TRAITÉ LXXIV
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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SOIXANTE-QUATORZIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CES PAROLES : « SI NOUS M'AIMEZ GARDEZ MES COMMANDEMENTS », JUSQU'À CES AUTRES « IL DEMEURERA CHEZ VOUS ET IL SERA EN VOUS ». (Chap. XIV, 15-17.)

LE DON DE L'ESPRIT-SAINT.

 

Pour accomplir le moindre devoir, il faut l'assistance du Saint-Esprit; mais pour le posséder parfaitement, d'une manière permanente et intime, pour le bien connaître, il est indispensable d'observer les commandements de Jésus-Christ. Nous recevons donc le Saint-Esprit dans une mesure proportionnée à notre fidélité à ses ordres.

 

1. Nous l'avons entendu, mes frères, dans cette leçon de l'Evangile. Notre-Seigneur nous a dit : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements, et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour qu'il a demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point. Mais vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera en vous ». Il y a beaucoup de questions à faire sur ce peu de paroles de Notre-Seigneur; mais c'est pour nous une grande entreprise de chercher à découvrir tout ce qui s'y trouve renfermé, et encore plus de trouver tout ce que nous y chercherons. Cependant, autant que le Seigneur voudra bien nous en faire la grâce, selon notre capacité et aussi selon la vôtre, (18) nous serons attentifs, nous à ce que nous devons dire, et vous à ce que vous devez entendre. Recevez donc par nous, très-chers frères, ce que nous pouvons vous donner; et ce qu'il nous est impossible de vous expliquer, demandez-le au Seigneur. Jésus-Christ promet à ses Apôtres l'Esprit consolateur; mais voyons de quelle manière il le leur promet : « Si vous m'aimez », leur dit-il, « gardez mes commandements, et je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, l'Esprit de vérité, afin qu'il demeure éternellement avec vous ». Cet Esprit est évidemment le Saint-Esprit de la Trinité, que la foi catholique reconnaît comme étant consubstantiel et coéternel au Père et au Fils. C'est de lui que l'Apôtre nous dit . « L'amour de Dieu a été « répandu dans nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (1) ». Comment donc Notre-Seigneur dit-il : « Si vous m'aimez, gardez. mes commandements, et moi je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur » ; puisque cet Esprit-Saint dont il parle est celui-là même sans lequel nous ne pouvons ni aimer Dieu, ni garder ses commandements ? Comment aimerons-nous pour recevoir Celui sans lequel nous ne pouvons rien aimer? Ou bien, comment garderons-nous les commandements, pour recevoir celui sans lequel nous ne pouvons les garder? Ou bien, y aurait-il préalablement en nous un amour qui nous ferait aimer Jésus-Christ, de telle sorte qu'en aimant Jésus-Christ et en observant ses commandements, nous mériterions de recevoir le Saint-Esprit, et que l'amour, non pas de Jésus-Christ, puisque cet amour nous l'aurions d'avance, mais l'amour de Dieu le Père serait répandu dans nos coeurs par l'EspritSaint, qui nous a été donné? Cette pensée est mauvaise, car celui qui croit aimer le Fils, et n'aime pas le Père, celui-là n'aime pas même le Fils ; il n'aime que le fantôme qu'il s'est forgé à lui-même. D'ailleurs, c'est une parole expresse de l'Apôtre que « personne ne « peut dire : Seigneur Jésus, si ce n'est par le Saint-Esprit (2) ». Et qui peut dire: Seigneur Jésus, de la manière que l'entendait l'Apôtre, sinon celui qui l'aime? Plusieurs, en effet, le disent de bouche, mais le nient dans leur coeur et par leurs actes. C'est de ceux-là qu'il a dit : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le nient par leurs oeuvres (3) ». Si c'est

 

1. Rom. V, 5. — 2. I Cor. XII, 3. — 3. Tit. I, 16.

 

par les oeuvres qu'on le renonce, assurément c'est aussi par les oeuvres qu'il faut le confesser. « Personne donc ne dit : Seigneur Jésus » d'esprit, de parole, de fait, de coeur, de bouche et d'action, personne ne dit : Seigneur Jésus, sinon par le Saint-Esprit » ; et personne ne le dit ainsi, à moins de l'aimer. Les Apôtres disaient déjà de la sorte : « Seigneur Jésus », et ils le disaient ainsi sans fiction aucune; s'ils le confessaient de bouche sans le nier dans leur coeur et par leurs actes; s'ils le disaient en toute vérité, c'est qu'évidemment ils l'aimaient. Mais comment pouvaient-ils l'aimer, sinon par l'Esprit-Saint? Pourtant ils doivent d'abord aimer Jésus et garder ses commandements, afin de recevoir le Saint-Esprit, sans lequel ils ne peuvent ni aimer ni garder les commandements.

2. Il faut donc reconnaître que celui qui aime a déjà l'Esprit-Saint, et que l'ayant, il mérite de l'avoir encore à un degré plus éminent et qu'ainsi son amour augmente. Les disciples avaient donc déjà l'Esprit-Saint que le Seigneur leur promettait, et sans lequel ils n'auraient pu l'appeler Seigneur. Mais cependant ils ne l'avaient point encore, dans le sens que le Seigneur le leur promettait. Il est donc vrai de dire qu'ils l'avaient et qu'ils ne l'avaient pas, puisqu'ils ne l'avaient pas encore au degré où ils devaient l'avoir : ils l'avaient bien un peu, mais ils devaient l'avoir davantage. Ils l'avaient d'une manière cachée, ils devaient le recevoir ouvertement. Et ce qui était de nature à augmenter la grandeur du don qui leur était promis, c'est qu'ils devaient savoir pertinemment qu'ils possédaient le Saint-Esprit. C'est de ce don que parle l'Apôtre, lorsqu'il dit: « Pour nous, nous avons reçu, non pas l'esprit de ce monde, mais l'Esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits (1) ». Car ce n'est pas une seule fois, mais deux fois, que Notre-Seigneur répandit l'Esprit-Saint sur ses Apôtres d'une manière visible. En effet, peu après sa résurrection, il leur dit en soufflant sur eux : « Recevez l'Esprit-Saint (2)». Parce qu'il le leur donna en ce moment, est-ce qu'il ne leur envoya point plus tard celui qu'il leur avait promis? Ou bien, n'était-ce pas le même qu'il répandit sur eux par son souffle et qu'ensuite il leur envoya du haut du ciel (3)? C'est donc une nouvelle question de savoir

 

1. I Cor. 11, 12. — 2. Jean, XX, 22. — 3. Act. II, 4.

 

pourquoi cette donation visible du Saint-Esprit a été renouvelée deux fois : ce fut peut-être à cause du double précepte de l'amour de Dieu et du prochain ; comme il voulait nous montrer que ce double amour est l'effet du Saint-Esprit, l'infusion de cet Esprit a été renouvelée deux fois d'une manière apparente. Il peut y avoir de ce fait d'autres raisons, mais nous ne sommes pas au moment de chercher à les connaître; car nous prolongerions ce discours outre mesure. Tenons seulement pour constant que sans l'Esprit-Saint nous ne pouvons ni aimer Jésus-Christ, ni garder ses commandements, et que nous ferons ces deux choses plus ou moins parfaitement, selon que nous aurons reçu ce même Esprit avec plus ou moins d'abondance. C'est pourquoi ce n'est pas inutilement que l'Esprit-Saint est promis, non-seulement à celui qui ne l'a pas, mais même à celui qui le possède déjà: par là, celui qui ne l'a pas encore commencera à l'avoir, et celui qui l'a déjà, le possédera en de plus larges proportions. En effet, si l'Esprit-Saint ne pouvait s'obtenir à un degré moindre par les uns, et à un degré plus élevé par les autres, le saint prophète Elysée n'aurait pas dit au saint prophète Elie : « Que l'esprit qui est en vous soit doublé en moi (1)».

3. En prononçant ces mots : a Dieu ne donne « pas son Esprit par mesure (2) », Jean-Baptiste parlait du Fils même de Dieu, car l'Esprit-Saint ne lui a pas été donné par mesure, puisque la divinité habite en lui dans toute sa plénitude (3). En effet, le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme (4), n'a jamais été privé de la grâce du Saint-Esprit ; lui-même l'a déclaré; c'est en lui que s'est accomplie cette prophétie : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, c'est pourquoi il m'a rempli de son onction; il m'a envoyé évangéliser les pauvres (5) ». Qu'il soit le Fils unique de Dieu, égal au Père, c'est sa nature et non pas un effet de la grâce; mais qu'il se soit uni un homme pour ne faire avec lui qu'une seule personne qui est celle du Fils unique de Dieu, ce n'est plus sa nature, mais un don de la grâce ; l'Evangile nous en avertit en ces termes : « Cependant l'enfant croissait et se fortifiait, il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui (6) ». Pour les autres hommes, le don de l'Esprit-Saint leur est accordé

 

1. IV Rois, 11, 9. — 2. Jean, III, 34. — 3. Coloss. II, 9. — 4. I Tim. II, 5. — 5. Luc, IV, 18-21. — 6. Id. II, 40.

 

et augmenté par mesure jusqu'à ce que se comble pour chacun la mesure de la perfection qui lui est propre. C'est pourquoi l'Apôtre nous avertit « de ne pas être plus sages « qu'il ne faut, mais d'être sages avec sobriété selon la mesure de la foi que Dieu a répartie à chacun (1) ». Ce n'est pas que l'Esprit-Saint soit partagé; mais il partage ses dons. Il y a diversité de dons spirituels; mais il n'y a qu'un même Esprit (2).

4 Mais quand Jésus dit: « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet », il montre qu'il est lui-même tin Paraclet. Paraclet est un mot qui, en latin, signifie avocat; or, il est dit de Jésus-Christ : « Nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ le juste (3) Ainsi, quand Jésus-Christ a dit que le monde ne pouvait pas recevoir le Saint-Esprit, il a parlé dans le même sens que l'Apôtre en ce passage : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu; car elle n'est pas soumise à la loi et ne peut l'être (4) ». C'est comme si nous disions : L'injustice ne peut être juste. Par le monde, en cet endroit, Jésus entend ceux qui aiment le monde d'un amour qui ne vient pas du Père (5). C'est pourquoi à l'amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé l'amour de Dieu qui est répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. « Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît point ». Car l'amour du monde n'est pas doué de ces yeux invisibles par lesquels on voit le Saint-Esprit, parce qu'il ne peut être vu que d'une manière toute spirituelle.

5. « Mais vous », dit Notre-Seigneur, « vous le connaîtrez, parce qu'il restera avec vous et qu'il sera en vous ». Il sera en eux pour y demeurer; il n'y demeurera pas pour y être; car il faut être en un lieu avant d'y demeurer. Mais afin que les disciples n'entendent pas ces paroles : « Il demeurera avec vous », en ce sens qu'il demeurerait visiblement auprès d'eux, à la façon dont un étranger demeure chez son hôte, il explique ces mêmes paroles en ajoutant: « Il sera en  vous ». Il se voit donc d'une manière invisible; s'il n'est pas en, noua, nous ne pouvons le connaître; car ainsi voyons-nous en nous,

 

1. Rom. XII, 3. — 2. I Cor. XII, 4. — 3. I Jean, II, 1. —  4. Rom. VIII, 7. — 5. I Jean, II, 16.

 

19

 

mêmes notre propre conscience. Nous voyons le visage d'un autre, nous ne voyons pas le nôtre; nous voyons notre conscience, et nous ne voyons pas celle d'autrui. Mais notre conscience ne peut être ailleurs qu'en nous, tandis que l'Esprit-Saint peut très-bien être sans nous; c'est pourquoi il nous est donné, afin d'être aussi en nous. Mais nous ne pouvons le voir et le connaître comme il veut être vu et connu, que s'il est en nous.

 

 

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