TRAITÉ VII
Précédente Accueil Remonter Suivante

Bibliothèque

 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

Accueil
Remonter
TRAITÉ I
TRAITÉ II
TRAITÉ III
TRAITÉ IV
TRAITÉ V
TRAITÉ VI
TRAITÉ VII
TRAITÉ VIII
TRAITÉ IX
TRAITÉ X
TRAITÉ XI
TRAITÉ XII
TRAITÉ XIII
TRAITÉ XIV
TRAITÉ XV
TRAITÉ XVI
TRAITÉ XVII
TRAITÉ XVIII
TRAITÉ XIX
TRAITÉ XX
TRAITÉ XXI
TRAITÉ XXII
TRAITÉ XXIII
TRAITÉ XXIV
TRAITÉ XXV
TRAITÉ XXVI
TRAITÉ XXVII
TRAITÉ XXVIII
TRAITÉ XXIX
TRAITÉ XXX
TRAITÉ XXXI
TRAITÉ XXXII
TRAITÉ XXXIII
TRAITÉ XXXIV
TRAITÉ XXXV
TRAITÉ XXXVI
TRAITÉ XXXVII
TRAITÉ XXXVIII
TRAITÉ XXXIX
TRAITÉ XL
TRAITÉ XLI
TRAITÉ XLII
TRAITÉ XLIII
TRAITÉ XLIV
TRAITÉ XLV
TRAITÉ XLVI
TRAITÉ XLVII
TRAITÉ XLVIII
TRAITÉ XLIX
TRAITÉ L
TRAITÉ LI
TRAITÉ LII
TRAITÉ LIII
TRAITÉ LIV
TRAITÉ LV
TRAITÉ LVI
TRAITÉ LVII
TRAITÉ LVIII
TRAITÉ LIX
TRAITÉ LX
TRAITÉ LXI
TRAITÉ LXII
TRAITÉ LXIII
TRAITÉ LXIV
TRAITÉ LXV
TRAITÉ LXVI
TRAITÉ LXVII
TRAITÉ LXVIII
TRAITÉ LXIX
TRAITÉ LXX
TRAITÉ LXXI
TRAITÉ LXXII
TRAITÉ LXXIII
TRAITÉ LXXIV
TRAITÉ LXXV
TRAITÉ LXXVI
TRAITÉ LXXVII
TRAITÉ LXXVIII
TRAITÉ LXXIX
TRAITÉ LXXX
TRAITÉ LXXXI
TRAITÉ LXXXII
TRAITÉ LXXXIII
TRAITÉ LXXXIV
TRAITÉ LXXXV
TRAITÉ LXXXVI
TRAITÉ LXXXVII
TRAITÉ LXXXVIII
TRAITÉ LXXXIX
TRAITÉ XC
TRAITÉ XCI
TRAITÉ XCII
TRAITÉ XCIII
TRAITÉ XCIV
TRAITÉ XCV
TRAITÉ XCVI
TRAITÉ XCVII
TRAITÉ XCVIII
TRAITÉ XCIX
TRAITÉ C
TRAITÉ CI
TRAITÉ CII
TRAITÉ CIII
TRAITÉ CIV
TRAITÉ CV
TRAITÉ CVI
TRAITÉ CVII
TRAITÉ CVIII
TRAITÉ CIX
TRAITÉ CX
TRAITÉ CXI
TRAITÉ CXII
TRAITÉ CXIII
TRAITÉ CXIV
TRAITÉ CXV
TRAITÉ CXVI
TRAITÉ CXVII
TRAITÉ CXVIII
TRAITÉ CXIX
TRAITÉ CXX
TRAITÉ CXXI
TRAITÉ CXXII
TRAITÉ CXXIII
TRAITÉ CXXIV

SEPTIÈME TRAITÉ.

DEPUIS L’ENDROIT OU IL EST ÉCRIT : « ET MOI JE L’AI VU, ET J’AI RENDU TÉMOIGNAGE QU’IL EST « FILS DE DIEU », JUSQU’A « EN VÉRITÉ, EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, VOUS VERREZ LE CIEL « OUVERT ET LES ANGES MONTER ET DESCENDRE SUR LE FILS DE L’HOMME ». (Chap. I, 34.51.)

LES TÉMOINS DU CHRIST.

 

La colombe a fait connaître à Jean l’unité du baptême et l’union des coeurs dans le Christ par la charité qui vivifie les oeuvres et même ta foi, et les rend dignes du ciel; aussi cet Apôtre en a-t-il rendu témoignage et affirmé que Jésus est « l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ». A ces paroles du Précurseur, les deux disciples, qui étaient là, s’approchèrent du Christ vers la dixième heure pour lui adresser une question, et trouvèrent en lui l’auteur et le docteur de la loi que nous devons accomplir dans le sentiment de la charité, avec le secours et la grâce de notre maître. Pierre vint ensuite, qui reçut de Jésus le privilège de figurer l’Eglise, cette pierre sur laque le seule peut reposer solidement l’édifice de notre sanctification. Puis, Nathanaël lui succéda, homme docte et digne, à cause de sa droiture. d’être sinon choisi comme apôtre, du moins guéri par le céleste médecin. A la première parole du Christ, il reconnut effectivement en lui le Fils de Dieu è cause de sa miséricorde pour les pécheurs; il crut donc, mais sa foi devait s’accroître encore à la vue des vertus et des travaux des Apôtres.

 

1. Je veux d’abord me réjouir avec vous de votre grand nombre, et de ce que vous êtes venus ici avec un empressement qui dépasse toutes nos espérances. C’est là ce qui nous réjouit et nous console dans tous les travaux et les périls de cette vie, votre amour pour Dieu, la piété de votre zèle, la fermeté de votre espérance et votre ferveur. Vous avez entendu à la lecture du psaume que le pauvre et l’indigent crient vers Dieu en cette vie (1). Cette voix , vous l’avez entendu dire souvent, et vous ne devez pas en avoir perdu le souvenir, cette voix, ce n’est pas la voix d’un seul homme, et pourtant elle est la voix d’un seul ; elle n’est pas la voix d’un seul à cause de la multitude des fidèles, grains nombreux mêlés à la paille où ils gémissent, et répandus par tout l’univers; elle est la voix d’un seul parce que tous sont les membres du Christ et forment ainsi un seul corps. Ce peuple indigent et pauvre ne sait tirer ses joies de ce monde: ses douleurs comme ses joies sont au dedans de lui ; elles se trouvent où celui-là seul porte ses regards, qui écoute les gémissements et couronne les espérances. Les joies du siècle ne sont que vanité. Cette joie, on l’attend avec une fiévreuse impatience, et quand elle est venue on ne peut la retenir. Ainsi ce jour, qui est un jour de joie pour les débauchés de cette ville, ne sera plus demain, et eux-mêmes ne seront plus demain ce qu’ils

 

1. Ps. LXXIII, 21.

 

sont aujourd’hui. Ainsi, tout passe, tout s’envole, tout s’évanouit comme la fumée, et malheur à ceux qui y attachent leurs affections. Car toute âme suit ce qu’elle aime. Toute chair est comme l’herbe, et toute la gloire de la chair est comme la fleur des champs; l’herbe a séché et la fleur est tombée, mais la parole du Seigneur demeure éternellement (1). Voici ce qu’il te faut aimer, si tu veux demeurer toujours; niais, vas-tu me dire : Comment puis-je saisir le Verbe de Dieu ? Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (2).

2. C’est pourquoi, mes bien-aimés, que le rôle de notre indigence et de notre pauvreté soit de pleurer ceux qui sont riches à leurs yeux. Car leur joie ressemble à celle des frénétiques. Un frénétique se réjouit de sa folie, il en rit; mais celui qui jouit de son bon sens, pleure sur le sort de cet infortuné. Ainsi devons-nous faire, mea bien-aimés, si nous avons reçu le remède descendu du ciel; car, tous aussi nous étions des frénétiques; mais nous avons été guéris, car nous cessons d’aimer ce que nous aimions alors; gémissons devant Dieu sur le malheur de ceux qui sont encore fous. Aussi bien il est assez puissant pour les guérir à leur tour. Pour cela, il est besoin qu’ils se regardent et qu’ils se déplaisent. Ils veulent voir, et ils ne savent pas se voir eux-mêmes. S’ils veulent jeter un

 

1. Ps, XL, 6-8. — 2. Jean, I, 14.

 

367

 

instant les yeux sur eux-mêmes, ils verront des sujets qu’ils ont de rougir. Jusqu’à ce qu’ils le fassent, nous avons d’autres soucis d’autres soins réclament notre attention ; mieux vaut notre douleur que leur joie. Pour ce qui regarde le nombre de nos frères, il me semble difficile que les divertissements de cette journée nous en aient ravi quelques-uns; mais en ce qui regarde nos soeurs, c’est pour nous le sujet d’une grande tristesse et d’une profonde douleur, de voir qu’elles n’ont pas été plus empressées à venir à l’église. Car, à défaut de la crainte de Dieu, le sentiment de la pudeur aurait dû les éloigner du tumulte de la rue. Que celui qui voit tout, jette les yeux sur elles, et que sa miséricorde vienne les guérir toutes. Pour nous qui sommes assemblés ici, nourrissons-nous au festin de Dieu, et que sa parole fasse notre joie.

Il nous a invités à entendre son Evangile, il est lui-même notre nourriture; il n’y en a pas de plus douce, à condition, néanmoins, que le palais de notre coeur puisse en apprécier la saveur.

3. J’ai sujet de le croire, votre charité n’a pas oublié qu’on lui fait une lecture suivie et convenable de l’Evangile. Vous vous souvenez sans doute de ce que nous avons déjà dit, principalement en dernier lieu, de Jean et de la colombe. Au sujet de Jean, nous avons dit ce qu’il avait appris de nouveau sur le ministère de la colombe relativement au Sauveur, bien qu’il le connût déjà. Avec l’assistance du Saint-Esprit , nous nous sommes aperçus que Jean connaissait le Seigneur; mais que le Seigneur dût baptiser de manière à ne communiquer à personne le pouvoir du baptême, voilà ce que Jean a appris par la colombe lorsqu’il lui a été dit : « Celui sur lequel tu verras descendre et demeurer le Saint-Esprit en forme de colombe, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit-Saint  (1) ». Qu’est-ce à dire : « C’est celui-là? » C’est-à-dire nul autre, quoique par un autre. Mais pourquoi Jean l’a-t-il appris par la colombe ? J’en ai donné plusieurs raisons qu’il m’est impossible de vous rappeler en totalité ; d’ailleurs, pas n’est besoin d’y revenir. La principale de toutes était le motif de la paix. En effet, les bois qui n’avaient pas servi à la construction de l’arche avaient été comme les antres plongés dans l’eau, et parce que la colombe avait

 

1. Jean, V ,33.

 

trouvé du fruit sur leurs branches, elle en avait rapporté dans l’arche. Vous vous souvenez, en effet, que Noé avait envoyé la colombe hors de l’arche, et que cette arche, portée sur les eaux du déluge, en était baignée, mais non submergée. Ayant donc été envoyée au dehors, la colombe t’apporta un rameau d’olivier; mais le rameau n’avait pas seulement des feuilles, il avait aussi du fruit (1). De là nous avons conclu que ce qu’il faut désirer à nos frères baptisés hors de l’Eglise, c’est de porter du fruit, la colombe ne les laissera pas dehors, elle les ramènera dans l’arche. Ce fruit est tout entier dans la charité, sans laquelle l’homme n’est rien, quoi qu’il ait d’ailleurs. Et nous avons rappelé et cité ces paroles formelles de l’Apôtre à ce sujet: «Quand même je parlerais le langage des anges et des hommes, si je n’ai pas la charité, je suis devenu comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand j’aurais la science de toutes choses, quand même je connaîtrais tous les mystères, quand j’aurais surabondamment le don de prophétie, quand j’aurais la perfection de la foi », (qu’entend-il par cette perfection de la foi?) « c’est-à-dire jusqu’à transporter les montagnes, quand même j’aurais distribué tous mes biens aux pauvres, quand j’aurais livré mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me servira de rien (2) ». Or, ceux qui détruisent l’unité ne peuvent en aucune manière prétendre avoir la charité. Voilà ce que nous avons dit; voyons la suite.

4. Jean a rendu témoignage parce qu’il a vu. Quel témoignage a-t-il rendu? « Que celui-là est le Fils de Dieu ». Il fallait donc que celui-là baptisât qui est le Fils unique de Dieu par nature, et non par adoption. Les fils adoptifs sont les ministres du Fils unique. Le Fils unique a le pouvoir, les fils adoptifs ont le ministère, Quoique le baptême soit vraiment conféré par un ministre qui n’est pas du nombre des fils adoptifs, à cause de sa mauvaise vie et de sa mauvaise conduite, quel sujet de consolation avons-nous? « C’est celui-là qui baptise ».

5. « Le lendemain Jean était encore là, et deux de ses disciples avec lui, et, regardant Jésus qui marchait, il dit: Voici l’Agneau de Dieu ». Il est sûr que cet Agneau est unique de ce nom; bien que ses disciples aient aussi

 

1. Gen. VIII, 8-11. — 2. I Cor. III, 1, 3.

 

368

 

été appelés de ce nom: « Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (1) ». Il a été dit qu’ils étaient la lumière: « Vous êtes la lumière du monde (2) »Jésus-Christ était aussi la lumière, mais d’une manière bien différente, puisqu’il a été dit de lui : « Il était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde (3)». Pareillement il est l’Agneau, mais cet Agneau est unique; il est le seul qui n’ait pas de tache, le seul qui n’ait pas de péché: en lui nulle souillure n’a été effacée, parce qu’il n’en portait aucune. Eh quoi! parce que Jean disait du Sauveur: « Voici l’Agneau de Dieu », n’était-il pas lui-même un agneau? N’était-il pas sain? N’était-il pas l’ami de l’Epoux? A Jésus-Christ seul pouvaient s’appliquer réellement ces paroles: « Voici l’Agneau de Dieu », parce que les hommes n’ont pu être rachetés que par le sang de cet Agneau unique.

6. Mes frères, si nous reconnaissons que le prix de notre rançon c’est le sang de l’Agneau, de quel nom appeler ceux qui célèbrent aujourd’hui la fête du sang de je ne sais quelle femme ? Qu’ils sont inconséquents ! Un pendant, à ce qu’ils disent, a été arraché de l’oreille de cette femme, le sang a coulé; l’or a été mis sur un plateau ou une balance, le sang dont il était imprégné a donné à l’or plus de poids. Si le sang d’une femme a été capable de faire incliner le plateau de la balance où se trouvait l’or, quel poids a dû ajouter au monde le sang de l’Agneau qui a créé le monde? Je ne sais quel esprit apaisé par ce sang ajoutait ainsi au poids de l’or. Car les esprits impurs connaissaient l’avènement futur de Jésus-Christ; ils l’avaient appris des anges et des Prophètes, ils ne doutaient pas qu’il ne dût venir. S’ils en avaient douté, se seraient-ils écrié: « Qu’y a-t-il entre vous et nous? Etes-vous venu nous perdre avant le temps? Nous savons qui vous êtes, le Saint de Dieu (4) ». Ils savaient qu’il devait venir; mais ils ignoraient le temps de sa venue. Mais qu’avez-vous entendu dire au Psalmiste touchant Jérusalem? « Parce que ses pierres ont plu à vos serviteurs, et que sa poussière les a émus, vous vous lèverez, Seigneur, et vous aurez pitié de Sion, puisque le temps est venu d’en avoir pitié (5) ». Quand fut venu le temps où Dieu devait

 

1. Matth. I, 16. — 2. Id. V, 14. — 3. Jean, I, 9. — 4. Marc, I, 24.— 5. Ps. CI, 15, 14.

 

en prendre pitié, l’avènement de l’Agneau eut lieu. Quel était cet Agneau que redoutent les loups ? Quel était cet Agneau qui en mourant a tué le lion? Il a été dit du démon qu’il est un lion tournant et rugissant, cherchant une proie (1). Ce lion a été vaincu par le sang de l’agneau. Voilà à quels spectacles assistent les chrétiens. Spectacles d’autant plus excellents que dans les autres les yeux de la chair ne voient que vanité, et qu’ici la vérité s’étale aux regards de notre coeur. Ne pensez pas, mes frères, que Dieu nous ait privés de spectacles; car s’il n’y en a pas pour nous, pourquoi êtes-vous ici aujourd’hui? Ce que nous vous avons dit, vous en avez la preuve, vous avez acclamé nos paroles. L’auriez-vous fait si vous n’aviez rien vu? Non, évidemment. C’est un grand spectacle donné par tout l’univers que celui du lion vaincu par le sang de l’Agneau, que celui des membres du Christ arrachés de la mâchoire du lion et réunis au corps du Christ. Aussi, par je ne sais quelle imitation de la vérité, un esprit mauvais a voulu que son image fût achetée par le sang; car il savait qu’un jour un sang précieux rachèterait le genre humain. C’est ainsi que les esprits malins se procurent comme une ombre d’honneur afin de tromper ceux qui suivent le Christ. C’est au point que ceux-là même qui séduisent les autres par des sortilèges, des enchantements et toutes les machinations de l’ennemi, y mêlent le nom du Christ; car, ne pouvant plus séduire les chrétiens jusqu’à leur présenter le poison tout pur, ils y ajoutent un peu de miel. Ainsi l’amertume du breuvage disparaît à la faveur de ce qu’ils y mêlent de doux, et les chrétiens le boivent pour leur perte. J’ai connu autre. fois un prêtre de Castor qui avait coutume de dire: Castor aussi est chrétien. Pourquoi cela, mes frères? C’est que les chrétiens ne peuvent être séduits par d’autres moyens.

7. Ne cherchez donc le Christ que là où il a voulu vous être annoncé; et comme il a voulu être prêché, gardez-le et inscrivez-le dans votre coeur. Il est le mur qui doit vous préserver contre tous les assauts et toutes les embûches de l’ennemi. Ne craignez rien; car cet ennemi ne peut pas même vous tenter qu’il n’en ait reçu la permission; il est constant aussi qu’il ne peut rien faire qu’il n’en ait reçu l’ordre ou la permission. Il agit par

 

1. Pierre, V, 8.

 

369

 

commandement, quand il est envoyé comme un ange mauvais par la puissance qui le domine. II agit par permission, quand il demande et obtient quelque chose. L’un et l’autre n’ont lieu que pour l’épreuve des justes et la punition des méchants. Que crains-tu donc? Marche dans le Seigneur ton Dieu, et sois tranquille. Ce qu’il ne veut pas que tu souffres, tu ne le souffriras pas; et s’il permet que tu souffres, ce sera de sa part la correction d’un père, et non la condamnation d’un juge. Il veut nous préparer à l’héritage éternel, et nous refusons d’être corrigés ! Mes frères, à un enfant qui refuserait de recevoir un soufflet ou des coups de verge de la main de son père n’aurions-nous pas le droit de dire qu’il est un orgueilleux et qu’il n’offre plus aucune ressource, puisqu’il méconnaît l’intérêt que lui porte son père? Cependant, pourquoi un père forme-t-il son fils, puisqu’il est un homme comme lui? Pour l’empêcher de dissiper les biens temporels qu’il lui a acquis, qu’il a amassés pour lui, qu’il ne veut pas lui voir perdre et qu’il lui abandonne parce qu’il ne peut lui-même les posséder toujours. Il n’élève pas un fils qui doive posséder ses biens conjointement avec lui, mais un fils qui les possédera après lui. Mes fières, si un père élève avec ce soin un fils destiné à n’être que son successeur, et si ce fils ainsi élevé ne doit lui-même posséder ces biens que transitoirement, comme les possède celui qui le dirige, comment voudrions-nous n’être pas formés par notre Père dont nous ne devons pas être les successeurs, mais les associés, avec qui nous demeurerons à jamais dans un héritage qui ne passe pas, qui ne finit pas, qui n’a à craindre ni les orages ni les tempêtes? Cet héritage n’est autre que lui-même, et il est notre père. C’est lui que nous posséderons, et nous ne voudrions pas recevoir de lui des leçons? Supportons donc les enseignements d’un père. Quand la tête nous fait mat, ne recourons ni aux enchantements, ni aux sortilèges, ni aux vains remèdes. Mes frères, comment pourrai-je ne pas gémir à votre sujet? Tous les jours je vois pareilles choses, et qu’y faire? N’aurais-je donc pas encore réussi à persuader à des chrétiens qu’ils doivent mettre toutes leurs espérances dans le Christ? Si quelqu’un est mort après avoir fait usage de ces remèdes (et de fait combien sont morts avec ces remèdes, et combien n’ont pas laissé de vivre sans y avoir recouru), de quel front sou âme est-elle allée vers Dieu? Le signe du Christ a été effacé en lui, et sur lui a été tracé le signe du diable. Peut-être dira-t-il: Je n’ai point perdu le signe du Christ. Tu as donc porté en même temps le signe dit Christ et le signe du diable? Le Christ ne veut pas de partage; il veut posséder tout entier ce qu’il a acheté, Il l’a acheté assez cher pour le posséder seul, tu lui donnes pour copartageant le diable auquel tu t’es vendu par le péché. Malheur à ceux qui ont le coeur double (1), qui font dans leur coeur une part à Dieu et une part au diable, Dieu, irrité de voir qu’une part y est faite au diable, s’en éloignera, et le diable le possédera tout entier. Aussi n’est-ce pas sans raison que l’Apôtre a dit: « Ne donnez pas de place au diable (2) ». Connaissons donc l’Agneau, mes frères, connaissons le prix de notre rachat.

8. « Jean était là, et deux de ses disciples avec lui ». Voilà avec Jean deux de ses disciples. Jean était un si sincère ami de l’Epoux, qu’il ne cherchait pas sa propre gloire mais qu’il rendait témoignage à la vérité. A-t-il prétendu voir ses disciples demeurer avec lui et ne pas suivre le Seigneur? Au contraire il leur montre lui-même celui qu’ils doivent suivre : ils le regardaient comme l’Agneau; mais il leur disait: Pourquoi me considérer comme tel? Je ne suis pas l’Agneau, « Voici l’agneau de Dieu », le même dont il avait dit plus haut encore: « Voici l’Agneau de Dieu ». A quoi nous sert l’Agneau de Dieu? « Voici celui qui efface le péché du monde ». L’ayant entendu, les deux disciples qui étaient avec Jean suivirent Jésus-Christ.

9. Voyons la suite: « Voici l’Agneau de Dieu ». C’est Jean qui parle. « Les deux  disciples l’ayant entendu parler ainsi, suivirent Jésus. Jésus s’étant tourné, et les voyant qui le suivaient, leur dit: Que cherchez-vous ? Ceux-ci lui dirent: Rabbi, c’est-à-dire : Maître, où demeurez-vous? » Ils ne le suivirent pas comme s’ils devaient rester désormais attachés à sa personne; la circonstance où ils s’attachèrent à lui est connue; c’est lorsqu’il leur fit quitter leur barque. En effet, l’un de ces deux disciples était André, ainsi que vous l’avez entendu tout à l’heure. Or, André était frère de Pierre, et nous savons

 

1. Eccli. II. 14. — 2. Ephés. IV, 27.

 

370

 

par l’Evangile que le Seigneur fit quitter leur barque à Pierre et à André, en leur disant: « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes (1) ». Et de ce moment ils s’attachèrent à lui et ne te quittèrent plus. De ce que les deux disciples le suivent alors, il ne résulte pas qu’ils le suivirent pour ne plus le quitter; mais ils voulurent voir où il demeurait et faire ce qui est écrit : « Que ton pied use le seuil de sa porte, lève-toi souvent pour aller le voir et t’instruire de ses Préceptes (2)» Il leur montra où ils demeuraient, ils vinrent et passèrent ce jour-là à causer avec lui. Quel bienheureux jour ils passèrent ! Quelle bienheureuse nuit ! Qui nous dira ce qu’ils ont entendu de la bouche du Sauveur?Bâtissons, nous aussi, dans notre coeur, et faisons-lui une maison où il vienne nous instruire et s’entretenir avec nous.

10. « Que cherchez-vous? Ils lui dirent: « Rabbi, c’est-à-dire Maître, où demeurez-vous? Il leur dit: Venez et voyez. Et ils vinrent et ils virent où il demeurait, et passèrent avec lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure ». Pensons-nous que l’Evangéliste n’avait aucun motif de nous dire quelle heure il était? Est-il possible qu’il n’ait rien voulu nous faire remarquer? qu’il n’ait pas voulu nous exciter à découvrir quelque chose ? Il était dix heures. Ce nombre dix signifie la loi, parce que la loi a été donnée en dix préceptes. Or, le temps était venu où la loi serait accomplie par la charité ; car les Juifs ne pouvaient l’accomplir par la crainte. Ce qui fait dire à Notre-Seigneur: « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir (3) ». C’est donc avec raison que, sur la parole de l’ami de l’Epoux, ses disciples se mirent à la suite du Christ à la dixième heure, et qu’au même moment le Sauveur fut appelé par eux: « Rabbi », c’est-à-dire Maître. Si le Seigneur s’entendit appeler : « Rabbi », à la dixième heure, et si le nombre dix marque la loi, le Maître de la loi n’est autre que celui qui a donné la loi. Que personne ne dise: Autre est celui qui a donné la loi, autre est celui qui enseigne. Celui-là l’enseigne qui l’a donnée. Il est à la fois le Maître et le docteur de la loi. Ses paroles sont empreintes de miséricorde ; aussi enseigne-t-il miséricordieusement la loi, ainsi qu’il est dit de la Sagesse: « Elle porte la loi et la miséricorde sur sa

 

1. Matth. IV, 19. — 2. Eccli. VI, 36, 37. — 3. Matth. V, 17.

 

langue (1)». Ne crains donc pas de ne pouvoir accomplir la loi ; aie recours à la miséricorde. Si c’est trop pour toi d’accomplir la loi, utilise ce contrat, le titre est la prière que l’a donnée et qu’a composée pour toi ce jurisconsulte céleste.

11. Ceux qui ont un procès et qui veulent adresser à ce sujet une supplique à l’empereur, cherchent quelque légiste habite qui rédige leur requête; car ils ont peur, s’ils demandent autrement qu’il ne faut, non-seulement de ne pas obtenir ce qu’ils demandent, mais même de se voir punis au lieu d’être favorisés. Les Apôtres voulaient adresser une supplique à l’Empereur-Dieu, et ne savaient comment s’y prendre pour arriver jusqu’à lui : c’est pourquoi ils dirent au Sauveur: « Seigneur, enseignez-nous à prier », c’est-à-dire, notre jurisconsulte, notre conseiller, ou plutôt, notre assesseur, composez-nous notre prière. Et, par une formule puisée au livre de la jurisprudence céleste, le Seigneur leur apprit à prier, et dans cette formule même il mit une condition : « Remettez-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs (2) ». Si tu ne demandes pas selon la loi, tu deviens criminel. Devenu criminel, crains-tu le Juge ? Offre le sacrifice de l’humilité, offre le sacrifice de la miséricorde, dis en tes prières : Remettez-moi, comme je remets. Mais si tu le dis, fais-le. Que feras-tu, en effet? Où iras-tu, si tes prières sont des mensonges ? Comme on dit au barreau, non-seulement In seras privé du bénéfice de ton rescrit, mais ce rescrit lui-même tu ne l’obtiendras pas. C’est une maxime de droit: quand un homme a menti dans sa requête, la grâce qu’il a obtenue devient nulle. Ceci a lieu parmi les hommes, car l’homme a pu être trompé, l’empereur a pu être induit en erreur quand lu lui as présenté ta requête; tu as dit ce que tu as voulu, et celui à qui tu l’as dit ignore si tu as dit la vérité. Aussi laisse-t-il à ton adversaire le soin de prouver ton mensonge, afin que si tu en es convaincu devant le juge, tu sois privé du bénéfice de ce rescrit que tu as porté devant lui ; car il n’a pu s’empêcher de t’accorder la grâce que tu sollicitais, vu qu’il ignorait si tu disais vrai ou non. Mais Dieu, qui sait si tu dis la  vérité ou un mensonge, n’agit pas seulement de manière à rendre ta requête nulle à son tribunal :

 

1. Prov. XXXI, 26. — 2. Luc, XI, 1-4.

 

il l’empêche même d’y arriver, parc que tu as osé mentir à la vérité.

12. Que feras-tu? dis-le-moi. Accompli de tout point la loi, en sorte que lu n’ manques en rien, c’est difficile. La faute est donc certaine; refuseras-tu d’user du remède Voyez, mes frères, quel remède Dieu a pré paré contre les maladies de l’âme. Lequel donc? Lorsque tu as mal à la tête, nous te louons si tu y mets l’Evangile au lieu de l’envelopper de linges. L’infirmité des hommes est si grande, ceux qui recourent aux bandages sont tellement à plaindre, que nous sommes forcés de nous réjouir quand nous voyons un homme couché dans un lit, en proie à la fièvre et aux douleurs, ne mettre sa confiance que dans le livre des Evangiles et le placer sur sa tête, non pas que l’Evangile soit destiné à pareil usage, mais parce qu’il est préféré aux bandages. Dès lors qu’on le met sur sa tête pour en calmer la douleur, pourquoi ne point le placer sur son coeur pour le guérir de ses péchés? Qu’on le fasse donc. Qu’on fasse quoi? Qu’on l’applique sur son coeur, afin que ce coeur soit guéri. Il est bon, oui il est bon que tu n’aies d’autre souci de ta santé que de la demander à Dieu. S’il sait qu’elle te sera utile, il te l’accordera; et s’il ne te la donne pas, c’est qu’il prévoit qu’elle note serait pas profitable. Combien demeurent dans leur lit sans commettre de péchés, qui se portant bien se laisseraient aller à toute sorte de crimes? A combien de gens la santé est nuisible ? Le brigand qui se jette à la gorge d’un homme pour le tuer n’aurait-il pas plus d’avantages à être malade? Celui qui se lève de nuit pour miner un mur étranger, n’aurait-il pas plus d’avantages à être tourmenté de la fièvre ? Malade, il resterait innocent; en sauté, c’est un scélérat. Dieu sait ce qui nous convient. Faisons seulement en sorte que notre coeur soit libre de tout péché, et s’il nous arrive d’être éprouvés en notre corps, prions Dieu. L’apôtre Paul lui a demandé d’éloigner de lui l’aiguillon de la chair, et il ne l’a pas voulu. Paul s’est-il troublé? s’est-il laissé aller à la tristesse ? s’est-il plaint d’être abandonné? Au contraire, il s’est d’autant moins dit abandonné, que ce dont il demandait l’éloignement lui demeurait pour la guérison de sa faiblesse. Il l’a reconnu à cette parole du médecin : « Ma grâce te suffit ; car la vertu se perfectionne dans l’infirmité (1) ». Pourquoi Dieu ne veut-il pas te guérir? C’est qu’il est encore avantageux pour toi d’être éprouvé. Comment pourrais-tu savoir jusqu’à quel point est pourri ce que retranche le médecin, quand il plonge son instrument dans une plaie ? Ne sait-il pas comment et jusqu’où il doit le faire? Les hurlements du malade opéré éloignent-ils la main de l’habile opérateur? L’un crie, l’autre coupe. Est-il cruel pour ne pas entendre les cris? Ou plutôt ne se montre-t-il pas miséricordieux en poursuivant le mal jusqu’à sa racine, afin de guérir plus sûrement le malade? Je vous ai dit ceci, mes frères, pour que personne ne cherche du secours ailleurs qu’en Dieu, quand il arrive que le Seigneur nous châtie. Prenez garde de périr, prenez garde de vous éloigner de l’Agneau et d’être dévoré par le lion.

13. Nous avons dit pourquoi à la dixième heure. Voyons la suite : « André, frère de Simon Pierre, était un de ceux qui avaient entendu Jean et avaient suivi Jésus. Il rencontra Simon son frère et lui dit: Nous avons trouvé le Messie, c’est-à-dire le Christ ». Messie, en hébreu, c’est comme Christ, en grec, et oint, en latin. De son onction lui vient le nom de Christ. Chrisma, en grec, veut dire onction, donc le Christ veut dire: oint. Onction unique, onction particulière et à laquelle participent tous les chrétiens et lui aussi, muais plus excellemment que tous. Voici comment en tarie te Psalmiste, écoute-le: «C’est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a oint d’une onction de joie par-dessus tous ceux qui la partageront avec vous (2) ». Les copartageants, ce sont les saints ; mais il est, lui, tout particulièrement le Saint des saints; il a reçu une onction qui est propre à lui seul ; il est le Christ d’une manière unique.

14. « Et André l’amena à Jésus. Jésus l’ayant regardé lui dit: Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Céphas, c’est-à-dire Pierre ». Ce n’est pas chose étonnante que le Sauveur ait dit à Pierre de qui il était fils, Qu’y a-t-il de grand pour le Sauveur? Il connaissait le nom de tous les saints qu’il s’était prédestinés avant la constitution du monde, et tu es surpris qu’il ait dit à un homme : Tu es le fils d’un tel, et tu t’appelleras de tel nom ? Le merveilleux en cela, c’est qu’il ait changé son nom et qu’il l’ait appelé

 

1. II Cor. XIX, 8, 9. — 2. Ps. XLIV, 8,

 

372

Pierre ; car ce nom de Pierre est emprunté à celui de la pierre ; or, cette pierre, c’est l’Eglise, Ainsi le nom de Pierre préfigurait l’Eglise. Qui est-ce qui bâtit avec assurance, sinon celui qui bâtit sur la pierre ? En effet, que dit le Seigneur? « Celui qui écoute mes paroles et les met en pratique, je te comparerai à un homme prudent qui bâtit sur la pierre » (il ne cède pas aux tentations): « la pluie est tombée, les fleuves sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés sur cette maison, et elle n’est pas tombée; car elle était fondée sur la pierre. Celui qui écoute mes paroles et ne les met pas en pratique » (ici que chacun de vous tremble et se mette sur ses gardes), « je le comparerai à un insensé qui a bâti sa maison sur le sable: la pluie est tombée, les fleuves sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés sur cette maison, et elle est tombée, et il s’en est fait une grande ruine (1) ». A quoi sert d’entrer dans l’Eglise, si l’on veut bâtir sur le sable? En écoutant la parole sans la mettre en pratique, on bâtit, c’est vrai, mais on bâtit sur le sable. Si l’on n’écoute rien, on ne bâtit rien; si l’on écoute, on bâtit. Mais il faut savoir que quiconque écoute et agit bâtit sur la pierre, celui qui écoute et n’agit pas bâtit sur le sable. Il y a donc deux sortes d’hommes qui bâtissent, les uns bâtissent sur le sable, les autres bâtissent sur la pierre. Que dire de ceux qui n’écoutent pas? Peuvent-ils se croire en sûreté? Le Sauveur dit-il qu’ils n’ont rien à craindre parce qu’ils ne bâtissent pas? Ils sont sans abri, exposés aux vents, aux fleuves, et lorsque la tourmente arrive, elle les enlève eux-mêmes avant que de renverser les maisons. Il n’y a donc de sécurité qu’à bâtir et à bâtir sur la pierre. Si tu veux écouter sans rien faire, tu bâtis, mais tu prépares une ruine. Lorsque la tentation surviendra, elle renversera ta maison et t’engloutira sous ses décombres, Si tu n’écoutes pas, tu es sans abri, et c’est toi que la tentation emportera tout d’abord. Ecoute doue et agis, voilà l’unique remède. Combien peut-être qui, pour avoir écouté sans agir, ont été emportés par le torrent de la solennité de ce jour! Ils ont écouté et n’ont rien tait, le fleuve, c’est-à-dire l’anniversaire de cette solennité est venu ; le torrent s’est rempli ; il passera et se desséchera ensuite ; mais malheur à celui qu’il

 

1. Matth. VII, 24-27.

 

aura emporté ! Que votre charité ne l’ignore pas : à moins d’écouter et d’agir, on ne bâtit pas sur la pierre, et l’on n’a rien de commun avec ce nom si grand que le Seigneur a mis si bien en relief. Par là il a voulu fixer ton attention ; car si dès-le premier abord Pierre avait porté ce nom, tu ne saisirais pas aussi bien le mystère de la pierre, et tu supposerais que s’il portait ce nom, c’était par un effet du hasard, et non par une disposition spéciale de la Providence. C’est pourquoi Dieu a voulu que son Apôtre eût d’abord un autre nom, afin que le changement de ce nom fît mieux ressortir le mystère du nom nouveau.

15. « Et le lendemain Jésus voulut s’en aller en Gaulée, et il rencontra Philippe. Il lui dit : Suis-moi. Or, Philippe était de la même ville qu’André et Pierre. Philippe » (déjà appelé par Jésus-Christ) « rencontra Nathanaël, et il lui dit: Celui dont a écrit Moïse dans la loi, et que les Prophètes ont annoncé, nous l’avons trouvé: c’est Jésus, fils de Joseph ». Il passait pour le fils de celui à qui sa Mère était mariée. Mais qu’il ait été conçu et qu’il soit né de cette Mère demeurée Vierge, c’est ce que tous les chrétiens savent d’après l’Evangile. Voilà ce que Philippe dit à Nathanaël au sujet de Jésus, en y ajoutant même le nom de son pays: « De Nazareth. Et Nathanaël lui dit : De Nazareth il peut venir quelque chose de bon ?». Que faut-il entendre par là, mes frères? Il ne faut pas construire cette phrase comme plusieurs la construisent, car d’ordinaire c’est par mode d’interrogation qu’on prononce: « De Nazareth peut-il venir quelque chose de bon?» Après quoi vient la réplique de Philippe: « Viens et vois ». Ces deux derniers mots peuvent suivre les précédents, n’importe laquelle des deux manières de prononcer la phrase on aime mieux adopter. Soit que Nathanaël ait dit, avec le ton de l’affirmation: « De Nazareth peut venir quelque chose de bon », soit qu’il ait dit, comme en interrogeant: « Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth », Philippe peut avoir ajouté: « Viens et vois». Aussi, comme l’un et l’autre énoncés conviennent également bien aux paroles qui suivent, c’est à nous de chercher comment nous devons les entendre de préférence.

16. Quel a été ce Nathanaël, nous le montrons par ce qui suit. Ecoutez, voici ce qu’il [373] était: le Seigneur même lui rend témoignage. Tel que nous le fait connaître le témoignage de Jean, le Sauveur est grand. Bienheureux nous apparaît Nathanaël, d’après le témoignage de la Vérité. Certes, le Seigneur n’avait nul besoin d’être recommandé par le témoignage de Jean; car il se rendait à lui-même témoignage; la Vérité se sert à elle-même de témoin, et cela est suffisant pour elle. Mais parce que les hommes étaient incapables de trouver la Vérité, ils la cherchaient au moyen d’un flambeau; aussi Jean fut-il envoyé pour montrer le Seigneur. Ecoute le Seigneur rendant témoignage à Nathanaël: « Et Nathanaël dit à Philippe : De Nazareth il peut venir quelque chose de bon, Philippe lui dit : Viens et vois. Et Jésus vit Nathanaël qui venait à lui, et il dit: Voici un vrai Israélite en qui il n’y a pas de ruse ». Témoignage considérable qui n’a été rendu ni à André, ni à Pierre, ni à Philippe, mais uniquement à Nathanaël. « Voici un véritable Israélite en qui il n’y a pas de ruse ».

17. Qu’est-ce à dire, mes frères? N’aurait-il pas dû être le premier des Apôtres? Non- seulement on ne le trouve pas au premier rang parmi eux; on ne le trouve ni à un rang intermédiaire, ni même au dernier, ce Nathanaël auquel le Fils de Dieu a rendu un si grand témoignage : « Voici un vrai Israélite en qui il n’y a pas de ruse ». Quelle en est la cause? Autant que le Seigneur me la fait connaître vraisemblablement, la voici. Nous devons comprendre que Nathanaël était un homme instruit et habile dans la loi : or, le Seigneur n’a pas voulu le mettre au nombre de ses disciples, parce qu’il ne voulait choisir que des ignorants, afin de confondre le monde. Ecoute, voici comme s’en exprime l’Apôtre : « Considérez, mes frères, ceux qui parmi vous ont été appelés, il s’y trouve peu de sages selon la chair, peu de puissants, peu de nobles; mais Dieu a choisi ce qui est faible selon le monde pour confondre ce qui est fort; Dieu a choisi ce qui est vil et méprisable selon le monde, et ce qui n’est «rien comme ce qui est, afin que ce qui est soit détruit (1) ». Si Nathanaël, qui était savant, avait été choisi, peut-être aurait-il pensé que sa science l’en avait rendu digne. Or, Notre-Seigneur Jésus-Christ voulant briser

 

1. I Cor. I, 26—28.

 

l’orgueil des superbes, ne s’est pas servi d’orateurs pour prendre le pêcheur, mais par un pêcheur il a gagné l’empereur. Cyprien est un grand orateur, mais avant lui est venu Pierre le pêcheur, par qui devait croire non-seulement l’orateur, mais encore l’empereur. Aucun noble, aucun savant n’a été choisi pour commencer: Dieu n’a choisi que ce qui était faible selon le monde pour confondre ce qui était fort. Ainsi ce grand homme en (lui il n’y avait pas de ruse n’a pas été choisi, et ç’a été uniquement parce que Dieu ne voulait pas paraître avoir choisi des savants. Il connaissait si bien la loi, que quand il entendit prononcer le nom de Nazareth (car il avait étudié à fond les Ecritures; il savait qu’on devait attendre de là le Sauveur du monde, ce que les Pharisiens et les autres docteurs de la loi ne connaissaient pas aussi bien), quand donc cet homme profondément versé dans la science des Ecritures, et qui les connaissait si parfaitement. eut entendu dire à Philippe: « Celui dont Moïse a écrit dans la loi, que les Prophètes ont annoncé, nous l’avons trouvé, c’est le Fils de Joseph, Jésus de Nazareth ». Au seul nom de Nazareth il sentit se raviver ses espérances et il dit : « De Nazareth il peut venir quelque chose de bon».

18. Voyons ce qui le concerne encore: «Voici un véritable Israélite en qui il n’y a pas de ruse». Qu’est-ce à dire: e En qui il n’y a pas e de ruse? o N’était-il pas pécheur? N’était-il pas malade? Le médecin ne lui était-il pas nécessaire? Non, personne ici-bas n’est venu au monde avec ce privilège de n’avoir nul besoin d’un tel médecin. Que signifie donc: « En qui il n’y a pas de ruse? » Redoublons d’attention pour un moment, et bientôt la grâce de Dieu nous le fera découvrir. Le Seigneur se sert du mot ruse ou dol, et quiconque comprend le latin sait que dol consiste à faire une chose et à en penser une autre. Que votre charité remarque bien ceci. Dol n’est pas la même chose que douleur, et si je le dis, c’est que plusieurs de nos frères, peu habiles dans la langue latine, s’y trompent souvent, et disent : le dol le tourmente, au lieu de, la douleur le tourmente, Le dol est une fraude, une dissimulation. Par exemple, un homme cache une chose dans son coeur et en dit une autre, voilà un dol. C’est comme s’il avait deux coeurs, deux appartements, dans l’un desquels il voit la vérité, tandis que dans [374] l’autre il machine le mensonge. Telle est l’idée que vous devez avoir du dol; car il est écrit dans le psaume « Langues pleines de dol ».Qu’est-ce à dire: « Langues pleines de dol ?» Ecoutez la suite: «Ils ont un coeur, et un coeur pour dire le mal (1) ». Qu’est-ce à dire: «Un coeur et un coeur »,sinon un coeur double? Puis donc qu’il n’y avait pas de dol en Nathanaël, le médecin le jugeait guérissable, mais non en santé. Autre chose est d’avoir la santé, autre chose est de pouvoir être guéri, autre chose encore est de ne pouvoir guérir. Le malade dont on espère la guérison, on dit de lui qu’il peut guérir; le malade dont on désespère,on ledit inguérissable; quant à celui qui est en santé, il n’a pas besoin de médecin. Le médecin venu pour rendre la santé aux hommes jugea donc que Nathanaël pouvait être guéri, puisqu’il n’y avait pas de dol en lui. Comment n’y avait-il pas de dol en lui? C’est que s’il était pécheur, il en convenait . Si, étant pécheur il s’était dit juste, le dol se serait trouvé dans sa bouche. Ainsi le Seigneur loua en Nathanaël l’aveu qu’il faisait de son péché; mais il ne jugea pas qu’il fût exempt de fautes.

19. Les Pharisiens, qui se croyaient justes, faisaient au Sauveur un reproche de ce que le médecin se mêlait aux malades. Aussi disaient-ils : « Voyez avec qui il mange, c’est avec des Publicains et des pécheurs ». Le médecin répondit à ces frénétiques : « Ce n’est pas aux bien portants que le médecin est nécessaire, mais aux malades: je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (2) ». Vous vous croyez justes, quoique vous soyez pécheurs; vous vous croyez bien portants, quoique vous soyez malades; voilà pourquoi vous repoussez le remède et demeurez malades. Ainsi ce Pharisien qui avait invité le Seigneur à manger chez lui se croyait en santé; une femme malade apparut brusquement en cette maison sans être invitée; mais poussée par le désir de sa guérison, elle s’approcha, non pas de la tête, non pas des mains, mais des pieds du Seigneur, les arrosant de ses larmes, les essuyant avec ses cheveux, les couvrant de baisers, les oignant de parfums; pécheresse, elle fit sa paix avec les pieds du Seigneur. Se croyant en santé, le Pharisien qui était à la table du médecin lui fit intérieurement un reproche et se dit à lui

 

1. Ps. XI, 3. — 2. Matth. IX, 11-13.

 

même : « Si cet homme était un prophète, il saurait quelle femme lui touche les pieds». Ce qui lui faisait croire à l’ignorance du Seigneur, c’est que Jésus ne repoussait pas cette femme; car, à son avis, le Christ n’aurait pas voulu se laisser toucher par des mains aussi impures; mais Jésus-Christ la connaissait, et il lui permit de le toucher et de trouver la guérison dans cet attouchement. Le Seigneur voyant la pensée du Pharisien, lui proposa cette comparaison : « Un créancier avait deux débiteurs. L’un lui devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi le payer, il remit à chacun sa dette. Lequel des deux l’aima le plus? Simon répondit : Je crois, Seigneur, que c’est celui à qui il a le plus remis. Et se tournant vers la femme, Jésus dit à Simon: Tu vois cette femme? Je suis entré dans ta maison, tu ne m’as pas donné d’eau pour laver mes pieds; elle, au contraire, les a lavés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as point donné de baisers; mais elle n’a pas cessé de baiser mes pieds. Tu ne m’as pas donné d’huile pour ma tête; elle, au contraire, a arrosé mes pieds de parfums; c’est pourquoi je te dis: Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé; mais celui à qui on remet peu aime peu (1) ». Ce qui était lui dire: Tu es plus malade qu’elle, mais tu te crois en santé, tu penses qu’on te remet peu, bien que tu doives davantage. C’est à bon droit que cette femme en qui il n’y a pas de dol a mérité d’être guérie. Qu’est-ce à dire: En elle il n’y a pas de dol? Elle confessait ses péchés. Aussi, ce que le Seigneur loue en Nathanaël, c’est l’absence de tromperie. En effet, plusieurs d’entre les Pharisiens, quoique remplis de péchés, se disaient justes, et par cette tromperie rendaient leur guérison impossible.

20. Ayant vu que cet homme n’avait pas de ruse, le Seigneur dit : « Voici un véritable Israélite en qui il n’y a pas de ruse. Nathanaël lui dit: Comment me connaissez-vous? Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’eût appelé lorsque tu étais sous le figuier, je t’ai vu », c’est-à-dire sous l’arbre de figues où tu étais. « Nathanaël lui répondit : Maître, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d’Israël ». Sans doute Nathanaël a entrevu

 

1. Luc, VII, 36-47.

 

375

 

quelque chose de grand sous cette parole: «Pendant que tu étais sous le figuier, je t’ai vu avant que Philippe t’appelât », puisqu’il répondit par cette confession : « Vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d’Israël »; la même que fit Pierre si longtemps après, lorsque le Seigneur lui dit : « Tu es bienheureux, Simon fils de Jean ; car ce n’est ni la chair, ni le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est au ciel (1)». Ce fut alors qu’il lui donna le nom de Pierre et qu’il le loua comme étant devenu par cette foi le fondement de son Eglise. Nathanaël dit: «Vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le Roi d’Israël ». Pourquoi parle-t-il ainsi? parce que le Seigneur lui a dit: « Avant que Philippe t’ait appelé, pendant que tu étais sous le figuier, je t’ai vu ».

21. Il nous faut chercher, mes frères, si ce figuier est un symbole. Soyez donc attentifs, Nous trouvons dans l’Evangile un figuier maudit parce qu’il ne portait que des feuilles et pas de fruits (2). A l’origine du genre humain, Adam et Eve ayant péché se tirent des ceintures de feuilles de figuier (3). Les feuilles de figuier représentent donc le péché. Nathanaël sous le figuier, c’est donc Nathanaël assis à l’ombre de la mort. Le Seigneur l’a vu, lui dont il est écrit: « Une lumière s’est levée sur ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort (4) ». Qu’est-ce donc qui a été dit à Nathanaël? Tu me demandes, ô Nathanaël : «Comment me connaissez-vous? » Tu commences à me parler parce que Philippe t’a appelé. Jésus-Christ a vu comme appartenant déjà à son Eglise celui qu’il a appelé par l’intermédiaire de son Apôtre. O Eglise, ô Israël, ô toi en qui ne se trouve aucune ruse, tu connais déjà le Seigneur par les Apôtres, comme Nathanaël l’a connu par Philippe. Mais avant que tu le connusses, lorsque tu gisais encore sous le péché, sa miséricorde avait jeté les yeux sur toi. Est-ce nous qui avons les premiers cherché le Christ? N’est-ce pas lui qui nous a cherchés? Malades, sommes-nous venus les premiers au médecin? Ou le médecin a-t-il couru au-devant des malades? Cette brebis n’était-elle pas égarée, et le pasteur laissant les quatre-vingt-dix-neuf autres ne l’a-t-il pas cherchée, retrouvée et rapportée sur ses épaules? Et avec quelle joie ne l’a-t-il pas fait? La drachme n’était-elle

 

1. Matth. IV, 17.— 2. Id. XXI, 19. — 3. Gen. III, 7. —  4. Isa. IX, 2.

 

pas perdue, et la femme n’a-t-elle pas allumé sa lampe et cherché dans toute sa maison jusqu’à ce qu’elle fût retrouvée ? Et alors : « Réjouissez-vous avec moi », dit-elle à ses voisins, parce que j’ai retrouvé la drachme que j’avais perdue (1) ». Ainsi nous étions égarés comme la brebis, nous étions perdus comme la drachme, et notre pasteur a retrouvé la brebis, mais pour l’avoir cherchée; la femme a trouvé la drachme, mais en la cherchant. Qu’est-ce que cette femme? La chair du Christ. Qu’est-ce que sa lampe? « J’ai préparé une lampe à mon Christ (2) ». Donc on nous a cherchés pour nous retrouver, on nous a retrouvés et nous parlons. Ne nous laissons donc pas entraîner à des sentiments d’orgueil ; car avant d’être retrouvés nous étions égarés; nous aurions péri si Jésus-Christ ne nous avait cherchés. Que ceux que nous aimons et que nous voulons gagner à la paix de l’Eglise catholique, ne nous disent donc pas : Pourquoi nous voulez-vous? Pourquoi nous chercher si nous sommes pécheurs ? Nous vous cherchons pour vous empêcher de vous perdre. Nous vous cherchons, parce qu’on nous a cherchés nous-mêmes. Nous voulons vous retrouver, parce que nous avons nous-mêmes été retrouvés.

22. C’est pourquoi Nathanaël ayant dit: « Comment me connaissez-vous ? » le Seigneur lui répondit : « Avant que Philippe t’appelât, pendant que tu étais sous le figuier, je t’ai vu ». O Israël, toi qui es sans ruse, ô qui que tu sois, peuple vivant de la foi, avant de t’appeler par mes Apôtres, pendant que tu étais assis à l’ombre de la mort et que tu ne me voyais pas, je t’ai vu. « Parce que je t’ai dit: Je t’ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses ». Qu’est-ce à dire: « Tu verras de plus grandes choses? » Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je te le dis : Tu verras le ciel ouvert, et les anges monter et descendre sur le Fils de l’homme ». Mes frères, je viens de dire je ne sais quoi de plus admirable que ceci : « Je t’ai vu sous le figuier ». De fait, en nous justifiant après nous avoir appelés, le Seigneur a fait plus qu’en jetant les yeux sua nous, et en nous voyant assis à l’ombre de la mort. Il nous a vus, mais quel profit es aurions-nous retiré, si nous étions restés d l’endroit où il nous a aperçus ? N’y serions-

 

1. Luc, XV, 4-10. — 2. Ps. CXXXI, 17.

 

376

 

nous pas encore ? Qu’y a-t-il donc de plus considérable que nous ayons vu les anges monter et descendre sur le Fils de l’homme?

23. Je vous ai déjà parlé de ces anges qui montaient et descendaient sur le Fils de l’homme; mais de peur que vous rie l’ayez oublié, je vous le rappelle brièvement. Je le ferais plus longuement s’il était question de vous l’apprendre; pour le moment je me contente de vous Je rappeler à la mémoire. Jacob vit en songe une échelle, et sur cette échelle des anges qui montaient et descendaient; en outre il oignit la pierre qu’il avait mise sous sa tête (1). On vous a expliqué que le Messie est le Christ, et que Christ ou oint est la même chose. Jacob n’avait pas mis là cette pierre qu’il oignit ensuite, dans l’intention de venir l’adorer; car c’eût été de sa part un acte d’idolâtrie, et sa pierre n’aurait pas été une figure du Christ. Elle a donc été une figure, autant du moins que cela a été nécessaire, et cette figure a été celle du Christ. La pierre a été ointe, mais non pour devenir une idole. La pierre a été ointe, pourquoi une pierre? « Voici que je place en Sion une pierre choisie et précieuse, et celui qui croira en elle ne sera pas confondu (2) ». Pourquoi: a été ointe ? Parce que Christ vient de chrisma. Mais qu’est-ce que Jacob vit sur l’échelle? Des anges qui montaient et descendaient. Ainsi est l’Eglise, unes frères. Les anges de Dieu, ce sont les bons prédicateurs, ceux qui annoncent le Christ, c’est-à-dire qui montent et descendent sur le Fils de l’homme. Comment montent-ils et comment descendent-ils? L’un d’eux nous sert d’exemple. Ecoute l’apôtre Paul; ce que nous rencontrerons en lui, croyons-le des autres prédicateurs de la vérité. Vois monter Paul, « Je connais un homme en Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu’au troisième ciel; si ce fut en son corps ou avec son corps, je ne le sais pas, Dieu seul le sait. Et il y entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter (3) ». Tu l’as vu monter, vois-le maintenant descendre. « Je n’ai pu vous parler comme à des hommes  spirituels, mais comme à des hommes charnels: comme à des enfants en Jésus-Christ je vous ai donné le lait, et non une

 

1. Gen. XXVIII, 12-18. — 2. Isa. XXVIII, 16; I Pierre, II, 6. — 3. II Cor. XII, 2-4.

 

nourriture solide (1)». Ainsi descend celui qui était monté ; jusqu’où était-il monté? « Jusqu’au troisième ciel ». Jusqu’où était-il descendu ? « Jusqu’à donner du lait aux enfants ». Ecoute : voici comment il est descendu : « Je me suis fait », dit-il, « petit au milieu de vous, comme une nourrice qui nourrit ses enfants (2) ». Nous voyons les nourrices et les mères descendre jusqu’à leurs enfants ; bien qu’elles sachent parler correctement le latin, elles écourtent néanmoins leurs paroles ; elles brisent en quelque sorte leur langage et, d’une langue accoutumée à bien dire, elles tirent des mots capables d’amuser de petits enfants. Car si elles parlaient suivant leur habitude, leurs enfants ne les entendraient pas et n’en profiteraient pas non plus. Ainsi en est-il d’un père éloquent, habitué à ébranler le forum et à faire retentir les tribunaux de sa parole, s’il a un petit enfant; de retour en sa maison, il descend des hauteurs de cette éloquence dont il avait atteint le sommet au forum, et s’abaisse jusqu’à son enfant par la familiarité de sa conversation enfantine. Vois encore dans un même endroit l’Apôtre montant et descendant, et nous le découvrons dans une seule phrase: « Soit que nous sortions de nous-mêmes, c’est pour Dieu; soit que nous soyons plus calmes, c’est pour vous (3)». Qu’est-ce à dire : « Soit que nous sortions de nous-mêmes, c’est pour Dieu ? » sinon : « afin de voir des choses qu’il n’est pas permis à l’homme de rapporter? » Qu’est-ce à dire: « Quand nous sommes calmes, c’est pour vous ? » sinon: « Je n’ai fait profession de rien savoir parmi vous, que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié (4)? » Enfin, si le Seigneur lui-même est monté et descendu, il est manifeste que ses prédicateurs montent quand ils l’imitent, et descendent quand ils l’annoncent.

24. Si je vous ai retenus un peu plus longtemps que de coutume, ç’a été à dessein et pour laisser passer ces heures de réjouissances importunes. Je pense que les absents en ont fini avec leurs vanités, Pour nous, mes frères, nourris de mets salutaires, employons le temps qui nous reste de telle manière qu’après avoir passé la solennité du jour du Seigneur dans les joies spirituelles nous puissions comparer les joies de la vérité avec celles de la

 

1. I Cor. III, 1,2.— 2. I Thess.II, 7.— 3. II Cor. V, 13. — 4. I Cor. ,2

 

377

 

vanité. Cette comparaison nous inspirera de l’horreur pour ces frivolités; cette horreur excitera notre douleur à l’égard de ce qu’ont fait nos frères, nous fera prier; notre prière sera exaucée, et dès lors que nous serons exaucés, nous les gagnerons à Dieu.

 

 

Haut du document

 

 

 

 

 

 

Précédente Accueil Suivante