Bienheureuse Marie de Jésus Crucifié BAOUARDY

Nom: BAOUARDY

Prénom: Marie (Mariam)

Nom de religion: Marie de Jésus Crucifié

Pays: Terre Sainte - France - Inde

Naissance: 05.01.1846  à Abellin (Près de Nazareth)

Mort: 26.08.1878  à Bethléem

Etat: Carmélite

Note: Carmélite à Pau, à Mangalore (profession le 21.11.1871), de nouveau à Pau et enfin à Bethléem. Humilité et service vécus avec les plus extraordinaires phénomènes mystiques. Cheville ouvrière de la fondation des Carmels de Mangalore et de Bethléem.

Béatification: 13.11.1983  à Rome  par Jean Paul II

Canonisation:

Fête: 26 août

Réf. dans l’Osservatore Romano: 1983 n.47  -  2004 n.39 p.7&11

Réf. dans la Documentation Catholique: 1983 p.1145

Notice brève

Née en 1846 près de Nazareth, Mariam perd ses parents à l‘âge de trois ans. Elle est recueillie par un oncle qui déménage à Alexandrie, en Egypte. A 13 ans elle refuse un mariage préparé à son insu et affirme sa volonté de se donner au Seigneur. Persécutée par sa famille, un ancien serviteur lui propose de passer à l’Islam. Sur son refus il la blesse et l’abandonne, la croyant morte. La Vierge Marie elle-même vient la guérir. Elle devient servante dans des familles pauvres, et débarque à Marseille où elle fait son noviciat chez les Sœurs de St Joseph de l’Apparition, puis au Carmel de Pau. Elle est favorisées de nombreuses grâces extraordinaires (extases, lévitations, stigmates, prophéties, etc.) qu’elle vit dans la simplicité, l’humilité et surtout l’obéissance. Elle est l’âme de la fondation du Carmel de Bangalore en Inde où elle passe 3 ans (1870-1872). Là elle émet ses vœux le 21 novembre 1871. Mais ses charismes sont mal compris et elle rentre au Carmel de Pau, pour repartir à nouveau (1875) fonder le Carmel de Bethléem dont elle surveille les travaux. Elle meurt à la suite d’un accident le 26 août 1878.

Notice développée

En 1845, Georges Baouardy et sa femme, un couple pauvre mais fervent du petit village d’Abellin en Haute Galilée, vont en pèlerinage à Bethléem pour demander à l’Enfant Jésus une petite fille à qui ils promettent de donner le nom de la Vierge. Ils sont catholiques de rite grec et ont eu jusque là douze garçons morts en bas âge. Ils sont exaucés et c’est ainsi que Mariam naît le 5 janvier 1846. Un petit frère, Boulos, vient s’ajouter l’année suivante à la joie de la famille. Mais leurs parents meurent tous deux en 1848, déjà. Mariam est recueillie par un oncle paternel de condition aisée, lequel s’installe quelques années plus tard à Alexandrie, en Egypte, y emmenant Mariam. Elle possède une vie spirituelle précoce et avec joie, elle peut communier dès l’âge de huit ans. A treize ans elle refuse un mariage, arrangé à son insu selon la coutume orientale, et annonce sa décision de se donner totalement à Dieu. Elle est alors persécutée par sa famille. Désireuse de reprendre contact avec son frère Boulos, elle lui écrit une lettre qu’elle confie à un ancien domestique musulman en partance pour Nazareth. Celui-ci, voyant la situation malheureuse de Mariam, lui propose de passer à l’Islam ; mais elle confesse énergiquement sa foi chrétienne. L’homme, furieux, lui ouvre la gorge d’un coup de cimeterre et l’abandonne dans une rue déserte, la croyant morte. Le drame se passe dans la nuit du 7 au 8 septembre 1859. Mariam se réveille dans une grotte, “une religieuse en bleu” à ses côtés. Elle racontera plus tard que c’était la Vierge Marie qui la soignait.

Guérie, elle se retrouve seule et devient servante dans diverses familles, choisissant les conditions les plus pauvres. Après Alexandrie, Jérusalem, Beyrouth, elle aboutit à Marseille où elle fait connaissance des Sœurs de St Joseph de l’Apparition. Elle a le bonheur d’être admise dans cette congrégation en mai 1865. Mais ses dons mystiques commencent à se manifester : extases, visions, stigmates de la Passion qu’elle revit deux jours par semaine. Cela dérange ses supérieures et après deux ans de noviciat, on l’oriente vers une forme de vie plus contemplative et plus cachée. Le Carmel de Pau l’accueille avec joie et elle reçoit le nom de Sœur Marie de Jésus Crucifié. Elle insiste pour être sœur converse et se dévoue à tous avec simplicité et générosité, malgré les épreuves intérieures que lui suscite le démon. Une première possession diabolique de 40 jours (juillet à septembre 1868) est suivie de 4 jours de possession angélique, accompagnée de nombreux enseignements et prophéties durant ses extases.

Après trois ans elle est envoyée avec un petit groupe fonder le premier carmel en Inde, à Mangalore. La vie cloîtrée peut être inaugurée fin 1870. Mariam affronte les travaux les plus lourds tout en étant toujours favorisée de charismes extraordinaires. Elle est vraiment l’âme de cette fondation. Mais des incompréhensions commencent à germer autour d’elle, spécialement chez ses supérieures et son évêque, mettant en doute l’authenticité de ce qu’elle vivait. Elle peut toutefois émettre ses vœux au terme de son noviciat le 21 novembre 1871. Mais les tensions reprennent et le démon se manifeste à nouveau, lui faisant faire certain actes défendus par la règle, mais cela en dehors de sa propre volonté (elle ne s’en accusera jamais). En septembre 1872, elle doit finalement rentrer en France. Quelques années plus tard les sœurs qui l’avaient persécutée verront clair et lui exprimeront leur repentir.

Voilà Sœur Marie de Jésus Crucifié, la “petite arabe” comme on l’appelle familièrement, le “petit rien” comme elle se nomme elle-même, la voilà de retour au Carmel de Pau. C’est une période de calme où les grâces extraordinaires prennent la forme, entre autres, de lévitations (jusqu’au sommet des arbres !) et d’extases au cours desquelles elle improvise dans l’élan de sa reconnaissance envers Dieu des poésies d’une grande beauté pleines de charme tout oriental. Nombreux aussi sont ceux qui viennent chercher auprès d’elle réconfort, conseils, prières. Il faut bien noter que tous ces charismes sont vécus chez Sœur Marie de Jésus Crucifié dans un climat de grande humilité et simplicité ; elle pense même que ses stigmates sont une maladie. Son obéissance est tout aussi remarquable.

En suivant les inspirations du Seigneur, elle parle de la fondation d’un Carmel à Bethléem. Les obstacles sont nombreux, mais se lèvent progressivement grâce entre autres à une ‘fondatrice’, Berthe Dartigaux qui lui sera toute dévouée, et à son confesseur, un Père de Bétharram. L’autorisation de Rome étant finalement donnée, un petit groupe de religieuses s’embarque pour cette aventure au cours de l’été 1875. Mariam, seule à connaître l’arabe, est plus particulièrement chargée de suivre les travaux. Elle s’attire vite la sympathie des ouvriers. La communauté peut commencer à habiter les lieux dès le 21 novembre 1876. Elle se préoccupe également de la fondation d’un Carmel à Nazareth, et s’y rend pour l’acquisition d’un terrain. Elle a la grande joie de revoir le village de son enfance, Abellin. (En fait le Carmel de Nazareth ne sera construit qu’en 1910.) De retour à Bethléem elle reprend la surveillance des travaux. C’est en portant à boire aux ouvriers qu’elle tombe dans un escalier et se brise un bras. La gangrène s’y met très rapidement et elle meurt en quelques jours, le 26 août 1878, à 33 ans.

On remarque que la durée de sa vie recouvre exactement le pontificat du bienheureux Pie IX 2 (16 juin 1846 - 7 février 1878). De fait elle avait pour le Saint Père une piété filiale d'une grande tendresse et le voyait dans ses extases. A diverses reprises, elle lui fit même parvenir des messages importants concernant les intérêts de I'Eglise. Son affection filiale se traduisait, à certains jours, d'une manière extraordinaire, jusqu'à reproduire sur son visage les traits du Saint Père. Un jour deux compagnes lui en font la remarque; elle répond simplement : « Il faut bien que l'enfant ressemble à son père ! » Elle annonça la mort de Pie IX et le nom de son successeur, le futur Léon XIII.

Il faut encore évoquer le lien étroit qui unit Sœur Marie de Jésus Crucifié et les Pères de Bétharram (à 15 km de Lourdes). C’est en 1835 que le Père Michel Garicoïts 2 (canonisé en 1947 par Pie XII) fonde la Congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus pour l’évangélisation des campagnes et l’éducation des enfants. Un des Pères est l’aumônier du Carmel de Pau. A son retour de Mangalore en 1872, Sœur Marie de Jésus Crucifié prend comme directeur le Père Estrate. En 1875, 12 ans après la mort du Fondateur, elle prend connaissance dans une vision des graves tensions qui agitent la Congrégation et reçoit les consignes du Seigneur pour que les constitutions soient approuvées par Rome. Ce qui advient le 30 juillet de la même année. Les Pères de Bétharram reconnaissent en elle comme la seconde fondatrice de leur Institut. C’est encore grâce à elle qu’une petite communauté de Pères peut s’installer, après de nombreuses difficultés, près du Carmel de Bethléem. Mlle Berthe Dartigaux a été dans toutes ces démarches d’un précieux secours.

Signalons la remarquable biographie de « Mariam la petite arabe, Bienheureuse Sœur Marie de Jésus Crucifié » par le Père Amédée Brunot, Père de Bétharram, aux éditions Salvator (1981 pour la 1e édition).