TRAITÉ LXXII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SOIXANTE-DOUZIÈME TRAITÉ, SUR LA MÊME LEÇON.

GRANDES OEUVRES DES CROYANTS.

 

D'après la parole infaillible de Jésus-Christ, celui qui croit, fait des oeuvres aussi grandes et même plus grandes que celles qu'opère le Fils de Dieu, puisque ses fidèles ont converti le monde, fait pratiquer des vertus inouïes, et que ceux qui ont cru en lui se sont changés eux-mêmes, mais avec sa grâce.

 

1. Que signifie, et en quel sens faut-il entendre ce que dit Notre-Seigneur : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais aussi? » c'est ce qu'il n'est pas facile de comprendre. Comme si ce passage n'était pas déjà suffisamment obscur par lui-même, le Christ y ajoute d'autres paroles encore plus obscures : « Et il fera de plus grandes choses encore ». Qu'est-ce que cela veut dire? Nous ne trouvions personne capable de faire les oeuvres que Jésus-Christ faisait, trouverons-nous quelqu'un pour en faire de plus grandes? Nous avions déjà dit dans le discours précédent que c'était un plus grand miracle de guérir les malades par sa seule ombre, en passant, comme font fait les disciples (1), que de les guérir par l'attouchement de sa robe, comme l'a fait Notre-Seigneur (2); et comme il y eut un plus grand nombre d'hommes pour croire à la prédication des Apôtres que pour croire à celle de Notre-Seigneur lui-même, c'était là, avons-nous dit encore, ce qu'il nous fallait entendre par ces oeuvres plus grandes. Il ne faut pas, néanmoins, s'y tromper : ni le disciple n'est plus

 

1. Act. V, 15. — 2. Matth. XIV, 36.

 

grand que le maître, ni le serviteur que le Seigneur, ni le fils adopté que le Fils unique, ni l'homme que Dieu lui-même; mais Jésus daignait faire par eux-mêmes de plus grandes choses; car il leur dit, en un autre endroit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire (1) ». Effectivement, sans parler de choses qui sont en nombre infini, il a fait ses disciples sans leur intermédiaire: saris eux il a fait le monde, et comme il a daigné se faire homme, il s'est encore fait lui-même sans eux. Pour eux, qu'ont-ils fait sans lui, si ce n'est le péché? Enfin, ce qui dans ce passage aurait pu nous embarrasser à ce sujet, il le fait bientôt disparaître; car, après avoir dit : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes », il ajoute aussitôt « Parce que moi je vais au Père, et toutes les choses que vous demanderez à mon Père en mon nom, je les ferai ». Il avait dit : « Il fera »; il dit ensuite : « Je ferai ». C'est comme s'il disait : Que cela ne vous paraisse pas impossible. Car celui qui croit en moi ne pourra jamais être plus grand que moi ; mais c'est moi qui ferai alors des oeuvres plus

 

1. Jean, XV, 5.

 

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grandes que celles que je fais maintenant; je ferai des oeuvres plus grandes par celui qui croit en moi, que je n'en ai fait sans lui et par moi-même. Cependant, c'est toujours moi qui agis sans lui, comme c'est toujours moi qui agis par lui; mais quand j'agirai sans lui, il ne les fera pas lui-même. Quand j'agirai par lui, il ne les fera point par lui-même, mais il les fera lui-même. Or, faire de plus grandes choses par lui que sans lui, ce n'est point de ma part un abaissement, mais une condescendance. Car, qu'est-ce que les serviteurs du Seigneur peuvent lui rendre pour tout le bien qu'il leur a fait (1) ? Entre tous ses dons, le moindre n'est pas d'avoir daigné leur accorder de faire par eux-mêmes des oeuvres plus grandes que celles qu'il avait faites sans eux. Le jeune riche, qui lui demandait le moyen d'acquérir la vie éternelle, ne s'éloigna-t-il pas tout triste après l'avoir entendu (2) ? Il l'entendit et s'éloigna. Et cependant, ce qu'un seul n'a pas fait après avoir entendu le Maître lui-même, une foule d'autres l'ont fait, lorsque ce bon maître leur a parlé par ses disciples : méprisé par le riche qu'il avertit lui-même, il a été aimé de ceux qui, étant riches, ont embrassé la pauvreté à la voix de gens pauvres. Ainsi il a fait de plus grandes choses par la prédication de ceux qui ont cru en lui, qu'il n'en a fait par lui-même sur ceux qui l'entendaient.

2. Mais voici encore une difficulté qui m’embarrasse , c'est qu'il a fait ces plus grandes choses par l'entremise de ses Apôtres, et pourtant il ne faisait pas allusion à eux seuls, et n'a pas dit : Vous ferez les oeuvres que je fais, et vous en ferez même de plus grandes. Mais il parlait de tous ceux qui appartiennent à sa famille, et il voulait qu'on le comprit bien ; c'est pourquoi il dit : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes encore ». Si donc quiconque croit, fera ces oeuvres, il va de soi que celui qui ne les fait pas ne croit pas. Ainsi il dit ailleurs : « Celui qui m'aime garde mes commandements (3) », d'où il suit assurément que celui qui ne les garde pas, ne l'aime pas. De même il dit en un autre endroit : « Celui qui écoute les paroles que je dis et les pratique, je le comparerai à l'homme prudent qui bâtit sa maison sur la pierre (4) ». Donc

 

1. Ps. CXV, 12. —  2. Matth. XIX, 16-22. — 3. Jean, XIV, 21. — 4. Matth. VII, 24.

 

celui qui n'est pas semblable à cet homme prudent, ou bien entend ces paroles sans les pratiquer, ou bien ne les entend pas du tout. « Celui qui croit en moi », dit-il, « quand il serait mort, vivra (1) ». Celui donc qui ne vivra pas, ne croit pas : c'est évident, il en est de même pour ces paroles: « Celui qui croit en moi, fera les œuvres » ; assurément celui qui ne les fera pas ne croit pas. Mais qu'est-ce que cela veut dire, mes frères? Faut-il ne point compter au nombre de ceux qui croient en Jésus-Christ celui qui n'a pas fait des oeuvres plus grandes que celles de Jésus-Christ? Ce serait dur, absurde, intolérable; pour supporter une pareille doctrine, il faut la comprendre. Ecoutons donc l'Apôtre : « L'homme qui croit en celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice (2) ». Dans cette oeuvre, faisons les oeuvres de Jésus-Christ; car croire en Jésus-Christ, c'est faire l'oeuvre de Jésus-Christ. Cette oeuvre, il l'opère en nous, mais non pas sans nous. Maintenant donc, écoute et comprends : « Celui qui croit en moi fera les oeuvres que je fais moi-même ». Je les fais d'abord, ensuite il les fera lui-même, parce que je fais en sorte qu'il les fasse. Et quelles sont ces oeuvres? N'est-ce pas de pécheur devenir juste?

3. « Et il en fera de plus grandes » . De quelles oeuvres est-il ici question, je vous le demande ? Est-ce que celui qui opère son salut avec crainte et tremblement fait des oeuvres plus grandes que toutes celles de Jésus-Christ (3)? Cette oeuvre du salut, Jésus-Christ la fait lui-même en lui, mais non sans lui. Or, je n'hésite pas à le dire : c'est là une oeuvre plus grande que la création du ciel et de la terre, et de tout ce que nous voyons dans le ciel et sur la terre. En effet, le ciel et la terre passeront (4), mais le salut et là justification des prédestinés, c'est-à-dire de ceux que Dieu connaît d'avance, demeureront toujours. Dans le ciel et la terre nous voyons l'oeuvre de Dieu, mais dans les élus nous voyons l'image de Dieu. Dans le ciel se trouvent les Trônes, les Dominations, les Principautés, les Puissances; les Archanges et les Anges, qui sont des oeuvres de Jésus-Christ. Fait-il une oeuvre plus grande que la création de ces esprits, celui qui, avec la coopération de Jésus-Christ, assure son salut éternel et sa justification? Je

 

1. Jean, XI, 25. — 2. Rom. IV, 5. — 3. Philipp. II, 12. — 4. Matth. XXIV, 35.

 

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 n'ose pas vous donner une réponse précipitée. Comprenne et décide qui pourra, s'il est plus grand de créer les justes que de justifier les pécheurs. Ce qu'il y a de certain, c'est que si des deux côtés la puissance est égale, dans ce dernier cas la miséricorde l'emporte. « C'est en effet le grand mystère de piété qui a été manifesté dans la chair, justifié dans l'esprit, qui a apparu aux anges, qui a été prêché parmi les nations, cru dans le monde et élevé dans la gloire (1) ! » Mais rien ne nous oblige à croire que Jésus-Christ entend parler de toutes ses oeuvres lorsqu'il dit : « Il en fera de plus grandes que celles-ci » : par « celles-ci », il a peut-être voulu nous faire entendre celles qu'il faisait en ce moment. Or, en ce moment il proférait des paroles de foi, et il avait déjà voulu parler de ces oeuvres,

 

1. I Tim. III, 16.

 

lorsqu'il disait : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais le Père qui; demeure en moi, fait les oeuvres que je fais ». Alors ses paroles étaient ses oeuvres, et assurément il est moins grand de prêcher les paroles de justice, chose que Jésus-Christ a faite sans nous, que de justifier les pécheurs, chose qu'il fait en nous, mais concurremment avec nous. Il nous reste à examiner comment il faut entendre ces mots : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai ». Comme les fidèles demandent à Dieu beaucoup de choses qu'ils n'obtiennent pas, il s'élève à ce sujet une difficulté considérable; mais comme aussi il est temps de terminer ce discours, mieux vaut différer un peu pour traiter et examiner cette question plus à loisir.

 

 

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