TRAITÉ LXVI
Précédente Accueil Remonter Suivante

Bibliothèque

 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

Accueil
Remonter
TRAITÉ I
TRAITÉ II
TRAITÉ III
TRAITÉ IV
TRAITÉ V
TRAITÉ VI
TRAITÉ VII
TRAITÉ VIII
TRAITÉ IX
TRAITÉ X
TRAITÉ XI
TRAITÉ XII
TRAITÉ XIII
TRAITÉ XIV
TRAITÉ XV
TRAITÉ XVI
TRAITÉ XVII
TRAITÉ XVIII
TRAITÉ XIX
TRAITÉ XX
TRAITÉ XXI
TRAITÉ XXII
TRAITÉ XXIII
TRAITÉ XXIV
TRAITÉ XXV
TRAITÉ XXVI
TRAITÉ XXVII
TRAITÉ XXVIII
TRAITÉ XXIX
TRAITÉ XXX
TRAITÉ XXXI
TRAITÉ XXXII
TRAITÉ XXXIII
TRAITÉ XXXIV
TRAITÉ XXXV
TRAITÉ XXXVI
TRAITÉ XXXVII
TRAITÉ XXXVIII
TRAITÉ XXXIX
TRAITÉ XL
TRAITÉ XLI
TRAITÉ XLII
TRAITÉ XLIII
TRAITÉ XLIV
TRAITÉ XLV
TRAITÉ XLVI
TRAITÉ XLVII
TRAITÉ XLVIII
TRAITÉ XLIX
TRAITÉ L
TRAITÉ LI
TRAITÉ LII
TRAITÉ LIII
TRAITÉ LIV
TRAITÉ LV
TRAITÉ LVI
TRAITÉ LVII
TRAITÉ LVIII
TRAITÉ LIX
TRAITÉ LX
TRAITÉ LXI
TRAITÉ LXII
TRAITÉ LXIII
TRAITÉ LXIV
TRAITÉ LXV
TRAITÉ LXVI
TRAITÉ LXVII
TRAITÉ LXVIII
TRAITÉ LXIX
TRAITÉ LXX
TRAITÉ LXXI
TRAITÉ LXXII
TRAITÉ LXXIII
TRAITÉ LXXIV
TRAITÉ LXXV
TRAITÉ LXXVI
TRAITÉ LXXVII
TRAITÉ LXXVIII
TRAITÉ LXXIX
TRAITÉ LXXX
TRAITÉ LXXXI
TRAITÉ LXXXII
TRAITÉ LXXXIII
TRAITÉ LXXXIV
TRAITÉ LXXXV
TRAITÉ LXXXVI
TRAITÉ LXXXVII
TRAITÉ LXXXVIII
TRAITÉ LXXXIX
TRAITÉ XC
TRAITÉ XCI
TRAITÉ XCII
TRAITÉ XCIII
TRAITÉ XCIV
TRAITÉ XCV
TRAITÉ XCVI
TRAITÉ XCVII
TRAITÉ XCVIII
TRAITÉ XCIX
TRAITÉ C
TRAITÉ CI
TRAITÉ CII
TRAITÉ CIII
TRAITÉ CIV
TRAITÉ CV
TRAITÉ CVI
TRAITÉ CVII
TRAITÉ CVIII
TRAITÉ CIX
TRAITÉ CX
TRAITÉ CXI
TRAITÉ CXII
TRAITÉ CXIII
TRAITÉ CXIV
TRAITÉ CXV
TRAITÉ CXVI
TRAITÉ CXVII
TRAITÉ CXVIII
TRAITÉ CXIX
TRAITÉ CXX
TRAITÉ CXXI
TRAITÉ CXXII
TRAITÉ CXXIII
TRAITÉ CXXIV

SOIXANTE-SIXIÈME TRAITÉ.

SUR CE QUI EST DIT DEPUIS CES MOTS : « SIMON PIERRE LUI DIT : SEIGNEUR, OÙ ALLEZ-VOUS ? » JUSQU’À CES AUTRES : « EN VÉRITÉ, EN VÉRITÉ JE TE LE DIS : LE COQ NE CHANTERA PAS QUE TU NE M’AIES RENIÉ TROIS FOIS ». (Chap. XIII, 36-38.)

PRÉSOMPTION ET INCAPACITÉ.

 

Dans sa vivacité, Pierre avait demandé à Jésus où il allait. — Où tu ne peux venir maintenant. —  J’irai partout avec vous.— Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois.— Reniant son Maître, Pierre pouvait-il le suivre ?

 

1. Lorsque le Seigneur Jésus recommandait à ses disciples le saint amour dont ils devraient être animés les uns envers les autres, « Simon Pierre lui dit: Seigneur, où allez-vous?» Ainsi le disciple parlait-il à son Maître, le serviteur à son Seigneur, comme s’il était prêt à le suivre. C’est pourquoi le Seigneur voyait bien l’intention qui portait Pierre à lui adresser une pareille question; il lui répondit donc: « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant» ; comme s’il lui eût dit : Ce pourquoi tu m’interroges, tu ne le peux pas maintenant. Il ne dit point: « Tu ne peux pas »; mais bien : « Tu ne peux pas maintenant ». Par là, il lui imposait un délai, mais il ne lui enlevait pas l’espérance. Et cette espérance qu’il n’enlevait pas, mais qu’il faisait naître, il la confirma par les paroles suivantes : « Mais tu me suivras un jour ». Pierre, pourquoi te hâtes-tu ? La Pierre ne t’a pas encore affermi en te communiquant son esprit; ne te laisse pas entraîner par la présomption. « Tu ne peux venir maintenant » ; mais ne te laisse point abattre par le désespoir, « tu me suivras un jour». Mais que dit encore Pierre ? « Pourquoi ne puis-je vous suivre maintenant ? je donnerai ma vie pour vous». Pierre voyait ce qu’il y avait en lui de désir, il ne voyait pas combien peu de force il s’y trouvait. Il était malade, et il vantait sa bonne volonté; mais le médecin voyait sa faiblesse : l’un promettait merveilles, mais l’autre savait d’avance ce qu’il adviendrait : Pierre osait tout, parce qu’il ne se connaissait pas; mais Jésus, qui voyait d’avance ce qui devait arriver, lui donnait des renseignements salutaires. Quelle présomption de la part de Pierre ! n’envisager [719] que ce qu’il voulait, et fermer les yeux sur ce qu’il pouvait ! Quelle présomption ! Notre-Seigneur était venu donner sa vie pour ses amis, et par conséquent pour lui-même, et il croyait qu’il pouvait en faire autant pour Notre-Seigneur. Jésus-Christ n’avait pas encore donné sa vie pour lui, et il promettait de donner sa vie pour Jésus-Christ ! « Jésus lui répondit donc : Tu donneras ta vie pour moi?» tu feras pour moi ce que je n’ai pas encore fait pour toi? « tu donneras ta vie pour moi ?» Pourrais-tu me précéder, toi qui ne peux pas même me suivre? Quelle présomption ! que penses-tu de toi-même? qui crois-tu être? Ecoute, voici ce que tu es : « En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois». Te voilà tel que tu vas te montrer bientôt, toi qui promets de si grandes choses, et qui ignores combien tu es si petit; tu me promets de subir la mort pour moi, et tu me renieras trois fois, moi qui suis ta vie. Avant de croire que tu peux mourir pour moi, commence par vivre pour toi-même. Parce que tu craindras la mort de ton corps, tu donneras la mort à ton âme. Autant est excellente la vie qui consiste à confesser Jésus-Christ, autant est terrible la mort qu’on se donne en le reniant.

2 . Dirons-nous, comme quelques-uns , qu’une délicatesse déplacée porte à excuser Pierre, dirons-nous que cet Apôtre n’a pas renié Jésus-Christ (1), parce que, interrogé par la servante, il a répondu : « Je ne connais pas cet homme », comme les autres Évangélistes le rapportent en termes plus exprès ? N’était-ce pas renier Jésus-Christ, que renier Jésus-Christ homme, que renier en lui ce qu’il s’est fait à cause de nous, et pour empêcher de périr ce qu’il nous a faits? Celui donc qui confesse que Jésus-Christ est Dieu, tout en refusant de reconnaître en lui l’humanité, Jésus-Christ n’est pas mort pour lui, puisque c’est comme homme que Jésus-Christ est mort. Celui qui nie Jésus-Christ homme n’est pas réconcilié à Dieu par le médiateur ; car il y a un seul Dieu et un seul médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme (2). Celui qui nie Jésus-Christ homme n’est pas justifié; « car, comme par la désobéissance d’un seul homme, plusieurs « sont devenus pécheurs, de même, par

 

1. Ambroise, sur le chapitre XII de saint Luc.— 2. I Tim. II, 5.

 

l’obéissance d’un seul homme, plusieurs seront rendus justes (1). Celui qui nie Jésus-Christ homme ne ressuscitera pas pour la résurrection de la vie : « Parce que par un homme est venue la mort, et par un homme la résurrection des morts; comme, en effet, tous meurent en Adam, de même aussi en Jésus-Christ tous seront vivifiés (2)». Par où Jésus-Christ est-il le chef de l’Église, si ce n’est par son humanité, et parce que le Verbe s’est fait chair, c’est-à-dire parce que le Fils unique de Dieu et Dieu lui-même s’est fait homme? Comment donc est-il dans le corps de Jésus-Christ, celui qui nie Jésus-Christ homme ? Celui qui renie la tête, peut-il être membre? Mais pourquoi m’arrêter si longtemps, puisque Notre-Seigneur a lui-même rendu inutiles toutes les subtilités de l’argumentation humaine; il ne dit pas, en effet

Le coq ne chantera pas jusqu’à ce que tu m’aies renié comme homme, ou bien, selon l’expression plus familière dont il daignait se servir avec les hommes : Le coq ne chantera pas que tu n’aies renié trois fois le Fils de l’homme. Voici ses paroles : « Jusqu’à ce que tu m’aies renié trois fois ». Que veut dire ce mot: « moi », sinon ce qu’il était? et qu’était-il, sinon Jésus-Christ ? N’importe donc ce que Pierre ait renié en Jésus-Christ, c’est lui qu’il a renié, c’est Jésus-Christ qu’il a renié, c’est le Seigneur son Dieu. Ainsi quand Thomas, son condisciple, s’écria à son tour : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » ce n’est pas le Verbe, mais sa chair, qu’il avait touchée. Ce n’est pas la nature incorporelle du Dieu, mais bien le corps de l’homme qu’il avait pressé de ses mains curieuses (3). Il avait touché l’homme, et cependant il reconnut le Dieu. Si ce que Thomas a touché, Pierre l’a renié, ce que Thomas a proclamé, Pierre l’a attaqué. « Le coq ne chantera pas, que tu ne m’aies renié trois fois». Exprime-toi comme tu voudras. Que tu dises : « Je ne connais pas cet homme »; ou bien : « O homme, je ne sais ce que tu dis » ; ou bien encore : « Je ne suis pas du nombre de ses disciples (4) », tu me renieras. Comme il n’est pas permis d’en douter , si tel est ce que Jésus-Christ a dit, et s’il a dit vrai, sans aucun doute encore c’est Jésus-Christ que Pierre a renié. N’accusons pas Jésus-Christ pour défendre Pierre.

 

1. Rom V, 19.— 2. I Cor. XV, 21, 22.— 3. Jean, XI, 27, 28.— 4. Matth. XXVI, 34, 69-74 ; Luc, XXII, 55-60.

 

720

 

Que la faiblesse reconnaisse son péché, puisque la vérité ne peut mentir. Pierre lui-même a reconnu sa faiblesse et son péché, il les a reconnus assurément, et par ses pleurs il a montré quel mal il avait fait en reniant Jésus-Christ : il réfute lui-même ses défenseurs et, pour les convaincre, il produit dans ses larmes des témoins irrécusables . Et quand nous parlons nous - mêmes ainsi, nous prenons plaisir à dénigrer le premier des Apôtres. Mais, en considérant sa faute, nous devons nous tenir pour avertis qu’aucun homme ne doit compter sur ses propres forces. Car, quel autre buta eu notre Sauveur et notre Maître, sinon de nous montrer, par l’exemple du premier des Apôtres, que personne ne doit rien présumer de lui-même? Pierre a souffert dans son âme ce qu’il offrait de souffrir dans son corps; mais ce n’a pas été pour le Seigneur, comme il avait la témérité de le présumer; il l’a précédé, mais tout autrement qu’il ne pensait. Car, avant la mort du Christ, il est mort par son reniement, et il est ressuscité par ses larmes; mais, s’il est mort, c’est que dans son orgueil il avait présumé de lui-même, et s’il est ressuscité, la raison en est que le Seigneur l’a regardé avec bonté.

 

Haut du document

 

 

 

 

Précédente Accueil Suivante