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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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CENT QUATRIÈME TRAITÉ.

SUR LES PAROLES SUIVANTES : « JÉSUS PARLA AINSI, ET AYANT LEVÉ LES YEUX AU CIEL IL DIT « PÈRE, L'HEURE EST VENUE, GLORIFIEZ VOTRE FILS, AFIN QUE LE FILS VOUS GLORIFIE ». (Chap. XVII, 1.)

 

LES SOUFFRANCES, SOURCE DE GLOIRE.

 

Tout ce que Jésus avait dit, fait et disposé à l'égard de ses Apôtres, n'avait pour but que de leur faire trouver la paix en lui, même au milieu de leurs épreuves. Pour terminer, il s'adresse à son Père, et il lui demande, puisque l'heure fixée par lui pour ses souffrances est venue, de donner à son humanité la gloire qu'elles lui mériteront.

 

1. Avant ces paroles, qu'avec l'aide de Dieu nous allons expliquer, Jésus avait dit : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi ». Ceci a trait non-seulement à ce qu'il venait de leur dire à l'instant, mais encore à tout ce qu'il leur avait dit, soit depuis le moment où il les avait choisis pour ses disciples, soit au moins depuis le moment où, après la cène, il avait commencé ce long et admirable discours. Il leur rappelle en effet la cause pour laquelle il leur a parlé il voulait leur faire rapporter à cette fin, ou bien tout ce qu'il leur avait dit jusqu'alors, ou bien, et surtout, les dernières paroles qu'il leur avait adressées avant de mourir pour eux, et depuis que le traître était sorti du saint banquet. Il leur rappela donc que la fin de tous ses discours, c'était qu'ils eussent la paix en lui ; c'est à elle que se rapportent toutes les circonstances de notre vie de chrétiens. Cette paix n'aura point de fin; mais elle doit être la fin de toutes nos pieuses intentions et de toutes nos actions. C'est pour elle que nous sommes munis des sacrements : (91) pour elle nous sommes instruits par se: oeuvres et ses discours admirables; pour elle nous avons reçu le gage de son Esprit; pouf elle nous croyons et espérons en lui; poux elle, enfin, nous sommes enflammés de son amour, autant qu'il nous en fait la grâce. C'est elle qui nous console dans toutes nos afflictions, qui nous délivre de toutes nos peines, c'est pour elle que nous supportons courageusement toutes les tribulations, afin qu'en elle nous régnions heureusement sans tribulation aucune. C'est avec raison que Notre-Seigneur à terminé par elle ces paroles qui, pour ses disciples encore peu éclairés, étaient des paraboles, et qu'ils devaient comprendre seulement après la venue du Saint-Esprit, qu'il leur avait précédemment promis, en ces termes : « Je vous ait dit ces choses lorsque j'étais encore au milieu de vous; mais le Saint-Esprit consolateur, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et il vous rappellera tout ce que je vous dis (1) ». Cette heure était assurément celle où il leur avait promis de ne plus parler en paraboles, mais de parler ouvertement du Père. Ces mêmes paroles de Jésus-Christ devaient cesser d'être des paraboles pour ceux qui les comprendraient, grâce à la révélation du Saint-Esprit. Cependant, quand le Saint-Esprit parlerait dans leur coeur, le Fils unique ne devait pas se taire, car il vient de dire qu'à cette heure il leur parlerait ouvertement du Père, et comme ils devaient comprendre désormais, ce ne serait plus pour eux des paraboles. Mais en cela même, c'est-à-dire dans la manière dont le Fils de Dieu et le Saint-Esprit, et même la Trinité tout entière qui opère indivisiblement, parlent au coeur des hommes spirituels, se trouve une parole pour ceux qui comprennent, et une parabole pour ceux qui ne comprennent pas.

2. Quand donc il leur eut déclaré pourquoi il leur avait dit toutes ces choses, quand il leur eut dit que c'était pour leur faire trouver la paix en lui, au moment où le monde les persécuterait; quand il les eut exhortés à avoir confiance , puisqu'il avait vaincu le monde, il se trouva avoir achevé ce qu'il avait à leur dire, il s'adressa dès lors à son Père, et commença à prier. L'Evangéliste, en effet, poursuit en ces termes : « Jésus

 

1. Jean, XI, 25, 26.

prononça ces paroles, et ayant levé les yeux au ciel, il dit : Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils ». Notre-Seigneur, Fils unique du Père et coéternel à lui, pouvait, dans sa forme d'esclave et par elle, prier en silence, s'il l'avait jugé nécessaire; mais il a voulu être auprès de son Père notre intercesseur, de manière toutefois à ne pas oublier qu'il était aussi notre maître. Par conséquent, la prière qu'il a faite pour nous, il l'a faite pour nous instruire. Car un si grand maître devait édifier ses disciples, non-seulement en leur adressant ses leçons, mais encore en priant son Père en leur faveur. Et si ces paroles étaient à l'avantage de ceux qui devaient les entendre prononcer, elles devaient être aussi avantageuses à nous qui devions les lire dans son Evangile. Ainsi donc, quand il dit : « Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils », il montre que le temps tout entier, et tout ce qu'il faisait ou laissait faire, était à la disposition de Celui qui n'est pas soumis au temps. En effet, tout ce qui doit arriver à n'importe quelle époque, a sa cause efficiente dans la sagesse de Dieu, en qui ne se trouve aucun temps. Gardons-nous donc de croire que cette heure soit venue, amenée par la fatalité; elle est venue uniquement par l'ordre de Dieu. La connexion des astres n'a pas non plus nécessité la passion de Jésus-Christ; loin de nous la pensée que les astres puissent forcer à mourir le Créateur des astres. Le temps n'a donc pas contraint Jésus-Christ à mourir; mais Jésus-Christ a choisi son temps pour mourir; car il a fixé avec le Père dont il est né en dehors du temps, le temps où il est né de la Vierge. C'est d'accord avec cette vraie et saine doctrine que l'apôtre Paul a dit : « Mais quand est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils (1) ». Dieu dit aussi par le Prophète : « Au temps favorable je t'ai exaucé, et au jour du salut je t'ai aidé (2) ». L'Apôtre dit encore : « Voici maintenant le  temps favorable, voici maintenant le jour du salut (3) ». Que Jésus dise donc : « Père, l'heure est venue » ; car, avec le Père, il a disposé toutes les heures ; c'est comme s'il disait : « Père, elle est venue », l'heure que nous avons fixée ensemble pour me glorifier à cause des hommes et devant les hommes, « glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie à son tour ».

 

1. Galat. IV, 4. — 2. Isa. XLIX, 8. — 3. II Cor. VI, 2.

 

92

 

3. A entendre quelques-uns, le Père a glorifié le Fils, en ce que, au lieu de l'épargner, il l'a livré pour nous (1). Mais si le Christ a été glorifié par sa passion, combien plus ne l'a-t-il pas été par sa résurrection ? Dans sa passion, en effet, son humilité se manifeste bien plus que sa gloire ; l'Apôtre lui-même s'en porte garant dans ce passage : « Il s'est humilié lui-même, en se rendant obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix ». Ensuite il continue et, au sujet de sa glorification, il dit : « C'est pourquoi aussi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père ». Voilà la glorification de Notre-Seigneur Jésus-Christ; elle a pris naissance dans sa résurrection. Dans le discours de l'Apôtre, il est question de son humilité depuis cet endroit : « Il s'est anéanti lui-même, acceptant la forme d'esclave », jusqu'à ces mots: « A la mort de la croix », et de sa gloire depuis ce passage : « C'est pourquoi aussi Dieu l'a exalté », jusqu'à ces mots : « Il est dans la gloire de Dieu le Père (2) » . Car, à examiner les exemplaires en langue grecque d'après lesquels on a fait la traduction latine, dans les Epîtres des Apôtres, à la place du mot latin Gloria, gloire, on lit en grec doxa : c'est la racine du verbe grec doxason , que l'interprète latin a traduit par le mot clarifica ; il aurait pu le traduire par celui de glorifica, qui signifie la même chose. Aussi, dans l'Epître de l'Apôtre où se trouve le mot

 

1. Rom. VIII, 32. — 2. Philipp. II, 7-11.

 

gloria, gloire, on aurait pu mettre claritas, manifestation; car alors la signification serait la même. Mais on n'a pas voulu s'écarter de la consonnance des mots ; comme du mot claritas vient le mot clarificatio , du mot gloria vient le mot glorificatio. Pour être honoré ou glorifié, le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ Homme, s'est d'abord anéanti dans sa passion ; car il ne serait pas ressuscité d'entre les morts, s'il n'était pas mort; ses abaissements lui ont mérité la gloire, et la gloire a été pour lui la récompense de ses abaissements; mais tout cela s'est fait dans sa forme de serviteur, car dans sa forme de Dieu, il a toujours été, il sera toujours la gloire. Bien plus, il n'a jamais été comme s'il ne l'était plus, et jamais il ne sera comme s'il ne l'était pas encore, mais sans commencement et sans fin il est toujours la gloire. Aussi, quand il dit : « Père, l'heure est venue, glorifiez votre Fils », il faut entendre ses paroles comme s'il disait : Voici l'heure de semer l'abaissement, ne différez pas d'amener le fruit de la gloire. Mais que veut dire ce qui suit : « Afin que votre Fils vous glorifie à son tour ? » Dieu le Père a-t-il, lui aussi, supporté l'abaissement de l'incarnation et de la passion, et devait-il être, en conséquence de cela, glorifié? Comment donc le Fils pouvait-il le glorifier, puisque sa gloire éternelle n'aurait pu ni paraître plus petite sous la forme humaine, ni être plus grande dans sa forme divine ? Mais je ne veux point traiter cette question dans ce discours, car je craindrais, ou de l'allonger trop, ou d'écourter la réponse.

 

 

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