LES PRINCIPAUX SANCTUAIRES
DE MARIE DANS LA SUISSE CATHOLIQUE

 

PAR MGR G. F. CHÈVRE

CURÉ-DOYEN DE PORRENTRUY

 

FRIBOURG

 

IMPRIMERIE-LIBRAIRIE CATHOLIQUE SUISSE ,

13, GRAND'RUE, 13,

1898

 

Bibliothèque

 

LES PRINCIPAUX SANCTUAIRES  DE MARIE DANS LA SUISSE CATHOLIQUE

PRÉFACE

LES SANCTUAIRES DE MARIE  DANS LA SUISSE CATHOLIQUE

I DIOCÈSE DE BÂLE

§ 1. ARGOVIE

1. Notre-Dame de Lorette sur l'Achenberg.

2. La chapelle de la Sainte-Vierge à Bremgarten.

3. La chapelle de Marie à Ionenthal.

La chapelle de Marlawyl, près de Baden.

La chapelle de Sulzberg, près de Wettingen.

§ 2. JURA BERNOIS

1. Notre-Dame de Lorette, à Porrentruy.

2. Notre-Dame de Lorette à Saint-Ursanne.

3. Notre-Dame de la Grotte de Saint-Ursanne.

4. Notre-Dame de Lourdes à Montenol.

5. Notre-Dame de Lourdes à Bonembey.

6. Notre-Dame de Lourdes à Pleujouse.

7. Notre-Dame de Lourdes à Soyhières.

8. Notre-Dame de la Salette à Rossemaison.

9. Notre-Dame de Montcroix.

10. Notre-Dame du Vorbourg.

11. Notre-Dame des Ermites à la Vacherie-Mouillard.

12. Notre-Dame da Sacré-Coeur, à Seleute.

13. Chapelle de l'Assomption de la Sainte-Vierge à Châtillon

14. Notre-Dame sons les Chênes, à Boncourt

15. Notre-Dame de Bon-Secours, à Fahy

16. Notre-Dame du Saint-Nom de Jésus, à Chevenez

17. L'Immaculée-Conception, à Develier-dessus

18. La chapelle du Paradis, près de Bure

§ 3. LUCERNE

1. Notre-Dame de Lutherthal

2. Notre-Dame de Werthenstein

3. Maria Zell, près de Sursee

4. Notre-Dame de Gormond

5. Notre-Dame de Hildiskirchen

6. La sainte chapelle de Herrgottswald

7. Notre-Dame d'Eigenthal

8. Notre-Dame du Wesemlin

9. Notre-Dame de la Forêt sur le Wesemlin

10. L'Immaculée Vierge Marie à Dottenberg, paroisse d'Adligenswyl

11. Notre-Dame de l'Aurore à Rort, dans la paroisse d'Oberdorf

12. Notre-Dame des Sept-Douleurs dite aussi « la Croix de Michel »

13. Chapelles de Marie, à Horw

14 et 15. Le Saint-Nom de Marie

16. L'Assomption de Marie

17. Notre-Dame de Bon-Conseil

18. Marie aux Neiges

19. La Présentation de Marie

20. L'Oratoire de Marie

21. Notre-Dame de Bon-Secours

22. Kreuz-Hubel

23. Notre-Dame de Saint-Urbain

24. Chapelle de Notre-Dame de la Visitation à Langnau

§ 4. SOLEURE

1. Notre-Dame de Lorette à Soleure

2. Notre-Dame de la Pierre

3. Notre-Dame de la Haie, à Meltingen

4. Notre-Dame de Schoenenwerth

5. Notre-Dame de Wolfwyl

6. Notre-Dame de l'Assomption, à Biberist

7. La chapelle de la Sainte-Vierge, à Derendingen

8. Notre-Dame d'Oberdorf

§ 5. THURGOVIE

1. Notre-Dame de Klingenzell

2. Notre-Dame de Lilienthal ou de la Vallée des Lys

§ 6. ZOUG

1. Notre-Dame du Gubel

2. Chapelle de Marie à Walterschwyl

3. Chapelle de Marie à Zoug

II DIOCÈSE DE COIRE

§ 1. LES GRISONS

1. Notre-Dame de Dissentis

2. Notre-Dame de la Lumière à Trons

3. Notre-Dame de Camps, près de Vals

5. Notre-Dame de Zitail, près de Saluz.

5. La statue miraculeuse de Santa Maria à Münster

6. Notre-Dame de Calanca

7. Notre-Dame de Misocco

§ 2. Schwyz

1. Notre-Dame de Lorette à Biberegg

2. Notre-Dame des Ermites

3. La chapelle de la Sainte-Vierge sur le Katzenstrick

4. Notre-Dame de Ried

5. Sainte Marie aux Neiges sur le Righi (Klaesterti)

§ 3 UNTERWALD

1. Notre-Dame Auxiliatrice, près de Beckenried

2. La chapelle de la Sainte-Vierge à Kersiten

3. La chapelle de Marie à Melchthal

4. Le sanctuaire de Marie à Rickenbach

5. La chapelle de Notre-Dame à Siebeneich

6. Notre-Dame du Foyer, à Stans

§ 4. URI

1. Notre-Dame Auxiliatrice à Andermatt

2. Notre-Dame des Sept-Douleurs à Goertschwiller

3. La chapelle de Marie et de Saint-Grégoire à Iagdmatt

4. La chapelle de la Sainte-Vierge à Riederthal

5. Notre-Dame de Sonnenberg

III DIOCÈSE DE SAINT-GALL

§ 1. APPENZELL

Notre-Dame auxiliatrice à Haslen

§ 2. SAINT-GALL

1. Notre-Dame de Bildstein à Benken

2. Notre-Dame de Lorette à Lichtensteig

3. Notre-Lame des Trois-Fontaines

4. Notre-Dame d'Iona

5. Notre-Dame de Mels

6. Notre-Dame de Bon Conseil à Tils

7. Notre-Dame de Berschis

IV DIOCÈSE DE LAUSANNE ET GENÈVE

§ 1 FRIBOURG

1. Lorette

2. L'église de Notre-Dame

3. Notre-Dame des Ermites, dans l'église des Pères Franciscains

4. Mariahilf, ou Notre-Dame de Bon-Secours

5. Notre-Dame de Bourguillon

6. Notre-Dame de l'Epine à Berlens

7. Notre-Dame de Bulle

8. Mariahilf . — Notre-Dame Auxiliatrice à Gain

9. Notre-Dame des Neiges à Lessoc.

10. Notre-Dame des Marches

11. Notre-Dame de Montban

12. Notre-Dame de Posat

13 Notre-Dame de la Tour à Montagny

14. Notre Dame du Pont du Roc

15. Notre-Dame de Villaraboud ou Notre-Dame au Bois, Notre-Dame des grâces

16. Notre-Dame de Wallenried

17. Notre-Dame des Sept-Douleurs à La Roche (Zurflüh)

§ 2 GENÈVE

Notre-Dame de Genève.

§ 3 NEUCHATEL

Notre-Dame du Landeron

V DIOCÈSE DE SION

1. Notre-Dame de Bâtiez à Martigny.

2. Notre-Dame de Burgspitz sur le Brigerberg

4. Notre-Dame d'Ernerwald

5. Notre-Dame de Flüe, à Louèche

6. Notre-Dame de Glisacker

7. Notre-Dame des Hautes-Roches (zu hohen Flüen)

8. Notre-Dame de Kühmatten

9. Notre-Dame du Lac Noir, à Zermatt

10. Notre-Dame de Mayenberg

11. Notre-Dame des Neiges, au Crételet

12. Notre-Dame de Ringacker.

13. Notre-Dame de Ritzigerfeld.

14. Notre-Dame du Rocher, ou de Sex, à Saint-Maurice.

15. Notre-Dame de Saas.

18. Notre-Dame de Schalbotten.

17 Notre-Dame de Viège.

19. Notre-Dame de Wandflüe.

20. Divers autres sanctuaires de Marie.

 

 PRÉFACE

Dans un précédent travail. nous avons fait une étude attentive des sanctuaires de Marie dans la Suisse protestante. Nous avons redit ce qu'étaient des sanctuaires nombreux et vénérés par nos pères avant le nouvel Evangile de Luther et de Zwingli. de Farel et de Calvin. Nous avons eu la consolation d'en montrer un certain nombre restaurés, dans notre siècle, par de nobles coeurs et de pieuses mains.

Cette première publication en appelait une seconde. C'est celle qui parait aujourd'hui.

A la gloire de notre chère patrie, la Suisse catholique compte d'innombrables autels dressés à l'honneur de la Vierge Immaculée, la douce Mère de Dieu et des chrétiens. Pas d'église en Suisse, où ne resplendisse la sainte image de Marie. Pas d'église, où l'on ne trouve érigée quelque Confrérie, Rosaire, Scapulaire, Archiconfrérie. etc., en son honneur.

A côté de ces signes de pieuse invocation et de filiale confiance en la Mère des miséricordes, une foule de sanctuaires voient d'innombrables chrétiens accourir heureux d’apporter leurs hommages au pied d'une statue ou d'une image vénérée d'âge en âge.

Ce sont ces sanctuaires dont il nous a plu de redire les noms bénis.

Notre travail, qui a demandé de grandes recherches, n'est pas sans offrir des lacunes, que nous sommes le premier à regretter.

 

IV

 

Pouvait-il en être autrement dans une étude disputée heure par heure à notre laborieux ministère ? Vingt-huit ans passés à la tête d'une grande paroisse. d'une desserte difficile à raison de son étendue, nous ont laissé peu de loisirs à consacrer à l'oeuvre modeste que ces pages dédient à la Vierge, protectrice de notre foi. On nous pardonnera donc ce que cette publication offre de défectueux.

Mais ce que le lecteur nous pardonnerait moins. ce serait d'avoir oublié un sanctuaire de Marie, objet d'un pèlerinage de trois siècles. qui s'affirme de nos jours plus que jamais.

Nous voulons parler de Notre-Dame des Annonciades dans l'église érigée à l'honneur de saint Pierre, dès l'aurore du XIVe siècle, dans la cité, autrefois épiscopale, de Porrentruy. Appelé par bulle de S. S. Léon XIII. glorieusement régnant. à la date du 19 avril (fête du grand Pape Léon IX dans le diocèse de Bâle) 1897. à la direction de cette paroisse, il nous a été donné de connaître en l’étudiant de plus près, le pèlerinage qui se fait journellement à Notre-Dame des Annonciades.

On nous permettra donc d'en dire un mot dès le seuil de cet ouvrage.

Nous ne pouvons mieux retracer l'origine de la dévotion à Notre-Dame des Annonciades qu'en reproduisant textuellement le naïf récit consigné dans les Annales des religieuses célestes, comme on les appelait à cause de leur vêtement bleu d'azur.

« L'an 1632, les dites religieuses, au nombre de quinze, furent obligées de sortir de leur monastère de Haguenau (fuyant devant les Suédois qui envahissaient l'Alsace). Mais. avant de sortir, elles mirent leurs plus précieux effets auprès de (la statue de) la Sainte Vierge, et de plus lui donnant les clefs du monastère entre les mains, elles se prosternèrent contre terre et la prièrent d'avoir soin de leur couvent.

 

V

 

Mais la Sainte Vierge commença à pleurer, de quoi on remarque encore une larme desséchée sur son visage.

Ces bonnes religieuses, voyant ce prodige, jugèrent prudemment que leur bonne chère protectrice voulait être réfugiée avec elles. Ce qu'elles firent, l'amenèrent à Porrentruy et se logèrent dans une maison sur la place, n'ayant encore point de monastère. »

Deux années ne s'étaient pas écoulées. que les pauvres Annonciades se voyaient de nouveau menacées du malheur auquel les avait soustraites leur fuite de Haguenau. En 1634, les farouches Suédois étaient aux portes de Porrentruy. La ville était menacée de l'incendie et du pillage. Les humbles religieuses n'avaient d'autres armes que la prière. Elles portèrent dans une salle haute de la maison la Vierge de Haguenau. De là on apercevait l'armée ennemie. Prosternées aux pieds de leur auguste et puissante Mère, les religieuses la suppliaient avec ardeur pour la délivrance de la ville, et pour leur propre délivrance, car elles s'attendaient et se préparaient à la mort. Ainsi se passa la nuit. Mais voici qu'au matin. d'après le récit de l'annaliste du couvent, on vit paraître à la pointe du jour une nuée fort basse en forme de manteau bleu au lieu même oit étaient les avant-postes de l'ennemi, qui avait disparu comme par enchantement, portant ailleurs ses dévastations et ses ruines.

C'était le 25 mars, fête de l'Annonciation.

Cette délivrance merveilleuse, due aux prières des Annonciades et de toute la ville à Marie Immaculée valut, on le comprend, à la Vierge de Haguenau de nouveaux honneurs et une confiance de plus en plus grande.

En 1670, la statue sainte trouva enfin un lieu de repos dans l'église bâtie en son honneur et pour l'usage des Annonciades en possession de leur couvent récemment, construit.

 

VI

 

Six ans après, l'incendie de deux maisons voisines du monastère n'atteignit pas la sainte maison, grâce à l'invocation de la douce Vierge. dont la statue fut exposée sur les fenêtres du réfectoire en face de l'élément destructeur.

La dévotion de toute la ville à la Vierge des Annonciades nous est attestée, en 1702, par le fait suivant :

Un incendie formidable menaçait de dévorer toute la ville. « L'on y porta le Saint-Sacrement, disent les Annales, pour y donner la bénédiction. Après quoi, ajoutent les mêmes Annales, il s'éleva des voix du peuple que l'on devait venir chercher l'image miraculeuse de la Sainte Vierge des Annonciades : ce que l'on fit. Un homme la porta entre deux ecclésiastiques en surplis. On la posa au milieu de la rue, à l'opposite des flammes, qui paraissaient insurmontables à toute l'assistance : mais la présence de la Sainte Vierge arrêta leurs progrès et l'on vit ces flammes furieuses s'élever droit en haut, sans plus voltiger de çà et de là, comme elles faisaient auparavant, et se retirer dans l'enceinte de leur origine. Ce que toute la ville, conclut l'annaliste, a reconnu pour un miracle de la Sainte Vierge. »

La piété populaire envers la Vierge des Annonciades allait croissant lorsque les « Célestes » se virent, en 1793, proscrites de leur demeure par la Révolution.

La statue miraculeuse échappa néanmoins au fanatisme des modernes Vandales. Sauvée par le maire Meyll, teinturier, elle fut placée, en 1802, solennellement sur l'autel de la chapelle restaurée de Saint-Michel, dans l'église paroissiale. C'est là qu'on continue à venir implorer le secours maternel de Marie, et qu'on ne le fait jamais en vain. C'est à ses pieds que, le soir de chaque premier dimanche du mois, on fait les pieux exercices de l'Archiconfrérie, auxquels prend part avec empressement, une nombreuse assistance.

 

VII

 

O douce Vierge des Annonciades !

O Vierge de Lorette, deux fois bénie !

C'est à vous que l'humble auteur de ces lignes, votre dévot serviteur dès son enfance. est heureux de dédier ce modeste ouvrage. O Mère ! bénissez-le. Bénissez sa chère paroisse, son bien aimé Jura, le diocèse de Bâle et toute la Suisse catholique.

 

 

 

 

LES SANCTUAIRES DE MARIE
DANS LA SUISSE CATHOLIQUE

 

Pour procéder avec méthode, nous diviserons notre étude par diocèses, et nous les classerons par ordre alphabétique. Ce qui amène la division suivante :

 

SANCTUAIRES DE MARIE DANS LES DIOCÈSES :

 

1.         De Bâle ;

2.         De Coire ;

3.         De Lausanne et Genève ;

4.         De Saint-Gall;

5.         De Sion;

6.         Du Tessin.

 

Entrons immédiatement en matière en commençant par le premier.

 

I DIOCÈSE DE BÂLE

 

§ 1. ARGOVIE

 

Dans ce canton, qui doit sa vie au Concile de Constance, et sa liberté aux traités de 1815, cinq beaux sanctuaires de Marie font sa gloire, la consolation et la sauvegarde des enfants de l'Eglise catholique.

 

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Les localités qui offrent à la piété religieuse ces sanctuaires de Marie sont les suivantes :

 

1.         Achenberg (sur l’) ;

2.         Bremgarten ;

3.         Jonenthal ;

4.         Sulzberg;

5.         Unterwil.

 

Nous en avons signalé d'autres appartenant à ce mixte, dans notre Culte de Marie dans la Suisse protestante. Nous n'avons dès lors pas à y revenir.

 

1. Notre-Dame de Lorette sur l'Achenberg.

 

LES SANCTUAIRES DE LORETTE EN SUISSE. — LA SAINTE MAISON DE NAZARETH TRANSFÉRÉE A TERSATE. — LE CURÉ ALEXANDRE GEORGIO. — LE BAN NICOLAS FRANGIPANE. — LA SAINTE CHAPELLE A RECANATI, PUIS A LORETTE. — TÉMOIGNAGES DES PAPES. — LA SANTA CASA ET LES ARTISTES. — DIMENSIONS,DE LA SAINTE CHAPELLE. — L'ACHENBERG, ZURZACH ET SAINTE VÉRÈNE. — CHAPELLE DE SAINT-JOSEPH. — CONFRÉRIE ET PÈLERINAGES.

 

C'est pour nous une bonne fortune d'inaugurer ce tableau de nos sanctuaires de Marie en Suisse par Notre-Dame de Lorette.. Hâtons-nous de dire, à notre grande joie, que nous ne trouverons pas moins de neuf sanctuaires consacrés en Suisse à la Vierge Marie sous ce vocable mille fois béni. Ces chapelles de Notre-Dame de Lorette font l'honneur des localités suivantes. Outre l'Achenbérig, ce sont Biberegg (Schwytz), l'Ennenberg (Unterwald), Bürglen (Uri),le Bisemberg (Fribourg), Lichtensteig (St-Gall), Porrentruy et Saint-Ursanne (Jura bernois)„ enfin Soleure.

Cette heureuse multiplicité des sanctuaires de Notre-Dame de Lorette nous impose une obligation qui est loin de nous déplaire. C'est de rappeler, avant tout, ce qu'est pour le coeur chrétien le sanctuaire de Lorette, si cher au Saint-Siège et à la catholique Italie.

 

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Le 18 avril 1291, le sarrazin Seraph, à la tête de ses farouches musulmans, s'emparait de la ville de Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre). C'était le dernier boulevard de la chrétienté dans la Terre-Sainte. Cette terre qui avait vu le Fils de Dieu, qui avait bu son sang, auquel vint se mêler pendant des siècles le sang d'innombrables fils de la croix, retombait sous le cimeterre des Infidèles. L'oeuvre patiente, héroïque, de huit croisades était anéantie.

En apprenant ce suprême désastre, l'Occident fut clans la consternation. Le Pape Nicolas IV donnait un libre cours à ses larmes, lorsqu'un événement extraordinaire vint apporter quelque allègement à son immense douleur.

Trois semaines ne s'étaient pas écoulées depuis la chute de Ptolémaïs, que les habitants de Tersate, près de Fiume, dans la Dalmatie (aujourd'hui la Croatie), étaient témoins d'un spectacle dont ils cherchaient vainement l'explication. C'était le 10 mai 1291. Sur une colline, au bord de la mer venait d'apparaître tout à coup un modeste édifice qu'on n'y avait point vu la veille. Qu'était-ce que cette maison, qu'une nuit printanière avait apportée, et qu'un matin avait fait éclore comme les lys et les roses de la vallée ?

On s'approche, avec une curiosité mêlée de respect, du merveilleux édifice. On en fait le tour. L'étonnement est général. Point de fondements à cette maison qui semble improvisée. La construction est orientale et ses murs sont formés de pierres rouges, inconnues dans toute la contrée. Une porte et une fenêtre sont les deux seules ouvertures qu'elle présente.

On pénètre à l'intérieur. Les murs sont couverts de fresques représentant les mystères de Nazareth. Le plafond est un ciel d'azur semé d'étoiles. A l'une des extrémités se dresse un autel en pierre, surmonté d'un crucifix peint sur toile. A droite de l'autel, dans une niche, une statue en bois de cèdre représente la Sainte-Vierge portant l'Enfant Jésus dans ses bras. Près de l'autel, une armoire renfermant quelques vases.

Tandis que le peuple de Tersate, dans l'admiration de cette nouveauté, se livre à toutes les conjectures, un homme paraît au milieu de la foule. C'est Alexandre de Georgio, le curé de la

 

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paroisse. A sa vue, l'étonnement redouble. On le savait malade, retenu dans son lit depuis trois ans par une hydropisie incurable. Et il était là tout à coup, au milieu des siens, plein de vie et de force. Un miracle seul pouvait lui avoir rendu la santé. On admirait depuis longtemps sa profonde et vive piété envers la Très Sainte-Vierge. C'est sans doute à Marie, disait la foule, que notre bon pasteur doit sa résurrection. On ne se trompait pas.

« Mes enfants, s'écrie-t-il à travers ses larmes de bonheur, écoutez-moi. La nuit dernière, la Mère de Dieu a daigné m'apparaître. Elle m'a dit, à moi pauvre pécheur : La demeure que tu verras demain sur le bord de l'Adriatique, c'est la maison même où le Verbe s'est fait chair. Un autel y a été dressé par l'apôtre Pierre pour y célébrer l'auguste sacrifice. Le crucifix et la statue de cèdre sont l'oeuvre de saint Luc. Et la preuve que je te donne, à toi mon fervent serviteur, de la vérité de mes paroles, c'est que tu sortiras de ton lit, et que tu pourras, rendu à la santé, aller voir de tes yeux ce que je t'annonce. »

A ces mots, un cri de joie et d'amour s'élève de mille lèvres, et remplit les airs : Evviva Maria ! « Vive Marie ! » Vive la Mère de Dieu, qui nous visite et nous envoie, par les mains des ,anges, sa sainte maison.

C'était bien, en effet, la sainte maison de Nazareth que le peuple de Tersate avait sous les yeux. Cette translation était un miracle du Ciel, s'affirmant dans l'éclat d'un second miracle.

C'était la plus sainte demeure qu'ait portée la terre et qu'ait éclairée le soleil. Le bras tout-puissant du Fils de Marie venait de soustraire ces murs à la profanation que leur préparait la main impure et impie du fanatisme musulman.

Pour se convaincre davantage de la réalité du miracle, le ban du pays, Nicolas Frangipane, se hâta d'envoyer à Nazareth quatre délégués, personnages instruits, religieux et dignes de foi, au nombre desquels se trouvait le curé Alexandre. Quelle ne fut pas leur consolation en retrouvant dans la blanche ville des fleurs, les bases et les bases seules, de la maison de la très Sainte-Vierge ! Ils constatèrent de leurs yeux que les pierres

 

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rouges des fondements étaient exactement de la même nature que celles de la maison trouvée à Tersate. Il en était de même des dimensions de l'édifice. Les quatre envoyés rapportèrent au ban Frangipane ce qu'ils avaient vu. Ils en dressèrent par écrit un récit authentique, et le confirmèrent par serment.

Après eux, d'autres personnages voulurent aussi, de leurs yeux, constater le fait. Ils firent à leurs frais le voyage de Nazareth. Ils en revinrent proclamant à leur tour la certitude de l'événement.

Cependant un nouveau fait acheva de convaincre les plus incrédules. Trois ans et sept mois s'étaient passés depuis l'apparition de la sainte demeure de Nazareth. Elle était devenue, on le comprend, le but d'un vaste pèlerinage, lorsqu'un beau jour, le 10 décembre 1294, la maison sainte disparut de nouveau de Tersate, à la grande douleur des pieux fidèles de ce pays. Qu'était-elle devenue ? C'est ce qu'on se demandait avec surprise, quand on apprit qu'elle se trouvait en Italie, à Recanati, au milieu d'un bois de lauriers. Et encore elle ne resta pas là. Quelque temps après, elle était transportée sur la colline où depuis six cents ans la vénération universelle va la trouver, baisant ses murs, et à leur ombre deux fois sainte, mêlant les prières de l'espérance aux larmes de l'amour.

Lorsque la sainte maison fixa définitivement son séjour à Lorette, le pape Nicolas IV était allé au ciel remercier Marie de sa maternelle bonté envers l'Eglise et l'Italie. Le saint ermite Pierre de Mouron le remplaçait sur le trône des Pontifes, sous le nom de Célestin V. Son humilité l'en fit descendre avant qu'il n'eût le loisir de donner au miracle de la Translation de la maison de Lorette la consécration d'un acte pontifical. Cette mesure était réservée au pape d'Avignon, Urbain V (1365). Après lui, d'autres Papes ont fait rechercher avec soin les preuves certaines du miracle. Au vu de ces témoignages authentiques, Paul II, Jules II, Léon X, Paul III, Paul IV, et d'autres encore, n'ont pas hésité à déclarer « que la maison de Lorette est celle dans laquelle Marie a pris naissance, a été saluée par l'ange et a conçu de l'Esprit-Saint le Sauveur du monde. » Ainsi s'exprime le plus savant des Papes, l'illustre Benoit XIV, en

 

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rapportant la Leçon historique de l'office de la Translation dans le Bréviaire romain.

Cet office, fixé au 10 décembre et institué par Sixte-Quint, a été déclaré obligatoire par le pape Urbain VIII pour toute la province de Lorette. Innocent XII y ajouta une messe propre.

De nombreux privilèges ont été accordés, ainsi que de précieuses indulgences, à la sainte chapelle de Lorette et à tous les pieux fidèles qui s'y rendent en pèlerinage.

Une basilique grandiose l'enferme dans son enceinte. Cette basilique a été érigée en cathédrale par le pape Sixte-Quint. Sur la façade orientale, on lit cette inscription : « Pèlerin chrétien, venu ici pour accomplir le voeu de ta piété, tu vois la sainte Maison de Lorette, vénérée de tout l'univers à cause de ses mystères divins et de l'éclat de ses miracles. C'est ici que Marie, la très sainte Mère de Dieu, a été mise au monde ; ici qu'elle a été saluée par l'ange ; ici que s'est fait chair le ;Verbe éternel de Dieu. »

Les papes Léon X, Clément VIII et Paul III se sont plu à revêtir les murs de la Santa Casa du plus beau marbre d'Italie, orné des plus riches figures par le ciseau des Sansovino, des Lombard et des Bramante. Les prophètes et les sybilles antiques sont tour à tour représentés dans cette oeuvre merveilleuse de l'art chrétien. Mais au-dessus de toutes ces figures prophétiques apparaît la douce image de Marie. Au nord et à l'ouest, la Nativité de la très Sainte-Vierge et l'Annonciation de l'ange Gabriel « oeuvre divine » de Sansovino, au témoignage de Vesari au sud et à l'est, la Nativité de Notre-Seigneur et la translation de la sainte Maison de Nazareth. En outre, des bas-reliefs, dus au ciseau des plus grands maîtres, représentent au sud David et Goliath, avec les Mages en adoration ; au nord, le mariage de la très Sainte-Vierge et à l'est sa mort précieuse, ou plutôt son doux sommeil : dormitio.

Quant à la statue de la Sainte-Vierge, oeuvre de saint Luc, elle 'est couverte d'innombrables pierreries, étincelant de mille feux à la lueur des lampes d'argent qui l'illuminent nuit et jour.

La sainte Maison de Lorette a les dimensions suivantes : longueur 9 m. 53, largeur 4 m. 17, hauteur 5 m. 40. L'auteur

 

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de ces lignes a eu le bonheur de visiter la Santa Casa en 1874, et d'y célébrer l'adorable sacrifice le 18 décembre, fête de l'Attente de l'enfantement de la très Sainte-Vierge. Comment alors ne pas éprouver quelque chose des sentiments de. foi et d'amour qui débordaient de la grande âme de saint François de Sales, prosterné â deux reprises sur le pavé de la sainte chapelle, et se relevant le visage tout rayonnant des lumières célestes et des flammes divines, qui remplissaient son esprit élevé et son coeur de vrai fils de Marie ? Or, ces sentiments dont l'âme est saisie, pénétrée, embaumée, à Lorette, on les éprouve, bien que dans une mesure moindre, dans les sanctuaires érigés par la piété catholique à l'imitation de la Maison sainte de Marie.

Il en est ainsi dans le pieux sanctuaire qui s'élève sur la fraîche colline d'Achenberg. Disons tout d'abord que cette colline, avec sa blanche chapelle, est située entre Klingnau et Zurzach et domine la majesté du Rhin et la fougue de l'Aar, qui court s'y jeter à une lieue de là. Prononcer les noms de Zurzach et de Klingnau, n'est-ce pas évoquer avec le IVe et le XIIIe siècle, les noms de deux illustres servantes de Marie : sainte Vérène et la bienheureuse Anne de Klingnau, morte avec le parfum de la sainteté au monastère de Töss, près Winterthur ? Ces deux noms nous disent assez que Marie, dès les siècles les plus reculés, fut l'objet des pieux hommages, non seulement de ces illustres vierges, mais des admirateurs de leurs vertus et de leurs imitateurs dans cette contrée. Zurzach, d'ailleurs, vit fleurir sur le tombeau de sainte Vérène, dès le VIIIe siècle, une colonie des fils de saint Benoît, dont la dévotion à Marie n'a cessé d'édifier les générations chrétiennes. Et le culte de la Mère de Dieu, nous le savons, a passé comme un noble héritage des Bénédictins de Zurzach aux chanoines, leurs successeurs, en 1279, dans la magnifique église, qui devait son existence à la pieuse munificence de l'empereur Charles-le-Gros et de l'impératrice sainte Richarde.

Cependant, ce n'est qu'en 1660 que l'idée vint de consacrer la colline de l'Achenberg, en la couronnant par une chapelle élevée à la gloire de Notre-Dame de Lorette. On alla plus loin.

 

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Le culte virginal de saint Joseph complète le culte rendu à la Vierge des vierges. Une seconde chapelle avec son autel s'éleva bientôt près de la première. Ce fut le sanctuaire de saint Joseph. Une confrérie, enrichie de nombreuses indulgences, vint donner à ce double sanctuaire un nouveau lustre. Chaque samedi de l'année, une messe fondée en ce lieu dut se célébrer à perpétuité pour les bienfaiteurs de la nouvelle confrérie de Notre-Dame de Lorette, comme aussi pour les membres de cette association sainte (approuvée en 1668 par le Pape Clément IX), qui portaient leurs pas et leurs prières dans ce lieu deux fois béni.

De nombreux pèlerins s'y rendent chaque jour. Ils sont plus nombreux encore, ils arrivent en foule le IV° dimanche après. Pâques et le dimanche dans l'octave de l'Assomption. C'est qu'alors un office solennel est chanté, et la parole sainte redit les gloires de Marie. Mais c'est bien autre chose encore le 2e jour de septembre. A l'occasion de la fête de sainte Vérène, la gloire et la protectrice de Zurzach, on ne voit pas moins de six paroisses accourir, avec croix et bannières, au sanctuaire de Marie sur l'Achenberg. Ce sont les paroisses de Baldingen, Doettingen, Endingen, Klingnau, Würenlingen et Zurzach. Il est à peine besoin d'ajouter que ce beau sanctuaire, pieusement entretenu, retentit dans ces grandes circonstances des acclamations ou des litanies dites de Lorette, Lauretance, chantées avec entrain, avec foi, par des milliers d'âmes et de voix ne faisant qu'une voix et qu'une âme pour glorifier, honorer, invoquer la douce et puissante Mère de Dieu. Et ces invocations ne sont pas vaines, comme l'attestent les nombreux ex-votos qui tapissent les murs de ce sanctuaire, dont ces témoignages de reconnaissance envers Marie sont le plus riche et le plus bel ornement.

 

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2. La chapelle de la Sainte-Vierge à Bremgarten.

 

UNE MESSE CÉLÉBRÉE CHAQUE JOUR DANS CE SANCTUAIRE. — MARIE VICTORIEUSE DE L'HÉRÉSIE. — LES DEUX BULLINGER, PÈRE ET FILS. — L'ÉVANGILE DE ZWINGLI. — LA VÉRITÉ CATHOLIQUE A BREMGARTEN. — LES CAPUCINS ET LES BÉGUINES. — SAINT SYNÉSIUS.

 

A quelques pas du presbytère de Bremgarten s'élève une gracieuse chapelle, où l'on voit arriver chaque jour de pieux pèlerins des campagnes voisines. Ce sanctuaire est dédié à la Reine des cieux, dont la douce image apparaît au-dessus de l'autel, à travers la grille qui sépare le choeur de la nef. En vertu des fondations dont la chapelle de Marie est dotée, une messe s'y célèbre chaque matin à 5 heures en été, à 6 heures en hiver. En outre, une lampe doit brûler jour et nuit devant la sainte image de la Mère de Dieu.

La ferveur de la prière dans ce sanctuaire a eu souvent pour récompense l'éclat des miracles. On peut s'en convaincre, en jetant un coup d'oeil sur les nombreux ex-voto suspendus par la reconnaissance aux murs de la chapelle.

A quelle date remonte ce beau sanctuaire, que de pieuses mains se plaisent à orner avec goût ? L'absence de documents ne permet pas de répondre à cette question. Il est à croire que, déjà avant la nouvelle religion de Zwingli, un oratoire s'élevait, en l'honneur de Marie, sur la place occupée aujourd'hui par son sanctuaire. Quoi qu'il en soit, il est certain que la ville de Bremgarten devait bien cet hommage de réparation à Celle que l'Eglise appelle à juste titre le marteau des hérésies : profligatrix haereseum. On sait, en effet, que la ville de Bremgarten n'a échappé au naufrage qui a englouti la foi catholique à Zurich, à Bâle, à Berne, que par la protection toute-puissante de la très Sainte-Vierge. C'est à cette protection que les armes catholiques durent leur victoire sur les armes de l'erreur et de ses partisans, dans les champs de Willmergen, en 1656, et sur les sommets du Gubel en 1531. Alors déjà, grâce à la parole et à l'exemple d'un curé débauché, nommé Henri Bullinger, qui

 

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était, depuis plus de vingt ans, moins le curé que le scandale de cette ville. Bremgarten avait prêté l'oreille aux accents impies du digne fils de ce prêtre (1). La messe avait été supprimée et les images de Marie et des saints, chassée du sanctuaire. Un pasteur protestant avait été imposé à cette ville par Zurich, dans la personne de l'alsacien Gervais Schuler, de Bitschwyler.

Bremgarten avait ainsi suivi l'exemple funeste de Mellingen, où la foi catholique avait été remplacée par l'évangélisme de Zwingli. Ce qui fait dire, avec une naïveté quelque peu ridicule, au savant Mülinen : « Bremgarten fut quelque temps évangélique. » Hélas ! quel évangile ! Ce n'est ni celui des quatre écrivains sacrés, ni celui de l'Eglise, ni celui de la vérité. L'évangile d'un prêtre apostat et défroqué, adopté par un autre prêtre défroqué et apostat ! Quel évangile ! Et quels évangélistes ! et

quels évangéliques ! …      

Après la victoire de Willmergen, les cantons catholiques chassèrent de Mellingen et de Bremgarten les prédicants de l'erreur. Ils relevèrent les autels de l'Eucharistie et de la Sainte-Vierge. Des prêtres, étrangers à l'ignorance et aux vices des Bullinger, exposèrent au peuple la vérité chrétienne dans tout son jour, et bientôt la foi catholique reparut avec une nouvelle vie au milieu de ce peuple un instant égaré. Le Dieu des tabernacles chrétiens raviva le culte d'honneur et de douce invocation, rendu par tous les siècles à son Immaculée

 

1 Henri Bullinger, le fils, était un humaniste et un littérateur. De l'aveu même de Ruchat, il avait préféré au livre des sentences de Pierre Lombard, les écrits de Luther et ses invectives tour à tour fines et grossières contre l'Eglise, son autorité divine et ses divines institutions. Littérateur médiocre, Bullinger était d'une profonde ignorance en matière de théologie. C'est ce que prouvent ses maigres écrits, dont un enfant de dix ans peut réfuter les grossières erreurs, pourvu que cet enfant sache les premiers éléments de la vérité révélée, c'est-à-dire son catéchisme.

Et voilà l'homme dont le protestantisme a fait un savant, un apôtre, un héros. Héros et savant à la hauteur de Zwingli, tant qu'on voudra. Deux ignorances multipliées l'une par l'autre, si l'on veut, on aura le carré, non de l'hypoténuse, mais de l'ignorance. Ce sera tout, à moins d'y ajouter encore la mauvaise foi.

 

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Mère. Marie fut plus que jamais l’objet de la dévotion éclairée et renaissante de tout un peuple. Et pour affermir la foi dans la ville et le baillage de Bremgarten, d'humbles fils de saint François vinrent y dresser leur tente (1618). Ils y rencontrèrent leurs pieuses Soeurs, qui avaient succédé en 1401 aux anciennes religieuses établies sous le nom de Béguines à Bremgarten dès l'année 1377.

En 1653, la ville de Bremgarten reçut de Rome les reliques saintes d'un martyr. Le corps de saint Synésius fit dès lors et fait encore de nos jours la plus précieuse richesse de la belle église de Bremgarten.

Ajoutons qu'à peu de distance de la ville, un des plus illustres serviteurs de Marie a aussi son sanctuaire. C'est saint Antoine du désert, qu'on va souvent invoquer, de près et de loin, dans sa modeste, chapelle.

 

3. La chapelle de Marie à Ionenthal.

 

L'ABBAYE DE MURI. — LE SANCTUAIRE D'IONENTAL. — LE JEUNE CHEVRIER ET LE CONCERT MYSTÉRIEUX. SONGE EXTATIQUE ET IMAGE DE LA VIERGE. — CHAPELLE BATIE, PUIS AGRANDIE.

 

Sur le flanc vert du Lindenberg se détache la ville de Muri. Son église majestueuse rappelle la gloire de la petite cité, gloire de huit beaux siècles, due à la munificence d'une pieuse princesse, Ida de Lorraine, qui fonda, en 1027, le monastère de Bénédictins, autrefois célèbre par la science et les vertus qu'on y cultivait. On sait comment cette illustre abbaye est tombée, en 1841, sous les coups du radicalisme argovien (1). Pendant 814 ans, le nom immaculé de Marie a été chanté sous les voûtes de la belle et vaste église qui est fière, à bon droit, du trésor qu'elle possède depuis 1641 ; ce trésor apprécié de la foi, ce sont les reliques du saint martyr Léontius ou Léonce.

A une lieue, à l'est de Muri, se trouve une charmante chapelle. Dédié à la Vierge sans tache, ce sanctuaire est un but de pieux pèlerinage. On y voit de nombreux ex-voto.

 

1 D'autres maisons religieuses dans le même canton ont subi le même sort à la même époque.

 

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L'origine en est curieuse. Voici ce qu'en dit la légende plusieurs fois séculaire :

« Un jeune et pieux chevrier faisait paître son troupeau dans les buissons de la colline, au pied de laquelle se dresse, depuis des siècles, la chapelle de Marie. Cet humble pâtre, auquel nous donnons, pour la clarté du récit, le nom de Diebold, aimait du plus filial amour la très Sainte-Vierge, dont le nom béni revenait sans cesse sur ses lèvres pieuses. Or, un jour, le fidèle serviteur de Marie remarque qu'une chèvre au blanc pelage manque â son troupeau. Le bon pasteur se hâte de courir à sa recherche. Après de longs détours â travers les taillis, elle répond enfin à son appel. Diebold n'a plus qu'un souci : c'est de ramener l'égarée â son bien aimé troupeau. Mais il est allé loin pour la retrouver. Avec peine, il descend un rocher assez élevé, et le voilà au bas de la colline, mais dans une toute autre direction que celle qu'il devait prendre. Bientôt à ses oreilles retentit un doux et ravissant concert. Il écoute, il est ravi. Il veut voir le lieu où se fait entendre cette suave musique. Cependant à mesure qu'il avance, les accents qui le transportent deviennent moins sensibles. Bientôt ils se taisent. Longtemps encore, le pâtre prête l'oreille. Le silence seul règne autour de lui. Il va revenir sur ses pas et rejoindre son troupeau, lorsque les mélodies reprennent de plus belle. Il s'arrête. Il s'assied sur la mousse d'une pierre au bord du ruisseau qui coule â ses pieds. Le sommeil le surprend. Il ne se réveille qu'aux clartés de l'astre du jour. Mais sa joie est vive, son bonheur est profond. Pendant son sommeil, une vision magnifique a frappé ses regards. Diebold s'est vu dans une petite église, au milieu d'une foule recueillie et â genoux. A l'autel brûlaient des cierges en grand nombre et au-dessus de l'autel rayonnait, dans une gloire céleste, la divine Mère, que le pâtre prie lui aussi de tout son coeur. Et Marie, invoquée par tant de voix, semble n'avoir des yeux que pour son fidèle Diebold. Longtemps le pâtre jouit de l'extase de ce spectacle. Enfin Marie disparaît et avec la vision s'enfuit le sommeil. Mais en ouvrant les yeux à la lumière, le pâtre voit à ses pieds une image. Il la recueille, elle reproduit les traits de la divine Mère, telle qu'il l'a vue pendant la nuit.

 

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Tandis que Diebold repasse avec une douce émotion ce qu'il vient de voir, des bergers accourent de toutes parts et lui témoignent leur joie de le retrouver. La veille, son troupeau avait pris seul le chemin du village. On se demandait avec la plus vive inquiétude ce qu'était devenu le berger. On l'avait cherché dès l'aube du jour. On le retrouvait enfin.

De son côté, Diebold se hâte de raconter à ses amis son bonheur de la veille et son extase de la nuit. Cet événement vole de bouche en bouche. Tous se demandent ce qu'il peut bien signifier. « C'est une chapelle, s'écrie la foi, que Marie demande en ce lieu; érigeons-la. » Et sans tarder, on se met à l'oeuvre. Les fondements de la chapelle sont jetés dans le sol. Mais, ô surprise ! le lendemain matin toutes les pierres ont disparu. « C'est un tour de mauvais sujets, s'écrie-t-on. Qu'on veille la nuit. » — Et la nuit suivante une garde veille sur les pierres et leurs nouvelles assises. Vaine précaution ! Le lendemain matin, les pierres ont été roulées dans le ruisseau. — Que faire ? « Ce n'est pas ici, dit un avisé, que Marie veut sa chapelle. Arrachons ces aubépines. C'est là que les voix d'en haut se sont fait entendre, c'est là que s'est trouvée l'image, c'est là qu'il faut bâtir. » On bâtit, et cette, fois la construction s'élève comme par enchantement. La chapelle est debout, elle est consacrée, elle aura la durée des siècles. »

Et depuis des siècles, les générations pieuses succèdent aux générations dans ce sanctuaire béni. Les grâces s'y sont multipliées, ainsi que les miracles. D'innombrables ex-voto en font foi. Dès l'année 1521, la chapelle s'est trouvée trop étroite pour les pieux visiteurs. Il a fallu, pour l'agrandir, la rebâtir à neuf. Et depuis, on voit chaque année des paroisses entières s'y rendre en procession. Le saint Sacrifice ne cesse d'y être célébré, en particulier le samedi, jour consacré spécialement à la douce Mère de Dieu.

 

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La chapelle de Marlawyl, près de Baden.

 

LA VILLA DE MARIE ET LES PÈLERINS D'EINSIEDELN. — LES RELIGIEUX DU TIERS-ORDRE. — LE CHAPITRE DE BADEN. — LES CAPUCINS. — LE$ FRANCISCAINES DU COURONNEMENT. — BARBE FREY.

 

Mariawyl! La villa ou la campagne de Marie! Nom qui respire les parfums et la poésie du Cantique des cantiques. C'est le nom d'une vaste et gracieuse chapelle, dédiée à la Vierge des vierges, à Unterwyl, sur les bords de la Limmat, à une demi-lieue au-dessus de Baden. Pour mieux justifier son beau nom, on voudrait voir ce sanctuaire, où les pèlerins aiment à porter leurs pas et leurs prières, tout entouré des lys de la vallée et des roses de Jéricho ou d'Assise.

Avant la construction de nos chemins de fer, on voyait souvent des groupes de pèlerins, se rendant d'Alsace ou de la Forêt-Noire à Notre-Dame des Ermites, faire une station pieuse dans ce sanctuaire. Même station au retour du pèlerinage. De nos jours, c'est surtout le dimanche et aux jours de fêtes de la Sainte-Vierge que Mariawyl reçoit la visite et les prières des serviteurs et des servantes fidèles de la Mère des chrétiens.

Trois autels se dressent dans ce sanctuaire. On y voit aussi des confessionnaux et une tribune. Le choeur est séparé de la nef par une grille. Dans la gracieuse tour qui domine la chapelle, la cloche invite de temps à autre les pieux fidèles à venir prendre part au divin sacrifice, ou à la récitation sainte du Rosaire.

En face de la chapelle, nous dirions presque de l'église, demeure le gardien de ce sanctuaire. Il est en même temps le fermier des biens qui forment la villa de Marie.

A quelle époque remonte cette chapelle et ce pèlerinage? On ne peut le préciser. Ce qui est certain, c'est que la chapelle compte bien ses deux siècles d'existence. Aurait-elle été bâtie sur l'emplacement d'un premier et très ancien oratoire? On peut le conjecturer. Quoi qu'il en soit, il y avait là, autrefois, près de la sainte chapelle, un pieux frère portant le costume

 

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religieux du Tiers-Ordre, qui veillait nuit et jour sur le sanctuaire de Marie. Longtemps ces amis du désert et du silence, ces hommes de prière et de volontaire immolation, se sont succédé, donnant à tous, en ce lieu béni, l'exemple des plus austères vertus, et renonçant à toute quête, pour ne vivre que des aumônes qu'ils recevaient des pèlerins. Malheureusement, un dernier venu n'a pas su marcher sur les traces de ses saints prédécesseurs. Sa conduite déshonorait l'ermitage. Il en a été chassé, et l'ermitage est resté vide. Nous verrons plus loin que d'autres ermitages ont eu la même fin.

Ce qui inspirait souvent la création de ces pieux asiles, c'était le voisinage d'une communauté ou d'une collégiale. Il en est ainsi à Baden.

Une collégiale, avec un Chapitre de sgpt chanoines aidés de cinq chapelains et présidé par un prévôt, fut créé à Baden, en 1624. Marie eut les honneurs de cette grande oeuvre. La collégiale s'élève sous le vocable, de l'Assomption de la très Sainte-Vierge. Le culte de Marie s'affirmait ardent et profond dans la religieuse cité de Baden. Le pieux Chapitre a existé jusqu'aux jours du radicalisme et des ruines qu'a su faire l'impiété dans le beau canton d'Argovie.

Ce foyer de dévotion à la Mère de Dieu venait se joindre à un autre foyer plus fécond encore. Dès l'année 1591, les humbles fils de saint François fondaient à Baden une maisôn de Capucins. C'est assez dire que Marie fut honorée, invoquée et chantée par ses vaillants serviteurs, non seulement dans leur pauvre et sainte communauté, mais dans toutes les églises de Baden et des environs. En outre, une institution, toute dévouée à la Vierge immaculée, avait devancé à Baden celles que nous venons de mentionner. Dès l'année 1523, les Soeurs franciscaines quittèrent leur couvent de Würnlingen, fondée en 1366, entre Baden et Klingnau, sur la rive droite de l'Aar, et venaient fixer leur demeure dans la ville de Baden. Elles fuyaient ainsi les fureurs des farouches zwingliens, vautours menaçant de leurs griffes les paisibles colombes du Seigneur et de sa sainte Mère, la douce Vierge Marie.

En 1612, les saintes filles du Couronnement de Marie, c'était

 

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le nom de leur communauté, franchirent le seuil de la cité pour s'établir définitivement dans le monastère dont la place leur fut donnée, au faubourg, par la pieuse veuve Barbe Frey, qui se fit religieuse à son tour et mourut, en 1644, dans ce couvent, où elle avait rempli pendant quinze ans les fonctions de Mère ou de supérieure.

 

La chapelle de Sulzberg, près de Wettingen.

 

L'ABBAYE DE WETTINGEN. — SON ORIGINE. — SA PROSPÉRITÉ. — SA CHUTE. — LA FRANC-MAÇONNERIE ET KELLER. — ÉRECTION DU SANCTUAIRE DE MARIE A SULZBERG.

 

Avant de faire connaître l'origine du modeste sanctuaire élevé à la gloire de Marie sur le sommet du monticule qui domine Wettingen, il convient de rappeler ce que fut l'illustre et magnifique abbaye de ce nom. Elle était sous le vocable de l'Etoile des mers, Stella maris, et voici à quelle occasion :

En 1221, le comte Henri de Rapperschwyl, surnommé le Pèlerin, revenait de la Terre-Sainte après avoir visité Jérusalem et le Sinaï.. En mer, le vaisseau qui le portait fut assailli par une violente tempête. Equipage et passagers, tout allait périr dans les flots, lorsque le comte éleva ses yeux et ses mains vers le Ciel en s'écriant : « O Marie, Etoile de la mer, sauvez-nous. Arrachez-nous à la mort qui nous menace, et je fais voeu d'ériger un monastère à votre gloire. » A ce voeu, à cette prière, à ce cri d'espoir contre tout espoir, les nuages déchirent leur voile sombre, une étoile brillante apparaît aux yeux de tous : bientôt les vents se calment, la mer s'apaise, le navire reprend son cours et arrive heureusement au port.

Ainsi raconte la légende, et l'histoire ajoute, appuyée sur des documents authentiques, qu'en l'an 1227, le 14 octobre, Henri de Rapperschwyl jetait les fondements d'un monastère sur la rive droite de la Limmat, dans une situation ravissante. Il y appelait de l'abbaye de Salem, en Souabe, filiale de Lucelle, une colonie de douze Cisterciens, et donnait à la maison nouvelle le nom d'Étoile de la mer, ce nom sous lequel il n'avait

 

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pas vainement invoqué Marie au sein du danger. Et lui-même, après la mort de sa digne épouse Anna de Homberg, couronna son oeuvre, et peut-être son voeu, en prenant l'habit des fils de Cîteaux pour finir ses jours, en 1246, dans la vie et la paix religieuse, au sein du monastère qu'il venait de créer. Il laissa à l'abbaye une dotation considérable avec ses armoiries, la rose de Rapperschwyl, dont le couvent de Wettingen fit ses propres armes.

Protégé par les papes, par les empereurs, par ses bienfaiteurs, les comtes de Kybourg et de Habsbourg et les ducs d'Autriche, le monastère des moines blancs de Wettingen eut de longs jours de prospérité. Pendant six cents ans, il vit passer, à l'ombre et dans le silence de ses murs, des légions de saints, qui n'ouvraient leurs lèvres que pour chanter les louanges de Dieu et les gloires de la Vierge d'Israël. Il était

réservé au libéralisme argovien, dont la haine contre l'Eglise et ses institutions saintes semblait incarnée et personnifiée dans

le fanatique Augustin Keller (1), de renverser et de ruiner à jamais la grande oeuvre des siècles chrétiens. C'est ce qui eut lieu le 13 janvier 1841. A cette date néfaste, un décret du Grand Conseil d'Argovie prononça la suppression brutale de l'abbaye qui faisait la gloire des bords de la Limmat. Et les serviteurs de Dieu, chassés de leur demeure tant de fois séculaire, se virent réduits à chercher un asile sur la terre étrangère. En 1854, les Cisterciens de l'Etoile de la mer ont enfin

 

1 Augustin Keller, ancien maître d'école, baptisé catholique, avait été hissé au pouvoir par la franc-maçonnerie, qui le comptait au nombre de ses plus fougueux adeptes. Il se maintint pendant de longues années à la tête du gouvernement d'Argovie en faisant, au nom du libéralisme, une guerre sans paix ni trêve à l'Eglise catholique, et surtout aux maisons religieuses. Persécuteur de l'Eglise, il a favorisé de toutes ses forces la création de la secte vieille-catholique en Argovie et dans toute la Suisse. Il a fini comme son émule dans la haine et la persécution du catholicisme, le peu illustre Joachim Froté, préfet de Porrentruy, par devenir fou et mourir dans sa démence. La plupart des persécuteurs n'ont pas et n'auront pas une meilleure fin. Tertullien l'a dit : « L'Eternel est patient, mais il est juste. »

 

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trouvé à Mehrerau, près de Bregenz, dans une caserne qui avait été jusqu'en 1806 un monastère de saint Benoît, un Nouveau-Wettingen. Neu-Wettigen est, en effet, le nom qu'ils ont donné, sur les bords du lac de Constance, à leur nouveau monastère.

C'est à l'un des Pères de l'Etoile de la mer que la chapelle de Sulzberg doit, sinon son existence, du moins sa célébrité. Le fondateur réel de ce sanctuaire de Marie fut un pieux chrétien, qui tenait en fief de l'abbaye le domaine de Herdern. En 1728, il en demanda humblement la permission à l'abbé Alberich Beùsch, qui s'empressa de l'accorder. Ce ne fut d'abord qu'un petit oratoire, mais il fallut bientôt l'agrandir, à cause de l'affluence des pèlerins qui venaient y jouir du double bonheur de prier Marie et de voir, du haut de la colline, se dérouler sous leurs yeux un magnifique paysage. La foule grossissante ne faisait en cela que se montrer docile à la voix et à l'exemple du pieux conventuel alors chargé de la paroisse de Wettingen. Les fidèles n'y accouraient pas seulement isolés et par groupes, mais ce furent des processions proprement dites qui prirent le chemin de la colline de Marie.

Puisse, de nos jours, ce lieu vénéré, source de grâces et de bienfaits, retrouver le nombre et la ferveur de ces pèlerins d'autrefois ! On comprend, en effet, que l'expulsion des religieux de Wettingen et la conversion de leur vaste monastère en une école de régents, ait entraîné, pour la sainte chapelle, l'injure de voir diminuer le pèlerinage dont elle était l'objet depuis plus d'un siècle.

 

§ 2. JURA BERNOIS

 

Les sanctuaires élevés à l'honneur de l'auguste Mère des chrétiens dans le Jura sont :

 

1.         Notre-Dame de Lorette, à Porrentruy ;

2.         Notre-Dame de Lorette, à Saint-Ursanne;

3.         Notre-Dame de Lourdes, à Bonembez;

4.         Notre-Dame de Lourdes, à Montenol ;

5.         Notre-Dame de Lourdes, à Pleujouse;

 

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6.         Notre-Dame de la Salette, à Rossemaison ;

7.         Notre-Dame du Vorbourg, à Delémont ;

8.         Notre-Dame de Lourdes, à Soyhières ;

9.         Notre-Dame des Ermites, à la Vacherie Mouillard ;

10.      Notre-Dame du Sacré-Coeur, à Seleute.

 

Il est encore d'autres sanctuaires de Marie pieusement fréquentés, et d'autres images saintes vénérées dans le Jura. Mais comme ces sanctuaires ne constituent pas des chapelles proprement dites, indépendantes des églises, nous ne pouvons, dans l'intérêt de la brièveté, en donner l'historique ou la description comme nous aimerions le faire.

 

1. Notre-Dame de Lorette, à Porrentruy.

 

LES ANNONCIADES ET LEUR VIERGE MIRACULEUSE. — LA NUÉE BLEUE. — LA CHAPELLE DE LORETTE (1653). — FONDATIONS. — LE SANCTUAIRE DE MARIE PROFANÉ (1793). — LA STATUE MIRACULEUSE SAUVÉE. — LA CHAPELLE RENDUE A SA DESTINATION (1817). — NOUVELLE PROFANATION EN 1873. — ILLUSTRES VISITEURS. — NOTRE-DAME DES ANNONCIADES.

 

L'année 1633 vit arriver à Porrentruy une quinzaine de religieuses, qui venaient, tremblantes de frayeur, demander un asile à cette cité hospitalière. Ces humbles servantes de Marie, qui apportaient avec elles la Vierge de leur monastère, étaient les Annonciades de Huguenau. Menacées par les farouches Suédois, elles avaient abandonné leur maison sainte et traversé toute l'Alsace pour chercher un refuge sur les terres de l'Evêché de Bâle. Les Célestines, comme les faisait appeler leur vêtement d'azur, se croyaient en sûreté dans leur nouvel asile, lorsque, le 24 mars 1634, elles virent, des fenêtres de leur couvent, apparaître l'armée suédoise sous les murs de la ville. Leur consternation fut grande ; elle redoubla lorsque, le soir du même jour, leur Père spirituel, le Jésuite Balthasar Cavai, vint leur annoncer que leur dernière heure allait sonner. A cette nouvelle, toutes se confessent une dernière fois. Puis, plaçant leur douce Vierge sur une fenêtre, le visage tourné

 

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vers l'ennemi, les saintes filles passèrent la nuit dans les angoisses de la terreur et les espérances de la prière.

De son côté, le magistrat faisait voeu à la très Sainte-Vierge, si sa protection toute-puissante sauvait la ville, qui se consacrait à Marie, de bâtir une chapelle en l'honneur de la divine Libératrice. « Or, ajoutent les Annales des Annonciades, le lendemain matin, c'était le jour de l'Annonciation de la très Sainte-Vierge, un rayon d'espoir vint ranimer le courage des saintes filles, qui avaient passé la nuit à genoux aux pieds de leur puissante Mère. Elles virent descendre du ciel, sur le champ de l'armée ennemie, une nuée en forme de manteau bleu, ce qui fut estimé comme une marque visible de la protection de la très Sainte-Vierge. »

Ce signe ne fut pas trompeur. En ce même jour, l'armée suédoise leva le camp, prit une autre direction, et Porrentruy put, avec joie, saluer l'heure de la délivrance. La ville, avec les bonnes religieuses, s'empressa de rendre hommage à Celle « que les peuples et les cités n'ont jamais invoquée en vain ».

Fidèle au voeu de ses magistrats, la ville s'occupa, sans, retard, d'élever un sanctuaire à Marie, au lieu même qu'Elle avait couvert d'une nuée bleue, signe visible de sa protection. Mais la guerre de Trente-Ans était loin de toucher à son terme. Il fallut attendre, pour mettre la main à l'oeuvre, que la paix fût rendue à l'Europe par le traité de Westphalie (1648).

Le 22 mai 1653 vit poser la première pierre de la chapelle de Marie, au pied de la colline sur laquelle avait campé l'armée suédoise, dix-neuf ans auparavant. Ce sanctuaire fut construit sur le plan et avec les dimensions exactes de la sainte Maison de Lorette, en Italie (1). Quatre ans après, le dimanche 8 avril, le modeste édifice recevait sa consécration des mains du suffragant de l'évêque de Bâle, l'illustre docteur Thomas Henrici.

Bientôt, sur les pas de la ville, toute l'Ajoie accourut aux pieds de Notre-Dame de Lorette. De nombreux miracles répondirent à la foi, à la confiance, à la prière des invocateurs de la Vierge sainte. Et lorsque la France révolutionnaire envahit le

 

1 Voir ce que nous en avons dit plus haut, page 6.

 

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Jura et vint y promener son impiété féconde en ruines, les murailles de la chapelle étaient littéralement tapissées des ex-voto de la reconnaissance envers Marie.

D'année en année, le sanctuaire s'était embelli et enrichi. Chaque jour une ou plusieurs messes se célébraient à son autel, en l'honneur et sous les yeux de Marie, dont la statue sainte, richement vêtue, semblait éclairer la chapelle de ses doux rayons.

Par décret du magistrat, treize messes, en particulier, se célébraient dans ce sanctuaire, chaque année, aux frais de la ville. Les jours étaient fixés pour la célébration de ces messes d'actions de grâces. C'étaient, outre les fêtes de la très Sainte-Vierge, celles de sainte Anne et de saint Joseph. Pour les acquitter, Lorette eut même son chapelain propre, nommé par le magistrat. Le dernier, chassé par la Révolution, fut Dominique-Josèph Beuret, de Porrentruy.

La chapelle de Lorette était, depuis plus d'un siècle, le but de fréquents pèlerinages et de nombreuses processions, lorsque des Suédois, plus farouches que ceux de 1634, et plus destructeurs que les sauterelles de l'Orient, firent irruption dans le pays, le 23 avril 1792. Ces sauterelles, dont les nuées sombres et dévastatrices apparaissaient autrefois aux regards des prophètes, c'étaient bien alors les Français, non ceux de Louis XIV, mais les fils de la Révolution, les Français de Marat, de Danton et de Robespierre. Le soleil de la liberté venait de se lever sur l'antique Evêché de Bâle ! Déjà il éclairait de ses rayons sanglants la sinistre guillotine, instrument de terreur et de mort promené d'un bout à l'autre du pays, lorsqu'il vit, sans reculer d'horreur, la dévastation et le pillage de toutes les églises, de toutes les chapelles, de tous les sanctuaires, par les adorateurs d'une impure déesse. La chapelle de Lorette fut dépouillée de ses richesses et de ses ornements. Les ex-voto qu'elle renfermait disparurent dans les flammes d'un auto-da-fé révolutionnaire, assaisonné de blasphèmes et de danses iroquoises Le sanctuaire de Marie, on ose à peine rappeler ce lugubre souvenir, fut converti en une écurie pour le bétail malade, et ses environs en un charnier où l'on jetait pêle mêle les soldats

 

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de la grande République, succombant par centaines au typhus qui les dévorait dans les salles du collège, devenu l'hôpital de la Montagne.

Il ne resta du sanctuaire de Lorette que les quatre murs et le toit. Cependant, ce qui avait, aux yeux des, fidèles, plus de prix que tout le reste, la statue miraculeuse de Marie, put échapper au naufrage. A la faveur des ombres de la nuit, le maire Rödel l'avait sauvée et enfouie dans le sol de son jardin. Elle y resta cachée sept ans, et n'en sortit qu'après, le 18 brumaire. A. la restauration du culte par le Concordat de 1802, la statue sainte fut enfin rendue à la vénération publique.

Mais la chapelle de Lorette continua, jusqu'en 1817, à servir de maison d'habitation à un employé français, Nicolas Barthélemy, qui l'avait achetée de la Nation pour une poignée d'assignats. Le 18 août 1817, le conseil de la ville racheta le modeste édifice pour une somme de 6.000 fr. On s'empressa de restaurer la chapelle et le 6 septembre 1818, on put y célébrer le saint Sacrifice. La statue de la Sainte-Vierge y fut reportée solennellement, et le bailli de Jenner fit don à la chapelle d'une lampe d'argent à allumer devant l'image sainte.

Le pèlerinage, après une interruption de vingt-cinq ans, reprit sa. marche progressive. Les paroisses des environs purent sans obstacle se .rendre en procession au sanctuaire de Marie, jusqu'aux jours mauvais qui le virent souillé par les mains excommuniées d'un sacerdoce apostat (1873-1878). Ce sacerdoce vénal a fui. Il est tombé sous le double poids du mépris et du ridicule. Notre-Dame de Lorette est rendue aux hommages des vrais enfants de Marie. Ils vont chaque jour lui apporter- le tribut de leur admiration, de leur confiance et de leur filial amour. Ils vont y gagner, autant qu'ils le peuvent, les précieuses indulgences accordées par le Saint-Siège à la ferveur de leurs prières dans cette humble chapelle.

Le Père Géramb a célébré la messe dans ce sanctuaire, en 1830. Avant lui c'était l'abbé de Lamennais, lorsque la foi éclairait encore son âme et inspirait sa plume. En 1847, le pieux et savant évêque de Bâle, Mgr Joseph Antoine-Salzmann, voulut aussi se donner la consolation d'y célébrer les saints mystères,

 

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comme l'avaient fait avant lui ses nobles prédécesseurs, les Reinach et les Roggenbach.

Quant à la statue miraculeuse de la Vierge des Annonciades, dont nous avons parlé au commencement de cet article, elle a été sauvée, elle aussi, des mains de la Révolution. On la vénère dans l'église paroissiale de Porrentruy. Elle occupe la place d'honneur dans la chapelle du Chapitre séculier de Saint-Michel. Ce Chapitre, établi en 1377, a disparu avec ses biens, à la Révolution. Il en a été de même des Annonciades. La Révolution, en les. proscrivant, s'est emparée de leur église et de leur couvent, dont elle a su faire une prison pour le crime.

Porrentruy avait aussi dans ses murs un couvent de Capucins. Les Capucins ont disparu et leur église est bientôt tombée sous le marteau de l'impiété. Cette ville avait un brillant collège, dirigé par les Pères Jésuites. Les Jésuites ont disparu. Leur église est une halle de gymnastique et la chapelle du séminaire est devenue la loge de la maçonnerie. Et tout cela au nom de la liberté et du progrès !...

 

2. Notre-Dame de Lorette à Saint-Ursanne.

 

LA GROTTE DE SAINT-URSANNE (613-620). — LE MONASTÈRE (620-1076). — LE CHAPITRE (1120-1793). — CONFRÉRIE DE LA SAINTE-VIERGE (1434-1665. — LE CIMETIÈRE DES PESTIFÉRÉS. — LA CHAPELLE CONSTRUITE (1712). — FONDATIONS, CHAPELAIN ET ERMITE. — LORETTE PENDANT LA TERREUR THERMIDORIENNE (1796). — LA STATUE MIRACULEUSE RÉINTÉGRÉE (1802). PÈLERINAGES ET PROCESSIONS A LORETTE. — DEUX TOMBES VÉNÉRABLES.

 

Le plus ancien sanctuaire de Marie dans le Jura, et l'un des plus anciens de la Suisse, est la grotte que vint sanctifier par sa présence et ses vertus le bienheureux Ursanne, l'an 613 de notre ère. On sait quelle était, à Benchor, dans la verte Erin, la dévotion profonde des trois mille moines de saint Comgall envers la Mère de la virginité chrétienne. Benchor répondait à Nicée. Au Sanctus de la terre, qui ne se taisait, comme le Sanctus du ciel, ni la nuit, ni le jour, au Laus perennis de

 

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Benchor, les saintes escouades qui d'heure en heure se relayaient devant les saints autels, les fervents serviteurs du. Christ et de sa divine Mère, mêlaient avec bonheur le nom de Marie et les hymnes à sa gloire. L'Eucharistie et Marie ! Ces deux grands noms résumaient en quelque sorte le culte chrétien en ces âges où la foi inspirait à des âmes sans nombre l'héroïsme de la vie surnaturelle.

Le Dieu de l'Eucharistie et sa divine Mère, c'était le culte apporté de Benchor à Luxeuil, en 590, par saint Colomban et ses vaillants disciples saint Gall, saint Ursanne, saint Sigisbert et d'autres encore.

On comprend dès lors que pendant les sept années qui virent le saint moine Ursanne dans la grotte où il avait trouvé la dernière halte et passé la dernière étape de sa bienheureuse vie, sa voix ait redit chaque jour aux échos des montagnes du Doubs le nom aimé, le nom mille foi s béni de la très Sainte-Vierge.

Et lorsque le saint du Doubs s'en fut allé, le 20 décembre de l'an 620, chanter au ciel les gloires de Celle qu'il avait chaque jour louée, invoquée et chantée sur la terre, les religieux formés à son école, héritiers de sa foi et de ses vertus, continuèrent à mêler dans leurs hymnes quotidiennes le nom immaculé de Marie au nom adorable de son Fils, le Dieu Sauveur.

Pendant quatre siècles, les fils de saint Ursanne chantèrent le nom virginal de leur Mère sur les bords du Doubs, embaumés des parfums de leur piété vive et éclairée. Et lorsque leurs voix s'éteignirent sur leurs lèvres par l'iniquité d'un évêque césarien, prévaricateur et excommunié, d'autres voix ne tardèrent pas à s'élever sur la tombe du saint du désert. De 1120 à 1793, de pieux chanoines renouèrent la chaîne du passé. Sous les voûtes de leur belle et vaste collégiale, dont l'existence est antérieure à l'an 1176, les membres du Chapitre de Saint-Ursanne, Prévôt, Chanoines et Chapelains, n'oublièrent pas un seul jour de saluer de leurs chants la Mère des prêtres et des vrais chrétiens. Aussi voyons-nous figurer dès les temps les plus reculés, parmi les dix-huit chapelles de la collégiale, la chapelle de « Sainte Marie » avec son autel et son chapelain,

Outre cet autel, Marie en avait un second dans l'église

 

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paroissiale de la ville. Car la ville avait son église propre, comme le Chapitre sa collégiale.

Le culte de la Mère de Dieu avait ainsi de siècle en siècle jeté des racines profondes dans la population chrétienne du Doubs, lorsque l'hydre de l'erreur, sorti du puits de l'abîme, vint s'asseoir sur des lèvres apostates et essayer de bannir des coeurs chrétiens le double amour du Dieu de l'Eucharistie et de sa virginale Mère.

La voix des Farel et de ses émules en ignorance, en blasphèmes et en sacrilèges, ne trouva nul écho sur les bords du Doubs. Plus que jamais Marie fut bénie, aimée et honorée; le peuple et le clergé n'avaient qu'une voix pour l'invoquer, et Marie répondit à cette grande clameur de la prière, en étendant son manteau protecteur sur le clergé et sur le peuple fidèle à la foi de ses premiers apôtres et de ses pères.

En 1617, ce même peuple montra le plus vif empressement à se faire agréger dans la Confrérie du saint Rosaire de Marie, et dans. celle du saint Scapulaire de Notre-Dame du Carmel en 1665. Au reste, ces deux Confréries, si riches d'indulgences, ne faisaient que remplacer à Saint-Ursanne une confraternité plus ancienne. C'était le corps de métier, établi dans la ville en 1434, sous le nom significatif de « Compaignie ou Chandoille de Nostre Dame, » dite aussi « Confrérie du luminaire de Nostre Dame du mostier laissa, » c'est-à-dire de l'église paroissiale située au-dessus de la collégiale.

Cependant Marie n'avait toujours pas de sanctuaire qui lui fut exclusivement consacré. En 1711, le chanoine François Chappuy, curé de la ville, voulu répondre à une aspiration que toute la paroisse manifestait depuis longtemps.

A dix minutes de la ville, au coude que fait le Doubs pour reprendre son cours vers la France, s'élevait un humble oratoire, bâti en 1580 en l'honneur de saint Nicolas, dans le champ des morts appelé le cimetière des pestiférés. C'est là, en effet, qu'on avait enterré les nombreuses victimes qu'avait moissonnées la peste de 1576, et sans doute déjà la peste non moins désastreuse de 1534. Or, cet oratoire, en 1711, menaçait

 

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ruine, ce qui donna au curé Chappuy la pensée heureuse de remplacer cet édifice par une chapelle en l'honneur de la Mère des élus et des saints.

Le pieux fondateur voulut que sa chapelle fût une reproduction exacte, sinon par son orientation, du moins par sa forme et ses dimensions, de la Sainte Maison de Lorette.

Son plan fut réalisé avec son voeu. Le 8 septembre 1711, fête de la Nativité de la Sainte-Vierge, la première pierre de la chapelle était posée par le prévôt du Chapitre, Jean-Jacques Beurret, docteur en théologie, et le 8 septembre 1712, le même prélat en faisait l'ouverture et la bénédiction solennelle. Il bénissait en même temps la belle statue de Marie et de son divin Fils, qui fait le plus riche ornement de la chapelle. C'était un don de la pieuse munificence du Rme Jean-Georges Voirol, le 38e Abbé des Prémontrés de Bellelay.

La chapelle de Lorette, avec sa statue de Marie richement vêtue, sa grille en fer forgé et bien travaillé, la sainte chapelle avec son plafond d'azur semé d'étoiles et ses murs imitant à l'intérieur la brique rouge de Lorette, vit bientôt accourir de tous les environs et surtout des terres de la Prévôté (Clos du Doubs) de nombreux pèlerins. En même temps, des bienfaiteurs enrichissaient ce beau sanctuaire, et y fondaient jusqu'à soixante messes. Parmi ces bienfaiteurs, il convient de nommer François Bernard Billieux, Ursanne Billieux et sa veuve Marie-Thérèse Liépure, François Danville, Ursanne Theubet, Béatrix Bassand, le prévôt du Chapitre Louis Kloetzlin d'Altnach et le chanoine Antoine de Grandvillers.

Six ans après l'ouverture de la chapelle, ses revenus se montaient à 161 livres et 10 sols de Bâle, soit 4500 fr. valeur actuelle.

Il fallut dès lors, et plus encore dans la suite, établir un chapelain spécial pour célébrer à Lorette les messes fondées et celles que demandaient les pèlerins. En 1760, le chapelain de Lorette était Ursanne Verdat, auquel succéda Germain Bouvier, l'un et l'autre prêtre de Saint-Ursanne.

Si la chapelle de Lorette avait son chapelain attitré, elle avait aussi son gardien. L'année après sa construction, on

 

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éleva à la porte du sanctuaire un modeste édifice. Le premier gardien de Lorette fut un tertiaire de Saint-François, François-Joseph Aubry, de Muriaux ou de Spiegelberg, dans les Franches-Montagnes. A la même époque un autre « Bruder » était gardien de la Grotte : c'était l'abbé Pacifique Migy, de Montenol. Après le frère Aubry et son successeur le frère Schütz, les gardiens de Lorette donnèrent lieu, comme ailleurs, à plusieurs plaintes qui amenèrent leur suppression.

Est-il besoin de rappeler que la chapelle de Lorette fut fermée pendant la Révolution? Dès les premiers jours de l'invasion du pays par les Français en 1792, Saint-Ursanne fut inondé, infesté de ces troupes de « volontaires » volontairement impies. Si les Français d'alors ne trouvèrent pas à Saint-Ursanne, comme à Porrentruy, un nombre suffisant d'adeptes pour renverser les autels de l'église paroissiale et y installer leur déesse et son abominable culte, ils ne s'en montrèrent pas moins acharnés à détruire tout ce qui appartenait au culte chrétien.

Cependant un pieux larcin put soustraire la statue miraculeuse de Notre-Dame de Lorette à leurs feux de joie, qui dévorèrent les portraits de douze princes-évêques, ornement de la grande salle de I'Hôtel de Ville. Nous venons de dire : la statue miraculeuse. Plus de quarante ex-voto, conservés dans la chapelle, nous autorisent à donner ce nom à l'image de Marie. Ces ex-voto, témoignages de la prière exaucée, représentaient tour à tour des malades désespérés du médecin ou même des mourants revenant à la vie, des noyés ou d'autres malheureux échappant à la mort par l'intercession de Notre-Dame de Lorette, etc., etc... On voit sur ces tableaux, offerts par la reconnaissance, jusqu'à des troupeaux d'animaux domestiques, dont la conservation en temps d'épidémie est attribuée aux humbles prières adressées à la Protectrice puissante de tous ceux qui l'invoquent avec une humble ferveur.

Fermée pendant les jours de la Terreur, la chapelle de Lorette essaya timidement de se rouvrir sous les thermidoriens. Mais ces derniers ne le cédaient pas à Robespierre en haine de la religion. Un prêtre s'était hasardé, en 1797, il y allait de

 

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sa vie, à célébrer le saint sacrifice dans la chapelle de Lorette au milieu d'une affluence considérable de fidèles. Cette affluence le sauva. Tandis que les gendarmes accouraient s'emparer du proscrit, il se perdit dans la foule qui favorisa sa fuite. Le conseil municipal faillit, pour ce fait, se voir destitué et jeté dans les prisons de la France révolutionnaire. L'audace seule de la résistance le sauva. Parler haut au personnel de thermidor et menacer de révéler leurs turpitudes, c'était leur imposer. La municipalité de Saint-Ursanne, en face du juif Lopez, qui faisait la pluie et le beap temps dans le pays, usa de ce procédé, et le Juif trouva bon, dans sa prudence, de battre en retraite.

Après le Concordat de 1802, la statue de Notre-Dame de Lorette ne tarda pas à faire sa réapparition dans son sanctuaire. Les pèlerinages reprirent bientôt leur cours. Des paroisses entières revinrent, comme autrefois, en procession à Notre-Dame de Lorette. On venait demander à son intercession puissante, tantôt la sérénité du ciel tantôt les pluies que réclamait la terre. Au nombre de ces paroisses, nommons Boécourt, Glovelier, Saint-Brais, Epauvillers et Lamotte.

Grâce à une loi draconienne imposée au Jura par le Kulturkampf bernois, ces processions ont cessé. Interdites par la loi en question, elles sont devenues impossibles. Ce qui n'empêche nullement les anciens de redire à qui veut l'entendre : « Vingt fois nous sommes venus en procession demander à Notre-Dame de Lorette le temps nécessaire ou favorable à nos récoltes, et chaque fois nos prières publiques ont été exaucées ! »

Espérons qu'un jour la. liberté religieuse fleurira de nouveau dans notre Jura, et que les processions saintes pourront de nouveau se déployer au soleil de la vraie liberté.

En attendant, les fondations pieuses d'autrefois ont été ruinées par la Révolution qui les a dévorées, comme elle a dévoré la fortune de la ville de Saint-Ursanne et bu le sang de ses fils et de ceux de la Prévôté.

De nos jours, une nouvelle fondation a été faite, pour la célébration de la sainte messe dans la chapelle, le samedi de chaque semaine depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte.

En outre, on y célèbre la sainte messe à divers autres jours

 

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de l'année, et chaque fois la chapelle est trop petite pour recevoir les assistants.

Deux prêtres, selon leur pieux désir exprimé de leur vivant, ont trouvé leur dernière demeure sous le pavé de la sainte chapelle. Ce sont les deux curés de la ville, MM. Bernard Parrat, un des derniers chanoines de l'ancien Chapitre de Saint-Ursanne, mort en 1804, et Jean-Jacques Besançon, d'abord curé à Novilard, près Giromagny, décédé à Saint-Ursanne, en 1818. Ils furent l'un et l'autre de fervents serviteurs de Marie. Espérons qu'après avoir prêché ses grandeurs et imité ses vertus sur la terre, tous deux contemplent et chantent sa gloire dans les cieux.

 

3. Notre-Dame de la Grotte de Saint-Ursanne.

 

LA GROTTE DU SAINT. — SA STATUE ET CELLE DE MARIE. — LES PÈLERINS DE SAINT FIACRE.

 

A la suite du pèlerinage de Lorette, nous devons mentionner, sur les bords du Doubs, un autre pèlerinage non moins fréquenté.

C'est celui de Notre-Dame de la Grotte.

A deux pas au dessus de la chapelle de Saint-Ursanne, qui était au XIVO siècle sous le vocable du saint martyr Léodegar, évêque d'Autun, se trouve, dans le rocher pittoresque qui domine la collégiale, la grotte qui a servi de retraite, comme nous l'avons dit, au bienheureux solitaire Ursanne, pendant les sept ou huit dernières années de sa vie.

Cette grotte a été de bonne heure, on le comprend, transformée en oratoire. Fermée par une grille en fer forgé, elle renferme un autel. Sous la pierre sacrée apparaît, couchée sur une natte, la statue en bois de l'illustre disciple de saint Colomban, dans l'attitude du repos qu'il demande à la méditation.

Sur l'autel s'élève l'image de Marie avec le divin Enfant sur le bras. C'est une belle statue. dissimulée sous les plis d'une robe, dont les riches couleurs varient avec le cycle de l'année chrétienne.

 

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C'est là, aux pieds de la Mère de tout secours, que vont porter leurs prières, en gravissant les cent-quatre-vingt-seize marches qui conduisent à la Grotte, les pèlerins accourus de loin et de près pour invoquer, avec la douce Mère, le saint de la Grotte et son contemporain saint Fiacre.

Que de miracles ont répondu et répondent encore de nos jours à la foi vive, humble et confiante des « pèlerins de saint Fiacre », de saint Ursanne et de la Mère des chrétiens, si bien nommée le Secours des infirmes !

Que de pauvres malades guéris ! Que de victoires, que de grâces obtenues par la piété des pèlerins ! Et souvent aussi, que de larmes de reconnaissance versées avec bonheur en ce lieu béni, où se succèdent sans cesse, avec les mêmes espérances et les mêmes succès, les générations de plus de douze siècles !

Grotte aimée, dont le poète dirait :

 

Là, dans les flancs creusés d'un rocher qui surplombe,

S'ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe

Aime à gémir d'amour.

(LAMARTINE.)

 

4. Notre-Dame de Lourdes à Montenol.

 

MONTENOL ET SA CHAPELLE. — LOURDES ET LES 18 APPARITIONS (1858). — PÈLERINAGES ET MIRACLES. — SŒUR MARIE-BERNARD. — LA CHAPELLE DE SAINTE-ANNE (1817), DÉDIÉE A NOTRE-DAME DE LOURDES (1881). — EMBELLISSEMENTS ET PÈLERINAGE.

 

Puisque nous sommes sur les bords du Doubs, ne les quittons pas sans pousser une pointe dans le « Clos du Doubs. »

Gravissons la montagne, et suivons la route postale qui conduit de Saint-Ursanne à Epauvillers et à Soubey. Après trois quarts d'heure d'une ascension qui n'est pas trop laborieuse, nous voici à l'entrée d'un petit et charmant village qui épanouit ses maisons, comme une blanche fleur ses pétales, au sommet du monticule. Montenol est le nom de cette commune.

A l'extrémité orientale de ce catholique village, s'élève une

 

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gracieuse chapelle avec son clocheton où se balancent deux cloches jumelles.

Cette chapelle était primitivement dédiée à sainte Anne. C'est aujourd'hui Notre-Dame de Lourdes.

Nous avons dit ce qu'est Notre-Dame de Lorette. Rappelons à grands traits l'histoire et les origines de Notre-Dame de Lourdes.

Au pied des Pyrénées, à l'embouchure de sept vallées dont plusieurs sont des stations de bains très fréquentées, s'élève sur un rocher un ancien château fort, projetant son ombre puissante sur une ville, baignée par les eaux d'un torrent. Cette ville, c'est Lourdes ; ce torrent, c'est le Gave.

Or, sur la rive droite de ce cours d'eau, qui descend de la grande montagne, à dix minutes de Lourdes, apparaît une grotte large, vaste et profonde. Et voici ce qui se passait à l'entrée de cette grotte, le 11 février 1858.

Une jeune fille, une innocente enfant allait franchir le Gave dans la direction de la grotte, lorsque, mise en éveil par un souffle extraordinaire, elle vit tout à coup une éclatante lumière. Emue, agitée, hors d'elle, l'enfant cède à l'attrait qui la presse. Elle s'approche de plus en plus de la vive clarté qui frappe ses regards. Bientôt, du sein de cette clarté, une figure admirable se dégage. Debout, dans une sorte de niche formée par une infractuosité du rocher, les pieds foulant légèrement un églantier dépouillé de ses feuilles, une dame d'une beauté toute céleste apparaissait radieuse, souriante, aux yeux ravis de Bernadette Soubirous. Cette éclatante vision, c'était Marie, la Vierge Immaculée, la Reine du saint Rosaire. Au témoignage de la jeune voyante, Marie était vêtue d'une robe d'une éclatante blancheur. Autour de Marie rayonnait de toutes parts une lumière plus vive, mais mille fois plus douce que la lumière du soleil. Pour tout ornement Marie portait une ceinture, qui retenait les plis de sa robe virginale et retombait avec grâce sur ses pieds recouverts l'un et l'autre, comme chaussure, d'une rose d'or. La ceinture, comme les yeux que Maria reposaient avec une douceur infinie sur son enfant bien-aimée, avaient la couleur de l'azur des cieux. Un voile d'une blancheur immaculée

 

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retombait de la tête, couvrait de ses plis les épaules de la Vierge sainte, et descendait jusque vers le bas de la robe. Un chapelet à la chai ne d'or et aux grains d'une blancheur de lait, se déroulait lentement dans les mains jointes de Marie. Aux yeux de l'enfant ravie, la Vierge sainte lève pieusement le bras et fait le signe de la croix. La voyante imite ce mouvement, trace sur elle le signe sacré, commence son rosaire, et lorsqu'elle arrive à cette parole de l'Ange, principe du salut du monde : « Je vous salue, ô pleine de grâce !... », la céleste vision s'évanouit, et Bernadette, l'âme livrée à des émotions d'un charme divin, se retrouve seule à l'entrée de la roche Massabielle. Elle ne quitte ce lieu sauvage et enchanté, qu'en se promettant d'y revenir bientôt. Elle y revient, et dix-huit fois Marie apparaît à son virginal regard. Marie apparut à son humble servante le jour de la fête de l'Incarnation du Verbe de Dieu dans son sein immaculé. En cette fête, Elle daigna répondre à cette question naïve, redite trois fois par l'enfant : « Belle Dame, quel est votre nom? » — Je suis, dit la Vierge avec un accent ineffable, l'Immaculée Conception ! — N'oublions pas que le grand serviteur de Marie, l'illustre Pontife Pie IX, venait de fixer à jamais, par un infaillible oracle, le dogme de la conception immaculée de la Mère de Dieu.

Dans d'autres apparitions, Marie dit à sa fille privilégiée entre toutes : « Priez pour les pécheurs. Je veux voir ici beaucoup de monde. Qu'on y bâtisse un sanctuaire, et qu'on y vienne en procession. »

Et voici qu'à la voix d'une enfant, que Marie bénit en lui apparaissant une dernière fois à la fête de Notre-Dame du Carmel (saint Scapulaire), les peuples sont accourus de près et de loin, de toutes les contrées de l'Europe, de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique et de la lointaine Océanie, et sont venus invoquer à l'envi, dans la grotte de Massabielle, la Mère des miséricordes et la dispensatrice des grâces du Seigneur.

Un sanctuaire, deux sanctuaires magnifiques, vastes et ornés comme des cathédrales, deux immenses basiliques sont sorties du sol et suffisent à peine à renfermer les foules qui se succèdent et se pressent aux roches bénies de Massabielle.

 

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Oh ! quelles impressions mystérieuses, douces, fortes, émouvantes saisissent l'âme du pèlerin qui porte là dans la majesté de sa foi et le ravissement de son amour, ses pas et ses prières ! L'auteur de ces lignes les a éprouvées en 1874; mais ces émotions saintes, nulle plume, nulle parole ne sauraient les rendre.

Des milliers et encore des milliers de miracles ont illustré la grotte de Lourdes depuis le jour où l'eau mystérieuse, à la voix de Marie et sous les doigts de sa petite servante, a jailli du rocher comme autrefois l'eau du désert à la voix de Dieu et sous la verge de Moïse.

Ces miracles, désormais innombrables, sont évidemment la confirmation la plus irrécusable des apparitions surnaturelles de la Vierge Immaculée à l'humble Bernadette.

Ajoutons que cette dernière, à qui Marie avait confié trois secrets personnels, a terminé saintement sa carrière le 16 avril 1879, dans la maison des Soeurs de la Charité de Nevers, qu'elle n'a cessé d'édifier par son humilité plus encore que par toutes les autres vertus qui font la parfaite religieuse. Soeur Marie-Bernard, comme elle s'appelait en religion, est morte à l'âge de 35 ans.

De Lourdes, revenons dans le Clos du Doubs. La chapelle élevée à Montenol, en l'honneur de sainte Anne, en 1817, par la piété de l'active Ursuline, Soeur Marie Béchaux et le concours de M. Mouttet, vicaire à Saint-Ursanne, réclamait en 1880 d'impérieuses réparations à faire à son autel. Le tableau du retable représentait les saints Apôtres Pierre et Paul. Il tombait en lambeaux. Pour le remplacer, on rêva un beau tableau de Notre-Dame de Lourdes. Une piété généreuse autant qu'éclairée fit bientôt de ce rêve une réalité.

Et depuis le 24 juillet 1881, l'autel de la chapelle de Montenol est devenu l'autel de Notre-Dame de Lourdes, et la chapelle un doux sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes.

Des indulgences ont été obtenues de Rome pour les pèlerins qui vont sur la montagne invoquer la Vierge de Massabielle. La sainte messe se célèbre de temps à autre dans cette chapelle, où les pèlerinages vont en se multipliant. Déjà ornée d'un

 

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chemin de croix, outre la croix monumentale qui se dresse sous son porche, et qui est due au. ciseau d'un ouvrier de la localité, la chapelle s'est enrichie de trois belles statues : celle de sainte Anne, groupe de la Mère et de son auguste Fille, celle du Sacré-Coeur à droite de l'autel, et à gauche celle de saint Joseph.

Rien ne manque à ce beau sanctuaire, on le voit, pour y nourrir la piété confiante des fils et des filles de Celle qui s'est nommée de ses propres lèvres « l'Immaculée Conception, » et que tous invoquent avec fruit sous le beau nom « de Notre-Dame de Lourdes. »

 

5. Notre-Dame de Lourdes à Bonembey.

 

LE SITE DE BONEMBEY. — CHAPELLE BATIE EN 1876. – SA BÉNÉDICTION. — PÈLERINAGE.

 

Le 8 septembre 1876, un nouveau sanctuaire ouvrait ses portes aux fidèles enfants de la Mère du Ciel. C'était la première chapelle de Notre-Dame de Lourdes dans le Jura bernois. Des mains pieuses l'ont bâtie au flanc d'une colline; de loin elle apparaît comme un lys gigantesque au milieu d'une pelouse de riante verdure, encadrée dans une forêt d'aliziers, de hêtres et de noirs sapins. Nous ne pouvons mieux en décrire l'élégance et le site qu'en empruntant à la Semaine catholique de la Suisse la relation suivante, avec les légères modifications qu'elle demande :

« De Glovelier à Saulcy, la route gravit une montagne semée de bois, de champs, de prés et de pâturages. Il y a là des sapins séculaires, les plus beaux arbres qui se puissent voir. A mi-hauteur, un petit vallon s'ouvre et s'incline solitaire au milieu des bois, laissant la route continuer sa course vers Saulcy. C'est Bonembey.

« Dans ce vallon, le culte de la Sainte-Vierge se transmet d'âge en âge comme un héritage précieux. Une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lourdes a été élevée tout près de la maison

 

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de Bonembey (Bien au ruisseau), sous la direction d'un excellent architecte, auquel Sion doit son magnifique sanctuaire. Nous venons de nommer le révérend Père Lovi, de la Compagnie de Jésus. Il est originaire de la Racine, hameau faisant partie de la paroisse de Saulcy.

« Le modeste sanctuaire est gothique. Un choeur, plein de grâce, renferme l'autel dédié à la Vierge de Lourdes, dont la statue surmonte le tabernacle doré, sous un baldaquin aux colonnettes sveltes et élancées. Les ogives des fenêtres sont ornées de vitraux du meilleur effet. La voûte, peinte en bleu de ciel, est constellée d'étoiles et fait au sanctuaire un pavillon ravissant.

« La bénédiction de la chapelle a eu lieu le jour de la Nativité de la très Sainte-Vierge (1876) avec toute la cérémonie que comportait cette belle cérémonie. L'assistance était nombreuse. Plusieurs ecclésiastiques rehaussaient la fête de leur présence. Le canon, de sa voix joyeuse, réveillait les échos des montagnes. On se sentait heureux de retrouver sur ces hauteurs les splendeurs et les grâces du culte catholique, et de compter un sanctuaire de plus consacré à la très Sainte-Vierge. »

Depuis bientôt quatorze ans, la pieuse chapelle de Bonembey voit arriver au pied de son autel des pèlerins heureux d'abréger les distances et de trouver, â deux ou trois lieues de leur demeure, un sanctuaire qui leur rappelle et la grotte et la basilique de Lourdes et la Vierge miséricordieuse qui répond à ce vocable par l'éclat des miracles.

 

6. Notre-Dame de Lourdes à Pleujouse.

 

BÉNÉDICTION DE LA CHAPELLE. — MILLÉSIME ET FONDATEUR. — LA FÊTE TITULAIRE. — L'AUTEL ET LA STATUE DE LA VIERGE. — AUTRES ORNEMENTS DE LA CHAPELLE. – MESSES ET PÈLERINAGE.

 

Le 24 octobre 1881, une charmante fête réunissait à Pleujouse, au pied de l'antique château de ce nom, une foule pieuse et recueillie, avec un nombreux clergé.

 

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Une cérémonie qui intéressait hautement cette localité et toute l'Ajoie, s'accomplissait en ce lieu. C'était la double bénédiction faite par Mgr Hornstein, doyen de Porrentruy, d'une chapelle et de la cloche destinée à appeler à la prière les coeurs dévoués à Marie.

Cette cloche, d'un poids de 44 kilogrammes, est sortie de la fonderie Causard, à Colmar.

Au-dessus de la porte d'entrée du nouveau sanctuaire on lit le millésime de l'année où il a été construit : 1881. On y lit de même le nom du bienfaiteur auquel l'Ajoie orientale doit cette chapelle, la première que ce pays ait dédiée à « Notre-Dame de Lourdes ». M. François Challet, curé à Epauvillers, et missionnaire apostolique, a bien voulu doter de ce bienfait son village natal. Il n'y a pas consacré moins de 4.000 fr.

Entrons avec un religieux respect dans ce frais sanctuaire, dont la fête titulaire a été fixée par l'Ordinaire diocésain au 25 mars, jour de l'Annonciation de la très Sainte-Vierge, et anniversaire d'une des principales apparitions de « l'Immaculée-Conception » à sa jeune et humble servante Bernadette.

A l'intérieur de la chapelle, tout respire l'art au service du bon goût et de la piété. L'autel, qui a été fait par Léon Maître, à Epauvillers, est en chêne et porte comme ornements deux colonnes torses sur lesquelles se détachent des grappes de raisins. Au tombeau apparaît, sur le panneau doré du milieu, le monogramme de Marie, tandis qu'on voit à droite et à gauche le Sacré-Coeur de Jésus et le Coeur Immaculé de sa très douce Mère.

Au-dessus de l'autel, dans une niché élégante, Notre-Dame de Lourdes se montre aux regards des pèlerins et semble appeler sur eux, par ses prières jointes aux leurs, toutes les bénédictions du Ciel. Du côté de l'Evangile, saint François d'Assise, et du côté de l'épître sainte Philomène, la chère petite sainte du Curé d'Ars, constituent la garde d'honneur de Notre-Dame de Lourdes. En outre, dans un coin du choeur de la chapelle, un groupe d'une exécution tout artistique, représente la sainte Famille de Nazareth ou la Santa Casa de Lorette. A ce groupe répond, à l'angle opposé, une grotte de Lourdes,

 

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en carton-pierre, avec Bernadette aux pieds de la céleste vision.

Enfin, des bancs bien taillés, quoique simples, recouvrent un pavé dont la mosaïque cadre parfaitement avec les riches couleurs qui brillent aux vitraux du nouveau sanctuaire.

Outre l'office solennel, qui se célèbre chaque année avec sermon, dans cette chapelle trop étroite pour la foule pieuse qui essaye de s'y presser, le saint Sacrifice y est offert à peu près chaque semaine. Et l'on y vient chaque jour de tous les villages voisins, tant de l'Alsace que de l'Ajoie, invoquer avec ferveur Celle qui a dit à la voyante de Lourdes : « Pénitence et prière ! » et qui redit à tous : « Priez et vous obtiendrez. Demandez des miracles et les miracles couronneront votre humble confiance, votre persévérance et la ferveur de votre prière. »

 

7. Notre-Dame de Lourdes à Soyhières.

 

SITE ET EMPLACEMENT. — LES LACETS. — LA CHAPELLE. — LES COMTES DE SOGERN. — LE SAINT CURÉ BLANCHARD. — LA RÉVÉRENDE MÈRE MARIE DE SALES.

 

Lorsqu'on sort de Soyhières, en remontant le ruisseau de l'Angoula, qui murmure à deux pas de la, route de Mettemberg, on aperçoit au nord du village, sur une éminence, un modeste édifice avec clocheton et cloche.

C'est encore une chapelle de Notre-Dame de Lourdes. Bâtie avec les matériaux et sur l'emplacement du choeur de l'ancienne église où Soyhières, dès le XIVe siècle, se réunissait pour assister au saint sacrifice, et qui n'a été abandonnée qu'en 1714, année de la construction de l'église actuelle, le nouveau sanctuaire de la Vierge Immaculée a été orné avec zèle et goût par le curé de Soyhières, M. Joseph Stouder, missionnaire apostolique.

Grâce à ses soins, un sentier aussi commode qu'agréable, orné d'un chemin de croix, conduit des bords du ruisseau, par

 

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des lacets qui rappellent Lourdes, au plateau servant d'assise au pieux édifice, parfaitement orienté. A l'occident, un porche, aux colonnettes sveltes et légères, abrite le seuil de la chapelle. L'intérieur reluit de grâce et de propreté. Une charmante grille trace les limites entre le choeur et le vaisseau garni de bancs. Des vitraux y répandent une lumière semée de couleurs. L'autel est orné de la statue de Notre-Dame de Lourdes, que l'on vient invoquer de tous les environs.

Comment parler de Soyhières et de son nouveau sanctuaire à Marie, sans rappeler quelques-uns des illustres serviteurs de la Mère de Dieu sur les bords riants de la Birse ? Là, en face de Notre-Dame de Lourdes, de l'autre côté de la rivière, dans ce manoir du XIe siècle, dont les ruines gardent le souvenir, vivaient les comtes Oudelard et Ulrich de Sogern, qui furent tour à tour les avoués et les protecteurs de l'abbaye de Moutier-Grandval, les fondateurs des monastères de Beinwyl, au canton de Soleure, et d'Aurora, dans le canton de Berne, comme aussi du couvent des Bernardines, â Petit-Lucelle, en même temps qu'ils étaient les nobles bienfaiteurs de l'abbaye de Saint-Alban, aux portes de Bâle ?

Et ici, au pied de la petite chapelle, dans l'église de ce charmant village, reposent les restes vénérables du saint curé Jean-Pierre Blanchard, sur la tombe duquel on voit chaque jour de pieux pèlerins venir demander à Dieu de nouveaux miracles, par l'intercession de Marie et les mérites de son illustre serviteur. Et n'est-ce pas dans cette même église, petite, mais décorée avec grâce, qu'a prié la vénérable Mère Chappuis, Soeur Marie de Sales, supérieure de la Visitation à Troyes, que l'Eglise s'apprête à élever sur les autels? N'est-ce pas dans cette même église que la future sainte de Soyhières a reçu la divine grâce du baptême, de la première communion et de la vocation religieuse?

Puisse notre vif désir de la voir proclamer vénérable, puis bienheureuse, se réaliser bientôt! C'est le voeu de toutes les âmes qui aiment leur pays et les saints qui ont mission d'y protéger, du haut des cieux, la foi qui sauve et la vérité libératrice.

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8. Notre-Dame de la Salette à Rossemaison.

 

LE MONTCHAIBEUT. — ROSSEMAISON ET SA CHAPELLE. — APPARITION DE MARIE A LA SALETTE. — L'ARCHICONFRÉRIE DE NOTRE-DAME RÉCONCILIATRICE. — INDULGENCES ÉT FAVEURS ACCORDÉES AU PÈLERINAGE.

 

Entre Courrendlin et Courtételle, dans l'ancienne vallée du Salsgau, s'élève un monticule autrefois bien connu des Romains. Cette petite montagne est couronnée par un plateau, où les légionnaires de Jules César avaient trouvé bon d'asseoir un camp retranché, dont les siècles n'ont pas effacé les traces. De ce sommet, qui s'élève isolé dé toutes parts au centre de la vallée, les maîtres du monde tenaient sous le fer de leur glaive et de leur autorité les vieux Celtes de la Rauracie, habitant ce gaù ou cette contrée (1). Aussi les Romains avaient-ils donné à ce monticule le nom significatif de mons caput ou principal sommet. Ce que la langue celtique a traduit par le mot. Mont Chaipeut, devenu le Montchaibeut de nos jours.

Du côté où le soleil se couche, le Montchaibeut découvre son flanc, que revêt un riche tapis de champs, de prés, de pâturages et de verdure. Et du sein de cette verdure, se détache un gracieux village qui se perd à moitié dans son frais bouquet d'arbres fruitiers.

Ce village, qui n'était d'abord qu'une ferme avec sa maison rouge, rubra domus, comme dit une charte ancienne, c'est Rossemaison, en allemand Rothhaus. Dès les temps les plus reculés, cette localité, séparée du Sorngau par la Sorne, faisait partie du Salsgau, devenu, en 1119, la prévôté de Notre-Dame de Moutier.

 

1 Le mot celtique gaù signifie littéralement, non un pays, ni une province, mais bien un cours d'eau, une rivière, un torrent. C'est, encore de nos jours, le sens du mot gave qu'on trouve dans le midi de la France, au pied des Pyrénées. Le Birsgau, le Sorngau, c'étaient les rivières de la Birse, de la Sorne. La rivière donnait son nom à la vallée qu'elle arrosait.

 

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C'est ce qui explique, le fait que Rossemaison, bien que plus rapproché de Delémont, continue à faire partie de la très ancienne paroisse de Courrendlin (1).

Jusqu'en 1870, Rossemaison n'avait pas de chapelle. Depuis longtemps, cette religieuse population en appelait une de tous ses voeux. M. l'abbé Joseph Echemann, vicaire de M. le chanoine Rais à Courrendlin, s'est ému de ce pieux désir. Il l'a partagé et s'est mis à l'oeuvre.

Grâce aux souscriptions volontaires et aux dons généreux que son zèle a su recueillir, un beau sanctuaire s'est élevé de 1869 à 1870 en l'honneur de la très Sainte-Vierge. Et pour répondre mieux encore à ses propres aspirations et à celles du peuple catholique, le fondateur de ce sanctuaire voulut le dédier spécialement à « Notre-Dame de la Salette ». L'ouverture solennelle en a été faite par le vénérable chanoine Rais, le 19 septembre 1870, au milieu d'une affluence considérable accourue de la paroisse et des environs.

Notre-Dame de la Salette ! le 19 septembre ! Pourquoi ce vocable ? et pourquoi cette date? c'est ce que nous croyons à propos de rappeler.

Au sortir de Grenoble, si l'on dirige ses pas vers le Midi, en remontant le Drac, torrent impétueux qui porte ses flots à l'Isère, on arrive par Vizilles et La Mure, à la petite ville de Corps, humblement assise au pied des contreforts des Alpes du Dauphiné. Vers le sommet d'une de ces montagnes au flanc sévère, se déploie, dans la verdure, un gracieux plateau, d'où le regard s'étend au loin sur les pics neigeux et les blanches cascades qui en descendent comme dés nappes d'écume.

Ce plateau, qui ne mesure pas plus de 150 mètres de long sur une largeur de 200 mètres, est à une hauteur de 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer. On n'y arrive de Corps qu'après

 

1 Courrendlin, curtis Andelini, avait déjà une église au temps du martyre de saint Germain, premier Abbé de Moutier, et de saint Randoald, son bibliothécaire, c'est-à-dire en 670. Les actes authentiques de ces deux martyrs, écrits par Bobolène au siècle qui suivit leur bienheureuse mort, mentionnent expressément « la. basilique d'Ursanne, à Courrendlin ».

 

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une ascension laborieuse de deux à trois heures, en passant par le petit village qui a donné son nom au plateau de la Salette.

C'est sur ce sommet voisin des cieux, alors vide de toute habitation, que la Mère des miséricordes daigna se montrer aux regards d'une jeune bergère et d'un jeune pâtre. Celui-ci se nommait Maximin Giraud ; onze ans étaient son âge, deux ans de moins que sa compagne, Mélanie Matthieu, l'un et l'autre originaires de Corps, et demeurant aux Ablandins, hameau dépendant de la Salette.

Le samedi 19 septembre 1846, veille de la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, par un ciel pur d'où rayonnait un brillant soleil d'automne, les deux enfants étaient à garder leur troupeau de vaches sur le plateau que nous venons de décrire. C'était l'heure de midi, les cloches de Corps et de la Salette venaient de sonner l'Angelus. Les deux bergers, après s'être un instant livrés au sommeil, étendus sur la pelouse, descendaient reprendre leurs petits sacs de provisions déposés près d'une source, alors tarie, lorsque Mélanie, anxieuse, effrayée, arrivée la première, appelle Maximin, en lui disant : « Viens vite, viens voir cette clarté là-bas ! » Et, du doigt, la jeune fille lui montrait la fontaine. « Alors, racontent les enfants, la clarté s'ouvrit et au milieu nous vîmes une Dame, assise sur une pierre, les pieds dans le lit desséché de la source. Elle était là, les coudes sur les genoux et la tête dans les mains. »

A peine les enfants l'ont-ils aperçue, qu'écartant ses mains, elle leur laisse voir un visage d'une beauté ravissante. Mais ses yeux versaient dès larmes, « et ces larmes, ajoutent les enfants, étaient brillantes; elles ne tombaient pas à terre, elles disparaissaient comme des étincelles de feu. »

La figure de l'Apparition jetait un éclat si éblouissant que le soleil pâlissait aux yeux des petits bergers, et semblait n'être qu'une ombre obscure. Maximin ne put supporter ce rayonnement stout céleste ; Mélanie le vit, mais sans pouvoir en soutenir le regard.

« Marie, car c'était Elle, portait au front une couronne de

 

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roses et un diadème de lumière. Sa poitrine virginale était recouverte par la blancheur d'un fichu, sur lequel apparaissait une guirlande tressée de roses comme la couronne. Des roses encore, aux couleurs incomparables et variées, ornaient sa chaussure blanche. Et de toutes ces roses il sortait une sorte de flamme, qui s'élevait comme l'encens et se mêlait à la lumière céleste dont la « Rose mystique » était enveloppée. Elle était vêtue d'une robe d'argent semée de perles lumineuses, cachée en partie par un tablier d'or. Au cou de la Reine du Ciel était suspendue une chaîne d'or, à laquelle était fixé un crucifix, avec des tenailles à droite et un marteau à gauche : deux emblèmes de la Passion qui semblaient, au dire des voyants, ne tenir à rien. »

Tandis que les enfants, muets d'étonnement et pénétrés de la terreur que fait éprouver le surnaturel, contemplaient ce ravissant spectacle, la Dame se lève. Elle croise les bras sur sa poitrine, et d'une voix douce comme une musique du Ciel : « Ne craignez rien, mes enfants, leur dit-elle; venez à moi, je vous apporte une grande nouvelle. » A ces mots, les deux bergers s'approchent, ils franchissent le lit du ruisseau et Marie s'avance jusqu'à eux. Alors la Mère des miséricordieuses douleurs leur adresse ces paroles : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si lourd que je ne puis plus le soutenir. »

« Depuis si longtemps, ajoute-t-Elle, je souffre et je prie pour vous!.. » Et voici qu'à cet accent de douleur, à ce cri d'alarme qui s'échappe du coeur de la plus tendre des Mères, un autre accent répond. C'est le Crucifix qui prend une voix, et cette voix, au témoignage de Mélanie, ajoute cette plainte amère comme celle qui retentissait autrefois des lèvres attristées et menaçantes d'Abdias et du fils d'Amos : « Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et l'on ne veut pas me le donner ! »

« C'est là, reprend la divine Mère, ce qui, avec les jurements, appesantit le bras de mon Fils ! » Et Marie, en faisant de ces deux enfants ses envoyés auprès des hommes, continue à se plaindre des blasphèmes qui s'élèvent contre le Nom de son

 

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divin Fils. Elle annonce les châtiments que provoquent ces deux crimes, le blasphème et la profanation des saints jours. Ces châtiments sont les suivants : une grande mortalité parmi les enfants au-dessous de sept ans, la stérilité du sol et de ses produits (blé, raisin, pommes de terre), et celle des arbres, en particulier du noyer, qui abonde dans le Dauphiné. Elle confie à chacun des enfants tour à tour un secret particulier, que l'autre n'entend pas, bien qu'elle continue à parler à haute voix. Elle les engage à bien faire leurs prières matin et soir, et surtout à réciter pieusement le Pater et l'Ave. A Maximin, Elle rappelle familièrement un fait qu'il avait oublié, puis Elle dit à tous deux : « Mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple! » A ces mots, Elle franchit le ruisseau, prononce une seconde fois ces mêmes paroles, puis remonte vers le plateau en glissant, disent les bergers, plutôt qu'en marchant sur l'herbe sans la faire plier, et sans projeter une ombre. Les enfants, sous le charme de la vision, suivent Marie. Elle s'arrête un instant, et bientôt s'élève au-dessus du sol, le visage tourné vers l'Orient. Regardant le ciel, puis la terre, Elle reste un moment suspendue, et enfin, disent les enfants dans la naïveté de leur langage, « nous n'avons plus vu la tête, plus vu les bras, plus vu les pieds. Elle semblait se fondre. Nous n'avons plus vu qu'une clarté en l'air.» Maximin, dans un transport inconscient, s'était élancé pour saisir de la main les roses qui brillaient sur les pieds de la Vierge, mais tout avait disparu.

Ce n'est pas ici le lieu ni le moment de reproduire les preuves nombreuses et irrésistibles qui établissent la certitude de l'apparition de Marie sur la montagne de la Salette. Ce travail a été fait longuement, patiemment, minutieusement, par ceux qui ont mission dans l'Eglise pour le faire. La démonstration a été victorieuse, et d'éclatants miracles sont venus, du Ciel même, la confirmer. Aussi, Notre-Dame de la Salette ne tarda pas — ce qui constitue aux yeux du savant évêque d'Alger Mgr Dupuch, une confirmation de plus de la vérité de l'apparition de Marie — d'avoir des filiales partout, non seulement en France, en Belgique, en Angleterre et en Italie, mais encore, ajoute l'illustre prélat que nous venons de nommer,

 

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« sur le sol brûlé de l'Afrique, sous les frais ombrages des forêts de l'Amérique et jusque dans les îles lointaines du Grand Océan. Voilà, conclut Mgr Dupuch, le cachet particulier de l'oeuvre de la Salette : c'est une oeuvre éminemment catholique. »

Rome enfin a mis le sceau à cette multiple confirmation. Une confrérie de Notre-Dame Réconciliatrice de la Salette y a été établie. Pour répondre à l'invitation maternelle adressée aux pécheurs par la Mère de Miséricorde, le Souverain-Pontife Pie IX, par un bref du 26 août 1852, approuva cette confrérie et accorda à tous ses membres les plus précieuses indulgences . Le 7 septembre suivant, le grand Pape, l'illustre serviteur de Marie, va plus loin. Il érige en archiconfrérie la confrérie dont nous venons de rappeler le nom et l'origine. Et le 2 décembre de la même année, Pie IX, qui a lu les secrets des enfants de la Salette, en déclarant, à travers ses larmes, que ce sont des fléaux pour la France (guerre de 1870), autorise par indult spécial toutes les églises du diocèse de Grenoble à célébrer solennellement, le 19 septembre de chaque année, la mémoire de l'apparition de la Mère de Dieu sous une forme visible, au lieu dit la Salette.

Sans nous arrêter aux considérations religieuses et morales qui ressortent de cette maternelle apparition, et que font d'elles-mêmes toutes les âmes croyantes, nous nous bornons à dire qu'au grand applaudissement des fidèles enfants de Marie, M. l'abbé Echemann, qui a fait aussi, comme nous avons eu le bonheur de le faire en septembre 1874, le pèlerinage de la sainte montagne, a consacré, en 1870, la chapelle de Rossemaison, pour la Vallée et le Jura catholique, à Notre-Dame de la Salette (1).

Aussi de toute la Vallée, on va en pèlerinage à Notre-Dame de la Salette de Rossemaison. Et le jour n'est pas éloigné, où la

 

1 M. le doyen Echemann a de même enrichi sa chère paroisse de Courrendlin d'un beau sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes à Vellerat, et la paroisse de Courtételle d'une chapelle du Sacré-Coeur, aux Esserts, propriété de sa famille.

 

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reconnaissance pour les bienfaits reçus tapissera d'ex-voto le nouveau sanctuaire de Marie. Un gracieux autel s'y élève dans le choeur, que sépare de la large nef un arc de triomphe. De beaux tableaux, dons de la piété, ornent également le saint édifice. Quatre grandes fresques rappellent les principales scènes de l'apparition de Marie aux pâtres des Alpes. Le plafond du choeur et celui du vaisseau de la chapelle ont été décorés avec élégance par le peintre Meyer. Deux riches statues ornent l'autel. L'une est celle de Notre-Dame de la Salette parlant aux deux bergers, l'autre est celle de saint Joseph.

Ce qui augmente la piété des fidèles, et leur dévotion envers Notre-Dame de la Salette, c'est la précieuse faveur obtenue par M. le vicaire Echemann. Le 15 décembre 1872, un diplôme émané de Rome, agrégeait la chapelle de Rossemaison à la basilique de la Salette, et faisait part à cette chapelle de toutes les indulgences attachées au vénérable sanctuaire de la Salette.

Trois mois avant la date de ce diplôme, une autre flaveur était accordée à la chapelle de la Salette. L'Archiconfrérie de Notre-Dame Réconciliatrice y était canoniquement érigée et affiliée à celle de la montagne sainte. Chaque samedi de l'année, la messe se célèbre dans ce sanctuaire. Et chaque année, le 19 septembre, un office solennel, avec sermon, a lieu dans la chapelle de Notre-Dame de la Saietté de Rossemaison. L'aimable invitation de notre ami d'enfance, M. le vicaire de Courrendlin, nous a valu la joie, en 1885, de redire à tout un peuple que ne pouvait contenir la chapelle de Rossemaison, les gloires de Notre-Dame de la Salette, et les divines espérances, mêlées de saintes terreurs,. que sa parole à Mélanie et à Maximin a répandues dans toutes les âmes éclairées des lumières de la foi.

 

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9. Notre-Dame de Montcroix.

 

LA CLOCHE DE MONTCROIX. — LE PRÉVÔT J. CHRISTOPHE BAJOL. — L'IMAGE MIRACULEUSE. — CHAPELLE ET BÉNÉFICE. — INDULGENCE DU 8 SEPTEMBRE. — ARCHICONFRÉRIE DE NOTRE-DAME RÉCONCILIATRICE.

 

A quelques pas de Delémont, et à l'est de cette ville, apparaît sur un monticule une gracieuse construction qui rappelle une villa d'autrefois. Un léger clocheton s'élève au-dessus de l'édifice. La cloche qu'il renferme appelle les âmes chrétiennes trois fois le jour à honorer la Vierge sainte. Aussi lit-on sur cette cloche, bénite en 1805, avec ce millésime ces deux mots : «Thaumaturgae Matri : à la Mère des miracles. » C'est le nom que donnèrent à Marie le parrain et la marraine de cette cloche : Fidèle Bajoi et sa soeur Brigitte. De temps à autre aussi, l'airain sacré invite les fidèles à prendre part au sacrifice eucharistique.

Il y a là, en effet, un charmant petit sanctuaire que son propriétaire actuel, M. le doyen Echemann, a fait peindre avec goût, en 1884, par l'artiste Reiser, de St-Gall.

Nous sommes dans la chapelle de Notre-Dame de Montcroix.

Dès l'année 1654, Montcroix était la propriété du prévôt de l'antique Chapitre de Moutier, réfugié, comme on sait, à Delémont après l'extinction du catholicisme dans le val de Moutier, en 1530. Ce Chapitre, qui a subsisté à Delémont jusqu'à la Révolution, féconde en ruines, avait pour prévôt, en 1660, l'archidiacre Jean-Christophe Bajol, chanoine de la vénérable collégiale dès l'année 1608.

Le prévôt Bajol, décédé en 1662, avait fait par testament une donation considérable en vue de la création d'une école de filles pour la ville. Dans ce but, il avait fait construire, dans ses jardins de Montcroix, le bâtiment qui s'y trouve avec la chapelle attenante. C'était un logement qu'il préparait aux Soeurs Ursulines, ou à celles du Tiers-Ordre de saint François, auxquelles serait confiée l'éducation des jeunes filles de la ville. Les intentions du généreux fondateur échouèrent contre le mauvais vouloir du magistrat delémontain. Mais ce qui resta

 

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debout, ce fut la chapelle de Montcroix avec sa douce image de Marie, provenant du couvent des Jacobins ou Dominicains de Besançon. Cette image miraculeuse n'a échappé au vandalisme de l'impiété française, en 1793, que grâce à l'empressement du custode Ignace de Rosé, qui la sauva chez les filles de saint François de Sales, à la Visitation de Soleure. Elle n'en est revenue qu'après la demi liberté rendue à l'Eglise en 1802.

Pour honorer cette sainte image, considérée dès le principe comme miraculeuse, le prévôt Bajol avait fait un legs de 170 livres, destiné à l'entretien d'une lampe dans la chapelle et à la célébration d'une messe qui devait s'y dire chaque mois. C'était la création d'un bénéfice. En 1668, le bénéficier de Montcroix était le chanoine Wolfgang Jacques de Staal, qui mourut prévôt de Schönenwerth, en 1711. Chaque année, au jour de la dédicace de la chapelle, le Chapitre de Moutier y célébrait un office solennel, auquel assistait le magistrat de la ville.

Vendue en 1686, par le Chapitre, au baron de Wicka, la propriété de Montcroix a passé, dans notre siècle, aux mains de M. le chanoine P.-J. Rais, doyen de Courrendlin, qui l'a cédée en toute propriété à son digne vicaire, actuellement son successeur, par acte du 23 janvier 1883.

La chapelle continue à recevoir les nombreux pèlerins qui s'y rendent à l'aller ou au retour du Vorbourg. On y célèbre aussi de temps à autre le saint Sacrifice. Chaque année, à la fête de la Nativité (8 septembre), l'affluence est grande. En ce jour, fête principale de Montcroix, il y a indulgence plénière aux conditions ordinaires, pour tous les pèlerins qui vont prier dans la sainte chapelle. Cette faveur a été accordée à ce sanctuaire par bref de Pie VII, daté de Paris, le 13 mars 1805.

Autre faveur. L'archiconfrérie de Notre-Dame Réconciliatrice a été érigée en ce sanctuaire par son propriétaire, M. le doyen Echemann, en vertu d'un diplôme spécial obtenu par lui le 16 septembre 1872.

 

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10. Notre-Dame du Vorbourg.

 

LA CHAPELLE DE SAINT-IMIER EN 1049. — SA CONSÉCRATION PAR SAINT LÉON IX. — NOUVELLE CONSÉCRATION EN 1586. — LES GARDIENS (BRUDER) DE LA CHAPELLE. — LES NOBLES DU VORBOURG. — AUTELS, COURONNEMENT ET INDULGENCES. — EX-VOTO DE PEQUIGNAT. — LE SANCTUAIRE DÉVASTÉ PAR LA RÉVOLUTION. — LE CURÉ BOUVIER ET LES MAIRES DE LA VALLÉE EN 1792. — LES CROIX DU ROSAIRE. — UN DON DE MGR LACHAT.

 

Le plus ancien sanctuaire de Marie dans la vallée de la Sorne et de la Scheulte, c'est bien la chapelle du Vorbourg. Il est vrai qu'à l'époque de son érection, cette chapelle ne fut pas dédiée à la très Sainte-Vierge, mais bien à saint Imier, une des gloires du Jura, comme aussi l'un des plus dévoués serviteurs de Marie. L'histoire nous apprend, en effet, qùe saint Imier, né au château de Lugnez, près Damphreux, au VIesiècle, fit le pèlerinage de Terre-Sainte pour visiter les lieux sanctifiés par le Dieu de notre salut et Marie, sa virginale Mère.

Jusqu'en 1586, la chapelle du Vorbourg fut ainsi la chapelle de Saint-Imier.

Ce sanctuaire apparaît de nos jours comme une blanche couronne au sommet du rocher qui marquait, il y a douze siècles, la limite entre les Allemands et les Bourguignons. La chapelle faisait alors partie du château inférieur, bâti sur ce sommet par les ducs d'Alsace au VIIe siècle. En 1049, la chapelle et le château appartenaient, au témoignage de Buchinger, Abbé et historien de Lucelle, à Gérard comte de Nordgau et de Dagsbourg. Gérard était un parent, quelques-uns disent même le frère ou au moins le cousin du grand Pape saint Léon IX. Un voyage que fit saint Léon « dans sa douce Alsace » en 1049, amena l'illustre Pontife au château du Vorbourg, où il visita 'les membres de sa famille. On sait que saint Léon IX était l'un des fils du puissant comte d'Eguisheim Hugues IV. Sa mère était Hedwige, comtesse de Dagsbourg. Pendant son passage

 

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au Vorbourg, le saint Pape voulut bien consacrer lui-même la chapelle de saint Imier. C'est ce que rappelle un tableau très ancien suspendu dans le choeur de ce beau sanctuaire.

Un second tableau conserve la mémoire d'un autre événement. On y lit ce qui suit :

« L'année 1586, le lundi de Pâques 7 avril, ce sanctuaire, que les orages du siècle avaient presque détruit, fut l'objet d'une consécration nouvelle. L'évêque consécrateur Marc (Tettinger), suffragant de l'évêque de Bâle, le dédia au Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Vierge, à saint Imier et au saint Abbé Othmar. Une indulgence de 40 jours fut accordée aux pieux visiteurs de la chapelle le jour de la consécration et l'année suivante au jour anniversaire de cette solennité. »

Rebâtie en 1586 et de nouveau en 1669, la petite chapelle de la Mère de Dieu fut agrandie; on y ajouta une demeure pour un frère gardien. Parmi les gardiens de la chapelle, on conserve le souvenir populaire de l'un d'entre eux appelé ou surnommé, à cause de sa maigreur, la Tête d'os, en patois la « Tête d'oche », personnage pieux, mais simple et naïf. Avant l'établissement de ces gardiens, la chapelle n'en avait pas d'autres que les Textors ou Tisserands, qui habitaient une maison dans les ruines du château inférieur. Cette famille aurait été, dit-on, la souche des Vorburger, nobles du XVIe siècle, qui ont donné quatre chanoines au Chapitre de Moutier, Nicolas, Marcel, Sigismond (1600-1613) et Jean-Philippe de Vorbourg. Le dernier a publié une Histoire romano-germanique en 1645 à Francfort, où il était envoyé par l'évêque de Bâle pour la paix de Westphalie. Il fut aussi conseiller intime de l'évêque de Würzbourg, puis de l'électeur de Mayence. Prévôt du Chapitre de Moutier depuis 1623, il mourut en 1660.

Trois autels ornent le pieux sanctuaire du Vorbourg. Le maître-autel qu'embellissent les statues de saint Imier et de saint Othmar, porte au milieu la statue miraculeuse de Notre-Dame du Vorbourg. Elle a été couronnée, avec l'assentiment de Pie IX, le dimanche 12 septembre 1869, par Mgr Lachat, au milieu d'un immense concours de prêtres et de fidèles. Et depuis

 

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lors; chaque année, une octave d'offices chantés avec sermons, rappelle ce pieux événement, dont nous avons donné ailleurs (1) une description complète. Et chaque année, une grande affluence de fidèles assiste avec empressement à ces pieux exercices ; on peut y gagner de précieuses indulgences dues à Grégoire XVI, puis à Pie IX, lequel en agrégeant à la chapelle de Lorette celle du Vorbourg, a communiqué à cette dernière toutes les faveurs spirituelles qui enrichissent la première.

Dans la nef, séparée du choeur par une grille monumentale, se dressent deux autels. Celui de gauche est consacré à la Sainte-Famille, et celui de droite à Notre-Dame des Sept-Douleurs. Ces autels latéraux ont été consacrés le 16 octobre 1684 par le suffragant de l'évêque de Bâle, Caspar Schnorff, évêque de Chrysopolis.

La chapelle, aux fenêtres ogivales ornées de trois vitraux, renferme, en outre, une chaire et une tribune avec harmonium pour l'accompagnement du chant pendant les cérémonies saintes.

Des ex-voto, aux cadres dorés, tapissent les murs du sanctuaire, et attestent la maternelle bonté de Marie envers ceux qui font appel à sa puissante protection au sein du danger. Il n'y a pas jusqu'à l'infortuné Pequignat, le Leuberger ou le Schybi des Etats de l'Evêché de Bâle en 1740, qui n'ait laissé là, à en croire son biographe, la trace de sa piété touchante envers la Vierge du Vorbourg. Ce qui est certain, c'est que le « roi des Ajoulots » avait la plus tendre dévotion envers Notre-Dame des Ermites. C'est ainsi que nous le voyons, au moment de son arrestation à Bellelay, donner à la servante de l'auberge, quatre pièces de cinq sols : deux pour des messes, et les autres, ajouta-t-il, « à donner pour le nom de Dieu en l'honneur de Notre-Dame des Ermites. » Pieuse générosité, qui n'empêcha pas sa tête, hélas ! de rouler sur l'échafaud, avec deux autres, la veille de la Toussaint 1740.

La chapelle du Vorbourg fut pillée et dévastée en 1793 par l'impiété révolutionnaire. Cependant les Français ne purent

 

1 Dans le Rosier de Marie, année 1869. La Semaine catholique l'a reproduite en entier, en 1883, dans son numéro du 8 septembre.

 

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mettre la main sur la statue miraculeuse. La piété ingénieuse réussit à l'enlever et à la tenir cachée en lieu sûr. Elle ne reparut dans son sanctuaire vénéré qu'après le concordat de 1802, par les soins du savant et dévoué curé de Delémont, Joseph Germain Val. Hennet ( + le 8 janvier 1831, à Soleure, où il était grand-doyen du Chapitre diocésain).

La Révolution, d'ailleurs, outre sa haine contre tout ce qui était religieux et chrétien, avait une dent particulière contre la chapelle du Vorbourg. C'est là que la Vallée de Delémont s'était donné rendez-vous en 1792 pour aviser au moyen de se débarrasser des Français, de leur impiété fanatique et de leur tyrannie, d'autant plus odieuse qu'elle s'appelait la liberté.

Un jour, c'était le 2 juillet, fête de la Visitation de la très Sainte-Vierge, la chapelle regorgeait de monde accouru de tous les points de la Vallée. Un prêtre était à l'autel, où il célébrait les divins mystères. C'était le curé de la petite république de Montsevelier, laquelle fut de 1792 à 1797, le Saint-Marin de la Vallée. Ce vénérable prêtre, avec sa blanche couronne de soixante hivers, se nommait Jéan-Germain Bouvier. Originaire de Saint-Ursanne, il était fils du conseiller de cette ville Erard-Théobald Bouvier et de Marie-Catherine Chèvre, soeur du chanoine de Saint-Ursanne, Jean-Georges Chèvre, de Delémont. A peine a-t-il achevé le divin sacrifice, que le peuple s'apprête à sortir, pour discuter en plein air sur les mesures à prendre en vue de sauvegarder l'indépendance du pays, sa religion, ses droits, sa liberté. Mais, ô surprise! ô terreur! La chapelle est cernée et de toutes parts on n'aperçoit que les baïonnettes françaises. Se rejeter dans la chapelle, courir sur les tribunes, s'élancer jusque sous les tuiles de la chapelle pour y cacher leurs papiers, ce fut pour les maires de la Vallée l'affaire d'un instant. On se hasarde à sortir du lieu saint. Les premiers qui paraissent sur le seuil sont arrêtés, menacés, fouillés. Comme la troupe du commandant de place Michaud ne trouve sur eux rien de compromettant, on les laisse aller, et la foule après eux. Il n'en fut pas ainsi du curé Bouvier. Accusé d'être l'âme du mouvement « séditieux », le digne prêtre est emmené par la soldatesque à Delémont et conduit au

 

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corps de garde. Là, on l'interroge sur le rassemblement. Il ne sait ou ne veut rien dire. On finit par le laisser, bien qu'à regret, regagner sa paroisse.

Nous ne pouvons mieux compléter cette courte notice, qu'en reproduisant ces lignes d'une pieuse brochure sur le Vorbourg, due à la plume de l'auteur de l'Abeille du Jura, le savant et modeste abbé Sérasset (1) : « La colline rocheuse du Vorbourg, sur laquelle s'élève ce vénéré sanctuaire, rappelle la montagne du Calvaire, et le chemin qui conduit au Vorbourg, la voie douloureuse de Jérusalem au Calvaire. Aussi nos pères ont consacré le chemin du Vorbourg par l'érection de quinze croix de distance en distance, et ils ont transformé en Calvaire l'esplanade sur le rocher à pic derrière la chapelle. Ces croix, abattues par l'impiété révolutionnaire en 1793, ont été successivement relevées par la piété des fidèles, et maintenant les pieux pèlerins qui vont au Vorbourg peuvent de nouveau méditer à leur aise les quinze principaux mystères du saint Rosaire, qui y sont représentés en bas relief. »

La chapelle du Vorbourg conserve, avec une crosse de Mgr Lachat, la mitre qu'a portée au Concile du Vatican l'illustre confesseur de la foi.

 

11. Notre-Dame des Ermites à la Vacherie-Mouillard.

 

SAINT MEINRAD ET LA STATUE DE LA VIERGE. — DÉVOTION POPULAIRE ET MIRACLES. — LA SAINTE-CHAPELLE DÉTRUITE. — LES PÈRES BÉNÉDICTINS. — UNE FILIALE DANS LE JURA.

 

Lorette, Lourdes, les Ermites : trois noms chers aux enfants de Dieu et de sa douce Mère. Trois foyers de dévotion, trois aimants divins qui attirent et charment le coeur où vit la foi dans sa pureté.

 

1 Ancien curé de Develier, décédé à Delémont, à l'âge de 80 ans, le 1er janvier 1886, et suivi dans la tombe par Mgr Vautrey, quatre mois après.

 

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Si des milliers de fidèles s'en vont chaque année, bravant les distances, se prosterner avec bonheur, les uns dans la Sainte-Maison de Lorette, les autres au seuil de la Grotte de Lourdes, c'est aussi par milliers que la Vierge d'Einsiedeln voit arriver, soit isolément, soit par groupes (pèlerinages), au pied de sa miraculeuse Image, les pèlerins de la Suisse et de toute l'Europe.

Pèlerinage éminent, que recommande le double respect de Marie et des âges. Il remonte, en effet, bien haut dans le cours des siècles chrétiens. N'est-ce pas avant 859 que la Vierge d'Einsiedeln fat envoyée au saint Ermite Meinrad, par la vierge Hildegarde, fille de l'empereur Louis-le-Germanique, et première abbesse des Bénédictines de Zurich, comme un don de sa pieuse munificence ? Et la dévotion envers la Vierge de Meinrad n'a-t-elle pas commencé aussitôt après le martyre du grand serviteur de Marie?

C'est au pied de cette douce image qu'avait jailli le sang du martyr. C'est devant cette image que mille fois il avait répandu ses prières et ses douces larmes d'amour. On comprend que les peuples aient éprouvé une douce joie et une confiance invincible à s'agenouiller là, où le saint du désert avait laissé la trace de ses genoux, à prier où il avait tant prié lui-même, et un demi-siècle après lui son digne émule saint Bennon.

Et bientôt la prière, ardente comme la foi, obtenait de Marie, en ce lieu saint, les bienfaits, les grâces, les miracles que la terre ne pouvait donner. C'est ainsi que près de douze siècles sont venus l'un après l'autre apporter à la Vierge d'Einsiedeln le tribut varié de leur vénération, de leurs espérances et de leurs actions de grâces. La nouvelle religion de Zwingli, gardien félon de la sainte image, avait bien pu diminuer le nombre, mais non la confiance des pèlerins.

Il en fut de même de la religion, plus nouvelle encore, des Français de la Révolution. Elle réussit, il est vrai, à mettre en pièces la sainte chapelle, dont la merveilleuse consécration remontait à l'an 948. Mais la statue miraculeuse ne fut pas souillée par les mains impures des adorateurs de la Raison. Sauvée à Saint-Gérold, dans le Vorarlberg, elle fit sa

 

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réapparition en 1803, dans sa magnifique église, et en 1817 dans son sanctuaire enfin relevé de ses ruines.

C'est là, sous la garde des dignes fils de saint Benoît, qui se succèdent en ce lieu depuis mille ans, avec le double éclat de la science et de la piété, que dans toutes les langues de l'Europe Marie est honorée, invoquée et répond sans cesse aux soupirs qui montent vers Elle par de nouvelles consolations et de nouveaux miracles.

Le Jura suisse, en particulier, tout en fréquentant ses nombreux sanctuaires à Marie, envoie à Notre-Dame d'Einsiedeln chaque année, en dehors même des pèlerinages organisés, des centaines de pèlerins.

Cependant, que de fidèles aimeraient, eux aussi, du Jura porter leurs hommages à Notre-Dame des Ermites, et se voient privés de ce bonheur par d'impérieuses circonstances!

Or voici qu'en leur faveur, une filiale de la sainte Chapelle des Ermites vient de sortir, comme un lys, du sol jurassien.

Sur les sommets du Lomont, d'où la vue s'étend au loin sur la verte Ajoie, s'élève, depuis 1888, une modeste et gracieuse chapelle, dédiée à Notre-Dame des Ermites. Erigée à vingt minutes de Seleute, et à deux pas de la ferme dite Vacherie-Mouillard, par le propriétaire de ce vaste et beau domaine, M. l'avocat et député Daucourt, de Porrentruy, ce nouveau sanctuaire a été béni solennellement, ainsi que la cloche qui se balance dans son gracieux beffroi, par Mgr Chèvre, en 1888.

Il remplace avantageusement un ancien oratoire qui se trouvait là, et qui succombait, pierre à pierre, au poids des ans. Chaque dimanche, dans la bonne saison, on voit de pieux groupes de pèlerins de l'Ajoie et de la Vallée du Doubs, gravir la montagne et porter à Notre-Dame des Ermites leurs prières et leurs pieux cantiques.

 

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12. Notre-Dame da Sacré-Coeur, à Seleute.

 

UN SANCTUAIRE DU SACRÉ-CŒUR DANS LE JURA. — NOTRE-DAME DU SACRÉ-COEUR ET SA BASILIQUE A ISSOUDUN. — L'AVOCATE DES CAUSES DÉSESPÉRÉES. — SA CHAPELLE A SELEUTE. — BÉNÉDICTION DE LA CHAPELLE ET DE LA CLOCHE.

 

Sur un des points culminants des Franches-Montagnes, dans la paroisse du Noirmont, s'élève un beau sanctuaire dédié au Sacré-Coeur de Jésus. Oeuvre de pieuses bienfaitrices, cette chapelle a été construite, il y a une quinzaine d'années, par les soins de M. l'abbé Albert Cuttat, alors curé de cette paroisse. Le Sacré-Coeur avait ainsi son sanctuaire dans le Jura. Il restait à enrichir ce catholique pays d'un sanctuaire à « Notre-Dame du Sacré-Coeur. »

C'est ce projet qui vient de recevoir, il y a un an, sa réalisation à Seleute, dans la paroisse de Saint-Ursanne.

Mais pourquoi ce nouveau sanctuaire et ce vocable nouveau ? Qu'est-ce que Notre-Dame du Sacré-Coeur ?

Au beau milieu de la France, dans cette Touraine qu'elle nomme si bien son jardin, se trouve entre Châteauroux et Bourges, au flanc d'une colline, la ville riante d'Issoudun. En été, les pampres de la vigne lui forment une couronne que relève l'or des moissons. C'est là qu'en 1854, la double ferveur d'un adorateur du Coeur divin de Jésus et d'un serviteur de la Vierge Immaculée a su trouver, dans sa piété ingénieuse, le moyen d'honorer à la fois et la divine Mère et le Coeur adorable de son Fils. Aller au Coeur du Fils par le Coeur de la Mère, telle a été la pensée créatrice de l'Archiconfrérie de Notre-Dame du Sacré-Coeur.

Cette pensée heureuse, l'initiative de cette grande oeuvre est due au R. P. Chevalier, fondateur, dès l'année 1854, de la Congrégation des missionnaires apostoliques du Sacré-Coeur. Oeuvre qui a reçu les éloges et l'approbation de Pie IX et de Léon XIII.

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Une basilique immense, magnifique, aux vitraux resplendissants dans leurs fenêtres ogivales, s'est élevée à Issoudun par les dons pieux d'innombrables âmes dévouées à Notre-Dame du Sacré-Coeur.

Et à peine la basilique a-t-elle vu le jour que des centaines d'ex-voto en ont recouvert les murs, témoins éloquents de la bonté toute puissante de Notre-Dame du Sacré-Coeur envers toutes les âmes qui l'invoquent avec une généreuse confiance.

Les miracles rappelés par cette galerie d'ex-voto sont la plupart si étonnants, qu'ils ont valu à Notre-Dame du Sacré-Coeur le glorieux surnom d'Avocate des causes difficiles et d'Espérance des causes désespérées.

Motifs puissants, on le voit, de,favoriser le Jura catholique d'un sanctuaire en l'honneur de Notre-Dame du Sacré-Coeur.

Aujourd'hui ce sanctuaire, le premier dans le Jura et peut-être dans la Suisse entière, est debout. Des hauteurs du Lomont et de la Croix, il domine la Vallée et le Clos-du-Doubs. Nous taisons, puisqu'il le veut ainsi, le nom du pieux fondateur de cette chapelle.

Mais nous rappellerons avec bonheur que la bénédiction solennelle en a été faite, ainsi que celle de la statue et de la cloche de Notre-Dame du Sacré-Coeur, par le révérend doyen de Saint-Ursanne, Mgr Chèvre, le 18 novembre 1889, au milieu d'un immense concours de prêtres et de fidèles. Et depuis ce jour, on va de toutes parts, de la France comme de la Suisse, invoquer à Seleute Notre-Dame du Sacré-Coeur, et lui demander avec une foi que récompenseront bientôt les miracles, les guéri-sons de l'âme et du corps, les grâces, les bienfaits dont Notre-Dame du Sacré-Coeur aime à se montrer, jusqu'à la prodigalité, la généreuse dispensatrice.

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13. Chapelle de l'Assomption de la Sainte-Vierge à Châtillon

 

CONSTRUCTION DE LA CHAPELLE. — SA BÉNÉDICTION ET CELLE DE

LA CLOCHE. — MESSES ET PIEUX EXERCICES.

 

Dès l'année 1808, un échange de terrain avait lieu entre la commune de Châtillon et Jacques Chalverat, en vue de l'érection d'une chapelle. Toutefois la construction n'en fut achevée qu'en 1817. Un autel y fut ensuite dressé. Il provenait de l'église des Capucins de Delémont. La cloche de la chapelle a été livrée en 1825 par Urs Meyer de Blerschwyler. Ce n'est qu'en cette même année qu'eut lieu, le 14 septembre, la bénédiction de la chapelle par M. Greppin, curé-doyen de Courrendlin. Le même jour, la cloche a été baptisée par le doyen Hennet de Delémont. Le doyen de Courrendlin va célébrer une fois par semaine la sainte messe dans ce sanctuaire de Marie, où les fidèles de Châtillon se réunissent chaque année pour célébrer, avec la piété qui les distingue, le mois de Marie et d'autres exercices de dévotion chrétienne.

Cette chapelle, assez spacieuse, et où l'on aime prier, est sous le vocable de l'Assomption de la très Sainte-Vierge.

 

14. Notre-Dame sons les Chênes, à Boncourt

 

CHAPELLE CONSTRUITE EN 1825. — SA BÉNÉDICTION SOLENNELLE. — ENGAGEMENT SOUSCRIT PAR LES FONDATEURS. — DONS ET LEGS. — LA CLOCHE « DE LA PERSÉCUTION ». – EMBELLISSEMENTS - DÉCLARATION DES HÉRITIERS DES FONDATEURS. — CIMETIÈRE ET OMBRAGE. — MESSE DU SAMEDI.

 

Poésie et piété, que de charme et que de fraîcheur dans ce nom de la chapelle de Marie à dix minutes de Boncourt, à vingt minutes de Delle et de la frontière qui sépare la France de la Suisse ! Notre-Dame des Chênes ! En respirant le parfum de ce nom, ne croit-on pas voir la Vierge-Mère étendant sa

 

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protection, non plus sur les villes et les campagnes, mais sur les forêts et leurs dômes de verdure?

C'est en 1825 que fut construit le sanctuaire de Notre-Dame sous les Chênes, « oeuvre louable des bourgeois et habitants les plus notables de Boncourt, de leur zèle à augmenter la dévotion envers Marie. » Ce sont les paroles de l'évêque François-Xavier de Neveu, dans l'autorisation qu'il donne, par son provicaire Al. de Billieux, le 22 décembre 1825, à la paroisse de Boncourt, de faire bénir le nouveau sanctuaire et d'y célébrer le saint Sacrifice.

Cette bénédiction solennelle eut lieu le 6 février 1826. Elle fut faite par le délégué de l'évêque, le curé de Buix, M. Laurent Meusy (Père Ursanne), ancien religieux de Bellelay, en présence des curés suivants : MM. Juster, à Saint-Dizier; Joseph Courbat, à Courtemaiche; J.-B. Noirjean, à Bure; Bernard Gigon, à Montignez ; Chevretot, à Delle ; N. Denier, à Croix ; Cramatte, à Damphreux; Bigey, à Courtelvant, et H. Hierme, à Boncourt.

Le 11 décembre précédent, les pieux constructeurs de la chapelle, au nombre de trente, avaient signé l'engagement, pour eux et leurs descendants, « de pourvoir à l'entretien décent de ladite chapelle, et d'y fournir tout ce qui est nécessaire pour y célébrer la sainte messe. »

plus tard, des dons et des legs furent offerts à la Vierge sous les chênes. Voici les noms de quelques-uns de ces bienfaiteurs : Jean-Baptiste Gelin, Jn-Bte Girardat, Pierre-Séraphin Prêtre et son épouse Marie-Jeanne, Mmes Kilcher et Mathey-Gürtler, Mlles Béchaux et Berthilde Jeanpierre, Mme Grisez, née Kilcher, etc. Deux messes ont été fondées dans la chapelle, en 1858, par Mme Marthe Kilcher, pour elle et son mari défunt, Joseph Kilcher, de Milandre.

En 1881, le 16 mai, Notre-Dame sous les Chênes s'est enrichie d'un clocheton et d'une gracieuse cloche, dont le son joyeux rappelle aux catholiques de Boncourt leur inviolable fidélité à Dieu et à son Église. Cette cloche, en effet, bénite solennellement par Mgr Chèvre, doyen de Saint-Ursanne, dans la vaste cour de la maison hospitalière qui servait d'église aux fidèles de Boncourt, chassés du lieu saint par la violence et

 

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l'apostasie qui le souillait, a servi au culte catholique de la paroisse, jusqu'au jour oh celle-ci a pu rentrer en possession de ses droits les plus sacrés, de sa chapelle et de son antique église (1880).

Avec la cloche dite « de la persécution, » d'autres embellissements ont été apportés à Notre-Dame sous les Chênes, la même année. On y a consacré la somme de 554 fr., couverte en partie par les dons tant des demoiselles et des dames de la Conférence, que de Mme Kilcher, née Girardat, de Boncourt. Deux peintres y ont travaillé : M. Richard, pour le décor des murs, et M. Christe, pour la statue de la Sainte-Vierge.

L'année suivante, quarante héritiers ou héritières des constructeurs de la chapelle signaient un nouvel acte, par lequel tous maintenaient à leur tour, pour eux et leurs descendants, la propriété de la chapelle avec toutes les charges souscrites par les fondateurs.

Un nouveau cimetière vient d'être établi pour la paroisse de Boncourt, à l'ombre du sanctuaire de Marie. Elle n'est plus seulement Notre-Dame sous les Chênes, elle est aussi la consolation de ceux qui pleurent et la Mère de ceux qui ne sont plus et qui attendent sous ses auspices leur entrée au ciel.

Une nouvelle enceinte va entourer la chapelle en même temps qu'une plantation d'arbres va l'ombrager d'une fraîche verdure.

En attendant « on va beaucoup prier dans ce sanctuaire, » nous écrit M. le curé Henry, en ajoutant qu'il y célèbre chaque samedi, depuis le mois de mai jusqu'en octobre, la sainte messe, à laquelle assiste toujours beaucoup de monde.

 

15. Notre-Dame de Bon-Secours, à Fahy

 

CHAPELLE DE 1376. — ÉGLISE PAROISSIALE. — STATUE MIRACULEUSE

ET PÈLERINAGE.

 

Au sommet d'un plateau qu'ombrageait autrefois une vaste forêt de hêtres, s'élève depuis des siècles un riche et beau village : c'est le village des hêtres (fagus) ou Fahy, avec son

 

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sanctuaire de Marie, bien connu des pèlerins sous le nom consolant de « Notre-Dame de Bon-Secours. » Cette chapelle, avec son antique statue de la Vierge, remonte au delà du XVme siècle. Dès l'année 1376, elle avait son chapelain ; il se nommait Jean Briant.

En 1788, la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours fit place, avec son clocher conservé, à un édifice plus vaste, qui fut érigé en église paroissiale à la suite du concordat de 1802. La sainte image de Marie n'en continua pas moins d'attirer à elle de nombreux pèlerins, lesquels ont souvent éprouvé, comme l'attestent de touchants ex-voto, les heureux effets de leur prière confiante .à la Mère de Bon-Secours.

 

16. Notre-Dame du Saint-Nom de Jésus, à Chevenez

 

CHAPELLE DE 1420. — NOUVEAU VOCABLE.

 

Au sortir du village de Chevenez, déjà nommé dans une charte pontificale de 1139, on aperçoit, à droite et sur le bord de la route qui conduit à Blamont, un modeste édifice dont l'origine, due à la famille Juillerat qui en reste propriétaire, remonte à l'année 1420. Dédié primitivement au Saint-Nom de Jésus, elle a substitué dans la suite ce vocable à celui de Notre-Dame du Saint-Nom de Jésus. Changement qui provient sans doute d'une statue ou image de la Sainte-Vierge, particulièrement vénérée dans ce sanctuaire, dont l'Assomption est la fête titulaire. Un marbre, placé sur l'autel en 1763, permet d'y célébrer le saint Sacrifice. De nos jours, la chapelle est ornée d'une belle statue de Notre-Dame du Sacré-Coeur.

 

17. L'Immaculée-Conception, à Develier-dessus

 

LE SAINT-CRUCIFIX. LA CHAPELLE DE MARIE ET DE SAINTE PHILOMÈNE.

 

Un des plus anciens villages de la vallée qu'arrose la Sorne est sans contredit la Delii villa des Romains, le Develier de nos jours. Cette intéressante paroisse se divise en Develier

 

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dessus et en Develier dessous ; et chacune de ces localités est un but de pèlerinage.

A Develier-Dessous, dans l'église paroissiale, c'est le « Saint-Crucifix, » devant lequel la foi aime à répandre ses prières. On sait que ce crucifix en bois, qui a cinq pieds de haut et porte le millésime de 1600, était suspendu à l'arc de triomphe de l'église, lorsque celle-ci fut incendiée en 1637 par les Suédois, et qu'il fut retrouvé intact au milieu des ruines fumantes.

Cette conservation plus que merveilleuse lui a valu et lui vaut encore la vénération de toute la contrée.

On raconte plus d'un miracle obtenu par la prière faite au pied de cette sainte image.

Develier-dessus a aussi un charme qui attire les pas des pèlerins. L'Immaculée-Conception a eu là son sanctuaire dans la vallée, dès l'année 1837.

Un excellent tableau, oeuvre d'un artiste de Munich et don pieux du baron de Verger, orne l'autel, et la Vierge Immaculée voit à ses pieds la châsse de sainte Philomène, habilement sculptée et reproduisant celle de Mugnano.

Bénite en 1838, le 11 décembre, en même temps que la cloche, par M. le doyen Nicolas Friat, la chapelle de « l'Immaculée-Conception et de Sainte-Philomène » est bientôt devenue l'objet d'un pèlerinage à peine ralenti par l'odieuse persécution de 1873 à 1878. De nos jours on s'y rend de toute la Vallée, ainsi que de l'Ajoie et. des bords du Doubs.

 

18. La chapelle du Paradis, près de Bure

 

LE PARADIS. — LES SORCIERS ET LE SABBAT AU XVIe SIÈCLE. —

LE NOUVEAU SANCTUAIRE. — NEUVAINE ANNUELLE

 

Bien que ce sanctuaire, construit en 1879 par la famille Vallat (Joseph), ne soit pas exclusivement dédié à la Sainte-Vierge, mais bien au Sacré-Coeur, à Notre-Dame de Lourdes et à saint Joseph, il convient d'en dire un mot.

On donne le nom de « Paradis » à une jolie ferme située à mi-chemin entre les deux villages de Bure (Suisse) et de Croix

 

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(France). Autrefois, ce lieu ne jouissait pas d'une réputation bien brillante. Il était considéré, à tort ou à raison, comme un rendez-vous des sorciers, comme un lieu de sabbat, où ils se réunissaient de toute la contrée pour leurs superstitions nocturnes mêlées des plus honteuses orgies.

Depuis longtemps, ces assemblées, où le « Robin » se jouait de ses dupes, dont il faisait ses victimes il y a trois siècles, ont cessé de jeter l'effroi et l'horreur au coeur d'une population profondément chrétienne.

D'ailleurs, il n'y a pas de meilleur moyen de donner la fuite aux esprits de ténèbres que l'érection d'un sanctuaire en l'honneur de Marie et à la gloire de son divin Fils. N'est-ce pas en même temps le moyen le plus propre pour attirer sur un coin de terre et ses paisibles habitants les plus heureuses bénédictions du Ciel ?

C'est ce qu'a si bien compris la famille Vallat, propriétaire du « Paradis ». C'est aussi ce que comprend le village de Bure, qui fait chaque printemps une neuvaine à la chapelle du Paradis, pour la conservation des biens de la terre.

Souvent, pendant la belle saison, la cloche se met en branle dans son modeste clocheton. Elle avertit les fidèles d'accourir au pied de l'autel ; le curé de la paroisse est là pour invoquer, par l'adorable Sacrifice, et le Coeur divin de Jésus, et l'immaculée Vierge de Lourdes et le virginal Epoux de Marie, l'humble et doux saint Joseph.

 

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* *

 

Notre travail, pour le canton de Berne (Jura), s'arrête là. Outre les sanctuaires que nous avons décrits, il en est d'autres encore sur lesquels nous aurions à donner des renseignements qui ne manqueraient pas d'intérêt. Telles sont les chapelles suivantes :

 

Sainte-Anne, à Mettemberg (1819) et à Ederschwyler (1864) ;

Saint-Antoine, à la Scheulte (1861) ;

Saint-Kilien, actuellement Saint-Gelin, à Cornol (XIIIesiècle) ;

Saint-Eloy, à Courtemantruy (1770);

Saint-Symphorien, à Courtemaiche (1603);

 

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Saint-Imier, à Damphreux (?) et à Fregiécourt (1339) ;

Saint-Hubert, à Bassecourt (1630) et au château du Raimeux (XVIIe siècle);

Sainte-Philomène, à Courcelon (1838) et à Recollaine (1863) ;

Saint-Michel, à Miserez (1660) et à Delémont (XVIIe siècle) ;

Saint-Germain, à Porrentruy (XIIIe siècle), ancienne église paroissiale ;

Saint-Charles, à Saignelégier (1621-1880) et à Laufon (?) ;

Saint-Vendelin, à Blauen ;

La chapelle du château d'Augenstein, avec ses vitraux gothiques du XIVe siècle;

Sainte-Jeanne, à la Bosse (1719) ;

Le Saint-Craal ou Graal, de nos jours Saint-Grat, à Mont-sevelier (XVIIe siècle);

Saint-Fromond, à Bonfol (1883);

Sainte-Croix, à Fontenais-Villars (1445) ;

La chapelle d'Envelier (1872) ;

Celle de la Vacherie-dessus, près de Roche-d'Or (1876).

 

Le vocable de la plupart de ces chapelles dit assez qu'elles sont étrangères au cadre que limite le titre de notre ouvrage. Nous ne pouvons donc que remettre à plus tard, si Dieu le veut, les notices qui intéressent ces pieux sanctuaires.

Pour le moment, nous avons hâte, en suivant le plan que nous nous sommes tracé, de passer du Jura bernois au canton de

 

§ 3. LUCERNE

 

Ici encore, par la raison que nous venons de dire, nous laisserons de côté pour le moment, bien qu'à regret, les beaux et riches sanctuaires qui ne sont pas sous le vocable de Marie.

Tels sont ceux de la Sainte-Croix, à Schüpfheim et à Wittenbach ; du Saint-Sacrement, à Ettiswyl ; du Précieux-Sang, à Willisau; de Sainte-Anne, au Schwendelberg ; de Sainte-Elisabeth, à Hitzkirch ; de Sainte-Odile, à Buttisholz ; de Saint-Jost, à Blatten; de Saint-Vendelin, à Greppen, et tant d'autres

 

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sanctuaires illustrés par les miracles du Ciel et les prières des pèlerins.

C'est ainsi déjà, qu'en parlant du canton d'Argovie, nous avons passé sous silence les chapelles ou églises avec pèlerinage de Sainte-Anne, à Bünzen; de Sainte-Vérène, à Zurzach; de Saint-Donat, à Hermetschwyl ; du bienheureux Bourkard, à Beinwyl; de Saint-Léonce, à Muri ; de Saint-Castor, à Rohrdorf; de Saint-Juste, à Gnadenthal ; des bienheureux Anglo-Saxons, à Sarmensdorf, et d'autres encore; où de nombreux pèlerins vont demander avec confiance les bienfaits de l'âme et du corps.

Fidèles à notre plan, nous avons ainsi à signaler seuls, pour le canton de Lucerne comme pour les autres parties du diocèse de Bâle, les sanctuaires de Marie, en commençant par celui de

 

1. Notre-Dame de Lutherthal

 

DOCUMENT HISTORIQUE. — PRIÈRE EXAUCÉE. — SONGE ET VISION. — LA SOURCE MERVEILLEUSE. — CHAPELLE BATIE. — FÊTE PRINCIPALE. — NOTRE-DAME DE LA BONNE-MORT. — INDULGENCES, MESSES ET GARDIEN.

 

Luthern est un beau village et une grande paroisse de 1800 âmes dans la gracieuse vallée de ce nom.

La vallée de Luthern se détache du flanc nord du Napf, qui porte sa cime verdoyante jusqu'à une élévation de 1400 mètres.

Dans cette fraîche et fertile vallée se trouvent des bains, avec une gracieuse chapelle. L'origine de cette chapelle, avec les bains de Luthern, est intéressante ; elle est originale comme une légende mystique.

Toutefois ce n'est pas une légende que nous allons rapporter. C'est bel et bien un événement historique. Le document qui en fait foi est conservé aux archives de Lucerne. Il est écrit de la main du greffier de la ville, et remonte au 23 mai de l'année 1583, deux ans après le fait qu'il raconte avec les détails suivants.

En 1581, un pauvre père de famille, il se nommait Jacques Minder, fervent serviteur de la Sainte-Vierge, était en proie

 

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à de vives douleurs rhumastismales, qu'il ressentait souvent aux jambes depuis vingt ans. C'était la veille de la Pentecôte. Pendant la nuit, le malade redouble de ferveur dans ses supplications à Celle que l'Eglise nomme à juste titre le Salut des infirmes. Il semblait à Jacques Minder qu'il n'avait jamais prié avec tant de foi et de confiance en Marie. « 0 Mère, disait-il, obtenez-moi du moins que je sois en état de gagner le pain de mes enfants et de leur mère. Ah! ces chers petits enfants, je vous en confie le soin et l'avenir ! »

Une prière si humble, si touchante, devait être exaucée. Elle le fut. Les douleurs du malade se calmèrent et un sommeil réparateur vint lui fermer les yeux.

Mais voici que pendant son sommeil, la Vierge sainte d'Einsiedeln, devant laquelle, pieux pèlerin, il se croit en prières, abaisse sur lui un regard d'amour. Ses lèvres s'entr'ouvrent et laissent tomber comme une fraîche rosée, ces paroles pleines d'espoir : « Va derrière ta maison : à quelques pas de là, ouvre le sol. Une eau en jaillira; tu t'en laveras et tu seras guéri. En retour, promets-moi de réciter ta vie durant, chaque soir et chaque matin, au son de la cloche, trois Pater et trois Ave avec le Credo à la gloire de mon divin Fils et en l'honneur de sa Mère. Et comme preuve que ce que tu entends n'est pas un vain songe, dans l'espace d'une année, j'aurai pourvu à l'avenir de tes enfants, dont je vais être la Mère. »

 

Le lendemain, Jacques Minder avait oublié le songe de la nuit. C'était le saint jour de la Pentecôte. Sur le soir, il se dirige inopinément vers le lieu que lui avait indiqué la vision nocturne. Là, il entend sonner l'Angelus à la paroisse, il s'agenouille et prie. Tout à coup il entend sous ses genoux le bruissement de l'eau. Son rêve lui revient à la mémoire. Il rentre chez lui rempli d'une douce espérance. Dès le lendemain, il s'arme d'une pioche, il s'en va l'enfoncer dans le sol. Au premier coup une eau abondante en jaillit. Minder s'en lave aussitôt : à l'instant sa maladie de vingt ans a fui pour ne plus revenir. Puis, dans l'espace d'une année, ses six enfants meurent

 

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l'un après l'autre, et s'en vont rejoindre dans le ciel Celle qui a promis d'être leur Mère à jamais.

Plus tard, on agrandit la source merveilleuse, pourquoi ne dirions-nous pas miraculeuse? et dès lors cette « fontaine de Marie » est devenue un bain salutaire pour toutes sortes de malades.

En souvenir de ces événements, une chapelle fut bâtie en ces lieux, aux frais de l'autorité civile. Dès l'année 1584, ce sanctuaire fut consacré à la Reine du ciel par l'évêque suffragant de Constance. Trop petite pour la foule qui y accourait, la chapelle de la Fontaine de Marie fut reconstruite et agrandie à plusieurs reprises, notamment en 1754. Le maître-autel, avec sa niche et sa douce image de Marie, en est le principal ornement. Aux murs sont attachés les tableaux, déjà fort anciens, du Chemin de la Croix. On y voit aussi de nombreux ex-voto en bois et même en argent, qui témoignent des grâces reçues et de la gratitude des invocateurs de Marie.

A l'extérieur, la chapelle offre l'aspect d'une grande propreté. Une petite tour la surmonte, dans laquelle se balancent trois cloches aux accents harmonieux.

La fête principale de la chapelle, qui rappelle le jour de sa consécration, est le sixième dimanche après Pâques. Un office solennel y est chanté avec sermon. L'affluence alors est considérable. C'est qu'il y a, en ce jour, indulgence plénière pour les pèlerins. Cette faveur est due au Pape Pie VIII, qui l'a accordée par bref du 14 septembre 1829.

D'autres indulgences ont été accordées par le même Pontife, à gagner aux fêtes de la Sainte-Vierge.

En 1600, une confrérie en l'honneur de « Notre-Dame de la bonne mort » a été érigée en cette chapelle et approuvée, à la demande de Mgr Salzmann, par le Souverain-Pontife Grégoire XVI, qui l'a enrichie d'indulgences. La fête titulaire de cette confrérie, à laquelle est jointe celle du Coeur immaculé de Marie, est fixée au jour de l'Assomption de la très Sainte-Vierge. Le lundi de la Pentecôte de chaque année, on chante deux offices pour les fondateurs et bienfaiteurs de la chapelle.

En outre, quatre-vingts messes, dues à trente-cinq fondations,

 

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se célèbrent annuellement aux pieds de l'Immaculée Vierge, sans comprendre les nombreuses messes que font dire les pèlerins. Aussi l'autel a-t-il été privilégié à perpétuité par le pape Pie VIII en 1829.

Près de la chapelle s'élève, depuis 1846, un grand édifice, offrant l'aspect d'un monastère. C'est la demeure du frère gardien de la chapelle. A quelques pas de là, se trouve une modeste auberge en faveur des pèlerins de Notre-Dame de la source ou de la fontaine de Lutherthal.

 

2. Notre-Dame de Werthenstein

 

ROCHER ET CHATEAU. — MERVEILLEUSE APPARITION. — L'IMAGE DE MARIE. — MIRACLES ET CHAPELLE. — NOTRE-DAME DE FRYBACH. — UN INCENDIE A LUCERNE. — LA CHAPELLE AGRANDIE. — LES PÈRES FRANCISCAINS. — PÈLERINS ET INDULGENCES. — ÉRECTION DE LA CHAPELLE.

 

A quatre lieues de Lucerne et à une lieue et demie de Wohlhausen, localité connue par la fin tragique des trois Tell en 1653, en plein Entlibuch, se dresse un rocher puissant, qui domine la ligne de fer et la vallée.

Sur ce rocher presque à pic, au pied duquel roulent les eaux de l'Emme, parfois torrentueuses, s'élevait autrefois, et encore au XVe siècle, comme un nid d'aigles, le château des sires de Werthenstein.

De nos jours, le château a fait place à un couvent et à un sanctuaire de Marie, où montent chaque jour, en plus ou moins grand nombre, de pieux pèlerins.

De ce pèlerinage, de ce monastère et de cette chapelle, voici l'origine.

En 1500, on recueillait dans l'Emme des paillettes d'or. C'était le gagne-pain d'un brave homme, fils de Marie, s'il en fût, et déjà d'un certain àge. Un jour, surpris par un orage, il se réfugie sous un rocher, où plus d'une fois déjà il avait trouvé un abri. La nuit arrive, il se met à faire avec dévotion sa prière

 

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du soir. Tout à coup il entend un chant doux comme celui des anges, et il aperçoit devant lui une clarté éblouissante. Sa dévotion n'en est que plus vive : mais sa prière finie, la lumière merveilleuse disparaît et les voix se taisent.

Le lendemain, il marque ce lieu du mystère par une image, représentant le couronnement de la très Sainte-Vierge; il attache cette image à un sapin, qui étendait sur le sommet du rocher l'ombre de ses branches au vert feuillage.

La vision, dont le pieux vieillard a été favorisé, trouva crédit dans la population de cette catholique contrée.

En 1518 et 1520, deux éclatants miracles vinrent donner gain de cause à la croyance populaire. Une chapelle fut bâtie au lieu et place du sapin séculaire. Tous, hommes, femmes, enfants, voulurent apporter leur concours à cette construction.

Le 2 août 1522, la chapelle était debout avec ses trois autels, et recevait sa consécration des mains de Mgr Melchior, suffragant de l'évêché de Constance.

Six ans plus tard, l'image du sapin, qui n'était qu'en papier, tombait en lambeaux. Elle fut remplacée par la statue actuelle, représentant le Sauveur descendu de la Croix, et reposant sur les genoux de sa très sainte Mère.

La provenance de ce groupe n'est pas sans intérêt.

Il y avait à Frybach, dans le canton de Berne, à deux lieues de l'illustre abbaye de Saint-Urbain, une statue miraculeuse de la très Sainte-Vierge, devant laquelle se réunissaient pour la vénérer et prier Marie, jusqu'à trente-cinq communes chaque année, le vendredi après l'Invention de la Sainte-Croix. Lorsque la religion de Zwingli eut pris la place de la religion de Jésus-Christ dans le canton de Berne, les images de Marie et des saints, leurs statues furent proscrites, lacérées, livrées aux flammes. La statue de Frybach échappa à la fureur des iconoclastes. Enlevée par une pieuse main, elle fut apportée à Werthenstein et placée ' en tout honneur dans la chapelle récemment construite. Cette statue sainte, vénérée pendant des siècles par un peuple qui avait alors la foi, a retrouvé, dans ce sanctuaire, un nouveau peuple digne de la posséder.

Le brave peuple de l’Entlibuch l'a compris, et la ville de

 

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Lucerne a éprouvé elle-même les heureux effets de l'invocation de Marie devant sa sainte image. En 1533, Lucerne allait être la proie des flammes. Déjà quatorze maisons avaient partagé le sort de la collégiale. Un voeu est fait à Notre.Dame de Werthenstein. Les flammes tombent, l'incendie s'éteint, la ville est sauvée. Un événement du même genre se produit en 1571. Un même succès répond à l'invocation fervente de la Vierge de Werthenstein. Et dans sa reconnaissance, le magistrat de Lucerne fait voeu d'accomplir chaque année un pèlerinage au sanctuaire de Marie, à Werthenstein, et le jour en est fixé : c'est le jeudi après la Pentecôte.

En 1610, la chapelle, devenue trop étroite, dut faire place à un sanctuaire plus vaste, lequel reçut sa consécration le 15 mai 1616, des mains de l'évêque suffragant de Constance. Outre le maître-autel et les autels latéraux, un quatrième autel fut érigé le 25 mars 1621, en l'honneur de Notre-Dame des Sept Douleurs. Le roi de France, Louis XIII, contribua à cette nouvelle oeuvre par un riche présent. Quatre ans après, l'archiconfrérie du saint Rosaire fut établie dans la chapelle de Werthenstein avec des indulgences spéciales en faveur des membres de cette Association. Enfin, un chapelain fut attaché à ce sanctuaire avec un traitement annuel de 160 florins.

Aux fêtes principales de la Sainte-Vierge, pour les confessions, le chapelain de Werthenstein recevait l'aide des PP. de Lucerne, Jésuites et Franciscains. C'était bien nécessaire. Une année, on compta jusqu'à 40.000 pèlerins.

Cette affluence détermina le gouvernement de Lucerne à élever près de ce sanctuaire béni une maison pour des religieux. Ceux qui furent appelés là en 1630, furent les Franciscains. C'était le 21 novembre. Une procession solennelle, partie de Lucerne, accompagna les Pères, lorsqu'ils vinrent la première fois sous la bannière déployée de Saint-François, et à la suite de la croix portée par le prévôt de la collégiale, Louis Bürcher, prendre possession de leur nouveau poste, sur le rocher et aux pieds de la Vierge de Nazareth. Le premier prieur du nouveau monastère, dont la première pierre fut posée par le nonce apostolique, Ranucio Scotti, fut le P. Germain Wetzstein, qui

 

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avait été curé dans l'Entlibuch, avant de revêtir le costume de saint François.

Sous une aussi pieuse garde, le pèlerinage de Werthenstein devint bientôt l'un des plus fréquentés de la Suisse. En 1747, le nombre des communions annuelles en ce saint lieu s'élevait à 80.000. Ce qui détermina le Pape Benoît XIV à accorder une indulgence plénière à tout pèlerin qui ferait pieusement ses dévotions dans ce sanctuaire. D'autres indulgences de 100 et de 200 jours furent accordées par le nonce Philippe Abziazouli.

En 1808, la chapelle de Werthenstein fut enfin érigée en église paroissiale. Elle fut desservie par les Franciscains jusqu'en 1838, année où fut supprimé leur monastère. Depuis cette époque, la paroisse est administrée par un curé et son vicaire. Aux fêtes de la Sainte-Vierge, les PP. Capucins de Schüpfheim viennent aider à entendre les confessions, ainsi que les ecclésiastiques des paroisses voisines, et le pèlerinage continue à donner chaque jour les plus heureux fruits. Gloire à Marie !

 

3. Maria Zell, près de Sursee

 

SELIGER DE WOHLHAUSEN, ABBÉ D'EINSIEDELN. — SON ÉPOUSE HEDWIGE, ABBESSE A ZURICH. — LA CELLA DE MARIE. — RECONSTRUCTION ET CONSÉCRATION. — LA VIERGE DE ZOFINGUE A MARIA ZELL. — FONDATIONS ET MESSES. — LA SERVANTE DE MARIE ET LE PIEU VOLÉ. — LES RR. PP. CAPUCINS. — CONFRÉRIE DE LA SAINTE-FAMILLE.

 

Un siècle s'était écoulé depuis la mort du troisième Abbé d'Einsiedeln, le Bienheureux Grégoire, fils du roi d'Angleterre Edouard Ier. Son troisième successeur était, en 1061, le comte Hermann de Kybourg.

Un jour, ce prélat vit arriver aux portes du monastère un beau chevalier qui demandait à lui parler. L'étranger est introduit. « Mon révérendissime Père, dit-il à l'abbé, si je viens frapper à votre porte, c'est pour vous prier de me recevoir dans votre sainte demeure, au nombre de vos fils. » Pèlerin

 

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lui demande l'abbé, quel est votre nom ? Et d'où venez-vous ? — Je viens des bords du lac de Sempach. J'ai dit adieu au château de mes pères. Le malheur m'a frappé. Je n'avais qu'un fils, le Ciel m'a ravi cet unique héritier de mon nom et de mes biens. Dieu a permis qu'il trouvât la mort dans les flots. Je m'incline devant la justice et la sainteté de ses décrets. Mon épouse, ma bien-aimée Hedwige, ne voit de consolation, au sein de sa douleur, que dans la vie religieuse. Je partage ses sentiments, et voilà ce qui m'amène en ce jour au seuil de votre saint asile. » Et le noble chevalier Seliger (Béat) de Wohlhausen, qui avait acquis de grandes richesses au service des empereurs à la tête de leur cavalerie, abandonnait à jamais ses biens pour demander le vrai bonheur au service de Celui qui sait et qui peut seul le donner.

Quelques années après, le noble preux, devenu à Einsiedeln le plus humble des fils de saint Benoît, était appelé par les suffrages de ses Frères à la dignité abbatiale. C'était en 1070. Pendant vingt ans, l'abbé Seliger gouverna le monastère avec sagesse. En 1090, sous le poids des ans, il résigna sa charge, et vécut encore neuf ans, qu'il consacra tout entiers à se préparer à une bienheureuse mort. Le 22 avril 1099, il s'endormit dans la paix du Seigneur. Il allait rejoindre dans le Ciel le fils qu'il avait pleuré, et la mère de ce fils, la tendre Hedwige, qui l'avait devancé dans la tombe. Elle était morte à Zurich, vers 1090, dans le monastère des filles de saint Benoît, après l'avoir dirigé saintement pendant de longues années en qualité d'abbesse.

Les deux nobles époux, qui achevaient si pieusement leur vie, avaient une dévotion très vive envers la Mère de Dieu. Dans leur jeunesse, en face de leur castel, qui s'élevait dans la petite île du lac de Sempach, ils avaient construit sur le rivage une chapelle à Marie. Aux yeux du peuple, c'était la chapelle du château. Pour eux c'était la demeure de Marie, Cella Mariae, Maria-Zell. C'était là que chaque dimanche, et souvent pendant la semaine, ils se rendaient par un pont d'une longueur de deux cents pas, pour assister, aux pieds dé Marie, à l'adorable sacrifice de l'autel chrétien.

 

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Autel, sanctuaire et château furent donnés au monastère d'Einsiedeln par le seigneur qui en était le maître, le saint abbé Seliger de Wohlhausen.

Le château, depuis longtemps, est tombé en ruines. Le sanctuaire de Marie est debout, entouré de la vénération de huit siècles. Il est vrai que la sainte chapelle, menaçant ruine sous le poids des temps, a été reconstruite en 1657 au prix de 2260 florins (1). Il est vrai encore qu'elle a été transférée à quelques pas des bords du lac, et assise au flanc d'une colline dans un site charmant. Mais c'est toujours Maria Zell, la Cella de Marie. Et les nombreux ex-voto qui font aux murs du sanctuaire actuel leur plus bel ornement, publient les grâces, les bienfaits, les miracles, dont Marie s'est montrée prodigue en ce lieu.

En 1510, au témoignage de la chronique de Zofingen, un fait extraordinaire ne contribua pas peu à donner un nouveau lustre au sanctuaire de Maria Zell.

La peste régnait à Zofingue et y faisait de cruels ravages. Une jeune veuve en fut atteinte avec ses deux enfants. Elle se nommait Anna Dubliker. Surmontant sa faiblesse, elle court se jeter au pied d'une statue de Marie dans un oratoire prêt à tomber ruines. Marie exauça l'humble prière de sa servante. Anna guérit, ainsi que ses deux enfants. La protégée de Marie, qui était pauvre, n'eut plus qu'une préoccupation : thésauriser l'argent nécessaire pour l'accomplissement de son voeu. Mais son modique trésor n'avait pas encore atteint la somme voulue, lorsque la ville de Zofingue, soumise alors au joug de Berne, vit remplacer la religion du Christ par celle du prêtre apostat Zwingli. On sait qu'elle était la haine fanatique de ce dernier et la fureur de ses sectaires contre la sainte Vierge, les saints,

 

1 La première pierre en fut posée par Guillaume Meyer, prévôt de Beromunster. Le 2 juillet de l'année suivante, la nouvelle chapelle fut consacrée par l'évêque de Lausanne Jodoque Knab, assisté des Rmes prélats d'Einsiedeln et de Muri. A cette occasion, l'abbé d'Einsiedeln fit présent d'un calice pesant 51 loths à la ville de Sursée, en reconnaissance de la généreuse hospitalité qu'elle accorda à ses illustres hôtes.

 

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leurs fêtes, leurs sanctuaires, leurs statues et leurs images.

Devant cette haine, cette fureur, que Satan le prince de l'erreur pouvait seul inspirer, tout ce qui rappelait le culte de Marie et des saints devait disparaître. Il en fut ainsi à Zofingue. Mais Anna Dubliken ne partageait pas le fanatisme des blasphémateurs. Jalouse de garder la foi, principe du salut, elle s'enfuit secrètement de la ville. En passant devant l'oratoire de Marie, elle voit un groupe de novateurs occupés à jeter par terre la statue de la divine Mère. Elle prie ces égarés de lui laisser la statue ; ils la lui rendent. Mais comment l'emporter elle-même? Elle supplie un des nouveaux sectaires de lui venir en aide. « Ton idole est trop lourde pour mes épaules, lui répond le blasphémateur, je vais la jeter dans le fossé. » Anna alarmée lui donne tout l'argent qu'elle possédait. L'homme continue à porter son fardeau. Mais lorsque le dernier liard de la veuve est tombé dans sa main, il la plante là, jette la statue dans un buisson et prend la fuite.

Anna ne peut se séparer de son trésor. Elle s'assied auprès de la statue, elle prie, elle attend. Cependant un de ses enfants, en cueillant des fleurs, trouve au pied de la sainte image une pièce de monnaie. A cette vue, la mère creuse le sol et trouve, au même endroit, un vase rempli de pièces d'argent. C'était de la monnaie romaine. Un voiturier vient à passer ; elle lui en donne la moitié pour la conduire avec ses enfants et sa chère statue jusqu'à Sursee, où elle raconte son heureuse aventure. On l'écoute, on s'étonne, on loue, on bénit la Vierge sainte. Au milieu de l'admiration générale, la sainte statue est portée et dressée dans le sanctuaire de Maria Zell.

On conçoit qu'au bruit de cet événement, la dévotion envers la Cella de Marie ne fit que s'accroître d'année en année. En 1628, le Rme abbé d'Einsideln, Augustin Koffmann, se vit obligé de donner à ce sanctuaire un chapelain spécial. Le premier fut Jean Witterwald.

Le monastère d'Einsiedeln a fondé cent cinquante messes à célébrer annuellement dans la chapelle de Maria Zell, telle qu'elle a été reconstruite en 1657, avec ses trois autels et sa

 

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chaire, auxquels est venu se joindre un orgue, qui complète heureusement, avec la grille du choeur, l'ornementation du sanctuaire. Outre les fondations pieuses, de nombreuses messes y sont demandées par les pèlerins, tantôt pour solliciter quelque nouvelle faveur de Marie, tantôt pour la remercier des grâces obtenues par sa maternelle intercession. D'autres témoignages de la bonté de Marie parlent aux yeux dans son beau sanctuaire : ce sont les nombreux ex-voto que la reconnaissance y a suspendus. Parmi les événements que rappellent ces modestes tableaux, il en est un, en particulier, qui mérite d'être rapporté.

Il y a près de trois siècles, une pieuse jeune fille, Catherine de Gaùensee, se rendait en pèlerinage à Maria Zell, chaque samedi de grand matin. Elle voulait, disait-elle dans la naïveté de sa foi, être la première à souhaiter le bonjour à la Reine du ciel. Chaque fois, elle trouvait les portes de la chapelle, bien qu'on les fermât chaque soir, ouvertes devant ses pas. Un jour cependant, par un temps de dégel qui rendait le chemin glissant, difficile, elle voulut s'aider dans sa marche d'un pieu qu'elle arracha à une haie étrangère. Cette fois, les portes du sanctuaire demeurèrent fermées devant elle. Pourquoi? Elle comprit sa faute, et reporta en toute hâte le pieu injustement enlevé. A son arrivée à la chapelle, elle la trouva ouverte comme toujours. Cette jeune servante de Marie mourut à vingt ans. Son corps repose sous les dalles du choeur de l'église de Sursee. Un monument funèbre porte, avec une inscription et les armes de sa famille, la date de 1567. On montre encore la maison qu'elle habitait.

Les RR. PP. Capucins, établis à Sursee en 1606, par les soins du banneret Michel Schnyder de Wartensee, vont souvent, dans la semaine, célébrer la messe à Maria Zell. Ils y vont surtout le 2 juillet, jour de la Visitation de la Sainte-Vierge, et fête titulaire de la sainte chapelle. C'est aussi l'anniversaire de sa consécration, comme nous l'avons dit, en 1658.

Une confrérie y est érigée en l'honneur de la Sainte-Famille, pour obtenir la grâce d'une bonne mort. Cette confrérie est

 

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connue au loin et compte des membres par milliers. Demander à la Sainte-Famille la grâce d'une bonne mort, n'est-ce pas lui demander la grâce d'une vie vraiment chrétienne? — Telle vie, telle mort !

 

4. Notre-Dame de Gormond

 

LE CHAPITRE DE BEROMUNSTER. — LA CHAPELLE DE GORMOND. — VOIX ET LUMIÈRE. — LE CURÉ SCEPTIQUE. — AGRANDISSEMENT DU SANCTUAIRE. — CHAPELAIN ET BÉNÉFICE. — NOUVEL AGRANDISSEMENT ET NOUVEAU LEGS. — DEUX OFFICES CHAQUE SAMEDI. — FÊTE TITULAIRE AVEC INDULGENCE. — PROCESSIONS. — EX-VOTO. — MAITRE-AUTEL ET VITRAIL. — LES AUTELS COLLATÉRAUX. — STATIONS ET FRESQUES. — CHAIRE ET ORGUE.

 

A mi-chemin entre le lac de Sempach et le lac de Halwyl, et à deux lieues de distance entre ces deux lacs, se trouve le beau village de Beromunster, avec ses 1,200 habitants. Son nom lui vient de la collégiale (münster, monasterium), fondée là en 720, par le comte Bero ou Bruno de Lenzbourg. Parmi les trente-quatre prévôts connus qui se sont succédé à la tête de cette antique église, nous remarquons, au XIIIe siècle, Dietrich d'Asuel, et Dietrich de Halwyll.

Le Chapitre de Beromunster, ou simplement de Münster, qui compte encore de nos jours, outre le prévôt, vingt-un chanoines et dix-sept chapelains, avait autrefois sous sa dépendance une vingtaine d'églises ou de chapelles, parmi lesquelles nous remarquons la chapelle de Gormond. Elle apparaît sur une colline verdoyante, à une lieue et demie de Münster, à droite, et à peu de distance de la route qui conduit, par Eschenbach, à Lucerne. La légende populaire raconte ainsi l'origine de ce sanctuaire de la Vierge sainte.

Sur la place où elle s'élève, un sapin gigantesque dressait vers le ciel ses branches puissantes. Dans le voisinage, se trouvait une ferme. Or, vers l'an 1380, le propriétaire de cette ferme entendait souvent retentir dans la verdure de cet arbre, un chant d'une suavité ravissante. Pour mettre fin à ce qu'il

 

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appelait lui-même une hallucination, il fit abattre le géant. Mais il ne put imposer le silence aux voix mélodieuses. Elles se firent entendre plus ravissantes que jamais. Il n'était pas seul, d'ailleurs, à les entendre. Tous les habitants de la contrée les entendaient comme lui, tous voyaient en outre dans les airs, pendant la nuit, une lumière qui en dissipait les ombres.

Dès lors, il n'y eut plus qu'une voix parmi le peuple : « C'est Marie, l'Etoile des mers et l'Astre des nuits, qui demande là un sanctuaire. »

Et ce sanctuaire fut bâti : tout le peuple des environs voulut y contribuer.

La contre-épreuve du prodige des nuits ne tarda pas à se produire. A Sempach se trouvait un curé, qui voulut enrayer l'élan populaire. Il alla jusqu'à défendre au sacristain de Hildesrieden, localité voisine, de montrer le sentier de Gormond aux pèlerins. Bientôt il se sentit atteint de douleurs d'entrailles auxquelles il allait succomber, lorsqu'à son tour il promit à Notre-Dame de Gormond un pèlerinage. Aussitôt ce voeu fait, le mal disparut, et le scepticisme du prêtre fit place au plus grand empressement à multiplier ses visites au sanctuaire de Marie,

En 1509, l'affluence des pèlerins était monté à un chiffre tel, qu'on se vit dans la nécessité de reconstruire et d'agrandir la sainte chapelle. Aussitôt bâtie, elle fut consacrée à Notre-Dame des Sept-Douleurs, par le Dominicain Père Balthasar, évêque suffragant de Constance, qui mit ce lieu saint sous le patronat définitif du Chapitre de Beromunster. En 1523, le Prévôt de ce vénérable Chapitre, Ulrich Martin, de Lucerne, y fonda un bénéfice en faveur du chapelain. Car, depuis 1509, un chapelain était attaché à ce sanctuaire. Ce qui valut à Notre-Dame de Gormond un accroissement de dévotion populaire, au point qu'il fallut, en 1612, agrandir une fois encore la sainte chapelle. Ce fut l'oeuvre du Prévôt de Münster, Louis Bircher, aussi de Lucerne. Bientôt un autre bienfaiteur fit à la chapelle un legs de 5000 florins. C'était Chrétien Hüberlin, qui était entré dans les saints Ordres après avoir été marié, et qui s'était bâti une demeure à l'ombre de la chapelle de Marie.

 

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Le peuple lucernois se rend avec bonheur à ce sanctuaire de Notre-Dame de Gormond. La foule est surtout grande, chaque samedi, depuis la fête des Sept-Douleurs de la Sainte-Vierge jusqu'à la fête de saint Michel. C'est qu'alors, deux offices fondés dans la chapelle, il y en a vingt-trois, sont chantés en l'honneur de Marie, au jour de la semaine qui lui est spécialement consacré par la piété catholique. L'affluence est plus grande encore le deuxième dimanche après Pâques. C'est alors la fête titulaire de la Confrérie des Sept-Douleurs de la très Sainte-Vierge, en même temps que l'anniversaire de la dédicace de la chapelle. Il y a, pour cette circonstance, indulgence plénière en faveur de ceux qui reçoivent les sacrements dans ce beau sanctuaire. Même faveur aux fêtes de la Visitation, de l'Assomption, de la Nativité, de la Présentation et de l'Immaculée-Conception de Marie. A pareils jours. il faut le concours "des Pères Capucins de Sursee, et d'autres prêtres pour les confessions.

Diverses paroisses des environs se rendent les unes après les autres chaque année en procession à Gormond. Ce sont : Beromunster, Neudorf, Hildisrieden, Römerswyl, Rickenbach, Pfeffikon, Eich et Sempach.

Si l'on aime à visiter le sanctuaire de Marie à Gormond, c'est que ce lieu saint, outre les grâces qu'on y reçoit, comme le prouvent d'innombrables ex-voto, est un des plus beaux et des plus vastes du pays. Surmonté, à l'extérieur, d'une tour où se balancent deux cloches qui s'harmonisent, il offre à l'intérieur trois autels en marbre fin tout chargé de dorures. Au maître-autel, au-dessus du tabernacle où est conservé le Saint-Sacrement, apparaît dans une niche bien décorée, la statue miraculeuse de Marie, avec un diadème d'or. Elle a à sa droite saint Blaise, et à sa gauche saint Euloge, les patrons secondaires de la sainte chapelle. Aux deux côtés de l'autel, deux monuments de marbre s'appuient contre le mur et redisent les noms de Chrétien Hüberlin et de Jacques Widmer, les deux principaux bienfaiteurs de ce sanctuaire. Un magnifique vitrail représente dans le choeur les mystères de l'Annonciation et de la Visitation de la Sainte-Vierge. On admire aussi, à l'arc de triomphe du

 

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choeur, un crucifix peint vers 1620, par les soins du Prévôt Bircher, dont nous avons déjà redit le nom.

L'autel du pèlerinage proprement dit est à droite du maître-autel. C'est là qu'on vénère l'antique tableau des douleurs de la Mère au coeur virginal transpercé de sept glaives. Aussi est-ce à cet autel que se célèbrent les messes de chaque samedi.

L'autel en face est aussi dédié à la Vierge des douleurs. La Mère du Sauveur y est représentée avec son adorable Fils sur les genoux, et sa mise au tombeau. Au-dessus de ce tableau, on voit saint Wendelin, avec sa houlette, entouré de ses fidèles brebis.

Diverses statues, de grandeur naturelle, ornent le vaisseau de l'église. C'est ainsi qu'on y voit saint Joseph avec l'Enfant-Jésus, saint Joachim et sainte Anne, saint François Xavier et saint Charles Borromée.

La voûte de l'église est ornée d'une belle fresque rappelant l'Assomption de la Sainte-Vierge.

Et afin que rien ne fasse défaut à ce vénérable sanctuaire, une chaire y parait et un excellent orgue, voix aimées, qui, à la grande joie des pèlerins, ne restent muettes ni l'une ni l'autre.

 

5. Notre-Dame de Hildiskirchen

 

LA FILIALE DE SEMPACH. — LA VIERGE MIRACULEUSE ET LES PROCESSIONS. — LES DEUX JOURS D'INDULGENCE. — LA NOUVELLE PAROISSE. — TABLEAUX ET CORPS SAINTS. — STATIONS.

 

A une lieue à l'est de la ville de Sempach, à jamais célèbre par la victoire des Suisses de 1386 et l'héroïsme de Winkelried, se trouve un beau village avec sa blanche église. C'est Hildiskirchen. Jusqu'en 1802, c'était un annexe, ou une filiale de la paroisse de Sempach. Filiale importante, car à toutes les fêtes principales de la Sainte-Vierge, si l'on excepte la Chandeleur, l'office paroissial se célébrait, non à Sempach dans l'église-mère, mais bien dans l'église de Hildiskirchen.

C'est que, dès le XIVe siècle, suivant un document

 

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authentique, et sans doute déjà longtemps auparavant, Hildiskirchen avait sa chapelle, avec sa Vierge miraculeuse amenant à ses pieds de nombreux pèlerins. Au siècle dernier, ce n'était pas moins de vingt-quatre paroisses qui se rendaient chaque année en procession à ce sanctuaire. De nos jours, quatorze paroisses des environs sont demeurées fidèles à ces religieuses traditions.

Dès 1663, le Chapitre de Lucerne se vit obligé d'envoyer à ce lieu de pèlerinage des Pères Capucins, ou des Pères Jésuites, pour entendre les. confessions des pèlerins qui y accouraient par légions saintes. Ce qui avait lieu surtout en deux circonstances. La première, c'était à la fête titulaire du saint lieu, le jour même de l'Assomption très glorieuse de Marie. La seconde, c'était le dimanche avant la saint Jean-Baptiste, jour qui rappelait la consécration du saint édifice.

Pour la première de ces solennités, Pie VI, par bref du 17 décembre 1785, a accordé aux fidèles qui visitent cette église une indulgence plénière aux conditions ordinaires.

Depuis 1802, Hildiskirchen forme une paroisse indépendante. Dans l'église sont érigées canoniquement, outre une Confrérie locale, approuvée de Rome, les Confréries du Saint-Rosaire et du Saint-Scapulaire.

Le tableau du maître-autel, d'une excellente exécution, représente Notre-Dame des Sept-Douleurs, tenant sur ses genoux maternels le Corps de son adorable Fils descendu de la Croix. Marie occupe, en outre, le tableau d'un autel latéral, qui rappelle le virginal mystère de l'Incarnation. Au second autel latéral, on voit la douce et bienheureuse mort de saint Joseph. Deux corps saints, décorés avec goût, reposent à ces autels. Ce sont les sainte martyrs Félix et Pacifique, dont la fête, fixée au lundi de la Pentecôte, se célèbre avec solennité et un grand empressement de la foule à recevoir les sacrements.

De très anciennes stations, bien faites, sont fixées aux murs de l'église, rajeunie avec goût en 1864. On y voit aussi toute une galerie d'excellents tableaux représentant des scènes de la vie du Seigneur et de la vie de son immaculée Mère.

 

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6. La sainte chapelle de Herrgottswald

 

LA FORÊT DU BON DIEU.-SANCTUAIRE ET AUTELS. —LE CHARTREUX JEAN WAGNER. — AU PIED DU PILATE. — CHAPELLE BATIE. — MORT DU SAINT ERMITE, SA TOMBE ET SES RELIQUES. — INDULGENCE ET CHAPELAIN. — NOTRE-DAME I)E LORETTE ET CONFRÉRIE. — FÊTES DU SANCTUAIRE.

 

Une charmante excursion à faire de Lucerne : diriger ses pas vers Kriens et s'avancer, en tournant à droite, dans un vallon plein de fraîcheur, qui monte insensiblement et qui conduit en une heure à la « Forêt du bon Dieu. » C'est la traduction vulgaire du mot Herrgottswald.

Il y a là une vaste chapelle, nous dirions presque une église, avec trois autels qui ne manquent pas de grâce, et qui ont reçu leur consécration, le 21 décembre 1621, des mains de l'évêque Joseph Antoine, suffragant de Constance.

Le maître-autel est dédié à la Sainte-Trinité et à la Vierge sans tache. A gauche, est l'autel de Saint-Jean l'Evangéliste, et à droite, celui de la Sainte-Croix et de Saint-Jean-Baptiste. Ces autels latéraux sont dédiés secondairement à d'autres saints tels que saint Jacques, saint Roch, saint Maurice, saint Antoine; puis à des saintes comme sainte Elisabeth, sainte Madeleine, sainte Agnès, sainte Barbe et sainte Afra.

Devant ces autels, vers l'entrée de la chapelle de Marie, où l'on vient prier de loin, se trouve un monument qui redit à tous le nom du principal auteur de ce pèlerinage. Il s'e nommait Jean Wagner. Il est mort à Hergottswald en odeur de sainteté. Voici son histoire :

Sur la rive droite de la Thur, à une lieue au nord de Frauenfeld, s'élevait jusqu'en 1848, année de sa suppression, le plus riche des huit monastères établis en Suisse par les fils de saint Bruno. Or, dans la Chartreuse d'Ittingen, que nous rappelons, et qui avait succédé en 1462 à un collège d'Augustins, vivait depuis 1476 un humble frère venu de Riedlingen en Souabe.

 

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C'était frère Jean Wagner. Cédant au désir d'une austérité plus parfaite, il avait sollicité du Saint-Siège l'autorisation de quitter son couvent pour se retirer dans un désert et vivre seul, seul avec Dieu. Le Pape Innocent VIII, par un bref du 16 mai 1489, accorda la permission demandée. Frère Wagner obtint de même l'assentiment de son supérieur, le Père Henri Ganser, de Winterthour, alors Prieur de la Chartreuse d'Ittigen, et du Général de l'Ordre, Antoine de Curno.

Le fils de l'obéissance dit ainsi adieu à son monastère et se mit en quête d'une solitude. Après l'avoir cherchée en vain dans les montagnes de Schwytz, il arriva au pied du Pilate dans un lieu solitaire, déjà sanctifié par les austérités d'autres ermites de l'un et de l'autre sexe. On a conservé les noms du Frère Walther, du Frère Wernli , des Soeurs Marguerite, Mathilde, Hedwige et Berthe, qui s'étaient sanctifiées dans ce désert. En y arrivant, Frère Jean s'écria avec le prophète : « C'est ici le lieu de mon repos, c'est la demeure que je me suis choisie à jamais. » Et il y planta sa tente.

Il y vécut dans l'exercice continuel de la prière et de la mortification. Depuis douze ans il édifiait ainsi le peuple chrétien, lorsqu'en 1503, l'avoyer Jacques de Wyl et sa digne épouse Jeanne, lui bâtirent, avec une cellule, une chapelle, qui fut consacrée l'année suivante. Une indulgence de cent jours fut accordée par le nonce apostolique, Raymond, à tous ceux qui contribueraient à pourvoir des ornements nécessaires le nouveau sanctuaire de Marie. Même indulgence renouvelée en 1512, par le cardinal Matthieu Schinner, qui avait succédé à Raymond, en qualité de légat du Pape. Jules II, à son tour, par un bref du 21 mars 1512, autorisa le saint ermite à choisir lui-même son confesseur en toute liberté.

Du vivant du Frère Jean, la chapelle de Marie à Herrgottswald commença d'être de plus en plus fréquentée. Des bienfaits signalés, qu'on y reçut par l'intercession de la divine Mère, ne firent qu'augmenter le nombre des pieux pèlerins. Et ce nombre alla en croissant, après la bienheureuse mort du saint ermite, arrivée en 1516, le 19 mai. Son corps n'avait plus que

 

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les os et la peau qui les recouvrait. Il fut déposé à l'entrée de la chapelle, à droite, dans la tombe que le serviteur de Dieu et de Marie s'était préparée de ses propres mains. Ses restes mortels exhalaient un parfum de roses. Et plus d'une fois on aperçut une lumière s'élevant de sa tombe et l'illuminant de sa clarté céleste. Ce même parfum fut remarqué en 1613, lorsque les ossements du saint ermite furent un instant déplacés pour être déposés dans un tombeau refait à neuf.

Huit ans après, ils furent recueillis avec respect dans un cercueil d'étain, lequel fut placé dans un tombeau d'une seule pierre, taillée aux frais du noble chevalier Jean-Louis Pfyffer, d'Altishofen. Sur le couvercle du monument, le ciseau d'un artiste a gravé l'image du pieux ermite vêtu de son habit de Chartreux. Il ne manque dans le sarcophage que la mâchoire du bienheureux, laquelle fut envoyée à la Chartreuse d'Ittingen.

Le parfum de ses vertus valut à la chapelle de Herrgottswald un nombre toujours plus grand de visiteurs. On y venait prier tout à la fois Marie et son illustre serviteur.

Le Pape Urbain VIII, en 1624, accorda une indulgence plénière à ce sanctuaire vénéré. On put même, dès l'année 1647, avec l'autorisation de l'évêque de Constance, y conserver le Saint Sacrement. Une chapellenie venait d'y être fondée et Wendelin Lang en fut le premier chapelain. Il obtint en 1649, de Soleure, un orgue pour sa chère chapelle reconstruite, agrandie et enrichie de trois autels en 1620 par les soins de Louis Pfyffer, que nous avons mentionné tout à l'heure.

La même année 1649 vit construire près de ce sanctuaire une seconde chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Lorette. L'érection de cette chapelle, dont le plafond est orné de 250 figures allégoriques, fut l'occasion de l'établissement d'une confrérie en l'honneur de la sainte Famille de Lorette. Cette association pieuse fut approuvée et enrichie d'indulgences par les Souverains Pontifes Innocent X et Alexandre VII.

Les principales fêtes de Notre-Dame de Herrgottswald sont le troisième dimanche après la Pentecôte, le 15 et le 16 août et le dimanche dans l'octave de la Nativité de Marie. Il y a

 

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alors office solennel, et même procession avec le très Saint Sacrement. Ce qui explique et justifie une fois de plus le religieux empressement de la foule à y accourir de toutes parts.

 

7. Notre-Dame d'Eigenthal

 

PROMESSE ET PÈLERINAGE APRÈS LA MORT. — LA PESTE ET SAINT WENDELIN. — CHAPELLE BATIE ET CONSACRÉE. — INDULGENCE - CONFRÉRIE DU BON PASTEUR. — FÊTE ET CONCOURS.

 

Un jour, raconte le Père Gumpenberg, dans son Atlas de Marie, deux personnes du district de Willisau s'étaient promis l'une à l'autre de faire ensemble le pèlerinage d'Eigenthal. Elles n'attendaient que l'occasion favorable pour réaliser leur promesse.

Dans l'intervalle, l'une d'elle vint à mourir. L'autre n'oublia pas son voeu. Un jour, elle se met en route pour Eichenthal ou Eigenthal. Sur son chemin, elle fait rencontre d'une inconnue, qui s'offre à l'accompagner. Toute deux accomplissent pieusement le pèlerinage. Elles s'en reviennent ensemble comme elles sont allées. Quand elles approchent de la maison de la première, l'inconnue lui dit : « Voilà que je viens de faire enfin le pèlerinage que je ne pouvais faire sans toi. » A ces mots, elle disparaît dans un nuage de lumière. Sa compagne comprit. La promesse mutuelle qu'on s'était faite était réalisée.

L'auteur de ce récit ne fixe pas la date de l'événement. D'un autre côté, un tableau suspendu dans la chapelle d'Eigenthal, assise au flanc nord du Pilate, nous dit l'époque et la circonstance de son érection.

En 1517, une grande peste ravageait la contrée. Les pâtres du Pilate se réunissent pour délibérer sur les mesures à prendre en vue de conjurer le fléau. « Avant tout, dit l'un d'eux, il faut recourir au Seigneur par la prière. Demandons-lui pardon de nos fautes avec un sincère repentir, et la juste colère de Dieu s'apaisera. » Tandis que l'assemblée applaudissait à ces sages paroles, un étranger se présente. « Bâtissez, dit-il, une chapelle

 

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en l'honneur de la Reine des cieux, et qu'on y célèbre chaque année trois messes : la première en l'honneur de la Mère de Dieu, la seconde en l'honneur de saint Wendelin, la troisième pour les âmes du Purgatoire. » Après avoir dit ces mots, l'étranger disparaît, et tous s'écrient : « C'est saint Wendelin, c'est le saint lui-même, qui vient de nous parler. »

La chapelle fut bâtie, et la peste disparut. Le nouveau sanctuaire reçut sa consécration le 2 juillet, fête de la Visitation de la très Sainte Vierge. L'année suivante, le Pape Grégoire XIII accorda une indulgence à la chapelle d'Eichenthal.

Et depuis cette époque, le pèlerinage en ce lieu saint n'a fait qu'augmenter d'année en année. Une Confrérie y a été établie. C'est celle du Bon-Pasteur. Elle a été approuvée et enrichie d'indulgences en 1718 par le Pape Clément XI. Cette Confrérie a sa fête titulaire le dimanche après la Visitation. Il y a alors grand concours de fidèles pour la réception des sacrements, de même que le jour de la Nativité de la très Sainte Vierge. Les Pères Capucins de Lucerne s'y rendent pour ces deux circonstances. Et leur zèle peut à peine suffire pour satisfaire la piété des nombreux pèlerins.

 

8. Notre-Dame du Wesemlin

église des RR. PP. Capucins, près de Lucerne.

 

COMMENT S'ÉCRIT L'HISTOIRE. — LE SURNATUREL EN EST L'AME. — VICTOIRE DE CAPPEL ET SA CAUSE HISTORIQUE. — L'ORATOIRE DE MARIE SUR LE WESEMLIN. — APPARITIONS DE LA SAINTE-VIERGE (1531). CONSÉQUENCES DE CE FAIT. — NOUVEAU SANCTUAIRE. — SON AGRANDISSEMENT. — LES RR. PP. CAPUCINS. — « EX-VOTO » MODERNES. — LES JÉSUITES ET LES FRANCISCAINS. — LA COLLÉGIALE DE SAINT LÉGER. — LES FRANCISCAINES ET LES HOSPITALIÈRES. — LES URSULINES ET MARIAHILF.

 

Le surnaturel est l'âme de l'histoire. Il en est la clef et le dernier mot. Tout historien qui méconnaît le surnaturel est un faussaire. Il l'est doublement et par son silence et par son affirmation. Il tait sciemment des faits authentiques, certains,

 

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en un mot historiques, des faits qui sont le ressort des événements et qui seuls les expliquent. Il enlève aux faits leur valeur et leur vrai caractère. De la sorte, il les tronque et les dénature. Est-ce encore de l'histoire ? Ensuite, il donne aux faits purement naturels qu'il lui plaît de rapporter, des causes et des effets qui ne sont ni les vraies causes ni les vrais effets. L'occasionnel prend la place de ce qui est seul efficient; l'accessoire, quand ce n'est pas le fictif et l'imaginaire, devient le principal, si bien que le lecteur est deux fois trompé. Il est trompé par les faits, que la prétendue histoire lui laisse volontairement ignorer. Il est trompé, parce qu'on lui montre comme la cause première des événements ce qui n'en est qu'une cause secondaire ou simplement l'occasion qui les fait éclore.

Et c'est ainsi que s'écrit l'histoire! Comme si l'on pouvait séparer l'inséparable, et l'âme du corps. Non, il n'y a point d'histoire civile, vraie, réelle, complète, sans l'histoire de l'Eglise, qui en est l'âme et la vie. En un mot, sans le surnaturel, l'histoire n'est, selon le mot d'un vrai sage, qu'une conspiration contre la vérité.

On nous pardonnera ces réflexions. Elles naissent d'elles-mêmes lorsqu'on porte le regard de la pensée sur les faits que nous allons rapporter.

On sait la bataille de Cappel. On en dit les causes occasionnelles. En dit on la cause essentielle ? Oui et non. On ne méconnaît pas la conviction profonde, la foi, la fermeté des Lucernois en face de l'hérésie et 'de ses ténèbres, de ses menaces et de ses fureurs. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est l'événement considérable, qui vint en 1531, rendre plus vive, plus inébranlable, plus ferme, cette fois, cette conviction religieuse dans la catholique ville de Lucerne.

Cet événement qui nous explique la victoire de Cappel, le voici en résumé, tel qu'il nous est raconté par les Annales très authentiques des Pères Capucins de la province helvétique, au tome fer, de la page 20 à la page 104.

Sur la hauteur qui domine le lac et la ville de Lucerne du côté nord-est, à la place même où s'élève de nos jours l'église des RR. PP. Capucins, se trouvait une statue de la

 

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Sainte-Vierge, dans un humble oratoire qui menaçait ruine. C'était au temps où des prêtres impies et apostats, vicieux, ignorants et hableurs, qui avaient nom Zwingli, Haller, Oecolampade, etc., bouleversaient la Suisse par leurs erreurs, leurs mensonges et leurs blasphèmes. Déjà ces blasphèmes contre le Dieu des tabernacles et sa divine Mère avaient trouvé de l'écho jusqu'à Lucerne. Le mensonge y avait fait des dupes, et l'erreur plus d'une victime.

On était au mois de mai 1531.

Le soir de la Pentecôte, un spectacle étrange, consolant, vint frapper tous les regards.

Au-dessus de l'oratoire de Marie, que nous venons de mentionner, et qui existait là depuis un siècle et au delà, on vit apparaître, entre 9 et 10 heures du soir, une lumière d'un éclat extraordinaire et d'une ravissante douceur. Et du sein de cette lumière, on vit se dégager une figure. C'était Marie avec le divin Enfant sur le bras, Marie et l'Enfant rayonnant d'une gloire incomparable. « Marie, dit la chronique, avait derrière Elle le soleil, et sous ses pieds la lune. Deux anges de côté et d'autre de la divine Vierge, soutenaient sur sa tête une couronne d'or. Et les pieds de la Vierge Immaculée, ajoutent les Annales: avaient l'éclat de l'or. »

Le premier témoin de cette apparition merveilleuse, qui dura près d'un quart d'heure, fut le greffier même de la ville de Lucerne, le noble Maurice de Mettenwyl, qui l'a affirmé, ainsi que beaucoup d'autres, sous la foi du serment.

Le lendemain, lundi de la Pentecôte, à la même heure, par un temps magnifique, même apparition. La foule., ce soir là, était innombrable. Pendant plus de dix minutes, Marie apparut comme la veille aux regards de tous. Et lorsqu'elle eut pris son essor vers le ciel, une immense acclamation, mêlée de larmes de joie retentit sur le Wesemlin et fut répétée par les échos des alentours. « Vive Marie et vive la foi catholique! Que Marie et la foi catholique vivent à jamais dans nos coeurs et dans les coeurs de nos enfants ! » Ainsi disaient mille voix ne faisant qu'une voix, mille cœurs ne faisant qu'un coeur, pour acclamer Marie, la gardienne divine de la foi et de la

 

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vérité catholique. Les historiens protestants ont feint d'ignorer ce fait surnaturel. Hallucination, supercherie, auront-ils dit, et ils l'ont passé sous silence. Ce procédé trop peu loyal n'est pas celui de l'histoire vraie, complète et impartiale. On comprend en effet de quel poids un événement de ce genre, qui a frappé les yeux de tout un peuple, a dû être dans la fermeté inébranlable des magistrats de Lucerne à repousser les prédicants que Zurich ou plutôt Zwingli voulait leur imposer.

On comprend aussi qu'un tel événement n'ait pas été étranger aux délibérations de Brunnen ni à la confiance avec laquelle Lucerne et les quatre cantons catholiques jetaient le gant à Zurich et couraient aux armes. Cinq mois ne s'étaient pas écoulés depuis les apparitions de Marie à son peuple fidèle, que la victoire de Cappel y répondait comme l'effet à la cause, et avec la victoire, la paix, la liberté et la conservation de la foi catholique sur les bords du lac des Waldstäten.

Bientôt nous verrons de même à qui revient l'honneur de la victoire du Gubel, remportée par une poignée de braves sur l'armée de l'hérésie zwinglienne.

Après les apparitions de la très sainte Vierge sur le plateau fleuri du Wesemlin, le noble greffier Maurice de Mettenwyl se hâta d'en consacrer le souvenir par l'érection d'un nouveau sanctuaire, à l'endroit même où Marie était apparue le saint jour de la Pentecôte. Il voulut que l'autel en fût dressé sur la couche rocheuse qui avait servi d'assise à l'oratoire primitif, dont l'origine se perdait dans la nuit des temps. Et de nos jours encore le maître-autel de l'église du couvent se dresse sur la même place.

La chapelle de Marie, au Wesemlin, fut consacrée en 1556 par l'évêque de Constance. Des grâces extraordinaires, de nombreux miracles ne tardèrent pas à récompenser la foi des fidèles enfants de Marie, venant en foule l'implorer dans son nouveau sanctuaire. Bientôt la chapelle devint trop étroite pour l'affluence des pèlerins. Caspar Pfyffer la fit rebâtir, en l'agrandissant considérablement en 1584. Au maître-autel, il ajouta deux autels collatéraux. Il y ajouta, sur son terrain. une chapelle des morts, et un monastère qui fut achevé en 1588,

 

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La nouvelle église et la chapelle furent consacrées ,solennellement par le cardinal Octave Paravicini, qui était alors légat du Pape à Lucerne. Il dédia l'église à la glorieuse Reine du Ciel, à saint François d'Assise et à saint Gall. La chapelle fut dédiée aux saints martyrs de la légion thébéenne Urs et Victor. L'année suivante, 1589, les Pères Capucins, par suite d'une donation que confirma le Pape Clément. VIII en 1594, prirent possession du nouveau monastère. Et depuis trois siècles, ils ne cessent de répandre au loin l'édification de leur parole, sainte comme leur vie.

Les bienfaits de la divine Mère, dans, la belle église du Wesemlin, continuent à répondre à la confiance de la prière. C'est ce que nous apprennent les nouveaux ex-voto qui viennent se joindre chaque année à ceux qui décorent abondamment le sanctuaire.

Les Pères ne passent pas un jour sans aller chaque soir se prosterner humblement aux pieds de Marie, avec la vénération due à sa statue miraculeuse.

Ces fervents religieux n'étaient pas les seuls à vénérer la sainte image, avant l'oppression de la liberté religieuse dans les cantons catholiques à la suite de la guerre du Sonderbund (1847). Les Pères Jésuites, qui avaient à Lucerne un collège florissant à côté de leur vaste et magnifique église de Saint-François Xavier, aimaient à aller souvent, mais surtout à la belle solennité de la Portioncule, apporter le tribut de leur pieux hommage à Notre-Dame du Wesemlin. Avant eux, les Pères Franciscains de Sainte-Marie in der Au (dans la prairie), supprimé en 1838, après cinq siècles d'existence, en faisaient autant.

 

On y voyait aussi venir, comme encore de nos jours, les doctes chanoines de la collégiale quatre fois séculaire de Saint Léger (Leodgar), qui ont succédé en 1455 aux Bénédictins et à leur prévôté dite im Hof, fondée à la fin du VIIe siècle par le duc Wikard de Souabe. Pour l'honneur de la ville et de la religion cet illustre Chapitre continue, avec son prévôt mitré, ses chanoines et ses dix chapelains, à chanter chaque

 

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jour les louanges du Seigneur dans sa vaste collégiale (1).

A ces vaillants serviteurs de Dieu et de Marie, il convient d'ajouter, à la gloire de la ville catholique de Lucerne, les nobles servantes de la Vierge Immaculée et de son divin Fils. Ce sont les humbles filles de Saint-François dans leur charmant petit monastère de Sainte-Anne, établi au Bruck en 1498.

Ce sont encore les filles de Sainte-Marthe, les Soeurs hospitalières, qui prodiguent les soins de leur pieuse charité aux malades de l'hôpital de Lucerne.

Et jusqu'à la guerre liberticide de 1847, c'étaient les Filles de Sainte-Ursule, établies au Musegg dès l'année 1659, supprimées par la Révolution de 1789, rétablies dans leur maison de Mariahilf en 1844 et supprimées de nouveau par le gouvernement libéral de Lucerne en 1848. Depuis lors, leur couvent sert de maison d'école pour les filles de la ville et leur modeste église pour la catéchisation de la jeunesse.

 

9. Notre-Dame de la Forêt sur le Wesemlin

 

EXPIATION ET ORATOIRE DE MARIE. — PÈLERINAGE ET GRACES OBTENUES. — CONFRÉRIE DES APPRENTIS. — LAMPE, MESSE ET CALICE.

 

Nous avons raconté les deux merveilleuses apparitions de la Sainte-Vierge sur le Wesemlin en 1531. Nous aurions dû ajouter qu'elles n'eurent pas lieu exactement au même endroit. Le lundi de la Pentecôte, l'apparition se fit voir à quelque distance de l'antique oratoire que nous avons rappelé. Il y avait alors, là aussi, un petit oratoire. Il renfermait une statue, expiatrice d'un meurtre, qui avait été commis en ce lieu. Une inscription en vers, sur la porte de cette chapelle dédiée à la Sainte-Vierge, redit les circonstances de l'érection de ce sanctuaire « à la suite de l'apparition de Marie en ce lieu en 1531. »

 

1 Deux illustres évêques sont sortis du vénérable Chapitre de Saint-Léodegar. Ce sont Jost Knab, évêque de Lausanne de 1652 à 1658, et Joseph-Antoine Salzmann, évêque de Bâle de 1828 à 1854.

 

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On ignore les noms des bienfaiteurs auxquels ce sanctuaire doit son existence. Mais les béquilles, les jambes de cire, les bras, les coeurs, etc. suspendus aux murs de cette chapelle en guise d'ex-voto, disent assez qu'on n'y a pas invoqué en vain Celle qui est le Refuge de toutes les misères et le Salut de toutes les infirmités.

Les dimanches et les fêtes, dans l'après-midi, on voit de nombreux visiteurs porter leurs prières dans cette chapelle, qui est entretenue avec goût par le propriétaire. C'est là aussi que la Confrérie des apprentis aime à se réunir plusieurs fois dans l'année.

Les samedis et les dimanches, une lampe brûle nuit et jour dans ce sanctuaire de Marie. Chaque samedi, une messe s'y célèbre. On y trouve un beau calice donné à la chapelle, en 1659, par Mme Anna Pfytler.

Ce pieux sanctuaire, comme on le voit, est en quelque sorte un complément de la belle église des RR. PP. Capucins sur le Wesemlin.

 

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Le canton si profondément catholique de Lucerne ne compte pas seulement les sanctuaires à Marie que nous venons d'esquisser. Il en est d'autres encore, en bon nombre, qui mériteraient une étude non moins approfondie. Nous sommes heureux toutefois de les mentionner avec les renseignements succincts que nous devons à l'aimable obligeance de M. le doyen Meyer, curé d'Altishofen, et chanoine de la cathédrale de Bâle.

Les sanctuaires de Marie qu'il veut bien nous signaler dans le canton de Lucerne, outre ceux que nous venons de rappeler, sont les suivants :

 

10. L'Immaculée Vierge Marie à Dottenberg, paroisse d'Adligenswyl

 

En 1860, une chapelle du plus beau gothique a été construite dans cette localité par l'architecte Keller, sur l'emplacement d'un ancien oratoire de Marie, devenu trop étroit pour les

 

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nombreux pèlerins qui s'y rendaient de toutes parts. Bénite en 1861, par le commissaire épiscopal de Lucerne, M. Winkler, cette magnifique chapelle a été consacrée solennellement, en 1889, en présence du prévôt Mgr Tanner, qui a fait le sermon .de circonstance, par S. G. Mgr Léonard Haas, lequel l'a dédiée à l'Immaculée Vierge Marie, aux saints martyrs Côme et Damien et à saint Jodocus.

Mgr Haas, le digne successeur de Mgr Fiala sur le siège des évèques de Bâle, a redit avec l'éloquence qui le distingue, dans la cérémonie de l'après-midi, la dignité de ce nouveau sanctuaire érigé à Marie, et les bienfaits que les pèlerins avaient à attendre de sa toute-puissante intercession auprès de son Fils adorable.

Rendons cette justice à la pieuse famille Fluder, aujourd'hui famille Meyer. C'est elle qui a fait les frais de ce beau sanctuaire à Marie. La chapelle, avec ses trois autels et ses trois tableaux de Deschwanden (descente de croix, au maître-autel; sainte Agathe et saint Jost, aux autels latéraux) demeurent sa gloire et sa propriété.

 

11. Notre-Dame de l'Aurore à Rort, dans la paroisse d'Oberdorf

 

Quelle appellation à la fois poétique et biblique! Marie est bien notre virginale aurore, que chante l'Eglise : Sicut aurora consurgens. Aurore merveilleuse, qui promet au monde et nous a donné le Soleil de justice.

Le sanctuaire de Maria Morgenroth est un but de pèlerinage assez fréquenté. Il le sera davantage, dès qu'on aura donné suite au projet de l'agrandir, ce qui ne doit pas tarder.

A Rort se trouve une autre chapelle à Marie. Elle est sous le vocable de

 

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12. Notre-Dame des Sept-Douleurs dite aussi « la Croix de Michel »

 

Cette dénomination lui vient d'une croix monumentale, dressée à une époque,très ancienne, par un nommé Michel Lasser, à l'endroit même où s'élève de nos jours le sanctuaire de Marie.

 

13. Chapelles de Marie, à Horw

 

Dans cette grande paroisse, dont l'ancienne église, dédiée à la Sainte-Vierge dès le XIIIe siècle, était l'objet d'un pieux pèlerinage, s'élèvent" deux chapelles, l'une en l'honneur de Notre-Dame des Sept-Douleurs et de saint Antoine de Padoue, l'autre en l'honneur de la Sainte-Vierge, des trois Rois, de saint Sébastien et de saint Nicolas. Cette dernière a été consacrée le 6 janvier 1654 par l'évêque de Lausanne, le docteur en théologie Jost Knab, de Lucerne.

La cloche de ce sanctuaire porte le millésime de 1664, avec cette belle légende : Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum.

 

14 et 15. Le Saint-Nom de Marie

 

Le Saint-Nom de Marie est le vocable d'une vaste chapelle, devenue en 1875 église paroissiale, à Ebikon. C'est ainsi que, dans le Jura, les églises de Saignelégier et de Courgenay ont pour fête patronale l'Assomption de Marie, et celle de Miécourt sa Nativité.

A Grolisch, dans la paroisse d'Einen, se trouve de même un frais sanctuaire, qui a pour fête titulaire le Saint-Nom de Marie. On invoque aussi, dans cette dernière chapelle, saint Wendelin, en l'honneur duquel se célèbrent de nombreuses messes pendant l'année.

 

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16. L'Assomption de Marie

 

L'Assomption de Marie est la fête de la dédicace de la chapelle - d'Urswil, dans la paroisse de Hochdorf. Ce santuaire est con-sacré à Marie, à saint Joseph et en même temps aux saints Innocents (fête principale), à sainte Odile et aux quatorze Auxiliaires ou Nothhelfer.

Nottwil a aussi son sanctuaire de l'Assomption de Marie, ainsi que Wynikon.

 

17. Notre-Dame de Bon-Conseil

 

Notre-Dame de Bon-Conseil est invoquée à Ruswil, dans un pieux oratoire (Helgen Stoeckli), où l'on va de loin vénérer une image de Marie, apportée de Zurich à l'établissement du Zwinglianisme; les fanatiques partisans de l'hérésie ont crevé les yeux à cette sainte image.

 

18. Marie aux Neiges

 

Marie aux Neiges, ou Notre-Dame des Neiges, a son sanctuaire à Ibenmoos, dans la paroisse de Kleinwangen, dont l'église est sous le vocable de l'Assomption de Marie, ainsi que celle de Hildisrieden.

 

19. La Présentation de Marie

 

La Présentation de Marie est le vocable d'une jolie chapelle érigée à Herrlisberg, dans la paroisse de Hirzkirch.

 

20. L'Oratoire de Marie

 

L'Oratoire de Marie est le nom que porte une charmante chapelle, bâtie en 1888 à Vitznau, et bénite par le révérend curé Meyer. Le nom allemand de ce nouveau sanctuaire, Helgenstoeckli,

 

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évoque le souvenir d'une image de Marie honorée en ce lieu dès les temps les plus anciens.

Von der Meggen a aussi sa chapelle de Notre-Dame. On l'appelle Maria auf der Platten.

 

21. Notre-Dame de Bon-Secours

 

Notre-Dame de Bon-Secours ou Maria Hilf a plus d'un beau sanctuaire dans le canton de Lucerne. —Mentionnons, entre autres, l'ancienne chapelle des Filles de Sainte-Ursule, dans la ville de Lucerne, et Maria Hilf dans la paroisse d'Altishofen, lieu de prière très fréquenté, surtout pour les pèlerins qui se rendent à Kreuz-Hubel.

 

22. Kreuz-Hubel

 

Kreuz-Hubel est une belle chapelle, d'architecture romane, construite en 1883 en l'honneur de la Sainte-Vierge dans la paroisse de Dagmersellen.

Bénite, le 1er mai 1885, par le Père Gardien Irénée Amberg, cette chapelle, ornée d'un Chemin de Croix à tableaux peints, montre à son autel une ravissante statue de Marie avec l'Enfant Jésus. Bien que la Messe ne soit pas célébrée encore dans ce nouveau sanctuaire, on y voit affluer, presque tous les jours de l'année, de nombreux pèlerins des cantons de Lucerne, d'Argovie et de Soleure. De son côté, la paroisse de Dagmersellen s'y rend chaque année, au 1er mai, en procession solennelle au chant de pieux cantiques. De nombreux ex-voto, suspendus dans la chapelle, rendent témoignage, nous écrit M. le curé Renggli, de l'efficacité des prières faites avec confiance en ce frais sanctuaire.

Un autre confrère du canton de Lucerne, M. Jacques Vogel, curé à Saint-Urbain , nous communique sur l'église (style romain), bénite en 1715 par l'Abbé du monastère Cistercien, P. Malachie, les renseignements suivants, qui serviront de clôture à cette notice des sanctuaires de Marie dans le canton de Lucerne.

 

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23. Notre-Dame de Saint-Urbain

 

Cette belle et vaste église est dédiée à Notre-Dame de l'Assomption. On y voyait, avant la suppression violente de l'ab-baye par le radicalisme lucernois en 1848, de pieux ex-voto en grand nombre. De nombreux pèlerins y arrivaient de toutes parts. Ils aimaient à prier devant le riche tableau représentant, au maître-autel, le couronnement de la très Sainte-Vierge. Notre-Dame du Rosaire, Notre-Dame du Saint-Scapulaire, avaient là leurs confréries, conservées avec soin, ainsi que celle de Sainte-Anne, jusqu'à nos jours.

Onze autels se dressent dans ce lieu saint, qui a retenti si longtemps des chants pieux des dignes fils de saint Bernard. On sait, en effet, que l'abbaye cistercienne de Saint-Urbain, fondée en 1148, était une des 70 filiales de l'illustre monastère de Lucelle, qui devait son existence à saint Bernard lui-même. C'est assez dire qu'à Saint-Urbain, comme à Clairvaux et à Lucelle, la dévotion à Marie était en grand honneur. Comment l'exemple touchant des religieux de Cîteaux n'aurait-il pas contribué puissamment à développer et à confirmer, dans le peuple qui en était témoin, la confiance la plus illimitée et la plus douce envers la Mère de Dieu? De là les pèlerinages à Notre-Dame de Saint-Urbain. De là aussi les ex-voto, monuments populaires des grâces obtenues et des prières exaucées.

 

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Au moment où nous allions passer du canton de Lucerne dans celui de Soleure, nous recevons de M. Jos. Haas, rév. curé à Richenthal, les intéressants détails qui suivent sur la

 

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24. Chapelle de Notre-Dame de la Visitation à Langnau

 

SITE ET AGRANDISSEMENTS. — ORIGINE ET CONSÉCRATIONS SUCCESSIVES. — PÈLERINAGE. — MESSES DU MARDI ET DU SAMEDI. — DÉVOTIONS DIVERSES. — FONDATIONS PIEUSES. — OFFICES SOLENNELS. — COMMUNIONS NOMBREUSES. — LES CINQ FÊTES PRINCIPALES. — PROCESSIONS ANNUELLES. — HAGELMESSEN.

 

A mi-chemin entre les paroisses de Richenthal et de Reiden, S'étend, dans la plaine, un riche et beau village, dont les mai-sons sont voilées en partie sous l'ombrage d'une forêt d'arbres fruitiers, cultivés avec des soins intelligents qui en assurent le succès. Ce village est Langnau. Il compte, d'après le dernier recensement fédéral, 812 catholiques sur 878 habitants.

Là s'élève, à la gloire de Marie, une vaste chapelle, à laquelle conviendrait mieux le nom d'église. Elle peut, en effet, contenir dans ses bancs plus de 400 fidèles. Il est vrai que ce pieux sanctuaire n'a pas toujours eu les mêmes dimensions. Agrandi en 1832, et sans doute déjà une première et même une seconde fois, comme nous le verrons, en 1642 et en 1669, le sanctuaire de Marie à Langnau remonte à la fin du XVI° siècle. C'est ce que prouve le liber vitae de cette chapelle, dressé par Louis Gysat, greffier à Willisau, et archiviste distingué.

Ce qui est certain, c'est que le dimanche 4 juillet 1599, fête de saint Ulrich, le suffragant du cardinal Andreas, prince-évêque de Constance, dédiait solennellement cette première chapelle, avec son autel unique, à la Visitation de la Sainte-Vierge, ainsi qu'à saint Jean l'Evangéliste, à l'archange saint Michel et à saint Georges, martyr.

La chapelle de la Visitation n'avait alors qu'un autel. Elle en avait trois en 1642, lorsque, à la fête de sainte Madeleine, le suffragant de Constance, Mgr Jean-François de Strassberg, vint à Langnau bénir et consacrer les deux autels latéraux. Celui de droite (côté de l'Evangile) fut dédié à la Nativité de Marie et à tous les Saints. L'autel de gauche (Epître) fut consacré à

 

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l'Assomption de Notre-Dame, ainsi qu'à sainte Anne, à saint Jean et à sainte Marie-Madeleine.

Le 22 mai 1669, nouveaux autels et nouvelle consécration. Le suffragant de Constance était alors Mgr Georges Sigismond, évêque d'Héliopolis. La chapelle (église filiale) « de la Visitation de la Sainte-Vierge », après avoir reçu un nouvel agrandissement par les soins du curé de Richenthal, Nicolas Mantel, vit ses trois autels consacrés à nouveau par  le suffragant de Constance, qui y déposa les reliques suivantes : au maître-autel, dédié comme en 1599, des reliques de saint Pisistrate, martyr, de saint Placide et d'autres saints; à l'autel de la Nativité, des reliques de saint Claude, de saint Pisistrate et d'autres saints; à l'autel dé l'Assomption, des reliques de sainte Cunégonde et des compagnons de saint Maurice. Comme on le voit, les trois autels conservèrent leur dédicace, telle qu'elle avait été faite en 1642.

De nos jours, par suite de restaurations et de remaniements qui ont eu lieu en 1832, le maître-autel a pour tableau l'Assomption de Marie ; l'autel latéral du côté de l'épître, l'Annonciation ; et le collatéral, Notre-Dame des Sept-Douleurs. La chapelle possède, en outre, une statue de la Sainte Vierge, une croix de procession et trois bannières, dont l'une représente le patronage de Marie, la seconde la Croix, la troisième sainte Anne avec Marie enfant.

Dès son origine, la chapelle de Marie à Langnau a été visitée par de nombreux pèlerins. Des grâces innombrables ont été obtenues en ce sanctuaire, comme le prouvent les nombreux ex-voto qui vont, après avoir été aussi restaurés, orner de nouveau les murailles vénérables de la sainte chapelle. De plus, un orgue y sera prochainement installé.

En attendant, les pèlerins continuent à y porter, aux pieds de Marie, la confiance de leurs prières. Ils le font avec d'autant plus d'empressement que, par un privilège exceptionnel du Saint-Siège, le Saint-Sacrement y est conservé, et qu'en tout temps les fidèles peuvent y recevoir la sainte Communion.

Cette chapelle, en effet, est desservie avec zèle, à tour de

 

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rôle de mois en mois, par les curés voisins de Richenthal et de Reiden. Ce qui a lieu particulièrement chaque mardi et chaque samedi de l'année. Le samedi, après la messe dito ou chantée à la chapelle, le célébrant a soin de renouveler l'eau bénite. Le soir du même jour, ainsi que chaque dimanche à midi et le soir, le chapelet se récite dans ce sanctuaire avec les litanies de la Sainte-Vierge et le Salve Regina. En outre, conformément à une fondation pieuse faite il y a cinquante ans, chaque soir à 8 heures, la cloche de la chapelle retentit et invite les fidèles à prier pour les défunts.

Notre-Dame de Langnau, où l'on voit accourir, en temps d'épidémie, de chacune des paroisses avoisinantes, neuf enfants pour y réciter le saint Rosaire, a reçu depuis son origine do nombreuses fondations. Elles atteignent de nos jours le nombre de 380 et au-delà. La plus ancienne, qui continue à se dire chaque année, remonte à l'origine même du sanctuaire. Elle se célèbre pour tous les fondateurs et bienfaiteurs vivants et défunts de la chapelle de la Visitation, le premier mardi (autrefois le lundi) après la Dédicace du sanctuaire de Marie. Cette fête de la Dédicace avait lieu autrefois, dès 1669, le premier dimanche après la Visitation. De nos jours, elle se célèbre le premier dimanche du mois d'août.

Parmi les messes fondées à la chapelle de Langnau, se trouvent trente-quatre offices chantés avec Libera. Ce qui a toujours lieu le samedi. Quant aux messes basses, les curés de Richenthal et de Reiden les célèbrent par moitié, sauf trente-quatre qui sont pour le chapelain de Reiden. Inutile d'ajouter qu'outre ces messes fondées, un grand nombre de messes sont demandées chaque année par les pieux pèlerins, à diverses intentions.

Chaque année aussi, cinq offices solennels sont chantés dans ce beau sanctuaire. Déjà le 11 septembre 1640, le Chapitre de Willisau, réuni à Ettiswyl, prenait la décision suivante: « Après chaque fête de la très sainte Vierge Marie, il sera célébré à la chapelle de Langnau une sainte messe, soit par le curé de Richenthal, soit par celui de Reiden, soit enfin par tout autre prêtre. »

Vingt ans après, ces simples messes faisaient place à des

 

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offices chantés, précédés de confessions et de communions, dont le nombre s'élevait en moyenne à 500 chaque fois. Aussi les prêtres accouraient-ils do tout le voisinage prêter leur ministère pour ce pieux concours. Cette dévotion populaire existe encore. Et pour chacune des cinq fêtes principales de Marie, le curé de Richenthal, le curé de Reiden avec son chapelain et un Père Capucin sont là, dès la veille et encore le lendemain matin, pour les confessions des fidèles.

Ces têtes avec indulgences plénières et office solennel sont l'Immaculée Conception, la Chandeleur, l'Assomption, la Nativité de Marie et la Présentation. Pour chacune de ces fêtes, il y a, la veille à 4 heures, les premières vêpres solennelles, puis le jour de la tète, première messe, office chanté (sermon par le Père Capucin) et secondes vêpres à 3 heures. Des messes se célèbrent de même au premier jour libre après l'Annonciation et après la Visitation.

Outre ces messes et ces fêtes, les religieuses populations des environs de Notre-Dame de Langnau s'y rendent toutes annuellement en procession : Richenthal, cinq fois dans l'année, savoir à la saint Marc, le dimanche de l'Ascension, et aux fêtes de sainte Anne, de sainte Madeleine et de saint Magnus; Reiden, deux fois, à la saint Marc et le samedi après l'Ascension; puis une fois par an les paroisses d'Altishofen, de Dagmersellen, de Pfaltenau et d'Uffikon.

La paroisse d'Altishofen en particulier a soin, chaque été, de l'aire célébrer, trois samedis, la messe par deux prêtres pour être préservée do la grêle. Aussi cos messes s'appellent Hagelmessen, ou messes contre la grêle.

 

§ 4. SOLEURE

 

Dans ce canton, qui dessine ses contours en Suisse avec tant de bizarrerie et d'originalité, nous trouvons un certain nombre de beaux sanctuaires consacrés à l'invocation de la Reine du Ciel. Le plus éminent de tous nous parait être Mariastein, ou

 

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Notre-Dame de la Pierre. Mais il y a aussi près de Soleure, aux portes de cette ville, Notre-Dame de Lorette. Ce sanctuaire a un charme tout particulier. Aussi allons-nous commencer cette étude par

 

1. Notre-Dame de Lorette à Soleure

 

SITE ET ANTIQUITÉ DE LA VILLE.— SES MARTYRS.— LE ZWINGLIANISME ET LE CHAPITRE.— LES CORDELIERS ET LES BÉGUINES.— L,'HÉRÉSIE CHASSÉE DE SOLEURE.— LES REBELLES.— LES SIEURS CLARISSES.— L'AVOYER JEAN SCHWALTER.— LES PP. CAPUCINS ET LES SŒURS CAPUCINES.— DÉPUTATION EN ITALIE.— CHAPELLE ÉRIGÉE.— LE FRÈRE GARDIEN.— LES SŒURS DE LA VISITATION.— PIÉTÉ DES ÉTUDIANTS.— LES PÈRES JÉSUITES.

 

S'il est en Suisse une cité gracieuse, une ville charmante autant que paisible, c'est bien Soleure, assise en été, comme une reine de l'Orient, sous son ciel d'azur, le dos nonchalamment appuyé au Weissenstein, les pieds baignés dans l'Aar, l'oeil à demi voilé par sa paupière aux longs cils, et le front couronné de fleurs. Telle nous apparaît l'ancienne Solodurum, à  l'ombre de sa vieille tour qui défie les siècles, avec ses 8000 habitants, dont aucun bruit ne vient troubler le bonheur.

Dès les premiers siècles de notre ère, ou pour mieux dire, dès le premier siècle du christianisme, le Dieu du Cénacle et sa douce Mère furent connus dans cette ville qui se regarde, A tort ou à raison, après celle de Trèves, comme la plus ancienne de la Germanie. C'est du moins ce qu'on lit sur l'antique monument, au pied duquel elle s'abrite depuis une longue série de siècles.

 

In Celtis nihil est Salodoro antiquius unis Exceptis Treviris, quorum ego dicta soror.

 

Sans discuter historiquement la valeur de ce fier distique, contentons-nous de rappeler que Soleure fut assurément visitée, à l'époque où le prince des Apôtres était à Rome, par ses envoyés Euchaire, Materne et,Valère. Ce qui est certain, c'est que Soleure eut ses glorieux martyrs au commencement du

 

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IVe siècle. La fureur de Maximin contre les soldats de la légion thébéenne de Maurice dans le Valais, valut à Soleure la gloire de ses martyrs Urs et Victor, leurs vaillants compagnons d'armes et de foi. A la même époque, la vierge chrétienne Vérène, noble émule de sainte Régule de Zurich, échappait au glaive païen et vivait heureuse dans l'adoration du vrai Dieu et le silence de son désert au pied des monts du Jura.

Jusqu'au XVIe siècle, Soleure jouit en paix des bienfaits de la religion chrétienne. Mais la tourmente qui jeta dans les flots de l'erreur une partie de la Suisse et de l'Europe, faillit être fatale à la religieuse cité des bords de l'Aar. Dès l'année 1524, un humaniste ou, si l'on aime mieux, un helléniste, plaie de l'époque, nommé Melchior Macrin, greffier de la ville, ancien maître d'école à Saint-Urbain, chercha à y établir, sur les ruines du christianisme, la religion d'Oecolampade. Un autre sectaire, Philippe Grotz, de Zoug, reprit en 1529 le travail de Macrin en sous-oeuvre. Il se fit à Soleure un bon nombre de partisans. Berne, à la suite de Zurich et de Bâle, venait d'apostasier la foi. L'entraînement de l'exemple était à redouter. Il ne fallut pas moins que toute l'énergie des hommes de science et de talents, que comptait heureusement le Chapitre de Saint-Urs, pour repousser victorieusement l'erreur prête à s'imposer à la ville. Déjà le magistrat, cédant aux cris des sectaires et à l'influence de Berne, avait donné libre carrière à l'apostat Grotz. Il l'avait même autorisé à s'adjoindre l'apostat do Berne, Berthold Ilaller, qui fit à Soleure une trentaine de sermons dans l'église des Cordeliers livrée aux hérétiques. Ces derniers demandaient à cor et à cri une « dispute » religieuse. Le Chapitre de Saint-Urs lui répondit avec un sens parfait : « Ce n'est pas ici qu'il faut disputer de matières si importantes... l'Ecriture-Sainte ne se juge pas par elle-même; l'explication ne s'en peut et ne s'en doit faire qu'au sein de l'Église universelle (Concile oecuménique), et cela par ceux qui sont divinement ordonnés ou établis pour le faire à la place et au nom de l'Eglise, oeuvre de Dieu, conduite par l'Esprit-Saint et par là-même non sujette à l'erreur. »

Cette réponse, que nous donne le protestant Ruchat lui-même,

 

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n'empêcha lias les chanoines de mettre à néant une à une les erreurs, avancées par les sectaires, en quatre articles, coutre la messe, le purgatoire, le culte et les images des saints, l'eau et le sel bénits, et les cérémonies saintes de l'Eglise.

Ce Chapitre, qui comptait alors dans son soin des savants théologiens, remontait par son origine à la pieuse Berthe, reine de Bourgogne au Xe siècle. Il se composait d'un prévôt et de neuf chanoines avec un certain nombre de chapelains. Dans les jours mauvais qu'eut à traverser la ville de Soleure, le Chapitre avait à sa tête un prévôt distingué par sa science autant que par sa piété. C'était un Bernois, Louis Lïeubli, maître ès-arts. Il succédait à Nicolas de Diesbach, autre Bernois et saint personnage, qui fut élevé à l'épiscopat en qualité de coadjuteur de l'évêque de Bâle en 1519 (1).

Le digne et savant prévôt Laeubli et son Chapitre furent à Soleure le rocher contre lequel vinrent se briser, furieuses et impuissantes, les vagues impures de l'hérésie au XVI° siècle. Il y avait aussi les Pères Franciscains, ou les Pères Cordeliers, établis dans cette ville dès l'an 1280. Mais il y eut parmi eux, parait-il, de lâches déserteurs, qui diminuèrent leur crédit et l'influence de leur parole.

Il y avait enfin dans la ville, les pieuses filles de Saint-François, les Béguines d'avant 1421, qui avaient été l'objet d'une vraie et catholique réforme. La ferveur de leurs prières au Dieu de la Croix ainsi qu'à Marie sa Mère et leur Mère,

 

1 Quatre prévôts du Chapitre de Saint-Urs, devenu par le Concordat de 1828, le Chapitre cathédral du diocèse de Bâle, ont été élevés à la dignité épiscopale.

1. Henri de Neuchâtel, évêque de Bâle en 1262.

2. Nicolas de Diesbach, coadjuteur du pieux évêque de Bâle Christophe d'Utenheim en 1519.

3. Victor-Antoine-François Glutz-Ituchti, de Soleure, coadjuteur de l'évêque François-Xavier de Neveu, de 1820 à 1821, année de sa mort.

4. Mgr Frédéric Fiala, qui a répandu l'éclat de sa science sur le siège de Bâle, dont il a été le 72e ou le 73e évêque. Son antéprédécesseur, Mgr Charles Arnold, était aussi chanoine, en même temps que prédicateur de la cathédrale.

 

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ne fut pas étrangère à la conservation de la foi dans la ville, qu'elles continuent d'édifier encore de nos jours à l'ombre virginale de leur monastère actuel de Saint-Joseph, remontant à 1614.

Cependant ce qui décida le Sénat de Soleure à déployer finalement l'énergie voulue contre les religionnaires de Zwingli, ce furent non seulement les désordres dont ils donnèrent le spectacle, mais les troubles dont ils agitèrent la ville et toute la contrée. C'est pourquoi l'autorité n'hésita pas, en 1531, malgré les remontrances de Berne, plus menaçantes qu'amicales, à accepter avec empressement la proposition faite à Soleure par les cantons catholiques, après la victoire de Cappel, de congédier de Soleure les prédicants de l'erreur. Ce fut le salut de la ville. Les protestants tentèrent vainement un coup ale main pour s'emparer de l'arsenal et du pouvoir. L'avoyer Wengi déjoua leur complot et leur sauva la vie en leur faisant un rempart de son corps (30 octobre 1532).

Après cet événement, il y eut bien encore, jusqu'en 1536, des instances pressantes, menaçantes, adressées par Berne à l'Etat de Soleure en faveur des protestants qui avaient quitté cette dernière ville pour se réfugier à Wiedlisbach, à Büren et ailleurs. Mais le Sénat de Soleure sut tenir tête aux Bernois, et sa fermeté lui valut sur les rebelles opiniâtres une victoire définitive. Nous disons une victoire, car neuf de ces rebelles réfugiés à Büren, entr'autres deux Roggenbach, avaient poussé le délire jusqu'à déclarer formellement la guerre à l'Etat de Soleure. Ils on furent pour quelques jours d'emprisonnement à Buren, après quoi Soleure montra assez de grandeur d'âme pour leur rendre leurs biens, à eux et à leurs partisans.

On nous pardonnera cette courte digression historique. Elle a son importance au point de vue de la foi chrétienne, non seulement à Soleure, la fidèle alliée de Fribourg et des cinq cantons catholiques en 1532, mais dans la Suisse entière. D'ailleurs, c'est à la conservation de la foi que Soleure doit son beau sanctuaire de Notre-Dame de Lorette, qui a pour garde d'honneur les humbles Tertiaires du Saint-Nom de Jésus. Ces nobles Filles de sainte Claire, qui ont eu à leur tête deux Dames

 

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Billieux de Saint-Ursanne, s'établirent à Soleure en 1609. Cependant elles n'occupent leur monastère actuel, où elles suivent la règle des Capucines que, depuis 1618, année de sa construction. Quatre ans après, leur église était consacrée avec grande solennité par le nonce apostolique Alexandre Scoppi.

 

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En 1649, vivait à Soleure un homme d'une piété sincère et profonde envers la très Sainte-Vierge. Il avait visité lui-même la sainte maison de Lorette en Italie. Il avait, envers Notre-Dame de Lorette, comme il le dit lui-même dans l'acte de fondation de la chapelle de Lorette à Soleure, la plus vive reconnaissance pour des grâces nombreuses et de grands bienfaits obtenus par son intercession. « C'est ce qui m'a déterminé, ajoute le fervent serviteur de Marie, à élever près de ma ville natale un sanctuaire en tout semblable à la Santa Casa de Lorette. En outre, l'avoyer Jean Schwaller, c'était son nom, avait une haute estime et une tendre affection pour les fils et les filles de Saint-François. Depuis 1558, les Pères Capucins étaient établis à Soleure par les soins du trésorier de la ville, Louis Grimm.

Entre leur maison, située hors de la porte occidentale de Soleure, vers le Nord, et la maison des Sœurs Capucines, la distance n'était pas considérable. Pour favoriser les deux monastères, Jean Schwaller trouva bon, après en avoir obtenu l'autorisation du magistrat de la ville, de choisir, à portée do ces deux maisons saintes, l'emplacement de sa chère chapelle de Lorette. Le terrain sur lequel il avait jeté son dévolu appartenait au couvent du Saint-Nom de Jésus. Comme ce couvent était exempt, Jean Schwaller s'adressa au légat du Pape, François Poccapadulio, évêque de Tiffernati, pour solliciter la permission nécessaire. Il l'obtint, en même temps que le consentement du Chapitre des Soeurs Capucines.

Outre ces précautions indispensables, il en prenait en même temps une autre. Afin d'éviter toute erreur dans la disposition et la dimension de la chapelle qu'il allait bâtir, « en tout semblable

 

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à la Santa Casa », il délégua à Lorette, en Italie, le Frère François Théobald. Un ami de Schwaller, le conseiller Christophe Tscharandi, voulut payer les frais de ce voyage. A son retour, Frère François Théobald rapportait, dûment attesté et scellé, le plan exact de la Sainte-Chapelle, et de plus une copie fidèle de la statue de Marie en ce lieu saint.

Alors Schwaller put se mettre à l'oeuvre. La première pierre de l'édifice fut posée avec solennité. Toute la ville de Soleure se rendit processionnellement à cette cérémonie, accomplie par le noble prévôt de la collégiale, Jean Eichenmiiller d'Appenzell. C'était le 4 octobre 1649.

Grâce au concours des Pères Capucins et de personnes qui partageaient la piété de Jean Schwaller, la sainte chapelle s'éleva rapidement. L'année suivante, on put la bénir et y célébrer les saints Mystères. La statue de Marie, copie de celle de la Santa Casa, rayonnait sur son autel en quelque sorte improvisé. Toutefois la consécration solennelle du sanctuaire n'eut lieu que le 28 mai 1654. Elle se fit par les mains de Jost Knab, évêque de Lausanne, dont la juridiction s'étendait alors sur la partie de la ville de Soleure baignée par la rive gauche de l'Aar. L'anniversaire de cette dédicace fut fixée au dimanche qui suit la fête de la Visitation.

Trois ans avant la consécration, par acte du 4 août 1651, la sainte chapelle avec ses dépendances était donnée en toute propriété par le pieux fondateur, avec l'assentiment du nonce, aux Capucines du Saint Nom de Jésus. Cette donation était accompagnée des conditions suivantes :

 

1.         On aura soin d'entretenir en bon état la chapelle et le toit qui la couvre.

2.         Tous les Quatre-Temps, on y fera dire trois messes pour les bienfaiteurs soit défunts soit vivants.

3.         La chapelle ne passera jamais en d'autres mains.

4.         On tiendra en grand honneur la statue de la Sainte-Vierge, reproduction fidèle de celle de la Santa Casa.

5.         Le donateur se réserve, sa vie durant, d'agrandir, s'il le 1rouve bon, ce nouveau sanctuaire.

 

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6. Il s'entendra avec les Soeurs pour qu'une lampe brûle sans cesse devant la sainte Image.

Il voulut enfin que la chapelle eût son gardien à demeure. Le Frère Théobald fut désigné pour occuper. ce poste d'honneur. Il est vrai que les ressources pour son entretien n'étaient pas abondantes. La chapelle n'avait encore pour tout revenu que le produit du tronc qui y fut placé. Mais le noble fils de Jean Schwaller, héritier du nom et de la piété de son père, fit si bien que les Pères Capucins et les Soeurs du Saint-Nom de Jésus prirent de concert la charge d'entretenir le Frère gardien de Lorette « par amour pour l'Incarnation du Fils de Dieu et dans la pensée sainte de favoriser la dévotion du peuple chrétien envers ce sanctuaire. »

La dévotion populaire à Notre-Dame de Lorette ne fit que s'accroître en 1679 par la présence, des Soeurs de la Visitation dans le voisinage de la sainte chapelle. Appelées de Fribourg à Soleure par la fondatrice de leur centième maison et de leur première dans une ville allemande, les filles de saint François de Sales, à leur arrivée sur les bords de l'Aar, en 1645, eurent leur maison aux portes de la ville. Mais le magistrat ayant décidé, en 1672, d'agrandir la ville, leur monastère dû faire place aux nouveaux remparts. Ce qui les obligea à se bâtir de 1676 à 1679, le couvent qu'elles occupent encore saintement de nos jours, partageant leur temps entre la prière et l'éducation chrétienne, qu'elles donnent comme de vraies mères, à la jeunesse heureuse et nombreuse de leur beau pensionnat. Leur église, où celui qui écrit ces lignes a eu le bonheur de célébrer sa première messe, n'a été construite qu'en 1690. Elle a été consacrée en 1693, le 8 septembre, par l'évêque de Lausanne, Pierre de Montenach.

Le saint aumônier de la Visitation, M. Joseph Von Moos, aimait à rappeler un souvenir qui lui était cher comme il l'avait été à tant d'autres avant lui. « Autrefois, écrit-il, c'était pour les élèves du collège un devoir et un bonheur de venir souvent prier Notre-Dame de Lorette. Ils y accouraient surtout quand l'heure des examens approchait. Après une année de labeur, c'était à Marie qu'on demandait le succès vivement

 

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désiré. C'était à Marie qu'on était heureux et fier d'en faire hommage. »

Cette piété solide et franche d'une studieuse jeunesse était, dans notre siècle, une bonne tradition des moeurs scolaires d'autrefois.

Avant la Révolution, Soleure avait un des collèges les plus renommés et les plus fréquentés de la Suisse. Ce collège, avec cours de philosophie et de théologie, était une création des savants Pères de la Compagnie de Jésus, dont l'église rivalise encore de beauté intérieure avec la cathédrale. Appelés à Soleure en 1646, les Jésuites vouèrent leurs soins, non seulement à la prédication, mais plus encore à l'instruction variée, solide, à l'éducation chrétienne d'une nombreuse jeunesse, accourue de la Suisse et de l'étranger au pied de leurs chaires. La suppression de leur Ordre, en 1773, ne ralentit pas leur zèle pour l'enseignement. Ils formèrent un collège de professeurs avec un principal à la tête de l'établissement, et continuèrent leur oeuvre avec un succès qui ne se démentit pas, jusqu'à l'invasion et au bouleversement de la Suisse par les Français en 1798.

Or, un des pieux délassements que se donnaient les Pères et qu'ils donnaient à leurs élèves, c'était de se rendre avec eux par groupes, ou par classes, à Notre-Dame de Lorette, pour demander à la bénédiction de Marie le succès et la sanctification des travaux des maîtres et de leurs dignes élèves.

Les nombreux ex-voto suspendus aux murs de la chapelle sont bien propres, de nos jours comme aux jours qui ne sont plus, à raviver sans cesse la dévotion, la confiance des fidèles de Soleure et des environs à Notre-Dame de Lorette.

Cette confiance n'a pas été vaine, lorsqu'en 1876, Soleure se vit menacée de perdre sa belle cathédrale, prête à tomber au pouvoir du schisme et de son audacieux chef, l'apostat Herzog. Tout Soleure courut implorer, avec un redoublement de ferveur, la Vierge protectrice de la foi et gardienne de la vérité catholique. Et Marie répondit à ce cri de tout un peuple, par l'éclatante et décisive victoire du 10 septembre 1876. Gloire à Marie! Honneur à son éloquent serviteur, Mgr Fiala, hélas!

 

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trop tôt enlevé au diocèse de Bâle, lui dont la parole entraînante sut, sous les auspices de la Vierge de Lorette, déterminer ce vote à jamais mémorable, qui a sauvé Soleure et sa cathédrale des mains sacrilèges de l'hérésie du jour.

 

2. Notre-Dame de la Pierre

 

LE RICHE PLATEAU. — LES PÈLERINS. — RUINES DE TROIS CHATEAUX. — LE CONCILE DE BALE. — LA CHATELAINE ET SON ENFANT. — CHAPELLE ET ERMITE. — UN PRÊTRE GARDIEN DU SANCTUAIRE. — LES AUGUSTINS ET L'HÉRÉSIE. — RUINES ET RÉSURRECTION. — LE CHEVALIER REICH. — CHASUBLE ET TABLEAU. — LES BÉNÉDICTINS DE BEINWYL. — LEUR ÉTABLISSEMENT A MARIASTEIN. — PÈLERINAGES ET CONFRÉRIES. — LA RÉVOLUTION. — LE SANCTUAIRE RELEVÉ DE SES RUINES. — LE LIBÉRALISME SOLÉUROIS. — L'EXIL.

 

Après l'admirable sanctuaire d'Einsiedeln, il n'en est pas de plus fréquenté en Suisse que Mariastein. Mais aussi tout concourt à faire de ce lieu béni le rendez-vous de toutes les âmes qui mettent leurs joies et leurs espérances à honorer, à louer, à invoquer la vierge puissante et douce, la Mère de Dieu et des hommes.

Le site où s'élève, vers les sommets du Blauen, la vaste et somptueuse église de la Pierre, est un premier attrait pour le pieux pèlerin. C'est un plateau encadré de forêts, couvert de champs, de prés, de vignes, de vergers dont la riante verdure s'étale en été, comme un tapis semé de fleurs, à l'ombre d'arbres fruitiers de toute espèce. Et ce plateau, voisin des cieux, n'est qu'à deux lieues de la grande cité de Bâle. Il confine en outre à la catholique Alsace. De là ces flots de pèlerins, aux costumes variés, qu'on voit accourir de l'Allemagne, de l'Alsace, de la France et de la Suisse allemande et française. Et tous, aux pieds de la Vierge de Mariastein, ne font qu'une âme; tous n'ont qu'un coeur pour chanter et prier, chacun dans sa langue, la Mère qui couvre de son sceptre les riches et les pauvres, les ignorants et les savants, le bonheur et l'infortune, le juste et le pécheur.

 

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En face du sanctuaire de Marie, au nord du monastère de Saint-Vincent, apparaît debout aux regards qui cherchent à plonger dans les horizons du passé, une ruine encore imposante et fière comme le tombeau du dernier preux d'une race illustre.

Cette ruine, au nom poétique, c'est la couronne du pays, Landskron. Bâti ou rebâti au commencement du XIVe siècle par les Münch de Bâle, le château de Landskron eut ses jours de paix et de gloire jusqu'à la guerre de Trente ans. En 1634, il fut battu en brèche par l'armée franco-suédoise du farouche duc de Weymar. Le fier donjon ne se releva que pour tomber à jamais sous le canon de la France révolutionnaire en 1798 (1).

Dans une autre direction, à l'ouest de Mariastein, d'autres ruines apparaissent. C'est l'ancien château de La Bourg, dont la chapelle sert d'église paroissiale au village de ce nom.

A l'opposé, d'autres ruines couronnent un des contreforts du Blauen. C'est l'antique château des sires de Rothberg. Ils avaient, de leur temps, sous leur dépendance, le lieu où s'élève le sanctuaire de Marie. Et comme nous allons le dire, c'est à un sire de Rothberg que ce beau sanctuaire doit son origine.

Bien que l'événement que nous allons rapporter ait reçu une sorte d'approbation du concile de Bâle, en 1444, nous avons hâte de dire que la voix de cette assemblée de séditieux, déjà réduite alors à un très petit nombre, n'a pour nous ni poids ni valeur. Les prétendus Pères, qui ont marqué un Pape au carat de Félix V, étaient la plupart de tristes prélats les uns, comme Lallemand, aveuglés par l'orgueil, les autres, comme l'évêque de Bâle, Frédéric ze Rhein, d'une déplorable ignorance. Ce n'est donc nullement sur le témoignage de ce concile, dégénéré en brigandage de Rimini, que nous appuyons l'authenticité, même relative, du miracle auquel Mariastein doit son existence, mais bien sur la tradition populaire et constante qui nous l'a

 

1 Les Münch de Landskron ont donné deux évêques à l'Eglise. Conrad Münch fut évêque de Bâle de 1393 à 1402, et son frère Jean Miinch, évêque de Lausanne à la même époque. Hartmann Münch fut aussi évêque de Bâle (1418-1424), mais il était de la branche de Münchenstein. Les ruines du château de ce nom dominent la Birse, aux approches de Bâle.

 

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transmis. Voici le fait plus que merveilleux qui se racontait, il y a des siècles, et que redisait autrefois une très ancienne broderie conservée à Mariastein.

L'antique famille des chevaliers de Rothberg, déjà mentionnés dans nos documents de l'évêché de Bâle de l'année 1138, avait un de ses membres qui portait le nom de Jean. Jean de Rothberg habitait le donjon auquel il empruntait ou donnait son nom. Un jour d'été, son épouse assise à l'ombre de la forêt, se laissa aller au sommeil, oubliant le petit enfant qu'elle avait à ses côtés. Celui-ci s'avance en curieux jusqu'au sommet du rocher qui domine la vallée de toute sa hauteur : plus de 120 pieds. Sa témérité lui fut fatale. Il glisse et tombe dans l'abîme. Et lorsque sa mère s'éveille, quelle n'est pas sa terreur, en ne voyant plus son enfant près d'elle ! Elle l'appelle, l'écho seul répond à sa voix. Affolée, les yeux pleins de larmes et la voix de sanglots, elle court partout à la recherche de son petit enfant. Sa voix enfin répond à la voix maternelle. La châtelaine de Rothberg se fraye un passage à travers l'épaisseur des broussailles. O doux spectacle ! Son enfant est là, au pied du rocher, cueillant des fleurs; il en fait, dit-il, un bouquet pour la belle Dame toute vêtue de lumière et entourée d'anges, laquelle, ajoute-t-il, au moment de sa chute, l'a reçu sur son sein, et l'a déposé doucement sur le sol. « Elle m'a dit, continue l'enfant avec une joie naïve, qu'elle est Marie, la Mère de Dieu

et la Reine du Ciel, et qu'elle s'est choisi sur ce rocher une sainte demeure. »

A la suite de cet événement, dont le récit vole bientôt de bouche en bouche, le rocher béni fut l'objet d'une vénération qui devint générale. La grotte, au bas du rocher, fut transformée en chapelle avec plusieurs autels qui reçurent leur consécration (1).

Un noble de Landenberg, peut-être le père ou le frère de la châtelaine de Rothberg, voulut faire lui-même les frais de ce nouveau sanctuaire. Dans le bois au-dessus de la chapelle,

 

1 Cette grotte mesure 25 m. de long sur 15 m. de large, avec une hauteur de 10 m. Le cardinal Carafla, nonce en Suisse, disait, après un voyage en Terre-Sainte, qu'il n'avait vu nulle part une grotte qui ressemblât mieux à celle de Bethléem.

 

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garder la foi. Les prêtres qui les desservaient, investis du bénéfice de Mariastein, furent chargés de remettre en honneur le lieu saint et le pèlerinage. Ce qu'ils s'empressèrent de faire avec un pieux zèle. Un ancien catalogue nous a conservé les noms d'un certain nombre d'entr'eux. On y trouve de 1536 à 1634, les noms suivants : Jacques Augsburger, Urs Heni, Jean Huter, Blaise Schnaller, Melchior Gottfried, Jean Tengelli, Mathias Bucher, Félix Muller, Urs Buri, Melchior de Heidegg et Nicolas Suter. Bon nombre d'entr'eux reposent dans la chapelle souterraine.

 

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Un fait dont on ne peut méconnaître le caractère miraculeux, se produisit l'année 1545. Il eut un grand retentissement à Mariastein et dans les environs. Cet événement, qui n'est pas sans analogie avec le premier que nous avons rapporté, fut comme le signal d'une résurrection du culte de Marie en sa Pierre bien aimée.

La peste régnait dans la contrée et y faisait de nombreuses victimes. Pour échapper au fléau, le noble Jean Thuring Reich, fils de Jacques Reich de Reichenstein, seigneur de Landskron, avait fui son château avec son épouse Marguerite, et s'était réfugié avec ses gens à Mariastein dans la maison destinée aux gardiens du sanctuaire.

Le jour de la fête de sainte Lucie, 13 décembre, le noble chevalier était sorti dans l'après dîner pour prendre l'air. Il s'éloigne un instant de sa suite; on attend son retour, il ne reparaît pas. L'inquiétude gagne tout le monde. On court à sa recherche à travers les taillis. On ne le trouve nulle part. « Serait-il tombé du haut du rocher dans l'abîme ? » s'écrie-t-on. Et le curé Jean Augsbourg, ému des larmes de l'épouse de Jean Thuring, se hâte de contourner le rocher. Il se jette à travers les buissons épineux, il arrive au pied de la montagne. Le chevalier était là, en effet, gisant au milieu des pierres et des broussailles, et rendant mille actions de grâces à la Vierge sainte. Il était sain et sauf, à part quelques meurtrissures, qui avaient disparu huit jours après.

 

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Comment le noble chevalier avait-il pu faire cette chute effroyable? Curieux de mesurer du regard la profondeur du rocher, il s'était avancé jusqu'au bord. Puis, la main appuyée à une branche, il s'était penché en avant. La branche à demi usée par les ans, s'était brisée, et le chevalier était tombé la tête en avant dans l'affreux précipice, mesurant, comme nous l'avons dit déjà, 120 pieds de profondeur. Il aurait dû trouver mille fois la mort dans cet accident. Marie avait sauvé son pieux et dévoué serviteur.

Le père du chevalier Reich le comprit. Dans sa reconnaissance, il fit donner au sanctuaire de Marie les vêtements et les insignes que portait le chevalier au jour de sa chute, et ces vêtements furent convertis en une chasuble ornée du nom et des armes des Reichenstein. Cet ornement fait encore partie du trésor de Notre-Dame de la Pierre. En outre, on conserve dans la chapelle souterraine, au-dessus de la porte, un tableau représentant cet événement. C'est un ex-voto de Jacques de Reichenstein, lequel fit consigner le fait tout au long dans un document écrit de la main du greffier de Ferrette, dont le château, appartenant aux ducs d'Autriche, était alors tenu en gage par les sires de Reichenstein.

Avant l'hérésie du XVIe siècle, une congrégation avait su donner un grand éclat au sanctuaire de Notre-Dame de la Pierre. Un Ordre religieux, autrement éminent en science et en sainteté, allait donner â ce sanctuaire un éclat plus vif encore, au siècle suivant.

L'antique monastère de Beinwyl, qui remontait à l'an 1085, et devait sa construction aux avoués de l'abbaye de Moutier-Grandval (1), avait subi le contre-coup de la déformation religieuse, que l'esprit de mensonge appelait la réforme. Illustrée par quatre siècles de gloire et de vertus, cette abbaye était tombée presqu'à néant à la fin du XVIe siècle. Un de ses

 

1 Ces avoués étaient les comtes d'Eguisheim, de Ferrette, de Sogern, d'Asuel et de Froburg (mais non du Vorbourg, comme l'écrit, par erreur, Mgr Vautrey, dans ses Notices jurassiennes (article Soyhières).

 

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derniers religieux, fils de saint Benoît, Conrad Wescher, avait fait de vains efforts pour conjurer la ruine complète de sa chère maison.

En 1589, le gouvernement de Soleure lui vint on aide. Il demanda à la ferveur d'Einsiedeln de relever le monastère de Beinwyl. Einsideln confia cette noble et difficile tâche à un de ses religieux, le Père Wolfgang Spiess. Ce vrai fils de saint Benoît arrive à Beinwyl. Il se met à l'oeuvre. Le monastère se relève. Après lui, d'autres administrateurs, envoyés d'Einsiedeln et de Rheinau, continuent à marcher de succès en succès. Enfin, en 1633, Beinwyl est assez prospère pour se donner un nouvel abbé. Ce fut le Père Fintan Kiefer, de Soleure.

Homme aussi intelligent que pieux et actif, le Rifle abbé Kiefer eut la joie, et cette joie fut partagée par tout le Thierstein, de voir refleurir pleinement le monastère de Beinwyl. Témoin de cette heureuse résurrection, l'évêque de Bâle, l'humble et pieux Henri d'Ostein, l'ami dévoué des maisons religieuses comme des sanctuaires de Marie, songea à établir à Mariastein la communauté de Beinwyl, que le conseil de Soleure voulait transplanter à Oberdorf. Le nonce apostolique fut consulté ; il donna gain de cause à l'évêque. C'était en 1636. Deux Pères se rendent à Mariastein pour préparer les voies, L'un d'eux, à la fleur de ses ans, succomba à la tâche. C'est le Père Benoît Bisz. Il repose dans la sainte chapelle, non loin des restes mortels d'une illustre bienfaitrice, la noble vierge Anne-Marie de Wesemberg.

Le Père prieur Vincent Fink n'en continua pas moins son oeuvre d'installation. Grâce à son activité, secondée par le concours empressé de toute la population des environs, où chacun se montrait heureux d'apporter sa pierre à l'édifice, le monastère, commencé en 1645, fut debout trois ans après. Le 12 décembre 1648, les Bénédictins de Beinwyl franchissaient les cinq lieues qui les séparaient de Mariastein, et prenaient possession de leur nouvelle demeure, aux portes de laquelle ils arrivèrent avec leurs bagages et tout leur personnel, à cinq heures du soir. Et tous, joyeux, se hâtaient de descendre dans la sainte chapelle et d'y chanter l'hymne de l'allégresse,

 

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le Te Deum de la sainte Eglise. Les Pères étaient au nombre symbolique de douze. Un novice et un frère les accompagnaient.

A peine les pieux et doctes fils de saint Benoit furent-ils établis comme une garde d'honneur, auprès du sanctuaire de Marie, qu'on vit le pèlerinage reprendre son cours avec un accroissement qui s'accentua d'année en année. L'Alsace surtout s'empressa de chercher un refuge aux pieds de la Vierge des merveilles. Cette belle et riche contrée venait d'être affreusement ravagée par les sauterelles du Nord, les farouches Suédois, qui y continuaient leurs déprédations, leurs incendies et leurs meurtres. De nombreuses familles de tout rang venaient, ainsi que les communautés religieuses, de sauver ce qu'elles avaient de plus précieux, à Mariastein, et s'y étaient réfugiées comme dans une place forte. Un bon nombre de ces réfugiés voulurent finir leurs jours auprès du sanctuaire de leur divine Protectrice. D'autres y firent bénir leur union. De 1670 à 1691,

on ne compte pas moins de mille mariages célébrés dans le sanctuaire de Marie.

La piété éclairée des Pères Bénédictins de Mariastein, leur zèle à orner, à embellir sans cesse leur vaste église et les sanctuaires qu'elle couvre de son ombre, la vie et la majesté de leurs offices, tout contribua pendant plus dé deux siècles à amener aux pieds de Notre-Dame de la Pierre des foules sans cesse grossissantes. De saintes confréries érigées dans leur belle église voyaient augmenter de plus en plus le nombre des enfants de Marie, heureux de s'y faire agréger.

Dès l'an 1645, le P. Vincent Fink instituait dans l'église, dont il était le curé, la, confrérie du Saint-Rosaire. L'autorisation lui en était donnée par le Vicaire-Général de l'évêché de Bâle, le savant docteur, le théologien éminent et l'écrivain distingué (1), Thomas Henrici, qui fut évêque de

 

1 Il fut aussi Prévôt des collégiales de Colmar et de Saint-Ursanne. On a de lui deux beaux monuments de sa vaste science théologique. Ce sont les deux ouvrages intitulés : l'un, Catena aurea, véritable chaîne d'or des plus hautes pensées chrétiennes; l'autre, Irenicum catholicum, défense victorieuse et inéluctable de la vérité catholique contre les mille erreurs du protestantisme.

 

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Chrysopolis et suffragant de l'évêque de Bâle, de 1648 à 1660.

En 1663, ce fut la confrérie du Saint-Scapulaire qui fit son apparition à Mariastein. Elle fut suivie six ans après de celle de Notre-Dame des Sept-Douleurs, puis en 1690, de la confrérie de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Et toutes ces associations saintes reçurent une vie nouvelle par la confrérie de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, qui dut son existence et son organisation à,la haute piété du Révérendissime abbé, Placide Ackermann, de Ramiswyl. (1804-1841.)

C'est à cet illustre prélat, dont la science égalait la sagesse et la piété, que Mariastein dut sa seconde résurrection, au sortir de la période impie et révolutionnaire de 1798 à 1802. On sait, en effet, comment les Français de la Révolution, en s'emparant de la Suisse, où ils avaient de sinistres et libérales intelligences, firent main basse sur tout ce qui avait quelque valeur matérielle dans les monastères, dans les églises, dans les sanctuaires, où ils promenèrent leurs souillures, leurs dévastations et leurs brigandages. Notre-Dame de la Pierre, on le comprend, ne fut pas épargnée. Les Français y laissèrent les quatre murs. Et encore dans quel état !

Ce fut la tâche du Révérendissime abbé Placide, de relever les ruines amoncelées par la liberté et la fraternité. Déjà l'abbé Jérôme Brunner avait retiré du sol, où on l'avait cachée avec soin, la statue sainte de la Vierge féconde en miracles. Déjà les Pères, disséminés par le souffle de l'impiété, étaient revenus se grouper auprès de leur Mère bien aimée. Mais tout était à refaire. Le Père abbé Placide ne faillit point à sa laborieuse mission. Il brava tous les obstacles. Les autels frirent relevés et les chapelles restaurées avec l'église. Le couvent fut remis en bon état. L'école des Pères s'ouvrit de nouveau à la jeunesse studieuse. Le choeur, l'office solennel reprirent leur cours d'après la règle sainte. Le pèlerinage renoua sa chaîne violemment rompue. Et Mariastein vit encore de beaux jours.

Le démon en fut jaloux. Il suscita à Soleure des hommes tels que Vigier (1), Kaiser, qui profitèrent de leur passage au pouvoir

 

1 Ce fougueux libéral, pour ne pas l'appeler d'un autre nom trop justement mérité, est mort à Soleure, en 1886, d'un cancer à la langue.

 

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pour anéantir, au nom de la liberté, la grande ouvre des siècles vraiment libres, et faire main basse sur les propriétés du monastère. Le vol sacrilège coûte si peu au libéralisme !

En 1874, sous les auspices des francs-maçons dits « libéraux », que nous venons de nommer et d'autres du même acabit, résolus comme eux de déraciner l'Eglise du sol de leur patrie, le monastère de Mariastein, ce rempart de la foi contre l'hérésie dite vieille catholique, fut supprimé violemment par le Grand Conseil de Soleure. L'Abbaye était prospère. Elle comptait vingt Pères, neuf Frères et huit novices. Le Révérendissime abbé Charles Motschi, qui avait succédé l'année précédente au grand artiste musical, le Révérendissime Léon Stôcklin, dut prendre le chemin de l'exil. Sa communauté le suivit à Delle, où elle dirige, depuis l'heure de son noble exil, un collège fondé par le Révérendissime abbé Charles, qui a la consolation de voir son oeuvre marcher de succès en succès dans cette ville hospitalière.

Le pèlerinage de Mariastein continue, il est vrai, mais il a perdu son éclat en perdant ses plus illustres gardiens.

Une troisième résurrection est certainement réservée au sanctuaire de Marie. Mais quand viendra-t-elle ? Dieu ne compte pas ses heures. Sachons attendre.

 

 

3. Notre-Dame de la Haie, à Meltingen

 

NOM ET SITE. — FÊTES, COMMUNIONS ET INDULGENCES. — LE VOILE DE LA CHATELAINE. — ÉGLISE BATIE EN 1527. — RESTAURATION ET ORGUE. — LE SUREAU HISTORIQUE.

 

Notre-Dame de la Haie : c'est ainsi que nous traduisons Maria im Haag. Nous pourrions sans peine le rendre tout aussi bien par ces mots : Notre-Dame du buisson, ou Notre-Dame du sureau. Nous verrons bientôt pourquoi.

Disons d'abord ce qu'est le site de ce gracieux sanctuaire de la très Sainte-Vierge.

Dans une fraîche vallée, à une lieue au nord de l'antique

 

 

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abbaye de Beinwyl, et à l'est du sommet jurassique dominé par les ruines du fier château des comtes de Thierstein, se déploie un charmant village avec un modeste établissement de bains. C'est Meltingen, avec sa blanche église, assise sur une hauteur et dominant le village. A toutes les fêtes de Marie, on voit des groupes de fidèles arriver de tous les environs et se presser dans le lieu saint. Un grand nombre d'entr'eux s'y présentent dès l'aube du jour. Il y a là un Père capucin de Dornach pour aider au curé de la paroisse à entendre les confessions. Des indulgences précieuses ont été accordées à cette église. De là les saintes communions qui s'y font en grand nombre. A l'Office, on aime à entendre la voix populaire, apostolique, de l'humble fils de saint François. C'est un attrait de plus. Ajoutons que chaque samedi, jour de Marie, des pèlerins viennent dans cette église recevoir les sacrements ou faire célébrer le saint Sacrifice en l'honneur de la Reine des Cieux.

A l'est du frais vallon de Meltingen, s'élève une colline qui portait autrefois à son sommet, le château des sires de Gilgenberg. Ce donjon , bâti sur un rocher à pic et entouré de remparts, était habité au commencement du XVIe siècle par le chevalier Jean Imier de Gilgenberg et son épouse Barbe de Breitenlandenberg, qui le vendirent à la ville de Soleure le 30 octobre 1527.

Or, il arriva qu'un jour la noble châtelaine, dans une promenade à Meltingen, alors dépendance du château, vint à perdre son voile. Un coup de vent venait de le lui enlever. Sa suite eut beau chercher et chercher encore. On ne put rien retrouver.

Une année s'écoula. La dame du château porte ses pas dans la même direction. Tout à coup une jeune fille de sa suite s'écrie : « Voyez, Madame, voyez là : c'est bien votre voile. »

C'était en effet le voile perdu l'année précédente à pareille époque. Mais ce qui augmenta la surprise, ce fut de voir ce bienheureux voile étendu sur une gracieuse statue de la très Sainte-Vierge, cachée là dans un buisson de sureau. Barbe de Landenberg ne put qu'admirer ce qui lui apparut comme un prodige. Sa piété y vit un signe du Ciel. « C'est Marie, dit-elle,

 

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qui demande un sanctuaire en ce lieu. » Le sanctuaire fut bâti, et l'on put y mettre, à la place d'honneur, la statue de la Vierge Immaculée. L'église, c'en était une, fut richement dotée. Et ce sanctuaire, avec sa statue miraculeuse, est depuis 1645 l'église paroissiale de Meltingen.

L'origine merveilleuse de cette église, explique suffisamment la dévotion envers Marie et sa douce image. Ce qui est remarquable, c'est que ce pèlerinage a commencé juste au temps où l'hérésie vomissait ses blasphèmes contre la Mère de Dieu, brisant ses statues et déchirant ses images à deux pas de là, dans la contrée de Sissach et de Liestal, imitant en humble esclave la ville de Bâle, qui régnait en souveraine sur ce beau

pays.

L'église de Meltingen, visitée si souvent par les nobles fils et les filles de la Mère de Dieu, a été, grâce à leurs généreuses offrandes, restaurée en entier, enrichie d'ornements et pourvue d'un excellent orgue par le curé Louis Krutter, mort saintement dans le Seigneur, le 14 décembre 1862.

Cette église conserve encore une partie du bienheureux voile auquel elle doit son existence. Ce précieux lambeau continue à voiler la statue sainte, au-dessous de laquelle on lit ce vers latin :

 

Quod Deus imperio, tu prece, Virgo potes.

 

Traduction parfaite de cette qualification donnée à Marie par un Père de l'Eglise : Omnipotentia supplex. « Marie est une toute-puissance suppliante. » Ou comme dit si bien la langue populaire à Meltingen : Maria im Haag, Die alles Vermag.

On conserve aussi, en l'entourant de soins, le bouquet de sureau, dans lequel a été trouvée la statue de Marie. En 1798, la fureur révolutionnaire l'avait arraché. Mais l'arbuste a repris pied. On le voit sur le cimetière près de l'église. Il est protégé par une haie contre les pieux larcins des pèlerins.

Ce souvenir est en outre vivant sur le tableau d'un autel latéral de l'église. Marie apparaît là avec deux anges qui la couronnent, vêtue d'un manteau richement brodé, l'Enfant

 

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Jésus sur les bras, et le sceptre de sa protection étendu sur les fidèles. Les pieds de la Vierge reposent sur le sureau historique, et à quelques pas de là, on lit sur un vitrail du XVIe siècle : « Jean-Imier de Gilgenberg et Barbe de Breitenlandenberg, son épouse, 1519. » Leurs armes brillent dans le verre peint parfaitement conservé.

 

4. Notre-Dame de Schoenenwerth

 

LE MONASTÈRE. — LE CHAPITRE OU MARIENSTIFT. — LA STATUE DE MARIE. — L'HÉRÉSIE ÉT LE SCHISME. — DIVERS PRÉVÔTS. — LE POÈTE BARZÉE.

 

Un chorévêque du nom de Radbert avait fondé, vers l'an 750, un monastère dans une petite île au milieu de l'Aar, entre Aarau et Olten. Il donna à la création de son zèle et de sa piété le nom de Belle-Ile ou de Schönenwerth. (Werd, werder, signifie une île dans le cours d'un fleuve.)

A sa mort, cet évêque missionnaire fit donation de ce monastère à l'évêque Remi de Strasbourg. A son tour, celui-ci donna ce couvent, par testament du 15 mars 778, à son Chapitre et à son Eglise. En sorte que le Chapitre de Strasbourg eut sous sa dépendance le monastère de Schönenwerth jusqu'à la transformation de ce dernier en Chapitre séculier. Et même après cette transformation, la collégiale de Schönenwerth eut à requérir du Chapitre de Strasbourg l'approbation de son prévôt élu, ce qui eut  lieu jusqu'au XVIe siècle.

L'église de ce noble Chapitre fut bâtie à neuf au XIIe siècle sur le tertre qu'elle n'a pas cessé d'occuper jusqu'à nos jours. Bien que dédiée, ainsi que le monastère primitif, au saint martyr d'Autun Léodegar, cette église n'en fut pas moins placée sous les auspices de la très Sainte-Vierge, et devenue collégiale, elle fut la collégiale de Marie, comme le Chapitre fut le Chapitre de Marie, Marienstift.

N'est-ce pas, en effet, à Marie et à sa puissante protection que le Chapitre de Schönenwerth a dû sa conservation à travers

 

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tant d'épreuves pendant une période de huit siècles? N'est-ce pas la protection de Marie qui a suscité, à diverses reprises, jusque parmi les princes de l'Europe, de si vaillants défenseurs de ce Chapitre et de ses droits séculaires ? C'est que Marie a été sans cesse invoquée en ces lieux, non seulement par le Chapitre dès son berceau, mais par les fils de saint Benoit, qui l'ont précédé dans la « Belle-Ile ».

Ce qui n'a pas manqué de donner un nouvel élan à la dévotion envers la très Sainte-Vierge, à Schönenwerth, c'est la statue de Marie portant l'Enfant divin sur ses bras, trouvée un jour sur les bords de l'Aar. Cette statue, a-t-on dit, venait de Berne. A l'époque de l'invasion de l'hérésie dans cette ville et de l'expulsion du vrai christianisme (1528), les sectaires de Haller et de Zwingli avaient précipité cette statue dans l'Aar, dont les flots l'avaient transportée et déposée sur ga rive droite, près de Schönenwerth. On s'empressa de recueillir, avec un respect mêlé de douleur, cette sainte épave du culte de Marie, qui venait d'échapper aux flots de l'hérésie. On fit plus. Une magnifique chapelle fut construite au jubé de la collégiale. Aussitôt consacrée, cette chapelle reçut la statue sainte, qui devint l'objet de la plus tendre dévotion des chanoines, des chapelains et des fidèles. On accourut de loin vénérer la sainte image, et invoquer la douce et puissante Mère qu'elle représentait aux yeux éclairés de la foi. La confiance en Marie fut récompensée par de nombreux miracles. On en a recueilli dix des plus remarquables de 1693 à 1821. On conçoit que de ces manifestations de la bonté, de la puissance maternelle de Marie, soit sorti un pèlerinage proprement dit.

Pourquoi faut-il que les mauvais jours de 1873 soient venus tarir cette source abondante de grâces, de bienfaits et de miracles ? Un schisme impur s'est installé à Schönenwerth. Son impudeur a pénétré jusque dans le sanctuaire. L'antique collégiale est tombée entre les mains des profanateurs. Le sacrilège souille le sanctuaire de Marie et de Saint-Léodegar. Adieu les prières ferventes répandues par la foi devant la sainte image de Marie. Adieu la foi elle-même. C'en est fait du pèlerinage et

 

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du Chapitre de Schönenwerth. Libéralisme, voilà ton oeuvre. OEuvre d'impiété, de destruction et de ruines !

 

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Pendant sa durée de sept siècles et plus, le Chapitre de Schönenwerth, qui ne comptait plus, depuis 1576, que cinq chanoines et quatre chapelains, au lieu de ses douze chanoines d'autrefois, a été sous la direction de trente-six prévôts, parmi lesquels nous remarquons les suivants :

Jacques Mielich, de Fribourg-en-Brisgau (1580-1605) ; Jacques-Wolfang Staal, de Soleure (1675-1711); Urs-Jacque Tschan, de Balstall (1817-1824).

On n'en trouve pas un qui ait été promu à l'épiscopat. Une illustration littéraire du Chapitre de Schönenwerth a été le poète national Jean Barzée, de Sursee, qui était, en 1660, le custode et l'architecte du Chapitre.

 

5. Notre-Dame de Wolfwyl

 

L'ÉGLISE DE MARIE. — LE CHASSEUR PROTÉGÉ. — LA STATUE APPORTÉE PAR L'AAR. — DEUX « EX-VOTO » REMARQUABLES. — PÉLERINAGES. — PROCESSIONS. — FÊTES PRINCIPALES.

 

Entre Soleure et Olten, on voit dans la plaine, sur la rive gauche de l'Aar, un beau et riche village, dont l'église élève vers le ciel sa flèche hardie. C'est Wolfwyl, « la villa du loup », avec ses 900 habitants.

Marie a, dans ce lieu, un sanctuaire tout resplendissant d'ex-voto, touchants témoignages de la prière exaucée. Ce sanctuaire n'est autre que l'église elle-même. C'est l'église de Marie ou Marienkirche.

A quelle époque remonte cette église avec son pèlerinage, que n'a pu emporter l'hérésie au jour de sa haine et de son fanatisme ?

Au Xe siècle, raconte la tradition populaire, les bords de l'Aar étaient encore couverts d'épaisses forêts. Un noble chasseur

 

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s'y était engagé avec sa suite. Le cheval qui le portait vint à se cabrer. Le chasseur tombe ; pris dans ses étriers, il est traîné sur le sol à une grande distance par un coursier qu'emporte la frayeur. bans sa détresse, le chasseur élève sa pensée vers Marie. Il fait voeu, s'il échappe à la mort, d'ériger une chapelle à sa divine Libératrice.

A peine cette promesse est-elle exprimée, que le cheval s'arrête. On relève Te noble chevalier. Il en était quitte pour de légères meurtrissures. A l'endroit même où le cheval s'arrêta, il bâtit une chapelle, qui fut bientôt un but de pieux pèlerinages pour tous les environs, et qui est devenue, après une première, puis une seconde construction en 1618, l'église de Marie à Wolfwyl.

On y voit une statue de la Sainte-Vierge, que la dévotion des fidèles sait apprécier, sans pouvoir en dire autant de l'art du sculpteur. A cette statue sainte, on attribue une même origine qu'à celle de l'église lie Schönenwerth. Jetée dans l'Aar par la folie furieuse des hérétiques de Berne, elle aurait été apportée et laissée là par les flots de la rivière, dont le cours en ce lieu est cependant très. rapide. Que cette statue ait échappé à la profanation et aux auto-da-fé des zwingliens, que des mains pieuses l'aient enlevée d'un sanctuaire de Marie détruit par l'erreur, c'est du moins ce qui semble ressortir de cette tradition de plus de trois siècles.

Parmi les grâces innombrables obtenues par l'intercession de la Vierge, dont la statue ancienne et miraculeuse entretient la ferveur du pèlerinage, il nous plaît de signaler celle qui est rapportée par un des ex-voto qui tapissent les murs du sanctuaire.

C'était le 10 juin 1720.

Le ferblantier Urs Borer recouvrait de zinc la tour de l'église. Il touchait au sommet, lorsque le pied lui glissa.. L'infortuné roule dans le vide ; il se relève sans éprouver le. moindre mal. On l'entoure , on s'étonne , on l'interroge. « Ne soyez pas surpris, répond-il, de me voir sain et sauf. Là-haut, à trois toises du sol, une Vierge m'a reçu dans ses bras, et cette Vierge, c'est Marie elle-même. C'est à l'Immaculée Mère de

 

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Dieu, ajoute-t-il au bas du tableau commémoratif de ce miracle, que je dois la conservation de ma vie. Je devais être assurément broyé sur un tas de pierres, au pied de la tour, si la divine Mère ne m'eût saisi la main gauche, pour me soutenir et me déposer doucement à terre. »

Et c'est en reconnaissance de cette protection miraculeuse de Marie, conclut l'inscription, comme aussi pour la faire connaître à tous, que ce tableau a été peint aux frais de l'honorable Urs Borer et de son épouse Anne Kymerlin, d'Olten. »

Il est à peine besoin de dire que l'ouvrier Borer avait toujours eu, dès son enfance, la plus tendre dévotion envers la très Sainte-Vierge.

Un autre ex-voto, plus récent, a été suspendu près de l'autel de Marie par un ressortissant de Wolfwyl. Depuis longtemps malade, et condamné par tous les médecins, auxquels il avait donné vainement, comme la femme de l'Evangile, une bonne partie de son avoir, ce brave homme avait fini par en appeler à la puissance maternelle de l'Immaculée Vierge. Après de ferventes prières, faites plusieurs jours de suite au pied de sa statue bénie, il avait enfin recouvré une santé florissante. Et trente-six ans après, six ans avant sa mort, dont il annonça longtemps à l'avance le jour et l'heure, le protégé de Marie lui fit peindre un tableau en souvenir reconnaissant de sa toute-puissante bonté.

Le Père Vincent Acklin, de Mariastein, auteur d'une excellente chronique, mentionne le pèlerinage de Wolfwyl comme un des plis fréquentés de la Suisse.

Aussi l'on y voit chaque année arriver de pieuses processions des paroisses environnantes. A la tête de saint Marc, c'est Niederbuchsiten; à celle des saints apôtres Philippe et Jacques, ce sont les paroisses de Kestenholz, Fulenbach et Oensigen. Cette troisième y revient avec Haerkingen pour l'Invention de la Sainte-Croix; d'autres paroisses, telles que Neuendorf, y viennent encore à d'autres époques. Elles étaient plus nombreuses avant un décret porté par Mgr Charles Arnold, et interdisant, pour des raisons de bon ordre, toute procession au delà d'une lieue de rayon. Avant ce décret, on voyait chaque

 

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année arriver à Notre-Dame de Wolfwyl, entre autres paroisses, outre celles que nous avons mentionnées, les paroisses de Hägendorf, de Kappel, de Matzendorf, de Balsthal, de Laubersdorf et de Wangen.

Les deux fêtes principales de Notre-Dame de Wolfwyl sont l'Annonciation et l'Assomption. Un Père Capucin d'Olten se trouve alors là, pour aider à entendre les confessions. Il en est de même, d'ailleurs, à toutes les fêtes de la Sainte-Vierge. Car alors, on le comprend, le concours des fidèles, venus de près et de loin, est toujours considérable.

 

6. Notre-Dame de l'Assomption, à Biberist

 

LA CHAPELLE DE 763. — L'ÉGLISE CONSACRÉE EN 1581. — L'AUTEL DE SAINTE-APOLLONIE EN 1722. — NOUVELLE ÉGLISE EN 1845. — DEUX FÊTES PATRONALES. — CHEMIN DE CROIX ET ORGUE. — ANNEXES.

 

On lit dans l'Histoire de la paroisse de Biberist, publiée par

M. le curé L.-R. Schmidlin, qu'une église ou chapelle « de la Bienheureuse Vierge Marie » existait déjà en 763 dans cette localité.

Ce sanctuaire, restauré ou rebâti, était encore debout en 1480, lorsque fut construite la nouvelle église de cette paroisse sur l'emplacement qui occupe l'église actuelle. Un siècle après, la nouvelle église de Notre-Dame recevait de nouveaux autels, que le suffragant de Constance, Balthasar Wurer, consacrait solennellement le 6 septembre 1581. Il dédiait le maître-autel « à la Bienheureuse Vierge Marie », à sainte Barbe et à sainte Catherine. Le second autel était dédié à saint Barthélemy, apôtre; à saint Laurent, à saint Arbogast, à saint Antoine et à sainte Odile. Le troisième était l'autel de Saint-Georges et des saints martyrs Urs et Victor. L'évêque consécrateur renferma dans les tombeaux de ces trois autels des reliques de plusieurs saints, entre autres, de saint Maurice, de saint Gall, de saint Gothard, de saint Urs et de sainte Ursule.

 

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L'autel de Saint-Barthélemy fut remplacé, en 1713, par un autel nouveau, érigé en l'honneur des trois Rois, de sainte Odile et de saint Barthélemy, comme aussi des saints Benoit, Gilles, Arbogast et Laurent. En 1722, le maître-autel, à son tour, fit place à un nouveau, grâce à la pieuse générosité du Chapitre de Saint-Urs, qui décora cet autel d'un tableau représentant Marie dans la gloire de son Assomption. Le second autel latéral était alors sous le vocable de sainte Apollonie, la vaillante martyre qu'on invoque, à cause de son supplice, contre les maux de dents. L'église, riche en reliques de divers saints, possédait en 1758 des reliques de sainte Apollonie.

Aussi l'autel de la sainte martyre lui resta dédié en 1768, lorsque l'église « de Notre-Dame de l'Assomption », renouvelée à cette époque, fut l'objet d'une nouvelle consécration. Par contre, le collatéral (côté de l'Epître) fut dédié aux saints martyrs Urs et Victor, et reçut en même temps du suffragant de Constance des reliques des saints martyrs Félix, Victor et Constant.

L'église de Notre-Dame de Biberist, vieille et caduque en 1845, devenue en outre trop étroite pour la population croissante de la paroisse, fut démolie, sauf la tour avec ses trois cloches, après la construction, en style renaissance, de l'église actuelle. L'évêque de Bâle, Mgr Jos.-Antoine Salzmann, en a fait la consécration solennelle le 22 novembre 1846.

Dès cette époque, de nouvelles toiles figurent aux trois autels : au maître-autel, Jésus en Croix; à l'autel de droite, la résurrection de Notre-Seigneur, et l'Assomption de Marie, avec les statues des saints apôtres Pierre et Paul; et à l'autel de gauche, la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sainte Apollonie, avec les statues de sainte Barbe et de sainte Catherine. M. Schmidlin regrette qu'on n'ait pas confié aux mains de l'excellent peintre Deschwanden les tableaux que nous venons dé mentionner. Avec ce regret, que nous partageons, nous en exprimons un second : c'est que, sans respect pour les traditions, on ait éliminé des autels les anciens sujets pieux qui s'y trouvaient représentés et les caractérisaient tout en rappelant aux regards des fidèles l'antique et vraie dédicace de l'église.

 

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Ce qui serait plus en harmonie avec les deux fêtes patronales qu'on y célèbre chaque année : la première, en l'honneur de l'Assomption de Marie ; la seconde, en l'honneur de sainte Apollonie, patronne secondaire de cette église, que décore avec grâce un beau chemin de croix, dû au pinceau de Paul Deschwanden.

Une orgue à 14 registres et à double clavier, construit par Kyburz, de Soleure, y a trouvé place en 1870.

Deux annexes de Biberist, Lohn et Ammannsegg, ont chacune leur chapelle. Comme ces chapelles ne sont pas des sanctuaires de Marie proprement dits, nous n'avons pas à nous y arrêter pour le moment.

Mentionnons, par contre,

 

7. La chapelle de la Sainte-Vierge, à Derendingen

 

MESSE DU JEUDI. — VIERGE DE DESCHWANDEN.

 

Cette localité ressort de la. paroisse de Kriegstetten. Une chapelle y fut bâtie, en l'honneur de la Mère de Dieu, en 1724. On n'y voit qu'un autel, où le curé de Kriegstetten va tous les jeudis célébrer la sainte Messe. Cet autel se distingue par un charmant tableau de la Sainte-Vierge, oeuvre de Paul Deschwanden. Ce tableau a remplacé une statue de Marie, embellie d'ex-voto, qui ont été fixés à un des côtés de la chapelle, dont le style simple n'empêche pas la cloche harmonieuse d'inviter souvent les fidèles à porter aux pieds de Marie le tribut de leurs hommages et la ferveur de leurs prières.

 

8. Notre-Dame d'Oberdorf

 

CHAPELLE DE LA SAINTE-VIERGE, EN 1327. — ÉGLISE PAROISSIALE AVANT 1436. — INDULGENCES. — PÈLERINAGE. — FÊTE PATRONALE.

 

En 1668, une église nouvelle, construite par les soins de la ville et du Chapitre collégial de Soleure, s'élevait à Oberdorf, appuyant son flanc gauche à un antique sanctuaire de Marie.

 

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Dès l'an 1327, cette chapelle de la Sainte-Vierge était un but de pèlerinage pour les contrées environnantes. Elle avait son propre chapelain, qui était à la nomination du prévôt du Chapitre de Saint-Urs, collateur de ce bénéfice. Ce qui permettrait, semble-t-il, de croire que ce sanctuaire a eu pour fondateur, avant 1327, soit le Chapitre lui-même, soit son prévôt, ou quelqu'autre de ses membres, chanoine ou chapelain.

En 1436, la chapelle de Marie à Oberdorf était déjà érigée en église paroissiale, comme le prouvent des actes de vente de cette époque. C'est ce qui ressort aussi des termes d'un bref d'indulgences en faveur de ce sanctuaire, donné par le Pape Jules II, le huitième jour avant les ides d'avril de l'année que nous venons de mentionner.

Déjà le 1er juin 1447, une bulle d'indulgences avait été accordée au pèlerinage de Notre-Dame d'Oberdorf, par Etienne, évêque de Marseille, faisant la visite du diocèse de Lausanne au nom de l'évêque Georges de Saluciis.

Le 5 juillet 1595, nouvelles indulgences accordées par un bref du Pape Clément VIII.

Cinq ans après, eut lieu, en style moderne, la construction de l'église actuelle, adjacente à l'antique sanctuaire. Dès lors (23 juin 1608), un curé fut de nouveau désigné par le Chapitre-de Saint-Urs pour résider dans cette paroisse et la desservir.

La fête patronale de l'église et de la chapelle est célébrée avec éclat le 15 août, Assomption de Marie, et une foule considérable y accourt de tous les environs, pieux pèlerins, heureux d'apporter leurs hommages et leurs prières au pied de l'autel de Marie et de son antique et vénérable statue.

 

 

§ 5. THURGOVIE

 

Ce canton, qui reçoit son nom de la Thur, affluent du Rhin, ne compte, sur 105.000 habitants, que 30,300 catholiques. Un grand nombre de sanctuaires de Marie ont sans doute disparu dans ce beau pays à l'époque néfaste de la religion de Zwingli, ou de son christianisme falsifié et tronqué. Cependant divers

 

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sanctuaires sont restés debout, tels que ceux de la Sainte-Croix à Arbon et à Kreuzligen ; celui du Saint-Crucifix, à Bernrain ; ceux de Saint-Innocent, à Tobel; de Sainte-Idda, à Fischingen; de Sainte-Marguerite, à Sirnach; de Sainte-Elisabeth, à Wallenwyl, de Saint-Othmar, à Werd. Mais ces sanctuaires ne rentrent pas dans le cadre de notre travail. Il en est de même des autels dressés à Marie dans chaque église paroissiale. Nous ne trouvons, en vérité, à mentionner, dans le canton de Thurgovie, que deux sanctuaires de Marie proprement dits, et pré-sentant un réel intérêt.

Le premier est

 

1. Notre-Dame de Klingenzell

 

L'ABBAYE DE REICHENAU. — LE CHEVALIER ET LE SANGLIER. — VŒU ET CHAPELLE. — LE MONASTÈRE DE STEIN. — MIRACLES ET « EX-VOTO ». — CHAPELLE RECONSTRUITE. — L'IMAGE MIRACULEUSE. — DEUX CONFRÉRIES. — CHEMIN DE CROIX.

 

Au sortir de Constance, à une lieue à peine de cette ville et du lac limpide auquel elle donne son nom, comme elle l'a donné à un Concile à jamais fameux, le Rhin prend sa source vers l'occident et va jeter ses eaux dans un second lac. C'est le lac inférieur, Untersee. Au centre de ce petit lac, aux contours les plus bizarres, se trouve une île qui n'était autrefois qu'une pelouse de riche verdure. Son nom le dit et l'histoire ajoute que, vers l'an 724, sous la direction du Bienheureux Pirmin, les fils de saint Benoît, par une charte du maire du palais Charles Martel, furent mis en possession de cette île, qui mesure quatre kilomètres de longueur sur deux kilomètres de largeur.

L'abbaye de Reichenau fut bientôt une école de science éminente autant que d'éminente sainteté. De là sont sortis des saints et d'illustres personnages. Reichenau nous a donné saint Meinrad. De grands évêques en sont sortis. Citons entre autres les deux conseillers de Charlemagne, Hatton et Waldo, tous deux évêques de Bâle. En outre, Reichenau a été une vraie

 

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pépinière de maisons religieuses dont la seule énumération nous entraînerait trop loin.

Si nous venons d'évoquer, avec une vénération que nous ne taisons pas, le souvenir de cette ancienne et célèbre abbaye, qui fut réunie à l'évêché de Constance en 1536, c'est qu'elle n'est séparée pour ainsi dire que par le Rhin d'un sanctuaire de Marie érigé en 1333 dans les circonstances que nous allons dire.

 

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Entre les deux localités d'Eschens et de Mammern, s'élève une colline, dont la fraîche verdure était autrefois occupée par une forêt où abondait le gibier, délice des chasseurs. La chasse, qui était alors la récréation, sinon l'occupation principale de la noblesse, faisait en particulier le bonheur du chevalier Jean Walther de Hohenklingen. Or, il advint qu'un jour ce brave Nemrod eut affaire à un vaillant sanglier, qui lui inspira les plus vives terreurs. Blessé d'un,épieu au flanc, d'où le sang ruisselait, l'animal furieux se retourne contre son ennemi, et va se ruer sur le chasseur et le déchirer de ses crocs puissants, comme il vient de mettre en pièces les chiens qui l'entouraient. Pour échapper à leur sort, le chevalier n'a que le temps de s'élancer sur un chêne et d'y chercher un refuge. Mais ce refuge, à son tour, peut lui être fatal. Le chasseur y trouvera la mort, la mort de la faim. Car le sanglier est au pied de l'arbre. Il a essayé de le déraciner; l'arbre des forêts a résisté. L'animal s'est couché là : patient dans sa colère, il attend.

Les heures succèdent aux heures et l'hôte des bois est toujours là, méditant sa vengeance. Le chevalier a vainement appelé du secours ; sa voix ne traverse pas l'épaisseur des halliers. Aucun secours n'arrive, aucun n'arrivera.

Alors, dit son histoire, un frisson se fait sentir au coeur et jusque dans les chairs du chevalier. Il est en face de la mort. Sa dernière heure va sonner. Et après son heure dernière, le tribunal de Dieu, le jugement. A cette pensée, le chevalier jette un rapide coup d'oeil sur sa vie écoulée.. Hélas ! il la voit pleine de fautes et vide des oeuvres qui sauvent. A cette vue, à ce

 

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souvenir amer, son effroi redouble. Il est perdu pour le temps, perdu pour l'éternité. Grand Dieu! que faire? Une pensée lui vient. Il lui reste une chance de salut. Marie, la Vierge puissante, la Mère des infortunés qui recourent à elle peut le sauver encore, le sauver du double péril qui le menace. « O Mère ! s'écrie le chevalier Jean Walther, Secours des chrétiens, Refuge des pécheurs! secourez-moi et entendez le voeu que je vous fais de vous bâtir une chapelle en ce lieu même, si votre main m'arrache à la mort. »

Ce voeu est à peine formulé, que le sanglier se lève. Il cède à une force qu'il subit sans la voir. A pas lents, il s'éloigne et disparaît dans l'épaisseur des taillis. Le malheureux chasseur peut enfin descendre de son arbre cruellement hospitalier. Il regagne son château. II est sauvé. Mais il n'a garde d'oublier la Bienfaitrice à laquelle il doit la vie et le salut. La chapelle promise à Marie s'élève,au sommet de la colline. Ce sanctuaire est dédié à Notre-Dame de Bon-Secours, ainsi qu'à saint Georges et à saint Théodule. Et le 20 octobre 1333, par une bulle datée d'Avignon, le Pape Jean XXII s'empressa d'enrichir d'indulgences ce nouveau sanctuaire, ex-voto monumental d'une juste reconnaissance.

Trois ans après, le noble chevalier fit donation de sa chapelle, après l'avoir dotée richement, au monastère de Stein sur le Rhin, que les vertus et la science des Bénédictins rendaient alors florissant. Ce monastère, fondé au Xe siècle par le duc Bourkard de Souabe et sa belle et pieuse épouse Hedwige de Bavière, avait alors pour avoués les nobles de Hohenklingen. On sait comment les Bénédictins de cette maison, chassés violemment de leur monastère de Saint-Georges par les aimables sectaires du doux Zwingli, en 1526, se sont réfugiés auprès de leurs frères de Petershausen, près de Constance, dont les abbés ont pris dès lors le nom d'abbés de Stein am Rhein et de prévôts de Klingenzell. C'est qu'en effet, le chevalier Jean Walther, en donnant à l'Abbaye de Stein sa chapelle de Marie, avait mis pour condition que le monastère considérerait ce lieu béni comme une prévôté, dans laquelle deux prêtres de l'Ordre de Saint-Benoît célébreraient chaque jour le divin Office.

 

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Sous la garde de ces vrais fils de Marie, son sanctuaire de Klingenzell devint bientôt l'objet de la vénération des fidèles. On y accourut de près, de loin, de ce côté comme de l'autre côté du Rhin, et les miracles ne firent pas défaut à la ferveur des prières adressées à la Reine des Cieux.

Les miracles continuèrent, comme en font foi les nombreux ex-voto de la chapelle, lorsqu'en 1699, il fallut reconstruire, en le transférant ailleurs, le sanctuaire de Marie, que les eaux menaçaient de ruiner ainsi que la petite prévôté. Le nouvel édifice fut consacré solennellement, en 1705, par le suffragant de Constance Ferdinand de Wildegg, qui le dédia « à Notre-Dame des Sept-Douleurs, à Marie Immaculée, à la Vierge Mère de Dieu. »

Le 9 août suivant, eut lieu la translation solennelle de la sainte image de Marie par les mains du même prélat. Cette image sainte, devant laquelle on ne cesse d'aller invoquer Marie, est un tableau qui ne manque pas de grâce. Marie apparaît debout dans une nuée lumineuses Elle est richement drapée; un voile qui retombe dans la nue l'enveloppe. La Vierge Immaculée ne laisse paraître qu'une main, laquelle soutient la tête de son Fils adorable avec les épines qui la couronnent. Sur sa tête Marie, elle aussi, porte un diadème, mais ce diadème est d'or semé d'étoiles.

Deux Confréries, riches d'indulgences, ont été érigées dans ce sanctuaire par les soins des illustres fils de Marie et de saint Benoît. Ce sont l'Archiconfrérie de Notre-Dame de Consolation et la Confrérie de saint Benoît. En faveur des membres de ces associations pieuses, des trois autels qui se dressent dans le sanctuaire, deux sont privilégiés, savoir le maître-autel et l'autel de Saint-Benoît. Un troisième objet de dévotion dans la Cella de Marie, c'est le Chemin de la Croix érigé, en 1757, dans ce foyer de la piété chrétienne.

 

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2. Notre-Dame de Lilienthal ou de la Vallée des Lys

 

CITEAUX ET SES TRENTE FILIALES EN SUISSE. — FELDBACH ET KALCHREIN. —LA VALLÉE DES LYS. — LES RELIQUES DE SAINTE AURÉLIE. — MONASTÈRES SUPPRIMÉS PAR LE FANATISME ANTICATHOLIQUE.

 

La maison de Cîteaux, fondée en 1098 par saint Robert de Molesme, a été, ainsi que ses quatre filles, parmi lesquelles brille Clairvaux, d'une fécondité qui tient du prodige. Ce ne sont pas des centaines, mais bien des milliers de monastères cisterciens de l'un et de l'autre sexe, qui ont couvert l'Europe du XIe au XIVe siècle, ravissant la terre par le spectacle des austérités saintes de l'amour animant la foi, et envoyant au Ciel des pléïades de saints et d'élus. Avant l'invasion des erreurs grossières du XVIe siècle, on ne comptait pas moins de trente maisons de Cîteaux dans les limites de la Suisse actuelle. Dix étaient des monastères d'hommes, et vingt des monastères de femmes. S'il reste encore debout huit de ces derniers, les autres, ainsi que toutes les maisons de Cisterciens (nous y comprenons les Bernardins), sont tombés sous les coups de l'ange du mal et d'un triple ennemi qui les a battus en brèche : le protestantisme du XVIe siècle, la Révolution du siècle dernier, et le libéralisme, dit aussi radicalisme, qui continue à exercer ses ravages dans la société contemporaine.

Dans le canton de Thurgovie, trois maisons d'humbles Cisterciens, dont l'origine remontait au XIIIe siècle, ont été la gloire et le parfum de cette contrée pendant une durée de six siècles. Il fallait au pouvoir le radicalisme maçonnique de 1848 pour anéantir ce foyer de vertus, de paix et de sainteté.

Feldbach, près de Steckhorn, avait été fondé en 1252 dans, un site charmant, presque sur les bords du Rhin. Il avait été l'objet de nombreuses donations de ses bienfaiteurs, les abbés de Reichenau. Quarante abbesses se sont succédé à la tête de cette communauté sainte. En ce moment, l'Abbaye est la propriété de nous ne savons quel particulier. N'est-ce pas Proudhon qui a dit : « La propriété, c'est le vol »? Il a oublié

 

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d'ajouter, au cas que nous signalons, c'est le vol sacrilège.

Un second monastère de Cisterciennes était la Cella de Marie à Kalchrein, fondé en 1230 par le noble Conrad de Klingenberg. Le gouvernement radical de Thurgovie les a expulsées en 1848, et le monastère est devenu une maison de correction!

Les Cisterciennes ou Bernardines de Feldbach, de même que celles de Kalchrein, vivaient dans la plus parfaite harmonie avec leurs Soeurs de Dänikon ou Tennikon. C'est en 1257 que les sires Eberhard de Bichelsée, père et fils, avaient fondé, sur les bords de la Lützelmurg, entre Winterthour et Wyl, ce troisième monastère pour les vierges de l'Ordre de Cîteaux. Les comtes de Toggenbourg, les sires de Landenbourg, et plusieurs autres, s'étaient montrés généreux envers les Cisterciennes de Dänikon. Mais aussi, quel beau nom elles avaient su donner à leur monastère : « La Vallée des Lys »! Vallis liliorum. C'était rappeler à tous, et surtout à elles-mêmes, que la sainte virginité, dont elles donnaient l'exemple, était la vertu privilégiée et nécessaire des enfants de Dieu et de la Vierge Immaculée. Le lys, n'est-ce pas la blancheur de la pureté? Le lys, n'est-ce pas le parfum de la chasteté qui fait le vrai chrétien ? Sicut lilium inter spinas. N'était-ce pas là le chant aimé du grand serviteur de Marie, saint Bernard? C'était en efïet,pour perpétuer le souvenir du passage du saint de Clairvaux à Dänikon, lorsqu'il prêchait la deuxième Croisade, qu'avait été fondé le couvent des Filles de saint Bernard dans cette vallée des lys.

On comprend que leur église, l'église de Notre-Dame des Lys, ait été, dès son origine, visitée avec un pieux empressement par tous les fidèles des environs. Il est vrai que la dévotion à la sainte Mère de Dieu reçut un nouvel élan, lorsque l'église des Lys vit sur ses autels les ornements sacrés, lys mêlés de roses, venus de Rome en 1651. Nous voulons parler du corps virginal de la sainte martyre Aurélie. Il y eut alors redoublement de ferveur à visiter l'église des Cisterciennes de Dänikon. Et cette ferveur populaire s'est à peine ralentie, même après l'expulsion maçonnique des Filles de saint Robert et de saint Bernard. Chaque année, il y a encore affluence à la fête du saint de Clairvaux et à celle de sainte Aurélie, vierge et martyre.

 

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Ce que nous venons de dire de la dévotion populaire à Notre-Dame de Dänikon, se dirait avec non moins de raison et de vérité de toutes les églises des monastères qui fleurissaient autrefois dans le beau pays qu'arrose la Thur. Il y avait les Augustins, que saint Conrad avait établis à Creuzlingen, près de Constance, dès l'an 938. Il y avait aussi à Ittingen les dignes fils de saint Bruno, dont la Chartreuse avait pris la place, en 1462, des Augustins établis en ce lieu depuis trois siècles. Il y avait encore, non loin de Schaffhouse, les filles de sainte Claire, dont « le Paradis », c'était le nom de leur couvent, devait son existence, en 1253, au comte Hartmann de Kybourg, et qui fut enlevé, en 1836, aux pieuses Clarisses, réunies par le radicalisme thurgovien aux filles de saint Dominique établies, en 1242, dans « la Vallée de Sainte-Catherine » près de Dienenhofen. Il y avait, dès 1083, les Bénédictins de Wagenhausen et les Bénédictines de Münsterlingen, dont le monastère a été converti par le radicalisme en Hospice d'aliénés! Or, toutes les églises de ces communautés saintes avaient leur autel de la très Sainte-Vierge, leur Patronne et leur Mère, comme elle est la Mère et la Protectrice des chrétiens, aimant à se porter en foule, pleins de dévotion, aux pieds de Marie Immaculée et de sa resplendissante image.

Il en était de même à Fischingen et à Frauenfeld, lorsqu'en 1848, année d'explosion de haine maçonnique contre l'Eglise, les Pères Capucins furent proscrits de cette dernière ville, où depuis 1591 ils faisaient un bien immense ainsi que dans toute la contrée.

Ici, que de réflexions se pressent sous notre plume ! Nous les livrons à la sagacité du lecteur.

 

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§ 6. ZOUG

 

LA CATASTROPHE DE 1887. — QUATRE MAISONS RELIGIEUSES. — LES BERNARDINES DE FRAUENTHAL. — LES PP. CAPUCINS ET LES SŒURS CAPUCINES A ZOUG. — LES SŒURS DE LA CROIX A CHAMP.

 

 

L'année 1887 a donné à Zoug une lugubre célébrité. Tout un quartier, bien populeux, de cette charmante ville, s'effondrant dans les eaux perfides de son beau lac, quelle catastropher Et, après le désastre, quel spectacle ! Et quelle épreuve pour une population tout entière ! Mais aussi il est doux à notre patriotisme de l'ajouter : quelles vives sympathies a éveillées dans tous les coeurs de la Suisse, sans distinction de confession religieuse, le malheur navrant d'une ville aimée de tous ! Et quel empressement général dans toute la Suisse, à venir en aide à l'infortune qui frappait Zoug! Consolation pour cette ville et ses paisibles habitants. Autre consolation : le Père commun des fidèles lui-même s'est ému du malheur des catholiques de Zoug. Les 4,000 fr. qu'il a su, dans sa pauvreté, leur envoyer, ne sont pas un des moindres soulagements de cette cité dans sa douleur.

Zoug est une ville catholique, entourée d'un pays catholique formant le canton de ce nom. Cependant les sanctuaires de Marie n'y sont pas multipliés. Chaque église, il est vrai, a son autel et ses confréries de la Mère de Dieu. Chaque monastère est comme un foyer vivant de dévotion à la Vierge des vierges.

A une lieue au nord du lac de Zoug, dans une île riante formée par deux bras de la Lorze, peu avant son embouchure dans la Reuss, on voit le beau couvent dit la Vallée de Notre-Dame ou Frauenthal, Vallis Mariae. Des filles de saint Bernard furent établies en ce lieu dès l'an 1231 par le noble chevalier Ulrich de Schnabelbourg et sa digne épouse Agnès d'Eschenbach. L'église des blanches Cisterciennes, on le comprend, est l'église de Marie. Marie a là, depuis plus de six cents ans, un de ses plus doux sanctuaires.

 

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Un autre sanctuaire improprement dit, de la Mère de Dieu, c'est l'église austère des Pères Capucins, fixés à Zoug il y a bientôt trois siècles (1595), pour l'édification sainte de la ville et de toute la contrée. Il en est de même de l'église des Soeurs Capucines, qui ont succédé en 1612 aux Franciscaines, comme celles-ci, en 1591, avaient pris la place des Béguines, qu'on trouve à Zoug déjà en 1309. Leur monastère, auquel est jointe une excellente école, porte le nom de Présentation de la très Sainte-Vierge. Dès lors, leur église ne peut être qu'un beau sanctuaire de Marie.

Cham aussi possède, au pied de son petit château et non loin de sa magnifique église, un vrai sanctuaire de Marie. C'est l'église des Soeurs de la Croix et de leur nombreux et intéressant pensionnat. On y prie, on y chante, on y invoque Marie avec la ferveur qu'y mettent les voix angéliques, dont les harmonies montent, à chaque fête de Marie, vers son trône de grâces et de miséricordieux amour.

Cependant, il faut le dire, les églises que nous venons de mentionner ne sont pas, aux yeux du peuple chrétien, des sanctuaires où il va de préférence porter ses prières à Marie et lui offrir les ex-voto de la reconnaissance.

De ces sanctuaires bénis, nous ne connaissons que : Notre-Dame du Gùbel, la chapelle de Walterschwyl et celle de la Sainte-Vierge, à Zoug.

 

1. Notre-Dame du Gubel

 

LE SITE PRÈS DE SCHOENBRUNN ET DE MENZINGEN. — LES CAPUCINES. — LA VICTOIRE DU GUBEL (1531). — LES DIX-HUIT VEUVES A EINSIEDELN. — CHAPELLE DE MARIE AU GUBEL (1558). — LES GARDIENS ELSENER ET WYSENEGGER. — INCENDIE ET RECONSTRUCTION (1780). — FÊTE COMMÉMORATIVE (1831). — LUCERNE ET MARIAHILF (1843). — DÉFAITE DES CORPS FRANCS. (1845). — L'ADORATION PERPÉTUELLE (1851.)

 

Ce sanctuaire de Marie offre à notre étude le double intérêt de la religion et du patriotisme. Nous pourrions y ajouter l'intérêt ou plutôt le charme de son site. Aussi, que de fois

 

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et avec quel bonheur nous y avons porté nos pas, des bains de Schoenbrunn, soit seul, soit en compagnie de Monseigneur l'évêque de Bâle ou du Dr Edouard Hornstein , théologien autant que littérateur.

A une lieue à l'est de Zoug, s'élève une vaste et verdoyante colline, aux pentes douces et fertiles du côté du nord ainsi qu'à l'est vers Menzingen, où les Soeurs Théodosiennes forment à la piété les jeunes filles de la Suisse dans leur vaste et brillant pensionnat. Au Sud, la colline descend par des pentes rapides jusque sur les bords du lac d'Egeri. Cette colline, qui offre à son sommet de magnifiques points de vue, c'est le Gubel. Il a pour couronne un gracieux monastère avec son église, où le Saint-Sacrement, exposé nuit et jour, appelle sans cesse les adorations des fidèles, et plus encore celles des ferventes Capucines qui habitent ce sommet voisin des nues et tout près du ciel.

Cet asile des Filles de saint François ne remonte pas à une bien haute origine. Ce n'est qu'en 1851 qu'il fut inauguré par la première supérieure, Soeur Salesia Wahr, de Bâle-Ville et deux religieuses, dans le but d'y établir, comme chez les Norbertiennes à Sion près d'Utznach, l'admirable dévotion de l'Adoration perpétuelle du très Saint-Sacrement.

Toutefois, si le couvent du Gubel n'est que d'existence récente, il n'en est pas de même de la chapelle et du sanctuaire de Marie auquel a succédé l'église du monastère.

 

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Le 11 octobre 1531 avait vu l'hérésiarque Zwingli mordre la poussière au milieu des siens à Cappel, sous les murs du monastère Cistercien établi sur les bords de l'Albis, en 1185, par les pieux chevaliers d'Eschenbach.

Après cette sanglante défaite , les Zurichois songèrent à prendre leur revanche. Dans ce but, le capitaine Frey avait réuni un corps de 6,600 hommes, composé de sectaires accourus, non seulement de Zurich, mais de Saint-Gall, de Schaffhouse, de Thurgovie, de Mulhouse et du Toggenberg. Déjà cette armée

 

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de fanatiques avait pénétré jusqu'au coeur du catholique pays de Zoug. Campée au sommet du Gubel, elle menaçait de l'hérésie et du massacre la contrée entière.

Cependant un brave, nommé Iten, d'Aegeri, groupe en silence autour de sa bannière 650 pâtres. Il leur donne le mot d'ordre des catholiques à Cappel : Marie, Mère de Dieu ! Puis il les revêt de sarraus blancs, signe de ralliement, et la nuit venue, après une prière fervente faite à genoux par cette poignée de soldats improvisés, tous gravissent en silence la colline du Gubel. Ils arrivent aux portes du camp des zwingliens. Ils y pénètrent. L'action s'engage. Bientôt le sol est jonché de cadavres : 1300 ennemis sont tombés, comme à Sempach, sous les coups des Morgenstern. Frey lui-même est au nombre des morts. Le reste de son armée se débande, jette ses armes, et cherche son salut dans la fuite.

Cette victoire de 650 pâtres, dont le zèle pour la foi a fait autant de héros, eut lieu le 23 octobre 1531, trois semaines après la victoire de Cappel.

Ainsi raconte l'histoire. Nous disons l'histoire tronquée, incomplète, connue sous le nom d'histoire profane. Mais voici ce qu'elle ne raconte pas.

Nous lisons dans le registre des anniversaires de Menzingen : « A l'époque où les cinq cantons catholiques étaient violemment menacés de la perte de leur foi et de leur liberté, en 1531, du 20 octobre au 19 novembre, dix-huit veuves choisies parmi les plus pieuses de la contrée, étaient à Einsiedlen où elles avaient été envoyées des cantons catholiques, et là, nuit et jour, elles se succédaient six à six aux pieds de la très Sainte-Vierge devant sa sainte chapelle, et la priaient sans discontinuer pour le succès des armes catholiques. »

Et maintenant, aux yeux de quiconque a la foi et connaît l'efficacité de cette toute-puissance que Dieu a mise aux mains de l'homme sous le nom de prière, nous osons le demander : à qui revient avant tout l'honneur de la victoire inespérée du Gubel? Et à qui, trois semaines auparavant la gloire de Cappel ? Car tandis que les guerriers, comme plus tard à Willmergen, courent à la bataille à ce mot d'ordre : Marie, Mère de Dieu!

 

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n'oublions pas que des milliers de voix de femmes, d'enfants et de vieillards ne cessaient de monter vers le ciel et de dire à Marie : Reine de la victoire sur toutes les hérésies, sauvez-nous ! sauvez nos pères, nos époux, nos fils et nos frères !

 

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La foi éclairée et vive des vainqueurs du Gubel n'hésita pas à le proclamer : « C'est à Marie, c'est à la Mère de Dieu, s'écrièrent-ils d'une commune voix, que nous devons la victoire. Il est donc juste, ajoutèrent-ils, de consacrer à jamais le souvenir d'un événement qui nous a valu la paix, la liberté et la conservation de la foi chrétienne dans sa plénitude et sa pureté. Qu'un sanctuaire s'élève sur le lieu du combat, à la gloire du Dieu tout-puissant, à l'honneur de son Immaculée Mère et du saint évêque Séverin, comme aussi de toute l'armée céleste, en actions de grâces d'une victoire dont l'éclat n'est autre que l'éclat même d'un miracle. »

Et comme à Morgarten, comme à Sempach, la chapelle fut bâtie au sommet du Gubel, dès qu'une ère de paix durable se fut levée sur la patrie Suisse (1558).

Un siècle après, la chapelle de Marie au Gubel, visitée souvent par de pieux pèlerins, eut enfin son gardien. Caspar Elsener, de Menzingen, n'avait pas oublié, dans la tourmente des camps, la foi, la piété de son jeune âge. A son retour du service de France, il voua sa vie à honorer la divine Mère en gardant sa sainte chapelle. Avec le concours de personnes pieuses, et d'hommes bien pensants, entre autres, de son ancien capitaine, le baron de Zurlauben, de Zoug, Elsener se construisit une humble demeure où il vécut saintement jusqu'en 1689, année de sa mort. Après lui, d'autres Frères ermites occupèrent ce poste d'honneur. Le plus distingué parmi eux fut le Père Joseph Wisenegger, prêtre du Tiers-Ordre de Saint-François. Il était originaire du diocèse de Salzbourg. Il est mort au Gubel en odeur de sainteté l'année 1751, après avoir passé près de quarante ans dans cette solitude. Son corps repose dans le choeur de la chapelle.

Trente ans après, un incendie dévora la chapelle avec l'ermitage.

 

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C'était le 13 octobre 1780, en plein jour. On remarque cette particularité, que le feu respecta le maître-autel et les sceaux de sa consécration, au point qu'on aurait pu, dès le lendemain même de l'incendie, y célébrer la messe.

L'année suivante, on reconstruisit la chapelle, qui ne fit que gagner en dimension et en beauté.

Trois siècles après la bataille du Gubel, le 23 octobre 1831, un nombre imposant de fidèles étaient assemblés dans la chapelle de Marie et autour de son enceinte trop étroite. Cette foule pieuse, recueillie, émue, célébrait l'anniversaire de la victoire de 1531. Et chaque année, à la date du 23 octobre, fête de saint Séverin, un service solennel a lieu dans le sanctuaire de Marie, où la voix de l'éloquence à la fois chrétienne et patriotique fait couler de bien douces larmes.

 

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En 1843, Notre-Dame Auxiliatrice, c'est le nom sous lequel Marie est invoquée au Gubel (Mariahilf), vit à ses pieds, sur ses sommets radieux, un pèlerinage animé du plus noble enthousiasme. C'était le canton de Lucerne tout entier qui se donnait rendez-vous dans le sanctuaire de la Reine des victoires.

Ce canton catholique était alors sous le coup des menaces les plus violentes du « libéralisme » en Suisse. Contre les .Jésuites, appelés à Lucerne en 1844 par un gouvernement qui avait la sainte audace de sa foi, tous les « libéraux » de la Suisse, protestants ou prétendus catholiques, hurlaient en choeur. Ils en voulaient surtout à un homme de foi, de conviction et d'énergie. Cet homme, une des gloires impérissables du canton de Lucerne, c'était Joseph Leu, d'Ebersol. Déjà le « libéralisme », sous sa peau de brebis, fourbissait dans l'ombre l'arme qui devait faire du brave Leu un martyr de la religion et de la liberté. Leu s'en doutait-il? Pensait-il, lui, l'homme de la droiture et de la loyauté, que la haine de ses adversaires politiques pût aller jusqu'au meurtre, jusqu'à l'assassinat maçonnique? Quoiqu'il en soit, Leu était, en 1843, â la tête du pèlerinage national que nous venons de mentionner. Et il était là, disait-il aux hommes qui voulaient parler de politique à ses milliers de concitoyens,

 

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« non pour faire de la politique, mais uniquement pour prier Celui qui donne la sagesse dans les conseils et le courage au sein des combats. »

Deux ans ne s'étaient pas écoulés, que Lucerne était mis en demeure de produire au grand jour et cette sagesse et ce courage. Le 1er avril, un corps franc, composé de plus de 14.000 fanatiques, aux ordres du fougueux Ochsenbein, envahissait le canton de Lucerne. Cette troupe, levée et stipendiée par la maçonnerie, qui lui avait fourni armes et canons, s'avança, à travers quelques succès partiels, jusque sur la hauteur du Gütsch, d'où elle pouvait à son aise bombarder Lucerne.

C'en était fait de la ville et de son gouvernement catholique. Mais aux pieds de la Vierge du Gubel, des voix suppliantes se faisaient entendre avec une grande ferveur. Ces voix étaient pures. C'étaient celles des enfants de Menzingen, priant Marie de protéger la ville de Lucerne et son canton et de mettre en fuite ses perfides envahisseurs. La prière des anges de la terre est entendue. Au moment oit Lucerne va tomber aux mains des corps-francs, une panique s'empare de cette nouvelle armée de Suédois; elle se débande; elle prend la fuite. Et dans sa fuite précipitée, elle va se heurter, à Malters, aux armes d'un bataillon de milices lucernoises qui tue une centaine de « corps-francs », fait déposer les armes au reste de la bande et ramène 1,800 prisonniers à Lucerne. Il va sans dire que le brave général de cette armée avait trouvé son salut dans la fuite. La gloire du général rejaillissait sur Berne. Et Berne, fière de son héroïsme, l'en récompensa en l'élevant peu après aux premières charges de la République.

En attendant, la victoire avait couronné les drapeaux du catholicisme et de la liberté de tout un pays. Et cette prompte victoire, le pays vainqueur en faisait hommage à juste titre à Celle que des milliers de voix n'avaient cessé d'invoquer, et n'avaient pas invoquée en vain.

 

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La victoire de Malters avait eu lieu le 30 mai 1845. Pendant tout le mois de juin, on vit des milliers de pèlerins gravir les

 

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collines du Gubel. Les uns allaient accomplir leur voeu fait à Notre-Dame de Bon-Secours. Les autres allaient la supplier de ramener la paix dans la Suisse agitée et profondément troublée par le mot d'ordre maçonnico-libéral : Guerre aux Jésuites !

C'est dans ces circonstances, pleines de menaces pour la liberté de conscience, qu'une pensée généreuse vint à éclore. Pour appeler sur la patrie suisse, et en particulier sur les cantons catholiques, les bénédictions d'en Haut, on résolut de fonder, près de la chapelle de Marie au Gubel, un monastère ayant pour but l'expiation et la réparation, par l'adoration perpétuelle de Jésus-Christ dans le Sacrement de son amour. Ce projet, ratifié par la commune de Menzingen, reçut la haute approbation du pieux et savant évêque de Bâle, Joseph-Antoine Salzmann, lucernois d'origine. Le 23 octobre 1846, la première pierre du couvent fut posée. Grâce aux souscriptions volontaires et aux libéralités qui eurent lieu en faveur de cette grande oeuvre, le monastère fut achevé en 1851, et le 24 septembre, les trois premières religieuses dont nous avons parlé, y firent solennellement leur entrée et leurs voeux. Leur oeuvre de zèle a prospéré. Le Gubel compte de nos jours plus de trente Capucines, qui ne savent qu'une chose : aimer Jésus-Christ et le servir, en le glorifiant dans le plus doux de ses bienfaits, comme aussi en bénissant et invoquant nuit et jour sa divine Mère.

 

2. Chapelle de Marie à Walterschwyl

 

LES CISTERCIENS DE WETTINGEN. — UNE FONDATION. —

PÈLERINAGE.

 

Nous voici à une lieue et demie de Baar, non loin des bords de la Sihl. Au pied d'un vieux castel, habité jadis par de preux chevaliers, s'élève un groupe de maisons que domine de sa tour gracieuse, où se balancent deux voix aériennes, un sanctuaire assez vaste pour être orné de trois autels.

Cette chapelle dédiée à la Sainte-Vierge et à son fidèle serviteur saint Wendelin, c'est Notre-Dame de Walterschwyl.

 

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Et les maisons qui l'entourent sont les anciens bains de ce nom. Ils furent longtemps la propriété des Cisterciens de Wettingen, lesquels, las d'incessantes vexations, s'en dessaisirent totalement en 1750.

Bientôt après, les bâtiments et les bains, mal entretenus, s'en allèrent à moitié en ruines. La chapelle resta debout.

Des mains pieuses eurent soin de la conserver et de l'orner. Dès le XVe siècle, on allait y prier la douce Mère des miséricordes. Les prières et les visites à son sanctuaire se ralentirent, il est vrai, après le départ du Père cistercien chargé de l'administration des bains et de la desserte de la chapelle. Néanmoins, la sainte Messe continua à y être célébrée au moins le dimanche en faveur des catholiques des environs. Une fondation eut même lieu dans ce but.

De nos jours, la chapelle de Marie, avec son autel renouvelé et sa Vierge des Sept-Douleurs, voit de nombreux pèlerins y apporter la ferveur de leurs supplications. Ils peuvent s'appliquer à eux-mêmes la devise de Wettingen qui brille dans ses armes au-dessous de l'Étoile des mers : Non mergor. « Je ne fais point naufrage. » Non, point de naufrage, dit le grand poète de Marie, le doux saint Bernard, « point de naufrage possible pour l'âme qui sait invoquer l'auguste Reine du Ciel. »

 

3. Chapelle de Marie à Zoug

 

ANTIQUITÉ. — FONDATIONS ET CHAPELAINS. — BAPTÊMES.

 

« En 1280, raconte la Chronique de Zoug, la fête de Notre-Dame des Neiges vit arriver, à la suite du chevalier Pierre de Schwanden, une immense procession aux pieds de la Sainte-Vierge dans sa chapelle de Zoug. »

On voit que l'origine de ce sanctuaire de Marie remonte bien haut. C'est ce qui explique en partie la ferveur du peuple chrétien à y porter ses pas et ses prières. Les siècles y ont laissé l'empreinte de leurs bienfaits. De nombreuses fondations ont été faites en ce lieu vénéré par toute une suite de

 

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générations dévouées au Fils de Dieu et à son Immaculée Mère. Aussi deux chapelains sont au service de ce sanctuaire, où la statue de Marie portant dans ses bras le divin Enfant, est pleine de grâce et d'attraits.

Ce sanctuaire qui s'élève dans la vieille ville sur les bords du lac, dont elle domine les flots, est le plus ancien monument religieux de Zoug. C'est pour cela, sans doute, qu'on continue à travers les siècles à y porter les nouveaux-nés, pour recevoir aux pieds de la Mère des chrétiens le bienfait de la régénération baptismale.

 

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Nous terminons ici la notice des sanctuaires consacrés à la Vierge Immaculée dans le diocèse de Bâle, d'où l'ordre que nous nous sommes tracé nous appelle dans le

 

 

II DIOCÈSE DE COIRE

 

§ 1. LES GRISONS

 

MARIE INVOQUÉE DÈS LES PREMIERS SIÈCLES. — L'HÉRÉSIE ET SES RAVAGES. — LE SCHISME DE 1873. — IGNORANCE ET CORRUPTION. LES « RÉFORMATEURS » (Sic) DES GRISONS. — SANCTUAIRES DE MARIE CONSERVÉS.

 

Ce diocèse est bien l'un des plus anciens de la Suisse. La religion chrétienne y fut prêchée et pratiquée dès les premiers siècles de notre ère. Les premiers évangélisateurs de la vaste contrée des Grisons ne furent autres, pensons-nous, que les soldats chrétiens qui se trouvaient en nombre sans cesse grandissant dans les légions romaines, occupant ou parcourant ce pays.

Un de ces apôtres ceints de l'épée fut sans doute le soldat

 

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martyr, saint Fidèle , martyrisé à Côme, sous l'empereur Maximien.

Mais avant lui déjà, en remontant au IIe siècle, la tradition nomme saint Lucius et la sainte martyre Emérita, qui vinrent  semer dans les Grisons le bon grain de l'Evangile.

Mais quels furent les premiers évêques de Coire ? On l'ignore sans doute. Le plus ancien dont l'histoire nous dise le nom est saint Asimo, dans la première moitié du Ve siècle. Après lui sur le siège de Coire, viennent d'autres évêques honorés comme saints dès la plus haute antiquité. Ce sont saint Valentin en 540 et saint Ursanne II, vers 720.

Dans le diocèse de Coire, et en particulier clans les vallées des Grisons, le nom du Fils de Dieu fait homme ne put être prononcé ni adoré sans qu'on y mêlât dès l'origine le nom virginal, immaculé, de sa très douce Mère. Marie eut ainsi dès les siècles les plus reculés ses pieux invocateurs, puis ses premiers sanctuaires sur les bords de l'Inn et du Rhin. Ces sanctuaires, comme les autels de Marie, allèrent en se multipliant avec la foi des siècles. Le culte de la divine Mère, rayonnant au loin, de l'antique cathédrale de Coire dans toutes les montagnes des environs, avait atteint son apogée, lorsque la tempête du XVle siècle éclata soudain sur l'Eglise et se déchaîna comme un ouragan sur les religieuses populations du diocèse de Coire.

 

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L'ignorance produit l'erreur, et l'erreur appuyée sur l'orgueil devient l'hérésie. Elle devient aussi le schisme. Car le schisme ignore comme l'hérésie, ou feint, comme elle, d'ignorer la vérité. Nous parlons, on l'a compris, de la vérité chrétienne, inconnue ou méconnue, travestie, dédaignée ici par le schisme ignorant, là par l'ignorante hérésie. Hérésie ou schisme, les mauvaises moeurs en sortent comme les vers d'une chair pourrie. Abaissé, avili, dégradé, un homme que ronge l'immoralité, fille de l'erreur, est mûr pour l'apostasie. Il n'aime pas, il ne peut pas aimer la religion qui le condamne. Il est dans la nature du vice de haïr la vérité; il la fuit, il la persécute, il lui fait la guerre.

 

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Tels furent, ignorants et vicieux, au XVIe siècle, Luther en Allemagne, et en Suisse Zwingli, OEcolampade et Farel.

Impatients du joug sacré de la chasteté sacerdotale, ils ont secoué du même coup, et par contre-coup, avec ce noble joug, le joug divin de la vérité. L'erreur les a revêtus de son manteau de malédiction, ou plutôt ils ont eux-mêmes jeté ce manteau, comme une cuirasse, sur la honte de leur vie et l'infamie de leurs moeurs sacrilèges.

Ils ont fait plus. Poussés par l'esprit d'orgueil, qui est bien l'esprit de Satan leur maître, Luther, Zwingli et les autres, ont rivalisé de haine contre la vérité, et de zèle pour la détruire en la défigurant. Car la vérité religieuse est tout entière ou elle n'est, en ses tronçons, que chimère et absurdité.

Cependant, il faut bien l'avouer, les pères du mensonge auraient eu beau, au XVIe siècle, déployer tout le bruit de leur faconde, si de leur temps la société eut été moins ignorante. C'est l'ignorance du peuple qui a fait le succès, le triomphe du prêche hérétique. Nous en avons une preuve éclatante dans le siècle où nous vivons. Des prêtres libertins, vicieux, ignorants, se sont érigés en docteurs de mensonge. Emules du moine allemand et de ses consorts, n'ont-ils pas levé l'étendard de la révolte contre la vérité catholique? Forts de l'appui du pouvoir civil, n'ont-ils pas remué ciel et terre pour créer au sein et aux dépens du catholicisme, une nouvelle secte non moins absurde que celle des Luther, des Zwingli et des Farel ? Et quel écho a trouvé leur parole ? Quelle adhésion a rencontré leur schisme hérétique? L'ignorance seule a répondu au bruit de leur tam-tam, l'ignorance, disons-nous, avec son triste cortège de vices, d'orgueil, de fausse science et d'impiété. Voilà bien en deux mots la secte vieille-catholique. Et pas une âme de bonne foi, même parmi ses membres, ne songera à le contester.

Nous avons donc ici, sous nos yeux, la contre-épreuve de ce qui s'est passé dans notre Europe au XVIe siècle de l'ère chrétienne. Si des peuples entiers se sont jetés dans les bras de l'erreur, si leurs chefs, au nom d'une fausse liberté, leur en ont imposé le joug dégradant, c'est que ces peuples étaient laissés

 

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dans l'ignorance de la vérité religieuse. Etait-ce le crime du clergé ? Oui et non. Le clergé lui-même n'était rien moins qu'instruit. Nous n'en voulons d'autre preuve que l'empressement d'un trop grand nombre d'ecclésiastiques, à applaudir aux erreurs faciles des hérésiarques, à leurs exemples et à leur évangile, plus commode que l'Evangile de Jésus-Christ et de sa divine Eglise.

N'est-ce pas l'ignorance du clergé qui explique, bien plus encore que son absence de piété ou de moralité, ce fait monstrueux qu'en 1528, sur 200 prêtres et plus, la plupart à la tête des paroisses dans le canton de Berne, et il ne s'en est pas trouvé 30 qui aient préféré l'exil à la perte de leur âme, de leur religion et de leur foi? Même phénomène à Bâle, à Zurich, à Saint-Gall, à Neuchâtel, à Genève et à Lausanne. Et ce sont tous ces prêtres, séculiers ou moines, que leur ignorance rendaient prévaricateurs, traîtres à Dieu, à l'Eglise au peuple et à eux-mêmes, ce sont ces tristes Judas que le protestantisme, bon gré malgré, appelle ses pères. Triste origine et triste gloire d'une religion qui n'en est pas et qui n'en peut être une

 

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Ces réflexions nous sont inspirées tout naturellement par la chiite de la moitié et plus de la population catholique des Grisons, entraînée, à la suite d'un trop grand nombre d'ecclésiastiques ignorants et sacrilèges, dans l'abîme de l'erreur, où tant d'âmes continuent à se débattre et à se complaire.

D'après Hottinger et Ruchat, le curé de Davos, un certain Conrad, fut le premier dans lés Grisons à lever le drapeau de la révolte et à prêcher avec les deux Italiens, Biveroni et Salandroni, dès l'année 1522, « le pur Evangile » dans ce pays. Ces « apôtres » furent bientôt suivis dans leur ministère de mensonge par Jean Dorfmann, dit Comander, curé de Coire, secondé en 1524 par les Marmorio, les Stratio et les Bisaccio, qui exerçaient leurs ravages dans l'Engadine, tandis qu'un Monlazio en faisait autant dans la vallée de Munster, et un Saluzio dans tout le pays. En même temps un Brunner et un

 

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Hartmann, de Sargans, détruisaient la foi à Ilantz, pendant qu'un Samuel Frick, curé de Mayenfeld, à peine revenu de Rome, cédait à l'esprit d'erreur et pervertissait sa propre paroisse. En 1525, on ne comptait pas moins de quarante missionnaires zwingliens semant leurs erreurs à pleines mains dans les trois ligues des Grisons. En face de ce débordement, l'évêque de Coire, Paul Ziegler, avec les chanoines de sa cathédrale et l'Abbé de Saint-Lucius, Théodore Schlegel, essayèrent en vain de s'y opposer en portant leurs plaintes, en 1525, devant l'assemblée des représentants des ligues réunies à Coire. Ceux-ci, gagnés en partie à la cause de l'erreur, n'y répondirent qu'en demanda* une conférence religieuse, dont ils fixèrent le jour et le lieu. Elle devait se tenir à Ilantz, le 7 janvier 1526. Cette conférence eut lieu en effet à la date fixée. L'Abbé de Saint-Lucius et l'Official de l'Evêché y parurent. lls n'eurent pas de peine à défendre victorieusement les vérités catholiques, attaquées avec violence par les curés Dorfmann et Saluzio, qui avaient appelé à leur aide deux Zurichois, le ministre Hofmayer et l'helléniste Amman. Cependant cette « disputation » n'eut d'autre résultat que l'obstination plus grande des hérétiques dans leurs erreurs et leur acharnement à détruire les statues et les images de Marie et des saints dans les églises à Coire, à Ilantz et en vingt autres lieux. C'était là ce qu'on appelait, avec la suppression de la Messe et des Sacrements, et avec le mariage des prêtres, abolir le papisme. Que de sanctuaires où Marie, dans le canton des Grisons, était jusque-là pieusement invoquée, ont succombés à ce vandalisme de l'impiété iconoclaste, qui décorait ses erreurs et son pavillon du nom menteur de Réforme !

 

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Malgré ces fureurs« de l'impiété dans les Grisons, comme autrefois en Israël, des milliers de genoux refusèrent de fléchir devant Baal et continuèrent à adorer le Dieu de nos autels et de nos tabernacles. Leur dévotion éclairée envers la divine Mère du Sauveur n'en devint que plus ardente. Marie vit ses sanctuaires ornés avec plus de zèle et de goût, se remplir des

 

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chrétiens, demeurés, sous sa sauvegarde puissante, fidèles à Dieu et à sa sainte Eglise.

Nous trouvons encore, dans les Grisons, comme épaves échappées au naufrage de la foi, sept beaux sanctuaires de Marie, où les 43.000 catholiques du canton aiment à invoquer leur Mère.

Nommons avant tout

 

1. Notre-Dame de Dissentis