toi qui les avait dit. Car ceux que Tu ne dis pas Toi-même, Tu les caches sans aucun doute à notre connaissance." Il y a donc accord entre la sentence prophétique et apostolique car, d'une part, les jugements de Dieu sont incompréhensibles, et cependant, ceux qui furent proférés par sa bouche sont prononcés par des lèvres humaines. En effet, ceux qui sont proférés par Dieu peuvent être connus des hommes tandis que ceux qui sont cachés ne le peuvent pas.

9. Pierre : Face à l'objection de ma petite question, l'explication rationnelle a ouvert la route. Mais, je t'en prie, s'il reste encore quelque chose concernant la vertu de cet homme, continue donc!
 
 

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XVII - Benoît prédit la ruine de son monastère.

 

1. Un certain homme, noble, appelé Théoprobus avait été converti par les admonitions de ce même Père Benoît, lequel le traitait avec confiance et même familiarité à cause du mérite de sa vie. Un jour, comme celui-ci était entré dans sa cellule, il le trouva en train de pleurer très amèrement, et comme il se tenait debout, immobile, pendant un long moment et qu'il voyait que les larmes ne s'arrêtaient pas, considérant d'autre part qu'il n'avait pas l'habitude de prier en poussant des gémissements mais qu'il le faisait seulement lorsqu'il avait de la peine, il s'enquit de la cause d'une si grande affliction. Sur-le-champ, l'homme de Dieu lui répondit : "Tout ce monastère que j'ai construit et tout l'ensemble de ce que j'ai préparé pour les frères, par un jugement du Dieu Tout-puissant, tout cela sera livré aux peuples barbares. A peine ai-je pu obtenir que me soient concédées les âmes de ceux qui demeurent en ce lieu."

2. Cette parole que Théoprobus a entendue, nous en voyons nous autres la réalisation, car nous savons que son monastère a été récemment détruit par la nation lombarde. Récemment en effet, à la faveur de la nuit, et profitant du repos des frères, les Lombards sont entrés et après avoir tout pillé, ils n'ont pu s'emparer de personne, pas même d'un seul homme. Le Dieu Tout-puissant a accompli ce qu'il avait promis au fidèle serviteur de Dieu Benoît : s'il livrait les biens aux nations étrangères, il conserverait les vies.

Pierre : En cette circonstance, je vois que Benoît a tenu le rôle de Paul : tandis que le navire a perdu tous ses biens, jetés par-dessus bord, lui-même a reçu, pour sa consolation, la vie de tous ceux qui l'accompagnaient.
 
 

 
 

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XVIII - Le recel de la fiasque de vin.

 

A une certaine époque, notre brave Exhilaratus (c.à.d. "Réjoui"), que tu as connu après sa conversion, avait été envoyé par son maître afin d'apporter du vin à l'homme de Dieu pour le monastère : il y en avait, pleins, deux de ces petits récipients en bois qu'on appelle plus communément fiasques. Il en apporta un, mais il cacha le second en cours de route. Quant à l'homme de Dieu à qui l'on ne pouvait dissimuler les faits commis en son absence, il reçut le premier avec action de grâce et il lança cet avertissement au garçon qui s'éloignait : "Regarde bien, fils, ne bois pas tout de suite de ce flacon que tu as caché, mais penche-le avec prudence, et tu trouves ce qu'il y a dedans." Couvert de confusion, il sortit de chez l'homme de Dieu et, revenu à cet endroit, voulant vérifier ce qu'il avait entendu, comme il penchait la fiasque, il en sortit aussitôt un serpent. Alors ce jeun Exhilaratus, impressionné par ce qu'il découvrit dans le vin, fut effrayé du mal qu'il avait commis.
 
 

 
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XIX - Le cadeau dissimulé.

 

 1. Il y avait encore, non loin du monastère, un bourg dans lequel une quantité non négligeable d'hommes avait été convertie par les admonitions de Benoît, passant du culte des idoles à la foi en Dieu. Là aussi résidaient quelques saintes femmes moniales et pour stimuler leurs âmes, le serviteur de Dieu Benoît avait soin d'y envoyer fréquemment ses frères. Or un jour, comme de coutume, il en envoya un, mais le moine qui avait été dépêché, après avoir fait l'exhortation, fut prié par ces moniales d'accepter des mouchoirs : il les prit et les cacha dans sa poitrine.

2. A peine était-il revenu, que l'homme de Dieu, très amer, se mit à lui faire des reproches en disant : "Comment l'iniquité est-elle entrée dans ton sein ?" Mais l'autre demeurait interloqué, et ayant oublié ce qu'il avait, il se demandait pourquoi on le reprenait. Alors, il lui dit : "Est-ce que je n'étais pas présent, moi, lorsque tu as accepté des mouchoirs donnés par les servantes de Dieu et que tu les as mis dans ton sein ?" L'autre aussitôt, se jetant à ses pieds, se repentit d'avoir agi avec sottise. Quant à ces mouchoirs qu'il avait cachés sur lui, il les jeta.
 
 


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XX- Benoît lit des pensées d'orgueil dans le cœur d'un religieux.

 

1. Un certain jour, alors que l'heure était déjà vespérale, le vénérable Père prenait des aliments pour le corps : Il y avait là un de ses moines qui avait été auparavant fils d'un "Protecteur" et qui lui tenait la lampe devant la table. Mais comme l'homme de Dieu mangeait et que l'autre restait là debout accomplissant son service, il se mit à rouler silencieusement des pensées dans sa tête ; il se disait en cogitant : "Qui est-il donc celui-ci que, moi, j'assiste pendant qu'il mange, à qui je tiens la lampe, auquel je rends ce service ? Et qui suis-je, moi, pour servir cet être-là ?". Là-dessus, l'homme de Dieu s'étant aussitôt retourné, se mit à lui faire de violents reproches en disant : "Signe ton cœur, frère ! Qu'est-ce que tu dis là ? Signe donc ton cœur !". Et sur-le-champ, appelant les frères, il prescrivit qu'on lui retire la lampe des mains ; quant à lui, il lui ordonna de quitter son service et d'aller s'asseoir - tranquille - à l'heure même.

2. Questionné par les frères pour savoir ce qu'il avait dans le cœur, il leur raconta point par point de quel esprit de superbe il s'était enflé et les paroles qu'en pensée, il avait prononcées contre l'homme de Dieu en secret. Alors, avec une évidence limpide, il devint patent pour tous qu'on ne pouvait rien cacher au vénérable Benoît à l'oreille de qui résonnaient même les mots de la pensée.
 
 


   

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XXI - Les sacs de farine trouvés devant le monastère.


    1. Une autre fois donc, la famine s'était abattue sur cette région de la Campanie et une grande pénurie d'aliments les tenaillaient tous : déjà au monastère de Benoît, le froment avait manqué et tous les pains, presque, avaient été mangés si bien qu'à l'heure du repas on n'avait pas pu en trouver plus de cinq pour les frères. Or, comme le vénérable Benoît les voyait contristés, il s'efforça par un blâme discret, de corriger leur pusillanimité et de relever leur courage par une promesse. Il leur dit : "Pourquoi votre esprit est-il contristé à cause du manque de pain ? Aujourd'hui, il y en a moins, mais demain vous l'aurez en abondance."

2. Le lendemain, on trouva devant la porte du monastère 200 boisseaux de farine, et jusqu'à maintenant, on n'a jamais su par quels intermédiaires le Seigneur les avait fait venir. A cette vue, les frères rendirent grâce au Seigneur. Ils avaient appris désormais à ne plus douter de l'abondance, même au sein de la disette.

3. Pierre : Dis-moi, je te prie : doit-on croire que l'esprit de prophétie a toujours pu être présent chez le serviteur de Dieu ou bien est-ce par intervalles qu'il remplissait son âme ?

Grégoire : L'esprit de prophétie, Pierre, n'irradie pas toujours l'âme des prophètes, car de même qu'il est écrit : "L'Esprit souffle où Il veut", de même il faut savoir qu'Il inspire aussi quand Il veut. De là vient donc que l'Esprit de Nathan, interrogé par le roi pour savoir s'il pouvait construire le Temple, consentit d'abord, et finalement s'y opposa. De là vient qu'Elisée, comme il voyait la femme pleurer et en ignorait la cause, dit au serviteur qui voulait empêcher cette femme : "Laisse-là, car son âme est dans l'amertume : le Seigneur me l'a caché et il ne m'a rien indiqué."

4. Le Dieu tout-puissant dispense ses dons suivant les dispositions de sa grande bonté, car tandis que, tantôt il donne l'esprit de prophétie et tantôt le retire, de même, il élève dans les hauteurs l'esprit de ceux qui prophétisent, et les maintient dans la bassesse. En effet : et lorsqu'ils reçoivent l'esprit de prophétie, ils découvrent ce qu'ils sont de par Dieu, et lorsqu'ensuite ils ne l'ont plus, ils apprennent à connaître ce qu'ils sont de par eux-mêmes.

5. Pierre : Qu'il en soit ainsi que tu l'affirmes, la raison le proclame hautement. Mais je te prie, continue à dire ce qui te vient encore à l'esprit au sujet du vénérable Père Benoît.
 
 


 

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XXII - Consignes données en songe pour la construction du monastère de Terracine.

   

1. Un autre jour, demande lui fut faite par un homme de foi, d'envoyer des moines dans son domaine, près de la ville de Terracine. . Accédant à sa demande et députant des frères pour cette mission, il institua un Père, et nomma celui qui serait son second. A leur départ, il fit cette promesse: "Allez et tel jour, je viens en personne, et je vous montre à quel endroit vous devez construire l'oratoire, à quel endroit, le réfectoire des frères, à quel endroit, le logis des hôtes : en d'autres termes tout ce qui est nécessaire à la vie d'un monastère." Ceux-ci, après avoir reçu la bénédiction, se rendirent au lieu-dit, et attendant impatiemment le jour fixé, ils préparèrent tout ce qui semblait nécessaire pour accueillir un tel Père et ceux qui pouvaient venir avec lui.

2. Mais en cette nuit-là où pointait la lumière du jour promis, l'homme de Dieu apparut en songe audit serviteur de Dieu qu'il avait constitué Père de ce lieu ainsi qu'à son préposé, et il leur indiqua avec une étonnante précision les endroits où ils devaient construire. Lorsque l'un et l'autre sortirent de leur sommeil, ils se rapportèrent réciproquement ce qu'ils avaient vu. Cependant, n'accordant pas une foi entière à leur vision, ils attendirent que l'homme de Dieu vienne comme il l'avait promis.

3. Mais comme au jour dit, l'homme de Dieu ne venait nullement, ils retournèrent vers lui, tout tristes, et lui dirent : "Père, nous avons attendu que tu viennes, comme tu l'avais promis, pour nous montrer où nous devions construire et que construire, mais tu n'es pas venu." Et lui de leur dire : "Pourquoi, frères, pourquoi donc dites-vous cela ? Ne suis-je pas venu comme je l'ai promis ?" Et comme ceux-ci disaient: "Quand es-tu venu ?", il répondit : "Ne vous suis-je pas apparu à l'un et à l'autre pendant votre sommeil ? Et ne vous ai-je pas désigné chaque endroit ? Allez donc! Et selon ce que vous avez entendu dans votre vision, construisez tout le logis du monastère." A ces mots, frappés d'admiration, ils revinrent au domaine précité et construisirent tous les bâtiments selon ce qu'ils avaient appris par révélation.

 4. Pierre : J'aimerais qu'on m'explique par quelle disposition il a pu se faire : qu'il aille au loin, qu'il donne une réponse à des gens qui dorment, que ceux-ci entendent dans une vision et qu'ils en gardent souvenir !

Grégoire : Mon pauvre Pierre, pourquoi es-tu dans l'incertitude en fouillant dans déroulement d'une chose qui s'est réalisée ? Il est clair, assurément que l'esprit est d'une nature plus mobile que le corps. Et en vérité, l'Ecriture en témoigne : un prophète, qui se trouvait en Judée, a été enlevé dans les hauteurs et immédiatement déposé, avec un repas, en Chaldée ; il a vraiment nourri un autre prophète avec ce repas, puis soudain il s'est retrouvé en Judée. Si donc Habacuc a pu en un instant se rendre corporellement aussi loin et y apporter un repas, qu'y a-t-il d'étonnant si le Père Benoît a obtenu de partir en esprit et d'expliquer ce qui était nécessaire aux esprits des frères qui dormaient ? Et ainsi, de même que l'un s'est déplacé corporellement pour la nourriture du corps, de même l'autre s'est déplacé spirituellement pour instaurer une vie spirituelle.

5. Pierre : Ton langage, comme par une main puissante, a dissipé les doutes de mon esprit, mais j'aimerais savoir quelle était la valeur de cet homme de cet homme quand il employait le langage de la vie courante.
 
 

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XXIII - Les deux religieuses excommuniées.

 

1. Grégoire : Il s'en faut de beaucoup, Pierre, que son langage courant ait manqué du poids des miracles, car son cœur se maintenait sans cesse dans les hauteurs, et jamais les paroles qui tombaient de sa bouche ne restaient sans effet. Mais s'il lui arrivait parfois de dire une chose, non pas sur le mode du jugement mais de la simple menace, sa parole avait un tel pouvoir qu'elle agissait non pas comme s'il l'avait proférée de manière dubitative ou conditionnelle mais comme une sentence.

2. Effectivement, non loin de son monastère, il y avait deux religieuses moniales, issues de famille noble, qui vivaient dans un lieu approprié : un homme, très religieux, leur offrait ses services pour les nécessités de la vie extérieure. Mais il arrive, chez certaines personnes, que la noblesse de leur origine engendre la bassesse de l'esprit et ceux qui se rappellent avoir été plus que d'autres en quelque domaine sont moins disposés à se mépriser eux-mêmes en ce monde : ainsi, nos deux religieuses moniales n'avaient pas encore acquis la retenue parfaite de la langue malgré le frein qu'aurait dû constituer leur habit, et bien souvent, par des paroles inconsidérées, elles provoquaient la sourde colère de cet homme religieux qui s'était dévoué à leur service pour les rapports avec l'extérieur.

3. Après avoir longtemps supporté cette situation, il vint trouver l'homme de Dieu et lui rapporta toutes les paroles outrageantes qu'il avait à subir. Entendant raconter tout cela à leur sujet, l'homme de Dieu leur envoya dire aussitôt : "Corrigez votre langue ! Car si vous ne vous améliorez pas, je vous excommunie." A vrai dire, cette sentence d'excommunication n'était pas exécutoire, mais proférée seulement sous forme de menace.

4. Cependant, n'ayant rien changé à leurs habitudes antérieures, elles moururent au bout de quelques jours et on les enterra dans l'église. Mais lorsqu'on célébrait la messe solennelle dans cette église et que le diacre faisait la proclamation rituelle : "Si quelqu'un n'est pas en communion, qu'il se retire !", leur nourrice (elle avait pris l'habitude d'apporter pour elles une offrande au Seigneur), leur nourrice, donc, les voyait sortir de leur sépulcre et quitter l'église. Comme elle avait remarqué assez souvent qu'elles sortaient lorsque le diacre lançait sa monition et qu'alors elles ne pouvaient demeurer à l'intérieur de l'église, il lui revint en mémoire ce que l'homme de Dieu leur avait fait dire de leur vivant : à savoir qu'il les exclurait de la communion si elles ne corrigeaient pas leurs mœurs et leurs paroles.

5. Alors, avec une grande tristesse, on le fit savoir à l'homme de Dieu, lequel aussitôt, de sa propre main, donna une offrande en disant : "Allez et faites offrir cette oblation au Seigneur à leur intention, et après, elles ne seront plus excommuniées." Or, comme le sacrifice était offert pour elles et que le diacre proclamait comme de coutume que ceux qui n'étaient pas en communion devaient sortir de l'église, on ne les vit plus sortir. De ce fait, il fut patent et indubitable que si elles ne se retiraient plus du tout avec le groupe de ceux qui étaient exclus de la communion, c'est qu'elles avaient recouvré cette communion par la grâce du Seigneur et par l'intervention du serviteur de Dieu.

6. Pierre : C'est tout à fait admirable de voir qu'un homme, vénérable et très saint, certes, mais vivant encore dans cette chair corruptible, ait pu absoudre des âmes tombées déjà sous le coup de ce jugement invisible.

Grégoire : Voyons, Pierre, est-ce qu'il n'était pas encore dans la chair, celui qui s'était entendu dire : "Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux" ? Et maintenant, ils ont reçu sa fonction de lier et de délier ceux qui sont en place pour exercer le saint pouvoir en matière de foi et de mœurs. Mais pour qu'un homme tiré de la terre ait un tel pouvoir, le Créateur du ciel et de la terre est venu du ciel sur la terre. Et si la chair peut être juge des esprits eux-mêmes, c'est que le Dieu fait chair pour les hommes a daigné lui accorder cela, car la raison pour laquelle notre faiblesse s'est élevée au-dessus d'elle-même, c'est que la force de Dieu s'est faite faiblesse, s'abaissant au-dessous d'elle-même.

7. Pierre : La puissance de ce raisonnement s'accorde bien avec celle des miracles évoqués.
 
 

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XXIV - Le jeune moine rejeté hors de terre.

 

1. Grégoire : Un certain jour, l'un de ses moines, un jeune garçon qui aimait ses parents plus que de raison, voulut se rendre à la maison et il sortit du monastère sans bénédiction, mais le jour même, à peine était-il arrivé chez eux qu'il mourut. Or, bien qu'il eût été enseveli, on retrouva son corps, le jour suivant, hors de terre. De nouveau, ils se mirent en devoir de lui redonner une sépulture, mais le jour d'après, on le retrouva encore rejeté à l'extérieur et le voilà exhumé comme la première fois !

2. Alors, en toute hâte, ils coururent se jeter aux pieds du Père Benoît et demandèrent avec force larmes qu'il daignât lui faire grâce. Aussitôt, de ses propres mains, l'homme de Dieu leur donna le Corps eucharistique du Seigneur en disant : "Allez et déposez le Corps du Seigneur sur sa poitrine, et lui, ensevelissez-le ainsi." Lorsque cela fut accompli, la terre retint le corps qu'on y avait déposé et ne le rejeta plus. Comprends-tu bien, Pierre, quel était le mérite dont cet homme était revêtu aux yeux du Seigneur ? La terre rejetait le corps de celui qui n'était pas en grâce aux yeux de Benoît!

Pierre : Oui, je comprends et même j'en suis terriblement étonné.
 
 

 

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XXV - Le moine qui voulait toujours sortir du monastère.

 

1. Un de ses moines s'était laissé aller à l'esprit de "bougeotte" et il ne voulait pas rester tranquille dans le monastère. Sans se décourager, l'homme de Dieu l'avait repris et lui avait donné maints avertissements, mais il n'y avait aucun moyen pour lui faire admettre de rester dans la communauté; au contraire il faisait pression sur Benoît et l'importunait de ses prières pour qu'il lui donne du large : A la fin, excédé par son insistance, le vénérable Père se mit en colère et lui ordonna de s'éloigner.

2. Mais à peine fut-il sorti du monastère qu'il se trouva confronté à un dragon posté sur son chemin, la gueule grande ouverte ! Et comme ce dragon qui lui était apparu cherchait à le dévorer, tout tremblant et le cœur battant, il se mit à pousser de grands cris : "Accourez ! Au secours ! Ce dragon-là veut me dévorer!" Les frères accoururent, mais de dragon, ils n'en virent point ; ils ramenèrent donc au monastère le moine tremblant et palpitant, lequel promit aussitôt qu'il ne quitterait jamais plus le monastère et à dater de ce jour, il tint sa promesse : en effet, il avait vu le dragon dressé contre lui, alors qu'auparavant il le suivait sans le voir.
 
 

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XXVI - Le serviteur guéri de la lèpre.

 

1. Mais encore une chose que je ne saurais passer sous silence ; je le tiens d'Aptonius, un homme illustre qui me l'a raconté : Il me disait qu'un serviteur de son père avait été atteint de la maladie appelée éléphantiasis (une sorte de lèpre) à tel point que ses cheveux tombèrent et qu'ensuite, sa peau se mit à se boursoufler : plus moyen de cacher l'infection qui progressait! Alors le père en question l'envoya à l'homme de Dieu et en un rien de temps, il retrouva la santé d'autrefois.
 
 

 

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XXVII - Miracle des pièces d'or en faveur d'un débiteur et guérison d'un homme empoisonné.

 

1. Je ne tairai pas non plus cet épisode que son disciple appelé Pérégrinus aimait à raconter : Un jour, un brave fidèle, poursuivi par une dette pressante, crut qu'il n'y avait plus qu'un seul remède pour lui : aller chez l'homme de Dieu et le mettre au courant de la dette contraignante qui le talonnait. Il vint donc au monastère, rencontra le serviteur du Dieu tout-puissant et lui fit savoir qu'il était continuellement harcelé par son créancier pour une somme de 12 pièces d'or. A quoi le vénérable Père lui répondit qu'il n'avait pas l'ombre de ces 12 pièces. Cependant, il trouva des mots pleins de douceur pour le consoler dans sa misère et il lui dit : "Va maintenant et reviens dans deux jours, car aujourd'hui je n'ai pas ce que je devrais te donner."

2. Ce laps de deux jours, il le passa à prier comme d'habitude. Le troisième jour, lorsque revint celui qui était tourmenté par les exigences de sa dette, voilà que sur la huche du monastère où l'on serrait le blé, on découvrit inopinément 13 pièces d'or : l'homme de Dieu ordonna de les apporter et les remit au quémandeur affligé en lui disant d'en rendre 12 et d'en garder une pour ses dépenses personnelles.

3. Mais je reviendrai maintenant à ce que j'ai appris grâce à la relation des disciples dont j'ai parlé au début de ce livre : Un homme était tourmenté, en butte à la jalousie féroce de son adversaire ; cette haine atteignit un tel paroxysme qu'il en vint à mettre du poison dans le breuvage de l'autre. Ce poison ne put lui ôter la vie, néanmoins sa peau changea de couleur de sorte que cette marbrure se diffusant dans tout le corps semblait imiter les caractères de la lèpre. Mais conduit à l'homme de Dieu, il recouvra très rapidement la santé d'autrefois. En effet, à peine l'eût-il touché qu'il fit disparaître toutes les altérations de la peau.
 
 


 
 

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XXVIII - La bouteille d'huile jetée sur les rochers.

 

1. Au temps, également, où la disette d'aliments frappait lourdement la Campanie, l'homme de Dieu avait distribué tout ce qu'il y avait dans son monastère à diverses personnes dans l'indigence, si bien qu'il ne restait presque plus rien à la Dépense, si ce n'est un peu d'huile dans une bouteille de verre. C'est alors que survint un certain sous-diacre du nom d'Agapit demandant avec insistance qu'on lui donne un petit peu d'huile. L'homme de Dieu qui avait résolu de tout distribuer sur terre pour tout garder dans le ciel, ordonna de donner au quémandeur ce peu d'huile qui était de reste. Le moine responsable de la Dépense entendit bien l'ordre donné par Benoît, mais il en différa l'exécution.

2. Un petit moment après, comme il s'enquérait auprès du moine, demandant si ce qu'il avait ordonné avait été donné, il répondit qu'il s'était bien gardé de le faire, car s'il l'avait donné, il ne restait plus rien du tout pour les frères. Alors il se mit en colère et donna l'ordre à d'autres de jeter par la fenêtre cette bouteille de verre dans laquelle il restait, semble-t-il, un peu d'huile, afin de ne pas garder dans le cellier une chose due à la désobéissance. Ainsi fut fait. Or sous cette fenêtre s'ouvrait un grand précipice hérissé de rochers acérés. Le vase ainsi jeté tomba sur les rochers mais il resta intact comme s'il n'avait jamais été jeté, de sorte qu'il ne se cassa pas et que l'huile ne put se répandre. Alors l'homme de Dieu ordonna de le ramasser et puisqu'il était en bon état de le donner au quémandeur. Ensuite, ayant réuni les frères, il reprocha au moine, devant tous, son infidélité et son orgueil. (…)
 
 


 

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XXIX - Le tonneau se remplit d'huile.

   

(…) 1. La réprimande achevée, il se mit en prière avec les frères qui étaient là. Or, à l'endroit où il priait avec eux, il y avait un tonneau d'huile, vide et fermé. Comme le saint homme persistait dans sa prière, l'huile se mit à monter et à soulever le couvercle. L'ayant ainsi forcé et soulevé, l'huile, augmentant sans cesse, déborda et inonda le dallage sur lequel ils se trouvaient prosternés en prière. A la vue de ce qui se passait, le serviteur de Dieu Benoît conclut sur-le-champ sa prière et l'huile cessa de couler sur le pavé.

2. Alors il fit une ample admonestation au frère qui avait manqué de confiance et désobéi, afin qu'il apprenne l'humilité et la foi. Sous l'effet de cette correction salutaire, le frère rougit car le vénérable Père qui, par son admonestation, lui avait inculqué la vertu du Dieu Tout-puissant, la lui montrait réalisée par ses miracles et il n'y avait plus personne qui puisse douter des promesses de cet homme qui, en un seul et même moment, en échange d'un récipient de verre presque vide, avait redonné un tonneau plein d'huile.
 
 

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XXX - Le démon chassé par un soufflet.

 

1. Un certain jour, alors qu'il se rendait à l'oratoire de saint Jean, sis à la fine pointe du mont, l'antique ennemi, déguisé en vétérinaire, vint à sa rencontre, portant un récipient en forme de corne et une entrave à chevaux. Comme il s'enquérait: "Où vas-tu ?", l'autre répondit: " Voilà que je m'en vais trouver les frères pour leur donner une potion". Là-dessus, le vénérable Benoît se rendit à la prière. Celle-ci terminée, il se hâta d'en revenir. Quant à l'esprit malin, il rencontra un ancien parmi les moines en train de puiser de l'eau ; il entra aussitôt en lui, le jeta à terre et lui fit de très rudes vexations. Lorsqu'il revint de sa prière et le vit si cruellement traité, l'homme de Dieu, pour tout remède, lui donna un soufflet et sous la secousse, l'esprit malin en sortit aussitôt, à tel point qu'il n'osa plus jamais y revenir.

2. Pierre : J'aimerais savoir : ces grands miracles est-ce qu'il les demandait toujours et les obtenait par la vertu de la prière, ou bien, parfois aussi, les produisait-il par le seul signe de sa volonté ?

Grégoire : Ceux qui adhèrent à Dieu avec un esprit dévot, lorsque la nécessité l'exige, peuvent produire des signes de l'une ou l'autre façon : tantôt ils font des choses admirables par la prière, tantôt par leur propre pouvoir. En effet Jean dit : "A tous ceux qui l'ont reçu, Il a donné le pouvoir de devenir fils de Dieu." Si donc, ils peuvent exercer ce pouvoir de devenir fils de Dieu, quoi d'étonnant qu'ils puissent faire des signes par ce même pouvoir?

3. Que ces miracles s'obtiennent de l'une ou l'autre façon, Pierre en témoigne lorsque, par sa prière, il ressuscite Tabitha qui vient de mourir, mais qu'il livre à la mort par un simple blâme Ananie et Saphire coupables de mensonge. On ne dit pas qu'il ait prié pour leur ôter le souffle, mais seulement qu'il les a menacés pour la faute qu'ils avaient commise. Il est donc clair qu'ils produisent ces choses tantôt par leur pouvoir, tantôt parce qu'ils le demandent, car, à ceux-ci Pierre a ôté la vie par une menace, tandis qu'à celle-là, il l'a rendue par sa prière.

4. Et maintenant, je raconte encore deux faits émanant du serviteur de Dieu Benoît : on y voit clairement qu'il a pu les accomplir, l'un en vertu de la puissance qu'il avait reçue de Dieu, l'autre grâce à sa prière.
 
 

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XXXI - Le paysan libéré du Goth Zalla.

 

1. Un certain homme du peuple des Goths, appelé Zalla, appartenait à cette perfidie arienne qui, du temps de leur roi Totila, s'enflamma avec l'ardeur de la plus sauvage cruauté contre tous les hommes représentant la religion catholique, si bien que, lorsqu'un moine ou un clerc quel qu'il fût, paraissait devant la face de cet individu, il ne sortait jamais vivant d'entre ses mains. Or, un certain jour, enflammé par la chaleur de l'avarice et assoiffé de rapine, il était en train d'affliger un pauvre rustre de tourments cruels et le torturait de supplices divers, celui-ci, vaincu par la douleur, déclara qu'il avait confié ses biens au serviteur de Dieu Benoît : il espérait mettre un répit à sa cruauté, pour le temps que son tortionnaire croirait cela, et lui soustraire ainsi quelques heures de vie.

2. Alors Zalla cessa en effet de torturer le paysan, mais après lui avoir lié les bras avec de solides lanières, il se mit à le pousser devant son cheval avec ordre de lui montrer qui était ce Benoît à qui il avait confié ses biens. Les bras ligotés et marchant toujours devant lui, il le conduisit au monastère du saint homme et le découvrit devant l'entrée de sa cellule, assis tout seul, en train de lire. Il dit donc à ce même Zalla qui le talonnait et le malmenait. "C'est lui, le Père Benoît dont je t'avais parlé". L'autre, l'esprit en ébullition, jeta d'abord sur lui un regard de feu où passait toute son âme perverse ; puis pensant le contraindre à agir sous l'effet de cette terreur qui était son procédé coutumier, il se mit à vociférer à grands cris : "Debout ! Lève-toi ! Et rends les biens de ce paysan ! Tu les a reçus !".

3. A cette voix, l'homme de Dieu leva les yeux de sa lecture, droit devant lui, et le regarda, mais aussitôt son attention se porta sur le paysan retenu par ses liens. Comme il abaissait les yeux sur ses bras, les lanières qui les enserraient commencèrent à se dénouer d'une manière étonnante, avec une telle vitesse qu'aucun homme, même en se hâtant, n'aurait pu les défaire si rapidement. Et comme celui qui était venu, ligoté, commençait soudain à se redresser, libéré, Zalla, tout tremblant devant la force qui manifestait un tel pouvoir, s'écroula par terre et ployant jusqu'à ses pieds sa nuque d'une rigidité cruelle, il se recommanda à ses prières. Quant à l'homme de Dieu, il n'eut cure de se lever pour interrompre sa lecture mais, ayant appelé les frères, il ordonna de l'emmener à l'intérieur pour qu'il reçoive une "bénédiction".

4. Voilà donc, Pierre, ce que je t'ai dit : ceux qui servent le Dieu tout-puissant avec une plus grande familiarité peuvent parfois accomplir des miracles par leur propre pouvoir. En effet celui qui, de son siège, a réprimé la férocité d'un terrible Goth et qui, d'un coup d'œil, a dénoué les courroies et les nœuds d'un lien qui enserrait les bras d'un innocent, celui-là montre, par la rapidité même du miracle, qu'il avait reçu le don d'accomplir par son propre pouvoir ce qu'il a fait.

Et maintenant encore, j'ajouterai quel miracle, quel grand miracle! il a pu obtenir par sa prière.
 
 

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XXXII - L'enfant ressuscité.

 

1. Un certain jour, il était sorti avec les frères pour les travaux de la campagne. Or un paysan portant dans ses bras le corps de son fils défunt, bouleversé par la douleur de cette perte, vint au monastère chercher le Père Benoît. Lorsqu'on lui eut dit que le Père se trouvait aux champs avec les frères, il déposa le corps inanimé de son fils devant la porte du monastère, et fou de douleur, il se mit à courir de toutes ses forces à la recherche du vénérable Père.

2. Justement, à cette heure, l'homme de Dieu était en train de revenir avec les frères. Dès que le paysan endeuillé l'aperçut, il se mit à crier : "Rends-moi mon fils !" A cette voix, l'homme de Dieu s'arrêta en disant : "Est-ce moi qui t'ai retiré ton fils ?" L'autre répondit : "Il est mort ! Viens ! Ressuscite-le !" Lorsqu'il entendit ces paroles, l'homme de Dieu fut très contristé : "Laissez, dit-il, aux frères, laissez ! Cela ne nous appartient pas mais relève du pouvoir des saints Apôtres. Pourquoi veut-on nous imposer des fardeaux que nous ne pouvons pas porter ?" Mais lui, aiguillonné par sa douleur excessive, persistait dans sa demande, jurant qu'il ne partirait pas s'il ne ressuscitait son fils. Alors le serviteur de Dieu s'enquit : " Où est-il ?" Il lui répondit: "Le voilà, son corps gît à la porte du monastère."

3. Lorsque l'homme de Dieu arriva sur les lieux avec les frères, il se mit à genoux et se coucha sur le petit corps de l'enfant et, se relevant, il tendit ses paumes vers le ciel en disant : "Seigneur, ne regarde pas mes péchés mais la foi de cet homme qui demande que son fils soit ressuscité, et fais revenir dans ce petit corps l'âme que tu en as retirée." A peine avait-il achevé le dernier mot de cette prière que, son âme revenant, sous les yeux de tous les assistants tout son petit corps se mit à trembler à tel point qu'on eût dit qu'il avait palpité, comme ébranlé par un frémissement merveilleux. Alors il lui prit la main et le donna à son père, bien vivant, sain et sauf.

4. C'est clair, Pierre, qu'il n'a pas obtenu ce miracle par sa propre puissance puisqu'il a demandé, prostré à terre, de pouvoir l'accomplir.

Pierre : Que tout soit comme tu l'affirmes, c'est clair, à l'évidence, car les explications que tu avais proposées, tu les prouves par des faits concrets. Mais apprends-moi, je t'en prie, si les saints peuvent tout ce qu'ils veulent et s'ils obtiennent tout ce qu'ils désirent.
 
 

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XXXIII - Le ciel vient au secours de sainte Scholastique pour empêcher saint Benoît d'interrompre un entretien.

 

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1. Grégoire : Qui donc, Pierre, sera plus sublime en cette vie que Paul, lequel, par trois fois, pourtant, a prié le Seigneur pour être délivré de l'aiguillon dans sa chair, et cependant il ne put obtenir ce qu'il voulait ? A ce propos, il faut que je te raconte ce qui est arrivé au vénérable Père Benoît, car il y a une chose qu'il voulut faire mais qu'il ne put accomplir.

2. En effet sa sœur, qui s'appelait Scholastique, consacrée au Dieu tout-puissant depuis sa plus tendre enfance, avait pris l'habitude de venir vers lui une fois par an et l'homme de Dieu descendait vers elle, au-delà de la porte, mais pas loin, dans la propriété du monastère. Or, un certain jour, elle vint comme à l'accoutumée et son vénérable frère, accompagné de ses disciples, vint vers elle. Ils passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et dans de saints entretiens et, tandis que les ténèbres de la nuit commençaient à s'étendre sur la terre, ils prirent ensemble leur nourriture. Comme ils étaient encore à table et que leurs saints entretiens se prolongeaient, l'heure se faisant plus tardive, la sainte moniale, sa sœur, lui fit cette demande : "Je t'en prie, ne me laisse pas cette nuit, mais reste jusqu'au matin pour que nous puissions parler encore des délices de la vie céleste. Il lui répondit : "Que dis-tu là, ma sœur ? Passer la nuit hors de la cellule ! Je ne le puis nullement."

3. Or la sérénité du ciel était telle qu'aucun nuage n'apparaissait dans les airs, mais la sainte femme de moniale, après avoir entendu les paroles négatives de son frère, joignit ses doigts, posa les mains sur la table et elle s'inclina, la tête dans les mains, pour prier le Seigneur Tout-puissant. Comme elle relevait la tête de dessus la table, éclairs et tonnerre éclatèrent avec une telle force et l'inondation fut telle que ni le vénérable Benoît, ni les frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied dehors et franchir le seuil du lieu où ils siégeaient. C'est que voilà ! La sainte moniale, en inclinant la tête dans ses mains, avait répandu sur la table des fleuves de larmes qui, dans un ciel serein, avaient attiré la pluie. Et ce n'est pas un peu plus tard, après la prière, que l'inondation s'ensuivit mais il y eut une telle concomitance entre prière et inondation qu'elle leva la tête de la table alors que le tonnerre éclatait déjà, à tel point que lever la tête et faire tomber la pluie, cela se produisit en un seul moment.

4. Alors, au milieu des éclairs, du tonnerre et de cette formidable inondation de pluie, voyant qu'il ne pouvait retourner au monastère, contrarié, il commença à se plaindre en disant : "Que le Dieu Tout-puissant te pardonne, ma soeur, qu'as-tu fait là ?" Elle lui répondit : " Eh bien, voilà ! Je t'ai prié et tu n'as pas voulu m'écouter. J'ai prié mon Seigneur et lui m'a entendu. Maintenant, si tu le peux, sors donc, abandonne-moi et retourne à ton monastère." ... Mais ne pouvant quitter l'abri du toit, lui qui n'avait pas voulu rester spontanément, demeura sur place malgré lui et ainsi se fit-il qu'il passèrent toute la nuit à veiller et que dans un échange mutuel, ils se rassasièrent de saints entretiens sur la vie spirituelle.

5. Je t'avais bien dit qu'il avait voulu une chose mais n'avait pu l'accomplir, car si nous considérons l'état d'esprit de cet homme vénérable, il est hors de doute qu'il aurait désiré ce temps serein qu'il avait eu pour descendre, mais à l'encontre de ce qu'il voulait, il se trouva confronté à un miracle sorti d'un cœur de femme avec la force du Dieu tout-puissant. Pas étonnant qu'en cette circonstance, une femme qui désirait voir longuement son frère ait prévalu sur lui. En effet, selon la parole de saint Jean : "Dieu est amour", c'est par un juste jugement que celle-là fut plus puissante qui aima davantage.

Pierre : Je l'avoue, ce que tu dis là me plaît beaucoup.
 
 

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XXXIV - Montée au ciel de sainte Scholastique.

 

1. Or, comme le lendemain, la vénérable femme retournait à sa propre cellule, l'homme de Dieu revint au monastère. Et voici que, trois jours après, étant en cellule, levant les yeux au ciel, il vit l'âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer sous la forme d'une colombe dans les secrets du ciel. Et lui, se réjouissant pour elle d'une si grande gloire, rendit grâces au Dieu Tout-puissant avec hymnes et louanges et il fit part de sa mort aux frères.

2. Puis il les dépêcha pour faire venir son corps au monastère et le placer dans la sépulture qu'il s'était préparée pour lui-même. De la sorte, il arriva que ceux dont l'esprit avait toujours été uni en Dieu sur la terre, ne furent pas séparés corporellement même dans la tombe.
 
 

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XXXV - Vision du monde entier dans un seul rayon de lumière.


 

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Stiftskirche Einsiedeln. Hl. Benedikt. Miniatur im Graduale von 1684.
Foto P. Damian Rutishauser.


  1. Une autre fois encore, Servandus était venu selon son habitude rencontrer Benoît : il était diacre et abbé de ce monastère qui avait été construit dans la région de Campanie par un certain patricien appelé Libère. En effet, il fréquentait le monastère, car cet homme, lui aussi, répandait comme une source les paroles de la grâce céleste de sorte que, comme par une sorte de courant allant de l'un à l'autre, ils s'imprégnaient mutuellement des douces paroles de la vie, et, cette suave nourriture de la patrie céleste dont ils ne pouvaient jouir encore parfaitement, ils la goûtaient du moins en soupirant après elle.

2. Mais l'heure du repos l'exigeant, le vénérable Benoît se retira dans la partie supérieure de cette tour où il logeait et il installa le diacre Servandus dans la partie inférieure de cette même tour et là, cela va de soi, on pouvait monter facilement et communiquer entre le bas et le haut. Devant cette tour, d'autre part, il y avait un vaste logis dans lequel les disciples de l'un et de l'autre prenaient leur repos. Or l'homme du Seigneur Benoît, alors que les frères reposaient encore et que l'heure des vigiles approchait, avait devancé le moment de la prière nocturne : debout à la fenêtre, il priait instamment le Dieu Tout-puissant et subitement, alors qu'il regardait dans la nuit encore profonde, il vit une lumière répandue d'en-haut chasser toutes les ténèbres de la nuit et briller d'une telle splendeur qu'elle surpassait la lumière du jour elle-même, alors qu'en fait, elle rayonnait au sein des ténèbres.

3. Or dans cette contemplation, une chose tout à fait admirable s'ensuivit car, en effet, comme lui-même l'a raconté ensuite, le monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil, fut offert à ses yeux. Comme ce Vénérable Père fixait les yeux avec intensité sur la splendeur de cette lumière éclatante, il vit l'âme de l'évêque de Capoue, Germain, transportée par les anges au ciel dans une sphère de feu.

4. Alors, voulant que quelqu'un soit avec lui le témoin d'un tel miracle, il appela le diacre Servandus par son nom à deux et trois reprises en poussant une forte clameur. Et comme celui-ci était troublé par cette clameur inhabituelle chez un tel homme, il monta, regarda et vit un petit reste de lumière : il était stupéfait d'un tel miracle ; alors l'homme de Dieu lui raconta point par point ce qui s'était produit et aussitôt il demanda à Théoprobe, homme religieux du bourg fortifié de Cassin de se rendre la nuit même à la ville de Capoue pour savoir ce qui était arrivé à l'évêque Germain : l'envoyé le trouva déjà mort, et poursuivant sa recherche avec soin, il découvrit que son trépas s'était produit au moment même où l'homme de Dieu avait eu connaissance de son ascension.

5. Pierre : Chose tout à fait admirable et terriblement étonnante ! Bien plus : qu'on puisse dire que le monde entier fut offert à ses yeux, rassemblé pour ainsi dire, dans un seul rayon de soleil, cela je ne l'ai jamais expérimenté ! Et par conséquent, je ne saurais même pas me le représenter. Car suivant quel ordre de choses peut-il bien se faire que le monde entier soit vu par un seul homme ?

6. Grégoire : Retiens bien, Pierre, ce que je te dis : Pour l'âme qui voit le Créateur, toute créature paraît bien exiguë. En effet bien que cette âme n'ait contemplé qu'un faible rayonnement de la lumière du Créateur, tout le créé se réduit pour elle à de petites proportions, car par la lumière elle-même de cette vision intime, le sein de son esprit s'élargit et son cœur grandit tellement en Dieu qu'il se tient élevé au-dessus du monde. Qui plus est, l'âme du voyant quant à elle, se trouve au-dessus d'elle-même. Et lorsque, dans la lumière de Dieu elle est ainsi ravie au-dessous d'elle-même, elle s'amplifie intérieurement ; alors elle jette un regard au-dessus d'elle et elle comprend, dans cet état d'élévation, combien tout le créé est petit, alors que, dans son abaissement, elle n'arrivait même pas à le saisir. Ainsi donc, l'homme qui contemplait ce globe de feu et qui voyait les anges en train de remonter au ciel, ne pouvait voir ces choses, sans aucun doute, que dans la lumière de Dieu. Qu'y a-t-il d'étonnant, dès lors à ce qu'il vît le monde rassemblé devant ses yeux, alors que, élevé dans la lumière de l'esprit, il se situait déjà hors du monde ?

7. Par ailleurs, quand je dis que le monde était rassemblé devant ses yeux, ce n'est pas que la terre et le ciel se fussent contractés, mais que l'âme du Voyant s'était dilatée, elle qui, ravie en Dieu, put voir, sans difficulté, tout ce qui était au-dessous de Dieu. Ainsi donc, en union avec cette lumière qui jaillissait devant ses yeux, à l'extérieur de lui-même, il y avait, dans son esprit une lumière intérieure qui, parce qu'elle ravissait l'âme du Voyant vers les hauteurs, lui montrait combien étaient exiguës toutes les réalités d'en-bas.

8. Pierre : Il me semble qu'il m'a été utile de n'avoir pas compris tout de suite ce que tu m'avais dit puisque ma lenteur a permis, de ta part, un exposé aussi développé. Mais maintenant que mon intelligence a été abreuvée des explications tellement limpides que tu as infusées en elle, je te prie de reprendre la suite de ton récit.

 

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XXXVI - La Règle des moines.

 

Grégoire : Je voudrais bien, Pierre, te raconter encore une foule de choses au sujet de ce vénérable Père ; mais j'en passe certaines, non sans peine, dans ma hâte à révéler les faits et gestes d'autres saints personnages. Du moins, je ne veux pas que tu l'ignores : cet homme de Dieu, entre tant de miracles par lesquels il a brillé dans le monde, n'a pas laissé de resplendir aussi par les paroles de son enseignement : en effet, il a écrit une Règle monastique qui l'emporte par son esprit de discernement et la clarté de son discours. Quelqu'un voudrait-il connaître plus à fond ses mœurs et sa vie : il pourra trouver dans ce code de la Règle tous les actes du Maître, car, en aucune façon, le saint homme n'aurait pu enseigner autre chose que ce qu'il vivait.
 
 

 

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XXXVII - Sa sortie de ce monde et les signes qui l'accompagnent.


 1. Passons maintenant à l'année où il devait quitter cette vie : à tous il annonça le jour de sa mort, signifiant à tous ceux qui étaient présents qu'ils devaient tenir secret ce qu'ils avaient entendu et indiquant aux absents quel signe, et de quelle sorte, se produirait lorsque son âme sortirait de son corps.

2. Six jours avant son départ, il se fait ouvrir son tombeau. Peu après, il est pris d'accès de fièvre dont l'ardeur véhémente commence à l'accabler. Comme sa langueur s'aggravait de jour en jour, au sixième jour, il se fit porter par ses disciples à l'oratoire et là, il s'assura pour son départ en recevant le Corps et le Sang du Seigneur, puis, entouré de ses disciples qui soutenaient de leurs mains ses membres affaiblis, il rendit le dernier souffle en prononçant des paroles de prière.

3. Ce jour-là, deux de ses frères, l'un étant resté en sa cellule et l'autre se trouvant au loin, eurent la révélation d'une même et unique vision : ils virent qu'une voie recouverte de tissus précieux et illuminée de lampes innombrables, s'étendait de sa cellule jusqu'au ciel, empruntant un chemin tout droit, à l'Orient. Au sommet se tenait un homme brillant, majestueusement vêtu, qui leur demanda : "Cette voie que vous contemplez, de qui est-elle ?" Ils reconnurent qu'ils ne le savaient pas. Alors il leur dit : "C'est la voie par laquelle Benoît, le bien-aimé de Dieu, est monté au ciel." La mort du saint homme donc, les disciples présents la virent de leurs yeux tandis que les absents en eurent connaissance grâce au signe qui leur avait été prédit.

4. Il fut enseveli dans l'Oratoire de Saint-Jean-Baptiste que lui-même avait construit sur les ruines de l'autel d'Apollon.
 
 

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XXXVIII - Une pauvre femme guérie dans la grotte de saint Benoît.

 

1. Il brille par ses miracles, également dans cette grotte de Subiaco (Sous-le-lac), où il habita tout d'abord et cela jusqu'à nos jours encore, à condition que la foi des demandeurs "l'exige". Récemment en effet s'est produit ce fait que je te raconte : une femme, aliénée mentalement avait complètement perdu la raison. Nuit et jour, elle errait par monts et par vaux, à travers champs et forêts, ne s'arrêtant pour se reposer que là où la fatigue l'y contraignait. Or un jour, après avoir très longtemps erré en vagabonde, elle aboutit à la grotte du saint homme, le bienheureux Benoît, et là, sans rien savoir, elle entra et y demeura. Le matin venu, elle en sortit, pleinement rétablie dans son bon sens, comme si aucune démence ne l'avait jamais tenue captive. Et tout le reste de sa vie, elle conserva cette bonne santé dont elle avait reçu la grâce.

2. Pierre : Que disons-nous donc en ce qui concerne ainsi la protection des martyrs : nous avons le sentiment que tout se passe comme s'ils montraient leurs bienfaits non pas tant par leurs corps que par leurs reliques, de sorte qu'ils font de plus grands miracles là où ils ne gisent pas avec leur propre corps. ?

3. Grégoire : Il n'y a pas l'ombre d'un doute, Pierre, que là où gisent les corps des saints martyrs, ils peuvent se manifester par de nombreux signes, et c'est bien ce qu'ils font : à ceux qui viennent demander quelque chose avec un cœur pur, ils font voir des miracles innombrables. Mais comme il y a des esprits faibles qui pourraient douter qu'ils sont présents pour les exaucer là où il est évident qu'ils ne sont pas corporellement, il leur est nécessaire de montrer de plus grands signes là où un esprit faible pourrait douter de leur présence. Quant à ceux dont l'esprit reste solidement fixé en Dieu, leur foi est d'autant plus méritante, sachant que d'une part, ils ne gisent pas là avec leurs corps, et que d'autre part ils ne manquent pas pour autant de les exaucer.

4. C'est pourquoi la Vérité elle-même a dit, pour augmenter la foi de ses disciples : "Si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne vient pas à vous." Or, il est certain que l'Esprit Paraclet procède toujours du Père et du Fils : Pourquoi donc le Fils dit-il qu'Il se retirera afin qu'Il vienne, Lui qui ne s'éloigne jamais du Fils ? Mais comme les disciples, voyant le Seigneur dans la chair, avaient soif de le voir toujours avec les yeux du corps, il leur dit à juste titre : "Si je ne m'en vais pas, le Paraclet ne vient pas" ; c'est comme s'Il leur disait plus explicitement : "Si je ne me retire pas corporellement, je ne puis vous montrer quel est l'amour de l'Esprit et si vous ne cessez pas de me regarder corporellement, jamais vous n'apprendrez à m'aimer spirituellement."

5. Pierre : Ce que tu dis là me plaît !

Grégoire : Il nous faut cesser un moment de parler car si nous désirons raconter les miracles d'autres saints personnages, un temps de silence réparateur refera nos forces pour parler à nouveau.
 
 

Fin du Livre Second

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Appendice du Livre III

XVI - L'ermite Martin et saint Benoît.

 

1. Récemment, dans la province de Campanie, un homme très vénérable du nom de Martin se mit à vivre en solitaire sur un mont. J'ai appris beaucoup de choses à son sujet du Pape Pélage, mon prédécesseur de bienheureuse mémoire, ainsi que d'autres hommes très religieux qui m'en ont fait le récit.

2. Au début, lorsqu'il alla vivre sur ce mont, il ne vivait pas encore enfermé dans sa grotte mais il s'attacha le pied avec une chaîne de fer dont il fixa l'autre bout à un rocher, de sorte qu'il ne lui soit pas loisible de s'avancer au-delà de l'espace délimité par sa chaîne tendue. Ce qu'entendant, l'homme de sainte vie, Benoît, dont j'ai fait ci-dessus mémoire, prit soin de lui faire dire par son disciple : "Si tu es serviteur de Dieu, que ce ne soit pas une chaîne de fer, mais la chaîne du Christ qui te tienne (non catena ferri, sed catena Christi)". A ces mots, sur-le-champ, Martin se défit de son entrave, mais jamais, par la suite, il n'étendit son pied devenu libre plus loin que l'endroit où il avait l'habitude de l'étendre lorsqu'il était attaché, et dès lors, il se força à rester, sans chaîne, dans le même espace que celui où, autrefois, il demeurait enchaîné.

La tradition française veut que les reliques de saint Benoît et celles de sa sœur aient été transférées en France en 703. Un des premiers Abbés de Fleury-sur-Loire, non loin d'Orléans, ayant appris l'état d'abandon du monastère du Mont-Cassin après sa destruction par les Lombards avait conçu ce projet . Les examens récents des reliques paraissent confirmer cette thèse.

Pour des ressources graphiques sur saint Benoît, cliquez ici!


 

Deo Gratias!

Le présent travail a été achevé par Fr. Paul de CORNULIER, OSB, en la fête de sainte Scholastique, le 10 février 1999.

Priez pour Lui!

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