JOSEPH CALASANZ

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LE XXVII AOUT. S. JOSEPH CALASANZ, CONFESSEUR.

 

Vous serez le secours de l'orphelin ; c'est à vous que le pauvre a été laissé (1). Cette parole que déjà Venise la superbe avait vue réalisée dans la personne de son noble fils Jérôme Emilien, fixe aujourd'hui la sainteté d'un autre illustre personnage comptant parmi ses aïeux les premiers princes de Navarre, mais devenu souche d'une lignée plus haute au royaume de la charité.

Dieu qui arrose les arbustes de la plaine comme les cèdres du Liban, parce qu'il les a tous plantés  (2), ne néglige point non plus les passereaux qui n'amassent rien dans des greniers (3) : oubliera-t-il l'enfant, qui vaut mieux que l'oiseau du ciel (4) ? ou, nourrissant son corps, négligera-t-il en lui l'âme qui est plus (5), l'âme affamée de ce pain de la science du salut qui conforte le cœur de l'homme (6) ? Hélas ! en ce seizième siècle qui se leva sur tant de ruines, on eût dit que les anciennes réserves du Père de famille étaient épuisées. Merveilleuses sans doute se manifestèrent bientôt les revanches de l'Esprit qui fait les Saints, et qui par eux ressuscite les morts ; mais que d'abandonnés auxquels la charité renaissante n'avait pu suffire, en son zèle trop débordé par les mille soins de la première heure  !  combien d'enfants surtout,

 

1. Psalm. IX, 14.— 2. Psalm. CIII, 16.— 3. Matth. VI, 26. — 4. Ibid. — 5. Ibid. 25. — 6. Psalm. CIII, 15.

 

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loin des écoles où le riche seul avait entrée, réclamaient l'aliment de l'éducation la plus élémentaire, la plus indispensable à leurs obligations, à leur noblesse aussi de fils de Dieu, sans que personne se présentât pour leur rompre le pain de l'intelligence (1) !

Plus heureuse que tant d'autres nations où l'hérésie minait toutes les forces sociales, l'Espagne, à son apogée, jouissait du centuple promis à quiconque cherche premièrement le royaume de Dieu (2). Un moment, elle sembla devenue la ressource intarissable du Seigneur : naguère, c'était Ignace de Loyola qu'elle donnait au monde; elle vient, par la précieuse mort de Thérèse d'Avila, d'enrichir le ciel ; aujourd'hui, c'est encore à son abondance que l'Esprit recourt pour relever l'opulence de la capitale même de l'univers chrétien, et subvenir, sous les yeux de l'Eglise maîtresse et mère, aux besoins des plus humbles de la grande famille.

Le descendant des Calasanz de Péralta de la Sal, l'apôtre auquel les peuples d'Aragon, de Catalogne et de Castille préparent les plus hautes dignités dans leur admiration reconnaissante, entend retentir à l'oreille de son âme une voix mystérieuse : Va à Rome ; sors de la terre de ta naissance (3) ; bientôt t'apparaîtra dans sa beauté des cieux la compagne qui t'est destinée, la sainte pauvreté, qui t'appelle à cette heure aux austères délices de son alliance ; va, sans savoir la route par où je te mène (4); je te ferai le père d'une postérité immense (5); je te montrerai tout ce qu'il faudra souffrir pour mon nom (6).

 

1. Thren. IV, 4. — 2. Matth. VI, 33. — 3. Gen. XII, 1. — 4. Heb. XI, 8. — 5. Gen. XII, 2. — 6. Act. IX, 16.

 

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Quarante années d'une fidélité aveugle ont été nécessaires pour disposer l'élu du ciel, dans la sainteté qui s'ignore, à sa vocation sublime. En effet, nous dit aujourd'hui pour l'Eglise saint Jean Chrysostome, « quoi de plus grand que de manier les âmes, que de former les mœurs des enfants? Je le dis dans ma persuasion intime : il l'emporte sans nul doute possible sur tous les peintres, il l'emporte sur tout statuaire, sur tout artiste d'aucune sorte, celui qui sait modeler les jeunes âmes (1). »

Joseph a compris la dignité de sa mission : conformément aux recommandations du saint Docteur (2), durant cinquante-deux années qu'il doit vivre encore, rien ne lui semblera méprisable ou vil dans le service des petits de ce monde ; rien ne lui coûtera pour arriver, par l'enseignement des éléments des lettres, à infuser aux enfants qui viennent à lui sans nombre la crainte du Seigneur (3). Bientôt, de Saint-Pantaléon, sa résidence, les Ecoles pies couvrent l'Italie entière : puis passant la mer et les monts, elles se répandent par la Sicile, l'Espagne, tandis que peuples et rois se disputent leur trop petit nombre dans la Moravie, la Bohème, la Pologne et les pays du Nord.

L'éternelle Sagesse associait Calasanz à son œuvre de salut sur terre (4) ; elle reconnut ses travaux en la manière qu'elle manque rarement de le faire pour les privilégiés de son amour, leur offrant, comme dit l'Esprit-Saint, le combat des forts, où elle leur assure, par son aide plus puissante que tout, la victoire (5). Combat des patriarches

 

1. Homilia diei, ex Chrys. in Matth. LX. — 2. Ibid. — 3. Psalm. XXXIII, 12. — 4. Psalm. CX, 10. — 5. Sap. X, 12.

 

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au gué de Jaboc (1), dernier obstacle séparant de la terre promise, quand déjà sont passés devant, par le dépouillement absolu, toutes les délices et tous les biens de ce monde(2) ; combat de nuit (3), où défaille la nature boiteuse (4), mais qui fait se lever l'aurore (5) et laisse le lutteur en face du jour sans fin (6) ; combat avec Dieu (7) seul à seul (8), sous l'apparence, il est vrai, de l'homme (9) ou de l'ange (10) : mais qu'importe, si la diversité du voile sous lequel il plaît au Seigneur de se cacher dans la lutte n'enlève rien aux droits de son domaine suprême ! Pourquoi chercher mon nom? dit l'adversaire de Jacob (11) ; le vôtre est maintenant  Israël, fort contre Dieu (12).

On pourra demander aux historiens de saint Joseph Calasanz le détail des épreuves qui firent de lui ce prodige de force (13) que nous recommande aujourd'hui l'Eglise ; elles allèrent jusqu'à amener, sur les  calomnies spécieuses de  quelques faux frères, la déposition du bienheureux et la ruine momentanée de son Ordre, réduit à  l'état  de congrégation séculière. Ce fut seulement après sa mort, qu'Alexandre VII, puis Clément IX, rendirent aux Ecoles pies l'état Régulier et le titre de Religion à vœux solennels. Dans son grand ouvrage de la Canonisation des Saints, Benoît XIV s'étend longuement sur ce sujet, et il se complaît à rappeler la part multiple qu'il eut au procès du Serviteur de Dieu, à titre d'abord d'Avocat consistorial, puis comme Promoteur de la foi, enfin, Cardinal, émettant un suffrage favorable en la cause (14); on

 

1. Gen. XXXII, 22. — 2. Ibid. 23. — 3. Ibid. 24. — 4. Ibid. 25. — 5. Ibid. 26. — 6. Ibid. 31. — 7. Ibid. 28. — 8. Ibid. 24.q. Ibid. — 10. Ose. XII, 3. — 11. Gen. XXXII, 29. — 12. Ibid. 28. — 13. Lectio 2e IIi Nocturni. — 14. Benedict. XIV, De Servorum Dei beatificatione et Beatorum canonizatione, Lib. III, C. XXX  16, 17, 18.

 

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verra dans la Légende que, de plus, ce fut lui qui le béatifia.

Lisons cette notice consacrée par la sainte Liturgie au fondateur des Piaristes, ou Clercs réguliers pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles pies.

 

Joseph Calasanz de la Mère de Dieu naquit à Péralte en Aragon d'une noble famille. Il fit présager dès ses premiers ans la charité qui devait le faire se dévouer à l'éducation du jeune Age. Car encore enfant lui-même, il rassemblait autour de lui les enfants pour leur apprendre les mystères de la toi et de saintes prières. Remarquablement versé dans les lettres humaines et divines, il s'adonnait à Valence aux études théologiques, lorsqu'il eut à triompher des séductions d'une femme noble et puissante, gardant sans tache par une insigne et courageuse victoire la virginité qu'il avait vouée à Dieu. Devenu prêtre en exécution d'un vœu, plusieurs évêques des royaumes de Nouvelle-Castille, d'Aragon et de Catalogne le voulurent pour collaborateur. Il surpassa l'attente de tous, corrigeant partout les mœurs dépravées, restaurant la discipline ecclésiastique, merveilleusement habile à dissiper les inimitiés et les factions sanglantes. Mais, averti dans une vision céleste et plusieurs fois appelé par Dieu, il partit pour Rome.

 

Sa vie y fut toute d'austérité, affligeant son corps par les veilles et les jeûnes, passant les jours et les nuits dans la prière et la contemplation des choses du ciel, visitant presque chaque nuit les sept basiliques de cette ville, coutume qu'il garda plusieurs années. On le vit, ayant donné son nom à de pieuses confréries, s'employer avec une ardeur admirable à soulager par des aumônes et tous les offices de la charité les pauvres, spécialement les malades ou les prisonniers. Pendant une peste qui ravageait la ville, il s'adjoignit à saint Camille, et son zèle dévorant ne se dépensant pas suffisamment à son gré au service des malades indigents, il alla jusqu'à porter lui-même sur ses épaules à la sépulture les cadavres des morts. Cependant, averti d'en haut que sa vocation était de former les enfants, surtout les pauvres, à la science et à la piété, il fonda l'Ordre des Clercs réguliers pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles pies, dont la profession spéciale devait être de s'adonner tout particulièrement à l'instruction du jeune âge. Hautement approuvé par Clément VIII, Paul V et d'autres Souverains Pontifes, cet Ordre se propagea merveilleusement en peu d'années dans beaucoup de provinces et de royaumes de l'Europe. Mais combien de fatigues, combien de tribulations Joseph eut à souffrir dans cette œuvre, quelle invincible constance il y montra, c'est ce qu'atteste la voix de tous, qui le proclama un prodige de force et la copie du saint homme Job.

 

Bien que chargé du gouvernement de tout l’Ordre et se consacrant tout entier au salut des âmes, il ne cessa cependant jamais d'instruire les enfants, donnant aux pauvres sa préférence ; il avait la coutume de balayer leurs écoles et de les reconduire à leurs maisons. Office de souveraine patience et d'humilité, dans lequel il persévéra cinquante-deux années malgré une santé mauvaise. Aussi, en récompense, Dieu l'honora souvent par des prodiges sous les yeux même de ses disciples, et la bienheureuse Vierge daigna lui apparaître avec l'Enfant Jésus qui bénissait les écoliers en prière. Il refusa les plus hautes dignités ; mais le don de prophétie, de pénétration des cœurs, de connaissance des événements éloignés, les miracles qu'il faisait, le glorifiaient devant les hommes ; la Vierge Mère de Dieu, qu'il honorait depuis son enfance d'une pieté singulière et dont il recommandait grandement le culte aux siens, les autres bienheureux du ciel, l'honoraient fréquemment de leurs apparitions. Il prédit le jour de sa mort, et le rétablissement et l'accroissement de son Ordre alors presque détruit. Ce fut dans sa quatre-vingt-douzième année qu'il s'endormit dans le Seigneur, à Rome, le huit des calendes de septembre de l'an mil six cent quarante-huit. Son cœur et sa langue furent après un siècle retrouvés intacts et sans corruption. Illustré encore par Dieu de nombreux miracles après sa mort, Benoît XIV lui conféra le culte des Bienheureux, et ensuite Clément XIII le mit solennellement au nombre des Saints.

 

Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres, il a été au-devant des aspirations de leur cœur (1), en vous faisant le mandataire de son amour, en mettant sur vos lèvres la parole que lui-même formula le premier : Laissez venir à moi les petits enfants (2). Combien, ô Joseph, vous devront l'éternel bonheur, parce que vous et vos fils aurez gardé en eux la ressemblance divine reçue au baptême, et qui est l'unique titre de l'homme à entrer aux cieux (3) ! Soyez béni d'avoir justifié la confiance de Jésus remettant à vos soins ces êtres si frêles, objet de sa divine prédilection.

Soyez béni de l'avoir justifiée mieux encore cette

 

1. Offert. ex  Psalm. IX, 17. 14. — 2. Commun. ex Marc, X. — 3. Ibid.

 

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confiance du Seigneur Dieu, quand il donna, comme pour Job, licence à l'enfer de tout briser autour de vous, avec des recherches de surprise douloureuse que ne connut point le juste de l'Idumée. Ne faut-il pas que Dieu puisse compter imperturbablement sur les siens ? N'est-il pas d'une convenance souveraine, qu'au milieu des défections de ce triste monde, il justifie, devant ses Anges, et sa grâce et notre pauvre nature, en montrant jusqu'où peuvent aller dans ses Saints les reprises de sa volonté toujours adorée ?

La réparation que votre indomptable confiance attendait de la Mère de Dieu, devait venir quand il plairait au ciel. O Joseph, maintenant que depuis si longtemps a sonné pour les Ecoles pies l'heure de la résurrection, bénissez les disciples que notre siècle vous donne toujours; obtenez-leur, ainsi qu'aux nombreux écoliers qu'ils continuent de former à la science chrétienne, les bénédictions de Jésus Enfant ; à tous ceux qui consacrent au jeune âge leurs travaux et leur vie, inspirez votre esprit, obtenez courage; élevez nos âmes à la hauteur des enseignements de votre héroïque existence.

 

 

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