LETTRE XLI
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

LETTRE XLI. (Année 397.)

 

Félicitations religieuses adressées à Aurèle, évêque de Carthage. Ces pages donnent du courage et de l'élan à toute âme qui travaille sous les yeux de Dieu.

 

ALYPE ET AUGUSTIN A LEUR BIEN-AIMÉ FRÈRE ET COLLÈGUE DANS LE SACERDOCE, LE SAINT ET VÉNÉRABLE SEIGNEUR ET PAPE AURÈLE, SALUT DANS LE SEIGNEUR.

 

1. Notre bouche a été remplie de chants de joie et notre langue de cris d'allégresse (1), quand nous avons appris par votre lettre l'accomplissement de vos saintes pensées, Dieu aidant, sur tous nos frères ordonnés, et principalement sur les sermons que les prêtres adressent au peuple en votre présence: votre charité, par leur langue, crie d'une plus grande voix dans les coeurs des hommes que la parole de ces prêtres ne retentit à leurs oreilles. Dieu soit loué ! Nous ne pouvons rien penser, rien dire ni écrire de meilleur que ces mots,- Dieu soit loué ! Rien de plus court sur les lèvres, de plus joyeux à entendre, de plus grand à comprendre, de plus utile à faire. Dieu soit loué, qui vous a enrichi d'un coeur si dévoué à vos enfants. qui a mis en lumière ce que vous aviez au fond de l'âme, où l'oeil humain ne pénètre pas, et qui vous a fait la grâce non-seulement de voir le bien, mais encore de pouvoir le montrer! Qu'il éclate donc avec

 

1. Ps. CXXV, 2.

 

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évidence ! Que ces oeuvres luisent devant les hommes pour qu'ils voient, pour qu'ils se ré jouissent et glorifient Dieu qui est dans les cieux (1) ! Que ce soient là vos joies dans le Seigneur. Puisse-t-il vous exaucer, priant pour vos prêtres, ce Dieu que vous écoutez parlant par leur bouche! Qu'on aille, qu'on marche, qu'on coure dans la voie du Seigneur ; que les petits soient bénis avec les grands et comblés de joies dans ceux qui leur disent: « Nous irons dans la maison du Seigneur (2) ! » Que les uns s'avancent les premiers et que les autres suivent, devenus leurs imitateurs comme les premiers sont les imitateurs du Christ. Que les saintes fourmis hâtent leur marche, que les ouvrages des saintes abeilles exhalent leur parfum, qu'on porte des fruits de patience avec la grâce de continuer jusqu'à la fin. Que le Seigneur ne permette pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, mais qu'il nous « fasse tirer un avantage de la tentation même afin que nous puissions persévérer (3) ! »

Priez pour nous, ô vous qui êtes digne d'être exaucé ! Car vous approchez de Dieu avec un grand sacrifice de sincère amour et de louange dans vos oeuvres. Priez pour que ces mêmes oeuvres luisent en nous; celui que vous priez sait quelle joie nous éprouvons à les voir luire en vous. Ce sont là nos voeux, ce sont là « les consolations qui, en proportion, de nos douleurs, réjouissent notre âme (4). » Cela est ainsi, parce que cela a été promis; le reste arrivera aussi, parce que la promesse nous en a été faite. Nous vous conjurons, au nom de celui qui vous a accordé ces grâces et qui a ainsi béni par vous votre peuple, de nous faire envoyer, à votre choix, les sermons de vos prêtres après qu'ils auront été écrits et corrigés. Je ne néglige point, quant à moi, ce que vous m'avez commandé, et j'attends ce que vous aurez à me dire touchant les sept règles ou clefs de Tichonius (5), comme je vous l'ai souvent demandé. Nous vous recommandons beaucoup notre frère Hilarin, médecin et premier magistrat d'Hippone. Nous savons la peine que vous vous donnez pour notre frère Romain, et nous n'avons rien à demander, si ce n'est que le Seigneur vous aide pour lui. Ainsi soit-il.

 

1. Matt. V, 16. — 2. Ps. CXXI, 1. — 3. I Corinth. X, 13. — 4. Ps. XCIII,19.

5. Tichonius avait composé un ouvrage intitulé : le Livre des Règles; il y établit des règles au nombre de sept qui sont comme autant de clefs pour pénétrer le sens des saintes Ecritures. Saint Augustin les expose une à une dans son rue livre de la Doctrine chrétienne; il les juge utiles, mais pas d'une aussi universelle sûreté que le prétend l'auteur. Tichonius était donatiste, il eut assez d'intelligence pour combattre victorieusement les erreurs du parti de Donat et pas assez de logique pour s'en séparer tout à fait.

 

  

 

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