TRAITÉ XLV
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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QUARANTE-CINQUIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CET ENDROIT: « CELUI QUI N’ENTRE POINT PAR LA PORTE DANS LA BERGERIE DES BREBIS, MAIS QUI Y ENTRE AUTREMENT, EST UN VOLEUR ET UN BRIGAND », JUSQU’A CET AUTRE : « JE SUIS VENU POUR QU’ELLES AIENT LA VIE, ET QU’ELLES L’AIENT PLUS ABONDAMMENT. (Chap. X, 1-10.)

LA PORTE ET LE PASTEUR.

 

Jésus-Christ est cette porte : si on ne passe point par elle, les meilleures oeuvres sont inutiles. Par conséquent, ni les païens, ni les Juifs, assez aveugles pour ne pas reconnaître le Fils de Dieu fait homme, ne pouvaient ni se sauver eux-mêmes, ni sauver leurs disciples; de même en est-il des hérétiques. Ses brebis sont ceux qui ont écouté avec docilité le Sauveur, soit dans la personne des prophètes, soit dans sa propre personne, qui ont été prédestinés, qui persévèrent dans le bien jusqu’à la fin : ceux-là entrent parla porte dans l’Église où ils se sanctifient, et, plus tard, ils sortent encore par la porte pour être admis dans le ciel.

 

1.  Ce discours de Notre-Seigneur aux Juifs a commencé à l’occasion de la guérison de l’aveugle-né. La leçon de ce jour ne fait donc avec celle d’hier qu’un seul tout ; j’en avertis votre charité, et je tiens à ce qu’elle le sache. En effet, le Sauveur avait dit : « Je suis venu en ce monde pour le jugement, afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles ». Nous avons expliqué de notre mieux cette leçon, au moment où elle a été lue. Alors quelques-uns d’entre les Pharisiens lui avaient répondu : « Et nous, sommes-nous aussi des aveugles ? » Il reprit :  « Si vous étiez des aveugles , vous n’auriez point de péché; mais maintenant, vous dites : Nous voyons, et votre péché demeure (1) ». A ces paroles il ajouta celles que nous venons d’entendre.

2. « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y entre autrement, est un voleur et un brigand » . Les Juifs ont dit qu’ils n’étaient pas des aveugles ; ils pourraient voir maintenant s’ils sont des brebis du Christ. Comment s’attribuaient-ils injustement le privilège de la lumière, eux qui s’emportaient comme des furieux contre

 

1. Jean, IX, 39-41.

 

le jour? C’est à cause de leur vaine, orgueilleuse et inguérissable arrogance, que le Seigneur Jésus a ajouté ces paroles aux précédentes ; si nous voulons y prêter attention, nous y trouverons pour nous un salutaire avertissement. Il en est un bon nombre qui, en raison d’une certaine régularité de conduite, passent pour être des hommes irréprochables, de bons époux, d’excellentes femmes, des innocents et des observateurs de tous les préceptes de la loi. Ils honorent leurs pères et mères, ne se livrent point au libertinage, ne commettent pas l’homicide, ne se rendent coupables d’aucun vol, ne rendent de faux témoignage contre personne; ils semblent accomplir tout ce que la loi prescrit, et toutefois, ils ne sont pas chrétiens, et la plupart du temps ils se vantent comme faisaient les interlocuteurs de Jésus : « Et nous, sommes-nous aussi des aveugles ? » Ils font toutes ces oeuvres, mais ils ne savent pour quelle fin, et par conséquent leurs oeuvres sont inutiles ; c’est pourquoi, dans la leçon d’aujourd’hui, le Sauveur propose une similitude relative à son troupeau, et à là porte par laquelle on entre dans la bergerie. Que les païens disent : Nous nous conduisons sagement ; s’ils n’entrent point par la porte, à

 

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quoi leur sert ce dont ils font parade ? Bien vivre, voilà où chacun doit trouver le moyen de toujours vivre ; car à quoi sert la bonne vie, si elle n’aboutit à la vie éternelle ? Evidemment, ceux-là ne doivent point avoir la réputation de bien vivre, qui sont assez aveugles pour ne pas savoir où ils tendent, ou assez orgueilleux pour ne pas s’en occuper. Quant à l’espérance vraie et certaine de vivre toujours, personne ne peut l’avoir s’il ne connaît préalablement la vie, c’est-à-dire le Christ, et s’il n’entre dans la bergerie par la porte.

3. Les hommes dont nous parlons cherchent souvent aussi à persuader aux autres de bien vivre, sans être, pour cela, chrétiens. Ils veulent entrer par une autre porte, pour enlever les brebis et les tuer, et non, comme le pasteur, pour les conserver et les sauver. On a vu certains philosophes disserter subtilement sur les vertus et les vices ; ils distinguaient , ils définissaient, ils établissaient des raisonnements sur des pointes d’aiguilles, ils remplissaient des livres , ils vantaient leur sagesse à grand renfort de déclamations pompeuses ; ils allaient jusqu’à dire aux hommes : Suivez-nous, entrez dans notre secte, si vous voulez vivre heureux. Mais ils n’étaient pas entrés par la porte ; ils voulaient perdre, détruire et égorger.

4. Que dirai-je des Juifs ? Les Pharisiens lisaient les Ecritures, et ce qu’ils lisaient leur parlait du Christ ; sa venue était l’objet de leurs espérances ; il était au milieu d’eux, et ils ne le reconnaissaient pas ; ils se vantaient d’être du nombre des voyants, c’est-à-dire du nombre des sages, ils refusaient de confesser le Christ et n’entraient point par la porte ; eux aussi, par conséquent, s’ils parvenaient à entraîner après eux quelques adeptes, ils les séduisaient, non pour les délivrer, mais pour les égorger et les faire mourir. Laissons-les donc pareillement de côté, pour savoir si ceux qui se glorifient de porter le nom de chrétiens entrent tous par la porte.

5. Ils sont innombrables ceux qui, non contents de se glorifier comme voyants, prétendent être regardés comme étant illuminés par le Christ; on ne voit pourtant en eux que des hérétiques. Peut-être sont-ils entrés par la porte ? Non. Au dire de Sabellius, le Fils n’est autre que le Père ; néanmoins, s’il est le Fils, il n’est pas le Père. Celui qui affirme que le Fils est le Père, n’entre point par la porte. Arius dit à son tour : Autre chose est le Père, autre chose est le Fils. Il s’exprimerait avec justesse, s’il disait : autre, et non autre chose. En disant : autre chose, il se met en contradiction avec celui qui a proféré ces paroles: « Mon Père et moi, nous sommes a une seule et même chose (1) ». Lui non plus n’entre point par la porte, puisqu’il parle du Christ, non dans le sens de la vérité, mais selon son sens propre. Tu profères un nom qui ne s’applique à aucune réalité. Il est évident que le nom de Christ doit s’appliquer à . quelque chose de réel ; crois donc à ce quelque .chose, si tu veux que le nom de Christ ne soit point vide de sens. Un autre, venu je ne sais de quel pays, comme Photin, soutient que le Christ est un homme et qu’il n’est pas Dieu ; celui-là n’entre pas. davantage par la porte, car le Christ est, en même temps, homme et Dieu. Mais il est inutile de citer un plus grand nombre d’erreurs; à quoi nous servirait d’énumérer tous les vains systèmes des hérétiques ? Tenez ceci pour certain : le bercail du Christ, c’est l’Eglise catholique ; quiconque veut y pénétrer, doit passer par la porte et confesser hautement le vrai Christ, et il doit non-seulement confesser le vrai Christ, mais chercher la gloire du Christ, et non la sienne propre; car en cherchant leur propre gloire, beaucoup ont plutôt dispersé les brebis du Sauveur, qu’ils ne les ont réunies ensemble. La porte, qui est le Seigneur-Christ, ne s’élève pas bien haut; pour y passer, il faut s’abaisser, afin de pouvoir y entrer sans se blesser la tête. Celui qui s’élève au lieu de s’abaisser, veut escalader le mur; et celui qui escalade Je mur, ne s’élève que pour tomber.

6. Cependant, le Sauveur Jésus parle encore à mots couverts , on ne le comprend pas encore ; il prononce les mots de porte, de bercail, de brebis ; il appelle, sur tout cela, notre attention, mais il ne nous l’explique pas encore. Continuons donc notre lecture; il ne tardera pas à en venir à l’explication des paroles qu’il vient de nous adresser; il daignera bientôt nous en indiquer le sens; par là, il nous donnera peut-être de comprendre même celles qu’il ne nous a pas expliquées. Il nourrit notre âme par les enseignements qui ne présentent pas d’obscurité ; par les

 

1. Jean, X, 30.

 

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autres, il en éveille la sagacité. « Celui qui n’entre point par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y pénètre autrement ». Malheur à cet infortuné, parce qu’il tombera immanquablement ! Qu’il se baisse donc pour entrer par la porte ; puisqu’il marche sans crainte, il ne se blessera pas. « Celui-là est un voleur et un brigand ». Il veut appeler siennes les brebis d’autrui ; il veut les faire siennes, en les dérobant, non pour les sauver, mais pour les faire périr. Il est donc un voleur, puisqu’il appelle sien ce qui appartient à autrui ; il est un brigand, puisqu’il tue ce qu’il a volé. « Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis ; le portier lui ouvre ». Quand le Sauveur nous aura dit ce que c’est que la porte et qui est le pasteur, nous chercherons à savoir qui est ce portier. « Et les brebis écoutent sa voix, et il appelle ses propres brebis par leur nom ». Car il a leurs noms écrits dans le livre de vie. « Il appelle ses propres brebis parleur nom ». Voilà pourquoi l’Apôtre a dit: « Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent (1). Et il les conduit hors de la bergerie, et quand il a fait sortir ses brebis, il va devant elles, et les brebis le suivent; car elles connaissent sa voix ; mais elles ne suivent point un étranger, et elles fuient loin de lui, parce qu’elles ne connaissent point la voix des étrangers ». Ces paroles sont obscures, pleines de difficultés, grosses de mystères. Suivons donc et écoutons le Maître ; il va soulever un coin du voile qui les couvre ; et par cela même qu’il nous ouvrira, il nous fera peut-être la grâce d’entrer.

7. « Jésus leur proposa cette similitude, mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait ». Ni nous non plus, peut-être. Quelle différence y a-t-il entre eux et nous, avant que nous saisissions nous-mêmes le sens de ces paroles ? C’est que nous frappons pour qu’on nous ouvre; eux, au contraire, en refusant de reconnaître le Christ, ne voulaient point entrer pour se conserver; mais ils prétendaient rester dehors, et devaient y trouver leur perte ; nous écoutons donc avec un pieux respect les paroles du Sauveur ; avant de les comprendre, nous les considérons comme l’expression de la vérité et comme émanées de Dieu même ; voilà la distance qui nous sépare des interlocuteurs de Jésus.

 

1. II Tim. II, 19.

 

Lorsque deux personnes, l’une impie et l’autre pieuse, entendent les paroles de l’Evangile, ces paroles peuvent sembler si différentes aux deux personnes, qu’elles soient comprises par elles dans un sens tout opposé d’après celle-ci, le Sauveur n’aurait rien dit ; suivant l’opinion de celle-là, il aurait dit la vérité ; ses paroles seraient excellentes, seulement on ne les aurait pas saisies. Parce que l’une a la foi, elle frappe déjà et mérite qu’on lui ouvre, si elle continue à frapper ; pour l’autre, elle en est encore à entendre ces paroles : « Si vous ne croyez point, vous ne comprendrez pas (1) ». Pourquoi ces réflexions de ma part? Le voici. Après que j’aurai expliqué de mon mieux ces obscures paroles, quelqu’un d’entrevous pourra encore ne pas les comprendre, soit parce qu’elles sont vraiment trop difficiles à pénétrer, soit parce que je n’en aurai pas découvert tout le sens, ou que mes expressions n’auront pas exactement rendu ma pensée; soit, enfin, parce que son intelligence à lui serait lente et incapable de suivre mes explications: qu’il ne se désole pas, cependant ; que sa foi demeure ferme, qu’il marche tranquillement son chemin, qu’il prête l’oreille à cet avertissement de l’Apôtre : « Si vous avez d’autres pensées, Dieu vous éclairera ; cependant, par rapport aux choses que nous connaissons, ayons les mêmes sentiments (2) ».

8. Commençons donc à écouter l’explication que le Sauveur va nous donner de ses précédentes paroles. « Jésus leur dit de nouveau : En vérité, en vérité, je vous le déclare: je suis la porte des brebis ». Il vient d’ouvrir la porte qu’il nous avait montrée fermée. Il est lui-même cette porte. Nous le reconnaissons. Entrons donc, ou réjouissons-nous d’être déjà entrés. « Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des brigands ». Seigneur, que veulent dire ces paroles : « Tous ceux qui sont venus ? » Eh quoi ! n’êtes-vous pas venu vous-même ? Veuillez donc me comprendre. En disant : « Tous ceux qui sont venus, sont des voleurs et des brigands », j’ai évidemment sous-entendu en dehors de moi. Reportons-nous donc en arrière. Avant la venue du Sauveur, les Prophètes ont paru ; étaient-ils des voleurs et des brigands ? Non, car, au lieu d’être en dehors de lui, ils étaient avec lui. Il avait envoyé

 

1. Isa.VII, 9, suiv. les Septante.— 2. Philipp. III, 15, 16.

 

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devant lui des hérauts, mais il tenait en ses mains le coeur de ces émissaires divins. Voulez-vous être certains qu’ils étaient venus avec le Christ qui est toujours ? Il s’est fait homme dans le temps. Qu’est-ce à dire : toujours? « Au commencement était le Verbe (1) ». Ceux qui sont venus avec le Verbe sont donc venus avec le Christ. « Je suis», dit-il, « la voie, la vérité et la vie (2) » . S’il est la vérité, les Prophètes sont donc venus avec lui, puisqu’ils ont dit la vérité. Tous ceux qui sont venus en dehors de lui sont, par conséquent, « des voleurs et des brigands » ; ils sont venus pour voler et faire mourir.

9. « Mais les brebis ne les ont point entendus ». Ces paroles : « Les brebis ne les ont point entendus », sont plus obscures encore. Avant que Notre-Seigneur Jésus-Christ vint sur la terre et s’humiliât jusqu’à se faire homme, il y eut des justes pour croire qu’il viendrait, comme nous croyons qu’il est déjà venu. Les temps ont été divers, mais la foi a toujours été la même. Les verbes eux-mêmes changent suivant les époques qu’ils désignent, puisqu’ils ont une terminaison différente. Il viendra, ne se prononce pas comme, il est venu. Quand on dit: Il viendra, on ne fait pas entendre le même son de voix qu’en disant : il est venu ; néanmoins, la même croyance unit et ceux qui ont cru à sa venue future, et ceux qui le croient venu. Nous voyons que les uns et les autres sont tous entrés, quoique à des époques différentes, par la porte de la foi, c’est-à-dire par le Christ. Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, né d’une Vierge, est venu dans la chair, qu’il y est mort, ressuscité et monté au ciel. Comme ces verbes sont au temps passé, nous croyons que tous ces événements se sont accomplis. Nos pères, qui ont cru que le Sauveur naîtrait d’une Vierge, mourrait, ressusciterait et monterait au ciel, sont unis à nous, par les liens d’une même foi; c’est à eux que l’Apôtre fait allusion quand il dit : « Nous avons un même esprit de foi, selon qu’il est écrit : J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé ; nous croyons aussi, et c’est pour cela que nous parlons (3) ». Le Prophète avait dit : « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé (4) » ; l’Apôtre dit à son tour : « Nous croyons aussi, et c’est pour cela que nous parlons ». Et pour prouver qu’il y a unité

 

1. Jean, I, 1.— 2. Id. XIV, 6.— 3. II Cor. IV, 13.— 4. Ps. CXV, 10.

 

de foi, Paul dit expressément : « Nous avons un même esprit de foi, et nous croyons ». Voici ce que nous lisons dans une autre de ses épîtres : « Mes frères, je ne veux, point vous laisser ignorer que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous passé la mer Rouge, et qu’ils ont tous été baptisés sous la conduite de Moïse, dans la nuée et dans la mer, qu’ils ont tous mangé la même viande spirituelle, et qu’ils ont bu le même breuvage spirituel ». La mer Rouge est l’emblème du baptême : Moïse, qui a conduit les Israélites à travers la mer Rouge, représente le Christ ; le peuple qui la franchit, ce sont les fidèles ; la mort des Egyptiens signifie la rémission des péchés. Les signes sont différents, la foi est la même. Il en est de la diversité des signes comme de la diversité des paroles ; les paroles se prononcent différemment selon qu’elles représentent un temps ou un autre, et véritablement elles ne sont rien autre chose que des signes. Elles ne sont des paroles qu’autant qu’elles ont un sens; ôte à une parole sa signification, il ne reste plus qu’un vain bruit. Toutes choses ont donc été représentées par un signe. Ceux qui nous transmettaient ces signes, et nous annonçaient d’avance par des prophéties ce que nous croyons aujourd’hui, ceux-là n’avaient-ils pas la même foi que nous ? Certes, ils croyaient comme nous, avec cette seule différence que l’avenir était l’objet de leur foi, et que le passé est l’objet de la nôtre. Voilà pourquoi l’Apôtre a dit: «Ils ont bu le même breuvage spirituel» ; le même breuvage spirituel; car, celui dont ils rafraîchissaient leurs corps était différent. Que buvaient-ils spirituellement ? « Ils buvaient de l’eau de la pierre spirituelle qui les suivait, et cette a pierre était Jésus-Christ (1) ». Remarquez-le donc : quoique la foi fût toujours la même, les signes ont varié. Pour nos pères, le Christ était la pierre ; pour nous, le Christ est placé sur l’autel. Par une grande et mystérieuse allusion au même Christ, ils buvaient de l’eau qui sortait de la pierre ; ce que nous buvons nous-mêmes, les fidèles le savent. Si tu t’arrêtes aux apparences, tu verras une différence réelle; mais si tu pénètres le sens caché, tu te convaincras qu’ils ont bu le même breuvage spirituel. Tous ceux donc qui, dans les temps antérieurs au Christ, ont ajouté foi aux prédictions

 

1. I Cor. X, 1-4.

 

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d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse, des autres patriarches et des autres Prophètes qui annonçaient le Christ, ceux-là en étaient les brebis; ils ont entendu le Christ lui-même; non une voix étrangère, mais sa propre voix. C’était un juge qui parlait par la bouche de son huissier ; car, lorsqu’un juge rend ses sentences par l’intermédiaire de l’huissier, le greffier n’écrit pas: l’huissier a prononcé; c’est le juge qui a prononcé. Par conséquent, il en est d’autres que les brebis n’ont point entendus ; le Christ n’était pas avec eux ; ils se trompaient, ils disaient des faussetés, ils gazouillaient niaisement, imaginaient des inutilités et séduisaient des malheureux.

10. Mais pourquoi ai-je dit que ces paroles offraient une difficulté plus grande que les autres ? Qu’y a-t-il ici d’obscur et de difficile à comprendre ? Ecoutez-moi, je vous en prie. Voilà que Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu et qu’il a prêché ; c’était, sans contredit, la voix par excellence du pasteur : ses paroles sortaient de la bouche même du pasteur. Si, en passant par l’organe des Prophètes, elles étaient bien celles du pasteur, que dire de celles qui tombaient de ses propres lèvres ? N’étaient-elles pas, plus que toutes les autres, les paroles du pasteur ? Tous ne l’ont pas entendu ; mais, à notre avis, ceux qui l’ont entendu étaient-ils ses brebis ? Judas l’a entendu : c’était un loup qui le suivait et lui tendait des embûches en se couvrant d’une peau de brebis. Quelques-uns de- ceux qui crucifiaient le Sauveur ne l’entendaient pas, et faisaient pourtant partie de son troupeau, car il les apercevait au milieu de la foule, quand il disait : « Lorsque vous aurez élevé « le Fils de l’homme, alors vous saurez que je suis (1) » . De quelle manière trancher cette difficulté ? Il y en a qui l’écoutent, quoiqu’ils ne soient point ses brebis, et parmi ses brebis, il en est qui ne l’écoutent pas ; certains loups suivent le pasteur à la voix, et certaines brebis lui désobéissent : en fin de compte, on voit des brebis tuer leur pasteur. Voilà comment on résout la difficulté proposée. Quelqu’un répond en disant: Quand on ne l’écoutait pas, on n’était pas encore du nombre des brebis, mais du côté des loups; dès qu’on a entendu sa voix, on s’est transformé : de loup on est devenu brebis ; à peine changé

 

1. I Jean, VIII, 28.

 

en brebis, on a entendu le pasteur, on l’a trouvé et suivi, et parce qu’on a obéi à ses ordres, on a espéré en ses promesses.

11. La difficulté est évidemment bien résolue, et l’explication que nous en avons donnée suffira peut-être à plusieurs. Pour moi, elle m’embarrasse encore , et l’embarras qu’elle me cause, je vous en fais part, afin qu’en cherchant en quelque sorte avec vous une solution plus complète, je mérite, par la grâce de Dieu, de la trouver avec vous. Apprenez donc ce qui me gêne en cela. Par la bouche du prophète Ezéchiel, le Seigneur fait des reproches aux pasteurs, et, entre autres choses, il dit ceci des brebis : « Vous n’avez point rappelé la brebis égarée (1) ». Il parle « d’une brebis », et il la dit « égarée »; si, au moment où cette brebis se trouvait égarée, elle n’avait pas cessé d’être une brebis, de qui écoutait-elle la voix pour s’écarter ainsi du bon chemin ? Sans aucun doute, elle suivrait le droit chemin, si elle écoutait la voix du pasteur ; mais parce qu’elle a écouté celle d’un étranger, elle s’est éloignée de la bonne voie : elle s’est rendue attentive à la parole d’un voleur et d’un brigand. Il est sûr que les brebis ne prêtent point l’oreille aux appels des larrons. « Ceux qui sont venus », dit le Sauveur, et nous comprenons qu’il veut dire En dehors de moi : « Ceux qui sont venus en dehors de moi, sont des voleurs et des brigands, et les brebis ne les ont pas écoutés ». Seigneur, si les brebis ne les ont pas écoutés, comment ont-elles pu s’égarer ? Les brebis, vous le dites, n’écoutent que vous ; vous êtes la vérité même, et quiconque prête l’oreille à la vérité, ne s’égare pas. Pour ceux-là, ils se sont égarés, et on leur donne encore le nom de brebis : évidemment, on les appelle ainsi, même quand ils ont quitté le droit chemin ; sans cela, Ezéchiel n’aurait pas dit : « Nous n’avez point rappelé la brebis égarée » . Comment se fait-il qu’on se soit égaré sans démériter le nom de brebis? A-t-on entendu la voix d’un étranger ? Certes, « les brebis ne les ont pas entendus ». Beaucoup sont choisis parmi les hérétiques pour entrer dans le bercail du Christ et devenir catholiques : on en enlève un bon nombre aux voleurs pour les rendre au pasteur : parfois ils murmurent, et conservent de la rancune à l’égard de celui qui les rappelle : ils ne comprennent

 

1. Ezéch. XXXIV, 4.

 

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pas qu’on les égorgeait; néanmoins, lorsque ces brebis errantes sont rentrées dans la bergerie, elles reconnaissent la voix du pasteur, éprouvent une grande joie de s’être replacées sous sa houlette, et rougissent de s’en être écartées. Maintenant, quand ils étaient aussi fiers de suivre l’erreur que s’ils avaient suivi la vérité, ils n’entendaient certainement pas la voix du pasteur, et ils marchaient sur les traces d’un étranger : alors, étaient-ils des brebis , ou n’en étaient-ils pas ? S’ils étaient des brebis, peut-on dire que des brebis n’écoutent pas l’étranger ? S’ils n’en étaient pas, pourquoi le Seigneur fait-il ce reproche aux pasteurs : « Vous n’avez point rappelé la brebis égarée ? » Il se présente quelquefois des circonstances déplorables dans la vie des chrétiens devenus catholiques, dans l’existence des fidèles qui nourrissent, pour l’avenir, de légitimes espérances. Ils se laissent aller à l’erreur et reviennent ensuite à la vérité. Quand ils sont tombés dans l’erreur, et qu’ils ont reçu une seconde fois le baptême, ou bien, quand après avoir fait partie du troupeau du Christ, ils sont retombés dans leurs précédentes erreurs, étaient-ils des brebis ou n’en étaient-ils pas ? Evidemment, ils étaient catholiques ; s’ils étaient catholiques fidèles, ils étaient des brebis, et s’ils étaient des brebis, comment ont-ils pu entendre la voix d’un étranger, puisque le Sauveur a dit: « Les brebis ne les ont pas entendus ? »

12. Vous le voyez, mes frères, la question est très-difficile à éclaircir. Je dis donc : « Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent (1) ». Il connaît ceux qu’il a choisis d’avance, il connaît les prédestinés ; car il est écrit de lui : « Ceux qu’il a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il fût lui-même le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a appelés, et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés, et ceux qu’il a prédestinés, il les a glorifiés. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Ajoute encore ceci : « S’il n’a pas épargné son propre Fils, et s’il l’a livré à la mort pour nous, que ne nous donnera-t-il point, après nous l’avoir donné ? » Mais qui, nous ? Ceux qu’il a connus d’avance, ceux qu’il a prédestinés, justifiés et glorifiés, ceux dont il est dit

 

1. II Tim. II, 19.

 

ensuite : « Qui accusera les élus de Dieu (1) ? » « Le Seigneur connaît donc ceux qui lui appartiennent » ; ce sont ses brebis. Souvent elles s’ignorent elles-mêmes, mais le pasteur les connaît, en conséquence de cette prédestination, de cette prescience de Dieu, de ce choix de ses brebis, qu’il a fait avant la création du monde ; c’est ce que dit l’Apôtre : « Comme il nous a élus en lui avant la création du monde (2)». En raison de cette prescience et de cette prédestination divines, que de brebis se trouvent en dehors du bercail ! que de loups se rencontrent au dedans ! et aussi, que de brebis au dedans ! que de loups au dehors ! Mais pourquoi ai-je dit : Que de brebis en dehors du bercail ! Combien vivent aujourd’hui dans la débauche, qui deviendront chastes ! Combien blasphèment maintenant le Christ, qui croiront plus tard en lui ! Ils sont nombreux, les ivrognes qui se montreront sobres, les voleurs du bien d’autrui, qui donneront le leur. Néanmoins, ils écoutent aujourd’hui une voix étrangère, ils suivent des étrangers. Au contraire, que de gens louent Dieu à cette heure, à l’intérieur de la bergerie, et le blasphémeront un jour ! Que de personnes chastes deviendront libertines ! Que d’hommes sobres se noieront dans le vin ! Que de chrétiens se tiennent fermes, et feront pourtant une lourde chute ! Ce ne sont point des brebis. (Nous parlons ici, bien entendu, des prédestinés, de ceux dont Dieu sait s’ils lui appartiennent.) Néanmoins, tant qu’ils sont dociles aux leçons de la sagesse, ils écoutent la voix du Christ. Les uns l’écoutent, et les autres ne l’écoutent pas ; mais si nous nous reportons à la prédestination, nous verrons que les premiers ne sont point les brebis du Sauveur, et que les seconds font partie de son troupeau.

13. Reste encore une difficulté, qui me semble maintenant pouvoir être ainsi résolue. Il y a une parole, il y a, dis-je, une parole du pasteur, d’après laquelle ses brebis n’écoutent pas les étrangers, et ceux qui ne sont pas ses brebis, ne l’écoutent pas lui-même. Quelle est cette parole ? « Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, sera sauvé (3)». Celui qui appartient au Christ, ne néglige pas cette parole ; celui qui lui est étranger, ne l’entend point. Le Sauveur le presse de persévérer en lui jusqu’à la fin; mais, en ne

 

1. Rom. VIII, 29-33.— 2. Ephés. I, 4. — 3.  Matth. X, 22.

 

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persévérant pas dans le Christ, ce chrétien montre qu’il n’entend pas sa voix. Il s’est approché du Sauveur; il lui a entendu dire telles et telles paroles, celles-ci et encore celles-là, toutes paroles pleines de vérité et de salut; entre autres se trouvent les suivantes: « Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, sera sauvé ». Celui qui les écoute est une brebis : un je ne sais qui, les entendait aussi ; mais il les a méprisées, il s’est refroidi, et a fini par écouter une voix étrangère. S’il est du nombre des prédestinés, son égarement est de courte durée ; il n’est pas perdu pour toujours ; il revient bientôt pour entendre ce dont il a tenu peu de cas, et agir suivant ce qu’il a entendu. Car, s’il est question d’un prédestiné, Dieu a prévu tout à la fois, et son égarement et sa conversion à venir ; et s’il a quitté le bon chemin, il se rapproche afin d’entendre la voix du pasteur, et de suivre celui qui a dit : « L’homme qui aura persévéré jusqu’à la fin, sera sauvé ». Bonne parole, mes frères ; parole vraie, parole de pasteur c’est la parole de salut qui retentit sous la tente des justes (1). Car il est facile d’écouter le Christ, de louer l’Evangile, de saluer par des acclamations celui qui (explique ; mais persévérer jusqu’à la fin, c’est le propre des brebis qui écoutent la voix du pasteur. Une tentation se présente ; persévère jusqu’à la fin, parce que la tentation ne dure pas si longtemps. Jusqu’à quelle fin persévéreras-tu ? Jusqu’au terme de ta course. Aussi longtemps que tu n’écoutes pas le Christ, il est ton adversaire dans ce voyage, c’est-à-dire pendant cette vie mortelle. Mais que dit-il ? « Hâte-toi de te réconcilier avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui (2) ». Tu l’as entendu, tu l’as cru, tu t’es réconcilié avec lui. Si tu luttais avec lui, réconcilie-toi ; et si le bienfait de la réconciliation t’a été accordé, veuille ne plus entrer désormais en litige. Car tu ignores à quel moment se terminera ta course : mais le Christ ne l’ignore pas. Si tu es du nombre de ses brebis, et que tu persévères jusqu’à la fin, tu seras sauvé voilà pourquoi ceux qui lui appartiennent écoutent sa voix, et ceux qui lui sont étrangers, ne l’écoutent pas. Cette question, singulièrement obscure, je vous l’ai expliquée ou je l’ai traitée avec vous de mon mieux, et comme le Seigneur m’en a fait la grâce. S’il en

 

1. Ps. CXVII, 15.— 2. Matth. V, 25.

 

est, parmi vous, pour avoir moins bien saisi mes paroles, qu’ils demeurent dans la piété, et la vérité leur sera manifestée : pour ceux qui m’ont compris, ils ne doivent pas en concevoir d’orgueil, comme s’ils étaient plus agiles, et les autres moins prompts; car l’orgueil pourrait les jeter hors la voie, et les empêcher très-facilement d’arriver les premiers, en retardant leur marche. Daigne celui à qui nous adressons ces paroles, nous conduire tous jusqu’au but: «Seigneur, conduisez-moi dans vos voies, et je marcherai dans votre vérité (1) ».

14. Le Sauveur nous a dit qu’il est la porte au moyen de l’explication qu’il nous a donnée de ces paroles, entrons dans le sens de ce qu’il nous a dit sans nous l’expliquer. Quoique, dans la leçon qu’on vient de nous réciter, il ne nous ait pas dit quel pasteur il est, néanmoins il nous en avertit formellement dans la leçon suivante : « Je suis le bon pasteur ». Quand même il ne nous le dirait pas, pourrions-nous voir une allusion à un autre que lui dans ces paroles sorties de sa bouche : « Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis. Le portier ouvre à celui-là, et les brebis entendent sa voix ; et il appelle ses propres brebis par leur nom, et il les conduit hors de la bergerie ; et quand il a fait sortir ses brebis, il va devant elles, et les brebis le suivent; car elles connaissent sa voix ? » Quel pasteur, en effet, appelle ses brebis par leur nom, et les conduit de ce monde jusqu’à la vie éternelle ? N’est-ce pas celui-là seul qui connaît les noms des prédestinés ? Voilà pourquoi il dit à ses disciples : « Réjouissez-vous, car vos noms sont écrits dans le ciel (2) ». De là vient qu’il les appelle toutes par leurs noms. Qui les fait sortir de la bergerie ? N’est-ce point celui-là seul qui leur remet leurs péchés, afin que, délivrées de la plus dure servitude, elles puissent le suivre ? Qui est-ce qui a marché devant elles jusqu’à l’endroit où elles doivent venir après lui ? N’est-ce pas celui qui, sorti d’entre les morts, ne meurt plus, celui sur lequel la mort n’aura désormais plus d’empire (3)?Lorsqu’il se montrait sous les traits de notre humanité, il a dit : « Père, je désire  que, là où je suis, ceux que vous m’avez donnés s’y trouvent avec moi (4) ». Telle est la raison d’être de ces paroles du Sauveur :

 

1. Ps. LXXXV, 11. — 2. Luc, X, 20.— 3. Rom. VI, 9.— 4. Jean, XVII, 21.

 

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« Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; et il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages ». Par là il montre, jusqu’à la dernière évidence, que non-seulement le pasteur, mais encore les brebis, entrent par la porte.

15. Que veulent dire ces mots : « Il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages? » Il est singulièrement avantageux d’entrer dans l’Eglise, par la porte qui est le Christ ; mais il est plus malheureux encore d’en sortir, dans le sens que Jean indique en son épître : « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas de nous (1) ». Une pareille manière d’en sortir ne pouvait obtenir les louanges du bon pasteur ; il n’aurait pas dit, en ce sens-là : « Il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages ». Il y a donc, non-seulement une manière d’entrer, mais aussi une façon légitime de sortir par la bonne porte, qui est le Christ. Mais quelle est cette louable et heureuse manière de sortir ? Je pourrais dire que nous entrons, quand nous réfléchissons intérieurement, et que nous sortons, lorsque nous nous livrons à quelque occupation extérieure. Et parce que, suivant le langage de l’Apôtre, le Christ habite en nos coeurs par la foi (2), entrer par le Christ, c’est conformer ses pensées aux enseignements de la foi, et sortir par le Christ, c’est prendre cette même foi pour guide même dans nos oeuvres extérieures, c’est-à-dire quand nous agissons devant les hommes. Voilà pourquoi nous lisons dans un psaume : « L’homme sortira pour vaquer à son ouvrage (3) ». De là viennent aussi ces paroles du Sauveur : « Que vos oeuvres brillent aux yeux des hommes (4) ». Mais je préfère de beaucoup ce que la Vérité même, comme un bon pasteur, et, par conséquent, comme un bon maître, nous dit en quelque sorte sur la manière dont nous devons entendre ces mots : «  Il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages ».

 

1. Jean, II, 19.— 2. Ephés. III,17.— 3. Ps. CIII, 23. — 4. Matth. V,16.

 

Car voici ce que le Sauveur ajoute : « Un voleur ne vient que pour dérober et tuer, et a détruire ; et moi, je suis venu, afin qu’elles a aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance ». Il a voulu, ce me semble, dire ceci : Afin qu’en entrant elles aient la vie, et qu’en sortant, elles l’aient plus abondamment encore. Personne ne peut sortir par la porte, c’est-à-dire, parle Christ, pour entrer  dans la vie éternelle où nous verrons Dieu face à face, s’il n’entre d’abord dans l’Eglise par la même porte, par le même Christ, pour y puiser la vie du temps où nous n’apercevons Dieu que par la foi. Aussi dit-il : « Je suis venu, afin qu’ils aient la vie », c’est-à-dire, la foi qui agit par la charité (1). C’est par cette foi qu’elles entrent dans le bercail, afin d’y trouver la vie, parce que le juste vit de la foi (2) ; et afin qu’ils l’aient en plus grande abondance, ceux qui, en persévérant jusqu’à la fin, sortent par cette porte, c’est-à-dire par la foi en Jésus-Christ ; ils meurent, en effet, en vrais fidèles, et ils auront plus abondamment la vie, puis. qu’ils parviendront là où le pasteur les a précédés, et où ils ne seront jamais plus sujets à la mort. Sur cette terre, dans le bercail lui-même, les pâturages ne manquent pas; car nous pouvons appliquer ces paroles: « Et il trouvera des pâturages », à l’entrée et à la sortie des brebis : cependant, les vrais pâturages se trouvent surtout dans le séjour où seront rassasiés tous ceux qui ont faim et soif de la justice (3). C’est dans ces pâturages qu’est entré celui à qui il a été dit : « Tu seras aujourd’hui avec moi dans le paradis (4) ». Mais comment le Sauveur est-il la porte ? Comment est-il le pasteur, de manière à ce qu’il entre et sorte, en un sens, par lui-même ? Quel est le portier ? Autant de questions qu’il serait trop long d’examiner et de discuter aujourd’hui, pour en donner la solution que 1a grâce divine voudrait bien nous suggérer.

 

1. Galat, V, 6.— 2. Rom. I, 17.— 3. Matth. V, 6.— 4. Luc, XXIII, 43.

 

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