ANNONCIATION

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ANNONCIATION
FRANCOIS DE PAULE
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LE  XXV  MARS. L'ANNONCIATION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE.

 

Cette journée est grande dans les annales de l’humanité ; elles est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l'anniversaire du plus solennel événement qui se soit accompli dans le temps. Aujourd'hui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, s'est fait chair au sein d'une Vierge, et il a habité parmi nous (1). Suspendons en ce jour nos saintes tristesses; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s'abaisse, rendons grâces au Père qui a aimé le monde jusqu'à lui donner son Fils unique (2), et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère Au sein même de l'austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël; encore neuf mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.

Dans la semaine de la Septuagésime, nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l'homme. Nos cœurs ont été glacés d'effroi au bruit de cette

 

1. JOHAN.  I, 14. —  2. Ibid.  III, 16.

 

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malédiction dont les effets sont arrives sur nous, et doivent se taire sentir jusqu'au dernier jour du monde. Cependant, une espérance s'est fait jour

dans notre aine ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brille (1) tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrite dire au serpent infernal qu'un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d'une femme lui porterait ce coup terrible.

Le moment est venu où le Seigneur va remplir l'antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l'effet ; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s'éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l'engagement qu'elle daigna prendre avec l'homme. Le sang du Messie a passé d'Adam à Noé; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob; de David et Salomon à Joachim; il coule maintenant dans les veines de Marie, tille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Seigneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent; et c'est aujourd'hui que cette tille d'Eve va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l'abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l'ennemi de sa gloire et du genre humain.

La tradition apostolique a signalé à la sainte Eglise le vingt-cinq mars, comme le jour qui vit s'accomplir  l'auguste mystère1. Ce fut à l'heure

 

1. August. De Trinit. Lib. IV, cap. V.

 

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de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Evêque martyr du II° siècle, fidèle écho de l'enseignement des Apôtres, saint Irenée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d'Eden (1).

Dans le jardin des délices, c'est une vierge qui se trouve en présence d'un ange, et un colloque s'établit entre l'ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s'établit entre eux; mais l'ange du Paradis terrestre est un esprit de ténèbres, et celui de Nazareth est un esprit de lumière Dans les deux rencontres, c'est l'ange qui prend le premier la parole. « Pourquoi, dit l'esprit maudit à la première femme, pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres de ce jardin? » On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l'image de Dieu.

Voyez au contraire l'ange de lumière avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Eve ! avec quel respect il s'incline devant cette fille des hommes ! « Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes » Qui ne reconnaît l'accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix ! Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.

 

1. Adv. haeres. Lib. V, cap XIX.

 

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La femme d'Eden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur; elle s'empresse de répondre. Sa curiosité l'engage dans une conversation avec celui qui l'invite à scruter les décrets de Dieu. Elle n'a pas de défiance à l'égard du serpent qui lui parle, tout à l'heure, elle se défiera de Dieu même.

Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l'Eglise, demeure dans le silence. Elle se demande d'où peuvent venir ces éloges dont elle est l'objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie; et l'envoyé céleste n'obtiendra pas d'elle une parole qu'il n'ait éclairci sa mission par la suite de son discours. « Ne craignez pas, ô Marie, dit-il à la nouvelle Eve: car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, et il sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n'aura pas de fin. »

Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu ! quel objet plus digne de la noble ambition d'une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l'heureuse mère du Messie? Cependant, Marie n'est pas tentée par tant d'honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l'amour; la destinée la plus glorieuse qu'elle ne pourrait obtenir qu'en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son âme. « Comment cela pourrait-il se faire, répond-elle à l'Ange, puisque je ne connais pas d'homme? »

La première Eve ne montre pas ce calme, ce

 

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désintéressement. A peine l'ange pervers lui a-t-il assuré qu'elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d'entrer par la science en participation delà divinité même: tout aussitôt, elle est subjuguée. L'amour d'elle-même lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance; elle est heureuse de se voir affranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.

Telle se montre cette femme qui nous a perdus; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d'elle-même; la seconde s'oublie, pour ne songer qu'aux droits de Dieu sur elle. L'Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin « L'Esprit-Saint, lui dit-il, surviendra en vous; la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre; et c'est pour cela que ce qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Elisabeth votre cousine a conçu un fils, malgré sa vieillesse ; celle qui fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois: car rien n'est impossible à Dieu. » L'Ange arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.

Reportons nos regards sur la vierge d'Eden. A peine l'esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu'elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu ; elle aspire à l'indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s'avance pour le cueillir; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d'elle : mort de l'âme par le péché qui éteint la lumière de vie; mort du corps qui séparé du principe

 

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d'immortalité, devient désormais un objet de honte  et de confusion, en attendant qu'il tombe en poussière.

Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons a Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l'Ange ; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l'assure que l'ineffable bonheur de se sentir Mère d'un Dieu lui est réservé, à elle humble tille de l'homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s'incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé: « Voici  la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole ».

Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irenée, répétée par toute la tradition chrétienne, l'obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première ; car la Vierge de Nazareth n'a pas plus tôt dit: Qu'il me soit fait, Fiat, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait cette parole, se rend présent, par l'opération de l'Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d'un Dieu; et c'est l'acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l'ineffable vertu de l'Esprit-Saint. Mystère sublime qui établit des relations de fils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d'assurer son triomphe contre L'esprit infernal, dont l'audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu'alors contre le plan divin !

Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui

 

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offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa tête orgueilleuse qui en est brisée. Eve se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu n'a pas choisi l'homme pour cette vengeance : l'humiliation de Satan n'eût pas été assez profonde. C'est la première proie de l'enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d'un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d'un désespoir éternel, en songeant au malheur qu'il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé; et dans les hauteurs du ciel, les Chérubins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d'exécuter les moindres désirs de cette femme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes

C'est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l'obéissance de Marie, nous saluons aujourd'hui l'aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons: « La race des forts avait disparu d'Israël, jusqu'au jour où s'éleva Debbora, où parut celle qui est la mère dans Israël. Le Seigneur a inauguré un nouveau genre de combat; il a forcé les portes

 

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de son ennemi (1). » Prêtons l'oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour: « Célébrez le Seigneur notre Dieu, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en lui. C'est en moi, sa servante, qu'il a accompli la miséricorde promise à la maison d'Israël ; c'est par ma main qu'il a immolé, cette nuit même, l'ennemi de son peuple. Le Seigneur tout-puissant a  frappé cet ennemi; il l'a livré aux mains d'une  femme, et il l'a percé de son glaive (2). »

 

1. Judic. V, 7, 8. — 2. Judith, XIII, 17, 18, XVI, 7.

 

AUX PREMIÈRES VÊPRES.

 

Lorsque la fête de l'Annonciation tombe un autre jour que le lundi, les premières Vêpres de cette solennité sont célébrées avant midi, selon l'usage du Carême dans les jours de jeûne; mais si la fête arrive le lundi, cet Office se célèbre à l'heure ordinaire des Vêpres, et l'on fait seulement commémoration du Dimanche, par l'Antienne  de  Magnificat et par l'Oraison.

L'Office des premières Vêpres est toujours comme l'ouverture de la fête; et l'Eglise aujourd'hui emprunte la matière de ses chants au récit de l'Evangéliste qui nous a transmis le sublime dialogue de l'Ange et de la Vierge. Les Psaumes sont ceux que la tradition chrétienne a consacres à la célébration des grandeurs de Marie, et dont nous avons ailleurs expliqué l'intention.

 

 

1 Ant. Missus est Gabriel  Angelus ad Mariam Virginem desponsatam Joseph.

 

 

1. Ant. L’Ange Gabriel fut envoyé à la  Vierge Marie, qui était l'épouse de Joseph.

 

 

 

 

Psaume CIX. Dixit Dominus, page 113.

 

 

2 Ant. Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum benedicta tu in mulieribus.

 

2. Ant. Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes.

 

 

 

Psaume CXII. Laudate pueri, page 116.

 

 

3. Ant. Ne timeas, Maria; invenisti gratiam apud Dominum : ecce concipies, et paries filium.

 

 

3. Ant. Ne craignez point, Marie : car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur; voici que vous concevrez et enfanterez un fils.

 

 

 

PSAUME CXXI.

 

 

Laetatus sum in his quæ dicta sunt mihi : * In domum Domini ibimus.

 

Stantes erant pedes nostri * in atriis tuis, Jerusalem.

 

 

Jerusalem quæ œdificatur ut civitas : * cujus participatio ejus in idipsum.

 

 

 

Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini * testimonium Israël ad confitendumNomini Domini.

 

 

Quia illic sederunt sedes in judicio : * sedes super domum David.

 

 

Rogate quae ad pacem sunt Ierusalem: * et abundantia diligentihus te.

 

 

Fiat pax in virtute tua : * et abundantia in turribus tuis.

 

 

Propter fratres meos et proximos meos : * loquebar pacem de te.

 

 

Propter domum Domini Dei nostri : * quæsivi bona tibi.

 

 

4. Ant. Dabit ei Dominus sedera David patris ejus, et regnabit in æternum.

 

 

Je me suis réjoui quand on m'a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.

 

Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! nos cœurs dans votre amour, ô Marie !

 

Marie semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.

 

C'est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l'ordre qu'il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.

 

Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David; et Marie est la fille des Rois

 

Demandez à Dieu,  par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment, ô Eglise !

 

Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, 0 nouvelle Sion ! et l'abondance dans tes forteresses.

 

Moi, la fille d'Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.

 

Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu , j'ai appelé sur toi tous les biens.

 

4. Ant. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement.

 

 

 

PSAUME  CXXVI.

 

 

Nisi Dominus aedificaverit domum : * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.

 

Nisi Dominus custodierit civitatem : * frustra vigilat qui custodit eam.

 

Vanum est vobis an te lucem surgere : * surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris.

 

Cum dederit dilectis suis somnum : * ecce heredites Domini, filii, merces, fructus ventris.

 

 

 

Sicut sagittae in manu potentis : * ita filii excussorum.

 

 

Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis : * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.

 

 

5. Ant. Ecce ancilla Domini : fiat mihi secundum verbum tuum.

 

 

Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.

 

Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.

 

En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.

 

Le Seigneur aura donné un sommeil tranquille à ceux qu'il aime : des fils, voilà l'héritage que le Seigneur leur destine; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.

 

Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l'on opprime.

 

Heureux l'homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.

 

5. Ant. Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole.

 

 

 

 

 

PSAUME CXLVII.

 

 

Lauda, Jerusalem, Dominum : * lauda Deum tuum, Sion.

 

 

Quoniam confortavit seras portarum tuarum :* benedixit filiis tuis in te.

 

 

Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.

 

 

Qui emittit eloquium sum terræ : * velociter currit sermo ejus.

 

 

Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.

 

 

Mittit crystallumsuam sicut buccellas: * ante faciem frigoris ejus quis sustinebit ?

 

 

Emittet Verbum suum, et liquefaciet ea : * flabit Spiritus ejus, et fluent aquæ.

 

 

 

Qui annuntiat Verbum suum Jacob : * justifias, et judicia sua Israël.

 

Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.

 

 

 

Marie, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur ; Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.

 

C'est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

 

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.

 

Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.

 

Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.

 

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle  répand ?

 

Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

 

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

 

Jusqu'aux jours où nous sommes, il n'avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.

 

 

 

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CAPITULE. (Isai. VII.)

 

 

Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciat reprobare malum, et eligere bonum.

 

 

 

Voici qu'une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien.

 

 

 

HYMNE.

 

 

Ave maris Stella,
Dei Mater alma,
Atque semper Virgo,
Felix cœli porta.

 

Sumens illud Ave
Gabrielis ore,
Funda nos in pace,
Mutans Evæ nomen.

 

Solve vincla reis,
Profer lumen caecis,
Mala nostra pelle,
Bona cuncta posce.

 

Monstra te esse Matrem,
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus,
Tulit esse tuus,

 

Virgo singularis,
Inter omnes mitis :

Nos culpis solutos,
Mites fac et castos.

 

Vitam præsta puram,
Iter para tutum,
Ut videntes Jesum,
Semper collaetemur.

 

Sit laus Deo Patri,
Summo Christo decus,
Spiritui Sancto,
Tribus honor unus.
Amen.

 

V/.  Ave, Maria,  gratia plena.

 

R/. Dominus tecum.

 

 

Salut, astre des mers,
Mère de  Dieu féconde !
Salut, ô toujours Vierge,
Porte heureuse du ciel !

 

Vous qui de Gabriel
Avez reçu l’ Ave,
Fondez-nous dans la paix,

Changeant le nom d'Eva.

 

Délivrez les captifs,
Eclairez les aveugles,
Chassez loin tous nos maux,
Demandez tous les biens.

 

Montrez en vous la Mère,
Vous-même offrez nos vœux
Au Dieu qui, né pour nous,
Voulut naître de vous.

 

O Vierge  incomparable,
Vierge douce entre toutes!

Affranchis du péché,
Rendez-nous doux et chastes.

 

Donnez vie innocente
Et sûr pèlerinage,
Pour qu'un jour soit Jésus
Notre liesse à tous.

 

Louange à Dieu le Père,

Gloire au Christ souverain ;

Louange au Saint-Esprit ;

Aux trois un seul hommage.

Amen.

 

V/. Salut, Marie, pleine de grâce.

 

R/. Le Seigneur  est avec vous.

antienne de Magnificat.

 

 

 

ANTIENNE DE Magnificat

 

 

Spiritus Sanctus in te descendet, Maria,  et virtus  Altissimi  obumbrabit tibi.

 

L'Esprit-Saint descendra en vous, Marie; et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre.

 

 

 

ORAISON

 

 

Deus, qui de beatae Mariae Virginis utero Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti : præsta supplicibus tuis ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus. ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Pereumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

 

O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prit chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

 

A LA MESSE.

 

La sainte Eglise emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l'union de l'Epoux et de l'Epouse. A l'Introït, elle salue en Marie la Reine du genre humain, devant laquelle toute créature doit s'incliner. La virginité a préparé en Marie la Mère d'un Dieu; cette vertu sera imitée dans l'Eglise; et chaque génération enfantera de nombreux essaims de vierges, qui marcheront sur les traces de celle qui est leur mère et leur modèle.

 

INTROÏT.

 

 

Vultum tuum deprecabuntur omnes divites plebis : adducentur Regi virgines post eam : proximæ ejus adducentur tihi in laetitia et exsultatione.

 

 

Ps. Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opera mea Regi. Gloria. Vultum tuum.

 

 

Tous les puissants de la terre imploreront votre regard. A votre suite viendront des chœurs de vierges, vos compagnes ; elles seront présentées au Roi dans la joie et l'allégresse.

 

Ps. Mon cœur éclate en un cantique excellent ; c'est à la gloire du Roi que je consacre mon oeuvre. Gloire au Père. Tous les puissants.

 

 

 

Dans la Collecte, l'Eglise se glorifie de sa loi dans la maternité divine, et réclame, à ce titre, l'intercession toute-puissante de Marie auprès de Dieu. Ce dogme fondé sur le fait qui s'accomplit aujourd'hui est la base de notre croyance, le fon-dementdu divin mystère de l'Incarnation.

 

COLLECTE.

 

 

Deus, qui de  beatæ Mariae Virginis utero,  Verbum  tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti : praesta sunplicibus tuis ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

 

O Dieu, qui avez voulu que  votre Verbe prît chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

 

On fait ensuite mémoire du Carême par la Collecte du jour.

 

EPÎTRE.

 

 

Lectio Isaias Prophetae. Cap. VII.

 

In diebus illis : Locutus est Dominus ad Achaz, dicens : Pete tibi signum a Domino Deo tuo, in profundum inferni, sive in excelsum supra. Et dixit Achaz . Non petam, et non tentabo Dominum. Et dixit : Audite ergo domus David: Numquid parum vobis est, molcstos esse hominibus, quia molesti estis et Deo meo ? Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum. Ecce Virgo concipiet, et pariet filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciât reprobare malum et eligere bonum

 

 

 

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. VII.

 

En ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz, et lui dit : Demande au Seigneur ton Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : Je n'en demanderai point, et ne tenterai point ie Seigneur. Et Isaïe dit : Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous délasser la patience des hommes, qu'il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voici qu'une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien.

 

 

 

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C'est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui offrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s'accomplit aujourd'hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C'est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde: qu'une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir  des peuples En ce jour où un si profond mystère s'est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L'auteur des lois de la nature les suspend pour agir lui-même; la virginité et la maternité s'unissent dans une même créature : c'est qu'un Dieu va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu'un Dieu : c'est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous.

Adorons dans son infirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu'il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de l’Homme: neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l'humanité: car il est l'homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l'ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour participants de la nature divine (1).

 

1. II PETR. I, 4.

 

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Dans le Graduel, l'Eglise chante avec David la beauté de l'Emmanuel, son règne et la force de son bras : car il vient dans l'humilité pour se relever dans la gloire : il descend pour combattre et pour triompher.

 

GRADUEL.

 

 

Diffusa est gratia in labiis tuis: propterea benedixit te Deus in æternum.

 

 

V/. Propter veritatem, et mansuetudinem, et justitiam : et deducet te mirabiliter dextera tua.

 

 

La grâce est répandue sur vos lèvres; c'est pourquoi Dieu vous a béni pour l'éternité.

 

V/. Vous régnerez par la vérité, par la mansuétude et la justice ; et votre bras accomplira des prodiges admirables.

 

 

 

L'Eglise continue d'employer le même cantique dans le Trait, mais c'est pour célébrer les grandeurs de Marie, Vierge et Mère. L'Esprit-Saint l’a aimée pour son incomparable beauté: aujourd'hui il la couvre de son ombre, et elle conçoit divinement. Quelle gloire est comparable à celle de Marie,en qui se complaît la Trinité tout entière? Dans l'ordre de la création, la puissance de Dieu ne saurait produire rien de plus élevé qu'une Mère de Dieu. David nous montre son heureuse fille recevant les hommages des grands de la terre, et entourée d'une cour toute composée de vierges dont elle est le modèle et la reine. Ce jour est aussi le triomphe de la virginité, qui se voit élevée jusqu'à la maternité divine; aujourd'hui Marie relève son sexe de l'esclavage, et lui ouvre la voie à toutes les grandeurs.

 

TRAIT.

 

 

Audi, filia, et vide, et inclina aurem tuam : quia concupivit Rex speciem tuam.

 

 

V/. Vultum tuum deprecabuntur omnes divitus plebis : filias regum in honore tuo.

 

V/. Adducentur Regi virgines post eam : proximae ejus afferentur tibi.

 

 

V/. Adducentur in laetitia et exsultatione : adducentur in templum Regis.

 

 

Ecoutez, ô ma fille ! voyez et  prêtez l'oreille :  car le Roi est épris d'amour pour votre beauté.

 

V/. Tous les puissants de la terre imploreront vos regards ; les filles des rois formeront votre cour d'honneur.

 

V/. A votre suite viendront des chœurs de vierges ; vos plus proches compagnes seront présentées au Roi.

 

V/. Elles seront amenées dans la joie et l'allégresse; elles seront introduites dans le temple du Roi.

 

 

 

568

 

EVANGILE.

 

 

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap.I.

 

In illo tempore : Missus est Angelus Gabriel a Deo in civitatem Galilæae, cui nomen Nazareth, ad virginem des-ponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de do-mo David : et nomen virginis, Maria. Et ingressus Angelus ad eam, dixit : Ave gratia plena ; Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus. Quœ cum audisset, turbata est in sermoneejus : et cogitabat qualis esset ista salutatio. Et ait Angelus ei : Ne timeas. Maria : invenisti enim gratiam apud Deum. Ecce concinies in utero, et paries filium : et vocabis  nomen  ejus  Jesum. Hic erit magnus : et Filius Altissimi vocabitur. Et dabit illi Dominus Deus sedem David patris ejus : et regnabit in domo Jacob in aeternum; et regni ejus non erit finis. Dixit autem Maria ad Angelum : Quomodo fiet istud ? quoniam virum non cognosco. Et respondens Angelus, dixit ei : Spiritus Sanctus superveniet in te ; et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. Et ecce Elisabeth cognata tua : et ipsa concepit filium in senectute sua. Et hic mensis sextus est illi, quæ vocatur sterilis : quia non erit impossibile apud Deum omne verbum. Dixit au tem Maria : Ecce ancilla Domini : fiat mihi secundum verbum tuum.

 

 

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. I.

 

En ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce! le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes. Elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit: Ne craignez point, Marie : car vous avez trouve grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un  fils,  et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n'aura point de fin. Alors Marie dit à l'Ange : Comment cela se fera-t-il : car je ne connais point d'homme. Et l'Ange lui répondit : L’Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisabeth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile : car rien n'est impossible à Dieu. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole.

 

 

 

 

Par ces dernières paroles, ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge! ô Mère ! bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Ailles les actions de grâces du genre humain Par vous, notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l'homme sur son ennemi. « Réjouis-toi, ô Adam, notre père, mais triomphe surtout, toi notre mère, ô Eve ! vous qui, ancêtres de nous tous, fûtes aussi envers nous tous des auteurs de mort : meurtriers de votre race avant d'en être les pères. Consolez-vous désormais en cette noble tille qui vous est donnée ; mais, toi surtout, ô Eve! sèche tes pleurs: toi de qui le mal sortit au commencement, toi qui jusqu'aujourd'hui avais communiqué ta disgrâce à ton sexe tout entier. Voici l'heure où cet opprobre va disparaître, où l'homme va cesser d'ace voir droit de se plaindre de la femme. Un jour, cherchant à excuser son propre crime, il fit tout aussitôt peser sur elle une accusation cruelle: « La femme que j'ai reçue de vous, dit-il à Dieu, cette femme m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé. O Eve, cours donc à Marie; ù mère, réfugie-toi près de ta fille. C'est la fille qui va répondre pour la mère; c'est elle qui va a enlever la honte de sa mère, elle qui va satisfaire pour la mère auprès du père : car si c'est par la femme que l'homme est tombé, voici qu'il ne peut plus se relever que par la femme. Que disais-tu donc, ô Adam? La femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit ; et j'en ai mangé. Ces paroles sont mauvaises ; elles augmentent ton péché; elles ne l'effacent pas. Mais la divine Sagesse a vaincu ta malice; elle a pris dans le trésor de son inépuisable bonté le moyen o de te procurer un pardon qu'elle avait essayé de te faire mériter, en te fournissant l'occasion de répondre dignement à la question qu'elle t'adressait. Tu recevras femme pour femme: une femme prudente pour une femme insensée ; une femme humble pour une femme orgueilleuse ; une femme qui, au lieu d'un fruit de mort, te présentera l'aliment de la vie ; qui, au lieu d'une nourriture empoisonnée, enfantera pour toi le  fruit des délices éternelles. Change donc en paroles d'actions de grâces ton injuste excuse, etdis maintenant: Seigneur, la femme que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit de l'arbre de vie, et j'en ai mangé ; et ce fruit a été doux à ma bouche : car c'est en lui que vous m'avez rendu  la vie (1).  »

A l'Offertoire, la sainte Eglise salue Marie avec les paroles de l'Ange, auxquelles elle réunit celles que prononça Elisabeth, lorsque celle-ci s'inclina devant la Mère de son Dieu.

 

OFFERTOIRE.

 

Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris lui.

 

Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.

 

 

L'Eglise rend un nouvel hommage, dans la Secrète, au dogme de l'Incarnation, en confessant la réalité des deux natures, divine et humaine, en Jésus Christ, Fils de Dieu et fils de Marie.

 

SECRÈTE.

 

 

In mentibus nostris,quæsumus Domine, verae fidei sacramenta confirma : ut, qui conceptum de Virgine Deum verum et hominem confitemur, per ejus salutiferae resurrectionis potentiam, ad æternam mereamur pervenire lattitiam. Pereumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

 

Daignez, Seigneur, confirmer dans nos âmes les mvstères de la vraie foi ; afin que nous, qui confessons qu'un homme-Dieu véritable a été conçu d'une Vierge, nous méritions, par la vertu de sa résurrection salutaire, la grâce de parvenir à la félicité éternelle. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

 

 

On fait ensuite mémoire du Carême par la Secrète du jour.

 

1. Bernard. Homil. II super Missus est.

 

 

572

 

La solennité de la fête oblige l'Eglise à suspendre aujourd'hui la Préface du Carême, et à lui substituer celle qu'elle emploie aux Messes de la très sainte Vierge.

 

PRÉFACE.

 

 

Vere dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens, ceterne Deus : Et te in Annuntiatione beatae Maria semper virginis collaudare, benedicere, et predicare. Qure et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit, et virginitatis gloria permanente, lumen sternum mundo effudit Jesum Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates, Cœli ecelorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur, supplici confessione dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.

 

 

C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux; spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en l'Annonciation de la bienheureuse Marie, toujours vierge. C'est elle qui a conçu votre Fils unique par l'opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donne au monde la Eumière éternelle, Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l'adorent, les Puissances la revêtent en tremblant, les Cieuxet les Vertusdescieux, et les heureux Séraphins, la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! Saint ! Saint !

 

 

L'Antienne de la Communion reproduit les paroles de l'oracle divin que nous avons lu dans l'Epître. C'est une Vierge qui a conçu et enfante celui qui, étant Dieu et homme, est aussi le Pain vivant descendu du ciel, et par lequel Dieu est avec nous et en nous.

 

COMMUNION.

 

 

Ecce Virgo concipiet, et pariet filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel.

 

Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera nommé Emmanuel.

 

 

Dans la Postcommunion, l'Eglise rappelle en action de grâces tous les mystères qui, pour notre salut, sont sortis de celui qui s'accomplit aujourd'hui. Après L'Incarnation qui unit le Fils de Dieu à La nature humaine, nous avons eu la Passion de ce divin Rédempteur; et sa Passion a été suivie de sa Résurrection, par laquelle il a triomphé de la mort, notre ennemie.

 

POSTCOMMUNION.

 

Gratiam tuam, quaesumus Domine, mentibus nostris infunde : ut qui Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus; per Passionem ejus et Crucem, ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

 

RÉPANDEZ, s'il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos âmes ; afin que nous qui avons connu par la voix de l'Ange l'Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

 

On fait ensuite mémoire du Carême par  la Postcommunion du jour.

 

AUX SECONDES VÊPRES.

 

Les Antiennes, les Psaumes,le Capitule. l'Hymne et le Verset, sont les mêmes qu'aux premiè tes Vêpres, pages 558 et suivantes. L'Antienne de Magnificat est seule différente.

 

ANTIENNE DE Magnificat.

 

 

Gabriel Angelus locutus est Maria; dicens : Ave, gratia plena, Dominus tecum ; benedicta tu in mulieribus.

 

 

L'Ange Gabriel parla à Marie, et lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes.

 

 

 

ORAISON.

 

 

Deus, qui de beatæ Mariae Virginis utero, Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti praesta supplicibus tuis ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

 

 

O Dieu, qui avez voulu que votre Verbe prît chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

 

Réunissons maintenant, comme dans un concert unanime, les diverses Liturgies qui célèbrent chacune avec leur accent propre le grand mystère qui fait aujourd'hui la joie de l'Eglise. Nous écouterons d'abord la sainte Eglise Romaine qui, à l'Office des Matines, chante ainsi à l'honneur de Marie Mère de Dieu.

 

HYMNE.

 

 

Quem terra, pontus, sidera

Colunt, adorant, proedicant,
Trinam regentem machinam,
Claustrum  Maria bajulat.

 

Cui luna, sol, et omnia
Deserviunt per tempora,
Perfusa caeli gratia,
Gestant puellæ viscera.

 

Beata Mater, munere
Cujus supernus artifex,
Mundum pugillo continens,
Ventris sub arca clausus est.

 

 

Beata cœli nuntio,
Fœcunda Sancto Spiritu,
Desideratus gentibus
Cujus  per alvum fusus est.

 

Jesu, tibi sit gloria,
Qui natus es de Virgine ;
Cum Patre, etalmo Spiritu,
In sempiterna sæcula. Amen.

 

 

Celui que la terre, la mer et les cieux vénèrent, adorent et célèbrent ; celui qui gouverne les trois régions de cet univers, Marie le porte dans son sein.

 

Celui auquel obéissent le soleil, la lune et tous les astres, dans les révolutions qu'il leur a fixées, le sein d’une jeune fille rendue féconde par la grâce céleste le contient aujourd'hui.

 

Heureuse Mère, au sein de laquelle s'est renfermé, comme dans un sanctuaire, le suprême ouvrier qui tient le monde dans sa main.

 

Heureuse par le message céleste, féconde par l'opération de l'Esprit-Saint, c'est d'elle qu'est sorti le Désiré des nations.

 

 

A vous soit gloire, ô Jésus, fils de la Vierge ! gloire au Père, et à l'Esprit divin, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

 

Le moyen âge des Eglises latines employait à la Messe de l'Annonciation la Prose suivante eue l'on attribue à Pierre Abailard.

 

SÉQUENCE.

 

 

Mittit ad Virginem
Non quem vis Angelum,
Sed Fortitudinem
Suum Archangelum,
Amator hominis.

 

Fortem expediat
Pro nobis nuntium,
Naturae faciat
Ut præjudicium
In partu Virginis.

 

Naturam superet
Natus Rex gloris :

Regnet et imperet,
Et zyma scoriæ
Tollat de medio.

 

Superbientium
Terat fastigia :

Colla subhmium
Calcet vi propria,
Potens in praelio.

 

Foras ejiciat
Mundanum principem
Secumque faciat
Matrem participem
Patris imperii.

 

Exi qui mitteris,
Hæc dona dissere :
Revela veteris
Velamen litteræ
Virtute nuncii.

 

Accede, nuncia :
Dic : Ave, cominus,
Dic : Plena gratia,
Dic : Tecum Dominus,
Et dic : Ne timeas.

 

Virgo suscipias
Dei depositum,
In quo perficias
Casta propositum,
Et votum teneas.

 

Audit et suscipit
Puella nuntium :

Credit et concipit,
Et parit Filium,
Sed admirabilem.

 

Consiliarium Humani generis :
Deum et hominem,

Et Patrem posteris,
In pace stabilem.

 

Cujus stabilitas
Nos reddat stabiles,
Ne nos labilitas
Humana labiles
Secum praecipitet.

 

Sed dator venins
Concessa venia,
Per matrem gratia;
Obtenta gratia,
In nobis habitet.

 

Qui nobis tribuat
Peccati veniam :
Reatus deleat,
Donet et patriam
In arce siderum. Amen.

 

 

Dans son amour pour l’homme, Dieu députe à la Vierge, non un Ange ordinaire, mais l'Archange appelé Force de Dieu.

 

 

Qu'il se hâte d'envoyer pour nous le vaillant messager ; que la nature soit vaincue par l'enfantement d'une vierge.

 

 

 

Que le Roi de gloire, dans sa naissance, triomphe de la chair; qu'il règne et commande ; qu'il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché.

 

 

Qu'il foule aux pieds le faste des fronts superbes; qu'il marche dans sa force sur les têtes altières. le Dieu puissant dans les combats.

 

 

Qu'il chasse dehors le prince du monde ; qu'il partage avec sa Mère le commandement qu'il exerce avec le Père.

 

 

Pars, Ange, annonce ces biens; et par ton puissant message, lève le voile de la lettre antique.

 

 

 

 

Approche d'elle, et parle ; dis-lui en face : Je vous salue. Dis-lui : O pleine de grâce. Dis: Le Seigneur est avec vous. Dis encore : Ne craignez point.

 

 

Recevez, ô Vierge ! le dépôt de Dieu , par lui vous consommerez votre chaste dessein, et votre vœu demeurera intact.

 

 

 

La Vierge entend, et accepte le message; elle croit, elle conçoit, elle enfante un fils, un fils admirable,

 

 

 

Le Conseiller de la race humaine, le Dieu-homme, le Père du siècle futur, l'immuable pacificateur.

 

 

Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité, de peur que l'humaine faiblesse n'entraine dans l'abîme nos pas indécis.

 

 

 

Mais que l'auteur du pardon, qui est le pardon lui-même, que la grâce obtenue par la mère de grâce, daigne habiter en nous.

 

 

Qu'il nous octroie la remise de nos péchés : qu'il efface nos méfaits ; qu'il nous donne une patrie dans la cité du ciel. Amen.

 

 

La Liturgie Ambrosienne nous fournit cette belle Préface qu'elle emploie à la célébration du mystère d'aujourd'hui.

 

PREFACE.

 

 

Vere dignum et justum est, æquum et salutare : nos tibi, Domine Deus omnipotens, eratias agere, et cum tuæ invocatione virtutis, beatae Mariae Virginis testa celebrare : de cujus ventre fructus effloruit, qui panis angelici munere nos replevit. Quod Eva voravit in crimine, Maria restitua in salute.

Distat opus serpentis et virginis : inde fusa sunt venena discriminis ; hinc egressa mysteria Salvatoris. Inde se praebuit tentantis iniquitas ; hinc Redemptoris est opitulata majestas. Inde partus occubuit ; hinc Conditor resurrexit, a quo humana natura, non jam captiva, sed libera restituitur; quod Adam perdidit in parente, Christo recepit auctore.

 

 

 

Il est véritablement digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, Seigneur Dieu tout-puissant, et que nous implorions votre secours pour célébrer dignement la tête de la bienheureuse Vierge Marie, du sein de laquelle a fleuri ce fruit qui nous a rassasiés du Pain des Anges. Le fruit qu'avait dévore Eve dans sa désobéissance, Marie nous l'a rendu, en nous sauvant. Quelle dissemblance entre l'œuvre du serpent et celle de la Vierge ! De l'une sont provenus les poisons qui nous ont fait périr ; de l'autre sont sortis les mystères du Sauveur. Dans l'une, nous voyons l'iniquité du tentateur ; dans l'autre, la majesté du Rédempteur vient à notre secours. Par l'une, l'homme a succombé ; par l'autre, le Créateur a relevé sa gloire ; et la nature humaine affranchie de ses liens, a été rendue à la liberté; et ce qu'elle avait perdu par son père Adam, elle l'a recouvré par le Christ.

 

 

 

La Liturgie Mozarabe, qui, comme nous l'avons dit ailleurs, célèbre l'Annonciation de la très sainte Vierge le 18 décembre, consacre à ce mystère un grand nombre de belles Oraisons, entre lesquelles nous choisissons celle qui suit.

 

ORAISON.

 

 

Gratiam plenam habere te credimus, o Virgo Christi genitrix, et humani generis repa-ratrix, gloriosa Maria, quas tanta nobis gaudia pariendo contulisti, ut fructus ventris tui, qui est Christus Filius Dei, a dominio in nos saevientis eriperet inimici, et in regno æterno consortes faceret sibimetipsi. Proinde, quoesumus, te rogamus, ut adsis patrona nobis, ut et merito tuo nos filius tuus a delicto exsules reddat, et post in regno suo perenniter habitaturos introducat. Præsta nobis, ut qui te concupiscens sibi advocavit in Matrem, nobis concupiscentine suas opulentam largiatur dulcedinem. Amen.

 

 

Nous croyons que vous êtes pleine de grâce, ô Vierge mère du Christ, réparatrice du genre humain, glorieuse Marie ; vous qui par votre enfantement nous avez procuré tant de bonheur, puisque le fruit de vos entrailles, qui est le Christ, Fils de Dieu, nous a arrachés à l'empire de l'ennemi qui nous faisait sentir sa rage, et qu'il nous a rendu ses cohéritiers dans le royaume éternel. Nous vous prions donc,  nous  vous supplions d'être notre protectrice, afin que, par vos mérites, votre fils nous affranchisse du péché, et qu'il daigne nous donner accès dans son royaume, et nous en faire à son tour les éternels habitants. Vous qu'il a aimée et appelée à l'honneur d’être sa Mère, obtenez qu'il nous accorde la douceur et l'abondance de son amour. Amen.

 

 

 

579

 

La Liturgie grecque célèbre à son tour, et avec son abondance accoutumée, la gloire de Marie dans l'Incarnation du Verbe. Nous donnons l'Hymne suivante, qui fait partie de l'Office de la Vigile de l'Annonciation ; elle nous a semblé préférable à celles du jour de la Fête.

 

DIE XXIV MARTII.

 

 

TERRA, quæ magno hactenus dolore spinas germinasti, jam nunc age choreas et salta : ecce enim immortalis agricola, qui te a spinis maledictionis ezpurget, nunc appropinquat.

 

 

Sed et tu intaminata, o Virgo, tamquam vellus plane divinuin, te prepara excipiendo Numini, quod in te velut imber descendat, ut torrentes transgressionis præceptorum exsiccet.

 

Esto paratus, o divinae munditiae liber ; quippe tibi Sancti Spiritus digito insscribetur Sapientia divina sed incarnata, quæ insipientiæ mece prevaricationem e medio tollat.

 

O aureum item candelabrum, ignem recipe divinitatis ; ut per te  illuceat mundo, unaque nequitiarum nostrarum tenebras dissipet.

 

O magni Regis palatium,Virgo, auriumtuarum divina vestibule pande : jamjam enim ingredietur ad te ipsa Veritas Christus, ut habitet in medio tui.

 

O Agna incontaminata, Agnus Dei nostri, qui tollit peccata nostra, uterum tuum festinat intrare. Mystica etiam virga brevi germinabit florem divinum, de radiée Jessepalam exortum, ut loquitur Scriptura.

 

O vitis quoque Maria, compara te, ut per angelicam vocem fœcundata botrum quoque maturum, neque corruptioni obnoxium procrees.

 

O denique mons salve, quem Daniel prævidit in Spiritu, ex quo lapis ille spiritalis abscindetur, qui inanimata dasmonum sculptilia conteret.

 

 

O ratione prædita Arca, quam verus legislator amore singulari prosecutus inhabitare nunc ceu incola statuit, impleat te  jucunditas mentis : per te enim innovabit destructos.

 

Quin et Vatum chorus divina dare prsesagia doctus, tamquam pacatum in te Redemptoris ingressum præsentiret exclamat : Cunctorum salve Redemptio, salve unica  hominum salus.

 

 

O ærea divini luminis nubes, orituro mox soli te para. Nam ecce sol inaccessus de sedibus tibi cœlestibus explendescet, ut in te aliquantum absconditus, illuceat mundo, et improbitatis tenebras dissipet.

 

 

 

Ille qui a dextera Patris numquam digressus, substantiam omnem transcendit, in te sibi diversorium delecturus adventat : ut te a dextris constituat suis, tamquam reginam dignitate sibi propinquam, et excellenti pulchritudine praeditam, utque te velut dexteram suam omnibus lapsis ad surgendum extendat.

 

Inter Angelos autem primarius Dei minister, vocem ad te laetabundam emittit, ut ex te corporandum significet magni consilii Angelum.

 

O Verbum divinum, cœlos inclina, et nunc iam ad nos descende. Modo enim uterus Virginis præparatus est tibi ceu thronus, in quo tamquam rex splendidissimus sedeas, opus dexteræ tuae a ruina sustollens.

 

Tu quoque, o Virgo, ceu terra numquam seminata, æcingere nunc ad recipiendum sub Angeli verbo Verbum caeleste, frumento per quam frugifero simile, quod ex te germinans semina enutnet in panera intelligentiae.

 

 

Terre, qui dans ta douleur n’as jusqu'ici produit que des épines, tressaille maintenant et livre-toi à l'allégresse ; voici qu'il approche, l'immortel agriculteur qui doit te débarrasser des épines de la malédiction.

 

Vierge sans tache, prépare-toi, comme la toison sacrée, à recevoir la divinité qui s'apprête à descendre sur toi, semblable à la rosée, et qui doit mettre à sec le torrent de l'iniquité.

 

O livre d'une pureté divine, tiens-toi prêt : car la Sagesse de Dieu incarnée va écrire sur tes pages avec le doigt de l'Esprit-Saint, et va faire disparaître les prévarications de ma folie.

 

O chandelier d'or, reçois la flamme de la divinité ; que par toi elle luise sur le monde, et dissipe les ténèbres de nos crimes.

 

O Vierge, palais du grand Roi, ouvre ton oreille divine ; la Vérité même, le Christ, va entrer en toi, pour habiter au milieu de toi.

 

O brebis immaculée, l'Agneau de notre Dieu qui ôte nos péchés, s'apprête à pénétrer dans ton sein. La branche mystique va bientôt produire la fleur divine qui s'élève visiblement de l'arbre de Jessé, comme parle l'Ecriture.

 

O Marie, ô vigne fécondée par la parole de l'Ange, prépare-toi à donner la grappe vermeille de maturité et inaccessible à la corruption.

 

Salut, ô sainte montagne que Daniel a vue à l'avancedans l'Esprit divin, et de laquelle doit être détachée cette pierre spirituelle qui brisera les vaines idoles des démons.

 

O Arche raisonnable, que le véritable législateur aime d'un amour suprême, et qu'il a résolu d'habiter, sois remplie de joie : car il veut par toi renouveler son œuvre anéantie.

 

Le chœur des Prophètes, versé dans l'art des divins présages, s'écrie dans son pressentiment de l'entrée pacifique du Rédempteur en toi . Salut, ô Rédemption de tous ; honneur à toi, unique salut des hommes !

 

O nuée légère de la lumière divine , prépare-toi pour le soleil qui va se lever Ce soleil inaccessible répand sur toi ses feux du haut du ciel; en toi il cachera quelque temps ses rayons, pour luire bientôt sur le monde, et dissiper les ténèbres du mal.

 

Celui qui ne quitte jamais la droite de son Père, qui surpasse toute substance, arrive pour prendre en toi sa demeure ; il te placera à sa droite, comme une reine digne de lui, et douée d'une excellente beauté ; tu seras comme sa main droite étendue pour relever tous ceux qui sont tombés.

 

 

Le prince des Anges, ministre de Dieu, t'adresse sa parole joyeuse, pour annoncer que l'Ange du grand conseil va prendre chair en toi.

 

O Verbe divin, abaisse les cieux, et descends vers nous ; le sein de la Vierge est préparé comme un trône pour toi ; viens t'y asseoir, comme un roi glorieux, et sauve de la ruine l'œuvre de ta droite.

 

 

Et toi, ô Vierge, semblable à une terre où la main de l'homme n'a jamais semé, dispose-toi pour recevoir, à la parole de l'Ange, le Verbe céleste, semblable à un froment fécond qui, germant en ton sein, produira le pain qui donne l'intelligence.

 

 

Nous ne terminerons pas cette grande journée sans avoir rappelé et recommandé ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l'honneur de l'auguste mystère de l'Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre, et les fidèles, avertis par ses sons, s'unissent à l'Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle.

La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'ineffable événement dont elle fut l'heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauvera leur insu.

Depuis, le nom du Seigneur Christ a retenti dans le monde entier; il est grand de l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d'une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l'Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux  usage au

 

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XIV° siècle, lorsque Jean XXII ouvre Le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui  réciteront l’Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui  retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu. Au XV° siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du XVI° siècle que l'on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil.  Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion,  en 1513, pour l'abbaye de Saint-Germain des  Prés,  à Paris. Dès  lors  la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements; les Papes multiplièrent les indulgences;  après  celles  de Jean XXII et de Léon X, le XVIII° siècle vit publier celles de Benoit XIII; et telle parut l'importance de cette pratique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour  de convier tous les fidèles à s'unir dans la glorification du Verbe fait chair.  Quant à Marie, l'Epouse du  Cantique, l'Esprit-Saint semblait avoir désigné à l'avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est douce « comme l'aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté

 

O Emmanuel, Dieu avec nous, qui, comme chante votre Eglise, «  ayant entrepris de  délivrer l'homme, avez daigné descendre au sein d'une

 

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vierge pour y prendre notre nature », le genre humain tout entier salue aujourd'hui votre miséricordieux avènement. Verbe éternel du Père, ce n'est donc pas assez pour vous d'avoir tiré l'homme du néant par votre puissance ; votre inépuisable bonté vient le poursuivre jusque dans l'abîme de dégradation où il est plongé. Par le péché, l'homme était tombé au-dessous de lui-même; et, afin de le faire remonter aux destinées divines pour lesquelles vous l'aviez formé, vous venez en personne vous revêtir de sa substance, et le relever jusqu'à vous. En vous, aujourd'hui et pour jamais, Dieu se fait homme, et l'homme est fait Dieu. Accomplissant divinement les promesses du sacré Cantique, vous vous unissez à la nature humaine, et c'est au sein virginal de la rille de David que vous célébrez ces noces ineffables. O abaissement incompréhensible ! ô gloire inénarrable ! l’anéantissement (1) est pour le Fils de Dieu, la gloire pour le fils de l'homme. C'est ainsi que vous nous avez aimés, ô Verbe divin, et que votre amour a triomphé de notre dégradation. Vous avez laissé les anges rebelles dans l'abîme que leur orgueil a creusé; c'est sur nous que votre pitié s'est arrêtée. Mais ce n'est point par un de vos regards miséricordieux que vous nous avez sauvés; c'est en venant sur cette terre souillée, prendre la nature d'esclave (2), et commencer une vie d'humiliation et de douleurs. Verbe fait chair, qui descendez pour sauver, et non pour juger (3), nous vous adorons, nous vous rendons grâces, nous vous aimons, rendez-nous dignes de tout ce que votre amour vous a fait entreprendre pour nous.

 

1.  Philipp. II, 7. — 2. Ibid. — 3. Jonas, XII, 47.

 

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Nous vous saluons, ô Marie, pleine de grâce, en ce jour où vous jouissez du sublime honneur qui vous était destiné. Par votre incomparable pureté, vous avez fixé les regards du souverain Créateur de toutes choses, et par votre humilité vous l'avez attiré dans votre sein; sa présence en vous accroît encore la sainteté de votre âme et la pureté de votre corps. Avec quelles délices vous sentez le Fils de Dieu vivre de votre vie, emprunter à votre substance ce nouvel être qu'il vient prendre pour notre amour ! Déjà est formé entre vous et lui ce lien ineffable que vous seule avez connu : il est votre créateur, et vous êtes sa mère ; il est votre fils, et vous êtes sa créature. Tout genou fléchit devant lui, ô Marie! car il est le grand Dieu du ciel et de la terre; mais toute créature s'incline devant vous: car vous l'avez porté dans votre sein, vous l'avez allaité ; seule entre tous les êtres, vous pouvez, comme le Père céleste, lui dire: « Mon fils! » O femme incomparable, vous êtes le suprême effort de la puissance divine : recevez l'humble soumission de la race humaine qui se glorifie, en présence même des Anges, de ce que son sang est le vôtre, et votre nature la sienne. Nouvelle Eve, fille de l'ancienne, mais sans le péché ! par votre obéissance aux décrets divins, vous sauvez votre mère et toute sa race; vous rétablissez dans l'innocence primitive votre père et toute sa famille qui est la vôtre. Le Sauveur que vous portez nous assure tous ces biens; et c'est par vous qu'il vient à nous; sans lui, nous demeurerions dans la mort; sans vous, il ne pouvait nous racheter. Il puise dans votre sein virginal ce sang précieux qui sera notre rançon, ce sang dont sa puissance a protégé la pureté au moment de votre conception immaculée, et qui devient le sang d'un Dieu par l'union qui se consomme en vous de la nature divine avec la nature humaine.

 

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Aujourd'hui s'accomplit, ô Marie, l'oracle du Seigneur qui annonça, après la faute, « qu'il établirait une inimitié entre la femme et le serpent ». Jusqu'ici le genre humain tremblait devant le dragon infernal ; dans son égarement, il lui dressait de toutes parts des autels; votre bras redoutable terrasse aujourd'hui cet affreux ennemi. Par l'humilité, par la chasteté, par l'obéissance, vous l'avez abattu pour jamais; il ne séduira plus les nations. Par vous, libératrice des hommes, nous sommes arrachés à son pouvoir; notre perversité, notre ingratitude pourraient seules nous rejeter sous son joug. Ne le souffrez pas, ô Marie ! venez-nous en aide; et si, dans ces jours de réparation, nous reconnaissons à vos pieds que nous avons abusé de la grâce céleste dont vous fûtes pour nous le sublime moyen, aujourd'hui, en cette fête de votre Annonciation, ô Mère des vivants, rendez-nous la vie, par votre toute-puissante intercession auprès de celui qui daigne aujourd'hui être votre fils pour l'éternité. Fille des hommes, ô notre sœur aimée, par la salutation que vous adressa Gabriel, par votre trouble virginal, par votre fidélité au Seigneur, par votre prudente humilité, par votre acquiescement qui nous sauva, nous vous en supplions, convertissez nos cœurs, rendez-nous sincèrement pénitents, préparez-nous aux grands mystères que nous allons célébrer. Qu'ils seront douloureux pour vous, ces mystères, ô Marie ! Que le passage va être rapide des joies de cette journée aux tristesses inénarrables qui vous attendent! Mais vous voulez qu'aujourd'hui notre âme se réjouisse en songeant à l'ineffable félicité qui inonda votre

 

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cœur, au moment où le divin Esprit vous couvrit de son ombre, et où le Fils de Dieu devint aussi le vôtre ; nous demeurons donc, toute cette journée, près de vous, dans votre modeste demeure de Nazareth. Neuf mois encore, et Bethléhem nous verra prosternés, avec les bergers et les Mages, devant l'Enfant-Dieu qui naîtra pour votre joie et pour notre salut; et nous dirons alors avec les Anges : « Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel ; et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! »

 

 

 

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