LIVRE QUATRIÈME. LAFFAIRE DES MAXIMIENS
Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.
Réfutation générale de toutes les parties de la lettre de Cresconius ; toutes ses objections et toutes ses calomnies trouvent
leur réponse dans la cause des Maximiens.
I. Dans un de mes précédents ouvrages
j'avais réfuté la doctrine de Petilien. Aussitôt vous vous
êtes levé pour venger sa défaite et prendre sa défense. C'est donc à vous, Cresconius, que j'avais affaire désormais, et déjà trois livres
volumineux ont fait justice de votre lettre. J'aurais pu clore le débat; mais, dans ce
petit travail que je vous présente aujourd'hui, il m'a semblé bon de m'occuper
exclusivement avec vous de la cause des Maximiens, afin de
vous prouver de nouveau l'inutilité et l'imprudence de votre lettre. Je regarde cette
cause comme un véritable bienfait de Dieu, destiné tout à la fois et à notre
justification et à votre correction, si vous avez la sagesse d'en profiter. Voyez, en
effet, comment, sans que vous le sachiez et sans que nous y ayons aucune part, il a su s'emparer de l'esprit de vos évêques et les faire servir à
l'accomplissement de ses desseins. Ces évêques accusaient le monde entier de s'être
souillé des péchés d'autrui par la communauté des mêmes sacrements, alors même que
ces péchés étaient faux ou du moins n'étaient pas prouvés; et en même temps, dans
l'affaire de Maximien, ils étaient contraints d'avouer que les péchés de ceux qu'ils
avaient condamnés et la même participation aux sacrements, n'avaient pu souiller ceux à
qui ils avaient offert une réintégration complète dans un délai fixé ; il n'y avait
d'exception que contre les ordonnateurs de Maximien, tandis que les condamnateurs de Primianus, quoique partisans déterminés des mêmes erreurs,
n'avaient qu'à se soumettre pour recouvrer tous leurs anciens privilèges. Ces mêmes
évêques refusaient de reconnaître comme valide le baptême conféré hors de leur
secte, fût-ce même dans l'Eglise apostolique, soutenaient l'invalidité absolue du
baptême conféré hors de l'Eglise, nous reprochaient de ne pas invalider le baptême
dans tous ceux que nous regardions comme n'étant pas membres de la véritable Église; et
cependant, par une contradiction évidente, ils recevaient ceux qui avaient été
baptisés dans le schisme sacrilège de Maximien, et n'osaient pas invalider le baptême
qu'ils avaient reçu. Ces mêmes évêques, qui nous accusaient de persécution parce que,
sous notre inspiration, les empereurs chrétiens avaient porté des lois qui devaient
hâter le retour des hérétiques dans le sein de l'Eglise, et chargeaient néanmoins,
auprès de ces mêmes juges, et des fautes les plus graves, Maximien et ses compagnons,
alléguant, pour justifier leur demande, et la décision du concile qui les avait
condamnés, et les actes proconsulaires ainsi que les ordres qu'ils avaient arrachés et
qui dépossédaient de leurs sièges tous les Maximiens. Telle
fut la conduite de- vos évêques, et ils osent encore tromper les simples en enveloppant
leurs propres couvres des ténèbres les plus profondes, feignant d'ignorer qu'ils sont
condamnés tout à la fois, et par les saintes Ecritures et par les documents authentiques
qui nous restent sur leur conduite et sur leur séparation de l'unité, et enfin par leurs
propres actions et par leurs exemples.
II. C'est donc uniquement dans cette
affaire que je chercherai, avec le secours de Dieu, une réfutation complète et facile de
toutes les parties de votre lettre. Tout d'abord je relève les reproches éloquents que
vous adressez à l'éloquence, l'accusant d'être l'ennemie de la vérité et de patronner
le mensonge. Je n'ignore pas qu'à travers l'éloquence c'est moi que vous vouliez
atteindre et signaler à la défiance et à la répulsion des simples. Mais, supposé que
j'aie autant d'éloquence que vous m'en attribuez, est-ce que l'éloquence ne devrait pas
arracher de vos lèvres les plus pompeux éloges, quand vous la voyez se dérouler à
flots aussi pressés que dans ce décret du concile de Bagaïum
: « Maximien, le bourreau de la foi, l'adultère de la vérité, l'ennemi de l'Eglise sa
mère, le ministre de Dathan, Coré et Abiron,
s'est vu frapper par la foudre sortie du sein de la paix?» Lors même que j'aurais à
traiter un sujet identique, est-ce que (442) jamais je pourrais trouver des phrases aussi
éloquentes que celles-ci: « Quoique l'obscurité d'un sein empoisonné ait longtemps
caché le fruit perfide d'une semence venimeuse, quoique l'humide substance d'un crime
conçu subissant une chaleur tardive se soit enfin évaporée sous la forme des membres de
l'aspic, toutefois les ténèbres ont fini par se dissiper et par laisser voir le virus
développé dans leur sein. Ce crime public, ce parricide sacrilège, fruits de coupables
désirs, ne se sont dévoilés que bien tard, mais enfin ils se sont dévoilés ? »
Quand donc me mettrai-je à la torture pour trouver de semblables expressions ? quand chercherai-je d'aussi pompeux développements? quand aurai-je à ma disposition des sons aussi saccadés, des
mouvements aussi violents pour inspirer à mon lecteur ou à mon auditeur la haine de ses
ennemis? Ce langage est-il d'autant moins sincère qu'il est plus éloquent ? Est-ce que
l'éloquence de ce grand concile porte atteinte à la confiance qu'il réclame, à
l'autorité qu'il revendique? Si cette rédaction a été choisie de préférence,
n'est-ce pas précisément parce qu'elle a paru la plus éloquente et parce qu'étant
l'oeuvre d'un seul elle souleva dans chacun des trois cent dix évêques le désir de se
l'approprier et de la proclamer solennellement? Ainsi donc, cette éloquence que vous avez
couverte de vos mépris, que vous avez dite séditieuse, artificieuse, détestable et
indigne de paraître jamais, voilà qu'elle apparaît tout à coup si ravissante à vos
nombreux évêques, que chacun d'eux renonce à sa propre formule pour embrasser et l'aire
adopter la rédaction qui leur apparaît la plus ornée et la plus éloquente. Qu'il nous
soit donc permis, sans envie et avec toutes les formes de la politesse, dé réfuter les
erreurs de nos frères, puisque vos nombreux évêques se sont permis de condamner leurs
frères avec tant de pompe et d'éloquence.
III. Le zèle de la vérité vous avait
souvent inspiré le désir de conférer avec vos évêques, afin de rétablir les liens de
l'unité sur les débris de l'erreur. Et voici que ce zèle ne paraît à vos yeux qu'un
besoin de chicane.et d'animosité. Cependant, avouez-le, est-ce que la cause de la
vérité et de l'unité n'aurait pas plus gagne à être traitée entre évêques, dans
des termes pacifiques et dans une enceinte tranquille, plutôt que d'être débattue entre
des évêques et des avocats dans un forum ou un tribunal publics ? Pourtant c'est ce
dernier mode qui a été suivi par votre évêque de Carthage, Primianus,
plaidant contre Maximien, et par ceux qui, après avoir été condamnés au concile de Bagaium, en appelèrent au légat de Carthage et à quatre
proconsuls. Dans toute conférence il faut toujours se garder de changer la discussion en
dispute ou en procès, et c'est ce que font toujours des interlocuteurs humbles et doux;
au contraire, quand le débat est engagé au forum entre des avocats qui soutiennent des
partis opposés, il est évident que la plaidoirie devient une véritable bataille. Je
n'accuse pas vos évêques si, dans la conduite qu'ils ont tenue, ils n'ont obéi qu'au
besoin de s'éclairer et non au désir de combattre; cependant, comme je connais vos
heureuses dispositions, je vous invite à étudier vous-même les faits dont je parle. En
voyant vos évêques recourir aux agitations du barreau, aux plaidoiries judiciaires, pour
convaincre les accusés et chasser de leur siège ceux qu'ils avaient condamnés dans le
concile, n'est-il pas vrai qu'ils auraient dû éviter ces bruits extérieurs, et qu'il
leur eût été plus facile et plus convenable de conférer pacifiquement avec nous, à
moins toutefois qu'ils ne préférassent envelopper de coupables excuses une cause
mauvaise, plutôt que de la définir dans une- discussion calme et tranquille ?
IV. Avant d'examiner la réfutation que
j'ai faite des doctrines de Pétilien; vous me demandez à qui
l'on doit s'adresser pour recevoir le baptême ; est-ce à celui que je regarde comme
réellement baptisé, ou bien à celui dont Pétilien
considère le baptême comme radicalement nul ? En ce qui vous .concerne, cette question,
grâce à la cause des Maximiens, a perdu tonte son importance
par la vaine loquacité des ignorants; mais il n'en est pas de même pour les Maximiens. En effet, sans rappeler que Maximien, déjà condamné
par Primianus son évêque, dont il était le diacre, et
contre lequel il souleva plusieurs de ses collègues qui le condamnèrent à leur tour;
sans rappeler que vos évêques condamnèrent ce même Maximien comme coupable d'un
schisme sacrilège, je rappelle, seulement que les douze évêques qui avaient pris part
à son ordination furent enveloppés dans la même sentence de condamnation.(423) Parmi
ces douze il en est deux plus connus que les autres: ce sont Prétextat et Félicianus. Ces deux évêques furent d'abord accusés au tribunal
du proconsul ; plus tard, au concile de Bagaïum, leur cause
fut plaidée par des avocats et suivie d'une sentence de condamnation; enfin, munis des
ordres formels du proconsul, leurs rivaux essayèrent, mais en vain, de les chasser des
sièges qu'ils occupaient. Eh bien 1 quelques années après, ces mêmes évêques furent
pleinement réintégrés; tous les honneurs dont ils jouissaient auparavant leur furent
rendus ; les fidèles confiés à leur sollicitude rentrèrent dans le sein de la paix, et
vos évêques ne réitérèrent le baptême à aucun de ceux qui avaient été baptisés
pendant la durée du schisme.
V. Nous avons le décret du concile de Bagaïum, tel qu'il a été soumis au jugement du proconsul par le
ministère de l'avocat Nummasius; celui-ci demandait que
l'église de Membrèse entrât dans la communion de Primianus, et que l'on exilât Salvius
qui en était évêque, voire même évêque donatiste. En demandant l'expulsion de Salvius, Nummasius s'appuyait sur le
décret du concile de Bagaïum, où cet évêque était
compté au nombre des douze prélats consécrateurs de Maximien. J'observe en passant que
ce Nummasius faisait erreur sur le nombre de ces prélats, car
il n'en comptait que onze. Cette demande d'expulsion fut reprise plus tard par Titianus, agissant expressément et nominativement auprès du
proconsul contre les deux évêques Félicianus et Prétextat.
Voici les propres paroles de cet avocat : « L'iniquité se réjouit dans ses
oeuvres, et même quand elle est arrivée au plus profond de l'abîme, elle ne saurait
encore se détacher d'elle-même. En effet, ce même Maximien nourrit en lui-même sa
première audace et s'adjoint encore des partisans de sa fureur. Parmi eux je signale
d'abord un certain Félicianus qui, après, avoir marché dans
le droit sentier, s'est laissé prendre aux attraits de cette coupable séduction. Placé
sur le siège épiscopal de Mustitanum, il se flatte de
conserver en son pouvoir les pierres consacrées au Dieu tout-puissant, et une église de
la plus respectable antiquité. Ses erreurs sont partagées par Prétextat d'Assurium. Mais, dans votre puissance et dans votre équité, vous
avez eu connaissance des protestations unanimes des prêtres, et vous avez ordonné, comme
les archives en font foi, de faire disparaître les tristes effets de cette division
intestine, et de rendre aux vénérables prêtres ces églises désormais soustraites à
l'influence des ministres profanes». Presque aussitôt, ce même avocat, voulant rappeler
les ordres donnés, fait lecture de la supplique de Nummasius,
dont j'ai parlé précédemment. Après avoir entendu Nummasius,
le proconsul lui dit : « Lisez le jugement épiscopal ». Aussitôt il lut le décret du
concile de Bagaïum qui condamne Maximien en ces termes : «
Maximien, bourreau de la foi, adultère de la vérité, ennemi de l'Eglise sa mère,
ministre de Dathan, Coré et Abiron,
a été frappé par la foudre sortie du sein de la paix ; et si la terre jusque-là ne l'a
pas enseveli dans ses entrailles, c'est que Dieu lui réserve un supplice plus grand
encore; la mort, en le frappant sur-le-champ, ne lui eût imposé que le capital de sa
peine; maintenant qu'il reste mort parmi les vivants, il amasse sur sa tête des trésors
de vengeance qui lui seront payés avec usure ». Parlant ensuite des douze
consécrateurs, la sentence continue : « Mais ce n'est pas sur lui seul que frappent les
coups de la mort, trop juste châtiment de son crime; armé de la chaîne du sacrilège,
il entraîne à sa suite ceux dont il est écrit : Leurs lèvres distillent un venin
d'aspic, leur bouche est remplie de malédiction et d'amertume, leurs pieds se portent
rapides à l'effusion du sang, leur vie est couverte de honte et d'infortune, ils n'ont
pas connu le chemin de la paix, la crainte de Dieu n'est pas devant leurs yeux (1). Nous
voudrions n'avoir à retrancher aucun membre de notre propre corps, mais puisque
l'infection purulente de la blessure exige plutôt le retranchement que les lenteurs de la
médecine, il nous faut empêcher que le poison ne se glisse dans tous les membres; et,
pour cela, nous devons couper le mal dans sa source. Nous déclarons donc coupables de ce
crime fameux Victorien de Carcabianum, Martianus
de Sullect, Beïanus de Baïanum, Salvins d'Ausafe,
Théodore d'Usule, Donat de Sabrate,
Miggène d'Eléphantarie,
Prétextat d'Assurium, Salvius de Membrèse et
444
Martial de Pertusium, lesquels, par leurs
oeuvres criminelles, sont devenus des vases d'ignominie, remplis de toute la lie de la
corruption. Nous déclarons également cou
gables les clercs de l'église de Carthage qui, par leur coopération
au crime, ont favorisé toutes les hontes d'un inceste criminel, et voulons que vous les
regardiez tous comme condamnés d'après la sentence véridique, dictée au concile
universel par l'assistance du Dieu tout-puissant ». Telle fut la condamnation lancée
contre ces évêques, au nombre desquels se trouvent Prétextat et Félicianus;
et c'est contre eux aussi, comme je l'ai dit précédemment, que l'on demanda au proconsul
des ordres d'expulsion définitive. Quant aux autres victimes du schisme de Maximien,
fût-ce même ceux qui avaient condamné Primianus, on leur
tint compte de n'avoir pris aucune part à l'ordination de Maximien, et conséquemment, on
leur offrit un délai pour faire leur soumission. Cette faveur est proclamée en ces
termes : « Quant à ceux qui résistèrent aux séductions du sacrilège, c'est-à-dire
qui auraient rougi, pour leur foi, d'imposer les mains à Maximien, nous leur avons permis
de rentrer dans le sein de l'Église notre mère. Car autant nous tenons à ne pas nous
rendre responsables de la mort des coupables, autant nous nous réjouissons du retour des
innocents. Or, dans la crainte qu'un intervalle de temps trop restreint ne leur enlève
toute espérance de salut, tout en conservant les décrets précédents, nous accordons à
tous, jusqu'au huit des calendes de janvier, le droit de rentrer en eux-mêmes, de prendre
place de nouveau parmi nous et de recouvrer leurs anciens honneurs et leur foi
précédente. Que si, retenu par une coupable paresse, quelqu'un d'entre eux a omis
d'opérer son retour pour cette époque, qu'il sache que désormais toutes les voies au
pardon lui seront impitoyablement fermées.La sentence continuera à peser sur eux, et
s'ils reviennent après le jour fixé, le châtiment leur sera infligé dans toute sa
rigueur».
VI. Vous avouez vous-mêmes que
quelques-uns de ces nombreux coupables sont rentrés dans votre communion; du reste, les
événements dont nous parlons sont assez récents pour que le souvenir en soit encore
vivant parmi les hommes. D'un autre côté, il est certain que ceux qui, avant de rentrer,
ont profité du délai qui leur était accordé, aussi bien que ceux qui ont été
condamnés immédiatement avec Maximien, ont tous baptisé pendant qu'ils étaient hors de
l'Église, soit dans l'intervalle du délai pendant lequel ils étaient en communion avec
Maximien, soit même depuis la fin de ce délai, puisque l'avocat Titianus,
parlant nominativement de Prétextat et de Félicianus,
demandait qu'ils fussent chassés de leurs basiliques, eux que dans la suite Primianus traita avec les plus grands honneurs. Comment, dès lors,
osez-vous soutenir que l'unique baptême véritable ne saurait être conféré que dans
l'Église, quand vous avez reçu tous ceux qui avaient été baptisés pendant le schisme,
et que vous n'avez réitéré le baptême à qui que ce fût?
Cependant vous ne pouvez pas dire que vous
n'avez conféré aucune faveur à ceux que vous avez reçus dans le même baptême. Et si
je vous demande quelle est cette' faveur, sans aucun doute vous allez me répondre : celle
de ne pas périr dans ce schisme sacrilège; celle d'empêcher que le baptême de
Jésus-Christ, au lieu d'être pour eux une récompense, ne leur devînt un titre au
châtiment, au lieu d'être pour eux un principe de salut, ne leur devînt une cause de
damnation, comme le caractère de soldat est une cause de condamnation pour les
déserteurs. Vous me répondrez enfin : Nous leur avons accordé la paix, l'unité, la
société de l'Église, le droit enfin de recevoir le Saint-Esprit, par lequel la charité
est répandue dans nos curs, et sans lequel personne ne saurait parvenir au royaume
des cieux, lors même qu'il aurait reçu tous les sacrements. Cette réponse serait vraie
si vous apparteniez à l'Église véritable. Toutefois, si vous voulez vous éclairer, il
vous suffit de comprendre qu'en revenant à la véritable Eglise, vous participerez
réellement à toutes les faveurs dont vous comblez gratuitement tous ceux qui, après
avoir reçu le baptême dans le schisme de Maximien, sont rentrés dans vos rangs.
Concluez aussi que, même après avoir reçu le baptême de Jésus-Christ, vous n'aurez à
attendre que des châtiments, si vous n'appartenez pas à l'unité de l'Église
catholique, de même que vous proclamiez sans hésitation que ceux qui avaient reçu le
baptême dans le schisme de Maximien seraient éternellement punis, s'ils refusaient (445)
d'appartenir à votre communion, ce qui ne vous empêchait pas d'accepter la validité de
leur baptême quand ils rentraient dans vos rangs. Vous pouvez voir maintenant que la
difficulté qui vous tourmentait art sujet du baptême était depuis longtemps levée par
la cause des Maximiens.
VII. Maintenant abordons la réfutation
que vous avez cru devoir faire de ma lettre. Tout d'abord vous posez cette question : «
Pourquoi a donner à nos évêques le nom de Donatistes, puisque Donat n'a pu être
l'auteur ni le fondateur d'une Eglise qui existait avant lui, qui avait été instituée
par Jésus-Christ, et dont il n'était que l'un des nombreux évêques? » Mais ne
remarquez-vous pas que Maximien pourrait vous tenir absolument le même langage pour vous
prouver que vous avez tort de donner son nom à la communion qu'il représente? Vous
parlez du schisme des Maximianistes ou des Maximiens, et sans
doute que vous entendez par là, sans trop vous inquiéter de blesser les règles de la
grammaire, dénommer le parti de Maximien, et c'est pour vous l'unique moyen de distinguer
ce parti du vôtre ou de tout autre. Oserez-vous dire que Maximien a fait schisme avec
votre communion, et soutenir en même temps que Donat n'a pas fait schisme avec la
communion catholique ? De son côté Maximien n'accepte pas cette qualification ; il
soutient hardiment que c'est Primianus d'abord, et vous
ensuite, qui avez fait schisme avec le parti de Donat auquel, en ce qui le regarde, il est
resté fidèle. Il apporte comme preuve les décrets des conciles, d'abord celui de
Carthage, où, Primianus fut condamné par quarante-trois
évêques ; ensuite celui de Cébarse, où plus de cent de vos
évêques ratifièrent et renouvelèrent, cette condamnation. A de pareils documents que
répondrez-vous? Direz-vous que le concile de Bagaïum jouit
d'une autorité bien plus grande, puisque trois cent dix évêques y condamnèrent
Maximien et ses partisans, tandis que Primianus, loin d'être
admis à se justifier, siégeait au milieu d'eux comme le plus innocent de tous les juges,
formulait la sentence de condamnation contre Maximien et ses partisans, et, à l'aide d'un
délai suffisant, invitait à rentrer dans le sein de la paix tous ceux qui l'avaient
condamné et que cependant il regardait comme innocents ?
VIII. Dans ce conflit, comment voulez-vous
que nous nous interposions comme médiateurs, puisque nous n'appartenons ni à votre
communion, ni à celle de Maximien ? Quel jugement voulez-vous que nous portions, à moins
que nous ne réprouvions les deux conciles qui ont condamné Primianus,
et que nous ne donnions droit au concile de Bagaïum contre
Maximien, par cette raison qu'étant venu après les deux autres ce concile était plus à
même de connaître la cause tout entière? Sur ce point nous prenons parti en votre
faveur. Du reste, si les Maximiens s'en irritent, nous
déclarons préalablement que leur cause nous est absolument étrangère. Nous soutenons,
dis-je, le troisième jugement rendu à Bagaïum en faveur de Primianus contre Maximien et ses collègues, parce que ce jugement,
rendu le dernier, a pu revoir les autres. Il est à remarquer cependant que pendant
l'intervalle des deux premiers jugements jusqu'au troisième, nous ne trouvons aucune
trace de provocation de la part de Primianus; après avoir
été condamné une première fois par contumace, il le fut encore une seconde fois,
malgré toute la liberté qui lui était offerte pour se défendre. Mais remarquons
également que la sentence si éloquente de Bagaïum a été
rendue en l'absence de Maximien et de ses partisans. D'un autre côté, les quarante-trois
évêques réunis à Carthage semblent avoir agi avec une modestie, une réserve et une
prudence étonnantes, puisque, non pas une seule fois, mais à trois reprises
différentes, ils députèrent à Primianus pour lui demander,
s'il ne voulait pas se présenter au concile, de permettre au concile de se réunir dans
sa propre demeure. Primianus n'accepta aucun de ces deux
partis et se permit des traitements injurieux à l'égard des ambassadeurs; ce n'est
qu'alors, comme ils le déclarent eux-mêmes, que ces évêques se sont crus obligés de
pourvoir au bien de l'Eglise. Toutefois, n'osant encore porter un jugement définitif, ils
se contentèrent de porter une sentence préliminaire, afin de lui permettre, s'il sentait
sa cause bonne, de se présenter lui-même au concile suivant pour répondre et se
justifier en personne. Il refusa de nouveau, et alors les évêques se crurent le droit de
le condamner d'une manière absolue. Quant au concile de Bagaïum,
non-seulement nous ne voyons pas (446) que Maximien ait maltraité les députés qui lui furent envoyés, mais rien ne nous
prouve qu'on lui en ait envoyé. Cependant nous voyons s'élever autel contre autel, nous
voyons un évêque ordonné s'élever contre un autre évêque si bien affermi sur le
siège pour lequel il avait été ordonné, que son peuple ne cessa jamais de l'entourer
de son affection, et que plusieurs autres évêques ne consentirent jamais à le séparer
de leur communion. Bientôt le schisme se produisit avec un éclat sacrilège, au point
qu'il devint impossible de différer plus longtemps la condamnation de Maximien et de ses
consécrateurs.
IX. Je ne juge pas, je me contente de
raconter; cependant ne dois-je pas m'étonner de la conduite que vous avez tenue au moment
où Cécilianus, siégeant dans sa ville épiscopale et
jouissant de la confiance de son peuple, vit s'élever autel contre autel, et ordonner son
compétiteur Majorin? Ce même Cécilianus
fut condamné par vous, non pas à deux reprises différentes, comme Primianus
accusé par les Maximiens, mais une seule fois et avec une
précipitation tout aussi téméraire que criminelle. Cependant, bien différent de Primianus, non-seulement il ne refusa
pas de se réunir à ses collègues, mais il les invita à se rendre auprès de lui, comme
l'attestent ses ennemis eux-mêmes dans le jugement qu'ils ont rendu contre lui. De plus, Primianus ne fut réhabilité que par un seul jugement, et nous en
connaissons quatre qui ont réhabilité Cécilianus. Quand Primianus fut justifié, ses adversaires étaient absents, tandis
que les ennemis de Cécilianus assistaient au jugement qui les
confondit et qui fut rendu parles juges qu'ils avaient eux-mêmes acceptés; de plus,
cette sentence fut rendue au tribunal même de l'empereur Constantin, qu'ils avaient fait
le dépositaire de leurs accusations contre Cécilianus, et
auprès de qui ils ne craignirent pas de se plaindre des évêques que Constantin avait
choisis comme juges dans cette affaire et dont ils attaquèrent le jugement comme
illégal. De nouveau condamnés par un autre jugement épiscopal, ils en appelèrent une
seconde fois à l'empereur et subirent une nouvelle condamnation. Mais il leur en était
réservé une quatrième. En effet, il fut bientôt prouvé qu'ils étaient eux-mêmes
coupables des crimes qu'ils reprochaient calomnieusement à Cécilianus
; c'est ce qui arriva au moment où se
débattait la cause de Félix, prélat consécrateur de Cécilianus.
Malgré leurs instantes accusations d'apostasie, Félix avait été justifié par un
jugement du proconsul; jugement rendu d'après les ordres de l'empereur, qu'ils
assiégeaient de leurs interpellations continuelles. Or, il est bien évident que les Maximiens usèrent de beaucoup plus de modération à l'égard de Primiatius. Il est certain aussi qu'ils ne furent pas aussi souvent
confondus, qu'ils ne le furent jamais en leur présence, ni par l'organe de juges dont
eux-mêmes auraient fait choix. Et cependant, ce qui est manifeste, c'est qu'ils se
séparèrent de votre communion ; et vous ne voulez pas remarquer que vos évêques se
sont également séparés de la communion catholique. J'avoue que je ne saurais
m'expliquer une telle impudence ou une telle animosité de votre part. En effet, si tout
ce que vous dites de Cécilianus et de Félix son
consécrateur vous paraît vrai parce que soixante-dix évêques en ont déjà jugé ainsi
; pourquoi donc ne croyez-vous pas à la vérité des accusations portées contre Primianus, quand il en a été jugé ainsi d'abord par
quarante-trois évêques et ensuite par cent dix qui, après un jugement préalable, ont
cru devoir confirmer leur sentence? Direz-vous que les crimes reprochés à Primianus sont faux, puisque le concile de Bagaïum
a attesté son innocence et la calomnie de ses ennemis? Mais alors, pourquoi ne pas
convenir de la fausseté des crimes reprochés à Cécilianus,
quand il a été justifié par un si grand nombre de jugements subséquents? Si Cécilianus, par suite de la condamnation portée une première fois
contre lui par soixante-dix évêques, ne pouvait plus espérer de justification de la
part d'aucun autre juge; Primianus pouvait-il être plus
heureux quand une première sentence rendue contre lui par soixante-dix évêques a été
confirmée par un nombre plus grand encore? Si une double condamnation doit disparaître
devant une troisième sentence rendue en sa faveur, pourquoi, après une seule
condamnation rendue contre lui, Cécilianus ne pourrait-il pas
être regardé comme pleinement justifié par un second, un troisième, un quatrième, un
cinquième jugements? Pour soutenir le contraire ne faut-il pas une audace incroyable?
Est-ce le nombre qui vous influence, à tel point que la condamnation prononcée par cent
évêques soit de (447) plein droit annulée par la justification prononcée par trois
cent dix évêques au concile de Bagaïum? mais
alors, pourquoi refusez-vous d'adhérer à l'immense multitude des évêques disséminés
sur toute la terre?
X. Vous reprochez à Cécilianus
ce péché inexpiable contre le Saint-Esprit, et dont le Seigneur a dit: « Il ne sera
remis ni dans ce monde ni dans l'autre (1) ». Mais ne pourrions-nous pas en dite autant
de Félicianus de Mustitanum, le
collègue de Primianus dans l'épiscopat, l'un des
ordonnateurs de Maximien et des condamnateurs de Primianus
lui-même? Non-seulement vous ne réitérez pas le baptême à
ceux qu'il a baptisés dans le schisme, mais vous l'avez accusé vous-mêmes du péché
contre le Saint-Esprit, en lui reprochant, comme vous l'avez fait au concile de.Bagaïum, le crime du schisme et du sacrilège. En effet, de même
que vous regardez comme coupables de ce crime irrémissible contre le Saint-Esprit ceux
que vous accusez d'avoir livré les saintes Ecritures aux persécuteurs, parce que ces
Ecritures n'ont été écrites par des hommes que sous l'inspiration même de Dieu (2) ;
de même, non-seulement nous pourrions accuser de ce crime
tous ceux de vos évêques dont l'apostasie est consignée dans des documents
authentiques, mais nous pourrions en accuser également Félicianus
lui-même, à qui vous reprochiez ouvertement le crime d'un schisme: sacrilège, crime qui
est évidemment contre le Saint-Esprit, dans lequel se conserve l'unité de la dilection
et de la paix, selon cette parole de l'Apôtre « Nous supportant réciproquement dans la
dilection, nous appliquant à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix (3)
». Or, celui qui produit le schisme viole évidemment cette unité. Mais quel que soit ce
péché contre le Saint-Esprit et irrémissible en cette vie ou en l'autre, nous ne vous
en accusons pas, car tant que vous vivez, nous ne désespérons pas de vous corriger; nous
n'en accusons pas davantage ceux de vos évêques qui ont livré, pour être jetés au
feu, les manuscrits sacrés, à moins que restant toute leur vie hors de l'unité, ils rie
soient morts avec un cur impénitent. Vous n'accusez de ce crime ni Félicianus, ni Prétextat, qui sont maintenant en communion avec
vous; mais qui, pendant; leurs relations schismatiques
avec Maximien, ont été nommément condamnés dans la sentence du
concile, ce qui n'a pas empêché que, après avoir laissé écouler le délai établi en
faveur des innocents et non des coupables nominativement frappés, ils furent très-facilement reçus dans votre communion.
XI. Vous me reprochez également de
blesser les règles des noms dérivés, et de vous appeler Donatistes, du nom de Donat.
J'accepte votre observation; cependant, consultez les bons grammairiens, discutez avec eux
la dénomination de Maximien, et tâchez de les convaincre. Je ne les appellerai pas Maximiens, dans la crainte d'offenser vos oreilles délicates.
Cependant je suis assuré que si vous aviez affaire à eux, ils ne se montreraient pas
aussi faciles que moi, et ne consentiraient pas à appeler Claudianiens
ceux qu'ils ont appelés Claudianistes. On sait que parmi les
crimes pour lesquels les Maximiens se sont montrés si
sévères dans leur jugement sur Primianus, ils lui
reprochaient celui d'avoir reçu ces hérétiques dans sa communion. Du moins comprenez
que je ne suis pas seul à accepter cette règle de dérivation des mots; sachez surtout
que vos autres adversaires n'auraient pas cédé si facilement, même dans une matière
qui ne touche en rien à la cause que nous discutons.
XII. Ce que vous me reprochez plus
amèrement encore, c'est qu'après avoir parlé « de l'erreur sacrilège des Donatistes
hérétiques », appelant ainsi hérésie ce que vous prétendez n'être qu'un schisme,
nous recevions ces mêmes Donatistes dans notre communion sans leur imposer une juste
expiation de leur sacrilège. Mais vous qui nous adressez de si vifs reproches en cette
matière, dites-nous donc quelle expiation vos évêques ont exigée pour le sacrilège de
Félicianus et de Prétextat, avec lesquels ils se sont remis
plus tard en communion, à qui ils ont rendu tous les droits et tous les honneurs de
l'épiscopat, sans juger aucunement nécessaire de réitérer le baptême à ceux qu'ils
avaient baptisés pendant la durée de leur schisme? Mais peut-être n'étaient-ils point
coupables de sacrilège, c'est du moins l'opinion de quelques-uns d'entre vous, qui ont
poussé l'illusion jusqu'à admettre que ces évêques n'avaient pas péché contre Dieu,
mais contre l'homme. Ayant péché contre l'homme ils n'avaient (448) point commis de
sacrilège, car le sacrilège est un péché tellement grave, qu'il ne peut se commettre
que contre Dieu. Ainsi, ce que vous me reprochez, c'est uniquement d'ouvrir si facilement
nos rangs à ceux qui quittent les vôtres, après que j'ai dit de votre doctrine qu' «
elle est une erreur sacrilège ». Lisez donc le concile de Bagaïum.
En voici-le début solennel: « Guidés par la volonté du Dieu tout-puissant et du Christ
notre Sauveur, nous nous sommes réunis de toutes les provinces de l'Afrique dans la
sainte Eglise de Bagaïum, pour y tenir un concile. Etaient
présents Gamalius, Primianus, Fontius, Sécundianus Januarius, Saturninus, Félix, Pégasius, Rufinus, Fortunius, Crispinus,
Florentius, Optat, Donat, Donatianus et autres au nombre de trois cent dix. Or, il a plu au
Saint-Esprit qui est en nous, d'affermir une paix perpétuelle, et de détruire les
schismes sacrilèges ». Entendez-vous, comprenez-vous? remarquez-vous
ce qu'ils disent : « Détruire des schismes sacrilèges ? » Ce n'est donc pas contre
lhomme mais contre Dieu que s'élevait Maximien, poussé par cette profonde
perversité qui le précipitait dans le crime du sacrilège. Un peu plus loin, lisez ce
que vos évêques disent des partisans de Maximien, qu'ils énumèrent nominativement. «
Ce n'est pas sur lui seul », disent-ils, « que pèse la mort, trop juste châtiment de
son crime ; mais sur tous ceux qu'il entraîne à sa suite et qu'il enveloppe dans la
chaîne de son sacrilège ».
XIII. Eh bien ! qu'en
pensez-vous, illustre orateur ? Que pouvez-vous encore m'objecter ? Lisez ce qui suit ; au
nombre de ceux qu'il entraîne à sa suite, et qu'il enveloppe dans la chaîne de son
sacrilège, remarquez Prétextat et Félicianus : je vois des
hommes flétris du nom de sacrilèges, et ces hommes ce sont des évêques ; prouvez-nous
qu'ils ont expié leur crime, autrement tous vos raisonnements sont inutiles. N'êtes-vous
pas forcé de céder ,à la vérité.quand nous vous disons que ceux qui vous quittent
pour venir à nous, couvrent leurs péchés par le lien de la paix et de la charité
fraternelle, selon cette parole: « La charité couvre la multitude des péchés (1) ? »
Que direz-vous de ceux qui ont été baptisés par des évêques séparés de votre
communion et
enchaînés dans la secte sacrilège de
Maximien ; n'est-il pas vrai que sans leur réitérer le baptême, vous les avez reçus
dans la paix et la concorde? La seule, réponse que vous puissiez faire, n'est-ce pas de
dire que vous avez ratifié dans ces malheureux les sacrements que nous ratifions
également en vous? Avec cette réponse, vous serez
conséquent avec vous-même et avec votre lettre. Voulant nous montrer que ce qui nous
sépare, ce n'est pas l'hérésie, mais le schisme, vous avez dit dans cette lettre : «
Il n'y a pour vous et pour nous qu'une seule et même religion, les mêmes sacrements et
une conformité parfaite dans les observances chrétiennes ». Vous ne pouviez pas
condamner en termes plus formels le crime que vous commettez quand vous réitérez le
baptême à ceux des nôtres que vous avez séduits, et dans lesquels vous avouez, vous
sentez l'existence des mêmes sacrements. Quelle criminelle impudence peut donc vous
porter à méconnaître dans ceux que l'univers chrétien baptise dans la sainte unité,
ce que vous conservez dans ceux que Prétextat et Félicianus
ont baptisés dans un schisme sacrilège? J'ai donc le droit de conclure que vous avez
-vous-même résolu la question qui s'agite entre nous. En effet, tels évêques que vous
aviez frappés d'une condamnation solennelle, qui avaient fait une active propagande pour
détourner les peuples de se donner à vous, qui avaient cru devoir réitérer le baptême
à ceux que vous aviez déjà baptisés, vous les avez reçus dans vos rangs sans leur
imposer aucune dégradation, vous leur avez permis de participer avec vous à l'autel,
vous n'avez nullement réitéré le baptême à ceux qu'ils avaient baptisés dans le
schisme, enfin vous n'avez exigé de chacun d'eux aucune expiation pour leur sacrilège,
parce que vous avez cru qu'ils étaient pleinement purifiés par le feu divin de la
charité. Peut-on concevoir une réintégration plus parfaite ? Mais hélas ! pour qu'elle fût vraie, réelle, il faudrait que vous eussiez la
même charité dans la véritable unité
XIV. Mais prenons les paroles mêmes de la
lettre de Pétitien, dont vous vous êtes constitué l'ardent
défenseur, et voyons comment vous vous tirez d'embarras dans cette cause des Maximiens, la seule que je me propose de traiter en réponse à
votre lettre. Voici les (449) propres expressions de Pétilien
: « Dans la justification d'un pécheur on ne doit faire attention qu'à la conscience de
celui qui lui administre saintement le sacrement ». A cela j'ai répondu : « Mais
qu'arrivera-t-il, si la conscience du ministre est inconnue, et si par hasard elle se
trouve souillée? » Comme cette question n'est nullement résolue par Pétilien, vous avez dû en entreprendre la solution, et alors vous
avez argumenté, non pas contre moi, mais contre celui que vous cherchiez à défendre. Pétilien avait dit: « Dans la justification d'un pécheur on ne
doit faire attention qu'à la conscience de celui qui lui administre saintement le
sacrement». Avouant qu'on ne peut connaître une conscience cachée, vous avez répondu
que, si on ne peut la voir en elle-même, on la voit dans la réputation publique dont
elle jouit. Par conséquent, il n'est déjà plus vrai que ce soit la conscience du
ministre qui purifie la conscience du sujet, mais bien la renommée dont jouit cette
conscience. D'un autre côté, la renommée trompe elle-même bien souvent, par exemple
quand elle célèbre la bonté d'un méchant, la chasteté d'un adultère, la piété d'un
homme sacrilège. La renommée purifie donc, alors même qu'elle est menteuse. Supposez au
contraire que tel pécheur réellement occulte jouit de la réputation véritable qu'il
mérite ; d'après vous cette réputation, loin de purifier, souille au contraire celui
qui reçoit le baptême des mains de ce pécheur. Ainsi donc cette renommée que vous
prenez pour arbitre dans une mauvaise cause, purifie quand elle est menteuse, et souille
quand elle est véritable. En résumé, en serrant de près votre argumentation, on trouve
comme conclusion que l'eau n'est pas menteuse quand la renommée est menteuse.
XV. Mais pourquoi insister davantage quand
nous voyons aujourd'hui Félicianus siéger au milieu de vos
évêques après en avoir été si longtemps séparé, après avoir été lié à Maximien
par la chaîne du sacrilège, sans que pour cela on ait réitéré le baptême à ceux
qu'il avait baptisés? Je prie Pétilien de me dire dans quel
état était alors cette conscience. Je lui donne lecture du décret du concile de Bagaïum, ainsi conçu : « Ce n'est pas sur lui seul que frappent
les coups de la mort, trop juste châtiment de son crime; armé de la chaîne du
sacrilège il en entraîne une multitude d'autres à sa suite, tous ceux dont il est
écrit : Leurs lèvres distillent un venin d'aspic, et leur bouche est pleine de
malédiction et d'amertume (1) ». Au nombre de ces sacrilèges nous trouvons Félicianus qui, pour baptiser, s'est servi de ces lèvres
empoisonnées, de cette bouche maudite, et cependant vous n'avez pas repoussé, détruit,
annulé le baptême qu'il a conféré ; et parce que cette eau baptismale a été
consacrée par les paroles évangéliques, au nom du Père, et du Fils, et du
Saint-Esprit, quelle que fût du reste la langue qui articulait ces paroles et la
conscience qui les dictait, vous avez trouvé dans cette eau le cachet, non pas du
mensonge, mais de la vérité. Au sujet de ce Félicianus dont
la conscience était horriblement mauvaise, puisqu'il baptisait dans les chaînes du
sacrilège, voulez-vous me dire quelle était la réputation publique dont il jouissait?
J'ouvre de nouveau le décret du concile et je lis : « Sont coupables de ce crime
fameux Victorien de Carcabianum », et sans parler des autres,
« Prétextat d'Assurium et Félicianus
de Mustitanum qui
de leurs mains souillées ont formé le vase d'ignominie; sachez donc qu'ils sont
condamnés par la sentence véridique du concile universel ».
XVI. A ces textes formels que
répondez-vous ? Si quiconque est séparé de votre communion, perd le pouvoir de
baptiser, d'où vient que les victimes du schisme de Maximien ont baptisé ? Si celui qui
pèche contre Dieu ne peut plus validement baptiser, d'où vient que des évêques liés
par la chaîne du sacrilège ont baptisé ? Si c'est la conscience sainte du ministre qui
justifie le sujet, d'où vient que des hommes dont les lèvres distillaient le venin de
l'aspic ont baptisé? Si dans la justification on ne doit faire attention qu'à la bonne
réputation dont jouit la conscience du ministre, d'où vient que des hommes déclarés
publiquement coupables d'un crime fameux ont pu donner le baptême ? Félicianus
vit encore; lui et tous ceux qu'il avait baptisés dans le schisme ont été réintégrés
dans votre communion, et personne ne leur a réitéré le baptême. Malgré la doctrine de
Pétilien, un homme souillé et d'une conscience sacrilège a
pu baptiser; contrairement à vos principes le baptême a pu être conféré par un homme
déclaré coupable d'un crime
450
fameux. Voilà la question, répondez.
Mais croyez-en vos propres oeuvres, vous n'avez d'autre réponse à faire que celle que
nous faisons nous-mêmes, nous qui affirmons que ce qui purifie la conscience du sujet ce
n'est ni la conscience ni la réputation du ministre, mais uniquement la foi du sujet et
la grâce de Dieu, non pas celle de l'homme. Que si l'on a omis de s'assurer de la bonne
conscience du sujet, ou si sa foi était détruite, ou plus ou moins ébranlée, il ne
reste plus qu'à travailler à la conversion des hommes, sans invalider aucunement les
sacrements qui doivent rester partout essentiellement;les mêmes. Quand il s'est agi de
ceux qui avaient été baptisés dans le schisme par Prétextat et par Félicianus, ne vous êtes-vous pas uniquement appliqués à
corriger leur vie et leur volonté pour les empêcher de persévérer dans leur malheureux
état, sans qu'il vous vînt à la pensée de violer leur baptême, quoiqu'il leur eût
été conféré indignement par des ministres indignes?
XVII. C'est donc en vain que, pour prouver
que nous ne pouvions pas conférer le baptême, vous nous avez poursuivis d'indignes
accusations, nous reprochant publiquement les crimes d'idolâtrie, d'apostasie, de
persécution. Ce sont là de pures calomnies. Mais enfin, quoi qu'il en soit, toujours
est-il que la conscience des Maximiens, convaincue du crime de
sacrilège et condamnée comme telle, a pu conférer le baptême, et ce baptême non-seulement vous ne l'avez point invalidé, mais vous enseignez
vous-mêmes qu'il peut être conféré par des persécuteurs ; et en effet vous avez
cruellement persécuté les Maximiens, ce qui ne vous a pas
empêché de baptiser et de soutenir que vous seuls avez le droit de baptiser.
XVIII. Vous objectez cette parole de la
loi : « Je ne veux pas que l'huile du pécheur oigne votre tête (1) ».D'abord
ce passage n'est pas ainsi formulé, et ensuite vous ne lui conservez pas son sens
véritable. Quoi qu'il en soit, n'était-ce donc pas l'huile des pécheurs, cette huile
versée par des évêques sacrilèges tels que Prétextat et Félicianus?
Vous citez également : « Celui qui est baptisé par un mort, quel fruit peut-il retirer
de sa purification (2) ? » Ici encore vous manquez d'attention et vous n'avez pas
l'intelligence de ce
que vous lisez. Toutefois comprenez toute
la portée de cette sentence élégante de Bagaïum « Rien
n'est à désirer comme l'union étroite de la paix et de la concorde, selon cette parole
: La justice et la paix se sont embrassées (1) ; mais, quoique portés par une onde
véritable, les membres de quelques-uns, dispersés par le naufrage, sont venus se jeter
contre les écueils les plus arides ; comme autrefois pour les Egyptiens, les rivages sont
couverts des malheureux qui périssent, et le plus grand châtiment qui leur soit
réservé dans ce genre de trépas, c'est qu'après avoir exhalé leur âme dans des eaux
vengeresses, leurs corps restent privés de sépulture » . Ainsi donc, non-seulement ils étaient morts, mais encore privés de sépulture;
comment donc ont-ils pu baptiser? Et ceux qu'ils ont baptisés, quel fruit ont-ils pu
retirer de colle purification, puisque c'est là le sens que vous donnez à ce texte cité
plus haut, et comment avez-vous pu les recevoir sans leur réitérer le baptême? Dans
votre réponse à ma lettre vous m'accusez d'avoir soutenu que l'idolâtrie est le plus grand de tous les crimes, et que je n'ai fait d'exception que contre
celui qui s'en rend coupable. De votre côté vous insistez énergiquement pour prouver
qu'aucun pécheur ne doit être excepté, puisqu'il est dit: « Je ne veux pas que l'huile
du pécheur oigne ma tête » ; jetez les yeux sur Félicianus
et Prétextat, et dites-moi s'ils n'étaient pas pécheurs quand le concile proclamait
hautement qu'ils étaient enveloppés avec Maximien dans la chaîne du sacrilège. Osez
soutenir, osez prétendre, osez seulement dire que s'ils étaient pécheurs, c'étaient
des pécheurs occultes, quand la sentence même les proclame coupables de ce crime fameux.
Et puis, enfin, supposé que leur péché eût été léger; supposé même qu'il eût
été occulte, en citant le passage que j'ai rapporté et que vous interprétez
faussement, est-ce que vous ne prétendez pas qu'il n'excepte aucun pécheur? S'il en est
ainsi, que deviendrez-vous donc? où fuirez-vous? dans quelle sombre retraite pourrez-vous vous cacher avec vos
sacrilèges, avec vos évêques coupables d'un crime fameux, avec vos cadavres restés
sans sépulture ?
XIX. Pour toute réponse vous nous
demandez « de quel droit nous nous attribuons le pouvoir de baptiser, quand en même
temps
451
nous soutenons que tous ceux qui, ont ce
droit peuvent en user sans aucun égard au mérite de leurs oeuvres, à l'innocence de la
vie; ce qui revient, sur nos lèvres, à un aveu implicite des crimes qui nous sont
reproches, puisque nous accordons même aux pécheurs la faculté de baptiser ».
Autant vaudrait dire que notre confiance en nos propres mérites va jusqu'à nous insurger
contre Dieu, jusqu'à nous faire croire que plus nous sommes justes, plus notre baptême
justifie. Mais nous savons, pour ne l'oublier
jamais, qu'aucun homme ne doit se confier dans sa propre justice: voilà pourquoi nous ne
cessons de proclamer que le baptême tire toute sa vertu de Jésus-Christ et non des
hommes, et qu'il ne varie aucunement selon la variété des mérites des hommes. Je
pourrais m'étendre longuement sur cette vérité, mais je préfère me servir du résumé
que vous nous offrez. Vous avez approuvé, sans l'annuler aucunement, le baptême
conféré par les Maximiens, que vous flétrissez cependant du
,nom d'aspics, de vipères, de parricides, de cadavres égyptiens et d'autres
dénominations semblables que le concile de Bagaïum leur
prodigue avec une abondance qui nous assure une victoire très-facile.
En effet, n'est-il pas évident que vous êtes vous-mêmes parfaitement convaincus que
l'efficacité du baptême ne dépend ni des mérites du ministre ni de ceux du sujet, mais
de la sainteté et de là vertu qui lui ont été communiquées par celui quia institué
ce sacrement ? d'où il suit que le baptême devient une cause
de ruine pour ceux qui en font un mauvais usage, tandis qu'il est un principe de salut
pour ceux qui en usent saintement.
XX.Je m'étonne que dans la discussion
vous vous soyez déterminé à parler de Cyprien, dont la doctrine est en flagrante
contradiction avec la vôtre, même dans les lettres que vous lui attribuez et où il est
dit qu'on doit annuler le baptême conféré .par des hérétiques ou des .schismatiques.
Remarquez cependant que si nous avons encore à discuter cette doctrine, ce ne peut-être
que contre les Maximiens, et en général contre tous ceux qui
ne reconnaissent pas le baptême conféré dans vos rangs ou dans les nôtres. Quant à la
question débattue entre nous, vous l'avez résolue avec une incroyable facilité, puisque
vous avez confirmé le baptême conféré dans le schisme de Maximien, par Prétextat et Félicianus, et qu'ainsi vous avez formellement condamné la
prétendue doctrine de Cyprien et de tous ceux qui adhéraient à son parti. Ne dites pas
que si les Orientaux se sont détachés de vote communion, c'est parce que, dans la suite,
ils ont embrassé notre opinion et se sont mis volontairement en contradiction avec la
doctrine que jusque-là ils avaient professée sur le baptême. Si cette conduite, et il
serait important dé le prouver, a été réellement tenue par quelques orientaux, on doit
avouer qu'ils ont changé d'opinion; mais vous-mêmes, en acceptant le baptême conféré
dans le schisme de Maximien, n'avez-vous pas changé d'opinion? et
cependant vous restez toujours une secte à part, repoussant toute communion avec les
Orientaux.
XXI. Mais quelle belle occasion de.
dérouler les flots de votre éloquence vous est ouverte parce passage de ma lettre : «
Quiconque reçoit le sacrement de baptême, soit d'un ministre fidèle, soit d'un
pécheur, doit placer toute son espérance en Jésus-Christ ! » Ce sont ces
paroles qui vous arrachent l'exclamation suivante : « O sublime pouvoir du
prêtre ! ô admirables préceptes de justice de la
part d'un bon père ! Ne mettez », dit-il, « aucune distinction entre un
ministre fidèle et un ministre perfide; regardez du même oeil le juste et l'impie; il ne
sert à rien de vivre saintement, puisque ce que peut le juste, le pécheur le peut
également. Peut-on imaginer quelque chose de plus inique qu'une semblable doctrine, qui
permet à un pécheur de justifier, à un homme souillé de laver, à un homme impur de
purifier, à un infidèle de donner la foi, à un criminel de conférer l'innocence ? »
Ce sont là les propres expressions dont vous vous servez pour me réfuter. Cependant jamais je n'ai ni pensé ni
écrit de telles horreurs. Entre le ministre fidèle et le ministre perfide nous mettons
une énorme différence, non pas au point de vue du sacrement que tous deux possèdent,
mais au point de vue du mérite personnel ; la preuve en est que ce même sacrement est
pour l'un un principe de salut, et pour l'autre un droit au châtiment. Il n'est pas même
vrai de dire que ce que peut le juste, le pécheur le peut également; car si le pécheur
peut baptiser, il est certain que dans cet état il ne peut parvenir au bonheur du ciel;
d'un autre (452) côté, ce n'est pas celui qui confère le baptême qui purifie, lave,
sanctifie et rend innocent; c'est là l'oeuvre exclusive de la grâce de Dieu agissant sur
une conscience bien disposée. Voyez vous-même s'il n'y aurait pas quelque différence
entre Primianus et Félicianus, puisqu'aujourd'hui Primianus siège au
milieu de trois cent dix évêques qui avaient dit de Maximien : « Ses lèvres distillent
un venin d'aspic, ses pieds se portent rapides à l'effusion du sang, la tribulation et le
malheur le poursuivent dans ses voies; il ne connaît pas le chemin de la paix, et la
crainte de Dieu n'est pas devant ses yeux (1) ». Est-ce qu'au moment de cette
sentence il n'était pas souillé, impur et coupable, lui qui, « de ses « propres mains,
a façonné le vase d'ignominie ? » n'était-il pas infidèle, puisque « ses « lèvres
distillaient un venin d'aspic ? » n'était-il pas criminel, puisqu' « il s'était rendu
« coupable d'un crime fameux? » Et cependant ce même Maximien siège comme votre
évêque à côté de Primianus, et tous ceux qu'il a
baptisés pendant son schisme sont regardés par vous comme suffisamment purifiés.
XXII. Et vous combattez encore contre la
vérité, et vous ne voulez pas convenir que « c'est toujours Jésus-Christ qui donne là
foi, que c'est Jésus-Christ qui est la source unique du chrétien; que c'est en
Jésus-Christ que le chrétien doit prendre racine ; que Jésus-Christ est la tête du
chrétien ». A ces paroles que j'opposais à Pétilien vous
ajoutez: « C'est là aussi ce que nous enseignons, c'est là ce que nous voulons, mais
nous cherchons par quel ministre ces effets se produisent plus sûrement». Vous ne
remarquez donc pas que ces arguments ne sauraient convaincre Pétilien,
dont vous prenez si ardemment la défense en essayant de réfuter ma lettre. N'a-t-il pas
dit clairement: « C'est la conscience du saint ministre qui purifie la conscience du
sujet; car celui qui demanderait la foi à un coupable, ne recevrait pas la foi mais un
titre au châtiment? » Dites-moi donc quelle place il laisse à Jésus-Christ pour
purifier la conscience du baptisé ; dites-moi de qui le sujet reçoit la foi, si c'est la
conscience du saint ministre qui purifie celle du baptisé, et si en demandant la foi à
un pécheur, ce n'est pas la foi que l'on reçoit, mais
un titre au châtiment. Vraiment vous
paraissez écrasé sous le poids si lourd de la vérité; c'est ce que vous prouvez assez
quand vous déclarez que vous voulez que ce soit Jésus-Christ qui donne la foi, et qui
purifie le chrétien, pour le faire entrer dans une vie nouvelle;-d'un autre côté, vous
demandez par qui ces effets se produisent plus sûrement, parce qu'ils ne peuvent se
produire sans ministre. Vous sortez donc de la doctrine de Pétilien
qui n'a pas dit que l'on fait attention à la conscience du ministre, par le moyen de
laquelle Jésus-Christ purifie la conscience du sujet, ou par le moyen de laquelle
Jésus-Christ donne la foi. Il affirme au contraire que c'est la conscience du ministre
qui purifie la conscience du sujet. Il n'a pas dit non plus que quiconque demande la foi
par un ministre perfide, loin de recevoir la foi, ne reçoit qu'un titre au châtiment,
t'eût été déclarer trop ouvertement que le ministre n'est que l'instrument dont
Jésus-Christ se sert pour donner la foi. Il a dit d'une manière absolue : « Celui qui
aura reçu la foi d'un ministre perfide. » Comme pour mieux prouver sa thèse il
ajoute: « Toute chose dépend de sa source et de son origine ; une chose qui n'aurait pas
de principe d'existence ne serait rien » ; il est clair qu'il entendait parler ici du
ministre lui-même, dont la conscience est le principe et non l'instrument de la
purification du sujet ; d'on il concluait: c'est ce ministre qui est l'origine, la source,
et la tête du baptisé, c'est-à-dire de sa purification.
XXIII. Sur ce point ce n'est plus à Pétilien, dont vous n'avez pas soutenu les conclusions, mais à
vous-même que je réponds, en vous faisant observer que pour prouver votre doctrine, ce
n'est plus Pétilien que vous invoquez. Si j'en crois votre
lettre; vous soutenez, contrairement à ce que dit Pétilien,
que ce n'est pas la conscience du ministre qui purifie le sujet, lui donne la foi ou
devient l'origine, la source et la tête du fidèle; vous affirmez, au contraire, que
c'est Jésus-Christ qui purifie la conscience du sujet par l'organe de la conscience du
ministre, et que c'est par le même moyen que Jésus-Christ donne également la foi, qu'il
devient l'origine du chrétien, que le chrétien prend racine en Jésus-Christ et a pour
chef Jésus-Christ. Vous convenez donc que tout cela se fait par Jésus-Christ, mais vous
cherchez par quel moyen (453) ces effets se produisent plus sûrement; sans nier qu'ils ne
puissent se produire par un mauvais ministre, vous concluez qu'on est plus sûr quand le
ministre est bon. N'est-ce pas là le sens de ces paroles : « C'est là ce que nous
voulons, ce que nous enseignons; mais nous demandons par qui ces effets se produisent plus
sûrement ? » Ainsi donc c'est toujours Jésus-Christ qui purifie, soit par la
conscience souillée du ministre infidèle, soit plus sûrement encore par la conscience
pure du ministre fidèle. C'est Jésus-Christ qui donne la foi, soit par le ministre
mauvais, soit mieux encore par le saint ministre ; c'est Jésus-Christ qui devient
l'origine du chrétien, soit parle dispensateur infidèle, soit mieux encore par le
dispensateur fidèle ; c'est en Jésus-Christ que le chrétien implante ses racines, soit
par le laboureur coupable, soit mieux encore par le laboureur innocent ; Jésus-Christ
enfin peut devenir la tête du chrétien, par Félicianus,
mais il le deviendra bien mieux par Primianus.
XXIV. Il est dès lors très-facile de comprendre que sur cette matière il ne peut y avoir
qu'une bien faible différence pour nous séparer, si tant, est qu'il y en ait. Moi aussi
je déclare que les sacrements sont bien mieux administrés par un saint ministre que par
un pécheur; mais ce mieux ne peut venir que de ce qui regarde le ministre
personnellement, en qui on doit toujours désirer que sa vie et ses moeurs soient à la
hauteur de ses sublimes fonctions. Quant au sujet, lors même qu'il lui arriverait de
s'adresser à un ministre infidèle, il aurait toujours à se reposer avec une entière
confiance sur le Seigneur dont nous connaissons les paroles: « Faites ce qu'ils vous
disent, mais ne faites pas ce qu'ils font, car ils disent bien et n'agissent pas de même
(1) ». J'ajouterai même qu'il est également à désirer que le sujet puisse aimer
la probité et la sainteté du ministre, afin de pouvoir les imiter plus facilement; mais,
malgré cela, je soutiens et j'affirme que les sacrements ne sont ni plus vrais ni plus
saints, quand ils sont administrés par un ministre d'une sainteté personnelle plus
grande. En effet, ce qui constitue essentiellement la vérité et la sainteté de ces
sacrements, c'est leur institution même par un Dieu vrai et saint; il peut donc arriver
qu'en se présentant
pour faire partie du peuple de Dieu, tel homme rencontre un ministre
qui lui conférera plus facilement le baptême, ou un autre dont il imitera plus
efficacement la conduite. En effet, ce dont il est assuré, c'est que le sacrement de
Jésus-Christ est saint, lors même qu'il serait administré par un homme moins saint ou
bien par un pécheur. D'un autre côté, il sait parfaitement que cette sainteté du
sacrement ne sera pour lui qu'un titre au châtiment, s'il le reçoit dans de mauvaises
dispositions, ou s'il ne mène pas une conduite conforme à cette sainteté du sacrement
qu'il a reçu.
XXV. Dites-moi, je vous prie : si par
hasard celui que Primianus a baptisé dans votre communion vit
de la manière la plus indigne, tandis que celui que Fécilianus
a baptisé dans le schisme de Maximien vivrait d'une manière excellente, auquel des deux
pensez-vous que sera ouvert le royaume des cieux? Est-ce à celui qui reste mauvais,
quoique, selon vous, il ait été baptisé par un saint ministre; ou bien à celui qui est
parfaitement chrétien, quoique, selon le concile de Bagaïum,
il ait été baptisé par un ministre sacrilège? Vous dites peut-être, et vous avez
raison, qu'un bon chrétien ne saurait être dans le schisme. Je suis parfaitement de
votre avis; cependant il peut y avoir dans votre communion un homme sacrilège, le fût-il
d'une manière occulte, et qui néanmoins aurait été baptisé par Primianus,
dont vous affirmez l'innocence. Or, si celui à qui Félicianus,
encore sacrilège, a conféré le baptême, peut recouvrer l'innocence en quittant le
schisme et en rentrant dans la communion de l'Eglise; direz-vous qu'alors le baptême
revêt en lui des qualités qu'il n'avait pas, et que c'est là ce qui explique que cet
homme puisse devenir meilleur? Vous avez pu vous-mêmes en faire l'expérience, puisque
sans invalider ni leur réitérer le baptême, vous avez reçu dans vos rangs ceux qui
avaient été baptisés par Félicianus et Prétextat pendant
la durée de leur schisme et de leur sacrilège. Mais peut-être qu'en employant le
comparatif vous vouliez simplement parler au positif, quand vous avez dit : « Nous
cherchons par quel ministre ces effets se produisent plus sûrement » ; comme si vous
aviez dit: Nous cherchons par quel ministre ces effets peuvent se produire; ce qui
signifierait qu'ils ne se (454) produiraient pas par un ministre mauvais. Je ne fais pas
ici de chicane de mots, je vous indique seulement que vous auriez plutôt dû demander par
qui ces effets se produisent, que de demander par qui ils se produisent convenablement. En
effet, cette dernière phrase fait supposer qu'il serait possible que Jésus-Christ ne
donnât pas convenablement la foi, qu'il ne fût pas convenablement l'origine et la tête
du chrétien, que le chrétien ne fût pas convenablement enraciné en Jésus-Christ. Ou
bien ces effets ne se produisent pas, ou bien ils se produisent sans doute convenablement.
XXVI. Toutefois, si nous traitons cette matière, c'est pour
empêcher qu'on ne quitte l'union avec le bon grain, à cause des mauvais dispensateurs,
non pas de leurs propres sacrements, mais des sacrements divins qui se trouveront toujours
et nécessairement mêlés au froment, jusqu'au jour où le Seigneur purifiera son aire.
Se séparer de l'unité de Jésus-Christ ou rester dans le schisme, c'est assurément un
mal et un grand mal; du reste, il n'est pas possible qu'au lieu de donner la foi à un
schismatique, Jésus-Christ le jette dans une erreur sacrilège; que celui-ci implante ses
racines en Jésus-Christ, ou que Jésus-Christ soit l'origine et la tête du schismatique.
Et cependant, si Jésus-Christ confère le baptême, le baptême sera conféré; si le
sujet reçoit le baptême, le baptême sera réellement reçu, non pas pour la Vie
éternelle, mais pour le châtiment éternel, s'il persévère dans ce schisme. Enfin,
lors même que cela arriverait, ce serait toujours une erreur de prétendre qu'alors ce
malheureux a rendu mauvais le bien qu'il possédait; il ne l'a pas rendu mauvais; mais, en
restant mauvais lui-même, il répondra du bien qu'il a détruit par son péché.
XXVII. Vous me demandez peut-être de
prouver mon assertion. Mais que puis-je vous répondre autre chose que ce que j'ai établi
dans cet ouvrage? Lisez le décret de Bagaïum; jetez les yeux
sur Félicianus et Prétextat ; quoique schismatiques, ils ont
conféré le baptême ; et cependant ministres et sujets ont été accueillis dans vos
rangs, sans que les uns fussent dégradés, sans que les autres fussent rebaptisés. Vous
n'avez donc plus à demander si le baptême, quand il est conféré par un saint ministre,
est en lui-même meilleur que quand il est administré par un mauvais ministre. En effet,
le baptême conféré par Primianus, dont la sainteté, pour
vous, n'est aucunement douteuse, n'est pas meilleur que le baptême conféré par Félicianus, dont vous avez hautement proclamé les crimes.
Maintenant vous devez comprendre dans quel sens l'Apôtre a dit : « Celui qui est quelque
chose, ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose, mais Dieu qui donne
l'accroissement (1) ». Avouez dès lors que c'est bien en vain que vous avez dit : « De
même que pour planter et pour arroser on recherche un colon habile et diligent; de même,
dans le sacrement de baptême, on recherche le ministre le plus juste ». Félicianus n'était assurément ni diligent, ni fidèle, ni très-juste, il était bien plutôt négligent pour son salut,
infidèle et très-injuste, quand, selon la sentence de vos
trois cent dix évêques, il était en communion avec Maximien et enveloppé par la
chaîne du sacrilège ; ce qui ne l'empêchait pas de conférer un baptême que jamais
vous n'avez invalidé.
XXVIII. Vous comprenez également que
votre cause est entièrement étrangère à ce passage que vous empruntez au Prophète: «
Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, et ils vous conduiront avec sagesse dans
les gras pâturages (2) ». Ce n'est évidemment pas selon le coeur de Dieu que Félicianus était sacrilège et qu'il conduisait ses ouailles dans
le schisme et l'erreur; et cependant il baptisait ; et, en recevant ceux qu'il avait
baptisés, vous avez reconnu que la grâce du baptême n'était pas son oeuvre, mais
l'oeuvre de Dieu. Vous voyez, dès lors, dans quel sens j'ai rappelé ce passage de la
sainte Ecriture : « C'est dans le Seigneur plutôt que dans l'homme qu'on doit
placer sa confiance (3) ». Jugez donc, dans la cause qui nous occupe, de quelle futilité
était cette réponse que vous avez faite à ma citation : « Précisément parce que
c'est en Dieu, et non pas dans l'homme, que vous placez votre espérance et votre
confiance, vous devez vous montrer plus désireux de trouver, pour l'administration de ce
sacrement, un ministre juste et fidèle ; il est vrai que c'est de Dieu que nous viennent
la foi et la justice, mais c'est dans ses ministres que ces vertus nous apparaissent».
Tant que Félicianus est resté coupable de son crime fameux,
trouviez-vous
455
en lui ces traces de justice et de foi ?
Et cependant c'était bien le baptême qu'il conférait; et quand ceux qu'il avait
baptisés furent reçus parmi vous, vous prétendez leur avoir donné la justice, quoique
leur baptême n'ait jamais été invalidé !
XXIX. Vous me posez cette question : « Si
le baptême ne doit jamais être invalidé, quelque soit du reste le ministre qui le
confère, pourquoi les Apôtres ont-ils baptisé après saint Jean? » Répondez
vous-même à la question que je vais vous poser : Puisque les Apôtres ont baptisé
après saint Jean, pourquoi ne rebaptisez-vous pas après Félicianus
ceux qu'il a baptisés dans le schisme? Cela doit vous suffire pour vous faire comprendre
que tout ce que l'on peut dire du baptême de saint Jean n'a aucun rapport à la question
qui nous occupe. J'ignore ce que vous pensez quand vous entendez l'apôtre saint Pierre
dire aux Juifs, déjà baptisés du baptême de Moïse : « Que chacun d'entre vous soit
baptisé au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1) ». L'Apôtre
pensait-il que trop de générations les éloignaient de celui qui avait séparé les
flots de la mer Rouge devant les pas de leurs ancêtres (2) ? Direz-vous que les Juifs du,
temps de l'Apôtre étaient réellement baptisés parce qu'ils descendaient de ces Juifs
que Moïse avait baptisés (3)? Alors, pour être logique, dites que tous ceux qui
naissent de parents chrétiens sont par là même baptisés.Vous comprenez vous-même
l'absurdité d'une telle affirmation. Quoi qu'il en soit, lors même que les Apôtres
n'auraient pas baptisé après Moïse, j'aurais toujours le droit de vous demander
pourquoi vos évêques n'ont pas baptisé après Félicianus,
l'adepte sacrilège de Maximien.
XXX. J'ai ajouté : « Si parmi les
premiers chrétiens ceux qui se disaient appartenir à Paul (4) étaient dans une erreur
grossière, que peuvent espérer ceux qui veulent être du parti de Donat (5)? » Or,
dans les premières parties de votre lettre, vous laissez cette question absolument sans
réponse; peut-être pensez-vous que dans tout ce qui précède nous avons
suffisamment parlé de cela. Mais alors, vous avez donc tort de célébrer, sur un ton de
triomphe, la vérité de tout ce qui a été dit par Pétilien
ou par d'autres. Quant à moi, qui ai repris dans leur ordre naturel chacun
de vos arguments, je me crois plus que
jamais le droit d'affirmer que ces arguments ne prouvent rien dans la cause des Maximiens, puisque la cause de Félicianus
n'était pas sainte, pendant qu'il restait lié à Maximien par la chaîne du sacrilège.
Vous avez dit vous-mêmes qu'il était coupable d'un crime fameux ; par conséquent, tous
ceux qu'il baptisait étaient baptisés par un pécheur public. Dans de telles conditions,
cet homme sacrilège pouvait-il être pour eux l'origine, la source et le principe du
salut? Celui qui avait été condamné pour sa participation au schisme, et qui,
nonobstant cette condamnation, persévérait dans ce schisme, pouvait-il être un bon
arbre? le bien pouvait-il découler du trésor de son coeur (1)
quand on se croyait le droit de dire de lui et de ses adeptes : « Leur bouche est
pleine de malédiction et d'amertume (2)? » Et cependant, quand vos évêques firent la
paix avec lui, ils se sentirent tellement écrasés sous le poids de la vérité, qu'il
leur fallut reconnaître que le baptême qu'il conférait n'était pas son propre
baptême, mais le baptême de Jésus-Christ.
XXXI. Mais procédons avec ordre et voyons
comment vous vous tirez de la cause des Maximiens. Tous ceux,
en effet, qui lisent nos lettres prêtent une attention particulière à chacune de vos
paroles et à chacune de mes réponses. Je ne m'occuperai donc pas d'Optat
le Gildonien, malgré la singularité des réponses que vous
m'avez faites .à son sujet; je me reprocherais à moi-même de perdre un temps précieux
sur une simple question d'une personne, dont la condamnation ne touche point à la
question qui m'occupe. Je n'ignore pas cependant que ce personnage me fournirait une
matière abondante, dont je prive ainsi la postérité, car bientôt ces détails, si
intéressants en eux-mêmes, tomberont dans loubli; quant à nos contemporains qui
connaissent sa vie et ses moeurs, loin de supposer la moindre fausseté dans tout ce que
je pourrais dire de lui, ils me reprocheraient plutôt de n'en pas dire assez. Ne croyez
pas, en effet, qu'ils lisent nos lettres dans le même esprit que vous les lisez
vous-même, vous qui me demandez ce qu'a donc englouti celui que j'ai appelé un torrent
furieux, comme si vous oubliez Prétextat et Félicianus.
Voici les termes dont je me suis servi : « Ils outragent leurs
456
schismatiques jusqu'à les appeler des
cadavres sans sépulture; et pourtant ils devraient désirer qu'ils fussent ensevelis,
s'ils ne veulent pas qu'Optat le Gildonien
traversant, comme un torrent furieux, avec son armée, cette multitude de cadavres gisant
sur le rivage, n'engloutisse ensuite Félicianus et Prétextat
(1)».Puisque vous aviez sous les yeux ce passage tout entier, pourquoi ne le citiez-vous
pas textuellement? Pourquoi me demander ce que le torrent furieux a dévoré, puisque
j'avais dit qu' « il dévorerait Félicianus et
Prétextat? »
XXXII. Quand nous reprochons à vos
évêques d'avoir accueilli dans leurs rangs Prétextat et Félicianus,
après les avoir solennellement condamnés, pourquoi se croient-ils parfaitement
justifiés quand ils nous ont répondu : « Optat l'a voulu
ainsi, c'est là son oeuvre? » Consultez les villes d'Assuritanum
et de Vustitanum, elles vous répondront que, menacées par Optat de subir toutes les vengeances dont une armée est capable,
elles ont contraint leurs évêques à rentrer dans la communion de Primianus.
Et maintenant, parce que vous avez eu l'impudence de nier ces faits, vous avez osé nier
que je les eusse consignés par écrit; vous pensiez sans doute que ma lettre pouvait
être plus facilement ignorée que ces faits. Mais, grâce à je ne sais quel privilège donatien ou numidique, vos évêques se sont cru le droit d'ignorer
à l'égard d'un de leurs collègues ce que toutes les voix redisaient en Afrique ; et
quand ces mêmes crimes que des Africains se reprochaient réciproquement, n'ont jamais pu
être prouvés et ont été si souvent pardonnés, vous prétendez qu'ils n'ont pu être
ignorés sur les plages les plus lointaines de l'Orient et de l'Occident. Libre à vous
d'accepter comme valide le baptême conféré par Optat que
vous avez refusé de condamner, sans toutefois oser le justifier, et de déclarer invalide
le baptême conféré dans les églises apostoliques de Corinthe, de Galatie, d'Ephèse,
de Colosse, de Philippe, de Thessalonique et autres, dont vous lisez les noms dans les
Ecritures, et qui n'ont jamais entendu parler ni de Cécilianus
ni de son crime, fût-il vrai ou faux. Regardez comme parfaitement innocente la conscience
d'Optat, que vous n'avez osé condamner à cause de nous, ni
absoudre à cause de Dieu, et
cela quoique la renommée publique vous
ait facilement permis de sonder tous les replis de cette conscience; mais, en même temps,
ne craignez pas d'accuser la conscience de tant de nations chrétiennes de s'être permis
d'ignorer les querelles que se faisaient les Africains, placés, pour ainsi dire, à
l'extrémité du monde. Ont-elles pu également ignorer les crimes de Félicianus
et de Prétextat, solennellement condamnés dans un concile de trois cent dix évêques?
XXXIII. Et vous osez encore opposer à
l'unité catholique je ne sais quels faits particuliers qui sont faux, ou qui ne sont pas
des péchés et qui, fussent-ils vrais et criminels, ne peuvent souiller la société des
bons ! En effet, les bons ne sauraient être souillés des péchés des autres, quand
ils s'opposent à leur perpétration. Mais, dites-vous, ils sont en communion avec les
pécheurs. Oui, eu attendant que le Seigneur, au jugement dernier, ait purifié son aire,
ils sont en communion avec les méchants, mais en communion de sacrements et non en
communion de péchés. Oui, en attendant que Dieu fasse la séparation suprême à la fin
des siècles, les bons sont mêlés aux méchants dans les mêmes filets; mais s'il y a
union des corps, il y aune grande séparation de vie et de moeurs. Les onze Apôtres ne
participaient aucunement aux vols de Judas; et cependant, tous ensemble étaient
visiblement unis au même maître, entendaient le même docteur, recevaient la foi au
même Evangile, participaient aux mêmes sacrements (1) entre Judas et eux il y avait
rapprochement corporel, mais la différence spirituelle mettait entre eux un chaos
immense. Dé même Paul ne participait aucunement à l'audace et à la jalousie,
c'est-à-dire aux vices diaboliques de ceux qui souillaient la prédication de l'Evangile;
et cependant, eux et lui prêchaient le même Jésus-Christ, participaient aux sacrements
de Jésus-Christ, et c'est d'eux que l'Apôtre disait : « Mais qu'importe, pourvu que
Jésus-Christ soit annoncé de quelque manière que ce soit, par occasion ou par un vrai
zèle (2) ? » Le glorieux martyr Cyprien, cet amant passionné de l'unité
catholique, repoussant toute séparation du schisme ou de l'hérésie, a toujours compris
et enseigné que les fidèles doivent former, une seule et même
457
société extérieure (1). Parmi ses
collègues, il en était qui se livraient à l'avarice, à la rapine, à l'injustice ; il
disait d'eux qu'ils avaient faim et soif de posséder des richesses, de s'en procurer par
la fraude, de multiplier l'usure pour accroître leur patrimoine, et cette passion, il la
comparait à l'idolâtrie (2). Sans vouloir participer en quoi que ce fût à ces
désordres, il ne refusait -pas de rester extérieurement uni avec ces malheureux, de
siéger sur les mêmes autels, de participer à la même nourriture eucharistique. En
effet, ces pécheurs mangeaient et buvaient non pas pour les autres, mais pour eux-mêmes,
leur jugement et leur condamnation (3). De son côté, Cyprien partageait avec eux,
non pas leurs péchés, mais les mystères de Jésus-Christ; les assemblées étaient les
mêmes, mais les moeurs étaient bien différentes. Toutes ces comparaisons tirées de
l'Ecriture, tous ces exemples empruntés à l'histoire ecclésiastique nous apprennent que
nous devons être le bon grain, sans cependant nous séparer de l'aire à cause de la
paille qui s'y rencontre (4); que nous devons être les bons poissons, sans sortir des
filets à cause des mauvais poissons qui s'y trouvent (5); que nous devons être des vases
d'honneur et d'innocence, sans cependant sortir de la grande demeure à cause des vases
d'ignominie qu'elle renferme (6). Dans tous ces mélanges temporels, s'il est si louable
de tolérer les méchants, c'est uniquement dans le but de ne pas exposer les bons à leur
perte en se séparant. C'est sans doute dans ce but que vous tolérez au milieu de vous un
si grand nombre des vôtres, dont les cri mes sont aussi nombreux que manifestes; ne vous
est-il pas facile d'en conclure que, en vous séparant de tant de nations chrétiennes,
vous ne pouvez que faire preuve d'une animosité véritablement sacrilège?
XXXIV. Ainsi donc qu'Optat,
si fameux dans votre secte, ou que tout autre, jusqu'au plus inconnu parmi vous, commette
tel ou tel crime dont vous avez pleine et entière connaissance, vous ne pourrez le
séparer de votre communion, soit parce qu'on n'ajoute pas foi à votre déposition, soit
parce que vous n'osez pas déposer contre lui dans la crainte de ne pouvoir prouver vos
accusations. Mais alors quel parti prendrez-vous? ou bien vous
quitterez la secte de Donat, ou bien vous
deviendrez aussi criminel que ce malheureux dont vous connaissez la faute, quoique votre
vie soit toute différente de la sienne. En soi cette conséquence est fausse, je le sais
parfaitement, mais enfin elle découle nécessairement de vos principes. Personne ne doute
que vous ne soyez étranger à ce crime, si vous n'y participez pas par un consentement
libre et volontaire. Mais du moins, comprenez donc qu'il est de la dernière absurdité de
reprocher à l'univers chrétien des crimes faux ou inconnus, commis en Afrique, tandis
que vous ne voulez pas qu'on vous reproche le crime de l'un de vos coreligionnaires, crime
dont vous ne pouvez prouver l'authenticité à ceux avec lesquels vous voulez rester en
communion. Ainsi, pour ne point vous séparer de ceux que vous croyez bons, vous êtes
obligé de tolérer ceux dont vous connaissez l'iniquité. Il me semble qu'ici la vérité
s'impose aux plus rebelles et convainc de méchanceté ceux qui, sous prétexte de crimes
vrais ou faux, mais en tout cas inconnus, et dont ils n'avaient à craindre aucune
responsabilité, ont brisé l'unité catholique et se sont séparés des bons chrétiens
qui la composent. Et pour que vous n'ayez aucune excuse à apporter dans le but de
disculper les Donatiens de cet horrible crime, vous vous êtes
trouvés en face de la cause des Maximiens; et cette cause
devient pour vous, si vous le voulez, un miroir qui, en vous montrant votre dépravation,
doit vous aider à la corriger. Si, au contraire, vous ne voulez pas vous y reconnaître,
je n'ai plus rien à vous dire de plus sérieux, car- je sais que vous avez du coeur.
Eh ! qu'opposerez-vous aux arguments que je vous propose?
XXXV. Voici ce que vous écrivez : «
Après avoir lu dans ma lettre ce que j'ai dit des Maximiens
que nous avons accueillis après les avoir condamnés, j'ai été vivement impressionné
». Je le crois bien, car une telle affaire me paraît fort capable d'impressionner.
Voyons donc quel moyen vous avez pris pour calmer ces émotions. « Aussitôt »,
dites-vous, « vous avez consulté vos évêques, et vous avez connu par eux le décret du
concile, la sentence portée contre ceux qu'il avait condamnés, et toute la procédure de
cette affaire ». Puis, vous persuadant bien à tort que j'ignorais ce qui s'était
passé, et (458) m'invitant à m'enquérir des faits, vous vous donnez la peine de me
raconter, non pas la vérité, mais ce que vos évêques substituent à la vérité pour
mieux tromper les simples et les ignorants. Voici vos paroles : « Comme Maximien
multipliait ses efforts pour associer à son erreur un grand nombre d'évêques, les
nôtres convoquèrent un grand concile et formulèrent une sentence de condamnation contre
tous ceux qui s'obstineraient dans le schisme » ; vous rappelez même que j'ai lu cette
sentence; « elle fut rendue à l'unanimité; cependant le concile jugea convenable de
proposer un délai pendant lequel quiconque voudrait se corriger serait réputé innocent.
C'est ce qui eut lieu, car non-seulement les deux dont je
parle, mais une multitude d'autres se convertirent et rentrèrent dans le sein de
l'Eglise. Vous pensez donc que le baptême reçu ou donné par ces hommes ne doit pas
être invalidé, puisqu'ils se sont soumis dans le délai fixé, et qu'ainsi la loi est
restée pour eux à l'état de menace, la séparation est restée pour eux purement
comminatoire, ce qui prouve que quand ils baptisaient ils n'étaient pas séparés de
l'Eglise ». Ayant à coeur de signaler toutes les erreurs de votre narration, j'ai cité,
non pas seulement les pensées principales, mais vos propres paroles, et vraiment je
m'étonne que vous ayez pu résister à l'évidence. Jamais on n'eut une preuve plus
frappante du pouvoir exercé par les préjugés de la présomption humaine, soit pour
empêcher de voir la vérité la plus manifeste, suit pour affirmer les plus impudentes
faussetés. Est-il possible que vous n'ayez pas remarqué dans votre langage des
contradictions telles qu'on ne saurait s'imaginer qu'elles eussent échappé à un même
homme? Vous dites d'abord : « Une sentence fut rendue contre tous ceux qui
persévéreraient dans le schisme de Maximien, et cependant on jugea convenable d'accorder
un délai pendant lequel qui« conque voudrait se corriger serait réputé innocent ».
Comment donc osez-vous dire vous-même : « Ils n'ont pas baptisé hors de l'Eglise avant
d'avoir renoncé à leur schisme ? » pendant qu'ils étaient avec Maximien, ils
n'étaient donc pas hors de l'Eglise? Comprenez-vous ce que vous dites? Comment
sortirez-vous de là, où vous cacherez-vous ?
XXXVI. Vous voyez donc qu'en essayant de
défendre les erreurs évidentes de vos évêques, le seul résultat que vous obtenez,
c'est de rendre les vôtres plus évidentes encore. Lisez vos propres paroles; je vais
vous les citer textuellement comme vous les avez écrites. « Comme Maximien cherchait à
associer à son erreur le plus grand nombre d'évêques qu'il lui était possible, nos
évêques convoquèrent un concile et rendirent contre tous ceux qui persévéreraient
dans le schisme une sentence de condamnation, que vous avez lue vous-même. Cette sentence
fut signée à l'unanimité; cependant on crut convenable de fixer un délai pendant
lequel quiconque voudrait se corriger, serait réputé innocent ». Quand vous parliez
ainsi, quel aveuglement vous empêchait donc de remarquer que tous ceux contre lesquels la
sentence du concile fut portée, en leur qualité de Maximiens,
appartenaient véritablement à ce schisme, avant qu'ils n'eussent profité du délai pour
se corriger ? Ils baptisaient donc dans le schisme. Pourquoi alors, je vous prie, entasser
à plaisir de vaines obscurités sur les faits les plus évidents, et dissiper vous-même
ces obscurités par vos paroles ? Je déclare que les ordonnateurs de Maximien, Prétextat
et Félicianus, ont baptisé pendant leur schisme, ce qui n'a
pas empêché qu'eux-mêmes et ceux qu'ils avaient baptisés, ne fussent reçus plus tard
dans vos rangs, sans qu'on eût invalidé le baptême qu'ils avaient conféré malgré
leur double crime de schisme et de sacrilège, malgré leur bouche remplie de
malédiction, malgré leurs lèvres distillant un venin d'aspic. Vous ne niez pas, je
pense, que ce soit à eux que s'appliquent ces passages empruntés à l'Ecriture, et cette
sentence formulée parle concile.
XXXVII. Vous répondez : « Avec
Prétextat et Félicianus,
nous comptons beaucoup d'autres Maximiens qui, dans le
délai fixé, ont fait leur soumission à l'Eglise ». Cette réponse me vient eu aide,
corrobore la vérité que j'avance et dissipe pleinement les obscurités que vous
cherchiez à, entasser sur la question. En disant qu'ils rentrèrent dans l'Eglise
n'assurez-vous pas qu'ils étaient hors de l'Eglise? D'un autre côté, il est certain
qu'avant de rentrer, dans. l'Eglise, ils ont baptisé là où
ils étaient; donc ils ont conféré le baptême hors de lEglise. Vous cherchez à
sortir de cette impasse, mais vous ne faites que vous y enfoncer davantage. Ainsi vous
(459) dites qu'on ne devait pas invalider leur baptême parce qu'ayant fait leur
soumission dans le délai fixé, la sentence resta pour eux purement comminatoire ».
Comment dites-vous donc qu'avant le jour de leur soumission ils ne furent pas séparés de
l'Eglise, puisque vous avouez d'un autre côté qu'ils furent réintégrés avant
l'expiration du délai ? Si nous sommes hommes, si nous sommes doués de quelque raison,
de quelque sens commun, si nous ne. sommes pas des animaux parlant à des animaux, du bois
;et des pierres parlant à du bois et à des pierres, vos paroles comme les miennes
prouvent jusqu'à la dernière évidence que vos évêques n'ont pas osé invalider le
baptême conféré dans le schisme sacrilège de Maximien, tandis que ces mêmes
évêques' ne craignent pas de nier la qualité de chrétiens et de réitérer le baptême
à des hommes qui ont été baptisés dans les Eglises que les Apôtres ont fondées avec
la grâce de Dieu et au prix de leur sueur et de leur sang. Vous parlez, vous écrivez;
écoutez donc vos paroles, lisez donc vos écrits. Vous dites, vous écrivez que « le
concile lança une sentence de condamnation contre tous ceux qui avaient persévéré dans
le schisme de Maximien ». Vous dites, vous écrivez que « cette sentence fut rendue à
l'unanimité, et que cependant on jugea convenable de fixer un délai pendant lequel
quiconque voudrait se corriger serait réputé innocent». Vous dites, vous écrivez qu'
« avec les deux évêques dont je cite les noms il y en eut un grand nombre d'autres, qui
furent purifiés, déclarés innocents et réintégrés dans lEglise ». Vous dites,
vous écrivez que a le « baptême conféré par eux n'a pas
dû être invalidé, parce qu'ils rentrèrent dans le délai fixé, et qu'ainsi la loi fut
pour eux purement comminatoire ».
XXXVIII. D'où vient donc que, même dans
un homme de coeur et d'esprit, une aussi mauvaise cause s'impose si cruellement à une
aussi bonne intelligence? Ces évêques,contre lesquels la sentence de condamnation fut
rendue parce qu'ils persévéraient, dites-vous, dans le schisme de Maximien, avant leur
réintégration, célébraient nécessairement dans le schisme et y conféraient le
baptême. Mais peut-être vaut-il mieux me servir des propres expressions du concile. Là,
dit-il, « le fruit perfide d'une semence vénéneuse s'échauffait lentement à la
chaleur »; là « ils engendraient les oeuvres criminelles de leur crime public et de
leur parricide » ; là « ils enfantaient l'injustice, concevaient le labeur et
engendraient l'iniquité »; là, « sans que la multitude de leurs crimes eût produit la
moindre confusion, le nom de chacun d'eux était voué au châtiment » ; là, « tandis
qu'on leur offrait la corde du salut et le lien de la miséricorde, la cause avait trouvé
ceux qu'elle devait frapper » ; là, « les flots de la vérité avaient jeté leurs
membres en lambeaux contre les rochers arides, et le rivage était tout couvert de ces
malheureux qui, comme autrefois les Egyptiens, périssaient tristement et ne trouvaient
aucune sépulture (1) » ; là, « Maximien, bourreau de la foi, adultère de la vérité,
ennemi de l'Eglise sa mère, ministre de Dathan, Coré et Abinon, n'était pas seul frappé par la foudre sortie du sein de la
paix, et condamné à la mort, trop juste châtiment de son crime; armé de la chaîne du
sacrilège, il entraînait encore un grand nombre d'autres victimes dans le gouffre de son
iniquité » ; là, « leurs lèvres distillaient un venin d'aspic » ; là, «leur bouche
était pleine de malédiction et d'amertume » ; là, « leurs pieds se portaient rapides
à l'effusion du sang ; là, « l'humiliation et l'infortune couvraient leurs voix, et ils
ne connaissaient pas le chemin de la paix, la crainte de Dieu n'était pas devant leurs
yeux (2) » ; là, « gisaient leurs membres en lambeaux, en proie à une corruption
tellement fétide et dangereuse, que le seul remède possible c'était de les séparer
impitoyablement » ; là, « on comptait comme coupables de ce crime fameux Victorien de Carcabianum », et beaucoup d'autres avec ces douze, au nombre
desquels se trouvent Prétextat d'Assurium et Félician.us de Mustïtanum, dont la
réintégration nous occupe en ce moment, et qui prirent part à l'ordination de Maximien,
c'est-à-dire qu' « ils contribuèrent à former de leurs propres mains ce vase
d'ignominie destiné à la pourriture et à la perdition ». Là « aussi se trouvaient
ces clercs de l'Eglise de Carthage, qui applaudirent à ce crime comme à l'inceste le
plus criminel ». Ce sont là tout autant de ministres des sacrements; peut-on douter
qu'avant leur conversion, avant leur réintégration,
460
ils aient baptisé dans le schisme de
Maximien ? Et cependant le baptême conféré par de tels ministres n'a pas été
réitéré par vos évêques à ceux qui s'étaient repentis et qu'ils recevaient dans
leurs rangs !
XXXIX. N'y aura-t-il donc que la haine qui
puisse avoir sur vous quelque ascendant? Permettez à la vérité de se laisser voir et de
se faire entendre. A l'occasion du délai accordé aux coupables, pourquoi entasser
vainement de ridicules ténèbres ? Ce délai, en effet, n'a pas été accordé à ceux
dont on a dit: « Regardez-les comme réellement condamnés ». Un peu plus haut on avait
dit ce qu'ils étaient, ce qu'ils avaient fait, pourquoi on était obligé de les
condamner sans répit: n'avaient-ils pas imposé les mains à Maximien ? C'est là ce
qu'ils exprimaient par cette formule : « De leurs propres mains ils ont criminellement
formé ce vase de perdition ». Quant à ceux qui n'avaient pas assisté à l'ordination
de Maximien, on leur accorda un délai, quoiqu'ils fussent en communion avec lui et comme
lui dans le schisme. La distinction entre les prélats consécrateurs et ceux qui étaient
absents est clairement établie dans le décret. En effet, après avoir dit de ceux dont
il avait décliné les noms : « Regardez-les comme réellement coupables», le
décret ajoute : « Quant à ceux qui auraient rougi, pour leur foi, d'imposer les mains
à Maximien, nous leur avons permis de rentrer dans le sein de l'Eglise ». Se peut-il
quelque chose de plus clair, de plus explicite, de plus évident? « Regardez »,
disent-ils, comme formellement condamnés ceux qui « n'ont pas craint de former de leurs
propres mains ce vase de perdition et d'ignominie. Quant à ceux qui auraient rougi pour
leur foi d'imposer les mains à Maximien, nous leur avons permis de rentrer dans le sein
de l'Eglise ». Et comme, dans la suite, deux de ces évêques condamnés ont été
réintégrés dans leurs anciens honneurs, quel moyen peut-il y avoir de justifier cette
mesure, si ce n'est de dire que le délai était offert à tous sans aucune distinction?
XL. Admettons cette supposition purement
gratuite. Il n'en est pas moins vrai que tous ceux qui ont quitté le schisme, avant d'y
renoncer, y ont adhéré réellement, et pendant la durée de cette adhésion ont
conféré le baptême. De là ils sont rentrés dans vos rangs sans rien perdre de leurs
anciens honneurs, sans voir invalider les sacrements qu'ils avaient conférés ; j'admets
que cette réintégration ne vous fasse pas rougir, mais en tout cas elle vous condamne au
plus honteux silence. Avant de rentrer dans l'Eglise, avant l'expiration du délai, où
étaient-ils donc? Répondez; mais que pouvez-vous répondre? Les faits sont évidents,
ils étaient dans le schisme de Maximien, et c'est contre tous les fauteurs de ce schisme
qu'a été rendue la terrible sentence. Ils ont donc baptisé pendant ce schisme, et ce
baptême par eux conféré, vous n'avez pal osé l'invalider dans la personne de ceux qui
sont rentrés dans vos rangs; ne l'ayant pas invalidé, vous l'avez donc reconnu comme
étant réellement le baptême de Jésus-Christ. D'où il suit que votre conduite et vos
oeuvres donnent le droit de conclure que le baptême conféré hors de l'Eglise n'en reste
pas moins le baptême de Jésus-Christ. Telle est la doctrine que nous observons
pieusement à votre égard ; pourquoi poussez-vous donc l'impiété jusqu'à prononcer la
nullité du baptême dans tous ceux qui nous sont restés fidèles?
XLI. Peut-être regrettez-vous ces paroles
qui portent avec elles votre condamnation ! En
disant qu' « ils rentrèrent dans le sein de l'Eglise, et qu'en faisant leur soumission
avant le jour fixé ils ont rendu pour eux la sentence purement comminatoire », vous vous
attirez vous-même cette réponse : Comment ont-ils pu rentrer dans l'Eglise et y être
réintégrés, s'ils n'en sont pas sortis? Et s'ils en étaient sortis, comment
baptisaient-ils ? Contre de semblables faits vous n'avez, je crois, d'autre réponse que
celle qui vous a été suggérée par ceux que vous avez consultés, quand l'émotion
s'est emparée de vous à la lecture de ma lettre ; et peut-être même qu'ils vous
blâment réellement et vous reprochent l'imprudence de vos paroles. Mais il vous reste
une protection puissante contre le danger, et une consolation dans votre tristesse. En
effet, dans la rédaction de leur décret, ils se sont exprimés comme vous l'avez fait.
Il suit de là que si, après avoir lu notre opuscule, ils nous répondaient que les
paroles d'un laïque ne font pas autorité en cette matière, nous leur rappellerions
textuellement leurs propres paroles. «Quant à ceux », disent-ils, « qui par respect
pour leur foi n'ont pas imposé les (461) mains à Maximien, nous leur avons permis de
rentrer dans le sein de l'Église notre mère ». Il suffit donc de leur demander où
étaient ceux à qui ils ont permis de rentrer dans l'Église, pour qu'on les jette dans
l'embarras par leurs propres aveux, comme on vous y a jeté vous-même. Où peuvent-ils
dire qu'étaient ces évêques, si ce n'est dans le schisme de Maximien ? Du reste, qu'ils
les placent où ils voudront ; toujours est-il que ceux à qui ils ont permis de rentrer
dans l'Église n'y étaient assurément pas. Ils ont donc baptisé hors de l'Église; et
quand tous, baptiseurs et baptisés, rentrèrent dans l'Église, les premiers ne perdirent
aucun de leurs anciens honneurs, ni les autres le baptême qu'ils avaient reçu hors de
l'Église.
XLII. Dans ce qui vous regarde, malgré la
cause mauvaise que vous aviez à soutenir, vous avez fait preuve d'habileté, quand vous
avez dit : « Le concile cependant crut devoir offrir un délai, pendant lequel quiconque
voudrait se corriger serait réputé innocent. » Vos évêques en statuant ce délai
n'avaient pas précisément en, vue la correction des coupables; ils l'offraient
uniquement à ceux qui étaient restés purs et innocents dans la secte de Maximien. C'est
là du moins ce qui ressort clairement de ces paroles : « Quant à ceux que les rejetons
du sacrilège n'ont pas souillés, nous leur avons permis de rentrer dans le sein de
l'Église notre mère ». Ils vont plus loin encore et ajoutent : « Plus nous tenons à
nous purifier de la mort des coupables, plus nous nous félicitons du retour des
innocents ». Puisque vous voyez que le délai n'est octroyé qu'en faveur des
innocents, pourquoi donc osez-vous dire : « On crut convenable de fixer un délai,
pendant lequel quiconque voudrait se corriger serait réputé innocent? » Peut-être
craigniez-vous qu'on ne vous répondît Pourquoi offrir un délai à ceux que Maximien
n'avait pas souillés par ses erreurs ? Pour prévenir cette objection, vous supposez que
ceux à qui on offre ce délai ont tous besoin de conversion. De leur côté vos évêques
ont craint qu'on ne leur dit. Pourquoi avez-vous consenti à
recevoir des hommes qui s'étaient souillés dans les honneurs dont ils jouissaient? C'est
pour prévenir cette objection qu'ils ont dit avoir offert un délai à ceux qui
jusque-là ne s'étaient pas encore rendus coupables.
XLIII. Ainsi des craintes se présentaient
des deux côtés ; mais en voulant échapper aux unes, vous êtes devenus la proie des
autres. Comment parlez-vous de la nécessité de se corriger à des hommes que vos
évêques déclarent innocents? D'un autre côté, on peut dire à vos évêques : Comment
déclarez-vous innocents des hommes qui, sans doute, n'ont pas imposé les mains à
Maximien, mais qui se sont souillés en participant à son schisme? Quel esprit, quelles
forces, quelle langue pourraient suffire à décrire cette
intolérable douleur? Quoi ! la secte des Donatiens, déchirée par les schismes, pourra se
reconstituer ! Maximien, au sein même de l'Afrique, ne souille pas ses sectaires
africains ! Et pour empêcher que les rameaux brisés ne puissent rentrer dans
l'unité, on soutient que de Carthage Cécilianus souille les
nations les plus lointaines !
XLIV. Depuis le jour du concile deBagaïum, c'est-à-dire depuis le huit des calendes de mai
jusqu'à l'expiration du délai, c'est-à-dire jusqu'au huit des calendes de janvier, nous
comptons huit mois. Pendant ce long intervalle, ou bien ceux à qui ce délai était
offert se souillaient par leur communion avec Maximien personnellement condamné, ou bien
ils ne se souillaient pas. S'ils se souillaient, comment a-t-on pu dire : « Quant à ceux
que les rameaux du sacrilège n'ont pas souillés, nous leur avons permis de rentrer dans
le sein de l'Église notre mère? » S'ils ne se souillaient pas, comment admettre
que toutes les nations chrétiennes aient pu être souillées par la contagion des
péchés d'autrui, péchés qu'elles ne connaissaient pas, pour ne pas dire qu'ils
étaient faux? « Mais », dit le concile, « après l'expiration du délai, ceux qui
n'auraient pas fait leur soumission seraient souillés et encourraient leur condamnation
». Ce qui les souillait, ce n'est donc pas le crime du schisme, mais la fixation même du
délai ; à cette condition il suffisait de ne déterminer aucun jour, pour les empêcher
de se souiller à tout jamais. En quoi donc l'univers a-t-il si fortement démérité à
vos yeux? Pourquoi le regardez-vous comme souillé de péchés qu'il n'a pas commis, quand
vous ne lui avez fixé aucun délai? D'où vous vient cette puissance étonnante qui vous
permet d'autoriser les hommes à s'associer aux pécheurs quand ils veulent, et de les
déclarer (462) souillés par ce contact, quand c'est votre bon plaisir? On devait
regarder comme innocents et sans tache ceux à qui l'on fixait un délai dans le schisme
de Maximien ; et si, avant l'expiration de ce délai, ils rentraient dans vos rangs, ils
recouvraient la foi et leurs premiers honneurs. Au contraire, passé ce délai, s'ils
n'avaient pas fait leur soumission, on lés regardait comme autant de criminels, dé
scélérats, pour lesquels le supplice de la condamnation paraissait trop léger, et qu'on
devait humilier dans toutes les rigueurs de la pénitence. O dégradation étonnante de
ces hommes qui ne se contentent plus de dire, selon lancien proverbe : « Ce que
nous voulons est saint » ; mais qui osent affirmer : Cela est saint quand nous le
voulons, et tout le temps que nous le voulons ! Qu'il arrive à l'un des vôtres de
prier avec nous sur un vaisseau, aussitôt il est souillé, aussitôt il est appelé du
nom de traître. Les condamnateurs de Primianus communiquent
à l'autel avec Maximien, l'adultère de la vérité, l'ennemi de l'Eglise sa mère, le
ministre de Dathan, Coré et Abiron,
et pendant huit mois ils restent, en cet état, parfaitement purs et innocents. Supposé
que le neuvième jour des calendes de janvier quelques-uns d'entre eux soient passés dans
vos rangs, aussitôt grande joie parmi vous, sur le retour de ces innocents que les
rameaux du sacrilège n'ont pas souillés. A quoi vous ont
servi ces huit mois, depuis le huitième jour des calendes de mai jusqu'au huitième des
calendes de janvier? pouvait-on mieux les sanctifier qu'en
déclarant purs et innocents tous ceux qui pendant ce temps adhéreraient à la communion
de Maximien visiblement sacrilège et solennellement condamné ? En quoi donc le saint
jour de la naissance du .Sauveur, peut-il vous irriter, au point que sa, présence seule
suffise pour souiller des innocents? Comment peut-il se faire que le baptême conféré
dans le schisme, pendant ces huit mois, soit resté le saint baptême de Jésus-Christ, et
qu'il devienne tout à coup invalide et impur par l'arrivée du jour de Noël?
XLV. Jusqu'à quel excès ne va pas la
témérité humaine, quand elle se jette aveuglément dans une erreur qu'elle rougit de
quitter par vanité, et qu'elle a honte de défendre contre la vérité ! Nous en
avons ici la preuve la plus frappante. A quel degré d'obstination ne faut-il pas être
arrivé, ne faut-il pas, s'être endurci.contre tous les cris lancés par une saison en
détresse, pour se voir forcé de faire des aveux comme ceux-ci : « S'ils reviennent à,
l'Eglise, s'ils se soumettent avant le jour fixé, nous leur permettons de rentrer dans
nos rangs? » N'avez-vous pas vous-même cité ces paroles? On ajoutait : « Nous nous réjouissons du retour des innocents. Et dans la crainte qu'on
ne pût nous accuser d'enlever toute espérance de salut aux
coupables en restreignant par trop l'époque fixée pour leur retour, nous leur donnons
toute liberté jusqu'à cette époque, et alors les portes leur seront au large ouvertes,
et ils recouvreront en même temps la foi et leurs premiers honneurs. Que si, retenu par
une coupable paresse, quelqu'un refuse de revenir au berçait, qu'il sache qu'il se ferme
ainsi toutes les voies du pardon. Quant à ceux qui n'opéreront leur retour qu'après le
jour fixé, ils subiront toutes les rigueurs de la pénitence telle qu'elle est
prescrite ». C'est là le langage tenu par trois cent dix évêques. Or, je dis que
tout obstiné que puisse être un adversaire il avouera nécessairement que ceux dont il
est dit Avant qu'ils ne reviennent à vous, avant qu'ils ne rentrent dans vos rangs, que
ceux-là, dis-je, ne pouvaient être avec vous quand on leur tenait ce langage; je dis
qu'ils ont baptisé hors de;votre communion, dans ce schisme qui les a séparés de vous;
je dis enfin que rentrant dans vos rangs après en avoir été si longtemps éloignés,
ils ont recouvré dans toute leur plénitude leurs anciens honneurs, et qu'on n'a pas jugé nécessaire de réitérer le
baptême à ceux qu'ils ramenaient avec eux et qu'ils avaient baptisés.
XLVI. Pourquoi donc prêter obstinément
votre patronage à une aussi mauvaise cause? Cédez enfin, non pas à moi, mais à la
vérité dont l'évidence vous confond. Voyez si je n'avais pas raison de vous dire que la
paix ne s'acquiert et ne se conserve qu'au prix.de grandes souffrances; et cependant vous
combattiez cette parole. Laissez-moi donc vous répéter textuellement ce que je disais
dans cette lettre : « Pour la paix de Jésus-Christ revenez à cette Eglise qui ne
condamne jamais qu'après une entière connaissance, puisqu'il vous a plu de rapporter ce
que vous aviez condamné, afin d'assurer la paix (463) « du Donatisme (1) ».Au
nombre des douze évêques qu'ils avaient condamnés avec Maximien d'une manière absolue,
se trouvaient Félicianus et Prétextat ; puisqu'ils les ont
réintégrés par la suite, n'ont-ils pas rapporté leur première condamnation ?
Dira-t-on que le délai s'appliquait également à ceux dont ils avaient dit : «
Regardez-les comme personnellement condamnés ? » Même alors je soutiendrais qu'ils ont
rapporté leur première condamnation en permettant le délai, après avoir dit d'une
manière absolue : « Regardez-les comme personnellement condamnés».Il n'en faudrait pas
davantage pour clore le débat, lors même que vous seriez parfaitement dans la vérité,
quand vous nous dites, que profondément ému de la cause des Maximiens,
vous avez pris le parti de consulter vos évêques. A quoi bon, puisque leurs
déclarations sont de purs mensonges ? Remarquez, dans les actes proconsulaires, quel jour
Titianus exposa sa requête, à l'effet d'obtenir que Félicianus et Prétextat fussent chassés de leurs sièges, et vous
verrez que depuis longtemps le délai était expiré. En effet, le concile de Bagaïum se tint sous le troisième consulat d'Arcadius et le second
d'Honorius, le huitième jour des calendes de mai, et l'expiration du délai fut fixée au
huitième jour des calendes de janvier. Or, la demande de Titianus
ne fut formulée qu'après ce consulat, le sixième jour des nones de mars de l'année
suivante.
XLVII. A partir du
délai jusqu'à la pétition de Titianus il s'écoula donc
environ trois mois, après lesquels Félicianus et Prétextat
étaient toujours accusés de partager la fureur de Maximien. Nous en jugerons mieux en
citant les propres paroles de la supplique : « Quant à ceux qui se sont laissé
entraîner dans l'erreur, on leur proposa, s'ils désiraient rentrer, de s'engager dans
les voies du repentir et de profiter du délai fixé pour revenir à la religion. Mais cet
avertissement resta sans réponse. L'iniquité se complaît dans ses oeuvres ; et,
fût-elle tombée au plus profond de l'abîme, elle s'obstine toujours dans ses
égarements. Ne voyons-nous pas Maximien fournir sans cesse un nouvel aliment à son
audace et communiquer à d'autres les élans de sa fureur ? Parmi ces tristes victimes,
nous remarquons Félicianus
qui, après avoir bien commencé, s'est laissé prendre aux attraits
menteurs de la dépravation ; et placé dans la ville de Mustitanum
il croit pouvoir conserver par la violente, et dans une sorte d'état de siège; les
pierres consacrées au Dieu tout-puissant, et une Eglise de la plus vénérable
antiquité. Il n'est d'ailleurs que trop fidèlement imité par Prétextat dans la ville
d'Assuritanum ». Ces paroles sont aussi claires que
formelles Titianus demande que l'on chasse de leurs sièges
les deux évêques dont nous parlons, parce qu'ils ont refusé de se repentir, parce
qu'ils se sont complu dans leur iniquité, et parce que, tombés au plus profond de
l'abîme, ils ont méprisé toutes les avances qui leur étaient faites pour assurer leur
salut. Lors même que l'on pourrait cacher la date des actes proconsulaires, il resterait
toujours évident, même pour les yeux les moins exercés, que du moment qu'on fait ainsi
appel à la puissance proconsulaire, c'est ou parce qu'ils ont été condamnés au concile
d'une manière absolue et sans aucun délai, ou parce qu'ils ont refusé de se soumettre
pendant le délai fixé, supposé qu'il leur eût été offert. Mais la date des actes
consulaires ne laisse aucun doute possible; il est donc certain que jusqu'à cette date
ces deux évêques n'appartenaient point à votre communion, qu'ils adhéraient pleinement
au schisme de Maximien et que c'est en raison de ce double crime qu'on demande contre eux
une sentence qui les condamne à l'exil. A cela que peut-on répondre? Quand la vérité
s'impose avec une telle évidence, quelle aveugle impudence peut encore résister ? Que
penser de cette folie avec laquelle regimbent contre l'unité de Jésus-Christ des hommes
qui, pour assurer l'unité du Donatisme, veulent conserver dans leur rang des sacrilèges
solennellement condamnés ? Quand dans un schisme sacrilège le baptême de Jésus-Christ
est entouré de la vénération que du reste il mérite, pourquoi, par quelle présomption
impie l'invalider dans toutes les nations catholiques, pourquoi le profaner par une
réitération sacrilège ?
XLVIII. Je ne veux pas rechercher combien
de jours s'écoulèrent entre cette pétition, dans laquelle Titianus
se faisait l'interprète d'accusations si graves contre Félicianus
et Prétextat, et la réintégration de ces deux évêques dans votre communion. Il suffit
qu'il soit (464) bien constaté que cette demande ne fut développée que longtemps après
l'expiration du délai, que jusque-là ces évêques étaient restés séparés de votre
communion et attachés au schisme de Maximien ; que ce n'est que plus tard que vous les
avez réintégrés, sans les priver d'aucuns des honneurs dont ils jouissaient
précédemment, et sans invalider le baptême qu'ils avaient conféré pendant le schisme
; sur ce dernier point, du reste, je déclare que vous avez eu raison. En face d'une telle
cause et de tels faits, quelle langue humaine consentirait à s'élever obstinément
contre nous, si elle se sentait vivre dans une, bouche humaine et sous un front d'homme ?
En parlant du concile de Bagaïum, j'avoue m'être trompé
quand j'ai dit : « Lorsque cette sentence eut été prononcée, un grand cri
d'acclamation retentit dans toute l'assemblée ; et aujourd'hui, quand nous en donnons
lecture, tous gardent un profond silence ». C'est vous qui êtes dans la vérité
quand vous me répondez : « Non, ils ne gardent pas le silence » ; devant des faits
d'une telle évidence, la honte, voire même l'impudence, resteraient muettes, mais la
folie ne saurait se taire. Ce n'est pas à vous cependant que s'applique cette parole; car
tout votre crime c'est d'avoir cru aveuglément à la parole de vos évêques, non pas
même de tous vos évêques, car vous n'avez pu les consulter tous, malgré l'émotion à
laquelle vous étiez en proie. Eh bien ! ces évêques que
vous avez consultés savaient fort bien ce qui s'était passé dans les tribunaux au sujet
de Félicianus et de Prétextal ;
et cependant, comme l'atteste votre lettre, ils ont osé vous dire qu'avant même
l'expiration du délai ces deux évêques étaient rentrés dans votre communion; et
qu'ainsi la sentence était restée pour eux purement comminatoire. Admettons même qu'ils
n'aient eu aucune connaissance des faits que je viens de rappeler, aujourd'hui que vous
les lisez, ne convient-il pas que toute honte se taise, que toute impudence se renferme
dans le plus profond silence ? En effet, toute voix qui s'élèverait contre des vérités
aussi évidentes, ne pourrait être que la voix de la folie ; cette voix elle-même
pourrait être guérie si elle était maîtrisée par la sagesse.
XLIX. Jugez maintenant de cette apostrophe
que vous avez osé m'adresser : « Un témoin menteur ne restera pas sans
châtiment » ; dans cette affaire des Maximiens vous me
regardiez donc comme un menteur. Je ne vous en fais pas un reproche, car en parlant ainsi,
peut-être n'étiez-vous que l'écho trop crédule d'une imprudente amitié ; je ne
saurais croire que le mensonge ait pu entrer dans votre coeur. Nous sommes de simples
mortels ; quel soin dès lors ne devons-nous pas prendre pour échapper à l'erreur dans
nos pensées et dans nos paroles? S'agit-il au contraire de l'oeuvre de notre conversion,
nous ne devons jamais nous endurcir.
L. Examinons ensuite les autres parties de
votre lettre, et vous verrez que dans cette affaire des Maximiens
il m'est extrêmement facile de vous répondre. S'agit-il d'abord de ce crime d'apostasie
dont vous accusez nos évêques ? Dans les trois livres précédents je vous ai prouvé
qu'il n'y - a de coupables sur ce point que vos évêques eux-mêmes. Quoi qu'il en soit,
réfléchissez un peu et dites-moi, si vous le pouvez, comment ce crime a pu souiller dans
l'unité tant de nations catholiques, les plus lointaines, et déjà séparées de
l'événement par une génération tout entière, tandis que le crime de Maximien n'a pu
souiller ni ses propres collègues d'Afrique, auxquels trois cent dix évêques ont
accordé un délai en déclarant « qu'ils n'avaient pas été souillés par la greffe du
sacrilège », ni vous-mêmes qui, non-seulement les avez
déclarés innocents, mais les avez reçus avec une affabilité étonnante, après avoir
lancé contre eux une condamnation de sacrilège.
LI. Vous prétendez que les Orientaux ont
eu connaissance du crime des apostats, quand vous soutenez que vous-même vous ignoriez en
Afrique le schisme des Maximiens, jusqu'au moment où la
lecture de ma lettre vous émut et vous détermina à consulter vos évêques ; et encore,
après les avoir consultés, tout ce que vous avez appris n'était que mensonge !
Pour justifier vos évêques, vous disiez qu'ils n'ont pas été menteurs, mais qu'ils ne
savaient pas, et vous ne voulez pas que ni nous, ni les peuples nombreux de l'Orient et de
l'Occident, nous. ayons pu ignorer la cause de Cécilianus, quand vos évêques ignorent la cause de Félicianus et de Prétextat que trois cent dix évêques,
c'est-à-dire tous, ou à peu près tous les évêques donatistes, ont condamnés, en
Afrique, Africains eux-mêmes, et (465) qu'ils ont ensuite accueillis dans leurs rangs,
également en Afrique, et tous Africains ensemble !
LII. Vous citez ensuite le début d'un
décret du concile de Sardique, pour prouver que les évêques
orientaux sont entrés dans la communion de Donat, aussitôt qu'ils ont connu le crime des
traditeurs ; notre conclusion se fonde uniquement sur ce fait qu'on rencontre le nom de
Donat dans l'énumération dés évêques auxquels ils écrivent. Cependant rien ne prouve
dans ce décret que les Orientaux aient eu connaissance dés traditeurs de l'Afrique.
Sachez, du reste, que ce concile de Sardique n'était composé
que d'évêques ariens, que vous rangez au nombre des hérétiques; de plus, il n'est fait
aucune mention des différents sièges qu'occupaient ces évêques ; et en effet, d'après
les usages ecclésiastiques, cette mentionne se fait jamais quand les évêques écrivent
à d'autres évêques. J'ignore donc quel est ce Donat dont il est parlé, et je m'étonne
fort que dans votre lettre vous n'en ayez pas fait l'évêque de Carthage; quoique ces
évêques placés à une si grande distance de l'Afrique aient pu, au moment où ils
écrivaient, demander et savoir quel était l'évêque dé Carthage. J'omets de dire qu'il
est fort possible que ces Orientaux aient cherché à se mettre en communion avec les
hérétiques. Pour vous, qui êtes la prudence même, en cherchant à résoudre la
question, vous avez parfaitement pressenti qu'on pourrait vous dire : S'il est vrai que
les Orientaux aient écrit à votre Donat, comment donc les Orientaux se sont-ils
séparés de votre communion? Vous avez répondu : « Ils n'ont pu de nouveau recevoir les
nôtres, parce qu'ils n'ont pu adhérer constamment à la sentence prononcée contre nous.
Car il est écrit : Celui qui s'unit à une prostituée, ne forme qu'un seul corps avec
elle (1) ». Vous lancez là une accusation atroce contre vos évêques, puisqu'il est
prouvé qu'ils n'ont pu rester fidèles à leurs principes dans la cause des 1Vfaifmiens,
car après les avoir maudits et condamnés comme sacrilèges, ils les ont accueillis
parfaitement et réintégrés dans leurs premiers honneurs. Vous ne prouvez nullement ce
que vous dites des Orientaux; tandis qu'ici, dans tout ce qui regarde vos évêques, vous
pouvez entendre et lire, examiner et juger.
LIII. Vous m'ordonnez de me séparer de
l'Eglise des traditeurs; mais ces apostats prétendus, vous ne pouvez nous prouver qu'ils
furent réellement coupables ; vos ancêtres n'ont pu le prou ver davantage à nos
ancêtres. Supposé même que vous puissiez me démontrer leur culpabilité, je
condamnerais leur crime et leur conduite; mais tout en les condamnant personnellement je
ne me séparerais pas de la société catholique de tant de nations qui ne connaissent
nullement les coupables. Quand il s'agit de notre communion, vous ne voulez pas que nous
fassions mémoire de ces morts dont nous ignorons les oeuvres, et dont la tradition nous a
appris qu'ils ont toujours joui d'une bonne réputation parmi leurs contemporains. Au
contraire, quand il s'agit de votre communion nous voyons au milieu de vous, dans tout
l'éclat des honneurs, des évêques dont vous avez connu les crimes et que vous avez
condamnés comme sacrilèges.
LIV. Dans votre prudence, vous osez me
dire: « Celui qui est devenu apostat, c'est celui qui vous a créé ». Vous ignorez
donc que celui qui nous a créés comme chrétiens, c'est celui-là même qui nous a
créés comme hommes; ce qui n'empêche pas qu'il nous serait impossible de convaincre
d'apostasie celui que vous regarde comme l'auteur de ma foi chrétienne. Je me garderai
bien de vous adresser la marne injure, et d'appeler Félicianus
votre créateur, celui de vos enfants, de vos petits-enfants ou de vos arrière-neveux,
lors même qu'ils auraient appartenu à la secte de Donat. Mais, puisque vous le
permettez, je vous invite à vous épargner la honte de quitter votre créateur pour
courir, avec une vanité impie, à la suite d'un homme. Vous vous
applaudissez ensuite des paroles suivantes ; « Le ruisseau procède de sa source, et les
membres suivent la tête; quand la tête est saine, tous les membres sont sains, comme
aussi ils subissent le contre-coup des maladies ou des vices
de la tête; tous les rameaux d'un arbre participent de la nature de la souche; celui qui
suit le parti d'un pécheur ne saurait. être innocent, car il est écrit : Ne marchez pas dans les
observances légales de vos pères (1) ». Je ne veux pas examiner en particulier
chacune de ces paroles, cependant je ferai remarquer que ce
466
que vous dites du corps humain n'est pas
toujours exact. En effet, il peut fort bien arriver que la tête soit saine et le pied
malade, et réciproquement. Je relève également ce que vous aviez dit un peu auparavant
: « Nous voulons, nous enseignons que Jésus-Christ est la tête du chrétien »;
comment donc osez-vous faire de je ne sais quel traditeur la tête de nations chrétiennes
qui n'ont de lui aucune connaissance? comment osez-vous
invalider le baptême qui leur a été conféré, comme si ce traître en les baptisant
était devenu leur créateur? Je remarque également ce passage de l'Ecriture, dont je
pourrais tirer le parti le plus avantageux dans la question qui nous occupe : « Ne
marchez pas dans les observances légales de vos pères » ; beaucoup parmi les Juifs
se sont appliqués à l'observation de ce précepte; tels sont, par exemple, les saints
prophètes et les sept mille hommes qui n'ont pas courbé le genou devant Baal; et
cependant aucun d'eux ne s'est séparé ni de son peuple ni des sacrements communs à
tous. Je le dis donc et je le répète, sans craindre de soulever votre susceptibilité :
quoique Cécilianus ait été absous tant de fois, gardez-vous
d'en faire la tête de nous tous qui sommes venus longtemps après lui ; je sais
parfaitement que Primianus a été condamné par Félicianus, et Félicianus par Primianus, et cependant je ne saurais dire que vous êtes sa
postérité et qu'il est votre tête.
LV. Quant à la persécution que vous vous
flattez d'avoir soufferte pour la cause de Donat, j'ai déjà surabondamment touché cette
question dans les trois livres précédents, et cependant je ne passerai pas sous silence
les arguments faciles que la cause des Maximiens me fournit en
ce moment. Et en effet, quel parti ne tirez-vous pas de ces prétendues persécutions pour
en imposer à des populations ignorantes et crédules ? Je dis donc que Maximien lui-même
et ses adeptes exploitent parfaitement aux yeux des simples et des ignorants ce prestige
des persécutions que vos évêques soulevèrent contre eux, sans pouvoir les fléchir et
les faire rentrer dans leur communion. Mais tous les hommes réfléchis considèrent avant
tout, dans la persécution, non pas les souffrances qui en sont la suite, mais les causes
pour lesquelles on la subit; ils comprennent que les Maximiens
n'avaient que trop mérité ces persécutions à raison du schisme sacrilège qui leur a
attiré une solennelle condamnation de votre part, à raison aussi des troubles sociaux
qui ont nécessité contre eux l'intervention légitime des juges séculiers. Je passe
sous silence cette réflexion que vous faites dans votre lettre « Ce n'est pas Optat, mais le peuple qui a renversé, non pas la basilique, mais la
caverne de Maximien».Il est certain que dans cette circonstance Maximien eut à subir une
véritable persécution, quoiqu'il ne soit pas certain que vous en êtes les auteurs; d'un
autre côté, Maximien n'était pas un saint, mais un impie. Avouez donc que la question
n'est pas de savoir ce que tel homme a souffert, mais pourquoi il a souffert.
LVI. Mais en invoquant cet exemple de
Maximien, il ne me suffit pas d'en tirer pour conclusion que l'on peut souffrir
persécution soi-disant au nom de Jésus-Christ, pour mériter un brevet de sainteté,
autrement Maximien aurait le droit de le réclamer pour lui-même; je veux encore vous
forcer à avouer qu'il peut arriver que des hommes religieux ` persécutent des
sacrilèges, que des hommes pieux persécutent des impies, non pas pour le plaisir de
nuire, mais dans le but unique et nécessaire de pourvoir à leur salut. Je n'irai pas en
chercher des preuves dans l'Ancien Testament, quoique vous prétendiez puiser vos
enseignements dans lés oracles prophétiques; je me contenterai d'invoquer des faits plus
rapprochés de notre époque. Le Sauveur avait révélé et hautement recommandé la
douceur, et cependant vos évêques n'ont pas craint de persécuter vos schismatiques;
nous ne disons pas que ces persécutions aient été justes; mais vous du moins, tant que
vous appartiendrez au parti que vous défendez, vous soutiendrez par devoir la justice de
ces persécutions.
LVII. Je ne dis donc pas que si Maximien a
souffert la persécution, c'est Optat qui l'avait soulevée ;
car vous nous dites que vous l'ignorez vous-mêmes, et il a agi de telle sorte que je ne
puis sur ce point citer aucun témoignage ; cependant on pourrait consulter les villes, et
comme ces événements sont tout récents, elles ne pourraient pas les nier. Mais je
laisse ce point sous silence et je dis : Maximien a souffert persécution, et c'est Primianus qui la lui a suscitée. A l'appui de cette proposition je
montrerai la maison que Maximien (467) défendait et que Primianus
lui ravit, muni qu'il était d'une procuration délivrée au nom de l'exorcisme
ecclésiastique, et sous la protection d'un légat. Que Primianus,
dans cette circonstance, ait rempli un ministère, non pas de grâce, mais de justice, je
ne le nie pas, je ne m'y oppose pas. Mais pourquoi donc, dans ses dépositions devant la
magistrature de Carthage, à toutes ses calomnies contre nous, a-t-il ajouté celle-ci :
« Ils prennent ce qui ne leur appartient pas, tandis que nous nous dépouillons de ce qui
aurait pu être enlevé ? » Si la maison que Maximien défendait lui appartenait
réellement, Primianus a donc enlevé le bien d'autrui;
supposons encore que Maximien eût usurpé cette maison, Primianus
a toujours tort de dire : Nous nous dépouillons de ce qui
aurait pu être enlevé. Direz-vous que ce fait ne constitue pas une véritable
persécution ? Je réponds que vos évêques et vos clercs ont persécuté les Maximiens sur les sièges pour lesquels ils avaient été ordonnés
depuis longtemps, qu'ils les ont accusés devant les proconsuls, qu'ils ont obtenu contre
eux des ordres très-sévères, pour l'exécution desquels ils
ont eu recours au bras séculier de l'État et des cités. Ainsi donc, non contents de les
avoir sévèrement condamnés au concile de Bagaïum, de les
avoir séparés de votre communion sous prétexte d'empêcher que le poison n'infectât
tous les membres, alors même que vous n'aviez plus à craindre la contagion de leur
secte, puisque leurs adeptes n'avaient plus avec vous aucune relation et fréquentaient
des temples particuliers, vous leur avez disputé la possession de ces basiliques qu'ils
occupaient depuis longtemps avec leurs sectaires, sans les avoir injustement
envahies ; la terreur, les menaces, les troubles de toute sorte, rien n'a été
épargné pour les chasser de ces lieux qui leur appartenaient à tant de titres.
LVIII. Lisez les réquisitoires formulés
contre eux par vos avocats, les crimes et les sacrilèges qui leur sont reprochés, la
véhémence des accusations lancées contre eux par les puissances de ce monde.
Informez-vous des violences de toute sorte soulevées contre Salvius
de Membrèse, parce que toutes les horreurs de la persécution
étaient restées impuissantes pour le faire rentrer sous le joug du crime. Il préféra
donc subir un interrogatoire et répondre à ses persécuteurs, au tribunal du proconsul.
On pourrait s'étonner de la confiance qui l'animait, mais il savait que ses adversaires
ne pouvaient, devant un juge, appliquer les lois promulguées contre les hérétiques
qu'autant qu'ils se soumettraient eux-mêmes à sa décision suprême. Il fut trompé dans
son attente. En effet, le proconsul Séranus ne chercha à
s'inspirer dans sa décision que de la faveur, ou plutôt du concile de Bagaïum, dont on donna lecture afin de mieux le lui appliquer dans
toute sa rigueur. Il n'y eut de glose que pour prouver que Salvius
devait rentrer dans la communion de Primianus avec le choeur
des évêques, ou bien quitter son siège et laisser la place libre à Restitutus, que Primianus lui avait
donné pour successeur. Toutefois Salvius profita de ces
discussions pour protester qu'il souffrait persécution. Voici, en effet, ce que nous
lisons dans les actes : « Le proconsul Séranus dit: Selon la
teneur de la loi, le procès des évêques doit se juger par les évêques; or, les
évêques ont jugé. Pourquoi donc ne rentrez-vous pas dans la communion des anciens? ou bien, pourquoi ne fuyez-vous pas devant les persécuteurs ? »
Qu'en pensez-vous? Salvius peut-il encore être appelé juste
quand nous voyons le proconsul, poussé sans doute par votre évêque Restitutus,
cet ardent compétiteur, invoquer contre lui l'Écriture et lui conseiller de fuir devant
ses persécuteurs? Car, dit-il, il est écrit dans l'Évangile que vous avez entre les
mains: « S'ils vous persécutent, fuyez (1) ». Après les poursuites de Restitutus et le langage du proconsul, Salvius
n'avait-il pas le droit de s'entourer aux yeux des siens du prestige du martyr et du
confesseur? Et cependant ce même Salvius n'est pour vous
comme pour nous qu'un impie et un sacrilège.
LIX. Comme Salvius
était l'objet d'une vive affection de la part de presque tous les habitants de Membrèse, ce fut dans la ville d'Abitina
que fut proclamée la sentence du proconsul. Or, on ne peut que rougir à la vue des
mauvais traitements que les Abitiniens firent subir à ce
vieillard vénérable par son âge; les actes publics n'ont pas relaté cette conduite
déplorable, mais on peut s'en rapporter au souvenir encore tout frais des habitants ;
c'est de leur propre bouche que j'ai recueilli ce que je vais rapporter en quelques mots.
Malgré la
468
sentence du proconsul, Salvius, comptant sur le dévouement de la foule, avait pris ses
mesures pour résister et conserver son siégé; néanmoins il fut vaincu, chargé de
chaînes et conduit, 'non pas au tribunal qui déjà avait rendu sa sentence, mais de
ville en ville, pour servir de spectacle et d'ornement au triomphe. Quand ils l'eurent
saisi, il lui attachèrent au cou un certain nombre de chiens crevés et se mirent à
danser autour de lui.. Si je ne craignais de paraître
exagérer, je comparerais de châtiment à celui qui fut imposé aux- rois étrusques
qu'on liait à des cadavres humains déjà en putréfaction. Supposé qu'on lui eût
offert le choix entre ces deux supplices, être lié à des cadavres humains, ou danser
portant suspendus à son cou des cadavres de chiens, si ce vieillard qui voulait être
traité en évêque, avait choisi ce dernier, n'aurait-il pas mérité d'être à jamais
exclu de la société des vivants et des morts?
LX. Maintenant, rappelez-vous le langage
que je tenais et que vous croyez avoir réfuté; je ne le répéterai pas, mais je tiens
à le justifier. Je ne dis donc plus: S'il n'est pas permis de soulever la persécution,
pourquoi Optat l'a-t-il soulevée? je
dis maintenant : S'il n'est pas permis de soulever la persécution, pourquoi Restitutus; l'a-t-il soulevée ? Je ne dis plus : Si celui qui-
souffre persécution doit être réputé innocent, Maximien a été réellement
persécuté ; je dis maintenant : Si celui qui souffre persécution doit être réputé
innocent, Salvius a été réellement persécuté. Je cite les
actes publics, je répète des paroles que vous refusez d'entendre. Restitutus
a été persécuteur, Salvius a été persécuté. Si je vous
demande lequel des deux est chrétien; vous me répondrez: C'est Restitutus;
lequel des deux est un sacrilège ? Salvius. Désapprouvez
donc et rejetez comme digne de tout mépris cette proposition que vous avez avancée : «
Aucune persécution ne saurait être juste » ; cette autre encore : « Qui refuse de
croire à un testament rendu public? Est-ce celui qui souffre la persécution ou celui qui
la soulève ? » N'avouez-vous pas maintenant que la persécution soufferte par Salvius et soulevée par Restitutus
était des plus justes? C'est Salvius qui a été persécuté,
et vous comblez d'éloges Restitutus, tandis que vous couvrez
de mépris Salvius? Ne dites pas que tout cela s'est passé
dans le secret; autrement Primianus pourrait ignorer ce qui
s'est passé dans sa propre ville épiscopale, la ville
elle-même aurait pu l'ignorer, et toutes les autres cités en seraient parfaitement
instruites. Et si, malgré tout, vous prétendez que ces faits- étaient secrets, pourquoi
donc soutenez-vous qu'il a été impassible que l'univers entier ne connût pas les crimes
soi-disant commis par Cécilianus à l'époque de la
persécution, tandis que Primianus a pu parfaitement ignorer
la persécution soulevée contre Salvius par celui qu'il lui
avait donné pour successeur, et dans là ville même où se trouvaient ceux de ses
collègues qu'il avait sous sa juridiction? A moins donc de vous voir forcé de condamner Restitutus, Primianus et toute là secte
de Donat, il vous faut avouer, bon gré mal gré, que des criminels peuvent être victimes
de la persécution, comme il est possible que cette persécution soit soulevée par des
justes. Direz-vous que, du moment qu'une persécution est juste elle cesse d'être une
persécution proprement dite ? Mais alors, comment prouverez-vous que nous vous avons
persécutés ou que vos évêques ont été persécutés par les nôtres ? De notre
côté, il nous sera facile de démontrer que nous avons été persécutés par vos clercs
et par vos Circoncellions au coeur dur et
grossier, et qui ne comprenant pas ou ne pouvant supporter les avis que nous leur donnons
en vue de leur salut, laissent toute leur fureur se déchaîner salut, nous et se livrent
à notre égard à de tels excès que nous ne pouvons ni les compter ni les dépeindre.
LXI. Quand un frénétique s'attaque au
médecin et que le médecin lie le frénétique, ou bien l'on doit dire qu'ils se
persécutent tous deux réciproquement; ou bien, si l'on n'admet de persécution que celle
qui est injuste, ce n'est plus le médecin qui persécute le frénétique, mais le
frénétique qui persécute le médecin. Or, non-seulement
tous connaissent les sévices et les violences exercées par les Circoncellions, qui
n'étaient proprement que les satellites de vos clercs ; mais on a été obligé d'y
apporter remède par des lois sévères portées contre vous et contre votre secte.
Cependant ces lois n'avaient d'autre but que de vous faire rentrer en vous-mêmes, de vous
faire comprendre l'erreur et le sacrilège qui vous séparaient
de l'unité et de la paix de Jésus-Christ. N'est-ce pas grâce à la (469) terreur que
vous avez su leur inspirer, en faisant intervenir contre eux les décrets des puissances
séculières, que Félicianus et Prétéxtat
ont renoncé à leur schisme contre vous et sont rentrés dans votre communion? Vous avez
agi de même à l'égard de Salvius, mais tout est resté
impuissant contre l'endurcissement de son coeur. Eh bien ! tous
les maux disparaîtraient si vous consentiez tous à rentrer dans le sein de l'unité
catholique. Maintenant, sans juger en elle-même chacune des mesures qui ont été prises
contre vous dans ce but, je dis que tout ce qui a dépassé les règles de la charité
chrétienne ne doit pas plus être imputé à l'Eglise catholique que je n'impute
moi-même à Primianus. et à Restitutus les excès que les Abitiniens
se sont permis à l'égard de Salvius.
LXII. Après avoir beaucoup exagéré les
persécutions que la secte de Donat aurait eu à souffrir; après avoir passé sous
silence les nombreuses provocations de vos adeptes, tandis que vous ne tarissez pas quand
il s'agit des torts que vous reprochez, sans preuve aucune, à nos évêques, vous citez
ce passage des psaumes : « A ceux qui agissent ainsi n'est-on pas en droit d'appliquer
ces paroles : Leurs pieds volent rapides à l'effusion du sang, et ils n'ont pas connu la
voix de la paix (1)? » Mais ne sont-ce pas ces mêmes paroles et beaucoup d'autres
plus sévères encore que vos évêques, au concile de Bagaïum,
ont lancées contre Félicianus et Prétextat? Et cependant
ces deux évêques n'avaient certainement versé le sang de personne, ils n'avaient usé
envers vous d'aucune violence corporelle ; vos évêques ne l'ignoraient pas, mais ils
savaient aussi que, en versant le sang spirituel par un schisme sacrilège, ces évêques
n'en étaient que plus coupables. Si donc, après avoir lancé contre Félicianus
et Prétextat des reproches aussi graves, vous avez fait la paix avec eux sans leur
retrancher aucun de leurs premiers honneurs, sans invalider le baptême qu'ils avaient
conféré, peut-on désespérer de vous voir un jour rentrer en paix avec nous ? C'était
bien de faire la paix avec Félicianus et Prétextat, mais
n'est-ce pas mieux encore de la faire avec l'univers tout entier? Puisque les crimes que
vous avez condamnés avec tant d'amertume n'ont pu vous souiller en quoi que ce fût,
combien
moins serez-vous souillés par l'unité de
tant de nations chrétiennes, que vous rendez responsables des crimes de je ne sais quels
Africains? S'il y a quelque chose qui vous souille, n'est-ce pas plutôt votre séparation
d'avec l'Eglise, dont l'autorité repose sur les oracles divins les plus formels et les
plus nombreux? Par une incroyable témérité vous avez osé contredire ces oracles
divins; et cependant, écrasé sous le poids de la vérité qui s'impose malgré vous à
votre intelligence, vous êtes forcé d'avouer que le monde tout entier aspire à l'unité
chrétienne.
LXIII. Vous vous
êtes insurgé contre cet oracle divin formulé par saint Paul : « Lorsqu'un testament
est confirmé, personne ne peut ni le casser ni y ajouter : Des promesses furent faites à
Abraham et à sa race (1) ». Vous avez osé briser ce testament et vous n'avez pas
craint d'y ajouter les erreurs de Donat. Ainsi quand, dans ce même Testament, Dieu dit à
Abraham : « Votre race sera comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer
(2) », vous ne craignez pas de briser ce Testament; et, y substituant la secte de
Donat, en faveur de laquelle rien ne rend témoignage, vous osez dire : « La vérité se
trouve souvent avec le petit nombre; il n'est que trop ordinaire à la multitude de se
tromper ». Cela prouve que vous ne comprenez pas dans quel sens le Seigneur a dit que ce
n'est que le petit nombre qui entré par la porte étroite (3), quand d'un autre côté il
est dit également que beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et prendront place
avec Abraham, Isaac et Jacob (4). Dans l'Apocalypse nous trouvons de même une multitude
innombrable d'élus de toute nation, de toute tribu et de toute langue (5). En soi le
nombre des élus est donc très-nombreux, quoiqu'il soit très-faible comparativement au nombre de ceux qui doivent subir,
avec le démon, lés châtiments éternels. Quant aux élus, c'est-à-dire à ces froments
destinés pour l'éternité à occuper les greniers du père de famille, tout en restant
unis, par la charité, dans le monde tout entier, ils n'ignorent pas que, en attendant la
purification dernière, ils doivent, dans ce monde, tolérer les tribulations et les
peines qui leur viennent, soit de la part des hérétiques
470
par leurs scandales et leurs violences, soit même de la part d'un
trop grand nombre de ceux qui leur sont unis dans la même communion, et dont la vie
coupable ou légère les assimile à la paille que la colère de Dieu rejettera un jour.
Mais pourquoi chercher ailleurs des arguments contre vous? la
cause des Maximiens, voilà la meilleure réponse que je
puisse vous faire. En effet, si la vérité se trouve souvent dans le petit nombre et
l'erreur dans ta multitude, souffrez donc que les Maximiens
l'emportent autant sur vous par la vérité, que vous l'emportez sur eux par le nombre.
Evidemment cette conclusion vous révolte. Alors cessez d'opposer orgueilleusement votre
petit nombre à la multitude des nations catholiques, puisque vous ne voulez pas que les Maximiens se glorifient de leur petit nombre en comparaison de la
multitude de vos coreligionnaires.
LXIV. Quant à l'histoire que vous tracez
des traditeurs africains, ignorez-vous donc, ou ne sentez-vous pas que, quand il s'agit de
chercher la vérité, toute narration qui n'est pas suivie de preuves est une ineptie et
une absurdité? Je ne m'occuperais même pas de vous réfuter, si je ne trouvais pas une
réplique toute prête dans la cause des Maximiens. Nous
lisons dans les saintes Ecritures : « Le Dieu des dieux, le Seigneur a parlé et il a
appelé la terre depuis le levant du soleil jusqu'au couchant; c'est de Sion que lui vient
toute sa gloire (1) ».Cet oracle prophétique se trouve parfaitement confirmé par
ces paroles du Sauveur dans l'Evangile : « Il fallait que le Christ souffrît, qu'il
ressuscitât d'entre les morts le troisième jour, et qu'on prêchât en son nom la
pénitence et la rémission des péchés dans toutes les nations, en commençant par
Jérusalem (2) ». Dans le Psaume : « Le Seigneur appela la terre depuis l'Orient
jusqu'à l'Occident » ; l'Evangile porte : « Dans toutes les nations». Au psaume : «
C'est de Sion que lui vient toute sa gloire » ; dans l'Evangile : «En commençant
par Jérusalem » . Non-seulement
Jésus-Christ est mort à Jérusalem, mais il y est ressuscité, de là il est monté au
ciel, et c'est encore dans cette ville que, le jour de la Pentecôte, il a rempli du
Saint-Esprit ses Apôtres et ses disciples au nombre de cent vingt; là encore, dans un
seul jour il convertit trois mille personnes, et un autre jour,
cinq mille personnes à la foi de son
corps mystique, l'Eglise; enfin, c'est de Jérusalem que l'Eglise toujours croissante se
répandit et se répand encore dans toute la Judée et la Samarie et dans toutes les
nations de l'univers. C'est ce prodige que le Sauveur, sur le point de monter au ciel,
annonçait à ses disciples : « Vous rendrez témoignage de moi à Jérusalem,
dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre (1) ».
Telle est donc cette Eglise; commençant à Jérusalem, elle va dans toutes les nations
portant les fruits abondants de sa diffusion toujours féconde; voilà aussi ce qui nous
fait dire que, grâce à la divine providence, le monde tout entier tend à devenir
chrétien. Or, cette Eglise, appelée depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, n'a pu être
souillée par l'apostasie de quelques africains, apostasie dont elle n'avait aucune
connaissance, si les rejetons sacrilèges de Maximien n'ont pas souillé ses collègues,
ceux du moins qui ne lui ont pas imposé les mains; peu importe d'ailleurs qu'ils l'aient
félicité de la condamnation lancée contre lui par Primianus,
et qu'ils aient, à leur tour, condamné Primianus lui-même.
Ils étaient tous enfoncés dans le schisme, et cependant on leur a offert un délai pour
opérer leur retour.
LXV. Je vous avais dit : « Nous avons
bien plus de raison de vous reprocher à vous mêmes ce crime d'apostasie (2) » ;
vous me répondez que j'avoue donc que vous avez des raisons de nous reprocher ce crime. A
ce propos vous me rappelez les règles de la grammaire sur l'emploi et la signification du
comparatif qui, loin de détruire le premier terme, le confirme et l'augmente. Vous
ajoutez : « Probable et plus probable sont l'un par rapport à l'autre, comme bien
et mieux, mal et pire, horrible et plus horrible».Vous concluez : « Si vous avez
plus de probabilité, nous sommes donc au moins dans la probabilité ». Dans les
trois livres précédents j'ai répondu longuement et peut-être trop longuement à cette
objection, quand elle s'est présentée en son lieu et place, et je vous ai montré que le
comparatif au lieu d'augmenter le terme qu'il affecte, le diminue quelquefois et le
détruit. De là ce mot de Virgile : « O Dieux, accordez mieux aux hommes pieux (3)... Je
veux de meilleurs auspices (4) ». Lisez attentivement,
471
vous trouverez plusieurs exemples de ce
genre. Mais ne vous étonnez-vous pas que je n'aie point trouvé d'exemple en ma faveur
dans cette cause des Maximiens, à l'occasion de laquelle je
vous adresse cette réponse générale? Prenons ce pompeux et éloquent décret du concile
de Bagaïum ; il y est dit : « Il s'est trouvé une
cause plus salutaire pour empêcher le poison de se glisser dans tous les membres et pour
couper d'un seul coup la blessure à son origine ». D'après vos principes ce mot
salutaire devait être employé au positif, et non pas au comparatif. Que le venin se
glisse dans les membres, n'est-ce pas une chose pernicieuse, au lieu d'être salutaire?
Couper la blessure d'un seul coup à son origine était donc une chose plus salutaire,
quoiqu'il ne fût aucunement salutaire, mais bien plutôt regrettable de laisser la
contagion du mal s'abattre sur tous les membres. De même nous pouvons
avoir plus de probabilité pour vous reprocher le crime d'apostasie, quoique vous n'en
ayez aucune à nous le reprocher à nous-mêmes.
LXVI. Maintenant, si j'ai accusé
d'apostasie votre évêque, Silvanus de Cirté,
j'en avais pour preuve les actes municipaux, rédigés à Cirté
même par Munatius Félix, intendant de la république. En
effet, voici ce que nous y lisons : « Quand on fut arrivé à la bibliothèque, les
armoires se trouvèrent vides. Silvanus présenta une cassette
en argent et une lampe de même métal, et dit qu'il les avait trouvées derrière un
coffre. Victor lui répliqua : La mort vous attendait si vous n'aviez pas trouvé ces
objets. Félix ajouta : « Cherchez avec plus de soin encore, peut-être reste-t-il
encore quelque chose. Silvanus lui répondit : Il ne reste
plus rien, car nous avons tout jeté ». Ces détails furent insérés dans les actes
du consulaire Zénophile; pendant l'inscription, au milieu
d'une multitude de dépositions des témoins, Zénophile fit
cette question : « Quelles fonctions remplissait Silvanus
dans la cléricature? Victor répondit : « La persécution s'enflamma sous
l'épiscopat de Paul ; Silvanus était alors sous-diacre ». A
ce témoignage évident tiré des actes publics, et pour en diminuer la crédibilité,
vous croyez opposer quelque chose de bien plus important, quand vous rappelez la sentence
formulée par Silvanus contre Cécilianus
pour punir les traditeurs; vous en concluez que celui qui se montre si sévère contre les
traditeurs n'a pu être traditeur lui-même. Mais où donc trouvez-vous, des juges plus
sévères que ces infâmes vieillards qui réclamaient avec tant d'instances la mort de
Suzanne, au moment même où leur conscience leur reprochait amèrement le crime qu'ils
feignaient de punir dans cette femme (1)? Mais ne parlons pas de ces faits. Que direz-vous
de Félicianus? Est-ce qu'il ne condamne pas avec Primianus le crime qu'il a commis avec Maximien? Si sa sentence est
plus mitigée, en est-elle moins impudente? S'il l'eût voulu, au lieu de condamner
faussement le crime d'apostasie dans la personne de Cécilianus,
il pouvait fort bien condamner ce même crime dans sa propre personne; et, après l'avoir
expié par satisfaction salutaire, prendre, sans être évêque, la défense de Cécilianus dont il connaissait l'innocence. Est-ce que Félicianus, qui avait également condamné Primianus,
malgré son innocence, n'a pas pu se ranger ensuite du côté de sa victime sans la
souiller aucunement et sans se voir atteint dans aucuns des honneurs dus à son
épiscopat?
LXVII. J'avais dit : « Je ne sais de
quels apostats vos ancêtres veulent parler; mais, du moins, puisqu'ils les accusent
d'apostasie, ils devraient prouver leurs accusations ». Or, vous supposez que j'ai voulu
dire que vos ancêtres devaient, avant d'accuser, être bien sûrs de leurs accusations.
Ce qui le prouve, c'est votre réponse elle-même : « C'est ce qu'ils ont fait; voilà
pourquoi ils ont conclu que le baptême n'existait plus parmi vous».Lisez donc d'abord
attentivement le texte auquel vous vous proposez de répondre ; tâchez d'en comprendre le
sens, et gardez-vous de le dénaturer. J'ai dit qu'en accusant nos évêques d'apostasie,
les vôtres devaient prouver leurs accusations, non pas à leurs propres yeux, mais à ces
Eglises d'outre-mer, qui regardaient comme innocents ceux qui étaient ainsi l'objet de
ces terribles accusations. En condamnant Primianus, est-ce que
les Maximiens ne paraissaient pas convaincus de sa
culpabilité? mais il ne s'ensuit pas que leur conviction
était partagée par ceux qui se trouvaient à une grande distance et qui, par faveur ou
par jalousie, pouvaient porter un jugement que la secte de Donat eût facilement ratifié.
Or, ce même Primianus, condamné
472
d'abord par cent évêques, fut plus tard
absous par trois cent dix autres évêques, au tribunal desquels les cent premiers
couraient grand risque d'être eux-mêmes condamnés. Avant de prononcer leur sentence,
les uns et les autres ont dû se faire à eux-mêmes une conviction, d'autant plus que,
tandis qu'ils appartenaient à la secte, Primianus en était
exclu s'il venait à rejeter la pénitence qui lui était offerte. Supposons donc qu'ils
n'aient pu faire partager leur conviction à là multitude de leurs collègues et à
toutes les églises de leur communion disséminées dans toute l'Afrique; supposons que,
mieux éclairés, ils aient annulé leur sentence, puisque.tous les hommes sont faillibles
quand il s'agit de juger un de leurs frères ; supposons enfin qu'ils aient acquis une
certitude absolue sur sa culpabilité, mais sans pouvoir la communiquer à là multitude
des autres églises; n'est-il pas vrai que par prudence et par sagesse ils devraient
tolérer patiemment un homme qu'ils connaissent coupable, plutôt que de se jeter dans un
schisme impie et de se séparer de tant d'innocents, qui n'ont de ces faits aucune
connaissance ? Ils réaliseraient ainsi cette maxime, pleine de piété et de charité, de
saint Cyprien : « Quoiqu'il paraisse y avoir de la zizanie dans l'Église, que rien ne
fasse obstacle à notre foi et à nôtre charité ; surtout ne sortons pas de l'Église,
parce que
nous voyons de la zizanie dans l'Église
(1)».Cette sage conduite leur serait très-avantageuse si,
restant purs dans le sein de l'Église, ils y toléraient la paille qu'ils ne peuvent séparer avant le jour des justices éternelles.
Mais si c'est ainsi qu'ils auraient dû agir, même dans cette secte erronée que vous
croyez la véritable Église, vos ancêtres ü'auraient-ils pas dû agir de la même
manière et ne jamais se séparer de cette unité catholique qui est la seule véritable?
En effet, si tout membre de votre secte, ignorant complètement la cause de Primianus, le croit innocent, quoiqu'il ait été condamné par cent
évêques, et cela parce qu'il a été justifié par un nombre d'évêques beaucoup plus
grand encore ; les catholiques qui ignorent la cause de Cécilianus
n'ont-ils pas parfaitement le droit de le croire innocent, puisque non-seulement
en Afrique, mais dans toutes les contrées de l'univers, tous nos évêques ou bien l'ont
cru
innocent, ou bien ont ignoré qu'il fût
coupable? Il suit de là qu'il a pu être absous par ceux qui connaissaient son innocence;
qu'il. n'a pu être condamné par ceux qui ne le savaient pas coupable; et enfin,que, lors
même qu'il aurait été absous, parce que le juge se serait laissé, corrompre, cette
injustice ne peut être connue de ceux qui ne l'ont pas jugé. Ainsi donc, par. un véritable sacrilège, vous vous séparez de l'unité de tant de
peuples innocents; qui, n'ayant pu être juges en cette matière, ignorent ou bien qu'il y
ait eu des juges, ou bien le résultai du jugement; et qui, dans cette situation, doivent
plutôt croire à., des juges, choisis, qu'à des : accusateurs vaincus.
LXVIII. Vous vous
rappelez que j'ai établi mon raisonnement sur quatre propositions, bien distinctes. Vous
avez adopté la quatrième, et en effet, c'était la seule que vous pussiez accepter; et
encore suffit-elle pour vous infliger une défaite facile. En supposant que les documents
sur lesquels repose le crime de trahison aient été produits de part et d'autre, j'ai
raisonné ainsi : Ou bien tous ces documents sont vrais des deux côtés, ou bien ils sont
faux des deux côtés ; ou bien les nôtres sont vrais et les vôtres faux, ou bien les
nôtres sont faux et les vôtres vrais. Les trois premières hypothèses nous assuraient
promptement la victoire. Pourquoi donc n'avez-vous pas compris que la quatrième se
tournait également.contre vous; ou plutôt pourquoi, dans le but sans doute de vous
rendre inintelligible:à vos lecteurs, avez-vous cherché à entasser toutes les
obscurités possibles sur la question qui restait à discuter? Plus tard, si besoin est,
nous reprendrons cette thèse; mais aujourd'hui nous devons nous contenter des points qui
réclament nécessairement une solution.
LXIX. Voyons cependant si nous ne
pourrions pas trouver une solution dans ce miroir éclatant que je vous propose,
c'est-à-dire dans la cause des Maximiens. Après la mort des
acteurs et des témoins, il a pu se faire que la question de communion fût un jour agitée entre les successeurs de vos évêques et des leurs. Les Maximiens pourront dire que Primianus a
été condamné par cent et quelques évêques, et ils produiront à l'appui, soit la
sentence rendue à .Carthage, soit celle de Cébarsussium. De
leur côté, vos (473) coreligionnaires produiront la sentence du concile de Bagaïum. Les Maximiens demanderont
qu'on regarde comme parfaitement prouvés tous les crimes attribués à Primianus, et dont mention est faite dans la sentence. Est-ce que
vos coreligionnaires ne pourront pas dire avec plus de vérité : Si ces crimes que vous
reprochez à un mort sont vrais, prouvez qu'ils ont été dénoncés à nos ancêtres et
que vous en avez prouvé l'authenticité? Si vous avez tenté cette démonstration sans y
parvenir, nos ancêtres n'ont pu être souillés par des crimes qu'ils n'avaient pas
commis, et qui, fussent-ils vrais, ne leur ont pas été démontrés tels. A plus forte
raison doit-il en être ainsi, si vous n'avez pas même tenté cette démonstration.
Comment donc pouvons-nous assumer aujourd'hui la responsabilité d'un crime que les
contemporains de Primianus ont ignoré et nié, et qui, à ce
titre, n'a pu les atteindre d'aucune manière? C'est donc au nom même de l'évidence que
nous vous convainquons de schisme, puisque vous vous séparez de nous pour des crimes que
nous n'avons pas commis,, dont la réalité n'a pas été démontrée à nos ancêtres,
quand cependant cette démonstration était rigoureusement exigée. Si tel est le langage
que les peuples et les clercs habitant les mêmes localités que les trois cent dix
évêques qui ont tenu le concile de Bagaïum contre les Maximiens; si, dis-je, tel est le langage que pourront justement
tenir des Africains à des Africains, des Numides et des Maures en grand nombre, à
quelques Byzacéniens et Provinciaux; à combien plus forte
raison, quand il s'agit des crimes, fussent-ils vrais, de je ne sais quels apostats
africains, tel doit être le langage adressé aux Africains par l'univers tout entier,
surtout que dans l'Afrique même se trouve un si grand nombre de catholiques, unis par les
liens de la plus étroite charité aux catholiques du monde tout entier. Ajoutons que ces
documents relatifs à des crimes étrangers, et dont vous essayez de me prouver la
véracité, n'incriminent en quoi que ce soit les peuples du monde, puisque ces crimes
n'ont pu être prouvés à ces peuples, quand la preuve était nécessaire ; je n'examine
pas si vous avez essayé de la donner. Si donc je me sépare de ces peuples, dont
l'innocence sur ce point est de la dernière évidence, je deviens nécessairement
coupable de schisme et de sacrilège. Enfin, et pour couper court à tous vos efforts ait
sujet de ces documents, je vous déclare que nous, condamnons les apostats défunts, mais
que; nous ne nous séparons pas des vivants innocents.
LXX. J'avais dit : « Si vous avez entre
les mains des documents véritables, produisez-les en face de l'Eglise catholique, c'est
le moyen pour vous de rester dans l'Eglise et d'en faire chasser les coupables ». A cela
que vous a-t-il plu de répondre ? «Nous nous sommes
séparés », dites-vous, « parce que vous étiez vous-mêmes sortis de l'Eglise,
tandis que les nôtres continuaient seuls à former l'Eglise catholique».Et si les Maximiens vous tenaient le même langage, ne répondriez-vous pas
que des hommes qui prétendent former l'Eglise véritable avec moins de, cent évêques,
malgré la multitude de leurs adversaires à la tête desquels marchent plus de trois
cents évêques; que ces hommes, dis-je, ne méritent pas qu'on prenne la peine de les
réfuter, ils ne méritent qu'un immense ridicule. Et, pour mieux le prouver, vous ne
manqueriez pas de faire remarquer que dans toutes les contrées de l'Afrique où les Maximiens sont en nombre, on y trouve toujours des disciples de Primianus; tandis que dans les contrées les plus nombreuses et les
plus vastes de l'Afrique, on ne trouverait pas un seul Maximien, à moins qu'il ne soit
voyageur. Comment donc osez-vous dire que c'est la secte de Donat qui compose seule
l'Eglise universelle, appelée de l'Orient à l'Occident par la Vérité même, et rendue
reine et maîtresse de toutes les nations de la terre ? Ne voyez-vous pas que votre secte
est concentrée en Afrique, tandis que l'Eglise, dont vous vous êtes séparés, embrasse non-seulement l'Afrique, mais toutes les contrées de la terre? Mais
peut-être que c'est votre secte qui a expulsé cette Eglise ? De grâce n'expulsez pas de
vos lèvres de semblables paroles; le front de l'homme couronne son visage, mais n'est pas
sous son bras. Est-ce donc votre secte qui a excommunié l'Eglise? Mais, si c'est notre
Eglise qui a été chassée, cette Eglise dont le Seigneur a dit à Abraham : « Toutes
les nations seront bénies dans votre race (1) » ; dont il a été prédit: « A la
fin des temps la montagne du Seigneur se manifestera, et toutes les nations de la terre
formeront cercle autour d'elle (2)» ; et
474
encore : « Tous les confins de la terre se souviendront et se
tourneront vers le Seigneur, et toutes les nations adoreront en sa présence (1) » ;
cette Eglise enfin dont il est dit qu'elle fructifie et se répand dans le monde tout
entier (2) ; dont le Seigneur a dit qu'elle se dilate dans toutes les nations, en
commençant par Jérusalem (3) ; si, dis-je, c'est cette Eglise qui est chassée, vous ne
voyez donc pas qu'en se retirant elle emporte avec elle la loi de Dieu, les Prophètes,
les psaumes, les Apôtres, l'Evangile, tout le Testament et l'héritier lui-même?
Voyez et tremblez, et séchez d'horreur en face d'une telle
conséquence. Voyez où vous en êtes et rentrez dans l'Eglise ; car ce n'est pas vous qui
avez chassé l'Eglise, mais c'est vous qui êtes sortis de son sein. Comprenez jusqu'où
peut aller l'aveuglement de la fureur. Qu'on dise que Maximien a chassé Primianus, aussitôt on se prend à rire; et vous ne frémissez pas
d'horreur quand on vient vous dire que la secte de Donat a rejeté loin d'elle les travaux
des Apôtres, alors même qu'ils fructifient et croissent dans le monde tout entier?
LXXI. Etes-vous trompé ou trompeur,
quand, oubliant ou feignant d'oublier ce que j'ai rappelé si fréquemment, vous me faites
dire « que l'Eglise catholique n'est pas ce froment du Seigneur dont il est parlé dans
« la sainte Ecriture ? » Les greniers du Père de famille ne seront ouverts qu'au
froment pur, et, dans sa condition actuelle, l'Eglise est mêlée à la paille, en
attendant la purification. C'est là ce qui vous accable et vous perdra sans retour si
vous ne vous convertissez pas. En effet, n'avez-vous pas dit que vous ne pouvez pas
tolérer la paille dans l'aire du Seigneur, d'où vous avez impudemment conclu que vous
êtes le pur froment? Mais n'avez-vous pas clairement prouvé que vous n'êtes que la
paille, puisque, soulevés par de vaines calomnies et agités vainement comme la
poussière légère que le van met en mouvement, vous êtes sortis avant le grand jour de
la purification? Elle est donc bien de vous et non pas de nous, cette fausse et arrogante
parole « Pourquoi la paille avec le froment (4) ? » Jérémie, en la prononçant,
l'appliquait aux vains songes et aux fausses révélations des
Prophètes; et Parménien, cependant, n'a
pas craint de les mettre sur vos lèvres pour nous en faire l'application. Interrogez
également Maximien, et vous verrez qu'il ne rend pas de lui-même un autre témoignage.
Et, en effet, c'est le propre de tous ceux qui se séparent de l'unité de Jésus-Christ
d'afficher orgueilleusement la prétention d'être seuls les vrais chrétiens et de
condamner tous les autres, non-seulement ceux qui connaissent
leur débat, mais encore ceux qui n'ont jamais entendu prononcer leur nom.
LXXII. En parlant du Testament du
Seigneur, j'avais dit : « Qu'on donne lecture de ce qui est produit de part et d'autre
». Vous reprenez avec votre élégance ordinaire, et vous vous écriez : « N'est-ce
point là faire l'aveu du crime, qu'on donne lecture de ce qui est produit de part et
d'autre? N'est-ce pas dire : Je suis certain que les nôtres ont a tout brûlé, tandis
que vous avez tout conservé pour le reproduire ? » Eh bien ! si
avec cette assurance qui vous distingue vous demandiez à Maximien de vous exhiber un
exemplaire de la loi, afin que vous puissiez lui citer lhistoire de Dathan, Coré et Abiron, engloutis tout
vivants dans le sein de la terre (1), et proposés comme modèles aux Maximiens
par le concile de Bagaïum, est-ce que cet argument ne serait
pas d'autant plus fort qu'il serait puisé dans le livre même de Maximien ? J'ai donc pu
demander « qu'on donnât lecture du Testament tel qu'il est produit de part et d'autre
», sans qu'on pût voir dans cette parole l'aveu du crime; on
ne devait y trouver que l'assurance que me donnait la vérité. Pouvait-on engager une
lutte plus courtoise et plus brillante qu'en demandant que vous produisiez vous-même, si
c'était possible, les passages dont la lecture devait vous
condamner? Je ne suis assurément pas privé des moyens de me justifier; mais il me
semblait que, pour faciliter et assurer votre conviction, je n'avais rien de mieux à
faire que de prouver que vos propres armes se, tournaient contre vous, tandis qu'elles
vous serviraient d'un impénétrable bouclier, si vous vouliez bien vous convertir.
LXXIII. Contre l'universalité de l'Eglise
vous avez cru devoir répéter toutes les inepties depuis longtemps connues. Je leur dois
également une réponse. Vous formez en Afrique
475
la secte de Donat ; à côté de vous se
trouve la secte de Maximien, mais qui n'est qu'un schisme ou un démembrement de la
vôtre, car en Afrique même on ne la rencontre pas partout où vous siégez, tandis que
là où des Maximiens se rencontrent, on y trouve aussi des Donatiens. D'autres schismes se sont aussi formés parmi vous, comme
les Rogatiens, dans la Mauritanie Césarienne; les Urbaniens, dans un petit coin de la Numidie, et quelques autres
encore ; mais tous ces schismes sont restés dans les lieux mêmes où ils se sont
produits. La preuve à laquelle on reconnaît que ce sont eux qui se sont séparés de
vous, et que ce n'est pas vous qui vous êtes séparés d'eux, c'est que partout où ils
sont, l'on vous y trouve également, tandis qu'on ne les trouve pas partout où vous
êtes, à moins qu'ils n'y soient comme voyageurs. Il en est de même de l'Eglise
catholique dont Cyprien a dit : « qu'elle étend sans cesse, avec une abondance
toujours nouvelle, ses rameaux sur toute la face de la terre (1) ». En effet, partout
elle supporte les scandales de ceux qui, grâce surtout au vice de l'orgueil, se sont
séparés de son sein, les uns dans une contrée, les autres dans une autre, n'ayant tous
de commun entre eux que cette ostentation qui leur fait dire: « C'est ici qu'est
Jésus-Christ, c'est là qu'il est ». Ils oublient donc que depuis longtemps le Sauveur
nous a prévenus de ne point ajouter foi à leur parole (2). En effet, la voie qu'il
montre n'est pas celle dont il est parlé dans les psaumes: « Afin que nous connaissions
votre voie sur la terre, et votre salut dans toutes les nations (3) ». Pour eux il ne
s'agit pas de toutes les nations, mais de telle communion, dans telle contrée
particulière: « Le voici ici, le voilà là ». Ils restent là où ils tombent, et se
dessèchent sur le lieu même de leur séparation. Mais tandis que, fragments sans vie,
ils gisent chacun dans sa contrée particulière, la véritable Eglise, sans quitter cette
contrée, va toujours se répandant sur toute la terre. Ne les cherchez point dans toutes
ces contrées habitées par l'Eglise, ils n'y sont point; c'est à peine si quelques-unes
de leurs feuilles desséchées y sont dispersées par le vent de l'orgueil.
LXXIV. Cette Eglise, qui, selon la parole
de saint Cyprien, « étend ses rameaux sur toute
la terre avec une fécondité toujours
nouvelle », établira son règne pacifique sur une multitude de nations barbares, bien
au-delà des frontières de l'empire romain. Vous avez vous-même compris et pressenti
cette diffusion miraculeuse, et vous dites : « Je passe sous silence les nations barbares
les plus lointaines, la Perse avec ses rits nombreux, la
Chaldée avec ses astres, l'Egypte avec ses superstitions, les Mages avec leurs divinités
; viendra le jour où tout cela ne sera plus, car, par la providence de Dieu, le monde
tout entier tend à devenir chrétien ». On ne pouvait mieux dire. Ajoutons que c'est
ainsi que s'accomplira la promesse faite à Abraham : « Toutes les nations seront
bénies dans votre race (1) ». « Toutes les nations » ; l'écrivain sacré ne dit pas
Tous les hommes de toutes les nations. Il faut donc que jusqu'à la séparation opérée
par le jugement suprême, non-seulement toute la terre soit
couverte de la fécondité toujours croissante de l'Eglise, mais que cette Eglise
elle-même soit toujours mêlée à la multitude dé ses ennemis, dont la rage et
l'impiété ont pour mission d'exercer sa piété et de purifier sa vertu. De là cet
oracle adressé par le Seigneur à Isaac : « Je confirmerai avec toi le pacte que j'ai
formé avec Abraham ton père; je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel, je te
donnerai, à toi et à ta race, la terre tout entière, et toutes les nations seront
bénies dans ta postérité (2) ». Le Seigneur dit également à Jacob: « Ta race sera
comme le sable de la terre, elle se dilatera au-delà de la mer jusqu'en Afrique, jusqu'à
l'Aquilon, jusqu'à l'Orient, et toutes les tribus de la terre seront bénies en toi
(3) ». Dans l'Ecriture, cette expression « au-delà de la mer » désigne les
plages occidentales ; cette interprétation résulte d'une lecture attentive. Si vous
aviez voulu produire ce Testament et l'accepter, vous ne seriez pas exclusivement restés
sur le sol africain.
LXXV. Vous le dites vous-même: « Non,
nous ne sommes pas en communion avec les Novatiens, les Ariens, les Patripassiens,
les Valentiniens, les Patriciens, les Appellistes, les Marcionites, les Ophites et autres hérétiques qui mériteraient
plutôt le nom de fléaux redoutables, que celui-même de
sectaires ». Cependant, partout où vous
476
les trouvez, vous y trouvez aussi
l'Église catholique, comme vous la trouvez avec vous en Afrique. Mais il ne suit pas de
là que partout où l'on rencontre l'Église catholique on vous y rencontre, vous ou
quelque autre hérésie. A ce signe ne peut-on pas reconnaître quel est l'arbre qui
étend ses rameaux sur toute la terre, et toujours avec une fécondité nouvelle, comme
aussi quels sont les rameaux qui ne puisent pas leur vie dans le tronc unique, et restent
gisants et desséchés dans les lieux qu'ils occupent? Cependant, comme le dit l'Apôtre,
en parlant des Israélites : « S'ils ne persévèrent pas dans l'infidélité, ils seront
entés de nouveau. Car Dieu est tout-puissant et peut en les greffant leur rendre la vie
(1) ». Non pas, sans doute, qu'ils doivent de nouveau recevoir le baptême qu'ils
ont reçu sans changement de la souche principale; ruais ils reprendront la vie en puisant
à la racine de la charité et de l'unité, dont ils ne se sont séparés que pour se
dessécher dans la stérilité de leur haine. N'avez-vous pas cru pouvoir, sans réprouver
leur baptême, réintégrer Félicianus et Prétextat, que
Maximien avait détachés du tronc pour se les attacher? Et en effet, cette
réintégration leur eût été très-utile, si, au lieu de
les rattacher à votre rameau rompu, vous et eux vous étiez venus vous enter sur la
racine catholique.
LXXVI. Mais, en vérité, je ne sais plus
que répondre quand je vous vois- interpréter en faveur de votre cause dés paroles que
j'ai prononcées et que je redis avec la même confiance : « Le baptême n'est d'aucune
utilité pour ceux qui se séparent de l'unité ; cependant il est clair qu'ils possèdent
ce baptême, puisqu'on ne le leur réitère pas quand ils reviennent à l'Église».Vous
armant de ces paroles, vous en concluez que « le baptême qu'ils avaient reçu n'a été
d'aucune utilité pour ceux de nos ancêtres qui ne « sont pas rentrés dans l'unité u .
Si vous borniez là vos assertions, il n'y aurait plus d'autre question à éclaircir
entre nous, que de savoir quelle est l'Église dans laquelle le baptême produit tous ses
effets. Mais loin de convenir que nous avons le baptême, quoiqu'il ne profite pas, vous
prétendez, au contraire, que nous ne l'avons pas, puisque ceux qui se flattaient de nous
le donner, l'auraient
perdu en se séparant de votre Église: De
là vient que vous n'avez pu, et que jamais vous ne pourrez répondre à cette
proposition, telle que je l'ai formulée: « Une preuve évidente que les dissidents
possèdent véritablement le baptême, c'est qu'on ne le leur réitère pas quand ils
reviennent à l'unité ». Si, en vous quittant, Félicianus
a perdu son baptême, pourquoi, quand il est rentré dans vos rangs, ne lui avez-vous pas
rendu ce qu'il avait perdu, et réitéré le baptême? Supposé même que Maximien
revienne vers vous, certainement le baptême ne lui serait pas réitéré, et cependant
c'est ce qu'on devrait aire, s'il l'a réellement perdu. Voici vos propres paroles à ce
sujet: « Tous ceux qui sont retenus dans son schisme, sous le poids de leur condamnation,
ont perdu tout à la fois et le baptême et l'Eglise».Dès lors, puisqu'à leur retour on
leur rend l'Église, qu'on leur rende aussi le baptême. Si en se retirant ils ont perdu
le baptême, qu'ils le recouvrent en rentrant. Puisque ce n'est pas là votre manière
d'agir, vous avouez donc que, malgré leur séparation d'avec l'Église, ils ont encore le
baptême, quoiqu'il ne leur soit d'aucune utilité. Les ministres ne donnent que ce qu'ils
ont ; si vous êtes baptisés par eux hors de l'Église, vous recevez réellement le
baptême, mais ce baptême reste absolument sans effet. De même donc qu'à ceux qui
reviennent on ne rend point ce qu'ils n'ont pas perdu; de même on ne doit pas leur
réitérer le baptême qu'ils ont reçu, mais faire en sorte que ce baptême, qui pouvait
exister hors de l'Église, mais ne produisait aucun effet, produise ces effets par
l'Église dans les sujets comme dans les ministres. Je conclus et j'affirme que mes
paroles ne favorisent en aucune, manière votre erreur, et que vous avez dû les laisser
sans réponse.
LXXVII. Vous parlez également du jardin
fermé et de la fontaine scellée, mais il est évident que vous ne comprenez rien à ce
langage figuré. « Si », dites-vous, «ce jardin est fermé, et cette fontaine
scellée, comment celui qui est hors de ce jardin, c'est-à-dire de l'Église, et hors de
la fontaine, c'est-à-dire séparé du baptême; peut-il donner ce qu'il n'a pas ? »
Demandez à Félicianus s'il était dans le jardin fermé,
quand on lui offrait un délai pour faciliter son retour à ce (477) même jardin fermé.
Par hasard en aurait-il volé la fontaine, ce qui lui permettait de baptiser ses laïques
dans le schisme de Maximien ? Et s'il avait volé la fontaine, où donc vos évêques
baptisaient-ils ? Et ce délai, dont on fait si grand bruit, était-ce un moyen de les
disperser, en attendant que ces voleurs revinssent au jardin avec la fontaine ?
N'étaient-ils pas des faux prophètes quand, au moyen des crimes dont ils chargeaient
calomnieusement Primianus, ils trompaient les foules et les
enrôlaient dans leur schisme? N'étaient-ils pas des loups rapaces, quand, à force de
séductions jetées dans le troupeau de Primianus, ils
entraînaient les simples dans leur division ? Vous niez les dilapidations sans nombre
accomplies par vos coreligionnaires sur les propriétés d'autrui et leurs bruyants excès
d'ivresse (1). Niez autant que vous pouvez; je ne crains pas que ce soit là un motif qui
vous empêche de vous réconcilier avec nous. Mes paroles, quelque sévères qu'elles
soient, sont-elles comparables à celles que votre sentence de condamnation a fulminées
contre les Maximiens ? Vous niez la fureur des Circoncellions,
ainsi que le culte sacrilège et profane de ceux qui se faisaient un devoir religieux de
se précipiter du haut des rochers les plus abrupts. Vous ne niez pas cependant que « à
l'exemple des Egyptiens d'autrefois, les rivages étaient couverts de mourants, et le plus
grand châtiment que leur réservait ce cruel trépas, c'est que leurs cadavres furent
privés de la sépulture ». Vous insistez surtout sur cette privation de sépulture.
Là gisaient Félicianus et Prétextat ; et s'ils sont revenus
à la vie parmi vous, que dites-vous du baptême qu'ils ont conféré, pendant qu'à vos
yeux ils n'étaient que des cadavres?
LXXVIII. Vous me reprochez d'être sorti
des voies de paix et de douceur que j'avais promis de suivre, en commençant ma lettre; ta
preuve, dites-vous, c'est que j'ai flétri du nom de satan Pétilien lui-même. Si j'ai comparé quelque chose à Satan, ce
n'est ni Pétilien, ni un Donatien quel qu'il fut, mais
l'erreur même des Donatiens, aux liens de laquelle je veux
arracher tous les hommes que j'aime. Lisez plus attentivement que vous ne l'avez fait, et
vous en trouverez la preuve. Et puis enfin, si quelques paroles un peu dures me sont
échappées, rappelez-vous donc ce que
vous avez dit non pas de l'erreur des Maximiens, mais de leurs propres personnes. Que Pétilien
imite donc: Félicianus, et pour étouffer sa colère, qu'il
sache que je ne désire que la paix.
LXXIX. Sachez aussi que je n'ai pas contre
vous l'ombre même d'un ressentiment, quoique vous n'ayez pas craint de m'opposer
indirectement les Manichéens, pour me rappeler l'erreur de mon adolescence. Si je
regrette cette page de ma vie, j'ai confiance dans l'éternelle gloire de mon Libérateur, et je vous invite à vous
procurer et à lire tout ce que j'ai écrit contre cette funeste hérésie des
Manichéens. Vous reconnaîtrez alors par vous-même avec quelle foi et quelle assurance
j'ai défendu contre eux la vérité chrétienne, et avec quelle perspicacité j'ai
surpris et déjoué leurs ruses et leurs mensonges. Croyez donc à la sincérité de ma
conversion, vous qui croyez si fermement que Félicianus s'est
attaché de tout cur à Primianus, quoique celui-ci,
dans la cause de Maximien, l'eût accusé de tous les crimes et solennellement condamné.
Après s'être séparé de Maximien, peut-être Félicianus
a-t-il écrit contre son ancien maître dans l'hérésie; mais veuillez remarquer que je
n'étais qu'adolescent, laïque et catéchumène, quand je tombai dans l'erreur, tandis
que Félicianus touchait déjà à la vieillesse, et portait
le caractère épiscopal, quand il leva le drapeau du schisme contre l'évêque dont il
est aujourd'hui le fidèle collègue, et qu'il avait voulu supplanter en lui opposant un
autre évêque. Toujours avec la courtoisie qui vous distingue, vous avez fait adroitement
allusion à une lettre dans laquelle notre primat ne cachait point son aversion contre
moi; mais vous, avez sans doute oublié de dire que, mis en demeure, dans un concile, de
prouver ce qu'il avait avancé sous l'inspiration de la colère, il rétracta tout ce
qu'il avait dit, me fit ses excuses et provoqua lui-même la condamnation de sa lettre.
Cette condamnation, je puis vous en donner lecture. Eh bien ! lisez-moi,
si vous le pouvez, une pièce authentique dans laquelle Félicianus
rétracte purement et simplement, non pas seulement les accusations lancées par lui
contre Primianus, mais la condamnation dont il l'a frappé; de
son côté, du moins, Primianus a-t-il rétracté la teneur de
la sentence qu'il a formulée contre Primianus ? Lors (478)
même que vous pourriez m'exhiber ces pièces, notre cause ne serait pas encore égale. En
effet, notre primat n'avait dressé contre moi qu'un réquisitoire; reconnaissant qu'il
était faux, il le condamna et implora son pardon, sans craindre d'humilier sa dignité de
primat, et voulant ainsi réaliser dans sa personne cette belle parole de l'Ecriture : «
Plus vous êtes élevé, plus vous devez vous humilier en tout, et vous trouverez grâce
devant Dieu (1) ». Or, Félicianus et Primianus ne se sont pas contentés de se porter accusateurs l'un
contre l'autre, ils se sont constitués juges et se sont condamnés réciproquement; et,
après cette condamnation réciproque, ils ont fait la paix. Nous ne reprocherions pas au
Donatisme la paix que se donnent des évêques, après s'être réciproquement condamnés,
s'ils ne rejetaient pas la paix de Jésus-Christ dans l'univers tout entier.
LXXX. Vous pouvez voir maintenant qu'il y
avait exagération de votre part à prétendre que vous avez répondu à tout ce qui est
renfermé dans ma lettre. Si vous croyez avoir répondu, parce que vous n'avez pas voulu
garder le silence, j'avoue que vous avez répondu, mais je maintiens que vous n'avez pas
répondu à tout. Et si en prenant la peine de me répondre, vous vous proposiez de
réfuter ce que j'avais dit, j'avoue que vous avez répondu sur beaucoup de points, mais
que vous n'avez rien réfuté. Si donc vous voulez jeter un regard attentif sur tout ce
que j'ai dit, il me semble que vous comprendrez facilement que si vous refusez d'engager
une conférence avec nous, ce n'est pas précisément dans le but d'échapper au danger de
la chicane et de la dispute, la dispute n'étant pas possible quand on ne cherche que la
vérité et qu'on ne combat point pour la vaine gloire; ce qui vous arrête, c'est donc la
conviction que votre cause est mauvaise. Dussions-nous même nous borner uniquement à la
cause des Maximiens, vous pouvez voir que vous n'avez
absolument rien à répondre. C'est donc bien injustement que vous me reprochez de n'agir
que par arrogance et dans le but de faire montre d'une éloquence invincible; tout ce que
je désirais, c'était d'éclairer les lecteurs et de leur faire comprendre que la cause
que nous soutenons contre vous repose sur des principes d'une telle évidence qu'elle n'a
besoin que d'être
exposée pour être acceptée, et que
c'est en vain que pour la soutenir on se croirait obligé de recourir à de grands frais
de rhétorique.
LXXXI. Je ne dirai donc pas de votre
erreur que c'est la bête à trois têtes, car vous êtes un trop charmant correcteur des
mots; je me contente de l'appeler une calomnie à trois branches. Je ne dis pas davantage
que nous devons lui opposer le dard à trois armures, que nous fournit la cause des Maximiens, je dis, plus simplement, une défense à trois parties.
Je ne dis pas: « Frappez-les au front», ou bien : « Fermez-leur la bouche » ; je dis
simplement : Enchaînez leur impudence, réfutez leurs discours. Parce que les termes sont
changés, et que j'ai substitué le sens propre au sens figuré, s'ensuit il que la cause
des Maximiens soit changée, quand cette cause seule suffisait
pour vous confondre et vous faire comprendre, si vous êtes sages et prudents, que le seul
parti qui vous reste, c'est de déposer votre haine aveugle et de faire la paix avec nous
?
LXXXII. Enfin, s'agit-il de la communion,
non pas des péchés des autres, mais des divins sacrements ? il
est certain que vous avez été en communion avec des évêques condamnés, et qu'en
parlant des autres sacrilèges qui étaient en communion avec Maximien con damné, il a
été dit dans votre concile que les rameaux sacrilèges n'avaient pas souillé les
plantes elles-mêmes. S'agit-il de la persécution? après
avoir condamné vos ennemis vous les avez persécutés, et après les avoir irrités vous
les avez corrigés par la persécution. S'agit-il du baptême? vous
avez ratifié le baptême qui avait été conféré dans un schisme sacrilège. Pourquoi
donc produire encore inutilement des textes mal compris de la sainte Ecriture, à moins
que vous ne vouliez vous mettre dans l'impossibilité de connaître la vérité et
d'échapper à l'erreur ? « Il est écrit : Si quelqu'un se flatte d'aimer la
dispute, pour nous, nous n'avons pas cette habitude (1) ». Ainsi vous ne regardez pas
comme ami de la dispute ce Restitutus, qui pour ravir quelques
modestes cellules et quelques petits champs à Salvius de Membrèse, a réveillé tous les échos du forum et soufflé la
controverse aux quatre coins de l'Afrique. Regarderez-vous comme partisan de la chicane
celui qui, dans le but unique, non
479
pas d'usurper ou d'enlever, mais de
communiquer l'héritage céleste à ceux qui marchent dans une voie qui ne peut les y
conduire, engage avec eux des discussions, où la franchise le dispute seule à la
charité? « Il est écrit », dites-vous : « Ne dites rien à l'oreille de
l'imprudent, dans la crainte qu'il ne tourne en dérision vos discours les plus sensés
(1) ». Si vous ne nous croyez pas des hommes prudents, abstenez-vous de nous confier
vos secrets ; le Sauveur n'avait avec les Pharisiens aucune confidence intime et secrète
; et cependant, toutes les fois qu'il entendait leurs murmures ou leurs accusations, il ne
manquait pas de les- réfuter. Prouvez-nous publiquement, sinon pour nous corriger, du
moins pour nous convaincre, que si vous reveniez à l'unité, vous seriez à l'instant
même souillés au contact de l'univers chrétien, vous qui supportez au milieu de vous,
sans aucune atteinte, la présence de Félicianus, condamné
solennellement par trois cent dix évêques. « Il est écrit : « Ne répondez pas
à un imprudent pour satisfaire son imprudence, dans la, crainte que vous ne veniez à lui
ressembler ». Mais oublieriez-vous ce qui suit immédiatement ces paroles : «
Répondez-lui pour confondre son imprudence, dans la crainte qu'il ne se décerne à
lui-même un brevet de sagesse (2)? » Faites de même ; faites en sorte que votre
réponse ne favorise pas notre imprudence, mais répondez de manière à la confondre.
Dites-nous, je vous prie, comment vous avez parfaitement confirmé le baptême conféré
par les Maximiens en plein schisme, tandis que vous invalidez
le baptême donné dans les Eglises que Jésus-Christ lui-même a fondées par le
ministère des Apôtres.
LXXXIII. A la
fin de votre lettre vous avez jugé à propos de résumer, dans une courte analyse, les
principales idées que vous aviez largement développées dans le corps de l'ouvrage, afin
d'en raviver le souvenir dans l'intelligence du lecteur. J'userai de la même méthode,
mais de ma part ce ne sera pour tromper ni vous ni les autres. D'abord ce n'est pas faire
preuve d'arrogance que de chercher ou d'affirmer la vérité. La discussion que vous
pensiez interminable a été parfaitement terminée, non-seulement
par les hommes prudents et craignant Dieu; mais vous-mêmes, en vous engageant dans la
cause des Maximiens,
vous avez résolu à tout jamais une
question que vous regardiez comme insoluble. Ce n'est pas à une dispute, mais à une
conférence que nous vous invitons, vous qui n'avez pas craint d'appeler les Maximiens devant les tribunaux. Vous avez reconnu le baptême de
Jésus-Christ dans tous ceux qui s'étaient fait baptiser par les Maximiens
schismatiques, quoique vous ayez déclaré que le baptême ne saurait être conféré hors
de l'Eglise. En acceptant le baptême conféré par des sacrilèges hors de l'Eglise, vous
avez déclaré fausse la doctrine qui enseignait que les bons seuls pouvaient s'approcher
de la fontaine de l'Eglise. Vous êtes contraints d'avouer que vos ancêtres,
c'est-à-dire l'Eglise à laquelle nous appartenons, n'ont pu être souilles par les
crimes de thurification et d'apostasie, dont vous accusez
gratuitement quelques-uns de ses membres, et dont jamais vous n'avez pu prouver
l'authenticité. Ces crimes fussent-ils vrais, vous devez avouer que nos ancêtres n'en
ont pas été souillés, puisque vous affirmez vous-mêmes, en plein concile, que les
rameaux sacrilèges de Maximien n'ont pas souillé les plantes sur lesquelles ils ont
été greffés, c'est-à-dire, les sectaires mêmes de Maximien, auxquels vous offriez un
délai pour faciliter leur retour. Et si nos ancêtres n'ont pu être souillés par ces
crimes qui leur étaient étrangers, combien moins devons-nous l'être nous-mêmes qui ne
sommes venus que si longtemps après. Quant aux persécutions, quoique vous ayez
l'habitude d'en soulever de très-cruelles contre nous et
contre la vérité, cependant il est vrai de dire que les persécutions ont été pour
vous le moyen le plus efficace pour faire rentrer les Maximiens
dans le devoir ; aussi, quoique le délai ne fût accordé qu'à ceux qui n'étaient pas
nommément condamnés, vous n'avez pas craint, après l'expiration de ce délai, de
recevoir tous ceux qui se sont présentés. Quant au baptême qu'ils avaient conféré
hors de votre communion, soit pendant le délai, soit après, vous l'avez reçu dans toute
son intégrité, sans l'invalider en quoi que ce fût. Si donc tout ce que vous pouviez
nous opposer est d'avance réfuté par la seule affaire des Maximiens,
veuillez me pardonner, si quelque parole un peu trop dure de ma part a pu vous offenser.
Tout africain que vous êtes, et habitant l'Afrique, vous n'aviez aucune connaissance de
cette grande affaire des (480) Maximiens, soulevée au coeur
même de l'Afrique; il a fallu que ma lettre vous inspirât la pensée de prendre, quoique
bien tard, des informations sur ce point, et encore ces informations vous étant données
fausses par vos évêques intéressés à mentir, vous comprenez aujourd'hui que vous
étiez sur ce point dans une déplorable illusion. Craignez donc la justice de Dieu :
gardez-vous de chercher dans les crimes supposés de quelques Africains inconnus une arme
avec laquelle vous prétendriez frapper tant de nations chrétiennes, qui enlacent le
monde tout entier dans les liens d'une admirable unité. Et puisque, dans le but d'assurer
la paix du Donatisme, vous n'avez pas hésité d'ouvrir- vos rangs à des schismatiques
que vous aviez solennellement condamnés, empressez-vous d'assurer la paix de
Jésus-Christ en rentrant dans le sein de l'Eglise, qui n'a jamais condamné de coupables
avant d'être parfaitement assurée de leurs crimes.
Traduction de M. l'abbé BURLERAUX.
Des circonstances, complètement indépendantes de notre volonté,
nous ont malheureusement forcé d'insérer, à la fin du
treizième volume, les autres traités de saint Augustin contre les Donatistes. (NOTE DE
L'EDITEUR)
Haut du
document
