Par Marie d’Agréda
P. BONAVENTURE
AMADEO DE CESARE, M. C., Consulteur de la sacrée Congrégation romaine de
l’index.
Traduite de
l’Italien par l’Abbé Joseph-Antoine Boullan, Missionnaire du Précieux Sang et
Docteur en Théologie.
Paris, 1853
Abbaye
Saint Benoît – Bibliothèque
VIE DIVINE DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE MARIE
LA TRÈS SAINTE VIERGE DANS L’ENTENDEMENT DIVIN SES SAINTS
PARENTS.
IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE SES SAINTS EXERCICES DANS
LE SEIN DE SAINTE ANNE.
DE L’HEUREUSE NAISSANCE DE MARIE. PRÉMICES DE SA VIE
TOUTE MERVEILLEUSE.
SAINTES OCCUPATIONS, ET SA PRÉSENTATION AU TEMPLE.
BIENHEUREUSE MORT DE SES SAINTS PARENTS. PERSECUTIONS QU
ELLE SOUFFRE.
SES ÉPOUSAILLES AVEC LE CHASTE SAINT JOSEPH.
ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE ET INCARNATION DU VERBE.
VISITE DE LA SAINTE VIERGE A SAINTE ELISABETH. NAISSANCE
DE SAINT JEAN-BAPTISTE.
RETOUR DE LA SAINTE VIERGE A NAZARETH.
VOYAGE DE LA SAINTE VIERGE A BETHLÉEM. NAISSANCE DE
JÉSUS.
CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR
ARRIVÉE DES ROIS MAGES. ADORATION DE L’ENFANT.
MALADIE ET PRÉCIEUSE MORT DE SAINT JOSEPH.
PRÉLUDES DE LA PRÉDICATION DE JÉSUS-CHRIST.
PRÉDICATION DE NOTRE-SEIGNEUR, ET COOPÉRATION DE LA
SAINTE VIERGE.
ENTRÉE TRIOMPHANTE DE JÉSUS-CHRIST A JÉRUSALEM.
COMMENCEMENT DE LA PASSION JUSQU’AU PRÉTOIRE DE CAÏPHE.
SUITE DE LA PASSION JUSQU’A LA SENTENCE DE MORT.
JÉSUS MONTE AU CALVAIRE, SA MORT.
COUP DE LANCE AU DIVIN CÔTÉ, SÉPULTURE, ET RETOUR DE LA
SAINTE VIERGE AU CÉNACLE.
RÉSURRECTION DU SEIGNEUR, ET GRANDE JOIE DE LA DIVINE
MÈRE. AUTRES MERVEILLES.
ASCENSION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST AU CIEL. ET
FAVEUR SINGULIÈRE DE LA DIVINE MÈRE.
DES SAINTS EXERCICES DANS LE CÉNACLE AVANT LA PENTECÔTE.
VENUE DE L’ESPRlT-SAlNT. CE QUI ARRIVE A LA SAINTE
VIERGE.
LES APOTRES SORTENT DU CENACLE POUR PRÊCHER. MIRACLES
OPÉRÉS PAR LA DIVINE MÈRE.
ON FAIT CONNAITRE UN NOUVEAU MIRACLE DE JÉSUS POUR LA
TRÈS SAINTE VIERGE.
PRUDENCE DE LA VIERGE MÈRE DANS LE GOUVERNEMENT DES
FIDÈLES. CE QU’ELLE FIT AVEC SAINT ETIENNE.
LA TRÈS-SAINTE VIERGE RETOURNE A JÉRUSALEM SES AUTRES
VICTOIRES CONTRE LUCIFER.
DERNIER TRIOMPHE DE LA DIVINE MÈRE. ÉTAT OU LE SEIGNEUR
L’ÉLEVA.
CE QUE FIT LA DIVINE MÈRE LORSQUE LES SAINTS ÉVANGILES
FURENT ÉCRITS.
EXERCICES DE DÉVOTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE, ET
PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION.
FÊTES CÉLÉBRÉES PAR LA REINE DES ANGES.
L’ARCHANGE GABRIEL ANNONCE A LA SAINTE VIERGE SON
HEUREUSE MORT. MERVEILLES QUI ARRIVENT.
L’HEUREUSE MORT DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE. ET SÉPULTURE DE
SON CORPS TRÈS-PUR.
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Avant de commencer à écrire la vie admirable de la divine Mère de Dieu, il
est nécessaire de faire connaître le rang sublime qu’elle eut de toute éternité
dans l’entendement divin. Quoique l’intelligence divine une, indivisible et
très simple, conçoive dans un acte infiniment simple, n’y ayant pour elle ni
temps passé, ni futur; néanmoins selon notre manière de comprendre nous
distinguons comme différents moments. I. Dieu dans les profondeurs de
l’éternité connaît ses attributs, ses perfections avec une inclination infinie
à se communiquer au dehors, comme souverain bien infini. II. Il décrète de
faire cette communication de lui-même au dehors par la participation et la
manifestation de ses grandeurs. III. Il détermine l’ordre, la manière et la
disposition de cette communication, décrétant que le Verbe divin se rendrait
visible dans la sainte humanité. IV. Il décréta les dons et les grâces qu’il
devait donner à l’humanité divinisée du Christ, chef de toutes les créatures.
Alors réglant l’économie parfaite de l’Incarnation, il y comprit la Vierge Mère
avant tout autre décret concernant la création des autres créatures. Dieu
encore détermina de. créer un lieu où le Verbe incarné put habiter avec sa
divine Mère; et premièrement pour eux seuls .il décréta de créer le ciel et la
terre, avec les astres, les éléments et tout ce qu’ils contiennent, et
secondairement
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pour les hommes
qui devaient être les vassaux de ce grand roi et de cette grande reine. V. Il
décréta la création de la nature angélique pour être en présence de la Majesté
divine pour l’honorer et l’aimer: elle devait servir aussi le Verbe Éternel
fait homme et sa très sainte mère leur reine. A ce moment appartient la
création du ciel empyrée, pour que la gloire de Dieu s’y dévoile et que les
bons y soient récompensés, ainsi que la prédestination des bons anges et la
réprobation des mauvais; la création de la terre pour les autres créatures et
de l’enfer dans son centre pour le châtiment des esprits rebelles. VI. Il
décréta de créer un peuple et une société d’hommes semblables au Christ et ses
frères. Dieu ordonna les faveurs et les grâces qu’il devait donner à ce peuple
par les mérites du Christ, et la justice originelle de l’homme s’il y voulait
persévérer. Il prévit la prévarication et la chute d’Adam, et en lui celle de
tous ses descendants, à l’exception de la divine mère, qui ne fut pas comprise
dans ce décret postérieur. Il décréta que ce malheur serait réparé et que
l’humanité du Christ serait passible.
Pour l’exécution de ces décrets dans le temps, Dieu créa le ciel et la
terre, et la lumière non seulement matérielle, mais aussi intellectuelle,
c’est-à-dire les anges et à la division de la lumière des ténèbres arriva la
séparation des bons et des mauvais esprits. Les anges demeurèrent quelque temps
dans l’état d’épreuve qu’on peut diviser en trois instants: au premier ils
furent créés et ornés des dons de la nature et de la grâce; au second, la
volonté de leur créateur leur fut proposée, pour la suivre, et obtenir la fin
pour laquelle ils avaient été créés. Il leur donna de très vives lumières sur
le bien et le mal, les récompenses et les châtiments éternels. Les uns furent
obéissants les autres rebelles; les bons furent confirmés en grâce et
récompensés de la gloire éternelle;
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les obstinés
furent châtiés et précipités dans l’enfer pour y être éternellement tourmentés.
Le motif de cette rébellion et de cette disgrâce fut que les anges ayant eu une
très claire connaissance de l’être divin avec l’unité d’essence et la trinité
des personnes, ils reçurent commandement d’adorer Dieu comme leur créateur. Ils
obéirent tous à ce précepte, mais avec quelque distinction. Lucifer se soumit
parce qu’il crut impossible de faire le contraire; mais il ne le fit pas avec
une parfaite charité, et bien que cette lâcheté à opérer ces premiers actes ne
le privât point de la grâce, sa mauvaise disposition vint de là, car ses vertus
et son esprit en furent affaiblis. Dieu leur manifesta qu’il devait créer une
nature humaine, et que la seconde personne de la très sainte Trinité devait
s’incarner et élever la nature humaine à l’union hypostatique; ils reçurent le
commandement d’adorer cet homme-Dieu et de le reconnaître pour chef de toutes
les créatures. Lucifer résista à cet ordre et provoqua ses adhérents à faire de
même, il leur persuada qu’il serait leur chef et qu’il constituerait un royaume
indépendant du Christ. Mais sa méchanceté s’accrut lorsqu’il lui fut proposé de
reconnaître comme reine et souveraine, une vierge, mère du Christ, qui devait
être enrichie des dons de grâce et de gloire, de manière à surpasser toutes les
autres créatures angéliques et humaines. Il résista par d’horribles blasphèmes
et condamna ces décrets divins comme injustes et injurieux à sa grandeur. Cette
superbe présomption irrita si fort le Seigneur, qu’il annonça au serpent dans
le paradis terrestre qu’Elle (Marie) lui écraserait la tête, ipsa conteret
caput tuum.
Après avoir précipité du ciel les anges rebelles et Lucifer leur chef, Dieu
créa les autres créatures sur le modèle du. Christ et de la vierge mère comme
leurs divins exemplaires ; mais surtout il forma Adam et Eve en tout semblables
à ces
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divins originaux.
Il leur donna le mouvement et une entière-perfection, enfin il les bénit en
considération de leur parfaite ressemblance avec leurs modèles. Le Seigneur
cacha à Lucifer la création d’Adam et d’Eve pendant une partie du temps qu’ils
vécurent ensemble. Dieu agit ainsi pour jeter le démon dans le doute, si Eve
était celle qui devait lui écraser la tête, et Adam le Verbe incarné. La rage
de cet implacable ennemi commença à dresser des embûches ;. ayant réussi à
perdre la femme et par son moyen l’homme, il en triompha orgueilleusement avec
ses démons. Mais sa satisfaction ne fut pas de longue durée, parce qu’il vit
combien Dieu s’était montré miséricordieux à l’égard des criminels et qu’il
leur rendrait sa grâce et son amitié par le moyen de la pénitence; et ce lui
fut un nouveau tourment d’ouïr la menace qu’une femme lui écraserait la tête.
Le genre humain se multiplia par la bénédiction divine,. et le Seigneur se
choisit un peuple élu, et dans ce peuple une lignée illustre et sainte, de
laquelle il devait descendre selon la chair. Il fit des faveurs signalées à ce
peuple, et lui révéla des mystères profonds: il suscita de saints patriarches
et prophètes, qui devaient lui montrer en figure le Verbe incarné et lui
annoncer de loin sa venue si désirée. Enfin le temps marqué approchant , Dieu
envoya au monde deux flambeaux très éclatants, qui annonçaient la prochaine aurore
du soleil de justice Jésus, notre Sauveur. Ces deux flambeaux furent saint
Joachim et sainte Anne, que la volonté divine avait préparés et créés afin
qu’il fussent les parents de la vierge mère de Dieu. Joachim avait sa maison
avec ses parents et amis à Nazareth, petite ville de Galilée. C’était un homme
juste et saint, éclairé d’une lumière spéciale qui lui faisait connaître les
mystères des saintes écritures et le sens des prophéties. Sainte Anne avait sa
maison à Bethléem; elle était
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chaste, humble et
belle; elle avait aussi de grandes illustrations sur les sens profonds des
divines prophéties. L’archange Gabriel fut envoyé en forme corporelle à sainte
Anne, pour lui ordonner de prendre Joachim pour époux. Il alla peu après vers
Joachim et l’avertit en songe de prendre sainte Anne pour épouse. Le saint
mariage s’accomplit sans que l’un découvrit à l’autre son secret. Les deux
saints époux habitèrent à Nazareth, et suivirent les voies du Seigneur, donnant
la plénitude des vertus à toutes leurs oeuvres. Ils faisaient tous les ans
trois portions de leur revenu; ils offraient la première au temple , ils
distribuaient la seconde aux pauvres , et destinaient l’autre pour l’honnête
entretien de la famille. Les saints époux passèrent vingt ans sans avoir aucun
enfant, ce qui était réputé comme une honte; c’est pourquoi ils essuyèrent de
leurs voisins plusieurs opprobres, parce qu’on croyait que ceux qui n’avaient
pas d’enfants n’auraient aucune part au futur Messie. Ils étaient même injuriés
par les prêtres comme des êtres inutiles et Joachim étant allé au temple pour
prier, un prêtre appelé Issachar, le renvoya parce qu’il offrait étant stérile,
et dès lors indigne d’offrir des sacrifices. Le saint homme se retira tout
affligé; il s’en alla à une
maison de campagne, priant le Seigneur avec larmes de lui donner un enfant, et
il fit voeu de le lui consacrer dans son temple. L’ange du Seigneur apparut à
sainte Anne, et lui déclara, qu’il serait agréable à la divine Majesté qu’elle
demandât une postérité. La sainte fit ce qui, lui était dit et promit à Dieu de
lui consacrer le fruit qu’il daignerait lui accorder. Les demandes de saint
Joachim et de sainte Anne arrivèrent en présence du trône de la divine Majesté.
L’archange Gabriel fut envoyé à saint Joachim: le Très-Haut, lui dit-il, a
exaucé tes prières , et Anne ton épouse concevra et enfantera une fille qui
sera bénie entre
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toutes les
femmes, et que les nations reconnaîtront pour bienheureuse; le Seigneur veut
que dès son enfance, elle lui soit consacrée dans le temple. En même temps
sainte Anne était élevée dans une contemplation très-sublime, et toute absorbée
dans le mystère de l’incarnation, elle priait avec ferveur le Seigneur de la
rendre digne de voir et de servir’ cette femme si heureuse et si favorisée qui
devait être la mère du Messie attendu. Ce fut alors que le saint archange
Gabriel se présenta à elle, lui annonçant que Dieu la choisissait pour être la
mère de la très sainte mère de son divin fils. Toute remplie d’une surprise et
d’une joie inexprimable, elle alla au temple remercier le Seigneur et lui
rendre de dignes actions de grâces. Elle rencontra saint Joachim et lui
manifesta les promesses de l’archange, sur quoi ils allèrent tous deux au
temple renouveler leurs voeux et rendre de vives actions de grâces à l’auteur
de ces merveilles. Ils s’en retournèrent à la maison, s’entretenant entr’eux
des faveurs signalées qu’ils avaient reçues du Très-Haut, et ils se
communiquèrent à cette occasion la première Visite de l’ange ainsi que l’ordre
qu’ils avaient reçu de se marier ensemble et dont ils n’avaient jamais parlé.
La prudente sainte Anne ne découvrit point à son époux que l’enfant promise dût
être la mère du Messie, car l’archange le lui avait défendu.
La plénitude des temps étant arrivée, les trois personnes divines, suivant
notre faible manière de concevoir, dirent entre-elles: « Il est temps que
nous commencions l’ouvrage de notre bon plaisir, et que nous créions cette pure
créature qui nous est chère sur toutes les autres : il faut qu’elle soit
exempte de la loi ordinaire de la génération de tous les mortels, afin que la
semence du serpent infernal n’ait aucune part en elle. Il est juste que la
divinité choisisse pour s’en revêtir une matière très-pure et qui n’ait jamais
été souillée parle péché;
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notre équité et
notre providence demandent ce qui est le plus décent, le plus parfait, et le
plus saint; et cela s’exécutera parce qu’il n’est rien qui puisse résister à
notre volonté. Le verbe qui doit se faire homme et servir de maître aux hommes,
leur enseignera avec plus d’efficacité à honorer leurs parents, en donnant le
premier l’exemple, d’honorer celle qu’il n choisie pour sa mère; entre les
honneurs qu’il lui rendra, le premier sera la grâce de ne jamais être
assujettie à ses ennemis. Puisqu’il doit être le rédempteur du genre humain, il
est convenable qu’il exerce d’abord cet office à l’égard de sa propre mère:
elle doit avoir une rédemption particulière et pour cela être préservée par
avance du péché; ainsi elle sera toute pure et immaculée, et le fils de Dieu se
réjouira en voyant entre sa mère terrestre et son père céleste la ressemblance
la plus parfaite qui soit possible entre Dieu et la créature.» Tel fut le
décret que les personnes divines manifestèrent aux anges bienheureux. Avec une
profonde humilité prosternés devant le trône divin, ils louèrent Dieu et lui
rendirent de très-vives actions de grâces, d’avoir enfin exaucé la prière
qu’ils faisaient depuis la grande bataille avec Lucifer pour l’accomplissement
du mystère de l’incarnation qui leur avait été révélé. Chacun d’eux désirait
avec une sainte émulation d’être employé pour former la cour du fils de Dieu et
de sa très-pure et sainte mère.
Vingt ans
s’étaient déjà écoulés depuis le mariage de saint Joachim avec sainte Anne: Joachim
avait donc soixante ans et sainte Anne en avait quarante-quatre. Suivant la
promesse divine, ils engendrèrent cet enfant qui devait être la mère de Dieu
d’une manière vraiment merveilleuse. Tout s’y passa selon l’ordre commun des
autres conceptions, néanmoins la vertu du Très-Haut ôta à celle-ci ce qu’il y
avait d’imparfait et de désordonné, ne lui laissant que le pur nécessaire,
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selon les lois de
la nature, afin que le corps le plus excellent qui fut et qui sera jamais entre
les pures créatures fut formé sans la moindre imperfection. La vertu divine se
découvre surtout dans l’opération miraculeuse qui enleva à sainte Anne sa
stérilité naturelle. Mais cette opération fut surtout merveilleuse en ce que la
grâce éloigna entièrement des saints Parents toute sorte de sensualité et que
l’aiguillon du péché originel n’y eut aucun part: ainsi donc, ce qui servit à
cette très pure conception n’étant accompagné d’aucune imperfection, le péché
ne s’y trouva point et n’y eut aucun pouvoir. La sagesse et le pouvoir du
Très-Haut prirent un soin tout particulier de la formation du corps très-pur de
Marie, il fut composé selon le poids et la plus parfaite mesure, tant en la
quantité qu’en la qualité des humeurs naturelles afin que par la juste
proportion de ce mélange incomparable, il aidât sans empêchement les opérations
d’une âme aussi sainte que celle qui devait l’animer. Ce petit corps reçut un
tempérament si accompli et des facultés si riches que la nature n’ aurait
jamais formé, à elle seule, rien de semblable. Suivant notre manière de
concevoir, Dieu mit plus de soin à le composer et à le former qu’il n’en mit à
former tous les cieux et tout ce que renferme l’univers.
La conception du
corps très-pur de Marie se fit en un jour d dimanche, correspondant à celui de
la création des anges
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dont elle devait
être la reine et la souveraine. Et bien que selon l’ordre commun, les autres
corps aient besoin de plusieurs jours pour être entièrement organisés, afin que
l’âme raisonnable y soit infuse, néanmoins dans cette occasion le temps
nécessaire fut considérablement abrégé, et ce qui se devait opérer
naturellement en quatre-vingts jours, se fit avec plus de perfection en sept.
Le samedi suivant, le plus proche de cette conception, le Très-Haut créa l’âme
auguste qu’il Unit à son corps. C’est ainsi qu’entra dans le monde la créature
la plus pure, la plus parfaite, la plus sainte et la plus belle que Dieu ait
jamais créée et qu’il doit créer jusqu’à la fin des temps. C’est à cause de ce
mystère que le saint esprit a ordonné que l’église consacrerait le samedi à la
très-sainte Vierge, comme le jour auquel elle avait reçu le plus grand
bienfait, lorsque son âme très-sainte fut créée et unie à son corps, sans que
le péché originel ni le moindre de ses effets s’y trouvassent. Le jour de sa
conception que l’église célèbre aujourd’hui, n’est pas celui de la conception
du corps, mais celui de l’infusion de l’âme sans aucune trace du péché
originel. A l’instant de l’infusion de l’âme la très sainte trinité répéta ces
paroles proférées à la création de l’homme, faciamus hominem ad imaginem et
similitudinem nostram: par la vertu de ces divines paroles, l’âme
très-heureuse de Marie fut remplie de grâces, de dons, de privilèges et de
faveurs pardessus les premiers des Séraphins, avec l’usage le plus parfait de
la raison qui devait être proportionnée aux dons de la grâce qu’elle recevait.
Alors le Seigneur répéta les paroles prononcées par lui lors de la création, et
erant valdè bona, témoignant ainsi la rare complaisance qu’il prenait
dans cet ouvrage si glorieux. Au temps de l’infusion de l’âme dans le corps, le
Très-Haut voulut que sainte Anne ressentit et reconnut d’une façon très
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relevée la
présence de la Divinité. Elle fut remplie du saint Esprit et ravie en une
extase très sublime, où elle reçut de très hautes connaissances des mystères
les plus cachés. Cette allégresse et cette joie toute spirituelle ne furent pas
passagères, mais durèrent tout le reste de sa vie quoiqu’elles fussent plus
fréquentes pendant qu’elle gardait dans son sein le trésor du ciel.
Quoiqu’alors la très sainte âme de Marie fut douée de toutes les
perfections et de l’habitude infuse de toutes les Vertus, plus qu’aucun saint
et même que tous les saints ensemble, il ne fut pas néanmoins nécessaire
qu’elle les pratiquât toutes aussitôt, mais seulement celles qui convenaient à
l’état où elle était. Elle pratiqua donc en premier lieu les vertus
théologales, la foi, l’espérance et la charité, et particulièrement la vertu de
charité, contemplant Dieu comme le bien souverain avec tant d’attention et
d’amour qu’il n’est pas au pouvoir de tous les séraphins d’arriver à un degré
si éminent. Elle pratiqua aussi les autres vertus qui ornent et qui
perfectionnent la partie raisonnable. Elle eut la science infuse, les vertus
morales, les dons et fruits de l’Esprit Saint en un degré éminent et correspondant
aux vertus théologales; de sorte qu’elle fut dès le premier instant de sa
conception plus sage, plus prudente, plus éclairée sur Dieu e sur toutes ses
oeuvres que toutes les créatures ensemble Cette grande perfection de Marie ne
consistait pas seulement dans les habitudes qui lui furent infuses, mais dans
les acte qu’elle put exercer dès cet instant par le pouvoir divin qui la
secondait. Pour en toucher seulement quelque chose, elle connut Dieu tel qu’il
est en lui-même comme créateur et glorificateur; elle l’honora, le loua, le
remercia; par de actes héroïques elle l’aima, le craignit et l’adora, et lui
fit des sacrifices de louanges et de gloire pour son être im-
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muable. Elle
connut les dons qu’elle avait reçus pour lesquels elle rendit de très humbles
actions de grâces accompagnées de profondes inclinations corporelles qu’elle
fit dès le sein de sa mère avec son petit corps, et elle mérita plus en cet
état par ces actes que tous les saints dans le plus haut degré rie leur
perfection et de leur sainteté. Elle eut outre les actes de la foi infuse, une
haute connaissance de la divinité et de la très-sainte trinité, et quoiqu’elle
ne la vit pas dans cet instant intuitivement, elle la vit néanmoins
abstractivement, et cette manière de la connaître fut la plus parfaite par
laquelle Dieu puisse se manifester à l’entendement humain dans ce monde. Elle
connut en cet instant la création, la chute des anges, celle d’Adam et les
effets de sa faute, le purgatoire, les limbes, l’enfer et toutes les choses
renfermées en ces lieux; tous les hommes , tous les anges, leurs ordres, leur
dignité et leurs opérations et encore toutes les autres créatures avec, leurs
instincts et leurs qualités. Elle connut aussi toute sa généalogie et tout le
reste du peuple saint et choisi de Dieu, les patriarches et les prophètes, et
combien sa Majesté divine avait été admirable dans les dons, grâces et faveurs
qu’il leur avait accordés. Mais c’est une chose digne d’admiration que, ce
corps étant si petit dans le premier instant de sa conception, néanmoins par la
puissance divine la connaissance et la douleur qu’elle avait de la chute d’Adam
lui faisait verser des larmes, et elle commençait dès lors dans le sein
maternel à exercer l’office de corédemptrice du genre humain. Elle offrit ces
larmes unies aux désirs des patriarches; et cette offrande fut agréable à Dieu
et plus efficace pour obtenir la rédemption que toutes les prières des hommes
et des saints anges. Elle pria spécialement pour ses parents qu’elle connut en
Dieu avant de les voir corporellement, et elle exerça en même temps envers eux
la vertu de l’amour,
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du respect et de
la gratitude de fille. Les visions de cette sainte enfant furent continuelles
et sans interruption durant les neuf mois qu’elle demeura renfermée dans le
sein de sa mère, et trois fois elle fut élevée à une très haute contemplation
quoique abstractive de la très-sainte Trinité. La première eut lieu le premier
instant qu’elle fut animée, la seconde au milieu des neuf mois, et la troisième
le jour qui précéda sa naissance. Elle s’occupa dans ces neuf mois à des actes
héroïques d’adoration et d’amour de Dieu, à des demandes continuelles en faveur
du genre humain, à une sainte communication avec les anges. Elle ne ressentit
point la clôture de la prison du sein maternel, ni les incommodités de cet état
naturel, et l’interdiction de l’usage des sens extérieurs ne lui causa aucune
peine. Elle fit à Dieu avec une entière ferveur la demande de mourir, avant de
venir à la lumière du monde, si elle devait manquer en un seul point à son
amour et à son service. Ce fut dans la dernière vision abstractive de la
très-sainte Trinité qu’elle eut le jour qui précéda sa naissance. Cette prière
ayant été faite, le Très-Haut lui donna sa bénédiction, et lui commanda de
sortir du sein maternel à la lumière matérielle de ce soleil visible.
Dieu, pour augmenter davantage la gloire et la vertu de sainte Anne, voulut
que dans le temps de sa grossesse elle eut à souffrir diverses afflictions.
Lucifer, découvrant une si grande sainteté clans cette femme, eut le soupçon
que l’enfant qu’elle avait dans son sein pouvait être cette illustre femme qui
devait le fouler aux pieds et lui briser la tête. Dans sa rage il mit en oeuvre
divers moyens pour la faire périr. Il osa la tenter de plusieurs fausses
persuasions et de défiances sur sa grossesse, pour la faire chanceler dans sa
foi; mais ce fut en vain. Il tâcha d’abattre la maison qu’habitait la Sainte
afin que l’ébranlement et la terreur qui en
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résulterait
fissent périr l’enfant dans son sein. Mais il ne put réussir, parce que les
anges qui gardaient la très-sainte enfant lui résistèrent. Il pervertit et
irrita certaines femmelettes qui s’acharnant avec rage contre notre sainte, lui
firent de sensibles affronts et de grandes railleries sur sa grossesse; ces
artifices furent encore inutiles, bien que les pauvres femmes eussent consenti
aux mauvaises suggestions de Lucifer.
Les neuf mois étant accomplis, sainte Anne fut éclairée d’une lumière
intérieure, par laquelle le Seigneur lui fit connaître que le temps de ses
heureuses couches était venu. Prosternée en présence de la majesté divine, elle
demanda humblement au Seigneur de l’assister de ses grâces, et tout-à-coup elle
sentit dans son sein un doux mouvement, qui lui fit comprendre que sa
très-chère enfant voulait venir à la lumière. Dans cet état de la sainte mère,
la très-sainte enfant vint au monde le huit septembre, à minuit; et afin
qu’elle ne vit ni ne sentit sa naissance, elle fut ravie en une extase
très-sublime en paradis. La sainte mère voulut elle-même l’envelopper de ses
langes, la recevoir dans ses bras, sans permettre que d’autres mains la touchassent
et elle put remplir elle même cet office parcequ’elle ne ressentit pas les
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douleurs de
l’enfantement. Sainte Anne ayant reçu cette chère enfant dans ses bras adresse
à Dieu cette prière: « Seigneur, dont la sagesse est infinie, créateur de
tout ce qui a l’être, je vous offre humblement le fruit de mes entrailles que
j’ai reçu de votre infinie bonté et je vous remercie du fond du coeur. Faites
de la fille et de la mère selon votre très-sainte volonté, et regardez de votre
trône notre petitesse. Je félicite les saints pères des limbes et tout le genre
humain, à cause du gage assuré que vous leur donnez de leur prochaine
rédemption. Mais comment me comporterai-je envers celle que vous me donnez pour
fille, ne méritant pas d’être sa servante? Comment oserai-je toucher la
véritable arche du testament? Donnez-moi Seigneur la lumière qui m’est
nécessaire pour connaître votre sainte volonté, pour l’exécuter suivant votre
bon plaisir et dans les services que je dois rendre à ma fille.» Le Seigneur
lui fit entendre de traiter cette sainte enfant en ce qui concernait
l’extérieur, comme une mère traite sa fille; mais de lui conserver dans son
intérieur le respect qu’elle lui devait.
Les anges vénérèrent leur reine entre les bras de sa mère et ceux qui
étaient préposés à sa garde se découvrirent à, ses yeux; ce fut la première
fois qu’elle les vit sous une forme corporelle. Ils étaient mille, désignés par
Dieu pour sa défense dès le premier instant de sa conception. Quant ils
l’eurent adorée, Dieu envoya le saint archange Gabriel, afin qu’il annonçât
cette bonne nouvelle aux saints pères des limbes; et dans le même instant il
envoya une multitude innombrable d’anges pour prendre et transporter dans le
ciel en corps et en âme celle qui devait être la mère du verbe éternel. La
petite Marie entra dans le ciel par le ministère des anges, et prosternée avec
amour devant le trône royal du Très-Haut, elle fut reçue de Dieu lui-même dans
son trône. Elle fut mise
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à son côté en
possession du titre de sa propre mère et de reine de toutes les créatures, bien
qu’elle ignorât alors la fin de ces profonds mystères, le Seigneur les lui
cachant pour sa plus grande gloire. Il fut déterminé dans le conseil divin de
donner un nom à cette enfant bien aimée, et aussitôt on entendit une voix
sortant du trône de Dieu, qui disait: n notre élue doit s’appeler Marie. Ce nom
doit être merveilleux et magnifique : ceux qui l’invoqueront avec une affection
dévote, recevront des grâces très-abondantes; il sera terrible contre l’enfer
et écrasera la tête du serpent » Le Seigneur commanda aux esprits
angéliques d’annoncer cet heureux nom à sainte Arme, afin que ce qui avait été
arrêté dans le ciel fut manifesté sur la terre. Les saints anges exécutèrent
les ordres de Dieu. Ayant chacun un bouclier lumineux où le nom de Marie était
gravé, ils annoncèrent à sainte Anne que c’était le nom qu’elle devait lui
imposer. Marie fut donc remise entre les bras de sa mère, qui ne s’aperçut
point de cette absence, parce que pendant assez longtemps, sainte Anne eut une
extase d’une très-haute contemplation, et parce qu’un ange occupa la place de
la très sainte enfant, ayant un corps aérien semblable au sien.
Il est bon de connaître le continuel exercice auquel était occupée la
sainte enfant. Au commencement de chaque jour, elle se prosternait
intérieurement en la présence du Très- Haut, et le louait pour ses perfections
infinies; elle lui rendait des actions de grâces de l’avoir tirée du néant, et
se reconnaissant l’ouvrage de ses mains, elle le bénissait, l’exaltait,
l’adorait comme son souverain Seigneur et créateur de tout ce qui a l’être.
Elle élevait son esprit pour l’abandonner aux mains de Dieu; avec une profonde
humilité et une parfaite résignation, elle priait Dieu de disposer d’elle selon
sa sainte volonté; pendant ce jour là et pendant tous ceux qui lui resteraient
16
à vivre et de lui
enseigner ce qui lui serait le plus agréable pour l’accomplir exactement. Cette
sainte habitude qu’elle prit dès sa naissance, elle la conserva pendant tout le
cours de sa vie, sans jamais y manquer, quelques occupations et travaux qu’elle
eût: elle la répétait même plusieurs fois le jour dans l’accomplissement de ses
innocentes actions.
Les soixante-six jours de la purification étant passés, sainte Anne alla au
temple portant dans ses bras sa très pure enfant : elle se présenta à la porte
du tabernacle avec l’offrande que la loi exigeait. Le saint prêtre Siméon
ressentit une joie extraordinaire et sainte Anne entendit alors une voix qui
lui dit d’accomplir le voeu qu’elle avait fait d’offrir sa fille au temple dès
l’âge de trois ans. En entrant dans ce temple sur les bras de sa mère, cette
aimable enfant voyant de ses yeux tant de magnificence consacrée au culte
divin, en éprouva dans son esprit des effets merveilleux, et ne pouvant se
prosterner à terre pour adorer la divinité, elle y suppléa du moins en esprit.
Elle pria humblement le Seigneur de la recevoir en ce lieu, au temps que sa
sainte volonté avait déterminé. En témoignage de l’acceptation que le Seigneur
en faisait, une très claire lumière. descendit du ciel d’une manière sensible
sur la mère et sur l’enfant. Ayant fini sa prière et présenté son offrande,
sainte Anne revint à sa maison de Nazareth. La très sainte enfant était traitée
dans la maison paternelle comme les autres enfants de son âge. Elle prenait les
mêmes aliments qu’eux, mais en très petite quantité, son sommeil était court,
quoiqu’elle se laissât coucher quand on le voulait; elle n’était pas importune
et ne pleurait jamais pour les petits chagrins ordinaires aux autres enfants,
mais elle était très douce et très paisible et elle dissimulait cette merveille
en versant souvent des larmes pour les péchés des hommes, afin d’en obtenir le
pardon, et de hâter la venue du ré-
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dempteur. Son
visage était ordinairement joyeux, mais pourtant sérieux et plein de majesté et
il n’y avait dans ses actions jamais rien de puéril. Elle recevait dans de
certaines rencontres les caresses qu’on lui faisait, mais à l’égard de celles
qui n’étaient point de sa mère, elle les modérait par son sérieux: Aussi le
Seigneur inspira à saint Joachim et à sainte Anne un grand respect et une
grande modestie en sorte qu’ils étaient fort réservés et fort prudents dans les
démonstrations sensibles qu’ils lui donnaient de leur tendresse. Lorsqu’elle
était seule, ou qu’on la mettait dans son berceau pour dormir, ce qu’elle ne
faisait que fort sobrement, et sans jamais interrompre les actions intérieures
du saint amour, elle conférait sur les mystères du Très-Haut avec les anges.
Elle fut sujette à la faim, à la soif et aux peines corporelles parce qu’il
était convenable qu’elle imitât Jésus. La faim, la soif étaient plus grandes
pour elle que pour les autres enfants, et la privation de nourriture lui était
plus dangereuse, à cause de la perfection de son tempérament; mais si on ne lui
en donnait pas à temps, ou qu’on y excédât, elle prenait patience jusqu’à ce
que l’occasion se présentât de la demander par quelque signe. Elle ne
ressentait pas de peine d’être enveloppée dans ses langes, à cause de la
connaissance qu’elle avait que le verbe incarné devait être ignominieusement
garrotté. Lorsqu’elle était seule, elle se mettait en forme de croix, parce
qu’elle savait que le rédempteur du monde devait mourir ainsi. Elle rendait
très fréquemment des actions de grâces pour les aliments qui la nourrissaient,
pour les influences des planètes, des étoiles, des cieux, reconnaissant tout
cela pour un bienfait de la bonté divine; si elle manquait de quelque chose,
elle ne se troublait point, sachant que tout est une pure grâce et un bienfait
du Seigneur.
Nous avons dit qu’une de ses principales occupations était
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de s’entretenir
avec les Anges, lorsqu’elle était seule. Pour mieux faire entendre tout ceci,
il faut donner une idée précise sur la manière dont ils se rendaient visibles à
ses yeux, et dire quels étaient ces esprits angéliques. Ils avaient été pris
des neuf choeurs, cent de chaque choeur, et choisis parmi ceux qui s’étaient le
plus distingués par leur amour pour le Verbe incarné et sa très sainte mère,
dans le combat contre Lucifer. Lorsqu’ils lui apparaissaient ils avaient la
forme de jeunes hommes d’une merveilleuse beauté. Leur corps participait fort
peu du terrestre, et il était comme un cristal très pur et rayonnant de la
lumière du ciel. Ils joignaient à cette beauté une gravité noble, et un air
majestueux. Leurs vêtements étaient semblables à un or très pur émaillé et
embelli des plus riches couleurs. On découvrait néanmoins que tout cela n’était
pas fait pour être touché, mais pour la vue seule, comme la lumière du soleil.
Ils avaient sur la tête une belle couronne des fleurs les plus riches et les
plus variées, qui exhalaient un parfum céleste. Ils portaient en leurs mains
des palmes entrelacées, qui signifiaient les vertus que Marie devait pratiquer,
et la gloire qu’elle devait obtenir. Ils avaient aussi sur leurs poitrines des
devises qui avaient quelque rapport à celles des ordres militaires, il y avait
un chiffre qui voulait dire: Marie Mère de Dieu. Cette devise était resplendissante,
c’était un de leurs plus beaux ornements; mais la sainte vierge ne la comprit
que lorsqu’elle conçut le Verbe incarné. Les effets que ces esprits célestes
produisaient dans l’âme de Marie ne se peuvent expliquer dans le langage
humain. Outre les neuf cents anges dont nous avons parlé, soixante-dix
Séraphins d’entre les plus proches du trône, choisis parmi ceux qui se
distinguèrent le plus par la dévotion à l’union hypostatique des deux natures
divine et humaine, assistaient leur jeune reine. Lorsqu’ils se rendaient
visibles, elle les voyait sous la même forme
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qu’Isaïe les vit,
ayant six ailes, deux qui voilaient leur face, deux qui voilaient leurs pieds,
et ils volaient avec les deux autres, signifiant ainsi le mystère caché de
l’Incarnation et l’essor ardent de leur amour envers Dieu. Leur manière de
communiquer avec la vierge était la même qu’ils gardent entr’ eux, les
supérieurs illuminant les inférieurs; car bien que la Reine du ciel leur fût
supérieure en dignité et en grâce, néanmoins dans sa nature l’homme comme le
dit David, a été fait moindre que les anges. Il y avait encore douze anges dont
a fait mention Saint-Jean (Apoc. ch. 21, v. 12.) Ils étaient de ceux qui se
distinguèrent le plus par leur amour pour la rédemption des hommes. Ils furent
choisis afin qu’ils coopérassent avec Marie au privilège qu’elle a d’être mère
de miséricorde et médiatrice du salut du monde. Ces douze anges lui
apparaissaient corporellement comme les premiers, et ils portaient plusieurs
couronnes et plusieurs palmes réservées pour les dévots de cette divine reine.
Leur emploi particulier était de lui faire connaître d’une manière toute
spéciale la charité du Seigneur envers le genre humain. Les dix-huit anges qui
complétaient le nombre de mille, étaient de ceux qui se distinguèrent le plus
par leur affection envers les souffrances du Verbe incarné. Ces anges
apparaissaient à Marie avec une admirable beauté. Ils étaient ornés de
plusieurs devises de la passion et d’autres symboles mystérieux de la
rédemption. Ils avaient une croix sur la poitrine et une autre sur le bras;
l’une et l’autre d’une singulière beauté et d’une splendeur extraordinaire. La
sainte vierge se servait souvent de ces anges qu’elle envoyait en ambassade à
son très aimable fils pour le bien des âmes. Tous ces mille anges assistèrent à
la garde dé cette grande reine, sans y jamais manquer en rien, comme nous le
verrons, en plusieurs occasions, dans la suite de cette
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vie, et ils
jouissent maintenant dans le ciel d’une joie toute particulière, par sa
présence et par sa compagnie.
La sainte enfant n’eut jamais l’impossibilité de parler qu’éprouvent les
autres enfants; néanmoins pendant les dix-huit premiers mois, elle ne voulut
point prononcer une parole; cachant par ce moyen la science et la capacité
qu’elle possédait, et évitant l’étonnement qu’on aurait eu d’entendre parler un
enfant qui ne faisait que de naître. Elle se dispensait seulement de cette loi
du silence, lorsque dans la solitude elle priait le Seigneur, ou parlait avec
les anges de sa garde. Le temps étant arrivé où la divine Marie devait rompre
ce saint silence, le Seigneur lui déclara qu’elle pouvait commencer à parler
avec les créatures humaines. Avant d’exécuter cet ordre, elle supplia le
Seigneur dans une humble et fervente prière de l’assister dans cette dangereuse
et difficile action de parler, afin qu’elle n’y commît jamais aucune faute. Le
Seigneur lui ayant promis sa divine assistance, elle délia sa langue pour la
première fois et les premières paroles qu’elle proféra furent pour demander la
bénédiction de ses parents. Ceci arriva au dix-huitième mois de sa naissance.
Pendant les dix-huit autres qui restaient pour achever les trois ans où elle
entra au temple, elle n’ouvrit presque jamais la bouche que pour répondre à sa
mère qui s’entretenait avec elle de Dieu, de ses mystères et surtout de
l’incarnation du Verbe divin. Il était admirable de voir le soin qu’elle
mettait dans un âge si tendre à faire les choses les plus basses et les plus
humbles, comme de nettoyer et de balayer la maison, et alors les saints anges
l’aidaient à recueillir ce fruit d’humilité. La maison de Joachim n’était pas
fort riche, mais pourtant elle n’était pas des plus pauvres; c’est pourquoi
sainte Anne habillait sa fille le mieux possible, dans les limites de
l’honnêteté et de la modestie. Dès que la sainte enfant commença à parler, elle
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pria ses parents
de la vêtir plus pauvrement d’un habit grossier et de couleur de cendres, et
leur témoigna le désir qu’il eût déjà été porté. Sainte Anne ne jugea pas à
propos de la ‘vêtir d’habits aussi grossiers qu’elle le demandait, elle la
satisfit néanmoins pour la couleur et pour la forme qui rappelaient un peu
l’habit qu’on met aux enfants par dévotion. Elle ne répliqua pas une parole, et
se montra très soumise à‘sa mère, compensant par cet acte d’obéissance l’acte
d’humilité qu’elle ne pouvait pas faire.
Une de ses occupations était de se retirer dans la solitude pour jouir de
Dieu, avec plus rie liberté et pleurer en secret les péchés des hommes. Son
affection envers les pécheurs et envers les pauvres était toute particulière.
Ayant passé l’âge de deux ans, elle demandait souvent l’aumône à sa mère pour
ceux qui étaient dans le besoin. Elle retranchait quelque chose de ses repas
pour leur donner. Elle ne donnait point l’aumône aux pauvres comme un bienfait,
mais comme en leur payant une juste dette. Elle signala spécialement son
humilité lorsqu’elle se laissa montrer à lire par autrui, quoiqu’elle fut la
mère de la divine sagesse, et quelle se laissa enseigner des choses qu’elle
savait par science infuse depuis le premier instant rie sa conception. Quand
vint le temps
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de la conduire au
temple pour remplir le voeu qu’avaient fait à Dieu ses parents, elle fut la
première à les supplier humblement d’accomplir leur promesse sans tarder; et
elle fit à Dieu de ferventes prières, pour qu’il leur inspirât de l’exécuter
promptement. Le Seigneur exauça les humbles prières de sa bien aimée, et ses
parents pour obéir aux inspirations du ciel, se séparèrent de cette sainte et
très-aimable enfant, non sans un vif chagrin. Sainte Anne principalement eut
une plus grande douleur que ne l’eut Abraham, lorsqu’il reçut l’ordre de
sacrifier son fils Isaac. Les trois ans accomplis, Joachim et sainte Anne
accompagnés de quelques uns de leurs parents et d’une suite nombreuse d’esprits
angéliques, qui chantèrent dans tout le voyage des cantiques de louanges au
Très-Haut, partirent de Nazareth et vinrent à Jérusalem, portant dans leurs
bras la jeune et bienheureuse enfant. Arrivée au temple, Sainte Anne entendit
une voix qui disait: « venez mon épouse et mon élue: venez dans mon temple où
je veux que vous m’offriez un sacrifice de louange et de bénédiction.» Ils la
conduisirent dans l’appartement des vierges, où elles étaient élevées toutes
ensemble dans une sainte retraite jusqu’à l’âge du mariage. Elles étaient
principalement de la tribu royale de Juda, et de la tribu sacerdotale de Lévi.
L’escalier pour aller à cet appartement avait quinze degrés; un des prêtres qui
étaient venus la recevoir la mit sur le premier degré, et Marie lui en ayant
demandé la permission se tourna vers ses parents, leur demanda leur bénédiction
à genoux, leur baisa les mains et les pria de la recommander à Dieu. Ceux-ci la
lui donnèrent avec beaucoup de tendresse et de larmes. Alors elle monta toute
seule les quinze degrés avec une ferveur et une modestie admirable. Le saint
vieillard Siméon lui donna pour maîtresse la prophétesse Anne qui avait été
prévenue pour cet emploi d’une grâce spéciale de Dieu, Ayant été remise à
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sa maîtresse, la
jeune enfant se mit à genoux, lui demanda sa bénédiction et la pria de lui
enseigner tout ce qui était nécessaire: ensuite elle alla offrir ses services à
toutes les vierges, les salua et les embrassa chacune en particulier ave
tendresse et les remercia de l’avoir reçue pour compagne toute indigne qu’elle
en fût. Après avoir rempli ce devoir elle se prosterna à terre et baisa le pavé
comme étant celui de la maison de Dieu, puis rendit grâce au Seigneur de ce
grand bienfait. Ensuite elle s’adressa à ses douze anges dont nous avons parlé
plus haut, et les pria d’aller consoler ses parents dans leur tristesse. Les
anges partis, le Très-haut ordonna aux soixante Séraphins qui l’assistaient de
la transporter dans l’empyrée; cela fut aussitôt exécuté, et elle vit là
l’essence divine d’une vision intuitive; prosternée humblement devant le trône
de Dieu, elle lui demanda deux grâce avec une singulière ferveur; l’une de
souffrir beaucoup pour son amour, l’autre de pouvoir faire en sa présence,
quatre voeux, ceux de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de clôture
perpétuelle dans le temple. Le Seigneur agréa demande, mais il accepta
seulement le voeu de chasteté et non les autres. Il régla seulement la manière
dont elle devait conduire par rapport à ceux-ci: c’était d’agir comme si elle
en eut fait voeu solennel. Après cette claire vision Dieu, elle fut encore
retenue dans le ciel par une extase imaginative dans laquelle elle fut parée
par les anges d’une manière admirable. Ils illuminèrent d’abord tous ses sens
d’une clarté qui la remplit de grâce et de beauté; puis elle fut revêtue d’une
robe magnifique, avec une ceinture de pierres précieuses de diverses couleurs,
transparentes et resplendissantes: cette ceinture signifiait la pureté et les
héroïques y tus de son âme très sainte. On lui mit au cou un collier d’un prix
inestimable, avec trois grandes pierres, symbole des
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trois vertus
théologales, la foi, l’espérance et la charité, elles pendaient sur sa
poitrine, comme pour marquer le lieu où ces vertus résidaient. On lui mit aux
doigts sept anneaux d’une rare beauté pour marquer les sept dons du
Saint-Esprit. La très-sainte Trinité lui posa sur la tête, comme à la reine du
monde, une couronne impériale d’une inestimable valeur. Le vêtement dont elle
était revêtue était semé de chiffres d’un or très fin et très éclatant qui
disaient, Marie fille du père Éternel, Épouse du Saint Esprit, et Mère de la
véritable lumière: ces dernières paroles ne furent comprises que des anges.
L’auguste fille parée ainsi, plut tellement à Dieu, qu’il lui commanda de
demander tout ce qu’elle souhaiterait, l’assurant que rien ne lui serait
refusé. La demande qu’elle fit au Seigneur fut qu’il envoyât au monde son fils
unique pour racheter les hommes; qu’il augmentât son saint amour chez ses
parents et les comblât des dons de sa main bienfaisante; qu’il consolât les pauvres
et les affligés, qu’il les soulageât dans leurs peines et leurs travaux. Elle
ne demanda ensuite pour elle que l’accomplissement dé sa sainte volonté.
Après cette admirable vision, les anges la remirent dans le temple d’où
elle avait été enlevée, où elle rentra plus humble que jamais. Elle commença
aussitôt à pratiquer ce qu’elle avait promis en la présence du Seigneur. Elle
alla trouver sa maîtresse et lui remit tout ce que sa mère lui avait donné pour
ses besoins ou pour ses plaisirs, excepté un simple habit et un livre de prière
manuscrit, et elle la pria de donner aux pauvres ces petites choses. Ses
actions et ses pratiques de sublime vertu furent si parfaites qu’elle surpassa
par ses mérites ceux de tous les Séraphins. Pour entrer en quelque détail,
après avoir remis à sa maîtresse tout dé qu’elle avait, elle demanda
très-humblement aux saints prêtres et à sa
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maîtresse de lui
prescrire tout ce qu’elle aurait à faire. La très-humble enfant à genoux, les
mains jointes et la tête inclinée, écouta les ordres de Siméon: « Ma
fille, dit-il, vous assisterez avec beaucoup de respect et de dévotion aux
cantiques du Seigneur, vous prierez, le Très-Haut pour les nécessités de son
saint temple et de son peuple, et pour la venue du Messie. Vous vous retirerez
à la troisième heurt pour vous reposer, et vous vous lèverez à la pointe du
jour pour prier le Seigneur jusqu’à l’heure de tierce, et ensuite vous vous
occuperez à quelque travail manuel. Vous observerez la tempérance dans les
repas que vous prendrez après le travail, ensuite vous irez recevoir les
instructions de votre maîtresse. Vous emploierez le reste de la journée à lire
les divines écritures; vous serez en toute chose humble, affable et
obéissante. » L’enfant sainte écouta à genoux le discours du prêtre, et
après lui avoir demandé sa bénédiction et baisa la main, elle résolut dans son
coeur d’observer exactement ce qu’on lui prescrivait, et c’est ce qu’elle fit
en effet. Elle demanda en outre à sa maîtresse la permission de servir toute
les autres vierges, et de s’employer aux emplois les plus humbles, comme de
balayer la maison, et de laver la vaisselle et après l’avoir obtenue, elle se
montra admirable pour prévenir les autres dans ces choses si humbles et si
pénibles Elle demandait chaque jour le matin et le soir la bénédiction à sa
maîtresse, lui baisait la main, et quelquefois les pied quand elle lui en
donnait la permission. Elle employait beau coup de temps à lire les divines
écritures, plus particulière ment Isaïe, Jérémie, et les psaumes, parce qu’ils
contiennent d’une manière plus expresse les mystères du Messie et cou de la loi
de grâce.
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Six mois après qu’elle fut entrée dans le Temple, son bienheureux père
Joachim tomba malade. Dieu l’ayant révélé à la très sainte enfant, elle pria le
Seigneur pour lui et lui envoya douze Anges pour l’assister et le consoler.
Ayant appris le jour et l’heure à laquelle il devait mourir, elle lui envoya
tous les anges de sa garde. Le saint non-seulement les vit, mais les reconnut
pour les anges qui gardaient sa très chère fille Marie. Les Anges
s’entretinrent avec lui de plusieurs mystères, et par le commandement de Dieu,
lui révélèrent avant sa mort, que Marie avait été choisie par le Tout-Puissant
pour être la mère du Messie, ce qu’il ignorait encore. Il fut chargé de porter
cette heureuse nouvelle aux saints pères des Limbes. Lorsque les saints anges
tenaient ce discours à Joachim, son épouse sainte Anne était présente
l’assistant au chevet de son lit, et elle entendit tout par la permission
divine. Quand ils eurent fini, saint Joachim perdit la parole,. et commença à
agoniser, partagé entre la joie d’une nouvelle si agréable et la douleur de la
mort. il mourut paisiblement à l’âge de soixante-neuf ans et demi; à
quarante-six ans il avait épousé sainte Anne et vingt ans après leur mariage,
ils eurent la très pure Marie, qui avait trois ans et demi lors de la mort de
son père. Le saint patriarche étant mort, les saints anges s’en retournèrent
vers leur reine et lui apprirent tout ce qui était arrivé. La très sage fille
cacha ce qu’elle en savait lorsque sa mère lui en envoya la nouvelle par une
lettre écrite à sa maîtresse Anne la prophétesse. Ce fut la première
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affliction que
ressentit la jeune Marie dans cet âge si tendre. Peu auparavant le Seigneur lui
avait dit dans une de ses visions: Vous êtes ma bien aimée, et je vous aime
d’un amour infini, c’est pourquoi je ne veux pas vous priver des plus grands
trésors que je réserve à ceux que j’aime, savoir la croix et les afflictions.
Elle répondit avec plus de fermeté de coeur que tous les saints et les martyrs,
que s’il lui permettait de faire choix de quelque chose elle ne voulait que
souffrir pour son amour jusqu’à la mort. Dieu agréa cette demande et après la
peine extérieure de la mort de son père, il commença à l’exercer par des
afflictions intérieures. Il la priva de la communication sensible des saints
anges et des visions continuelles dont le Seigneur lui faisait part. Ses
tourments furent plus grands que ceux de tous les saints ensemble; parce que
son coeur aimait Dieu d’un amour incomparable et plus que tous les Séraphins.
Craignant d’avoir perdu ses faveurs et les témoignages de son amour par sa
négligence ou son ingratitude, elle s’affligeait au-delà de ce qu’il est
possible d’exprimer. Elle aurait perdu mille fois la vie si Dieu ne la lui eût
conservée par un miracle de sa puissance.
Ses afflictions s’accrurent de celles que lui suscita l’enfer Lucifer
voyant une si grande Vertu dans cette jeune enfant commença à craindre que ce
ne fut celle qui devait un joui lui écraser la tête. Il fit part à ses démons
de ses soupçons et leur commanda de l’attaquer par les plus fortes tentations.
Il mit tous ses moyens en oeuvre et redoubla toutes ses infernale suggestions.
Marie le repoussa avec le bouclier invincible de l’oraison, et les armes si
puissantes de la sainte Écriture s’apercevant que tous ses artifices et ses
assauts intérieur ne pouvaient rien contre son coeur embrasé d’un pur amour
Lucifer usa d’un autre moyen; ce fut d’irriter contre elle ses compagnes. Il
leur suggéra la pensée qu’elles seraient
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comptées pour
rien auprès de Marie et qu’elle seule serait estimée et aimée de la maîtresse
et des prêtres. Ces mauvaises. suggestions firent une telle impression dans le
coeur de ces jeunes filles qu’elles commencèrent à la haïr, à la détester, à la
mépriser et à la traiter d’hypocrite. Elles tinrent entr’elles une conférence
où elles résolurent de lui enlever les bonnes grâces des supérieurs, et de la
faire chasser du temple. Elles lui dirent mille imprécations et lui firent
mille outrages. La très prudente Vierge répondit avec une profonde humilité
qu’elle ferait tous ses efforts pour s’amender, mais ses douces réponses
n’amollirent point le coeur de ses compagnes, parce le Démon les irritait
toujours davantage. Elles cherchaient toutes les occasions de la maltraiter et
elles mirent en oeuvre mille moyens. Un jour, elles l’emmenèrent dans une
chambre retirée, l’accablèrent d’outrages et même de coups. Elles haussèrent
tellement la voix qu’elles furent entendues des prêtres du temple qui
accoururent au bruit. Ils en demandèrent la cause, et elles répondirent toutes
avec beaucoup d’indignation, qu’il n’était pas possible de vivre en paix avec
Marie, que son caractère était terrible, qu’elle était hautaine et pleine
d’hypocrisie. Les prêtres et la maîtresse la menèrent à une autre chambre et la
reprirent avec sévérité, la menaçant de la congédier du temple. La très humble
enfant avec une grande modestie, les remercia de leur réprimande et les pria de
lui pardonner, promettant de se mieux conduire en toutes choses dans la suite.
Elle s’en alla incontinent joindre ses compagnes, se prosterna à leurs pieds,
et leur demanda pardon. Elles la reçurent dans leur compagnie, parce qu’elles
crurent que cet acte était une punition imposée parles prêtres. Mais le dragon
infernal augmenta la fureur de ces filles, et elles continuèrent à la
discréditer avec un effronterie plus grande, inventant de nouveaux mensonges
pour la perdre!
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Le Très-Haut ne
permit jamais qu’on inventât des choses considérables ni indécentes, mais
seulement des choses puériles; tout cela donna occasion à Marie d’exercer les
vertus, et surtout sa très grande humilité en ne se défendant jamais de ces
fausses imputations. Dieu mit enfin un terme aux épreuves de son épouse
immaculée. Il apparut en songe à Siméon et à Anne, leur faisant connaître que
Marie était très agréable à ses yeux, et qu’elle était très innocente de tout
ce dont on l’accusait. Après cet avis du Seigneur, ils appelèrent la très
sainte enfant, et lui demandèrent pardon d’avoir trop. facilement ajouté foi
aux fausses accusations de ses compagnes. Elle leur répondit avec une humilité
toujours plus profonde. Les prêtres ainsi désabusés, la persécution cessa, et
le Seigneur adoucit le mauvais vouloir des filles qui la faisaient souffrir.
Mais ses afflictions intérieures causées par l’absence de son bien-aimé
Seigneur ne cessèrent pas. Elles durèrent dix ans pendant lesquels elle
souffrit au-delà de tout ce qu’il est possible d’exprimer. Le Très-Haut, il est
vrai, découvrit sa face dans cet intervalle, afin qu’elle reçut quelque
soulagement, mais ce ne fut pas fréquemment. Cette absence si pénible était
convenable, afin que Marie se disposât par l’exercice de toutes les vertus à la
sublime dignité de mère de Dieu, à , laquelle le Très-Haut la destinait de
toute éternité.
A la douzième année de son âge, les anges lui manifestèrent que la fin de
la vie de sa sainte mère Anne s’approchait. Dieu commanda à ses anges de porter
réellement la sainte enfant auprès de sa mère malade, tandis qu’un d’entr’eux.
prendrait sa place en prenant un corps aérien semblable au sien. Les anges
obéirent au divin commandement et la très sainte enfant consola sa chère mère.
Elle lui demanda sa bénédiction et la fortifia de ses saintes et ferventes
paroles, et l’embrassa pour la dernière fois. Sa prudente mère ne lui découvrit
pas le mystère du choix qui avait été fait d’elle pour être la mère du Messie
attendu. Elle l’exhorta à ne pas sortir du temple avant d’avoir embrassé un
état, à ne le faire qu’avec le consentement des prêtres du Seigneur, et si
c’était la volonté de Dieu qu’elle se mariât, à prendre son époux dans la tribu
de Juda et dans la famille de David. Elle lui recommanda de faire part aux
pauvres de ses biens, et de demander incessamment au Tout-Puissant la venue du
Messie. Sainte Anne avait un coeur magnanime, une intelligence élevée, une
taille médiocre, quelque peu au-dessous de celle de sa très sainte fille Marie,
le visage rond, la couleur blanche et vermeille, et les manières toujours
égales. Elle vécut cinquante-six ans, à vingt-quatre ans elle se maria à saint Joachim,
elle passa vingt sans enfants, à quarante-quatre ans elle mit au monde la
sainte Vierge. Elle vécut encore douze ans, trois en sa compagnie, et neuf
pendant qu’elle était dans le temple. Elle avait quarante-huit ans lorsque
saint Joachim mourut. Quelques auteurs ont écrit qu’elle se maria trois fois,
et qu’en chaque fois, elle fut mère d’une des trois Maries. Mais le Seigneur ne
m’a révélé que son mariage avec saint Joachim; et ne m’a pas fait connaître
qu’elle ait eu d’autre fille que la très sainte Vierge mère de Dieu.
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La divine enfant fut rapportée par les anges dans le temple. Elle leur fit
de douces plaintes et d’amoureuses instances, afin qu’il lui découvrissent la
faute qui la privait de la présence de son divin époux. Le Seigneur entendit
enfin ses plaintes et se manifesta à son épouse par une vision abstractive de
sa divinité. Il dissipa ses ténèbres et remplit son âme de célestes consolations
et des joies les plus pures. A l’âge de treize ans et demi il lui arriva ce que
l’Écriture nous dit être arrivé à Abraham lorsqu’il lui fut commandé de
sacrifier son fils Isaac. Elle avait fait voeu de virginité perpétuelle en
présence de Dieu et des saints anges, et elle n’avait rien de plus à coeur que
de conserver toujours ce beau lys de pureté. Mais le Seigneur lui commanda de
prendre l’état du mariage, sans lui découvrir encore qu’elle fut choisie pour
être la mère de Dieu. A cet ordre inattendu elle resta très affligée, mais elle
suspendit son jugement, et croyant plus fermement qu’Abraham lui-même, elle
espéra contre l’espérance, et se résigna à la divine volonté. Dieu dit en songe
à Siméon de chercher un époux pour la fille de Joachim et de rassembler tous
les prêtres et les docteurs pour leur exposer que cette enfant était orpheline
et qu’elle n’avait aucune volonté de s’engager dans le mariage; mais que la
coutume étant qu’aucune fille ne sortit du temple sans s’établir, il était
convenable de lui trouver un mari. Le saint vieillard obéit aux ordres divins.
Il exposa la chose aux prêtres, qui furent d’avis qu’il fallait prier le
Seigneur de leur faire connaître quel était celui qu’il avait choisi pour son
époux à cette enfant. Ils
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fixèrent donc un
jour auquel tous les jeunes hommes de la famille de David, qui étaient présents
à Jérusalem devaient se rassembler dans le temple; ils choisirent celui où
Marie achevait, la quatorzième année de son âge. Simon voulut alors donner
connaissance à la sainte enfant de leur résolution et l’engager à recommander
cette affaire au seigneur. A cette nouvelle elle ressentit une si vive
affliction qu’elle se‘raiL morte si Dieu ne l’eut fortifiée de sa divine vertu.
Il lui donna cet avis neuf jours avant celui qui avait été fixé; en ce temps
là, tandis que la sainte vierge redoublait ses prières afin que la divine
volonté s’accomplit sur elle, le seigneur lui apparut et lui dit: Mon épouse et
ma colombe, apaisez votre coeur affligé; je suis attentif à vos désirs et à vos
prières, le prêtre sera conduit par ma lumière; je vous donnerai un époux qui
ne s’opposera pas à vos désirs, et je vous viendrai en aide avec ma grâce. Je
chercherai un homme parfait et selon mon coeur et je le choisirai parmi mes
serviteurs; non pouvoir est infini et il sera toujours avec vous pour votre
protection. Ces paroles du seigneur apaisèrent le coeur de la pure vierge et
elle pria de nouveau le Très-Haut de lui conserver la pureté. Elle s’adressa
aussi à ses anges qui la .consolèrent par les raisons tirées de la puissance de
Dieu et de son amour infini envers elle. Le jour fixé arriva, tous les jeunes
hommes de la famille de David s’assemblèrent et Joseph originaire de Nazareth,
mais alors habitant à Jérusalem se trouva avec eux. Il était âgé de
trente-trois ans, était bien fait de corps, d’un visage agréable et d’une
modestie et d’une grâce incomparable. Dès sa douzième année il avait fait voeu
de chasteté. Il était parent au troisième degré de la sainte vierge. Les
prêtres se mirent- en prières afin de régler avec l’assistance divine ce qu’il
fallait faire. Le seigneur inspira à Simon de faire prendre une baguette sèche
à chaque
33
prétendant et il
leur dit que chacun demandât à Dieu de manifester sa divine volonté. Lorsqu’ils
étaient tous en prière, on vit fleurir la baguette que tenait saint Joseph et
voler au-dessus de sa tête une blanche colombe entourée d’une splendeur
admirable. En outre saint Joseph entendit une voix qui lui dit intérieurement :
Joseph mon serviteur, Marie doit être votre épouse, recevez-la avec soin et
respect, car elle est agréable à mes yeux, juste, très-pure de corps et
d’esprit et vous ferez ce qu’elle vous dira. Sur la déclaration du ciel les
prêtres donnèrent la très-sainte Vierge pour épouse à saint Joseph, comme
choisi de Dieu. Marie baisa la main à Siméon et à Anne sa maîtresse et sortit
du temple avec son époux et quelques serviteurs du saint lieu et ils allèrent
ensemble à Nazareth. Arrivés là, les saints époux visitèrent leurs parents et
leurs amis ainsi qu’on la pratique dans ces sortes d’occasions et ils se
retirèrent enfin à leur maison. Alors la très-pure Vierge pria les anges de
l’assister dans ce premier entretien qu’elle devait avoir seule à seule avec un
homme. Ils furent tous présents en forme visible; ils donnèrent une grande
force à ses paroles et enflammèrent de charité le coeur de saint Joseph. Elle
fit alors connaître à son époux le voeu de perpétuelle chasteté qu’elle avait
fait, le suppliant de l’aider à l’accomplir; saint Joseph lui découvrit de son
côté celui qu’il avait fait à l’âge de douze ans. Le coeur des deux chastes
époux fut rempli de consolation en voyant l’oeuvre du seigneur dans la
conformité de leurs sentiments; ils renouvelèrent leurs voeux, promirent d’y
être fidèles et de s’entr’aider pour leur perfection. Après ces promesses, ils
partagèrent, l’héritage que saint Joachim et sainte Anne leur avait laissé, ils
en offrirent une part au temple, l’autre fut réservée pour les pauvres; ils
gardèrent la troisième pour leur entretien Saint Joseph avait appris dans sa
jeunesse le
34
métier de
charpentier comme un emploi honnête, dans le dessein de gagner sa vie. Il
demanda à la sainte Vierge son épouse, s’il lui serait agréable qu’il exerçât
ce métier. La sainte Vierge y Consentit, en l’avertissant que le Seigneur
voulait qu’ils fussent pauvres et qu’ils secourussent les pauvres. Elle lui
demanda la permission de distribuer des aumônes, ce que le saint époux lui accorda
volontiers. Dieu pour augmenter dans saint Joseph le respect et la vénération
qu’il devait à son épouse, voulut qu’elle répandît dans son époux par sa vue et
sa présence une crainte respectueuse qui ne peut s’exprimer en paroles. Ces
effets résultaient d’une rayonnante splendeur de la divine lumière, unie à une
majesté ineffable dont saint Joseph était pénétré. Le saint mariage fut célébré
le huit septembre, Marie ayant quatorze ans accomplis et saint Joseph
trente-trois.
La sainte Vierge s’occupa à des oeuvres de profonde humilité et d’héroïques
vertus pendant les six mois et dix-sept jours qui s’écoulèrent depuis le
mariage jusqu’à l’incarnation du verbe éternel. Pour accomplir ce mystère avec
plus de décence le Seigneur prépara la sainte épouse d’une manière singulière
les derniers jours qui précédèrent son incarnation
35
dans son sein
virginal. Le premier jour de cette préparation, Marie se levant à minuit, selon
sa coutume, pour louer le Seigneur; les anges lui parlèrent ainsi : épouse de
notre divin maître, levez vous, car sa divine majesté vous appelle. Elle
répondit : le Seigneur ordonne à la poussière de se lever de la poussière, et
se tournant vers lui, mon divin maître dit-elle; que voulez-vous faire de moi?
à ces paroles gon âme fut élevée à un nouveau séjour plus rapproché du
Seigneur. La divinité lui fut manifestée d’une manière abstractive et elle
connut avec une grande clarté les oeuvres du second jour de la création du
monde. Le Seigneur lui découvrit qu’elle devait lui demander avec instance
l’accomplissement de l’incarnation. Dans cette vision elle connut en particulier
comment elle était formée de la ville matière de la terre; elle eut une si
profonde connaissance de son être terrestre qu’elle s’humilia profondément et
s’abaissa plus que tous les enfants d’Adam bien qu’ils soient remplis de
misères. Le Seigneur lui donna cette connaissance pour creuser dans son coeur
des fondements d’humilité qui fussent en proportion avec l’édifice qu’il
voulait élever en elle; et comme la dignité de mère de Dieu est en quelque
sorte infinie, il fallait que l’humilité qui devait lui servir de fondement fut
sans bornes.
Le second jour elle connut tout ce
qui était du second jour de la création du monde. Dieu lui donna un plein
pouvoir sur les cieux et tous les éléments; principalement pour deux raisons :
la première, parce que la Vierge étant exempte du péché originel, devait
dès-lors être exempte de toutes les misères des enfants d’Adam, contre lesquels
Dieu avait donné aux créatures, en punition du péché, le pouvoir de venger
l’outrage fait au créateur. La seconde, parce qu’il était convenable que toutes
les créatures obéissent à celle à
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qui le créateur
même devait obéir. Mais elle n’usa jamais de l’empire qu’elle avait sur les
vents, la mer, le froid, le chaud, les saisons, si ce n’est lorsque la gloire
de Dieu le demandait.
Le troisième jour elle reçut la science infuse de tout ce qui fut fait au
troisième jour de la création. Elle connut avec une grande clarté les
propriétés des eaux, les herbes, les fruits, les plantes, les métaux, les
pierres, les minéraux et la connaissance qu’elle en eut surpassa celle d’Adam,
de Salomon et des autres hommes. Elle reçut un si grand pouvoir qu’aucune
créature ne pouvait lui nuire, si elle ne le permettait. Mais elle n’usa jamais
de sa science ni de son pouvoir pour se préserver des souffrances; quelquefois
seulement elle s’en servit pour les pauvres. Dieu lui donna aussi la
connaissance de l’amour infini de Dieu jour les hommes et cette vue fit naître
en elle un si grand désir de nous sauver et de réparer nos malheurs, pour
plaire à Dieu, qu’elle serait morte mille fois, si le Seigneur ne lui eût
conservé la vie par sa puissance. Sa grande charité et son ardent désir de
sauver les pécheurs la disposait de plus en plus à être la mère du sauveur, et
puisque son fils devait sauver le monde par le moyen de sa passion, usant de
son pouvoir sur les créatures elle. le mir commandait de lui faire supporter ce
qu’elles devaient faire souffrir à leur créateur.
Le quatrième jour elle fut élevée à une plus haute connaissance des divines
grandeurs; elle vit tout ce qui fut créé et ordonné au quatrième jour de la
création. Elle connut l’arrangement, le nombre, les propriétés, la matière, la
forme et les influences des planètes, des étoiles et de tous les corps
célestes, sur lesquels elle reçut un empire absolu, dont elle se servit
quelquefois pour son fils, particulièrement en Egypte où les chaleurs sont
très-grandes. Elle commanda au soleil de tempérer son ardeur pour le divin
enfant, mais non
37
pour elle qui ne
voulut jamais être privée de souffrir. Le Seigneur lui révéla en ce jour par
une lumière particulière la nouvelle loi de grâce que le sauveur du monde
devait instituer avec les sacrements qu’elle devait contenir, les dons
abondants et les grâces préparés à ceux qui voudraient profiter des mérites de
la rédemption. Mais connaissant l’état de corruption du monde, qui mettait
obstacle par des péchés innombrables à l’amoureuse volonté du Très-Haut pour le
salut éternel de tous, elle éprouva un nouveau genre de martyre causé par la
douleur qu’elle avait de la perdition des hommes. Elle fit à Dieu de ferventes
prières, afin qu’à l’avenir personne ne fût damné, et que tous obtinssent la
gloire éternelle. Son coeur fut inondé d’une grande amertume par la folie et la
dureté des pécheurs à résister à l’inclination miséricordieuse de Dieu pour
leur salut éternel et cette amertume se prolongea pendant tout le temps de sa
vie mortelle.
Le cinquième jour, le Seigneur lui découvrit combien les hommes avec leurs
péchés mettaient obstacle à l’accomplissement de l’incarnation, le petit nombre
de ceux qui en profiteraient et correspondraient à un si grand bienfait. Elle
connut dans cette vision toutes les créatures passées, présentes et futures,
avec leurs bonnes et leurs mauvaises actions, et la fin qu’elles auraient. Dieu
lui donna aussi la connaissance de tout ce qu’il avait créé au cinquième jour
de la création, et le pouvoir sur toutes les oeuvres de ce jour. Il lui demanda
en outre quel était son nom, elle répondit : je suis fille d’Adam, formée par
vos mains d’une vile matière. Le Très-Haut lui répartit : désormais vous vous
appellerez l’élue pour mère de mon fils unique, les esprits bienheureux
entendirent seuls ces dernières paroles, elle n’entendit que le nom d’élue. Le
coeur enflammé d’amour, elle de-
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manda au Seigneur
avec de très-vives instances l’accomplissement de l’incarnation, la très-sainte
Trinité lui en fit la promesse, et remplie de joie elle demanda la bénédiction
qui lui fut accordée aussitôt.
Le sixième jour, Marie persévérant neuf heures dans la prière, les oeuvres
du sixième jour de la création lui furent montrées. Elle connut toutes les
espèces d’animaux avec leurs qualités et leurs fonctions; il lui fut accordé
sur eux un empire absolu et le commandement leur fut donné de lui obéir en toute
chose : ils le firent dans quelques circonstances, comme le boeuf et l’âne qui
se prosternèrent devant le Seigneur, au jour de sa naissance. En outre de la
connaissance des créatures privées de raison, elle connut parfaitement la
manière dont fut créé le premier homme, elle vit la parfaite harmonie du corps
humain avec ses facultés et son tempérament; la nature et les perfections de
l’âme raisonnable et son union avec le corps. Elle connut l’état de la justice
originelle et comment il fut perdu par Adam; elle comprit la manière dont il
fut tenté et vaincu, les effets de sa faute et la fureur des démons contre le
genre humain. Dans cette connaissance, elle se chargea de pleurer ce premier
péché et tous les autres qui en résultèrent comme si elle en eut été coupable.
On peut donc appeler heureuse la faute d’Adam, pour avoir fait couler des
larmes si précieuses. Se reconnaissant descendante de parents si ingrats envers
Dieu, elle s’humilia et s’abaissa dans son néant, non pour avoir eu part à la
faute d’Adam, mais parce qu’elle avait la même nature et était aussi sa fille.
Le septième jour, elle fut transportée par les anges dans l’empyrée où Dieu
l’appelait à célébrer de nouvelles épousailles. A cet effet Dieu commanda à
deux séraphins de l’assister en forme visible; ensuite il la fit revêtir d’une
robe
39
d’un éclat
extérieur en rapport avec la beauté intérieure . de l’âme. Cette robe semblable
à une longue tunique était si resplendissante que si un seul rayon fut parvenu
jusqu’à la terre il l’eut mieux éclairé que le soleil et même que si les
étoiles eussent été des soleils. Les séraphins lui mirent une riche ceinture,
symbole, de la crainte de Dieu, comme la robe était limage de son incomparable
pureté et de sa grâce. Ils l’ornèrent de beaux cheveux à fils d’or liés avec
une précieuse attache, pour faire comprendre que toutes ses pensées devaient
être animées de la plus ardente charité dont l’or était le symbole. Ils lui
mirent aux pieds une belle chaussure pour signifier que tous ses pas et ses
mouvements devaient être dirigés aux fins les plus hautes de la gloire de Dieu.
Ses mains furent ornées de riches bracelets signifiant la magnanimité qui lui
était donnée, et ses doigts de bagues. précieuses, pour signifier les dons du
saint Esprit. Elle reçut aussi un collier d’un éclat merveilleux d’où pendait
un chiffre avec trois pierres précieuses qui correspondaient par les trois
vertus théologales aux trois personnes divines. On lui mit aux oreilles de
beaux pendants pour préparer son ouïe à l’ambassade de l’archange qu’elle
devait bientôt recevoir. Aux extrémités de la robe pendaient des chiffres qui
signifiaient, les uns Marie mère de Dieu, et les autres, Marie vierge et mère.
Le huitième jour, elle fut transportée de nouveau en paradis en corps et en
âme, à la grande admiration des esprits bienheureux pour son incomparable
beauté dans laquelle le Très-Haut prit aussi ses complaisances, et pour
l’honorer davantage il déclara aux anges qu’elle était leur reine, Ils la
reconnurent et l’acceptèrent tous avec joie et chantèrent avec une harmonie
inexprimable des hymnes de reconnaissance au Seigneur, et ce jour fut pour eux
celui d’une joie
40
et d’un bonheur
plus grand que ne l’avait été aucun autre depuis leur création. Le Très-Haut
parla ensuite ainsi à Marie : « Mon épouse et mon élue, puisque vous
avez trouvé grâce à mes yeux, demandez moi sans crainte ce que vous souhaitez;
je vous assure comme Dieu fidèle à ses promesses et roi tout puissant, que je
vous ne refuserai ce que vous demanderez quand même ce serait une partie de mon
royaume. » L’auguste Vierge humiliée et abaissée dans son néant lui
répondit : « Je ne demande pas une partie de votre royaume pour moi, mais
je le demande humblement tout entier pour le genre humain. Je demande, ô roi
tout puissant, de nous envoyer par votre miséricorde infinie votre fils unique
notre rédempteur. » Le Seigneur lui dit : « Vos supplications me sont
agréables, et vos prières me sont chères, il sera fait selon vos demandes et
mon fils unique descendra bientôt sur la terre. » Remplie de joie par
cette divine promesse, elle fut rapportée par les anges sur la terre.
Le neuvième et dernier jour, elle fut portée de nouveau dans l’empyrée en
corps et en âme. Dans une vision abstractive de Dieu, elle connut les choses
créées de tout l’univers, qu’elle avait vu auparavant dans ses parties. Elle
comprit l’harmonie, la connexion, l’ordre et la dépendance que les choses ont
entre elles, et la fin que Dieu a donnée aux diverses créatures. Alors lui fut
placée sur la tête comme reine de toutes les oeuvres de la toute puissance
divine, une magnifique couronne incrustée d’or avec un chiffre qu’elle ne
comprenait pas, et qui signifiait Mère de Dieu. Des dons ineffables lui
furent encore donnés comme dernière disposition à cette éminente et incomparable
dignité. Ce qu’il faut surtout admirer, c’est qu’en recevant des faveurs si
extraordinaires et si mer
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veilleuses, il ne
vint pas en pensée à l’humble vierge qu’elle était choisie pour mère du messie
attendu, tant était profond dans son coeur le bas sentiment d’elle-même.
La plénitude des temps étant accomplie dans lequel le fils unique devait
s’incarner, Dieu le fit connaître à l’archange Gabriel, non par la voie
ordinaire en éclairant l’ange inférieur par le supérieur, mais immédiatement,
et lui révéla l’ordre et les paroles mêmes de son ambassade. Gabriel ayant reçu
l’ordre de Dieu descendit de l’empyrée en forme visible accompagné de milliers
d’anges. Son visage était d’une rare beauté, ses vêtements d’un éclat
admirable, il avait sur la poitrine une belle croix qui annonçait le mystère
ineffable de l’incarnation. Il se dirigea vers la pauvre maison de Marie qui
avait alors quatorze ans, six mois et dix-sept jours. Sa taille surpassait
celle des autres filles de son âge, elle était bien proportionnée et très
belle; sa couleur, son air et ses manières étaient admirables et il ne se
trouvera jamais aucune créature qui puisse l’égaler. Son habit était pauvre et
modeste, mais propre et d’une couleur approchant de la cendre, l’arrangement et
la forme de ses vêtements étaient sans recherche et respiraient la modestie et
la décence. A l’arrivée de l’archange, elle était dans une sublime contempla-
42
tion des mystères
qu’elle avait vus les jours précédents. Elle souhaitait vivement d’être la
servante de cette bienheureuse femme qui devait être la mère du Messie.
L’envoyé céleste entra dans la chambre de l’humble Vierge, accompagné d’une
multitude innombrable d’esprits bienheureux; non seulement il empêcha que la
Vierge le saluât à son ordinaire, mais s’inclinant lui-même il la salua avec un
profond respect et lui dit; Ave Maria gratia plena. A ces paroles Marie
se troubla à cause de sa profonde humilité, s’estimant la dernière des
créatures, et aussi parce qu’elle ne comprenait pas quelle put être fidèle à
son voeu de chasteté et néanmoins être mère. L’archange ayant expliqué les
difficultés, la Vierge satisfaite inclinant la tête donna son consentement à
l’ineffable mystère de l’incarnation du verbe. Toute absorbée dans la pensée
que le Seigneur la voulait pour mère, elle se livra à des actes ardents d’amour
et de conformité à la divine volonté, son chaste coeur naturellement comprimé
par l’ardeur de ses mouvements et de ses affections distilla trois gouttes de
sang qui tombèrent dans son sein virginal et le saint esprit en forma le petit
corps du sauveur. Ainsi le coeur très pur de Marie par la force de l’amour
divin fournit seul la matière dont ce côrps fut composé. Le corps divin de
Jésus-Christ fut donc réellement formé au moment où inclinant la tête, Marie
les mains jointes prononçait ces paroles; ecce ancilla domini, fecit mihi
secundum verbum tuum. En ce moment la très sainte âme du sauveur fut créée
et infuse dans ce corps, et la divinité s’unit à l’humanité par l’union
hypostatique. Tout ceci s’accomplit un vendredi, le vingt-cinq du mois de mars,
à l’aurore, à la même heure où Adam avait été créé, trois mille neuf cent
soixante ans auparavant.
Au moment où le verbe éternel s’incarnait, les cieux et
43
toutes les
créatures donnèrent des signes de respect à leur créateur. Ils témoignèrent
d’une rénovation intérieure et d’un changement pour la présence vivifiante du
rédempteur de l’univers. Les hommes ne connurent pas ce renouvellement
merveilleux, parce que Dieu ne voulut le découvrir qu’aux anges. Le Très-Haut
répandit seulement dans le coeur de quelques justes une émotion et une joie
extraordinaire dont ils ne comprirent pas la raison, quoique plusieurs.
conçussent le soupçon que c’était un effet de la venue si désirée du Messie.
L’archange saint Michel en apporta la nouvelle aux saints pères des limbes qui
en éprouvèrent une émotion plus grande et une joie inexprimable. L’enfer
éprouva aussi l’effet de la venue du sauveur, car les démons ressentirent une
peine et une tristesse inaccoutumées et une force impétueuse du pouvoir divin
qui semblable aux flots d’une mer irritée les renversa tous au fond des
cavernes, mais ils n’en découvrirent pas la raison. Dès que par l’opération du
Saint-Esprit l’incarnation du verbe fut accomplie dans le sein virginal de
Marie, elle fut élevée à une vision intuitive de Dieu où elle comprit avec les
plus hauts mystères la signification des chiffres qui lui avait été toujours
cachée. Le divin enfant croissait par la substance de sa mère, comme les autres
enfants, mais avec cette différence que la matière dont ii était nourri était
admirable. Pour le comprendre il faut remarquer que les actes faits avec
ferveur et les affections amoureuses meuvent le sang et les humeurs, et le sang
et les. humeurs mis en mouvement dans Marie par des actes héroïques et d’une
ardente charité envers Dieu, servaient d’aliment au saint enfant. Ainsi
l’humanité du verbe était naturellement nourrie, et la divinité prenait en même
temps ses complaisances dans les héroïques vertus que pratiquait la Vierge
mère, qui donnait un aliment substantiel
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par la force du
divin amour. Dans la pensée que sa nourriture devait servir d'aliment au divin
enfant, elle la prenait avec un si grand amour et des actes si héroïques de
vertu que les anges étaient ravis d'admiration de voir la sainte Vierge rendre
des actions si communes aussi agréables à Dieu et d'un si grand mérite pour
elle. Le petit corps du Seigneur au premier instant de sa conception ne fut pas
plus grand qu'une abeille, et l’âme auguste et très-sainte qui lui fut unie,
exerça aussitôt tous les actes et d'une manière héroïque. I. Connaître et voir
intuitivement la divinité comme elle est en elle-même et comme elle est unie à
la sainte humanité. II. Se reconnaître dans son être humain inférieur à Dieu et
s'humilier profondément. III. Aimer Dieu d'un amour béatifique. IV. S'offrir en
sacrifice de salut, acceptant son être passible pour la rédemption du monde. V.
Prendre possession du lit virginal de Marie et y mettre ses complaisances. VI.
Remercier le Père éternel de l'avoir créée avec de si grands dons et grâces, et
de l’avoir exemptée du péché originel. VII. Prier pour sa sainte mère et saint
Joseph, demandant pour eux le salut éternel. Ces actes avaient un si grand
mérite qu'ils auraient été suffisants
pour racheter une infinité de mondes, et l'acte d'obéissance de
s'assujettir à la souffrance et celui d'empêcher que la gloire de son âme ne
rejaillît sur son corps, avait un mérite surabondant pour notre rédemption. La
sainte Vierge pratiqua les mêmes actes que notre Seigneur à mesure qu'il les
exerça. Elle s'humilia profondément en présence de la divine majesté , et adora
le Seigneur dans son être infini et dans son union avec la nature humaine. Elle
rendit gloire à Dieu au nom de tous les hommes, et particulièrement de l'avoir
choisie pour mère de son fils; elle s'offrit humblement à le nourrir, le servir
et l’accompagner, et à coopérer autant
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qu'elle le
pourrait à l' oeuvre de la rédemption; elle demanda la grâce d'exercer avec
zèle ses devoirs dans cette oeuvre si grande. A ces actes héroïques intérieurs
qu'elle pratiqua aussitôt il près la conception du verbe, elle joignit les
extérieurs. Elle se prosterna à terre et l'adora profondément , elle continua
ses adorations et ses prosternations pendant toute sa vie; de minuit à minuit
elle faisait trois cents génuflexions, et même au-delà lorsqu'elle n'était pas
occupée à autre chose ou en voyage. Tous ses actes étaient èn hommage du divin
enfant. Le jour de l'incarnation, les anges qui l'assistaient se rendirent
visibles à ses yeux, remplis d'allégresse et adorant dans son sein leur Dieu
fait homme. Ils s'offrirent de la servir comme leur reine, de l'aider dans son
travail et dans tout ce qu'elle voudrait leur commander, et ils firent ce
qu'ils disaient jusqu'à la servir à table lorsqu'elle était seule en l'absence
de Joseph son époux. Pendant qu'elle avait dans son sein le divin enfant elle
jouissait ordinairement de sa présence de plusieurs manières : mais celle qui
lui donnait la plus grande consolation était de voir dans son sein comme au
travers d'un pur cristal, l'humanité sainte qui recevait la lumière de la
divinité. Elle éprouvait une grande satisfaction en voyant les petits oiseaux
qui venaient adorer dans son sein leur créateur et le louer par leurs chants
joyeux et leurs doux. mouvements. Dieu l'ordonna ainsi plusieurs fois pour la
consolation de sa chère mère, souvent ils lui apportaient de belles fleurs
qu'il1 laissaient tomber dans ses mains, et ils s'arrêtaient attendant ,qu'elle
leur commandât de chanter. D'autres fois pour éviter les rigueurs de la saison,
les pauvres oiseaux se réfugiaient auprès d'elle et la douce reine
non-seulement les recevait mais leur donnait aussi la nourriture, toute joyeuse
de leur innocence.
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Dans la vision qu’elle eut après l’incarnation, la sainte Vierge connut que
lé Seigneur avait pour agréable qu’elle visitât sainte Elisabeth, afin de
sanctifier par la présence de son divin fils le précurseur qui allait naître.
Elle conféra de ce voyage avec saint Joseph, qui offrit avec un grand respect
de l’accompagner. Ils fixèrent le jour du départ, qui fut le quatrième après
l’incarnation du verbe. Ils préparèrent les choses nécessaires, c’est-à-dire un
âne que leur prêta un voisin , quelques fruits, du pain et quelques poissons et
ils partirent de Nazareth, pour la maison de Zacharie, éloignée de quatre jours
de marche par un chemin rude et pénible. La sainte Vierge se servait
quelquefois du petit animal dans son voyage pour obéir à son époux, mais elle
marchait souvent à pied. Elle pria plusieurs fois saint Joseph de se servir d~
la pauvre monture, mais le saint ne voulut jamais le faire. Ils restaient de
longues heures en silence, la sainte Vierge chantait alors avec les anges
visibles pour elle seule des hymnes au Très-Haut, saint Joseph s’entretenait
avec Dieu dans l’oraison. ils s’occupaient ensuite à de saints entretiens dont
le saint époux se sentait extraordinairement enflammé et pénétré; ne sachant
d’où lui provenait cette grande ferveur, il voulut le demander à la sainte
Vierge, mais il n’en eut pas le courage; la prudente Vierge ne voulut pas le
lui découvrir, quoiqu’elle pénétrât son intérieur. Le voyage dura quatre jours
pendant lesquels plusieurs miracles furent opérés l’un fut de rendre la santé à
une fille
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malade. La reine
de l’univers ordonna aux humeurs par le pouvoir suprême qu’elle avait sur les
créatures, de se remettre dans leur état naturel. Les saints pèlerins
arrivèrent enfin à Juda, c’était le nom de la ville où sainte Elisabeth
habitait; elle fut détruite dans la suite, et il resta seulement cette maison
qui devint un temple. Zacharie ne demeura pas toujours à Juda, mais aussi à
Hébron, où il avait une maison, et il y mourut. Avant d’arriver à Juda, Joseph
voulut prévenir Zacharie, mais sainte Elisabeth éclairée de l’esprit saint,
était venue à la rencontre de la sainte Vierge avec quelques personnes de sa
famille et la joignit aussitôt. La très-pure Vierge salua la première Elisabeth
avec ces paroles : Le Seigneur soit avec vous ma cousine. Elisabeth répondit La
mère du Très-Haut vient à moi! Que le Seigneur vous récompense d’être venue me
donner cette consolation. Après ce salut, elles se retirèrent en particulier,
et la mère de la grâce salua de nouveau, en disant : Dieu vous sauve, ma chère
cousine, et sa divine lumière vous communique la grâce et la vie. A ces
paroles, Elisabeth fut remplie de l’esprit saint, et éclairée intérieurement
elle connut en un instant les plus hauts mystères. Lorsque Marie proférait les
paroles déjà rapportées, Dieu regarda saint Jean, et lui accorda en ce moment
le parfait usage de la raison, il le purifia du péché originel et le remplit de
l’esprit saint. Dans le même temps saint Jean vit aussi le verbe incarné, les
entrailles de Marie lui servant comme de cristal, et prosterné il adora le
rédempteur du monde. Cette adoration produisit un tressaillement de joie du
saint enfant dans le sein d’Elisabeth et ravie d’admiration de ces merveilles,
les yeux fixés sur Marie elle dit les paroles rapportées par saint Luc: Vous
êtes bénie entre toutes les femmes. Le jeune Baptiste comprit le sent de ces
paroles. La sainte Vierge répondit d’une voix douce
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et modeste par le
cantique Magnificat anima mea dominum. Elisabeth ensuite s’offrit
elle-même et toute sa famille à la sainte Vierge pour la servir, et la pria
d’accepter une chambre dont elle faisait usage pour prier le Seigneur. Marie
accepta cette chambre avec un remerciement sincère et personne n’y entra
désormais excepté sainte Elisabeth. La nuit arriva au milieu de leur doux
entretien, la Vierge mère demanda en se retirant la bénédiction à Zacharie
comme prêtre du Seigneur. Elle ne s’empressa pas de remédier à son état de
mutisme, mais elle pria pour lui et lui porta une tendre compassion. Saint
Joseph, après trois jours, demanda la permission de revenir à Nazareth, offrant
de revenir au premier avis de sa sainte épouse. Après son départ, la sainte
Vierge régla sa manière de vivre dans cette maison, et ce fut celle qu’elle
observait à Nazareth. Elle faisait de ses mains les langes de l’enfant qui
devait naître. Après une douce contestation, elle obtint de pratiquer
l’obéissance, et qu’Elisabeth aurait le commandement. Elle s’occupa des
ouvrages qui lui furent imposés de sa sainte cousine; tout ce que faisait la
mère de sa sagesse, Elisabeth le gardait avec une grande vénération sans jamais
l’employer pour aucun usage.
Dans la compagnie de la mère de Dieu, Elisabeth s’éleva à une très-haute
sainteté, elle vit plusieurs fois la sainte Vierge entourée de splendeurs et
soulevée de terre; en la voyant toute absorbée en Dieu, elle se prosternait
devant elle pour adorer le verbe fait homme renfermé dans son chaste sein. Elle
ne découvrit jamais à personne ce mystère caché excepté à Zacharie, et à son
fils, et à celui-ci seulement après la naissance du divin enfant. Il y avait
dans la maison d’Elisabeth, une servante d’un mauvais naturel, colère,
médisante et habituée aux jurements; à cause de ces péchés, plusieurs démons la
possé-
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daient déjà
depuis quatorze ans. La sainte Vierge découvrant le mauvais état de cette
malheureuse femme et le motif pour lequel le démon l’avait possédée, pria le
Seigneur pour cette âme; elle lui obtint la contrition et le pardon de ses
péchés. Elle ordonna aux esprits infernaux de ne plus la tourmenter, mais de se
tenir toujours éloignés d’elle comme ils avaient fait lorsque la Vierge entra
sur le seuil de la maison. Il y avait une autre femme dans le voisinage de la
maison d’Elisabeth, qui n’était pas meilleure que la précédente. Dès qu’elle
eut appris qu’il était arrivé dans ce lieu une jeune étrangère, modeste, humble
et retirée. Quelle est celle-ci, dit-elle, dont la vie est si singulière? Je veux
voir qui elle est. Elle alla poussée par la curiosité à la maison d’Elisabeth
voir l’étrangère; mais à la vue de la très-pure Marie, tous ses sentiments
dépravés furent changés; elle pleura amèrement ses péchés, sans connaître
encore la cause de ce changement si subit. La mère de Dieu fit aussi la
conquête d’un grand nombre d’autres âmes, mais toujours en secret sans que
personne remarquât que la grâce et la conversion étaient l’effet de
l’efficacité de ses prières. Il y avait plus de deux mois que la Vierge
habitait chez Elisabeth et sanctifiait toute cette famille par ses actions et
ses exemples d’humilité. Elisabeth prévoyant le prochain départ de sa sainte
cousine, commença à ressentir la perte qu’elle allait faire. Un jour elle
s’efforça de lui persuader de changer son habitation de Nazareth à Juda; elle
lui dit qu’on appellerait saint Joseph, et que sa maison, sa famille et sa
personne seraient à leur service, L’humble Vierge écouta cette proposition,
mais elle lui dit qu’elle ne pouvait rien décider sans le bon plaisir de Dieu
et de son époux, qu’elle exposerait à Dieu ses désirs dans la prière et ferait
connaître son invitation à saint Joseph. Sainte Elisabeth fut satisfaite elle
la pria seulement de ne pas la
50
quitter jusqu’à
la naissance de l’enfant. La sainte Vierge se retira dans son oratoire, pour
connaître la volonté du Seigneur. Elle fut aussitôt ravie en extase et le
Seigneur lui fit comprendre qu’elle devait rester jusqu’à la naissance de
l’enfant qui devait naître bientôt, et retourner à Nazareth lorsque la
circoncision serait faite.
Lorsque le temps fut accompli, le Seigneur fit connaître à Jean-Baptiste
l’heure où il devait venir au monde. Le saint enfant à cet avis resta en
suspens sur ce qu’il devait faire: d’un côté les lois de la nature
l’obligeaient de naître, la volonté du Seigneur l’ordonnait aussi, d’un autre
côté il considérait sérieusement les dangers du périlleux voyage qu’il
entreprenait dans cette vie si fragile. Il se tourna donc vers Dieu avec une
entière obéissance et une grande confiance dans sa bonté: Seigneur dit-il, que
votre divine volonté s’exécute, accordez-moi d’employer ma vie à votre service,
et donnez-moi votre bénédiction pour venir à la lumière du monde. Le saint
enfant mérita pal- cette prière que la divine majesté lui accordât de nouveau à
sa naissance sa bénédiction et sa grâce. Dès qu’il fut né, Elisabeth en fit
donner avis à la Vierge qu’elle n’avait osé inviter d’être présente. Marie lui
envoya les langes préparées de ses mains pour envelopper l’enfant, et peu après
elle vint elle-même par l’inspiration divine. Elisabeth était déjà assise sur
son lit; la sainte Vierge prit l’enfant dans ses bras et l’offrit aussitôt au
Père éternel. Il témoigna une grande joie de se voir dans les bras de la mère
de Dieu, il s’inclina en signe de respect et fit d’autres gestes d’affection
envers elle, mais elle conserva toujours sa dignité, et elle ne le baisa pas
même une seule fois comme il est en usage de le faire à cet âge. Elle n’arrêta
point sa vue sur lui, toute absorbée dans la con-
51
templation de la
beauté de sa grande âme, de sorte qu’elle ne l’aurait pas reconnu des yeux du
corps,
Le huitième jour, il fut circoncis et appelé Jésus avec toutes les
circonstances rapportées par saint Lue. Zacharie recouvra la parole et ce fut
par le moyen de Marie qui usant du pouvoir qu’elle avait sur les créatures
délia sa langue afin qu’il bénît en cette occasion le Seigneur. Il le fit à
l’admiration de tous les assistants qui ne comprirent point comment s’était
opéré le miracle. Après la circoncision, saint Joseph vint de Nazareth pour
ramener son épouse. Elle le reçut avec une grande joie et un profond respect,
se mit à genoux devant lui le priant de la bénir; et ensuite elle se prépara
pour le départ. Elisabeth voulut profiter de la présence de la mère de la
sagesse et la supplia de lui laisser quelques instructions pour lui servir de
règlement de vie après son départ. Ses raisons et ses prières furent si vives
que la Vierge en fut attendrie et ne put lui refuser une si juste consolation :
« Elevez toujours, lui dit-elle, votre coeur et votre esprit à Dieu, et
avec la lumière de la grâce que vous avez, ne perdez jamais de vue l’être
immuable de Dieu éternel infini et sa bonté incompréhensible qui l’a porté à
tirer les hommes du néant pour les élever à la gloire, et les enrichir de ses
dons précieux. Vous devez apporter tous vos soins à dégager votre coeur de
toutes les choses du inonde afin que libre et détaché il puisse atteindre sa
fin. Pour cela, ma chère cousine, je vous recommande de le purifier de ce qui
est terrestre, afin que délivrée des embarras de cette vie, vous répondiez aux
desseins de Dieu, et que vous puissiez suivre sans peine et avec joie le
Seigneur, lorsqu’il faudra laisser ce corps et tout ce qu’il aime. Maintenant,
c’est le temps de souffrir et de mériter la couronne, sachons nous en rendre
dignes et marcher avec diligence pour arriver à l’union intime avec notre
véritable
52
et souverain
bien. Mettez un grand soin pendant votre vie obéir à Zacharie votre époux et
votre chef, à le servir et l’aimer. Offrez votre fils à Dieu son créateur, et
en lui, pour lui, vous pouvez l’aimer comme mère. Employez votre zèle afin que
Dieu soit craint et honoré dans votre maison toute votre famille. Soyez
attentive à soulager les pauvres ceux qui sont dans le besoin autant qu’il vous
sera possible. Secourez-les des biens temporels que Dieu vous a libéralement
donnés pour les distribuer généreusement à ceux qui en sont privés. Nous sommes
tous enfants du même père qui est aux cieux, auquel appartiennent toutes les
choses créées il n’est pas raisonnable que le père étant riche, un enfant soit
dans l’abondance, et les autres soient pauvres et délaissés. Continuez ce que
vous faites, et exécutez ce que vous avez dans l’esprit puisque Zacharie le
remet à votre disposition; vous pouvez être libérale avec la permission de
votre époux. Vous mettrez en Dieu votre espérance dans tout les peines qu’il
vous enverra. Vous serez bonne, doue humble, bienveillante et très-patiente
avec tout le monde quoiqu’il y en ait qui vous causent de la peine, dans la
pensée que ce sont des instruments pour votre mérite. Bénissez éternellement le
Seigneur pour les mystères si élevés qu vous a manifestés, et demandez toujours
avec zèle et charité le salut des âmes. Priez Dieu, afin qu’il me gouverne et
me dirige pour traiter dignement et selon sa volonté le mystère que sa bonté
immense a confié à une si vile et si pauvre servante. » Ainsi parla la sainte Vierge à sa cousine au
m ment de son départ, et se mettant à genoux elle lui demanda la bénédiction.
Ensuite elle alla prendre congé de Zacharie et humblement prosternée à ses
pieds, lui demanda aussi la bénédiction. Les paroles de la bénédiction du
prophète furent presque toutes tirées de la sainte écriture. Que le Dieu tout-
53
puissant vous
assiste toujours et vous délivre de tout mal; qu’il vous défende par sa
protection et vous remplisse de la rosée du ciel et de la graisse de la terre.
Que les peuples vous servent, et les tribus vous vénèrent parce que vous êtes
le tabernacle de Dieu. Vous serez la maîtresse de vos frères et les fils de
votre mère fléchiront le genou devant vous. Celui qui vous exaltera et vous
bénira, sera exalté et béni et celui qui ne vous louera pas, sera maudit. Que
toutes les créatures connaissent Dieu en vous et que par vous le nom du
Très-Haut soit glorifié. Après cette bénédiction, elle baisa la main au saint
prêtre qui en fut tout attendri, Il garda toujours le secret de ces mystères.
Une seule fois qu’il y avait dans le temple une assemblée de prêtres, poussé
par l’esprit de Dieu il dit tout à coup ces paroles : Je crois fermement que le
Très-Haut nous a visités en envoyant au monde le Messie qui doit racheter son
peuple. Siméon à ces paroles fut saisi d’une grande émotion; ne permettez pas,
dit-il, ô Dieu d’Israël, que votre serviteur quitte cette vallée de larmes
avant d’avoir vu notre salut et le rédempteur de son peuple.
La sainte Vierge ayant pris congé des saints époux, voulut avant de partir
voir encore Jean-Baptiste; elle le prit dans ses bras et lui donna plusieurs
bénédictions mystérieuses. Le saint enfant parla à la sainte Vierge par la
permission de Dieu, mais à voix basse, et lui demanda son intercession et sa
bénédiction. Il lui baisa trois fois la main, et adora dans son sein le verbe
incarné. L’enfant divin le regarda en même temps avec tendresse et
bienveillance; ce que la Vierge mère vit et admira avec une grande joie.
54
Les saints hôtes retournèrent enfin à leur pauvre maison de Nazareth. Le
voyage dura quatre jours entiers, et ils n’usèrent jamais du pouvoir qu’ils
avaient sur les créatures, quoique la chaleur, les rochers, les épines, leur
causassent de grandes incommodités. Ils opérèrent plusieurs miracles et
délivrèrent secrètement plusieurs infirmes et plusieurs pauvres de diverses
infirmités et misères. A son arrivée à Nazareth, l’humble vierge balaya les
chambres et mit en ordre la pauvre maison; les saints anges l’assistaient dans
cet humble travail. Elle règla les actes de vertu qu’elle devait pratiquer avec
une exactitude parfaite. Ces vertus héroïques, observées avec soin par Lucifer,
lui firent soupçonner, si celui qui devait le vaincre et le terrasser, pouvait
naître d’une femme plus profondément vertueuse. il assembla un conciliabule de
démons dans l’enfer pour leur proposer ses doutes et leur faire part de ses
soupçons. La résolution de cette maudite assemblée, fut d’employer toutes
sortes de tentations pour vaincre et opprimer cette femme. Le verbe incarné
connut tous les desseins de Lucifer et pour revêtir notre invincible reine
d’une nouvelle force, il se tient debout dans le tabernacle virginal comme
celui qui voudrait se mettre en défense. Dans cette posture il pria le père
éternel de renouveler ses faveurs à sa chère mère. Voici l’ordre de la
bataille: Lucifer conduisit les sept légions des principaux chefs qu’il avait
désignés comme tentateurs des hommes pour les sept péchés capitaux. La sainte
Vierge était alors en oraison, et par la permission du Seigneur les sept
légions vinrent l’une après l’autre faire tous les efforts que peuvent inspirer
la
55
malice, la rage
et la nécessité d’obéir au prince des ténèbres. La prudente Vierge connut tous
leurs artifices et les dissipa par sa grande sagesse et son incomparable
attention. Tous ses ennemis avec leurs ruses et leur mille suggestions ne
purent pas réussir à la distraire ni l’empêcher de faire toutes ses héroïques actions
même les pins petites avec toute la perfection possible. Les puissances
infernales furent entièrement vaincues. Lucifer en fureur, appela ses légions
et voulut renouveler le combat se mettant lui-même à leur tête. Il employa
contre la seule Vierge toutes les forces par lesquelles il a introduit dans le
monde tant d’erreurs et tant de coupables désordres. Il mit, mais en vain tout
en oeuvre contre elle; il lui fut également inutile de se servir pour
instrument de la malice de quelques voisins, afin de tourmenter Marie et saint
Joseph. Tous ses artifices ne servirent qu’à leur faire exercer des actes
héroïques de vertus et à augmenter le mérite de leur victoire. Mais l’épreuve
la plus grande où Dieu mit la sublime sainteté de ces deux saints époux, est
celle dont nous devons maintenant parler. Marie était déjà dans le cinquième
mois de sa grossesse, lorsque saint Joseph s’en aperçut dans la disposition de
la sacrée personne, parce qu’étant très-proportionnée dans son corps elle
pouvait moins le cacher. Cette connaissance pénétra de douleur le coeur de
saint Joseph, et par l’amour très-vif qu’il lui portait et par le danger où il
la voyait d’être lapidée conformément à la foi. Il recourut à Dieu dans
l’oraison, car il soupçonnait dans cette grossesse quelque mystère caché, mais
il n’en était pas assuré et il ne savait à quoi se résoudre; Dieu voulait avant
de lui découvrir le secret lui donner l’occasion d’exercer plusieurs actes
héroïques de vertu. La peine qu’il ressentait dans son coeur était si grande qu’elle
paraissait au dehors, et sur son visage on voyait une pro-
56
fonde tristesse.
La sainte Vierge n’avait pas besoin de ces signes extérieurs pour connaître
l’affliction de son époux, car elle voyait clairement tout ce qui était dans
son coeur, mais elle ne lui découvrait pas le secret des mystères. Elle
abandonnait tout à la divine providence, quoiqu’elle aimât tendrement son époux
et qu’elle eût une tendre compassion pour son douloureux martyre. Les soupçons
croissant de plus en plus le saint devint toujours plus pensif et mélancolique;
quelquefois il parlait avec plus de sévérité qu’auparavant, mais la prudente
reine n’en fit jamais aucune plainte; elle avait des manières plus douces, elle
le servait à table, le faisait asseoir et lui présentait à manger. Mais saint
Joseph était dans une incertitude toujours plus grande; ne sachant ce qu’il
devait croire, on de ses yeux, pour qui la grossesse était évidente, ou la
pureté incomparable et la bonté qu’il voyait dans son épouse. Dans ces
perplexités il résolut de s’éloigner avant les couches. La sainte Vierge connut
aussitôt la résolution de son époux, elle s’adressa à ses anges pour porter
remède à un si grand mal. Les anges envoyèrent plusieurs inspirations à saint
Joseph pour le persuader de la pureté irrépréhensible de sa sainte épouse. Ces
inspirations retardèrent l’exécution de sa résolution, mais ses soupçons loin
de diminuer, croissant toujours, et ne pouvant trouver aucun rem~de à sa peine,
il résolut enfin de se retirer après avoir passé deux mois dans cette
accablante tristesse. Il prépara donc un petit paquet et un peu d’argent gagné
par son travail. Avant de quitter la maison, il pria le Seigneur et lui demanda
son assistance, il protesta qu’il .ne s’éloignait pas de son épouse dans la
crainte qu’elle fût adultère, mais parcequ’il la voyait enceinte et ne pouvait
en comprendre la cause ni la manière. Il fit voeu d’aller visiter le temple de
Jérusalem et d’offrir à Dieu une partie de son argent afin que sa chaste épouse
fut
57
préservée des
calomnies des hommes. Après ce voeu il se retira pour prendre un peu de repos
afin de pouvoir se lever à minuit comme il l’avait résolu et partit. La sainte
Vierge était dans son oratoire et considérait par une lumière divine tout ce
que faisait saint Joseph, elle voyait le paquet qu’il avait préparé, le peu
d’argent qu’il avait pris et le voeu qu’il avait fait d’en offrir une partie à
Dieu. Touchée de compassion, elle recommanda de nouveau ardemment au Seigneur
cette affaire et ses prières furent si vives que le Seigneur enfin l’exauça.
Tandis que saint Joseph prenait un peu de repos, Dieu envoya, l’archange
Gabriel qui lui découvrit le mystère de la fécondité de sa chaste épouse. Saint
Joseph ne le vit pas, il entendit seulement la voix intérieure et comprit le
mystère. Il s’éveilla, et se mettant à genoux il adora avec une profonde
humilité le Seigneur, et lui rendit de vives actions de grâce de l’avoir choisi
pour être l’époux de sa mère. Il demanda pardon de son trouble et de ses
soupçons, mais il n’osa pas visiter la sainte Vierge qui était retirée et était
élevée à une haute contemplation. Il délia le petit paquet et pratiqua
plusieurs actes de vertu et lorsque l’heure fut venue il alla à la chambre de
Marie, se jeta à ses pieds, lui demanda pardon, lui offrit d’être son serviteur
et lui fit la promesse de la reconnaître désormais pour sa reine. La sainte
Vierge fit lever son époux, et sans qu’il put l’empêcher elle se prosterna à
ses pieds et lui donna les raisons qui lui avaient fait cacher le mystère. Elle
le supplia de ne pas changer la conduite qu’il avait gardée jusqu’alors; car
son devoir à elle était d’obéir, et à lui de commander; saint Joseph fut tout
renouvelé à cette occasion dans son intérieur et rempli du St.-Esprit. Il entonna
un cantique de louanges et Marie lui répondit en disant de nouveau le cantique:
Mon âme glorifie le Seigneur: elle fut ravie en une extase
58
très-sublime et
fut environnée d’un globe de lumière, à la grande admiration de saint Joseph
qui ne l’avait jamais encore vue dans une semblable gloire. Le saint connut
alors le mystère de l’incarnation et vit le fils de Dieu dans le sein virginal.
Il comprit que la vierge son épouse avait été l’instrument de la sanctification
de Jean-Baptiste et d’Elisabeth, et qu’elle était la cause de la plénitude de
la grâce qu’il avait lui-même reçu de Dieu avec une abondance plus grande que
celle qui avait été accordée à saint Jean-Baptiste. Saint Joseph ainsi éclairé
résolut de traiter la sainte Vierge avec un plus grand respect et il commença à
lui témoigner sa vénération. Lorsqu’elle lui parlait, ou qu’elle passait devant
lui, il fléchissait respectueusement le genou. Il ne voulut plus permettre
qu’elle le servit et s’occupât aux emplois humbles et bas, comme balayer la maison,
laver la vaisselle et autres choses semblables, il voulut lui-même le faire
pour ne pas déroger, disait-il, à la dignité ineffable de reine et de mère de
Dieu. L’humble Vierge s’opposa à cette manière d’agir; elle le pria de ne
fléchir le genou devant elle, parce qu’on ne pouvait distinguer si c’était pour
elle ou pour le divin fils qu’elle avait dans son sein. Saint Joseph obéit et
fléchit seulement le genou lorsqu’elle ne le voyait pas. Le débat fut plus
grand pour les emplois humbles et vils, parce que saint Joseph ne pouvait
consentir à ce que no,tre auguste reine s’occupât à des choses si basses et il
s’efforçait de la prévenir. L’humble Vierge tâchait de faire ce qui lui était
possible, mais tandis qu’elle était en prières le saint pouvait facilement la
prévenir pour plusieurs viles actions. La sainte Vierge ne sachant comment le
vaincre, s’adressa au Seigneur et le pria de commander à son époux de ne pas
l’empêcher d’exercer ces vils emplois. Le Très-Haut l’exauça, et il ordonna aux
anges gardiens de saint
59
Joseph de lui
faire entendre intérieurement de conserver un grand respect et une grande
vénération intérieure à sa sainte épouse, mais de ne pas l’empêcher d’exercer
les oeuvres extérieures, parce que son divin fils était venu au monde pour servir
avec sa mère, et non pour être servi. Le saint suivit cet avis avec une entière
soumission.
La maison des saints époux était divisée en trois petites chambres ou
compartiments qui composaient toute leur habitation. Elle était suffisante
parce qu’ils n’avaient point de serviteur ni de servante; il n’était pas
convenable qu’il y eût des témoins des merveilles si extraordinaires que le
Seigneur opérait en ce lieu. Saint Joseph dormait dans une chambre, et
travaillait dans l’autre, la troisième était pour la vierge mère. Elle ne
sortait pas de sa maison sans une très-grave raison, et si elle avait besoin de
quelque chose, elle se servait d’une pieuse femme voisine qui en récompense de
ses services reçut de grandes grâces pour elle et pour sa famille. Plusieurs
fois aussi les saints époux se trouvèrent dans un extrême besoin, parce que
saint Joseph ne travaillait pas pour gagner de l’argent, mais seulement pour
recevoir l’aumône qu’on lui donnait sans jamais rien exiger. Le Seigneur après
avoir exercé leur patience les secourait de mille manières; quelquefois par le
moyen des oiseaux qui leur apportaient des fruits , du pain et même des
poissons. Ils furent aussi secourus par le ministère des anges; un jour où ils
n’avaient rien à manger , ils se retirèrent pour prier et ils trouvèrent la
table couverte de fruits, die bon pain, de poisson et d’une sorte de mets d’un
goût et d’une douceur admirables. La manière la plus ordinaire de les secourir
était par le moyen de sainte Elisabeth, qui après la visite de la sainte vierge
leur envoya toujours des dons. La sainte vierge dormait sur un pauvre lit de
planches que lui avait fait saint Jo-
60
seph. Elle avait
deux couvertures dont elle s’enveloppait toute habillée pour prendre le peu de
repos qui lui était nécessaire pour conserver la vie. Saint Joseph ne la vit
jamais dormir et ne sut jamais par expérience si elle dormait quand elle se
couchait. Son vêtement de dessous était une tunique ou chemise d’un tissu comme
de coton plus douce qu’une étoffe en laine. Elle ne quitta jamais cette chemise
en forme de tunique après qu’elle fut sortie du temple, elle ne s’usa ni ne se
salit, et personne ne l’aperçut pas même saint Joseph qui ne vit jamais que le
vêtement de dessus, visible pour tous. Ce vêtement était d’une couleur de
cendre, et elle changeait seulement celui-ci et le voile, non parce qu’ils
étaient sales, mais afin qu’on ne connût qu’ils étaient toujours dans le même
état par un miracle évident. Tout ce qui touchait son corps virginal ne se
gâtait point et n’était point sali, parce qu’elle ne suait jamais et qu’elle
n’avait aucune des infirmités qu’éprouvent les corps assujettis au péché. Elle
était toute pure et tout ce qu’elle faisait était parfait et extrêmement beau.
Elle mangeait très peu, mais cependant elle le faisait tous les jours et
toujours avec saint Joseph; elle ne mangea jamais de viande, quoique son époux
en mangeât, et qu’elle même l’apprêtât. Sa nourriture était du pain ordinaire,
des fruits, des herbes cuites et des poissons. Elle n’en prenait que ce qui
était nécessaire pour l’entretien de sa vie selon son tempérament, et jamais
elle n’excéda en rien comme mère de sagesse. Il en était de même pour le boire.
Elle observa toute la vie pour la quantité cette juste proportion dans le
manger, mais elle le changea pour la qualité suivant les occasions.
Le temps de l’heureux enfantement approchait, c’est pourquoi la sainte
vierge commença à préparer les langes. Saint Joseph donna plusieurs ouvrages
travaillés de ses mains
61
et obtint en
retour deux pièces de laine, l’une blanche et l’autre de couleur foncée, toutes
les deux de-s meilleures qu’il était possible d’avoir. Elle en fit les langes
pour le divin enfant. Elle fit les chemises d’une toile très-fine qu’elle avait
travaillée elle-même après l’annonciation. Elle l’avait filée et tissée
entièrement de ses saintes mains et toujours à genoux avec des larmes de tendre
dévotion, elle avait ainsi fait les langes. Elle offrit au temple ce qui lui en
resta. Elle enferma les chemises avec les langes dans un petit coffre qu’elle
porta ensuite à Bethléem. Mais avant de les renfermer, elle les arrosa d’une
eau de senteur qu’elle avait composée avec des fleurs et des herbes recueillies
par saint Joseph. Mais En préparation intérieure fut bien plus grande, elle prépara
sa grande âme par des actes héroïques de vertu et d’amour ardent pour recevoir
dans ses bras le Dieu enfant. Elle préparait elle-même au Seigneur ce temple
dont Salomon l’avait fait la figure. Dans tous ses actes elle se conformait à
ceux que pratiquait son divin fils dans son sein virginal. Lorsqu’elle le
voyait se mettre à genoux pour prier le père éternel ou qu’il se mettait en
forme de croix comme pour essayer ce qu’il devait y souffrir, sa digne mère
attentive à toutes ses actions s’appliquait eu elle-même à l’imiter avec une
entière perfection.
62
Dans le temps de cette sainte préparation il parut un édit de
César-Auguste, comme le rapporte saint Luc. Saint Joseph en apprit la nouvelle
avec une vive affliction parce que la grossesse de son épouse était fort
avancée, et qu’il était obligé ou de la laisser seule ou de l’emmener avec lui
dans ce pénible voyage. Il engagea la sainte vierge à prier le Seigneur et à
lui recommander cette affaire. Elle le fit quoiqu’elle n’ignorât point la
divine volonté et elle connut qu’elle devait partir aussi elle-même pour
Bethléem. Ils préparèrent tout pour le départ et confièrent la maison à une
pieuse voisine. Saint Joseph chercha une mouture pour servir dans ce voyage et
il la trouva avec peine à cause du grand nombre de personnes qui en
cherchaient. La sainte vierge prit les langes préparées et au moment du départ
elle se mit à genoux pour demander la bénédiction à son époux et elle partit
avec lui de Nazareth pour Bethléem.
En outre des anges ordinaires, Dieu ordonna à neuf mille autres de
l’accompagner et à d’autres de porter les messages de Dieu à la sainte vierge
et de la sainte vierge à Dieu. Ils étaient tous visibles à ses yeux. Le voyage
dura cinq journées, parce qu’ils marchaient peu chaque jour. Ils éprouvèrent de
grandes peines à cause de la multitude des personnes qui allaient à Jérusalem.
La nuit ils ne trouvaient jamais à se loger, si ce n’est dans quelque recoin du
vestibule, parce qu’ils étaient pauvres et que les plus riches étaient toujours
mieux accueillis. A ces incommodités il faut joindre la mauvaise saison avec le
froid, la pluie, la neige
63
et le vent, et
après tout cela ils ne trouvaient pour se reposer que la terre ou une étable au
milieu des animaux qui, plus reconnaissants envers leur créateur, honoraient à
leur manière leur Dieu dans le sein de la sainte mère. Les saints pèlerins
étaient surtout affligés d’entendre des paroles indécentes et de voir le
mauvais état de quelques âmes dont notre reine découvrait l’intérieur. Cette
affliction était si grande qu’elle en perdait connaissance de douleur. Les
saints anges l’assistaient pour lui procurer quelque repos et l’archange saint
Michel ne quitta jamais ses côtés et la soutint plusieurs fois. Dans les
misérables auberges où ils s’arrêtaient, l’es anges les environnaient et
faisaient autour d’eux comme un mur impénétrable. ils chantèrent plusieurs fois
dans le voyage pour soulager les souffrances qu’ils enduraient, et la nuit ils
éclairaient leur marche, et la lumière qu’ils donnaient était d’une si grande
clarté pour la sainte vierge et saint Joseph que celle des étoiles et des
planètes né l’eût pas égalée dans leur plus grand éclat.
Ils arrivèrent au milieu de ces souffrances et de ces célestes consolations
à Bethléem, le samedi au coucher du soleil. lIs cherchèrent un logement dans la
ville chez les amis et les parents de saint Joseph. Mais ce fut en vain,
personne ne voulut les recevoir et plusieurs les congédièrent avec mépris et
avec des injures. La sainte Vierge savait bien que personne ne les recevrait,
mais pour pratiquer l’humilité et la patience elle suivait son époux de maison
en maison, de porte en porte dans les rues. En cherchant ainsi un logement ils
rencontrèrent la maison où l’on tenait les registres, ils firent inscrire leur
nom et payèrent leur tribut pour ne pas être obligés de revenir. Ils
continuèrent à chercher un abri mais ils n’en trouvèrent point quoiqu’ils le
demandassent à plus de cinquante maisons et auberges. Il était neuf heures du
64
soir, lorsque
saint Joseph accablé de tristesse se tourna vers son épouse: Je me souviens,
dit-il, qu’il y a une grotte hors des murs qui sert pour les bergers; allons-y
et si elle n’est pas occupée, nous y prendrons le logement qu’il est impossible
ici de trouver. La sainte vierge le consola par ses douces paroles; et ils se
mirent en marche accompagnés des saints anges qui les éclairaient dans les
ténèbres. Cette grotte était si misérable que malgré la multitude des personnes
de toute condition qui étaient à Bethléem, personne n’eût la pensée de s’y
retirer. Les saints hôtes y entrèrent, et ils reconnurent aussitôt à la lumière
que donnaient les anges combien ce lieu était humble et pauvre. ils se mirent à
genoux et rendirent des actions de grâces à Dieu pour ce bienfait, La sainte
vierge pria le seigneur de récompenser avec libéralité les habitants de
Bethléem qui en lui refusant leur maison lui avaient procuré un si grand bien.
La grotte était taillée dans le roc et destinée à loger des animaux. Les anges
se rangèrent autour sous une forme visible même à saint Joseph. La sainte
vierge qui savait ce qui devait être opéré en ce lieu cette nuit, commença
aussitôt à nettoyer cette grotte pour pratiquer l’humilité et pour orner le
mieux qu’il était possible ce temple à Dieu dans ce lieu abandonné. Saint
Joseph et les saints anges lui vinrent en aide, et en peu de temps elle fut
entièrement nettoyée; bien plus elle fut remplie de célestes parfums. Saint
Joseph alluma un peu de feu pour se garantir du grand froid qu’il faisait dans
cette nuit et après s’être réchauffés ils prirent un peu de nourriture avec une
joie incroyable. Ils passèrent quelque temps dans de saints entretiens. La
sainte Vierge pria ensuite son époux de prendre à l’écart un peu de repos, et
saint Joseph pria la sainte Vierge d’en faire autant de son côté. Il prépara
avec les hardes qu’ils avaient une crèche qui se trouvait
65
dans la grotte
pour servir aux animaux. Après avoir disposé ce lit à son épouse il se retira
dans un coin de la grotte et il se mit en oraison. Il fut ravi en une extase
très-sublime, dans laquelle il vit tout ce qui arriva dans cette nuit; il ne
reprit l’usage de ses sens que lorsque sa divine épouse l’appela. En même temps
la sainte Vierge fut élevée à une haute contemplation, où elle vit
intuitivement la divinité d’une manière si ineffable que la langue humaine ne
pourrait l’exprimer. Son ravissement en Dieu dura une heure entière et ce fut
celle qui précéda l’enfantement. Ayant repris ses sens, elle connut que le
saint enfant commençait à se mouvoir dans son chaste sein, et ce mouvement ne
lui causait point de douleur, mais au contraire une joie inexprimable, avec des
effets surnaturels si sublimes que l’entendement de l’homme ne saurait les
comprendre. Son corps devint si beau et son visage si resplendissant qu’elle ne
paraissait plus une créature terrestre. Elle était à genoux, les yeux élevés
vers le ciel, les mains jointes sur la poitrine et dans cette position humble
et pieuse, sortant de son divin ravissement, elle donna au monde le fils unique
du père éternel, et le sien, Jésus-Christ notre sauveur, Dieu et homme, à
minuit, un jour de dimanche, l’an du monde trois-mille-neuf-cent-soixante,
conformément à ce que tient la sainte Eglise romaine.
Le saint enfant vint au monde très-beau et tout resplendissant, sans
blesser la sainte virginité, parce qu’il pénétra le sein virginal comme un
rayon de soleil. Il n’avait point cette espèce de tunique qu’on appelle
secondine, dans laquelle les autres enfants sont enveloppés.’ Il vint au monde
glorieux et transfiguré, car la gloire de son âme sainte rejaillissait alors
sur son corps. Aussitôt qu’il fut né, les saints archanges Michel et Gabriel,
le prirent dans leurs mains et montrèrent
66
à la divine mère
son fils tout resplendissant, comme le prêtre montre au peuple la sainte
hostie. Pendant qu’ils le tenaient ainsi, l’enfant divin parla à sa mère et les
premières paroles qu’il prononça furent celles-ci : « Mère, devenez
semblable à moi qui pour l’être humain que j’ai reçu de vous, veux vous donner
un être de grâce plus élevé, et qui étant de pure créature, soit semblable au
mien qui suis Dieu et homme. » Elle
répondit humblement : « Trahe me post te, curremus in odorem
unguentorum tuorum. Elle ouït aussi la voix du Père éternel qui disait
Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement: Après ces
entretiens si remplis de profonds mystères le divin enfant cessa d’apparaître
transfiguré, il suspendit les dons de gloire de son saint corps par un miracle
non moins merveilleux, et se montra dans son être naturel passible. La sainte
Vierge l’adora de nouveau dans cet état avec une profonde humilité et une
grande vénération. Elle le reçut à genoux de la main des saints anges, et se
répandit en actes d’amour, elle l’offrit au Père éternel comme son fils unique
et aux hommes comme leur Sauveur. Tandis que la divine mère le tenait dans ses
bras, les: dix-mille anges l’adorèrent les premiers, ensuite tous les esprits
célestes descendus dans la grotte entonnèrent à sa louange le nouveau cantique
: Gloria in excelsis deo etc. II était déjà temps de rappeler saint
Joseph de son extase, afin qu’il vît avec ses sens le grand mystère qu’il avait
connu par révélation dans son ravissement divin. Etant revenu de son extase, le
premier objet que vit le saint époux fut le divin enfant dans les bras de la
très-sainte Vierge. Il l’adora avec une profonde humilité, et lui baisa les
petits pieds avec respect. Après cette adoration, Marie demanda à son divin
fils la permission de s’asseoir, saint Joseph lui donna les langes qu’elle
avait apporté avec elle et elle l’en enve-
67
loppa avec une
dévotion et un respect inconcevables. Ensuite elle le coucha dans la crèche, en
y mettant un peu de paille et de foin pour servir au premier lit que voulut sur
la terre le verbe incarné. Dès que l’enfant fut placé dans la crèche, il vint
aussitôt par l’ordre de Dieu des champs un boeuf qui entra dans la grotte et se
joignit à l’âne qu’ils avaient amené de Nazareth. La divine mère leur commanda
d’adorer à leur manière leur créateur. Les animaux obéirent aussitôt et
réchauffèrent le Saint enfant de leur haleine vérifiant ainsi la prophétie
d’Isaïe : Cognovit bos possessorem suum, et asinus proesepe domini sui.
Les
saints anges ne restèrent pas seulement autour de la crèche et dans la grotte,
mais ils allèrent en divers endroits annoncer la naissance du fils de Dieu. Saint
Michel alla aux limbes, en donner la nouvelle aux saints pères. En l’apprenant
saint Joachim et sainte Anne puèrent l’archange de re- commander à Marie leur
fille d’adorer et de vénérer en leur nom le Dieu enfant, ce qu’elle fit
aussitôt. Un autre archange en prévint Elisabeth et saint Jean-Baptiste,
d’autres l’annoncèrent à Siméon, à Zacharie et à Anne la prophétesse et
d’autres aux trois rois mages, en outre de l’étoile qui fut formée cette nuit
et apparut à leurs yeux. Saint Lue rapporte en particulier l’ambassade faite
aux bergers, qui vinrent adorer le divin enfant. Ils en furent éclairés dans
leur coeur, et plusieurs méritèrent le bonheur que quelqu’un de leurs enfants
fussent mis à mort par Hérode dans le massacre des innocents. Sainte Elisabeth ne
vint pas à Bethléem, Dieu l’ordonna ainsi afin que ce mystère ne fut pas rendu
plus public qu’il ne le voulait. Elle envoya un messager à la sainte Vierge
pour la féliciter et pour lui apporter des présents. Elle en garda une partie
et distribua le reste aux pauvres. Tous les justes ressentirent quelques effets
divins au moment
68
où le rédempteur
vint au inonde; ce qui étaient en grâce; éprouvèrent une nouvelle joie
intérieure et surnaturelle dont ils ignoraient la cause, mais plusieurs eurent
la pensée que c’était l’heure où le messie était né. Il y eut encore plusieurs
miracles dans cette sainte nuit dans les créatures; les influences des planètes
furent renouvelées, et le soleil avança sa course; plusieurs arbres donnèrent
des fleurs et d’autres des fruits; quelques temples des idoles furent renversés
et plusieurs même entièrement ruinés et les démons en furent chassés. Les
hommes attribuèrent à diverses causes ces effets merveilleux. Tout cela fut
caché aux démons, qui ne connurent ni l’adoration des pasteurs, ni les
ambassades des anges, ni la venue des mages, ni l’apparition de l’étoile. Dieu
leur cacha toutes ces choses afin qu’ils ne connussent point la venue du
messie, comme en effet ils ne la surent jamais d’une manière certaine. En
voyant cet enfant si pauvre et abandonné et ensuite se soumettant à la
circoncision, Lucifer en conclut qu’il n’était pas le messie. Son esprit
orgueilleux, altier et superbe ne pouvait comprendre cette sublime pauvreté et
cette humilité. Les bergers restèrent dans la grotte depuis l’aurore jusqu’à
midi, la sainte Vierge leur parla et les exhorta à la persévérance dans le
service de Dieu, elle leur donna à manger et les congédia ensuite remplis de
consolation. Ils revinrent plusieurs autres fois et apportèrent avec eux les
présents que permettait leur pauvreté. Après que les saints hôtes furent partis
de Bethléem, ces pieux bergers racontèrent aux autres tout ce qu’ils avaient vu
et entendu. Tous ne les crurent pas parce qu’on les regardait comme des
personnes simples et crédules. Hérode fut du nombre de ceux qui crurent en eux,
non par une foi sainte et par dévotion, mais dans la crainte de perdre son
royaume. La Vierge mère ne cessait jamais de prier Dieu
69
pour tous ceux
qui se rendaient indignes de connaître la véritable lumière du monde et elle
employa ‘n ces prières la plus grande partie du temps qu’elle demeura dans la
grotte. Lorsqu’il fut temps de donner le sein virginal au saint enfant pour
l’allaiter, elle lui demanda avec humilité la permission de le faire. S’il
fallait le confier à saint Joseph, le saint fléchissait trois fois le genou et
baisait respectueusement la terre et la Vierge mère en faisait autant
lorsqu’elle le recevait du saint époux. Elle le tenait toujours sur ses bras,
excepté lorsqu’elle voulait prendre un peu de repos, et alors elle le confiait
à saint Joseph. Elle le remettait aussi aux saints archanges Michel et Gabriel,
parce qu’ils lui avaient dit de le leur confier, lorsqu’elle voulait prendre sa
nourriture ou son repos. Dans le temps de son repos Dieu lui accorda un sommeil
miraculeux, car elle ne perdait jamais en dormant les forces pour tenir le
saint enfant dans ses bras, et elle ne cessait de le contempler par son
entendement intérieur, comme si elle l’eut vu de ses yeux et elle connaissait
tous les actes qu’il faisait à l’extérieur et dans son intérieur.
Le temps d’être circoncis, suivant là loi, étant arrivé, la divine mère
demanda avec ferveur à Dieu de lui inspirer sa divine volonté, et le Seigneur
lui révéla qu’il devait être circoncis. Elle en parla donc à saint Joseph et
lui demanda
68
humblement son
avis sans lui faire connaître la révélation du Seigneur. Saint Joseph fut
d’avis qu’il fut circoncis puisqu’il était revêtu de l’humanité comme les
autres hommes. On prépara donc le remède pour guérir la blessure et une fiole
de cristal pour y mettre les saintes reliques avec des linges ou devaient tomber
les gouttes de ce sang qui devait être le premier versé pour la rédemption des
hommes. On parla ensuite du nom qu’il fallait donner au saint enfant et ils
convinrent, suivant la révélation de l’ange, de lui donner le nom de Jésus.
Marie et Joseph s’entretenaient sur ce sujet, lorsqu’il descendit du ciel des
légions d’anges chacun avec une devise où était gravé le nom de Jésus si
resplendissant qu’il surpassait en éclat la lumière. Ils se rangèrent autour de
la grotte et saint Miche! et saint Gabriel annoncèrent aux saints époux que
c’était le nom qu’il fallait donner au divin enfant. Il y avait à Bethléem une
synagogue où l’on n’offrait point ‘de sacrifices car ils ne pouvaient s’offrir
qu’à Jérusalem. Un prêtre y lisait la sainte loi au peuple, et les mères lui
apportaient leurs enfants, non que ce fut une obligation, mais parce qu’elles
pensaient qu’ils courraient moins de dangers s’ils étaient circoncis par un
prêtre. Le sainte Vierge voulut qu’il fut le ministre de la circoncision de son
fils, à cause de la dignité de l’enfant. Saint Joseph appela donc le prêtre, et
ayant jeté les yeux sur le divin enfant il se sentit embrasé d’une sainte
ardeur, sans en comprendre la cause. Il dit à la divine mère de se. retirer à
l’écart et de confier l’enfant à son père où à un des ministres qu’il avait
amené avec lui. Il agissait ainsi afin que la mère ne fut pas trop affligée à
la vue de ce sacrifice. La Vierge mère voulait obéir au prêtre, mais elle avait
aussi le désir de tenir dans ce temps en ses bras son divin fils. Elle prit
donc le parti de prier le prêtre de lui permettre d’être présente, et qu’il ne
71
craignit rien de
son courage. Cette faveur lui fut accordée elle démaillota le saint enfant, et
l’enveloppa d’un linge pour le préserver du froid et pour recueillir le sang
divin. Le prêtre accomplit son ministère et circoncit l’enfant qui pleura un
peu non seulement à cause de la douleur de la blessure, mais surtout à cause de
la dureté des coeurs des hommes. Sa tendre mère compatit vivement à sa douleur,
elle recueillit les sacrées reliques et le sang précieux, et ayant remis tout
cela aux mains de saint Joseph elle enveloppa l’enfant dans ses langes et pansa
la blessure avec le remède préparé à cet effet. En ce moment le divin enfant
témoigna aussi sa mère son amour et sa compassion. Le prêtre demanda le nom
qu’ils voulaient lui donner, Marie gardait le silence par humilité et saint
Joseph aussi, et tandis que le prêtre attendait tous les deux dirent en même
temps Jésus est son nom. Le prêtre l’écrivit dans le registre, et ressentit en
le faisant une émotion intérieure qui lui fit verser des larmes. Il dit i ses,
parents: Cet enfant sera un grand prophète du Seigneur ayez en soin; dites-moi
si je puis vous secourir dans votre indigence, je le ferai volontiers, et il
les quitta. Après le départ du prêtre, les saints époux s’entretinrent de
nouveau des mystères de la circoncision; ils composèrent des cantiques de
louanges pour le saint nom de Jésus, et ils prièrent les anges de chanter à la
gloire de leur Dieu humanisé, ce qu’ils firent aussitôt.
72
La circoncision étant faite, saint Joseph exposa à la Vierge mère les
incommodités de ce lieu. Elle avait une grande affection pour cette grotte
humble et pauvre, comme miroir de toutes les saintes vertus et elle savait par
la révélation de Dieu que les saints rois mages devaient y venir adorer son
fils. Néanmoins elle ne découvrit pas son désir de rester en ce lieu, ni
l’arrivée prochaine des trois mages, elle se montra docile à faire tout ce que
commanderait son époux. Le saint eut voulu que sa très-pure épouse fit
connaître plus clairement sa volonté, il se mit en prière et l’archange saint
Michel lui découvrit que c’était la volonté de Dieu qu’ils attendissent en ce
lieu l’arrivée des mages qui depuis dix jours s’étaient mis en voyage et
étaient déjà peu éloignés. A cet avis les saints époux résolurent d’attendre en
ce lieu. Ils le nettoyèrent de nouveau et le mirent le mieux qu’il était
possible à l’abri des rigueurs de la saison. La sainte Vierge se servit souvent
du suprême pouvoir qu’elle avait sur les créatures, et commanda aux vents, à la pluie et au froid
de ne pas faire souffrir leur créateur et de tourner toutes leurs rigueurs
contre elle seule. II arriva plusieurs fois que le divin enfant était réchauffé
dans les bras de sa mère sans ressentir les incommodités du vent et du froid,
tandis que sa mère en éprouvait toutes les rigueurs. Sa manière de le nourrir
était de l’allaiter trois fois le jour, et son lait ne se corrompit jamais,
comme il arrive souvent pour les autres mères. Elle l’allaitait toujours avec
un grand respect et une grande vénération, elle lui demandait humblement la
permis-.
73
sion de s’asseoir
lorsqu’elle y était obligée, et elle restait à genoux la plus grande partie du
temps qu’elle tenait le sain enfant dans ses bras. Elle lui baisait
respectueusement les pieds et pour le baiser au visage elle lui en demandait la
permission, l’enfant Jésus répondait aux affectueuses caresses de sa mère par
un air agréable, tantôt il s’inclinait sur son sein, tantôt il embrassait
amoureusement son cou de ses tendres bras, à la manière des autres enfants à
l’égard de leur mère.
Au milieu de ces douces occupations, arrivèrent les trois mages, qui
avaient connu par les anges et par l’étoile la naissance du Sauveur. Ils
gouvernaient trois états voisins l’un d l’autre, mais très peu étendus. Ils se
connaissaient entre eux e ils s’étaient entretenus plusieurs fois de tout ce
qui regardai le gouvernement, la justice et les vertus morales. Ils partirent
en même temps de leurs états, sans rien savoir les un des autres et chacuns
prépara l’or, l’encens et la myrrhe con duit par l’esprit de Dieu dans le choix
de ces dons mystérieux. L’ange qui avait annoncé le mystère aux mages, avait en
même temps formé une étoile, et l’avait placée à une telle distance et hauteur
qu’elle put être aperçue de tous les trois, quoiqu’ils fussent à des endroits
différents. En suivant chacun ce guide, ils se trouvèrent ensemble et s’étant
communiqués leur révélation, ils poursuivirent le voyage avec leurs serviteurs
et leurs chameaux. L’étoile était dans la région de l’air, et sa lumière était
différente de celle du soleil et des autres étoiles. La nuit elle éclairait de
ses rayons comme une torche ardente et le jour elle se distinguait de la clarté
du soleil par une activité extraordinaire. Lorsque les rois furent réunis, elle
se rapprocha d’eux et s’abaissa, d plusieurs degrés, de sorte qu’elle leur
donnait une plus grande consolation. Arrivés à Jérusalem, il arriva tout ce que
74
rapportent les
évangélistes. Sortis de la ville ils se dirigèrent vers Bethléem, et arrivés en
ce lieu, l’étoile diminua sa grandeur et entra dans la sainte grotte où elle se
plaça sur la tête du saint enfant. Lorsque les saints rois entrèrent, la sainte
Vierge tenait l’enfant Jésus dans ses bras avec une modestie et une beauté
incomparable. il y avait une certaine splendeur sur son visage, mais la lumière
qui paraissait sur le divin visage de Jésus était beaucoup plus éclatante et
ses rayons éclairaient cette humble grotte. Les saints rois saisis d’admiration
se prosternèrent à terre et adorèrent avec une foi vive l’enfant; dans cette
adoration ils reçurent de grandes lumières sur la personne de Jésus-Christ, sur
la divine mère et sur les saints anges qui les assistaient. Ils se relevèrent
et félicitèrent la sainte mère de son bonheur, ils lui témoignèrent leur
vénération en fléchissant le genou devant elle et ils lui demandèrent
humblement la main à baiser selon la coutume de leur pays, mais la prudente
reine retira modestement la sienne et leur donna à baiser celle du saint
enfant. Ils félicitèrent à plusieurs reprises tantôt la sainte Vierge, tantôt saint
.Joseph qui fut toujours présent, et qui eut leurs congratulations d’avoir été
choisi pour époux de la Vierge mère de Dieu, enfin ils demandèrent la
permission d’aller à Bethléem chercher un logement. Ils louèrent une maison et
ils s’entretinrent tous trois ensemble avec une abondance de larmes de tout ce
qu’ils avaient vu. ils envoyèrent ensuite leurs serviteurs à la sainte grotte
pour apporter des présents afin de soulager la pauvreté des époux; c’étaient
des choses apportées de leurs pays jointes à d’autres achetées à Bethléem. La
sainte Vierge accepta de ces dons autant qu’il était nécessaire pour venir en
aide à quelques pauvres, qui attirés par sa bonté et sa bienveillance, venaient
souvent la visiter dans la grotte. Le jour suivant, les mages allèrent de nou-
75
veau à la grotte
offrir les présents mystérieux qu’ils avaient préparés par l’inspiration de
Dieu et qui furent ceux dont parle l’évangéliste, l’or, l’encens et la myrrhe.
Ils se prosternèrent de nouveau à terre et adorèrent humblement l’enfant. ils
s’entretinrent ensuite longtemps, avec la divine mère et la consultèrent sur
plusieurs des mystères de la foi et la manière de gouverner leurs états. La
sainte Vierge reçut les dons mystérieux offerts à Jésus qui témoigna par un air
agréable qu’il les recevait avec complaisance; et il leur donna sa bénédiction.
ils présentèrent ensuite à la, Vierge mère des pierres précieuses, à l’usage de
leurs pays, mais l’amante de la pauvreté les refusa avec de douces manières;
elle fut satisfaite de leur affection et de leur générosité, et leur donna à
son. tour quelques linges dont le divin enfant avait été enveloppé. Avec ces
linges qui exhalaient un doux parfum, les saints rois opérèrent plusieurs
miracles dans leurs pays. Ils offrirent de faire construire une maison plus
commode pour l’habiter et de la pourvoir de tout ce qu’elle désirerait et pour
elle-même et pour son fils, mais l’humble Vierge ne voulut rien accepter. Les
bons rois jouissaient d’un si doux et si agréable plaisir en entendant les discours
de la sainte Vierge et les sages réponses qu’elle faisait à leurs demandes,
qu’ils, ne pouvaient se résoudre à partir, il fut nécessaire qu’un ange du
Seigneur les prévint de se retirer dans leur pays. Ils sortirent enfin de la
sainte grotte, après avoir reçu la bénédiction de Jésus, de Marie et de saint
Joseph. Dans la nuit, un ange les avertit de prendre un autre chemin pour,
retourner dans leur patrie, et l’étoile les guida dans leur voyage. Ces rois
étaient de la Perse, de l’Arabie et de. Saba, pays de l’orient de la Palestine.
Après le départ des saints rois il s’éleva un doute entre la saint Vierge et
saint Joseph pour la distribution des présents reçus
76
des mages, la
sainte Vierge désirait que saint Joseph les distribuât à son gré et saint Joseph
voulait qu’elle en disposât. Enfin ils convinrent ensemble d’en offrir au
temple une partie qui fut la myrrhe et l’encens avec une partie de l’or, de
donner l’autre partie au prêtre qui avait circoncis l’enfant afin qu’il servît
pour lui et pour la synagogue; de distribuer la troisième au pauvres, ce qui
fut ainsi fait. il y avait à une petite distance de la grotte une pauvre maison
qu’habitait une femme pauvre aussi, mais pleine de piété; ayant vu les
incommodités que souffraient les saints hôtes dans la grotte, elle alla les
trouver et leur offrit sa petite maison, misérable sans doute, mais au moins
préférable à la grotte. Elle parla avec tant de bonté et de charité que la
sainte Vierge après en avoir conféré avec saint Joseph se détermina à accepter
cette aimable invitation.
Ils quittèrent donc la sainte grotte et allèrent à la pauvre maison qui
était située auprès des murs de Bethléem. Tous les anges les accompagnèrent
sous la forme humaine et merveilleusement resplendissants, ce qu’ils firent
toutes les fois que les saints époux allèrent de leur habitation visiter la
sainte grotte. Dieu y mit un ange avec une épée à la main pour la garder, afin
qu’aucun animal n’y entrât et cet ange continue encore aujourd’hui à protéger
ce saint lieu.
La très-sainte Vierge et saint Joseph restèrent avec le divin enfant dans
la pauvre maison de Bethléem, jusqu’au
77
temps prescrit
par la loi de le présenter au temple, qui étaIt de quarante jours. Le temps
étant accompli, ils résolurent d’aller à Jérusalem, et d’offrir suivant la loi
le fils unique du père éternel, connaissant le désir qu’il avait d’être soumis
à la loi et d’être offert à son divin Père. Ayant fixé le jour du départ, il
prirent congé de la pieuse femme qu’ils laissèrent comblée de célestes
bénédictions. Ils allèrent d’abord visiter la sainte grotte, et prosternés à
terre, ils vénérèrent ce lieu sacré avec de tendres émotions. Après avoir
accompli cette dévotion, la sainte Vierge demanda pour satisfaire sa profonde
humilité la permission à son époux de faire le voyage à pied nu, et de porter
dans ses bras le saint enfant. Saint Joseph lui accorda sa dernière demande,
mais non la première dans la crainte qu’elle éprouvât une trop grande
souffrance. L’humble Vierge ne répliqua rien, elle demanda avec saint Joseph la
bénédiction à son fils, qui la leur donna d’une manière visible et ils se
mirent en voyage; elle fut accompagnée non-seulement des dix mille anges qui
l’assistaient depuis l’incarnation mais de plusieurs autres légions. Il faisait
un froid très-vif qui n’épargnait pas son créateur ,et plusieurs fois le saint
enfant en pleura dans les bras de sa mère, comme homme véritable. Touchée de
ces souffrances elle se servit de son autorité sur les créatures, et changea
ces rigueurs à un temps très-doux pour son fils, mais elle n’usa jamais pour
elle de ce pouvoir.
Les trois saintes
personnes s’approchaient déjà de Jérusalem, lorsque Dieu par des lumières
intérieures prévint saint Siméon et Amie la prophétesse que le Messie venait
pour être présenté au temple, mais dans un état pauvre et humble Siméon et Anne
s’étant communiqués leurs saintes inspirations résolurent d’envoyer un des
serviteurs à la rencontre sur le chemin de Bethléem pour les conduire dans sa
maison, sans
78
lui découvrir la
qualité des personnes au-devant des quelles il allait. Le serviteur exécuta
avec soin ce qu’on lui avait ordonné, il rencontra les trois pauvres pèlerins,
les conduisit dans sa maison et vint en donner avis au saint prêtre. Pendant ce
temps la sainte Vierge et saint Joseph recherchèrent ce qu’ils devaient faire,
ils arrêtèrent que le soir même Joseph irait offrir au temple les présents des
rois mages, afin que l’offrande restât plus secrète, et au retour il achèterait
les tourterelles qu’il fallait offrir le jour suivant en public. Il exécuta
ponctuellement tout cela, et le matin la Vierge mère ayant enveloppé l’enfant
divin dans ses langes et préparé toutes choses, se dirigea vers le temple
accompagnée de saint Joseph et de milliers d’anges en forme humaine, visibles à
ses yeux. Étant arrivée, elle se prosterna à terre, et adora le Très-Haut, en
ce moment la très-sainte Trinité se manifesta à elle par une vision
intellectuelle et elle entendit une voix qui dit : Hic est filius meus
dilectus, in quo mihi benè complacui. En même temps Siméon conduit par
l’esprit de Dieu vint au temple, et s’approchant du lieu où était Marie avec
Jésus, il les vit tous rayonnants d’une vive lumière. Anne vint aussi au temple
conduite par l’esprit de Dieu et vit la même chose. Siméon prit l’enfant dans
ses bras, l’offrit au père éternel et entonna le célèbre cantique : Nunc
dimittis servum tuum, domine, secundum verbum tuum in pace. Il annonça
ensuite la passion cruelle qu’elle devait souffrir dans son coeur à la vue des
souffrances de Jésus. Lorsque le saint prêtre prophétisa la passion, l’enfant
inclina humblement la tête pour témoigner qu’il acceptait la prophétie et
voulait l’accomplir. Après cela la sainte Vierge prit congé du prêtre à qui
elle demanda la bénédiction et baisa la main, elle se tourna ensuite vers
sainte Anne sa maîtresse et la pria de la bénir. Étant sortis du temple,
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ils retournèrent
à la maison que leur avait fait préparer Siméon où ils restèrent encore
plusieurs jours. Ils allaient chaque jour au temple renouveler leur offrande,
et ils restaient en prières, depuis l’heure de tierce jusqu’au soir, dans le
lieu le plus humble et le plus retiré du temple.
Le cinquième jour après la présentation, la très-sainte Vierge eut une
vision abstractive de la divinité dans Laquelle elle fut avertie de s’enfuir en
Egypte, parce qu’Hérode cherchait à faire périr le messie qui venait de naître
, et de ne point craindre les incommodités et les fatigues du voyage parce que
Dieu l’assisterait en toutes choses. Elle répondit avec humilité : Ecce
ancilla domini fiat mihi secundum verbum tuum. Ensuite elle pria le
Très-Haut de faire supporter à elle seule toutes les souffrances. Néanmoins en
considérant les peines que souffrirait un enfant si jeune dans l’exécution de
cet ordre, elle fut touchée de compassion et ne put retenir ses larmes. A la
vue de cette tristesse, saint Joseph qui ne savait rien se troubla un peu, mais
il n’osa point l’interroger. Son trouble ne fut de longue durée, car dans la
même nuit, l’ange du Seigneur lui apparut et lui dit de fuir en Egypte, comme
le rapporte saint Mathieu. Le saint se leva aussitôt, il appela la sainte
Vierge et lui annonça l’ordre qu’il avait reçu. Elle se montra prompte à
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partir avec son
époux affligé, sans manifester qu’elle eut aussi reçu cet ordre. Elle
s’approcha du berceau où dormait le saint enfant, et l’ayant découvert elle le
trouva endormi, elle se mit à genoux et le prit doucement dans ses bras, mais
il s’éveilla et se mit à verser beaucoup de larmes, ensuite il donna la
bénédiction à la sainte Vierge et à saint Joseph qui la lui avaient demandée.
Elle l’enveloppa de ses langes et ils partirent sans retard, peu après minuit,
avec la monture qu’ils avaient amenée de Nazareth.
La sainte Vierge désirait aller visiter dans ce voyage la sainte grotte de
Bethléem, mais les dix mille anges qui l’accompagnaient lui représentèrent le
danger qu’il y avait de la part d’Hérode. Sans rien répliquer, elle se soumit à
la volonté du Seigneur, et se contenta de saluer de loin ce lieu sacré et de le
vénérer. Elle se consola avec l’ange à qui Dieu avait confié la garde de la
sainte grotte et qui vint de Bethléem pour adorer son Dieu humanisé dans les
bras de sa sainte mère. Elle désirait aussi passer par Hébron où se trouvait en
ce moment sainte Elisabeth et qui était peu éloigné de son chemin, mais saint
Joseph par crainte d’Hérode n’approuva pas cette résolution. L’humble Vierge
sans dire un mot, demanda la permission d’envoyer au moins un de ses anges à
Elisabeth non seulement pour la saluer, mais aussi, pour la prévenir de mettre
en sûreté son fils Jean-Baptiste. L’ange accomplit son ambassade et Elisabeth
lui ayant demandé de venir adorer le saint enfant, il le lui défendit pour ne
pas retarder le voyage. Elle envoya un de ses serviteurs qui apporta des vivres
pour les saintes personnes, des langes pour le divin enfant et un peu d’argent
avec lequel la sainte Vierge dans sa pauvreté pourvut aux plus pressants
besoins de son jeune enfant et de son saint époux, et elle distribua le reste
aux pauvres.
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Ils s’arrêtèrent deux jours à la ville de Gaza éloignée de vingt lieues de
Jérusalem, dans un logement que leur avait procuré le serviteur d’Elisabeth.
Ensuite laissant les lieux habités de la Judée, ils s’avancèrent vers l’Egypte
par la route du désert appelé Bersabée. Ils voyagèrent au milieu de l’hiver
dans ce désert, qui a cent soixante mille environ jusqu’à Héliopolis
aujourd’hui le Caire d’Egypte, obligés de dormir toujours à découvert, sans
aucun abri. Ils passèrent la première nuit au bas d’une colline, la reine de
l’univers s’assit à terre avec son enfant dans les bras. Elle prit un peu de
nourriture qu’ils avaient apportée de Gaza, et saint Joseph fit avec son
manteau une petite tente sous laquelle se mirent a l’abri la sainte Vierge et
le divin enfant. Le second jour ils continuèrent leur voyage, mais les vivres
leur manquèrent; c’est pourquoi ils souffrirent beaucoup en ce jour et des
fatigues de la route et parce qu’ils n’avaient rien pour manger, ce qui leur
arriva encore un autre jour. La sainte Vierge demandait souvent à son fils si
les rigueurs du froid et de la mauvaise saison l’incommodaient, le saint enfant
répondait: ma mère, il m’est doux et agréable de souffrir pour l’amour de mon
père éternel et des hommes à qui je suis venu donner l’exemple, d’autant plus
que je suis en votre compagnie. Le saint enfant versait quelquefois des larmes,
mais c’était des larmes d’amour et de compassion pour les hommes, sa
miséricordieuse mère imitait son exemple. Pour se soulager dans ce pénible
voyage la sainte Vierge le remettait souvent à saint Joseph qui tantôt le
pressait sur son sein, tantôt lui baisait les petits pieds, ou lui demandait
avec humilité la bénédiction. L’une des plus cruelles souffrances qu’ils
éprouvèrent dans ce pénible voyage fut un vent impétueux qui s’éleva,
accompagné de pluie et d’un grand froid, de sorte que malgré tous les efforts
de la Vierge mère pour
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protéger son
enfant bien aimé alors âgé de cinquante jours, il était si transi de froid
qu’il en versait souvent des larmes. Il devint donc nécessaire d’user du
pouvoir que la sainte Vierge avait sur les créatures, elle commanda, et le vent
et la plaie cessèrent aussitôt. Pour récompenser ce soin amoureux de sa chère
mère, le saint enfant ordonna aux saints anges d’assister leur reine et de la
préserver des rigueurs du temps. Les anges exécutèrent les ordres, ils
formèrent un globe lumineux dont ils enveloppèrent non seulement la divine mère
et leur créateur mais aussi saint Joseph. Ce ne fut pas le seul bienfait que le
Dieu enfant opéra en leur faveur, il les protégea contre la faim dans ce désert
où ils n’avaient rien, ordonnant aux anges de les pourvoir des vivres
nécessaires, et ils apportèrent aussitôt un pain blanc, des fruits exquis et
une liqueur très agréable. Le Seigneur prit encore soin de les recréer d’une
manière agréable, c’est pourquoi lorsqu’ils s’arrêtaient pour respirer un peu,
il venait des montagnes voisines un grand nombre d’oiseaux les réjouir, tantôt
par leurs doux chants, tantôt en se mettant sur leurs épaules et sur les mains
et louant à leur manière leur créateur et la divine mère. Les anges
accompagnaient ces chants de leur douce harmonie, pour ranimer le coeur des
pèlerins accablés de fatigue.
Le désert de Bersabée est celui du pain mystérieux cuit sous la cendre,
lorsque le prophète fuyait la persécution de Jésabel. Après un long circuit de
soixante mille environ fait par l’ordre de Dieu avec d’indicibles souffrances,
ils arrivèrent enfin en Egypte. En arrivant le saint enfant leva les yeux au
ciel et pria le père éternel pour ces misérables peuples tourmentés des démons,
dans le nombre infini d’idoles qu’ils adoraient. Usant de son suprême pouvoir
sur l’enfer, à sa première entrée dans ce vaste royaume, il précipita tous les
démons dans les abîmes, renversa à terre toutes les idoles
83
et détruisit les
temples de l’idolâtrie. La miséricordieuse mère coopérait à tout par ses
ferventes prières. Cet évènement imprévu apporta un grand trouble parmi les
Egyptiens qui en ignoraient la cause; néanmoins quelques uns des plus sages
savaient par la tradition de leurs anciens qu’un roi des juifs devait venir
dans leur pays, et qu’à son arrivée les idoles seraient brisées et les temples
renversés. Dans ce trouble plusieurs allèrent trouver la sainte Vierge et saint
Joseph, pour leur demander comme étrangers s’ils connaissaient la cause de cet
étrange évènement. La mère de la divine sagesse profitait habilement de cette
occasion pour les instruire, leur’ ouvrir les yeux sur leurs fausses divinités
et leur enseigner les dogmes de la vraie foi. Ils poursuivirent leur voyage au
milieu de ces prodiges, chassant les démons des corps des possédés, et ils
arrivèrent à Heliopolis près de la Thébaïde. En entrant dans la ville un arbre
qui était près de la porte se courba jusqu’à terre pour rendre hommage à son
créateur et le remercier de la manière qu’il pouvait de l’avoir délivré d’un
démon, qui depuis longtemps y était vénéré des Egyptiens. Un grand nombre de
personnes connurent ce fait et plusieurs auteurs en ont conservé le souvenir
qui s’est perpétué à travers les siècles (voir Nic. Sozomène, Broch.); comme
aussi celui de la fontaine miraculeuse où burent la sainte Vierge et saint
Joseph, dont le souvenir s’est conservé jusqu’à présent parmi ces peuples et
dont l’eau opère encore des miracles.
Lucifer fut confondu de ces évènements, et voyant tous ses compagnons
précipités dans l’enfer, enflammé de fureur il sortit de l’abîme pour en
chercher la cause. Il parcourut l’Egypte et ne découvrant rien, il jugea que la
sainte Vierge était la cause de tout Je mal, car il n’avait aucun soupçon du
fils, le croyant né à la manière des autres enfants. Revenu
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dans l’enfer il
fit part à ses compagnons de ses soupçons, et il les ramena au-dehors pour
faire de nouveau la guerre à cette femme si terrible pour eux. Mais le
Très-Haut ne le permit pas, et ils ne purent pas l’approcher pour la tenter, il
les retint toujours éloignés de deux milles sans qu’ils pussent venir plus
près. Lucifer faisant tous ses efforts pour s’approcher le pouvoir de Dieu le
précipita de nouveau avec tous ses compagnons au fond des abîmes, et il ne leur
permit point d’en sortir pendant un temps assez long.
Les saints époux s’arrêtèrent à Heliopolis pour y faire leur séjour. Ils
trouvèrent une maison, qui était selon le désir de la sainte Vierge pauvre et
un peu éloignée de la ville. En y entrant la sainte Vierge, se mit à genoux et
en baisa le pavé; elle offrit au Seigneur toutes les peines qu’elle souffrirait
en ce lieu jusqu’à son départ. Ensuite amie de la propreté, elle se mit à la
nettoyer et à la mettre en ordre. Mais s’ils avaient dans cette pauvre maison
ce qui était suffisant pour se loger, ils manquaient néanmoins du nécessaire
pour vivre, car Dieu avait cessé alors de les secourir miraculeusement comme il
l’avait fait dans le désert. Ils étaient en ce moment dans un lieu habité,
c’est pourquoi ils pouvaient vivre comme font les pauvres par l’aumône. Saint
Joseph se mit donc à aller de porte en porte demander la charité, par amour de
Dieu. Dans les trois premiers jours, ils n’eurent pas d’autre nourriture que
les morceaux de pain que saint Joseph avait reçus de la charité des habitants.
La sainte Vierge restait avec le saint enfant dans la pauvre maison sans aucune
commodité, sans une seule planche pour lit, dans la plus extrême misère. Le
saint commença à gagner quelque chose par son travail et ils achetèrent un lit
pour la sainte Vierge, et un berceau pour l’enfant, le saint patriarche ne
voulut point d’autre lit que la terre nue. La maison fut pri-
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vée d’ustensiles,
jusqu’à ce qu’il put pourvoir par son travail à ce qui était le plus nécessaire
pour vivre lui même et sa petite famille. Cette pauvre maison était divisée en
trois chambres, l’une servait d’oratoire à la sainte Vierge qui s’y retirait
pour prier , elle y gardait aussi le berceau du saint enfant. L’autre servait à
saint Joseph pour prier et se reposer, la troisième servait de boutique pour y
travailler du métier de charpentier. La sainte Vierge voyant qu’il fallait que
le saint époux redoublât son travail pour fournir à l’entretien de la famille,
lui vint en aide avec le travail de ses saintes mains, elle demanda de
l’ouvrage à quelques femmes qui lui étaient affectionnées, et comme tout ce
qu’elle faisait était parfait, le bruit s’en répandit bientôt et elle n’en
manqua jamais dans la suite. Elle partagea son temps, le jour fut pour le
travail, elle consacra la nuit aux exercices de piété, car elle ne voulait pas
que Dieu les secourût par des miracles, lorsqu’ils pouvaient vivre par leur
industrie. Mais dans son travail la grande reine ne perdait jamais de vue ni
son fils ni son Dieu, et ne cessait jamais ses divines contemplations. Elle ne
fit que transporter à la nuit les exercices purement spirituels qu’elle faisait
auparavant dans le jour. Le saint enfant se réjouit beaucoup de la prudence de
sa mère, c’est pourquoi il lui donna une exacte distribution des heures de sa
journée, lui indiquant en particulier à quoi elle devait les employer suivant
son bon plaisir. Elle se dirigea d’après ce règlement qu’elle avait reçu de
Jésus, pendant tout le temps que la sainte, famille resta en Egypte. Voici la
manière de se conduire pendant son travail, elle était toujours auprès de son
enfant et à genoux devant le berceau où il reposait, elle avait avec lui de
saints colloques, et elle chantait à sa louange des hymnes et des cantiques qui
seraient s’ils avaient été écrits plus nombreux que les psaumes
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et les cantiques
qui se chantent dans la sainte Église. La sainteté avec laquelle vivait cette
sain te famille se répandit dans la ville, c’est pourquoi il accourait des gens
de toute condition. Ils en rapportaient de grâces nombreuses, et Je concours
s’accrut à un point que la sainte Vierge demanda à Dieu, comment elle dev,ait
se conduire dans ce cas. Le Seigneur lui répondit, qu’elle devait les instruire
tous des vérités de la foi et de la connaissance de Dieu. L’obéissante reine
exécuta les ordres, et le fruit qu’elle produisit dans les âmes fut Si grand
qu’il serait trop long de raconter les prodiges et les conversions admirables
qu’elle opéra. Elle s’appliquait surtout au soin des pauvres infirmes, et elle
usait en leur faveur de sa sagesse, de son pouvoir et particulièrement de sa
grande charité. A cause des grandes et excessives chaleurs de l’Egypte il y eut
la peste à Héliopolis, et dans tout ce temps son zèle et ses fatigues pour les
malades furent incroyables. Le nombre des personnes qui accouraient fut si
grand qu’elle obtint du Seigneur que saint Joseph put lui venir en aide dans
ses oeuvres merveilleuses. Le plus souvent donc il guérissait et instruisait
les hommes, et elle les femmes; c’est pourquoi l’affection des habitants du
pays s’accrut pour eux. Le profit spirituel que ces peuples en retirèrent est
incroyable, par reconnaissance ils leur apportaient des dons et des présents,
mais la grande reine n’acceptait rien pour elle-même, et elle distribuait aux
pauvres ce qu’il n’était pas quelquefois possible de refuser.
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Il y avait six mois qu’ils étaient en Egypte, lorsque Hérode, devenu
furieux à la nouvelle des diverses choses qu’il apprit être arrivées aux rois
Mages à Bethléem, et au saint enfant à Jérusalem, ordonna le cruel massacre
.des innocents. Aussitôt que l’ordre barbare du roi commença à s’exécuter,
notre grande reine vit que son fils priait le père éternel pour les parents de
ces enfants et qu’il offrait ces jeunes victimes qui mouraient, comme les
prémices de sa rédemption. Elle vit qu’afin que ces innocents fussent sacrifiés
au nom de leur rédempteur, il demanda pour eux l’usage de la raison et qu’il
récompensât leur mort par la gloire et la couronne des martyrs. La sainte
Vierge connut que le père éternel avait accordé au verbe incarné toutes ces
demandes. Elle désirait connaître ce qui était arrivé à Elisabeth et à
Jean-Baptiste dans cette cruelle persécution, mais elle n’osait point à cause
du respect qu’elle lui portait et de la prudence avec laquelle elle agissait en
matière de révélations, néanmoins elle en fit l’humble demande à son très-saint
fils. Le Seigneur contenta son pieux désir et lui fit savoir, que Zacharie
était mort quatre mois après son enfantement virginal, et qu’Elisabeth alors
veuve s’était retirée sans autre compagnie que son fils Jean, dans le désert,
pour éviter la persécution d’Hérode, et qu’elle était cachée dans une grotte où
elle passait sa vie dans de grandes mortifications. Elle apprit aussi du
Seigneur que sainte Elisabeth mourrait dans trois ans, et que Jean-Baptiste
continuerait de vivre dans le désert. La sainte Vierge d’après ces nouvelles
envoya visiter souvent sa sainte cousine par ses anges et lui fit apporter
plusieurs fois de la nourriture, qui fut le meilleur
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mets qu’elle eût
au désert. Lorsque Elisabeth fut sur le point de mourir, elle lui envoya
plusieurs de ses anges pour l’assister et ensuite pour l’ensevelir dans cette
solitude. Après sa mort, elle envoya jusqu’à sept ans au jeune Jean-Baptiste la
nourriture nécessaire, qui était du pain et quelque autre mets. Après sept ans
elle ne lui envoya plus rien, parce qu’alors il put déjà se procurer par son
industrie sa nourriture, qui consista en herbes, en miel sauvage et en
sauterelles.
Elle vit comme si elle eût été présente le cruel massacre des innocents qui
furent égorgés par la jalousie insensée d’Hérode, elle en connut le nombre et
elle vit qu’il était accordé à tous, (et les uns avaient 8 jours, les autres
deux mois, les autres six, mais aucun plus de deux ans), l’usage de la raison,
afin qu’ils offrissent volontairement à Dieu leurs vies. Ils reçurent une
profonde connaissance de l’essence divine; et les vertus infuses de charité
parfaite, d’espérance, de foi et de vertus de religion avec lesquelles ils
exercèrent des actes héroïques de foi, d’espérance, d’amour de Dieu et de
vénération. Elle vit une multitude d’anges qui assistaient à leur martyre et
qui les accompagnaient aux limbes, afin de les amener plus tard dans le
paradis. A cette vue enflammée du saint amour, la grande reine entonna, remplie
de joie, le cantique; Laudate pueri dominum, et les anges
l’accompagnèrent.
Un jour tandis que la sainte Vierge s’entretenait avec saint Joseph son
chaste époux de l’incarnation du verbe, le saint enfant voulut donner une
consolation à son saint tuteur en lui parlant de vive voix, ce qu’il n’avait
encore jamais fait. La première parole qu’il lui dit fut de l’appeler père.
Cette parole pénétra tellement le cœur de saint Joseph, que ce fut un miracle
qu’il ne se liquéfiât point d’amour. Cela arriva un an après l’arrivée en
Egypte. La sainte, Vierge avait tou-
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jours tenu
emmailloté le saint enfant pendant cette première année, mais jugeant avec
raison qu’elle pouvait enfin cesser, elle lui en demanda la permission. II lui
fit alors cette réponse: « Ma mère, les liens de mon enfance m’ont paru
doux à cause de l’amour que je porte aux âmes que j’ai créées, et que je suis
venu racheter; à mon âge parfait je dois être arrêté, lié, conduit à mes
ennemis et par eux à la mort, et si ce souvenir m’est agréable dans la vue de
plaire à mon père éternel, tout le reste me sera facile. Je ne veux avoir qu’un
habit dans ce inonde, car je désire seulement ce qui m’est nécessaire pour me
couvrir. Quoique tout ce qui est créé soit à moi, je veux enseigner aux hommes
par mon exemple à rejeter tout ce qui est superflu. Vous me revêtirez donc, ma
chère mère, d’une longue tunique de couleur sombre qui me servira toujours,
elle croîtra aussi avec moi, et ce sera sur elle qu’on jettera le sort à ma
mort, car elle ne doit pas même être laissée à ma libre disposition, afin que
tous les hommes sachent que je suis né, que j’ai vécu et suis mort
pauvre. » La Vierge lui dit alors :
je vous demande la permission de vous mettre aux pieds une chaussure, afin que
dans un âge si tendre, vos pieds ne soient pas blessés, je désire aussi que
vous mettiez cette espèce de ‘toile sous votre tunique pour protéger vos
membres contre le rude vêtement de laine. Le Seigneur répondit: Ma mère, je
consens à ce qu’à cet âge vous me mettiez quelque pauvre chaussure, jusqu’au
temps de ma prédication où je marcherai pieds nu, mais je ne veux pas me servir
de linge, pour enseigner au monde et à ceux qui m’imiteront dans la suite, en
grand nombre la pauvreté dans les habits. La Vierge mère ayant connu la volonté
de son cher fils lui prépara. les sandales de ses propres mains, ainsi que la
tunique sans couture qu’elle tissa avec de la laine, tout d’une pièce, et cette
tunique s’accrut
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ensuite toujours
à proportion que Jésus grandissait. Elle ne vieillit jamais et ne se salit
point pendant trente-deux ans qu’il la porta, et jamais elle ne perdit ni la
couleur ni le lustre qu’elle avait la première fois qu’il la revêtit.
La consolation de la sainte Vierge et de saint Joseph fut incroyable,
lorsqu’ils virent marcher l’e saint enfant. Il marchait en leur présence sans
être soutenu, mais il dissimulait cette merveille pour les étrangers. La sainte
Vierge continua néanmoins à l’allaiter trois fois le jour encore pendant six
mois. Dans la suite aussi elle lui donnait trois fois ‘une légère nourriture, le
matin, à midi et le soir, mais jamais il n’en demandait. Lorsqu’il fut devenu
grand il mangea à la même heure que les saints époux, c’était lui qui donnait
la bénédiction au commencement du repas et qui disait l’action de grâces à la
fin. Aussitôt que Jésus commença de marcher, il allait souvent pour prier dans
le petit oratoire de sa mère, Elle ne savait pas si elle devait le laisser seul
ou le suivre pour l’imiter en tout et copier ses divines actions, mais il
l’engagea lui même à entrer et à rester avec lui. Par cet ordre du Seigneur,
elle devint de nouveau le disciple de son divin fils, et dès ce moment il se
passa entre eux des. mystères si cachés et si grands, qu’il n’est pas possible
à la langue humaine de les raconter. Nous ne devons pas omettre, que dans les
saints exercices spirituels que faisaient Jésus et Marie, plusieurs fois dans
ces prières, le Sauveur pleura et eut des sueurs de sang. Sa chère mère
essuyait ce sang précieux et ces saintes larmes occasionnées, comme elle le
découvrait dans l’intérieur de son fils, par la perte des réprouvés et des
hommes ingrats envers leur rédempteur. Après avoir atteint l’âge de six ans, il
commença à sortir quelquefois de la maison pour visiter les infirmes, les
consoler et les fortifier dans leurs afflictions. Un grand nombre d’enfants ac-
91
couraient vers
lui, et il leur enseignait k tous la pratique des saintes vertus et la voie du
salut éternel. Dans la maison il commença à prendre dans la conversation un air
plus sérieux que lorsqu’il était plus petit. Il cessa les caresses dont il
usait à l’égard de sa mère et de saint Joseph, et il apparut sur son visage une
si grande majesté, que s’il ne l’avait tempérée par une incomparable douceur,
personne n’eût osé lui parler par la crainte respectueuse qu’il imprimait.
Après six ans d’exil en Egypte, le Père éternel ordonna expressément au
Verbe incarné de retourner h Nazareth. Sa mère qui priait à côté de son fils,
le vit dans son coeur se conformer à la divine volonté; l’ange dans le même
temps avertit saint Joseph du départ, comme le rapporte l’évangéliste. Après
avoir tout réglé entre eux, ils distribuèrent aux pauvres les ustensiles de
leur maison qui étaient peu nombreux, et cette aumône se fit par l’entremise du
divin enfant, qui avait coutume de faire aussi les autres petites aumônes. Ils
partirent d’Héliopolis, accompagnés encore des saints anges, à travers ces
mêmes déserts où ils étaient passés sept ans. auparavant. La sainte Vierge
était sur la pauvre monture avec l’enfant sur les bras, saint Joseph marchait
devant sa sainte épouse, il se soulageait dans ses peines, tantôt en priant,
tantôt par des saints entretiens avec la divine mère,
92
ou bien en
contemplant le divin enfant et en lui chantant quelques saints cantiques. Ils
épuisèrent en quelques jours la petite provision qu’ils avaient prise, mais le
fils multipliait le pain et ordonnait aux anges de les secourir dans cette
nécessité. Après les souffrances de ce long et pénible voyage ils arrivèrent
aux confins de la Palestine ou le saint époux apprit que le cruel Hérode était
déjà mort et qu’Archélaüs son fils régnait en Judée. Il jugea bon de faire un
détour et de traverser le pays de la tribu de Dan et d’Issachar dans la partie
inférieure de la Galilée, ils suivirent la côte de la Méditerranée laissant à
main droite Jérusalem et arrivèrent enfin à Nazareth. Ils rendirent des actions
de grâces à Dieu, et saint Joseph chercha aussitôt la sainte femme leur
ancienne voisine, à qui ils avaient confié leur maison de Nazareth. En entrant
dans la maison, la sainte Vierge se prosterna à terre et remercia de nouveau le
Très-Haut de les avoir délivrés des mains d’Hérode. Elle mit en. ordre les
choses de la maison et se livra à ses occupations ordinaires, suivant son
règlement de vie.
Le Seigneur voulant que sa sainte mère fut un exemplaire de toutes les
vertus, quoique pure créature, s’appliqua avec un soin tout spécial à la perfectionner,
pendant les vingt-trois années qu’il passa avec elle dans cette sainte maison.
Pour l’éprouver dans la grandeur du saint amour et dans l’exercice de toutes
les plus héroïques vertus, il la priva de la vue intérieure de son intérieur
qui lui donnait une consolation inexprimable. Il commença à agir envers elle
avec une plus grande gravité, il lui parlait rarement et se retirait souvent à
l’écart. La tendre Vierge mère, ne connaissant pas le motif de cette manière
d’agir, avait recours à sa profonde humilité, elle s’estimait indigne de cette
faveur, et elle s’affligeait moins d’avoir perdu la vue de son
93
Seigneur, qu’elle
n’éprouvait de peine dans la crainte de l’avoir dégoûté par son ingratitude.
Jésus ressentait vivement les afflictions de sa chère mère, mais il ne voulut
jamais lui en témoigner extérieurement quelque compassion. Quelquefois lorsque
sa mère l’appelait pour prendre la nourriture nécessaire à l’entretien de sa
vie, il n’accourait pas aussitôt comme auparavant, ensuite il arrivait et ne la
regardait point. Il ne disait pas un seul mot, mais dans cette manière d’agir
extérieurement si sévère, il éprouvait une joie intérieure inexprimable, en
voyant une si inébranlable et si grande vertu dans une pure créature. Il
montrait encore un plus grand sérieux lorsqu’elle le conduisait pour dormir,
car tandis qu’elle lui demandait pardon à genoux de son peu de zèle et de soin
envers lui dans ce jour, il ne répondait rien à ces humble paroles, quoiqu’il
la vit toute baignée de larmes, mais il lui commandait de se retirer. Cette
dure et cruelle épreuve qui faisait éprouver à sa tendre et bonne mère une
souveraine douleur et à Jésus une grande complaisance à la vue de la grandeur
de l’amour divin de sa mère, dura plusieurs jours. Enfin après trente jours de
ce douloureux martyre, elle vint se prosterner à ses pieds et le supplia
instamment avec larmes de lui découvrir, si elle avait bus quelque négligence à
le servir, mais de ne pas continuer plus longtemps de la priver de la douce
correspondance de son amour. Le Seigneur alors lui dit : Levez-vous, ma
mère. A ces amoureuses paroles, la tendre mère accablée de douleur se sentit
renaître, elle fut aussitôt transformée et élevée à une extase très-sublime, où
toute sa tristesse se changea en un doux contentement intérieur de l’âme. Mais
à cette affliction il en succéda bientôt une autre.
La loi de Moyse ordonnait que trois fois dans l’année les Israélites
iraient à Jérusalem adorer Dieu dans son temple.
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Cette loi à la
vérité n’obligeait pas les femmes, néanmoins on avait résolu que saint Joseph
irait seul pendant deux fois, mais qu’à la troisième la sainte Vierge y
viendrait avec son Fils. Ce voyage était de plusieurs milles, Jésus malgré cela
voulut toujours le faire à pied, quoiqu’il souffrit beaucoup dans cet âge si
tendre. La première fois seulement il permit qu’on le prît quelque fois sur le
bras, tantôt sa mère et tantôt saint .Joseph, et qu’on lui fit faire ainsi un
péu de chemin. Le soir dans les hôtelleries et dans le chemin il ne quittait
jamais les côtés de sa mère, enfin qu’elle pût toujours le considérer et
l’imiter exactement dans ses actions. Ils firent un de ces voyages lorsque
Jésus avait déjà douze ans, et ce fut pour la grande fête des Azymes, qui
durait sept jours entiers. Le dernier jour de cette solennité, ils se mirent en
marche pour retourner à Nazareth et le Seigneur mit à profit cette, occasion
pour se séparer de ses parents. Pour exécuter son dessein, il se prévalut de
l’usage et de la coutume des juifs qui, étant en très grand nombre, se
divisaient en divers groupes, les femmes marchant séparées des hommes pour la
plus grande décence. Les enfants qui étaient venus à la fête pouvaient se
trouver dans la compagnie ou du père ou de la mère, c’est pourquoi saint Joseph
put penser que Jésus était avec sa mère, et la sainte vierge qu’il était avec
saint Joseph. Cependant la pensée de la sainte vierge fut détournée du Seigneur
par une très-haute contemplation, revenue ensuite à elle-même et ne voyant pas
Jésus auprès d’elle, elle pensa qu’il était avec saint Joseph. Le divin enfant
se sépara d’eux en sortant de la porte de la ville ou la foule était très
grande. Ils marchèrent un jour entier, mais toujours dans ce même ordre, les
femmes avec les femmes et les hommes ensemble. Enfin lorsque la foule se
divisait par divers chemins et que chacun se réunissait avec ceux de sa
95
famille aux
endroits désignés, la sainte vierge et saint Joseph se retrouvèrent et en ne
voyant. pas le saint enfant, ils restèrent muets et confondus de douleur sans
pouvoir se parler; enfin ayant repris un peu de force, ils résolurent de
revenir sur le chemin qu’ils. avaient fait dans ce jour afin de le chercher, en
proie tous les deux à une douleur inexprimable, et s’accusant chacun. de sa
propre négligence. La sainte vierge en demanda des nouvelles à ses anges, qui
ne lui en donnèrent point. Les époux affligés soupçonnèrent qu’Archelaüs ayant
eu connaissance de l’enfant l’avait fait arrêter, ou qu’il s’était enfui de
lui-même pour quelque faute de leur part. Ils continuèrent dans ces
affligeantes pensées à le chercher en pleurant, sans pouvoir prendre aucune
espèce de repos ni de nourriture. Ils le cherchèrent chez leurs amis et leurs.
connaissances dans Jérusalem, mais personne ne leur en donna des nouvelles.
Étant sortis de nouveau de la ville, ils résolurent d’aller le chercher auprès
de saint Jean-Baptiste dans le désert, mais ils en furent détournés par les
anges. Le troisième jour, ils voulaient aller à Bethléem pour voir s’il n’était
pas allé visiter la sainte grotte, mais ils en furent encore dissuadés par les
anges. Ils retournèrent à Jérusalem et en cherchant dans les rues, ils
donnèrent le signalement, pour le reconnaître, de ses cheveux, de son visage ,
de sa taille et de ses habits,. Une femme leur répondit qu’un enfant semblable
était venu demander l’aumône à sa porte, et en la lui donnant elle avait
ressenti une tendre compassion dans son coeur, de voir un enfant si gracieux et
si aimable, sans personne qui en prit soin. Sur ces paroles, la mère affligée
se dirigea avec saint Joseph vers l’hospice des pauvres, et elle apprit encore
là, qu’un enfant semblable à celui qu’elle décrivait, était venu consoler les
pauvres, mais qu’il était parti et on ne savait pour quel lieu. Alors la vierge
affligée eut la pensée avec son époux qu’il
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était au temple,
et ayant interrogé ses anges gardiens ils lui répondirent de l’y chercher. Ils
se dirigèrent vers le temple et y arrivèrent lorsque la dispute des rabbins et
des scribes de la loi, à laquelle Jésus avait pris part, était sur le point
d’être terminée; ils entendirent seulement les dernières raisons données par le
saint enfant pour prouver la venue du Messie, qui était le sujet de la
discussion. La sainte vierge, ravie de joie d’avoir retrouvé son trésor,
s’approcha de son fils, et en présence de tous les assistants lui dit les
paroles rapportées par saint Luc: Filii quid fecisti nobis sic? ecce pater
tuus et ego dolentes quaerebamus te. Jésus fit à ses paroles la réponse
rapportée aussi par saint Luc. Ils sortirent du temple et se dirigèrent vers
Nazareth; aussitôt que la sainte vierge fut dans un lieu solitaire, elle fit ce
qu’elle n’avait pas osé faire au temple en présence de la multitude,
c’est-à-dire, se jeter selon sa coutume aux pieds de jésus et lui demander sa
bénédiction. Il la consola par de douces paroles et lui fit connaître plus
parfaitement qu’il ne l’avait jamais fait tous les mystères de son coeur et les
fins élevées pour lesquelles il avait agi ainsi.
L’évangéliste n’a écrit autre chose des dix-huit années que Jésus demeura à
Nazareth, sinon qu’il était soumis à ses parents, et erat subditus illis;
c’est que les choses qu’il y fit furent si divines et si élevées qu’aucune
intelligence humaine ne peut les comprendre. Notre grande reine reçut en ce
lieu la connaissance de tous les mystères, des rites et des cérémonies de la
sainte Eglise ; . elle connut la fausseté des hérésies, les erreurs des gentils
et tous les évènements de la loi évangélique. Elle comprit la doctrine des
quatre évangiles qui devaient être écrits, avec tous les mystères qu’ils
contenaient, et cela avec une telle clarté et une telle profondeur qu’il est
impossible à la langue humaine de l’exprimer.
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Dans une vision de la divinité, elle reconnut que Dieu la voulait pour
maîtresse de la nouvelle loi de grâce, et elle reçut les lumières qui étaient
nécessaires pour une oeuvre de cette importance. Le Seigneur employa trois ans
pour instruire sa mère d’une manière parfaite, et chaque jour il lui faisait
trois instructions, Il opérait aussi par la force du saint amour, et il ne
s’écoula pas un instant, où il n’ajoutât des grâces aux grâces reçues, des dons
à ses dons, une nouvelle sainteté à sa sainteté, des faveurs aux faveurs déjà
accordées. Entre autres choses, non-seulement elle connut qu’il y aurait le
saint sacrement de l’autel, mais elle sut qu’il serait établi avant sa mort et
qu’elle le recevrait plusieurs fois. Dans cette connaissance elle s’abaissa
dans son néant et rendit à Dieu de vives et sincères actions de grâces, dès ce
moment elle commença à offrir toutes ses pensées et toutes ses actions pour se
préparer à recevoir dans la suite la très-sainte communion. Pendant le grand
nombre d’années qui s’écoulèrent jusqu’à l’institution de la sainte
Eucharistie, elle n’interrompit jamais cette préparation, et elle eut toujours
présente à sa pensée ce mystère ineffable. Ces merveilles s’accomplirent
ordinairement dans l’humble oratoire, que notre reine avait dans sa pauvre
maison. Jésus s’y entretenait longuement avec sa mère de profonds mystères, ils
y priaient ensemble, tantôt à genoux, tantôt en forme de croix, quelquefois ils
étaient soulevés de terre, et en l’air aussi ils étaient en forme de croix. Il
lui parlait quelquefois comme un maître, d’autres fois comme un fils, tantôt il
était transfiguré dans son corps, comme plus tard sur le Thabor, tantôt il
était comme dans sa, passion et avait des sueurs de sang.
La Vierge mère, au milieu de ces divins enseignements et de ces saints
exercices, atteignit sa trente-troisième année. C’est l’âge où le corps humain
a toute sa perfection natu-
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relie et où il
commence à décliner, mais dans Marie on n’y vit jamais aucun changement, et son
admirable complexion ne s’altéra ni ne changea point, elle se conserva jusqu’à
soixante-dix ans dans le même état qu’elle était à l’âge de trente-trois ans.
Le Seigneur lui accorda ce privilège, afin qu’elle restât toujours semblable à
la sainte humanité de son fils, quant à l’état de sa plus grande perfection,
c’est-à-dire de trente-trois ans. La même faveur ne fut pas accordée à saint
Joseph, aussi la sainte Vierge voyant le changement opéré dans son époux, lui
parla un jour et le pria de cesser le pénible métier avec lequel il gagnait
pour vivre lui-même et sa famille, parce qu’elle travaillerait à sa place et
gagnerait par les ouvrages de ses mains ce qui était nécessaire à l’entretien
de la maison. Le saint patriarche opposa de grandes difficultés pour ne pas
céder à la proposition de sa sainte épouse, mais enfin il s’y soumit. Ils distribuèrent
aux pauvres les outils de son métier, parce qu’ils ne voulaient rien de
superflu dans la maison, et saint Joseph s’occupa entièrement à la
contemplation du grand mystère dont il avait reçu le dépôt et à la pratique des
saintes Vertus. La sainte Vierge procurait par son travail tout ce qui était
nécessaire, sans jamais sortir de sa retraite, car quelques dévotes femmes
voisines, qui, l’aimaient à cause de. ses vertus lui procuraient de l’ouvrage
pour gagner l’entretien de sa famille. Un grand gain n’était pas nécessaire
parce que leur nourriture ordinaire était très-frugale; le divin fils ni la
mère ne mangeaient jamais de la viande, mais seulement des poissons, des
fruits, des herbes et encore même avec une grande sobriété. Elle accordait très-peu
de temps au repos et elle employait plusieurs heures de la nuit au travail des
mains, car Dieu le lui avait permis, maintenant plus qu’en Egypte. Lorsque tout
cela ne suffisait pour traiter d’une manière
99
convenable le
vieux saint Joseph qui avait besoin de plusieurs choses, Dieu y pourvoyait par
miracle, tantôt en multipliant le peu qu’ils avaient; tantôt en faisant
apporter ce qui manquait par les anges gardiens de la Vierge mère.
Les douleurs et les souffrances causées par les continuelles indispositions
du saint vieillard allaient toujours croissant, et s’aggravaient de plus en
plus avec les années. La sainte épouse de son côté pleine de sollicitude
augmentait son travail, pour pourvoir non-seulement fournir à son entretien,
mais encore afin de procurer quelque soulagement à son époux bien-aimé. Elle se
servit plusieurs fois du pouvoir, qu’elle avait sur les créatures et ordonna
aux viandes d’avoir un meilleur goût et d’être plus agréables au malade. Elle
lui donnait à manger toujours à genoux et elle le déchaussait aussi, lorsqu’il
ne pouvait le faire lui-même. Pendant les trois dernières années, dans
lesquelles ses douleurs s’accrurent encore davantage, elle l’assista le jour et
la nuit excepté le temps où elle était occupée à servir et à donner à manger à
Jésus. Non contente de ces soins si pénibles, elle demanda au Seigneur, qu’afin
de diminuer les souffrances à son époux, il les envoyât à elle-même. Elle
commandait aux douleurs de s’adoucir, et elle ordonnait aux anges de le
consoler tantôt en lui apparaissant en forme visible, tantôt en s’entrete-
100
nant avec lui des
perfections de Dieu, ou en lui faisant entendre de célestes mélodies. Il y
avait déjà huit ans, que Dieu éprouvait par diverses maladies la vertu du saint
patriarche, pour sa plus grande récompense, lorsque la sainte Vierge voyant que
le temps de sa mort approchait, pria son divin fils de vouloir bien l’assister
à ce dernier moment si dangereux. Le miséricordieux Jésus lui promit
non-seulement de l’assister, mais de l’élever à un rang si élevé que les anges
mêmes en seraient ravis d’admiration. En effet les cinq derniers jours de sa
sainte vie, il ne s’éloigna jamais de son côté ni le jour ni la nuit à moins
que la douce reine n’y fût présente. Pendant ces neuf jours, les anges par son
ordre firent entendre trois fois le jour des chants célestes, dans cette petite
chambre, et on y respirait un doux parfum de paradis qui ranimait et fortifiait
le saint moribond. Le jour qui précéda sa bienheureuse mort, il fut ravi en une
extase qui dura vingt-quatre heures, le Seigneur augmentant ses faibles forces
pour la supporter. Il vit clairement dans cette extase l’essence divine, et tous
les mystères de l’incarnation et de la rédemption qu’il avait crus jusqu’alors,
lui furent découverts sans voile. La très-sainte Trinité le nomma son messager
pour annoncer aux saints pères des Limbes leur prochaine rédemption. Revenu de
son extase, le visage tout resplendissant il demanda la bénédiction à sa sainte
épouse, mais l’humble reine au lieu de le bénir pria son divin fils de le
faire, ensuite elle se mit à genoux et pria son époux de la bénir, et après
avoir reçu sa bénédiction, elle baisa sa main avec respect. Saint Joseph
demanda pardon à sa sainte épouse du peu d’égard qu’il avait eu pour sa dignité
et pour ses mérites, et la pria de l’assister à ce dernier moment. Il s’adressa
ensuite à son fils et le remercia de toutes les faveurs qu’il avait reçues de.
sa main libérale et dans sa maladie
101
en particulier;
il fit tous ses efforts pour se mettre à genoux, mais Jésus qui était à ses
côtés le pressa dans ses bras, dans lesquels sa très-sainte lune s’exhala au
milieu de saints entretiens. Le Seigneur ferma lui-même ses yeux de ses divines
mains.
Aussitôt
qu’il fut mort, les anges firent entendre une céleste harmonie dans cette
sainte maison et la sainte Vierge leur commanda de conduire cette grande âme
aux Limbes, où étaient les saints pères. Elle prépara le saint corps pour être
enseveli, elle-même l’enveloppa de ses propres mains et le Seigneur le revêtit
d’une splendeur admirable. Il faut remarquer que la mort de ce saint patriarche
ne fut pas causée seulement par ses grandes et particulières maladies, mais le
feu ardent de la charité concourut encore à la lui donner, son coeur était
consumé de feux si ardents qu’il fut conservé plusieurs fois en vie par
miracle; Dieu donc, suspendant son concours, la nature ne put résister à la
force des élans de son amour et le lien qui tenait unie son âme sainte à son
corps fut rompu. Ce genre de won fut plutôt le triomphe de l’amour divin, que
la peine du péché originel.
Saint Joseph mourut à l’âge de soixante ans. Il avait vécu vingt-sept ans
avec la sainte Vierge qu’il laissa veuve à l’âge de quarante-un ans et six
mois. La sainte Vierge ressentit une grande douleur naturelle de cette mort,
parce qu’elle l’aimait avec une tendre affection, et son amour était d’autant
plus grand, qu’elle connaissait mieux la sublime sainteté où il avait été
élevé. Elle savait qu’il avait été sanctifié à l’âge de sept mois dans le sein
de sa mère, et que le feu de la concupiscence avait été comme éteint, tout le
temps de sa vie. Jamais il n’éprouva le plus léger mouvement d’impureté, ou
d’affection déréglée; à l’âge de trois ans, l’usage de la raison lui avait été
accordé et il avait eu la
102
science , infuse
et une augmentation de grâce au plus haut degré. Le don de la contemplation lui
avait été accordé et à l’âge de sept ans il était d’une sainteté consommée. Il
égalait les séraphins en pureté et jamais il n’eut aucune pensée, ni aucune
représentation contre cette divine vertu. Enfin à cause de ses vertus héroïques
il avait été jugé digne d’être le père nourricier et adoptif du fils de Dieu.
Sachant toutes ces choses et d’autres encore, la Sainte Vierge ne pouvait point
ne pas ressentir la douleur de cette grande perte.
Dieu a accordé divers privilèges à saint Joseph : I. Ceux qui l’invoqueront
avec dévotion, seront protégés du ciel pour la vertu de chasteté et pour
triompher des tentations des sens. II. Ils recevront des grâces particulières
pour sortir du péché. III. Ils obtiendront la véritable dévotion à la sainte
Vierge. IV. Ils feront une bonne et bienheureuse mort et ils seront protégés à
ce dernier moment contre le démon. V. Ils seront délivrés, quand il sera
expédient, des maladies du corps et ils trouveront un soulagement dans leurs
peines. VI. Ils auront des successeurs dans leurs familles, s’ils sont mariés.
VII. Les démons craindront extrêmement l’invocation du nom glorieux de saint
Joseph.
Après la mort du saint patriarche, la sainte Vierge connut que Dieu voulait
que désormais elle s’occupât moins au travail des mains, mais qu’elle s’adonnât
davantage aux exercices intérieurs, car quelques heures de travail par jour
suffisaient pour son entretien. Dès ce moment elle devait restreindre sa
dépense à un très-léger repas par jour, puisque le motif de manger deux fois
avait cessé, qui était de tenir compagnie au saint vieillard. Elle suivit
aussitôt exactement cette manière de vivre, conformément à l’ordre du Seigneur
et plusieurs fois elle ne mangeait que du pain et seulement le soir.
103
Le respect et la vénération de la Vierge mère pour son divin fils furent
toujours très-grands, néanmoins après la mort de saint Joseph son chaste époux
ils augmentèrent encore, particulièrement par les actes extérieurs. Se trouvant
alors seule avec les anges, elle se prosternait souvent à terre jusqu’à ce que
Jésus lui ordonnât de se lever. Elle lui baisait fréquemment les pieds et les
saintes mains et elle lui présentait toujours la nourriture à genoux. Elle eut
avec ses anges de saints débats d’humilité, parce qu’elle voulait faire toutes
les actions humbles et basses de la pauvre maison, comme balayer les chambres,
et laver la vaisselle, mais les anges la prévenaient souvent pour remplir aussi
leur emploi de fidèles serviteurs de leur reine. A la vérité, lorsque la sainte
Vierge les priait de ne point le faire, ils lui obéissaient aussitôt. Elle
était très-attentive à tout ce qu’elle Voyait faire à son divin fils, et comme
Jésus en considérant l’ingratitude des hommes et en voyant que plusieurs se
perdraient, quoiqu’il offrît sa vie pour eux, s’affligeait extrêmement jusqu’à
suer plusieurs fois du sang, ainsi Marie pour ces mêmes motifs, était pénétrée
d’une grande douleur et versait quelquefois des larmes de sang. Le Seigneur
rempli de compassion ordonna plusieurs fois aux anges de la consoler par de
célestes mélodies, d’autres fois il la soutenait dans ses propres bras. Elle
connut aussi plusieurs prédestinés, principalement les apôtres, les disciples
et les fidèles de la primitive église, aussi quand elle vit ceux qui suivaient
le rédempteur, elle les connaissait avant de leur avoir parlé et déjà elle
avait prié pour eux. Il y a beaucoup d’autres mystères qui, eurent lieu entre
Jésus et Marie dans ce temps particulièrement dans les quatre dernières années,
ils sont réservés pour le bonheur particulier des prédestinés dans le ciel.
Jésus ayant atteint sa vingt-septième année, commença à se préparer à la
prédication. Il sortait donc plus souvent de la maison, et quelquefois il
restait trois jours entiers sans retourner vers sa mère. Elle souffrait
beaucoup de cette absence, aussi elle envoyait souvent les saints anges auprès
de lui, pour qu’ils l’informassent dans le plus grand détail, de ses
occupations. Lorsqu’il restait ensuite à la maison, elle le recevait prosternée
à terre et lui rendait des actions de grâces, pour les grâces qu’il avait
accordées aux pécheurs. Elle le servait comme une tendre et affectueuse mère
qu’elle était, et lui préparait quelque petit mets pour soulager sa sainte
humanité qui en avait besoin, car il était resté quelque fois trois jours sans
prendre du repos ni aucune nourriture. Non contente de cela, elle offrait de
l’accompagner dans ses courses, pour aider aussi ceux qui entendraient ses
divines paroles. Le Seigneur agréa cette offre, et lui donna la permission de
le suivre, aussi dès ce moment toutes les fois que le divin maître sortait de
Nazareth, la divine mère allait avec lui. Notre-Seigneur commença à parcourir
les environs de Nazareth en annonçant le Messie, et il accompagnait ses
enseignements d’inspirations intérieures de la grâce, afin qu’on fût préparé à
le recevoir. Il proportionnait ses instructions à la qualité des personnes qui
l’écoutaient, aux savants il alléguait le témoignage des prophéties, il parlait
aux ignorants de la venue des Mages et du massacre des innocents et ainsi d’une
manière différente suivant la capacité et les diverses dispositions des
personnes. Le fruit de ces divins enseignements fut grand et abondant,
quoiqu’il le fit en secret et non comme
105
plus tard dans le
temps de la prédication publique. Il visitait souvent les malades et assistait
les moribonds qui étaient à l’agonie, il donnait aussi la santé du corps à un
grand nombre, sans qu’ils en connussent la cause. La Vierge mère se trouvait
ordinairement présente et coopérait avec lui, mais elle instruisait les femmes
plus que les hommes, car le nombre de ceux qui suivaient Jésus était bien petit
en ce temps là, le moment n’étant pas encore venu pour les appeler à sa suite.
La compagnie ordinaire de Jésus était seulement sa mère et les anges qui,
lorsqu’ils retournaient à la maison leur servaient comme d’abri, pour les
défendre contre les rigueurs du temps. Ils enseignaient à toute sorte de
personnes la venue du Messie sauveur du monde, les pauvres néanmoins étaient
les plus privilégiés, parce qu’ils sont mieux disposés à recevoir la divine
lumière, car leurs péchés sont plus légers, leur sollicitude des choses de ce
monde moindre, et ils ont plus d’humilité.
En ce temps là, la voix du Seigneur se fit entendre à Jean-Baptiste, fils
de Zacharie, comme le rapporte l’évangéliste. Il entendit cette voix dans une
extase, dans laquelle Dieu lui fit comprendre qu’il devait sortir du désert et
préparer les voies à la prédication du verbe. Le saint précurseur sortit donc
du désert vêtu d’une peau de chameau, les pieds nus, le visage pâle. Il avait
un air plein de gravité, avec une modestie incomparable et une humilité
profonde; son âme était forte, généreuse et enflammée de charité pour Dieu et
pour le prochain. Il était tel, en un mot, qu’il le fallait pour être le
précurseur du verbe incarné et le prédicateur des hébreux, peuple dur, ingrat,
opiniâtre, gouverné par des magistrats idolâtres et conduit par des prêtres
avares et orgueilleux. Les anges avaient fait à Jean-Baptiste dans le désert
une belle croix, devant laquelle il faisait plusieurs exercices de
106
mortification, et
souvent il s’y mettait en prière en forme de croix. Il ne crut pas convenable
de laisser ce trésor dans le désert et il l’envoya par les anges en don à la
sainte Vierge, qui la reçut avec une grande vénération et une douleur très-
amère, à cause du mystère que sa vue représenta à son esprit. Elle la mit dans
son oratoire, jusqu’au temps où les apôtres se dispersèrent dans le monde, et
elle la leur donna avec plusieurs autres choses, comme nous le verrons clans la
suite.
Jésus était parvenu à la trentième année de son âge. La Vierge mère qui
avait atteint le comble de son amour envers lui, étant un jour élevée à une
très-haute contemplation, entendit une voix sortie du trône de Dieu qui dit:
Marie ma fille et mon épouse, offrez-moi votre fils en sacrifice. L’obéissante
Marie le fit aussitôt avec une si grande et si inexprimable intensité d’amour,
que ce sacrifice fut incomparablement plus agréable à Dieu que celui d’Abraham,
et que tous ceux qui lui avaient été offerts jusqu’alors. En récompense, la
sainte Vierge fut élevée à une claire vision de la divinité, où il lui fut
donné de voir tous les mystères de la rédemption des hommes, par le moyen de la
prédication, de la passion et de la mort de son fils, à laquelle elle devait
elle-même coopérer par son consentement. Revenu de son extase, Jésus vint se
présenter à elle, pour lui demander la permission d’aller accomplir en faveur
des hommes tout ce qu’elle savait que Dieu lui avait imposé, lui promettant de
revenir vers elle, et de l’avoir dès-lors pour compagne dans tous ses travaux.
La sainte Vierge se jeta à ses pieds, et Jésus embrassa sa mère, et fondant
tous les deux en larmes ils firent l’oblation d’eux-mêmes pour le salut du
monde. Le rédempteur se dirigea vers le Jourdain où Jean-Baptiste prêchait et
baptisait les pécheurs. Il se mêla parmi. la foule
107
et demanda d’être
baptisé par Jean-Baptiste, celui-ci éclairé d’une nouvelle lumière intérieure
s’humilia en sa présence, demanda son baptême et rendit témoignage de lui.
Ensuite il obéit au Sauveur et le baptisa comme il est raconté dans l’évangile.
En ce moment on entendit une voix du ciel qui dit: hic est filius meus
delectus, et on vit le Saint-Esprit descendre sur lui en forme de colombe,
ainsi la divinité de Jésus-Christ fut confirmée par ces témoignages éclatants.
Jésus exauça dans la suite la prière de Jean, il le baptisa de sa main, et lui
conféra le premier le grand caractère de chrétien, instituant à cette occasion
le sacrement de baptême, quoique la promulgation en ait été différée
jusqu’après la résurrection.
Jésus se dirigea du Jourdain vers le désert accompagné des anges, et
parvint à l’endroit que sa divine volonté avait désigné. C’était un lieu désert
au milieu des broussailles et des rochers ou se trouvait une grotte entièrement
cachée. Il se prosterna à terre avec une profonde humilité, et remercia le Père
éternel de lui avoir donné ce lieu si propre à la retraite, et il continua sa
prière en forme de croix, priant pour le salut des hommes. Ce fut sa prière la
plus ordinaire dans ce désert, et il la fit le plus souvent en forme de croix
et plusieurs fois il eut des sueurs de sang dans ses prières. Plusieurs bêtes
sauvages vinrent reconnaître leur créateur, mais surtout les oiseaux qui
chantèrent de joie en se voyant en présence de leur Dieu fait homme. Aussitôt
que notre grande reine sut que son divin fils était dans le désert, elle se
retira aussi dans sa chambre pour l’imiter en tout, selon sa coutume. Elle
pleurait fréquemment et souvent avec des larmes de sang les péchés des hommes.
Les anges lui apprenaient à chaque instant ce que faisait Jésus-Christ, la
manière dont il priait, et toutes ses divines occupations. Elle lui envoya
diverses ambassades, et leur commandait de le visiter en son nom,
108
et leur donnait
quelque fois des linges faits de ses propres mains pour l’essuyer, lorsque
accablé de fatigue dans ses prières il avait des sueurs. Sa retraite fut si
grande pendant ces quarante jours, que les voisins crurent qu’elle était partie
de Nazareth, comme ils savaient que Jésus l’avait fait. Elle tint toujours
fermée la porte de sa pauvre maison, et elle s’occupa le jour et la nuit à
faire tout ce que faisait le rédempteur son fils dans le désert. Elle ne prit
pendant ces quarante jours aucune espèce de nourriture; elle se prosternait à
terre trois cents fois par jour, comme le faisait Jésus son fils dans le
désert, elle s’unissait à lui dans ses adorations, ses génuflexions et ses
prières, et les faisait à la même heure que lui. Lorsqu’il fut tenté par le
diable, elle vit toute la terrible bataille de Lucifer, et l’imita dans tous
les actes par lesquels son divin fils le confondit; elle participa ainsi à son
glorieux triomphe, et elle lui en envoya des félicitations par ses anges. A
leur retour par l’ordre de Jésus-Christ, les anges lui servirent une part des
mets qu’ils avaient apportés du ciel, et elle fut aussi fortifiée par le
ministère des anges dans son long jeûne. Les quarante jours étant passés, avant
de quitter le désert, le fils de Dieu rendit grâces au Père éternel et fit une
très-fervente prière pour ceux qui, à son exemple se retiraient ou pour toute
la vie, ou pour quel- que temps dans la retraite, pour s’y appliquer à la
contemplation et aux saints exercices, en se séparant du monde. Le Très-Haut
lui promit de les favoriser, de faire entendre à leurs coeurs des paroles de
vie éternelle, et de les prévenir de grâces toutes particulières. Il alla
ensuite trouver Jean- Baptiste, qui rendit de nouveau témoignage de lui à ceux
qui l’écoutaient, il partit de ce lieu et s’arrêta dix mois dans la Judée,
éclairant les personnes humbles et simples de l’arrivée du Messie, dans les
pays qu’il parcourait. Notre grande
109
reine de son côté
sortit aussi de sa retraite et instruisit plusieurs personnes des pays voisins,
en leur annonçant la venue du Messie rédempteur du monde, sans découvrir celui
qui l’était.
Notre-Seigneur commença à annoncer publiquement, qu’il était le Messie attendu.
Il attira à sa suite deux disciples de Jean-Baptiste, l’un d’eux fut saint
André, et l’autre saint Jean l’évangéliste. Après ceux-ci il appela saint
Pierre, ensuite saint Philippe, qui apprit à Nathanaël la venue du Messie, il
le conduisit à Jésus et celui-ci devint le cinquième disciple du Sauveur. Il
vint, avec ces cinq disciples dans la Galilée, prêcher publiquement et
baptiser. En même temps le Très-Haut annonça à la sainte Vierge, que c’était sa
volonté qu’elle accompagnât son fils pour l’accomplissement de l’oeuvre de la
rédemption. Elle se montra entièrement docile aux desseins du Très-Haut, et
elle lui demanda avec humilité de lui accorder, ou de mourir à la place de son
fils, ou au moins d’expirer avec lui.
Les disciples étant instruits du mystère de l’incarnation, furent enflammés
du désir de voir, de connaître et de vénérer la mère du Sauveur. Ils
demandèrent cette faveur avec de vives instances au Seigneur, et l’ayant
obtenue ils se di-
110
rigèrent avec le
divin maître vers Nazareth. La sainte Vierge eut connaissance de cela, et
aussitôt elle prépara avec diligence sa pauvre maison, et prit soin d’apprêter
le repas pour ses hôtes. Elle vint à la porte pour recevoir le Sauveur,
prosternée devant lui, elle baisa ses pieds et lui demanda humblement la
bénédiction; elle fit tout cela en présence des disciples, afin qu’ils
apprissent avec quel respect et quelle vénération ils devaient traiter leur
divin maître. Elle reçut dans sa maison les cinq disciples et les servit à
table, mais non pas à genoux, comme elle faisait pour son fils. Dès que les
disciples se furent retirés pour dormir, le Seigneur entra dans l’oratoire de
sa mère, qui se prosterna. à ses pieds et lui demanda pardon du peu de soin qu’elle
mettait à le servir. Le Seigneur la consola par des paroles de vie éternelle,
il la fit lever avec bonté, mais avec une grande majesté et sérénité, car il
agissait en ce temps avec elle, avec plus de gravité, pour lui donner occasion
de mériter davantage. La très-pure Marie pria son fils de lui donner le
sacrement du baptême qu’il avait institué, il y consentit pour l’unir à la
société de ceux qui le suivaient, et pour célébrer avec une plus grande
solennité ce sacrement, il ordonna que des milliers d’anges descendissent du
ciel en forme visible, et Jésus, en leur présence baptisa sa très-sainte mère.
En même temps, on entendit la voix du Père éternel qui dit : celle-ci est ma
fille bien-aimée en qui je prends mes complaisances, et celle du verbe incarné
; celle-ci est ma mère bien-aimée que je me suis choisie, elle m’assistera
dans toutes mes oeuvres, et celle du Saint-Esprit; celle-ci est mon
épouse choisie entre mille.
Après son baptême, la grande reine fut invitée à des noces, que célébraient
à Cana, des parents au quatrième degré du coté de sainte Anne. La sainte Vierge
y alla et ap-
111
prit aux époux
l’arrivée de son fils avec ses disciples. ils eurent la pensée à la persuasion
de la divine mère, de l’inviter aux noces, et ils le firent en effet. Le
Seigneur entra dans la maison et salua les conviés par ces paroles: que la paix
du Seigneur et sa lumière soient avec vous. Il fit ensuite une exhortation à
l’époux, lui enseignant ce qui regardait son état, et les moyens à suivre pour
y être saint et parfait. La sainte Vierge fit la même chose à l’épouse, et tous
les deux dans la suite restèrent très-fidèles à leurs devoirs. Saint Jean était
présent avec les disciples du Seigneur à ces saintes instructions, mais il est
faux qu’il fut l’époux comme quelques uns l’ont cru. Notre-Seigneur et sa
sainte mère mangèrent à table des mets qu’on leur servit, mais avec une grande
sobriété, qu’ils cachèrent avec soin. Ils voulurent goûter ces mets, quoiqu’ils
n’en mangeassent pas dans leur maison, car ils ne voulaient pas en s’en
abstenant entièrement, montrer qu’ils condamnaient la vie commune des hommes,
mais au contraire la perfectionner par leurs exemples, s’accommodant à tout
sans aucune singularité dans ce qui n’est pas répréhensible et peut se faire
avec perfection.
A cette occasion s’accomplit le miracle de l’eau changée en vin, au grand
étonnement de celui qui présidait le repas comme intendant, et qui était prêtre
de la loi. Il s’étonna, parce qu’étant à la première place, et le Seigneur avec
sa mère occupant les dernières, il n’avait pas encore appris le miracle,
lorsqu’il goûta le vin. La réponse de Jésus à sa mère, quid mihi et tibi
mulier, ne fut pas faite en manière de reproche, mais avec une grande
douceur; il ne l’appela pas mère, mais femme, parce que depuis quelque temps il
n’usait plus avec elle de la même tendresse de paroles qu’auparavant. Saint
Jean appelle ce miracle, le premier des
112
miracles du
Seigneur, parce qu’il fut le premier dont il se déclara l’auteur, mais il en
avait opéré un grand nombre d’autres en secret.
De Cana Jésus vint à Capharnaüm, et amena avec lui sa mère avec ses
nouveaux disciples, ils restèrent là quelques jours, et aussitôt il commença sa
prédication dans les divers lieux circonvoisins. Plusieurs femmes pieuses s’unirent
à la Vierge mère pour plus de décence et de bienséance. La sainte Vierge
instruisait ces saintes femmes et leur répétait ce qu’elle avait appris dans
les enseignements de Jésus. Elle opéra aussi plusieurs, miracles et prodiges,
elle guérit des aveugles, des boiteux, des malades, elle chassa les démons et
ressuscita même des morts, par le pouvoir qu’elle avait reçu de son divin fils.
Les souffrances que ressentit la Vierge mère dans tous ses voyages pour nous
furent si grandes, que jamais nous ne pourrons suffisamment les reconnaître.
Plusieurs fois elle souffrit de si grandes peines, qu’il fut nécessaire que
Dieu la secourût miraculeusement, et d’autres fois il rendit son corps si
léger, qu’elle n’en sentait pas le poids et qu’elle pouvait se mouvoir sans
peine, comme si elle volait. Lorsque le Seigneur prêchait, elle écoutait
attentivement comme un simple disciple, quoique le doigt de Dieu eût gravé dans
son coeur toute la loi évangélique. Elle prêtait la plus grande attention à la
divine parole, et l’écoutait à genoux pour lui rendre lç respect qui lui était
dû, ainsi qu’à la personne qui prêchait. En outre, voyant que le Seigneur en
prêchant priait intérieurement le Père éternel, afin que la semence de la
divine parole portât des fruits, elle faisait aussi la même prière. Elle
connaissait l’intérieur, de ceux qui assistaient à la prédication de Jésus,
l’état de grâce ou de péché dans lequel ils se trouvaient et selon la diversité
de ces états, elle éprouvait en elle-même des sentiments
113
différents. A la
vue des âmes qui ne recevaient pas la divine parole elle éprouvait une profonde
affliction, et déplorait leur malheur avec des larmes de sang. Au contraire à
la vue des âmes qui correspondaient à la grâce, elle bénissait mille fois le
Seigneur. Les conversions qu’elle opéra par ses ferventes prières, par ses
instructions, et par ses saintes conversations sont innombrables. Elle parlait
tantôt aux hommes, tantôt aux femmes, mais jamais en public, ni dans le lieu
destiné aux ministres de la parole de Dieu. Elle parlait et mangeait, et avait
des rapports avec les disciples, et les saintes femmes qui suivaient Jésus,
mais toujours avec poids et mesure. Notre-Seigneur agissait de même, afin que
personne ne fût offensé, et ne pensât pas qu’il n’était pas homme véritable et
fils naturel de la très-pure Marie.
L’humilité de Marie fut extrêmement admirable en plusieurs occasions. Le
Seigneur opérait presque tous les miracles par son entremise et à son
intercession, et elle était connue pour la mère de ce maître si célèbre dans la
Palestine par ses miracles, il devait dès lors en résulter une grande gloire
pour elle, mais elle s’humiliait au-dessous de la poussière, et s’abaissait
au-delà de ce que pourraient tous les hommes, elle s’efforçait même d’empêcher l’honneur
qui pouvait lui en revenir, lorsqu’elle était présente aux grands miracles
qu’opérait le Seigneur. Les évangélistes en rapportent deux occasions; la
première fut lorsque le rédempteur délivra du démon le muet; car en ce moment
une pieuse femme, cria en l’honneur de la très-sainte Vierge : beatus
venter qui te portavit. En entendant ces paroles, l’humble reine pria
intérieurement le Seigneur de détourner d’elle cette louange, ce que
Notre-Seigneur fit aussitôt par ces paroles: bienheureux sont ceux qui
écoutent la parole de Dieu et la gardent. L’autre occasion fut celle que
raconte saint Luc au
114
chapitre
huitième. En voyant la gloire qui devait lui revenir, à cause du concours du
peuple accouru pour entendre son divin fils, jusqu’à ne pouvoir elle-même
l’approcher, elle pria aussi intérieurement de détourner d’elle cette gloire.
Le Seigneur l’exauça et lorsqu’une voix cria, voici voire mère et vos
parents, notre Seigneur répondit ; ma mère et mes frères sont ceux
qui écoutent ma parole et l’observent.
Le démon
étonné des nombreuses conversions qui étaient opérées par le Sauveur, eut de
grands soupçons s’il n’était pas le Messie, ruais comme Jean-Baptiste en
opérait d’aussi nombreuses de son côté, il ne savait distinguer qui des deux
l’était. Il employa alors divers moyens pour le savoir, l’un fut de pousser les
Pharisiens à envoyer cette ambassade rapportée par l’évangéliste. Mais la
réponse du précurseur qu’il était la voix, le jeta dans une perplexité et une
incertitude plus grande, car il doutait si cette parole, je suis la voix, ne
cachait pas quelque mystère, et ne voulait pas signifier qu’il était la voix du
Père, c’est-à-dire le verbe éternel. Quoiqu’il en fut, il se mit à chercher le
moyen de le faire mourir et il se servit à cet effet d’Hérode et d’Hérodiade.
La très-sainte Vierge vit toutes ses choses, et apprenant que Jean- Baptise
était en prison, elle envoya ses anges le fortifier et lui apporter quelquefois
la nourriture nécessaire; sachant ensuite qu’il devait être décollé, elle pria
Jésus de l’assister en personne, afin de rendre sa mort plus précieuse à ses
yeux. Le Seigneur le lui promit et le fit. Il commanda à la divine mère de le
suivre, et aussitôt ils se trouvèrent par la vertu divine dans la prison, où le
précurseur était renfermé chargé de chaînes et couvert de plaies, car
l’adultère Hérodiade avait ordonné à six serviteurs de le flageller l’un après
l’autre, sans miséricorde, dans le dessein de lui enlever la vie,
115
avant même que le
festin et le bal eussent lieu. A l’arrivée du Seigneur et de sa sainte mère la
prison fut remplie de splendeur, les chaînes de Jean-Baptiste tombèrent à terre
et ses plaies furent guéries. Le saint se prosterna à terre et leur demanda la bénédiction.
Après quelques saints entretiens, il entra dans la prison un bourreau envoyé
par Hérode, qui lui trancha la tête en présence de Jésus et de Marie, qui le
fortifiaient. Lorsque la tête fut coupée, il s’éleva une dispute entre les
bourreaux, pour savoir celui qui devait la porter à Hérode. En ce moment la
reine du ciel la prit dans ses mains, et l’offrit au Père éternel. Le Sauveur
envoya son âme accompagnée de légions d’anges aux limbes, où son arrivée causa
une nouvelle joie aux saints pères, à cause de l’espérance prochaine de leur
rédemption. Le saint précurseur reçut toutes ses faveurs par le moyen de la
très-sainte Vierge Marie.
Il ne fut pas seul à recevoir des grâces de la miséricordieuse mère, car
tous les saints apôtres lui durent les faveurs les plus importantes. Saint Jean
reçut par elle la grande science qu’il eut, et son beau titre de disciple
bien-aimé du Seigneur. L’apôtre saint Pierre lui dut sa conversion, après les
trois reniements de son maître, et saint Jacques son glorieux martyre. Ainsi
tous les autres, et surtout la Magdeleine qu’elle instruisit , non-seulement
dans les mystères de la rédemption, mais à qui elle enseigna comment elle
devait régler sa vie, dans sa retraite de Marseille. Plusieurs fois elle la
consola dans ce désert, tantôt par des ambassades d’anges en son nom, tantôt
par sa présence, en allant la visiter souvent elle-même. Seul l’apôtre Judas ne
sut pas mettre à profit l’inappréciable affection de la grande reine~ Judas
vint à la suite de Jésus excité extérieurement par sa doctrine et
intérieurement par un esprit bon, et il le pria de le recevoir
116
au nombre de ses
disciples. Le Seigneur qui ne rejette personne le reçut, et lui accorda
plusieurs faveurs, il se fit même remarquer parmi les autres disciples, et il
fut choisi pour un des douze apôtres. La sainte Vierge l’aima aussi, quoique
par sa science infuse elle connût déjà la trahison qu’il commettrait. Elle
connaissait que le naturel de Judas ne se laisserait pas vaincre par la
rigueur, mais qu’il s’endurcirait au contraire toujours davantage, c’est
pourquoi elle le traita avec une grande bienveillance et douceur. La bonté de
la reine du ciel fut si grande, que les disciples ayant plusieurs fois discuté
quel était le plus favorisé de la sainte Vierge, Judas ne soupçonna jamais
qu’il put être exclu de cette prérogative. Judas était peu~ favorisé par son
naturel, et les apôtres n’étant pas encore confirmés en grâce, avaient leurs
défauts, l’imprudent se permit de censurer ceux de ses frères, les jugeant plus
grands qu’ils n’étaient et ne fit pas attentions aux siens. Ce défaut s’accrut
au point qu’il en vint à la médisance, et il critiqua surtout saint Jean, comme
plus aimé de Jésus et de Marie. Par ces fautes il ouvrit la porte à de plus
grandes encore. Sa charité envers le prochain et envers Dieu commença à se
refroidir, de sorte qu’il en vint à regarder les apôtres avec quelque envie, et
à trouver à redire à leurs actions mêmes les plus saintes. La Vierge mère
voyait le dérèglement de ce malheureux disciple et s’efforçait d’y apporter
remède avant qu’il augmentât, elle lui parla plusieurs fois, l’avertissant.
avec une grande douceur et avec les raisons les plus fortes, mais au lieu de se
corriger il se laissa tenter par le démon et en vint à s’irriter contre la
douce colombe, cachant ses fautes avec une grande hypocrisie. De cette aversion
pour la sainte Vierge, il passa au mépris pour son divin maître, il condamna sa
doctrine et trouva trop dure la vie apostolique. Malgré la conduite in-
117
digne de Judas,
ni Jésus, ni la Vierge Marie ne lui montrèrent jamais un visage irrité et
différent de celui qu’ils lui avaient témoigné au commencement de sa vocation.
Ce fut la raison pourquoi le mauvais état de Judas fut si caché aux apôtres,
quoiqu’ils en eussent quelque Soupçon en le voyant se conduire si mal à
l’extérieur. Pour ce même motif, lorsque Jésus dit à la cène légale, l’un de
vous me trahira, ils furent tous incertains sur qui tombait cette sentence,
sans qu’ils soupçonnassent Judas, qu’ils avaient toujours vu traité avec tant
de bonté par le Rédempteur. Une autre occasion le poussa à la trahison. Le
nombre des disciples s’étant accru, le Seigneur voulut que l’un d’eux eut la
charge de recevoir et de garder les aumônes pour les distribuer ensuite, et payer
le tribut aux princes. Le Seigneur fit part de ce dessein à tous ses apôtres,
sans en désigner aucun. Le désir d’avoir cet emploi vint aussitôt à Judas, et
il pria saint Jean, afin qu’il le lui obtint par le moyen de la sainte Vierge;
mais celle-ci, connaissant que c’était un effet d’ambition, ne voulut pas en
faire la demande à son divin fils. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, Judas alla
trouver saint Pierre pour le prier ainsi que les autres apôtres de l’aider à
obtenir cet emploi, mais ce moyen encore n’eut pas de succès. Alors Judas
toujours plus opiniâtre dans son désir, eut le courage de prier lui-même’ la
sainte Vierge, et se montra disposé à la servir elle-même et son fils dans cet
emploi qu’il exercerait, disait-il, avec plus de soin que les autres. Elle lui
répondit de bien considérer ce qu’il demandait et qu’il valait mieux se confier
à la volonté de Dieu, qui savait ce qui lui était convenable. Le malheureux
disciple s’irrita intérieurement à cette réponse, la sainte Vierge s’en
aperçut, mais elle le cacha avec prudence. Il avait de la honte à faire
lui-même cette demande à son maître, mais son ambition l’emporta,
118
et sous le
spécieux prétexte de faire le bien à son service et de veiller au bonheur du
petit troupeau, il le pria de lui donner le soin de recevoir et de distribuer
les aumônes. Le
Seigneur lui
répondit: Sais-tu ô Judas, ce que tu demandes? Ne sois pas si cruel envers
toi-même pour chercher ton malheur et te procurer les armes qui peuvent causer
ta mort. Judas répartit: Je désire de vous servir et d’employer toutes mes
forces pour le bien de votre société, et je vous servirai mieux dans cet office
que dans aucun autre. Le Seigneur, par cette obstination de Judas, justifia sa
conduite en permettant qu’il entrât dans cette charge dangereuse et s’y perdit.
Après avoir obtenu cet emploi si désiré, sa joie dura peu, en voyant que contre
son attente fondée sur les miracles du Seigneur, il ne recevait pas d’aumônes
aussi abondantes qu’il l’avait pensé. Il s’attristait aussi lorsqu’il voyait la
grande reine libérale envers les pauvres, et s’irritait contre le Seigneur,
lorsqu’il n’acceptait pas les grandes aumônes qui lui étaient souvent offertes,
et la chose en vint à ce point plusieurs mois avant la mort du Sauveur, qu’il
s’éloignait souvent des autres apôtres et quittait même son divin maître, dont
il ne pouvait plus supporter la compagnie.
Il y avait déjà deux ans et demi que notre Seigneur prêchait, et le temps
de revenir vers son Père éternel approchait. Pour prévenir ses disciples contre
le scandale qu’ils recevraient de sa mort, il voulut se montrer à eux
transfiguré. Il choisit à cet effet le Thabor, montagne de la Galilée, éloignée
de quelques milles de Nazareth, vers l’orient, et ayant pris Pierre, Jacques et
Jean il se transfigura devant eux, avec les circonstances que raconte
l’évangéliste. Dans le temps que les anges allèrent chercher l’âme de Moyse et
d’Elie, la sainte Vierge fut de son côté portée par les anges, et non-seulement
elle vit la sainte humanité transfigurée plus
119
clairement et
plus longtemps que les apôtres, mais encore elle vit intuitivement la divinité.
L’impression que cette vision glorieuse fit dans son âme fut si profonde
qu’elle ne s’effaça jamais tout le temps qu’elle vécut; Jésus à cette occasion
demanda au Père éternel que tous ceux qui auraient mortifié leurs corps et
auraient souffert pour son amour, participassent aussi à la gloire de son corps
et que leurs âmes résuscitassent dans la joie de cette gloire, au jour du
jugement général.
Après la transfiguration, le Seigneur vint à Nazareth, où s’était retirée
la Vierge mère, pour dire le dernier adieu à sa patrie, et aller de là à
Jérusalem, afin d’y souffrir sa passion. Il alla à Nazareth avec ses disciples,
et quelques jours après il partit, accompagné de sa mère bien-aimée, des
apôtres, des disciples et de quelques femmes dévotes, et traversa la Galilée
pour aller à Jérusalem. En ce temps-là, il opéra en passant à Béthanie la
résurrection de Lazare. Ce miracle opéré dans le voisinage de Jérusalem, irrita
contre lui les princes des prêtres et les pharisiens, qui pleins de jalousie
assemblèrent un conseil, où ils résolurent de faire mourir l’innocent Jésus, et
ils ordonnèrent que si quelqu’un en avait des nouvelles, il les leur fit
connaître. Le Seigneur, revint de nouveau; après six jours à Béthanie, et il
fut reçu avec sa mère et ses disciples; des deux soeurs de Lazare. Alors
Magdeleine répandit deux fois dans sa maison et dans celle du pharisien le
parfum mystérieux sur la tête et les pieds du Seigneur. Judas en murmura et dès
ce moment il résolut de procurer la mort du Seigneur et il le dénonça auprès
des prêtres et des pharisiens. Il alla à cet effet les trouver secrètement et
leur dit que son maître enseignait des doctrines contraires à la loi de Moyse,
au gouvernement et à l’empereur romain, qu’il aimait la bonne chère, et
fréquentait les
120
gens de mauvaise
vie, et qu’il conduisait avec lui des hommes et des femmes. Toutes ces
démarches du traître et méchant apôtre furent connues de Jésus, qui comme Dieu
voyait tout, et de la Vierge mère, mais elle ne lui en fit jamais aucune
remontrance, et jamais ils ne donnèrent aucun signe de haine, comme modèles de
la plus parfaite bonté. La grande reine s’efforça par des paroles pleines de
douceur et d’amour d’arrêter sur les bords de l’abîme l’ingrat et perfide
disciple, et pour satisfaire un peu son avarice, elle lui donna plusieurs
choses qu’elle avait reçues de Magdeleine et qu’elle avait acceptées pour les
donner à Judas. Mais rien ne fut capable de toucher ce coeur perfide et
endurci, et ne pouvant manifester au-dehors la rage de son coeur, il en devint
encore plus irrité contre l’innocente reine, néanmoins il accepta avec avidité
ce qu’elle lui avait offert.
Après que Magdeleine eut répandu le parfum, le Seigneur se retira dans
l’oratoire des saintes soeurs, et la sainte Vierge ayant laissé Judas dans son
obstination, vint le trouver pour se livrer aussi selon sa coutume, à la prière
et aux saints exercices qu’il pratiquait. Là, il s’offrit de nouveau au Père
éternel et Marie l’imita aussi dans cette offrande héroïque; et cette oblation
fut si agréable au Père éternel qu’il descendît en forme visible pour
l’accepter. Alors , la sainte Vierge vit la très-sainte humanité de son fils
élevée à la droite du Père; et entendit ce verset des psaumes : Dixit
dominus domino meo , sede a dextris meis. La sainte Vierge fut toute
environnée d’une splendeur admirable. Enflammés d’une ardente charité pour le
genre humain, Jésus et Marie passèrent toute la nuit en de saints entretiens.
121
Le jour qui correspond à celui du dimanche des rameaux étant arrivé, le
Seigneur alla à Jérusalem accompagné d’une multitude d’anges qui louaient par
de saints cantiques son ardente charité pour les hommes. Lorsqu’il fut près de
la ville sainte, il envoya deux de ses disciples à la maison d’un homme riche,
qui habitait auprès de Bethphagé, et avec son consentement ils amenèrent à
Jésus une ânesse et l’Anon, sur lesquels les disciples mirent leurs vêtements
et le rédempteur y monta. En outre de tout ce que rapportent les évangélistes
de ce grand fait, il arriva encore plusieurs autres choses. L’archange saint
Michel fut envoyé aux Limbes pour faire connaître aux pères ce glorieux
triomphe. Tous ceux qui dans la Judée et dans l’Égypte avaient connu le
Sauveur, ressentirent une grande joie spirituelle intérieure et adorèrent en
esprit le Seigneur. Dieu ordonna dans ce jour si glorieux que personne ne
mourût dans tout l’univers. Tous les démons furent forcés de rester dans le
plus profond des abîmes. Arrivé à .Jérusalem, le Seigneur descendit de l’ânon
et s’avança à pied du côté du temple, où il renversa par terre les tables de
ceux qui vendaient et achetaient, et les chassa du temple. Ensuite il se mit à
enseigner et à prêcher sans prendre aucune nourriture, car, parmi tant de
peuple et de personnes même de considération qui l’avaient acclamé en criant: hosanna
in excelsis! personne ne l’invita à manger dans sa maison, c’est pourquoi
il se retira le soir à Béthanie. La Vierge mère y était restée tout le jour,
renfermée dans sa
122
chambre, d’où
elle vit en esprit tout ce qui arriva à son fils dans la ville et dans le
temple, elle vit les acclamations que les anges faisaient dans le ciel et sur
la terre, et tout ce qui arriva aux démons. Ce triomphe fit soupçonner à
Lucifer que Jésus était le vrai Messie, c’est pourquoi il résolut de ne pas lui
faire donner la mort, mais de l’empêcher au contraire de toutes ses forces, car
il craignait que par Cette mort il ne détruisit son empire. Il alla donc pour
dissuader Judas du dessein de vendre le Seigneur, et de traiter avec les
princes des prêtres et les pharisiens; il lui apparut même d’une manière
visible, et lui offrit l’argent qu’il voudrait, s’il voulait changer son désir
et son dessein. Mais l’ingrat ne mérita pas d’être aidé de la grâce pour ce
changement. Lucifer voyant ce moyen inutile, essaya de persuader au conseil de
ne pas le faire mourir un jour de fête, de crainte qu’il ne s’élevât quelque
tumulte parmi le peuple. Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il essaya auprès de
la femme de Pilate, afin qu’elle engageât son mari à ne pas le condamner à
mort, et il insinua aussi à Pilate diverses suggestions.
Jésus revenu à
Béthanie, y resta jusqu’au jeudi pour instruire ses disciples et s’entretenir
avec sa très-sainte mère, néanmoins, le lundi et le mardi il alla au temple de
Jérusalem. Il régla dans ses entretiens avec la Vierge mère, tout ce qu’elle
devait faire dans tout le cours de sa passion et de sa mort. Dans ses discours
et ses entretiens, il ne lui parla pas avec la tendresse d’un fils, mais comme
un roi, avec gravité et majesté. Le jeudi, à l’aurore il appela sa mère, qui se
prosternant aussitôt à ses pieds: parlez Seigneur, dit-elle, votre servante est
à vos pieds. Le Seigneur la releva, et lui annonça que l’heure de sa cruelle
passion était venue; non seulement il lui demanda la permission de mourir pour
le salut éternel des hommes, mais encore il l’exhorta à co-
123
opérer elle-même
à la rédemption. Qui pourrait jamais exprimer l’ineffable douleur qui pénétra
le coeur très-pur de la Vierge mère, lorsqu’elle se sépara de son tendre et
bien-aimé Jésus. Mais elle se résigna avec la plus parfaite soumission à sa
volonté, lui demanda la grâce d’aller avec lui, et de pouvoir participer avec
magnanimité aux souffrances si terribles et si cruelles de la croix. Elle le
pria de lui donner avant de mourir son corps divin dans le saint sacrement
qu’il devait instituer, comme il le lui avait révélé. Le Seigneur y
condescendit avec amour, et il ordonna à ses anges de l’assister dès ce moment
en forme visible, et il lui recommanda de le suivre constamment avec les trois
autres saintes femmes. Il lui donna enfin la divine bénédiction, en proie tous
les deux à une ineffable et profonde douleur. Jésus ayant pris congé de sa
tendre mère sortit de Béthanie un peu avant midi, accompagné de ses anges. La
sainte Vierge vint peu après accompagnée des saintes femmes. Le Seigneur
instruisait ses disciples en marchant, et la divine mère faisait la même chose
pour les saintes femmes. Judas n’était pas présent lorsque le Seigneur dit : Scitis,
quia post biduum pascha fiet, et filius hominis tradetur ut crucifigatur.
Il allait demander avec perfidie, tantôt aux Apôtres, tantôt à la divine mère
et tantôt même au divin maître, en quel lieu ils devaient célébrer la Pâque. Le
Seigneur quoiqu’il connût sa disposition perverse et déréglée, ne lui répondit
que ces paroles: O Judas qui pourra comprendre les secrets du Très-Haut. Les
Apôtres proposèrent quelques doutes au divin maître qui y répondit avec une
grande prudence et une grande sagesse, ensuite il envoya saint Pierre et saint
Jean préparer le lieu pour la cène légale. Il y avait un palais près de
Jérusalem, que possédait un homme riche, très-dévoué au Sauveur, qui avait cru
à sa doctrine et à ses miracles, il avait été
124
touché d’une
grâce particulière pour offrir volontairement son habitation avec tout ce qui
était nécessaire à la cène, un grand cénacle, orné avec la décence qui était
convenable pour les grands mystères qui devaient y être célébrés.
Le Sauveur étant entré dans le cénacle avec ses disciples, la sainte Vierge
y vint aussi avec quelques femmes pieuses. Le Seigneur lui dit de se retirer
dans une autre partie de la maison, et d’instruire les femmes qui
l’accompagnaient de tout ce qui était nécessaire, lorsqu’il célébrerait la
cène, dont il n’exclut pas Judas. La sainte Vierge se retira donc dans une
chambre avec les saintes femmes, et prosternée à terre elle fut élevée à une
très-haute contemplation, où elle vit tout ce que son divin fils opérait et
disait, et elle donna les instructions et les avis nécessaires aux saintes
femmes, Après la cène légale, Jésus avec une profonde humilité et mm visage
serein, lava les pieds à ses apôtres. il quitta le manteau qu’il portait sur sa
robe sans couture, prit un linge, s’en ceignit d’un bout laissant l’autre
extrémité libre, et il lava les pieds aux apôtres et même à Judas, et
non-seulement il lava ses pieds avec une grande joie et bonté, mais il les
essuya, les baisa et les pressa sur sa poitrine, en lui en- voyant dans son
coeur des inspirations intérieures. Mais tout fut inutile, car en outre que le
démon essayait d’empêcher
125
l’action de la
grâce dans Judas, il était encore tourmenté du scrupule de manquer de parole
aux pharisiens, dans le pacte déjà fait avec eux, aussi dans ce moment il ne
voulut pas même jeter un regard sur le visage divin de Jésus. Lucifer essaya de
s’enfuir alors du coeur de Judas et du cénacle, car son orgueil ne pouvait
supporter cette grande humilité, mais le divin maître ne le permit point. La
demande que fit saint Jean à la sollicitation de saint Pierre pour connaître le
traître, eut lieu à la cène, et le Seigneur lui indiqua ,‘par le signe d’un
morceau de pain trempé dans le plat, le disciple infidèle. Plusieurs choses secrètes
furent communiquées à saint Jean par le divin maître, pendant qu’il était
penché sur sa poitrine sacrée, entre autre il lui recommanda sa sainte mère;
c’est pourquoi sur la croix il ne lui dit pas : elle sera votre mère, mais
seulement: voilà votre mère, manifestant alors publiquement ce qu’il avait déjà
fait en secret dans la cène.
Après le lavement des pieds, Jésus ordonna de préparer une table plus
haute, semblable à un autel, avec une nappe très-riche et très-belle, sur
laquelle on mit un petit plat et une grande coupe en forme de calice, capable
de contenir le vin nécessaire, suivant les desseins du Seigneur, qui avait
préparé et disposé toutes choses par sa sagesse infinie. Le maître de la maison
avait préparé tous ces vases si précieux et si riches par un mouvement
intérieur de la grâce. Notre-Seigneur s’assit à table avec ses apôtres, il
demanda du pain azyme, c’est-à-dire sans levain, et le mit dans le petit plat,
ensuite du vin pur qu’il mit dans le calice, avec une petite quantité d’eau. La
sainte Vierge considérait tout cela de sa retraite. Les anges conduisirent en
ce lieu Elie et Hénoch par l’ordre du Seigneur, afin que les deux pères de la
loi naturelle et de la loi écrite fussent présents à l’établissement de la
126
loi évangélique. Le
Père éternel avec le Saint-Esprit apparurent aussi dans le cénacle, comme au
Jourdain et sur le Thabor, mais les apôtres ne les virent point, excepté saint
Jean et la sainte Vierge. Après une longue prière, Jésus- Christ prit dans ses
mains le pain , et il demanda intérieurement au Père éternel, qu’en vertu des
paroles qu’il allait proférer, ce divin sacrement restât ensuite
perpétuellement dans l’église. Il éleva les yeux au ciel avec une grande
majesté, c’est-à-dire vers les deux personnes divines, il prononça les
très-saintes paroles de la consécration sur le pain ensuite sur le vin, et par
leur vertu ils furent changés au corps, au sang, âme et divinité de notre divin
rédempteur. La grande reine adora de sa retraite son divin fils véritablement
présent sous les saintes espèces, les anges qui étaient là présents, et ceux
qui étaient restés dans le ciel l’adorèrent aussi. Le Seigneur éleva son
très-saint corps et le sang précieux, afin que tous ceux qui étaient présents à
ce premier sacrifice l’adorassent; ensuite il se communia lui-même comme
souverain prêtre, il le fit avec un si grand respect et une si grande
vénération, qu’il en éprouva comme une crainte dans la partie sensitive.
L’effet admirable de l’Eucharistie dans le corps du rédempteur fut de faire
rejaillir sur lui, pendant un peu de temps, la gloire de son âme comme sur le
Thabor. Cette merveille fut seulement connue de la grande Mère et en partie
d’Hénoch, d’Elie et de saint Jean. Après cette faveur faite à son corps, la
sainte humanité renonça à tout autre soulagement dans la partie inférieure de
l’âme, jusqu’à la mort. Après s’être communié lui-même le Seigneur remit une
petite parcelle du pain consacré à l’archange Gabriel, afin qu’il l’apportât à
sa mère et la communiât. Elle fut la première qui participa à la sainte
communion après son divin fils, elle le fit avec la foi vive, l’amour
127
ineffable, le
respect, l’humilité profonde et la vénération indicible, qu’elle avait
contemplé dans le Dieu fait homme et présent sous les saintes espèces. La
grande reine reçut alors la grâce toute spéciale de pouvoir conserver dans son
coeur les espèces sacramentelles qu’elle avait reçues cette nuit, jusqu’après
la résurrection, lorsque l’apôtre saint Pierre consacra, comme nous le dirons
dans la suite.
La divine mère reçut dans cette communion une parfaite connaissance de la
manière dont Jésus-Christ était présent dans le saint sacrement, et de tous les
miracles qui ont eu lieu à cette occasion. Elle connut l’ingratitude que les
hommes auraient pour ce grand et incomparable bienfait, c’est pourquoi elle se
chargea de compenser, autant qu’il était possible par des louanges, des
hommages, des prostrations et des adorations, tous les outrages que le Seigneur
devait souffrir dans l’eucharistie, de la part de ses ingrates créatures. Après
que la sainte mère eut reçu la communion, le Seigneur donna le pain consacré
aux disciples, leur ordonnant de le partager entre eux et de le prendre. Il
leur conféra en même temps par ses paroles la dignité sacerdotale, qu’ils
commencèrent dès ce moment à exercer, en se communiant eux-mêmes. Il ordonna
ensuite à saint Pierre de communier avec de saintes particules Hénoch et Élie
pour les fortifier de nouveau. Il arriva un autre prodige très-caché; le
traître Judas en communiant résolut de garder la particule du pain consacré,
pour la présenter aux princes des prêtres et aux pharisiens, afin d’accuser son
divin maître. La sainte Vierge connut l’intention du traître perfide, et elle
ordonna aux saints anges d’ôter les saintes espèces de la bouche sacrilège de
l’indigne disciple, après qu’il aurait communié. Les anges exécutèrent le divin
commandement, et les ayant purifiées avec soin, ils les remirent d’une manière
invisible sur la sainte table, parce que
128
Judas ne fut ni
des premiers ni des derniers à recevoir la sainte communion. Il fut le premier
hérétique dans l’église, qui nia le saint sacrement de l’eucharistie.
A l’entrée de la nuit qui suivit le jeudi de la cène, le doux Jésus résolut
de commencer sa douleureuse passion. Il sortit donc de la salle où il avait
célébré de si grands mystères et parla longuement aux disciples. Il rencontra
aussi sa sainte mère, qui était sortie en même temps de sa retraite, il la
regarda d’un air joyeux, et lui dit ces seules paroles; ma mère, je serai avec
vous dans vos tribulations, accomplissons la volonté du Père éternel et le
salut du monde, ensuite il lui donna sa bénédiction et la quitta. Elle se
retira de nouveau dans la chambre de la maison du cénacle, parce que le maître
se trouvant présent à cette douloureuse séparation, lui avait offert, par
l’inspiration divine, la maison et tout ce qu’elle renfermait, pour tout le
temps qu’elle resterait à Jérusalem. La sainte Vierge se retira livrée à une
douleur que chaque chrétien peut s’imaginer, mais elle ne cessa point d’être
présente en esprit à tout ce qui se fit dans cette cruelle nuit, Elle vit
lorsque Judas alla vers les prêtres et les pharisiens, et l’apparition du démon
en forme visible, pour le
129
détourner de
vendre son divin maître. Elle vit Jésus se retirer au jardin de Gethsémani et
découvrit sa profonde tristesse; elle connut que toutes les angoisses qu’il eut
jusqu’à éprouver des sueurs de sang, provenaient de ce qu’il voyait que toutes
ses souffrances seraient non-seulement sans fruit pour les méchants, mais
seraient encore par leur malice la cause d’un plus grand châtiment; c’est
pourquoi il priait son Père d’éloigner de lui cette amertume sous le nom de
calice. Elle connut encore qu’après la prière de Jésus-Christ, le Père éternel
envoya l’archange saint Michel pour lui dire de se consoler dans ses peines, car
parmi ceux qu’il sauverait par son sang divin, serait Marie sa mère, digne
fruit de sa rédemption. Elle vit que trouvant ses disciples endormis, avant de
les éveiller, il s’arrêta un peu à les regarder avec compassion et pleura sur
leur négligence et leur tiédeur. Non-seulement elle vit ceci et tout ce qui
arriva au jardin en détail, mais elle considéra autant qu’il fut possible,
chaque action ‘que faisait son divin fils dans sa passion. Elle se retira avec
les saintes femmes, lorsque Jésus se retira avec ses trois disciples, elle pria
aussi comme Jésus avait prié le Père éternel d’éloigner et de suspendre toute
consolation qui pourrait l’empêcher de souffrir avec son fils; et elle de-
manda que son corps put partager toutes les souffrances qu’il endurerait
lui-même. Elle éprouva aussi une profonde tristesse, elle fit la même prière
que Jésus fit pour les pécheurs, elle entra en agonie et eut aussi une sueur de
sang, l’archange Gabriel fut également envoyé pour la fortifier, comme saint
Miche! l’avait été pour Jésus. Lorsqu’elle se retira pour prier, elle prit avec
elle les trois Maries, laissant les autres femmes et elle alla aussi les
visiter au moment où Jésus visita les apôtres, et les exhorta à être vigilantes
contre le démon. Lorsque Jésus dit à ses apôtres : tristis
129
et anima mea
usque ad mortem , elle
dit aussi aux trois Maries; mon âme est triste, parce que mon fils bien-aimé et
mon Seigneur doit souffrir et mourir et que je ne dois pas mourir avec lui.
Priez, mes amies, afin de ne pas entrer en tentation. Au milieu de ces
tourments, la sainte Vierge non-seulement eut toujours un coeur magnanime, mais
encore elle songea au moyen de pouvoir soulager son divin fils, et elle envoya
un de ses anges pour essuyer avec des linges qu’elle lui donna le visage de son
Dieu agonisant. Lorsque les soldats partirent avec Judas pour arrèter Jésus, la
très-sage reine, prévoyant les outrages, les injures et les mauvais
traitements, que ces méchants lui feraient souffrir, invita aussitôt les,
saints anges afin de compenser avec elle par leurs louanges et leurs adorations
tous les affronts qu’ils lui faisaient. Ainsi pour les offenses outrageantes
qu’il recevait de ces méchants et pour le baiser que Judas lui donna comme
signal pour le trahir, elle offrait à proportion des actes de vénération et de
louanges à sa divine majesté et retenait ainsi l’indignation de Dieu, afin
qu’il n’engloutît pas ces misérables. Elle pria surtout pour Judas, et à sa
considération Dieu envoya à son coeur de fortes et nombreuses inspirations et
de grandes grâces afin qu’il rentrât en lui-même. Lorsqu’elle vit que par la
vertu de ces puissantes paroles dites à cette troupe maudite : Ego sum,
ils étaient tous tombés à terre avec les chevaux, et que les démons étaient
abattus et restaient renversés pendant un demi quart d’heure, elle chanta des
cantiques de louanges et de victoire au Très-Haut. Il est vrai que par pitié
pour ces malheureux, elle pria le Seigneur de leur laisser la vie et de les
faire lever. Le Seigneur leur accorda donc le pouvoir d’exercer contre lui
toute leur rage, il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous? Ils ré-
131
pondirent, Jésus
de Nazareth, il leur dit: C’est moi; et ils se jetèrent sur lui comme des
chiens enragés et des bêtes féroces. Lorsque Jésus fut lié, elle ressentit
aussi les douleurs des chaînes et des cordes comme si elle eût été liée en
effet. Elle éprouva la même chose pour les coups, les mauvais traitements, les
soufflets que souffrit le Sauveur, dans son arrestation, et lorsqu’on déchira
ses habits et qu’on lui arracha les cheveux. A la fuite des apôtres elle ne
s’indigna pas contre eux, mais elle les recommanda instamment au Seigneur, et
quoiqu’elle fut affligée de les voir .chancelants dans leur foi, néanmoins elle
pria pour eux, et elle offrit au Seigneur tous les devoirs et toute la
vénération de l’église entière résumée en elle. Tandis que Jésus accablé de
coups était au pouvoir de ses ennemis, la sainte Vierge était dans le Cénacle,
Judas croyant par la suggestion de Lucifer son pardon impossible, et tourmenté
par l’appréhension du déshonneur qu’il aurait dans le monde pour avoir trahi
son maître, fut tellement agité qu’il entra en fureur contre lui-même; il se
retira à l’écart et voulut se précipiter d’une des fenêtres les plus élevées du
palais du Pontife, mais il en fut empêché. Il sortit de cette maison poussant
des cris comme une bête féroce, se mordant les poings, s’arrachant les cheveux
et se donnant mille malédictions. Lucifer le voyant en cet état, lui persuada
de rendre l’argent aux prêtres, il voulait ainsi empêcher la mort de
Jésus-Christ qu’il soupçonnait toujours davantage d’être le Messie à la vue de
sa douceur au milieu des outrages. Mais n’ayant pu encore réussir dans son
dessein Lucifer augmenta le désespoir de Judas et lui persuada qu’il valait
mieux de délivrer en un instant de tant de peines et d’ignominie. Le malheureux
apostât y consentit, et sortant de la ville, homicide de lui-même, il se pendit
à un arbre. Cette mort affreuse arriva le jour même du vendredi quel-
132
ques heures avant
que Jésus n’expirât. Son corps, resta trois jours suspendu à l’arbre avec les
entrailles crevées et quoique les juifs cherchassent plusieurs fois à l’enlever
pour l’ensevelir, parce qu’il revenait de cette mort une grande gloire au
Sauveur, ils ne purent jamais le faire. Enfin, après trois jours les démons par
la permission de Dieu, enlevèrent le cadavre maudit de l’arbre et le
transportèrent en enfer où ils avaient conduit son âme.
La troupe des soldats envoyée pour arrêter le Seigneur, afin de l’amener
,en sûreté, car ils le prenaient pour un magicien à cause de ses miracles et
pensaient qu’il pourrait s’échapper de leurs mains, le lièrent étroitement aux
flancs, aux bras, et au cou de deux longues et grosses cordes et d’une pesante,
longue et forte chaîne qui avait servi de levier pour fermer et ouvrir une
porte de prison et aux extrémités de laquelle ils avaient attaché des me-
cottes de fer, dont ils lui attachèrent les mains derrière le dos. L’ayant lié
de cette cruelle manière ils partirent du mont des oliviers avec un grand
tumulte, les uns tirant les cordes par-devant et les autres par-derrière ils le
faisaient tomber à terre, ils exhalaient leur rage contre lui par des coups de
pied aux cotés, des coups de poing au visage et à la tête, ils lui déchirèrent
les habits, et lui arrachèrent la barbe, ils le tramèrent par les cheveux, et
lui enfoncèrent la pointe de leurs bâtons dans les côtés; ils lui donnèrent des
coups sur les épaules, et le traînèrent tantôt d’un côté tantôt de l’autre du
chemin. Le Seigneur tomba plusieurs fois le visage contre terre avec une grande
douleur, car ayant les mains liées derrière le dos il se meurtrissait le divin
visage et se couvrait de plaies, et ne pouvant plus se relever, les coups et
les mauvais traitements de toute sorte qu’il recevait étaient innombrables,
jusqu’à lui marcher dessus,
133
et comme un doux
agneau, il supportait ces affreuses cruautés avec une patience admirable.
Lucifer était en fureur à la vue de cette résignation et pour en triompher il
voulut lui-même prendre les cordes pour le traîner avec une plus grande
violence; mais la sainte Vierge, qui voyait tout ceci en esprit, et qui
ressentait dans son corps très-pur tous les mauvais traitements, arrêta Lucifer
dans son exécrable dessein, et lui enleva les forces afin qu’il ne pût
l’exécuter. Ils arrivèrent dans la ville en poussant des cris, des sifflements,
des hurlements, comme si on avait arrêté un chef de brigands. Les personnes se
mettaient à la fenêtre et à la porte avec des flambeaux, ils l’injuriaient et
l’insultaient l’appelant faux prophète, magicien, pervers, méchant et scélérat
: et cum iniquis reputatus est. Ils le conduisirent au tribunal d’Anne,
pontife, qui le reçut assis sur son siège, Lucifer se plaça à ses côtés,
environné d’une multitude innombrable de démons appliqués à irriter ce juge
contre Jésus-Christ, afin d’éprouver sa divine patience. Le Sauveur, reçut
alors ce cruel soufflet de la main gantée de fer d’un des serviteurs auquel il
avait guéri miraculeusement l’oreille au jardin de Gethsémani. Le Seigneur, lui
fit cette réponse célèbre en recevant le soufflet: si male locutus sum:
testimonium perhibe de malo, qui couvrit ce méchant de confusion, mais ne
l’amenda pas. Le coup fut si sanglant qu’il lui enfonça toutes les dents et lui
fit couler le sang de la bouche, du nez et des yeux; dans le même instant la
mère de Dieu ressentit dans son visage ce coup terrible qui lui fit verser des
larmes de sang.
En ce moment Jean et Pierre arrivèrent à la maison d’Anne. Après y être
entrés Pierre s’approcha du feu dans le vestibule, et la portière l’ayant vu
lui demanda s’il était disciple du Nazaréen. Elle fit cette demande avec
moquerie
134
et mépris, c’est
pourquoi Pierre en éprouva de la honte, et saisi de crainte et de lâcheté, il
nia qu’il le fut. Après ce reniement il sortit de la maison d’Anne, mais il
suivit ensuite le Seigneur dans la maison de Caïphe où il fut amené avec de
grandes railleries. Il fut reçu avec des rires, des insultes et de grandes
moqueries, pour lui il priait le Père éternel pour eux, et la divine mère
priait avec lui. Caïphe était assis sur son siége magnifique entouré des
scribes et des pharisiens assistés de Lucifer, qui désirait toujours mieux
s’assurer si Jésus était le Messie, il inspira donc à Caïphe de lui dire: Je
t’adjure au nom de Dieu vivant de nous dire ouvertement si in es le Christ fils
de Dieu. A la réponse pleine de douceur de Jésus-Christ, Lucifer fut si
tourmenté que ne pouvant le supporter, il se précipita au fond de l’abîme. Il
en sortit par la permission de Dieu, mais incertain si le Christ avait ainsi
parlé pour se délivrer des mains des ses ennemis. Revenu de nouveau dans la
salle, il excita les ministres à lui donner des soufflets, des coups de poing,
à lui arracher les cheveux, à lui cracher au visage et à le fouler aux pieds.
Les anges qui l’adoraient et le louaient étaient confondus des jugements
incompréhensibles de la divine sagesse, en voyant que sa divine Majesté
consentait à être présentée comme coupable et que le prêtre inique se montrait
comme juste et zélé pour l’honneur de Dieu, à qui il prétendait ôter
sacrilègement la vie; et l’innocent agneau gardait le silence sans ouvrir la
bouche. Dans cette maison, on banda les yeux au Seigneur pal-ce qu’il
apparaissait sur son visage une douceur et une splendeur qui causaient une
grande peine et confusion à ses ennemis. Ils attribuèrent tout cela à l’art
magique, et ils lui couvrirent le visage avec de sales haillons, et lui firent
de mauvais traitements et des insultes indicibles, la Vierge mère non-seulement
les vit,
135
mais les
ressentit tous, dans le même temps et dans les mêmes parties, que les souffrit
le rédempteur.
Il fut facile à saint Pierre, au milieu de la foule des personnes qui
entraient dans la maison de Caïphe, de s’introduire aussi à la faveur de
l’obscurité de la nuit. Nais une servante le vit dans la cour et se tournant
vers les soldats qui étaient auprès du feu: cet homme, dit-elle, est un de ceux
qui allaient dans la compagnie de Jésus de Nazareth; et un de ceux qui étaient
là, ajouta: en vérité, tu es réellement Galiléen et un de ceux qui suivaient
Jésus. Saint Pierre le nia et jura qu’il n’était pas disciple de Jésus et il
quitta le feu et la cour. Mais il ne pouvait pas s’éloigner de la vue de son
divin maître, retenu par la compassion pour ses souffrances, il tournoya donc
pendant une heure environ, un parent de Malechus le vit et le reconnut; tu es
Galiléen lui dit-il, et disciple de Jésus, je t’ai vu avec lui dans le jardin, et
de nouveau Pierre jura qu’il ne le connaissait pas, et alors le coq chanta pour
la seconde fois, et la prophétie de Jésus-Christ fut accomplie, qu’il le
renierait trois fois cette nuit avant que le coq chantât deux fois. Ayant
entendu le chant du coq, Pierre se souvint des paroles de Jésus, qui en ce
moment, le regarda avec sa grande miséricorde, il sortit aussitôt en versant
des larmes, et se retira dans une grotte appelée encore galligante: Chant du
coq, il y pleura amèrement pendant trois heures, il rentra en grâce et
obtint son par-. don par le moyen de la sainte Vierge. Elle avait vu sa faute
de sa retraite et aussitôt elle pria pour lui avec larmes et prosternée à
terre; elle lui envoya même un de ses anges pour le consoler, non pas d’une
manière visible pal-ce que son péché était trop récent, mais à l’intérieur,
sans que Pierre le vit.
136
Après minuit , ceux du conseil arrêtèrent que tandis qu’ils dormiraient,
Jésus-Christ resterait ainsi lié dans un lieu souterrain de la maison, qui
servait de prison pour les plus grands voleurs et scélérats. Cette prison était
si obscure que la lumière y pénétrait à peine, et si sale et puante qu’elle était
insupportable pour tous. Ils enfermèrent là le fils de Dieu, le traînant
attaché avec les chaînes et les cordes dont ils l’avaient lié au jardin des
olives. Il y avait dans un coin de la prison une pierre ou une pointe de
rocher, à laquelle ils attachèrent le Seigneur de telle sorte qu’il ne pouvait
ni se remuer ni s’asseoir, et l’ayant ainsi lié ils sortirent de ce lieu
fétide, en fermèrent la porte et y laissèrent l’un d’eux de garde au-dehors.
Les saintes anges entrèrent pour vénérer le Sauveur, et lui demandèrent de
vouloir bien leur permettre de le délier, mais le doux Jésus ne le permit pas,
pour souffrir davantage, et il les envoya consoler sa mère affligée. Après que
ces méchants et ces ivrognes eurent soupé, excités par le démon, ils allèrent
le détacher du rocher et le mirent au milieu de la prison, ils voulurent le
contraindre à parler et à faire quelque miracle, mais Jésus, la sagesse
incarnée ne répondant rien, ils l’accablèrent de coups et de soufflets, et leur
rage croissant ils lui bandèrent de nouveau les yeux, avec un dégoûtant
chiffon, et le frappèrent avec violence sur le cou et au visage, en lui disant,
devine qui t’a frappé. Lucifer irrité de sa patience inspira à ces cruels
ivrognes de le mettre entièrement nu et de lui faire de plus grands outrages.
Mais la très-pure Vierge qui voyait et contemplait tout empêcha cet odieux
outrage, elle pria
137
avec instance le
Seigneur de ne pas permettre cette ignominie et sa prière fut exaucée. lIs
l’attachèrent donc de nouveau au rocher et sortirent de la prison, les anges
entrèrent pour compatir à ses douleurs et l’adorer ; en ce temps là il priait
le Père éternel pour ceux qui l’avaient ainsi maltraité.
A l’aurore, les princes des prêtres et les scribes s’assemblèrent et le
divin agneau fut amené devant eux. C’était un spectacle digne de piété de voir
le divin Jésus défiguré, le visage meurtri et couvert de dégoûtants crachats,
qu’il n’avait pu enlever ayant les mains liées derrière le dos. En le voyant
dans cet état ses ennemis mêmes furent effrayés. Ils lui demandèrent de nouveau
à dessein s’il était fils de Dieu, et ayant entendu qu’il l’était, ils le
jugèrent digne de mort, et ils résolurent de l’envoyer à Pilate proconsul de
l’empereur romain à qui étaient réservées les causes capitales. Le soleil était
déjà levé, et la mère affligée résolut de sortir de sa retraite pour suivre son
fils si cruellement traité. Lorsqu’elle sortait de la maison avec les Marie et
Magdeleine, saint Jean arriva pour l’informer de tout ce qui était arrivé, ne
sachant pas qu’elle avait vu tout en esprit. Il demanda d’abord pardon de la
lâcheté qu’il avait eue de s’enfuir, et se mit à raconter tout ce qui était
arrivé jusqu’alors, l’humble reine n’interrompit point son récit, et écouta
tout avec une extrême souffrance. Après qu’il eut fini de parler, ils versèrent
tous des larmes, et ils se mirent en marche. La sainte Vierge entendit les
divers entretiens de la foule, dans les rues, sur son fils bien-aimé, elle ne
s’arrêta jamais, et ne s’indigna point contre ceux qui en parlaient mal, mais
elle pria pour eux. Un grand nombre de personnes la re- connurent à son manteau
noir et à son cordon pour la mère de Jésus, quelque uns étaient naturellement
touchés de compassion pour elle, et d’autres l’injuriaient à pause de la mauvaise
138
éducation donnée
à son fils. Mais voilà qu’ils aperçoivent un grand tumulte, et qu’ils entendent
un grand bruit, et tout-à-coup elle voit au milieu de cette canaille son divin
fils, elle se jeta à terre et l’adora profondément. Ils se jetèrent l’un à
l’autre un douloureux regard qui pénétra leurs coeurs d’une douleur
inexprimable, ils se parlèrent seulement dans l’intérieur de leur âme. On le
traînait vers Pilate, et la mère affligée versant des larmes le suivait avec
les saintes femmes en disant : mon fils, mon bien-aimé fils. Ils
arrivèrent enfin en présence de Pilate qui quoique païen eut égard aux lois
cerémonielles des juifs, qui leur défendaient d’entrer dans le prétoire, il
sortit donc pour interroger le prétendu coupable. La mère affligée était
toujours présente avec saint Jean et les saintes femmes, les anges les avaient
amenés dans un lieu d’où elles pouvaient voir tout et entendre ce qui se
disait. La sainte Vierge couverte de son manteau noir versait des larmes de
sang par la violence de sa douleur; elle ressentait en elle-même toutes les
souffrances que souffrait son divin fils. Elle pria le Père éternel afin que
Pilate connut clairement l’innocence de Jésus, il la connut en effet, mais il
ne correspondit pas à la grâce qu’il avait reçue par le moyen de la mère de
miséricorde. Il s’efforça néanmoins de ne pas condamner un innocent, en
l’envoyant à Hérode, fils de cet Hérode qui avait fait massacrer les saints
innocents qui était venu à la fête des azymes, lorsqu’il apprit que Jésus était
né dans son royaume. A cette occasion ils oublièrent même quelques différends,
et devinrent amis.
Il est impossible de dire les souffrances et les douleurs que souffrit
Jésus dans ce trajet de Pilate à Hérode, de la part de ces bourreaux excités
par Lucifer, qui voulait s’assurer toujours davantage par la grandeur de la
patience de Jésus,
139
s’il était le
Messie. Sa mère affligée, suivit derrière la masse de la populace, toute
occupée de son divin fils. La grande reine n’entra pas dans la maison d’Hérode,
mais elle vit tout ce qui s’y fit, et entendit toutes les demandes d’Hérode.
Lorsqu’il en sortit revêtu de l’habit des insensés, elle comprit toute la
grandeur de cette injure et l’adora profondément comme la sagesse infinie. Elle
le suivit avec la même constance, lorsqu’il fut ramené chez Pilate; plusieurs
fois à cause de la foule, et par la violence avec laquelle on le traînait,
embarrassé par sa longue tunique, Jésus tomba par terre; en tombant les veines
s’ouvrirent par la manière dont ils le traînaient cruellement, et aussi par les
coups et les mauvais traitements’ qu’il recevait, ne pouvant se relever, parce
qu’il avait les mains enchaînées et attachées derrière le dos. Alors la
prudente et tendre mère ordonna aux saints anges, non-seulement de recueillir
ces gouttes de sang très-précieux, qui tombaient à terre, afin qu’elles ne
fussent pas profanées et foulées aux pieds, mais elle leur commanda aussi de
soutenir leur Créateur, lorsqu’il serait exposé à tomber. . Mais elle ne voulut
pas donner cet ordre aux anges avant d’en avoir obtenu la permission du
Seigneur, qu’elle pria de condescendre en cela, aux humbles prières de sa mère
affligée.
Jésus fut ramené devant Pilate, qui voyant son innocence, et l’envie et la
haine des juifs, essaya de le délivrer. Il parla seul avec Jésus, il dit aussi
en secret à quelques-uns des chefs de la synagogue, qu’il y avait dans la
prison un scélérat infâme, condamné par le peuple, qu’ils devaient donc
demander qu’on délivrât le Nazaréen et non Barrabas, c’était le nom de
l’homicide et du meurtrier. Cette coutume de délivrer un criminel à la fête de
Pâques avait été introduite chez les Juifs, en souvenir de la délivrance
d’Egypte. La
140
mère affligée
était présente dans la maison de Pilate, à tout ce qu’il fit pour délivrer son
fils. Elle vit aussi l’ambassade de la femme de Pilate nommé Procule à son mari
et elle vit que c’était une suggestion de Lucifer. pour empêcher la rédemption.
La divine Marie était de toute part transpercée d’un glaive de douleur, mais
elle le fut plus cruellement lorsqu’elle entendit que Barrabas était préféré à
son divin fils.
Le moyen tenté par Pilate pour délivrer le Seigneur, n’ayant pas réussi, il
pensa à un moyen d’habilité toute humaine, ce fut de le faire flageller pour
apaiser ainsi la haine des juifs, et comme suffisamment châtié ensuite de le
délivrer. Mais il jugea contre toute justice, car il avait bien reconnu
l’innocence de Jésus. Pour exécuter cette flagellation, on choisit six jeunes
hommes robustes des plus inhumains et des plus barbares. ils l’amenèrent dans
une cour, où était une colonne, et lui enlevèrent les cordes, les chaînes et
les menottes, ils lui ôtèrent d’abord le manteau blanc, ensuite ils le
dépouillèrent de sa robe sans couture et son corps fut tout nu, excepté une
espèce de caleçon, qu’ils voulaient même lui ôter, mais la grande reine
l’empêcha, en priant le Père éternel de ne pas le permettre. La flagellation
commença sous les yeux de la mère affligée, ils le lièrent si étroitement à la
colonne avec des petites cordes, qu’elles lui entrèrent dans la chair et que
ses divines mains se gonflèrent. Ensuite ils se mirent à le flageller deux à
deux, les uns après les autres, avec une cruauté si inouïe que la férocité
humaine n’en était pas capable, si Lucifer lui-même ne se fut comme incorporé
dans le coeur de ses bourreaux impitoyables. Les deux premiers flagellèrent
l’innocent Jésus avec des cordes tordues, dures et grosses en y employant toute
la fureur de la rage et toutes leurs forces. Ces premiers coups de fouets
firent sur son corps divin si délicat de
141
grandes et
livides meurtrissures, il se fendit de toutes par en se gonflant, et le sang
était sur le point de couler à travers les blessures. Les deux premiers
bourreaux étant épuisés de fatigue, les deux seconds se mirent à leur place,
ils le frappèrent avec des courroies de cuir très-dures sur les premières
blessures et firent crever les meurtrissures livides et gonflées qu’avaient
fait les premiers, de sorte que le sang divin en sortit, et non-seulement il
couvrit le corps sacré d Jésus-Christ, mais encore il baigna les vêtements des
sacrilèges bourreaux et découla jusqu’à terre, ces seconds étant hors
d’haleine, les troisièmes les remplacèrent et se servirent de nouveaux
instruments qui étaient des nerfs d’animaux très-durs, semblables à des verges
sèches. Ils flagellèrent le Sauveur avec une cruauté plus grande encore, parce
qu’ils frappaient sur les blessures faites par les deux premiers et les
seconds; mais comme les veines de son corps divin avaient déjà été rompues et
qu’il n’était plus qu’une seule plaie, ces troisièmes bourreaux ne pouvaient
plus faire de nouvelles plaies dans aucune partie du corps, c’est pourquoi en
redoublant leurs, coups terribles ils arrachèrent la chaire divine et
immaculée, de sorte qu’il en tomba des morceaux à terre et les os furent mis à
découvert en diverse
parties des
épaules. Pour satisfaire encore mieux leur férocité inouïe ils le flagellèrent
au visage, aux jambes, aux pieds et aux mains, sans épargner une seule partie.
Le sang divin se répandit à flots sur la terre. Son divin visage et tout
meurtri, déchiré et si couvert de sang et d’horribles crachats qu’on ne pouvait
plus le reconnaître. De même la mère des douleurs, dans un coin de la cour, avec
la sainte suite qui l’accompagnait dans ses douleurs, ressentait dans son âme
et dans son corps virginal tous les coups mot tels qu’endurait son divin fils,
et elle fut si affligée que saint
142
Jean et les
Maries ne reconnaissaient plus les traits de son visage, parce que sa douleur
et ses souffrances étaient sans mesure, à cause de sa grande foi et la parfaite
connaissance qu’elle avait de l’incomparable dignité de son divin fils. Elle
seule sut apprécier, mieux que toutes les créatures, l’innocence de Jésus-Christ,
la dignité de sa divine personne, l’énormité des injures qu’il recevait et les
tourments indicibles qu’il supportait.
Cependant dans le désir de le voir mourir sur la croix, ils le délièrent et
il tomba par terre baigné dans son sang. Ils lui ordonnèrent de se vêtir, un de
ces méchants lui avait caché sa tunique sans couture, et le voyant ainsi nu et
couvert seulement de plaies et de sang, ils l’injurièrent et le couvrirent de
railleries. En ce temps, ils allèrent dire à Pilate que prétendant devenir roi
des juifs, il était juste de le couronner d’épines. Ayant obtenu cette injuste
permission de Pilate, ils lui mirent sur les épaules des haillons de pourpre et
un roseau à la main en guise de sceptre, et enfin ils enfoncèrent violemment
sur sa tête divine une couronne d’épines pour servir de diadème. Elle était
composée de joncs marins, très-épineux, avec des pointes fines et dures et ils
la lui placèrent de manière que les épines en grand nombre pénétrèrent les os
de la tête, d’autres arrivèrent jusqu’aux oreilles et d’autres encore jusqu’aux
yeux. Après cette douloureuse et cruelle ignominie, ils adorèrent comme un roi
de théâtre, celui qui par nature et à toute sorte de titres, était le véritable
roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Tous les soldats de la cohorte se
rassemblèrent aussitôt en présence des prêtres et des pharisiens et ayant mis
au milieu d’eux l’aimable Jésus, ils le chargèrent de blasphèmes avec des
railleries indicibles, les uns se mettaient à genoux devant lui et lui disaient
par moquerie Je vous salue roi des juifs.
143
D’autres lui
donnaient de sanglants soufflets, et d’autres lui frappaient la tête avec le
roseau, quelques uns couvraient son divin visage de dégoûtants crachats et tous
l’accablaient d’injures, et d’outrages de toutes sortes inspirés par le démon.
Pilate pensa que le coeur de ce peuple ingrat et furieux, serait attendri à
un spectacle si douloureux, c’est pourquoi il le fit montrer au public d’une
grande fenêtre, en disant Voilà l’homme; qu’avez-Vous sujet de craindre qu’il
se fasse roi, puisqu’il ne ressemble plus à un homme et qu’on ne trouve rien en
lui qui soit digne de mort, Mais le peuple en fureur, cria : Crucifiez-le!
Crucifiez-le! La mère des douleurs en voyant son fils réduit à un semblable
état, se mettant à genoux, l’adora, et le reconnut pour vrai Dieu et vrai
homme; saint Jean, les saintes femmes et tous les anges qui assistaient la
grande reine en firent autant. La grande reine pria le Père éternel de faire
connaître plus clairement à Pilate l’innocence de Jésus, c’est pourquoi Pilate
prit Jésus à part, et lui fit les interrogations rapportées par les
évangélistes, aussi il le montrait au peuple en répétant que Jésus était
innocent. Les juifs s’aperçurent du désir de Pilate de délivrer Jésus, ils
crièrent donc à Pilate, en faisant un grand bruit et en le menaçant, s’il ne
condamnait pas Jésus à mort, Pilate alors se troubla beaucoup et vaincu parla
crainte, il s’assit sur son tribunal vers l’heure de midi, la veille de la
Pâque des juifs, il se lava d’abord les mains, croyant aveuglement se purifier
ainsi de l’injustice qu’il commettait et il prononça enfin la sentence de mort
contre l’auteur de la vie. La mère affligée vit et entendit tout et la cruelle
amertume de son coeur accablé de tristesse et d’affliction se renouvela, et le
glaive tic douleur divisa, pénétra et transperça, sans aucune pitié son âme.
Mais comme la grandeur des douleurs que ressentit la très-sainte Vierge
144
surpassent tout
ce que l’intelligence humaine peut comprendre, il faut le laisser à la piété
chrétienne. De même il est impossible de rapporter tous les actes intérieurs
héroïques d’adoration, de louanges, de vénération, d’amour, de compassion, de
douleur et de conformité à la divine volonté qu’elle fit.
L’injuste sentence étant pr6noncée, ils amenèrent Jésus de Nazareth un peu
à l’écart, et le dépouillèrent des ignominieux haillons de pourpre pour le
revêtir de ses propres habits, avec la couronne d’épines, afin qu’on le
reconnût. La ville était remplie de monde, à cause du concours d’étrangers
venus à la grande fête de Pâques, ils accoururent donc tous pour voir ce qui se
passait et ils remplirent les rues jusqu’au palais de Pilate. Jésus apparut au
milieu de tout ce peuple, à la vue d’un si pitoyable spectacle, il s’éleva un
bruit comme un murmure confus, ou l’on ne distinguait que la joie insolente et
les injures des princes des prêtres et des pharisiens. Le reste de la multitude
était divisé en sentiments et en opinions diverses et tout était plein de
confusion suivant les pensées de chacun. Il y en avait dans la foule plusieurs
qui avaient été guéris par les miracles de Jésus, d’autres qui avaient entendu
sa doctrine et l’avaient embrassée, et ils le plaignaient amèrement, d’autres
gar-
145
daient le
silence, on ne voyait donc que confusion. Des onze apôtres, saint Jean
seulement était présent, lorsqu’il vit son bien-aimé Seigneur et son maître,
amené publiquement pour être crucifié, son coeur fut transpercé d’une si
cruelle douleur qu’il perdit connaissance et resta sans mouvement et sans pouls
comme s’il eût été privé de vie, et les autres Maries eurent aussi une
défaillance semblable à la mort. La reine des vertus fut invincible et conserva
toujours un coeur magnanime dans sa plus grande douleur, elle ne s’évanouit
jamais et n’eut aucune défaillance comme les autres. Elle fut en tout forte,
admirable et prudente dans toutes ses actions extérieures, elle agit avec tant
de sagesse que sans faire entendre aucune plainte ni pousser aucun cri elle
ranima les Maries et saint Jean et elle pria, le Seigneur de les fortifier, par
sa divine vertu, et par l’efficacité de ses saintes prières, ils reprirent de
nouvelles forces. Au milieu de cette confusion et dans son immense douleur,
elle ne fit jamais une action ni un mouvement où ne respirât la modestie, mais
avec la sérénité d’une reine elle répandait des larmes continuelles, et était
attentive au divin Jésus, elle priait le Père, éternel, lui offrait les
souffrances et la passion de son fils et elle imitait les actes intérieurs que
faisait le sauveur. Elle considérait la grande malice du péché, pénétrait les
mystères de la rédemption et invitait les anges à louer et à adorer le
Très-Haut, elle priait aussi pour les amis, pour les ennemis. Son amour
s’élevait à son plus haut degré et elle éprouvait une douleur qui correspondait
à son amour, c’est pourquoi elle pratiquait en mène temps toutes les vertus à
la grande admiration des esprits célestes et l’extrême complaisance de. la
très-sainte Trinité.
En présence d’une foule immense, les bourreaux présentèrent la croix à
Jésus et la mirent sur ses délicates
146
toutes couvertes
de plaies , et afin qu’il pût la porter ils lui délièrent les mains, mais non
le reste du corps. Ils lui mirent la chaîne autour du cou et lui lièrent le
corps avec de longues cordes, et avec une ils le tiraient par devant et avec
l’autre par derrière. La croix était d’un bois très-pesant et longue de quinze
pieds. Le héraut avec une trompette marcha au-devant pour lire la sentence, et
toute cette multitude de peuple confuse et bruyante, les bourreaux et les
soldats, se mirent en mouvement avec des railleries, des rires, des cris et un
grand bruit, dans un désordre effroyable, pour aller à travers les rues de
Jérusalem, du palais de Pilate au mont du Calvaire. Notre-Seigneur commença le
douloureux voyage au milieu de mille injures, plusieurs fois il tomba par terre
parce que les uns le tiraient par-devant et les autres par-derrière, et aussi à
cause de la charge pesante de la croix. Dans ses diverses chutes à terre le
rédempteur se fit de nouvelles et nombreuses plaies qui lui causèrent une
immense douleur, mais surtout celles des deux genoux. Le poids si lourd de la
croix lui fit encore une grande plaie à l’épaule sur laquelle elle s’appuyait,
et en le secouant et en le tirant avec violence il heurtait fréquemment la tête
contre la croix et chaque coup faisait pénétrer plus profondément les épines dans
le crâne, ce qui faisait éprouver une insupportable et nouvelle douleur au
rédempteur.
Toute la foi, la science et l’amour se trouvaient pour ainsi dire renfermés
en ce triste moment dans le grand coeur de la divine mère, c’est pourquoi elle
seule avait une véritable connaissance et faisait une appréciation juste et
digne des grandes souffrances et de la mort d’un Dieu fait homme pour les
hommes, Sans jamais cesser de prêter l’attention nécessaire à ce qu’il fallait
faire extérieurement, elle contemplait et pénétrait avec sa sagesse profonde
tous les mystères
147
de la rédemption
du monde et la manière dont elle s’accomplissait, par l’ignorance des hommes
qui étaient rachetés, Elle appréciait d’une manière digne, quel était celui qui
souffrait, ce qu’il souffrait, de qui et pour qui il souffrait, de sorte
qu’elle eut après son divin fils la science la plus sublime de la dignité, de
la personne de Jésus-Christ, en qui se trouvait réunies les deux natures divine
et humaine, ainsi que des perfections et des attributs de chacune d’elle. Elle
seule entre les pures créatures parvint à apprécier et à estimer la sainte
passion et l’ignominieuse mort de son Dieu fait homme; et non-seulement la
douce colombe vit comme témoin oculaire de tout ce qu’il souffrit, mais encore
elle le connut par sa propre expérience dans son coeur très-pur. Il arrivait
quelquefois que la mère des douleurs ne voyait pas souffrir son fils bien-aimé
dans quelque rue qui conduisait au Calvaire, mais elle ressentait dans son
corps virginal et dans son esprit tous les tourments de son fils, et elle
s’écriait: Ah! mon fils, quel martyre souffre mon fils. Elle fut si admirable
dans sa constance à souffrir avec son divin fils, qu’elle en fit son unique
modèle et jamais l’amoureuse mère ne se permit aucune sorte de soulagement
pendant toute la cruelle passion, non-seulement clans son corps car dans ce
temps elle ne reposa point, ne dormit ne mangea ni ne but, mais même dans son
esprit, suspendant toutes les considérations qui pouvaient adoucir ses douleurs,
excepté lorsque le Très-Haut lui communiquait une influence divine pour lui
conserver la vie.
Le Très-Haut
opéra un autre mystère secret contre Lucifer par le moyen de sa divine mère. Le
dragon infernal et ses ministres considéraient avec attention tout ce qui se
passait dans la passion, et ils ne pouvaient encore s’assurer de la vérité,
mais lorsque le Seigneur reçut la croix, ces en-
148
nemis insensés
sentirent min nouvel accablement dans leurs, forces, et ne comprenant la cause
de cette oppression, ils en furent étonnés, et ils furent saisis d’une
tristesse mêlée de rage. Lorsque le prince des ténèbres éprouva ces effets tout
nouveaux, il jugea que la passion et la mort de Jésus- Christ le menaçaient
d’une ruine irréparable et que son empire allait être détruit. Pour ne pas
attendre cet évènement en présence de Jésus-Christ, il résolut de s’enfuir avec
tous ses compagnons, et de se réfugier dans les cavernes infernales. Mais
tandis qu’il formait ce dessein, il fut retenu par le pouvoir de notre grande
reine, car le Très-Haut en ce moment l’éclaira de sa lumière et l’investit de
sa puissance, en lui faisant connaître ce qu’elle devait faire, Alors la divine
mère se tourna vers l’orgueilleux Lucifer et toutes ses légions, et les arrêta
avec un empire de reine afin qu’ils ne s’enfuissent pas; et leur ordonna
d’attendre la fin de toute la passion de son divin fils et d’être présents à ce
qui arriverait sur le mont de Calvaire. Les esprits rebelles ne purent résister
au commandement de la puissante reine, parce qu’ils reconnurent la vertu divine
qui opérait sur elle, c’est pourquoi dociles à ses ordres ils accompagnaient
Jésus. Christ comme vaincus et enchaînés jusqu’au Calvaire, où l’éternelle
sagesse avait résolu de triompher de l’enfer du trime de la croix.
Cependant les bourreaux traînaient notre Sauveur avec une cruauté et des
outrages incroyables, les uns le tiraient en avant par les cordes pour le faire
marcher plus vite, et les autres pour le faire souffrir le tiraient en arrière
afin d’augmenter ses peines. Ces violences si cruelles et le poids si pesant de
la croix le faisaient tomber à terre, et dans la chute qu’il faisait en tombant
sur les pierres il se faisait des larges plaies. Il recevait de continuelles
injures et de railleries, ils
149
jetaient sur sa
divine face des crachats et de la boue, d’une si horrible manière qu’ils lui
couvraient les yeux, et un grand nombre de personnes se voilaient la face de
leurs mains parce qu’elles en étaient saisies de confusion. La mère affligée
voyait tout cela et adorait continuellement son divin fils portant la divine
croix, elle priait intérieurement avec humilité que puisqu elle ne pouvait le
soulager du poids si pesant de la croix, et qu’il ne voulait pas permettre que
les anges le fissent, comme elle le désirait dans sa grande compassion envers
lui, il daignât au moins par sa puissance, inspirer à ces bourreaux de lui
chercher quelqu’un pour l’aider à la porter. Le divin fils exauça cette prière,
c’est pourquoi il advint que le voyant épuisé et craignant qu’il ne mourût
avant qu’ils le crucifiassent, ils forcèrent Simon de Cyrène à l’aider à porter
la croix.
Il y avait parmi la foule qui suivait le Seigneur, plusieurs femmes de
Jérusalem, qui s’affligeaient et pleuraient amèrement comme le raconte l’évangéliste.
Le Seigneur se tourna vers elles, et leur dit; filles de Jérusalem ne pleurez
pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants, et le reste comme il est
rapporté par saint Luc. Le Cyrénien prit la croix et suivit Jésus qui marchait
entre deux voleurs, afin que tout le monde crût qu’il était un malfaiteur et un
scélérat comme les autres. La mère affligée se trouvait très-rapprochée de son
divin fils, comme elle l’avait désiré, quelle fut la grandeur ,de la douleur et
la peine extrême de cette sainte mère, en voyant si près d’elle son fils
bien-aimé si cruellement maltraité, et qu’elle fut celle du fils, en voyant sa
mère dans les douleurs de la mort, il faut le laisser à ht pieuse considération
des fidèles. Le nouvel Isaac arriva au mont du sacrifice accablé de lassitude
et épuisé, couvert dû sang et de plaies, et si défiguré qu’il était impossible
de le
150
reconnaître. La
divine mère parvint aussi au Calvaire, et voyant que les bourreaux se
disposaient à le dépouiller, elle se mit à genoux et l’offrit au Père éternel
pour le salut du monde. Ensuite elle remarqua qu’on avait donné selon la
coutume aux deux larrons un vin généreux et aromatisé pour les fortifier, mais
qu’ils voulaient donner à son fils un breuvage de fiel, elle pria intérieurement
le divin Jésus de ne pas martyriser sa sainte bouche et de ne point le prendre,
le divin fils écouta cette amoureuse prière de sa mère, il goûta l’amère
boisson, mais il ne la but point. C’était déjà l’heure de la fête, c’est-à-dire
midi, toutes les douleurs du rédempteur lui furent renouvelées, ils lui
arrachèrent de vive force la robe sans couture qui était collée aux plaies; en
la tirant par la tête sans ôter la couronne d’épines, ils enlevèrent, par la
violence qu’ils y mirent cette couronne avec la tunique sans couture,
renouvelant ainsi les blessures de sa tête sacrée, avec une cruauté inouïe et
une douleur incompréhensible. ils lui remirent de nouveau cette couronne avec
violence, de sorte que la mère affligée vît son divin fils qui n’était plus
qu’une plaie, et si elle ne mourut pas d’affliction et de douleur, ce fut par
un miracle de la toute-puissance de Dieu.
Tandis que les bourreaux se préparaient à le crucifier, il pria le Père
éternel pour le genre humain et pour ceux qui le crucifiaient, et sa
miséricordieuse mère unit sa prière à la sienne. Lorsque les bourreaux firent
les trous à la croix pour les clous, l’amoureuse mère put alors s’approcher,
elle prit son bras languissant et baisa sa divine Main, elle l’adora avec une
grande vénération, et l’agonisant Jésus fut un peu consolé et fortifié de la
beauté de cette grande âme. ils le poussèrent violemment et le firent tomber
sur la croix, alors élevant les yeux au ciel, il étendit les bras et mit sa
main droite sur le trou, il s’offrit de nouveau au Père éternel, alors avec une
151
cruauté inouïe
ils clouèrent cette main toute-puissante avec un clou angulaire et très-gros,
qui brisa les veines et rompit les nerfs. Le bras gauche ne put atteindre au
trou, parce que les nerfs s’étaient retirés et parce qu’ils l’avaient fait à
dessein plus distant qu’il ne fallait, alors ils prirent la chaîne qu’il avait
portée à son cou, et mettant son poignet à la menotte qui était à l’un des
bouts, ils tirèrent le bras avec une cruauté inouïe et le clouèrent, le sang se
répandait en abondance avec une souffrance incroyable du fils et de la mère qui
était là présente. ils passèrent ensuite aux pieds, et les plaçant l’un sur
l’autre, ils les lièrent avec la même chaîne, et tirant avec une grande
violence et cruauté, ils les clouèrent ensemble avec un troisième clou un peu
plus fort que les autres. Le sacré corps fut ainsi cloué sur la divine croix,
mais dans un tel état qu’on pouvait lui compter les os, qui étaient entièrement
disloqués et qui étaient sortis de leur place. Ceux de la poitrine, des épaules
et des cuisses furent déboîtés et entièrement déjoints par la cruelle violence
des bourreaux. Considérons ici maintenant le coeur si accablé de la pauvre
mère, et son corps virginal environné de douleurs de touts parts. Ah! ma grande
reine sans consolation.
Après que le Seigneur qui n’était plus qu’une plaie eut été crucifié, afin
que les clous ne se détachassent point et que le corps divin ne tombât à terre,
ces monstres de cruauté jugèrent bon de les river par derrière. Ils
commencèrent donc par élever la croix pour la renverser sens dessus-dessous, et
appuyer ainsi contre la terre Jésus crucifié. Cette nouvelle cruauté fit frémir
tous les assistants, et il s’éleva un grand bruit dans la foule touchée de compassion.
La mère affligée recourut au Père éternel pour cette inconcevable cruauté, afin
qu’il ne permît qu’elle se fit selon l’intention des bourreaux, et elle
commanda aux anges de
152
venir au secours
de leur créateur. Dès qu’ils eurent fini, ils élevèrent la croix et la firent
tomber dans le trou creusé à cet effet, mais ces monstres soutinrent le corps
avec leurs lances et lui firent de profondes blessures sous les bras, en
enfonçant le fer dans la chair pour aider
à dresser la croix. A ce spectacle si cruel, le peuple redoubla ses cris et le
bruit et la confusion augmentèrent, de sorte que le coeur de la pauvre mère
était entièrement accablé de douleur. Les juifs le blasphémaient, les dévots le
pleuraient, les étrangers étaient confondus d’étonnement, et quelques uns
n’osaient pas le regarder par l’horreur qu’ils en éprouvaient,, et le corps
sacré répandait son sang en abondance par les blessures qui avaient été faites
et les plaies qui avaient été renouvelées.
Ils crucifièrent également les deux voleurs, et ils dressèrent leurs croix
l’une à droite l’autre à gauche, ils le placèrent au milieu, afin qu’il fut
considéré comme le chef et le plus grand des scélérats. Les pontifes et les
pharisiens branlaient la tête avec des gestes de mépris, ils l’insultaient et
lui jetaient de la poussière et des pierres , en disant; toi qui détruis le
temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve- toi toi-même. Les deux
voleurs l’injuriaient aussi et lui disaient; si tu es le fils de Dieu,
sauve-toi toi-même et nous aussi. Cependant la sainte Vierge à genoux adorait
son divin fils, elle pria le Père éternel de faire éclater l’innocence de
Jésus-Christ. Sa prière fut exaucée la terre trembla, le soleil s’éclipsa, la
lune s’obscurcit et les éléments furent dans la confusion, les montagnes se,
fendirent ainsi que le voile du temple, les tombeaux s’ouvrirent ‘et les
bourreaux se retirèrent contrits, gémissants et convertis, parce que Jésus en
agonie, proféra ces paroles qui renferment l’excès de la charité : Mon père,
pardonnez leur, car ils ne savent ce qu’ils font.
153
L’un des voleurs appelé Dismas, entendant ces paroles, et la sainte Vierge
près de laquelle il était intercédant en même temps pour lui, il fut éclairé
intérieurement et par cette divine lumière, il fut touché de contrition pour
ses péchés, il reprit son compagnon et défendit l’honneur de Jésus-Christ, il
se recommanda au Sauveur et le paradis lui fut promis. Le bon larron ayant été
justifié, Jésus jeta un regard plein de tendresse sur sa mère, et proféra la
troisième parole : femme voilà votre fils, en lui montrant saint
Jean, et il dit à celui-ci : voilà votre mère. Il était près de trois
heures et il adressa à son père la quatrième parole: Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’avez vous abandonné, s’affligeant de ce que la divinité avait
suspendu les divines influences à sa sainte humanité, et aussi parce qu’il
voyait un grand nombre de méchants, qui quoique devenus ses membres, et malgré
son sang versé avec une si surabondante profusion, devaient se séparer de son
corps divin et se damner. C’est pourquoi il proféra la cinquième parole : j’ai
soif. Il avait soif de voir tous les hommes correspondre au salut par la
foi et la charité qu’ils lui devaient. Mais les méchants lui présentèrent à
l’extrémité d’un roseau une éponge trempée de fiel et de vinaigre. A la prière
de la sainte Vierge, il refusa pour ne pas martyriser sa sainte bouche. Il
prononça la sixième parole : Consummatum est, pour annoncer que la
grande oeuvre de la rédemption du monde était accomplie. Enfin il ajouta; mon
père, je remets mon. âme entre vos mains, il prononça ces divines paroles d’une
voix forte èt sonore, en élevant au ciel ses yeux pleins de sang, et inclinant
sa tête divine, il expira. Si la divine mère n’expira pas aussi ce fut par un
miracle de la toute-puissance de Dieu. Lucifer et tous les siens par la vertu
de ces dernières paroles fut vaincu et précipité dans l’enfer, et son empire
fut détruit. La sainte Vierge demeura au pied
154
de la croix
jusqu’à la fin du jour, où l’on ensevelit le corps du rédempteur. Et en
récompense de cette dernière douleur la très-pure mère fut toute spiritualisée
dans le peu de l’être terrestre, que son corps virginal avait encore.
Chaque père de famille fait son testament avant de mourir, ainsi
Jésus-Christ avant de prononcer les sept paroles fit son testament sur la croix
concerté avec le Père éternel, il resta scellé et caché pour les hommes, il ne
fut ouvert qu’à la divine mère comme coadjutrice de la rédemption. il la
déclara héritière, et exécutrice testamentaire pour accomplir sa divine
volonté, et tout fut remis dans ses mains par le divin maître, comme le Père
avait tout remis dans celles du fils. Ainsi notre grande reine dut distribuer
les trésors dus à son fils parce qu’il est Dieu, et acquis par ses mérites
infinis. Elle fut déclarée donc la dépositaire de toutes les richesses, dont
son fils, notre rédempteur nous cède les droits auprès du Père éternel, afin
que les secours, les grâces, et les faveurs soient accordés par la sainte
Vierge et qu’elle les distribue de ses mains miséricordieuses et libérales.
155
Dans tout le cours de la vie divine de Jésus-Christ notre souverain bien,
la divine providence ne permit jamais que les démons le reconnussent pour Dieu
et rédempteur du monde, et en conséquence ils ne connurent jamais la sublime
dignité de la très-sainte Vierge. Lucifer resta toujours dans son aveuglement,
car tantôt il jugeait qu’il était Dieu à l’éclat de ses, miracles, ensuite il
cessait de le croire en le voyant si pauvre et si humble. Il fut enfin entièrement
convaincu au triomphe glorieux de la divine croix. Au moment que Notre-Seigneur
embrassa la croix bien-aimée, Lucifer, avec les siens, se sentit affaibli,
comme privé de sa force, vaincu et lié, et l’extrémité des chaînes fut placée
entre les mains de la divine mère, afin que par la vertu de son divin fils elle
les tint assujettis et enchaînés. Ils firent tous leurs efforts pour s’enfuir
et se précipiter dans l’abîme, mais ils furent contraints et forcés par la
grande reine, à la la grande honte de l’orgueilleux et superbe Lucifer, de voir
la fin de tous ces mystères. Lucifer donc et toutes les légions infernales
étaient accablés d’un tourment insupportable par la présence de Jésus-Christ,
et ils étaient forcés par la mère à leur grand chagrin et à contre-coeur de ne
pas cesser de se tenir autour de la croix. Lorsque Jésus-Christ commença à
parler sur la croix, il voulut que les démons l’entendissent, qu’ils
pénétrassent le sens des paroles et compris-
156
sent tous les
profonds mystères qu’elles renfermaient. En l’entendant recommander à son Père
ses ennemis, ils reconnurent clairement qu’il était le véritable Messie, c’est
pourquoi ils éprouvèrent une grande rage de la force de ces paroles pleines
d’une charité infinie, et ils voulaient se précipiter dans les abîmes, mais ils
furent arrêtés par le commandement de la puissante reine. Lorsqu’ils
l’entendirent promettre le paradis au bon larron, ils comprirent le fruit de la
rédemption, Lucifer en devint furieux, et il en vint à humilier son grand
orgueil aux pieds de la grande reine pour lui demander de le chasser de sa
présence et le précipiter avec les siens dans l’enfer, mais cela ne leur fut
pas permis pour leur plus grand supplice et plus cruel tourment. Lorsqu’il
recommanda sa mère à saint Jean, en l’appelant femme ils connurent qu’elle
était véritablement cette grande femme qu’ils avaient vue dans le ciel après
leur création et qu’elle était celle qui devait écraser la tête de Lucifer,
comme il en avait été menacé dans le paradis terrestre. A la quatrième parole
qui témoigne de son abandon, ils connurent la charité incompréhensible de Jésus
qui se plaignait à son Père, non pas de ce qu’il souffrait , mais parce qu’il
désirait souffrir encore davantage pour le genre humain. Ils entrèrent dans une
plus grande rage lorsqu’ils entendirent, J’ai soif parce qu’ils virent
bien qu’il n’avait pas soif dans son corps, mais dans son âme, à cause de
l’ardente charité dont il était enflammé pour notre salut éternel. Lorsqu’ils
entendirent la sixième parole mystérieuse, tout est consommé, consummatum
est, ils eurent une entière connaissance du grand mystère de l’incarnation
et de la rédemption qui étaient déjà accomplis à leur éternelle honte et
confusion. Le règne de Jésus-Christ était ainsi établi et l’empire de satan
entièrement détruit, c’est pourquoi lorsque Jésus prononça ces
157
paroles : Mon
Père je remets mon âme entre vos mains, et, qu’il inclina la tête et
expira, la terre s’ouvrit aussitôt et Lucifer avec tous les siens fut englouti
d’une manière terrible dans le fond des enfers, avec plus de rapidité que la
foudre, qui tombe des nues. Il tomba dans l’enfer désarmé et vaincu et sa tête
fut écrasée sous les pieds de Jésus-Christ et de sa mère.
Cette
chute si rapide de Lucifer avec tous ses démons, fut plus honteuse et leur
causa un tourment plus grand que, lorsqu’ils furent précipités la première fois
du ciel. Et quoique ce malheureux séjour soit toujours un lieu de profondes
ténèbres, et couvert des ombres de la mort, néanmoins à cette occasion il devint
plus triste encore, car les damnés y. éprouvèrent une nouvelle horreur par la
violence avec laquelle les démons y furent précipités. Judas principalement
ressentit un tourment plus grand; ce malheureux en tombant dans l’enfer, fut
jeté dans un abîme sans fond où les démons avaient déjà voulu précipiter
d’autres âmes, mais ils ne l’avaient jamais pu, sans en connaître la raison.
Dès le commencement, cet abîme horrible de tourments particuliers avait été
destiné pour Judas et pour les imitateurs de Judas, les mauvais prêtres, les
religieux relâchés, les chrétiens de mauvaise vie qui après avoir reçu le saint
baptême, se damnant parce qu’ils ne profitent pas des saints sacrements, de la
doctrine, de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et de la toute puissante
intercession de sa très-sainte Mère. Aussitôt que Lucifer, le Seigneur le
permettant ainsi, se fut remis de sa chute si terrible, il réunit en assemblée
tous les chefs des légions infernales et leur parla ainsi : Mes complices, vous
voyez que nous avons perdu l’empire que nous avions sur le monde, et que nous
avons été terrassés par l’homme Dieu et mis sous les pieds de sa. mère. Que
faire
158
maintenant ô mes
compagnons, comment pourrons-nous rétablir notre empire détruit? Comment
pourrons nous perdre les hommes? Qui ne suivra désormais et n’imitera cet homme
Dieu? Les hommes marcheront tous à sa suite, ils lui donneront tous leur coeur
à l’envi, ils embrasseront sa loi, observeront ses préceptes, et personne ne
prêtera plus l’oreille à nos tromperies, ils rejetteront les richesses et
fuiront les honneurs que nous leurs promettons pour les tromper. Ah! sans
doute, sur cet exemple, ils aimeront tous la pauvreté, la pureté, l’obéissance
et. le mépris. Ils obtiendront tous cette félicité éternelle que nous avons
perdue; ils s’humilieront tous jusqu’au-dessous de la poussière et ils
souffriront avec patience pour imiter leur rédempteur. Mon orgueil néanmoins ne
cède point. Allons, courage, concertons-nous. Approchez pour conférer avec moi
sur les moyens par lesquels nous ferons la guerre au monde racheté par un homme
Dieu et protégé par sa mère notre terrible ennemie. A cette proposition si
difficile, quelques chefs des démons, les plus rusés, répondirent en l’excitant
à empêcher les fruits de la rédemption et ils dirent : Il est vrai que les
hommes possèdent maintenant une loi très-douce, des sacrements qui sont
très-efficaces, les nouveaux exemples d’un divin maître, et la toute-puissante
intercession de cette nouvelle femme; mais la nature humaine est toujours la
même et les choses délectables et sensibles n’ont pas été changées, c’est une
condition de la nature humaine, qu’occupée à un objet elle ne peut ètre
attentive à ce qui lui est opposé. Ils résolurent alors de maintenir
l’idolâtrie dans le monde, afin que les hommes ne parvinssent jamais à la
connaissance du vrai Dieu et de la rédemption; et si l’idolâtrie était
détruite, qu’il fallait introduire de nouvelles sectes et hérésies dans le
monde. Alors furent inventés par ces monstres infernaux
159
les dogmes
erronés d’Arius, de Pélage, de Nestorius, de Mahomet et des autres hérétiques
maudits. Tout cela fut approuvé par Lucifer, parce qu’il détruisait le
fondement de la vie éternelle bienheureuse. D’autres démons prirent
l’engagement de mettre tous leurs soins, à rendre négligents les parents et les
chefs de famille dans l’éducation de leurs enfants et de leurs subordonnés.
D’autres prirent la charge de semer la division entre les maris et les épouses
pour faire naître des haines et des querelles entre eux, parce que ce serait
une disposition prochaine à l’adultère. Les autres dirent, il faut travailler à
enlever la piété et tout ce qui est spirituel et divin, faire en sorte que les
hommes ne comprennent pas la vertu des sacrements, et qu’ils les reçoivent en
état de péché; et lorsqu’il arrivera qu’ils n’auront pas commis des fautes
mortelles, qu’ils les reçoivent sans ferveur et sans dévotion, car puisque ces
bienfaits sont spirituels, il est nécessaire de les recevoir avec ferveur et
bonne volonté, pour que ceux qui y participent en retirent des fruits plus
abondants. S’ils en viennent à mépriser le remède, alors négligents de leur
salut ils ne pourront pas recouvrer leurs forces, ils ne résisteront pas à nos
tentations, et aveuglés ils ne reconnaîtront pas nos tromperies et nos piéges,
et n’apprécieront pas l’amour de leur propre rédempteur, ni la protection de la
puissante femme. Par-dessus tout ils résolurent d’un commun accord de mettre
tout leur zèle et tout leur soin à effacer de la mémoire des fidèles, le
souvenir de la douloureuse passion de Jésus-Christ, parce qu’ils oublieraient
ainsi les peines de l’enfer, et le danger de leur éternelle damnation.
Il n’est pas possible de rapporter ici les avis et les résolutions de ces
esprits rebelles, qui tramèrent la destruction de l’église et la perte des
fidèles. il suffit de dire, que ce con-
160
ciliabule
infernal dura une année entière. Lucifer écouta tous les projets des démons, et
les approuva, il excita ensuite toutes ses légions infernales, et mit tout en
oeuvre contre le monde racheté et surtout contre les chrétiens. Il ordonna à
ses complices animés par la rage de semer la discorde dans l’église et dans les
chefs et les maîtres l’ambition, l’avidité, la sensualité, l’avarice, afin que
les pêchés se multipliant, parmi les chrétiens et surtout dans les chefs et
ceux qui doivent conduire les autres, Dieu s’irrite justement contre eux par
leur ingratitude; alors il adviendra, qu’il leur refusera et leur soustraira
les secours de la grâce, ils se fermeront par leurs péchés la voie maintenant
ouverte de la rédemption, et ainsi l’enfer triomphera.
Quiconque lira ce
chapitre doit réfléchir sérieusement, que Lucifer et l’enfer est toujours le
même, qu’il a la même haine et la même rage contre nous qui sommes si faibles,
c’est pourquoi il faut ranimer tout notre zèle potin notre salut. Nous ne
devons pas nous laisser séduire par les appâts trompeurs du monde, des sens et
de l’enfer, mais il nous faut recourir aux plaies de notre rédempteur et vivre
sous le manteau de notre divine reine.
La mère des douleurs couverte d’un manteau noir, resta toujours débout sur
le Calvaire, appuyée sur la sainte croix, adorant le très-saint corps de Jésus
qui avait expiré sur elle
161
et la personne
divine à laquelle Con corps resta toujours uni. La grande reine était toujours
constante à pratiquer intérieurement les plus héroïques vertus, et restait
immobile au milieu des mouvements impétueux de ses plus cruelles douleurs.
L’affliction la plus grande de cette miséricordieuse et divine mère était la
coupable ingratitude que les hommes témoignaient pour cet incompréhensible
bienfait à leur grand dommage et à leur propre perte. Elle était aussi dans une
grande sollicitude pour la sépulture du corps sacré et pour savoir celui qui
l’enlèverait de la croix; lorsqu’elle vit tout-à-coup une troupe de gens armés,
qui s’approchaient du Calvaire; les battements de son coeur redoublèrent, parce
qu’elle craignit quelque nouvel outrage au corps sacré du rédempteur. Elle
s’adressa à saint Jean et aux saintes femmes et leur dit: Hélas, ma douleur est
arrivée à son plus haut degré et mon coeur en est brisé dans la poitrine.
Hélas, les bourreaux ne sont pas peut-être satisfaits d’avoir donné la mort à
mon fils, ils eurent encore faire de nouveaux outrages au corps sacré! C’était
déjà Je soir du vendredi et la grande fête du sabbat des Juifs commençait,
c’est pourquoi, afin de pouvoir la célébrer sans embarras, ils avaient demandé
à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois crucifiés, pour hâter
leur mort, afin qu’on pût les descendre de la croix sur le déclin du jour. Les
soldats que la mère affligée avait vus arrivaient dans cette intention au
Calvaire. A leur arrivée, trouvant encore en vie les deux larrons, ils leur
rompirent les jambes, et ils moururent aussitôt. S’approchant alors de Jésus,
ils remarquèrent qu’il était déjà mort, et un soldat nommé Longin, lui
transperça le côté avec une lance et il en sortit du sang et de l’eau. Le
Seigneur qui était mort, ne put sentir cette cruelle blessure, mais la mère
affligée qui était là présente, la ressentit toute dans son coeur, comme
162
si réellement
elle avait été transpercée de la lance. Mais cette douleur fut encore moindre
que celle que ressentit son âme, en voyant la nouvelle cruauté avec laquelle
ils avaient percé le divin côté de son fils déjà mort. Touchée de compassion et
de pitié pour Longin, elle dit: Que le Tout-Puissant vous regarde avec les yeux
de sa miséricorde infinie, à cause de la douleur immense que vous avez causée à
mon âme. Elle fut exaucée aussitôt, car il tomba, quelques gouttes de sang et
de l’eau qui sortaient du divin corps sur le visage de Longin, et par
l’intercession de la divine mère affligée, il obtint la vue du corps qu’il
avait à peine, et celle de son âme, car il connut la majesté du Seigneur
crucifié, fut converti, et pleurant ses péchés, il le confessa pour vrai Dieu
et rédempteur dq monde, et il le prêcha comme tel aux Juifs qui
l’environnaient.
La grande mère de la sagesse connut le mystère du coup de lance, et comprit
comment, dans ce reste de sang et d’eau qui coulait du divin côté, la nouvelle
Église sortait lavée, purifiée et renouvelée par la vertu de la passion et de
la mort, et comment de son coeur sacré il sortait comme d’un tronc des rameaux
qui, chargés de fruits de vie éternelle, devaient se répandre dans le monde
entier. La divine mère pria, afin que tous les mystères de la rédemption
fussent accomplis pour le bonheur de tout le genre humain. En ce moment, elle
vit s’avancer sur la montagne une autre troupe de personnes qui portaient des
échelles, c’était Joseph d’Arimathie, Nicodème et leurs serviteurs. Arrivés au
pied de la croix, où se trouvait la mère des douleurs, au lieu de la saluer et
de la consoler, ils furent si touchés de compassion à sa vue et ils éprouvèrent
une telle douleur en voyant le divin Seigneur cloué sur la croix, qu’ils
restèrent quelque temps sans pouvoir proférer une parole. Enfin, fortifiés par
la reine des
163
vertus, ils
reprirent courage et la saluèrent avec une humble compassion. Ils se
disposèrent ensuite à ôter les clous et descendre le corps sacré. Joseph
désirait que la mère affligée se retirât un peu à l’écart afin de ne pas
renouveler ses douleurs, mais toujours constante et courageuse, elle leur dit:
Puisque j’ai eu la consolation de vois- mettre mon fils eu croix, permettez que
j’ai encore celle de l’en voir descendre, car cet acte de si grande piété me
causera plus de soulagement que de peine et de souffrance. A ces paroles si
généreuses, ils se mirent aussitôt à descendre le corps de la croix. Ils
enlevèrent d’abord la grande couronne d’épines, et après l’avoir baisée avec
une grande vénération, ils la remirent à la sainte Vierge. Elle la reçut à
genoux et l’adora, elle l’approcha avec piété de son visage et la couvrit de
larmes abondantes; saint Jean et les saintes femmes l’adorèrent aussi. Ils en
firent de même pour les clous sacrés, qu’ils enlevèrent successivement des
divines plaies. Pour recevoir le corps sacré, la mère des douleurs se mit à
genoux et étendit ses bras avec un linceul déployé. Saint Jean tenait la tête,
la Magdeleine les pieds pour aider Nicodème et Joseph, de cette manière ils le
placèrent tous ensemble avec une grande vénération et des larmes abondantes,
sur le sein de la mère des douleurs. Elle l’adora profondément, en versant des
larmes de sang par l’excès de sa cruelle douleur. Tous les saints anges qui
étaient là présents l’adorèrent aussi, mais ils ne furent pas vus des
assistants. Saint Jean l’adora et après lui tous les autres fidèles, dans les
bras de sa mère en pleurs. Après avoir accompli ce devoir, saint Jean et Joseph
prièrent la Vierge mère de permettre qu’on donnât la sépulture au divin corps;
et après l’avoir embaumé, ils le placèrent dans un linceul pour le porter au sépulcre.
La grande peine pleine de prudence, quoique accablée de douleur, convoqua du
164
ciel plusieurs
choeurs d’anges, afin qu’avec ses anges gardiens ils vinrent assister aux
funérailles de leur créateur. Les esprits célestes accoururent aussitôt en forme
visible pour elle, et la sainte et dévote procession, des anges et des hommes ,
commença. Saint Jean, Nicodème, Joseph, et le centurion qui avaient assisté à
la mort du rédempteur, et qui l’avaient confessé pour fils de Dieu, portèrent
le sacré corps. Derrière eux marchait la mère affligée, accompagnée des Maries
et des autres dévotes femmes, et après celles-ci, divers autres fidèles qui
avaient été éclairés de la divine lumière; ils le conduisirent en pleurant à un
jardin où Joseph avait un sépulcre neuf, dans lequel ils le mirent avec une
grande vénération. Avant de le fermer avec la pierre, la divine mère se mit à
genoux et adora de nouveau son fils, et tous les autres l’imitèrent en
pleurant. Le sépulcre, étant fermé la Vierge ordonna aux saints anges d’y
rester en garde, ‘tandis qu’elle allait conduire de nouveau au Calvaire cette
sainte compagnie de fidèles, pour y adorer la sainte croix. Dès qu’ils eurent
fini, elle fut accompagnée jusqu’au cénacle de ces pieux fidèles, qui se
retirèrent ensuite dans leurs maisons, remplis de célestes consolations. La
très-sainte Vierge, saint Jean et les saintes femmes restèrent seuls au
cénacle.
Saint Jean pria alors la sainte Vierge de prendre un peu. de repos: Mon
repos, répondit-elle, consiste à voir mon fils ressuscité. Après ces paroles,
elle se retira dans une chambre accompagnée de saint Jean, là, elle se jeta aux
pieds de l’apôtre, et lui rappela ce que le Seigneur lui avait dit sur la
croix, et elle le pria, comme prêtre du Très-Haut, de lui commander toujours,
comme sa servante, tout ce qu’elle devait faire à l’avenir. Saint Jean lui
donna des raisons pour démontrer que ce droit lui appartenait bien plutôt comme
mère; mais ce fut en vain; car l’humble reine ajouta, mon
165
fils, je dois
avoir toujours quelqu’un à qui je puisse assujettir ma volonté, et certes,
comme fils, vous devez me donner cette consolation dans ma solitude. Le saint
répondit à ces paroles, qu’il soit fait comme vous le voulez, ma mère, Alors la
Vierge lui demanda la permission de se retirer seule, pour méditer sur les
mystères de la passion du divin fils, et le pria de pourvoir à la nourriture
des saintes femmes et de les assister. L’apôtre exécuta ces ordres, ensuite ils
se retirèrent tous pour employer cette nuit dans de douloureuses méditations
sur la passion du rédempteur. A l’aurore du samedi, saint Jean entra dans
l’oratoire de la divine mère pour la consoler, et il en reçut la bénédiction
qu’il reçut le premier de la Vierge mère. Il sortit de la maison pour chercher
saint Pierre à la prière de la sainte Vierge. Saint Jean avait fait à peine
quatre pas pour trouver saint Pierre, qu’il le rencontra par la disposition de
la divine Providence; il sortait d’une grotte souterraine, où jusqu’alors il
avait pleuré son péché, plein de confusion et versant de larmes, et il
s’avançait vers le cénacle. Saint Jean avait reçu l’ordre de la divine mère,
qu’après qu’il l’aurait retrouvé, il l’accueillit avec de témoignages d’amour
et de tendresse, qu’il le consolât, et l’emmenât vers elle, et qu’il en fit
autant pour les autres apôtres. Après l’avoir fortifié en premier lieu par de
douces paroles, ils allèrent tous les deux à la recherche des autres, et en
ayant trouvé quelques-tins, ils vinrent tous ensemble au cénacle. Saint Pierre
entra le premier, et se prosterna aux pieds de la divine reine: J’ai péché,
dit-il, en versant des larmes, j’ai péché devant mon Dieu, j’ai offensé mon
divin maître, et vous, ô ma mère, et opprimé par la douleur et les larmes, il
ne put pas en dire davantage. La miséricordieuse mère de la piété se mit aussi
à genoux, demandons, dit-elle, pardon de votre faute, ô Pierre, à mon
166
fils, votre
maître. Les autres se joignirent à eux, et tous versant des larmes prosternés à
ses pieds, lui demandèrent pardon de leur lâcheté et d’avoir abandonné leur
divin maître et son fils. La mère de la clémence les fit lever, leur promit à
tous le pardon qu’ils désiraient, et sa médiation pour l’obtenir.
Après avoir passé le jour du sabbat dans de saints entretiens et de pieuses
méditations, elle se retira le soir pour contempler les divines actions que
l’âme très-sainte de Jésus faisait aux limbes, car elle voyait clairement en
esprit toutes les choses.
Elle vit que lorsque l’âme de son divin fils entra aux limbes, cette
obscure prison fut illuminée et remplie de célestes consolations. Ensuite il
fut commandé aux anges de conduire dehors toutes les âmes des limbes et celles
du purgatoire, et réunies toutes ensemble, elles donnèrent mille louanges et
mille-bénédictions à leur libérateur. La grande reine vit tout cela et en
éprouva une grande joie dans son âme, sans qu’elle se fît sentir dans la
.partie sensitive, parce qu’elle avait prié le Père éternel de lui suspendre
toutes les consolations extérieures, pendant tout le temps que son divin fils
resterait dans le sépulcre. Ce jour fut terrible pour l’enfer, qui par la
permission de Dieu ressentit cette descente triomphante aux limbes. Les démons
étaient encore affaiblis, abattus et accablés par la chute qu’ils avaient faite
sur le calvaire, mais en entendant la voix des anges qui précédaient le
Seigneur, ils se troublèrent et furent saisis de crainte, et comme font les
serpents, lorsqu’ils sont poursuivis, ils se cachèrent-dans les cavernes
infernales. L’indicible confusion des malheureux damnés fut encore plus grande
et principalement de Judas, parce que les démons exhalèrent avec une grande
fureur contre lui leur indignation et leur rage.
167
Le divin Seigneur resta aux limbes avec les Saints pères, depuis le
vendredi au soir, jusqu’au matin du dimanche, où il sortit du sépulcre, avant
l’aurore, accompagné des saints anges et des âmes des justes qu’il avait
rachetées. Un grand nombre d’esprits bienheureux étaient de garde auprès du
sépulcre, et quelques-uns d’entre eux, par l’ordre de la grande reine, avaient
recueilli le sang divin, et les lambeaux de chair sacrée arrachés par les
coups, et tout ce qui regardait la gloire du corps, ou appartenait à
l’intégrité de la très-sainte humanité. Les âmes des saints pères en arrivant
virent d’abord le corps couvert de plaies et défiguré par les outrages et la
cruauté des juifs, ensuite les anges rétablirent en leur place, avec une grande
vénération les saintes reliques qu’ils avaient recueillies, et dans le même
instant, l’âme très-sainte du rédempteur s’unit au corps sacré, et lui
communiqua la vie immortelle et glorieuse. Le Seigneur sortit du sépulcre avec
une beauté céleste, et en présence des saints pères il promit à tout le genre
humain la résurrection des corps, comme un effet de la sienne, et comme gage de
cette promesse, il commanda aux âmes de plusieurs justes qui étaient là
présents, de reprendre leurs corps et de s’unir à eux; c’est pourquoi
l’évangéliste dit : et les corps de plusieurs ressuscitèrent. La
très-sainte Vierge connut tout cela et cette vue fit rejaillir sur elle une
splendeur céleste, qui la rendit éclatante de beauté et de lumière. Saint Jean
était venu pour la consoler comme le jour précédent dans sa douloureuse
solitude, il la vit tout-à-coup environnée de splendeur et de rayons
168
de gloire, et
comme l’apôtre pouvait à peine auparavant la reconnaître à cause de sa
tristesse, il en fut saisi d’étonnement, et il pensa aussitôt que le divin
maître était ressuscité, puisque la divine mère était ainsi renouvelée.
La grande reine, toute absorbée dans la pensée que son fils était
ressuscité, faisait des actes héroïques dans son coeur embrasé de charité,
lorsqu’elle ressentit en elle-même quelque chose de nouveau, et ce fut une
sorte de joie et de consolation céleste qui correspondait à l’incompréhensible
douleur qu’elle avait soufferte dans la passion. Cette surabondance de joies
dans sa grande âme se communiquait, comme naturellement il arrive, de l’âme au
corps. Après ces admirables effets, elle reçut aussitôt un troisième bienfait
différent, ce fut une nouvelle lumière semblable à celle du ciel; étant ainsi
préparée, son fils bien-aimé entra dans sa chambre ressuscité et glorieux,
accompagné de bous les saints et des patriarches. L’humble reine se prosterna
aussitôt à terre, et adora son divin fils et Seigneur, qui la releva et
l’approcha de son divin côté, elle reçut à ce divin contact une faveur
extraordinaire d’élévation incomparable qu’elle seule put mériter, comme
exempte de la loi du péché d’Adam, et elle n’aurait pu la recevoir si le
Seigneur ne l’eût fortifiée, afin qu’elle ne tombât pas en défaillance. Elle
consista, en ce que le corps glorieux du fils environna entièrement l’âme de sa
mère, comme un globe de cristal qui renfermerait le soleil, et le corps
très-pur de la Sainte Vierge devint comme celui des bienheureux; elle entendit
alors une voix qui dit: ma bien-aimée, montez plus haut. Par la vertu de
cette voix divine, elle fut toute transformée, et elle vit clairement l’essence
divine, dans laquelle elle trouva son repos et la récompense, quoique en un
instant, de toutes les peines qu’elle avait souffertes. Elle resta plusieurs
heures dans cette ineffable jouis-
169
sance, et elle
reçut autant de grâces et de dons qu’une créature peut en recevoir. Elle parla
ensuite à chacun des saints patriarches, elle les reconnut les uns après les autres
et tous lui rendirent grâces comme mère du rédempteur. Elle s’arrêta à parler
en particulier avec sainte Anne, saint Joseph, saint Joachim et Jean-Baptiste.
Après la
visite faite à sa chère mère, le Seigneur voulut aussi consoler par sa présence
ceux qui avait souffert dans sa passion, comme le rapportent les évangélistes.
Lorsque le Seigneur avait consolé les autres, il s’entretenait toujours dans le
cénacle avec sa très-sainte mère, qui pendant les quarante jours avant
l’ascension, ne sortit jamais de la maison. Le Seigneur visita d’abord les
saintes femmes, parce qu’elles étaient restées plus fermes dans la foi et
l’espérance de la résurrection. Le saint évangile raconte que les Maries
allèrent au sépulcre, et un évangéliste dit qu’elles y allèrent de nuit, et
l’autre, le soleil, étant déjà levé. La chose se passa ainsi. Les femmes
partirent du cénacle, le dimanche, avant qu’il fit jour, et lorsqu’elles furent
arrivées au sépulcre, le soleil était déjà levé, parce que ce jour là il
anticipa des trois heures dont il avait été éclipsé, lorsque le rédempteur
était mort. Il est clone vrai que suivant le temps ordinaire il était nuit,
mais ce matin là le soleil était déjà levé, lorsqu’elles arrivèrent. Pendant
les quarante jours où le divin fils s’entretenait avec la grande reine, les
effets que sa divine présence opéra en elle sont indicibles. La grande reine
parla plusieurs fois avec les saints
pères, et comme mère de la sagesse, elle connaissait les grandes faveurs et les
grâces qu’ils, avaient reçues du Très-Haut et les prophéties qu’ils avaient
faites des divines actions, de la vie et mort de Jésus-Christ. Elles les invita
plusieurs fois à louer avec elle le Seigneur, et ils formaient, rangés en ordre
un choeur magnifique, ou chacun
170
chantait un verset,
la divine mère leur répondait par un autre, et dans ces cantiques elle donnait
seule plus de gloire au Très-Haut que tous les saints ensemble. Il arriva aussi
une autre merveille dans cet heureux temps, ce fut que toutes les âmes des
justes qui pendant ces quarante jours passèrent à l’éternité, étaient amenées
au cénacle, et celles qui n’avaient rien à purifier étaient aussitôt
béatifiées, mais celles qui auraient du aller au purgatoire n’avaient pas ce
bonheur, et les unes trois jours, les autres quatre, les autres cinq, elles
étaient privées de la vue de Jésus-Christ ressuscité. Alors la grande mère de
la piété et de la miséricorde satisfaisait pour elles par des adorations, des
prostrations et des génuflexions et divers autres actes de religion, après
laquelle satisfaction, elles étaient admises à voir le Seigneur et à jouir de
sa présence, et prosternées devant la divine mère elles lui rendaient de vives
actions de grâces.
Les évangélistes rapportent plusieurs apparitions de Jésus-Christ ressuscité,
et quoiqu’ils ne fassent pas mention de celle qui fut faite à saint Pierre, il
est néanmoins certain, que le Seigneur plein de bonté lui apparut en
particulier, après l’apparition faite aux saintes femmes. Pour ce qui est du
fait de saint Thomas, il est bon de savoir comment il fut converti de son
incrédulité par les prières de la sainte Vierge. Les saints apôtres venaient
lui raconter l’obstination de Thomas, et l’accusaient de rester incrédule à
leurs paroles et obstiné dans son sentiment. La miséricordieuse mère répondait
à ces accusations avec bonté et tranquillité, et leur donnait des raisons pour
les apaiser, en leur disant, que les jugements de Dieu sont profonds, et que le
Seigneur tirerait un grand bien de cette incrédulité qu’ils condamnaient. En
outre elle fit une très-fervente oraison au Seigneur pour obtenir le remède,
que le Seigneur donna ensuite à saint Thomas
171
Quelques jours avant l’ascension, la sainte Vierge se trouvant dans le
cénacle, le Père éternel avec l’Esprit-Saint apparût sur un trône d’ineffable
beauté, sur lequel le Verbe incarné monta lui-même. A cette vue, l’humble Reine
retirée dans un coin de la chambre, humiliée et prosternée à terre adora avec
une profonde vénération la très-sainte Trinité; mais le Père éternel ordonna
aux anges de la conduire à son trône divin, et lorsqu’elle fut arrivée, ma
bien-aimée, lui dit- il, montez plus haut, et elle fut élevée sur le
trône auguste de la divinité. Alors le Père éternel lui recommanda son Église
que son fils avait rachetée, par ces paroles. « Ma fille, je vous confie
et je vous recommande l’église que mon fils a fondée, et la nouvelle loi de
grâce qu’il a enseignée au monde. » Ensuite le Saint-Esprit lui communiqua
la souveraine sagesse et la grâce, et le Fils la laissa et l’établit à sa place
pour gouverner les fidèles. Alors les trois personnes divines s’adressant aux
choeurs des saints anges la déclarèrent leur Reine, souveraine de tout ce qui
est créé, protectrice de la sainte église, mère du bel amour, avocate des
pécheurs et plusieurs autres titres très-beaux. Jésus-Christ adressa un
semblable discours aux cent-vingt personnes, le jour de la glorieuse ascension,
dans le cénacle, où elles étaient rassemblées. « Mes chers enfants,
dit-il, je m’en vais à mon Père du sein duquel je suis descendu pour le salut
du monde. Je vous laisse en ma place pour consolatrice, avocate et médiatrice,
ma mère, que vous écouterez et à qui vous obéirez. Et comme je vous ai déjà
dit, celui qui me verra, verra mon Père, et celui qui m connaîtra, connaîtra
aussi mon Père, ainsi je vous dis maintenant, celui-là me connaîtra, qui
connaîtra ma mère, et celui qui l’écoutera, m’écoutera moi-même, celui qui
m’offensera, l’offensera, et celui-là m’honorera, qui l’honorera. Vous la
tiendrez tous pour mère, pour supérieure, pour
172
maîtresse et pour
avocate. Elle répondra à vos doutes et à vos difficultés, parce que je serai
avec elle jusqu’à la fin du monde, comme j’y suis maintenant, quoique d’une
manière qui vous est cachée et que vous ne connaissez pas encore. Le Seigneur
parla ainsi, parce qu’il était en elle sous les espèces sacramentelles qu’elle
avait reçue à la cène et qu’elle conservait dans son coeur. Vous reconnaîtrez
aussi Pierre comme chef de l’Église, dans laquelle je l’établis comme mon
vicaire. Vous regarderez saint Jean comme fils de ma mère, ainsi que je l’ai
nommé sur la croix. Après ces paroles il fit connaître à sa mère bien-aimée, la
volonté qu’il avait d’ordonner à cette assemblée de fidèles de commencer à
l’honorer du culte qui était due à la mère de Dieu, et de laisser un précepte
de sa vénération dans l’Église. Mais l’humble Reine le supplia avec une grande
ardeur de vouloir bien en ce moment ne lui donner d’autres honneurs, que celui
qui serait nécessaire pour accomplir la charge qu’il lui avait imposée, et que
les fidèles ‘ne lui rendissent pas de plus grande vénération qu’ils n’avaient
fait jusqu’alors, mais que tout le culte s’adressa à lui et à son saint nom. Le
Seigneur agréa cette humble demande, en se réservant de la faire connaître plus
parfaitement au monde dans un temps plus convenable.
173
Tandis que le Seigneur était dans le cénacle avec sa mère bien-aimée et les
disciples, il s’y réunissait par la disposition de la divine providence,
d’autres fidèles et d’autres pieuses femmes en outre de Magdeleine et des
Maries, jusqu’au nombre de cent-vingt. Le divin Maître les remplissait de
ferveur, il instruisait ses disciples, et enrichissait son Église de saints
mystères et de saints sacrements, L’heure heureuse et fortunée à laquelle il
devait aller à son Père éternel, comme véritable héritier de la félicité
éternelle arriva enfin, engendré dès l’éternité de la même substance que le
Père, il devait amener avec lui la très-sainte humanité, pour accomplir toutes
les prophéties sur sa venue dans ce monde, sa vie et sa rédemption, et parce
qu’il voulait sceller tous les mystères par celui de son ascension, dans
laquelle il laissait la promesse de l’Esprit-Saint, car l’Esprit consolateur ne
devait pas venir, s’il ne montait d’abord au ciel, parce qu’il devait l’envoyer
ensemble avec le Père à son Église bien-aimée. Pour célébrer ce jour joyeux et
fortuné, le Seigneur choisit donc pour
témoins les cent-vingt personnes; savoir, la très-Sainte Vierge, les onze
apôtres, les soixante-douze disciples, Magdeleine, Marthe avec Lazare leur
frère, les autres Maries, avec quelques autres fidèles hommes et femmes. Avec
ce petit troupeau qui représentait toute l’Eglise, Jésus le divin pasteur
visible à leurs yeux, sortit du cénacle, marchant au-devant, à travers les rues
de Jérusalem avec sa très-pure et tendre mère toujours à ses côtés. Rangés tous
avec ordre, ils s’avancèrent vers Béthanie éloignée de moins de deux milles de
Jérusalem, vers
174
le Mont des
Oliviers. La compagnie des anges et des saints qu’il avait tiré des lymbes et
du purgatoire, suivaient le Seigneur glorieux et triomphant avec des cantiques
de louanges, mais la grande Reine jouissait seule de leur vue. La résurrection
du Seigneur était déjà répandue dans toute la ville et dans la Palestine,
quoique les princes des prêtres essayassent d’en arrêter par haine la nouvelle.
La divine providence ne permît pas que personne remarquât cette sainte
assemblée marchant ainsi en ordre, et personne ne vit le Seigneur excepté les
cent-vingt personnes.
Ils arrivèrent avec cette assurance que le Seigneur leur donnait
intérieurement, au sommet du mont des oliviers: là, ils se rangèrent en trois
choeurs, l’un des anges, l’autre des saints, le troisième des apôtres et des
fidèles, ceux-ci se partagèrent en deux et Jésus se plaça au milieu. La divine
Mère se prosterna aux pieds de son divin fils et l’adora comme vrai Dieu et
rédempteur du monde avec une profonde vénération et humilité, elle lui demanda
sa dernière bénédiction et tous les fidèles l’imitèrent. Le Seigneur les bénit
tous avec un air joyeux et plein de majesté, il joignit les mains et commença à
s’élever de terre à leur vue y laissant empreinte la trace de ses pieds divins,
il s’éleva par un mouvement insensible à travers la région de l’air, attirant à
lui et les yeux et les coeurs ravis de ses enfants premier-nés, qui
l’accompagnaient de leur amour, en versant de douces larmes et poussant de
profonds soupirs. Et comme le mouvement du premier mobile fait aussi mouvoir
les cieux inférieurs, ainsi Jésus triomphant attira après lui les choeurs des
anges et les saints qui l’accompagnaient glorifiés. Mais le mystère nouveau et
secret que le bras du tout-puissant opéra dans cette occasion, fut celui
d’amener avec lui sa très sainte Mère, pour lui donner dans le ciel la
possession de la
175
gloire, et de la
place qu’il lui avait préparée comme à sa mère véritable, et qu’elle avait
acquise par ses mérites pour la posséder en son temps dans l’éternité. La
toute-puissance divine voulut que dans ce temps la divine Mère fût au ciel, et
ne quittât pas néanmoins la compagnie des fidèles sur le mont des oliviers. La
bienheureuse Reine fut donc élevée avec son très-saint fils, et placée à sa
droite, comme l’écrivait si longtemps auparavant David, psaume 44, et elle y
resta pendant trois jours. Il fut très-convenable que ce mystère ne fût
pas alors connu des fidèles ni des
apôtres, car s’ils avaient vu monter avec Jésus-Christ leur mère et maîtresse,
leur affliction aurait été bien plus grande. Leurs soupirs et leurs larmes
éclatèrent lorsqu’ils virent leur divin maître bien-aimé s’éloigner toujours
davantage, et lorsqu’une nuée lumineuse se mit entre eux et le Seigneur, les
gémissements devinrent encore plus grands. Le Père éternel avec le Saint-Esprit
et tous les esprits bienheureux vinrent sur une nuée au-devant du fils unique
incarné et de la Vierge mère, et le divin Père et le Saint-Esprit, à notre
manière d’entendre, les embrassa d’un embrassement pur et ineffable, ce qui
causa une nouvelle joie à toute la cour céleste qui chanta: ouvrez, princes,
vos pertes éternelles, afin que le grand roi de la gloire et la reine des
vertus puissent entrer; déjà sa miséricorde infiniment libérale a donné aux
hommes le pouvoir d’acquérir avec justice, le droit qu’ils avaient perdu par le
péché, de mériter par l’observance de sa loi, la vie éternelle bienheureuse,
comme ses frères et ses cohéritiers. Pour augmenter notre joie, il amène avec
lui à ses cotés la grande mère de la piété qui lui a donné l’être avec lequel
il a vaincu le démon, et comme notre Reine est si pleine de grâce et de beauté,
elle remplit de joie quiconque la contemple.
Cette nouvelle procession si bien rangée arriva au Paradis
176
avec une joie
incompréhensible. Les anges se placèrent d’un côté et les bienheureux de
l’autre, et Jésus-Christ notre rédempteur et sa divine Mère passèrent au
milieu, et tous rendirent au Christ l’adoration suprême, et pareillement la
vénération qu’ils devaient à la corédemptrice, chantant de nouveaux cantiques
de louanges à l’auteur de la grâce et de la vie. Le Père éternel plaça à sa
droite le Verbe incarné sur le trône de la divinité. La grande Reine restait
abaissée dans la profondeur de son néant, à cause de sa grande humilité et
sagesse, se trouvant plus rapprochée du trône de la divinité, elle s’humiliait
dans sa propre connaissance de pure créature. Ce fut pour les anges et les
hommes un nouveau motif d’admiration et de joie de voir l’admirable humilité de
leur Reine. On entendit aussitôt la voix du Père éternel qui dit: ma fille
montez plus haut, son divin fils l’appela aussi en disant ma Mère, levez-vous
et venez à la place que je dois vous donner. Le Saint-Esprit dit aussi : mon
épouse et ma bien-aimée, venez recevoir mes embrassements éternels. Aussitôt la
cour céleste reçut connaissance du décret de la très-sainte Trinité, qui donnait
à la divine Mère la droite de son fils, et la sainte Vierge fut placée sur le
trône de la très-sainte Trinité à la droite de son fils, et elle connut qu’on
laissait à son choix de retourner dans le monde. Elle se leva de son trône et
se prosterna devant la bienheureuse Trinité; pour imiter son divin fils, elle
se montra prête à travailler pour l’Église et à renoncer à cette joie
ineffable. Cet acte de charité fut, si agréable au Seigneur, que l’ayant
purifiée et illuminée, elle fut élevée à la vision intuitive de la divinité et
fut toute remplie de gloire. Et ainsi comme une abeille industrieuse, elle
descendit de l’Église triomphante à la militante, chargée des fleurs de la pure
charité, pour travailler le doux rayon de miel de l’amour de Dieu et du prochain,
pour les
177
jeunes enfants de
la primitive Église, dont elle fit ensuite des hommes robustes, qui firent les
fondements du grand édifice de l’Église.
Mais revenons au mont des oliviers. Les fidèles étaient là les yeux levés
au ciel, soupirant et pleurant, parce qu’ils ne voyaient plus leur aimable
rédempteur; la miséricordieuse mère jeta un regard de bonté vers eux, et pleine
de compassion pour leur douleur, elle pria son fils de les consoler, il envoya
donc deux anges, vêtus de blanc et tout resplendissants, pour leur donner
quelque consolation. Ainsi consolés ils revinrent du mont des oliviers au
cénacle de Jérusalem avec la sainte Vierge, où ils persévérèrent tous dans la
prière, attendant avec un désir ardent la venue de l’Esprit- Saint, que le bien-aimé
rédempteur leur avait promis. Après que la sainte Vierge eut joui pendant trois
jours, en corps et en âme de la gloire du ciel, la divine Majesté ordonna à une
multitude innombrable d’anges de tous les choeurs de l’accompagner sur la
terre, et elle se dirigea sur une nuée éclatante de lumière vers le cénacle.
L’esprit humain ne peut concevoir la beauté et l’éclat extérieur avec laquelle
la divine reine vint du paradis, il fallut que le Très-Haut les cachât à ceux
qui la contemplaient. Saint Jean seul eut le privilège de la voir dans cette
splendeur. Descendue de cette nuée de lumière, elle se prosterna à terre et
s’abaissa dans son coeur au-dessous de la poussière, elle s’humilia si
profondément devant Dieu que la langue humaine ne peut pas l’exprimer. Elle
resta toute absorbée dans son bien-aimé et si dégagée de toutes les choses
créées, que c’était un sujet d’admiration pour les anges mêmes devoir, dans une
pure créature si exaltée et si comblée de dons, un si grand fond de la belle
vertu d’humilité. L’évangéliste saint Jean fut rendu digne de la voir descendre
du paradis, aussi il en fut ra~ri d’étonnement, et saisi
178
d’humilité, il
resta un jour entier sans oser se présenter devant la reine des anges. Enfin
poussé par l’amour et la dévotion, il se présenta devant la divine mère, et en
la voyant incomparablement plus brillante que Moïse lorsqu’il descendit du
Sinaï, il tomba à terre presque mort, mais la miséricordieuse mère accourut, et
se mettant à genoux lui dit: « mon maître et mon fils, vous savez l’obéissance
que je vous dois, et qu’elle doit me diriger dans toutes mes actions, et
puisque vous êtes resté à la place de mon fils, pour m’ordonner tout ce que je
dois faire, je vous prie de me commander, à cause de la consolation que je sens
à obéir. En entendant ces humbles paroles, le saint apôtre fut étonné et
confus, d’autant plus qu’il avait compris la grandeur de la divine mère et vu
sa splendeur; néanmoins il promit de le faire à l’avenir, pour laisser à
l’Eglise un exemple singulier d’humilité. Et si nous voulons être les fils et
les vrais dévots de cette divine mère, nous devrons principalement l’imiter
dans sa sainte humilité.
La divine mère
avait été laissée sur la terre pour diriger l’Eglise et être la maîtresse des
apôtres, tous les fidèles rassemblés dans le cénacle la considéraient ainsi;
mais la grande reine n’ouvrait jamais la bouche au milieu d’eux, si saint
Pierre ou saint Jean ne le lui commandaient, car elle avait
179
demandé à son
divin fils et elle l’avait obtenu, de leur inspirer ses ordres, afin de pouvoir
leur obéir comme à lui-même. Ensuite lorsqu’elle faisait ce qu’on lui avait
ordonné, c’était comme leur humble servante et la dernière d’entre eux, et
c’est ainsi qu’elle agissait et parlait avec les fidèles. Après être descendue
du ciel, elle les consola tous avec bonté, les exhorta à bannir la tristesse et
les remplit de consolation. Ils se réunissaient tous dans la salle deux fois
par jour et après avoir reçu l’ordre de saint Pierre ou de saint Jean de
parler, avec sa grande et incomparable modestie, elle employait une heure à
leur expliquer les mystères de la foi, comme si elle s’entretenait avec eux et
non comme si elle les enseignait, ni comme si elle était leur maîtresse ou leur
reine. Elle expliquait le mystère de l’union hypostatique et tout ce qui est
renfermé dans l’ineffable et divine incarnation. Après ce temps, elle leur
conseillait de s’entretenir encore une heure sur les conseils, les promesses et
la doctrine qu’ils avaient appris de leur divin maître, et de consacrer l’autre
partie du jour à réciter vocalement le pater noster, avec quelques
psaumes et d’employer le reste du temps à l’oraison mentale. Sur le soir, ils
devaient prendre un peu de nourriture, du pain, des fruits, des poissons, afin
de se disposer par ces prières et ces jeûnes à la venue de l’Esprit-Saint. Elle
les excita à faire l’oraison mentale, en leur en faisant connaître l’excellence
et la nécessité, parce que la plus noble occupation de la créature raisonnable
est d’élever son esprit au-dessus des choses créées et de méditer les choses
divines, et rien ne doit être préféré à ce saint exercice. La mère de la
sagesse et la maîtresse de la charité donnait ses divines leçons, elle
éclairait les esprit et enflammait le coeur des apôtres et des disciples, les
remplissait de ferveur et les disposait, afin qu’ils fussent prêts à recevoir
le Saint-Esprit et ses dons précieux. Elle leur ensei-
180
gnait, que le
divin esprit se communiquerait à eux selon leurs saintes dispositions, afin
qu’ils pratiquassent avec persévérance et courage les actes intérieurs et
extérieurs des saintes vertus, comme les génuflexions, les prostrations
profondes et les autres humbles adorations et actes de religion et de
vénération, pour adorer la divine Majesté et la grandeur infinie du Très-Haut.
Chaque matin et
chaque soir elle allait demander la bénédiction aux apôtres avec une profonde
humilité, d’abord à saint Pierre et à saint Jean, ensuite aux autres par rang
d’ancienneté. Ils furent tous étonnés au commencement de voir à leurs pieds la
grande mère de Dieu et ils refusèrent de la bénir, mais comme mère de la
sagesse qui possédait la plénitude de la science, elle leur fit connaître la
grandeur de leur état comme prêtres, et la sublimité de la dignité sacerdotale,
et que c’était à eux de la bénir et à elle d’être bénite. C’est pourquoi tous
lui donnèrent leur bénédiction à la grande édification des fidèles. Les paroles
de la sainte Vierge étaient douces, ferventes, agréables et efficaces pour
toucher les coeurs de ces premiers fidèles, de sorte qu’elle les éclairait et
embrasait avec une force divine et douce, pour leur faire pratiquer ce qu’il y
n de plus saint et de plus parfait dans la vertu. Ensuite étonnés de ressentir
eux-mêmes ces admirables effets, ils en conféraient entre eux et disaient: Nous
trouvons véritablement dans cette pure créature la même doctrine et la même
consolation dont nous avions été privés par l’abandon et l’absence de notre
divin maître, de sorte que par ses oeuvres, ses paroles, ses conseils et sa
conversation pleine de grâces, d’humilité et de douceur, elle nous enseigne et
nous persuade comme nous l’éprouvions avec notre aimable rédempteur lorsqu’il
s’entretenait avec nous; essuyons nos larmes puisque étant privés de notre
divin maître, il nous a
181
laissé cette mère
et cette maîtresse. Lorsqu’ils allaient lui demander des conseils, il est
impossible de dire avec quelle modestie, humilité et grande clarté elle les
contentait, elle leur expliquait les choses mystérieuses et cachées avec tant
de facilité et de clarté qu’ils étaient éclairés et satisfaits, parce que comme
mère de la sagesse elle savait s’accommoder à la capacité de chacun. Oh! si les
apôtres avaient laissé par écrit tout ce qu’ils apprirent et connurent de cette
divine mère, ce qu’ils virent comme témoins oculaires, et ce qu’ils entendirent
pendant le temps de sa vie et en particulier pendant les jours qu’ils
attendirent l’Esprit-Saint, il est certain que nous aurions une connaissance
plus étendue de la sublime doctrine et de l’incomparable sainteté de notre
grande reine. Dans ce qu’elle expliquait et par les effets qu’elle produisait,
on reconnaissait que son très-saint fils lui avait communiqué une sorte de
divine vertu semblable à la sienne, quoique dans le Seigneur elle fut comme une
fontaine dans sa source, et dans la très-pure Marie comme un canal, par lequel
elle se communiquait et se communique à tous les mortels. L’épiscopat du
malheureux Judas était, comme dit le prophète David, ps. 108, vacant par sa
trahison et sa mort désespérée , il était donc nécessaire d’en pourvoir un
autre qui fût digne de l’apostolat, car c’était la volonté du Seigneur qu’à la
venue de l’Esprit-Saint le nombre de douze fut complet comme le divin maître
l’avait fixé lorsqu’il les choisit. La sainte Vierge fit connaître aux onze
apôtres cet ordre du Très-Haut, dans une conférence qu’elle leur fit. Ils
approuvèrent tous unanimement ce qu’elle avait proposé, et ils la prièrent
comme mère et maîtresse qu’elle voulût bien élire celui, qu’elle connaissait le
plus digne et le plus propre pour l’apostolat. Quoique la grande reine sut bien
celui qui devait être élu, car elle avait les noms de tous les douze dans son
182
coeur très-pur et
brûlant de charité, néanmoins elle connut par sa profonde sagesse qu’il était
convenable de remettre ce soin à saint Pierre, afin qu’il commençât à exercer dans
l’Église naissante l’office de souverain pontife et de chef universel de toute
l’Église. Elle chargea donc avec humilité saint Pierre, vicaire de
Jésus-Christ, de faire cette élection en présence de tous les disciples et des
autres, afin que tous le vissent agir comme chef suprême de l’Eglise. Saint
Pierre fit ce que la divine mère lui avait dit.
Saint Luc dans les actes des apôtres décrit la manière de cette élection.
Pendant les jours qui s’écoulèrent entre l’ascension et la pentecôte, saint
Pierre ayant convoqué les cent-vingt personnes qui s’étaient aussi trouvées
présentes à l’ascension du Seigneur, leur fit un discours où il leur annonça
qu’il fallait accomplir la prophétie de David à l’égard de Judas, qui avait été
choisi parmi les disciples comme apôtre, après avoir malheureusement prévariqué
se pendit lui-même, et ayant crevé par le milieu du ventre ses entrailles se
sont répandues, ce qui est notoire dans tout Jérusalem; il était donc
convenable d’en élire un autre à sa place dans l’apostolat, pour attester la
résurrection du sauveur, et qu’il devait être un de ceux qui avaient suivi
Jésus-Christ dès le commencement de la prédication. Après avoir fini ce
discours, tous les fidèles furent unanimes à obéir ù saint Pierre pour la
manière dont il fallait faire ce choix, et il détermina qu’ils devaient en
nommer deux d’entre les soixante-douze disciples. On le fit aussitôt, et
Joseph, ordinairement appelé le juste, et Matthias furent élus: ensuite il dit
que celui des deux qui serait désigné par le sort fut élu apôtre. Cela fut
approuvé. On écrivit le nom de chacun sur des billets séparés, mais semblables,
qu’ils mirent dans un vase. Ensuite ils firent au Seigneur une fervente prière,
afin que celui qui était selon sa sainte volonté fût élu.
183
Saint Pierre se leva, il tira au sort un des billets et ce fut celui de
saint Matthias, et tous reconnurent et acceptèrent aussi- tôt avec joie saint
Matthias pour légitime apôtre de Jésus- Christ. La sainte Vierge, qui avait
toujours été présente, lui demanda humblement la bénédiction, et tous les
autres fidèles en firent de même à son exemple. Ensuite ils persévérèrent tous
dans le jeûne et la prière jusqu’à la venue de l’Esprit-Saint.
Il est impossible de s’imaginer l’amoureuse sollicitude de la sainte Vierge
et son ardente charité, pour affermir la faiblesse de cette pieuse mais encore
imparfaite assemblée. Les apôtres mêmes doutaient de la venue de
l’Esprit-Saint; comme mère de la piété, elle venait à leur secours et dissipait
leurs doutes, lorsque faibles et chancelants, ils disaient, que l’Esprit-Saint
promis ne venait pas. Elle les rassurait avec une grande charité, en leur
disant: tout ce que mon divin fils a dit s’est entièrement accompli, il a dit
en particulier qu’il devait souffrir et ressusciter, et tout cela s’est
vérifié. Si donc il a dit qu’il enverra l’esprit consolateur, sans aucun doute
il viendra pour nous consoler et nous sanctifier. En entendant ces paroles ils furent
tous si unanimes à l’avenir et si unis, qu’on ne vît plus la plus légère
discorde dans cette dévote assemblée, de sorte qu’ils n’étaient plus qu’un
coeur et qu’une âme, et n’avaient qu’un même sentiment et
184
une même volonté;
et s’il n’y eut aucune division, ni aucune dispute dans l’élection de saint
Mathias, ce fut l’effet des ferventes exhortations de la divine mère. Aussi
cette union de charité dans le cénacle causait à l’enfer un nouveau tourment.
La reine des anges et mère de la grâce connaissait déjà le temps et l’heure
déterminée à laquelle l’Esprit-Saint devait venir, les jours de la pentecôte,
qui étaient de cinquante jours après la résurrection du rédempteur, étant
accomplis. La grande reine vit l’humanité de la personne du Verbe, qui représentait
au Père éternel la promesse qu’il avait faite d’envoyer au monde, par une
communication particulière, l’esprit consolateur, il lui présentait ses mérites
et ses plaies comme avocat et médiateur, et aussi parce que sa mère bien-aimée
vivait dans le monde qui le désirait ardemment. La grande reine accompagnait
cette demande de son divin fils, tantôt les bras étendus en croix, tantôt la
face contre terre, et elle connut que les divines personnes voulaient consoler
avec bonté l’Eglise naissante. Elle avertit alors les apôtres et les autres
disciples, les exhortant à prier avec ferveur et à demander que l’Esprit-Saint
descendît, parce qu’il devait bientôt venir. Tandis qu’ils priaient tous avec
la grande reine avec une grande ferveur, à l’heure de tierce, on entendit dans
les airs un grand bruit de tonnerre épouvantable, et un vent impétueux ou un
souffle violent accompagné d’une grande splendeur semblable à un éclair, et un
feu qui parut investir tout le cénacle et le remplit de lumière, ce feu divin se
répandit sur cette sainte assemblée et sur la tête de chacun, en forme de
langue de ce même feu dans lequel l’Esprit-Saint venait, ils furent tous
remplis de divines influences et de dans sublimes, en même temps il produisit
dans le cénacle et dans Jérusalem divers effets. Ces effets dans la très-sainte
Vierge
185
furent divers et
admirables, elle fut élevée et transformée en ce même Dieu consolateur et
pendant quelques temps, elle jouit de la vision béatifique de la divinité, de
sorte qu’elle seule reçut plus de dons et d’effets ineffables que tout le reste de l’Église, et sa gloire en ce moment
surpassa celle de tous les anges et de tous les saints ensemble. Elle seule
rendit plus d’actions de grâces, de louanges, d’honneur et de gloire au
Très-Haut, pour avoir envoyé son divin Esprit que toute l’Église ensemble.
Aussi le Seigneur se complais dans les vives et ferventes actions de grâces de
la pure colombe la divine Vierge, résolut de l’envoyer d’autres pour le
gouvernement de son Église. En même temps tous dons, les faveurs et les grâces
de l’Esprit-Saint furent renouvelées à sa bienheureuse épouse avec de nouveaux
effets et opérations divines.
Les apôtres furent aussi remplis de l’Esprit-Saint avec accroissements
admirables de la grâce justifiante, et ils fur seuls confirmés en grâce pour ne
plus la perdre. Ils reçurent les habitudes infuses des sept dons, savoir : de
sagesse, d’intelligence, de science, de piété, de conseil, de force et de
crainte-de-Dieu. Par ce bienfait ils furent renouvelés et fortifiés pour être
de dignes ministres de la loi nouvelle et fondateurs de l’Église, car cette
nouvelle grâce et cette multiplicité de dons leur communiquèrent une vertu
divine, les poussait avec une force douce et efficace à tout ce est le plus
héroïque dans toutes les saintes vertus et au plus sublime de la sainteté. Il
opéra aussi dans tous les nui disciples et fidèles, suivant la disposition de
chacun. Saint Pierre et saint Jean furent enrichis en particulier de dons
sublimes, l’un comme chef de l’Église, l’autre comme fils de la grande
souveraine de l’univers. Cette divine et belle lumière qui remplit le cénacle
se répandit au-dehors, de sorte
186
que tous ceux qui
avaient eu quelques bons sentiments pour le rédempteur au moins par des actes
de compassion, furent éclairés intérieurement par une nouvelle lumière qui les
disposa à recevoir la doctrine des apôtres.
Les effets contraires du Saint-Esprit pour les habitants de Jérusalem ne
furent pas moins merveilleux quoique plus cachés. Des tonnerres épouvantables
et des éclairs effrayants portèrent le trouble chez les ennemis du Seigneur,
qui furent saisis de crainte en châtiment de leur ‘incrédulité. Bien plus, ceux
qui prirent part et participèrent de quelque manière à la mort du rédempteur
avec une cruauté ou une rage plus particulière tombèrent le visage contre
terre, et restèrent presque morts pendant trois heures. Les autres qui le
flagellèrent, moururent tout-à-coup suffoqués par leur propre sang qui
s’extravasa dans la chute. Le barbare et ingrat Malchus qui donna le cruel
soufflet au Seigneur, non-seulement mourut tout-à-coup, mais il fut emporté par
les démons en corps et en âme; le reste des Juifs, fut châtié par de vives
douleurs et d’abominables maladies. Le châtiment s’étendit jusqu’à l’enfer, car
1es démons et les damnés ressentirent une plus grande oppression de peines et
de tourments particuliers, qui dura trois jours entiers, Lucifer et ses démons,
poussaient des hurlements et jetaient des cris épouvantables de douleur et
d’épouvante. Oh ! Esprit-Saint, adorable et tout-puissant; la sainte Église
vous appelle le doigt de Dieu, parce que vous procédez du Père et du
Fils, comme lé doigt du corps et du bras. Vous êtes Dieu comme le Père et le
Fils, infini, éternel, immense, ah! triomphez de la méchanceté des hommes, et
par les mérites de Jésus-Christ et de sa divine mère communiquez-nous vos dons.
Ainsi-soit-il.
187
Les Hébreux célébraient à Jérusalem, le dimanche de la venue de
l’Esprit-Saint, une fête solennelle, c’est pourquoi il y avait dans la ville
une grande affluence d’étrangers, qui furent surpris avec les habitants de ces
nouvelles merveilles qu’ils avaient vues de leurs propres yeux sur le cénacle
et ils accoururent promptement pour en connaître la cause. Les saints apôtres,
entendant le bruit que faisait ce grand con- cours de personnes, demandèrent la
permission à la divine maîtresse d’ouvrir les portes et de sortir pour
instruire ce peuple par la sainte prédication., ils sortirent donc et
commencèrent à prêcher à cette multitude. Après avoir été retirés pendant
cinquante jours, ils se montrèrent avec résolution et les paroles qui sortaient
de leur bouche comme des rayons d’une nouvelle lumière pénétraient profondément
les coeurs de ceux qui les écoutaient, et se regardant les uns les autres avec
étonnement ils disaient. Qu’est-ce que tout ceci que nous voyons de nos jours?
Est-ce que ces hommes qui nous parlent ne sont pas Galiléens? Comment les
entendons nous tous dans notre propre langue, Juifs et Prosélytes, Romains et
Latins, Grecs, Crétois, Arabes, Parthes, Mèdes, nous les entendons tous dans la
langue de notre pays. Cette nouvelle produisit plusieurs effets divers dans
l’esprit des auditeurs, qui se divisèrent en sentiments contraires suivant les
dispositions de chacun; ceux qui écoutaient les apôtres avec dévotion,
recevaient de grandes connaissances de la divinité et de la rédemption des
hommes, qui étaient le sujet dont les apô-
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tres prêchaient
avec une grande ferveur; c’est pourquoi par la force des ferventes paroles ils
étaient excités à connaître la vérité, et éclairés par la divine lumière, ils
avaient une vive douleur de leurs péchés et les déploraient; ils accouraient
alors, en versant des larmes aux pieds des apôtres, afin qu’ils leurs
enseignassent ce qu’ils devaient faire pour avoir la vie éternelle. Il y en
avait d’autres, qui étant endurcis, s’indignaient de leurs raisonnements et au
lieu de profiter de la divine parole, ils appelaient les apôtres des inventeurs
de nouveautés. Plusieurs juifs, encore plus méchants les regardaient comme des
hommes ivres. Saint Pierre comme chef de l’Église se leva pour repousser ce blasphème
et parlant avec une grande force il les convainquit par les textes des
prophètes, comme le rapporte saint Luc dans les actes des apôtres, ils
s’écrièrent donc en versant des larmes, que pouvons-nous pour obtenir le salut?
Saint Pierre, leur dit à haute voix;, faites une véritable pénitence, recevez
le baptême et vos péchés vous seront pardonnés, vous recevrez aussi le Saint-
Esprit. Trois mille personnes se convertirent et furent instruits aussitôt et
baptisés : les incrédules couverts de confusion, s’éloignèrent d’eux.
Dieu voulut que les trois mille pet-sonnes converties fussent de diverses
nations, afin que de retour dans leurs pays la doctrine évangélique et la grâce
du Saint-Esprit se répandissent et que les fidèles ainsi dispersés formassent
une Église. Les apôtres rentrèrent de nouveau au cénacle avec une grande partie
des nouveaux fidèles convertis, pour raconter à la divine mère ce qui était
arrivé et afin que les nouveaux convertis à la foi la vissent et la
vénérassent. De sa retraite elle avait tout vu et entendu, elle avait même
pénétré toutes les pensées des auditeurs, car lorsque les apôtres sortirent sur
la porte du cénacle, elle s’était prosternée la face contre
189
terre, et elle
avait demandé avec beaucoup de larmes la conversion de tous ceux qui étaient
venus à la prédication de saint Pierre, et elle avait prié Dieu afin qu’il
donnât aux apôtres la force et l’inspiration pour persuader et enflammer les
auditeurs. Elle leur envoya aussi plusieurs anges de sa garde pour les assister
aux uns comme aux autres. Lorsque les apôtres vinrent en sa présence avec ces
prémices de leurs peines, et ces fruits de la passion de son fils et de la
venue de l’Esprit-Saint, elle les reçut comme mère de la piété, avec une
charité, un amour et une douceur très-grandes. Ensuite saint Pierre leur dit :
frères bien-aimés, celle-ci est la mère de notre divin maître et commun
rédempteur Jésus, dont vous avez reçu la foi, cette reine est sa véritable mère
qui l’a conçu par l’opération du Saint-Esprit dans ses chastes entrailles et
l’a mis au monde par miracle, en restant toujours Vierge très-pure, Vierge
avant l’enfantement, dans l’enfantement et après l’enfantement. Recevez-la donc
comme votre mère, votre protectrice, votre médiatrice, auprès de la divine
majesté et par elle vous aurez avec nous la lumière, la consolation, le remède
des péchés et de toutes les misères de cette vie fragile. Avec ,cette,
exhortation et par les lumières intérieures que la divine mère leur obtint, ils
furent remplis de consolations célestes, et, prosternés à terre et la tête
inclinée, ils lui demandèrent tous sa bénédiction, la mère de l’humilité refusa
de la donner en présence des prêtres, mais saint Pierre la pria de donner cette
consolation à ces pieux fidèles, aussitôt elle obéit au chef de l’Église, et
avec une humble sérénité de reine, elle donna la bénédiction à ces nouveaux
convertis, qui se Sentirent remplis en ce moment de consolations célestes;
ayant vu que la divine mère obéissait à saint Pierre, ils s’adressèrent au
saint apôtre et le supplièrent de ne pas les laisser congédier de sa présence
sans qu’elle leur
190
dit quelques
paroles pour les exciter encore plus grandement. Saint Pierre, crut qu’il était
convenable de donner cette consolation à ces âmes, se tournant alors vers la
divine reine il lui dit écoutez les prières de ces fidèles, vos enfants. La
grande reine obéit aussitôt, et parla aux nouveaux fidèles comme mère de la
sagesse avec zèle et humilité, ils en furent tous remplis de ferveur, édifiés
et remplis de lumière et d’admiration. Après avoir reçu sa bénédiction ils
retournèrent chacun dans leur maison.
Les apôtres et les disciples continuèrent dès ce jour sans aucune
interruption à prêcher et à faire des miracles et pendant toute l’octave, ils
catéchisèrent les trois mille convertis avec un grand nombre d’autres personnes
qui recevaient tous les jours la foi, ensuite ils les baptisèrent tous. Les
femmes après avoir entendu les apôtres et reçu la divine lumière, allaient
auprès de la Magdeleine et des Maries pour être catéchisées, car toutes les
saintes femmes qui reçurent le Saint-Esprit eurent aussi le don des langues, et
de faire des miracles. Le bruit de cette nouveauté se répandit aussi- tôt dans
toute la ville de Jérusalem et même au-dehors, et on leur amenait tous les
infirmes, les énergumènes, les estropiés., pour être guéris et ils étaient
consolés, car ils recevaient la santé du corps et de l’âme avec la lumière de
la foi. Ainsi se dilataient la sainte foi, la doctrine et les conseils de
Jésus-Christ; les fidèles aimaient la pauvreté, la pureté, la paix, l’humilité,
et ils vendaient tout ce qu’ils possédaient et en apportaient le prix aux pieds
des apôtres, pour se débarrasser ainsi du danger du péché; ils se regardaient
tous comme des frères et se contentaient de ce qui leur était donné par les
apôtres. Ce fut le siècle d’or de l’Église de Jésus-Christ, dans lequel la foi
était vive, l’espérance ferme, la charité ardente, l’humilité vraie et la
sainteté admirable.
191
Il n’est pas possible de rapporter dans cette vie si abrégée , les miracles
et les oeuvres admirables, que fit la reine des anges dans la primitive Eglise.
Elle ne perdit ni un moment, ni une occasion de faire quelque faveur signalée à
l’Église, ou en particulier, elle priait continuellement sans jamais cesser ni
se reposer pour les nécessités spirituelles et temporelles de tous, son divin
fils qu’elle savait ne lui refuser jamais rien. Elle les exhortait aussi tous,
les enseignait, leur donnait des conseils, les éclairait et leur accordait des
grâces comme trésorière et dispensatrice des trésors de Dieu, de sorte que dans
ces années pendant lesquelles elle vécut dans la sainte église, le nombre de
ceux qui se damnèrent (par rapport à celui des autres temps) fut très-petit et
au contraire il y en eut plus de sauvés dans ce petit nombre d’années, que
pendant plusieurs siècles après, en parlant toujours des fidèles. Le bonheur de
ce siècle d’or de l’Église, pourrait nous donner une grande jalousie a nous qui
sommes nés au sein de la même lumière, mais nous devons considérer que nous
fûmes tous présents à l’intelligence et au coeur de cette miséricordieuse et
divine mère lorsqu elle vivait, car elle nous vit tous et nous connut dans
l’ordre du temps et dans la succession des, enfants de l’Église dans laquelle
nous devions naître, et elle pria pour tous avec instance de la même manière
qu’elle pria pour ceux-là. Maintenant dans le ciel elle n’est pas changée, sa
charité n’est pas moindre et son intercession et sa protection pour nous est la
même. Toute la faute vient de nous qui ne vivons pas avec la fidélité avec
laquelle les fidèles vivaient alors.
Le soin qu elle prenait des apôtres comme miséricordieuse mère ne peut se
décrire. Elle ne cessait de les animer ainsi que les autres ministres de la divine
parole, et de les exhorter aux grandes choses, elle leur rappelait la pureté
d’inten-
192
tion qu’ils
devaient avoir dans les oeuvres miraculeuses par lesquelles son divin fils
commençait à établir et à propager la foi dans son Église. Elle leur rappelait
les grandes vertus que le Saint-Esprit leur avait communiquées pour en faire,
des dignes ministres, et l’assistance du bras tout-puissant du Très-Haut, dont
ils devaient toujours reconnaître le besoin continuel, et les actions de grâces
incessantes qu’ils devaient rendre pour les merveilles qu’ils opéraient. Elle
enseignait la même doctrine au collège apostolique, et elle la mettait la
première en pratique par des génuflexions, des prostrations et des louanges
qu’elle donnait au Seigneur avec de continuelles actions de grâces. Plusieurs
convertis lui demandaient de l’entendre en secret pour conférer avec elle de
leur intérieur, et comme une véritable mère pleine de tendresse, elle les
consolait toujours, parce qu’elle connaissait le coeur de tous , leurs
affections, leurs inclinations et leur appliquait le remède proportionné et
salutaire. Les femmes principalement, après avoir parlé et avoir conféré une
seule fois avec la grande reine en revenaient toutes enflammées de charité, et
lui apportaient les pierreries et autres objets de grande valeur, et d’autres
après la première fois qu’elle lui avaient parlé se dépouillaient de leurs
riches ornements. et les mettaient aux pieds de la divine maîtresse, mais elle
ne recevait jamais rien et ne voulait rien accepter à aucun titre. S’il lui
paraissait convenable d’accepter quelque chose, elle disposait ceux qui
l’offraient à l’apporter aux apôtres, afin que ceux-ci ensuite le donnassent,
en le distribuant avec équité et charité entre les fidèles les plus nécessiteux,
et l’humble reine leur en témoignait sa gratitude, comme si elle l’avait reçue
elle-même. Elle recevait les pauvres et les malades avec une bonté et un amour
ineffables, et elle en guérissait beaucoup de maladies invétérées, elle re-
193
médiait à
beaucoup de leurs nécessités cachées par le moyen de saint Jean, car elle
veillait à tout, sans jamais rien laisser, ni omettre de ce qui regardait les
vertus. Les apôtres et les disciples s’occupaient à prêcher et à catéchiser, et
les, saintes femmes instruisaient aussi, pour elle, se regardant comme la
servante de tous, elle veillait à ce que la nourriture nécessaire ne leur
manquât point, et à l’heure venue elle les servait elle-même. Elle servait les
prêtres à genoux et leur demandait la main à baiser avec une incroyable
humilité, mais elle le faisait aux apôtres avec une vénération plus grande,
parce qu’elle voyait en eux la grandeur de la grâce et qu’ils étaient
environnés de splendeur comme remplis de Saint-Esprit.
Les apôtres continuaient avec assiduité et sans interruption leurs
prédications qu’ils accompagnaient de miracles et de prodiges, le nombre de
ceux qui croyaient s’accrut, et sept jours après la venue de l’Esprit-Saint il
était déjà de cinq mille, mais ces fruits si abondants étaient dus aux.
ferventes prières de la grande maîtresse de l’Eglise. Saint Pierre et saint
Jean et le reste des apôtres. vinrent à la pré-
194
sence de la
divine mère qui les reçut avec une grande vénération, elle se mit à genoux et
demanda avec humilité la bénédiction au chef de l’Église, après l’avoir donnée
saint Pierre parla au nom de tous les autres, il exposa à la divine maîtresse,
que les nouveaux chrétiens étaient instruits dans les articles nécessaires de
la foi et qu’il serait convenable de les baptiser, mais qu’on demandait son
avis pour connaître la volonté de Dieu. La prudente mère répondit, Seigneur,
vous êtes le chef de l’Église et le vicaire de mon très-saint fils, ainsi tout
ce que vous ferez en son nom sera approuvé de sa divine volonté, et ma volonté
est la vôtre avec celle de mon fils; alors saint Pierre ordonna, que le jour
suivant qui correspond au dimanche de la sainte Trinité, le saint baptême
serait donné, aux catéchumènes qui s’étaient convertis cette semaine. Quelques
uns de l’assemblée pensaient qu’il fallait donner le baptême de Jean-Baptiste
qui était le baptême de la pénitence, mais saint Pierre et saint Jean avec la
divine mère décidèrent qu’il fallait donner le baptême de Jésus-Christ, et ils
furent d’avis que la matière devait être l’eau naturelle, et la forme : Je
vous baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, parce que notre
Seigneur avait désigné cette matière et cette forme, et qu’il en avait ainsi
baptisés plusieurs de sa main. Quoiqu’on lise dans les actes des apôtres
,qu’ils baptisaient au nom de Jésus-Christ, il ne faut pas entendre ceci de la
forme du baptême, mais de l’auteur, pour distinguer ce baptême de celui de
pénitence que saint Jean-Baptiste avait établi; car baptiser au nom de Jésus,
signifie la même chose que baptiser du baptême institué par Jésus-Christ, parce
que la forme est la même que celle que le divin maître avait enseignée.
Le jour suivant
les catéchumènes se rassemblèrent tous.
195
dans le cénacle, saint Pierre pria la divine mère d’instruire plus parfaitement ces nouveaux convertis par ses ferventes paroles. La mère de l’humilité leur dit avec une grande modestie, mes enfants, le rédempteur du monde, mon fils et vrai Dieu, à cause de l’amour qu’il avait pour les hommes a offert au Père éternel le sacrifice de son corps divin et de son sang, en se consacrant et se cachant sous les espèces du pain et du vin, sous lesquelles il a voulu rester présent dans la sainte Église, afin que ses enfants e