TRAITÉ XII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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DOUZIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CET ENDROIT : " CE QUI EST NÉ DE LA CHAIR EST CHAIR », JUSQU’À : « MAIS CELUI QUI A FAIT LA VÉRITÉ VIENT A LA LUMIÈRE, AFIN QUE SES OEUVRES SOIENT MANIFESTÉES, PARCE QUE  C’EST EN DIEU QU’ELLES ONT ÉTÉ FAITES ». (Chap. III, 6-21.)

LA NAISSANCE SPIRITUELLE.

 

L’homme ne peut naître spirituellement qu’une seule, fois, comme il ne peut qu’une seule fois naître corporellement, Qu’il reçoive le baptême dans l’Eglise catholique, dans l’hérésie ou le schisme, peu importe pourvu qu’il soit soumis à Jésus-Christ. La naissance spirituelle est indispensable au salut, mais elle n’a lieu qu’autant qu’on se rapproche du Sauveur par l’humilité. Pour comprendre ce mystère, il faut croire à celui de l’Incarnation du Verbe. Le Verbe s’est humilié jusqu’à la mort, afin de nous élever jusqu’à la vie éternelle; mais tous ne participent point à sa rédemption, car il en est que leurs péchés empêchent de croire. Reconnaissons et confessons nos fautes, et nous arriverons à la foi et à la justification.

 

1. L’attention avec laquelle vous avez écouté le sujet que nous avons traité hier, me fait comprendre comment il se fait que vous soyez aujourd’hui si empressés et si nombreux. Cependant, si vous le trouvez bon, nous suivrons l’ordre accoutumé de ces lectures de l’Evangile, et nous vous en donnerons l’explication; après quoi votre charité apprendra ce que nous avons déjà fait, ce que nous espérons faire encore pour la paix de l’Eglise. Pour ce moment, que toute votre attention se porte sur le saint Evangile, que personne ne laisse divaguer ses pensées. En effet, si celui qui s’applique à le comprendre peut à peine y parvenir, celui qui se partage en une foule de pensées diverses, ne laissera-t-il pas échapper ce qu’il aura saisi? Votre charité se souvient que dimanche, dernier, dans la mesure du secours qu’il a plu à Dieu de nous donner, nous avons traité de la régénération spirituelle (1); nous vous avons fait donner encore une fois lecture du même passage, afin que ce qui n’a pas été dit alors, nous puissions, au nom de Jésus-Christ et avec l’aide de vos prières, vous le dire aujourd’hui.

2. On ne peut être régénéré spirituellement qu’une seule fois, comme on ne peut qu’une seule fois naître corporellement. Nicodème s’exprimait avec justesse, quand il disait à Notre-Seigneur, que l’homme devenu vieux ne peut rentrer dans le sein de sa mère et en sortir de nouveau. A la vérité, il ne parle que de l’homme devenu vieux, paraissant supposer que s’il était encore enfant, il serait

 

1. Voir le traité précédent.

 

à même de le faire. Or, il n’en est capable à aucune époque de sa vie, ni au temps de la plus tendre enfance, ni à l’âge le plus avancé, il ne peut rentrer dans le sein de sa mère, pour en sortir une seconde fois. Et comme les entrailles de la femme ne peuvent enfanter le même homme qu’une fois, ainsi pour la naissance spirituelle, le sein de l’Eglise ne peut la donner au même homme qu’une fois; aussi chacun ne peut recevoir qu’une fois le baptême. Que personne, cependant, ne dise: un tel est né dans l’hérésie, un tel dans le schisme; car, s’il vous en souvient, toute difficulté a été tranchée à cet égard par ce que nous vous avons dit au sujet des trois patriarches; le Seigneur a voulu s’appeler leur Dieu, non qu’il n’y ait eu d’autres patriarches, mais parce que eux seuls ont suffi à figurer parfaitement le peuple futur. Nous avons vu que le fils de la servante a été privé de l’héritage, et que le fils de la femme libre a été appelé à en jouir. Nous avons vu aussi qu’un fils de la femme libre a été déshérité, tandis qu’un fils de la servante a été constitué héritier. Né de la servante, Ismaël (1) est déshérité; né de la femme libre, Isaac (2) devient héritier; né de la femme libre, Esaü (3) est dépouillé de la succession paternelle; et les enfants de Jacob (4) nés de ses servantes lui succèdent dans ses biens. Ainsi, en ces trois patriarches apparaît en son entier l’image du peuple futur, et c’est avec justice que Dieu a dit: « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob; c’est là mon

 

1. Gen. XXI, 10. — 2. Id. XXV, 5. — 3. Id. XXVII, 35. — 4. Id. XLIX.

 

nom pour l’éternité (1) ». Pour le mieux comprendre, rappelons-nous la promesse faite à Abraham, cette promesse a été renouvelée à Isaac et à Jacob. Quelle a été cette promesse? « En votre race seront bénies toutes les nations (2) ». Abraham crut alors ce qu’il ne voyait pas encore, les hommes le voient et ils ferment les yeux. Ce quia été promis à un seul homme a reçu son accomplissement parmi les nations, et ceux-là se séparent de leur communion, qui refusent de voir ce qui s’est accompli. Mais à quoi leur sert de vouloir fermer les yeux sur ce fait éclatant? Bon gré, mal gré, ils le voient; il leur est impossible d’en nier l’évidence, elle frapperait les yeux même quand on ne voudrait pas les ouvrir.

3. Ce Nicodème, auquel répond le Sauveur, était du nombre de ceux qui croyaient en Jésus-Christ, et auxquels cependant il ne se fiait pas. Il y en avait, en effet, plusieurs auxquels Jésus Christ ne se fiait pas, bien que déjà ils crussent en lui. Voici le texte évangélique: « Plusieurs crurent en son nom, à la vue des miracles qu’il opérait. Mais Jésus ne se fiait pas à eux; et il n’avait pas besoin que personne lui rendît témoignage d’aucun homme; car il savait ce qui était dans l’homme (3)». Voilà donc des hommes qui déjà croyaient en Jésus-Christ, et à qui il ne se fiait pas. Pourquoi? Parce qu’ils n’étaient pas encore régénérés dans l’eau et le Saint-Esprit. C’est le motif qui nous a portés déjà et qui nous porte encore à exhorter nos fières les catéchumènes à ne pas différer leur baptême. Car, si tu les interroges, tu verras qu’ils croient déjà en Jésus-Christ ; mais comme ils n’ont pas encore reçu la chair et le sang de Jésus-Christ, il ne se fiait pas encore à eux. Qu’ont-ils à faire pour que Jésus-Christ se fie à eux? Qu’ils renaissent de l’eau et du Saint-Esprit. L’Eglise les a engendrés, qu’elle les mette au monde. Déjà ils sont conçus, qu’ils apparaissent à la lumière, l’Eglise a des mamelles qui les nourriront; qu’ils ne craignent pas d’être étouffés après leur naissance; qu’ils ne s’éloignent pas du sein maternel.

4. Aucun homme ne peut rentrer dans le sien de sa mère pour en sortir à nouveau; mais quelqu’un, je ne sais qui, est-il né de la servante? Est-ce que les enfants que les patriarches ont eus autrefois de leurs servantes

 

1. Exod. III, 6, 15. — 2. Gen. XXII, 18. — 3. Jean, II, 23-25.

 

sont rentrés dans le sein des femmes libres, pour naître une seconde fois? Ismaël lui-même est venu d’Abraham, et si ce patriarche a eu le pouvoir de se donner un fils par l’intermédiaire de la servante , c’est l’épouse qui le lui donne. C’est l’époux qui engendre Ismaël, sinon de son épouse, du moins d’après son consentement (1). Est-ce pour être né de la servante qu’Ismaël s’est vu déshérité? Mais, s’il avait été déshérité en raison de sa naissance, aucun enfant de servante n’aurait été admis à l’héritage. Les enfants de Jacob ont hérité de leur père; quant à Ismaël, s’il a été déshérité, ce n’est point parce qu’il est né de la servante, c’est à cause de son orgueil envers sa mère et envers le fils de sa mère. Car Sara était sa mère bien plus qu’Agar. L’une a prêté son sein , l’autre a donné son consentement Abraham n’eût pas agi sans le consentement de Sara; Ismaël est donc plutôt le fils de Sara, que celui d’Agar. Mais parce qu’il a été orgueilleux envers son frère, et orgueilleux en jouant avec lui, c’est-à-dire en se jouant de lui, que dit Sara? « Chasse la servante et son fils; car le fils de la servante ne sera pas héritier avec mon fils Isaac (2) ». Ce n’est donc pas sa naissance de condition servile, mais son orgueil qui l’a fait déshériter; eût-il été libre, il lui suffisait d’être orgueilleux pour devenir esclave, et, qui pis est, pour devenir esclave d’une méchante maîtresse, de l’orgueil. C’est pourquoi, mes frères, à celui qui vous demanderait si un homme peut naître de nouveau, répondez hardiment: Non. Toute réitération est un jeu, toute réitération est une tromperie. Ismaël joue; chassez-le. Sara les ayant vus jouer ensemble, dit à Abraham: « Chasse la servante et son fils ». Ce jeu des enfants déplut à Sara; sans doute elle aperçut dans ce jeu quelque nouveauté les mères ne désirent-elles pas voir jouer leurs enfants? Celle-ci les vit jouer, et elle désapprouva leur jeu. J’ignore ce qu’elle vit en ce jeu, elle y vit quelque tromperie, elle remarqua l’orgueil du fils de la servante, il lui déplut et elle le lit chasser. Les enfants des servantes sont chassés lorsqu’ils sont méchants. Ainsi en est-il encore d’Esaü, le fils de la femme libre. Que personne donc ne se rassure en s’appuyant sur ce prétexte, qu’il est né d’un homme de bien ou qu’il a

 

1. Gen. XVI, 2-4. — 2. Id. XXI, 9, 10.

 

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été baptisé par un saint. Celui qui a été baptisé par un saint doit craindre d’être, non pas un Jacob, mais un Esaü. Aussi, mes frères, je vous le dis: il vaut mieux recevoir le baptême de la part d’hommes esclaves de leurs intérêts et amateurs du monde (ce que signifie le nom de servante), et rechercher en esprit l’héritage de Jésus-Christ, afin de ressembler aux enfants que Jacob a eus de ses servantes, que d’être baptisé par des saints et mériter par son orgueil d’être rejeté comme le fut Esaü, bien qu’il fût né d’une femme libre. Mes frères, retenez-le bien, nous ne vous caressons pas. Ne mettez pas en nous votre espérance, nous ne flattons ni vous ni nous; car chacun de nous porte sa besace. Notre devoir est de vous dire la vérité, pour ne point subir un jugement sévère; le vôtre est de nous écouter, et de nous prêter l’oreille de votre coeur, pour ne pas avoir à rendre compte de ce que nous vous communiquons; ou plutôt, que. ce compte, quand on vous le demandera, se trouve être à votre avantage, au lieu de se trouver à votre détriment.

5. Le Seigneur réplique à Nicodème par une exposition plus développée du mystère : « En vérité, en vérité, je te le dis : si quelqu’un ne renaît de l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». C’est la naissance charnelle que tu as en vue, quand tu dis: « Un homme peut-il rentrer dans le sein de sa mère et en sortir à nouveau? » Pour entrer dans le royaume de Dieu, il faut naître par l’eau et le Saint-Esprit. Pour qu’un homme succède à un autre homme, à son père, dans la possession de ses biens temporels, il doit nécessairement naître d’une mère charnelle mais celui qui veut posséder l’héritage éternel de Dieu, de son Père céleste, il lui faut puiser la vie dans le, sein de l’Eglise. C’est par l’intermédiaire de son épouse qu’un père sujet à la mort engendre le fils destiné à lui succéder un jour. Dieu engendre par l’Eglise des enfants destinés, non pas à lui succéder, mais à demeurer éternellement avec lui. Le Christ ajoute : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui u est né de l’Esprit est esprit ». Nous naissons donc selon l’Esprit, et cette naissance spirituelle provient de sa parole et du sacrement. Le Saint-Esprit intervient pour nous faire naître, et si le Saint-Esprit intervient d’une manière invisible pour te faire naître, la raison en est que ta naissance même est invisible. C’est pourquoi Jésus-Christ continue et dit: « Ne sois pas étonné de ce que j’ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau ; l’Esprit souffle où il veut, et tu entends sa voix; mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va ». Personne ne voit l’Esprit, mais comment entendons-nous sa voix? Le Psalmiste nous parle, c’est l’Esprit qui nous parle ; nous entendons l’Evangile, c’est la voix de l’Esprit qui retentit à nos oreilles. « Tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va ». Si tu nais de l’Esprit, il en arrivera de même de toi; et celui qui ne sera pas encore né de l’Esprit ne saura ni d’où tu viens, ni où tu vas. Voilà bien ce que dit ensuite Notre-Seigneur : « Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’Esprit».

6. « Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il se faire? » Toujours des idées charnelles ; il ne comprenait pas. En lui se vérifiait ce qu’avait dit le Seigneur; il entendait la voix de l’Esprit, sans savoir ni d’où il venait, ni où il allait. « Jésus lui dit : Tu es maître en Israël, et tu ignores ces choses !» Hé quoi ! mes frères, penserons-nous que le Seigneur ait voulu insulter ce docteur des Juifs? Le Seigneur savait ce qu’il faisait; il voulait le faire naître de l’Esprit. Nul, à moins d’être humble, ne naît de l’Esprit. C’est, en effet, l’humilité qui nous fait naître de l’Esprit, et le Seigneur est près de ceux qui ont le coeur brisé (1). Nicodème était fier de sa qualité de maître en Israël ; il se croyait un personnage d’importance parce qu’il était docteur en Israël ; Jésus-Christ abaisse son orgueil afin de le faire naître selon l’Esprit; il se moque de lui comme s’il n’était qu’un ignorant, sans vouloir néanmoins paraître supérieur à lui. Qu’y aurait-il de si étonnant en cela? D’un côté, un Dieu; de l’autre, un homme; d’un côté, la vérité; de l’autre, le mensonge. Doit-on penser, croire et dire que le Christ fut purs que Nicodème? Dire que le Christ soit supérieur aux anges, ne serait-ce pas ridicule? Il est incomparablement au-dessus de toute créature, Celui qui a fait toutes les créatures. Mais Jésus-Christ veut mettre à bout l’orgueil de l’homme: « Tu es maître en Israël, et tu ignores ces choses? » C’était lui dire : Tu vois bien que tu ne sais rien, docteur orgueilleux; mais donc

 

1. Ps.XXXIII, 19.

 

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de l’Esprit, alors seulement tu marcheras dans la voie de Dieu et tu imiteras l’humilité du Christ. Il est si élevé au-dessus des anges que, « ayant la forme de Dieu, il a pu sans usurpation s’estimer son égal, et qu’il s’est néanmoins anéanti en prenant la forme d’esclave, en se rendant semblable aux hommes; et, reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui, il s’est humilié lui-même et il est devenu obéissant jusqu’à la mort»; et pour que tu n’imagines pas un genre de mort digne d’envie, il ajoute : « Et jusqu’à la mort de la croix (1)». Il était attaché à la croix, et on l’insultait. Il pouvait descendre de la croix, mais il différait de le faire, afin de sortir glorieux du sépulcre. Comme maître, il a supporté l’insolence de ses serviteurs; comme médecin, il a supporté celle de ses malades. Si telle a été sa manière d’agir, quelle doit être celle des hommes, pour qui c’est une obligation de naître du Saint-Esprit ? Comment doivent-ils se conduire, quand le maître, non-seulement des hommes, mais des anges, leur a donné lin pareil exemple? En effet, ce que savent les anges, ils l’ont appris du Verbe de Dieu cherchez à savoir qui est-ce qui les a instruits, et l’Evangile vous dira: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et de Verbe était Dieu (2) ». Voilà qui ôte à l’homme sa tête, mais sa tête dure et rebelle, pour lui en donner une qui se courbe sous le joug du Christ, joug dont il est dit : « Mon joug est doux et mon fardeau est léger (3) ».

7. Le Sauveur ajoute : « Si lorsque je vous «ai dit des choses de la terre, vous ne m’avez pas cru, quand je vous dirai des choses du ciel, comment me croirez-vous? » Mes frères, quelles choses terrestres le Sauveur leur a-t-il dites? « Si quelqu’un ne naît une  seconde fois »; est-ce là une chose de la terre? «L’Esprit souffle où il veut, et tu entends sa voix, et personne ne sait ni d’où il vient, ni où il va »; est-ce là une chose de la terre? Voulait-il parler du vent, comme quelques-uns l’ont déclaré lorsqu’on leur demandait ce que le Sauveur avait pu dire de terrestre d’après ces paroles : « Si lorsque je vous ai dit des choses de la terre vous ne m’avez pas cru, quand je vous dirai des choses du ciel, comment me croirez-vous? » En effet, quand on a demandé à certains

 

1. Philipp. II, 6-8. — 2. Jean, I, 1. — 3. Matth. XI, 30.

 

hommes ce que le Sauveur a pu dire de terrestre, ils se sont trouvés embarrassés t ils ont prétendu qu’il avait fait allusion au vent dans ces paroles : « L’esprit souffle où il veut, et tu entends sa voix; mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va ». Dans son entretien avec Nicodème, qu’a-t-il dit qui ait trait à la terre? Il parlait de la naissance spirituelle; puis il a ajouté : « Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’esprit ». En outre, mes frères, lequel d’entre nous ne s’aperçoit point, par exemple, que le vent se dirige du Midi à l’Aquilon, ou qu’il va de l’Orient à l’Occident? Dès lors, comment peut-il se faire que nous ne sachions ni d’où il vient, ni où il va? Qu’a donc dit le Christ en fait de choses terrestres, que les hommes ne voulaient pas croire? Est-ce l’allusion qu’il a faite à son corps, à ce temple qu’il devait rétablir en trois jours? Ce corps, en effet, il l’avait reçu de la terre, et c’était cette terre qu’il avait prise dans un corps terrestre qu’il se disposait à ressusciter. Or, cette résurrection de la terre, on ne croyait pas qu’il l’opérerait. « Si, lorsque je vous ai dit des choses de la terre, vous ne m’avez pas cru, quand je vous dirai des choses du ciel, comment me croirez-vous? » C’est-à-dire, si vous ne croyez pas que je puisse relever le temple de mon corps quand vous l’aurez détruit, comment croirez-vous que les hommes puissent être régénérés par le Saint-Esprit?

8. Il ajoute : « Et personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel ». Ainsi, Jésus-Christ était sur la terre et il était au ciel; sur la terre par son corps, au ciel par sa divinité, ou plutôt en tous lieux par sa divinité. Il était sorti du sein de sa mère, sans quitter celui de son Père. Car il y a deux naissances en Notre-Seigneur, l’une divine et l’autre humaine, l’une qui nous donne la vie, l’autre qui nous la rend: naissances également admirables, puisque l’une s’effectue sans mère, et l’autre sans père. Comme il tenait son corps d’Adam, vu que Marie venait d’Adam; comme, d’ailleurs, c’était le même corps qu’il devait ressusciter, il avait dit quelque chose de terrestre en prononçant ces paroles : « Détruisez ce temple, et je le « rétablirai dans l’espace de trois jours (1). Mais il avait dit quelque chose de céleste,

 

1. Jean, II, 19.

 

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quand il avait dit: « Si l’homme ne renaît de l’eau et de l’Esprit, il ne verra pas le royaume de Dieu (1)». Mes frères, Dieu a voulu devenir le Fils de l’Homme et il a voulu que les hommes devinssent les enfants de Dieu. Il est descendu à cause de nous; à notre tour montons à cause de lui. Car nul ne monte ni ne descend, que celui qui a dit: « Personne ne monte au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel ». Ceux qu’il fait enfants de Dieu ne monteront-ils pas au ciel? Ils y monteront, nous n’en pouvons douter; car voici ce qui nous a été promis : « Ils seront comme les anges de Dieu (2) ». Alors comment se fait-il que personne n’y monte, si ce n’est celui qui en est descendu? C’est que, comme un seul en est descendu, un seul doit y monter. Que dire des autres? Qu’en penser? sinon qu’ils lui seront unis comme ses membres , et qu’en un sens il sera seul pour monter au ciel? Aussi, il ajoute : « Personne ne monte au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’Homme qui est au ciel ». Tu es surpris qu’il ait été en même temps sur la terre et dans le ciel? Il a accordé le même privilège à ses disciples. Ecoute l’apôtre Paul; voici comme il s’exprime: « Notre conversation est dans le ciel (3) ». Bien qu’il fût un homme et qu’il vécût sur la terre dans un corps mortel, l’apôtre Paul avait néanmoins sa conversation dans le ciel; et le Dieu du ciel et de la terre ne pourrait être en même temps dans le ciel et sur la terre?

9. Si donc personne que Jésus-Christ n’est descendu du ciel et n’y remonte, quelle espérance ont les autres? Leur espérance est fondée sur ce fait que le Christ est descendu du ciel pour que tous les hommes ne fissent qu’un en lui et avec lui, pour être à même d’y monter par lui. L’Apôtre fait cette remarque : « L’Ecriture ne dit pas : Et ceux qui naîtront, comme si elle avait voulu en marquer plusieurs; mais elle dit, comme en parlant d’un seul : Celui qui naîtra de toi, qui est le Christ». Puis il dit aux fidèles: « Vous êtes du Christ; si vous êtes du Christ, donc vous êtes la race d’Abraham (4) ». En parlant d’un seul, le Sauveur a parlé de nous tous. C’est pourquoi, dans les psaumes, tantôt plusieurs chantent, et en cela nous devons

 

1. Jean, III, 5— 2. Matth. XXII, 30.— 3. Philipp. III, 20. — 4.Galat. III, 16, 29.

 

reconnaître la pluralité dans l’unité; tantôt un seul chante, pour marquer l’unité dans la pluralité. C’est pour la même raison qu’un seul malade a été guéri à la piscine de Bethsaïda (1), tandis qu’aucun des autres n’y retrouvait la santé. Cette unique personne est le symbole de l’unité de l’Eglise. Malheur aux ennemis de l’unité,à ceux qui se forment des partis parmi les hommes! Qu’ils écoutent l’Apôtre : il veut ne faire qu’un seul en un seul, et pour un seul; qu’ils l’écoutent quand il dit : Gardez-vous de vous faire plusieurs. « C’est moi qui ai planté, Apollo a arrosé; mais c’est Dieu qui a donné l’accroissement. Celui qui plante n’est rien, non plus que celui qui arrose, mais c’est Dieu qui donne l’accroissement (2) ». Ils disaient : « Moi je suis à Paul, moi à Apollo, moi à Céphas »; et il répondait : «Jésus-Christ est-il divisé (3)? » Soyez en un seul, soyez une seule chose, soyez un seul. « Personne ne monte au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel ». Mais nous ioulons être à vous, disaient-ils à Paul; et il leur répondait : Je m’y refuse, ne soyez pas à Paul; mais soyez à celui à qui Paul est avec vous.

10. Car il est descendu et il est mort, et par sa mort il nous a délivrés de la mort. Au moment où la mort le tuait, il la tuait lui-même. Vous le savez, mes frères, c’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde. « Dieu n’a pas fait la mort », dit l’Ecriture, « et», ajoute-t-elle, « il ne se réjouit pas de la perte des vivants ; car il a créé toutes choses afin qu’elles soient (3) ». Mais qu’ajoute le sage ? « C’est par un effet de l’envie du diable que la mort a fait son entrée dans le monde (4)». L’homme n’aurait pu être amené par la force à prendre le breuvage de la mort, que le diable lui avait proposé, car le diable n’avait pas le pouvoir de le violenter; il n’avait rien que celui de le persuader par la ruse. Si tu n’avais pas donné ton consentement à ses suggestions, il ne t’aurait pas fait de mal, mais parce que tu y as cédé, ô homme, tu as été condamné à mourir. Nous sommes nés mortels d’un père mortel; d’immortels que nous étions nous sommes devenus sujets à la mort. Par Adam, tous les hommes sont condamnés à la mort; mais Jésus, Fils de Dieu, Verbe de Dieu, par qui

 

1. Jean, V, 4. — 2. I Cor. III, 6, 7.—3. Id. I, 12, 13. — 4. Sag. I,13, 14. — 5. Id. II, 24.

 

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toutes choses ont été faites, le Fils unique et l’égal du Père, s’est fait homme mortel, parce que le Verbe s’est fait chair et qu’il a habité parmi nous (1).

11. Jésus-Christ s’est donc revêtu de la mort et il l’a attachée à la croix, et par cette mort, il délivre ceux qui y sont sujets. Ce mystère avait été représenté en figure chez  les anciens, et Notre-Seigneur y fait allusion au saint Evangile. «De même», dit-il, «que Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ». Mystérieuse annonce de l’avenir; tous ceux qui l’ont lue la comprennent. Toutefois, écoutez-en le récit, vous tous qui ne l’avez pas lue ou qui, après l’avoir lue ou entendue, en avez perdu le souvenir. Dans le désert, Israël  tout entier gisait, à terre, victime de la morsure de serpents. Une multitude innombrable d’hommes tombaient sous les coups de la mort, car Dieu frappait durement son peuple, pour le corriger. Alors se manifesta l’admirable symbole de ce qui devait arriver un jour. Notre-Seigneur lui-même y fait allusion dans la leçon d’aujourd’hui, et personne n’a le droit de l’interpréter autrement que ne le fait la Vérité même, ni, par conséquent, de l’appliquer à d’autres qu’à elle. Le Seigneur dit donc à Moïse de faire un serpent d’airain, de le placer sur un bois élevé dans le désert et de recommander aux Israélites de porter leurs regards sur ce serpent attaché au bois, s’ils venaient à être mordus par un serpent vivant. Ses ordres turent accomplis. Dès que les hommes étaient mordus, ils jetaient les yeux sur le serpent d’airain, et ils étaient guéris (2). Que représentent les serpents et leurs morsures ? Les péchés enfantés par la corruption de la chair. Que représente le serpent élevé dans le désert? Notre-Seigneur mort sur la croix. Comme la mort venait des serpents, elle a été représentée sous l’emblème d’un serpent. La morsure d’un serpent donnait la mort, la mort de Notre-Seigneur donne la vie. On jetait les yeux sur te serpent, afin que le serpent fût inoffensif. Qu’est-ce à dire? Pour que la mort n’ait sur nous aucun pouvoir, il nous faut regarder la mort; la mort de qui? La mort de la vie; oui, la mort de la vie, si l’on peut s’exprimer ainsi, et précisément parce qu’on

 

1. Jean, I, 13, 14. — 2. Nomb. XXI, 6-9.

 

peut s’exprimer de la sorte, c’est un admirable langage. Mais pourquoi ne pourrait-on pas dire ce qui a pu se faire? Eh quoi! craindrais-je de dire ce que Jésus-Christ a daigné faire pour moi ? Jésus-Christ n’était-il pas la vie ? Et cependant il a été attaché à la croix. Jésus-Christ n’était-il pas la vie? Et cependant il est mort. Mais dans la mort de Jésus-Christ, la mort a trouvé la sienne, parce qu’en mourant, la vie a tué la mort, la plénitude de la vie l’a engloutie, elle a été anéantie dans le corps de Jésus-Christ. C’est ce que nous dirons nous-mêmes au moment de notre résurrection, lorsque dans notre triomphe nous nous écrierons : « O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon ? » Cependant, mes frères, pour être guéri du péché, jetons les yeux vers Jésus-Christ en croix, puisque selon sa parole: « comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne meure pas, mais qu’il ait la vie éternelle ». De même que la morsure des serpents était de nul effet pour ceux qui regardaient le serpent d’airain, ainsi le péché n’a rien de dangereux pour ceux qui considèrent des yeux de la foi le Christ mourant. Dans le désert, les Juifs n’étaient préservés que de la mort du temps, ni ramenés qu’à une vie fugitive; mais le Christ est mort, pour que les hommes aient la vie éternelle. Telle est, en effet, la différence qui se trouve entre la réalité et la figure, entre la figure qui donnait la vie du temps et la réalité qu’elle symbolisait et qui procure la vie éternelle.

12. « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde, pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui ». Ainsi le médecin s’approche du malade, pour lui rendre, autant que possible, la santé. Mais le malade se donne à lui-même la mort, s’il refuse d’observer les prescriptions du médecin. Le Sauveur est venu en ce monde; pourquoi l’appelle-t-on Sauveur du monde, si ce n’est qu’il est venu pour sauver le monde et non four le juger? Tu refuses te salut qu’il t’apporte ? Tu seras jugé d’après ta conduite. Que dis-je, tu seras jugé ? Ecoute ce que dit Jésus : « Qui croit en lui ne sera point jugé; mais qui n’y croit pas », à ton avis que va-t-il dire? Il sera jugé? Non; « il est déjà jugé ». Le jugement n’a pas encore paru,

 

1. I Cor. XV, 54, 55.

 

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mais le jugement est déjà rendu. Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent, il connaît ceux qui sont destinés à recevoir la couronne et ceux qui doivent être jetés dans les flammes; il sait quel est le froment qui se trouve dans son aire, il sait aussi quelle est la paille, il distingue entre le bon grain et l’ivraie. Celui qui ne croit pas est déjà jugé. Pourquoi? « Parce qu’il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu ».

13. « Or, voici le jugement : la lumière est venue en ce monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière; car leurs oeuvres étaient mauvaises». Mes frères, où sont ceux dont le Seigneur trouve les oeuvres bonnes? Nulle part; car il a trouvé mauvaises les oeuvres de tous. Comment donc y en a-t-il eu pour agir selon la vérité et venir à la lumière? Il y en a eu, puisque le Sauveur ajoute : « Mais celui qui accomplit la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient manifestées parce qu’elles sont faites en Dieu ». Comment certains hommes ont-ils opéré le bien, de façon à venir à la lumière, c’est-à-dire à Jésus-Christ? Comment d’autres ont-il préféré les ténèbres? Car si Jésus-Christ trouve tous les hommes pécheurs, s’il les guérit tous de leurs péchés, si le serpent, figure du Sauveur mis en croix, guérissait ceux qui avaient été mordus, si enfin le serpent n’a été élevé qu’en raison de ta morsure des serpents, c’est-à-dire si le Seigneur est mort pour les hommes trouvés par lui dans le péché et condamnés à mourir, quel sens donner à ces paroles: « Voici leur jugement; la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises?» Qu’est-ce que cela? Quels sont ceux dont les oeuvres étaient bonnes? N’êtes-vous pas venu pour justifier des pécheurs? Mais, ajoute-t-il:

« Ils ont préféré les ténèbres à la lumière ». Là se trouve toute la force du raisonnement du Sauveur. Plusieurs, en effet, ont aimé leurs péchés, plusieurs les ont confessés; or, celui qui confesse ses péchés et s’en accuse, commence à agir conjointement avec Dieu. Dieu accuse tes péchés; si tu en fais autant, tu te joins à lui. Il y a en nous comme deux choses distinctes : l’homme et le pécheur. Comme homme, nous sommes l’ouvrage de Dieu; comme pécheurs, nous sommes notre propre ouvrage. Détruis ce que tu as fait, afin que Dieu sauve ce qu’il a créé. Il faut haïr en toi ton oeuvre et y aimer l’ouvrage de Dieu. Or, quand ce que tu as fait commencera à te déplaire, alors tu commenceras à faire le bien, puisque tu accuses tes mauvaises oeuvres. Le commencement du bien n’est autre chose que la confession du mal. Dès lors que tu fais la vérité, tu ne te trompes pas toi-même, tu ne te flattes pas, tu ne t’en fais pas accroire, lu ne dis pas : Je suis juste, alors que tu es pécheur et que tu commences seulement à faire la vérité. Mais tu viens à la lumière, afin que tes oeuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu. Car ton péché te déplaît; mais il ne te déplairait pas, si la lumière de Dieu ne t’éclairait, et si la vérité ne te le montrait à découvert. Mais celui qui, même après cet avertissement, aime encore son péché, hait la lumière qui L’avertit; il s’en éloigne pour ne point entendre ses reproches an sujet des oeuvres mauvaises qu’il aime. Pour celui qui fait la vérité, il condamne ce qu’il y a de mal en lui, il ne s’épargne pas, il ne se pardonne pas; car il veut que Dieu lui pardonne. En effet, ce dont il désire le pardon de la part de Dieu, il le reconnaît ; il vient à la lumière et il lui rend grâce de lui avoir montré ce qu’il devait haïr en lui-même. Il dit à Dieu « Détournez vos yeux de mes péchés », et de quel front pourrait-il parler de la sorte s’il n’ajoutait aussitôt: « parce que je connais mon iniquité et que mon péché est toujours devant moi (1)? » Vois ce que tu désires que Dieu ne voie pas. Si tu rejettes derrière toi ton péché, Dieu le remettra devant tes yeux, et il choisira, pour le faire, le moment où il ne te servira plus de rien de t’en repentir.

14. Courez donc, mes frères, de peur que les ténèbres vous surprennent (2). Réveillez-vous pour opérer votre salut, réveillez-vous tandis que vous le pouvez ; que nul ne se montre lent à venir au temple de Dieu ; que nul ne se montre lent à faire l’oeuvre du Seigneur; que nul ne cesse de prier continuellement; que nul ne se relâche de sa dévotion accoutumée. Réveillez-vous, puisqu’il fait jour, le jour luit; ce jour, c’est Jésus-Christ. Il est prêt à excuser, ruais ceux qui s’accuseront; comme aussi à punir ceux qui se défendront, qui se vanteront d’être justes, qui se croiront quelque chose, quand ils ne sont

 

1. Ps. L, 11, 5. —  2. Jean, XII, 35.

 

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rien. Pour celui qui marche dans sa miséricorde et dans son amour, alors même qu’il est délivré des péchés graves et mortels, comme les crimes énormes, les homicides, les vols, les adultères, il rend hommage à la vérité en confessant les fautes légères qu’il a commises dans ses conversations, dans ses pensées, dans l'usage immodéré des choses permises. Aussi vient-il à la lumière par la pratique des bonnes oeuvres; car, en se multipliant,  les petits péchés donnent la mort à l'âme, si on n’y prend garde. Ce sont de petites gouttes d’eau qui alimentent le cours du rivières, Les grains de sable sont presque perceptibles; néanmoins, si vous en mettez une grande quantité sur les épaules d’un homme, ils le surchargent et l’écrasent. Ce que fait la violence des flots, l’eau qui s'infiltre dans la sentine peut le faire aussi,  quand on n'y porte pas remède; elles s'y introduit peut à petit; à force de s’y accumuler, sans jamais en sortir, elle finit par entraîner le navire dans l’abîme. Qu’est-ce que vicier la sentine, sinon empêcher par les bonnes oeuvres, les gémissements, les jeûnes, les aumônes, le pardon des injures, que nos péchés nous entraînent dans le précipice ? Le chemin de cette vie est difficile, il est hérissé d’obstacles. La prospérité peut y donner de l’orgueil, le malheur peut nous y abattre. Celui qui t’a départi les joies de la vie présente, le fait pour te consoler, et non pour te donner l’occasion de te corrompre. Par la même raison, celui qui te châtie en ce monde, le fait pour te corriger, et non pour te punir. Accepte les leçons de Dieu comme celles d’un père, afin qu’un jour il ne te punisse pas comme ton juge. Nous vous disons cela tous les jours, et il faut le dire souvent; car tout cela est bon et utile pour votre salut.

 

 

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