TRAITÉ LXIX
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SOIXANTE-NEUVIÈME TRAITÉ.

SUR CES PAROLES DE NOTRE-SEIGNEUR : « ET VOUS SAVEZ OU JE VAIS, ET VOUS EN SAVEZ LA VOIE », JUSQU'A CES AUTRES : « PERSONNE NE VIENT AU PÈRE QUE PAR MOI ». (Ch. XIV, 4-6.)

LE CHRIST, VOIE, VÉRITÉ ET VIE.

 

Jésus-Christ la Voie, la Vérité et la Vie ; c'est donc par lui que nous irons occuper la place qu'il nous prépare au ciel, et c'est à lui que nous irons : de même son humanité sainte a été élevée au ciel par là puissance du Verbe, et s'est trouvée unie à lui dans le séjour de la gloire.

 

1. Maintenant, mes très-chers frères, il faut, autant que possible, arriver à comprendre les premières paroles de Notre-Seigneur au moyen des dernières, et celles qu'il a dites auparavant par celles qu'il a prononcées ensuite; pour cela, nous nous appuierons sur la réponse qui a été faite à l'apôtre Thomas. Un peu auparavant, en parlant des demeures qu'il disait être dans la maison de 'son Père, le Christ avait affirmé qu'il allait les préparer; de là, nous avons conclu et que ces demeures existent déjà par la prédestination, et qu'elles se préparent quand la foi purifie les tueurs de ceux qui doivent y habiter; la raison en est que ces sortes de personnes sont la maison même de Dieu. Et encore, demeurer dans fa maison de Dieu, qu'est-ce autre chose, que faire partie du peuple de Dieu, puisque: ce peuple est en Dieu et que Dieu est en lui? Pour préparer ces demeures, le Seigneur s'en alla donc, et ainsi, en croyant en lui puisqu'on ne le voyait plus, on pouvait préparer par la foi cette demeure où l'on verra éternellement Dieu face à face. C'est pourquoi il avait dit : « Et quand je m'en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez vous-mêmes où je serai. Vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie. Sur cela, Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où vous allez, et comment pouvons-nous en connaître la voie? » Le Seigneur avait dit qu'ils savaient l'un et l'autre, et Thomas répond qu'ils ignorent, et le lieu où il va, et la voie qui y conduit. Mais le Seigneur ne sait pas mentir: ils savaient donc ces choses;

 

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mais ils ignoraient qu'ils les savaient. « Jésus lui dit: Je suis la voie, et la vérité, et la vie ». Eh quoi, mes frères? nous avons entendu la question du disciple, nous avons aussi entendu l'enseignement du Maître et nous n'en comprenons pas encore le sens caché, même après avoir entendu ses paroles retentir à nos oreilles? Mais qu'est-ce donc que nous ne pouvons comprendre ? Est-ce que ses Apôtres, avec lesquels il parlait, pouvaient lui dire : Nous ne vous connaissons pas? Si donc ils le connaissaient, puisqu'il est lui-même la voie, ils connaissaient la voie ; s'ils le connaissaient, puisqu'il est lui-même la vérité, ils connaissaient la vérité; s'ils le connaissaient, puisqu'il est la vie, ils connaissaient la vie. Les voilà donc convaincus de savoir ce qu'ils ignoraient savoir.

2. Pour nous, mes frères, y a-t-il, à votre avis, dans ce discours quelque chose que nous n'ayons pas compris? N'est-ce pas ce qu'il leur dit : « Et vous savez où je vais, et vous en connaissez la voie? » Et nous venons de voir qu'ils connaissaient la voie, parce qu'ils le connaissaient lui-même, et qu'il est la voie. Mais si la voie est le chemin par lequel on marche, est-elle aussi le lieu où l'on va ? Or, il avait dit qu'ils connaissaient ces deux choses: et où il va, et la voie qui y conduit ; il lui fallait donc dire : « Je suis la voie », pour leur montrer que, puisqu'ils le connaissaient, ils connaissaient la voie qu'ils croyaient ignorer; mais pourquoi dire: « Je suis la voie, et la vérité et la vie », puisque, étant connu le chemin par lequel il marchait, il ne restait à connaître que l'endroit où il allait, sinon parce qu'il allait à la vérité, à la vie? Il allait donc à lui-même, par lui-même, et nous, où allons-nous, si ce n'est à lui-même? et par où y allons-nous, si ce n'est par lui-même ? Il va donc à lui-même par lui-même ; et nous, nous allons à lui-même par lui-même, et c'est aussi par lui-même que, lui et nous, nous allons au Père. Ailleurs en effet il dit de lui-même : « Je vais au Père (1) » ; et ici il dit en parlant de nous : « Personne ne vient au Père, si ce n'est par moi ». Ainsi c'est par lui-même qu'il va à lui-même et au Père, et nous, c'est par lui-même que nous allons à lui-même et au Père. Mais ces choses, qui les comprend ? Celui-là seul qui a le sentiment des choses spirituelles; et encore, qu'est-ce

 

1. Jean, XVI, 10.

 

que comprend à cela, celui-là même qui a le sentiment des choses spirituelles? Mes frères, pourquoi voulez-vous que je vous explique ces choses? considérez combien elles sont élevées. Vous voyez ce que je suis ; je vois ce que vous êtes. En nous tous, ce corps de corruption appesantit l'âme, et cette habitation de boue abat l'esprit capable des plus hautes pensées (1). Croyons-nous pouvoir dire : « J'ai élevé mon âme vers vous, qui habitez dans le ciel (2) ? » Mais accablé par ce pesant fardeau sous lequel nous gémissons, comment élèverai-je mon âme, si celui qui a donné son âme pour moi n'élève la mienne avec moi? Je dirai donc ce que je pourrai ; que parmi vous comprenne qui pourra. C'est celui par la grâce de qui je parle, qui, par sa grâce, donne l'intelligence à celui qui comprend, et la foi à celui qui ne comprend pas. Car, « si vous ne croyez », dit un Prophète, « vous ne comprendrez pas (3) ».

3. Dites-moi, mon Dieu, ce que je dois dire à vos serviteurs avec lesquels je vous sers moi-même. L'apôtre Thomas, pour vous interroger, vous avait devant lui, et cependant il ne vous aurait pas compris, s'il ne vous avait pas eu au dedans de lui-même. Pour moi, je vous interroge, parce que je sais que vous êtes au-dessus de moi; je vous interroge, je m'efforce autant qu'il est en moi d'élever mon âme au-dessus de moi, et de pouvoir ainsi entendre, sinon votre parole, du moins vos instructions. Dites-moi, je vous en supplie, comment vous allez à vous-même ? Est-ce que, pour venir à nous, vous vous êtes quitté vous-même; surtout que vous n'êtes pas venu de vous-même, mais que le Père vous a envoyé ? Je sais que vous vous êtes anéanti; parce que vous avez pris la forme d'esclave (4), mais non parce que vous vous seriez dépouillé de la forme de Dieu pour avoir besoin d'y revenir, ou que vous l'auriez perdue pour avoir à la reprendre. Vous êtes néanmoins venu: non-seulement vous vous êtes montré à des yeux de chair, mais vous vous êtes laissé toucher par des mains d'hommes. Comment cela, sinon par votre chair ? C'est par elle que vous êtes venu, tout en restant où vous étiez; c'est par elle que, sans nous quitter, vous êtes retourné à l'endroit d'où vous étiez venu. Si donc c'est par votre

 

1. Sag. IX, 15. — 2. Ps. CXXII, 1. — 3. Isa. VII, 9, selon  les septante. — 4. Philipp. II, 7.

 

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chair que vous êtes venu et que vous êtes retourné, c'est par elle, assurément, non-seulement que vous êtes pour nous la voie par laquelle nous viendrons à vous, mais que pour vous-même vous avez été la voie par laquelle vous êtes venu et retourné. Mais comme vous êtes allé à la vie, que vous êtes vous-même la vie, vous avez conduit de la mort à la vie cette même chair qui était la vôtre. En effet, autre chose est le Verbe de Dieu, autre chose est l'homme. Mais le Verbe s'est fait chair, c'est-à-dire homme. C'est pourquoi autre n'est pas la personne du Verbe, autre la personne de l'homme ; car l'un et l'autre forment Jésus-Christ, qui est une seule personne; par là, de même que quand en lui la chair est morte, Jésus-Christ est mort, et que quand la chair a été ensevelie, Jésus-Christ a été enseveli (c'est ainsi, en effet, que nous le croyons de coeur pour être justifiés, et que nous le confessons de bouche pour être sauvés (1) ) ; de même, quand la chair est passée de la mort à la vie, Jésus-Christ est revenu à la vie. Comme d'ailleurs Jésus-Christ est le Verbe de Dieu, il est la vie. Ainsi est revenu à lui-même, d'une façon admirable et incompréhensible, celui qui ne s'était ni quitté ni perdu lui-même. Par sa chair, comme il a été dit, Dieu était venu vers les hommes, et la vérité vers les menteurs: car Dieu est vérité, et tout homme est menteur (2). Lors donc qu'il enleva du milieu des hommes et qu'il éleva sa chair jusqu'au séjour où personne ne ment; lui-même, puisque le Verbe s'est fait chair par lui-même, c'est-à-dire par sa chair, il est revenu vers la vérité qui est lui-même.

 

1. Rom. X, 10. — 2. Id. III, 4.

 

Toutefois se trouvant au milieu des menteurs, il garda cette vérité jusque dans les bras de la mort: Jésus-Christ a été en effet mort pendant quelque temps, mais il n'a jamais été séparé de la vérité.

4. Ecoutez une comparaison bien éloignée et bien disproportionnée ; mais telle qu'elle est elle servira à vous faire comprendre Dieu, bien qu'elle soit tirée des choses placées immédiatement au-dessous de Dieu. Me voici moi-même, quant à ce qui regarde mon esprit, je suis ce que vous êtes vous-mêmes. Si je me tais, je suis en moi-même: si je vous dis une chose que vous comprenez, je m'avance en quelque sorte vers vous, et je ne me quitte pas moi-même; mais je m'approche de vous et je ne m'éloigne pas du lieu d'où je viens. Que si ensuite je garde le silence, je reviens d'une certaine façon à moi-même, et en quelque manière je reste avec vous, si vous retenez ce que vous m'avez entendu dire. Mais s'il peut en être ainsi de l'image que Dieu a faite, pourquoi n'en serait-il pas de même de cette image qui n'a pas été faite par Dieu, mais qui, étant l'image de Dieu et Dieu elle-même, est née de Dieu, de cette image dont le corps, par le moyen duquel il est venu à nous, et dans lequel il s'est éloigné de nous, n'est pas comme le son passager sorti de ma bouche, mais demeure où il ne mourra plus, et où la mort n'aura plus d'empire sur lui (1) ? On pourrait et l'on devrait peut-être dire bien d'autres choses sur ces paroles de l'Evangile. Mais il ne faut pas surcharger vos coeurs d'aliments spirituels, si agréables qu'ils vous paraissent; car si l'esprit est prompt, la chair est faible (2).

 

1. Rom. VI, 9. — 2. Matth. XXVI, 41.

 

 

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