TRAITÉ CXVI
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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CENT SEIZIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CES PAROLES : « ALORS DONC, PILATE SAISIT JÉSUS ET LE FLAGELLA ». JUSQU'À CES AUTRES « OR, ILS PRIRENT JÉSUS ET L'EMMENÈRENT ». (Chap. XIX, 1-16.)

 

JÉSUS CONDAMNÉ A MORT.

 

Pour assouvir la rage des Juifs, Pilate fait flageller Jésus ; les Juifs redoublent de fureur : «  Il s'est dit le Fils de Dieu, il s'est fait roi : si tu l'acquittes, tu n'es pas l'ami de César ». A ces mots, le faible gouverneur craint pour sa place, et il livre le Christ à ses ennemis.

 

1. Les Juifs s'étaient écriés qu'ils voulaient voir Pilate leur délivrer, pour la Pâque, non point Jésus, mais Barabbas, le larron; non point le Sauveur, mais un meurtrier; non point le distributeur de la vie, mais celui qui l'avait enlevée à autrui. « Alors Pilate saisit Jésus et le flagella ». En cela, l'unique dessein de Pilate était, sans doute, d'assouvir la rage des Juifs par le spectacle de ses tourments, de les forcer ainsi à se déclarer satisfaits, et de les amener à ne point pousser la cruauté jusqu'à le faire mourir. Voilà pourquoi le même gouverneur permit encore à sa cohorte de faire ce qui suit. Peut-être aussi l'ordonna-t-il, quoique l'Evangéliste n'en dise rien. Il dit en effet ce que firent ensuite les soldats, mais il ne dit pas que Pilate l'ait ordonné. « Et les soldats », continue-t-il, « tressant une couronne d'épines la placèrent sur sa tête et ils l'enveloppèrent d'un vêtement de pourpre, et ils venaient vers lui et ils disaient : « Salut, roi des Juifs, et ils lui donnaient des soufflets ». Ainsi s'accomplissait tout ce que Jésus-Christ avait prédit de lui-même. Ainsi il formait les martyrs à supporter tout ce que les persécuteurs voudraient leur faire endurer. Ainsi, en voilant pour un temps sa puissance redoutable, il leur faisait d'avance imiter sa patience. Ainsi ce royaume, qui n'était pas de ce monde, triomphait du monde superbe, non par la force de ses armes, mais par l'humilité de ses souffrances. Ainsi ce grain qui devait multiplier était semé au milieu d'outrages horribles, pour fructifier au sein d'une gloire admirable.

2. « Pilate sortit de nouveau et leur dit : Voilà que je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucune cause en lui. Jésus sortit donc, portant une couronne d'épines et un vêtement de pourpre, et il leur dit : Voilà l'homme ». Il paraît par là que les soldats ne l'avaient pas ainsi traité à l'insu de Pilate; il l'avait commandé , ou du moins permis, à cette fin, comme nous l'avons indiqué plus haut, que ses ennemis bussent à longs traits ses outrages et n'eussent désormais plus soif de son sang. Jésus sort devant eux portant une couronne d'épines et un vêtement de pourpre ; il ne brillait pas de l'éclat du pouvoir, mais il apparaissait couvert d'opprobres, et on leur dit : « Voilà l'homme ». Si c'est au roi que vous portez envie, maintenant épargnez-le ; vous le voyez jeté à bas, il a été flagellé, couronné d'épines, revêtu d'un habit de théâtre; il a été moqué, accablé d'outrages amers et souffleté : son ignominie est complète, que votre colère s'apaise. Mais loin de s'apaiser, leur rage s'enflamme et prend de nouvelles proportions.

3. « Lors donc que les pontifes et les ministres l'eurent vu ils criaient : Crucifie ! Crucife-le ! Pilate leur dit: Prenez-le, et le « crucifiez, car je ne trouve point de cause en lui. Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon la loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu ». Voilà un second motif de haine bien plus grand que le premier. Car c'était peu de chose à leurs yeux, d'avoir illicitement osé se déclarer roi ; et cependant, dans les deux cas, Jésus n'a rien usurpé frauduleusement. On ne saurait en douter : il est le Fils unique de Dieu, et par Dieu il a été établi roi au-dessus de Sion sa montagne sainte; et l'un et l'autre seraient maintenant démontrés, s'il n'aimait mieux se montrer d'autant plus patient qu'il était plus puissant.

 

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4. Quand donc Pilate eut entendu cette parole, il craignit davantage et il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus . « D'où es-tu ? Mais Jésus ne lui donna point de réponse ». Ce silence de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'eut pas lieu qu'une seule fois. Si, en effet, nous comparons les récits de chaque évangéliste, nous verrons qu'il se produisit et chez les princes des prêtres, et chez Hérode, où, comme le raconte Luc, Pilate l'avait envoyé pour être interrogé, et chez Pilate lui-même (1). Ainsi se vérifiait la prophétie où il avait été dit de lui : « Comme l'agneau devant celui qui le tond reste sans voix, ainsi il n'a pas ouvert la bouche (2) ». Elle se réalisa évidemment quand il ne répondit pas à ceux qui l'interrogeaient. Quoiqu'il ait assez souvent répondu à certaines questions , cependant, à cause des circonstances où il n'a pas voulu répondre, il a été comparé à un agneau, afin que son silence le fit reconnaître non comme coupable, mais comme innocent. Toutes les fois que, dans le cours de son jugement, il a gardé le silence, c'est en qualité d'agneau qu'il n'a pas ouvert la bouche; en d'autres termes, s'il se taisait, ce n'était point comme un coupable qui se serait vu convaincre de ses crimes, mais comme un agneau plein de douceur immolé pour les péchés des autres.

5. « Pilate lui dit donc : Tu ne me parles point? Tu ne sais donc pas que j'ai le pouvoir de te crucifier et que j'ai le pouvoir de te renvoyer ? Jésus lui répondit : Vous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui m'a livré à vous a un plus grand péché ». Voilà qu'il répond; mais toutes les fois qu'il ne répond pas, il agit non pas à la manière d'un coupable ou d'un trompeur, mais à la manière d'un agneau, c’est-à-dire d'un homme simple et innocent qui n'ouvre pas la bouche. Aussi, quand ne répondait pas, il se taisait comme une brebis; quand il répondait, il enseignait comme un pasteur. Apprenons donc ce qu'il nous dit, et ce qu'il nous a encore enseigné par l'Apôtre : « Qu'il n'y a point de pouvoir qui ne vienne de Dieu (3) » ; et que celui qui, par envie, livre au pouvoir un innocent pour le faire mettre à mort, est plus coupable que le

 

1. Matth. XXVI, 63; XXVII, 14; Marc, XIV, 61; XV, 5; Luc, XXIII, 7-9;  Jean, XIX, 9. — 2.  Isa. LIII, 7. — 3. Rom. XIII, 1.

 

pouvoir lui-même, s'il le met à mort par crainte d'un pouvoir plus grand. Pilate avait reçu de Dieu son pouvoir, mais il était toujours sous la puissance de César. C'est pourquoi Notre-Seigneur lui dit : « Tu n'aurais contre moi aucun pouvoir », c'est-à-dire, si petit que soit celui que tu possèdes, « si ce pouvoir », quel qu'il soit, « ne t'avait été donné d'en haut ». Mais je sais ce qu'il est, il n'est pas grand au point de te rendre tout à fait indépendant; « c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi a un plus grand péché ». Celui-là, en effet, m'a livré à ton pouvoir par envie, et toi, tu n'exerces sur moi ce même pouvoir que par crainte. Sans doute, la crainte ne doit pas porter un homme à faire mourir son semblable , surtout quand celui-ci est innocent; mais c'est un plus grand mat de le faire mourir par envie que de le faire mourir par crainte. Aussi le Maître de vérité ne dit pas: « Celui qui m'a livré à toi »  a un péché, comme si, en cela, Pilate n'en avait pas lui-même; mais il dit : « Il a un plus grand péché », afin de lui faire comprendre qu'il en avait aussi un ; car ce péché n'est pas réduit à rien parce que l'autre est plus grand.

6. « Dès lors Pilate cherchait à le délivrer ». Que signifient ces mois « dès lors? » Ne l'avait-il pas déjà cherché auparavant ? Lis ce qui précède , et tu verras que dès auparavant il cherchait à renvoyer Jésus. Par ces mots : « dès lors », il faut entendre à cause de cela, c'est-à-dire, pour ne pas commettre le péché de mettre à mort l'innocent qui lui avait été livré, quoique son péché fût moindre que celui des Juifs, qui le lui, avaient livré pour le faire mourir. « Dès lors », c'est-à-dire, pour ne pas faire ce péché, « il cherchait », non-seulement depuis ce moment, mais depuis le commencement, « à le renvoyer ».

7. « Mais les Juifs criaient : Si vous le renvoyez, vous n'êtes pas ami de César, car quiconque se fait roi se déclare contre César ». En lui faisant peur de César, pour le décider à faire mourir Jésus-Christ, ils crurent inspirer à Pilate une frayeur plus grande qu'en lui disant : « Nous avons une loi, et d'après la loi il doit mourir, parce qu'il s'est fait le Fils de Dieu ».  Il  n'avait pas craint leur loi jusqu'à le mettre à mort; il craignit davantage le Fils de Dieu, qu'il ne voulait pas faire mourir. Mais il n'eut pas ici le courage de mépriser César, l'auteur de son pouvoir, (130) comme il avait méprisé la loi d'une nation étrangère.

8. L'Evangéliste continue en disant: «Mais Pilate ayant entendu ces paroles, conduisit Jésus dehors et s'assit à son tribunal, au lieu appelé Lithostrotos, en hébreu Gabbatha; or, c'était le jour de la préparation de la Pâque, environ vers la sixième heure ». Quant à l'heure où Notre-Seigneur fut crucifié , il se présente une grande difficulté à cause du témoignage d'un autre Evangéliste qui dit : « Il était la troisième heure et ils le crucifièrent (1) ». Lorsque nous en serons au passage où l'on raconte son crucifiement, nous la discuterons, comme nous pourrons, si Dieu nous en fait la grâce. Quand donc Pilate fut assis à son tribunal, « il dit aux Juifs : Voici votre roi ; mais ils criaient :  mort ! mort ! crucifie-le.          Pilate leur dit : « Je crucifierai donc votre roi ? » Il s'efforce encore de surmonter la crainte qu'ils lui ont inspirée en prononçant le nom de César; il essaie, en leur disant : « Je crucifierai donc votre roi? » de toucher par leur propre confusion ceux que n'a pu toucher l'ignominie de Jésus-Christ ; mais bientôt il se laisse vaincre par la,crainte.

9. Car « les pontifes répondirent: Nous n'avons de roi que César. Alors il le leur livra pour être crucifié ». En effet, il eût semblé aller ouvertement contre César, si au moment où les Juifs déclaraient n'avoir point d'autre roi que César, il eût voulu admettre un autre roi ; c'est ce qu'il aurait fait en renvoyant, sans le punir, un homme qu'on lui avait livré et dont on demandait la mort, précisément parce qu'il avait osé se dire roi. « Il le leur livra

 

1. Marc, XV, 25.

 

donc, afin qu'il fût crucifié ». Mais, tout à l'heure, désirait-il autre chose quand il leur disait : « Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez » ; ou bien encore : « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le selon votre loi ? » Pourquoi les Juifs refusèrent-ils alors si obstinément et dirent-ils : « Il ne nous est permis « de faire mourir personne (1)? » Pourquoi font-ils maintenant de si vives instances pour qu'il soit mis à mort, non par eux, mais par le président? Pourquoi refusaient-ils alors de l'accepter pour le mettre à mort, tandis que maintenant ils consentent à ce qu'il soit mis à mort? Ou bien, s'il n'en est pas ainsi, pourquoi est-il dit : « Alors il le leur livra pour qu'il fût crucifié ? » Y a-t-il quelque différence? Oui, il y en a une grande ; car il n'est pas dit: « alors il la leur livra pour qu'ils le crucifiassent; mais, pour qu'il fût crucifié » ; c'est-à-dire, pour qu'il fût crucifié en vertu du jugement et du pouvoir du président. L'Evangéliste nous dit qu'il leur fut livré, pour montrer qu'ils étaient complices du crime auquel ils s'efforçaient de se montrer étrangers; car Pilate n'eût pas agi ainsi, s'il n'avait vu que c'était là leur désir. Pour les paroles qui suivent : « Mais ils prirent Jésus et l'emmenèrent », elles peuvent se rapporter aux soldats, appariteurs du président ; car plus loin il est dit plus clairement : « Quand donc les soldats l'eurent crucifié ». Cependant, si l'Evangéliste attribue tout aux Juifs, c'est avec justice; car il est vrai de dire qu'ils ont pris eux-mêmes ce qu'ils ont demandé avec tant d'empressement, et qu'ils ont fait eux-mêmes ce qu'ils ont extorqué; mais nous traiterons ce qui suit dans un autre discours.

 

1. Jean, XVIII, 31. — 2. Id. XIV, 23.

 

 

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