CANTIQUE NOUVEAU
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DU CANTIQUE NOUVEAU ET Du retour à la céleste Patrie.

Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.

In Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 323-329.

 

 

DU CANTIQUE NOUVEAU ET Du retour à la céleste Patrie.

CHAPITRE PREMIER. PASSAGE DE L'ANCIENNE VIE A LA VIE. NOUVELLE.

CHAPITRE II. RATONS NOTRE MARCHE VERS LA PATRIE.

CHAPITRE III. DE LA VOIE TERRESTRE VERS LA PATRIE.

CHAPITRE IV. DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VOYAGEURS.

CHAPITRE V. LA VRAIE ET LA FAUSSE PRÉDICATION.

CHAPITRE VI. ERREUR DES MANICHÉENS.

CHAPITRE VII. ERREUR DES ARIENS.

CHAPITRE VIII. HÉRÉSIE DES PÉLAGIENS.

CHAPITRE IX. RÉFUTATION DES HÉRÉSIES.

CHAPITRE X. EXHORTATION AUX CATÉCHUMÈNES.

 

 

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CHAPITRE PREMIER. PASSAGE DE L'ANCIENNE VIE A LA VIE. NOUVELLE.

 

1. Quiconque désire le baptême de Jésus-Christ désire une vie nouvelle. Qu'il quitte donc la vie ancienne pour parvenir à la vie nouvelle: N'y eut-il pas l'Ancien Testament, l'ancien cantique, l'homme ancien? aujourd'hui c'est le Testament nouveau, le cantique nouveau pour l'homme nouveau. Prouvons ce que nous disons par les témoignages des saintes Ecritures. Nous lisons dans Jérémie : « Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, et j'accomplirai mon testament nouveau sur la maison de Juda (1) ». David dit également « O Dieu, je vous chanterai un cantique nouveau (2) » ; et encore : «Chantez au Seigneur un cantique nouveau (3) ». L'apôtre saint Paul ajoute : « Vous dépouillant du vieil homme,  revêtez le nouveau (4) » ; et ailleurs : « Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau (5) ». Quelles choses anciennes sont passées? lesquelles sont devenues nouvelles? Si j'ai un auditeur spirituel, non-seulement il comprend, mais il voit ce qui est devenu nouveau. Si au contraire il est parmi vous un auditeur charnel qui juge tout par les yeux de la chair et rien par l'esprit, il sourit et répond : Je vous en prie, dites-moi ce qui est devenu nouveau. Le ciel que je vois n'est-ce pas celui que je contemplais auparavant, et les étoiles brillent-elles d'un nouvel éclat? Le soleil ne parcourt-il pas toujours la même carrière pendant le jour, et la lune pendant la nuit? La mer a-t-elle rompu ses digues, ou la terre enfanté des productions nouvelles? Comme au commencement le jour n'est-il plus de douze heures, sauf à s'accroître

 

1. Jerem. XXXI, 31.— 2. Ps. CXLIII, 9. — 3. Ps. XCV, 1. — 4. Coloss. III, 9,10.— II Cor. V,17.

 

en été et à décroître en hiver? Parmi les mortels a-t-on cessé de mourir, a-t-on cessé de naître? Si donc tout se passe comme au commencement, si tout a conservé son mouvement et sa fin, pourquoi vient-on nous dire : «Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau? » Paul, répondez à celui qui nous pose cette question; devant vous surtout je sens mon impuissance, répondez pour moi. Ecoutez donc l'Apôtre. Auditeur charnel, pourquoi cherchez-vous à tout voir par les yeux de la chair? Elevez plus haut votre esprit, afin que vous puissiez comprendre cette parole : « Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau ». Quelles choses anciennes sont passées, lesquelles sont devenues nouvelles?

« Le premier homme est l'homme terrestre formé de la terre; et le second homme est l'homme céleste descendu du ciel (1) ». Adam, l'homme ancien fait du limon de la terre, est passé ; Jésus-Christ est venu, le Dieu homme envoyé du ciel. La vétusté des esprits est passée ; la nouveauté des croyants est venue ; la vie charnelle est passée et remplacée par la vie spirituelle. Est-ce peu de chose que cette nouveauté démontrée par l'Homme-Dieu au point qu'en mourant il s'est chargé de votre vieillesse, qu'en ressuscitant il a montré en lui votre jeunesse, et qu'en montant au ciel il a affermi votre droit à la gloire? Les choses anciennes sont passées ; quelles choses anciennes ? Celles qui vous rendaient enfants d'Adam, enfants charnels. Quelles choses sont devenues nouvelles? C'est que vous êtes devenus enfants de Dieu, enfants spirituels. Tout ce qui était ancien est passé ; vous étiez terre : tout est devenu nouveau; vous êtes presque devenus célestes. Car « les cieux racontent la gloire de Dieu (2) ». Vous paraît-il impossible de devenir des

 

1. I Cor. XV, 47. — 2. Ps. XVIII, 1.

 

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hommes célestes, quand vous n'êtes encore que des hommes terrestres? Celui qui a fait de rien le ciel et la terre, ne peut-il pas de la terre faire le ciel ? Les choses anciennes sont passées; vous adoriez des pierres : tout est devenu nouveau, vous adorez le vrai Dieu. Les choses anciennes sont passées; la mortalité n'est plus: tout est devenu nouveau, l'immortalité a été promise. Les choses anciennes sont passées; toute chair avait péri par le péché de l'homme et de la femme : tout est devenu nouveau ; la chair a été renouvelée par l'enfantement miraculeux d'une Vierge. Les choses anciennes sont passées; la nation ancienne a disparu : tout est devenu nouveau; Jérusalem la cité céleste de la nouveauté a surgi dans sa puissance. Vous désirez donc parvenir à cette cité nouvelle, vous qui avez inscrit vos noms dans le livre de vie.

 

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CHAPITRE II. RATONS NOTRE MARCHE VERS LA PATRIE.

 

2. Mes frères, désirons vivement notre propre patrie; quant à cette terre d'exil qui nous en sépare encore, souffrons-la, mais ne lui donnons pas notre coeur ; hâtons-nous cependant. Qu'est-ce qui pourrait nous retenir ici ? qu'est-ce que vous pourriez aimer dans ce siècle? L'amour même que nous avons pour nos parents, nos épouses, nos enfants, nos richesses, de combien de souffrance n'est-il pas suivi? quelle crainte il engendre ? il n'y a pas lieu de nous fixer ici. En nous hâtant nous aspirons aux biens éternels, sans avoir à craindre que le siècle nous entraîne dans sa ruine. Préparons notre viatique, montons sur le vaisseau de la foi et de la croix, prenons l'espérance pour ancre de notre salut, déployons pour cordages nos différentes vertus, que la charité nous serve de voiles, demandons pour notre vent propice la parole de Dieu; purifions nos âmes de tout péché, et notre conscience par des aumônes. Que rien n'arrête la course de notre navire; fatiguons nos mains à travailler. Il les fatiguait pour se purifier celui qui disait. « Mes mains se lèvent vers lui pendant la nuit et je ne me suis pas trompé (1)». Ne nous endormons pas sur nos péchés: ils sont légers, mais ils sont nombreux. Un flot puissant et en courroux se précipite sur le navire et le menace du naufrage; déjà même l'onde amère pénètre à

 

1. Ps. LXXVI, 3.

 

travers les fissures et s'amoncelant dans la cale, menace d'un semblable malheur, si l'on ne s'empresse de là rejeter aussitôt. Hâtons-nous donc de curer l'égoût et ne négligeons pas la miséricorde, car l'aumône délivre de la mort, et purifie les péchés (1). Que la grâce de Jésus-Christ soit notre appui , et redisons le cri des matelots, le doux chant Alleluia, afin que joyeux et en sûreté nous entrions promptement dans l'éternelle et bienheureuse patrie.

Que notre âme ne craigne pas cette grande mer, c'est-à-dire le siècle présent, dont les puissances s'élèvent contre nous en flots pressés , en tourbillons immenses. Parce qu'ils avaient mis toute leur espérance en Dieu, une multitude innombrable de saints ont méprisé ces flots, les ont foulés aux pieds, et marchant sur les eaux sont arrivés sains et saufs dans l'éternelle patrie. Mais voici venir un vent furieux, une violente tempête, et pour chacun de nous, cette tempête c'est sa propre cupidité. La foi chancelle sur la mer, que Pierre s'écrie aussitôt : Seigneur, je péris : et celui qui pour nous a daigné marcher sur les eaux, présente sa main au naufragé et ne permet pas qu'il périsse (2). Voyez Paul, non-seulement montrant ce navire mais s'embarquant lui-même et appelant tous ses frères à sa suite. Quand il disait « Puisque vous avez la nourriture et le vêtement, sachez vous en contenter (3) », ne voulait-il pas nous montrer de quelles provisions nous devons nous munir ? Quand il disait : « Loin de moi de me glorifier si ce n'est dans a la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi et par qui je suis crucifié au monde (4) » ; il ne faisait autre chose que de monter dans le navire. Quand il disait « En votre qualité d'élus de Dieu, revêtez-vous de bonté, d'humilité, de longanimité, de mansuétude (5) », c'était là pour lui tendre ses cordages. Quand il disait: « La foi, l'espérance, la charité demeurent, mais la plus grande des trois, c'est la charité (6) » ; il rassemblait ses voiles. Quand il disait : « Que la parole de Dieu habite en vous abondamment (7)», il invoquait le vent propice. Quand il disait : « C'est pourquoi, pendant que nous en avons le temps, montrons-nous infatigables pour faire du bien à tous (8) » ; ou encore : « Travaillant de vos propres mains (9) »,

 

1. Tob. IV, 11. — 2. Matt. XIV, 25, 32. — 3. I Tim. VI, 8.— 4. Gal. VI, 14. — 5. Coloss. III, 12. — 6. I Cor. XIII, 13. — 7. Coloss. III, 16. — 8. Gal. VI, 10. — 9. I Thess. IV, 11.

 

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n'ordonnait-il pas de vider la cale ? Quand il disait: « Vous êtes sauvés par la grâce (1) », il invoquait une protection tutélaire. Quand il disait : « Chantant des psaumes et des hymnes du fond de vos cœurs à la gloire du Seigneur (2) », il nous apprenait quel doit être le cri des matelots. Quand il disait : « Nous avons été sauvés par l'espérance (3) », il jetait l'ancre dans le coeur des fidèles. Quand il disait : « La Jérusalem d'en-haut est libre, et c'est elle a qui est notre mère (4) », il nous montrait la patrie. Quand il disait : « O mort, où est ton aiguillon? Rendons grâces à Dieu qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur (5)», il n'était plus exposé aux périls de la mer et goûtait toutes les joies de la patrie. C'est là ce que vous avez enseigné, c'est là ce que vous avez fait, ô excellent nautonier, ô illustre maître et docteur ; et si vous êtes parvenu si promptement, c'est parce qu'avant de donner la leçon, vous aviez donné l'exemple.

 

 

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CHAPITRE III. DE LA VOIE TERRESTRE VERS LA PATRIE.

 

3. Peut-être, comme il est assez ordinaire , tel homme a horreur du vaisseau et des flots de la mer; il préfère donc se rendre par voie de terre à la patrie, quoique cette voie soit plus longue. Eh bien l je lui indiquerai la voie, ou plutôt elle s'impose d'elle-même. Le Sauveur ne s'écrie-t-il pas dans l'Evangile : « Je suis la Voie (6)? » Voilà la voie, marchez donc, mais cependant ne négligez pas de dompter votre coursier, c'est-à-dire votre chair, car c'est elle qui porte votre âme. Si le coursier qui vous porte menaçait de vous précipiter contre terre, est-ce que vous ne le dompteriez pas par la faim, pour suppléer à ce que vous ne pourriez faire par les rênes ? Notre chair, tel est notre coursier; nous voyageons vers Jérusalem et bien souvent cette chair tente de nous entraîner et de nous faire sortir de voie. Un tel coursier ne peut être modéré que parle jeûne. Encore ici voyez Paul, cet illustre voyageur, voyez-le domptant son coursier. « Bien souvent exposé à la faim, à la soif et au jeûne (7), je châtie mon corps et le réduis en servitude (8) ». Vous aussi qui désirez marcher, domptez votre chair et marchez. Vous marchez

 

1. Ephes. II, 8.— 2. Id. V, 19. — 3. Rom. VIII, 24. — 4. Gal. IV, 26. — 5. I Cor. XV, 55, 57. — 6. Jean, XIV, 6. — 7. II Cor. XI, 27. — 8. I Cor. IX, 27.

 

chez si vous aimez. Car ce n'est point en formant des pas, mais des affections que nous courons vers Dieu.

 

 

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CHAPITRE IV. DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VOYAGEURS.

 

4. La voie dont nous parlons cherche des voyageurs. Elle hait trois espèces d'hommes, ceux qui n'avancent pas, ceux qui retournent en arrière, ceux qui s'égarent. Des hommes de cette sorte que Dieu nous préserve de les imiter et d'en souffrir dans nos rangs 1 Tous nous marchons, mais les uns marchent plus lentement et les autres plus rapidement. On doit aiguillonner l'activité de ceux qui restent immobiles, on doit rappeler ceux qui retournent en arrière, on doit ramener à la bonne voie ceux qui s'égarent, on doit exciter ceux qui vont trop lentement et imiter les plus agiles. Celui qui n'avance pas, reste sur la voie; celui qui renonce à ce qui était mieux pour reprendre le pire, retourne en arrière ; celui qui abandonne la foi, s'écarte du bon chemin. Ne considérons que ceux qui marchent, soit qu'ils marchent lentement, soit qu'ils marchent rapidement. Quel est celui qui n'avance pas? C'est celui qui croit déjà posséder la sagesse, celui qui se dit à lui-même: Je suis bien comme je suis, et ne jette pas les yeux sur celui qui s'exprime en ces termes: « Oubliant ce qui est derrière moi, et m'avançant vers ce qui est devant moi, je cours incessamment vers le bout de la carrière pour remporter la palme à laquelle Dieu nous appelle par Jésus-Christ (1) ». Il marche en avant, il court; il ne reste pas, il ne regarde pas en arrière; pouvait-il se tromper, lui qui nous montrait la voie et nous apprenait à la suivre avec lui? Il nous invite à imiter sa célérité quand il nous dit : « Soyez a mes imitateurs comme je le suis de Jésus-Christ (2) ». Frères bien-aimés, regardez-nous donc comme vos compagnons de voyage; si nous allons trop lentement, précédez-nous ; nous n'avons aucune jalousie, nous cherchons des modèles que nous puissions suivre. Si vous croyez que-nous allons assez rapidement, courez avec nous; il n'y a pour nous tous qu'un seul et même but vers lequel nous marchons, les uns plus lentement, les autres plus rapidement. Quels sont ceux qui retournent en arrière ? Ceux qui quittent la continence

 

1. Philipp. III, 13, 14. — 2. I Cor. XI, 1.

 

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pour revenir à l'impureté, ceux qui après avoir embrassé la sainte et sublime carrière de la virginité retournent aux hontes de la volupté et corrompent tout à la fois leur esprit et leur chair. C'est à eux que l'apôtre saint Pierre adresse ce reproche : « Il eût été mieux pour eux de ne pas connaître la voie du salut, que de regarder en arrière après l'avoir connue (1) ». Regarder en arrière, quel crime et quel malheur ! La femme de Loth, arrachée à la ruine de Sodome, regarda en arrière malgré la défense qui lui en avait été faite, et fut frappée du malheur auquel elle avait échappé. Et ce n'est pas sans un profond dessein de la Providence qu'elle fut changée en une statue de sels ; n'était-ce pas pour que son exemple rendît sages un si grand nombre d'insensés? Quels sont ceux qui s'égarent ? Tous les hérétiques qui, après avoir abandonné la voie de la vérité, s'en vont errants dans le désert, se livrent au brigandage, entraînent les âmes dans le péché et s'opposent à ce que personne ne puisse parvenir à la patrie. Ce sont des loups domestiques sous la peau de brebis, qui intérieurement ne sont pas moins des loups rapaces; ils prêchent Jésus-Christ, la voie véritable, et ils conduisent à la mort ceux qui marchent à leur suite.

 

 

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CHAPITRE V. LA VRAIE ET LA FAUSSE PRÉDICATION.

 

5. Quelqu'un me dira peut-être : J'ignore ce que je dois faire : tel homme me prêche Jésus-Christ, me prêche la voie du ciel, se dit le disciple de Jésus-Christ, se dit annoncer la vérité, pourquoi ne le suivrais-je pas? Je réponds: Sa langue est en contradiction avec sa conscience. Comment le saurais je, dites-vous? est-ce que je puis sonder les replis de la conscience? Il me prêche Jésus-Christ; ce que j'entends, je le crois, je le conserve. Si -vous êtes l'enfant de la vérité, ne vous laissez pas séduire par l'enfant du mensonge. Vous, chrétien, qui désirez Jésus-Christ, apprenez à entendre et à voir. Si quelqu'un vous prêche Jésus-Christ , examinez sérieusement quel Christ il vous prêche, et où il vous le prêche. En effet, Jésus-Christ est la vérités, il est prêché par les saintes Ecritures, non pas dans les lieux détournés, secrètement, mais publiquement. Car « il a placé son tabernacle dans le

 

1. II Pierre, II, 21. — 2. Gen. XIX, 26. — 3. Jean, XIV, 6.

 

soleil (1) », c'est qu'il a voulu que son Eglise fût visible partout et toujours. Considérez donc celui qui vous prêche Jésus-Christ , qu'il vous dise avant tout quel est le Christ qu'il prêche.

 

 

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CHAPITRE VI. ERREUR DES MANICHÉENS.

 

6. Voici l'hérétique manichéen qui par sa doctrine promet de vous initier à la vérité et qui vous prêche un Christ faux et mensonger. Il n'avait point, dit-il, un corps véritable ; son corps n'était qu'un fantôme, le Christ était esprit. Point de corps en Jésus-Christ, telle est la doctrine de ce coupable manichéen. Malheureux hérétique, tu refuses donc de croire à la Vérité même quand elle s'écrie sans détour: « Palpez et comprenez qu'un esprit n'a ni os ni chair, comme vous en voyez en moi (2) ». Si vous refusez de croire à la vérité, croyez du moins au Juif qui le crucifie. Vous dites que Jésus-Christ était Dieu et n'était pas homme; le juif réplique en même temps : Il était homme, mais il n'était pas Dieu. L'Eglise catholique vous confond l'un et l'antre en vous disant : Je suis dans la vérité et je soutiens que Jésus-Christ est tout à la fois Dieu et homme. Vous, Manichéen, sur quoi vous appuyez-vous pour prouver que Jésus-Christ était esprit? C'est un esprit qui a reçu des soufflets? c'est un esprit qui a porté une couronne d'épines ? c'est un esprit qui a porté la croix? S'il n'était qu'un esprit, de qui donc les vêtements tirés au sort par les soldats? S'il n'était qu'un esprit, comment donc après avoir rendu l'esprit, son corps est-il resté sans vie et pendant plusieurs heures suspendu à la croix? S'il n'était qu'un esprit, comment son côté a-t-il été percé par une lance ? comment Joseph l'a-t-il reçu dans ses bras pour l'ensevelir? comment l'a-t-il déposé dans le tombeau? Tout cela peut-il se faire à l'égard d'un esprit? Tout ce qui avait été prédit par les prophètes a été parfaitement accompli dans sa personne. Vous êtes victime ou auteur d'une erreur grossière; la vérité vous confond, en tous points. La Vérité même a-t-elle donc menti, et prêchez-vous le vrai? Et où donc prêchez-vous? Dans le secret, dans les, ténèbres. Si votre prédication ne proclame que la vérité, rendez votre enseignement public. Montrez-moi votre Eglise. Vous êtes trompés

 

1. Ps. XVIII, 6. — 2. Luc, XXIV, 39.

 

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et trompeurs et nous connaissons vos oeuvres. C'est vous que l'Apôtre dévoile quand il s'écrie: « On rougit de dire ce qui se fait par eux en secret (1) ». Nous rougissons de le dire, mais vous n'en continuez pas moins vos oeuvres. Votre ignominie est manifeste, votre honte est mise à nu; vos professions de foi et vos écrits ont rendu pour tous votre doctrine à jamais flétrie : plaise à Dieu qu'un repentir sincère vienne changer vos cœurs !

 

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CHAPITRE VII. ERREUR DES ARIENS.

 

7. D’autres hérétiques, les Ariens, soutiennent que Jésus-Christ, la voie pour aller au Père, n'est point égal à son Père quant à la divinité. C'est pourtant lui qui a dit : « Mon Père et moi nous ne sommes qu'un (2) ». Les Ariens répondent : Puisque le Christ a été envoyé par Dieu, il est inférieur à Dieu, car celui qui envoie est plus grand que celui qui est envoyé. C'est là une argumentation toute humaine, qui ne repose sur aucun oracle divin. N'y a-t-il pas une opération propre à la Trinité? mais cette opération te sera toujours inaccessible, à toi hérétique, qui ne juges des choses que charnellement. Tu n'as point le coeur pur, comment donc arriverais-tu jusqu'à Dieu? En tant qu'homme, Jésus-Christ a été réellement envoyé; en tant que Dieu, il est égal à son Père. Et où donc le Père l'aurait-il envoyé, sans être lui-même et en même temps avec son Fils? Où le Fils pouvait-il venir sans qu'il fût en même temps avec son Père, lui qui a dit : « Je suis en mon Père et mon Père « est en moi » ; et ailleurs : « Philippe, celui qui me voit, voit mon Père (3)? » N'est-ce pas lui qui a dit par la bouche de son prophète « Je remplis le ciel et la terre (4) » ; n'est-ce pas de lui que Salomon a dit : « Il atteint d'une extrémité à l'autre avec force, et il dispose toutes choses avec suavité; il atteint toutes choses à cause de sa pureté (5)? »

Vous dites, hérétique, que celui qui envoie est plus grand, et que celui qui est envoyé est plus petit, parce que vous ne pensez qu'aux choses de la terre et du temps. Mais combien vous vous trompez de soumettre aux lois du temps Celui qui a créé tous les temps ! A vos yeux, si le Père est Dieu, si le

 

1. Ephes. V, 12. — 2. Jean, X, 30. — 3. Id. XIV, 10, 9. — 4. Jerem XXIII, 24. — 5. Sag. VIII, 1, et VII, 24.

 

Fils est Dieu, si le Père et le Fils sont éternels, gardez-vous de soutenir que pour s'être fait plus petit afin de vous racheter, le Fils, en vous créant, était inférieur à son Père. Mais, ajoutez-vous, n'a-t-il pas dit lui-même : « Mon Père est plus grand que moi (1)? » Sachez donc qu'en parlant ainsi il parlait de son humanité, ou comme Dieu et homme tout ensemble, et renoncez à votre erreur. En disant : « Mon Père est plus grand que moi », il ne faisait que s'appliquer comme homme cette parole du prophète : « Vous l'avez un peu abaissé au-dessous des anges (2) ». Et vous, dites-nous donc sous quel rapport vous le trouvez plus petit? Selon la puissance? Mais. « le Père ne juge personne, c'est le Fils qui juge toutes choses (3) ». Selon les oeuvres? Mais « tout a été fait par le Fils». Au point de vue de la durée, diriez-vous de Dieu ce que vous dites de vous-même, que vous êtes plus âgé que votre fils, et qu'il en est ainsi du fils de Dieu? Que ce blasphème ne frappé jamais les oreilles des fidèles ; quelle honte d'avoir à l'égard de Dieu de semblables idées ! Selon la divinité, le Fils est le Verbe de Dieu, suivant cette parole de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu (4) ». Direz-vous donc qu'il fut un temps où le Père était sans le Verbe, ou qu'il y eut un commencement avant le commencement même, car le Fils se dit être le commencement ? « Qui êtes-vous », lui demandèrent les Juifs? « Je suis le commencement », répondit-il (5). Dès lors cette parole de la Genèse: «Dans le commencement Dieu créa le ciel et la terre (6) », doit être interprétée du Fils qui est le commencement.

Par conséquent Dieu le Père a toujours été, Dieu le Fils a toujours été, sans qu'il ait pu y avoir un seul instant où, le Père n'ait pas été le Père, où le Fils n'ait pas été le Fils. En engendrant son Fils, le Père ne se diminue en aucune manière, il engendre un autre lui-même et demeure lui-même dans toute sou intégrité. Quant au Saint-Esprit, il ne précède aucune des personnes dont il procède, dont chacune reste dans son intégrité quoiqu'il en procède tout entier; il ne leur procure ni diminution ni augmentation. Et ces trois personnes ne sont qu'un seul Dieu, selon cette parole du prophète : « Vous êtes le seul Dieu

 

1. Jean, XIV, 28. — 2. Ps. VIII, 6. — 3. Jean, V, 22. — 4. Id. I, 3, 1. — 5. Id. VIII, 25. — 6. Gen. I, 1.

 

 

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grand (1) ». Pour vous, hérétique, établissez des degrés, séparez la Trinité; soutenez que le Père est plus grand, que le Fils est plus petit, et que le Saint-Esprit ne vient qu'au troisième degré de la gradation. J'ai prouvé tout à l'heure en peu de mots l'égalité absolue du Père et du Fils; laissez-moi vous parler aussi du Saint-Esprit que vous supposez encore plus petit que le Père et le Fils.

L'Esprit-Saint est réellement l'Esprit de Dieu. Il est en même temps avec le Père et le Fils, et partout tout entier; écoutez plutôt: « Dieu est Esprit », dit saint Jean (2). Le Fils vous dit par la bouche du Prophète : « L'Esprit de Dieu est sur moi (3)» ; il ne dit pas : après moi, de manière à n'en faire qu'un être inférieur, une sorte de serviteur qui suit son maître; il dit formellement: « L'Esprit de Dieu est sur moi ». L'ange Gabriel dit à Marie: « Le Saint-Esprit surviendra en vous (4) ». David s'écrie également : « Où irai-je pour échapper à votre Esprit, et pour me soustraire à votre face? Si je monte au ciel, je vous y trouve; si je descends dans l'abîme, je vous y rencontre (5)». Si donc, l'Esprit de Dieu est au ciel, sur la terre et dans les enfers avec celui qui dit: « Je remplis le ciel et la terre (6) », il est hors de doute que les trois personnes de la Sainte Trinité ne sont qu'un seul Dieu. Mais voici une autre preuve de la même vérité. Nous avons déjà cité cette première parole de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Nous trouvons là désignées la première personne, le Père, et la seconde, le Fils, commencement ou principe, selon la dénomination qu'il s'attribue à lui-même. Si vous cherchez le Saint-Esprit, le voici: « L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux ». C'est après cela que nous lisons: « Dieu dit : Que la lumière soit; Dieu forma de la terre; Dieu créa » ; toutes ces paroles ne prouvent-elles pas que les oeuvres de la Trinité sont inséparablement communes aux trois personnes ? La suite le prouve encore plus clairement.

En effet, quand il s'agit de la création de l'homme , l'Écriture s'exprime en ces termes : « Et Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ». Il ne dit pas: je ferai l'homme à mon image et à ma ressemblance; ce qui n'aurait pu s'appliquer qu'à la première personne ; il ne dit pas:

 

1. Ps. LXXXV, 10. — 2. IV, 24. — 3. Isaïe, LXI, 1. — 4. Luc, I, 35. — 5. Ps. CXXXVIII, 7, 8. — 6. Jerem. XXIII, 24.

 

que l'homme soit fait, ce qui aurait paru n'être qu'un ordre donné au Fils par qui tout a été fait; il n'est pas dit non plus: ils firent, ce qui aurait pu s'interpréter en ce sens que chaque personne y apporta chacune son travail. Il est dit d'une manière absolue : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance », comme pour mieux vous faire entendre que la Trinité n'est qu'un seul Dieu. Et le texte ajoute aussitôt: «Et Dieu fit l'homme et il le fit à son image (1) ». Voilà comment les saintes Écritures nous prouvent que la Trinité n'est qu'un seul Dieu; est-ce assez pour convaincre et confondre l'hérétique arien ?

Mais pour achever cette conviction, écoutez l'apôtre saint Paul nous parlant de Dieu le Fils: « Comme il avait la forme et la nature de Dieu, il n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu (2) ». Paul ne prêche-t-il pas l'égalité du Fils? et vous prêchez son infériorité. Est-ce l'Apôtre ou vous que je dois croire? vous que l'univers entier repousse avec dédain, ou l'Apôtre que tout le monde accueille et vénère? Si tard que ce soit, il en est temps encore, rougissez de votre perversité confondue, car le monde entier possède la doctrine de l'Évangile et des Apôtres.

 

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CHAPITRE VIII. HÉRÉSIE DES PÉLAGIENS.

 

8. Mais je dois encore signaler une autre caverne de voleurs , l'hérésie pélagienne; voici leur doctrine, mettez-vous en garde contre elle. L'Écriture avait dit : « Maudit soit l'homme qui place son espérance dans l'homme (3) », et ailleurs: « Que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur (4) ». Et voici que ces nouveaux hérétiques prétendent que l'on peut, sans avoir à craindre cette malédiction, compter uniquement sur soi-même, et se glorifier en soi-même. Mais pourquoi les honorer d'une longue réfutation? Le démon, leur père, n'a-t-il pas fait cette promesse au premier homme: « Non, vous ne mourrez pas, mais vous serez comme des dieux? » Et le premier homme méprisa la défense divine, crut à la parole du serpent, et perdit tous les privilèges qu'il avait reçus. Puisque le premier homme est tombé par son imprudence, que ses descendants prennent garde et réfléchissent. Dieu hait ceux qui présument de leurs propres forces. Si vous voulez savoir ce que

 

1. Gen. I. — 2. Philipp. II, 6. — 3. Jerem. XVII, 5. — 4. I Cor. 1, 31.

 

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peut le libre arbitre quand il n'est pas aidé par la grâce, regardez le premier homme. Il se suffit pour le mal; mais pour le bien il a absolument besoin du secours de la grâce. Le premier homme avait reçu le libre arbitre dans toute sa rectitude originelle et, selon la parole de l'Ecriture, « Dieu plaça devant lui le feu et l'eau : étendez la main vers ce que vous voudrez (1) ». Adam choisit le feu et laissa l'eau. Admirez ici la justice divine. L'homme reçut ce qu'il avait choisi librement; il avait voulu le mal, le mal devint son partage. Mais voici qu'à la justice divine vient se joindre l'infinie miséricorde. Voyant que pour avoir fait un mauvais usage de son libre arbitre, l'homme était condamné avec toute sa race, le Verbe, sans y être obligé ni même prié, descendit du ciel et par son humilité guérit l'homme des blessures mortelles que lui avait faites son orgueil; ceux qui s'égaraient; il les ramena dans la bonne voie, et les exilés il les conduisit dans la patrie. Que la nature humaine ne se glorifie donc pas en elle-même, mais uniquement en Celui qui l'a créée.

 

 

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CHAPITRE IX. RÉFUTATION DES HÉRÉSIES.

 

Quant aux autres sectes d'hérétiques qui toutes prêchent Jésus-Christ comme étant la voie véritable, et néanmoins s'en vont errant bien loin de la voie du ciel ; je ne veux, pour les confondre toutes, que cette seule parole de Celui qui est la voie véritable : « Beaucoup me diront en ce jour : Seigneur, est-ce que nous n'avons pas prophétisé en votre nom? est-ce qu'en votre nom nous n'avons pas chassé les démons et accompli de nombreux prodiges? Et je leur répondrai : Je ne vous connais pas : retirez-vous de moi , vous tous artisans d'iniquité (2) ». Vous avez commis l'iniquité, puisque vous avez déchiré l'unité de mon Eglise.

 

 

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CHAPITRE X. EXHORTATION AUX CATÉCHUMÈNES.

 

10. Fuyez donc toutes les hérésies, vous tous qui êtes devenus la semence fidèle de notre mère l'Eglise catholique, répandue sur toute la terre. Si quelqu'un vous annonce

 

1. Eccli. XV, 17. — 2. Matt. VII, 22, 23.

 

un autre Evangile, qu'il soit anathème (1). Rendez droits les chemins que vous foulez aux pieds, ne vous détournez ni à droite par présomption, ni à gauche par désespoir. Courez rapidement dans la voie droite ; c'est elle seule qui vous conduit à la patrie, à cette patrie qui a pour concitoyens les anges, pour temple Dieu lui-même , pour splendeur le Fils , pour charité le Saint - Esprit ; cité sainte, cité bienheureuse, cité qui ne perd aucun de ses amis, et où ne pénètre aucun ennemi; où la mort n'est pas connue, parce que la naissance y est ignorée ; où la maladie n'existe pas, parce qu'il n'y règne que la joie d'une santé éternelle. Quand nous y serons réunis, nous ne connaîtrons plus ni la faim ni la soif : nous nous rassasierons de la vision béatifique. Nous n'y dormirons pas, parce que nous n'y travaillerons pas. Nous n'aurons besoin de rien pour réparer nos forces, puisque nous n'y en perdrons aucune. Nous vivrons, nous régnerons, nous serons dans la joie. Si le simple bonheur d'en parler nous transporte, que sera-ce d'en goûter la réalité? Voir Dieu, vivre avec Dieu, vivre de Dieu. Notre vie sera de louer Dieu et de l'aimer sans défaillance aucune. Car, dit le prophète, « bienheureux, Seigneur, ceux qui habitent dans votre maison ; il vous loueront dans les siècles des siècles (2)».

Frères bien-aimés, si nous avons travaillé avec les matelots, si nous avons guidé les voyageurs, si nous. avons signalé avec soin les cavernes détournées des voleurs, c'est-à-dire des hérétiques, si déjà des yeux de votre cœur vous apercevez clairement la patrie céleste; rendez-nous le fruit de notre travail. Rendez-nous le, frères, rendez-nous-le, nous l'exigeons. La récompense que nous attendons de vous est telle que nous n'avons pas à rougir de vous la demander, et que vous ne devez pas hésiter de nous l'accorder. En nous l'accordant, vous serez vous-mêmes comblés de bienfaits, tandis qu'en nous la refusant vous auriez à subir des pertes cruelles. Quelle est donc notre récompense? Nous ne demandons ni votre or, ni votre argent, ni vos richesses, ni rien de tout ce que vous possédez. Notre récompense, c'est que vous nous aidiez de vos prières quand vous serez descendus dans ces fonts sacrés du baptême.

 

1. Gal. I, 9. — 2. Ps. LXXXIII, 5.

 

Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.

 

 

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