CHAPITRE XV
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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CHAPITRE QUINZIÈME. Zèle de saint Augustin pour la prédication. —  Conduite des évêques vis-à-vis du polythéisme. —  Les quatre livres de l'Accord des Evangélistes. —  Le livre des Choses qu'on ne voit pas. —  Le livre sur la Manière de catéchiser les ignorants. —  Sur le Travail des Moines.

 

Lorsque ses devoirs ou les besoins de l'Eglise d'Afrique le conduisaient dans quelque ville, Augustin, sollicité par les pasteurs et les fidèles du lieu, ne refusait jamais de se faire entendre. Le zèle de la maison du Seigneur dévorait son âme; il voyait l’Eglise attaquée par les hérétiques, les païens et les juifs; il aurait voulu que sa parole eût pu être écoutée partout à la fois. Les basiliques de Carthage retentissaient de la voix d'Augustin, à chaque voyage qu'il faisait dans la métropole africaine, Parmi les motifs qui l'animaient ici, nous devons placer le désir d'instruire la ville qui avait été le principal témoin des erreurs de (81) jeunesse. Quand il se rendit au concile général de Carthage tenu en 398, , à ce concile dont les cent quatre canons sont un trésor pour la discipline de l'Eglise (1), l'éloquent évêque réunit plus d'une fois sans doute la multitude autour de lui dans les basiliques.

Les païens avaient assigné quatre siècles à la durée du christianisme. L'année 399 devait voir la croix tomber et les dieux reprendre tout leur empire. Or, dans cette année, l'exécution de la loi de l'empereur Honorius acheva de faire crouler les idoles. On a dit que saint Augustin et d'autres évêques cherchaient partout des idoles pour les briser; cela n'est pas exact. Pas une ligne de notre grand évêque n'a autorisé le renversement d'une statue de divinité. S'il se rencontrait des idoles dans les domaines offerts à l'Eglise, il était tout simple qu'on les mît en pièces, puisqu'on se conformait par là aux intentions des donateurs; mais nous ne trouvons dans l'histoire ecclésiastique aucun acte contre le polythéisme en dehors des lois ou des conventions : les dieux n'eurent jamais à souffrir de l'arbitraire épiscopal. Les pontifes de Jésus-Christ se contentaient de montrer aux peuples le néant de l'idolâtrie ; ils laissaient la vérité poursuivre librement ses triomphes. Les évêques d'Afrique applaudirent à l'ordonnance d'Honorius; ils l'avaient même sollicitée; et ceci prouve encore qu'on ne procédait point contre le polythéisme par caprices, par violences illégales, mais que , dans ces grandes révolutions morales, la loi ne cessait point d'être la seule règle.

Le grand défenseur de l'unité de l'Eglise ne laissait pas les donatistes s'endormir dans leur erreur. Dans une lettre à son parent Séverin, tombé dans le schisme, il lui disait (2) : « Le parti de Donat, qui ne s'étend pas hors de l'Afrique , outrage le reste de la terre. Cette branche, morte pour n’avoir pas voulu porter des fruits de paix et de charité, ne prend pas garde qu'elle est retranchée de la racine des Eglises d'Orient, d'où l'Evangile a été porté en Afrique. »

« Mon père agit sans cesse, » disait le Verbe fait homme. Le génie, quand il s'inspire de (amour de la vérité, a quelque chose de cette activité divine, et ne se repose jamais. Tel fut surtout le génie d'Augustin. A chaque pas que nous faisons dans son histoire, nous rencontrons un nouvel ouvrage, et les difficultés de

 

1 Baronius. — 2 Lettre 52, année 399.

 

notre tâche s'accroissent de toute la prodigieuse fécondité de ce grand homme. L'année 400 fut une des plus riches années de la vie d'Augustin. Nous y trouvons dix ouvrages, parmi lesquels figurent les Confessions, et dont l'un, l'ouvrage contre Fauste, se compose de trente livres. Nous donnerons une idée de ces diverses productions.

Les quatre livres De l'Accord des évangélistes, particulièrement dirigés contre les païens, offrent aujourd'hui un aussi intéressant sujet d'étude qu'autrefois, car les modernes adversaires du christianisme ont renouvelé contre les Evangiles les mêmes arguments; les mêmes chicanes que les païens du ive siècle. Augustin établit fortement l'autorité des évangélistes, qui sont au nombre de quatre, comme pour répondre aux quatre parties de l'univers. Il y a deux forces dans l'âme, l'une active, l'autre contemplative; l'une qui va, l'autre qui est arrivée; l'une qui s'efforce de purifier le coeur pour le rendre digne de voir Dieu, l'autre qui voit Dieu; l'une qui travaille, l'autre qui se repose. Ces deux forces ou vertus sont figurées par les deux épouses de Jacob : Lia est laborieuse, Rachel contemple le principe des choses. Trois évangélistes s'attachent aux, actions et aux paroles du Sauveur dans son passage sur la terre; le quatrième laisse les faits et les discours de Jésus-Christ pour s'occuper soigneusement de l'unité de la Trinité , du bonheur de l'éternelle vie, de la contemplation des choses sublimes. Les quatre animaux de l’Apocalypse représentent les quatre évangélistes. Saint Matthieu est le lion, saint Luc est le veau pour désigner la grande victime (1), saint Marc est l'homme, parce que c'est surtout dans ses récits qu'apparaît l'humanité du Messie; saint Jean est l'aigle, parce qu'il s'élance par. dessus les nuages de l'humaine faiblesse, et qu'il contemple avec des yeux fermes et pénétrants la lumière de l'immuable vérité. Tel est le quadrige sur lequel le Seigneur, dit Augustin, a parcouru l'univers.

Les païens demandaient pourquoi Jésus-Christ n'avait rien écrit lui-même, et pourquoi il avait laissé à d'autres le soin de marquer ce qu'il fallait croire. Augustin leur répond qu'ils auraient donc cru.ce que le Sauveur aurait écrit lui-même. Il les prie de considérer combien de philosophes ont chargé leurs disciples de mettre leurs enseignements par écrit.

 

1 Propter maximam victimam sacerdotis.

 

 

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Pythagore et Socrate n'ont pas laissé une ligne; or, pourquoi les païens, qui acceptaient Pythagore et Socrate, repousseraient-ils Jésus-Christ parla raison qu'il n'a rien écrit? Si, parles récits de la renommée, ajoute Augustin, Jésus-Christ est aujourd'hui reconnu comme le plus sage, le plus parfait des hommes, pourquoi, sur le témoignage d'une plus grande renommée, ne serait-il pas reconnu comme Dieu? Les païens proclamaient le Christ le plus sage des hommes, et pourtant le Christ n'avait jamais parlé de sa sagesse 1 L'Église catholique le proclame Dieu : que répondre à cette grande autorité? Augustin prouve ensuite la divinité du Sauveur. Tout ce premier livre est beau. Les trois autres montrent, par le rapprochement des textes et la netteté des interprétations, la constante harmonie qui règne dans les évangélistes.

Les deux livres des Questions des Evangiles sont pleins de lumières et de solutions heureuses.

Dans le livre Des choses qu'on ne voit pas, et qui tend à établir la nécessité de la foi, Augustin fait observer que souvent, dans la marche ordinaire de la vie, nous croyons sans avoir vu. Le bon vouloir d'un ami ne se voit point, et cependant on y croit. Otez la foi des choses humaines, une immense et horrible confusion nous apparaît. Pour les croyances chrétiennes, comme pour l'amitié, il y a des indices de vérité : l'accomplissement des prophéties est le grand témoignage de la foi catholique. Les choses accomplies nous portent à croire les choses qui ne se voient pas. Les livres des juifs, nos ennemis, témoignent de la vérité de notre religion. Les Juifs ont été dispersés sur tous les points de la terre, pour que les preuves du christianisme fussent répandues partout. Mais quel plus grand témoignage de la divinité du christianisme, que la ruine du polythéisme et la transformation du monde, accomplie au nom d'un homme insulté, flagellé, crucifié; accomplie par des disciples ignorants et grossiers, par des pêcheurs et des publicains chargés d'annoncer la résurrection et l'ascension qu'ils déclarent avoir vues, et de prêcher l'Évangile à toutes les nations, dans des langues qu'ils n'ont point apprises !

Augustin, s'adressant aux catholiques, ses contemporains, les exhorte à ne pas se laisser abuser par les païens, les juifs, les hérétiques et les mauvais frères. La prophétie divine a parlé, afin que les faibles ne soient point troublés. L'Époux du Cantique des Cantiques, c'est-à-dire le Seigneur Christ, a dit en parlant de son Eglise : « Comme le lis brille au milieu des ronces, ainsi mon amie s'élève au milieu des filles de la terre. » Quand le filet jeté à lamer sera retiré sur le rivage qui signifie ici la dernière époque du monde, alors aura lieu la séparation.

Le livre Sur la manière de catéchiser les ignorants (1), écrit à la prière d'un diacre de Carthage, est un précieux traité de l'art d'enseigner la religion. On y trouve des conseils et des préceptes pour rendre les leçons à la fois utiles et attrayantes. Pour échapper à cet écueil de l'ennui qui menace toujours les catéchistes, Augustin dit au diacre de Carthage qu'il ne doit pas s'inquiéter si son propre discours lui paraît long et fastidieux : l'auditeur peut ne pas en juger ainsi. Celui qui parle a l'idée du mieux, et c'est pour cela que souvent il trouve médiocre ce qu'il dit; Augustin lui-même est rarement content de ses discours. Avant d'ouvrir la bouche, il voit les pensées qu'il serait utile d'exprimer; puis, quand sa parole lui semble incomplète, il s'attriste de ce que sa langue ne puisse suffire à l'abondance de son coeur ; la pensée traverse son esprit comme un éclair, et la parole est lente et embarrassée. « Il faut, dit l'évêque d'Hippone, que ma mémoire s'occupe de retenir les idées, pendant que je prononce une à une les syllabes pour les exprimer. C'est ce qui me fait paraître le discours languissant et ennuyeux; mais l'attention de ceux qui m'écoutent me donne à croire qu'ils y trouvent quelque chose d'utile. Ce motif me détermine à continuer un ministère profitable à ceux dont je suis le pasteur. » Augustin ajoute que, pour produire des fruits heureux, les choses n'ont pas besoin d'être exprimées aussi parfaitement qu'on le voudrait. Tant que nous sommes dans cette Nie, Dieu n'apparaît qu'en énigme ; il n'est pas en notre puissance de nous affranchir tout à fait des liens terrestres et de percer le nuage qui voile les secrets éternels.

Ce livre renferme beaucoup d'importantes choses. Augustin veut faire aimer aux catéchistes leur tâche; il la relève, l'environne d'intérêt et de charme, et s'appuie de l'exemple du divin Maître, qui se fit petit pour parler aux hommes. Il n'y a pas de dévouement dans le

 

1 De catechizandis rudibus.

 

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coeur de celui qui ne sait pas s'abaisser. « Comment Jésus-Christ, s'écrie Augustin, se serait-il préparé à se sacrifier pour les hommes, « s'il lui avait paru trop pénible de s'incliner à leurs oreilles? Voilà pourquoi il se fit petit au milieu de nous, comme une mère au milieu de ses enfants. Comment, sans amour, pourrait-on trouver quelque charme à murmurer des demi-mots? Et cependant les hommes désirent être pères pour avoir de ces soins et de ces complaisances. Il est plus doux pour une mère de présenter à son enfant une nourriture toute délayée, que de manger elle-même de solides aliments. Il faut se ressouvenir aussi de la poule, qui réchauffe ses petits sous ses plumes, et brise sa voix pour les appeler autour d'elle. »

Si la répétition des choses les plus simples nous fatigue, soumettons-nous y par un amour de frère, de père et même de mère. Une affection compatissante et vraie confond les coeurs en un seul, et ceux qui écoutent croient parler, et celui qui parle croit apprendre ce qu'il enseigne. Il est des monuments superbes, des cités magnifiques, des paysages charmants qui ne nous touchent plus, par l'habitude où nous sommes de les voir; mais s'il nous arrive de les montrer à des amis qui ne les connaissent pas, notre plaisir se renouvelle dans le plaisir qu'ils éprouvent, et nous jouissons plus ou moins, selon le degré d'affection qui nous lie à ces amis. N'est-il pas beaucoup plus doux d'apprendre à connaître Dieu à ceux qui l'ignorent? et notre esprit ne doit-il pas se sentir plus profondément renouvelé par la contemplation de ces divines choses toujours nouvelles?

L'évêque d'Hippone conseille de faire asseoir l'auditeur, pour ne pas trop le fatiguer en le tenant longtemps debout; il observe que cela se passe ainsi dans quelques villes d'au delà des mers, c'est-à-dire en Italie et dans les Gaules. La coutume contraire suivie en Afrique nous explique la brièveté de la plupart des sermons de saint Augustin. « Ne soyons pas aussi exigeants, dit l'évêque, lorsque nous instruisons nos frères ou ceux que nous voulons rendre nos frères. Pourquoi ne les ferions-nous pas asseoir devant nous ? La pauvre femme de l'Evangile, Marie, soeur de Lazare, «n'était-elle pas assise, en écoutant Notre-Seigneur, devant lequel les anges se tiennent debout? Du reste, ne soyons pas longs, annonçons d'avance que nous serons courts, et tenons notre promesse. »

On se plaint parfois de quitter, pour catéchiser, quelque chose que l'on croit plus important. Nous sommes bien incertains sur le plus ou moins d'utilité de nos oeuvres. Nous ne connaissons pas assez les desseins de Dieu. « Combien de pensées passent par le coeur de l'homme ! dit le Sage; mais les desseins de Dieu vont toujours s'accomplissant. »

Augustin nous initie dans la diversité de ses impressions lorsqu'il parle devant les multitudes; l'allure de son discours , sa forme et ses idées, sa manière de commencer et de finir, varient selon le caractère, l'éducation, l'état, la patrie, l'âge, le sexe, les besoins religieux de ceux qui l'écoutent. Il fallait assurément une merveilleuse facilité de parole pour satisfaire ainsi à tant de besoins différents.

Le livre Sur la manière de catéchiser les ignorants est un des écrits où se révèle avec plus d'énergie et d'étendue l'amour d'Augustin pour la pauvre humanité. C'est l'inspiration évangélique dans ce qu'elle a de plus touchant. Notre siècle, qui estime si fort le dévouement à l'humanité, ne saurait rester froid devant cette admirable manière de s'abaisser jusqu'aux dernières misères de l'ignorance.

Lorsque des communautés religieuses commencèrent à s'établir à Carthage , les unes vécurent du travail, les autres ne voulurent vivre que des offrandes des fidèles, pensant accomplir ainsi les préceptes évangéliques

Voyez les oiseaux du ciel; ils ne sèment point ni ne moissonnent, et n'amassent pas dans les greniers, et votre Père céleste les nourrit n'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux?..... «Considérez comment croissent les lis des champs; ils ne travaillent ni ne filent : or, je vous dis que Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un d'eux... Ne vous inquiétez donc point, disant : Que mangerons-nous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous vêtirons-nous?» Là-dessus, des disputes avaient éclaté parmi les clercs, et l'Eglise en était troublée. L'évêque Aurèle, de Carthage, pressa Augustin de mettre fin à ces querelles par l'intervention de sa puissante parole; dans un livre intitulé Du travail des moines; l'évêque d'Hippone montra le travail comme étant la loi de tous et aussi comme étant la loi des monastères; il cita l'exemple de saint Paul, qui tirait de son industrie son pain de chaque (84) jour. Quant aux paroles de l'Evangile sur les oiseaux et les lis, elles nous font songer à la Providence, nous invitent à ne pas trop nous préoccuper des besoins d'ici-bas, mais ne nous affranchissent point de la loi du travail. Les paresseux de la terre n'ont pas le droit d'interpréter à leur profit cet Evangile qui nous ordonne de ne pas chercher le repos tant que dure le voyage.

Augustin voulait que les moines employassent une partie de leur temps aux labeurs manuels. Lui-même prenait Jésus à témoin qu'il aurait. mieux aimé travailler de ses mains à certaines heures et consacrer les autres heures à la prière et à l'étude des Ecritures, que d'être tristement obligé, en qualité d'évêque, de s'occuper des affaires d'autrui, de juger des procès, et de porter le poids d'innombrables soucis. Les moines auxquels il commandait le travail n'auraient pas pu, sans injustice, l'accuser de mettre sur leurs épaules des fardeaux qu'il aurait à peine touchés du bout du doigt. Augustin ne parlait que de ses charges et de ses soucis d'évêque. Mais quelle vie fut plus laborieuse que la sienne? quel homme plus qu'Augustin eut jamais le droit de prescrire le travail ?

Les cénobites, ennemis du travail manuel, portaient de longs cheveux, imitant encore en cela les oiseaux, qui ne se dépouillent pas de leur plumage; Augustin les avertit avec sa charité accoutumée; ils craignaient qu'une sainteté tondue n'obtînt moins de respect qu'une sainteté chevelue. L'évêque d'Hippone leur cite ces mots de l'Apôtre : « Quand vous passerez au Christ, le voile sera ôté. » Il faut entendre par là, ajoute l'évêque, le voile qui était placé. entre la face de Moïse et le peuple d'Israël, et, dans les temps chrétiens, la chevelure des saints. Le grand Apôtre avait dit aussi : « L'homme ne doit pas voiler sa tête, puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu. » Augustin veut donc que la tête des moines soit tondue et couverte d'un cilice.

Notre docteur ne fut pas le seul personnage de l'Eglise qui prescrivit aux moines le travail des mains. Saint Grégoire de Nazianze et saint Basile, dans leurs constitutions monastiques, saint Jean Chrysostome dans beaucoup de passages de ses homélies, saint Jérôme, saint Ephrem, saint Euthème, le concile d'Autun, saint Bernard, ont établi l'importance des labeurs manuels pour les cénobites : en effet, quel plus puissant moyen de dompter le corps, de l'asservir à la loi morale? Au XVIIe siècle, Mabillon, qui avait à venger la gloire des Bénédictins, plaida la cause de l'étude contre Rancé, le grand réformateur de la Trappe.

 

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