TRAITÉ XCIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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QUATRE-VINGT-TREIZIÈME TRAITÉ.

DEPUIS CES   LES DE NOTRE-SEIGNEUR : « JE VOUS AI DIT CES CHOSES, AFIN QUE VOUS NE SOYEZ POINT SCANDALISÉS », JUSQU'A CES AUTRES : « MAIS JE VOUS AI DIT CES CHOSES, AFIN QUE, QUAND LEUR HEURE SERA VENUE, VOUS VOUS SOUVENIEZ QUE JE VOUS LES AI DITES ». (Chap. XVI, 1-4.)

 

PRÉDICTION DE MALHEURS.

 

Jésus-Christ ne voulait pas voir ses Apôtres exposés, sans préparation, aux épreuves qui les attendaient : aussi, pour les préserver de tout scandale, il leur annonce qu'on les chassera des synagogues, qu'on ira jusqu'à les faire mourir: tant seront grands les succès de leur ministère! et que quiconque les tuera croira encore travailler à la gloire de Dieu.

 

1. Dans ce qui précède ce chapitre de notre Evangile, le Seigneur voulait confirmer ses disciples dans la disposition de supporter la haine de leurs ennemis. Il les y préparait en leur proposant son exemple : en l'imitant ils devaient devenir plus forts; il y ajoutait la promesse du Saint-Esprit qui devait venir et rendre témoignage de lui; enfin il leur annonçait qu'ils lui rendraient eux-mêmes témoignage sous l'influence du Saint-Esprit. Voici ce qu'il dit : « Il rendra témoignage de moi, et vous aussi vous en rendrez témoignage ». Assurément, c'est parce que le Saint-Esprit rendra témoignage , que vous rendrez témoignage vous-mêmes. Il rendra témoignage dans vos coeurs, et vous, ce sera par vos paroles. Il vous inspirera, et vous, vous parlerez afin que puisse s'accomplir ce qui est dit : « Leur voix s'est répandue par « toute la terre (1) ». C'eût été peu de les encourager par son exemple, s'il ne les eût encore remplis de son esprit. L'Apôtre avait entendu ces paroles de Notre-Seigneur : « Le serviteur n'est pas plus grand que son maître ; s'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (2) ». Et il en voyait déjà l'accomplissement, et si l'exemple avait pu suffire pour cela, il aurait dû imiter la patience de son Maître; mais il succomba et le

 

1. Ps. XVIII, 5. — 2. Jean, XV, 20.

 

renia, car il ne pouvait souffrir ce qu'il lui voyait souffrir lui-même. Mais quand il eut reçu le don du Saint-Esprit, il annonça celui qu'il avait renié, et Celui qu'il avait craint de reconnaître pour son Maître, il ne craignit pas de le proclamer tel. D'abord l'exemple du Christ l'avait instruit en lui montrant ce qu'il devait faire; pourtant il n'avait pas encore reçu cette vertu qui devait le fortifier et lui faire exécuter ce qu'il savait ; il avait appris ce qu'il fallait pour rester debout, mais il n'avait pas encore été assez affermi pour ne pas tomber. Comme dans la suite il fut affermi par le Saint-Esprit, il prêcha jusqu'à la mort Celui qu'il avait renié par crainte de la mort. C'est pourquoi le Seigneur commence le chapitre dont j'ai maintenant à vous parler, par les paroles suivantes : « Je vous ai dit ces choses afin que vous ne soyez pas scandalisés ». Nous chantons en effet dans le psaume: « Paix profonde à ceux qui aiment votre loi; rien n'ébranlera leur fidélité (1) ». C'est donc avec raison qu'après avoir promis à ses Apôtres le Saint-Esprit qui leur ferait rendre témoignage de lui, Jésus ajoute : « Je vous ai dit ces choses afin que vous ne soyez point scandalisés ». Quand la charité est répandue dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné (2), il se fait une grande paix,

 

1. Ps. CXVIII, 165. — 2. Rom. V, 5.

 

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car alors nous aimons la loi de Dieu, et pour de telles gens il n'y a point de scandale possible.

2. Il leur annonce ensuite ce qu'ils doivent souffrir, et il leur dit : « Ils vous mettront hors des synagogues ». Quel malheur pour les Apôtres d'être chassés des synagogues juives, puisqu'ils s'en seraient eux-mêmes séparés, quand même personne ne les en eût chassés? Le Seigneur voulait par là leur annoncer que les Juifs ne recevraient pas Jésus-Christ, dont ils ne devaient pas eux-mêmes se séparer; ils devaient donc s'attendre à être chassés avec lui par ceux qui ne voulaient pas rester en lui, quoiqu'ils ne pussent rester sans lui. Comme il n'y avait point d'autre peuple de Dieu que cette postérité d'Abraham, s'ils avaient reconnu et reçu Jésus-Christ, ils auraient été entés sur lui comme des branches naturelles sont entées sur l'olivier franc (1), et nous n'aurions pas vu, d'un côté les églises du Christ, et de l'autre les synagogues des Juifs; elles eussent été confondues ensemble, si elles avaient voulu se réunir en lui. Mais puisqu'elles ne l'ont pas voulu, que restait-il à attendre? C'est que ceux qui demeuraient séparés de Jésus-Christ mettraient hors des synagogues ceux qui ne voulaient pas l'abandonner. Après avoir reçu le Saint-Esprit, les Apôtres rendirent donc témoignage à Jésus-Christ, et ainsi furent-ils bien éloignés de ressembler à ceux dont il est dit : « Plusieurs princes des Juifs crurent en lui ; mais par crainte des Juifs, ils n'osaient pas le confesser, de peur d'être chassés des synagogues ; « car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu (2) ». Ils crurent donc en lui, mais non pas comme l'entend Celui qui a dit : « Comment pouvez-vous croire, vous qui cherchez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul (3) ? » Les disciples crurent donc en lui, remplis de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire du don de la grâce de Dieu; ils ne furent ni du nombre de ceux a qui, ignorant la justice a de Dieu, et voulant établir leur propre justice, ne sont pas soumis à celle de Dieu (4)»; ni du nombre de ceux dont il est dit : « Ils « ont mieux aimé la gloire des hommes que « celle de Dieu ». C'est à eux que s'applique cette prophétie, puisqu'en eux elle se trouve accomplie : « Seigneur, ils marcheront dans

 

1. Rom. XI, 17. — 2. Jean, XII, 42, 43. — 3. Id. V, 41. — 4. Rom. X, 3.

 

la lumière de votre visage ; ils se réjouiront tout le jour en votre nom et ils seront a élevés dans votre justice, parce que c'est vous qui êtes la gloire de leur vertu (1) ». C'est donc avec raison qu'il leur dit : « Ils vous mettront hors des synagogues, ceux qui ont dit zèle pour Dieu, mais dont le zèle n'est pas selon la science » ; c'est pourquoi, « ignorant la justice de Dieu et voulant établir leur propre justice (2) », ils chassent ceux qui s'enorgueillissent non de leur propre justice, mais de la justice de Dieu et qui, chassés par les hommes, n’en rougissent nullement, parce que c'est Dieu lui-même qui est la gloire de leur vertu.

3. Enfin, ayant ainsi parlé, Jésus ajoute « Mais l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira être agréable à Dieu : et ils vous feront ces choses, parce qu'ils n'ont connu ni mon Père, ni moi » ; c'est-à-dire, ils n'ont connu ni Dieu, ni son Fils, auquel ils croient se rendre agréables en vous mettant à mort. Le Seigneur ajoute ceci, pour consoler ses disciples de ce que les Juifs les chasseront de leurs synagogues. D'avance il leur annonce les maux qu'ils souffriront pour lui rendre témoignage : « Ils vous mettront hors des synagogues ». Et il ne dit pas : Et l'heure vient où quiconque vous tue croira obéir à Dieu ; que dit-il donc ? « Mais l'heure vient » : comme si par ces paroles il voulait leur annoncer une compensation à tous ces maux. Que signifient donc ces mots : « Ils vous mettront hors des synagogues ; mais l'heure vient ? » C'est comme s'il voulait leur dire: Ils vous disperseront, mais je vous réunirai ; ou bien : Ils vous disperseront, mais voici venir l'heure de votre joie. Et cependant, que veut dire cette parole : « Mais a l'heure vient n, qui semble leur promettre des consolations à la suite de leurs tribulations? Ne semble-t-il pas qu'il eût dû employer cette expression démonstrative : Et l'heure vient ? Pourtant il ne dit pas : Et l'heure vient, quoiqu'en réalité il leur annonce tribulations sur tribulations, au lieu de leur prédire une consolation à titre de récompense pour leurs peines. Cette expulsion hors des synagogues devait-elle les troubler au point d'aimer mieux mourir que de vivre séparés de l'assemblée des Juifs? Ah 1 qu'ils étaient loin de se laisser ainsi troubler,

 

1. Ps. LXXXVIII, 16-18. — 2. Rom. X, 2, 3.

 

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puisqu'ils recherchaient la gloire de Dieu, et non celle des hommes ! Que signifient donc ces mots : « Ils vous mettront hors des synagogues; mais l'heure vient » ; quand il semble que Jésus aurait dû dire plutôt : Et l'heure vient, « où quiconque vous tuera croira rendre hommage à Dieu ? » Il ne dit pas non plus: Mais l'heure vient où ils vous tueront; comme pour leur annoncer que la mort les consolerait de cette séparation , il dit : « Mais l'heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre hommage à Dieu ». Notre-Seigneur n'a pas voulu leur marquer et leur faire entendre autre chose que la joie qu'ils ressentiraient après avoir été chassés des assemblées des Juifs. Vous gagnerez tant de fidèles à Jésus-Christ, veut-il leur dire, qu'il ne leur suffira plus de vous chasser, il leur faudra vous faire mourir, de peur que par votre prédication vous ne convertissiez tout le monde à Jésus-Christ, et que vous ne le détourniez de la pratique du judaïsme, qu'ils regardent comme la vérité divine. Car évidemment c'est des Juifs qu'il veut parler ici, comme c'est d'eux qu'il a dit : « Ils vous met« front hors des synagogues n. Sans doute, certains témoins, c'est-à-dire certains martyrs de Jésus-Christ ont été mis à mort par les païens. Mais, remarquez-le, ces païens, en les mettant à mort, croyaient rendre hommage non à Dieu, mais à leurs faux dieux. Or, ceux d'entre les Juifs qui mettaient à mort les prédicateurs de Jésus-Christ, croyaient rendre hommage à Dieu; car ils s'imaginaient que c'était abandonner le Dieu d'Israël que se convertir à Jésus-Christ. Telle fut en effet la raison qui les poussa à faire mourir Jésus-Christ lui-même. Car ce sont eux qui ont prononcé ces paroles : « Vous voyez que tout le monde court après lui (1) ! Si nous le laissons faire, les Romains viendront et ils ruineront et notre ville et notre nation ». Caïphe n'a-t-il pas dit encore : « Il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas (1) ? » Dans ce discours, Notre-Seigneur encourageait donc ses disciples par son exemple en leur disant : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (3) », et comme en me mettant à mort ils croiront rendre hommage à Dieu, il en sera de même pour vous.

 

1. Jean, XII, 19. — 2. Id. XI, 48, 50. — 3. Id. XV, 20.

 

4. Voici donc le sens de ces paroles: « Ils vous mettront hors des synagogues » ; mais n'ayez pas peur de vous trouver seuls; car à peine séparés de leur assemblée, vous réunirez un si grand nombre d'hommes en mon nom, que craignant de voir leur temple désert et tous les sacrements de l'ancienne loi abandonnés, ils vous mettront à mort et, en répandant votre sang, ils croiront rendre hommage à Dieu. C'est là ce que l'Apôtre nous dit à leur sujet : « Ils ont le zèle de Dieu, mais leur zèle n'est pas selon la science (1) »; car ils croient rendre hommage à Dieu en mettant à mort ses serviteurs. O égarement horrible ! Eh quoi ! pour plaire à Dieu tu fais mourir ceux qui lui plaisent et tu détruis par la mort le temple vivant de Dieu, dans la crainte de voir son temple de pierre abandonné ! O aveuglement exécrable ! Mais une partie d'Israël y est tombée, afin que la plénitude des nations entrât dans l'Eglise. Je dis une partie d'Israël, et non pas Israël tout entier ; car toutes les branches n'ont pas été brisées; il n'y a eu de rompus que quelques rameaux à la place desquels a été greffé le sauvageon (2). En effet, lorsque les disciples de Jésus-Christ furent remplis du Saint-Esprit, ils se mirent à parler toutes sortes de langues, lorsque par eux furent accomplis un grand nombre de miracles divins, et qu'ils répandirent partout la parole de Dieu, Jésus quoique crucifié fut tellement aimé que ses disciples, après avoir été chassés de l'assemblée des Juifs, réunirent même d'entre les Juifs une grande multitude, et ne craignirent pas d'être seuls a. Pour ceux qui restèrent réprouvés et aveugles, ayant le zèle de Dieu, mais non selon la science, ils croyaient rendre hommage à Dieu en faisant mourir ses Apôtres; mais Celui qui était mort pour eux les rassemblait; avant sa mort il les avait instruits de ce qui devait leur arriver, car il ne voulait pas que ces maux inattendus et imprévus pussent, malgré leur peu de durée, jeter le trouble dans leurs esprits ignorants et nullement préparés à pareille épreuve. Connues d'avance et endurées patiemment, ces tribulations devaient au contraire les conduire aux biens éternels. Que telle ait été la cause de cette prédiction, c'est ce que nous indique Notre-Seigneur quand il ajoute : « Mais je vous ai dit ces choses, afin que

 

1. Rom. X, 2. — 2. Id. XI, 25, 17. — 3. Actes, II-IV.

 

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l'heure en étant venue, vous vous rappeliez que je vous les ai dites ». Heure de ténèbres, heure nocturne. « Mais le Seigneur qui a signalé sa miséricorde dans le jour, l'a encore signalée dans la nuit (1) »; quand la nuit des Juifs a repoussé loin d'elle le jour des chrétiens sans pouvoir l'obscurcir, et qu'elle a fait mourir leurs corps sans être à même de plonger leur foi dans les ténèbres.

 

1. Ps. XLI, 9.

 

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