CHAPITRE XLIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME. Lettre au comte Boniface sur les devoirs des hommes de guerre. —  Lettres à Optat sur l'origine de l'âme; au prêtre Sixte sur la question pélagienne; au diacre Célestin; à Mercator; à Asellicus. —  Lettres à Hésichus sur la fin du monde. (418-419.)

 

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Augustin, l'homme le plus occupé de son temps, l'homme à qui aboutissaient le plus de questions et d'affaires , ne pouvait pas rester plusieurs mois loin d'Hippone, sans que de tous les points d'Occident et d'Orient les lettres vinssent s'y accumuler. Que de solutions et de conseils étaient attendus ! combien d'intelligences, combien d'âmes soupiraient au loin après cette parole que le monde recevait comme un bienfait, et qui s'en allait à travers la terre ainsi qu'un rayon divin ! Une lettre de l'évêque d'Hippone était un événement heureux; on s'en nourrissait, on s'en pénétrait, on s'efforçait d'en saisir jusqu'aux intentions les plus cachées, et de nombreuses copies mettaient une multitude d'hommes en possession du trésor. Lorsqu'on attendait une réponse d'Hippone, les semaines et les jours étaient comptés; les flots , les vents et les voyageurs étaient interrogés; et si rien n'arrivait, on endurait le supplice d'un trop long retard avec une impatience grande comme la joie qu'on se promettait. En revenant à Hippone après une absence dont s'affligeait son troupeau , Augustin trouva beaucoup de voeux à remplir.

La correspondance de l'année 418 trace tout d'abord leurs devoirs aux hommes de guerre. Augustin fait voir au comte Boniface qu'on peut se sauver dans la profession des armes, et qu'il est permis aux chrétiens de combattre pour les intérêts de la paix et la sécurité du pays. Il cite David, vainqueur en beaucoup de batailles; le centenier de l'Evangile, dont la foi fut si vive que Jésus-Christ déclara n'avoir point trouvé en Israël une foi pareille à la sienne; Corneille, cet autre centenier, à qui Dieu annonça par un ange qu'il avait agréé

ses aumônes et exaucé ses prières. Augustin rappelle que saint Jean, répondant à des soldats venus pour lui demander le baptême et le supplier de leur prescrire leurs devoirs, leur adressa ces paroles : Ne faites ni fraude ni violence ci personne, et contentez-vous de votre

paye.

« Il en est qui, en priant pour vous, dit Augustin à Boniface, combattent contre d'invisibles ennemis; vous, en combattant pour eux, vous travaillez contre les Barbares trop visibles.... Lorsque vous vous armez pour le combat, songez d'abord que votre force corporelle est aussi un don de Dieu; cette pensée vous empêchera de trouver un don de Dieu contre Dieu lui-même. La foi promise doit être gardée à l'ennemi même à qui on fait la guerre : combien plus encore elle doit l'être à l'ami pour lequel on combat ! on doit vouloir la paix et ne faire la guerre que par nécessité, pour que Dieu nous délivre de la nécessité de tirer l'épée et nous conserve dans la paix. On ne cherche pas la paix pour exciter la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Restez donc ami de la paix, même en combattant, afin que la victoire vous serve à ramener l'ennemi aux avantages de la paix. Bienheureux les pacifiques, dit le Seigneur, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (1) ! Si la paix de ce monde est si douce pour le salut temporel des mortels, combien est plus douce encore la paix de Dieu pour le salut éternel des anges ! que ce soit donc la nécessité et non pas la volonté qui ôte la vie à l'ennemi dans les combats. De même qu'on répond par la violence à la rébellion et à la résistance, ainsi on doit la

 

1 Saint Matthieu, V,. 9.

 

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miséricorde au vaincu et au captif, surtout « quand les intérêts de la paix ne sauraient en être compromis. »

Il y a, dans ces paroles que nous venons de reproduire, tout un plan de politique chrétienne à l'usage des armées; pendant que nos jeunes troupes, belles de gloire et de patriotisme, combattent en Afrique pour rejeter au loin le génie de la barbarie, elles peuvent entendre d'utiles et de grandes leçons sortir des ruines d'Hippone.

Durant le séjour de notre docteur à Césarée, on avait reçu des lettres d'Optat, évêque de Tubunes, adressées aux évêques de la Mauritanie Césarienne; Optat voulait savoir quelle était la pensée d'Augustin sur l'origine de l'âme; deux pontifes prièrent le grand docteur d'écrire lui-même sur ce sujet à l'évêque de Tubunes ; il céda à leurs instances, et, dans une lettre (1) étendue, il exposa ses doutes, et marqua ce qu'il importait de savoir sur la question pour laquelle on sollicitait son génie.

Augustin commence par déclarer qu'il ne s'est jamais prononcé définitivement sur cette matière, et qu'il ne poussera jamais la hardiesse jusqu'à donner aux autres pour certain ce qui lui paraît douteux à lui-même. On peut sans danger ignorer l'origine de l'âme, mais il faut se garder de croire qu'elle fasse partie de la substance de Dieu. L'âme est une créature; elle n'est pas née de Dieu, mais Dieu l'a faite; lorsqu'il l'adopte, c'est par une merveille de sa bonté, et non point par aucune égalité de nature. La présence de l'âme dans un corps corruptible n'est la peine d'aucune faute dans je ne sais quelle autre vie antérieure à la vie de la terre. Voilà les points qu'établit Augustin. Après avoir repoussé l'opinion de Tertullien, qui admet quelque chose de corporel dans la nature de l'âme comme dans la nature de Dieu, l'évêque d'Hippone fait observer que, parmi les sentiments divers sur l'origine de l'âme, la propagation des âmes s'accorde le mieux avec le dogme du péché originel. Toutefois, Augustin ne trouve pas ce sentiment facile à admettre. Il ne conçoit guère comment l'âme de l'enfant peut sortir de l'âme du père et passer du père dans l'enfant, semblable à un flambeau qui allume un autre flambeau sans que ce nouveau feu diminue le premier. Il se demande si un germe d'âme passe du père dans la mère par quelque voie invisible et cachée,

 

1 Lettre 190.

 

et si, chose incroyable, le germe de l'âme réside dans la matière génératrice: dans ce cas, que deviendrait le germe incorporel quand la matière se perd sans rien produire? rentrerait-il dans le principe d'où il est sorti? périrait-il ? et s'il périssait, comment d'un germe mortel sortirait-il une âme immortelle? L'âme ne reçoit-elle l'immortalité qu'après qu'elle a été formée pour la vie, comme elle ne reçoit la sagesse que plus tard ? Dirons-nous que Dieu forme l'âme dans l'homme, si elle naît d'une autre âme, comme on dit que Dieu forme les membres du corps, quoiqu'un autre corps en ait fourni la matière? Si Dieu n'était pas l'auteur de l'âme humaine, l'Ecriture (1) n'aurait pas dit : « Dieu fait l'esprit de l'homme dans l'homme lui-même. Il fait séparément les cœurs (2). » Quand l'homme, dit Augustin, pose des questions semblables, que notre entendement ne peut résoudre, et qui sont bien loin de notre expérience, parce qu'elles sont cachées dans les secrets de la nature, il ne doit pas rougir de confesser son ignorance, de peur de mériter de ne rien savoir en se vantant de connaître ce qu'il ignore. Dieu qui a fait chaque souffle (3), selon l'expression d'Isaïe, est l'auteur de toutes les âmes dont la succession doit remplir le temps, mais il a laissé leur origine dans une impénétrable obscurité.

La lettre à Optat renferme le fragment d'une des lettres dans lesquelles Zozime a condamné Célestius et Pélage ; cette pièce ne se trouve dans aucune collection ecclésiastique ; le fragment conservé par Augustin établit l'efficacité du baptême et le péché originel, et tire un grand prix de la perte de l'épître pontificale. « Le Seigneur, disait Zozime, est fidèle dans ses paroles, et son baptême, par la chose et les paroles, c'est-à-dire par l'oeuvre, la confession et la véritable rémission des péchés, contient la même plénitude pour tout sexe, tout âge et toute condition du genre humain. Celui-là seul devient libre, qui auparavant était l'esclave du péché ; celui-là seul peut être dit racheté, qui auparavant a été captif par le péché, selon ce qui est écrit : Si le Fils vous délivre, vous serez vraiment libres (4). Par lui nous renaissons spirituellement, par lui nous sommes crucifiés au monde, par sa mort se rompt cette cédule qui lie « toute âme à la mort depuis Adam, et qui

 

1 Zacharie, XXII, 1. — 2 Psaume XXXIII, 15. — 3 Isaïe, LVII, 16. — 4 Coloss. II, 14.          

 

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enveloppe toute créature, avant que le baptême l'ait délivrée. »

Sixte, prêtre de Rome, qui dans la suite remplaça Célestius sur le siège apostolique, avait donné lieu à quelques incertitudes sur la pureté de sa foi dans la question pélagienne; les,surprises de ce pieux et savant prêtre durèrent peu ; une lettre de Sixte au primat Aurèle, portée en Afrique par l'acolyte Léon, qui fut depuis le pape saint Léon, avait témoigné de son attachement à la doctrine de la grâce chrétienne; mais une autre lettre plus étendue, adressée à Augustin et dirigée contre le pélagianisme, était venue remplir de joie le zélé pontife d'Hippone. Augustin écrivit (1) à Sixte pour lui exprimer tout son bonheur; son ardent attachement à la cause de la vérité éclate à chaque ligne de sa lettre. L'erreur était la tristesse d'Augustin, la vérité était sa joie. Dans le courant de la même année, l'évêque d'Hippone adressa au prêtre de Rome une nouvelle lettre (2) qui traitait à fond la question pélagienne et devait compléter les études de Sixte sur le mystère de la grâce chrétienne.

Le diacre Célestius, qui succéda au pape Boniface en 423, avait écrit à l'évêque d'Hippone une lettre pleine de respectueux et tendres témoignages. Augustin lui répond (3) par une peinture de la charité, ce lien des coeurs religieux, cette dette envers le prochain dont on n'est jamais quitte, parce que les devoirs de la charité se renouvellent chaque jour. Mercator, le laïque africain dont le P. Garnier a publié les ouvrages contre les pélagiens et les nestoriens, se trouvait alors en Italie ; pendant qu'Augustin était retenu à Carthage par les graves intérêts de la foi , il reçut de cet ancien disciple une lettre à laquelle il n'eut pas le temps de répondre; à son retour de Césarée , il trouva une seconde lettre de Mercator, qui reprochait affectueusement à son maître un silence dont il ignorait la cause. Un livre contre les pélagiens accompagnait cette seconde lettre. On peut croire qu'à cette époque Mercator en était à ses premiers essais de polémique religieuse, car Augustin (4) semble quelque peu étonné de trouver en lui un défenseur de l'Eglise catholique, et se félicite de voir s'élever de toutes parts de nouveaux athlètes de Jésus-Christ. Il répète avec l'Ecriture (5) que c'est la multitude des sages qui fait le bonheur de la terre, et

 

1 Lettre 191. —  2 Lettre 194. — 3 Lettre 192. — 4 Lettre 193. —  5 Sap., VI, 26.

 

encourage Mercator à continuer ses luttes au profit de la vérité. L'évêque d'Hippone résout quelques difficultés dont les pélagiens faisaient grand bruit. On retrouve dans cette lettre la maxime qu'il faut toujours être prêt à apprendre, quoiqu'on se mêle d'enseigner. « Il vaut mieux, dit-il, pour l'homme, se corriger en se faisant petit, que de se laisser briser en se faisant dur. » Le grand docteur rappelle que celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien, puisque Dieu seul donne l'accroissement : « Si cela est vrai , ajoute-t-il, des apôtres qui ont planté et arrosé les premiers, et avec tant de succès, que sommes-nous, vous et moi, et qui que ce soit de ce temps-ci ? et nous prendrons-nous pour quelque chose, quoique nous nous mêlions d'enseigner? » L'humilité de ce puissant génie est un spectacle devant lequel on aime toujours à s'arrêter.

Nous l'avons déjà vu plus d'une fois, c'est surtout à Augustin qu'on s'adressait en Afrique, lorsqu'il fallait écrire pour établir une vérité. Asellicus, évêque de la province Bizacène, avait demandé à Donatien, son primat, quelques explications sur la position des chrétiens à l'égard du judaïsme; Donatien pria Augustin de répondre à Asellicus. L'évêque d'Hippone, dans sa réponse', développe la théologie de saint Paul sur l'ancienne et la nouvelle alliance.

A chaque grande transformation des sociétés humaines, à chaque phase nouvelle dans l'histoire du monde, des pressentiments du dernier jour de l’univers agitent les esprits. Ainsi que nous avons eu occasion de le remarquer, le Ve siècle, travaillé par un immense et profond changement, croyait aux approches de la fin des temps.

Des phénomènes arrivés en 418 et 419 avaient jeté les imaginations dans des terreurs infinies. On s'était épouvanté de l'éclipse de soleil du 19 juillet 418, éclipse si complète, qu'on vit les étoiles comme au milieu de la nuit; elle produisit une chaleur qui donna la mort à beaucoup d'hommes et de bestiaux. Des tremblements de terre en Orient et en Occident, l'apparition de Jésus-Christ sur le mont des Olives (3), prenaient aux yeux de la multitude le caractère d'infaillibles présages. L'évêque d'Hippone, prêchant à Carthage dans la basilique

 

1 Lettre 196.

2 Philostorge.

3 Voyez notre Histoire de Jérusalem, chap. 27.

 

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la Restituée, avait parlé des récents prodiges de Jérusalem; il nous apprend qu'une foule, moins nombreuse que de coutume, assista à ce sermon, parce qu'il prêcha un jour de spectacle.

Les préoccupations des chefs et des pasteurs étaient l'expression des sentiments populaires. Hésichius, évêque de Salone en Dalmatie, regardait comme prochaine la dernière journée du monde; il pensa que nul, mieux que le grand Augustin, ne pouvait l'éclairer sur ce point, et lui soumit divers passages des prophètes, qui semblaient justifier ses pressentiments. L'évêque d'Hippone  (1) envoya à Hésichius l'explication que saint Jérôme avait donnée de ces passages; les paroles des prophètes, et surtout les soixante et douze semaines de Daniel, lui paraissaient ne devoir s'appliquer qu'aux âges déjà écoulés. Le docteur africain n'osait entreprendre de marquer l'époque du dernier avènement de Jésus-Christ; selon lui, aucun prophète n'en a fixé le terme; on doit s'en tenir à cette parole de Jésus-Christ lui-même : Nul ne peut savoir les temps que le Père a réservés â son souverain pouvoir. « Ce qu'il y a de certain, dit Augustin, c'est qu'auparavant l'Evangile sera prêché au monde entier pour servir de témoignage à toutes les nations. Si des serviteurs de Dieu entreprenaient de parcourir toute la terre pour savoir combien il reste encore de nations à évangéliser, et s'ils venaient à bout de le savoir, peut-être, sur leur rapport, pourrions-nous apprendre quelque chose de la fin du monde; mais tant de contrées inaccessibles ne permettraient pas l'exécution d'un pareil dessein, et l'Ecriture elle-même ne permet pas de rien connaître sur l'époque où le monde disparaîtra. On dira peut-être, ajoute Augustin, que la rapidité de la propagation de 1'Evangile dans l'empire romain et chez les Barbares, ferait croire à une prompte propagation dans le reste de l'univers, de manière que si nous ne pouvons voir toutes les nations évangélisées, nous qui sommes vieux, nos jeunes contemporains le verront quand ils parviendront à la vieillesse. Mais autant cela serait facile à comprendre si l'expérience le montrait, autant, avant l'événement, cela serait difficile à trouver dans l'Ecriture. »

Augustin s'était tenu sur cette question dans une réserve extrême; il avait avoué son ignorance,

 

1 lettre 197.

 

priant l'évêque de Salone de lui transmettre ses réflexions nouvelles à ce sujet. C'est ce que fit Hésichius; il s'attacha à montrer que les prophétiques paroles de l'Ecriture pouvaient aider les fidèles à connaître la fin du monde, et que les calamités du temps réalisaient les signes marqués dans l'Evangile. Cette lettre de l'évêque dalmate donna lieu à une réponse (1) d'Augustin, écrite au commencement de 119, et qui forme comme un livre sur la question. Le grand évêque , planant sur les préjugés et les interprétations vulgaires, ne trouve dans son temps aucun caractère particulier qui doive annoncer les approches du second avènement du Sauveur; les malheurs dont le monde a été frappé ne surpassent point en horreurs les malheurs d'autres époques. Il est bon d'attendre le dernier jour, de veiller et de prier, car le dernier jour du monde trouvera chacun dans le même état où le dernier jour de sa vie l'aura trouvé; mais c'est en vain qu'on s'efforcerait d'en connaître l'époque précise; comment espérer de savoir ce que Jésus-Christ a voulu cacher à ses apôtres eux-mêmes? Et comment croire que les prophètes aient annoncé la fin du monde, puisque les apôtres ne sont point parvenus à le comprendre? Le signe évangélique le moins douteux, le plus frappant, c'est la propagation de la divine parole dans tout l'univers; or, dit Augustin, nous sommes loin de là, et notre Afrique elle-même renferme un grand nombre de peuplades qui n'ont point encore entendu parler de Jésus-Christ. Lorsque saint Jean l'évangéliste disait : Mes enfants, nous voici à la dernière heure, il enseignait qu'on était entré dans les derniers temps Augustin a plus d'une fois appelé le christianisme le dernier âge du monde, et Bossuet l'a répété après lui.

C'est ainsi que l'évêque d'Hippone refusait d'enfermer les destinées du genre humain dans un petit nombre de siècles; il est écrit que mille ans ne sont devant Dieu que comme un jour, et, en regard de l'éternité, la ruine du monde sera toujours marquée pour un terme bien prochain. A l'époque d'Augustin, il y avait déjà près de quatre siècles que le disciple bien-aimé avait parlé de la dernière heure; quatorze siècles sont passés depuis qu'Augustin parlait des derniers temps, et l'humanité marche encore ! Depuis ce temps, Dieu n'a cessé d'envoyer ses anges, c'est-à-dire les prédicateurs de

 

1 Lettre 199.

 

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l'Evangile, pour rassembler ses élus des quatre coins de l’univers, et l'oeuvre de réunion n'est pas achevée; des contrées nouvelles s'ouvrent à de nouveaux courages, la croix s'avance à travers le globe et trouve toujours des nations qu'elle n'a point encore bénies. Des mondes qu'Augustin ne soupçonnait pas ont reçu la bonne nouvelle, et le centre de son Afrique

est aujourd'hui aussi barbare, aussi éloigné de la foi qu'il l'était de son temps. Oui, l'âge chrétien auquel nous sommes parvenus est le dernier âge du monde; il doit amener le genre humain au plus haut point de perfection qu'il lui soit permis d'atteindre; mais combien de révolutions s'accompliront encore avant que l'unité morale soit faite dans l'univers !

 

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