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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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LIVRE PREMIER : Validité et Nullité du Baptême Hérétique.

 

Saint Augustin y prouve que le baptême peut être conféré hors de la communion catholique par des hérétiques ou des schismatiques. Toutefois ce n’est pas de leurs mains qu’on doit le recevoir, et il ne sert de rien tant que l’on reste volontairement dans te schisme ou l’hérésie.

 

CHAPITRE PREMIER.

VALIDITÉ DU BAPTÊME ET DE L’ORDINATION DES SCHISMATIQUES.

CHAPITRE II.

LE BAPTÊME, POUR LES ADULTES, N’EST EFFICACE QUE DANS L’UNITÉ.

CHAPITRE III.

AFFIRMATIONS CONTRADICTOIRES DES CATHOLIQUES ET DES DONATISTES.

CHAPITRE IV.

C’EST UN CRIME DE DEMANDER LE BAPTÊME AUX DONATISTES.

CHAPITRE V.

OBJECTION : RÉPONSE.

CHAPITRE VI.

LES DONATISTES CONFONDUS PAR LEURS PROPRES SECTES.

CHAPITRE VII.

PREUVES TIRÉES DE L’ÉVANGILE.

CHAPITRE VIII.

UN SEUL MEMBRE MALADE MET TOUT LE CORPS EN DANGER.

CHAPITRE IX.

SANS LA CHARITÉ TOUT LE RESTE EST INUTILE.

CHAPITRE X.

EN QUEL SENS LES SCHISMATIQUES PEUVENT DIRE DE LEUR SECTE QU’ELLE ENGENDRE DES ENFANTS A JÉSUS-CHRIST.

CHAPITRE XI.

SANS LA CHARITÉ LES PÉCHÉS NE SONT PAS REMIS.

CHAPITRE XII.

EN QUEL SENS LES PÉCHÉS REVIVENT APRÈS LE BAPTÊME.

CHAPITRE XIII.

EXEMPLESTIRÉS DU BAPTÊME CONFÉRÉ EN CAS DE MORT.

CHAPITRE XIV.

IL N’Y A DE BAPTÊME QUE CELUI DE DIEU ET DE L’ÉGLISE.

CHAPITRE XV.

CEUX QUI APPARTIENNENT A L’ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT.

CHAPITRE XVI.

DE QUELLE MANIÈRE L’ÉGLISE ENFANTE LES UNS ET LES AUTRES.

CHAPITRE XVII.

CEUX QUE L’ÉGLISE REJETTE OU CONSERVE.

CHAPITRE XVIII.

DOCTRINE DE SAINT CYPRIEN SUR LE BAPTÊME.

CHAPITRE XIX.

EXAMINE LA LETTRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA RÉITÉRATION DU BAPTÊME.

 

 

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CHAPITRE PREMIER.

VALIDITÉ DU BAPTÊME ET DE L’ORDINATION DES SCHISMATIQUES.

 

1. Dans ma réponse à la lettre de Parménien, j’ai promis de traiter plus à fond la question du baptême (Contre la lettre de Parménien, liv. II, ch. XIV); et même, en dehors de toute promesse de ma part, je devrais encore entreprendre ce travail, pour faire droit aux instantes supplications qui me sont adressées par mes frères. M’appuyant donc sur le secours du Seigneur, je me propose, non-seulement de réfuter et de résoudre les difficultés que nous opposent les Donatistes, mais encore de justifier de tout schisme le bienheureux martyr Cyprien, sur l’autorité duquel ils osent s’appuyer pour s’obstiner dans leur perversité, et fermer les yeux à l’évidence de la vérité. A tous ceux que n’aveugle pas la fureur du parti pris, je prouverai que Cyprien, loin de les autoriser, les condamne et les réprouve.

2. Dans les livres que je viens de rappeler, j’ai dit hautement que le baptême peut être conféré en dehors de la communion catholique, comme il peut y être possédé et conservé. Tous les Donatistes n’affirment-ils pas que les apostats conservent en eux le caractère du baptême? Et, en effet, qu’un apostat se repente de son crime et revienne à résipiscence, on ne lui rend pas le baptême, ce qui prouve qu’on le regarde comme l’ayant conservé. De même, s’il s’agit de ceux qui par le schisme se sont séparés de l’Eglise, il n’est pas moins certain qu’ils conservent le baptême reçu avant leur séparation; car s’ils font pénitence, et rentrent dans l’unité, on ne leur réitère pas le sacrement, ce qui prouve qu’on les regarde comme n’ayant pu perdre, par leur crime, le baptême qu’ils avaient précédemment reçu. Or, si l’on peut validement posséder le baptême hors de I’Eglise, pourquoi donc ne pourrait-on pas l’y conférer validement? Mais, me direz-vous, cette collation du baptême hors de l’Eglise n’est pas légitime; je vous réponds La possession du baptême hors de l’Eglise n’est pas légitime, et cependant elle existe; de même la collation n’est pas légitime, et cependant elle est valide. Hors de l’Eglise le baptême que vous aviez reçu vous devenait inutile pour le salut, tandis qu’il recouvre son efficacité dès que vous êtes rentré dans l’unité; de même, dès que vous rentrez dans l’unité, le sacrement qui vous avait été inutilement conféré hors de l’Eglise, commence à produire en vous ses (67) nombreux effets. C’est donc une erreur de soutenir que ce qui a été donné n’a pas été donné; ou d’affirmer que tel homme n’a pu donner ce qu’il assure avoir reçu validement. En effet, dès qu’un homme est baptisé, il possède le sacrement de baptême, et dès qu’il est ordonné, il ale droit et le pouvoir de baptiser. Or, de même que celui qui est baptisé ne perd pas le sacrement de baptême, en se séparant de l’unité; de même en se jetant dans le schisme, celui qui a été ordonné ne perd pas le droit de conférer le baptême. Aucun de ces deux sacrements ne saurait être outragé : si l’un des deux quitte les méchants, l’autre les quitte également; et si l’un des deux persévère au milieu des méchants, l’autre y persévère au même titre. De même donc qu’on ratifie le baptême que n’a pu perdre celui qui s’était séparé de l’unité; de même on doit ratifier le baptême conféré par un ministre, qui, en se séparant de l’unité, n’avait pas perdu le sacrement de l’ordination. On ne réitère pas le baptême à ceux qui, rentrant dans l’unité, avaient reçu ce sacrement avant de tomber dans le schisme; de même on ne réitère pas l’ordination à ceux qui, rentrant dans l’unité, avaient été ordonnés avant de tomber dans le schisme: si l’Eglise le juge utile, elle leur permet d’administrer ce qu’ils administraient; et si, pour les punir, elle leur refuse cette autorisation, elle ne laisse pas de les regarder comme réellement ordonnés et s’abstient de leur imposer les mains, comme elle les impose aux laïques. Félicianus, par exemple, avait-il donc perdu le baptême et l’ordination, en quittant les Donatistes pour embrasser la secte de Maximien? Est-ce que ces mêmes Donatistes n’ont pas ouvert leurs rangs à tous ceux que Félicianus avait baptisés pendant qu’il appartenait au schisme de Maximien? Ainsi donc, des hommes qui n’avaient jamais appartenu à l’Eglise, ont pu recevoir de la main des Donatistes et des Maximianistes ce que ceux-ci n’avaient pas perdu en se séparant de l’unité. J’en conclus que c’est une impiété sacrilège de vouloir rebaptiser l’unité catholique, et que nous sommes parfaitement dans la vérité lorsque nous refusons d’invalider les sacrements, alors même qu’il ont été conférés dans le schisme. En effet, les schismatiques sont avec nous dans les points sur lesquels ils pensent comme nous; comme aussi ils se séparent de nous dans les points sur lesquels ils ont une doctrine différente de la nôtre. Rappelons-nous qu’il s’agit ici de matières essentiellement spirituelles, et qu’il serait absurde de vouloir leur appliquer les lois qui régissent les mouvements corporels dans leur rapprochement ou leur éloignement. L’union des corps s’opère par la conjonction des mêmes lignes; de même le contact des esprits s’opère par la conjonction des volontés. Si donc, celui qui s’est séparé de l’unité, prétend faire autre chose et user de pouvoirs qu’il n’a pas reçus dans l’unité, par cela même il s’éloigne et se sépare; au contraire, tant qu’il ne fait que ce qui se fait dans l’unité, et observe les conditions essentielles qui lui ont été enseignées, en cela du moins il reste et persévère dans l’unité.

 

 

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CHAPITRE II.

LE BAPTÊME, POUR LES ADULTES, N’EST EFFICACE QUE DANS L’UNITÉ.

 

 

3. Ainsi donc les Donatistes sont avec nous sur certains points, et sur d’autres ils se sont séparés de nous. Quant aux points sur lesquels ils sont avec nous, toute liberté d’action leur est laissée; mais quant aux doctrines qui nous séparent, nous les invitons à venir apprendre de nous, ou à revenir réapprendre la seule doctrine salutaire et véritable. C’est vers ce but que tendent tous nos efforts; ce que désire notre charité, c’est leur conversion et leur retour sincères. Nous ne leur disons pas : Gardez-vous de donner; mais : Gardez-vous de donner dans le schisme. A ceux qui nous paraissent devoir accepter le baptême, nous ne disons pas : Gardez-vous de le recevoir; mais Gardez-vous de le recevoir dans le schisme. Je suppose que tel homme, placé dans une nécessité extrême, ne trouve aucun catholique pour lui conférer le baptême, et avec la disposition sincère de conserver la paix catholique, reçoive des mains d’un schismatique le sacrement qu’il aurait reçu dans l’unité catholique; dans le cas où il mourrait aussitôt, nous n’hésiterions pas à le regarder comme catholique. Si la mort l’épargnait, dès qu’il aura fait acte de présence corporelle dans cette société catholique à laquelle il a toujours été uni par le coeur, non seulement nous ne désapprouverons pas sa conduite, mais nous lui prodiguerons des (68) éloges aussi sincères que mérités. En effet, n’a-t-il pas cru à la présence de Dieu dans son coeur, par cela même qu’il conservait l’unité? et n’a-t-il pas prouvé qu’il ne voulait pas mourir avant d’avoir reçu le baptême dont il proclamait hautement l’institution divine, quel que fût du reste le ministre qui le lui conférât? Mais je suppose, au contraire, que tel homme, pouvant se faire baptiser dans l’unité catholique, se laisse séduire par la perversité de son esprit, et choisisse le baptême schismatique: plus tard il réfléchit, l’Eglise catholique lui apparaît la seule société où puisse produire tous ses effets ce sacrement qu’il a pu recevoir ailleurs, mais qui ne peut sauver les adultes que dans l’unité; enfin il pense même à revenir à cette unité; or, je dis que dans de telles dispositions cet homme est pervers et criminel, et d’autant plus criminel qu’il est plus instruit. Car il ne doute pas que c’est dans l’unité qu’il doit recevoir le baptême, comme c’est dans l’unité seule que ce sacrement peut produire ses effets, n’importe à quelle source il soit allé le demander.

 

 

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CHAPITRE III.

AFFIRMATIONS CONTRADICTOIRES DES CATHOLIQUES ET DES DONATISTES.

 

4. Nous affirmons deux choses, savoir que l’Eglise possède le véritable baptême et qu’elle seule le confère légitimement: ces deux choses sont niées par les Donatistes. Nous affirmons ensuite que les Donatistes possèdent également le véritable baptême, mais qu’ils le confèrent illégitimement; de leur côté, ils proclament avec emphase le premier de ces deux points, c’est-à-dire qu’ils possèdent le véritable baptême; quant à la collation illégitime qu’ils font de ce sacrement, ils ne veulent pas l’avouer. Ainsi, de ces quatre propositions, trois nous sont exclusivement personnelles, une seule nous est commune à eux et à nous. Seuls, nous soutenons contre eux que l’Eglise catholique possède le véritable baptême, qu’il n’y a qu’elle pour le conférer légitimement, et que la collation qui en est faite par les Donatistes est illégitime; quant à l’existence du véritable baptême parmi eux, ils l’affirment, et nous le leur concédons facilement. Or, je suppose dans un homme le désir de recevoir le véritable baptême; il est convaincu d’ailleurs que c’est uniquement dans l’Eglise catholique qu’il doit chercher le salut, et que c’est là seulement que le baptême de Jésus-Christ peut produire ses précieux effets, lors même qu’il aurait été reçu dans le schisme; d’un autre côté, c’est dans la secte de Donat qu’il veut être baptisé, dit-il, puisque Donatistes et catholiques, tous sont unanimes à attribuer à cette secte la possession du véritable baptême. Que cette considération le frappe, j’y consens, mais qu’il réfléchisse également aux trois autres propositions. En effet, s’il a pris le parti d’adopter les trois maximes que nos adversaires rejettent, tout en préférant la doctrine émise en même temps par les catholiques et par les Donatistes, à celle qui nous est exclusivement personnelle; je dois d’abord constater que son choix est tout à notre avantage, puisqu’il préfère nos affirmations aux négations correspondantes de nos adversaires. Or, nous disons que l’Eglise catholique possède le véritable baptême; les Donatistes le. nient. Nous disons que l’Eglise catholique confère légitimement le baptême; les Donatistes le nient. Nous disons que la collation du baptême faite par les Donatistes est illégitime; les Donatistes le nient. Donc, puisque sur tous les points contradictoirement affirmés ou niés par les catholiques et par les Donatistes, c’est à nous qu’il donne la préférence, qu’il se montre conséquent et qu’il fasse ce que seuls nous lui disons de faire. Quant à la seule vérité sur laquelle les uns et les autres nous tombons d’accord, elle doit lui apparaître avec un caractère de certitude que n’ont pas sans doute, à ses yeux, les propositions émises par nous et niées par nos adversaires. Catholiques et Donatistes, nous affirmons tous que le baptême de Jésus-Christ se trouve dans la secte de Donat; cette affirmation doit donc lui paraître plus certaine que toutes celles que nous formulons seuls, nous catholiques. Mais, d’un autre côté, quand nous affirmons que l’Eglise catholique possède également le baptême de Jésus-Christ, tandis que les Donatistes le nient, c’est notre parole qu’il doit croire et non pas celle des Donatistes, puisqu’il a pris le sage parti de nous donner la préférence toutes les fois qu’il y a contradiction entre nous et nos adversaires. De même nous disons que l’Eglise catholique confère légitimement le baptême, les Donatistes le nient; donc, c’est à nous qu’il doit s’en rapporter. Enfin, nous affirmons (69) que la collation du baptême faite par les Donatistes est illégitime; les Donatistes le nient; par conséquent, toujours d’après la même règle, c’est nous qu’il doit accepter comme juges, Par conséquent, c’est en vain qu’il se croirait le droit de recevoir dans cette secte un sacrement qu’elle possède, il est vrai, nous en convenons tous, mais que selon nous du moins elle ne doit pas administrer. N’oublions pas que le néophyte dont je parle est intimement convaincu que c’est à nous qu’il doit s’en rapporter, toutes les fois qu’il y a contradiction entre nous et les Donatistes. S’il veut être en sûreté, qu’il reçoive donc le baptême là où il se trouve, et là seulement où l’on peut le conférer légitimement; au contraire, qu’il se garde bien de le recevoir dans une secte, qui le possède, il est vrai, mais à laquelle nous refusons le droit de l’administrer, nous dont l’opinion doit être pour lui sa règle de conduite. Supposé même que la collation faite par les Donatistes, sans lui paraître absolument illégitime , lui parût seulement douteuse, tandis que la collation faite par les catholiques lui paraît de tous points légitime, je dis qu’il pécherait mortellement, par cela seul que, sur un point nécessaire au salut, il négligerait ce qui est certain pour embrasser le parti douteux. Ce qui prouve qu’il est assuré de la légitimité du baptême dans l’Eglise catholique, c’est la résolution qu’il a prise d’entrer dans cette Eglise après avoir été baptisé dans le schisme. Quant à la légitimité du baptême des Donatistes, le moins qu’il puisse faire, c’est de la regarder comme douteuse, puisque ceux dont il doit préférer le témoignage le lui affirment sans hésiter. Qu’il préfère donc le certain à l’incertain, et qu’il reçoive le baptême là où il est certain de sa légitimité; tel est le seul parti qui lui reste à prendre, puisqu’il se proposait de revenir à l’Eglise catholique, après avoir reçu le baptême dans le schisme.

 

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CHAPITRE IV.

C’EST UN CRIME DE DEMANDER LE BAPTÊME AUX DONATISTES.

 

5. Quelqu’un m’objectera peut-être qu’il ne comprend pas comment il peut se faire que les Donatistes, possédant le baptême véritable, ne puissent le conférer légitimement. Tout d’abord je lui fais remarquer qu’en appliquant à leur collation du baptême la note d’illégitimité, nous ne faisons contre eux que ce qu’ils font eux-mêmes contre ceux qui se sont séparés de leur secte. Je lui propose également comme terme de comparaison ce qui constitue les insignes propres de la milice; en dehors de la milice, ces insignes peuvent être portées et conférées par les déserteurs; et cependant, quoique ces déserteurs n’aient le droit ni de les porter ni de les conférer, on ne laisse pas de les conserver à celui qui rentre librement dans les rangs de l’armée. D’un autre côté, tout autre est la condition de ceux qui, par imprudence, s’affilient à une secte hérétique, la prenant pour l’Eglise catholique, et tout autre la condition de ceux qui savent qu’il n’y a d’Eglise catholique que celle qui, réalisant en elle-même les prophéties, étend ses rameaux jusqu’aux confins de la terre, croît au sein de la zizanie, et, affligée des scandales qui l’entourent, aspire après le repos éternel et s’écrie avec le Psalmiste : « J’ai crié vers vous des confins de la terre; quand mon âme languissait sous le poids de la douleur, vous m’avez exalté sur la pierre ». Cette pierre, c’est Jésus-Christ, en qui, selon l’Apôtre, nous sommes ressuscités et glorifiés (Eph. II, 6), non pas encore en réalité, mais en espérance. De là ces autres paroles du Psalmiste : « Vous m’avez retiré de l’abîme, parce que vous vous êtes fait mon espérance, ma force et mon soutien contre la fureur de mon ennemi Ps. LX, 3,4) ». En effet, appuyés sur ces promesses divines comme sur une tour inexpugnable, non-seulement nous n’avons rien à craindre, mais nous pouvons repousser victorieusement les assauts de cet ennemi qui revêt ses loups de la peau des brebis (Matt., VII, 15 ), et leur fait crier partout: « Le Christ est ici, le Christ est là (Id. XXXIV, 23)  ». A l’aide de ces séductions, ces loups cruels finissent par arracher à la cité universelle, fondée sur la montagne, un grand nombre de ses habitants, qu’ils étouffent et dévorent dans les étreintes de leur rage. Et des hommes qui savent ce qui les attend, osent encore recevoir le baptême de Jésus-Christ, en dehors de la communion de l’unité du corps de Jésus-Christ, sauf à rentrer ensuite dans cette communion avec le baptême qu’ils auront reçu dans le schisme? Ils auront sans doute le baptême de Jésus-Christ, mais ne savent-ils (70) pas qu’ils se posent en adversaires de l’Eglise de Jésus-Christ, le jour même où le baptême leur est conféré? N’est-ce pas le plus grand des crimes? et des hommes auraient l’audace de dire: Qu’il me soit permis de commettre ce crime, ne fût-ce que pour un seul jour? S’il doit entrer dans l’Eglise catholique, je demande pour quelle raison? Parce que, me répondront-ils, c’est un crime d’appartenir à la secte de Donat et d’être séparé de l’unité catholique. Par conséquent, autant vous passez de jours dans cette secte mauvaise, autant de jours vous passez dans le mal. On pourra dire, sans doute, que le mal s’accroît avec le nombre des jours, et qu’il diminue dans la même proportion, selon le petit nombre des jours; pourtant, vous n’irez pas jusqu’à dire qu’il n’y a aucun mal. Or, quel besoin vous presse donc de commettre ce mal, ne fût-ce que pour un jour, ne fût-ce que pour une heure? Celui qui éprouverait ce besoin pourrait tout aussi bien demander à l’Eglise, et voire même à Dieu, la permission d’apostasier, ne fût-ce que pour un jour. S’il ne craint pas d’être hérétique ou schismatique pour un jour, pourquoi craindrait-il d’être apostat pour un jour? Je cherche, mais en vain, la raison de cette différence.

 

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CHAPITRE V.

OBJECTION : RÉPONSE.

 

6. J’ai préféré, dit-il, recevoir le baptême de Jésus-Christ, là où il se trouve, de l’avis de tous les adversaires. Mais ceux dans les rangs desquels vous devez vous réfugier vous affirment que, dans le schisme, toute collation du baptême est illégitime , tandis que ceux dont vous devez vous séparer soutiennent qu’il y est légitimement conféré. Or, n’oubliez pas que toutes les fois qu’il y a division entre les Donatistes et les catholiques, c’est à ces derniers que vous donnez la préférence ; par conséquent, vous devez regarder comme fausse ou du moins comme très-douteuse, la proposition qu’émettent ici les Donatistes, et préférer ce qui est vrai à ce qui est faux, ou ce qui est certain à ce qui est incertain. Que l’Eglise catholique, dans les rangs de laquelle vous devez vous réfugier après avoir reçu ailleurs le baptême, puisse légitimement vous administrer ce sacrement, c’est ce que tous les catholiques vous affirment, c’est ce que vous avouez vous-même. En effet, si vous en doutiez, comment ne douteriez-vous pas de l’obligation où vous êtes d’entrer dans nos rangs? Admettons, si vous voulez, que l’on puisse douter que la collation du baptême dans la secte de Donat soit réellement un péché; comment ne pas regarder comme certainement coupable celui qui ne va pas chercher le baptême dans la seule société où il soit certain que la collation de ce sacrement n’est pas un péché? Quant à ceux qui par ignorance se font baptiser dans la secte de Donat, regardant cette secte comme I’Eglise de Jésus-Christ, ils sont assurément moins coupables que ceux qui agissent en connaissance de cause ; et cependant ils ne laissent pas de recevoir, de ce sacrilège du schisme, une blessure véritable qui n’en est pas moins profonde, quoiqu’il y en ait d’autres plus profondes encore. S’adressant à quelques-uns de ses auditeurs, le divin Maître leur disait:

« Au jour du jugement vous serez traités plus sévèrement que les habitants de Sodome (Matt., XI, 24. ) » ; de là faudrait-il conclure que les Sodomites ne seront pas tourmentés, parce que d’autres le seront davantage?

7. J’avoue que peut-être la vérité que j’énonce a pu pendant quelque temps rester inconnue ou douteuse. Mais depuis que tous ceux qui réfléchissent s’empressent de se convertir et d’implorer leur guérison, l’ignorance n’est plus possible pour les autres, et leur crime n’en devient que plus grave, puisqu’ils s’y abandonnent avec plus d’obstination et de perversité. Depuis qu’on a vu les Maximianistes solennellement condamnés, puis quelque temps après réconciliés, ainsi que tous ceux qu’ils avaient baptisés hors de la communion de Donat, et par là même dans le schisme et dans le sacrilège ; depuis que tout cela a été sanctionné et confirmé par leur concile, il ne peut plus y avoir de difficultés à résoudre, toute la question est parfaitement résolue. Entre nous et les Donatistes restés fidèles à Primianus, il est maintenant hors de doute que le baptême de Jésus-Christ peut être non-seulement possédé, mais même conféré par ceux qui sont hors de l’Eglise. De même qu’ils sont contraints d’avouer, dans tous ceux qui furent baptisés par Félicianus, la possession du baptême (71) vériable, puisqu’ils les ont reçus dans leurs rangs, avec le seul baptême qui leur avait été conféré dans le schisme; de même nous disons qu’en dehors de la communion catholique, le véritable baptême de Jésus-Christ peut être conféré par ceux qui sont retranchés de

cette communion; car, malgré leur schisme, ils n’ont pa,s perdu ce sacrement. De plus ils soutiennent qu’en réintégrant dans leur secte tous les dissidents baptisés dans le schisme par Félicianus, s’ils ne leur ont pas réitéré le baptême, du moins ils ont détruit la cause qui frappait d’une complète stérilité le baptême reçu dans le schisme. Nous disons, nous, que ce bienfait n’est conféré par Dieu que dans la communion catholique, à tous ceux qui reviennent à l’unité et quittent les hérésies ou les schismes dans lesquels ils avaient reçu le baptême. Ce bienfait n’a pas four effet de leur donner ce qu’ils n’avaient pas, c’est-à-dire le sacrement de baptême, mais de conférer à ce sacrement une efficacité qu’il ne possédait ni dans le schisme, ni dans l’hérésie.

 

 

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CHAPITRE VI.

LES DONATISTES CONFONDUS PAR LEURS PROPRES SECTES.

 

8. Entre nous et les principaux donatistes groupés autour de Primianus, évêque de Carthage, il n’y a plus de controverse possible. En effet, ce qu’ils avaient toujours refusé aux insinuations de la charité, Dieu lui-même le leur a arraché par la conduite qu’ils se sont vus obligés de suivre à l’égard des Maximianistes. Toutefois je continue la discussion, pour leur prouver qu’ils n’ont pas même à alléguer en leur faveur la sévérité qu’ils déploient à se refuser à toute communication avec ces quelques donatistes dont le petit nombre est amplement compensé par la sincérité. Lors même que ces quelques malheureux seraient tous maximianistes, nous n’aurions pas le droit de dédaigner leur salut. Mais voici qu’il s’agit de la plus petite des sectes du donatisme ; car toutes ces petites sectes reprochent à leur soeur la plus grande, c’est-à-dire à celle qui a pour chef Primianus, d’avoir reconnu comme valide le baptême conféré par les Maximianistes ; toutes soutiennent que le véritable baptême n’appartient qu’à elles, à l’exclusion absolument , soit de cette société qui se dit l’Eglise catholique, parce qu’elle est répandue sur toute la terre, soit même de la secte qui est restée la plus nombreuse parmi toutes les sectes du donatisme, soit enfin de toutes les autres quelles qu’elles soient. Si toutes ces petites sectes voulaient écouter la voix, non pas de l’homme, mais de l’évidence et de la vérité s’il leur plaisait de dompter les élans de leur perversité, ce n’est pas au plus gros tronçon du donatisme qu’elles retourneraient; mais, frappées de leur stérilité propre, elles viendraient s’enter à la fécondité de la racine catholique. En tant que toutes ces sectes ne sont pas contre nous, elles sont pour nous; mais en tant qu’elles ne recueillent pas avec nous, elles dissipent.

 

 

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CHAPITRE VII.

PREUVES TIRÉES DE L’ÉVANGILE.

 

9. Je crains qu’on ne m’accuse de n’avoir à fournir que des arguments humains dans une question restée du reste assez obscure pendant les premiers siècles de l’Eglise jusqu’au schisme de Donat. Les docteurs les plus illustres, les Pères les plus distingués, quoique toujours unis dans les liens de la paix, ont parfois très-chaudement discuté sur ce point et porté pour leurs propres diocèses des décisions quelque peu différentes , jusqu’à ce qu’enfin l’on vît intervenir la sentence solennelle d’un Concile général qui dissipa toutes les hésitations. A l’appui de cette décision je veux apporter des témoignages de l’Evangile, pour prouver, avec l’aide de Dieu, qu’il entre parfaitement dans les desseins du Seigneur de guérir, par l’application des remèdes de l’Eglise, les plaies réelles qui en tenaient éloigné l’hérétique ou le schismatique; quant à ce qui demeure sain en eux, l’Evangile nous ordonne de le constater et de l’approuver, et non pas de le repousser comme une souillure. Le Seigneur nous dit dans l’Evangile: « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe ». Mais voici qu’un jour les disciples rapportent à leur Maître qu’ils ont rencontré tel homme qui chassait les démons au nom de Jésus et qu’ils l’en ont empêché, parce qu’il n’était pas du nombre des disciples. « Ne l’empêchez pas », répond le Sauveur, « car celui qui n’est pas contre vous est (72) pour vous. Personne ne peut opérer de prodige en mon nom et parler mal de moi (Marc, IX, 38, 39 ; Luc, 9, 30)». Puisqu’il n’y avait rien à corriger dans cet homme, ne doit-on pas regarder comme étant en sûreté celui qui, en dehors de la communion de l’Eglise, recueille au nom de Jésus-Christ, quoiqu’il soit séparé de la société chrétienne? Mais alors il faut donc accuser formellement de mensonge ces paroles pourtant si claires: « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe? » Et si, de la part des disciples, leur zèle à empêcher cet homme n’était répréhensible que parce qu’ils agissaient par ignorance, ce qui n’empêche pas qu’en réalité la conduite de cet homme était mauvaise et coupable; comment donc le Sauveur défend-il à ses disciples d’empêcher cet homme : « Gardez-vous de l’empêcher? » Et comment dès lors reconnaître comme vraie cette parole explicite : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous? » Puisque cet étranger n’opérait ses prodiges qu’au nom de Jésus-Christ, n’était-il pas pour les disciples et non pas contre eux? Il s’agit donc de concilier ces deux sentences dont chacune est infailliblement vraie , quoique toutes deux paraissent contradictoires : « Celui qui n’est pas pour moi est contre moi, celui qui ne recueille pas avec moi dissipe » ; et cette autre : « Gardez-vous de l’empêcher, car celui qui n’est pas contre vous est pour vous ». Or, toute contradiction disparaît dès que vous admettez que cet bomme méritait des félicitations en tant qu’il entourait le nom de Jésus d’une vénération réelle, vénération qui le rapprochait de l’Eglise au lieu de l’en séparer; au contraire il méritait d’être blâmé en tant qu’il refusait d’entrer dans la société des disciples, car alors il dissipait tout ce qu’il pouvait recueillir ; enfin, supposé qu’il se fût présenté pour entrer dans l’Eglise, tout ce qu’on pouvait faire pour lui ce n’était pas de lui conférer ce qu’il avait déjà , mais de le purifier de sa faute et de son erreur.

 

 

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CHAPITRE VIII.

UN SEUL MEMBRE MALADE MET TOUT LE CORPS EN DANGER.

 

10. Prenons pour exemple Corneille encore païen. On ne saurait dire que ses prières n’ont pas été exaucées, ou que ses aumônes n’ont pas été agréées. Un ange ne lui fut-il pas envoyé? Ne mérita-t-il pas de contempler la face de ce messager céleste, par l’organe duquel, sans le concours d’aucun homme, il aurait pu recevoir la connaissance de toutes les vérités nécessaires? D’un autre côté, tout ce qu’il pouvait y avoir de bon dans ses prières et dans ses aumônes, ne devait lui être d’aucune utilité tant qu’il ne serait pas incorporé à l’Eglise par le lien de la paix et de la société chrétienne? Voilà pourquoi Dieu lui-même lui ordonne d’aller trouver Pierre, et c’est par ce dernier que Corneille apprend à connaître Jésus-Christ; c’est par lui qu’il est baptisé; c’est par lui qu’il est incorporé au peuple chrétien et qu’il devient membre réel de cette communion à laquelle il n’appartenait jusque-là que par la similitude des bonnes œuvres (Act., X.). Supposé que, se confiant orgueilleusement dans le bien qu’il possédait, il eût méprisé le bien qu’il ne possédait pas encore, ce mépris n’eût-il pas été pour lui tout à la fois un malheur et un crime? De même ceux qui, se séparant de la société catholique, violent les lois de la charité et brisent les liens de l’unité, peuvent être envisagés par nous à un double point de vue. Ou bien ils refusent absolument de faire ce qui a été fait pour eux dans l’Eglise, et renoncent à tout sans aucune exception; alors, si les adeptes qu’ils ont pu se créer manifestent le désir d’entrer dans l’Eglise, on doit leur conférer tout ce qu’ils n’ont pas reçu. Au contraire, s’ils administrent quelques sacrements, quant à ces sacrements ils ne sont pas séparés de l’Eglise et ne cessent pas de lui appartenir, quoique sur les autres points ils aient criminellement brisé avec elle. Par conséquent, ceux qu’ils se sont associés appartiennent à l’Eglise au même titre qu’ils lui appartiennent eux-mêmes; et s’ils veulent entrer dans l’Eglise, il suffit de guérir leurs blessures sans toucher aux parties saines qu’ils présentent; vouloir guérir en eux ce qui est sain, ce serait bien plutôt les blesser. Ainsi donc, en conférant le baptême, les schismatiques guérissent de la blessure de l’idolâtrie ou de l’infidélité, mais ils impriment la blessure plus grave encore du schisme ou de l’hérésie. En effet, nous voyons dans le peuple de Dieu le glaive frapper les idolâtres(Exod, XXIII), tandis que la terre entr’ouvre (73) ses entrailles pour engloutir les schismatiques (Nom., XVI). D’un autre côté l’Apôtre s’écrie : « Lors même que j’aurais toute la foi suffisante pour transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité je ne suis rien».

11. Prenons pour comparaison tel malade présenté à un médecin comme atteint d’une blessure grave dans l’une des parties nécessaires de son corps. Le médecin déclare que la mort est imminente si le membre blessé n’est point soumis à un prompt traitement; comment supposer que ceux qui ont apporté ce malheureux seront assez insensés pour répondre au médecin : Comptez et voyez tous ceux de ses autres membres qui sont parfaitement sains, est-ce que tous ses membres sains ne pourront pas, pour conserver la vie, ce qu’un seul membre pourrait pour provoquer la mort? Loin de tenir un semblable langage, ils demandent la guérison pour le membre malade, sans que le médecin ait à s’occuper des membres sains ; ils le conjurent d’appliquer des remèdes prompts et efficaces à cette seule partie dont la blessure menace d’une mort certaine les autres parties dont pourtant la santé est jusque-là florissante.

De même je demande de quoi il peut servir à l’homme de posséder dans toute son intégrité la foi ou le sacrement de la foi, si le schisme a tué en lui la charité dont la mort suffit à elle seule pour conduire à la ruine éternelle les autres dons les plus parfaits? Pour empêcher cet effroyable malheur, la miséricorde de Dieu se répand à flots pressés sur le monde par le moyen de l’unité de la sainte Eglise et par le lien de la paix, afin que toutes les brebis égarées reviennent au bercail et soient guéries par le puissant remède de la réconciliation. Parce que nous disons des schismatiques qu’ils ont quelque chose de sain, qu’ils se gardent bien d’en conclure qu’ils jouissent d’une santé parfaite; et parce que nous leur dévoilons telle blessure dont ils sont atteints, pourquoi conclueraient-ils qu’ils doivent guérir ce qui est sain? Ainsi donc, quant à l’intégrité du sacrement, les Donatistes sont avec nous, puisqu’ils ne sont pas contre nous; mais quant à la blessure que leur a faite le schisme, puisqu’ils ne recueillent pas avec le Christ, ils dissipent réellement. Qu’ils ne se glorifient pas de ce qu’ils possèdent. Pourquoi, surtout, jeter des regards orgueilleux sur les quelques parties saines qu’ils peuvent posséder? Qu’ils daignent aussi regarder humblement la triste blessure qui leur est faite, qu’ils envisagent non pas seulement ce qu’ils ont, mais encore ce qui leur manque.

 

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CHAPITRE IX.

SANS LA CHARITÉ TOUT LE RESTE EST INUTILE.

 

 

12. Qu’ils veuillent bien remarquer que les dons les plus nombreux et les plus signalés ne sont plus d’aucune utilité pour le salut, si un de ces dons fait défaut; mais quel est ce don si précieux? Saint Paul va le leur dire lui-même: « Quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges, si je n’avais point la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante. Et quand j’aurais le don de prophétie, que je pénétrerais tous les mystères, et que j’aurais une parfaite science de toutes choses, et quand j’aurais toute la foi possible et capable de transporter les montagnes, si je n’avais point la charité, je ne serais rien (I Cor., XII, 1-3) ». Les Donatistes se flattent de parler la langue des anges dans les saints mystères et de posséder le don de prophétie; mais Caïphe (Jean, XI, 51) et Saül (I Rois, XVIII, 10) ont prophétisé, et cependant la sainte Ecriture les a condamnés. Ils se flattent, non-seulement de connaître, mais encore de posséder les sacrements; mais Simon le Magicien n’avait rien à leur envier (Act., VIII, 13). Ils croient, mais les démons eux-mêmes croient et confessent; ne faisaient-ils pas un acte de foi, quand ils s’écriaient : « Qu’y a-t-il entre nous et vous, Fils de Dieu? Nous savons qui vous êtes (Marc, I, 21) ». Ils se dépouillent de leurs biens pour le donner aux pauvres; mais ce fait est-il si rare, non-seulement parmi les catholiques, mais encore dans les diverses hérésies? Enfin, si pendant une persécution ils livrent avec nous leur corps aux flammes pour rendre également témoignage à la foi; comme cet acte héroïque est accompli dans le schisme; comme ils ne supportent pas leurs frères avec charité comme ils ne font rien pour conserver l’unité d’un même esprit par le lien de la paix (Eph., I, 2,3) comme enfin ils n’ont pas la charité, tout le reste ne leur sert absolument de rien, et ils ne peuvent parvenir au salut éternel. (74)

 

 

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CHAPITRE X.

EN QUEL SENS LES SCHISMATIQUES PEUVENT DIRE DE LEUR SECTE QU’ELLE ENGENDRE DES ENFANTS A JÉSUS-CHRIST.

 

 

13. Ils croient faire preuve de beaucoup d’esprit en posant cette question : « Le baptême de Jésus-Christ, dans le parti de Donat, engendre-t-il, oui ou non, des enfants à Dieu? »  Si nous répondons affirmativement, ils s’empressent de conclure : Donc, notre Eglise est mère, puisqu’elle peut engendrer des enfants à Dieu dans le baptême de Jésus-Christ; et comme il est certain qu’il ne saurait y avoir qu’une seule Eglise véritable, comment peut-on nous accuser encore de ne pas appartenir à cette Eglise? Au contraire, si nous affirmons que leur secte n’engendre pas: « Pourquoi donc », nous demandent-ils, « ne conférez-vous pas la renaissance du baptême à ceux qui nous quittent pour repasser dans vos rangs? A quoi notre baptême a-t-il pu leur servir, s’ils ne sont pas encore nés enfants de Dieu? »

14. Ils ne veulent pas comprendre que, si leur secte engendre, ce n’est pas en tant qu’elle est séparée, mais uniquement en tant qu’elle reste unie en quelque chose à la seule et véritable Eglise. Elle en est séparée, parce qu’elle a brisé les liens de la charité et de la paix; mais elle lui est unie dans la réalité d’un seul baptême. Non, il n’y a qu’une seule véritable Eglise, appelée Eglise catholique; autour d’elle circulent un certain nombre de sectes séparées de son unité; et s’il arrive que ces sectes engendrent, ce n’est pas elles qui engendrent, c’est l‘Eglise catholique qui engendre en elles et par elles. En effet, en tant que sectes elles sont frappées d’une stérilité absolue, mais elles peuvent encore posséder le principe de fécondité qu’elles ont reçu de l’Eglise; qu’il leur plaise de rejeter jusqu’à ce principe, aussitôt elles cessent d’engendrer. Celle qui engendre réellement, c’est donc l’Eglise catholique, dont on conserve les sacrements, et c’est par ces sacrements qu’elle enfante partout les hommes à la vie, lors même que ces hommes n’appartiendraient pas à son unité;quant à ceux qui persévèrent jusqu’à la fin dans cette féconde unité, après les avoir enfantés elle les sauvera. Sachez d’ailleurs que pour cesser d’appartenir à l’Eglise, il n’est point nécessaire de rompre avec elle par le crime manifeste d’un schisme sacrilège, il suffit de se séparer de son esprit par une vie criminelle, tout en lui restant uni par le corps. L’Eglise, par le baptême, avait enfanté Simon le Magicien, et cependant c’est à lui qu’il fut dit qu’il n’aurait aucune part dans

l’héritage de Jésus-Christ (Act., VIII, 13,21) . S’il lui a manqué quelque chose, est-ce le baptême, ou l’Evangile, ou les sacrements? Non, c’est la charité; et parce qu’il n’avait plus la charité, le baptême lui devint inutile, et peut-être eût-il mieux valu pour lui ne jamais le recevoir. N’avaient-ils pas reçu la naissance chrétienne ceux à qui l’Apôtre écrivait : « J’ai dû vous parler comme à de petits enfants en Jésus-Christ? » Et cependant il les soustrait à un schisme sacrilège vers lequel le poids de la chair les entraînait : « J’ai dû vous parler comme à de petits enfants en Jésus-Christ; en cette qualité, je ne vous ai nourris que de lait et non pas de viandes solides, parce que vous n’en étiez pas capables; et à présent même vous ne l’êtes pas encore, parce que vous êtes encore charnels. Car, puisqu’il y a parmi vous des jalousies, des disputes, n’est-il pas visible que vous êtes charnels et que vous vous conduisez selon l’homme? En effet, puisque l’un dit: Je suis à Paul; et l’autre : Je suis à Apollo, n’est-il pas évident que vous vous conduisez selon l’homme (I Cor., III, 1-4) ? » Parlant à ces mêmes chrétiens, il leur avait dit auparavant: « Je vous conjure, mes frères, par le nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, d’avoir tous un même langage et de ne point souffrir de divisions parmi vous, mais d’être tous unis ensemble dans un même esprit et dans un même sentiment. J’ai été averti, mes frères, par ceux de la maison de Chloë, qu’il y a des contestations parmi vous. Je veux dire que chacun de vous prend parti en disant: Pour moi, je suis à Paul, et moi je suis à Apollo, et moi je suis à Céphas, et moi je suis à Jésus-Christ. Jésus-Christ est-il donc divisé? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien avez-vous été baptisés au nom de Paul (Id., I, 10-13)? » Supposé donc que ces Corinthiens se fussent obstinés dans leur perversité , ne serait-il pas toujours vrai de dire qu’ils étaient nés dans l’Eglise par le baptême, et qu’ils cessaient d’appartenir à l’Eglise par les liens de la paix et de l’unité? Oui, c’est (75) toujours l’Eglise qui engendre, soit par son propre sein, soit par le sein des esclaves, et sa fécondité, c’est dans les sacrements qu’elle la puise. Ce n’est pas en vain que l’Apôtre a dit qu’elle était figurée dans tous les événements du peuple juif (I Cor., X, 11). Or, ceux qui cèdent à l’orgueil et ne sont pas unis à leur mère légitime, ne ressemblent que trop à Ismaël, dont il est dit: « Chassez l’esclave et son fils, car le fils de l’esclave ne partagera point l’héritage avec mon fils (Gen., XXI, 10) ». Au contraire, ceux qui dans la paix et l’amour chérissent l’épouse légitime de leur père, c’est-à-dire l’auteur légitime de leur génération , doivent être assimilés à Jacob; car si leurs mères selon la nature ne sont que des servantes, cependant elles ont reçu le droit de participer à un seul et même héritage (Id., XXX, 3). Enfin ceux qui, nés dans le sein de la même mère et dans l’unité intérieure, négligent la grâce qui leur a été conférée, ressemblent à cet autre fils d’Isaac, Esaü, qui a été réprouvé selon cette solennelle parole « J’ai aimé Jacob et haï Esaü »; et cependant c’étaient là deux frères formés en même temps dans le sein de leur mère(Mal., I, 2, 3 ; Gen., XXV, 24.).

 

 

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CHAPITRE XI.

SANS LA CHARITÉ LES PÉCHÉS NE SONT PAS REMIS.

 

 

15. Ils demandent également « si dans la secte de Donat les péchés sont remis par le baptême ». Si nous répondons affirmativement : Donc, concluent-ils, le Saint-Esprit est avec ce schisme que vous maudissez; car ce n’est qu’après avoir donné le Saint-Esprit à ses disciples que le Sauveur leur confia cette mission: « Baptisez les nations au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (Matt., XXVIII, 19); « les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à« qui vous les retiendrez (Jean, XX, 22, 23). Or, continuent-ils, si nous possédons ces glorieux privilèges, nous sommes dans l’Eglise de Jésus-Christ; car ce n’est que dans l’Eglise que le Saint-Esprit opère la rémission des péchés. Et si nous sommes l’Eglise de Jésus-Christ, nécessairement vous avez cessé de l’être vous-mêmes. En effet, l’Eglise est essentiellement une, car c’est d’elle qu’il a été dit : « Elle est ma seule colombe, elle est la fille unique (76) de sa mère  (Cant., VI, 8) » ; et puis, il est évident qu’il ne saurait y avoir autant d’Eglises qu’il y a de schismes divers. D’un autre côté, si nous affirmons que le baptême des Donatistes ne remet pas les péchés: Donc, concluent-ils, ce n’est pas là le véritable baptême; d’où il suit que vous devriez baptiser ceux qui quittent le donatisme pour se faire catholiques. Or, vous ne les baptisez pas, et par ce refus vous avouez implicitement que vous n’êtes pas dans l’Eglise de Jésus-Christ.

16. Nous appuyant sur les Ecritures, nous les prions à notre tour de se poser à eux-mêmes la question qu’ils nous adressent et de se faire la réponse. Je leur demande de me dire si les péchés sont remis là où la charité n’existe pas. Les péchés sont pour les âmes les ténèbres les plus profondes. Ecoutons plutôt l’apôtre saint Jean : « Celui qui hait son frère est encore dans les ténèbres (I Jean, I, 11)». Or, il n’y aurait jamais de schisme, si la haine fraternelle n’était pas là pour en établir. Si donc nous disons que chez les Donatistes les péchés ne sont pas effacés, comment alors peut renaître celui qui reçoit leur baptême? Renaître par le baptême n’est-ce pas dépouiller le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau? Et comment peut-on dépouiller le vieil homme, si les fautes passées ne sont pas effacées? Pourtant, si le baptisé ne renaît pas à une vie nouvelle, il ne revêt pas Jésus-Christ et par conséquent il semble nécessaire de lui réitérer le baptême. L’Apôtre écrivait: « Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez revêtu Jésus-Christ (Gal., II, 27) »; par conséquent celui qui n’a pas revêtu Jésus-Christ ne saurait être regardé comme ayant reçu le véritable baptême. D’un autre côté, quand nous disons de quelqu’un qu’il a été baptisé en Jésus-Christ, nous affirmons par là même qu’il a revêtu Jésus-Christ et par conséquent qu’il a été régénéré; enfin, s’il a été régénéré, ses péchés ont été effacés. Mais alors que peuvent signifier ces paroles de saint Jean : « Celui qui hait son frère, est encore dans les ténèbres? » Cet état peut-il donc se concilier avec la rémission des péchés? Est-ce que la haine fraternelle n’est pas le principe de tous les schismes? N’est-ce pas dans cette haine que tout schisme va puiser nécessairement son origine et son obstination?

17. Les Donatistes se flattent d’avoir résolu (76) la question à leurs propres yeux en formulant la conclusion suivante : « Dans. le schisme la rémission des péchés n’est donc pas possible; dès lors on ne saurait y admettre aucune régénération de l’homme nouveau; par conséquent le baptême qui peut y être conféré n’est pas le baptême de Jésus-Christ». Nous, au contraire, nous soutenons que le baptême conféré par ces schismatiques est bien le baptême de Jésus-Christ, et dès lors voici la question que nous leur proposons à résoudre : Simon le Magicien avait-il reçu le véritable baptême de Jésus-Christ? Leur réponse sera nécessairement affirmative, car les textes de la sainte Ecriture ne sauraient être contredits sur ce point. Mais alors, qu’ils me disent si ses péchés lui avaient été remis? Oui encore. Pourquoi donc saint Pierre lui déclare-t-il qu’il n’a aucune part à l’héritage des saints? Parce que, répondent-ils, Simon avait péché depuis son baptême en voulant acheter à prix d’argent le don de Dieu, et en croyant que les Apôtres en faisaient commerce.

 

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CHAPITRE XII.

EN QUEL SENS LES PÉCHÉS REVIVENT APRÈS LE BAPTÊME.

 

18. Et si de la part de Simon la réception du baptême n’avait été qu’un acte d’hypocrisie, aurait-il reçu, oui ou non, la rémission de ses péchés? Libre à eux de répondre dans quel sens ils voudront; mais quelque parti qu’ils prennent, la victoire nous est assurée. S’ils affirment que les péchés lui ont été remis, comme cette rémission n’a pu être opérée que par le Saint-Esprit, nonobstant la fourberie du sujet, je demande ce que peuvent signifier ces paroles : « Le Saint-Esprit fuira la feinte dans la discipline ( Sag., I, 5)? » S’ils soutiennent que les péchés ne lui ont pas été remis, je demande qu’ils me disent si l’on devra lui réitérer le baptême, quand touché d’un véritable repentir il confessera son hypocrisie et son mensonge? Ils me répondent que cette réitération du baptême serait le comble de la folie; ils ont raison, mais alors qu’ils avouent donc que le véritable baptême de Jésus-Christ peut être validement conféré à un homme dont le coeur reste attaché à la matière et au sacrilège, et qui dès lors ne peut recevoir la rémission de ses péchés. La conclusion qu’ils doivent en tirer, c’est que les hommes sont baptisés validement dans toutes les communions séparées, pourvu que l’on n’omette rien de ce qui est essentiel à la célébration du sacrement de baptême. Bien plus, c’est en vertu de ce même sacrement que plus tard s’opérera la rémission des péchés, lorsque; mû par le repentir, il secouera les liens du schisme et du sacrilège qui s’opposaient à la rémission des péchés et rentrera dans le sein de l’unité catholique. Ainsi donc celui qui s’est hypocritement approché du baptême ne sera point condamné à le recevoir de nouveau; mais pourvu qu’il se convertisse et fasse de sa faute une confession sincère, il obtiendra la rémission de ses péchés par la vertu même du sacrement de baptême qui alors seulement commencera à produire ses effets pour le salut éternel. De même celui qui, ennemi de la charIté et de la paix de Jésus-Christ, reçoit de la main des hérétiques ou des schismatiques le véritable baptême de Jésus-Christ, qu’ils n’ont pas perdu en se séparant de l’Eglise, celui-là, lorsqu’il se convertira et qu’il entrera dans la société et dans l’unité de l’Eglise, ne sera nullement condamné à recevoir de nouveau le baptême, quoique jusque-là le schisme ou l’hérésie aient rendu pour lui la rémission des péchés absolument impossible. Par le fait même de la réconciliation et de la paix qui lui sont conférées, il obtient dans l’unité la rémission de ses péchés par la vertu du baptême qui commence seulement alors à produire ses effets, parce que dans le schisme il était frappé d’une nullité absolue, malgré la validité dont il était revêtu.

19. Diront-ils que celui pour qui le baptême n’a été qu’un acte simulé, a réellement reçu la rémission de ses péchés, au moment même de la collation du sacrement, mais que tous ces péchés ont revécu aussitôt par suite de son hypocrisie même? il suivrait de là que le Saint-Esprit aurait communiqué au baptême toute sa vertu pour chasser les péchés; mais que la présence obstinée de l’hypocrisie l’aurait fait luire, et qu’après cette fuite tous les péchés auraient reparu. C’est ainsi que l’on concilierait ces paroles : « Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez revêtu Jésus-Christ » ; et ces autres : « Le Saint-Esprit fuira la feinte dans la discipline ». La sainteté du baptême l’aurait (77) revêtu de Jésus-Christ, et la fiction l’aurait immédiatement dépouillé de ce même Jésus-Christ. Cela ressemblerait assez à ce que nous éprouvons, lorsque nous passons subitement des ténèbres à la lumière et de la lumière aux ténèbres ; nos yeux ne laissent pas que de s’agiter continuellement dans les ténèbres; mais, pour que la lumière puisse nous arriver, il nous faut sortir des ténèbres. Or, si telle est l’opinion des Donatistes, qu’ils s’en fassent à eux-mêmes l’application immédiate, car tout séparés qu’ils soient de la communion de l’Eglise, ils reçoivent cependant le véritable baptême de Jésus-Christ, dont la sainteté est absolument indépendante des dispositions du ministre. Par conséquent le baptême qu’ils confèrent n’est pas leur propre baptême, mais le baptême de l’Eglise dont ils se sont séparés; voilà pourquoi ce baptême est valide, mais s’ils quittent la lumière de ce sacrement pour retourner aux ténèbres de leur dissension, leurs péchés, quoique effacés au moment même de la collation du baptême et par le baptême lui-même, reparaissent ( Non pas sans doute dans leur entité criminelle, mais dans leurs tristes effets et leur effrayante responsabilité), comme reparaissent les ténèbres lorsqu’on se sépare de la lumière.

20. Que les péchés revivent moralement lorsque la charité fraternelle cesse d’exister, c’est ce que le Seigneur nous enseigne assez clairement dans la parabole du serviteur insolvable. A la prière de ce dernier, le maître lui avait fait condonation de la somme de dix mille talents. Mais quand le maître eut appris que ce même serviteur avait refusé de faire miséricorde à l’un de ses frères qui ne lui devait pourtant que cent deniers, il exigea qu’on lui payât toute la somme dont il avait fait condamnation. Le moment dans lequel nous recevons notre pardon par le baptême est assez semblable à ce moment de rendre ses comptes et dans lequel on reçoit remise de toute la dette connue. On ne saurait dire cependant que cet ingrat serviteur a fait condonation à son frère de la somme que celui-ci lui devait, puisqu’il refusa d’user envers lui de miséricorde; son frère lui devait donc lorsque son maître le somma de lui rendre compte et de lui payer tout ce qu’il lui devait; par conséquent, avant de pardonner à son frère, il conjurait son maître de lui pardonner à lui-même. C’est ce que prouvent ces paroles formulées par son collègue « Usez de patience à mon égard et je vous satisferai ». Dans le cas d’un pardon intérieur, il lui aurait dit : Vous m’avez fait condonation entière, pourquoi me réclamer de nouveau? Les paroles du Sauveur sont plus formelles encore : « Ce serviteur se retira », dit-il, « et rencontra l’un de ses collègues qui lui devait cent deniers (Matt., XVIII, 23-25), et non pas : A qui il avait fait condonation de cent deniers. Car si cette condonation avait eu lieu, toute la dette aurait été éteinte. Or, ces mots : « Qui lui devait », prouvent suffisamment qu’il n’y avait eu aucune remise antérieure. Or, il est de toute évidence que pour ce débiteur appelé à rendre compte à son maître, et à lui payer une somme aussi importante, le plus sage parti à prendre, pour obtenir miséricorde, eût été de faire d’abord miséricorde à son collègue; et, appuyé sur cette bonne oeuvre, de se présenter humblement devant son maître pour implorer la remise de sa dette. Et cependant, pour se décider à lui pardonner, le maître n’exigea même pas de son serviteur qu’il eût accompli cette bonne action, il lui pardonna sans condition. Mais quel fruit cet ingrat serviteur retira-t-il de la libéralité de son maître, puisque sa dureté à l’égard de son collègue rappela son maître à des sentiments d’une juste sévérité pour le paiement de la dette? De même la grâce du baptême ne laisse pas, en elle-même, que de conférer la rémission des péchés alors même que la haine fraternelle persévère dans le coeur de celui à qui ses péchés sont pardonnés. En effet, tout ce qui était dû avant le baptême et au moment du baptême, est pardonné à l’instant même du baptême et dans le baptême. Mais à peine sorti du baptême, le coupable retrouve la responsabilité et la culpabilité de tous les moments et de tous les instants antérieurs, par la réapparition morale de tous les péchés pardonnés. Or, c’est là ce qui arrive très-souvent dans l’Eglise.

 

 

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CHAPITRE XIII.

EXEMPLES TIRÉS DU BAPTÊME CONFÉRÉ EN CAS DE MORT.

 

21. Il arrive très-souvent à un homme d’être animé d’une haine très-coupable à l’égard de son ennemi, malgré le précepte (78) formel qui nous ordonne d’aimer nos ennemis et de prier pour eux. Tout à coup le danger de mort se fait sentir, on demande le baptême et on le reçoit avec une telle précipitation qu’on n’a le temps ni de beaucoup interroger ni de beaucoup discourir, pour amener le malade à arracher de son coeur cette haine invétérée, alors même que le ministre en aurait connaissance. Des circonstances de cette nature se présentent souvent, non-seulement parmi nous, mais encore parmi les Donatistes. Que disons-nous donc ? Cet homme reçoit-il, oui ou non, la rémission de ses péchés? Libre à nos adversaires d’affirmer ou de nier. En effet, si ces péchés sont pardonnés, ils revivent aussitôt, comme nous venons de le prouver d’après l’Evangile. Par conséquent, qu’ils soient remis ou qu’ils ne le soient pas, toujours est-il qu’ils ont besoin d’une guérison ultérieure; et, pourtant, si le malade revient à la santé, s’il se repent de sa haine et la dépose, jamais la pensée ne viendra de lui réitérer le baptême, soit parmi les Donatistes, soit parmi nous. Ainsi tout ce que les schismatiques ou les hérétiques possèdent et observent en commun avec la véritable Eglise, nous l’approuvons, nous le ratifions lorsqu’ils entrent dans nos rangs. En effet, dans toutes les matières qui leur sont communes à eux et à nous, ils ne sont pas séparés de nous. Cependant, comme ces points communs ne leur sont d’aucune utilité dans le schisme ou l’hérésie, à raison de leur opposition sur d’autres matières et de leur séparation criminelle, nous les pressons vivement de revenir à l’heureux état de la paix et de la charité, sans trop nous occuper de savoir si leurs péchés leur ont été remis ou s’ils ont reparu aussitôt après leur rémission. Non-seulement nous voulons leur donner ce qu’ils n’auraient pas, mais nous voulons surtout faire fructifier en eux ce qu’ils possédaient inutilement.

 

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CHAPITRE XIV.

IL N’Y A DE BAPTÊME QUE CELUI DE DIEU ET DE L’ÉGLISE.

 

22. C’est donc en vain qu’ils nous objectent: « Si vous acceptez notre baptême, que peut-il nous manquer et pourquoi tant nous presser d’entrer dans votre communion ? »

Nous leur répondons : Ce n’est pas précisément votre baptême que nous acceptons, car ce baptême que vous conférez n’est le baptême ni des hérétiques, ni des schismatiques, mais le baptême de Dieu et de l’Eglise, quelque part qu’il se rencontre ou se transporte. Ce qui est proprement à vous, c’est la dépravation de votre doctrine, le sacrilège de vos oeuvres et l’impiété de votre séparation. Supposé que sur tout le reste vous soyez dans le vrai, et que pourtant vous vous obstiniez dans votre séparation et dans votre opposition à la paix fraternelle et à cette imposante unité qui brille aujourd’hui , et avec tant d’éclat, sur l’univers tout entier ; supposé que vous refusiez aveuglément d’entrer dans les rangs de ces catholiques que vous avez condamnés sans avoir pu connaître et discuter ni le fond de leur doctrine, ni le fond de leur coeur, et qui ne sauraient être blâmés de s’être confiés à la parole des juges ecclésiastiques plutôt qu’aux diatribes de leurs querelleux adversaires; supposé tout cela, j’affirme encore qu’il vous manque quelque chose d’absolument nécessaire, c’est-à-dire ce qui manque à celui qui n’a pas la charité. Quel besoin nous presse de vous dévoiler nous-mêmes ? Regardez l’Apôtre , et vous comprendrez mieux l’importance de ce que vous n’avez pas. Celui qui n’a pas la charité, qu’importe qu’il se laisse emporter au dehors par le vent de la tentation, ou qu’en restant dans la moisson du père de famille, il soit destiné à en être éternellement séparé au jour de la purification suprême ? Et cependant, il suffit que tous ces malheureux aient reçu une première fois le baptême, pour qu’on ne puisse le leur réitérer.

 

 

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CHAPITRE XV.

CEUX QUI APPARTIENNENT A L’ANCIEN ET AU NOUVEAU TESTAMENT.

 

23. L’Eglise est la mère de tous les chrétien, soit qu’elle enfante d’elle-même, c’est-à-dire de son propre sein, soit qu’elle les enfante hors d’elle-même, par l’infinie fécondité de son divin Epoux; en d’autres termes, soit qu’elle les enfante dans son sein ou dans le sein de l’esclave. Esaü, né de l’épouse véritable, a cependant été séparé du peuple de Dieu, à cause de la discorde fraternelle. Aser, né de l’esclave , et par la permission de l’épouse, a reçu sa part de la terre promise à cause de la concorde fraternelle. Pour (79) Ismaël, s’il fut séparé du peuple de Dieu, ce fut bien moins à cause de l’esclavage de sa mère que de la discorde entre les deux frères ; du reste, il ne retira aucun avantage de la puissance de l’épouse légitime dont il était pourtant le fils, en tant du moins qu’elle avait elle-même demandé que, en vertu du droit conjugal, son époux connût l’esclave, et qu’elle en avait reçu le fruit. De même, c’est en vertu du droit de l’Eglise sur le baptême que les Donatistes procurent la naissance spirituelle à tous ceux qu’ils baptisent. Si ces nouveaux baptisés vivent dans une parfaite union avec leurs frères, cette union dans la paix leur procure la possession de la terre promise, uniquement en vertu de la fécondité paternelle, et sans avoir besoin de sortir immédiatement du sein de l’épouse légitime. Au contraire, s’ils persévèrent dans la discorde, ils n’ont d’autre sort à attendre que celui d’Ismaël. Ismaël était l’aîné, et Isaac le plus jeune ; de même à Esaü appartenait naturellement le droit d’aînesse sur Jacob ; en continuant cette comparaison, on ne pourrait pas dire que l’hérésie a enfanté avant l’Eglise, ou que l’Eglise elle-même a d’abord enfanté d’une manière charnelle et animale, avant d’enfanter spirituellement. Cependant, selon l’ordre établi dans notre mortalité, tel-le que nous la recevons d’Adam, « ce n’est pas ce qui est spirituel qui a été formé le premier, c’est le charnel et ensuite le spirituel (I Cor., XV, 46) » Quant aux dissensions et aux schismes, ils naissent tous du sens animal, car « l’homme animal ne perçoit pas ce qui est de l’Esprit de Dieu (Id., II, 14) ». Ceux qui persévèrent dans ce sens animal, l’Apôtre les regarde comme appartenant à l’Ancien Testament (Gal., IV.), c’est-à-dire au désir des promesses terrestres, qui n’étaient que la figure des promesses spirituelles; mais « l’homme animal ne perçoit pas ce qui est de l’Esprit de Dieu ».

24. Ainsi donc, on doit regarder comme des hommes charnels tous ceux qui, apparaissant en cette vie à quelque époque que ce soit, -et enrichis des sacrements divins, selon le siècle dans lequel il sont nés, se laissent dominer par des désirs charnels, et n’attendent de la part de Dieu, pour cette vie ou après la mort, que des biens charnels et grossiers. Quant à l’Eglise, qui est le vrai peuple de DieS elle est, dans le pèlerinage même de cette vie, une société aussi ancienne que le monde, et a toujours renfermé dans son sein, soit des hommes en qui dominait la partie animale, soit des hommes en qui dominait la partie spirituelle. Aux hommes charnels se rapporte l’Ancien Testament; tandis que le Nouveau se rapporte aux hommes spirituels. Dans les premiers temps depuis Adam jusqu’à Moïse, ces deux éléments se trouvaient plus ou moins cachés et confondus. Depuis Moïse, ce qui s’est surtout manifesté, c’est l’Ancien Testament, et en lui se cachait le Nouveau car il y était figuré d’une manière occulte. Mais depuis que le Verbe divin s’est revêtu de notre chair, le Nouveau Testament s’est solennellement révélé ; les sacrements de l’Ancien ont cessé, sans que cependant les concupiscences aient disparu. N’est-ce pas sous leur joug que gémissent tous ceux qui, quoique nés par le sacrement de la nouvelle alliance, sont néanmoins appelés par l’Apôtre des hommes charnels qui ne perçoivent pas ce qui est de l’Esprit de Dieu? De même que dans les sacrements de l’Ancien Testament vivaient certains hommes spirituels, qui appartenaient par là même au Nouveau Testament, dont l’existence était toute figurée et mystérieuse ; de même aujourd’hui beaucoup d’hommes vivent dans la vie animale, malgré l’éclatante révélation qui a été faite du sacrement du Nouveau Testament. Tous ceux qui refusent de progresser pour percevoir ce qui est de l’Esprit de Dieu, malgré les pressantes exhortations de l’Apôtre, appartiennent à l’Ancien Testament. Au contraire, ceux qui se perfectionnent, par le fait même des efforts qu’ils font pour avancer, appartiennent au Nouveau Testament; et si la mort vient les frapper avant qu’ils aient pu devenir spirituels, ornés qu’ils sont de la sainteté du sacrement, ils sont admis au nombre des vivants dans ce séjour où Dieu seul est notre espérance et la part de notre héritage. Telle est, je crois, l’interprétation la plus vraie que l’on puisse donner de ces paroles: « Vos yeux ont vu mes imperfections » , et l’écrivain sacré ajoute aussitôt: « Et tous seront inscrits dans votre livre (Ps., CXXXVIII, 16) ». (80)

 

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CHAPITRE XVI.

DE QUELLE MANIÈRE L’ÉGLISE ENFANTE LES UNS ET LES AUTRES.

 

25. La même Eglise qui enfanta Abel et Enoch, Noé et Abraham. enfanta également Moïse et les Prophètes, dans les derniers temps qui précédèrent la venue du Messie, et après la venue du Messie elle forma les Apôtres, nos martyrs et tous les bons chrétiens. Tous ces personnages s’élevèrent à de longs intervalles, et cependant ils appartenaient à une seule et même société ; ils étaient les concitoyens d’une même cité, appelés à soutenir ici-bas les fatigues d’un même pèlerinage ; la même carrière est encore courue aujourd’hui et le sera jusqu’à la fin des siècles par les enfants de l’Eglise. De même cette Eglise qui enfanta Caïn et Cham, Ismaël et Esaü, enfanta également Dathan et autres pécheurs semblables signalés dans l’histoire de ce peuple; depuis elle enfanta aussi le faux apôtre Judas, Simon le Magicien et tous ceux qui jusqu’à nos jours et jusqu’à la fin du monde, se jetant dans un faux christianisme, se sont endurcis ou s’endurciront dans les affections terrestres et animales, soit qu’ils appartiennent encore extérieurement à l’unité, soit qu’ils s’en séparent par un schisme manifeste. Or, quand de tels hommes sont évangélisés par des ministres spirituels, quand les sacrements leur sont conférés, c’est bien l’Eglise qui les enfante par elle-même, mais alors elle enfante comme Rébecca a enfanté Esaü; au contraire, quand ces mêmes hommes s’adressent à des ministres fornicateurs de la parole évangélique (Philipp., I, 17), ils n’en sont pas moins associés au peuple de Dieu, l’Eglise les enfante, c’est vrai, mais elle enfante comme Sara, c’est-à-dire par l’intermédiaire de l’esclave Agar. Et puis, quand des hommes bons et spirituels se trouvent engendrés à la foi par des ministres charnels, c’est encore l’Eglise qui les enfante, mais elle les enfante comme Lia ou Rachel en vertu de son droit conjugal, mais par le sein des servantes. Enfin, voici des ministres vraiment spirituels, qui enfantent à l’Evangile de véritables fidèles ; ces derniers arrivent promptement à la possession de la vie spirituelle, ou du moins ils ne cessent d’y tendre par l’ardeur de leurs désirs; ou bien, s’ils n’y arrivent pas, c’est qu’ils ne le peuvent absolument; ceux-là encore, c’est toujours l’Eglise qui les enfante à la vie nouvelle et au Nouveau Testament, mais elle les enfante par elle-même et dans son propre sein, comme Sara enfanta Isaac, comme Rébecca enfanta Jacob.

 

 

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CHAPITRE XVII.

CEUX QUE L’ÉGLISE REJETTE OU CONSERVE.

 

26. Ainsi donc, qu’il s’agisse, soit de ceux qui paraissent appartenir à l’unité, soit de ceux qui ont rompu avec elle ouvertement, tout ce qui est chair est chair; de même, dans l’aire du père de famille la paille est toujours la paille, soit qu’elle y reste avec toute sa stérilité, soit qu’elle disparaisse emportée au loin par le vent de la tentation. D’ailleurs cette Eglise qui aspire à devenir sans tache et sans souillure, rejette toujours de son sein et de son unité celui qui s’obstine dans son endurcissement charnel, fût-il extérieurement mêlé à l’assemblée des saints. Toutefois il ne faut jamais désespérer d’aucun homme, soit de celui qui paraît encore catholique, soit de celui qui se pose extérieurement et manifestement son adversaire. Quant aux chrétiens véritablement spirituels ou qui aspirent à le devenir, ils ne sortent jamais de l’unité ; alors même qu’ils en paraissent chassés soit par la perversité, soit par la violence, la position qui leur est ainsi faite devient pour eux une épreuve, bien plus efficace et méritoire que ne serait leur participation à l’unité ; car, loin de s’insurger contre l’Eglise, ils adhèrent du fond de leurs entrailles et par la puissance de leur charité à la pierre angulaire, fondement inébranlable de l’unité. Cet état nous est clairement indiqué par cette parole de 1’Ecriture au sujet du sacrifice d’Abraham : « Il ne partagea point les oiseaux (Gen., XV, 10). »

 

 

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CHAPITRE XVIII.

DOCTRINE DE SAINT CYPRIEN SUR LE BAPTÊME.

 

27. Si je ne me trompe, la question du baptême me paraît suffisamment discutée. D’un autre côté, comme il est de toute évidence que les Donatistes sont réellement dans le schisme, il n’y a pour nous d’autre doctrine à embrasser que celle de l’Eglise universelle, restée entièrement pure de tout schisme et de tout sacrilège. D’ailleurs, supposé que les (81)  docteurs fussent encore séparés d’opinions sur des points accidentels, qui ne touchent en rien à l’unité, plus tard, il sera donné à quelque concile général de réunir toutes ces opinions dans une doctrine clairement formulée ; jusque-là, les erreurs de faiblesse humaine sont suffisamment couvertes par la charité de l’unité, selon cette parole : « La charité couvre la multitude des péchés (I Pierre, IV, 8.) ». Que cette charité disparaisse, tout le reste devient absolument inutile ; avec la charité, au contraire, certains errements ne sont pas même des fautes légères.

28. Mais venons à la doctrine du bien heureux martyr Cyprien, dont la puissante autorité est sans cesse et charnellement invoquée par les Donatistes, tandis que sa charité les confond et les écrase spirituellement. Avant donc qu’un concile général eût tranché la question, avant que l’accord unanime de toute l’Eglise se fût prononcé sur ce point, Cyprien, de concert avec environ quatre-vingts évêques de l’Afrique, avait cru devoir décider que le baptême devait être réitéré à quiconque avait reçu ce sacrement en dehors de la communion de l’Eglise catholique. Le Seigneur permit que ce grand homme tombât ainsi dans l’erreur, afin de n’en faire éclater que mieux sa pieuse humilité, et son ardente charité à conserver précieusement la paix dans l’Eglise. A ce titre donc, ne peut-il pas être proposé comme modèle non-seulement aux chrétiens de ce temps, mais encore à ceux des siècles futurs, car à tous il apprend dans sa personne que le remède à tous les maux, c’est l’union parfaite avec l’Eglise catholique? On vit alors, d’un côté, ce grand évêque, occupant l’un des premiers siéges de l’Afrique, aussi illustre par ses mérites que par son zèle et par son éloquence, embrasser sur le baptême une opinion contre laquelle la vérité mieux connue et un examen plus approfondi devaient protester; d’un autre côté, l’immense majorité de ses collègues, sur une question qui n’était point encore tranchée dogmatiquement, soutenaient la doctrine fondée sur les anciens usages de l’Eglise, et destinée à recevoir la sanction de l’Eglise universelle. Or, malgré cette diversité d’opinions, Cyprien se garda bien de se séparer de ses contradicteurs, et ne cessa de rappeler à tous le besoin et le devoir de se supporter réciproquement dans la charité, et de s’appliquer à conserver l’unité d’esprit dans le lien de la paix (Eph., IV, 2,3). De cette manière le corps tout entier restait sain, malgré l’infirmité de quelques-uns de ses membres; ceux-ci, de leur côté, devaient recouvrer la santé parfaite en restant unis au corps, tandis que s’ils se fussent séparés, leur guérison devenait bien plus difficile et la mort presque certaine. Et puis, si saint Cyprien se fût séparé, combien d’antres l’auraient suivi ? Quelle influence son nom seul n’aurait-il pas exercée parmi les hommes? Les schismatiques n’auraient-ils pas été fiers de s’appeler Cyprianistes, et non point Donatistes ? Mais loin d’être du nombre de ces fils de perdition, dont il est dit: « Vous les avez précipités dans l’abîme, alors même qu’ils aspiraient à s’élever (Ps., LXXII, 18) », Cyprien était l’enfant de la paix de l’Eglise ; et si, malgré les lumières dont il était doué, Dieu permit qu’il tombât dans l’erreur, c’était pour que sa chute éclairât le monde de lumières plus éclatantes encore. « Je vais encore vous montrer », dit l’Apôtre, « une voie beaucoup plus excellente : quand je parlerais toutes les langues des hommes et des anges eux-mêmes, si je n’avais point la charité, je ne serais que comme un airain sonnant et une cymbale retentissante (I Cor., XII, 31 ; XIII, 1) ». Sans doute, Cyprien n’eut pas toute la pénétration suffisante pour sonder les secrets cachés du sacrement; mais eût-il possédé la science parfaite de tous les sacrements, sans la charité, il n’eût rien été. Quelque chose lui reste inconnu, mais parce qu’il a gardé la charité, humblement, fidèlement, courageusement, il a mérité de parvenir à la couronne du martyre; quelques ténèbres, triste condition de notre nature humaine, auraient pu faire ombre au sein des splendeurs de son esprit, mais ces ombres devaient disparaître devant la glorieuse sérénité de l’effusion de son sang. Ce n’est pas en vain que le Seigneur Jésus, se nommant la vigne et nommant ses disciples les rameaux, ordonne de trancher parmi ces rameaux et de couper comme des sarments inutiles ceux qui ne donneraient aucun fruit. Or, ce fruit, quel est-il, sinon celui dont il est dit: « Je vous donne, pour commandement nouveau, de vous aimer les uns les autres (Jean, XIII, 34) ». Telle est cette charité sans (82) laquelle tout le reste devient inutile. L’Apôtre dit encore : « Les fruits de l’esprit soit la charité, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la foi, la mansuétude, la continence (Gal., V, 22, 23). » Tous ces fruits découlent de la charité, et avec elle et par elle, forment comme une admirable grappe de raisin. Toutefois, ce n’est pas en vain que le Seigneur ajoutait: «Quant aux sarments qui donnent du fruit en moi, mon Père les émonde « afin qu’ils portent des fruits plus abondants (Jean, XV, 1-5) ». Ces paroles ne prouvent-elles pas que ceux-là mêmes qui portent des fruits de charité, peuvent encore avoir besoin de quelque purification? et cette purification est toujours opérée par notre Père qui est au ciel. Si donc le bienheureux Cyprien eut sur le baptême des opinions erronées qui plus tard durent disparaître devant l’évidence produite par un examen plus attentif ; du moins il persévéra dans l’unité catholique ; son erreur se trouva compensée par l’abondance de sa charité, et purifiée par l’effusion de son sang et la gloire de son martyre.

 

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CHAPITRE XIX.

EXAMINE LA LETTRE DE SAINT CYPRIEN SUR LA RÉITÉRATION DU BAPTÊME.

 

 

29. Ce qui précède suffirait sans doute pour venger la gloire du bienheureux martyr dans une cause qui n’est pas à proprement parler la sienne, mais celle de l’auteur même de la grâce. Toutefois, si je me bornais à ces simples réflexions, je pourrais paraître quelque peu incertain de la solidité des preuves; c’est pourquoi, sa lettre en main, je veux en tirer des témoignages qui réduiront les Donatistes au plus honteux silence. Ne sait-on pas avec quelle affectation ils invoquent l’autorité de ce grand homme, pour prouver qu’ils sont parfaitement en droit de réitérer le baptême aux fidèles qui, s’enrôlent dans leur secte? Malheureux schismatiques! ils se précipitent eux-mêmes dans une infaillible réprobation, s’ils persévèrent dans cette voie; la seule chose qu’ils imitent dans ce grand homme, c’est l’erreur, mais une erreur qui ne compromit nullement son innocence, parce qu’il resta jusqu’à la fin inébranlablement attaché à cette unité que les Donatistes ont criminellement déchirée, pour n’avoir pas connu la voie de la paix (Ps., XII, 3). Quelque part qu’il se trouve, le baptême y porte toujours sa sainteté essentielle; fût-il conféré par des hérétiques ou des schismatiques, il n’est le baptême ni de l’hérésie, ni du schisme; d’où je conclus que l’Eglise catholique n’a jamais à le réitérer. Cependant, autre chose est d’enseigner la réitération du baptême, autre chose est de prononcer que tous ceux qui errent loin de la paix catholique et se précipitent dans le gouffre du schisme doivent être baptisés de nouveau. De la part d’un catholique, l’erreur sur la réitération du baptême est facilement couverte par l’éclat et l’abondance de la charité; mais, de la Part des schismatiques, elle imprime sur leur front un caractère de réprobation de plus en plus prononcé. Mais réservons pour un autre livre ce que nous avons à dire au sujet du bienheureux Cyprien. (83)

 

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