TRAITÉ XXXVI
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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TRENTE-SIXIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CE PASSAGE : « VOUS JUGEZ SELON LA CHAIR; MOI, JE NE JUGE PERSONNE », JUSQU’À CET AUTRE : « JE RENDS TÉMOIGNAGE DE MOI-MÊME, ET LE PÈRE, QUI M’A ENVOYÉ, REND TÉMOIGNAGE DE MOI ». (Chap. VIII, 15-18.)

LE CHRIST, UN AVEC LE PÈRE.

 

Il y a deux natures en Jésus-Christ, mais les Juifs, qui jugent selon la chair, n’en reconnaissent qu’une. Le Sauveur ne les imite pas, il ne juge personne, il se montre miséricordieux jusqu’à la mort de la croix, et s’il juge il ne se trompe nullement, car son Père est avec lui. C’est là un mystère puisé par saint Jean dans le sein même de Dieu et qu’il est difficile de saisir; mais c’est une vérité catholique. Le Christ n’est donc pas seul, car, s’il est homme, il est en même temps Dieu, et, comme tel, une même chose avec le Père, inséparable de lui, quoique personne distincte; dès lors qu’il se rend témoignage, sa parole est vraie, puisqu'elle est la parole du Père et l’oracle de l’Esprit-Saint.

 

1. Des quatre Evangiles, ou plutôt des quatre livres du même Evangile, le plus levé et le plus sublime, à beaucoup près, est celui de Jean, Cet apôtre a été justement, et dans un sens spirituel, comparé à un aigle; aussi son livre a-t-il surpassé les trois autres, et en s’élevant au-dessus d’eux a-t-il lui-même voulu nous engager à porter haut nos affections. En effet, les autres Evangélistes semblaient marcher sur la terre avec Jésus-Christ considéré comme homme; mais Jean, en quelque sorte honteux de se traîner ici-bas, a élevé la voix à tel point que, dès le commencement de son écrit, il s’est placé, non-seulement au-dessus de la terre, de l’air et des astres, mais même au-dessus de l’armée des anges et de toutes les puissances invisibles établies de Dieu; il est ainsi arrivé jusqu’à Celui qui a créé toutes choses, car il a dit: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe ,était en Dieu, et le Verbe était Dieu. Tout a été fait par lui, et sans lui rien n’a été fait (1) ». Le reste de son Evangile est digne d’un si beau commencement. Comme un oiseau, il a pris son vol, et il a parlé de la divinité du Sauveur. Il n’a fait, en cela, que nous rendre ce qu’il avait puisé à la source de la vérité. Evidemment, il ne nous a pas sans raison raconté, en parlant de lui, dans son Evangile, qu’à la dernière Cène il avait reposé sur la poitrine du Seigneur (2). Appuyé sur le coeur de Jésus, il y puisait un secret breuvage; mais ce breuvage ignoré, il

 

1. Jean, I, 1-3. — 2. Id. XIII, 23.

 

nous l’a fait connaître en nous le distribuant. Il a enseigné à toutes les nations, non-seulement l’incarnation du Fils de Dieu, sa passion et sa résurrection, mais ce qu’il était avant de se faire homme: Fils unique du Père, son Verbe, coéternel à Celui qui l’a engendré, égal à Celui qui l’a envoyé, mais devenu, par son incarnation, inférieur à son Père et moins grand que lui.

2. Tout ce que vous avez entendu dire de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans un sens de faiblesse, appliquez-le donc à l’homme dont il s’est revêtu, à ce qu’il est devenu à cause de nous, et non à ce qu’il était quand il nous a créés. Mais si l’on vous dit de lui de grandes choses, des choses plus élevées que toutes les créatures, des choses divines; si vous lisez dans l’Evangile, ou si l’on vous avertit que, d’après ces pages sacrées, il est égal et coéternel au Père, comprenez-le bien, les passages placés sous vos yeux ont trait à la nature divine, et non à sa forme d’esclave. Tous ceux d’entre vous qui comprennent mes paroles, doivent observer cette manière d’interpréter l’Ecriture; tous ne les comprennent pas, mais c’est pour tous une obligation de croire ce qu’ils ne sont pas à même de saisir; en observant la règle d’interprétation que je viens de donner, vous marcherez comme au sein de la lumière, et vous repousserez sûrement les attaques mensongères d’hérétiques plongés dans les ténèbres. On a vu des hommes se borner à lire les passages de l’Evangile, relatifs aux abaissements du Sauveur, et [580] devenir sourds par rapport aux passages qui ont trait à sa divinité; leur surdité venait de la manière défectueuse dont ils entendaient les paroles évangéliques. D’autres n’ont fait attention qu’aux endroits où il s’agissait des grandeurs du Christ; aussi n’ont-ils pas cru au texte sacré même quand ils y ont lu que, par bonté pour nous, il s’est fait homme ; à leurs yeux, ces passages sont mensongers; une main étrangère les a interpolés dans l’Evangile. Le Seigneur Jésus, disaient-ils, était Dieu, mais il n’était pas homme. La croyance des uns était donc bien différente de celle des autres; et, néanmoins, les uns et les autres se trompaient. Pour l’Eglise catholique, elle soutient ce qu’il y a de vrai dans chacune de ces opinions, elle proclame ce qu’elle croit; elle sait reconnaître, dans le Sauveur, la divinité et l’humanité; car l’existence en lui des deux natures est réelle , et se trouve inscrite en toutes lettres dans l’Evangile. Si tu ne vois dans Jésus-Christ que le Dieu, tu refuses de reconnaître le moyen dont il s’est servi pour te guérir; à ne le considérer que comme un homme, tu lui dénies le pouvoir qui lui a servi à te créer. Ame fidèle, coeur catholique, reconnais donc en lui le Dieu et l’homme; reconnais-le, crois-le, avoue-le en toute sincérité. Oui, le Christ est en même temps Dieu et homme. Comment est-il Dieu? Il est égal au Père; il est une seule et même chose avec lui. Comment est-il homme? Il est né d’une Vierge, il s’est revêtu de notre chair mortelle, sans, toutefois, se revêtir de notre penchant au péché.

3. Quant aux Juifs, interlocuteurs de Jésus, ils voyaient en lui l’homme, mais ils ne comprenaient pas qu’il fût Dieu et ne le croyaient point tel; vous savez déjà, entre autres choses, qu’ils lui avaient dit: «Tu rends témoignage de toi-même; ton témoignage n’est pas véritable (1) ». Vous connaissez aussi la réponse du Sauveur, puisqu’on vous en a hier donné lecture, et que, dans la mesure de nos forces, nous l’avons expliquée. Aujourd’hui on nous alu ces autres paroles : « Vous jugez selon la chair ». Vous me dites: « Tu rends témoignage de toi-même, ton témoignage n’est pas véritable » Pourquoi me parlez-vous ainsi? Parce que «vous jugez selon la chair», parce que vous ne comprenez pas que je sois Dieu; parce que vous ne voyez en moi qu’un

 

1. Jean, VIII, 12.

 

simple homme, et qu’en persécutant mon humanité, vous faites injure à ma divinité cachée. Evidemment, « vous jugez selon la chair ». Parce que je rends témoignage de moi-même, vous me regardez comme un orgueilleux. Quiconque, en effet, veut parler de soi-même en termes élogieux, passe pour un homme rempli d’arrogance et d’orgueil; voilà pourquoi il est écrit : « Que tes louanges sortent, non pas de ta bouche, mais de celle de ton prochain (1) ». Cette leçon a été donnée à l’homme seulement, car nous sommes faibles, et nous parlons à des faibles; nous pouvons dire la vérité et le mensonge, et quoique notre devoir soit de parler le langage de la vérité, nous pouvons, néanmoins, aussi tenir un langage trompeur, si telle est notre volonté. Pour la lumière, elle est incapable de mentir; comment rencontrer les obscurités du mensonge au grand jour de la lumière divine? Jésus s’exprimait comme lumière, comme vérité; mais si la lumière brillait dans les ténèbres, les ténèbres ne la comprenaient point; aussi jugeaient-elles selon la chair. « Vous jugez selon la chair », leur dit-il.

4. « Moi, je ne juge personne ». Est-il bien vrai que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne juge personne? N’est-il pas celui-là même qui, de notre propre aveu, est ressuscité d’entre les morts le troisième jour, qui est monté au ciel, qui est assis à la droite du Père, d’où il viendra juger les vivants et les morts? N’est-ce point là notre croyance, cette croyance dont l’Apôtre a dit : « On croit de coeur pour obtenir la justice, et l’on confesse de bouche pour obtenir le salut (2)? » Quand nous faisons cette confession, contredisons-nous le Sauveur? Nous disons qu’il viendra juger les vivants et les morts, et lui nous dit : « Je ne juge personne ». Cette difficulté peut être résolue de deux manières ; ou bien ces paroles signifient : « Je ne juge personne » maintenant, selon ces autres: « Je ne suis point venu pour juger le monde, mais pour le sauver (3)»; et par là, il ne nie pas qu’il doive exercer le jugement; il le remet seulement à une époque plus éloignée; ou bien,. comme il avait dit : « Vous jugez selon la chair », il ajoute: «Je ne juge personne», sous-entendu selon la chair. Nous ne devons donc avoir dans le coeur aucun scrupule, aucune inquiétude

 

1.  Prov. XXVII, 2. — 2. Rom. X, 10. — 3. Jean, XII, 47.

 

581

 

à l’égard de la croyance que nous nourrissons et que nous professons sur le futur jugement du Christ. Il est venu en ce monde, d’abord pour le sauver, ensuite pour le juger; et son jugement consistera à condamner aux peines éternelles ceux qui n’auront pas voulu être sauvés, et à mettre en possession de la vie ceux qui n’auront point méprisé la grâce du salut. Le premier avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ a donc eu pour but de nous guérir, et non de nous juger; car s’il était venu d’abord pour exercer le jugement, personne n’aurait été trouvé digne de recevoir la récompense de la justice. Dès lors donc que nous lui avons tous apparu dans l’état du péché, et condamnés, sans exception, à la mort du péché, il lui a fallu exercer d’abord sa miséricorde, puis, ensuite, manifester sa justice; le Psalmiste, parlant de lui, avait dit en effet : « Seigneur, je chanterai votre miséricorde et votre justice (1)». L’Ecrivain sacré ne dit pas: votre justice et votre miséricorde ; car si la justice devait s’exercer avant la miséricorde, celle-ci ne se manifesterait jamais : elle doit donc venir la première; après elle seulement, la justice. Et comment test manifestée la miséricorde du Sauveur? Créateur de l’homme, il a daigné se faire homme; il est devenu sa propre créature afin de ne point laisser périr ce qu’il avait créé. Etait-il possible d’ajouter à cette bonté infinie? Oui, car il t’a poussée plus loin encore. C’était peu pour lui de s’être fait homme, il a voulu aussi être condamné par des hommes; non content d’être condamné par eux, il a consenti encore à être par eux déshonoré et, non-seulement à en être déshonoré, mais à se voir mis à mort, et non-seulement à mourir, mais à mourir de la mort de la croix. En nous parlant de l’obéissance du Christ, obéissance poussée jusqu’à la mort, l’Apôtre ne s’est pas contenté de dire : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort»; ce n’était pas une mort quelconque, car il a ajouté : « La mort de la croix (2) ». De tous les genres de mort, aucun n’a été plus affreux que celui-là. Aussi, lorsqu’un homme se tord dans les étreintes de douleurs atroces, on dit de lui qu’il souffre une sorte de crucifiement, par analogie avec le supplice de la croix. Et de fait, les malheureux attachés au bois de la croix mouraient d’une mort lente, effet tardif des blessures

 

1. Ps. C, 1. — 2. Philipp. II, 8.

 

qu’on leur faisait aux pieds et aux mains pour les clouer à leur gibet. Crucifier un homme, ce n’était pas le tuer; sur la croix il vivait longtemps, non pas qu’on voulût prolonger la durée de son existence, mais parce qu’on avait dessein de retarder sa mort pour lui faire atteindre moins vite le terme de ses douleurs. Le Sauveur a voulu mourir pour nous; nous disons trop peu : il s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la croix, et il a daigné se laisser crucifier. Il voulait détruire l’empire de la mort, et, pour cela, il a choisi le genre de mort le plus cruel, le dernier de tous; et par cette mort, de toutes les morts la plus infâme, il les a toutes détruites. Aux yeux des Juifs, elle occupait le dernier rang parmi les autres, mais ils n’en comprenaient pas le mystère, car elle était du choix du Sauveur. Sa croix devait être pour lui un symbole; il devait l’imprimer sur le front de ses disciples comme un signe du triomphe qu’il remportait sur le démon; c’est pourquoi l’Apôtre a pu dire: « Mais, pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, et par qui je suis crucifié pour le monde (1) ». Pour son corps, l’homme ne pouvait subir alors de plus insupportable supplice que celui de la croix; aujourd’hui, rien de plus glorieux que le signe de la croix imprimé sur son front. Quelle récompense réserve à ses serviteurs Celui qui a ainsi glorifié l’instrument de ses douleurs? Maintenant, enfin, les Romains ne condamnent plus à la croix leurs criminels, depuis que celle du Sauveur est honorée de tous; car l’éclat de sa gloire rejaillirait, ce semble, sur le coupable que l’on crucifierait. Dans son premier avènement, le Christ n’a donc jugé personne, et il a supporté les méchants. Il a souffert un injuste jugement, afin de rendre le sien avec justice; mais précisément parce qu’il a été victime de l’injustice, il s’est montré miséricordieux. En s’abaissant jusqu’à la mort de la croix, il a différé d’exercer sa puissance, mais il a manifesté hautement sa bonté. Et comment a-t-il différé l’exercice de sa puissance? En ce que, attaché à l’arbre de la croix, il n’a pas voulu en descendre, quoique ensuite il ait pu sortir vivant du tombeau. Comment a-t-il montré sa miséricorde ?

 

1. Galat. VI, 14.

 

582

 

En ce que sur la croix il s’est écrié « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font (1) ». Il a donc dit: «  Moi, je ne juge personne », en ce sens qu’il n’était point venu juger le monde, mais le sauver; ou bien, comme j’en ai fait la remarque, il a prononcé ces paroles: « Moi, je ne juge personne », par allusion et opposition à celles-ci: « Vous jugez selon la chair », d’où nous devons conclure que le Christ ne juge pas selon la chair, c’est-à-dire de la même manière que les hommes l’ont jugé.

5. Remarquez, en effet, que le Christ exerce déjà la judicature, et pour cela, écoutez ce qui suit : « Et si je juge, mon jugement est véritable ». En lui, tu as déjà un juge mais reconnais-le comme ton Sauveur, et tu n’éprouveras point la sévérité de ses jugements. Et pourquoi a-t-il affirmé que son jugement est véritable? « Parce que je ne suis pas seul, et qu’avec moi est mon Père qui m’a envoyé ». Je vous l’ai dit, mes frères: l’Evangéliste saint Jean s’élève par son vol en des régions presque inaccessibles c’est à peine si l’esprit peut saisir ses pensées. Mais il faut que je dise à votre charité la mystérieuse raison pour laquelle cet Apôtre s’élève à de pareilles hauteurs. Dans le livre du prophète Ezéchiel, comme aussi dans l’Apocalypse de saint Jean qui a écrit l’Evangile que nous lisons, il est parlé d’un quadruple animal, de quatre êtres différents, présentant la ressemblance d’un homme, d’un boeuf, d’un lion et d’un aigle (2). Ceux qui ont exposé avant nous le sens caché des Saintes Ecritures, ont vu, pour la plupart, les quatre Evangélistes dans cet animal, ou plutôt dans ces animaux. Le lion est l’emblème de la royauté, car il semble être, en un certain sens, le roi des animaux à cause de sa puissance et de sa force effrayante. Cet emblème a été attribué à Matthieu, parce que, pour établir la généalogie du Sauveur, il a suivi l’ordre de succession des rois, ses ancêtres, afin de montrer, en remontant jusqu’à la souche, qu’il était de la famille de David. Luc, au contraire, a pris pour point de départ le sacerdoce du prêtre Zacharie, et fait mention du père de Jean-Baptiste: on lui a attribué la figure du boeuf, parce que cet animal était la principale victime des sacrifices de la loi. Marc a reçu à juste titre l’emblème du Christ-

 

1. Luc, XXIII, 34. — 2. Ezéch. II, 5-10; Apoc. IV, 6, 7.

 

Homme, car il n’a parlé ni de l’autorité des rois, ni de la puissance des prêtres; dès le commencement de son Evangile, il n’a fait que parler du Sauveur considéré comme homme. Ces trois écrivains sacrés ont traité un sujet presque exclusivement terrestre, c’est-à-dire ils se sont occupés de ce qu’a fait Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le cours de sa vie mortelle; voyageant en quelque sorte avec lui sur la terre, ils ont dit peu de chose de sa divinité. Reste l’aigle; c’est Jean lui. même, c’est cet Apôtre qui a publié de si mystérieuses choses et contemplé fixement l’éclat de la lumière intérieure et éternelle de Dieu. Les aigles éprouvent, à ce qu’on dit, leurs aiglons de cette façon : le père les enlève avec ses serres et les expose aux rayons du soleil; celui d’entre eux qui regarde sans hésiter l’astre du jour, est reconnu comme le digne fils de ses ancêtres; mais celui qui cligne de l’oeil, on le regarde comme un enfant adultérin, et bientôt, loin de le soutenir, on l’abandonne. Voyez donc quelles grandes choses a dû dire l’Evangéliste comparé à l’aigle ! Et pourtant, nous qui trairions à terre, nous qui sommes faibles et comptons à peine parmi les hommes, nous osons parler de ces merveilleux écrits et en donner l’explication; nous nous imaginons pouvoir les comprendre lorsque nous y pensons, et pouvoir être compris quand nous en parlons.

6. Pourquoi ces réflexions? En effet, après un pareil discours quelqu’un me dira peut- être et avec justice : Ferme donc ton livre. Car pourquoi garder en tes mains ce qui dépasse les limites de ton intelligence? Pourquoi vouloir nous en entretenir? A cela je réponds: Il y a une foule d’hérétiques;si Dieu leur a permis de se multiplier à ce point, c’est afin que nous ne fassions pas toujours du lait notre nourriture, c’est pour nous aider à sortir de notre inintelligente enfance. Ils n’ont point saisi les preuves de la divinité du Christ, contenues dans les saints livres; ils les ont donc interprétés à leur manière; mais parce qu’ils n’en ont pas eu la véritable intelligence, ils ont tourmenté les catholiques fidèles par des discussions embarrassantes, et ceux-ci ont fini par se laisser troubler et ébranler; de là, pour les hommes spirituels qui avaient lu dans l’Evangile et compris les passages relatifs à la divinité du Sauveur, de là est venue la [583] nécessité d’opposer aux armes du démon les armes du Christ; ils ont dû employer toutes leurs forces pour lutter et combattre le plus ouvertement possible les faux docteurs, les amis du mensonge qui attaquaient la divinité de Jésus en élevant la voix, ils ont empêché les autres de périr. Il en est qui ont cru que Notre-Seigneur était d’une substance différente de celle du Père; d’autres ont vu en lui un Christ, Père, Fils et Saint-Esprit tout ensemble: selon ceux-ci, il n’était qu’un homme, il n’était pas un Dieu fait homme; suivant ceux-là, il était Dieu, sans jouir de l’immuabilité de la nature divine; pour d’autres encore, il était Dieu, mais n’avait rien de l’homme; en définitive, tous ont fait naufrage dans la foi, et se sont vus rejetés loin du port de l’Eglise; par là on les a empêchés de nuire, par leurs mouvements saccadés, à la conservation des navires placés à côté d’eux. Nous sommes bien petits, et en ce qui nous concerne, bien indignes; néanmoins, par un effet de sa miséricorde, nous avons pris place au milieu des dispensateurs de sa parole; aussi, est-ce même pour nous une rigoureuse obligation de rompre le silence devant vous: si vous me comprenez, vous vous réjouirez avec moi; et, si vous ne pouvez encore saisir la portée de rues paroles, vous croirez, et votre foi vous fera demeurer en sûreté dans le port.

7. Je parlerai donc : m’entende qui pourra, et croie qui ne pourra pas me suivre. Quoi qu’il en soit, je répéterai les paroles du Sauveur: « Vous jugez selon la chair; moi, je ne juge personne », maintenant, ou selon la chair; « mais si je juge, mon jugement est véritable ». Pourquoi votre jugement est-il véritable ? « Parce que », dit-il, « je ne suis pas seul, et qu’avec moi est mon Père, qui m’a envoyé». Eh quoi, Seigneur Jésus! votre jugement serait-il faux, si vous étiez seul? Et jugez-vous selon la vérité, parce que vous n’êtes pas seul, et qu’avec vous se trouve le Père qui vous a envoyé ? Que répondrai-je? Il va répondre lui-même: « Mon jugement », dit-il, « est véritable ». Pourquoi? « Parce que je ne suis pas seul, et qu’avec moi est le Père qui m’a envoyé ». S’il est avec vous, comment vous a-t-il envoyé ? Il vous a envoyé et il est avec vous? Quoique envoyé par lui, ne vous en seriez-vous point éloigné? En venant habiter parmi nous, seriez-vous resté avec lui ? Comment le croire? Comment le comprendre ? A cela, je réponds deux choses. Tu parles juste en disant: Comment le comprendre; et, en disant: Comment le croire ? tu t’exprimes mal. Il est certain que si on ne saisit pas immédiatement une vérité, c’est alors qu’on la croit parfaitement; dès lors, au contraire, qu’on la comprendrait, on n’aurait pas besoin de la croire, puisqu’on en aurait la claire vue. Tu crois une chose, parce que tu n’en as pas l’intelligence; mais, par la foi, tu deviens capable de la comprendre. Si tu ne la crois pas, jamais tu ne la saisiras ton incapacité à le faire sera toujours plus grande. Puisse donc la foi te purifier, afin que tu sois rempli d’intelligence ! « Mon jugement est véritable », dit le Sauveur,  « parce que je ne suis pas seul, et qu’avec moi est le Père qui m’a envoyé ». Aussi, Seigneur Jésus, notre Dieu, votre mission n’est-elle autre chose que votre incarnation. Voilà ce que je vois, voilà ce que je comprends; enfin, voilà ce que je crois, et je parle ainsi dans la crainte de faire preuve d’orgueil en disant : Voilà ce que je comprends. Oui, Notre-Seigneur Jésus-Christ était ici-bas; il y était selon la chair, il y est encore en tant que Dieu, et, en unième temps, il était avec le Père et ne s’en était pas séparé. En disant qu’il a été envoyé vers nous et qu’il y est venu, on fait allusion à son incarnation, puisque le Père ne s’est pas incarné.

8. On a donné le nom de Sabelliens, et aussi celui de Patripassiens, à des hérétiques qui prétendent que le Père a souffert. Qu’il n’en soit pas ainsi de toi, ô catholique, car tu n’aurais pas l’intégrité de la foi, si tu étais patripassien. Comprends-le donc : par la mission du Fils on entend son incarnation; tu ne dois croire du Père, ni qu’il se soit incarné, ni qu’il se soit séparé de son Fils fait homme. Le Fils était revêtu d’un corps, et le Père était avec le Fils. Si le Père était dans le ciel, et le Fils sur la terre, comment le Père pouvait-il être avec le Fils? En ce que l’un et l’autre étaient en tous lieux, car Dieu ne peut pas être au ciel, sans être en même temps sur la terre. Ecoute le Prophète : il voulait échapper au jugement de Dieu, et ne savait où se retirer: « Où irai-je devant votre esprit?» dit-il. « Où fuir devant votre face? « Si je monte vers les cieux, vous y êtes ». Mais il s’agit de la terre; remarque donc ce [584] qui suit : « Si je descends au fond des enfers, vous voilà ». Si on le rencontre au fond des enfers, en quel autre lieu pourrait-on ne pas le trouver? Le Seigneur dit lui-même par la bouche d’un Prophète: « Je remplis le ciel et la terre (2) ». Il est donc partout, puisqu’on ne peut circonscrire son être en aucun lieu. Ne t’éloigne pas de lui, et il est avec toi. Veux-tu parvenir jusqu’à lui? ne sois point lent à l’aimer; c’est par les affections du coeur, et non par les mouvements du corps, qu’on s’approche de lui. Crois et aime, et, sans changer de place, tu franchis la distance qui t’en sépare. Il est donc en tout lieu; mais, s’il est partout , pourrait-il ne pas être avec son Fils? Eh quoi ! Il ne serait pas avec son Fils, et il est avec toi, si tu as la foi?

9. D’où vient donc la vérité du jugement du Sauveur, sinon de ce qu’il est le vrai Fils de Dieu? Il l’a dit lui-même : « Si je juge, mon jugement est véritable, parce que je ne suis pas seul, et qu’avec moi est le Père qui m’a envoyé ». C’est comme s’il disait : « Mon jugement est véritable », parce que je suis le Fils de Dieu. Quelle preuve me donnez-vous de votre filiation divine? « Je ne suis pas seul; le Père qui m’a envoyé, est avec moi ». Rougis, disciple de Sabellius, car tu entends parler distinctement du Fils et du Père. Le Père, c’est le Père; le Fils, c’est le Fils. Jésus n’a pas dit : Je suis le Père, et je suis en même temps le Fils; mais il a dit « Je ne suis pas seul ». Pourquoi n’êtes-vous pas seul ? Parce que le Père est avec moi. « Je suis, et avec moi est le Père qui m’a envoyé ». Des deux personnes, n’en détruis pas une, mais distingue-les l’une de l’autre. Que ton intelligence te serve à établir cette distinction; mais que la mauvaise foi ne te les fasse point séparer; autrement, tu fuirais Charybde pour tomber en Scylla. L’abîme de l’impiété sabellienne t’engloutirait, si tu disais que le Fils n’est autre que le Père; tu as entendu ces paroles : « Je ne suis pas seul, mais le Père qui m’a envoyé est avec moi ». Tu reconnais que le Père est le Père, et que le Fils est le Fils. C’est bien, mais ne dis pas : Le Père est plus grand, le Fils est moindre; ne dis pas : Le Père est de l’or, le Fils est de l’argent. En eux, unité de substance, de divinité, de coéternité, égalité parfaite, nulle

 

1. Ps. CXXXVIII, 7, 8. — 2. Jérém. XXIII, 24.

 

dissemblance. Si tu regardes le Christ comme une personne seulement autre que le Père et différente de lui, mais que tu le considères comme n’étant pas avec lui de nature tout à fait pareille, tu as échappé, sans doute, aux dangers de Charybde, mais tu es allé faire naufrage au milieu des récifs de Scylla. Dirige ta voile entre ces deux écueils, évite les approches de ces périlleux abîmes. Le Père est le Père, le Fils est le Fils. En disant: Le Père est le Père, le Fils est le Fils, tu as certainement échappé au péril de tomber dans un gouffre; pourquoi vouloir te précipiter dans l’autre, en disant : Autre chose est le Père, autre chose est le Fils ? Dire qu’il est autre, c’est parler juste; dire qu’il est autre chose, c’est mal t’exprimer. Le Fils est autre que le Père, parce qu’il n’est pas le même que le Père : le Père est autre que le Fils, parce qu’il n’est pas le même que le Fils; néanmoins, le Père et le Fils ne sont pas autre chose, parce qu’ils sont la même chose. Ils sont la même chose : qu’est-ce à dire ? Un seul Dieu. Tu as entendu ces paroles: «  Je ne suis pas seul, mais le Père qui m’a envoyé, est avec moi ». Ecoute le Fils : il va lui-même t’apprendre ce que tu dois croire du Père et du Fils. « Moi et mon Père, nous sommes une même chose (1) ». Remarque bien ces deux termes : « Nous sommes une même chose », et tu seras préservé de tomber en Charybde et en Scylla. De ces deux termes, l’un, « une même chose », te préserve de l’erreur d’Arius, l’autre, « nous sommes », te garantit de celle de Sabellius, S’il y a « unité », il n’y a pas diversité de substance; le mot « nous sommes » prouve l’existence du Père et du Fils; car si le Sauveur ne parlait que d’un seul, il ne dirait pas : « Nous sommes » ; et s’il y avait entre eux diversité de nature, il ne se servirait pas de l’expression : « Une même chose. Mon jugement », dit-il, « est véritable »; en voici en deux mots la raison; c’est que je suis le Fils de Dieu. Mais, ajoute-t-il, en te disant que je suis le Fils de Dieu, je veux te faire entendre que mon Père est avec moi; de ce que je suis son Fils, il ne résulte nullement que je me sois éloigné de lui; je ne me trouve pas ici de telle façon qu’il ne s’y trouve pas avec moi; il n’est pas lui-même au ciel, de manière à ce que je n’y sois pas avec lui. J’ai

 

1. Jean, X, 30,

 

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pris la forme d’un esclave (1), mais je ne me suis point dépouillé de ma nature divine : « Je ne suis donc pas seul, mais le Père qui m’a envoyé est avec moi».

10. Après avoir parlé du jugement, il veut parler du témoignage. « Il est écrit dans votre dois, dit-il, «que le témoignage de deux est digne de foi, et je rends témoignage de moi-même, et le Père qui m’a envoyé, rend témoignage de moi ». Il leur explique même leur loi, à condition pourtant qu’ils ne fassent pas la sourde oreille. Il y a une grande difficulté, mes frères, et j’aperçois un grand mystère dans ce fait, que le Sauveur a dit : « Tout sera assuré par la déposition de deux ou trois témoins (2) ». La vérité peut-elle être certifiée par deux témoins ? Evidemment oui: ainsi l’a toujours cru le genre humain tout entier. Il est, néanmoins, possible que deux hommes viennent à mentir. La chaste Suzanne a été compromise par les dépositions de deux menteurs; parce qu’ils étaient deux, y avait-il pour eux une impossibilité à ce qu’ils fussent de faux témoins? Parlons-nous de deux ou de trois témoins? Mais un peuple tout entier s’est inscrit en faux contre le Christ (3). Si un peuple tout entier, composé d’une innombrable multitude d’hommes, a été surpris en flagrant délit de mensonge, quel sens donner à ces paroles : « Tout sera assuré par la déposition de deux ou trois témoins ? » Il y est évidemment fait une mystérieuse allusion à la Trinité en laquelle réside perpétuellement l’immuable vérité. En toutes choses, veux-tu avoir le droit de ton côté ? Aie deux ou trois témoins, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Quand deux faux témoins poursuivaient Suzanne, femme chaste, épouse fidèle s’il en fut, la Trinité lui rendait témoignage au tribunal de sa conscience, et la soutenait intérieurement aussi fit-elle sortir du secret un témoin véridique, Daniel, et, par lui, elle prouva la fausseté des deux vieillards (4). Puisque, d’après votre loi, le témoignage de deux hommes est véritable, recevez donc le nôtre; autrement, vous ressentiriez la rigueur de notre jugement: « Car je ne juge personne, mais je rends témoignage de moi-même »; plus tard, je jugerai, mais je rends témoignage aujourd’hui.

 

1. Philipp. II, 7. — 2. Deut. XIX, 15 ; Matth. XVIII, 16.— 3. Luc, XXIII, 1. — 4. Dan. XIII, 36-62.

 

14. Mes frères, au milieu des discours méchants et des injurieux soupçons du monde, choisissons Dieu pour notre témoin et notre juge; car celui qui nous juge ne dédaigne pas de nous servir maintenant de témoin, et pour juger, il rie se laisse point surprendre; son jugement s’exercera d’après ce qu’il voit et entend lui-même. Mais pourquoi est-il lui-même témoin? Parce qu’il lui est inutile d’apprendre de la bouche d’un autre qui tu es. Pourquoi est-il juge ? Parce qu’il a le pouvoir de donner la mort et de communiquer la vie, de condamner et d’absoudre, de précipiter dans la géhenne et de faire entrer dans le ciel, de destiner à la société du démon et de couronner dans l’assemblée des anges. Puisqu’il a ce pouvoir, il est donc juge. Pour te connaître, il n’a nul besoin de la déposition d’un autre témoin, s’il doit te juger plus tard, aujourd’hui il te voit; par conséquent, il ne te sera pas possible de le tromper au moment où il te demandera compte de ta vie. Alors, Dieu te dira : Lorsque tu me méprisais, j’en étais témoin; et quand tu n’avais pas la foi, je ne m’engageais nullement à laisser impunie ton incrédulité; je différais ta condamnation, mais je n’y renonçais pas. Tu n’as pas voulu écouter mes ordres, tu subiras la rigueur du jugement que je t’annonce. Si, au contraire, je trouve en toi un serviteur fidèle, les maux dont je te menace maintenant ne seront point ton partage; mais tu entreras en possession des biens que je te promets.

12. Le Sauveur a dit quelque part: « Le Père ne juge personne, mais il a donné tout le jugement à son Fils (1)». Ici, il dit : « Mon jugement est véritable, car je ne suis pas seul; le Père, qui m’a envoyé, est avec  moi ». Que cette différence entre les deux textes n’étonne aucun d’entre vous; nous avons déjà donné une explication suffisante de ces passages de l’Evangile; il me suffira donc de vous dire: Le Christ ne s’est pas exprimé ainsi pour vous faire entendre que le Père ne sera pas avec son Fils, quand celui-ci jugera le monde : il a voulu vous persuader, qu’au moment où il viendra juger les bons et les méchants, il leur apparaîtra, seul, revêtu de ce corps dans lequel il a souffert, avec lequel il est ressuscité et monté au ciel. Le jour de son ascension, un ange a

 

1. Jean, V, 22.

 

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dit à ses disciples qui le voyaient s’élever: « Il reviendra du ciel, de la même manière que vous l’y avez vu monter (1) ». Quand il jugera, il sera revêtu de la même chair qu’au moment où il a été jugé. Ainsi se trouvera encore accomplie cette prophétie : « Ils verront Celui qu’ils ont fait mourir (2)» Lorsque les justes entreront dans la vie éternelle, nous le verrons tel qu’il est; mais alors, il ne jugera plus les vivants et les morts, il deviendra la récompense des vivants.

13. Que personne ne se scandalise davantage

 

1. Act. I, 11. — 2. Zach. XII, 10; Jean, XIX, 37.

 

 

de ces autres paroles du Sauveur: « Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est véritable », et, parce qu’il n’a pas dit : Dans la loi de Dieu, que personne ne s’imagine que cette loi ne l’avait pas pour auteur. En se servant de ces expressions : « Dans votre loi », il a voulu dire: Dans la loi qui vous a été donnée; par qui, sinon par Dieu lui-même? Nous nous exprimons de la même manière en disant : « Notre pain quotidien », puisque nous ajoutons: « Donnez-nous aujourd’hui (1) ».

 

Matth. VI, 11

 

 

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