45 martyrs d'Espagne (1936-1939)

Béatification: 01.10.1995  à Rome  par Jean Paul II

Canonisation:

Fête: Voir à la fin de la notice.

Réf. dans l’Osservatore Romano:  1995 n.40 p.3-4

Réf. dans la Documentation Catholique: 1995 n.19 p.923-926

Notice

45 martyrs tués "en haine de la foi" pendant la guerre civile espagnole, au cours des années 1936-1939.

- Mgr Anselmo POLANCO FONTECHA  2 , évêque de Teruel, ville qui fut l'objet de violents combats pendant la guerre civile. Malgré le danger, il voulut demeurer aux côtés de son troupeau. Son vicaire général, Felipe    RIPOLL MORATA  2 , fut martyrisé avec lui.

- Pedro RUIZ DE LOS PAÑOS Y ANGEL  2  et 8 compagnons, prêtres de la "Fraternité des prêtres ouvriers de Cœur de Jésus" qui se consacre à la promotion et à la formation des aspirants au sacerdoce. Leur vie, couronnée par la palme du martyre, nous rappelle l'urgence de cet apostolat des vocations.

- Dionisio    PAMPLONA  2  et 12 compagnons, prêtres et frères de la Congrégation des "Écoles pies" (Scolopes).

- Carlos ERAÑA GURUCETA  2 , Fidel FUIDIO RODRIGUEZ  2 , Jesús HITA MIRANDA  2 , 3 religieux Marianistes. Avec douceur, ils marchèrent jusqu'au martyre, "acte suprême de leur consécration à Jésus et à Marie", et ils sont morts en pardonnant.

- Mère Angeles de San José  2  et 16 compagnes, sœurs de la Congrégation de la Doctrine chrétienne. Elle passèrent leurs derniers mois en raccommodant le linge de ceux qui devaient les mettre à mort.

- Vicente VILAR DAVID  2 , laïc marié, industriel. "La prière et sa grande dévotion à l'Eucharistie nourrirent toute sa vie, de sorte que son travail portait l'empreinte de la présence de Dieu." Il œuvrait pour la promotion de la justice dans le monde du travail.

 

Du Martyrologe Romain

 

7 février:                Anselmo Polanco et Felipe Ripoll  (1939)

23 juillet                 Pedro Ruiz de Los Panos et Joseph Sala Pico  (1936)

25 juillet                 Dionisio Pamplona  (1936)

18 septembre    Carlos Eraña Guruceta  (1936)

17 octobre           Fidel Fuidio  (1936)

20 novembre      Angeles de San José (Francisca) Lloret Marti et 14 compagnes  (1936)

14 février              Vicente Vilar David  (1937)

 

Cadre historique

Après une éphémère première République (1873-74), la royauté espagnole est à nouveau abolie en 1931 avec l’instauration de la seconde République. Elle commence sous de bonnes augures et beaucoup de catholiques s’y rallient, mais les hostilités avec la religion s’ouvrent en 1933 après des élections favorables à la gauche. C’est d’abord une politique de laïcité absolue qui tend à éradiquer le christianisme de la nation espagnole : interdiction aux religieux de faire “aucun commerce, aucune industrie, aucun enseignement”, suppression des jésuites, approbation du divorce, crucifix retirés des classes. Et déjà, on brûle des églises. La gauche républicaine a mal calculé. Il faudrait peu connaître le peuple espagnol pour penser qu’il accepte cette violence anti-religieuse sans réaction. Les élections de décembre 1933 ramènent au pouvoir une majorité de droite. Peut-être à ce moment-là, la crise aurait pu être terminée si des solutions inspirées du catholicisme social avaient été mises en œuvre : malheureusement il n’en est rien ; les conservateurs paralysent les plans de réforme. Durant l’été 1934, éclate une première "Révolution des Asturies"; des prêtres et des religieuses sont assassinés, notamment les martyrs de Turon. La gauche jusque là dispersée se regroupe et aux élections de février 1936, elle amène le "Frente popular" (Front populaire) au pouvoir. Composé de communistes, socialistes et anarchistes d’opinions souvent divergentes, il est essentiellement anti-clérical. Les évêques reconnaissent au début sa légitimité. Mais les violences éclatent déjà en juin 1936. Ce gouvernement (‘républicain’ de style révolutionnaire) lance une violente persécution sanglante qui, en quelques semaines, fait une foule de victimes. Tout le peuple ne suit pas. A la chambre, un député monarchiste proteste et le lendemain, 14 juillet 1936, il est assassiné. Les différents partis de droite, apeurés, se regroupent dans un parti unique : la ‘Phalange’. Désormais, tous les ingrédients sont prêts pour une guerre civile. Le général Francisco Franco se révolte et lance, le 18 Juillet, le "Mouvement national" (“Alziamento National”, littéralement, Soulèvement national). Il est suivi par une grande partie de l'armée.

C'est alors une terrible guerre civile de trente-deux mois (1936–1938) entre "Républicains" (Rouges), renforcés par des "Brigades internationales", et "Nationalistes" ou franquistes, aidés en finale par la Wehrmacht allemande et les fascistes italiens. (Cependant, Franco, durant la Seconde Guerre mondiale, refusera fermement de se lier avec les puissances de l’Axe.) Quant aux "Rouges", comme on les appelle, (à juste titre car leur but est de faire de l'Espagne un état satellite de la Russie), ils déchaînent la plus grande persécution religieuse qu'ait jamais connu l'Espagne. A cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité, c'est un ouragan ‘révolutionnaire’ comparable à celui de la Révolution française, qui s'abat sur toutes les régions où domine leur influence politique. Sur la liste noire des personnes à abattre figurent en premier lieu tous les prêtres. Les exactions se multiplient : incendie de couvents, d'évêchés, d'églises, destruction du patrimoine artistique sacré, bref, de tout ce qui rappelle la religion catholique. Notons qu’il y eut des violences condamnables de part et d’autre. (Même un écrivain catholique comme Georges Bernanos a condamné dans “les Grands Cimetières sous la lune” les excès des franquistes, voire de certains ecclésiastiques).

Les républicains procèdent à des exécutions massives, accompagnées d'une férocité inouïe. Sont victimes: 13 évêques, 4'184 prêtres, 2'365 religieux, 283 religieuses, des milliers de laïcs. Ceux que l’Église béatifie sont vraiment martyrs car ils ont été tués "en haine de la foi", ce ne sont pas de simples "victimes de guerre", car ils sont pacifiques, comme le Pape a tenu à le préciser (11 mars 2001) : « Les bienheureux qui sont élevés à l’honneur des autels n’étaient pas impliqués dans des luttes politiques ou idéologiques, et ne voulaient pas y entrer. (…) Ils ont vécu en aimant et sont morts en pardonnant. » Conscients de mourir pour leur foi, beaucoup criaient comme les "Cristeros" du Mexique (1926-1929) : "Vive le Christ-Roi!"