LETTRE CLXXV
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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

LETTRE CLXXV. (Année 416.)

 

Les doctrines de Pélage et de Célestius sont condamnées par le concile de Carthage au mois de juin 416 ; les Pères du concile informent de leurs décisions le pape Innocent Ier.

 

 

AURÈLE, NUMIDIUS, RUSTICIEN, FIDENTIEN, EVAGRE, ANTOINE, PALATIN, ADEODAT, VINCENT, PUBLIEN, THÉASE, TUTUS, PANNONIEN, VICTOR, RESTITUT, RUSTICUS, FORTUNACIEN, un autre RESTITUT, AMPÉLIEN, AMBIVIEN, FÉLIX, DONATIEN, ADÉODAT, OCTAVIEN, SÉROTIN, MAJORIN, POSTHUMIEN, CRISPULE, un autre VICTOR, LEUCIEN, MARIANUS, FRUCTUOSUS, FAUSTINIEN, QUODVULTDÉUS, CANDORIEN, MAXIME, MÉGASE, RUSTICUS, RUFINIEN, PROCULE, SÉVÈRE, THOMAS, JANVIER, OCTAVIEN, PRÉTEXTAT, SIXTE, QUODVULTDÉUS, PENTHADIUS, QUODVULTDÉUS, CYPRIEN, SERVILIEN, PÉLAGIEN, MARCELLUS, VÉNANTIUS, DIDYME, SATURNIN, BYZACÉNUS, GERMAIN, GERMANIEN, INVENTIUS, MAJORIN, INVENTIUS, CANDIDE, CYPRIEN, ÉMILIEN, ROMAIN, AFRICAIN, MARCELLIN ET LES AUTRES

 

1. Et cuicumque audiendos , describendos , legendosque permisi. Voilà comment un ouvrage se publiait il y a quatorze siècles.

 

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ÉVÊQUES QUI ONT ASSISTÉ AU CONCILE DE CARTHAGE, A LEUR TRÈS-HONORABLE, TRÈS-HEUREUX SEIGNEUR ET SAINT FRÈRE INNOCENT.

 

1. Pendant que, selon la coutume, nous étions solennellement réunis en concile à Carthage pour traiter de différentes affaires, Orose, notre collègue dans le sacerdoce, nous a remis des lettres de nos saints frères et collègues Héros et Lazare, dont nous joignons ici une copie. La lecture de ces lettres nous a appris que Pélage et Célestius sont convaincus d'être les auteurs d'une erreur criminelle et que nous devons tous anathématiser. C'est pourquoi nous avons cru devoir rechercher ce qui s'est fait à Carthage, pour Célestius, il y a près de cinq ans. Quoique, d'après ce que nous avons vu et ce que votre Sainteté pourra voir elle-même, il y ait eu alors un jugement épiscopal par lequel il semblait que cette grande blessure de l'Eglise était guérie, nous avons résolu d'un commun accord et quoique depuis ce temps Célestius ait été élevé, dit-on, à la dignité sacerdotale, d'anathématiser les auteurs de cette doctrine, si eux - mêmes ne l'anathématisent publiquement. Si nous n'obtenons pas le retour de ces auteurs, puissions-nous au moins, avec le bruit de notre sentence, ramener ceux qui ont été trompés et préserver ceux qui pourraient l'être encore !

2. Nous avons cru devoir faire connaître cet acte à votre sainte charité , seigneur notre frère, afin que l'autorité du siège apostolique se joigne à nos humbles décisions (1), pour protéger le salut de plusieurs et corriger la perversité de quelques-uns. Ces novateurs, dans leurs discours damnables, ne défendent pas, mais élèvent le libre arbitre jusqu'à un orgueil sacrilège ; ils ne laissent plus de place à la grâce de Dieu par laquelle nous sommes chrétiens et par laquelle aussi notre volonté devient véritablement libre, parce qu'elle est délivrée de la tyrannie des concupiscences charnelles : « Si le Fils vous délivre, dit le Seigneur, alors vraiment vous serez libres (2). » C'est par la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'on obtient ce secours. Mais eux soutiennent, comme nous l'avons appris de ceux de nos frères qui ont lu leurs ouvrages, que la grâce de Dieu c'est le pouvoir donné par la création à la nature

 

1. Ut statutis nostrae mediocritatis etiam Apostolicae Sedis adhibeatur auctoritas. Nous citons ce texte comme témoignage de la suprématie du siège de Rome.

2. Jean, VIII, 36.

 

humaine, d'accomplir par sa propre volonté la loi de Dieu, naturelle ou écrite; ils disent que cette loi écrite fait aussi partie de la grâce de Dieu parce que Dieu l'a donnée pour venir en aide aux hommes (1).

3. Ils ne veulent pas du tout reconnaître cette grâce par laquelle nous sommes chrétiens, et dont l'Apôtre est le prédicateur quand il dit : « Car je me plais dans la loi de Dieu selon l'homme intérieur ; mais je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me tient captif sous la loi du péché, qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! qui me délivrera du corps de cette mort ? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur (2). » En refusant de reconnaître cette grâce , ils n'osent pas l'attaquer ouvertement; mais font-ils autre chose quand ils ne cessent de persuader aux hommes ani. maux, incapables de connaître ce qui est de l'Esprit de Dieu (3), que la nature humaine suffit pour opérer les oeuvres les plus parfaites de justice et accomplir les commandements de Dieu ? Ils ne prennent pas garde à ce qui est écrit : « L'esprit vient en aide à notre infirmité (4) ; Cela ne dépend ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde (5); Nous ne sommes qu'un seul corps en Jésus-Christ, et les membres les uns des autres; nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée (6). C'est parla grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n'a pas été stérile en moi, mais j'ai travaillé avec plus de fruit que tous les autres, non pas moi, mais la grâce de Dieu « avec moi; Grâces soient rendues à Dieu qui nous a donné la victoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur (7) ; Non que nous soyons capables de penser quelque chose comme de nous-mêmes, mais ce que nous pouvons et vient de Dieu (8); Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin qu'on reconnaisse que l'excellence de la vertu vient de Dieu et non pas de nous (9) ; » ils ne prennent pas garde à une infinité d'autres témoignages que nous pourrions recueillir dans toutes les Ecritures, si le temps ne nous manquait. Mais, en vous rappelant les choses que vous annoncez du haut du Siège Apostolique avec une plus

 

1. Is. VIII, 20, selon les LXX. — 2. Rom. VII, 22-25. — 3. I Cor. II, 14. — 4. Rom. VII, 26. — 5. Ibid. IX, 16. — 6. Ibid. XII, 5, 6. — 7. I Cor, XV, 10, 57. — 8. II Cor. III, 5. — 9. II Cor. IV, 7.

 

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grande grâce, nous craignons de manquer de respect envers vous; si nous le faisons, c'est parce que nous sommes plus faibles, et que, de tous côtés, on nous attaque avec d'autant plus de fréquence et d'audace qu'on nous croit plus appliqués à répandre la parole de Dieu.

4. Si donc, aux yeux de votre sainteté même, Pélage a été avec raison absous dans la réunion épiscopale qu'on dit avoir eu lieu en Orient (1); son erreur cependant et son impiété, déjà beaucoup répandues, doivent aussi être anathématisées par l'autorité du Siège Apostolique. Que votre Sainteté, en effet, avec ses entrailles de pasteur, compatisse à nos alarmes, qu'elle considère combien est pernicieuse et mortelle aux brebis du Christ cette conséquence de la nouvelle doctrine, savoir que nous ne devons pas prier de peur de succomber à la tentation comme le Seigneur l'a enseigné à ses disciples (2) et l'a marqué dans son oraison (3) ; ni de peur de défaillir dans notre foi, comme il dit qu'il a prié lui-même pour l'apôtre Pierre (4). Si ces choses-là dépendent de la nature et sont au pouvoir de la volonté, qui donc ne voit que c'est inutilement que le Seigneur les a demandées? Qui ne voit que la prière n'est plus qu'un mensonge , puisqu'on y demande ce qu'on peut obtenir par les forces seules de la nature ? N'est-il pas évident qu'alors le Seigneur Jésus n'a pas dû dire: «Veillez et priez, » mais seulement: « Veillez, pour ne pas succomber à la tentation (5) ? » N'est-il pas évident qu'alors il n'a pas dû dire au bienheureux Pierre, le premier des apôtres: « J'ai prié pour toi, » mais : Je t'avertis, je te commande ou je t'ordonne de ne pas laisser défaillir ta foi ?

5. La doctrine que nous vous signalons est aussi en contradiction avec nos bénédictions; car ce serait inutilement que nous prierions le Seigneur pour nos peuples afin que, par une droite et pieuse vie, ils se rendent agréables à lui, et que deviendraient ces paroles de l'Apôtre: « Je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui toute paternité découle dans le ciel et sur la terre « afin que, selon les richesses de sa gloire, il affermisse votre vertu par son Esprit (6) ? » Si donc, bénissant nos peuples, nous venons à

 

1. L'assemblée de Diospolis au mois de décembre 415. Voyez notre Histoire de saint Augustin, chap. XXXVI.

2. Matth. XXVI, 41. — 3. Ibid. VI, 13. — 4. Luc, XXII, 32. — 5. Matth. XXVI, 41. — 6. Eph. III, 14-16.

 

demander à Dieu d'affermir leur vertu par son Esprit, nous aurons contre nous les partisans de cette doctrine; ils diront que c'est nier le libre arbitre que de demander à Dieu ce qui est en notre pouvoir. « Car, disent-ils, si nous voulons être affermis dans la vertu , nous le pouvons avec les propres forces de la nature, que nous n'avons pas maintenant, mais que nous avons reçues quand nous avons été créés. »

6. Ils nient encore que, pour parvenir au salut que nous a mérité le Christ notre Sauveur, les enfants doivent être baptisés; ils les laissent tomber ainsi dans la mort éternelle , tout en promettant que , sans le baptême , ils obtiendront l'éternelle vie; ils prétendent qu'on ne doit pas leur appliquer ce que le Seigneur a dit: « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui périssait (1); » « parce que, ajoutent-ils, ces enfants n'ont pas péri, et qu'il n'y a rien en eux qui ait besoin d'être sauvé et racheté à un si grand prix; il n'y a rien de corrompu en eux, rien qui soit retenu captif sous le pouvoir du démon, et le sang répandu pour la rémission des péchés n'a pas coulé pour eux (2). » Célestius a reconnu à Carthage que le baptême du Christ procurait la rédemption des enfants même, mais beaucoup de ceux qui sont ou qui ont été les disciples des deux novateurs ne cessent de reproduire ces fausses assertions par lesquelles, autant qu'ils le peuvent, ils sapent les fondements de la foi chrétienne. Aussi lors même que Pélage et Célestius se seraient amendés ou diraient qu'ils n'ont jamais rien soutenu de pareil et désavoueraient tout écrit qu'on leur attribuerait (et l'on ne saurait ici les convaincre de mensonge), il ne s'ensuivrait pas moins que quiconque enseigne et affirme que les forces purement humaines suffisent pour éviter les péchés et pratiquer les commandements de Dieu et se trouve ainsi l'ennemi de la grâce de Dieu, si évidemment établie par les prières des saints; et que quiconque nie que les enfants sont délivrés et obtiennent le salut éternel par le baptême du Christ, doit être anathème. Quand Votre Sainteté aura vu les actes épiscopaux qu'on dit avoir été faits en Orient dans la même cause, nous ne doutons pas qu'elle ne condamne les autres erreurs reprochées à ces novateurs, de manière à nous réjouir tous dans

 

1. Luc, XIX, 10. — 2. Matth. XXVI, 28.

 

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la miséricorde de Dieu. Priez pour nous, bienheureux seigneur pape.

 

 

 

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