3 Carmélites martyres de Guadalajara (Espagne) (1936)

Bses Maria Pilar, Teresa et Maria Angeles

Béatification: 29.03.1987  à Rome  par Jean Paul II

Canonisation:

Fête: 24 juillet

Réf. dans l’Osservatore Romano:  1987 n.14

Réf. dans la Documentation Catholique: 1987 p.598

Notice

- Sr Maria Pilar (en latin: Maria a Columna) de St François Borgia (Jacqueline) MARTINEZ GARCIA  2

- Sr Teresa de l'Enfant Jésus (Eusebia) GARCIA GARCIA  2

- Sr Maria Angeles de St Joseph (Marciana) VALTIERRA TORDESILLAS  2

Le 29 mars 1987, le pape Jean-Paul II a béatifié à Rome cinq Espagnols, dont trois religieuses carmélites, martyres de la guerre civile espagnole (1936-1939). Les trois appartenaient au Carmel de Guadalajara, en Castille, au nord-est de Madrid. On peut relever entre elles plusieurs caractères communs, notamment les suivants :

  Elles ont bénéficié d’une éducation très entourée au point de vue religieux. A ce propos, le pape note “la grande valeur de l’ambiance religieuse de la famille pour la formation et le perfectionnement de la foi de ses membres”. En effet, deux d’entre elles (Sœur Marie Pilar et Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus) ont grandi dans la mouvance d’un prêtre de leur famille, et la troisième (Sœur Marie Ange), cadette de dix enfants, a eu un frère martyr lui aussi.

  Elles ont adhéré aux consignes de leur Mère et réformatrice, sainte Thérèse d’Avila : « Le vrai religieux (la vraie religieuse) ne doit pas fuir le désir de mourir pour Lui et de subir le martyre. » (Chemin de la perfection 12,2)

–..Elles sont mortes pour leur foi en 1936, n’ayant à la bouche que des paroles de pardon et d’amour.

 

Circonstances de leur martyre. Lorsque éclate la guerre civile de 1936, le danger de mort contraint nos trois bienheureuses à fuir. Elles sortent du couvent le 22 juillet, et le 24, alors qu’elles errent dans la rue à la recherche d’un gîte, elles sont reconnues par une misérable… milicienne qui incite ses compagnons à tirer sur le groupe. Sœur Marie-Angèle meurt la première, suivie quelques heures plus tard par Sœur Marie-Pilar, laquelle décède à l’hôpital en murmurant : « Père, pardonne-leur ». Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, blessée, s’est traînée jusqu’auprès d’un cimetière ; c’est là qu’elle meurt le même jour, au cri de : « Vive le Christ-Roi ! »

 

Cadre historique

Après une éphémère première République (1873-74), la royauté espagnole est à nouveau abolie en 1931 avec l’instauration de la seconde République. Elle commence sous de bonnes augures et beaucoup de catholiques s’y rallient, mais les hostilités avec la religion s’ouvrent en 1933 après des élections favorables à la gauche. C’est d’abord une politique de laïcité absolue qui tend à éradiquer le christianisme de la nation espagnole : interdiction aux religieux de faire “aucun commerce, aucune industrie, aucun enseignement”, suppression des jésuites, approbation du divorce, crucifix retirés des classes. Et déjà, on brûle des églises. La gauche républicaine a mal calculé. Il faudrait peu connaître le peuple espagnol pour penser qu’il accepte cette violence anti-religieuse sans réaction. Les élections de décembre 1933 ramènent au pouvoir une majorité de droite. Peut-être à ce moment-là, la crise aurait pu être terminée si des solutions inspirées du catholicisme social avaient été mises en œuvre : malheureusement il n’en est rien ; les conservateurs paralysent les plans de réforme. Durant l’été 1934, éclate une première "Révolution des Asturies"; des prêtres et des religieuses sont assassinés, notamment les martyrs de Turon. La gauche jusque là dispersée se regroupe et aux élections de février 1936, elle amène le "Frente popular" (Front populaire) au pouvoir. Composé de communistes, socialistes et anarchistes d’opinions souvent divergentes, il est essentiellement anti-clérical. Les évêques reconnaissent au début sa légitimité. Mais les violences éclatent déjà en juin 1936. Ce gouvernement (‘républicain’ de style révolutionnaire) lance une violente persécution sanglante qui, en quelques semaines, fait une foule de victimes. Tout le peuple ne suit pas. A la chambre, un député monarchiste proteste et le lendemain, 14 juillet 1936, il est assassiné. Les différents partis de droite, apeurés, se regroupent dans un parti unique : la ‘Phalange’. Désormais, tous les ingrédients sont prêts pour une guerre civile. Le général Francisco Franco se révolte et lance, le 18 Juillet, le "Mouvement national" (“Alziamento National”, littéralement, Soulèvement national). Il est suivi par une grande partie de l'armée.

C'est alors une terrible guerre civile de trente-deux mois (1936–1938) entre "Républicains" (Rouges), renforcés par des "Brigades internationales", et "Nationalistes" ou franquistes, aidés en finale par la Wehrmacht allemande et les fascistes italiens. (Cependant, Franco, durant la Seconde Guerre mondiale, refusera fermement de se lier avec les puissances de l’Axe.) Quant aux "Rouges", comme on les appelle, (à juste titre car leur but est de faire de l'Espagne un état satellite de la Russie), ils déchaînent la plus grande persécution religieuse qu'ait jamais connu l'Espagne. A cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité, c'est un ouragan ‘révolutionnaire’ comparable à celui de la Révolution française, qui s'abat sur toutes les régions où domine leur influence politique. Sur la liste noire des personnes à abattre figurent en premier lieu tous les prêtres. Les exactions se multiplient : incendie de couvents, d'évêchés, d'églises, destruction du patrimoine artistique sacré, bref, de tout ce qui rappelle la religion catholique. Notons qu’il y eut des violences condamnables de part et d’autre. (Même un écrivain catholique comme Georges Bernanos a condamné dans “les Grands Cimetières sous la lune” les excès des franquistes, voire de certains ecclésiastiques).

Les républicains procèdent à des exécutions massives, accompagnées d'une férocité inouïe. Sont victimes: 13 évêques, 4'184 prêtres, 2'365 religieux, 283 religieuses, des milliers de laïcs. Ceux que l’Église béatifie sont vraiment martyrs car ils ont été tués "en haine de la foi", ce ne sont pas de simples "victimes de guerre", car ils sont pacifiques, comme le Pape a tenu à le préciser (11 mars 2001) : « Les bienheureux qui sont élevés à l’honneur des autels n’étaient pas impliqués dans des luttes politiques ou idéologiques, et ne voulaient pas y entrer. (…) Ils ont vécu en aimant et sont morts en pardonnant. » Conscients de mourir pour leur foi, beaucoup criaient comme les "Cristeros" du Mexique (1926-1929) : "Vive le Christ-Roi!"