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CENT UNIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR : « ENCORE UN PEU DE TEMPS, ET VOUS NE ME VERREZ PLUS », JUSQU'A CES AUTRES : « ET EN CE JOUR VOUS NE ME DEMANDEREZ RIEN ». (Chap. XVI, 16-23.)

 

LA VIE PRÉSENTE ET LA VIE FUTURE.

 

Entre le moment de la mort du Christ et celui de sa résurrection devaient déjà se vérifier ces paroles : « Encore un peu de temps, etc. » Mais elles ont particulièrement trait, d'abord à la vie présente, où nous gémissons, et ensuite à la vie éternelle, où nous saurons tout et où rien ne nous manquera.

 

1. Ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je vais à mon Père », étaient pour eux si obscures, avant l'accomplissement de ce qu'elles annonçaient, qu'ils se demandaient entre eux ce qu'il voulait dire, et qu'ils avouaient n'y rien comprendre. L'Evangile, en effet, ajoute : « Quelques-uns donc des disciples se dirent entre eux : Qu'est-ce qu'il nous dit : Encore un « peu de temps et vous me verrez, et encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, parce que je vais à mon Père ? Ils disaient donc : Qu'est-ce qu'il nous dit : Encore un peu de temps? Nous ne savons ce qu'il dit». Ce qui les embarrassait, c'est qu'il disait : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez pas, et encore un peu de temps et vous me verrez ». Auparavant il leur avait dit, non pas : « Encore un peu de temps » ; mais seulement : « Je vais à mon Père, et vous ne me verrez plus (1) ».

 

1. Jean, XVI, 10.

 

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Il semblait alors leur parler clairement, et entre eux ils ne se demandèrent rien à ce sujet. Mais ce qui leur était alors caché et leur fut découvert peu après, nous est maintenant connu. Peu après, en effet, Jésus-Christ souffrit, et ils ne le virent plus ; et encore un peu après, il ressuscita, et ils le virent de nouveau. Par le mot « plus » il voulait leur faire comprendre qu'ils ne le verraient plus à l'avenir, et nous avons déjà expliqué que c'est le sens qu'il faut donner à ces paroles: «Vous ne me verrez plus»; car, à l'occasion de cet autre passage: «L'Esprit-Saint accusera le monde touchant la justice, parce que je vais au Père, et vous ne me verrez plus (1) », nous avons dit qu'ils ne le verraient plus dans un corps mortel.

2. « Mais Jésus », continue l'Evangéliste, « connut qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit: Vous vous demandez entre vous ce que j'ai dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez pas ; et encore un peu temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira; vous serez contristés , mais votre tristesse se changera en joie ». Ces paroles peuvent s'entendre en ce sens que les disciples furent contristés par la mort de Notre-Seigneur et réjouis aussitôt après par sa résurrection. Mais le monde, et par là il faut entendre ses ennemis, c'est-à-dire ceux qui le mirent à mort, le monde s'est réjoui de la mort de Jésus-Christ, pendant que ses disciples en étaient contristés. Par le mot « monde », on peut entendre la malice de ce monde, c'est-à-dire des hommes qui aiment le monde. C'est pourquoi l'apôtre saint Jacques dit dans son épître : « Quiconque voudra être ami de ce monde se rend ennemi de Dieu (2) ». Inimitiés contre Dieu en raison desquelles on n'a pas épargné même son Fils unique.

3. Le Seigneur ajoute ensuite : « Une femme, lorsqu'elle enfante, est dans la tristesse, parce que son heure est venue; mais lorsqu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de sa douleur à cause de sa joie, « parce qu'un homme est né au monde. Et vous, vous avez maintenant de la tristesse; mais je vous verrai de nouveau, et votre coeur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie ». Cette comparaison ne

 

1. Traité XCV. — 2. Jacq. IV, 4.

 

paraît pas difficile à comprendre. L'explication en est toute trouvée, puisque Notre-Seigneur nous l'a donnée lui-même. L'enfantement est comparé à la tristesse, et la délivrance à la joie, qui est d'ordinaire plus grande lorsque, au lieu d'une fille, c'est un garçon qui vient au monde. Quant à ces mots : « Personne ne vous ravira votre joie n, comme Jésus lui-même est leur joie, ils nous sont expliqués par ce que dit l'Apôtre: «Jésus-Christ ressuscitant d'entre les morts ne mourra plus, et la mort n'exercera plus jamais sur lui son empire (1) ».

4. Jusque-là, nous n'avons fait que courir dans cette partie de l'Evangile que nous expliquons aujourd'hui, tant chaque chose est facile à comprendre ; mais ce qui suit demande une attention bien plus profonde. Que veulent dire en effet ces paroles : « Et en ce jour vous ne me demanderez rien? » Le mot ici employé, rogare, ne signifie pas seulement demander, il signifie encore interroger. Et l'Evangile grec, dont celui-ci est la traduction, emploie lui aussi un mot qui présente les deux sens. Ainsi le grec ne peut nous aider à découvrir le sens précis du mot latin; et quand il pourrait le faire, toute difficulté n'aurait pas disparu. Car nous voyons qu'après sa résurrection Notre-Seigneur a été interrogé et prié. Ses disciples l'ont interrogé, au moment où il montait au ciel, pour savoir quand il reviendrait et rétablirait le royaume d'Israël (2). Il était déjà dans le ciel, quand il fut prié par saint Etienne de vouloir bien recevoir son âme (3). Où est l'homme assez osé pour penser ou dire qu'il ne faut pas prier Jésus-Christ aujourd'hui qu'il est assis au plus haut des cieux, puisqu'on le priait lorsqu'il était sur la terre? qu'il ne faut pas prier Jésus-Christ aujourd'hui qu'il est immortel, puisqu'il fallait le prier quand il était mortel ? Ah ! mes très-chers frères, prions-le plutôt de vouloir bien résoudre lui-même cette difficulté, en faisant briller sa lumière dans nos coeurs, pour nous faire comprendre ce qu'il a voulu dire.

5. Je le pense, ces paroles: « De nouveau je vous verrai et votre coeur se réjouira, et  personne ne vous enlèvera votre joie », doivent se rapporter non pas au temps où, après sa résurrection, il leur donna sa chair à voir et à toucher (4), mais plutôt à ce temps dont il

 

1. Rom. VI, 9. — 2. Act. I, 6. — 3. Id. VII, 58. — 4. Jean, XX, 27.

 

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avait déjà dit : « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père, et je l'aimerai, et je me montrerai à lui (1) ». Déjà, en effet, Jésus-Christ était ressuscité, déjà il s'était montré dans sa chair à ses disciples, déjà il était assis à la droite du Père, quand l'apôtre Jean, dont nous expliquons l'Evangile, disait dans fine de ses épîtres : « Mes bien-aimés, maintenant nous sommes les enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'est point encore apparu ; nous savons que, quand il apparaîtra, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (2) ». Cette vision n'est pas pour cette vie, mais pour la vie future; elle est,non pas du temps, mais de l'éternité. « C'est », dit celui qui est la vie, «c'est vie éternelle, de vous connaître, vous, le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé (3) ». Au sujet de cette vision et de cette connaissance, l'Apôtre nous dit: «Nous ne voyons rien maintenant a que comme dans un miroir et sous des images obscures; mais alors nous verrons face à face. Maintenant je ne le connais qu'imparfaitement, mais alors je le connaîtrai comme :(je suis connu de lui (4)». Ce fruit de tout son travail, l'Eglise l'enfante aujourd'hui par ses désirs ; alors elle le produira en le voyant. Maintenant elle l'enfante en gémissant, alors elle le produira en se réjouissant; maintenant elle l'enfante en priant, alors elle le produira en louant. Et c'est un garçon ; car c'est à ce fruit de là contemplation que se rapportent toutes les oeuvres de l'action. Seul il est libre ; car il est désiré pour lui-même et il ne se rapporte à rien autre chose. C'est lui que sert toute action, c'est à lui que se rapporte tout ce qui se fait de bien, parce que le bien se fait pour lui; on n'entre en possession de lui, et on ne le possède que pour lui-même, et ce n'est point pour autre chose. Il est la fin qui nous doit suffire : il est donc éternel; car la seule fin qui puisse nous suffire est celle qui n'a pas de fin. C'est ce qui était inspiré à Philippe, lorsqu'il disait : « Montrez-nous le Père, et cela nous suffit ». En promettant de le lui montrer, le Fils lui fait la promesse de se montrer lui-même : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi (5) ? » C'est donc avec raison que nous entendons ces paroles : « Personne ne vous enlèvera

 

1. Jean, XIV, 21. — 2. I Jean, III, 2. — 3. Jean, XVII, 3. — 4. I Cor. XIII, 12, 13. — 5. Jean, XIV, 8, 10.

 

votre joie», la joie de l'objet qui nous suffit.

6. Parce que nous venons de dire, il nous est, ce me semble, possible de mieux saisir ces paroles : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez ». Ce peu de temps dont parle Notre-Seigneur, c'est tout l'espace qui renferme le temps présent. C'est pourquoi notre Evangéliste dit encore dans une de ses épîtres : « C'est la dernière heure (1) ». Et ce que Notre-Seigneur ajoute : « Parce que je vais à mon Père », doit se rapporter à la première phrase : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus » ; et non pas à la seconde, où il dit : « et encore un peu de temps et vous me verrez ». Dès lors qu'il devait aller au Père, ils ne devaient plus le voir. Il ne dit donc pas qu'il devait mourir, et que jusqu'à sa résurrection il serait soustrait à leur vue ; mais il dit qu'il devait aller au Père ; ce qu'il fit après sa résurrection, lorsqu'après avoir conversé avec eux pendant quarante jours, il monta au ciel (2). Il dit donc « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus ». Et il ledit à ceux qui le voyaient corporellement, parce qu'il devait aller au Père, et qu'ils ne le verraient plus comme homme mortel, et tel qu'il était lorsqu'il leur disait ces choses. Quant à ce qu'il ajoute : « Et encore un peu de temps, et vous me verrez », c'est à toute l'Eglise qu'il le promet; comme c'est à toute l'Eglise qu'il a fait cette autre promesse : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (3) ». Le Seigneur ne retardera pas l'accomplissement de sa promesse : Encore un peu de temps, et nous le verrons, mais dans un état où nous n'aurons pas à le prier ni à l'interroger, parce qu'il ne nous restera rien à désirer ni rien de caché à apprendre. Ce peu de temps nous paraît long, parce qu'il n'est pas encore passé ; mais quand il sera fini, nous comprendrons combien il était court. Que notre joie ne ressemble donc pas à celle du monde dont il est dit : « Mais le monde se réjouira »; et néanmoins, pendant l'enfantement du désir de l'éternité, que notre tristesse ne soit pas sans joie; car, dit l'Apôtre : « Joyeux en espérance, patients en tribulations (5) ». En effet, la femme qui enfante, et à laquelle nous avons été comparés,

 

1. Jean, II, 18. — 2. Act. I, 3, 9. — 3. Matth. XXVIII, 20. —  4. Rom. XII,12.

 

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ressent plus de joie à mettre au monde un enfant, qu'elle ne ressent de tristesse à souffrir sa douleur présente. Mais finissons ici ce discours. Ce qui suit offre en effet une difficulté très-épineuse ; il faut ne pas le circonscrire dans le peu de temps qui nous reste, afin de pouvoir l'expliquer avec plus de loisir, s'il plait au Seigneur de nous en faire la grâce.

 

 

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