AVERTISSEMENT AUX DONATISTES
APRÈS LA CONFÉRENCE
Oeuvres complètes de saint Augustin traduites pour la première
fois en français, sous la direction de M. Raulx, Bar-Le-Duc, L. Guérin & Cie,
éditeurs, 1869, Tome XIII, p. 596-627.
Traduction de M. labbé BURLERAUX.
Saint Augustin avertit les Donatistes
laïques de ne pas se laisser plus longtemps séduire par leurs propres évêques, dont
les actes publics prouvent la honteuse défaite dans une conférence générale. Il
réfute successivement toutes les calomnies tancées contre cette conférence et déjà
répandues parmi le peuple.
I. Pourquoi donc, ô Donatistes, vous
laissez-vous encore séduire par vos évêques, dont les fausses ténèbres ont été
dissipées par une lumière éclatante, dont l'erreur s'est révélée dans toute sa
nudité, dont l'obstination a fini par être vaincue? Pourquoi vous jettent-ils encore au
visage l'inanité de leurs mensonges? Pourquoi croyez-vous encore à des vaincus? Quand
ils vous disent que le juge s'est laissé corrompre par l'appât de la récompense, est-ce
donc là une objection nouvelle? Tous ceux qui, après avoir été convaincus d'erreur,
refusent de reconnaître la vérité, ne trouvent-ils pas toujours dans l'iniquité du
juge un prétexte à leurs calomnies et à leurs mensonges ?
Demandez-leur pourquoi ils sont venus à Carthage, dans quel but ils sont entrés avec
nous en conférence; sommez-les de vous répondre, s'ils le peuvent. Depuis plusieurs
années nous les invitions publiquement à venir conférer avec nous afin de faire briller
la vérité dans tout son éclat, et de faire disparaître toute trace de la dissension
qui nous divisait. Mais, fuyant la vérité, ils nous ont toujours répondu par leurs
actes: « Il est indigne que des enfants des martyrs se rassemblent en un même lieu avec
la génération des traditeurs ». Pourquoi donc enfin ont-ils consenti à cette
réunion ? Je suis assuré qu'ils n'auraient pas voulu se permettre une chose indigne à
leurs yeux, et qu'ils ont reconnu que nous ne sommes pas une génération de traditeurs.
Ou bien demandez-leur pourquoi, après avoir fait sonner si haut cette parole : « Il est
indigne que les enfants des martyrs se réunissent en un même lieu avec une génération
de traditeurs », ils ont accepté dans la suite de se réunir avec nous? Quelle
nécessité les a donc contraints à faire une chose indigne ? Pourtant ils n'y ont pas
été conduits enchaînés, ils y sont venus dans une parfaite liberté. Diront-ils qu'ils
ont obéi aux ordres de l'empereur? Pour obéir à un empereur, ils consentiraient donc à
faire une chose indigne? Pourquoi donc ce courroux qu'ils déploient contre je ne sais
quels traditeurs qui ne sont pour rien. dans notre affaire?
Oui, sans doute, livrer les manuscrits sacrés à des persécuteurs, c'est indigne, mais
cette indignité n'est donc plus un crime quand elle est commandée par l'empereur? Ce
langage n'est pas le nôtre, il est la conséquence nécessaire. de
leur perversité. Ce sont eux qui l'ont tenu, les actes publics en font foi. Un des leurs,
et des plus (597) célèbres, Primianus, leur évêque de
Carthage, a osé tenir ce langage. Primianus l'a écrit au
magistrat de Carthage, il a ordonné à son diacre de dire et de consigner dans les actes
publics : « Il est indigne que les enfants des martyrs se réunissent avec une
génération de traditeurs ». Et cependant eux et nous, nous nous sommes réunis;
qu'ont-ils à répondre ? S'ils disent qu'il n'y a à cela aucune indignité, pourquoi
ont-ils menti, quand ils ont dit que c'était là une chose indigne? S'ils répondent que
c'est une indignité, pourquoi l'ont-ils commise? Pour prouver qu'ils ne l'ont pas commise
et qu'ils n'ont pas contredit les paroles de Primianus, qu'ils
disent En vérité, il est indigne que les enfants des martyrs se réunissent avec la
génération des traditeurs , mais nous savons que vous n'êtes
pas une génération,de traditeurs, voilà pourquoi nous consentons à nous assembler avec
vous. S'il en est ainsi, pourquoi, au moment où ils se réunissaient à nous, nous avoir
jeté ces calomnies outrageantes ? était-ce pour nous
convaincre qu'ils n'étaient pas les enfants des martyrs? Les martyrs sont des témoins;
or, les témoins de Jésus-Christ sont des témoins de la vérité. Pour eux, ne sont-ils
pas les témoins du mensonge, puisqu'ils ont osé accuser leurs frères, les uns du crime
de tradition, les autres de crimes qui ne leur étaient pas personnels? et quand il s'est agi d'en fournir les preuves, ils ont dû avouer
leur impuissance.
II. Pourquoi
prêter l'oreille à des mensonges humains et rester sourds aux oracles divins Pourquoi
croire à des hommes vaincus et ne pas croire à la vérité qui est toujours victorieuse
? Comme nous l'avons prouvé dans la conférence, la vérité de Dieu a rendu témoignage
à son Eglise parla doctrine des saintes Écritures, par les Prophètes et les Évangiles;
elle a même désigné le lieu où l'Église devait commencer, et les confins de la terre
jusqu'où elle doit s'étendre. Le Seigneur a dit de son Eglise que, commençant à
Jérusalem, elle doit se répandre chez toutes les nations (1). Lisons les Écritures et
nous verrons qu'elle a commencé à Jérusalem, au moment où le Saint-Esprit a été
envoyé du ciel à tous les fidèles rassemblés (2). Lisons l'Écriture et nous verrons
qu'après avoir commencé à Jérusalem, lEglise s'est répandue de proche en
proche jusqu'aux contrées les plus
lointaines. Nous connaissons le nom des lieux et des cités dans lesquels l'Église de
Jésus-Christ a été fondée au prix des labeurs apostoliques. Ces hameaux et ces cités
ont mérité la faveur de recevoir les lettres des Apôtres; ces lettres, vos évêques
les lisent encore dans vos assemblées, et cependant ils ne sont pas en communion avec les
lieux et les cités qui ont eu le bonheur de recevoir ces lettres. Pour expliquer leur
séparation, ils objectent je ne sais quels crimes commis par des Africains, et par la
contagion desquels tous auraient péri. Et toutefois, dans la conférence que nous avons
eue a Carthage, la vérité a arraché de leurs lèvres cette parole qui condamne leur
système : « La cause ne préjuge pas la cause, la personne ne préjuge pas la personne
(1) ».
III. C'est
ainsi qu'ils nous répondirent quand nous leur disions : Le concile que vous nous
alléguez contre Cécilianus est à l'égard de celui-ci,
pendant son absence, ce qu'a été, dans l'affaire de Maximien, le concile dans lequel on
a également condamné Primianus pendant son absence. En
effet, ils citèrent soixante-dix évêques qui condamnèrent-Cécilianus
pendant son absence, et on en cite environ un cent de leur parti qui condamnèrent
. également Primianus
pendant son absence. A ce sujet nous leur avons dit que Cécilianus
et Primianus se trouvaient dans une situation absolument
semblable, puisque les deux conciles s'étaient prononcés dans le même sens contre des
absents. Ne sachant que répondre à cette observation, ils se mirent dans un grand
embarras et s'écrièrent : « La cause ne préjuge pas la cause, et la personne ne
préjuge pas la personne ». C'est la réponse que. l'Église
catholique ne cesse d'opposer à toutes les calomnies humaines; mais voici que cette
parole, sanctionnée déjà par l'ascendant de la vérité, se trouve confirmée par
l'aveu même des adversaires et en reçoit un accroissement de force et d'autorité. Qui
donc ne serait saisi d'une tristesse profonde ? Qui pourrait étouffer, les gémissements
de son âme? Qui pourrait ne pas verser des larmes et des cris de douleur en contemplant
ce triste spectacle? Voici que Primianus, condamné par les,
évêques du parti de Donat, ne perd point son épiscopat; cette condamnation n'inquiète
d'aucune manière
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le parti de Donat, car la cause ne
préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge pas la personne. Au contraire, voici Cécilianus également condamné pendant son absence, mais cette
fois par ses propres ennemis; et aussitôt il doit perdre son épiscopat , son crime
souille toutes les nations chrétiennes jusqu'aux extrémités de la terre, et ici la
cause préjuge la cause, et la personne préjuge la personne.
IV. Mais que
ce cri de l'unité s'échappe à la fois de toutes les églises du Pont, de la Bithynie,
de l'Asie, de la Cappadoce, et de toutes les contrées orientales auxquelles le
bienheureux apôtre Pierre écrit (1) : O secte de Donat, nous ne savons pas ce que vous
dites; pourquoi n'êtes-vous point en communion avec nous ? Que Cécilianus
soit criminel, et c'est là ce qui ne nous est ni prouvé ni démontré, en quoi sa cause
préjuge-t-elle la nôtre? Si vous refusez de nous entendre, écoutez-vous vous-mêmes
quand vous dites : « La cause ne préjuge pas la cause, la personne ne préjuge « pas la
personne u. Portez-vous donc la perversité jusqu'à admettre que ces paroles conservent
pour vous toute leur efficacité pour empêcher que la personne de Primianus
ne préjuge pas la vôtre, tandis qu'elles sont sans valeur pour empêcher que la cause de
Cécilianus ne préjuge la nôtre? Qu'un grand cri s'élève
des sept églises orientales d'Ephèse, de Smyrne, de Thyatire,
de Sardes, de Philadelphie, de Laodicée et de Pergame, auxquelles écrit l'apôtre saint
Jean ; qu'elles disent d'une commune voix . Frères
, que vous avons-nous fait, pour que vous soyez en communion avec Donat, plutôt
qu'avec nous? Si Cécilianus a péché, jusque-là cependant
vous ne pouvez pas prouver son crime, car, comme votre Primianus,
il a été condamné pendant son absence; quelque criminel qu'il ait été, pour nous, que
vous avons-nous fait? Pourquoi, vous chrétiens, ne voulez-vous pas vivre en paix avec des
chrétiens? Pourquoi nous retrancher de la communauté des sacrements? Que vous avons-nous
fait ? Si la cause de Primianus ne préjuge pas le parti de
Donat, n'est-ce pas parce que vous avez dit vrai: « La cause ne préjuge pas la cause, la
personne ne préjuge pas la personne? » Pourquoi donc la cause de Cécilianus préjuge-t-elle l'héritage du Christ,
dans lequel nous avons été plantés par
les travaux des Apôtres ? A l'un d'entre nous l'apôtre saint Jean écrit qu'il y a à
Sardes peu de personnes qui n'aient pas souillé leurs vêtements (1), et cependant les
vêtements de ce petit nombre n'ont pas été souillés par ceux qui étaient impurs, car
vous avez dit la vérité La cause ne préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge
pas la personne. Comment donc la cause et la personne de Cécilianus
peuvent-elles nous préjuger? Et si elles ne nous préjugent pas, pourquoi vous séparer
de nous? Que les églises des Romains, des Corinthiens, des Philippiens,
des Thessaloniciens, car j'ai déjà parlé des Galates et des
Ephésiens, que ces églises auxquelles l'apôtre saint Paul écrit, élèvent la voix et
disent Frères, vous qui voulez encore être du parti de Donat, vous lisez chaque jour les
lettres que nous avons reçues. Dans ces lettres , l'Apôtre
nous saluait par ces paroles de paix: « Que la grâce et la paix vous soient données par
Dieu le Père et par Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Pourquoi donc
, vous qui avez appris la paix en lisant nos épîtres, ne voulez-vous pas vivre en
paix avec nous? A nous qui habitons des plages lointaines au-delà de la mer, vous nous
objectez un Africain, Cécilianus : pourtant elle est bien
vraie cette parole: « La cause ne préjuge pas la cause, la personne ne préjuge pas la
personne ». En vertu donc de quel privilège et de quelle sanctification peut-il se
faire que la cause de l'Africain Primianus ne préjuge pas en
Afrique le parti de Donat ou que la personne de Félicianus de
Mustitanum ne préjuge pas la personne du Carthaginois Primianus, et que nous, à une aussi grande distance, nous soyons
responsables de crimes commis en Afrique et que la cause de Cécilianus
préjuge la nôtre ?
V. Que l'Eglise catholique fondée en
Afrique et unie à toutes ces autres Eglises par la paix et l'unité du Christ, qu'elle
dise elle-même, et sans aucune hésitation : Ma cause n'est pas préjugée par celle de Cécilianus, contre lequel et pendant son absence soixante-dix
évêques ont porté une sentence de condamnation, car cette cause ne préjuge pas celle
de l'Eglise répandue sur toute la terre et dans la communion de laquelle je demeure et
persévère : ou bien il faut avouer que la cause du parti de
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Donat a été, elle aussi, préjugée par la cause de Primianus, qui a été condamné en concile par un nombre encore
plus grand de ses collègues. Si la cause du parti de Donat n'est point préjugée par
cette raison que la cause ne préjuge point la cause, et que la personne ne préjuge point
la personne, à combien plus forte raison cette règle d'équité ne doit-elle pas être
suivie à l'égard de l'unité catholique du Christ? Voici ce que proclame cette Eglise
catholique d'Afrique: O parti de Donat, voici des paroles que tu as prononcées, que tu as
souscrites, dont tu as reconnu la vérité : « La cause ne préjuge point la cause,
et la personne ne préjuge pas la personne ». Si je prie pour l'âme de Cécilianus, qui depuis longtemps repose dans le sein du Seigneur,
toi, tu peux voir encore au nombre des vivants Félicianus qui
a condamné Primianus. Dans la cause de Primianus,
tu as condamné Félicianus et tu as réintégré Primianus dans l'épiscopat dont il jouissait auparavant, et tous
deux aujourd'hui sont en communion avec toi. Si donc en vertu de ce principe que la cause
ne préjuge pas la cause, et que la personne ne préjuge pas la personne, la communion de Félicianus, encore vivant, ne préjuge en aucune manière votre
cause; comment la mienne peut-elle être préjugée par le souvenir seul de Cécilianus , depuis longtemps descendu
dans les champs de la mort?
VI. A cela que
répondent ceux qui font sonner à vos oreilles d'indignes mensonges qui entraîneront
leur perte éternelle, s'ils rie se corrigent pas? Pourquoi disent-ils encore que nous
avons gagné la sentence du juge qui s'était laissé corrompre par l'appât des
récompenses ? Se peut-il que cet évêque qui, même dans vos rangs, jouit d'une
admiration si méritée, se soit laissé corrompre et gagner à notre cause ? Ce que nous
voulions, ce que nous demandions de toutes nos forces, c'est que la cause et la personne
de Cécilianus, quel qu'il soit, fussent parfaitement
distinguées de la cause et de la personne de l'Eglise que Dieu a fondée et affermie sur
l'infaillibilité de sa parole. Invoquant alors différentes paraboles de l'Evangile, nous
demandions que la cause et la personne de la zizanie ne préjugeassent pas la cause et la
personne du froment, quoique plantés tous deux dans le même champ et croissant sous
l'influence de la même pluie, jusqu'à la moisson où ils devront être séparés. Nous
demandions que la cause et la personne de la paille ne préjugeassent pas la cause et la
personne du bon grain, quoique battus dans la. même aire
jusqu'à la dernière ventilation. Nous demandions que la cause et la personne des boucs
ne préjugeassent pas la cause et la personne des brebis, quoique réunis tous ensemble
dans les mêmes pâturages, jusqu'à ce que le pasteur suprême, au jugement dernier, les
séparât les unes à droite et les autres à gauche. Nous demandions que la cause et la
personne des mauvais poissons ne préjugeassent pas la cause et la personne des bons,
quoique retenus tous dans les mêmes filets jusqu'à la séparation qui doit se faire au
rivage, c'est-à-dire sur la limite de la mer, qui signifie la fin du siècle (1). Ces
paraboles et ces figures nous enseignent que jusqu'à la fin du inonde l'Eglise sera
formée du mélange des bons et des méchants, de telle sorte que les bons soient
soustraits à toute souillure involontaire de la part des méchants, soit que ceux-ci
soient ignorés, soit qu'on les tolère pour la paix et la tranquillité de l'Eglise,
pourvu cependant qu'il ne devienne pas nécessaire de les révéler ou de les accuser. En
effet, ce désir de la paix ne doit pas dégénérer en abus jusqu'à endormir toute
vigilance, jusqu'à suspendre entièrement toute correction, toute dégradation, toute
excommunication, et en général toute coercition licite et permise dont l'Eglise, sans
briser l'unité de la paix, sait se servir chaque jour, selon ce précepte de l'Apôtre :
« Si quelqu'un ne se soumet pas à notre parole révélée par cette lettre, notez-le
avec soin; n'ayez aucune relation avec lui, afin qu'il rougisse de sa faute; toutefois ne
le regardez pas comme un ennemi, mais corrigez-le comme un frère (2) ». C'est ainsi que
la discipline sauvegarde la patience, et la patience tempère la discipline; toutes deux
s'inspirent de la charité pour empêcher que la patience sans la discipline ne favorise
l'iniquité, et que la discipline sans la patience ne brise l'unité.
VII. En
agissant ainsi, les bons ne sont nullement souillés par leur mélange avec les méchants.
En effet, ils peuvent être en communion avec les personnes sans consentir à leurs
péchés; bien plus, s'il y a entre eux l'union corporelle, il y a surtout une séparation
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spirituelle fondée sur une différence
réelle de conduite et d'actions; et c'est ainsi qu'ils réalisent parfaitement cette
parole du Seigneur: « Sortez de là et ne touchez pas à ce qui est
impur (1) ». Ceux qui n'entendent pas ce
passage dans son sens spirituel, tombent, par l'effet même de leur orgueil, sous les
coups de cette menace du Seigneur : « Ceux qui disent : Gardez-vous de me toucher parce
que je suis pur, se rendent dignes du feu de mon indignation (2) ». C'est là cependant
la conduite tenue par vos évêques, quand après l'invitation que le président nous
faisait à tous de nous asseoir, ils refusèrent de s'asseoir avec nous, alléguant pour
raison un passage de lEcriture qui leur défendait de s'asseoir avec de tels
adversaires. Au lieu d'interpréter spirituellement, ils prenaient dans un sens tout
charnel ces paroles du psaume : « Je ne m'assoirai pas avec les impies ». Et
cependant ils se sont permis ce qui est défendu dans ce même passage du psaume :
« Et je n'entrerai pas », dit le Prophète, « avec ceux qui commettent
liniquité (3) ». Si c'est parce qu'ils nous connaissaient comme des pécheurs qu'ils ont refusé de s'asseoir
avec nous, pourquoi donc des hommes d'une sainteté aussi parfaite sont-ils entrés avec
nous qui ne sommes que des pécheurs? N'est-ce point parce qu'ils ne comprennent pas les
saintes Ecritures? n'est-ce point aussi parce qu'ils n'y voient
qu'un sens charnel, qu'ils rompent l'unité chrétienne?
Quoique placés dans le même champ , dans
la même aire, dans les mêmes pâturages, dans les mêmes filets que les bons, lés
méchants ne peuvent donc souiller les bons, car ce n'est pas avec eux que les bons sont
en communion, mais avec l'autel et les sacrements de Dieu. Il n'y a pour communiquer avec
les méchants que ceux qui consentent au mal qu'ils accomplissent, car il est
écrit : « Non-seulement ceux qui font le mal, mais
encore ceux qui applaudissent à ceux qui le font (4) ».
VIII. Quand
donc on tolère les méchants, c'est pour le bien de la paix, et non dans le but de
s'approprier les iniquités qu'ils commettent: le froment permet à la zizanie d'aspirer
avec lui la pluie bienfaisante, mais il prétend conserver sa propre fécondité sans
s'approprier aucunement la stérilité de
la zizanie; tous deux doivent croître jusqu'à la moisson, de crainte qu'en arrachant la
zizanie, on n'arrache en même temps le froment. De tout cela, il résulte qu'en réalité
les méchants n'ont avec les bons aucune participation de salut ou de perdition. « Car
quelle participation peut-il y avoir entre l'injustice et l'iniquité? » Les méchants
n'ont avec les bons aucune société du royaume ou du feu éternel. Car « quelle
société peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres? » Les méchants n'ont avec
les bons aucune conformité de vie ou de volonté. Car « quelle conformité peut-il y
avoir entre Jésus-Christ et Bélial? » Les bons n'ont avec les méchants aucune part ni
dans le châtiment du crime, ni dans la récompense de la piété. Car « quelle part le
fidèle peut-il avoir avec l'infidèle (1) ? » Jusqu'à ce que tous ensemble parviennent
au rivage dans les mêmes filets, ils ont en commun les mêmes sacrements, mais les bons
s'y associent et les méchants s'en séparent; les bons ont avec eux une conformité
véritable, les méchants une difformité réelle; les bons ont part à la miséricorde,
les méchants au jugement. L'Eglise, en effet, célèbre dans
le Seigneur tout à la fois la miséricorde et le jugement (2) ; celui qui communie
indignement, mange pour lui-même, et non pour un autre, son jugement et sa condamnation
(3). Judas et Pierre n'ont-ils pas reçu le même pain de la propre main du Seigneur? et cependant quelle société, quelle conformité, quelle part Pierre
pouvait-il avoir avec Judas? Tout cela se résume dans ce mot : La cause ne préjuge pas
la cause, et la personne ne préjuge pas la personne.
S'ils sortent, on peut leur appliquer
cette parole : « Ils nous ont quittés, mais ils n'étaient pas des nôtres (4) ». S'ils
restent, on peut leur appliquer cette autre parole de saint Cyprien : « Il est certain
que l'Eglise renferme de la zizanie, mais la foi et la charité nous défendent de
l'arracher; ah ! gardons-nous de quitter l'Eglise parce
que nous y voyons de la zizanie (5) ». A ces paroles voici la seule réponse que, vos
évêques aient pu faire malgré des efforts inouïs pour sortir de leur embarras : « Ce
n'est pas dans l'Eglise qu'il doit
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se trouver de la zizanie, car le Sauveur a
dit : Le champ, c'est ce monde (1) ; mais il n'a pas dit : Le champ c'est l'Église ». De
notre côté, nous soutenons que le monde dont il est parlé ici désigne l'Église, par
la raison que l'Église était désignée comme devant se répandre dans le monde tout
entier; c'est du reste l'interprétation que saint Cyprien en donnait lui-même. Vos
évêques soutenaient donc que le monde se prend toujours dans le mauvais sens; ils
apportaient, comme preuve, ces paroles de l'Ecriture : « Si quelqu'un aime le monde, la
charité du Père n'est pas en lui (2) » et autres passages semblables. Nous, au
contraire, nous affirmons que dans l'Écriture, cette expression : « le monde», doit
être prise tantôt dans un mauvais sens, tantôt dans un sens favorable ; nous citions en
particulier ces paroles: « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde (3) ».
Ce que Dieu réconciliait, n'est-ce pas son Eglise ?
IX. Soit donc
que les méchants se séparent, soit qu'ils restent dans l'Église, qu'ils y soient
inconnus ou visibles, c'est le propre de la miséricorde et de la justice, de Dieu de
faire que les méchants ne nuisent d'aucune manière aux bons qui refusent de consentir à
leurs iniquités, en sorte que chacun n'a à porter que son propre fardeau. Le fils ne
porte pas la responsabilité des péchés de son père, à moins qu'il n'imite ses
dérèglements ; l'âme seule qui a péché mourra (4). Quand donc un homme fait le mal de
concert avec les méchants, sa cause se confond avec la leur et il devient une seule
personne avec toute la société des méchants;, et comme ils
périssent et se damnent tous ensemble, chacun répond de sa propre cause et de sa propre
personne, et non de celle des autres. Au contraire, quand les bons et les méchants
entendent ensemble la parole de Dieu et ensemble reçoivent les sacrements divins, malgré
la similitude de leurs actions extérieures, ils apportent dans ces actions des motifs
bien différents et des dispositions de volonté aussi diverses que leurs personnes; les
uns reçoivent la sainte nourriture dignement, les autres indignement, et de cette
manière la cause ne préjuge pas la cause et la personne ne préjuge pas la personne.
X. Quand donc vos évêques nous citent
certains passages de l'Écriture pour nous prouver
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que l'Église doit rester pure de tout mélange avec les méchants,
comment ne voient-ils pas qu'il s'agit alors de l'Église, non pas telle qu'elle est dans
la condition présente, mais telle qu'elle sera dans la vie éternelle après cette
misérable mortalité? Ils allèguent aussi certains passages où la cause des enfants se
trouve confondue avec celle de leurs pères, parce qu'ils ont imité leur iniquité et
leur malice. Mais comme ils ne comprennent pas l'Ecriture, ils la mettent souvent en
contradiction avec elle-même ; peut-il en être autrement, puisqu'ils ne savent faire la
part ni des temps, ni des causes, ni des personnes? aussi
sont-ils toujours en opposition avec nous, et mettent-ils sans cesse l'Écriture en
opposition avec elle-même. Je ne m'en étonne pas; car du moment qu'ils n'ont pas la paix
avec l'Église, ils ne peuvent comprendre la paix de l'Écriture divine et la concorde qui
y règne.
XI. Nous agissons autrement, et en
acceptant tous les témoignages de la révélation, nous savons montrer la conformité qui
en est le plus sublime caractère. Ainsi nous n'avons pas rejeté ce passage dont nos
adversaires faisaient, dans leurs lettres, l'application à l'Église : « Il n'arrivera
plus que l'homme incirconcis et impur séjourne au milieu de vous (1) » ; mais nous
acceptons également ces autres paroles : « Laissez-les l'un et l'autre croître jusqu'à
la moisson (2) » ; seulement nous disons que ces dernières paroles regardent la vie
présente comparée à un champ, et les premières la vie future comparée à un grenier.
Ils se sont obstinés à soutenir que « s'il est permis à la zizanie de croître avec le
froment jusqu'à la moisson, ce n'est pas dans l'Église, mais dans le monde ». C'était
se mettre en contradiction évidente avec ces paroles du bienheureux Cyprien : « S'ils
voient de la zizanie dans l'Église, que notre foi et notre charité n'en soient point
ébranlées, et parce que nous remarquons de la zizanie dans l'Église, gardons-nous de
quitter l'Eglise ». Ils refusaient également de convenir que l'Église pût être désignée par cette expression : « le monde », et se
mettaient ainsi en contradiction avec ces, paroles : « Dieu était dans le Christ, se
réconciliant le monde », et avec ces autres paroles prononcées par le Sauveur
lui-même: « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour juger le monde, mais
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pour le sauver (1) ». Pour que le monde
puisse être réconcilié avec Dieu et sauvé par Jésus-Christ, ne faut-il pas que le
monde désigne ici l'Église qui seule a pu être réconciliée avec Dieu, et sauvée?
Nous avons surtout insisté sur la parabole évangélique des bons et des mauvais
poissons, renfermés pêle-mêle dans les mêmes filets et conduits au rivage pour être
séparés, comme les bons et les méchants le seront à la fin du siècle (2). Vaincus par
l'évidence de la vérité, vos évêques ont dû avouer que les méchants sont mêlés
dans l'Église jusqu'à la fin des siècles ; mais ils soutenaient qu'il ne s'agit que des
pécheurs occultes, qui échappent ainsi au discernement des prêtres, comme les poissons
enfermés par les filets dans la mer échappaient aux regards des pêcheurs. D'abord cette
distinction n'est nullement fondée, mais du moment qu'ils l'acceptent, comment donc
peuvent-ils la concilier avec ces paroles prophétiques qu'ils appliquent à l'Église :
« Il n'arrivera plus que l'homme incirconcis et impur habite parmi vous » ; s'ils
veulent les entendre du temps présent pendant lequel ils avouent que l'Eglise est
comparée aux filets encore placés dans la mer et renfermant de mauvais poissons mêlés
aux bons? Il est donc évident que si l'incirconcis et le pécheur ne doivent plus habiter
dans l'Église, ce n'est que dans le siècle futur et après le dernier jugement qu'il en
sera ainsi. O force irrésistible de la vérité qui tourmente ses ennemis, non pas dans
leur corps, mais dans leur coeur, et les contraint malgré eux à la confesser !
XII. Il est
donc évident, comme nous le disions, qu'il faut distinguer dans l'Église différentes
époques. Elle n'est pas aujourd'hui ce qu'elle sera après la résurrection. Maintenant
dans son sein les méchants sont mêlés aux bons, il n'en sera plus ainsi dans la vie
future. Or, c'est à cette pureté future, et non au mélange du temps présent, que
s'appliquent tous les passages où le Seigneur annonce que son Eglise sera pure de tout
mélange avec les méchants. N'en sont-ils pas convenus eux-mêmes quand, vaincus par
l'évidence évangélique, ils ont avoué que dans cette vie les pécheurs occultes sont
mêlés aux justes ? Il est donc vrai de dire que dans la condition présente l'homme
impur, fût-il occulte, habite dans son sein. Nous ne sommes donc pas encore à cette
époque prédite par le Prophète, quand il a
dit : « II n'arrivera plus que l'homme
incirconcis et impur habite au milieu de vous u, puisque les pécheurs occultes jouissent
de ce privilège ? Remarquez ces paroles : « Il n'arrivera plus »; n'indiquent-elles pas
que ce qui ne doit plus se faire, se faisait précédemment ? Se, prenant alors de haine
contre nous, vos évêques nous demandaient comment, dans l'Église de Jésus-Christ, le
démon a pu semer la zizanie ; mais n'avouaient-ils pas eux-mêmes que, dans l'Église,
aux bons se trouvent mêlés des pécheurs occultes ? Pourquoi donc ne veulent-ils pas
voir que ces pécheurs n'ont pu être semés que par le démon ?
XIII. Ce qui
leur paraissait un trait d'esprit, devenait ainsi contre eux un argument irrésistible. En
effet, dans cette parabole où l'Église est comparée à des filets qui contiennent à la
fois des poissons bons et mauvais, si le Seigneur voulait nous faire entendre que
l'Église ne renferme de pécheurs que ceux qui sont occultes et ignorés des prêtres,
comme les pêcheurs ignoraient les mauvais poissons que leurs filets rassemblaient sous
les flots ; que peut signifier l'aire à laquelle l'Église est comparée, sinon que dans
son sein les bons se trouveront mêlés à des méchants connus comme tels ? La paille qui
dans l'aire est mêlée au bon grain, n'est plus ici cachée comme les mauvais poissons
sous les flots; on peut même dire que c'est le grain qui est caché, et qu'il n'y a de
visible que la paille. Or, nous avons cité cette parabole également tirée de
l'Évangile ; mais à l'argument que nous en avons déduit ils n'ont répondu que par
cette parole du prophète Jérémie : « Qu'y a-t-il de commun entre la paille et le
froment (1) ? » Le Prophète voulait dire simplement qu'ils ne se ressemblent pas, mais
il ne prétendait pas qu'ils ne puissent être mêlés ; de ce qu'ils ne sont pas mêlés
sur le grenier, il ne s'ensuit pas que dans l'aire ils ne sont
pas battus ensemble. D'un autre côté, quand Jérémie s'exprimait ainsi, il ne parlait
pas du peuple de Dieu, mais des songes des hommes et des visions des Prophètes, songes et
visions qui n'ont pas plus de ressemblance réciproque qu'il n'y en a entre le froment,
substance pleine et solide, et la paille, substance creuse et fragile.
XIV. Vos
évêques pont essayé certainement de nier que dans l'Évangile l'Église fût comparée à une aire. Mais vaincus bientôt par l'évidence
603
des termes évangéliques, ils ont eu
recours à leur premier expédient et ont prétendu qu'il n'était question que des
pécheurs occultes dans ces paroles : « Il viendra portant le van dans sa main et il
nettoiera son aire; il entassera le froment dans ses greniers et brûlera la paille dans
un feu inextinguible (1) ». Vous donc, soyez les juges, ouvrez les yeux, prêtez
l'oreille à la vérité. En admettant, comme ils le veulent, que dans la pensée du
Seigneur l'Eglise soit comparée aux filets, pour indiquer que l'Eglise ne renfermera dans
son sein que des pécheurs occultes et ignorés des prêtres, comme les filets
renfermaient sous les flots des poissons mauvais que les pêcheurs ne voyaient pas; qu'ils
nous disent si c'est sous l'eau ou sous la terre que se trouve l'aire ou l'on foule le
grain? Ou bien, ne fait-on cette opération que la nuit au milieu des ténèbres? ou bien encore n'y emploie-t-on que des aveugles? Qu'ils se
convertissent donc eux-mêmes, plutôt que de pervertir le saint Evangile et de dénaturer
les paroles du Seigneur pour les approprier à leur erreur ! En effet, ou bien la
parabole des poissons a été prononcée par le Seigneur pour nous enseigner que dans
l'Eglise il y aura mélange des bons et des méchants en général, et pas seulement des
pécheurs occultes; ou bien, si l'on veut que le Seigneur y ait spécifié les pécheurs
occultes, on devra conclure que dans la parabole de l'aire il a spécifié les pécheurs
publics; si les premiers sont mêlés aux bons jusqu'au rivage, ceux-ci leur sont aussi
mêlés jusqu'à la ventilation. Ce sont donc vos évêques eux-mêmes qui nous
avertissent, à l'occasion de la parabole de l'aire, de voir dans la paille la figure des
pécheurs publics que renferme lEglise, comme dans la parabole de la pêche les
poissons rejetés désignent les méchants occultes, qui sont inconnus des prêtres comme
les poissons mauvais étaient invisibles aux yeux des pêcheurs. Pourquoi ne dirions-nous
pas que la paille figure les pécheurs publics, puisque cette paille est parfaitement
visible aux yeux des pécheurs ? Mais de même que les poissons mauvais ne peuvent être
séparés qu'après leur arrivée sur le rivage, de même la paille ne peut être chassée
par le van que quand le triage est entièrement achevé. Or, Dieu prend soin de
l'innocence de ses saints et de
ses fidèles, comme le pêcheur prend soin
des bons poissons et le laboureur du bon grain ; en sorte que le mélange des mauvais
poissons dans les mêmes filets ne peut nuire aux bons, et le mélange de la paille
destinée à la ventilation ne peut nuire au bon grain. En effet, ce sont vos évêques
qui ont prononcé et signé, ces paroles : « La cause ne préjuge pas la cause, et la
personne ne préjuge pas la personne ».
XV. Peut-être
renieraient-ils volontiers cette phrase, mais leur signature est là pour les convaincre.
Notre sollicitude pour votre salut était telle que nous avons cru devoir signer nos
propres paroles; vos évêques s'y refusaient d'abord, mais enfin ils ont dû céder à la
honte et signer avec nous. Nous avons le texte même du refus qu'ils nous opposaient,
comme aussi celui du consentement qu'ils ont donné depuis. Tout a été écrit et scellé
de notre signature. S'ils refusaient de signer, c'était apparemment pour se laisser le
pouvoir de nier ce qu'ils avaient dit et de calomnier le juge en l'accusant d'avoir
corrompu les actes. Si maintenant il les a condamnés, ils peuvent bien avouer qu'ils ont
été à eux-mêmes leurs propres accusateurs, car ce sont eux qui nous ont fourni les
armes pour les combattre et les vaincre. Ils refusaient donc de signer afin de nier plus
tard ce qu'ils avaient dit, en alléguant la corruption des actes; d'un autre côté,
s'ils ont consenti à signer, c'est parce qu'ils ont compris qu'aux yeux des assistants il
serait de la dernière évidence que s'ils persistaient dans leur refus, ce serait
uniquement parce qu'ils craindraient qu'on ne leur donnât lecture de leurs propres
paroles. Ils préférèrent donc défendre leurs propositions par les plus ténébreuses
explications que de les voir si promptement condamnées.
XVI. Mais remarquez , je vous prie, que leur justification n'a fait que les
compromettre davantage ; qu'ils ont plaidé notre cause et perdu la leur. En effet, après
la conférence, ils voulurent, dans leur défaite, interjeter appel, mais on leur opposa
leurs propres témoignages, ceux-là mêmes qu'ils ne peuvent essayer de justifier sans se
compromettre toujours davantage, quand vous leur demandez compte de leur conduite. Ils
vous supposent donc tellement dépourvus de coeur et d'intelligence que vous ne
comprendrez (604) pas, que du moment qu'ils vous disent ce qu'ils ne vous diraient pas
s'ils avaient quelque bon moyen de défense, c'est qu'ils ont dû subir une défaite aussi
honteuse que complète. Qui donc, en effet, permettrait à des vaincus de se plaindre que
la sentence ait été rendue contre eux pendant la nuit? Est-ce que bien souvent
l'importance ou la multiplicité des matières ne prolonge pas les débats jusque très-avant dans la nuit? Ou bien ce que l'on dit, est-il faux,
uniquement parce qu'on le dit pendant la nuit? Ils n'entendent donc, pas ce cri de
l'Ecriture : « Dieu a ordonné sa miséricorde pendant le jour et il l'a manifestée
pendant la nuit (1) »; et cet autre : « Pour annoncer le matin votre miséricorde, et
votre vérité pendant la nuit (2) ». Diront-ils que c'est pendant la nuit que les
ennemis du Sauveur sont venus se saisir de sa personne? mais
ils oublient donc que ce fut surtout pendant les heures de la nuit que le Sauveur enseigna
ses disciples et que l'apôtre saint Paul continua une de ses prédications jusqu'au
milieu de la nuit (3). S'ils avaient quelque vérité a nous révéler pour justifier leur
cause, ce n'est pas la nuit qui pouvait les empêcher de l'exposer. Mais sans doute que
leur intelligence était plongée dans une nuit profonde, puisque leur aveuglement. était
tel qu'ils ne virent pas qu'ils se condamnaient eux-mêmes et qu'ils refusèrent de se
rendre à la lumière de la vérité, Le soleil nous éclairait encore quand , voulant
mous astreindre aux lois du barreau sur le temps, ils soutenaient que la cause était
passée et. qu'elle ne pouvait être rappelée; ils ne
comprenaient pas qu'ils n'avaient fait preuve que d'une chose, c'est qu'ils craignaient
une discussion d'où jaillirait avec éclat la preuve de leur perversité et la
démonstration de la vérité catholique.
XVII. Le
soleil nous éclairait encore quand, voulant casser le jugement de l'évêque de Rome , Melchiade , dans lequel Cécil anus avait été reconnu innocent , ils accusèrent d'avoir
été traditeur le pape Melchiade lui-même. Une. telle accusation, demandait des preuves solides; ils lurent je ne
sais quels actes d'une prolixité incroyable, où ne se trouvait même pas le nom de Melchiade, à plus forte raison la plus petite trace de tradition.
Ils donnèrent aussi connaissance d'autres actes où on
lisait que Melchiade
avait député des diacres porteurs d'une lettre de l'empereur Maxence et du préfet du
prétoire au préfet de la ville, avec mission de reprendre possession des lieux qui
avaient été enlevés aux chrétiens pendant la persécution. On leur fit observer qu'il
n'y avait là aucune trace de crime de la part de Melchiade;
ils répondirent que l'histoire des traditeurs accusait de tradition Straton, l'un de ces
diacres que Melchiade avait envoyés pour la mission dont nous
venons de parler, d'où ils concluaient sans autre fondement que Melchiade
devait être également traditeur. Nous demandâmes qu'on nous prouvât d'abord que ce
Straton traditeur avait été diacre. Lors même que cette preuve nous aurait été
fournie, nous ajoutions qu'on ne pourrait encore rien en conclure, car peu de temps
auparavant il y avait à -Rome deux clercs qui portaient également le nom de Pierre. Tel
était leur aveuglement qu'ils ne rougissaient pas d'inventer les calomnies les plus
ténébreuses et de recourir à des mensonges qui tombaient d'eux-mêmes; car sur quoi se
fondaient-ils pour accuser de tradition ce Straton envoyé par le pape ? Uniquement sur
une ressemblance de nom, quand ils avaient contre eux les lieux eux-mêmes, les contrées
et les personnes. N'est-il pas très-ordinaire dans le monde
que, non-seulement deux hommes, mais plusieurs; portent le. même nom ? On aurait pu penser que c'était leur Donat de Carthage
qui avait été frappé d'une condamnation au jugement de l'évêque Melchiade;
mais ils se sont empressés de déclarer que ce Donat de Carthage ne devait pas être
confondu avec Donat de Cases-Noires, car c'était Donat de
-Carthage qui avait été député au tribunal de Melchiade
pour y accuser Cécilianus. Ainsi, tant est profond
l'aveuglement de leur coeur, ils ont soin de déclarer que Donat doit rester pur de
l'infamie qui pèse sur un nom semblable au sien, et ils veulent diffamer Melchiade en faisant retomber sur lai la honte d'un nom étranger.
Dans la conférence ils avaient concédé un homonyme à Straton, maintenant ils refusent
cette faveur à Cassianus, comme si.elle
était le privilège spécial de Straton. Ils n'ont donc jamais remarqué que nous
comptons deux Jean, l'un précurseur et l'autre évangéliste; deux Simon, l'un Simon
Pierre et l'autre Simon le Magicien; mais voici quelque chose de plus frappant encore ;
les Apôtres n'étaient qu'au (605) nombre de douze et cependant nous trouvons parmi eux
deux Jacques, l'un fils d'Alphée, l'autre de Zébédée, et
deux Judas, l'un devenu un saint, l'autre devenu un démon; eh bien ! celui
qui pousserait l'aveuglement jusqu'à attribuer à Judas apôtre et saint le crime du
traître Judas, ne ferait qu'imiter en cela les exemples des Donatistes. Du reste,
pourquoi s'étonner que si longtemps après les événements, des calomniateurs
incriminent Melchiade à l'occasion des deux Cassianus , ou des deux Straton ? Est-ce
que la vérité évangélique n'est pas également incriminée à l'occasion des deux
Hérode? Parce que l'Evangile ne spécifie pas quel Hérode a fait mettre à mort les
petits enfants à l'époque de la naissance du Sauveur, ni quel Hérode s'est allié avec
Pilate pour condamner Jésus-Christ, certains hérétiques profitent de cette circonstance
pour accuser de fausseté l'Evangile, comme les Donatistes soutiennent qu'il n'y a eu
qu'un seul Straton.ou un seul Cassianus,
afin d'accuser d'apostasie l'évêque Melchiade. Toutefois de
ces deux erreurs la plus révoltante est encore celle des Donatistes; car dans l'affaire
des Hérode, outre la ressemblance de nom, il y avait encore la ressemblance de dignité,
car tous deux sont appelés rois; tandis qu'ici rien ne prouve qu'il y ait eu deux diacres
du nom de Cassianus ou de Straton.
XVIII. Le
soleil nous éclairait encore quand on discuta le Concile de Cirté,
si toutefois cette assemblée peut porter le nom de concile, car elle ne se composait que
de onze ou douze .évêques. Nous avions cité les actes de cette assemblée dans laquelle
il était fait mention de quelques apostats qui, avec Secundus
de Tigisit, avaient porté contre Cécilianus
une sentence de condamnation. Mais les Donatistes répondirent que dans un temps de
persécution il était impossible que ces onze ou douze évêques aient pu se réunir.
Pour prouver qu'alors la persécution sévissait, ils présentèrent les actes des
martyrs, afin que l'on pût préciser l'époque au moyen de
l'indication des jours et des consuls. Bientôt ils purent se convaincre que ces actes des
martyrs étaient contre eux une arme toute-puissante. En effet, ces actes prouvèrent avec
la dernière évidence que dans ce temps de persécution, les populations chrétiennes
avaient l'habitude de se réunir. Qu'y a-t-il donc d'incroyable que ces évêques aient pu
se réunir dans une maison particulière, puisque les actes mêmes des martyrs
constataient que le peuple lui-même se réunissait? pourquoi
donc un évêque n'aurait-il pu être ordonné secrètement ? pourquoi,
à son tour, n'aurait-il pu ordonner secrètement des clercs, puisque dans la lettre même
de Secundus, citée par nos adversaires, nous voyons que c'est
là ce qui a été fait par un évêque tombé avec son clergé? Ces actes des martyrs
nous ont inspiré la pensée d'en consulter d'autres encore. Or, nous avons trouvé et
donné la preuve qu'au moment même de la persécution, une maison particulière avait
été affectée à la réunion des chrétiens, et que même dans une prison le baptême
avait été conféré à des néophytes destinés au martyre. Il n'est donc pas impossible
que dans un temps de persécution quelques évêques aient pu se réunir dans une maison
particulière, puisqu'on célébrait les sacrements dans la prison même où étaient
renfermés ceux qui allaient confesser la foi de Jésus-Christ. Dès lors, pourvu qu'on ne
soit pas plongé dans une nuit aussi profonde que celle qui les retenait dans
l'aveuglement, il est facile de comprendre de quels avantages furent pour nous ces actes
des martyrs dont ils donnèrent connaissance.
XIX. Cependant
ils reprochaient à ce concile de Cirté de désigner le jour
de sa réunion et le consulat pendant lequel il s'était tenu, et nous sommaient de
produire des exemples semblables à l'occasion d'autres conciles ecclésiastiques
. Ainsi, disent-ils, si le concile tenu par saint Cyprien désigne le jour, il ne
désigne pas les consuls ; quant à leur concile de Carthage, la date du jour n'y était
pas même mentionnée. Or, nous avions en main le concile de Rome tenu par Melchiade, et le concile de Cirté; et
ces conciles portaient en titre la date du jour et le nom du consul. Si le temps nous
l'avait permis, nous aurions trouvé dans les archives ecclésiastiques la preuve
évidente que cette coutume était suivie dans les temps les plus reculés. Cependant,
sans avoir aucunement l'intention de formuler contre eux aucune
accusation inutile, nous aurions pu leur demander pourquoi nous trouvions dans le concile
de saint. Cyprien la date du jour de sa réunion, tandis que nous n'en trouvions aucune
dans le leur; mais nous nous abstînmes, parce que nous savions qu'ils saisissaient
avidement tout prétexte de retard, (606) tandis que nous l'évitions avec soin. Ils nous
demandaient même de leur trouver dans les saintes Ecritures des exemples de cette
indication du jour et des consuls; comme si on pouvait comparer les conciles des évêques
aux Ecritures canoniques, ou bien comme s'il y avait dans les saintes Ecritures quelques
traces d'un concile où les Apôtres, siégeant comme juges, aient eu à condamner ou à
absoudre un accusé. Toutefois nous leur avons répondu que les Prophètes eux-mêmes
désignaient en tête de leurs livres ou de leurs prophéties l'année, le règne et même
le jour du mois où la parole de Dieu s'était révélée à eux. Cette seule réponse
suffisait pour leur prouver l'absurdité ridicule et haineuse des chicanes qu'ils
soulevaient sur la coutume suivie par plusieurs conciles épiscopaux d'indiquer en tête
de leurs décrets le jour et le nom des consuls. Du reste, rien n'empêche d'admettre que
cet usage a pu être suivi dans certains cas et négligé dans tels autres comme superflu.
Souvent même cette indication n'existait que dans les copies, comme nous l'avons vu à
l'occasion du jugement par lequel Constantin proclama l'innocence de Cécilianus,
et déclara calomnieuses les accusations portées contre lui par ses ennemis. Or, deux
copies avaient été faites de ce jugement: l'une portait l'indication du jour et du
consul, et dans l'autre il n'en était fait aucune mention. De même ils s'étaient
vivement récriés à loccasion d'une lettre de l'empereur que nous avions lue, sans
aucune indication de jour et de consul; cependant celles qu'ils nous lurent du même
empereur au sujet de l'affaire de Félix, prélat consécrateur de Cécilianus,
étaient également sans désignation de jour et de consul; mais nous ne fîmes aucune
réclamation; parce que nous tenions surtout à écarter tout prétexte de retard ; on
pourrait ajouter aussi que leur aveuglement était tel, qu'en produisant cette lettre, ils
ne virent pas qu'elle était leur propre condamnation. Par les réflexions précédentes,
puissions-nous du moins vous ouvrir les yeux et vous soustraire à ces épaisses
ténèbres qui enveloppaient vos évêques, au point de n'avoir pas remarqué que les
pièces qu'ils produisaient tournaient toutes contre eux; mais les ténèbres intérieures
les aveuglaient, tandis qu'aujourd'hui ils s'insurgent contre la sentence du juge parce
qu'elle a été rendue pendant la nuit.
XX. On lit
dans les actes ces paroles adressées par Primianus au
magistrat de Carthage « Leurs prédécesseurs ont souvent infligé les « douleurs de
l'exil à nos ancêtres ». Or, dans la conférence, vos évêques essaient de prouver
que, sur les instances de leurs ancêtres, l'empereur avait condamné Cécilianus
à l'exil. Ils disent dans leur lettre : « Que leur communion compose l'Eglise
véritable, laquelle souffre la persécution et ne la fomente pas », et ils essaient de
prouver que Cécilianus, par jugement de l'empereur, a été
condamné à l'exil, d'après les poursuites de leurs ancêtres. Et celui qui soutenait
ces accusations, ce n'était pas Donat de Cases, mais Donat le Carthaginois, qu'ils
entourent d'une profonde vénération. Mais redisons encore que, pour excuser leur
défaite, ils s'insurgent contre la sentence, parce que la vérité proclamée pendant la
nuit a confondu la nuit de leur coeur. Je dis donc que, pour donner un nouveau titre
d'honneur à ce Donat , qu'ils avaient déjà proclamé « l'ornement de l'Eglise de
Carthage et la gloire du martyre » , ils crurent devoir ajouter « qu'il se porta
accusateur de Cécilianus au tribunal de l'empereur
Constantin, et qu'il affirma et prouva sa culpabilité (1) ». Ainsi cet homme, la gloire
du martyre, accusa Cécilianus au tribunal de l'empereur, et
son réquisitoire fut suivi d'une condamnation ; redisons-le encore : Cécilianus
fut condamné par l'empereur par suite des accusations et des instances de cette gloire du
martyre. Or, nous avons prouvé que loin de l'avoir condamné, l'empereur Constantin , après avoir entendu les deux parties, déclara Cécilianus innocent et ses ennemis de véritables persécuteurs ;
nous en avons fourni la preuve authentique empruntée aux archives publiques. A cela, ils
ne purent opposer aucune réponse et produisirent d'autres pièces qui, en confirmant la
nôtre, devenaient contre eux une nouvelle condamnation. Dès lors, ce qui est certain,
c'est que leurs ancêtres se sont faits les accusateurs de Cécilianus
au tribunal de l'empereur; quant au résultat, loin de pouvoir prouver qu'il ait été
condamné, nous prouvons au contraire qu'il a été proclamé innocent. Vous, du moins,
reconnaissez combien vos évêques ont aidé à notre cause en voulant se glorifier de
cette condamnation , qui n'est qu'une imposture. S'il est vrai
que ce Donat,
607
la gloire du martyre, a accusé Cécilianus auprès de l'empereur et a obtenu sa condamnation; que
vos évêques vous disent quel était alors le martyr : est-ce Donat qui poursuivait son
ennemi au tribunal de l'empereur? est-ce Cécilianus
qui était condamné sur ses instances? Qu'est donc devenue leur fameuse définition : «
La communion de Donat, c'est l'Eglise de la vérité, qui souffre la persécution et ne la
fomente pas? » Voici que là persécution frappe Cécilianus,
et c'est Donat qui l'excite ; auquel des deux appartient la gloire du martyre?
XXI. Redoublez
d'attention, et mettez-vous en garde contre les séductions d'une pernicieuse erreur. La
vérité était cachée pour vous, Dieu a daigné vous la révéler; le mensonge fascinait
vos regards, Dieu a daigné le dissiper; pourquoi êtes-vous encore insensibles à un
aussi grand bienfait? Ce qu'auparavant ils vous disaient pour jeter dans les ténèbres
les yeux de votre coeur, ils le répètent aujourd'hui pour laver la honte de leur
défaite; pour mieux nous déchirer, ils proclament à qui veut l'entendre que c'est nous
qui les persécutons, et qu'ils ne sont que les victimes de cette persécution. Après
avoir été vaincus de toute manière, et pour mieux tromper les simples, ils se flattent
d'être « l'Eglise de vérité, qui souffre persécution et ne la fomente pas ».
Cessez enfin de vous laisser tromper par eux, nous ne faisons autre chose que ce qu'ont
fait leurs ancêtres à l'égard de Cécilianus, que ce qu'a
fait celui qu'ils proclament la gloire du martyre. Au tribunal de l'empereur, il a
cherché à convaincre Cécilianus et à le faire condamner;
c'est là aussi ce que nous cherchons contre eux. Si c'est là mal agir, pourquoi Donat
agissait-il de cette manière? Si sa conduite a été légitime, pourquoi lés catholiques
ne feraient-ils pas de même à l'égard des Donatistes? Mais ils ne peuvent qu'applaudir
à cette conduite; car, à leurs yeux, c'est là le plus beau titre de gloire dont ils
couronnent leurs ancêtres. De notre côté , nous avouons
qu'en dehors de toute effusion de sang, on peut recourir aux châtiments mitigés de la
loi pour ramener à résipiscence ceux qui restent insensibles aux avertissements de la
parole; et s'il arrive que l'empereur, pour vaincre l'obstination des coupables, croit
devoir recourir à des châtiments plus sévères, les juges alors doivent se montrer plus
faciles, car il leur est toujours permis de travailler à adoucir la sentence. Il est vrai
qu'on ne saurait prouver que Cécilianus ait été condamné
par l'empereur Constantin, mais du moins pouvez-vous secouer cette erreur qui vous faisait
croire que vous formez la véritable Eglise, qui souffre persécution et ne la fomente
pas; car c'est Donat qui a soulevé la persécution et c'est Cécilianus
qui l'a soufferte. D'un autre côté, si les Donatistes ont à souffrir une persécution,
ils partagent en cela le sort des Maximianistes, à qui cependant ils refusent le
privilège de former la véritable Eglise. Il suit de là que ce n'est pas toujours un
indice d'iniquité de soulever la persécution, puisque les bons la soulèvent quelquefois
contre les méchants et les méchants contre les bons; de même ce n'est pas toujours une
preuve de justice de souffrir la persécution, puisque si les bons seuls la souffrent pour
la vertu, les méchants la souffrent aussi quelquefois pour l'iniquité.
XXII. Après
avoir ainsi secoué votre erreur, il ne vous reste plus qu'à contempler l'Eglise
catholique de Jésus-Christ et à entrer dans son sein, en vous gardant toutefois de la
choisir uniquement parce qu'elle souffre persécution. Il est vrai que le Seigneur a dit :
« Bienheureux ceux qui souffrent persécution », mais il a ajouté immédiatement :
« pour la justice », afin de confondre par avance les hérétiques qui oseraient un
jour se glorifier des persécutions qu'ils auraient à subir (1). Vous connaissez
vous-mêmes les maux que nous avons eu à souffrir de la part des clercs furieux et des
Circoncellions de la secte de Donat. Les églises brûlées, les manuscrits sacrés
livrés aux flammes, les maisons particulières incendiées, les évêques arrachés de
leurs sièges, leurs demeures pillées et détruites, et eux-mêmes frappés de mort,
déchirés, souvent même les yeux arrachés, affreux tourments destinés à remplacer la
mort qu'on voulait leur épargner, mais qui n'en était pas moins un raffinement de
barbarie; quoiqu'en général il soit moins dur de mourir à la lumière que de perdre la
vie. Si l'on s'attaqua aux hommes, ce ne fut pas pour les enchaîner et les conduire
quelque part, mais uniquement pour le plaisir de les tourmenter. Toutefois, si nous
justifions les nôtres, ce n'est pas précisément parce qu'ils ont souffert, mais parce
608
qu'ils ont souffert pour la vérité
chrétienne, pour la paix de Jésus-Christ, pour l'unité de l'Église. Or, malgré la
multiplicité et la sévérité des lois, malgré la puissance éclatante qu'il a plu au
Seigneur d'accorder à l'Église catholique, nos adversaires ont-ils à supporter des
souffrances comparables? S'il en est qui sont punis de mort, c'est qu'ils se tuent
eux-mêmes, ou qu'ils opposent à la force une résistance si violente, que leur vie se
trouve en danger; mais de quelque manière qu'ils perdent leur vie, jamais ce n'est ni
parce qu'ils appartiennent à la secte de Donat, ni pour punir leur schisme sacrilège,
mais uniquement pour venger les crimes publics et les scélératesses auxquelles ils
s'abandonnent avec une fureur qui n'a d'égale que celle des brigands. Si maintenant on
les considère uniquement comme Donatistes, à peine sont-ils traités comme le fut Cécilianus sur les instances de Donat.
XXIII. Ainsi
donc, ou bien toute persécution n'est injuste, ou bien, quand elle est juste, elle ne
mérite plus d'être appelée persécution. Dès lors, ou bien les Donatistes souffrent
une juste persécution, ou bien ils ne souffrent pas de persécution, parce qu'elle leur
est justement infligée. Or, ce n'est pas avec justice qu'elle fut infligée à Cécilianus, puisque son innocence a été prouvée et proclamée.
Mais les Donatistes ont nié cette justification, et plutôt que de l'avouer, ils ont
soutenu qu'il avait été condamné par l'empereur, et que c'est pour cette raison que
leurs ancêtres et surtout Donat, si hautement célébré par eux, ont soulevé la
persécution contre Cécilianus. Cependant ils n'ont pu
prouver qu'il eût été convaincu et condamné ; bientôt, comme nous l'avons remarqué , les pièces dont ils ont donné connaissance n'ont fait
qu'attester de nouveau qu'il avait été absous et justifié. En produisant ces pièces,
ils se condamnaient donc eux-mêmes. Toutefois, ils se vantent que l'empereur leur -a
accordé pleine et entière liberté. Du sein de leur défaite et de leur confusion, ils
réclamaient, comme un droit, qu'on leur accordât ce que leurs ancêtres refusaient à Cécilianus, contre lequel ils adressèrent à l'empereur des
accusations sur lesquelles leurs successeurs d'aujourd'hui s'appuient pour soutenir
fallacieusement qu'il a été réellement condamné. Si l'on doit accorder à chacun
pleine et entière liberté, ne fallait-il pas d'abord l'accorder à Cécilianus?
D'un autre côté, si ce n'est pas devant un juge humain que l'on doit porter ces sortes
d'affaires, dont Dieu seul doit être le dispensateur et le
juge, il fallait donc d'abord ne pas accuser Cécilianus au
tribunal de l'empereur.
XXIV.
Éveillez-vous donc, ne vous laissez point surprendre par le sommeil de la mort éternelle
; qu'une routine criminelle ne vous entraîne point jusqu'aux dernières profondeurs d'une
erreur sacrilège. Au contraire, revenez à la paix, attachez-vous à l'unité, obéissez
à la charité, cédez à la vérité. Reconnaissez cette Eglise catholique, qui a
débuté à Jérusalem pour se répandre sur toute la face de l'univers, et sachez que les
Donatistes ne sont pas en communion avec elle, et que la cause de Cécilianus
ne préjuge pas la sienne. Quoique si souvent absous et justifié, lors même qu'il ne
serait pas innocent, nous devrions dire que la cause ne préjuge pas la cause, et que la
personne ne préjuge pas la personne. C'est là le cri que l'Église universelle redit sur
toute la face de la terre; c'est aussi le cri de ce catholique africain : Je connais le
témoignage de Dieu, je ne connais pas l'affaire de Cécilianus;
je crois que c'est un innocent que vos ancêtres persécutaient, car je trouve qu'il a
été bien souvent justifié; mais après tout, quelle que soit sa cause, elle ne préjuge
pas la mienne. N'est-ce pas vous qui avez prononcé et signé cette parole: « La cause ne
préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge pas la personne?» Or, voici ce que dit
le Seigneur : « Ils commenceront à Jérusalem pour se répandre ensuite par toute la
terre (1) » ; attachons-nous à la vérité divine dans l'unité de l'Église, et mettons
un terme à ces débats humains qui nous séparent.
XXV. « La
cause ne préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge pas la personne ». Depuis la
conférence, ont-ils pu justifier ces paroles, et n'ont-elles pas été pour eux une
nouvelle source d'embarras ? Dans certains de leurs écrits, nous lisons : « On se
souvient que nous avons dit que la cause ne préjuge pas la cause, et que la personne ne
préjuge pas la personne; notre pensée était que notre cause ne peut être préjugée
par ceux que nous avons rejetés ou condamnés; quant à ceux qui descendent de Cécilianus par voie d'ordination, ils sont coupables par le fait
609
seul de leur origine, non pas sans doute
qu'ils soient souillés des crimes mêmes de leur consécrateur, mais du moment que
l'unité de communion les unit par le lien du péché, il est nécessaire qu'ils
deviennent participants du péché ». Quelle admirable justification ! Le sol
sur lequel ils ont posé le pied est tellement dense et pressé qu'ils ne peuvent plus en
sortir; en vain font-ils effort des mains et de la tête, ils n'en deviennent que mieux adhérants à ce bourbier dans lequel ils se roulent ! Ils
parlent de ceux qu'ils ont rejetés, de ceux qu'ils ont condamnés, c'est-à-dire des
Maximianistes ; n'ont-ils donc pas aujourd'hui dans leurs rangs ce Félicianus,
le condamnateur de Primianus, et condamné par eux dans la
cause de Primianus? Les voici qui allongent, depuis Cécilianus jusqu'à nous, cette longue corde d'iniquité, et ils
n'ont: que du mépris pour cette chaîne , qu'ils ont
déployée si récemment? Qu'est donc devenue cette belle sentence bagaitanienne
formulée à l'adresse de Maximien et de ses adeptes : « La chaîne du sacrilège en
enveloppe un grand nombre dans le même crime? » Félicianus
était enveloppé sous cette chaîne. Si donc Félicianus ne
préjuge pas leur propre cause , pourquoi Cécilianus
préjuge-t-il la nôtre? Faudra-t-il dire que c'est quand il leur plaît que la cause
préjuge la cause, mais qu'elle ne la préjuge pas quand ils s'y refusent? et si un lien déjà vieux est plus fort qu'une chaîne toute
nouvelle, est-ce parce que leurs passions y sont intéressées? Maximien ne préjuge pas Félicianus qui l'a condamné; Maximien et Félicianus
ne préjugent pas Primianus qui a été condamné par eux ;
Maximien ne préjuge pas ceux qui ont obtenu répit et auxquels il est associé dans le
même schisme ; Félicianus ne préjuge pas le parti des
Donatistes, qui l'ont réintégré dans tous les honneurs et qui n'ont pas invalidé le
baptême qu'il avait conféré pendant qu'il faisait schisme ; et toutes les nations
chrétiennes, en si grand nombre, sont préjugées par la cause de Cécilianus,
qui , après avoir été condamné une seule fois, pendant son absence, comme Primianus, a été justifié trois fois en sa propre présence,
honneur qui n'a pas été fait à Primianus? La cause d'un
évêque mort depuis longtemps et que nous ne connaissons pas préjuge la nôtre; et la
cause de vos évêques n'est pas préjugée par celle d'un homme qui vit encore, qui a
été condamné depuis peu de temps, et qui jouit maintenant de leur amitié et de leur
communion? Sans que nous connaissions lé lien de Cécitianus,
nous sommes enveloppés dans ses noeuds; et eux n'ont rien à démêler avec la chaîne de
Félicianus, dont ils lisent encore aujourd'hui la sentence de
condamnation, qui frappe à la fois et l'homme et sa chaîne? Il leur plaît de dire :
Pour la paix de Donat, nous avons reçu dans nos rangs ceux que nous avions condamnés,
parce que la cause ne préjuge pas la cause, et que la personne ne préjuge point la
personne ; et à nous il ne nous est point permis de dire : A l'occasion de ceux que vous
avez condamnés, nous n'abandonnons pas la paix du Christ, parce que la cause ne préjuge
pas la cause, et la personne né préjuge. point la personne? O
le front d'airain ! ô ténèbres de la fureur, qui reprochez
à un juge d'avoir rendu sa sentence pendant la nuit, et qui enveloppez leur coeur d'une
nuit profonde, horrible et cruelle ! En vain vous déchaînez contre nous les flots
de votre colère ; vos aveux sont pour nous tout autant de victoires !
XXVI. De plus;. ils. osent
maintenant rappeler les témoignages prophétiques et apostoliques, sur lesquels, dans la
conférence, nous nous sommés toujours appuyés pour leur répondre. Nous leur avons
prouvé que ces saints prophètes ont toujours. été mêlés
avec les, méchants dans un seul temple, sous la. conduite des
mêmes prêtres, dans la participation aux mêmes sacrements, sans que ce contact leur ait
jamais imprimé, aucune souillure. La raison que nous en avons donnée, c'est qu'ils
savaient juger de ce qui est saint et de ce qui est impur, et se; distinguer par une
sainte vie, au lieu de faire comme ces hérétiques qui établissent dans le peuple une
séparation corporelle. Jamais ces prophètes ne se sont démentis dans leur conduite, en
sorte que, selon la parole de l'Apôtre, dans cette grande demeure où il y avait soit des
vases d'honneur, soit des vases d'ignominie, ils savaient- toujours se conserver purs au
sein de cette diversité et se rendre des vases d'honneur toujours utiles pour le Seigneur
et toujours prêts à faire le bien (1). Après les témoignages qu'ils ont cités dans
leur lettre sans les comprendre, et dont nous avons entendu la lecture dans la conférence , j'aime à les
640
entendre, depuis leur défaite, rappeler
avec complaisance un imposant passage tiré du prophète Aggée (1). Or, ce passage prouve
jusqu'à la dernière évidence ce que nous voulons démontrer, à savoir que ce n'est pas
le contact corporel, mais le contact spirituel, ou le consentement qui souille les hommes,
parce que le consentement a la vertu de rendre leur cause commune.
XXVII. Nous
voyons en effet que quand Dieu voulut frapper les pécheurs d'un châtiment terrible, il
avertit lui-même les justes de sortir du milieu d'eux. II sépara Noé et sa famille de
ceux qu'il voulait faire périr dans les eaux du déluge (2) ; Loth, de ceux qu'il devait
consumer par le feu du ciel (3); son peuple, de la secte d'Abiron,
qu'il devait bientôt engloutir dans le sein de la terre (4). Quant à celui qui se
présenta au festin des noces, sans avoir le vêtement nuptial, ce ne sont pas ceux qui
avaient porté l'invitation , mais le maître même du festin,
qui ordonna de le lier et de le rejeter dehors. En effet, ce convive n'était pas comme
les poissons dans les flots, ceux-ci ne pouvaient être distingués par les pêcheurs,
tandis que le convive était parfaitement remarqué de ceux qui l'avaient invité. Nos
adversaires prétendent qu'il s'était introduit subrepticement dans la foule sans être
reconnu; ruais c'est là une erreur contre la. quelle le
Sauveur a voulu nous. prévenir; car après avoir ordonné de
lier les pieds et les mains à cet homme et de le précipiter dans les ténèbres
extérieures, il nous fait clairement entendre que la société des méchants sera
nombreuse, tandis que les bons n'y seront qu'en petit nombre pour participer au banquet du
Seigneur. Le Sauveur venait de dire : « Liez-lui les mains et les pieds et jetez-le dans
les ténèbres extérieures, où il y aura pleur et grincement de dents » ; il ajouta
aussitôt : « Car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus (5) ». Comment expliquer
cette sentence, puisque les convives étaient nombreux et qu'un seul fut jeté dans les
ténèbres extérieures? La seule explication naturelle, n'est-ce pas de dire que ce
malheureux représentait la multitude de tous les pécheurs qui, avant le jugement de
Dieu, sont mêlés aux bons et présents au festin du Seigneur ? Toutefois les bons se
séparent des
méchants par le coeur et par la conduite;
si tous ensemble mangent et boivent le corps et le sang de Jésus-Christ, il y a entre eux
une grande différence. Les bons; par honneur pour l'époux, se parent du vêtement
nuptial, sans chercher leur propre avantage, mais uniquement la gloire de Jésus-Christ,
tandis que les méchants n'ont point le vêtement nuptial, c'est-à-dire la charité
confiante de l'époux, ils se recherchent eux-mêmes et sont insensibles à ce qui regarde
la gloire de Jésus-Christ. Dès lors, quoique tous prennent part au même festin, les uns
mangent la miséricorde et les autres leur propre jugement. N'est-ce pas là du reste ce
qu'exprime parfaitement ce cantique du festin, tel que nous l'avons déjà cité : «
Seigneur, je chanterai à votre gloire la miséricorde et le jugement (1)?»
XXVIII. De là
cependant, il ne faut pas conclure que l'Église s'endorme sur la question de la
discipline, et qu'elle reste indifférente à la correction des coupables. En effet, nous
ne séparons pas du peuple de Dieu ceux que nous condamnons aux
1I-umiliia ions de la pénitence, soit par la dégradation, soit par l'excommunication. Et
si, dans certaines circonstances, le bien de la paix ou de la tranquillité ne nous permet
pas ces mesures sévères, on ne doit pas en conclure que nous négligeons la discipline.
Nous tolérons alors ce que nous réprouvons, afin de parvenir plus sûrement au but que
nous poursuivons, mettant ainsi en pratique la prudence du précepte divin qui nous
défend d'arracher prématurément la zizanie, de crainte que nous n'arrachions en même
temps le bon grain (3). En cela, nous suivons également l'exemple et le précepte de
Cyprien, qui pour le bien de la paix crut devoir rester en communion avec quelques-uns de
ses collègues, qui s'étaient rendus coupables de rapines, de fraudes et de vol a; et
cependant, il sut rester pur de toute contagion. Si donc nous
sommes le bon grain, recueillons avec confiance ces paroles du bienheureux martyr : «
Quoiqu'il paraisse y avoir de la zizanie dans l'Église, que notre foi et notre charité
n'en soient point ébranlées; gardons-nous surtout de quitter l'Église, parce que nous y
voyons de la zizanie (4)». Nos
611
ancêtres rediraient en toute justice et
en toute piété ces paroles, lors même qu'ils verraient Cécilianus
et quelques autres de leurs collègues se livrer à l'iniquité, et ils se garderaient
bien de les séparer de l'Église par considération pour ceux qui ne pourraient se rendre
compte (le cette iniquité, et qui s'obstineraient à croire à leur sainteté et à leur
innocence. Nos ancêtres tiendraient donc absolument le même langage, ils partageraient
les mêmes sentiments , ils craindraient enfin, en séparant
témérairement la zizanie, d'arracher en même temps le bon grain.
XXIX. On nous
objecte qu'un prophète reçut la défense formelle de manger même du pain et de boire
même de l'eau à Samarie, où il avait été envoyé pour ramener à la vérité ceux
qui, à l'instar des Egyptiens, s'étaient faits les adorateurs des boeufs. Le prophète dut accomplir fidèlement les ordres du Seigneur et s'abstenir
entièrement de toute alimentation , puisque, dans les desseins
de Dieu, ce moyen devait servir à la conversion des pécheurs. Mais n'est-ce pas là
aussi ce qui se fait quotidiennement dans l'Église, quand, pour montrer aux coupables la
douleur que nous ressentons de leurs crimes, et pour rendre la répression plus
énergique, nous refusons de prendre chez eux quelque nourriture que ce soit, lors même
que nous serions en leur pouvoir ? Faut-il en conclure que nous devons établir des
dissensions parmi le peuple? devons-nous arracher
indiscrètement, comme une herbe tendre, les faibles qui ne peuvent juger ni de ce qui se
passe dans le coeur des hommes, ni des faits qu'ils ne connaissent pas, lors même qu'ils
nous seraient connus? Elie et Elisée se trouvaient tous deux à Samarie, et s'ils
s'enfonçaient dans la solitude; ce n'était pas pour se soustraire à la participation
des sacrements, mais pour échapper à la persécution de rois impies. Elie sans doute
l'ignorait, mais il y avait encore à cette époque dans Samarie, et non dans là
solitude, sept mille hommes qui n'avaient pas fléchi le genou devant Baal (1). Enfin,
l'un des plus saints personnages de l'antiquité, Samuel, adressa de vifs reproches à
Saül, et cependant il continua en sa présence l'offrande du sacrifice au Seigneur (2) ;
toutefois, il ne fut nullement souillé par les péchés du
roi, et resta pur sans perdre aucun de ses
mérites.
XXX. Cette
question avait déjà reçu une solution évidente pendant la conférence; je viens même
de la résoudre encore, mais il est bon qu'elle reçoive une nouvelle solution du
prophète lui-même, car, à leurs yeux, son témoignage est tellement. important, qu'ils ont cru pouvoir négliger tous les autres. Voici le
fait. Le Seigneur, par l'organe du prophète Aggée, reproche au peuple d'Israël, après
le retour de la captivité de Babylone, de négliger, la maison du Seigneur et de
s'occuper exclusivement de la réédification de leurs propres demeures. En conséquence
il leur déclare que c'est en punition de ce crime qu'il a frappé la terre de
stérilité. C'est alors que Zorobabel, fils de Salathiel, le
grand prêtre Jésus, fils de Josedech et le peuple tout
entier, sous l'inspiration de Dieu, entreprirent la reconstruction du temple. Voici ce que
nous lisons dans l'Écriture : « Le Seigneur suscita l'esprit de Zorobabel, fils de Salathiel, chef de Juda; l'esprit de Jésus, fils de Josedech, grand prêtre, et l'esprit de tous ceux qui étaient
restés du peuple; et ils se mirent à travailler à la maison de leur Dieu, du Seigneur
des armées ; ils commencèrent la seconde année du règne de Darius, « le
vingt-quatrième jour du sixième mois ». On ne pouvait assurément demander une
indication plus précise du jour, du mois et de l'année, où fut commencée la
reconstruction du temple. Je suis convaincu que ni ces personnages ni ce peuple occupés
à la maison de Dieu, n'étaient impurs à ses yeux, surtout que le Seigneur leur avait
dit : « Je suis avec vous », et qu'il avait suscité leur esprit pour l'exécution
parfaite des travaux qu'il leur prescrivait. Enfin, remarquez la suite de la prophétie ;
l'Écriture ajoute aussitôt : « Le vingt et unième jour du septième mois, le Seigneur
parla au prophète Aggée et lui dit : Parle à Zorobabel, fils de Salathiel,
chef de Juda, à Jésus, fils de Josedech, grand prêtre, et
à ceux qui sont restés du peuple, et dis-leur : Qui est celui d'entre vous qui ait vu cette maison dans sa première
gloire? en quel état la voyez-vous maintenant? Celle-ci ne
paraît-elle pas à vos « yeux comme, n'étant rien ? Mais, ô Zorobabel, arme-toi de
force, dit le Seigneur; armez-toi de force , Jésus, fils de Josedech,
(612) grand prêtre ; armez-vous de force, vous tous qui êtes restés du peuple, dit le
Seigneur des armées; et mettez-vous à l'oeuvre, parce que je suis avec vous, dit le
Seigneur des armées. Je garderai l'alliance que j'ai
faite avec vous, lorsque vous êtes sortis de l'Egypte, et mon esprit sera au
milieu de vous. Ne craignez point. Car voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Encore
un peu de temps, et j'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et tout l'univers;
j'ébranlerai tous les peuples, et les élus des nations viendront, et je remplirai de
gloire cette maison, dit le Seigneur tout-puissant ». On peut consulter la suite du texte
qui n'est que la continuation de la prophétie. Ce passage ne peut s'interpréter que de
la venue et du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont les disciples sont pour Dieu
le temple le plus réel et le plus saint, non pas sans doute dans la personne même des
méchants dont le mélange est toléré, mais dans la personne des bons qui, dès
maintenant, se distinguent des méchants par une vie sainte et spirituelle, en attendant
le jour où ils en seront séparés même corporellement. Quant à ce peuple auquel fut
adressée la prophétie, il travaillait alors dans la maison de Dieu, ayant à sa tête
Zorobabel; fils de Salathiel, et Jésus, fils de Josedech. Nous avons vu par le texte même de la prophétie, les
exhortations et les conseils qui lui furent adressés par le Seigneur. Or, pouvons-nous
dire que ce peuple était impur, et que quiconque s'approcherait de lui serait souillé ?
N'est-ce donc pas à lui que s'adressent ces paroles : « Maintenant donc, arme-toi de
force, Zorobabel, dit le Seigneur; arme-toi de force, Jésus, fils de Josedech,
grand prêtre ; armez-vous de force, vous tous qui êtes restés du peuple, dit le
Seigneur tout-puissant, et mon esprit sera au milieu de vous? » Comment pousser
l'absurdité jusqu'à soutenir que c'est là le peuple dont on ne pourra approcher sans en
contracter les souillures?
XXXI.
Maintenant donc, écoutez dans la suite de la prophétie ce qui a été prédit à ce
peuple pour les temps qui suivront la venue de Jésus-Christ. Nous lisons : « La seconde
année du règne de Darius, le vingt-quatrième jour du neuvième mois, le Seigneur parla
au prophète Aggée, et lui dit : Voici ce que dit le Dieu des armées : Propose aux
prêtres cette question sur la loi : Si un homme met un morceau de chair qui aura été
sanctifiée, au coin de son vêtement, et qu'il en « touche du pain ou de la viande,: ou
du vin « ou de l'huile on quelqu'autre aliment, sera-t-elle
sanctifiée ? Non, lui répondirent les prêtres. Aggée ajouta: Si un homme qui aura
été souillé en approchant d'un corps mort , touche quelqu'une de toutes ces choses,
n'en sera-t-elle point souillée? Elle en sera souillée, dirent les prêtres. Alors
Aggée leur dit : C'est ainsi que ce peuple et cette nation sont devant ma face; dit le
Seigneur; c'est ainsi que toutes les oeuvres de leurs mains, et tout, ce qu'ils m'offrent
en ce lieu, est souillé devant mes yeux, et quiconque en approchera sera souillé, parce
que, dès le matin, ils présumaient trop bien du fruit de leurs travaux, et parée que
vous poursuiviez de votre haine ceux qui vous
adressaient des reproches à la porte de vos cités ». Quel est donc ce peuple dont
l'impureté est telle qu'on ne peut en approcher sans être souillé? Est-ce celui à qui
il a été dit : « Armez-vous de force, et mon esprit est au milieu da vous ? »
Assurément non. Il y avait donc deux peuples en présence, l'un impur et l'autre â qui
l'on défend de toucher ce qui est impur, et à qui l'on dit de s'armer de force parce que
l'esprit de Dieu l'accompagne. Puisqu'il y avait deux peuples, qu'on nous montre donc
aussi deux temples, c'est-à-dire un pour chacun de ces deux peuples; qu'on nous montre
deux autels où chaque peuple pût offrir chacun ses victimes;
qu'on nous montre deux ordres particuliers de prêtres destinés à offrir séparément
les sacrifices de chaque peuple. Ce serait folie de soutenir de pareilles affirmations. Il
y avait deux peuples, mais en un seul peuple, sous un seul grand prêtre, et usant d'un
seul et même temple. De même du temps de Moïse il y avait la masse de ceux qui
offensaient Dieu, et la foule de ceux qui cherchaient à lui plaire; c'est l'explication
de cette parole de l'Apôtre : « Tous n'ont pas plu au Seigneur (1) ». L'Apôtre ne dit pas qu'aucun d'eux n'a plu au Seigneur, mais
seulement que tous n'ont pas cherché à lui plaire. Tous cependant avaient les mêmes
prêtres, dans un seul et même tabernacle, offrant des victimes sur un seul et même
autel. C'étaient donc leurs actions
613
qui les séparaient, et non les lieux; le
cur, et non le temple; leurs murs, et non les autels. Quand on dit que les uns
ne communiquaient pas avec les autres dans la crainte de se souiller, on entend que les
bons n'imitaient pas les oeuvres des méchants dans la crainte de partager la même
condamnation. Moïse, ce grand prophète, connaissait évidemment ces méchants dont il
avait chaque jour à supporter les murmures impies et les plaintes criminelles. Mais
admettons qu'il ait ignoré ces coupables; Samuel ignorait-il le crime de Saül, puisque
Dieu l'avait chargé de prononcer contre ce roi prévaricateur la sentence d'une
condamnation sans retour? Et cependant Samuel voyait ensemble dans le même tabernacle,
prenant part aux mêmes sacrifices, Saül coupable et David innocent; il les voyait
distinctement, parce qu'il voyait la différence qui les distinguait; il aimait l'un d'un
amour éternel, et il tolérait l'autre pour un temps. De même, dans un seul peuple,
Aggée voyait deux peuples différents, se réunissant dans un seul temple, vivant sous
l'autorité d'un même. grand prêtre. De ces deux peuples il
déclarait que l'un était impur, et il défendait à l'autre de toucher à ce qui était
impur; et cependant il soutirait que tous entrassent dans le même temple et
participassent aux mêmes autels. Ce qu'il défendait, c'était donc uniquement le
rapprochement spirituel et le consentement dans les mêmes actions; le texte lui-même en
fait foi, pourvu qu'on ait des oreilles pour entendre, et que là haine ne les ferme pas
ou que le bruit des discussions nempêche pas la vérité d'arriver jusqu'à elles.
« Quiconque s'en approchera », dit le Prophète, « sera souillé ». Il a spécifié
que c'est par le vice qu'il défend d'en approcher, mais il n'a établi aucune séparation
corporelle des hommes entre eux. Or, c'est par le vice du consentement que l'on se
rapproche du vice de la corruption.
XXXII. On
pourrait objecter peut-être que ce peuple à qui il avait d'abord été dit : «
Armez-vous de force, parce que mon esprit est au milieu de vous », devint mauvais en
quelques jours et mérita d'entendre ces dures paroles : « Ce peuple et cette nation sont
devenus tels, que quiconque s'en, approchera sera souillé ». En effet, quatre-vingt-dix
jours séparaient ces deux révélations, la première si favorable au peuple, et la
seconde où (613) ses vices étaient signalés avec tant d'énergie. Mais ce serait là
une supposition toute gratuite ; pour vous convaincre que dans ce court espace de temps le
peuple n'est pas devenu aussi mauvais qu'on voudrait le laisser croire, il vous suffit
d'entendre ce qui a été dit à ce peuple le vingt-quatrième jour du neuvième mois,, c'est-à-dire le jour même où il fut dit : « Ce peuple et
cette nation sont tels, que quiconque s'en approchera sera souillé ». Or, après avoir
signalé les crimes de ceux qui étaient justement flétris du nom d'impurs, le texte
sacré ajoute immédiatement : « Rappelez maintenant dans votre esprit ce qui s'est
passé jusqu'à ce jour, avant qu'une pierre ait été mise sur une autre pierre pour le
temple du Seigneur. Souvenez-vous « que lorsque vous veniez à un tas de blé, vingt
boisseaux se réduisaient à dix, et lorsque vous veniez au pressoir pour en rapporter
cinquante mesures de vin; vous n'en rapportiez que vingt. J'ai frappé de stérilité;
d'un vent brûlant, et de l'orage tous vos travaux, et vous ne vous êtes pas convertis à
moi, dit le Seigneur. Maintenant donc, gravez dans vos coeurs tout ce qui se fera depuis
ce jour et à l'avenir, depuis ce vingt-quatrième jour du neuvième mois, depuis ce jour
où les fondements du temple du Seigneur ont été jetés. Ne voyez-vous pas que l'aire
est vide; que la vigne, que les figuiers, que les grenadiers, que les oliviers ne sont pas
encore en fruits? Mais dès ce jour je
bénirai tout (1) ». Ainsi le jour même ils ont mérité d'être bénis. Or, il me
semble que cette bénédiction n'était pas pour ceux dont on devait fuir l'impureté,
mais pour les bons, à qui ce contact était défendu. Ainsi, clans es, seul et même
peuple, les bons et les méchants étaient mêlés et séparés, mêlés par. le contact corporel, séparés. par la
différence de volonté. Remarquez enfin qu'il est ordinaire à l'Écriture de
réprimander les méchants comme si le peuple tout entier eût été méchant, et de
consoler les bons comme si. tous eussent été bons. Si donc,
depuis la conférence, vos évêques vaincus ont cru devoir essayer leur justification cri
citant le prophète Aggée, vous voyez qu'ils. ont plaidé
notre cause et non pas la leur, et qu'ils, nous ont ainsi fourni l'occasion de prouver
avec la dernière évidence que dans
614
un seul peuple, dans un seul temple, sous
l'autorité des mêmes prêtres, en participant aux mêmes sacrements, on rencontrait des
hommes qui avaient une volonté différente et qui se distinguaient parfaitement par leur
conduite et par leurs moeurs, sans que la cause pût préjuger
la cause, et que la personne pût préjuger la personne.
XXXIII. Ils
citent aussi dans leurs écrits ce passage d'une épître de saint Paul : « Ne portez pas le joug avec les infidèles, car quelle
participation peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres (1)? » et d'autres
fragments que nous avons rapportés plus haut et dont nous avons donné la véritable
interprétation. Or, dans tout cela, font-ils autre chose que nous rappeler quels étaient
les Apôtres à qui l'Apôtre écrivait? En effet, le peuple même de Corinthe nous
fournit la preuve de la vérité que nous soutenons. Il est facile de voir que cette
habitude où est l'Ecriture de reprendre les méchants comme si tous étaient méchants,
et de louer les bons comme si tous étaient bons, n'est pas particulière à l'Ancien
Testament, mais se retrouve encore dans le Nouveau. L'Apôtre
écrit aux Corinthiens : « Paul, apôtre de Jésus-Christ par la vocation et la
volonté de Dieu, et Sosthène son frère, à l'Eglise de Dieu
qui est à Corinthe, aux fidèles que Jésus-Christ a sanctifiés et qui sont appelés
pour être saints, et à tous ceux qui, en quelque lieu que ce soit, invoquent le nom de
Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est leur Seigneur comme le nôtre. Que Dieu notre Père
et Jésus-Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix. Je rends pour vous à
mon Dieu des actions de grâces continuelles, à cause de la grâce de Dieu qui vous a
été donnée en Jésus-Christ, et de toutes les richesses dont vous avez été comblés
en lui dans tout ce qui regarde le don de la parole et de la science; le témoignage qu'on
vous a rendu de Jésus-Christ ayant été aussi confirmé parmi vous; de sorte qu'il ne
vous manque aucune grâce ». En entendant ces paroles, pourrait-on croire que dans
l'Eglise de Corinthe il y eut des réprouvés, puisque si l'on prend ces expressions à la
lettre, on trouve qu'elles sont pour tous un éloge éclatant?
Et cependant un peu plus loin, l'Apôtre ajoute : « Or, je vous prie, mes frères, de
tenir tous ce langage, afin qu'il n'y ait
pas de schismes parmi vous ». Puis,
parlant de ce vice horrible et semblant l'appliquer à tous, il continue : « Est-ce que
Jésus-Christ est divisé? est-ce Paul qui a été crucifié
pour vous? est-ce en son nom que vous avez été baptisés? » Or, il me semble que ceux
qui, parmi ce peuple, disaient : « Je suis « du Christ », ne portaient pas le joug avec
ceux qui disaient : « Je suis de Paul, et moi d'Apollo, et moi de Céphas
(1) » ; cependant tous approchaient du même autel, et participaient aux mêmes
sacrements, sans toutefois se rendre coupables des mêmes vices. Car c'est également à
ces Corinthiens que le même Apôtre a dit : « Celui qui mange et boit indignement, mange
et boit pour lui-même son propre jugement (2) ». C'est pour montrer qu'il s'adresse
uniquement à ces parleurs vaniteux, que l'Apôtre croit devoir si bien préciser le sens
de ces paroles : « Il mange et boit pour lui-même » ; ce qui prouve qu'il n'en faisait
pas l'application à ceux qui, tout en communiant, ne mangeaient pas leur jugement et leur
condamnation.
XXXIV. Parmi
les Corinthiens, il s'en trouvait. qui refusaient de croire à
la résurrection des morts, qui est cependant un des dogmes particuliers de la foi
chrétienne. Voici le reproche que l'Apôtre leur adresse : « Puisque nous
prêchons que Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, comment donc en est-il
parmi vous qui disent que les morts ne ressusciteront pas? » C'est parmi vous qu'il en
est, leur dit-il, et non pas seulement sur la terre ou dans ce monde. Aurait-il pu parler
ainsi de la résurrection de Jésus-Christ, si déjà il ne leur avait dit, en parlant de
cette même résurrection : « Nous la prêchons et vous l'avez crue (3) ? »
Rapprochons ces paroles des louanges qu'il adresse aux Corinthiens dès le début de son
Epître : « Je rends pour vous à mon Dieu des actions de grâces continuelles, à
cause de la grâce de Dieu qui vous a été donnée en Jésus-Christ, et de toutes les
richesses dont vous avez été comblés en lui dans tout ce qui
regarde le don de la parole et de la science; le témoignage qu'on vous a rendu de
Jésus-Christ ayant été ainsi confirmé parmi vous, en sorte qu'il ne vous manque aucune
grâce ». Ils avaient été comblés par Jésus-Christ de si grandes richesses dans tout
615
ce qui regarde le don de la parole et de
la science, ils avaient reçu toutes les grâces dans une telle abondance que néanmoins
il se trouvait parmi eux des hommes qui ne croyaient pas encore à la résurrection des
morts. Or, il me semble que ceux à qui il ne manquait aucune grâce ne portaient pas le
joug avec ceux qui ne croyaient pas à la résurrection des morts. Et voilà de quelle
manière les justes ne portent pas le joug avec les infidèles, quoique extérieurement
ils ne fassent qu'une seule société avec eux, qu'ils soient sous l'autorité des mêmes
prêtres, et qu'ils participent aux mêmes sacrements.
XXXV. L'Apôtre voulait assurément empêcher ceux qui croyaient à la
résurrection des morts, de tomber dans l'infidélité; cependant il ne leur ordonna point
de se séparer corporellement. Ce qui le retint , c'est la
multitude même des incrédules. Quand il ne s'agit que d'un seul incestueux, il le frappa
plus librement des reproches les plus sanglants et même de l'excommunication (1). Mais quand il s'agit de corriger et de guérir
une multitude, c'est autre chose; car alors il peut craindre qu'en séparant le peuple
d'avec le peuple, il n'arrache le bon grain par le fait même de ce schisme criminel.
Voilà pourquoi ceux qui croyaient à la résurrection des morts, l'Apôtre ne les sépare pas corporellement de ceux qui, dans le sein du même peuple,
n'y croyaient pas encore. Mais d'un autre côté, il ne se lasse pas de leur imposer la
séparation spirituelle, en leur disant : « Ne vous laissez pas séduire, car les
conversations mauvaises corrompent les bonnes moeurs (2) ». Ce qu'il craint, ce n'est pas
leur contact, mais leur consentement, de peur qu'ils n'en viennent à
,accommoder leur foi à ces mauvaises conversations qui corrompent les bonnes
murs. S'il leur ordonne de se séparer, c'est donc uniquement par les murs, et
non par les autels. Enfin, avant que l'Apôtre leur écrivît, cette même église
renfermait dans son sein, tout à la fois, et des hommes qui ne croyaient pas à la
résurrection des morts, et des hommes à qui il ne manquait aucune grâce; et cependant
l'infidélité des uns ne souillait pas les autres, parce que ces derniers ne donnaient
aucun consentement à cette infidélité. Et tel est le sens de cette défense qui est
faite à chacun de ne pas toucher ce qui
est impur dans là crainte de se souiller;
voilà dans quel sens il ne peut y avoir aucune participation de la lumière avec les
ténèbres ; voilà comment les deux sortes de poissons peuvent nager dans les mêmes
filets sans que la cause des uns préjugé la cause des autres, ou que là personne des
uns préjuge la personne des autres.
XXXVI.
Puisqu'il en est ainsi, dites vous-mêmes de quelle folie il faut être victime, à quel
profond sommeil du coeur il faut être en proie pour ne pas comprendre que la cause de Cécilianus né peut pas préjuger la cause du monde catholique,
avec lequel les Donatistes refusent d'être en communion, si la cause de Donat n'est pas
préjugée par celle de Maximien ou plutôt par celle de Félicianus
et de Primianus, depuis peu réconciliés ensemble, quand peu
de temps auparavant ils s'étaient anathématisés réciproquement? A la rigueur, il nous
suffit de l'aveu que nous ont fait vos évêques, quand ils ont déclaré que les poissons
mauvais, cachés sous les flots, ne souillent pas les pêcheurs qui ignorent leur
présence. Il est vrai cependant qu'il n'est pas ici question des pêcheurs qui, dans la
pensée du Sauveur, sont plutôt la figuré des anges. Ce que l'on doit donc avant tout
remarquer, c'est que, tout renfermés qu'ils sont dans les mêmes filets, les bons
poissons ne peuvent être souillés par les mauvais. La Maison en est que ces poissons se
voient les uns les autres, tandis que les pêcheurs ne peuvent les distinguer. Mais, comme
je l'ai dit, il suffit, pour . assurer
la victoire à notre cause, que les méchants ne souillent pas, quand on ignore leurs
mauvaises actions.
XXXVII. Du
temps de Cécilianus, il s'est trouvé des hommes amis de la
paix qui, tout persuadés qu'ils étaient de sa culpabilité, le tolérèrent sciemment
pour le bien de l'unité catholique, par cette seule raison qu'ils le voyaient en
communion de sacrements avec tant de nations inconnues, au sein desquelles l'unité se
dilate avec une fécondité prodigieuse. Ils comprenaient, d'ailleurs, que jamais à ces
nations ils ne pourraient faire connaître Cécilianus comme
ils le connaissaient eux-mêmes. Et alors, contre toutes les calomnies dont on pourrait
les charger à ce sujet, ils cherchaient à l'avance un abri assuré et protecteur dans
ces paroles du bienheureux Cyprien : « La zizanie parait exister (616) dans
l'Église, mais notre foi et notre charité n'ont pas à s'en trouver compromises; parce
que nous voyons la zizanie dans l'Église, gardons-nous de sortir de son sein ».
Leur patience, inspirée par ce noble désir de la paix, leur méritait en toute justice
cet éloge adressé à l'ange d'Ephèse, qui alors figurait l'Eglise tout entière; c'est
l'Esprit-Saint qui le lui adresse par l'auteur de l'Apocalypse
« Je connais vos oeuvres, votre travail, votre patience et l'horreur
que vous inspirent les méchants; vous avez
mis à l'épreuve ceux qui s'attribuent fallacieusement le titre d'apôtre, et vous les
avez convaincus de mensonge; cependant vous prenez patience, vous qui les avez supportés
par respect pour mon nom, et vous n'avez point défailli (1) ». Ces éloges
s'appliquent à tous ceux qui, à l'époque de Cécilianus, et
par respect pour le nom du Seigneur qui se répand comme un parfum de suave odeur à
travers toutes les nations de l'univers, n'ont pas défailli et ont toléré patiemment
dans leur communion celui dont la culpabilité leur paraissait évidente. Fût-il
réellement mauvais, ils pensaient devoir laisser à d'autres le soin de prouver sa
culpabilité, mais jusque-là ils ne croyaient pouvoir le rejeter ni se séparer de sa
communion. Notre cause à nous n'est pas aussi belle, et nous avouons ne pas mériter ces
éloges décernés à leur patience. En effet, nous ne pouvons pas dire que pour le bien
de la paix nous avons toléré tel mal, quand ce mal n'a même pu parvenir à notre
connaissance. La cause de Cécilianus a toujours été pour
nous ensevelie sous les flots du passé : notre voix en sa faveur n'est que la voix de
toutes les nations chrétiennes contre lesquelles ils n'ont pu élever aucune protestation
légitime. 'Cependant nous avons le droit de croire que la cause de Cécilianus
était bonne, puisque après avoir été condamne une seule fois par la faction ennemie,
il a été justifié dans trois circonstances solennelles, malgré d'incessantes
accusations. Que vos évêques admettent le jugement prononcé par cent évêques
Donatistes. contre les crimes de Primianus,
et alors ils auront le droit d'exiger de -nous que nous croyions aux soixante-dix
évêques qui ont, affirmé les crimes de Cécilianus. Ils
nous disent que par son silence, Cécilianus est convenu des
crimes dont, le concile l'a accusé.
pendant son absence; Primianus
n'est-il pas convenu de tous ceux qui lui ont été reprochés par cent évêques;
puisqu'on ne voit nulle part qu'il ait essayé sa justification ?
XXXVIII. Je
conclurai donc que la cause ne préjuge pas la cause et que la personne ne préjuge pas la
personne, quand il s'agit de ne pas porter atteinte au parti de Donat; mais s'agit-il de
diviser l'héritage de Jésus-Christ, le principe n'est plus vrai. Dira-t-on que la cause
de Cécilianus, parce qu'il a été évêque de Carthage, ne
préjuge pas la cause de l'unité catholique, à laquelle nous adhérons de tout notre
coeur, mais que cette cause catholique est préjugée par celle de Novellus
de Tyzique et de Faustin de Tuburbit,
contre lesquels on ne daigna même pas formuler un réquisitoire, comme on l'a fait contre
Cécilianus et Félix? à
l'exception des cités mêmes qu'ils habitent, leur nom est inconnu dans toute l'Afrique,
peut-être même dans la province proconsulaire. Et c'est à la cause de ces petits
poissons, cachés clans les profondeurs de l'oubli, qu'ils attribuent le privilège de
préjuger la cause de cette pêche prodigieuse, qui étend ses filets remplis sur toute la
face de l'univers, quand ces poissons, fussent-ils mauvais, sont à peine connus de ceux
qui nagent à leurs côtés? Et pourquoi n'admettrions-nous pas qu'ils sont innocents,
puisqu'on ne les a pas même jugés dignes d'être légalement
accusés, et que Cécilianus a pu être justifié, quoique
soixante-dix évêques eussent à l'envi conspiré sa perte dans un concile ?
XXXIX. Mais
quels qu'ils aient été, que nous importe à nous? Car nos
adversaires sont toujours réduits à avouer que ni la cause, ni la personne de ces
quelques malheureux que nous ne connaissons pas, ne préjuge ni la cause, ni la personne
de l'Église catholique, s'ils veulent être fidèles à leur principe : « La cause ne
préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge pas la personne ». Et cependant,
pour mieux nous séduire, ils nous adressent le reproche d'avoir acheté à prix d'or la
sentence que le juge a prononcée en notre faveur. Dites vous-mêmes, si vous le pouvez,
quelle somme nous avons dû donner pour faire de vos évêques nos propres défenseurs,
pour leur inspirer une ardeur capable de, leur faire produire contre eux et pour nous tant
de documents qui plaidaient si bien (617) notre cause et détruisaient la leur? Ils
avaient répété hautement ces paroles de Primianus « Il est
indigne que les enfants des martyrs se réunissent avec la génération des apostats» ;
quelle somme donc avons-nous dû donner pour obtenir qu'ils se réunissent avec nous, tout
indigne que leur eût paru d'abord cette réunion? A quel prix avons-nous dû acheter la
faveur qu'ils nous ont faite en exigeant que, suivant les habitudes du barreau, on
traitât la question du temps, du jour et des personnes, afin de mieux prouver à tous les
hommes, même à ceux qui ne pouvaient comprendre nos discussions, combien leur cause
devait être mauvaise, puisqu'ils refusaient de la soumettre au tribunal de celui dont ils
avaient célébré avec tant de pompe la bienveillance et la justice, et dont ils étaient
loin encore de pressentir les fâcheuses dispositions à leur égard? A quel prix
avons-nous dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite en consentant à laisser de côté
les formules du barreau pour promettre d'appuyer toutes leurs réponses sur les
témoignages de la sainte Ecriture? Et puis, quand le décret du concile catholique,
offert par nous, eut été lu; quand cette pièce eut offert la preuve évidente que nous
ne voulions traiter la cause de l'Eglise catholique qu'à l'aide des saintes Ecritures, ne
vit-on pas ces mêmes évêques, oubliant leurs engagements, revenir sans cesse, par
d'odieuses chicanes, à ces usages du barreau?
XL. A quel prix avons-nous dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite en
exigeant que tous les membres de notre concile se présentassent en personne, parce qu'ils
avaient été effrayés tout à la fois et étonnés du nombre de signatures apposées sur
notre mandat? Pour se conformer aux ordres du procureur, dix-huit membres seulement de ce
concile s'étaient présentés à la conférence; et les Donatistes soulevèrent aussitôt
la question de falsification, prétendant que certains évêques catholiques avaient pu
signer pour d'autres, absents. Cet incident nous fournit l'occasion de vérifier leur
nombre et de les convaincre de ce délit de fausseté qu'ils faisaient planer sur nous.
Ainsi nous eûmes d'abord la preuve certaine que quelques-uns d'entre eux avaient
emprunté la signature de certains autres qui ne se trouvaient pas actuellement à
Carthage. Ensuite, à l'appel d'un des signataires, qui ne répondait pas à son nom, les
Donatistes firent observer qu'il était mort pendant son voyage; on leur demanda
naturellement comment il avait pu signer à Carthage puisqu'il était mort en route. Cette
question les jeta dans un grand embarras et provoqua de longues hésitations ; enfin ils
affirmèrent qu'il avait pu venir jusqu'à Carthage et signer le décret, mais
qu'aussitôt il avait voulu opérer son retour et qu'il était mort avant d'arriver à sa
demeure. On leur demanda alors d'attester sous la foi du serment, que cet évêque était
réellement venu à Carthage; le tumulte parmi eux fut à son comble, à tel point qu'ils
durent s'écrier
« Après tout, quel crime y aurait-il, quand un autre aurait signé
pour lui? » C'est ainsi que, forcés par l'évidence, ils s'avouaient eux-mêmes
coupables du crime de fausseté, dont ils nous avaient accusés.
XLI. A quel
prix avons-nous dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite en dévoilant eux-mêmes leurs
propres mensonges au moment où ils voulaient se glorifier de leur multitude? Nous nous trouvions de beaucoup plus nombreux qu'ils n'étaient; et
surtout nous avions déclaré qu'au moins cent autres évêques catholiques, les uns pour
cause de vieillesse, d'autres pour raison de santé, d'autres pour diverses nécessités,
n'avaient pu venir à Carthage. A ces mots, ils répondirent qu'un bien plus grand nombre
d'entre eux n'avaient pu se rendre à l'invitation générale. Ils se flattèrent d'être
actuellement en Afrique au nombre de plus de quatre cents; mais hélas 1 ils oubliaient
que dans leur déposition ils avaient déclaré qu'ils étaient tous présents à
Carthage, à l'exception de ceux qui avaient été retenus chez eux soit par les
difficultés du voyage, soit par la maladie, soit par la vieillesse. On donna alors
connaissance des signatures, et d'après la supputation du ministère, elles s'élevèrent
au chiffre de deux cent soixante-dix-neuf, en comptant celles qui avaient été apposées
au nom des évêques qui n'avaient pu se rendre à Carthage pour cause de maladie. Comment
donc pouvaient-ils dépasser le nombre de quatre cents, puisqu'ils affirmaient qu'il n'y
avait que les malades qui n'étaient pas venus à Carthage, quand surtout ils avaient eu
la fourberie de signer à la place de ces absents, ou du moins à la place de
quelques-uns, si nous ne voulons pas dire de tous? Est-ce par hasard que quelque peste
(618) en aurait subitement frappé la troisième partie? Voici du reste la lettre de
convocation qui leur avait été adressée par leur primat « Qu'ils négligent tout le
reste pour s'empresser de se rendre à Carthage, de telle sorte que tous ceux qui
refuseront de venir seront regardés comme désertant, de toutes les causes, celle qui
devrait être pour eux la cause par excellence ». En effet, le point important dans leur affaire , c'était de se montrer en grand nombre, comme si, vraiment,
la facilité de trouver un objet était en proportion de la multitude des aveugles qui le
cherchent !
XLII. A quel
prix avons-nous dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite, en présumant si bien notre
consentement, quand, par une supplique déposée la veille, ils ont demandé deux jours
d'intervalle entre les débats, afin de laisser au ministère le temps nécessaire pour
publier notre mandat, et à eux-mêmes le loisir d'en prendre connaissance? Aussi, dès le
lendemain du jour où on eut connaissance de leur demande, on s'empressa d'y faire droit,
quoiqu'on en eût reconnu l'injustice. Mais à peine eurent-ils examiné notre cause telle
que nous l'avions consignée tout entière dans notre mandat, qu'ils se virent en proie à
de cruelles angoisses, et acquirent l'intime conviction que d'amers déboires les
attendaient. Pour des hommes que trouble leur trop grande assurance de la vérité, quoi
de plus juste, en effet, que de- demander un répit? Pourquoi donc n'en ont-ils pas
profité ? Après avoir pris connaissance de notre mandat, auquel ils se trouvaient
impuissants à répondre, plût à Dieu qu'ils eussent apporté remède à leur
perversité, au lieu de s'y enfoncer toujours davantage ! En soi, ils avaient droit de
demander un répit, mais dans leur supplique de la veille ils ne devaient pas dire qu'on
devait publier notre mandat , afin qu'ils pussent se préparer
pour le jour fixé, puisque les notaires allaient se trouver dans l'impossibilité de
terminer la transcription des actes. En effet, au jour fixé pour la réunion, les
notaires n'étaient pas présents, et les pétitionnaires essayèrent d'y trouver une
nouvelle occasion de chicane. Mais au fond, la cause de tout cela, c'était l'agitation
extraordinaire où les avait jetés la lecture de notre mandat et l'impossibilité où ils
se trouvaient d'y répondre. N'a-t-on pas dû acheter- à tout prix cette faveur qu'ils
nous ont faite en demandant ce retard? car après six jours de
répit, s'ils n'ont pu réfuter notre mandat, on ne saurait dire maintenant que c'est le
temps qui leur a manqué.
XLIII. Le
troisième jour de la conférence, à quel prix n'avons-nous pas dû acheter la faveur
qu'ils nous ont faite en prouvant, parles nombreuses chicanes qu'ils soulevèrent pour
gagner du temps, qu'ils ne voulaient pas aborder la question principale, que leur cause
était très-mauvaise et que la crainte à laquelle ils
étaient en proie en était le gage éclatant. Cette crainte éclata enfin dans ce cri qui
la dépeignait si fidèlement : « On nous amène insensiblement à la cause »; et plus
loin « Votre puissance voit clairement qu'on nous conduit pas à pas au fond même de la
question ». O violence irrésistible de la vérité, plus forte pour arracher un aveu que
tous les chevalets, que tous les ongles de fer ! Des évêques en si grand nombre se
rassemblent de toutes les parties de l'Afrique, entrent à Carthage avec un déploiement
de pompe extraordinaire, à tel point que tous les yeux de la grande cité se fixent sur
eux et sont émerveillés !Ceux qui doivent parler au nom de
tous, sont choisis par tous. Une demeure appropriée à une telle circonstance est offerte
au milieu de la ville. Les deux camps s'y réunissent, le procureur est présent, les
tablettes sont déployées, tous les coeurs attendent, dans l'anxiété le résultat de
cette conférence. Alors tous ces évêques si érudits, si éloquents, déploient toutes
leurs forces pour enfanter quelque chose, et en somme tout ce mouvement vient aboutir à
rien. Ils demandent à traiter la question de personne selon les formes du barreau; ne
sait-on pas que sur cette question les plaideurs ont coutume de consacrer un temps infini?
Ils convinrent cependant que dans leur décret les catholiques avaient négligé les
formes judiciaires pour se restreindre absolument aux enseignements de l'Ecriture ; ils
promirent également de puiser toutes leurs réponses dans les témoignages de la
révélation. La divine Providence permit cependant qu'au moment où ils agitaient la
question du demandeur pour esquiver la cause principale du débat, cette question
personnelle engageât subitement la cause principale. Ces hommes illustres, qui semblaient
n'avoir été élus que pour agir, se récrient qu'ils ont été élus pour ne rien faire,
et se (619) plaignent amèrement au président d'être victimes de la violence, et d'être
amenés pas à pas au fond même du débat, comme si vraiment on n'aurait pas dû
négliger tout le reste pour s'occuper exclusivement du sujet qui venait si tard en
discussion et qu'ils rejetaient encore Mais on
comprend qu'ils devaient se refuser à une discussion où ils avaient la crainte bien
fondée d'être vaincus. Et comment arracher de leur coeur l'aveu formel de cette crainte?
Y serions-nous parvenus, je ne dis pas au prix des plus grandes largesses, mais en les
soumettant aux épreuves les plus cruelles ?
XLIV. Ils
voulaient traiter dans toutes les formes la question du demandeur, et prouver que nous
l'étions, afin de se donner toute liberté de discuter nos personnes, et de prolonger
indéfiniment la question. Ils donnèrent donc communication du rapport que nous avions
remis précédemment au proconsul, et dans lequel nous demandions que toutes les
difficultés pendantes fussent traitées en conférence. Comme l'empereur avait depuis
octroyé la conférence, ils concluaient que nous étions, à proprement parler, les
demandeurs. Nous leur répondîmes qu'en demandant une conférence, nous nous proposions,
non pas de les incriminer en quoi que ce fût, mais de nous justifier de toutes les
accusations qu'ils faisaient peser sur nous ; ne disaient-ils pas hautement que s'ils
s'étaient séparés de l'unité de l'Eglise, c'était à cause des crimes qu'ils nous
reprochaient et qu'ils n'ont jamais pu prouver? Le procureur, s'attachant à l'ordre des
temps, remarqua que lés pièces que nous avions présentées et dans lesquelles les
Donatistes demandaient aux préfets l'autorisation de se réunir en conférence, étaient postérieures au rapport que nous avions adressé dans le
même but au proconsul. Nous saisîmes cette occasion favorable que nous offrait le
procureur; puisqu'il s'attachait à la question de priorité de temps, nous lui
demandâmes l'autorisation de donner connaissance de la supplique qu'ils avaient adressée
à l'empereur Constantin par l'intermédiaire du proconsul Anulinus,
et dans laquelle ils reprochaient à Cécilianus tous les
crimes qu'ils reprochent encore aujourd'hui à notre communion et dont nous voulions nous
justifier en conférence. On commença cette lecture, mais comme il devenait évident pour
eux qu'ils étaient vaincus sur tous les points, ils s'écrièrent: « On nous amène
insensiblement à la cause » ; ils ajoutèrent : « Votre puissance s'aperçoit qu'on
nous conduit pas à pas au fond même du débat ». Quelle profonde confusion ! mais si elle est grande, elle n'est pas admirable. Le démon a-t-il
plus d'horreur pour un exorciste , qu'ils n'en avaient pour la
lecture de cette pièce qui . allait prouver clairement que Cécilianus avait été accusé au tribunal de l'empereur par les
évêques leurs prédécesseurs, et qu'il avait été à plusieurs reprises hautement
justifié, non-seulement par sentence épiscopale, mais par
l'empereur lui-même ?
XLV. Quand ou
à quel prix aurions-nous pu acheter la faveur qu'ils nous ont faite en déclarant, sous
l'inspiration de la crainte qui les troublait, qu'ils invoquaient les droits de la
prescription, que le temps fixé pour les débats était écoulé, et qu'après quatre
mois la cause né pouvait plus être engagée? Qu'est-ce que cela? Le juge le plus capable
aurait-il jamais pu saisir leurs dispositions réelles, aussi bien qu'elles venaient
elles-mêmes de se révéler sous les coups de la crainte? La crainte a souvent pour effet
d'ôter la liberté; mais que dire de cette liberté qu'ils accordent à leur crainte
jusqu'à lui permettre non-seulement de ne pas taire le
jugement qu'ils portaient eux-mêmes sur la perversité de leur propre cause, mais de le
proclamer à haute et intelligible voix ? Pour arracher un tel aveu, que leur frayeur
devait être grande ! La crainte jaillit si puissante de leurs lèvres qu'elle chassa
toute pudeur de leur front. Si l'on n'avait pas donné connaissance des pièces qui
attestaient que Cécilianus avait été accusé et plusieurs
fois justifié, on allait traiter la question du demandeur, on allait discuter les
personnes ; les incidents se succéderaient avec un tel enchaînement et une telle
rapidité, que la cause principale serait indéfiniment suspendue. Et cependant c'était
en apparence pour traiter juridiquement la question principale qu'ils réclamaient ces
incidents préliminaires. Et puis, quand la lecture eut constaté l'innocence de Cécilianus et la justice de sa cause, c'est la prescription qu'on invoque , on s'écrie que le jour fixé pour les débats est
écoulé.
XLVI. Si
quelque impatience vous presse de connaître la sentence portée en notre faveur (620) par
le président, en vérité je ne puis en saisit le motif, puisque vous entendez les aveux
que la crainte arrache à vos évêques et qui suffisent seuls pour établir leur
condamnation ? Le procureur avait poussé la condescendance jusqu'à leur permettre de lui
associer tel juge qu'ils voudraient; ils s'y refusèrent, et ils eurent raison, car
autrement ils n'auraient pu vous mentir aussi effrontément qu'ils l'ont fait en vous
affirmant que le juge s'était laissé corrompre par nos présents. Cependant, ce qu'ils
n'avaient pas fait d'une manière, ils le firent de l'autre. Au président nommé par
l'empereur ils associèrent réellement un autre juge, et ce juge, loin d'être un
étranger, leur tenait d'aussi près que possible. Ce second juge, c'est la crainte même
dont ils furent saisis, et celui-là n'a pu recevoir de nous aucun présent et s'est
prononcé pour nous en toute liberté. D'un autre côté, quoique adhérant intimement à
leur propre personne ; quoique sortant des secrets les plus intimes de leur être, il n'en
montre aucune faiblesse pour leur personne; avant même que la cause ne fût discutée il
s'était déjà prononcé, parce qu'il en avait pris connaissance dans tes replis de leur
coeur. De ces deux juges, l'un se présenta pour étudier la cause ,
l'autre apparut la connaissant déjà; l'un jugea en se tenant debout, en écoutant, en
parlant; à l'autre, pour juger; il a suffi de paraître. Je comprends dès lors que le
meilleur parti qu'ils aient pu prendre, c'était de s'opposer aux débats. En effet, la
crainte seule en avait révélé le résultat aux combattants, tandis que le procureur ne put y parvenir qu'à force de travaux. Ce dernier cherchait à
connaître ce que renfermait le dossier; et la crainte manifesta ce qui se passait dans
leur coeur.
XLVII. Comment
donc , effrayés qu'ils étaient par la nécessité de donner
connaissance des documents antérieurs, en étaient-ils venus à dire chie le temps fixé
pour les débats était écoulé, et que la cause ne pouvait plus être discutée? Ils
remirent donc en question ce qui avait déjà été résolu ; de cette manière, s'il
s'agissait de tel passage de la sainte Écriture, ils refusaient d'en faire la lecture ;
si nous voulions faire cette lecture, ils Invoquaient aussitôt les droits de la
prescription et s'opposaient à toute discussion sous prétexte que le temps fixé était
résolu. Ils se mettaient ainsi en flagrante contradiction avec la promesse qu'ils avaient
faite de nous répondre par des témoignages de l'Ecriture sainte, parce qu'ils avouaient
eux-mêmes que c'était uniquement sur cette autorité divine que nous nous étions
appuyés dans notre mandat pour établir la cause de l'Église. Au lieu de suivre cette
marche, ils s'obstinaient à discuter la question de personne des demandeurs, et à la
discuter, non pas sous la forme d'une conférence, mais sous la forme d'une véritable
dispute. Nous leur répondîmes que s'ils n'avaient d'autre dessein que de savoir quelle
était la véritable Eglise et de quel côté elle se trouvait, nous entendions traiter
cette question avec les seules lumières et les enseignements de la révélation. Que si,
au contraire, ils voulaient se renfermer exclusivement dans des accusations personnelles,
il ne pouvait plus être question d'invoquer l'autorité des livres saints, et qu'alors
nous étions prêts, pour nous justifier, à recourir à des documents semblables à ceux
qu'on pouvait alléguer pour nous incriminer. Telle fut la réponse que nous ne cessâmes
d'opposer à toutes leurs demandes aussi vaines que nombreuses. Ils ne pouvaient qu'être
vaincus par l'évidence de la vérité, et réduits à entendre la lecture des pièces que
nous produisions pour rendre leur défaite de plus en plus éclatante et complète. Ils
comprenaient parfaitement qu'aussitôt qu'il serait prouvé que les prétendus crimes de Cécilianus n'engageaient nullement la responsabilité et la
véracité de notre communion,, ils n'auraient plus aucun
prétexte à alléguer pour justifier leur séparation de l'unité. Que s'ils
s'obstinaient à accuser Cécilianus ,
ils devaient chercher leurs preuves dans les documents publics, comme c'était aussi dans
ces documents que nous devions chercher les moyens de le justifier.
XLVIII.
Malgré la vivacité et le bruit de ces discussions, nous prîmes demander qu'ils eussent
à, prouver, s'ils le pouvaient , les crimes dont ils ont
coutume d'accuser notre communion répandue sur tonte la. terre,
car c'était pour eux l'unique moyen de justifier leur séparation de l'unité. Mais à
quel prix n'aurions-nous pas du acheter la faveur qu'ils nous ont faite en répondant que
nous voulions embrasser une cause qui n'était pas la nôtre, c'est-à-dire celle des
Eglises situées de Vautre. côte de la mer, tandis que les
(621) Africains seuls se trouvaient en jeu dans le débat. Quant à ces Eglises, la seule
chose qu'elles avaient à faire, c'était d'attendre le résultat de la discussion à la
suite de laquelle elles s'associeraient les vainqueurs,et
partageraient avec eux la gloire de porter le nouas de catholiques. Que demandez-vous de
plus? quelle Eglise vous devez tenir pour la véritable? pouvez-vous en douter encore? Voilà cette Église à laquelle vos
évêques avouent qu'ils n'ont rien à reprocher ; c'est à elle que clous sommes unis,
c'est de son sein qu'ils se sont séparés. Ils viennent de déclarer que cette Eglise
doit attendre le résultat de la discussion, après laquelle elle s'associera les vainqueurs et partagera avec eux la
gloire de porter le nom. de catholiques: Or, nos ancêtres sont
déjà restés vainqueurs de leurs ancêtres, et dès lors ils ont dû être associés à
cette Eglise et s'attribuer légitimement, le nom de catholiques. Quant. à vos évêques actuels, puisquils ont déjà été vaincus
dans la personne de leurs ancêtres par nos propres ancêtres , pourquoi cette nouvelle
lutte qu'ils engagent? L'Eglise catholique du continent et
répandue sur toute la terre doit attendre les vainqueurs pour les associer à son unité;
quels vainqueurs attendra-t-elle et comment doit-elle les attendre si , avant tout, elle
n'est pas innocente des crimes dont, il est question entre nous? Si elle n'en est pas
innocente, elle n'est plats qu'une coupable honteusement
vaincue, comment donc alors s'associer les vainqueurs? D'un autre côté, si, comme ils,, l'avouent; elle est innocente de, ces crimes, il, faut que nous en
soyons nous-mêmes innocents, puisque nous sommes en communion avec elle. En effet, si, en
vertu de cette communion , nous pouvons être souillés d'un
crime étranger , notre propre crime doit souiller également l'Eglise avec laquelle clous
sommes en communion. Or, ils avouent que cette Eglise n'est pas souillée par le crime
dés Africains, quoique ces derniers lui soient unis par la participation aux mêmes
sacrements : mais alors qu'ils conviennent donc que nous ne pouvons pas davantage être
souillés par le crime de ceux avec lesquels nous sommes en communion, puisque nous ne
sommes enlacés dans ce crime par aucun consentement. A l'aide du même raisonnement on
peut également prouver que là, cause de Cécilianus reste
victorieuse de toutes les accusations. En effet, si, dans ce moment, l'Eglise du continent
doit attendre le succès du débat pour s'associer les vainqueurs et leur conférer le
titre de catholiques, elle attendait donc aussi quand les ancêtres de vos évêques
luttaient avec tant d'acharnement contre Cécilianus. C'est
donc lui qui remporta la victoire, puisqu'après le combat,
c'est lui que cette Eglise associa à sa gloire et à ses titres. Diront-ils qu'elle a pu,
quoiqu'il fut coupable, l'admettre dans sa communion et son unité, sans qu'elle en
éprouvât aucune souillure? Alors c'est à nous qu'appartient la victoire, puisque nous
soutenons que chacun porte son propre fardeau, et que la cause et la personne ne préjugent ni la cause ni la personne.
XLIX. A quel
prix encore n'avons-nous pas dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite en s'engageant à
répondre, non pas par lettre, mais par écrit au mandat dans lequel nous avions embrassé
la cause tout entière? En effet, il a été prouvé par là, d'une manière évidente,
qu'ils n'ont pu répondre à tous nos arguments, et qu'ils ont évité avec soin de
toucher à certaines questions. On ne dira pas que la mémoire a pu leur faire défaut et
dès lors qu'il est tout naturel qu'ils n'aient pas répondu, même à certains points des
plus importants. En effet, sur leurs instances, notre mandat a été publié
, afin, comme ils le demandaient , qu'ils pussent répondre en pleine connaissance
de cause. De plus, sept d'entre eux furent délégués par les autres pour préparer et
étudier la matière; cependant la lettre de réponse est signée par leur concile tout
entier comme si elle était l'oeuvre de tous. Nous serions en droit de refuser cette
lettre, puisque l'ordre exige que quand sept hommes ont été chargés d'une cause, rien
ne se fasse que par eux. Mais peut-être nous aurait-on accusés de crainte et de frayeur;
aussi nous n'avons pas hésite; à concéder la lecture de cette lettre. Comme je l'ai
dit, il était à désirer qu'après le si long répit que nous leur avions accordé, ils
présentassent un travail complet dans lequel on trouvât une réponse claire et précise
à toutes les questions que nous avions touchées dans notre
mandat. Un tel travail n'était pas seulement à désirer, on l'aurait acheté à tout
prix. S'il est des hommes assez grossiers pour croire qu'ils nous ont réfutés sur tous
les (622) points sur lesquels ils nous ont répondu; est-il possible de supposer
l'absurdité assez profonde pour croire également qu'ils nous ont répondu dans toutes
les questions sur lesquelles ils ont gardé le silence le plus absolu? Et cependant,
peut-on regarder ces questions comme de peu d'importance, puisque toute la matière du
débat y est implicitement renfermée ?
L. C'est en nous appuyant sur les
témoignages de l'Ecriture sainte que nous avons prouvé que l'Eglise , avec laquelle nous
sommes en communion, après avoir été fondée à Jérusalem, s'était répandue sur
toute la terre. Or, tous ces passages ont été, de leur part, passés sous silence, comme
s'ils s'étaient sentis accablés sous le poids de cette grande autorité. Nous avons
aussi rapporté , dans notre mandat, les paroles de Cyprien
dans lesquelles il déclare que l'on doit tolérer les méchants dans lEglise,
plutôt que de quitter l'Eglise à cause d'eux; nous avons montré que, sur ce point, il a
confirmé le précepte par son exemple. Mais sur ce point encore, vos évêques n'ont fait
aucune réponse; je suppose qu'ils ont craint d'attaquer l'autorité de Cyprien dans tel
de ses écrits, car ils se seraient mis dans la nécessité d'avouer que nous avions le
droit de la rejeter, quand il s'agit de la réitération du baptême. Quant à cette
doctrine sur laquelle ils reviennent toujours avec tant de complaisance, il est à
remarquer qu'ils n'y ont fait aucune allusion dans la conférence; sans doute qu'ils
comprenaient parfaitement qu'en citant saint Cyprien, ils avouaient par le fait qu'ils
avaient réellement fait naufrage. Il est certain, en effet, que Cyprien ne s'est pas
séparé de l'unité, il resta en communion avec ceux qui avaient, sur cette matière, une
opinion différente de la sienne. Il faut en conclure ou bien que l'Eglise avait péri, et
alors, comment expliquer la naissance de leur Donat? ou bien,
si l'Eglise continuait à exister, il faut admettre que, dans son sein, les bons ne sont
pas souillés par leur contact extérieur avec les méchants; c'est ce que prouvent la
doctrine et l'exemple de Cyprien, qui a cru devoir rester en communion avec ceux qui ne
partageaient pas sa manière de voir sur la réitération du baptême. Dès lors, vos
évêques ont véritablement assumé sur eux l'écrasante responsabilité d'un schisme
criminel, quand ils ont cru devoir se séparer de l'Eglise universelle à l'occasion de je
ne sais quels crimes dont ils n'ont pu démontrer la réalité. Telle est, ce me semble,
la raison pour laquelle ils ont passé sous silence le témoignage que, dans notre mandat,
nous avions emprunté à Cyprien.
LI. A l'occasion de l'affaire des
Maximianistes, ils proclamèrent hautement que la présence des méchants ne doit pas
être une cause suffisante de se séparer de l'unité, car ils soutinrent que les
partisans de Maximien n'avaient pas été souillés par lui, et ne craignirent pas de
réintégrer dans tous les honneurs ceux qu'ils avaient condamnés peu de temps
auparavant. De plus, ils admirent que le baptême de Jésus-Christ, quoique conféré au
dehors par l'Eglise, devait être maintenu plutôt qu'invalidé; car, quand il s'agit de
ceux que Félicianus avait baptisés dans le schisme, ils les
reçurent dans leur secte sans oser leur réitérer le baptême. Nous avions relevé ces
faits dans notre mandat ; cependant , ils crurent à propos de
les laisser dans le plus complet silence,plutôt que d'y répondre. Nous avions également
affirmé que la cause de Cécilianus était essentiellement
distincte de celle de l'Eglise ; cette assertion resta également sans réponse. Qui donc pourra jamais croire qu'ils aient réfuté notre mandat, quand,
sur tous ces points d'une extrême importance, ils ont pris le sage parti de se renfermer
dans le plus profond silence ? Quant aux réponses qu'ils ont faites, libre à chacun de
les lire s'il le veut et de les apprécier, en se contentant de comparer leur lettre à
notre mandat , sans consulter notre réplique actuelle où
toutes les machinations que leur avait inspirées la vérité sont complètement
déjouées et détruites.
LII. Nous
avions rappelé là cause de Maximien, afin de leur faire comprendre que la condamnation
portée par soixante-dix évêques contre Cécilianus absent,
devait être pour celui-ci ce qu'avait été pour Primianus la
condamnation portée contre lui par cent évêques du parti de Maximien; la première ne
devait pas avoir de conséquences plus nuisibles que la seconde. Or, à quel prix, ou
plutôt avec quelle montagne d'or n'aurions-nous pas dû acheter la faveur qu'ils nous ont
faite, en nous répondant par cette parole qui indique assez clairement le trouble dont
ils étaient saisis, les angoisses qui les tourmentaient : « La (623) cause ne
préjuge pas la cause, et la personne ne préjuge pas la personne? » Cette parole, dans
sa brièveté, rend à jamais invincible la cause que nous soutenions contre eux
précédemment. En citant de nombreux témoignages de la sainte Écriture, des Prophètes,
des Apôtres, des évêques et même de nos adversaires, quel autre but avions-nous que de
prouver que les bons ne sont pas souillés par les méchants dans la participation aux
mêmes sacrements, si par leur coeur, par leur volonté, par leurs murs et par leurs
oeuvres, ils savent distinguer leur cause et leur personne? Tout ce que nous voulions,
c'était de montrer l'évidence de ce principe : La cause ne préjuge pas la cause, et la
personne ne préjuge pas la personne. Nous le soutenions depuis longtemps, mais jusque-là
rebelles, ils ne cédèrent à l'évidence que quand ils se sentirent poussés par une
irrésistible nécessité.
LIII. Mais au
prix de quels trésors, de quelles richesses, de quels diamants et perles précieuses
n'aurions-nous pas dû acheter la faveur qu'ils nous ont faite, non-seulement
en avouant, mais encore en proclamant avec orgueil et ostentation que leurs ancêtres
avaient accusé Cécilianus au tribunal de l'empereur
Constantin, et en poussant le mensonge et la calomnie jusqu'à assurer qu'il avait été
frappé d'une condamnation solennelle? Que devient donc cette fastueuse parole qu'ils vous
adressaient pour mieux vous tromper et pour soulever toutes les haines contre nous, en
nous accusant de soumettre la cause de l'Église à la juridiction de l'empereur? Que
deviennent ces paroles de Primianus enregistrées dans les
actes du magistrat de Carthage : « Ils portent les reliques de beaucoup d'empereurs,
tandis que nous n'avons à offrir que les Evangiles?» Que devient ce brillant
panégyrique dont ils honorent leur séparation, prétendant que l'Église véritable
c'est celle qui souffre persécution et non celle qui la fomente? » Cette prétendue
justification ne tombe-t-elle pas sous les coups du ridicule et de la honte ? Nous avons
le récit des persécutions qu'ils ont fomentées, et s'ils osaient les nier, nous
publierions leurs signatures. Ils ont avoué, ils ont proclamé avec orgueil que leurs
ancêtres avaient gravement poursuivi Cécilianus au tribunal
de l'empereur, et qu'il y avait subi une condamnation éclatante; nous en avons les
preuves en main. Qu'ils ne disent donc plus que leur secte forme l'Église véritable,
parce qu'elle souffre la persécution et ne la soulève pas ; ou bien, qu'ils avouent
qu'elle n'était pas la véritable Eglise à l'époque des persécutions soulevées contre
Cécilianus par leurs ancêtres. Si pour être bon il suffit
d'être persécuté, Cécilianus devait être bon quand il
subissait la persécution. Diront-ils qu'il peut se faire quelquefois que les méchants
eux-mêmes soient persécutés, mais que les auteurs de la persécution ne sauraient être
bons? Alors, qu'ils avouent que leurs ancêtres n'étaient pas innocents quand ils
persécutaient Cécilianus. Diront-ils que les bons peuvent
soulever la persécution et les méchants la subir? Mais alors doivent-ils nous faire un
crime, et à eux, un éloge de ce qu'ils ont aujourd'hui à souffrir de notre part ce que
leurs ancêtres ont glorieusement fait souffrir à Cécilianus?
Cependant, il n'est nullement prouvé que Cécilianus ait
été condamné par l'empereur; il n'est pas prouvé davantage que la sentence
d'absolution et de justification prononcée en sa faveur par les évêques et par
Constantin, ait été interpolée ou cassée par la suite. Mettons donc de côté cette
prétendue condamnation de Cécilianus, laquelle n'est qu'un
mensonge ; il nous reste un fait certain, c'est la persécution soulevée contre lui par
leurs ancêtres.
LIV. C'était peu à leurs yeux de
soutenir calomnieusement que Cécilianus avait été comdamné par l'empereur, et de ne pouvoir prouver leur assertion;
ils voulurent rendre notre victoire encore plus éclatante en affirmant que la
justification de Cécilianus était demeurée intacte et
n'avait été modifiée dans la suite par aucun jugement contradictoire de l'empereur:
précédemment ils avaient soutenu le contraire. D'abord, sous prétexte de prouver que Cécilianus avait été réellement condamné, ils demandèrent à
donner connaissance d'une pièce écrite par Optat, évêque
catholique de l'Église de Milève. Comme cette pièce
prouvait justement le contraire de leur assertion, un grand éclat de rire s'échappa de
toute l'assemblée. Assurément ce rire ne devait être l'objet d'aucune mention dans les
actes publics, mais ils en provoquèrent eux-mêmes la publicité en s'écriant.:
« Que ceux qui ont ri écoutent»; ce mot a été transcrit et signé. La lecture qui
venait d'être faite laissait donc les choses dans (624) le même état d'incertitude;
pour y répandre quelques lumières, le procureur ordonna de reprendre la lecture de plus
haut; on tomba précisément sur un passage qui prouvait ce que vos évêques
s'obstinaient à nier, c'est-à-dire la justification. de Cécilianus; ce qu'on venait de, lire avait déjà prouvé qu'il
avait été, non pas condamné, mais retenu à Brixia pour le
bien de la paix. Vos évêques répondirent que ces paroles n'étaient de la part d'Optat qu'un moyen d'atténuer la condamnation de Cécilianus; on leur répliqua qu'ils eussent alors à fournir
d'autres documents pour rendre évident le fait de la condamnation de Cécilianus;
alors seulement on comprendrait qu'Optat, en écrivant que Cécilianus avait été justifié, n'avait voulu qu'atténuer
l'effet de sa condamnation. Ils durent renoncer a ce moyen de salut, et après de longues
hésitations et d'inextricables embarras, ils se mirent ouvertement à plaider en faveur
de notre cause, En effet, comme s'ils eussent pris nos instructions et qu'ils eussent
été délégués pour défendre et proclamer l'innocence de Cécilianus,
ils se tournèrent entièrement de notre côté. On leur avait demandé de prouver que
dans un jugement subséquent, Cécilianus avait été
condamné par l'empereur, quoique les lettres antérieures dont nous avions donné
connaissance, eussent prouvé qu'il avait été absous. Pour toute réponse, ils
présentèrent un mémoire adressé à ce même Constantin parleurs ancêtres et qui
prouvait avec la dernière évidence, que c'était sur eux qu'était tombée la
condamnation impériale. En. effet, il leur arriva ce qui
était arrivé aux ennemis du saint prophète Daniel, lesquels furent dévorés par les
lions qu'ils avaient apostés pour dévorer leur innocente victime (1). Nous leur fîmes
donc remarquer que ce mémoire était tout entier en notre faveur. Alors ils en
produisirent un autre; c'était une lettre adressée par l'empereur à son vicaire Vérinus, dans laquelle il se montrait extrêmement irrité contre
les Donatistes, appelait sur eux les sévérités du jugement de Dieu, et cependant leur
pardonnait en leur permettant de recouvrer leur liberté. Il resta donc bien prouvé
qu'aucune condamnation de Cécilianus n'était survenue par la
suite, que sa justification avait été rigoureusement maintenue, et que le châtiment des
Donatistes n'avait été levé que par une honteuse
indulgence. Avouons que des documents
aussi précieux n'étaient pas entre nos mains; j'a.joute que
si nous avions su où ils étaient et qu'on n'eût pas voulu nous les livrer gratuitement,
nous aurions versé toutes les sommes nécessaires pour en obtenir au moins la
transcription. Mais que n'aurions-nous pas offert pour obtenir que nos adversaires
eux-mêmes nous en fissent la lecture ?
LV.
Pourrait-on jamais supposer qu'ils aient porté plus loin le zèle de notre justification?
Eh bien 1 ils nous réservaient encore de nouvelles faveurs. Ils rappelèrent la cause de
Félix qui avait ordonné Cécilianus et qu'ils avaient
accusé du crime de trahison. La justification de Cécilianus
n'avait fait que resserrer encore les liens de l'unité; c'est alors que ses ennemis
avaient soulevé la question de Félix, espérant par là faire retomber sur Cécilianus absous, les crimes qui lui étaient étrangers. La cause
de Félix fut donc discutée au tribunal du proconsul ; ruais son innocence n'en sortit
que plus triomphante. Toutefois un certain Ingentius s'était
porté comme faux témoin contre Félix, et avait lui-même avoué sa faute; mais dans une
cause où il s'agissait d'un évêque, il n'était pas facile de lui appliquer le
châtiment dû à un tel crime; d'un autre côté, le proconsul comprit qu'avant de le
renvoyer, il devait en référer à l'empereur qui, dans toutes ces affaires, était
l'arbitre suprême.. C'est ce qui eut lieu, et l'empereur
ordonna qu'Ingentius fût envoyé à son tribunal, où il se
proposait de confondre d'une manière éclatante les Donatistes qui ne cessaient
d'interjeter appel. Toutefois il n'élevait aucun doute sur la légitime justification qui
avait été prononcée, les paroles mêmes du rescrit le prouvaient assez clairement. Nous
avions en main tous les documents relatifs à cette affaire de Félix et nous nous
proposions d'en donner connaissance. Mais vos évêques nous prévinrent et commencèrent
la lecture de la lettre dans laquelle l'empereur ordonnait de lui envoyer Ingentius. Nous n'aurions pas donné connaissance de cette pièce,
parce que la cause de Cécilianus nous paraissait épuisée et
n'avait aucun besoin d'être prolongée. Mais en entendant nos adversaires ne rien
négliger pour donner toute l'évidence possible à la persécution soulevée par leurs
ancêtres contre les nôtres au tribunal des empereurs, et à la réfutation de toutes
leurs calomnies, que nous restait-il à (625) faire, si ce n'est d'accueillir avec plaisir
toutes les pièces qu'ils présentaient et de rendre à Dieu de ferventes actions de
grâces? Ils présentèrent donc la lettre de Constantin et en donnèrent connaissance. Ce
que je vais dire pourrait paraître incroyable, mais c'est un fait acquis à l'histoire;
les actes publics renferment à la fois et leurs propositions et leurs signatures. Ils
lurent donc ce qui suit : « Constantin avait répondu par lettre que l'audience donnée
par le proconsul Elianus dans l'affaire de Félix, était
ratifiée en tous points et que l'innocence de Félix était légitimement constatée;
qu'il avait mandé à son tribunal Ingentius, afin que les
auteurs de la poursuite et de ces innombrables interpellations, qui se renouvelaient
chaque jour, pussent être convaincus, en présence de témoins, que leurs accusations
contre Cécilianus n'étaient que des calomnies inspirées «
par la haine et la plus noire jalousie b. Voilà ce qu'ils lurent. Qui aurait espéré que
ceux qui s'étaient faits nos injustes accusateurs, deviendraient tout à coup, forcés
par l'évidence de la vérité, nos ardents défenseurs? C'est ainsi qu'autrefois, Balaam injustement appelé pour maudire le peuple de Dieu, changea
ses malédictions en abondantes bénédictions (1)'.
LVI. Quant à
l'ordre chronologique des consuls, nous n'eûmes pas alors le temps de l'examiner. D'abord
nous n'avions pas sous la main les tablettes où leurs noms sont inscrits ; d'un autre côté , personne ne supposait que nos adversaires s'arrêteraient à
une objection aussi futile que celle de nous demander le résultat de la mission d'Ingentius, si toutefois cette mission avait eu lieu réellement;
est-ce que le proconsul n'avait pas proclamé l'innocence de Félix? est-ce
qu'eux n'avaient pas donné lecture de la réponse dans laquelle l'empereur confirmait
cette sentence de justification ? Assurément ils eussent été plus désireux de produire
ces pièces, s'ils avaient été convaincus que le voyage d'Ingentius
avait eu pour eux un résultat favorable. Or, voici ce que nous apprenons dans les fastes
consulaires. Cécilianus fut d'abord justifié par là
sentence solennelle de l'évêque de Rome, Melchiade;
longtemps après, la sentence du proconsul affirma l'innocence de Félix, et ce n'est
qu'à la suite de cette sentence que l'empereur, après avoir
entendu les parties , déclara Cécilianus innocent de tous les crimes dont on l'accusait; enfin,
quatre ans après cet acte solennel, par l'effet d'une honteuse indulgence, ses
adversaires furent relevés du châtiment qu'ils subissaient. Le jugement de Melchiade fut rendu le sixième jour des nones d'octobre, sous le
troisième consulat de Constantin et le second de Licinius. Le proconsul Elianus jugea la cause de Félix, sous le consulat de Volusianus et d'Aninanus, le quinzième
jour des calendes de mars, c'est-à-dire environ quatre mois après. La lettre de
Constantin, relative à la justification de Cécilianus , fut
adressée au vicaire Eumalius, sous le consulat de Sabinus et
de Ruffinus, le quatrième jour des ides de novembre,
c'est-à-dire deux ans et huit mois après. Le même empereur, dans sa lettre au vicaire Valérius, fit remise de l'exil aux coupables et les abandonna à la
justice de Dieu , sous un autre consulat de Crispus et de
Constantin, le troisième jour des nones de mai, c'est-à-dire après un intervalle de
quatre ans et six mois. De tous ces faits il résulte évidemment que, depuis la mission
d'Ingentius, que cette mission ait eu lieu, oui ou non, aucun
jugement n'a été rendu contre Cécilianus, et que toutes les
sentences impériales ont assuré son triomphe sur ses adversaires et ses persécuteurs.
LVII.
Maintenant, que doit penser d'elle-même la secte des Donatistes tant de fois
désapprouvée, tant de fois convaincue de calomnies, de mensonges, tant de fois humiliée
et vaincue? Qu'elle accuse ouvertement le juge de s'être laissé corrompre; n'est-ce pas
là toujours le cri des vaincus? Il a dû assurément se laisser corrompre, puisqu'il a
réfuté la cause qu'ils avaient si bien conduite. Mais je me garde de les incriminer en
quoi que ce soit; je déclare plutôt qu'ils se sont parfaitement conduits, puisqu'ils ont
cédé à l'évidence de la vérité jusqu'à- condamner eux-mêmes leurs propres erreurs.
En effet, si l'on n'envisage que la cause en elle-même, il est certain que la sentence du
juge leur a été défavorable; mais si l'on examine chacune de leurs propositions, il est
facile de voir qu'elles appelaient la sentence telle qu'elle a été rendue. Est-ce que le
juge qui s'était posé comme médiateur, pouvait nous condamner, quand nos adversaires
eux-mêmes énonçaient des propositions, présentaient des 40
626
pièces et lisaient des mémoires qui
plaidaient tous en notre faveur? Quel besoin avions-nous de corrompre le juge à prix
d'argent quand, sans rien donner à nos adversaires, ils produisaient des documents qui
forçaient le juge à se prononcer en notre faveur, lors même qu'il aurait reçu d'eux
les plus grandes sommes d'argent? Si nous ne l'avions pas connu comme un homme craignant
Dieu, aimant la justice et formellement opposé à toutes ces menées sordides, nous
aurions pu le soupçonner de partialité en faveur de nos adversaires. Au moment où il
les voyait accablés sous le poids de la vérité, avec quelle patience , pour montrer
qu'il ne leur était point opposé, il leur permit ces divagations insensées, ces
superfluités de paroles, ces redites continuelles, ce besoin de revenir sans cesse à des
matières depuis longtemps épuisées ! C'est au point qu'il y aurait tout lieu de
s'effrayer, si l'on se trouvait condamné à étudier le volumineux compte rendu des
débats, ou seulement à en faire la lecture. Cette prolixité leur était-elle inspirée
par la fausseté bien sentie de leur cause, ou par le désir de tromper plus sûrement
l'opinion? je l'ignore. Il me suffit de constater qu'en
refusant de quitter une cause aussi mauvaise, ils l'ont de plus en plus compromise.
Supposé qu'on les accuse de s'être laissé corrompre par nous, et qu'en preuve de ce
crime on leur rappelle toutes les propositions qu'ils ont émises, toutes les pièces dont
ils ont donné connaissance et qui toutes plaidaient en faveur de notre cause et
condamnaient la leur, je ne sais comment ils pourraient se justifier. Pour toute réponse
ils diraient peut-être : Si nous nous étions laissé corrompre, nous aurions clos
rapidement les débats sur une cause que nous savions mauvaise et qui a été reconnue
telle par les deux parties; maintenant donc soyez persuadés qu'en prolongeant ainsi les
débats, nous avons eu pour but de rendre à peu près impossible toute lecture du compte
rendu et toute connaissance de la défaite que nous avons subie. Si ce moyen de
justification ne leur restait pas, c'est en vain qu'eux et nous, nous attesterions par
serment qu'il n'y a eu de part et d'autre aucune corruption ,
on aurait peine à croire que c'est gratuitement qu'ils ont formulé tant d'aveux et
donné lecture de tant de pièces, qui les condamnaient ouvertement et nous procuraient
une victoire assurée. De tout cela nous rendons grâces, non pas à eux, mais à Dieu
seul; car s'ils se sont faits ainsi les ardents avocats de notre cause, ce n'est point par
un motif de charité, mais uniquement parce que la vérité s'est imposée à eux dans
toute son irrésistible évidence.
LVIII.
Frères, vous dirai-je, si toutefois vous ne vous irritez pas que nous vous donnions ce
nom de frères, si vous n'imitez pas vos évêques qui, en entendant ce salut que nous
leur adressions, se sont crus insultes, les actes en font foi. Dans notre mandement, nous
avions rappelé à ce sujet la parole du Prophète; mais ils ont refusé de voir un
précepte dans ces paroles du Tout-Puissant : « Dites à
ceux qui vous haïssent et vous persécutent : Vous êtes nos frères; afin que le nom de
Dieu soit glorifié, et qu'il soit pour les uns un motif de joie, et pour les autres au
motif de honte (1) ». Donc, mes frères, que le nom du Seigneur vous apparaisse dans
la joie; puisque ce nom a été invoqué sur nous, et que nous participons tous aux mêmes
sacrements, c'est en toute justice que nous vous donnons le nom de frères ; désormais
soyez tous remplis de l'amour de la paix et renoncez à cette habitude de la calomnie et
de la chicane dont vous comprenez toute la honte et toute l'indignité. Ne haïssez pas
vos évêques quand ils se convertissent et rentrent en communion avec nous, mais
défiez-vous de ceux qui persévèrent dans leur funeste erreur et travaillent encore à
vous séduire. Qu'ils ne se glorifient pas des honneurs que nous leur rendons et qui
devraient leur appartenir s'ils étaient dans l'unité de la véritable Eglise ; car du
moment qu'ils en jouissent en dehors de l'unité, ils n'en sont que plus coupables. Est-ce
que des usurpateurs ne sont pas plus criminels quand ils se revêtent des insignes
militaires que quand ils ne les portent pas ? et cependant,
s'ils viennent faire leur soumission, s'ils rentrent dans les armées impériales, ces
insignes leur sont conservés, mais avec cette différence essentielle : pendant la
révolte, ils étaient pour eux une aggravation de faute et un nouveau titre au
châtiment; depuis leur soumission, ils sont pour eux un ornement et une protection.
Pourquoi nous occuper encore de leurs vaines querelles et de leurs impudents mensonges ?
La cause a
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été terminée pendant la nuit, afin de
clore aussi la nuit de l'erreur. C'est pendant la nuit que la sentence a été prononcée,
mais elle brillait de tout l'éclat de la vérité. Ils se sont plaints d'avoir été
renfermés dans la salle de la conférence, comme dans une prison, mais nous y étions
également; ou bien cette mesure a été pour tous une injure,
ou bien elle a été un acte de prudence. Comment y voir une injure, quand nous pouvons
attester que ce lieu nous offrait un magnifique espace, une lumière éclatante et tous
les avantages désirables? Puisque le juge lui-même s'y trouvait, peut-on dire de ce lieu
qu'il était une prison? En réalité nous ignorions que l'on nous eût enfermés, et
cependant nous étions avec eux; s'ils se sont aperçus que les portes étaient fermées,
ne serait-ce pas qu'ils auraient eu la volonté de prendre la fuite? Mais comment ne pas
comprendre que s'ils avaient pu trouver quelque argument solide en faveur de leur cause , ils n'auraient pas soulevé contre le procureur des
incriminations dont l'absurdité frappante n'a pas besoin d'être réfutée ? Nous savons
qu'un grand nombre d'entre vous, et peut-être tous, vous aviez coutume de vous écrier :
« O s'ils se réunissaient dans un même lieu ! s'ils
avaient entre eux une conférence, la vérité sortirait éclatante de ces
débats ! » Vos voeux sont accomplis, le mensonge a été constaté, la
vérité est apparue. Pourquoi donc fuir encore l'unité? Pourquoi donc mépriser encore
la charité? Pourquoi nous diviser pour le nom de tel ou tel homme? Il n'y a qu'un seul
Dieu qui nous a créés; il n'y a qu'un seul Jésus-Christ qui nous a rachetés; il n'y a
qu'un seul Esprit qui doit nous réunir. Que le nom du Seigneur soit honoré; qu'il vous
apparaisse dans la joie, afin que vous reconnaissiez vos frères dans l'unité qu'il a
lui-même formée. L'erreur qui nous séparait a été confondue dans les propositions
émises par vos évêques; que le démon soit enfin vaincu dans votre coeur, et que
Jésus-Christ, qui nous commande l'union et la charité, se montre toujours propice à son
troupeau réuni et pacifié.
Traduction de M. labbé BURLERAUX.
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