CHAPITRE HUITIÈME. Correspondance entre saint Augustin et Nébride. Mort d'Adéodat. Les six
livres sur la musique. Le livre de la véritable Religion.
La retraite d'Augustin aux environs de Thagaste était trop voisine de la ville pour que sa solitude fut respectée. Dans une lettre écrite vers la fin de l'année 388 , Nébride plaint son ami d'être
livré aux importunités de ses compatriotes qui lui prenaient son temps et ses forces;
pourquoi les amis d'Augustin ne s'occupaient-ils pas de protéger ses loisirs? A quoi
songent donc Romanien et Lucinien?
« Que les importuns m'entendent, dit Nébride ; moi je
crierai, moi j'annoncerai que vos amours, c'est Dieu; que votre goût, c'est de le servir
et de vous attacher à lui. Je voudrais vous emmener dans ma
maison des champs et vous y mettre en repos. Je ne craindrai point de passer pour un
ravisseur auprès de tous ces gens que vous aimez trop et qui vous aiment tard. »
Il nous reste des fragments d'une
correspondance philosophique entre Nébride et Augustin, qui
se rapporte à l'année 389. Nébride pose à son ami diverses
questions : la mémoire peut-elle agir sur l'imagination? Est-ce des sens ou d'elle-même
que l'imagination tire les images des choses? Comment les démons peuvent-ils envoyer aux
hommes des songes et des illusions nocturnes? Qu'est-ce que les chrétiens entendent par
l'union mystérieuse qui s'est faite entre la nature divine et la nature humaine? Pourquoi
le fils s'est-il incarné plutôt que le père? L'âme, outre le corps auquel elle est
unie, n'en a-t-elle point quelque autre plus subtil et dont elle soit inséparable ?
Puisque les hommes, quoique différents les uns des autres, font néanmoins les mêmes
choses, pourquoi le soleil ne fait-il pas la même chose que les autres astres ? La
sagesse suprême et éternelle renferme-t-elle en soi l'idée de chaque homme en
particulier? Augustin répond à toutes ces questions avec pénétration et vivacité.
Nébride
l'accuse tendrement de ne pas songer assez aux moyens de passer leur vie ensemble.
Augustin se défend dé ce reproche qui afflige son coeur. Dans sa situation nouvelle, il
est mieux là où il est maintenant, qu'il ne le serait à Carthage ou aux environs de
Carthage. II ne sait comment faire avec Nébride (1). Lui
enverra-t-il une voiture pour l'amener dans sa retraite? Mais Nébride
est malade, et sa mère, qui ne voulait pas le laisser partir en bonne santé, le voudra
bien moins dans l'état de souffrance et de faiblesse où il se trouve. Faut-il
qu'Augustin aille le joindre? Mais il a des compagnons de solitude qu'il ne saurait
emmener et qu'il ne croit pas devoir quitter; Nébride est
capable de converser utilement avec lui-même, et les jeunes compagnons d'Augustin n'en
sont pas encore là. Faut-il qu'il aille et qu'il vienne, et qu'il soit tantôt avec Nébride et
48
tantôt avec eux ? Mais ce n'est là ni
vivre ensemble, ni vivre selon leurs projets. De Thagaste au
lieu qu'habite Nébride, le trajet n'est pas petit, c'est un voyage , et dans ces voyages répétés il n'y aurait plus ni repos
ni loisir. De plus, Augustin est délicat et souffrant; il ne peut pas tout ce qu'il
voudrait, et se résigne à ne vouloir que ce qu'il peut. Tous ces embarras d'allées et
de venues ne conviennent pas à ceux qui pensent à ce dernier voyage qu'on appelle la
mort, le seul voyage qui mérite d'occuper l'esprit de l'homme. Il est des personnes
privilégiées qui , dans le fracas des voyages, conservent le
calme et la tranquillité du coeur, et qui, dans les agitations, ne perdent pas de vue la
fin dernière. Mais Augustin trouve difficile de se familiariser avec la mort au milieu du
tumulte des affaires. Il lui faut, quant à lui, une retraite profonde, une entière
séparation du bruit de toutes choses qui passent.
Les lettres d'Augustin ravissaient Nébride : «Elles sont grandes, lui disait-il, non par
létendue, mais par les choses, et renferment de grandes preuves de ce qu'il y a de
plus grand. Elles parlent à mon oreille comme le Christ, comme Platon, comme Plotin.
Elles sont, par leur éloquence, douces à entendre; « par leur brièveté, faciles à
lire; par leur sagesse, profitables à suivre. (1) » De son côté, Augustin parlait à Nébride de ses divines pensées, et de la peine qui
s'attachait au moindre retard de sa correspondance (2).
Nébride
mourut chrétien peu de temps après. « Quoi que puisse être le sein d'Abraham, disait
Augustin, c'est là que mon cher Nébride est vivant. »
C'est durant le dernier temps du séjour
d'Augustin aux environs de Thagaste que nous devons placer
l'époque de la mort de son fils Adéodat. Ce jeune homme
qu'Augustin appelle l'enfant de son péchés, et dans lequel il
ne voulait reconnaître rien de lui que son péché, étonnait par sa vive intelligence;
de bonne heure il avait été admis aux graves conférences de son père. « La grandeur
de son esprit, dit saint Augustin, me causait une sorte d'épouvante. » Ce précoce
génie se révèle dans les dialogues du Maître (4), où l'introduisait Augustin ;
les paroles d'Adéodat y sont exactement reproduites; celui-ci
avait alors seize ans. Le livre des Dix Catégories tirées d'Aristote lui est
adressé. Depuis son baptême, Adéodat avait vécu comme vivent les anges ; il avait dix-sept ou
dix-huit ans lorsqu'il quitta la terre. Son père nous dit dans ses Confessions,
qu'il a gardé d'Adéodat un souvenir qui n'est mêlé
d'aucune crainte, car Dieu lui avait pardonné les fautes de son adolescence, et épargné
celles de l'âge mûr.
Les trois années d'Augustin aux environs
de Thagaste ne furent pas moins fécondes que les six mois
passés à Cassiacum ; Augustin s'y appliqua aux Écritures
plus qu'il ne l'avait fait jusque-là. Dans l'intérêt de ses études bibliques, il se
remit au grec, qui avait inspiré tant d'aversion à son enfance; les diverses éditions
des Septante et les meilleurs interprètes grecs, la traduction latine faite sur l'hébreu
par saint Jérôme, furent autant de voies qui le conduisirent dans le sanctuaire de la
divine parole. Nous avons parlé de quelques livres commencés à Rome et achevés dans la
solitude de Thagaste; nous avons cité aussi le livre du
Maître: les autres ouvrages qui sortirent de cette retraite furent les deux livres sur la
Genèse contre les manichéens, composés en 389; les six livres sur la musique,
commencés en 387 et terminés en 389, et le livre De la véritable Religion. Du
commentaire de la Genèse, la vérité s'échappe tout armée contre les disciples de
Manès. Dans ce travail se montre pour la première fois le pénétrant génie d'Augustin
dans l'interprétation des livres divins.
Les six livres de la musique, composés à des heures de loisir,
avaient pour but de mener à Dieu, à l'harmonie éternelle, ceux qui aiment les lettres
et la poésie. La musique était comme un moyen de plus qu'Augustin reconnaissait pour
arriver aux magnifiques merveilles de l'infini. Dans la Revue de ses ouvrages, le
docteur traite sévèrement les six livres sur la musique,
parce qu'il les juge au point de vue de la gravité de sa position épiscopale; de pieux
auteurs ont cru devoir accepter cette sévérité. Mais il appartient à l'appréciateur
moins exclusif de rendre au génie toute la gloire de ses oeuvres, et de le relever
lorsqu'il se condamne lui-même par trop de scrupules.
L'imagination d'Augustin planait dans
l'immensité. Dans son ardent besoin d'ouvrir aux hommes toutes sortes de voies pour les
conduire à Dieu, le solitaire de Thagaste s'était arrêté
à la musique, qui a toujours eu le privilège de ravir au ciel les âmes d'élite. En
408, (49) l'évêque Mémorius avait demandé cet ouvrage à
l'évêque d'Hippone. Celui-ci, dans sa réponse', s'excusait de ne l'avoir point encore
envoyé; il désirait le corriger, mais le poids des affaires ne lui en laissait pas la
liberté. Les six livres traitent seulement du temps et du mouvement; saint Augustin avait
le projet d'ajouter encore six autres livres sur la modulation : il dit à Mémorius que, depuis qu'il a été chargé des soins de
l'épiscopat, toutes ces charmantes frivolités lui sont tombées des mains. Il ne
savait même pas à cette époque s'il pourrait retrouver ce qu'il avait fait. Saint
Augustin regarde les cinq premiers livres comme fort difficiles à entendre, à moins
qu'on n'ait quelqu'un qui non-seulement puisse distinguer ce
qu'il faut dire à chacun des interlocuteurs , mais encore qui
puisse faire sonner les longues et les brèves ; en sorte que les différentes proportions
des nombres s'entendent et frappent l'oreille. Cela est d'autant malaisé, ajoute-t-il,
que les sons des mots apportés en exemple sont entremêlés de certains silences mesurés
qu'on ne saurait reconnaître, à moins d'être aidé par un homme qui prononce selon les
règles.
En adressant à Mémorius
le sixième livre, le seul qu'il eût trouvé, il lui disait modestement que les cinq
premiers ne valaient pas la peine d'être lus ni étudiés. Il est vrai, d'ailleurs, que
le sixième livre est comme un résumé des cinq premiers. Il termine ainsi sa
lettre : « Je n'ai point marqué les mesures des vers de David, parce que je
les ignore. Je ne sais pas l'hébreu, et le traducteur n'a pu faire passer les mesures
dans sa version, de peur de nuire à l'exactitude du sens. Au reste les vers hébreux ont
des mesures certaines, si j'en crois ceux qui entendent bien cette langue ; car le saint
Prophète aimait la pieuse musique, et c'est lui, plus que tout autre, qui m'a inspiré un
goût si vif pour ces sortes d'études. »
Il n'y a peut-être pas quatre hommes en
Europe qui aient lu les six livres de saint Augustin sur la musique. Cet ouvrage, plein de
choses ingénieuses et profondes et qui n'a point reçu, au grand regret de la
postérité, le complément que l'auteur avait en vue, est un curieux monument de l'état
de l'art dans ces âges reculés. Augustin s'y montre grand artiste par la savante étude
des formes et des puissances de l'harmonie, et grand poète par la façon dont il
la rattache à l'âme humaine et la fait
monter à Dieu comme à sa source et à son principe éternel.
Parmi les ouvrages que produisit Augustin
à cette époque, il en est un qui est surprenant le livre De la véritable Religion.
Le fils de Monique, nouveau venu dans la milice évangélique, remue les questions
chrétiennes avec une puissance qui semblerait ne devoir appartenir qu'aux vieux athlètes
de la foi. On sent monter comme une sève d'inspiration et de vérité dans ce jeune
génie qui s'épanouit sous le soleil du christianisme. Nous parlerons avec étendue du
livre De la Religion pour que nos lecteurs puissent tirer profit des pensées et
des raisonnements qui s'y trouvent renfermés. L'auteur va toujours au fond des choses; il
prend toujours les questions par les racines, et quand on désire faire connaître une
oeuvre de ce penseur abondant et profond, il faut bien se garder d'une analyse
superficielle.
Au milieu des nations polythéistes, il y
avait des sages ou philosophes qui professaient sur la divinité des idées différentes
de celles du peuple, et qui cependant se mêlaient au peuple, au pied même des autels,
sous les voûtes des mêmes temples. Leur pensée propre était opposée aux doctrines
qu'ils avaient l'air de pratiquer extérieurement. Socrate jurait par un chien, par une
pierre, par le premier objet qui frappait son regard. Les moindres ouvrages de la nature
étaient produits par l'ordre de la divine Providence; ces ouvrages lui paraissaient
meilleurs et plus dignes d'adoration que les dieux sortis du ciseau de l'ouvrier. Par là,
Socrate voulait avertir les hommes de leur erreur, et ramener leur esprit vers la suprême
Divinité ; il leur montrait aussi combien il était insensé d'imaginer que ce monde
visible fût Dieu lui-même, puisque la moindre parcelle de ce monde, une pierre ou un
morceau de bois, eût alors mérité les hommages des mortels comme faisant partie de la
Divinité. Socrate proclamait ainsi la croyance à un Dieu unique, auteur des âmes et du
monde visible.
Platon écrivit ensuite d'une manière
plus attrayante pour plaire, dit Augustin, que puissante pour persuader; car, ajoute-t-il,
Dieu n'avait point appelé ces sages à convertir les peuples, à les faire passer de la
superstition des idoles et de cette folie universelle au culte du vrai Dieu. Socrate
adorait les mêmes idoles que le peuple. Depuis sa condamnation et sa mort, (50) personne
n'osa plus jurer par un chien ni donner le nom de Jupiter aux pierres qu'on rencontrait.
On se contenta de consigner dans les livres les maximes du maître, et de les conserver
dans la mémoire des hommes.
Augustin ne veut pas examiner quels motifs
ont pu porter les philosophes d'Athènes à cacher leur véritable doctrine; est-ce la
crainte de la mort, est-ce l'inopportunité du temps? Il se dispense de juger cette
question; mais, sans offenser les platoniciens de son époque, il ose assurer que l'heure
est venue où nul ne peut plus mettre en doute la vraie religion, la vraie voie qui mène
à la béatitude.
Platon enseignait que la vérité ne se
voit point par les yeux corporels, mais par un esprit purifié; que la corruption des
moeurs et les images des choses sensibles éloignent du vrai et engendrent dans l'esprit
une multitude de fausses opinions; qu'il faut d'abord guérir notre âme pour qu'elle
contemple la forme immuable des choses, la beauté inaltérable qui ne reçoit ni étendue
par les lieux, ni changement par les temps, cette beauté que les hommes nient et qui
pourtant possède seule l'être souverain et véritable par lequel subsistent toutes les
choses dont la durée s'écoule devant nous. D'après l'enseignement de Platon, l'âme
raisonnable peut seule jouir, être touchée de la contemplation de l'éternité divine,
en tirer son éclat et mériter une vie heureuse. Mais l'âme raisonnable, se laissant
atteindre par l'amour et la douceur des choses passagères, s'attachant à la longue
accoutumance de cette vie, et aux sens du corps, se perd à la fin. dans le vague
chimérique de ses imaginations, au point de ne plus comprendre et de tourner en dérision
ceux qui proclament l'existence d'un être éternel, visible seulement à l'oeil de
l'intelligence.
Voilà ce que Platon s'efforçait de
persuader à ses disciples.
Si donc un de ses disciples fût venu un
jour lui dire : « Maître, n'accorderiez-vous pas les honneurs divins à un homme qui
persuaderait aux peuples de croire ces vérités sans les comprendre ,
et qui inspirerait à ses disciples la force de ne pas céder au courant des opinions
vulgaires? » Platon aurait répondu
qu'aucun homme ne pourrait accomplir une telle oeuvre, à moins que la Sagesse de Dieu
n'en choisît un , et ne l'unît à elle-même : après avoir éclairé cet élu dès le
berceau, non par des instructions humaines, mais par l'infusion d'une lumière secrète et
intérieure, il faudrait que la divine Sagesse embellît son âme de grâces, la
fortifiât d'une constance si ferme, et enfin l'élevât à un tel point de grandeur et de
majesté, que, méprisant ce que les autres hommes souhaitent, supportant tout ce qu'ils
craignent, faisant tout ce qu'ils admirent, il pût changer le
monde entier, et l'entraîner à une croyance salutaire par la puissance de l'amour et par
une irrésistible autorité.
Ainsi aurait répondu Platon :
« Or, s'écrie éloquemment
Augustin, si ce que Platon eût dit est réellement arrivé; si tant de livres et
d'ouvrages le publient; si d'une des provinces de la terre, la seule fidèle au vrai Dieu,
et dans laquelle devait naître l'homme admirable dont nous avons parlé, Dieu a tiré des
hommes et les a envoyés à travers l'univers pour y allumer les flammes de l'amour
céleste par leurs paroles et leurs miracles; s'ils ont laissé après eux la lumière de
la foi répandue dans toute la terre, et, pour ne pas parler des choses passées, si l'on
prêche publiquement aujourd'hui dans tous les pays et à tous les peuples que le Verbe
était dans le commencement, que le Verbe était en Dieu, que le Verbe était Dieu, qu'il
était dés le commencement dans Dieu, que tout a été fait par lui, et que rien n'a
été fait sans lui; si on prêche le mépris des trésors de la terre et si on invite
à amasser des trésors dans le ciel; si on prêche une morale sublime à tous les peuples
et s'ils l'écoutent avec respect et plaisir ; si le sang de tant de martyrs a fécondé
et multiplié les Eglises jusqu'aux pays les plus barbares; si on ne s'étonne plus
maintenant de voir des milliers de jeunes hommes et de vierges vivre dans la continence,
au lieu que Platon, par la crainte de l'opinion de son siècle, n'osa point prolonger la
chaste vie qu'il avait commencée, et fit un sacrifice à la nature pour expier cette
faute; s'il n'est plus permis maintenant de douter de ces maximes, qu'on ne pouvait
d'abord proposer sans extravagance; si dans les villes, les bourgs, les villages, les
campagnes, on prêche ouvertement et puissamment le détachement des choses de la terre ,
la nécessité de tourner son coeur vers le seul et vrai Dieu; si dans le monde entier les
hommes répètent qu'ils ont le coeur élevé vers le Seigneur (1); pourquoi
demeurer dans lassoupissement de l'ignorance
51
et de l'erreur? Pourquoi aller chercher
les oracles de Dieu dans les entrailles des bêtes mortes ? Et lorsqu'il s'agit de parler
de ces matières, pourquoi aimer mieux avoir Platon à la bouche que Dieu dans le
cur (1) ? »
« Les platoniciens, les philosophes
qui s'inspirent aujourd'hui encore des doctrines de Platon, doivent reconnaître Dieu en
cette rencontre, et s'incliner devant le maître qui a' convaincu de ces vérités tous
les peuples du monde. Qu'ils cèdent à celui qui a accompli cette grande merveille, et
que leur curiosité ou leur vaine gloire ne les empêche pas de reconnaître la
différence qu'il y a entre les conjectures superbes d'un petit nombre de philosophes, et
le salut manifeste et la réforme de toutes les nations (2). »
Ces derniers mots sont bien dignes d'être
médités par les esprits prévenus qui, de nos jours encore, s'obstinent à ne voir dans
Jésus-Christ, Messie annoncé, Sauveur de la race humaine tombée, que le continuateur
naturel de Platon.
Le chapitre V renferme une remarquable
parole : « Nous croyons et nous enseignons comme fondement du salut des hommes, dit
Augustin , que la philosophie, c'est-à-dire l'amour de la sagesse et la religion, sont
une même chose (3). »
La vraie religion n'est pas dans la
confusion du paganisme, ni dans l'impureté de l'hérésie,
ni dans. la
langueur du schisme, ni dans l'aveuglement du judaïsme, qui n'attend de Dieu que des
biens visibles et passagers; mais elle est seulement parmi les chrétiens catholiques qui
gardent la pureté des moeurs et la vérité de la doctrine.
Quelquefois, dit Augustin, des injustices
s'accomplissent; des chrétiens vertueux sont chassés de la communion de l'Eglise par des
troubles et le tumulte que les méchants excitent contre eux. Alors ceux-là sont
couronnés en secret par le père qui les voit dans le secret (1).
Le premier fondement de la religion
catholique, c'est l'histoire, c'est la prophétie qui découvre la conduite de la
Providence divine dans le cours des temps, pour le salut des hommes, afin de leur donner
une nouvelle naissance, et de les rétablir dans la possession de la vie perdue.
L'ineffable bonté du père commun des hommes s'est servie des
choses muables soumises à l'ordre immuable de ses lois pour révéler à tout le monde la
suprême perfection de sa nature. C'est ce qu'elle a fait par l'établissement de la
religion chrétienne dans les derniers temps. Saint Augustin, au livre ter, chap. XII, de sa Revue, a noté cette pensée, qui semble présenter
le christianisme comme une oeuvre nouvelle; il remarque que la religion chrétienne a
précédé l'apparition du Sauveur sur la terre, et qu'elle existait dans les premiers
hommes qui croyaient à la naissance, à la mort, à la résurrection future du Messie. Il
aurait pu citer un mot de Tertullien qui proclame le Christ ancien dans ses révélations
nouvelles. O Christum et in novis
veterem !
Haut du
document

