FAUSTE XII
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LIVRE DOUZIÈME. PERSONNAGES ET FAITS PROPHÉTIQUES.

 

Les personnages et les faits de l'Ancien Testament sont tous prophétiques. — Démonstration par une foule d'exemples tirés des hommes et des choses.

 

CHAPITRE PREMIER. POURQUOI FAUSTE REJETTE LE TÉMOIGNAGE DES PROPHÈTES SUR LE CHRIST.

CHAPITRE II. LES PROPHÈTES ONT ANNONCÉ LE CHRIST : LEURS PRÉDICTIONS NOUS SONT UTILES : ILS ONT VÉCU D'UNE MANIÈRE CONFORME A LEUR DIGNITÉ.

CHAPITRE III. TEXTES DE SAINT PAUL; PAROLES DE JÉSUS-CHRIST SUR MOÏSE ET LES PROPHÈTES.

CHAPITRE IV. LES MANICHÉENS S'OBSTINENT A ADMETTRE UN FAUX CHRIST ET A REJETER LE VÉRITABLE.

CHAPITRE V. NOUS AVONS LE VRAI CHRIST ANNONCÉ PAR LES PROPHÈTES. FAUT-IL CROIRE MANÈS OU PAUL L'APOTRE ?

CHAPITRE VI. TOUTES LES NATIONS ÉTANT BÉNIES DANS LE CHRIST, FILS D'ABRAHAM, IL EST DONC LE VRAI CHRIST.

CHAPITRE VII. LES PROPHÉTIES RELATIVES AU CHRIST SONT NOMBREUSES, EN PARTIE ALLÉGORIQUES, EN PARTIE VERBALES, EN PARTIE EXPRIMÉES PAR DES FAITS; MAIS TOUTES TENDENT AU MÈME BUT, QUI EST LE CHRIST.

CHAPITRE VIII. LES SEPT JOURS DE LA CRÉATION FIGURENT LES SEPT AGES DU MONDE. ADAM ET ÈVE, FIGURE DU CHRIST.

CHAPITRE IX. L'INFIDÉLITÉ DE CAÏN, IMAGE DE L'INFIDÉLITÉ DU PEUPLE JUIF.

CHAPITRE X. AUTRE RAPPROCHEMENT ENTRE CAÏN ET LE PEUPLE JUIF.

CHAPITRE XI. LA TERRE EST STÉRILE POUR CAÏN, ET LA PASSION DU CHRIST POUR LES JUIFS.

CHAPITRE XII. CA1N NE SERA PAS TUÉ, NI LE PEUPLE JUIF EXTERMINÉ.

CHAPITRE XIII. CONTINUATION DU PARALLÈLE ENTRE CAÏN ET LE PEUPLE JUIF. IMPIÉTÉ DES MANICHÉENS IMITATEURS DE CAÏN.

CHAPITRE XIV. HÉNOCH, NOÉ. SIGNIFICATION MYSTIQUE DE L'ARCHE.

CHAPITRE XV. AUTRE SIGNIFICATION SYMBOLIQUE DE L'ARCHE DE NOÉ.

CHAPITRE XVI. L'ARCHE, FIGURE DE L'ÉGLISE.

CHAPITRE XVII. LE DÉLUGE, IMAGE DU BAPTÊME.

CHAPITRE XVIII. RAPPROCHEMENT ENTRE L'AGE DE NOÉ ET LES AGES DU MONDE.

CHAPITRE XIX. LE JOUR OU L'ARCHE S'ARRÊTA; LA HAUTEUR DES EAUX DU DÉLUGE; LEURS SIGNIFICATIONS SYMBOLIQUES.

CHAPITRE XX. CE QUE REPRÉSENTENT LE CORBEAU ET LA COLOMBE ENVOYÉS HORS DE L'ARCHE.

CHAPITRE XXI. IMPOSSIBILITÉ DE TOUT DIRE SUR CE SUJET.

CHAPITRE XXII. AUTRES SIGNES SYMBOLIQUES INDIQUÉS EN PASSANT.

CHAPITRE XXIII. NOÉ, FIGURE DU CHRIST; CHAM, DU PEUPLE JUIF.

CHAPITRE XXIV. SEM ET JAPHET REPRÉSENTENT L'ÉGLISE. APOSTROPHE AUX MANICHÉENS, ENFANTS DE CHAM.

CHAPITRE XXV. ABRAHAM, ISAAC, LE BÉLIER, FIGURES DU CHRIST.

CHAPITRE XXVI. JACOB ET L'ÉCHELLE MYSTÉRIEUSE, IMAGES DU CHRIST.

CHAPITRE XXVII. MALHEUR DE CEUX QUI NE GOUTENT PAS LES ÉCRITURES; BONHEUR DE CEUX QUI LES GOÛTENT.

CHAPITRE XXVIII. JOSEPH, LA VERGE DE MOÏSE, SYMBOLES DU CHRIST.

CHAPITRE XXIX. SIGNIFICATION MYSTIQUE DE LA SORTIE D'ÉGYPTE, DE LA PIERRE, DE LA MANNE, DE LA NUÉE.

CHAPITRE XXX. LE DÉSERT, LES PALMIERS, LES DOUZE SOURCES, LE SERPENT D'AIRAIN, L'AGNEAU PASCAL, LA LOI DONNÉE A MOÏSE. AVEUGLEMENT DE FAUSTE.

CHAPITRE XXXI. JOSUÉ, RAHAB, JÉRICHO. TRIOMPHE DE L'ÉGLISE.

CHAPITRE XXXII. ÉPOQUE DES JUGES ET DES ROIS. SAMSON, JAHEL, LA TOISON DE GÉDEON.

CHAPITRE XXXIII. NOUVEAU SACERDOCE ET NOUVELLE ROYAUTÉ ANNONCÉS. DIVISION DES TRIBUS.

CHAPITRE XXXIV. ÉLIE, LA VEUVE DE SAREPTA.

CHAPITRE XXXV. ÉLISÉE. LE FER DE LA HACHE, IMAGE DE LA PASSION ET DE LA RÉSURRECTION DU CHRIST.

CHAPITRE XXXVI. SENS PROPHÉTIQUE DE LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE ET DE LA RECONSTRUCTION DU TEMPLE.

CHAPITRE XXXVII. TOUT A UN      SENS DANS L'ANCIEN TESTAMENT. TÉMOIGNAGE DE L'APÔTRE.

CHAPITRE XXXVIII. PAR EXEMPLE : LA FORMATION DE LA FEMME, L'ARCHE DE NOÉ, LE SACRIFICE D'ISAAC.

CHAPITRE XXXIX. LES JUIFS LE NIENT. UNE OPINION ABSURDE DE PHILON.

CHAPITRE XL. OPINION DES PAÏENS SUR CE SUJET.

CHAPITRE XLI. PROPHÉTIES PLUS CLAIRES. BÉNÉDICTION DE LA RACE D'ABRAHAM.

CHAPITRE XLII. PROPHÉTIE DE JACOB EXPLIQUÉE.

CHAPITRE XLIII. ON NE PEUT TOUT CITER. LE CHRIST PROPHÉTISÉ DANS LES PSAUMES.

CHAPITRE XLIV. PROPHÉTIE DE DANIEL ACCOMPLIE. APPLICATION AUX JUIFS ET AUX MANICHÉENS.

CHARITRE XLV. INCONSÉQUENCE DE FAUSTE.

CHAPITRE XLVI. CARACTÈRE DE LA FOI SIMPLE.

CHAPITRE XLVII. LES MANICHÉENS NE PEUVENT JUGER LA CONDUITE DES PROPHÈTES. FOI D'ABRAIIAM PROPOSÉE POUR MODÈLE.

CHAPITRE XLVIII. CONCLUSION. LE SAINT DOCTEUR RÉPONDRA PLUS EN DÉTAIL AUX OBJECTIONS DE FRUSTE SUR LES PATRIARCHES.

 

 

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CHAPITRE PREMIER. POURQUOI FAUSTE REJETTE LE TÉMOIGNAGE DES PROPHÈTES SUR LE CHRIST.

 

Fauste. Pourquoi ne recevez-vous pas les Prophètes? — Dis plutôt toi-même, si tu le peux, pourquoi nous devons recevoir les Prophètes. A cause, observes-tu, des témoignages prophétiques qu'ils ont rendus du Christ. Pour moi, je n'en ai point trouvé, malgré la grande attention et la vive curiosité que j'ai mises à les lire. Mais au fond, c'est le signe d'une foi bien faible que de ne pas croire au Christ sans témoin et sans preuve. Ne dites-vous pas souvent vous-mêmes, qu'il ne faut rien scruter avec trop de curiosité, parce que la foi du chrétien doit être simple et absolue? Pourquoi donc détruisez-vous ici cette simplicité de la foi, en l'appuyant sur des preuves et des témoins, et sur des témoins juifs? Que si, renonçant à cette première manière de voir, vous passez à la seconde : quel témoin vous semblera plus sûr que Dieu lui-même, disant de son Fils, non par un prophète, ni par un interprète, mais par une voix descendue du ciel, alors qu'il l'envoyait sur la terre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; croyez à sa parole (1)? » Le Sauveur a dit aussi de lui-même : « Je suis sorti de mon Père et je suis venu dans le monde (2) » ; et bien d'autres choses de ce genre. Sur quoi les Juifs indignés lui disaient : « C'est vous qui rendez témoignage de vous-même; votre témoignage n'est pas vrai» ; et il leur répondait : « Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, parce que je ne suis pas seul. Car et il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai. C'est moi qui rends témoignage de moi-même, mais il rend aussi témoignage de moi, mon Père qui m'a envoyé (3) ». Il ne parle pas des Prophètes. De plus, il invoque le témoignage même de ses oeuvres : « Si vous ne me croyez

 

1. Matt. III, 17; Luc, IX, 35. — 2. Jean, XVI, 28. — 3. Id. VIII, 13-18.

 

pas, croyez à mes œuvres (1) ». Il ne dit pas: Si vous ne me croyez pas, croyez aux Prophètes. Nous n'avons donc besoin d'aucun autre témoignage sur notre Sauveur; nous cherchons simplement dans les Prophètes des exemples de vie honnête, la sagesse et la vertu ; tu n'ignores pas, je le sais, que les prophètes juifs n'ont rien eu de cela: car comme je te demandais pourquoi tu penses que nous devons les recevoir, tu as habilement et poliment passé leurs oeuvres sous silence pour ne t'occuper que de leurs prédictions, oubliant ce qui est écrit : Qu'on ne cueille pas de raisins sur des épines, ni de figues sur des ronces (2). Voilà pourquoi j'ai répondu catégoriquement et avec précision à ta question Pourquoi nous ne recevons pas les Prophètes? Du reste les ouvrages de nos pères ont abondamment démontré qu'ils n'ont rien prophétisé touchant le Christ. Et pour mon compte, j'ajouterai que si les prophètes hébreux ont connu et annoncé le Christ, en menant une vie aussi criminelle, on peut justement leur appliquer ce que saint Paul dit des sages des nations : « Parce que, ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, ou ne lui ont pas rendu grâces, mais ils se sont perdus dans leurs pensées, et leur coeur insensé a été rempli de ténèbres (3) ». Vous voyez donc que c'est peu d'avoir eu de grandes connaissances, si on n'y a conformé sa conduite.

 

 

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CHAPITRE II. LES PROPHÈTES ONT ANNONCÉ LE CHRIST : LEURS PRÉDICTIONS NOUS SONT UTILES : ILS ONT VÉCU D'UNE MANIÈRE CONFORME A LEUR DIGNITÉ.

 

Augustin. Fauste dit tout cela pour nous persuader : ou que les prophètes hébreux n'ont rien prédit du Christ ; ou que leurs prédictions, s'ils en ont fait, sont sans utilité pour nous; ou que leur conduite n'a pas répondu à leur dignité de prophètes. Nous démontrerons donc qu'ils ont prophétisé

 

1. Jean, X, 38. — 2. Matt. VII, 18. — 3. Rom. I, 21.

 

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touchant le Christ, que leur témoignage nous est d'un grand secours pour établir et affermir notre foi, et qu'ils ont vécu comme il convenait à des prophètes. La première de ces trois questions serait longue à traiter, si je voulais produire les passages de tous ces livres où le Christ a été prédit; mais j'écraserai du poids de l'autorité l'inconséquence de mon adversaire. Il rejette les prophètes hébreux, mais il confesse qu'il reçoit les Apôtres. Or, écoutons ce que dit de ces prophéties l'apôtre Paul (Paul dont Fauste, se demandant à lui-même s'il le recevait, a répondu : « Sans aucun doute (1) » : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l'apostolat, choisi pour l'Evangile de Dieu, qu'il avait promis auparavant par ses prophètes dans les saintes Ecritures, touchant son Fils qui lui est né de la race de David selon la chair (2) ». Que veut de plus notre adversaire ? A moins qu'il ne prétende peut-être qu'il s'agit ici de quelques autres prophètes, et non des hébreux? Nous pourrions dire que quels que soient ces prophètes, l'Evangile n'en a pas moins été promis touchant le Fils de Dieu qui lui est né de la race de David selon la chair, Evangile pour lequel l'Apôtre se dit choisi : et la perfidie de nos adversaires serait déjà confondue, puisque c'est sur la foi de cet Evangile que nous croyons que le Fils de Dieu est né de la race de David selon la chair. Cependant, faisons-leur voir plus clairement que c'est très-certainement des prophètes hébreux que rend témoignage ce même Apôtre dont l'autorité confondra leur orgueil.

 

 

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CHAPITRE III. TEXTES DE SAINT PAUL; PAROLES DE JÉSUS-CHRIST SUR MOÏSE ET LES PROPHÈTES.

 

« Je dis la vérité dans le Christ: je ne mens pas, ma conscience me rendant témoignage par l'Esprit-Saint, qu'il y a une grande tristesse en moi, et une continuelle douleur dans mon coeur. Car je désirais ardemment d'être moi-même anathème à l'égard du Christ pour mes frères, qui sont mes proches selon la chair, qui sont les Israélites, auxquels appartiennent l'adoption, et la gloire, et les testaments, et l'établissement de la foi, et le culte et les promesses; dont les pères sont ceux de qui est sorti, selon la chair, le Christ qui est au-dessus de toutes choses,

 

1. Voir plus haut, liv. XI. — 2. Rom. I, 1-3.

 

Dieu béni dans les siècles (1) ». Que peut-on dire de plus explicite, déclarer de plus exprès, recommander de plus saint ? Comment, en effet, les Israélites ont-ils été adoptés, si ce n'est par le Fils de Dieu ? Voilà pourquoi l'Apôtre dit aux Galates: « Mais lorsque est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d'une femme, soumis à la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous reçussions l'adoption des enfants (2) ». Et quelle est leur gloire, sinon surtout celle dont parle le même Paul aux mêmes Romains : « Qu'est-ce donc que le Juif a de plus? ou de quoi sert la circoncision ? Beaucoup, de toute manière. Premièrement, parce que c'est à eux (aux Juifs) que les oracles de Dieu ont été confiés (3) ». Que nos adversaires cherchent quels sont ces oracles de Dieu confiés aux Juifs, et qu'ils nous les montrent ailleurs que dans les prophètes hébreux. Ensuite, pourquoi l'Apôtre dit-il que les deux Testaments appartiennent principalement aux Israélites, sinon parce que l'Ancien Testament leur a été accordé et qu'il contient le Nouveau en figure? Quant à l'établissement de la loi qui a été donnée aux Israélites, nos hérétiques ont l'habitude de déchaîner contre elle leur aveugle fureur, parce qu'ils n'en comprennent pas le but providentiel, parce qu'ils ne savent pas que Dieu ne nous veut plus sous le joug de la loi, mais sous l'empire de la grâce. Qu'ils s'inclinent donc devant l'autorité de l'Apôtre, qui, en louant les Israélites et en constatant leur supériorité, compte parmi leurs biens propres l'établissement de la loi. Or, si la loi était mauvaise, il ne leur en ferait pas un honneur. Et si elle n'annonçait pas le Christ, le Seigneur lui-même ne dirait pas : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi (4) » ; et après sa résurrection, il ne lui rendrait pas ce témoignage « Il fallait que fût accompli tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes (5) ».

 

 

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CHAPITRE IV. LES MANICHÉENS S'OBSTINENT A ADMETTRE UN FAUX CHRIST ET A REJETER LE VÉRITABLE.

 

Mais comme les Manichéens prêchent un autre Christ, non celui qu'ont prêché les

 

1. Rom. IX, 1, 5. — 2. Gal. IV, 4, 5. — 3. Rom. III, 1, 2. — 4. Jean, V, 46. — 5. Luc, XXIV, 44.

 

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Apôtres, mais le leur propre, un Christ imposteur, inventé par le mensonge, dont les partisans connaissent parfaitement la fausseté en mentant eux-mêmes (à moins que, dans leur impudence, ils ne veuillent être crus sur parole, quand ils se reconnaissent disciples d'un imposteur) : il leur est arrivé ce que l'Apôtre dit des Juifs infidèles : « Lorsqu'ils lisent Moïse, ils ont un voile posé sur le coeur » ; et ce voile ne leur est pas enlevé, parce qu'ils ne peuvent comprendre Moïse qu'en passant au Christ, non au Christ qu'ils ont forgé dans leurs rêves, mais à celui que les prophètes hébreux ont prédit. Car le même Apôtre ajoute : « Mais lorsque  vous aurez passé au Seigneur, le voile sera enlevé (1) ». Et il n'est pas étonnant qu'ils ne croient pas au Christ ressuscité et disant : « Il fallait que fût accompli tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes », quand le Christ lui-même a rapporté ce qu'Abraham répondit à un riche sans pitié et tourmenté dans les enfers, qui le priait d'envoyer quelqu'un à ses frères pour les avertir de ne pas venir dans ce lieu de tortures. « Ils ont Moïse et les Prophètes », répondit Abraham ; « qu'ils les écoutent ». Et le mauvais riche ayant dit qu'ils ne croiraient pas, si quelqu'un ne ressuscitait d'entre les morts, il lui fut répondu avec une grande vérité: « S'ils n'écoutent point Moïse et les Prophètes, quand même quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne croiraient pas (2)». Aussi ces hérétiques n'écoutant ni Moïse ni les Prophètes, non-seulement ne croient pas au Christ ressuscité d'entre les morts, mais ne veulent absolument pas croire que le Christ soit ressuscité d'entre les morts. Or, comment croiraient-ils à sa résurrection, quand ils ne croient pas à sa mort ? Et comment croiraient-ils à sa mort, quand ils ne croient pas qu'il ait pris un corps mortel?

 

 

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CHAPITRE V. NOUS AVONS LE VRAI CHRIST ANNONCÉ PAR LES PROPHÈTES. FAUT-IL CROIRE MANÈS OU PAUL L'APOTRE ?

 

Pour nous, nous ne croyons pas à ces partisans menteurs, non d'un Christ imposteur, mais d'un Christ qui n'a pas même existé. Car nous avons le Christ vrai, enseignant la

 

1. II Cor. III, 15,16. — 2. Luc, XVI, 27,31.

 

vérité, prédit parles prophètes, prêché parles Apôtres, lesquels ont appuyé leur prédication sur le témoignage de la loi et des Prophètes, ainsi qu'ils le font voir en mille endroits. C'est ce que Paul a exprimé avec beaucoup de vérité et en très-peu de mots, quand il a dit: « Mais maintenant la justice de Dieu a été manifestée, sans la loi, étant confirmée par la loi et par les Prophètes (1)».Or, quels prophètes, sinon ceux des Israélites, auxquels il déclare ouvertement qu'appartiennent les Testaments, l'établissement de la loi et les promesses? Et quel est l'objet de ces promesses, sinon le Christ ? C'est ce qu'il indique brièvement ailleurs, quand il dit, en parlant du Christ: « En effet, toutes les promesses quelconques de Dieu sont en lui (2) ». Paul me dit que l'établissement de la loi appartient aux Israélites. Il dit encore : « Car la fin de la loi est le Christ, pour justifier tout croyant (3) ». Il dit de plus en parlant du Christ: «En effet, toutes les promesses quelconques de Dieu sont en lui ». Et vous m'avancez que les prophètes israélites n'ont rien prédit du Christ? Que me reste-t-il donc à faire sinon de choisir entre croire à Manès qui me débite une longue et fabuleuse histoire contre Paul ; ou à Paul qui me crie : « Si quelqu'un vous annonce un autre évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème (4) ? »

 

 

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CHAPITRE VI. TOUTES LES NATIONS ÉTANT BÉNIES DANS LE CHRIST, FILS D'ABRAHAM, IL EST DONC LE VRAI CHRIST.

 

On nous dira peut-être : Montrez-nous où le Christ a été prédit par les Prophètes israélites? comme si c'était une mince autorité que celle des Apôtres, quand ils nous disent que ce que nous avons lu dans les livres des Prophètes israélites s'est accompli dans le Christ; ou celle du Christ lui-même qui atteste que c'est de lui que cela a été écrit. Par conséquent, si quelqu'un ne peut donner cette démonstration, c'est une preuve que son intelligence est en défaut : car ni les Apôtres, ni le Christ, ni les saints livres ne mentent. Cependant, pour ne pas trop m'étendre et pour me borner à un seul point, je citerai ce que l'Apôtre a dit à la suite, dans le même passage : « La parole de Dieu ne peut rester sans

 

1. Rom. III, 21. — 2. II Cor. I, 20. — 3. Rom. X, 4. — 4. Gal. I, 9.

 

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effet; car tous ceux qui descendent d'Israël a ne sont pas Israélites; ni ceux qui appartiennent à la race d'Abraham ne sont pas a tous ses enfants ; mais c'est en Isaac que sera ta postérité ; c'est-à-dire, ce ne sont pas les enfants selon la chair qui sont enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont comptés dans la postérité (1) ». Que répondront-ils à cela, quand il est dit clairement ailleurs, à Abraham, à propos de cette postérité : « Toutes les nations de la terre seront bénies dans ta postérité (2)? » En effet, s'il s'agissait, dans notre discussion, du temps où l'Apôtre écrivait : « Les promesses ont été faites à Abraham et à celui qui naîtrait de lui; il ne dit pas : A ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs, mais comme d'un seul : Et à celui qui, naîtra de toi, c'est-à-dire au Christ (3) » : peut-être aurait-on quelque raison de ne pas croire avant de voir toutes les nations avoir foi au Christ que l'on annonce comme étant de la race d'Abraham. Mais maintenant que nous voyons l'accomplissement de ce qui a été prédit si longtemps d'avance, maintenant que toutes les nations sont déjà bénies dans la postérité d'Abraham, à qui on avait dit, deux mille ans auparavant : « Toutes les nations seront bénies dans ta postérité » ; qui sera assez opiniâtre dans sa folie pour tenter d'introduire un autre Christ qui ne soit pas de la race d'Abraham, ou pour prétendre que les prophéties des Hébreux, de ce peuple, dont Abraham est le père, n'ont rien prédit sur le véritable Christ?

 

 

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CHAPITRE VII. LES PROPHÉTIES RELATIVES AU CHRIST SONT NOMBREUSES, EN PARTIE ALLÉGORIQUES, EN PARTIE VERBALES, EN PARTIE EXPRIMÉES PAR DES FAITS; MAIS TOUTES TENDENT AU MÈME BUT, QUI EST LE CHRIST.

 

Or, qui pourrait, je ne dis pas dans une courte réponse, telle que je suis obligé de la donner dans ce livre, mais dans le volume le plus considérable, qui pourrait, dis-je, rappeler toutes les choses glorieuses que les prophètes hébreux ont dites de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, alors que tout ce qui est contenu dans leurs livres est dit de lui ou en vue de lui ? Mais pour exercer le lecteur et lui procurer le plaisir de la découverte, la plus

 

1. Rom. IX, 6-8. — 2. Gen. XXVI, 4. — 3. Gal. III, 16.

 

grande partie de ces choses ont une forme allégorique et énigmatique, et sont présentées tantôt sous le voile des paroles, tantôt sous l'exposé du fait. Cependant, s'il n'y avait rien de clair, le sens des passages obscurs ne se comprendrait plus. Du reste, si on réunit dans un ensemble et comme en un contexte tout ce qui est enveloppé sous les figures, il en résulte un tel accord de témoignages en faveur du Christ, que le sourd le plus obstiné est forcé de rougir.

 

 

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CHAPITRE VIII. LES SEPT JOURS DE LA CRÉATION FIGURENT LES SEPT AGES DU MONDE. ADAM ET ÈVE, FIGURE DU CHRIST.

 

Dieu, d'après la Genèse, a achevé toute son oeuvre en six jours et s'est reposé le septième (1). Les opérations divines désignent les six âges que le genre humain doit parcourir dans la succession des siècles : le premier depuis Adam jusqu'à Noé; le second, de Noé à Abraham ; le troisième, d'Abraham à David; le quatrième, de David à la transmigration de Babylone ; le cinquième, de la transmigration de Babylone à l'humble avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ; le sixième, qui court maintenant, doit s'étendre jusqu'au jour où le Très-Haut viendra juger les hommes; mais le septième s'entend du repos des saints, non pendant cette vie, mais dans l'autre, là où le mauvais riche, tourmenté dans les enfers, a vu reposer le pauvre Lazare (2); là où le jour n'a plus de déclin, parce que rien n'y est imparfait. D'après la Genèse encore, l'homme est formé le sixième jour à l'image de Dieu (3) : au sixième âge du monde apparaît notre restauration dans le renouvellement de l'esprit, selon l'image de celui qui nous a créés, ainsi que le dit l'Apôtre (4). L'homme s'est endormi et, de son côté, est formée la femme (5): le Christ meurt et l'Eglise est formée du sacrement du sang qui coule du flanc de la victime (6). Eve, qui a été formée du côté de son époux, est appelée vie et mère des vivants: et le Seigneur dit dans l'Evangile : « Si quelqu'un ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang, il n'aura pas la vie en lui (7)». Tout ce qu'on lit là, étudié avec soin et en détail, parle par anticipation du Christ et de l'Eglise, soit dans

 

1. Gen. II, l, 2. — 2. Luc, XVI, 23. — 3. Gen. I, 27. — 4. Col. III, 10. — 5. Gen. II, 22. — 6. Jean, XIX, 34. — 7. Jean, VI, 54.

 

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les bons, soit dans les mauvais chrétiens. Ce n'est donc pas en vain que l'Apôtre a dit : « Adam qui est la figure de l'avenir (1) » ; et encore : « L'homme laissera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils seront deux en une seule chair. Ce sacrement est grand », ajoute l'Apôtre, « je dis dans le Christ et dans l'Eglise (2) ». Car qui ne voit que le Christ a ainsi laissé son Père, « lui qui, étant dans la forme de Dieu, n'a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu; mais qui s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'esclave (3) » ; qu'il a aussi quitté sa mère, la synagogue des Juifs, charnellement attachée à l'Ancien. Testament et qu'il s'est uni à l'Eglise, son épouse, afin d'être deux en une seule chair, dans la paix du Nouveau Testament ? En effet, comme il est Dieu dans le Père par qui nous avons été faits, il est devenu, par l'Incarnation, participant à notre nature, afin que nous puissions être un corps l'ayant pour chef.

 

 

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CHAPITRE IX. L'INFIDÉLITÉ DE CAÏN, IMAGE DE L'INFIDÉLITÉ DU PEUPLE JUIF.

 

Comme le sacrifice de Caïn, composé des fruits de la terre, est réprouvé, et que celui d'Abel, formé des brebis et de leur graisse, est accepté : ainsi la foi du Nouveau Testament, qui loue Dieu par l'innocence de la grâce, est préférée aux oeuvres terrestres de l'Ancien Testament ; parce que, quoique les Juifs les aient d'abord bien faites, ils sont cependant coupables d'infidélité pour n'avoir pas, à l'arrivée du Christ, distingué l'époque du Nouveau Testament de celle de l'Ancien. Dieu dit en effet à Caïn : « Si tu offres bien et que tu divises mal, tu pèches ». S'il avait écouté ce que Dieu lui disait : « Tiens-toi en repos; il se tournera contre toi et tu le domineras », il eût tourné le péché de son côté, en se l'attribuant et en le confessant devant Dieu; et, par là, aidé du secours de la grâce, il l'eût dominé, au lieu d'en être dominé, et il n'eût point tué son frère innocent, après être devenu l'esclave du péché (4). De même, si les Juifs, dont tout ceci était la figure, se fussent tenus en paix; si, reconnaissant que le temps du salut par la grâce pour la rémission des péchés était arrivé, ils eussent écouté le Christ qui

 

1. Rom. V, 14. — 2. Eph. V, 31, 32. — 3. Phil. II, 6, 7. — 4. Gen. IV, 3-8.

 

leur disait : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence (1) » ; et encore : « Quiconque commet le péché, est esclave du péché » ; puis : « Si le Fils vous met en liberté, vous serez vraiment libres (2)» si, dis-je, ils eussent écouté ces paroles, ils eussent tourné leur péché contre eux-mêmes en s'accusant et en disant au médecin, comme il est écrit dans le psaume : « J'ai dit: Seigneur, ayez pitié de moi ; guérissez mon âme, parce que j'ai péché contre vous (3) », et, devenus libres, ils eussent, par l'espérance de la grâce, dominé ce même péché tant qu'il était dans leur corps mortel. Mais maintenant, ignorant la justice de Dieu et voulant établir la leur (4), enflés des oeuvres de la loi, ne s'humiliant point de leurs péchés, ils n'ont pas trouvé le repos; et, le péché régnant dans leur corps mortel de manière à ce qu'ils obéissent à ses convoitises (5), ils se sont heurtés contre la pierre de l'achoppement (6); ils se sont enflammés de haine contre celui dont ils voyaient les oeuvres agréées de Dieu; ils se sont irrités, quand l'aveugle-né, qui voyait enfin, leur disait : « Nous savons que Dieu n'exauce point les pécheurs; mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, c'est celui-là qu'il exauce (7) », comme s'il leur eût dit Dieu ne regarde pas le sacrifice de Caïn, mais il regarde le sacrifice d'Abel. Ainsi Abel, le plus jeune, est tué par son frère aîné; le Christ, chef d'un peuple plus jeune, est mis à mort parle peuple Juif, plus ancien : l'un est tué dans la campagne, l'autre sur le Calvaire.

 

 

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CHAPITRE X. AUTRE RAPPROCHEMENT ENTRE CAÏN ET LE PEUPLE JUIF.

 

Dieu interroge Caïn, non comme un ignorant qui veut apprendre, mais comme un juge qui doit punir un coupable: il lui demande où est son frère. Caïn répond qu'il ne le sait pas et qu'il n'est pas son gardien, Jusqu'ici que nous répondent les Juifs, quand nous les interrogeons par la voix de Dieu, c'est-à-dire des saintes Ecritures, touchant le Christ, sinon qu'ils ne connaissent pas même celui que nous appelons le Christ? L'ignorance

 

1. Matt. IX, 12,13. — 2. Jean, VIII, 34, 36. — 4. Ps. XL, 5. — 5. Rom. X, 3. — 6. Id. VI, 12. — 7. Id. IX, 32. — 8. I Jean, IX, 31.

 

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de Caïn était feinte, la négation des Juifs est mensongère. Ils seraient en un sens les gardiens du Christ, s'ils avaient voulu recevoir et garder la foi chrétienne. Car celui qui garde le Christ dans son coeur, ne dit pas comme Caïn : « Est-ce que je suis le gardien de mon frère? — Dieu dit à Caïn : Qu'as-tu fait? La « voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi ». C'est ainsi que la voix de Dieu confond les Juifs dans les saintes Écritures. Car le sang du Christ a une voix puissante sur la terre, puisque, après l'avoir reçu, toutes les nations répondent : Ainsi soit-il. C'est là la voix claire de ce sang; voix qu'il fait lui-même entendre par la bouche des fidèles qu'il a rachetés.

 

 

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CHAPITRE XI. LA TERRE EST STÉRILE POUR CAÏN, ET LA PASSION DU CHRIST POUR LES JUIFS.

« Dieu dit à Caïn : Maintenant tu seras maudit par la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère, versé par ta main. Après que tu l'auras cultivée, elle refusera de te donner ses fruits; tu seras gémissant et tremblant sur la terre (1) ». Dieu ne dit pas: La terre est maudite; mais : « Tu seras maudit par la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère, versé par ta main ». En effet, le peuple juif infidèle est maudit par la terre, c'est-à-dire par l'Eglise, qui a ouvert sa bouche pour la confession des péchés, à l'effet de recevoir le sang du Christ, répandu, pour la rémission des péchés, de la main d'un persécuteur qui n'a pas voulu être sous la grâce, mais sous la loi, afin d'être maudit par l'Église, c'est-à-dire, afin que l'Église comprît et fit voir qu'il est maudit, suivant l'expression de l'Apôtre : « Tous ceux qui s'appuient sur les oeuvres de la loi, sont sous la malédiction de la loi (2) ». Ensuite, après avoir dit : « Tu seras maudit par la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir le sang de ton frère, versé par ta main », Dieu n'ajoute pas : Après que tu l'auras cultivée; mais il dit : «Après que tu auras cultivé la terre, elle refusera de te donner ses fruits ». D'où il suit qu'il n'est pas nécessaire d'entendre ces paroles en ce sens, que Caïn cultiverait la terre même qui avait ouvert sa bouche pour recevoir le sang

 

1. Gen. IV, 9,12. — 2. Gal. III, 10.

 

de son frère, versé par sa main ; mais il faut comprendre qu'il est maudit par cette terre, parce qu'il en cultive une qui cessera de lui donner des fruits; c'est-à-dire, l'Église reconnaît et fait voir que le peuple juif est maudit, parce que, après la mort du Christ; il observe encore la circoncision terrestre, le sabbat terrestre, les azymes terrestres, la pâque terrestre : toutes observances terrestres, qui ont une vertu secrète pour faire comprendre la grâce du Christ, laquelle n'est point accordée aux Juifs obstinés dans l'impiété et l'infidélité, parce qu'elle a été révélée par le Nouveau Testament; et comme ils ne passent point au Seigneur, on ne leur enlève pas le voile qui demeure dans la lecture de l'Ancien Testament, parce que dans le Christ seul disparaît, non la lecture de l'Ancien Testament, qui a une vertu cachée, mais le voile qui en dérobe l'intelligence (1). Voilà pourquoi, le Christ ayant souffert sur la croix, le voile du temple s'est déchiré (2), afin que, par la passion du Christ, les mystères des sacrements soient révélés aux fidèles qui viennent pour boire son sang, après avoir ouvert la bouche par la confession. Voilà pourquoi le peuple juif, à l'exemple de Caïn, cultive encore la terre, observe encore charnellement les prescriptions de la loi qui ne lui donne point ses fruits, parce qu'il ne comprend pas la grâce du Christ contenue en elle. Voilà pourquoi sur cette même terre que le Christ a portée, c'est-à-dire dans sa chair, ils ont eux-mêmes opéré notre salut en crucifiant le Christ, qui est mort pour nos péchés. Et cette même terre ne leur a point donné ses fruits, parce qu'ils n'ont pas été justifiés par la vertu de la résurrection de celui qui est ressuscité pour notre justification (3) ; parce que, « quoiqu'il ait été crucifié dans sa faiblesse, il vit cependant par la puissance de Dieu », comme le dit l'Apôtre (4). C'est donc là la vertu de cette terre, que le Christ ne manifeste point aux impies ni aux incrédules. Aussi, après sa résurrection, n'a-t-il point apparu à ceux qui l'avaient crucifié; c'est Caïn cultivant la terre pour y semer du grain, et cette même terre ne lui faisant pas voir l'effet de sa puissance: « Après que tu l'auras cultivée », est-il écrit, « elle refusera de te donner ses fruits ».

 

1. II Cor. III, 14, 16. — 2. Matt. XXVII, 51. — 3. Rom. IV, 25. — 4. II Cor. XIII, 4.

 

 

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CHAPITRE XII. CA1N NE SERA PAS TUÉ, NI LE PEUPLE JUIF EXTERMINÉ.

 

« Tu seras gémissant et tremblant sur la terre ». Qui ne voit aujourd'hui, qui ne reconnaît que ce peuple, en quelque lieu de la terre qu'il soit dispersé, gémit et s'attriste d'avoir perdu l'empire, et tremble sous une multitude de peuples chrétiens? Aussi Caïn dit-il dans sa réponse: « Mon iniquité est trop grande ; si vous me rejetez aujourd'hui de la face de la terre, je fuirai aussi votre présente, je serai gémissant et tremblant sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera ». Il gémit vraiment et tremble qu'après avoir perdu un royaume terrestre, il ne soit encore frappé de mort temporelle. Ce mal lui paraît plus grand que d'être privé du fruit de la terre qui l'empêcherait de mourir spirituellement. Car il a des goûts charnels et il ne redoute de fuir la présence de Dieu, c'est-à-dire d'être l'objet de sa colère, que parce qu'il craint d'être tué par quiconque le rencontrera. Il a des goûts charnels, parce qu'il cultive une terre dont il ne recueille pas les fruits. Or, goûter les choses de la chair, c'est la mort (1). Mais ne comprenant pas cette mort, il gémit d'avoir perdu l'empire et craint la mort corporelle. Or, que lui répond le Seigneur? « Il n'en sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Caïn, sera puni sept fois » ; c'est-à-dire, ce ne sera pas comme tu dis : la race impie des Juifs charnels ne mourra pas de mort corporelle. Car quiconque les exterminera en ce sens sera puni sept fois, c'est-à-dire les délivrera des sept vengeances qu'ils ont méritées pour avoir rais le Christ à mort; afin que, dans tout le cours des siècles, figuré par sept jours, la race juive ne périssant pas, les fidèles chrétiens voient clairement quel esclavage elle a mérité pour avoir, dans l'orgueil de sa puissance, mis le Seigneur à mort.

 

 

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CHAPITRE XIII. .CONTINUATION DU PARALLÈLE ENTRE CAÏN ET LE PEUPLE JUIF. IMPIÉTÉ DES MANICHÉENS IMITATEURS DE CAÏN.

 

« Et le Seigneur mit un signe sur Caïn, afin que quiconque le trouverait ne le tuât pas (2) ». C'est vraiment une chose prodigieuse que

 

1. Rom. VIII, 6. — 2. Gen. IV, 13,15.

 

toutes les nations qui ont été subjuguées par les Romains, aient adopté la religion de ce peuple et embrassé son culte et ses rites sacrilèges; et que le peuple Juif soit sous des rois païens, soit sous des princes chrétiens, n'ait jamais perdu le signe de sa loi, qui le distingue de tous les autres peuples ; et que tout empereur ou roi qui les trouve dans ses Etats, les y trouve avec ce signe et ne les tue point, c'est-à-dire ne fait rien pour qu'ils ne soient plus juifs, séparés de la communion des autres nations par le signe certain et particulier de leur culte ; à moins que quelqu'un d'entre eux ne passe au Christ, pour cesser d'être Caïn, ne pas fuir la présence de Dieu et ne pas habiter la terre de Naïd, qui signifie, dit-on, ébranlement. C'est pour conjurer ce mal que le Psalmiste fait cette prière : « Ne permettez pas que mes pieds chancellent ! »; et encore : « Que les mains des pécheurs ne m'ébranlent pas (2) ; mes oppresseurs triompheront si je suis ébranlé (3) ; le Seigneur est à ma droite, pour que je ne sois pas ébranlé (4) », et beaucoup d'autres passages de ce genre : mal qu'éprouvent tous ceux qui se soustraient à la présence de Dieu, c'est-à-dire à la miséricorde de son amour. Voilà pourquoi on lit dans le même psaume : « Et moi j'ai dit à l'heure de l'abondance : Je ne serai jamais ébranlé pour toujours ». Mais voyez ce qui suit : « Seigneur, il vous a plu de donner de la force à ma vertu ; puis vous avez détourné votre face et j'ai été troublé (5)». On comprend ainsi que c'est par la participation à la lumière divine, et non par elle-même, que toute âme est belle, agréable et vertueuse. Si les Manichéens considéraient cela et le comprenaient, ils ne tomberaient pas dans une telle impiété que de se croire la nature et la substance de Dieu. Mais ils ne le peuvent pas, parce qu'ils ne sont pas en repos, car ils ne connaissent pas le sabbat du coeur. S'ils étaient en repos, ils tourneraient, comme on le disait à Caïn, leur péché contre eux-mêmes, c'est-à-dire ils se l'imputeraient, et non à je ne sais quel peuple des ténèbres; et ainsi, par la grâce de Dieu, ils domineraient ce même péché. Mais, en résistant à la vérité, ils fuient, eux et tous ceux qui s'obstinent dans diverses erreurs, ils fuient la présence de Dieu comme Caïn, comme les Juifs maudits; ils habitent

 

1. Ps. LXV, 9. — 2. Id. XXXV, 12. — 3. Id. XII, 5. — 4. Id. XXIX, 7, 3. — 5. Id. XXIX, 7, 8.

 

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la terre d'ébranlement, c'est-à-dire dans le trouble de la chair, qui est à l'opposite de la joie de Dieu, c'est-à-dire contre Eden (1) (festin, selon les interprètes), là où est planté le paradis. Je ne dirai plus que peu de mots sur ce vaste sujet, pour ne pas prolonger outre mesure ma réponse et retarder la marche de cet ouvrage.

 

 

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CHAPITRE XIV. HÉNOCH, NOÉ. SIGNIFICATION MYSTIQUE DE L'ARCHE.

 

Pour passer sous silence bien dies choses d'autant plus douces à considérer qu'elles sont dégagées de passages plus obscurs, mais qui cependant exigent de longues dissertations, parce qu'il faut les appuyer sur un plus grand nombre de témoignages, pour laisser, dis-je, ces sujets de côté, qui ne serait excité à chercher et à découvrir le Christ dans ces livres ? qui n'éprouverait le besoin d'une foi salutaire en voyant Hénoch, le sixième à partir d'Adam, agréé du Seigneur et enlevé au ciel (2) ? et l'institution du septième jour, auquel appartient quiconque est formé, par l'avènement du Christ, dans le sixième âge du monde qui en est comme le sixième jour ? En voyant Noé sauvé avec sa famille par l'eau et parle bois (3), figure de la famille du Christ marquée, par le baptême, de la passion de la croix? Et l'arche faite de bois équarris, comme l'Église est construite de saints toujours prêts à toute sorte de bonnes oeuvres (4) ? Car un objet carré se tient ferme, de quelque côté qu'on le tourne. Et comme l'arche, à l'instar du corps humain, est six fois aussi longue qu'elle est large, et dix fois aussi longue qu'elle est haute, elle indique l'apparition du Christ dans un corps humain. Et si sa largeur est de cinquante coudées, c'est la figure de ce que dit l'Apôtre : « Notre coeur s'est dilaté (5) ». Et comment dilaté, sinon pat la charité spirituelle ? C'est pourquoi le même Apôtre dit encore: « La charité de Dieu est répandue en nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été adonné (6) ».Car c'est le cinquantième jour après sa résurrection que le Christ a envoyé le Saint-Esprit, par lequel il a dilaté les coeurs des croyants (7). L'arche est longue de trois cents coudées, afin de former six fois cinquante : de même que toute la durée des siècles est comprise

 

1. Gen. IV, 16. — 2. Id. V, 24. — 3. Id. VII, 23. — 4. II Tim. II, 21. — 5. II Cor. VI, 11. — 6. Rom. V, 5. — 7. Act. II, 1-4.

 

en six âges, pendant lesquels le Christ n'aura jamais cessé d'être prêché : prédit pendant les cinq premiers, par les prophètes, et annoncé, pendant le sixième, par l'Évangile. Elle est haute de trente coudées, nombre renfermé dix fois dans celui de la longueur ; parce que notre hauteur c'est le Christ, qui, à l'âge de trente ans, a consacré la doctrine évangélique, en affirmant qu'il était venu accomplir la loi, et non la détruire (1).Or, le coeur de la loi se révèle dans les dix préceptes: voilà pourquoi la longueur de l'arche est dix fois trente, et pourquoi Noé est le dixième descendant d'Adam (2). Si les bois de l'arche sont unis par du bitume en dedans et en dehors (3), c'est pour figurer la tolérance de la charité dans la composition de l'unité, laquelle empêche que, quand les scandales affligent l'Église, soit de la part de ceux qui sont au dedans, soit de la part de ceux qui sont au dehors, l'union fraternelle ne soit détruite et le lien de la paix ne soit brisé. En effet, le bitume est un ciment très-brûlant et très-fort, qui signifie l'ardeur de la charité, laquelle déploie une grande énergie à tout supporter pour maintenir la société spirituelle.

 

 

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CHAPITRE XV. AUTRE SIGNIFICATION SYMBOLIQUE DE L'ARCHE DE NOÉ.

 

Comme l'arche contient des animaux de toute espèce, ainsi l'Église renferme toutes les nations, figurées par la nappe qui fut montrée en vision à Pierre. S'il s'y trouve des animaux mondes et immondes (4), c'est que les bons et les méchants participent aux sacrements de l'Église. S'il y à sept couples d'animaux mondes et deux d'animaux immondes (5), ce n'est pas parce que les méchants sont en plus petit nombre que les bons, mais c'est que les bons maintiennent l'unité d'esprit dans le lien de la paix. Or, la divine Écriture nous représente l'Esprit-Saint dans sept opérations diverses : la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu e. C'est pourquoi le nombre de cinquante jours, fixé pour la descente du Saint-Esprit, se forme de sept fois sept qui forment quarante-neuf, auxquels on ajoute un, ce qui fait dire à l'Apôtre : « Appliqués à conserver l'unité d'esprit, par le lien de la paix (6) ». Quant aux méchants,

 

1. Matt. V, 17. — 2. Gen. V ; Luc, III, 36-38. — 3. Id. VI, 14, 15. — 4. Act. X, 11, 12. — 5.  Gen. VII, 2. — 6. Is. XI, 2, 3. — 7. Eph. IV, 3.

 

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le nombre deux, qui les figure, les fait voir enclins aux schismes, et en quelque sorte divisibles. Si Noé forme le nombre huit avec sa famille, c'est parce que l'espérance de notre résurrection s'est manifestée dans le Christ, qui est ressuscité des morts le huitième jour, c'est-à-dire le premier jour après le septième qui était le sabbat : jour qui était le troisième après sa passion, mais qui devint tout à la fois le huitième et le premier dans le nombre des jours qui forment la succession des temps.

 

 

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CHAPITRE XVI. L'ARCHE, FIGURE DE L'ÉGLISE.

 

Si, l'arche étant achevée, on y pratique en haut une ouverture d'une coudée, c'est que l'Église, qui est le corps du Christ, s'élève et se complète dans l'unité. Aussi lit-on dans l'Évangile : « Celui qui ne rassemble pas avec moi, disperse (1) ». Si on fait une porte au côté de l'arche, c'est que personne ne peut entrer que par le sacrement de la rémission des péchés, lequel a découlé du côté ouvert du Christ. Si on construit au bas de l'arche des compartiments à deux et à trois divisions, c'est pour indiquer que l'Église recueille, parmi toutes les nations, une multitude divisée en deux, à cause de la circoncision et de l'incirconcision; ou en trois, à cause des trois fils de Noé, dont la postérité remplit l'univers. On parle ici du bas de l'arche, parce que la diversité des nations ne subsiste que dans cette vie terrestre, et qu'en haut, nous sommes tous consommés dans l'unité. Et la variété a disparu, parce que le Christ est tout et dans tous, et que, dans une seule coudée, il nous rassemble tous en haut par l'unité céleste.

 

 

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CHAPITRE XVII. LE DÉLUGE, IMAGE DU BAPTÊME.

 

Le déluge arrive sept jours après l'entrée de Noé dans l'arche, parce que nous sommes baptisés dans l'espoir de l'éternel repos qui est figuré par le septième jour. Et si, en dehors de l'arche, toute chair vivant sur la terre périt par le déluge, c'est parce que, en dehors de la société de l'Église, l'eau du baptême, bien que la même, non-seulement ne procure pas le salut, mais- donne plutôt la mort. Si la pluie tombe quarante jours et quarante nuits (2),

 

1. Matt. XII, 30. — 2. Id. VII, 17, 23.

 

c'est que toute tache de péché commis contre les dix commandements de la loi, dans toute l'étendue de la terre qui est formée de quatre éléments (en effet, dix, multiplié par quatre, donne quarante); soit qu'elle ait été contractée dans la prospérité, figurée par les jours, soit qu'elle ait été contractée dans l'adversité, représentée par les nuits, est effacée par le sacrement du baptême céleste.

 

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CHAPITRE XVIII. RAPPROCHEMENT ENTRE L'AGE DE NOÉ ET LES AGES DU MONDE.

 

Pourquoi Noé avait-il cinq cents ans quand Dieu lui ordonna de construire l'arche, et six cents ans quand il y entra (1) (ce qui laisse entendre qu'il mit cent ans à cet ouvrage), sinon parce que chaque centaine d'années signifie ici un des âges du monde? Voilà pourquoi le sixième âge, qui est marqué par l'augmentation de cinq cents à six cents, construit l'Église par la prédication évangélique. Ainsi celui qui aspire à la vie doit être comme un bois équarri, prêt à toute sorte de bonnes oeuvres, et entrer dans la sainte construction; parce que le second mois de la six centième année, où Noé entra dans l'arche, désigna ce même âge, le sixième du monde; car deus mois sont renfermés dans le nombre soixante; et c'est le nombre six qui donne son nom à soixante, à six cents, à six mille, à soixante, mille, à six cent mille, à six cent fois, et ainsi de suite jusqu'à l'infini, à toute multiplication qui le prend pour point de départ.

 

 

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CHAPITRE XIX. LE JOUR OU L'ARCHE S'ARRÊTA; LA HAUTEUR DES EAUX DU DÉLUGE; LEURS SIGNIFICATIONS SYMBOLIQUES.

 

Le vingt-septième jour du mois que l'on mentionne, se rattache à la signification de la forme carrée, dont il a été parlé à propos de l'arche. Mais ici, le sens en est plus évident, parce que c'est une Trinité qui nous perfectionne, quand nous avons été préparés pour toute bonne oeuvre et en quelque sorte équarris : dans la mémoire, pour nous souvenir de Dieu; dans l'intelligence, pour le connaître; dans la volonté, pour l'aimer. Car trois, multiplié par trois, et leur produit, multiplié par

 

1. Gen. V, 31; VII, 6.

 

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trois, forment vingt-sept, qui est le carré du nombre ternaire. L'arche s'arrêta, c'est-à-dire

se reposa le septième mois (1) : c'est encore une figure du repos du septième jour. Et comme les parfaits goûtent le repos, on retrouve encore là le nombre de ce carré : car ce mystère a été indiqué par le vingt-septième jour du second mois, et l'indication est confirmée par le vingt-septième jour du septième mois, celui où l'arche s'est reposée ; en effet, ce qui a été promis en espérance, est donné en réalité. Or, comme le repos du septième jour ne fait qu'un avec la résurrection du huitième jour (car le corps une fois recouvré, le repos des saints après cette vie ne finit plus; mais l'homme tout entier, non plus en espérance, mais en réalité; renouvelé en tout sens par le salut parfait de l'immortalité et dans son esprit et dans son corps, est absorbé dans le bonheur de la vie éternelle), comme, dis-je, le repos du septième jour se confond avec la résurrection du huitième jour : c'est là le haut et profond mystère qui s'accomplit dans le sacrement de notre régénération, c'est-à-dire dans le baptême. L'eau s'est élevée jusqu'à dépasser de quinze coudées le sommet des montagnes : cela veut dire que ce sacrement dépasse toute la sagesse des orgueilleux. En effet, sept et huit font quinze. Et comme septante prend son nom de sept, et quatre-vingts de huit, ces deux nombres réunis forment les cent cinquante jours pendant lesquels l'eau s'est élevée, et nous signalent encore et nous confirment la hauteur du, baptême dans la consécration du nouvel homme pour maintenir la foi du repos et de la résurrection.

 

 

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CHAPITRE XX. CE QUE REPRÉSENTENT LE CORBEAU ET LA COLOMBE ENVOYÉS HORS DE L'ARCHE.

 

Après quarante jours, le corbeau fut lâché et ne revint pas, soit qu'il en eût été empêché par les eaux, soit qu'il eût été alléché par quelque cadavre nageant à leur surface. Ceci S'applique aux hommes dégradés par l'immonde cupidité et, par là, trop ardents pour les objets du dehors, pour les Choses du monde, ou enclins à se faire rebaptiser, ou à se laisser séduire et retenir par ceux que tue le baptême en dehors de l'arche, c'est-à-dire

 

1. Gen. VIII, 4, 14. —2. Id. VII, 20.

 

de l'Église. Si la colombe est lâchée et revient, pour n'avoir pas trouvé un lieu de repos, cela nous fait voir que le Nouveau Testament ne promet pas aux saints le repos en ce monde. En effet, elle a été lâchée après quarante jours, et ce nombre est le symbole de la vie présente. Renvoyée sept jours après, elle rapporta un rameau fécond d'olivier, image de l'opération spirituelle des sept dons : pour indiquer que quelques-uns, même de ceux qui sont baptisés en dehors de l'Église, peuvent être amenés à l'unité sur le tard, c'est-à-dire vers le soir, par la bouche de la colombe comme par le baiser de paix, pourvu toutefois que l'onction de la charité ne leur fasse pas défaut. Renvoyée encore une fois sept jours plus tard, elle n'est pas revenue (1) : ce qui signifie la fin des siècles, quand viendra le repos des saints, non plus dans le sacrement de l'espérance, qui forme le lien de l'Église en ce temps, lorsqu'on boit ce qui a coulé du côté du Christ; mais dans la perfection même du salut éternel, quand le royaume sera remis à Dieu et au Père (2), en sorte que, dans la claire contemplation de l'immuable vérité, nous n'ayons plus besoin d'aucun symbole matériel.

 

 

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CHAPITRE XXI. IMPOSSIBILITÉ DE TOUT DIRE SUR CE SUJET.

 

En y mettant même toute la brièveté que j'ai mise à parcourir ces points, il serait trop long de toucher à tout : de dire, par exemple, pourquoi c'est la six cent et unième année de Noé, c'est-à-dire après les six cents ans achevés, que l'arche s'ouvre et que le mystère jusque là caché se révèle; pourquoi on dit que la terre se dessécha le vingt-septième jour du second mois (3), comme si le baptême eût cessé d'être nécessaire, après le nombre de cinquante-sept jours (car le cinquante-septième jour est précisément le vingt-septième du second mois, nombre formé de l'union de l'esprit et du corps, et renfermant sept fois huit, plus un, à cause du lien de l'unité) ; pourquoi ceux qui étaient entrés séparés dans l'arche, en sortirent réunis; car il avait été dit que Noé entra dans l'arche, et ses fils, et sa femme et les femmes de ses fils (4): les hommes et les femmes mentionnés à part. En effet, tant que dure ce sacrement,

 

1. Gen. VIII, 6-12. — 2. I Cor. XV, 24. — 3. Gen. VIII, 13, 14. — 4. Id. VII, 7.

 

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la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair (1). Or, Noé sort avec sa femme, ses fils, et les femmes de ses fils (2), mentionnés tous ensemble, hommes et femmes; parce que, à la fin des siècles et à la résurrection des justes, le corps sera uni à l'esprit dans une paix entière et parfaite, à l'abri de tous les besoins de la mortalité et des résistances de la convoitise. C'est pourquoi, bien qu'il soit entré dans l'arche des animaux mondes et immondes ; au sortir de l'arche, on n'offre en sacrifice à Dieu que des animaux mondes (3).

 

 

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CHAPITRE XXII. AUTRES SIGNES SYMBOLIQUES INDIQUÉS EN PASSANT.

 

Ensuite, quand Dieu parle à Noé, et dessine la figure de l'Eglise, comme si le monde commençait à nouveau (car il fallait que les mêmes choses fussent exprimées de bien des manières), que signifie ce fait que la race de ce patriarche est bénie pour remplir la terre ; qu'il lui est permis de manger de tous les animaux, comme il fut dit à Pierre dans la vision de la nappe : « Tue et mange (1) » ; qu'il faut faire couler le sang avant de manger, pour indiquer qu'il ne doit point étouffer dans sa conscience, sa vie passée, mais la répandre en quelque sorte par la confession; que Dieu a établi, comme pacte entre lui et les hommes et tout être vivant, qu'il s'engage à ne.plus détruire par le déluge, un arc qui apparaît dans les nues (2), et ne brille jamais que de la lumière du soleil? C'est qu'ils ne périssent pas dans le déluge et séparés de l'Eglise, ceux qui reconnaissent la gloire du Christ dans les Prophètes et dans tous les livres saints comme dans des nuages, et ne cherchent point leur gloire propre. Mais que ceux qui adorent le soleil matériel ne s'enorgueillissent plus et qu'ils sachent que le Christ est parfois désigné par le soleil, par un lion, par un agneau, par une pierre, simplement en forme de comparaison, et non dans le sens littéral.

 

 

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CHAPITRE XXIII. NOÉ, FIGURE DU CHRIST; CHAM, DU PEUPLE JUIF.

 

Noé, enivré du jus de la vigne qu'il a plantée, est à découvert dans sa tente (2). Qui ne reconnaît

 

1. Gal. V, 17. — 2. Gen. VIII, 18. — 3. Ib. 20. — 4. Act. X, 13. — 5. Gen. IX, I, 17. — 6. Ib. 20-23.

 

 

là le Christ souffrant au milieu de son peuple? En effet, sa chair mortelle fut alors dépouillée, scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils, mais, pour ceux qui sont appelés, soit Juifs, soit Gentils, comme Sem et Japhet, vertu de Dieu et sagesse de Dieu : car ce qui est faiblesse en Dieu est plus fort que les hommes (1). Ainsi, dans ces deux enfants, le plus vieux et le plus jeune, sont figurés deux peuples, qui portent un vêtement en marchant en arrière, à savoir le sacrement de la passion du Seigneur déjà passée et accomplie, et ils ne voient point la nudité de leur père, parce qu'ils n'ont point consenti à sa mort, et cependant, ils le couvrent d'un voile par respect, parce qu'ils savent d'où ils sont nés. Mais le fils qui est entre les deux, c'est-à-dire le peuple juif (qui est entre les deux parce que, d'une part, il n'a point maintenu la primauté des Apôtres, et que de l'autre, il n'a point été le dernier à croire parmi les peuples), a vu la nudité de son père, puisqu'il a consenti à la mort du Christ; il en a porté au dehors la nouvelle à ses frères : car c'est par lui qu'a été révélé et en quelque sorte publié, le secret contenu dans les prophéties, et c'est pourquoi il est devenu l'esclave de ses frères. En effet, qu'est-ce que ce peuple, même aujourd'hui, sinon le garde des archives des chrétiens, le porte-faix de la loi et des Prophètes en témoignage de la prédication de l'Eglise, afin que nous honorions par le sacrement ce qu'il proclame par la lettre ?

 

 

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CHAPITRE XXIV. SEM ET JAPHET REPRÉSENTENT L'ÉGLISE. APOSTROPHE AUX MANICHÉENS, ENFANTS DE CHAM.

 

Mais qui ne sera excité, ou même formé à la foi, ou confirmé en elle, en voyant la bénédiction accordée aux deux fils qui ont voilé par respect la nudité de leur père, quoi que en se détournant, comme des hommes mécontents de l'effet de la vigne maudite? « Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! » s’est-il dit. Car bien qu'il soit le Dieu de toutes les nations, cependant il a adopté pour ainsi dire comme nom propre, même chez les nations d'alors, le nom de Dieu d'Israël. Et d'où vient cela, sinon de la bénédiction accordée à Japhet? Car l'Eglise a rempli le monde entier par là multitude des nations ! C'était

 

1. I Cor. I, 23-25.

 

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cela, certainement cela, que signifiaient ces paroles prophétiques : « Que Dieu étende les possessions de Japhet, et qu'il habite dans les tentes de Sem (1) ». Voyez, Manichéens, voyez : voilà que l'univers entier est sous vos yeux : vous êtes frappés de stupeur, vous êtes affligés à la vue de nos peuples, parce que Dieu étend les possessions de Japhet. Voyez s'il n'habite pas dans les tentes de Sem, c'est-à-dire dans les églises construites par les Apôtres, enfants des Prophètes. Ecoutez ce que disait déjà Paul aux nations fidèles : « Vous qui étiez en ce temps-là sans Christ, séparés de la société d'Israël, étrangers aux Testaments, n'ayant point l'espérance de la promesse, et sans Dieu en ce monde». Ces paroles prouvent que Japhet n'habitait pas encore dans les tentes de Sem. Mais voyez ensuite comme l'Apôtre conclut peu après : « Vous n'êtes donc plus des hôtes et des étrangers, mais des concitoyens des saints, et de la maison de Dieu; bâtis sur le fondement des Apôtres et des Prophètes, le Christ Jésus étant lui-même la pierre principale de l'angle (2) ». Voilà comment Japhet étend ses possessions et habite dans les tentes de Sem. Et cependant, vous avez en main les épîtres des Apôtres où sont consignés ces témoignages vous les lisez, vous les prêchez. Où vous placerai-je donc, sinon dans ce mur mitoyen maudit où le Christ n'est pas la pierre angulaire? Car nous ne vous reconnaissons pas pour être du mur qui est passé de la circoncision à la foi au Christ et dont étaient les Apôtres; ni de celui qui vient de l'incirconcision, dont font partie tous les gentils, qui se rencontrent dans l'unité d'une même foi, comme dans la paix de la pierre angulaire. Néanmoins, tous ceux qui admettent et lisent certains de nos livres canoniques, où l'on voit que le Christ est né et a souffert comme homme, et ne couvrent cependant point, par l'association et le sacrement de l'unité, cette même chair mortelle mise à nu dans la passion, mais proclament dans la science de la piété et de la charité, ce dont nous tirons tous notre origine : ceux-là, dis-je, quoique ils ne s'entendent point entre eux, que les Juifs soient séparés des hérétiques, et les hérétiques les uns des autres, sont cependant utiles à l'Eglise, ou comme témoins, ou comme preuves, et sont tous pour elle dans la même

 

1. Gen. IX, 26, 27. — 2. Eph. II, 12, 19, 20.

 

condition d'esclavage. Car c'est des hérétiques qu'il a été dit : « Il faut qu'il y ait même des hérésies, afin qu'on découvre ceux d'entre vous qui sont éprouvés (1) ». Allez donc maintenant, et calomniez nos anciens livres sacrés; faites cela, fils de Cham, devenus esclaves; allez, vous qui avez méprisé dans sa nudité la chair dont vous êtes nés: car vous ne pourriez en aucune façon vous dire chrétiens, si le Christ n'avait été prédit par les Prophètes, n'était pas venu au monde, n'avait pas bu le fruit de sa vigne, ce calice qui ne put passer loin de lui; s'il n'eût dormi dans sa passion, comme dans l'ivresse d'une folie qui est plus sage que les hommes, et qu'ainsi l'infirmité de la chair mortelle n'eût été mise à nu par un secret dessein de Dieu : chair plus forte que les hommes, et sans laquelle (c'est-à-dire si le Verbe de Dieu ne s'en fût revêtu) le nom même de chrétien, dont vous êtes si fiers, n'existerait pas sur la terre. Mais faites, je vous le répète : montrez par dérision ce que nous honorons de nos respects; que l'Eglise se serve de vous comme d'esclaves, afin qu'on découvre ceux de ses enfants qui sont éprouvés. Les Prophètes lui ont si peu caché ce qu'elle devait avoir à souffrir, que nous vous retrouvons dans leurs pages, en vos lieux et place, bouffis d'une misérable vanité, fatale aux réprouvés qu'elle séduit, mais utile pour la n1anifestation des fidèles éprouvés.

 

 

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CHAPITRE XXV. ABRAHAM, ISAAC, LE BÉLIER, FIGURES DU CHRIST.

 

Vous dites que le Christ n'a point été prédit par les Prophètes israélites; et toutes leurs pages sont pleines de prédictions qui le concernent, si vous vouliez les étudier avec piété, au lieu de les censurer avec légèreté. Qui donc, dans la personne d'Abraham, sort de sa terre et de sa parenté pour s'enrichir chez les étrangers (2), sinon Celui qui, abandonnant sa terre et sa parenté juive, dont il est né selon la chair, obtient chez les nations cette autorité et cet empire que nous lui voyons? Qui dans la personne d'Isaac, a porté le bois de son sacrifice (3), sinon celui qui a porté lui-même la croix, instrument de sa passion ? Quel était ce bélier à immoler et embarrassé dans un buisson par ses cornes, sinon celui

 

1. I Cor. XI, 19. — 2. Gen. XII, 1-3. — 3. Id. XXII, 6.

 

 

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qui, devant être immolé pour nous, a été attaché au gibet de la croix ?

 

CHAPITRE XXVI. JACOB ET L'ÉCHELLE MYSTÉRIEUSE, IMAGES DU CHRIST.

 

Et celui qui, sous la forme d'un ange, lutte avec Jacob, et, plus faible et vaincu, bénit, d'une part, son vainqueur, et de l'autre, lui touche le nerf de la cuisse et le rend boiteux (1), quel est-il, sinon celui qui s'est laissé vaincre par le peuple d'Israël et a béni ceux de ce peuple qui ont cru en lui? Or, la cuisse de Jacob, a boité dans la multitude de cette nation charnelle. Quelle est cette pierre posée sous la tête de Jacob et qu'il arrose d'huile comme pour lui donner un nom propre, sinon le Christ, chef de l'homme? Car qui ne sait que Christ veut dire oint? Le Seigneur lui-même a rappelé ce trait dans l'Evangile et fait voir très-clairement que cette figure le concernait, lorsque, ayant dit que Nathanaël était un vrai Israélite, en qui il n'y avait point d'artifices, et celui-ci, la tête, pour ainsi dire, posée sur cette pierre, et l'arrosant en un sens par sa confession, c'est-à-dire confessant que c'était le Christ : le Seigneur rappela à ce propos ce que vit alors Jacob qui fut appelé Israël par bénédiction : « En vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'homme (2) ». En effet, Israël avait vu, quand il avait la tête sur la pierre, des échelles dressées de la terre au ciel, par lesquelles les anges de Dieu montaient et descendaient (3). C'était la figure des évangélistes, prédicateurs du Christ, qui montent en effet quand ils s'élèvent au-dessus de toute créature pour comprendre la grandeur infinie de la divinité, et la trouver au commencement Dieu dans Dieu, par qui tout a été fait; puis descendent, pour retrouver ce Dieu formé d'une femme, soumis à la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi (4). Car en lui il y a des échelles dressées de la terre au ciel, de la chair à l'esprit; parce que en lui les hommes charnels, en profitant et comme en montant deviennent spirituels; et pour les nourrir de lait, les hommes spirituels eux-mêmes descendent en quelque sorte, puisqu'ils ne peuvent pas leur parler

 

1. Gen. XXXII, 24-3l. — 2. Jean. I, 47-51. — 3. Gen. XXVIII, 11-18. — 4. Gal. IV, 4, 5.

 

comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels (1). Ainsi l'on monte et l'on descend sur le fils de l'homme. En effet, le fils de l'homme est en haut, dans notre chef, qui est le Sauveur lui-même; et le fils de l'homme est en bas dans son corps, qui est l'Eglise. Et nous entendons qu'il est aussi l'échelle, puisqu'il a dit lui-même : « Je suis la voie (2) ». On monte donc jusqu'à lui, pour le comprendre dans les hauteurs, et on descend vers lui, pour nourrir les petits enfants dans ses membres. Par lui on monte et on descend : car c'est à son exemple que ses prédicateurs, non-seulement s'élèvent pour le voir en haut, mais aussi s'abaissent pour l'annoncer dans la mesure voulue. Voyez l'Apôtre monter : « Si nous sommes emportés hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu ». Voyez-le descendre : «.Si nous sommes plus retenus, c'est pour vous ». Qu'il nous dise aussi par qui il est monté et descendu : « La charité du Christ nous presse, considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts; et il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux; mais pour celui qui est mort pour eux et qui pour eux est ressuscité (3)».

 

 

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CHAPITRE XXVII. MALHEUR DE CEUX QUI NE GOUTENT PAS LES ÉCRITURES; BONHEUR DE CEUX QUI LES GOÛTENT.

 

Celui qui ne goûte aucune joie à contempler ces tableaux que nous offrent les saintes Ecritures, ne supporte plus la saine doctrine et se tourne vers les fables (4). Et ces fables chatouillent agréablement et de diverses manières des âmes restées puériles à tous les âges de la vie; mais nous, qui sommes le corps du Christ, reconnaissons notre voix dans ces paroles du Psalmiste: « Les impies m'ont raconté leurs fables; mais elles ne sont pas comme votre loi (5) ». Quand je parcours ces livres, quand je lis avec ardeur ces Ecritures, à la sueur du travail auquel l'homme est condamné, le Christ m'apparaît partout, ou visiblement, ou dans le mystère, et il me restaure ; par la difficulté même que j'éprouve à le trouver, il enflamme mon désir, afin que je dévore plus avidement ce que je trouve et que je conserve pour mon salut ce qui a pénétré la moelle de mes os.

 

1. I Cor. III, 1-3.— 2. Jean, XIV, 8. — 3. II Cor. V, 13-15. — 4. II Tim. IV, 3, 4. — 5. Ps. CVIII, 85.

 

 

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CHAPITRE XXVIII. JOSEPH, LA VERGE DE MOÏSE, SYMBOLES DU CHRIST.

 

C'est lui-même qui s'offre à moi dans la personne de Joseph, présenté et vendu par ses frères, puis, après les heures d'épreuve, honoré en Egypte (1). Nous avons vu, en effet, les épreuves du Christ dans ce monde (dont l'Egypte était le symbole), par les diverses souffrances des martyrs ; et maintenant nous voyons le Christ honoré dans ce même monde, et amenant tout à ses pieds par la distribution de son froment. C'est le Christ que je vois dans la verge de Moïse, qui, jetée à terre, devient serpent, et figure la mort de la terre, causée par le serpent. Mais le serpent, saisi par la queue, redevient verge (2), pour nous apprendre qu'à la fin, après avoir achevé son oeuvre, le Christ reprend sa première forme en ressuscitant, quand, la mort étant détruite par la réparation de la vie, il ne reste plus rien du serpent. Nous aussi, qui sommes son corps, nous suivons dans cette même mortalité la pente glissante du temps ; mais à la fin, la queue du siècle, pour ainsi dire, étant saisie par la main, c'est-à-dire par la puissance du jugement, pour ne plus retomber, nous serons restaurés, et la mort, le dernier ennemi, étant détruite, nous ressusciterons (3) et nous serons la verge royale dans la droite de Dieu.

 

 

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CHAPITRE XXIX. SIGNIFICATION MYSTIQUE DE LA SORTIE D'ÉGYPTE, DE LA PIERRE, DE LA MANNE, DE LA NUÉE.

 

Quant à la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, ce n'est plus moi, mais l'Apôtre qui prend la parole : « Car je ne veux pas que vous ignoriez, mes frères, que nos pères ont été tous sous la nuée et qu'ils ont tous passé la mer; qu'ils ont tous été baptisés sous Moïse, dans la nuée et dans la ruer; qu'ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle et qu'ils ont tous bu le même breuvage spirituel; car ils buvaient de la pierre spirituelle qui les suivait: or, cette pierre était le Christ (4) ». En n'exposant qu'un point, il a donné la clef du reste. Car si le Christ est pierre à cause de sa fermeté, pourquoi ne serait-il pas manne, c'est-à-dire le pain vivant

 

1. Gen. XXVII-XLVII. — 2. Ex. IV, 2-4. — 3. I Cor. XV, 26. — 4. Id. X, 1-4.

 

descendu du ciel (1), qui donne la vie spirituelle à ceux qui le mangent réellement? Car les Juifs, pour avoir pris l'ancienne figure dans le sens charnel, sont morts. Mais quand l'Apôtre dit : « Ils ont mangé la même nourriture spirituelle », il fait voir qu'on doit l'entendre du Christ dans le sens spirituel; de même qu'il explique ce que signifie « le breuvage spirituel », lorsqu'il ajoute : « Or, la pierre était le Christ » : trait de lumière qui éclaire tout le reste. Pourquoi donc le Christ ne serait-il pas aussi la nuée et la colonne, comme étant debout, ferme, l'appui de notre infirmité, lumineux pendant la nuit, sombre pendant le jour; en sorte que ceux qui ne voient pas, voient, et que ceux qui voient, deviennent aveugles (2) ? La nuée et la mer Rouge, c'est évidemment le baptême consacré par le sang du Christ; les ennemis poursuivent par derrière; les péchés passés disparaissent.

 

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CHAPITRE XXX. LE DÉSERT, LES PALMIERS, LES DOUZE SOURCES, LE SERPENT D'AIRAIN, L'AGNEAU PASCAL, LA LOI DONNÉE A MOÏSE. AVEUGLEMENT DE FAUSTE.

 

Le peuple est conduit à travers le désert ; tous les baptisés qui ne jouissent pas encore de la terre promise, mais qui espèrent et attendent par la patience ce qu'ils ne voient pas (3), sont comme dans le désert. Et là, il y a de pénibles et dangereuses tentations à soutenir, pour ne pas retourner de coeur en Egypte. Cependant le Christ n'abandonne pas; car la colonne ne s'éloigne point (4). Le bois adoucit l'amertume des eaux; car les peuples ennemis perdent leur férocité en honorant le signe de la croix du Christ. Les douze sources, qui arrosent les soixante-dix palmiers (5), figurent d'avance la grâce apostolique qui arrose les peuples, au nombre de sept multiplié par dix, parce que le décalogue de la loi est observé au moyen des sept dons du Saint-Esprit. L'ennemi qui essaie de barrer le passage, est vaincu par les mains de Moïse, étendues pour figurer la croix du Seigneur (6). Les morsures mortelles des serpents sont guéries par le simple aspect d'un serpent d'airain qu'on élève; le Seigneur en a expliqué lui-même le sens en disant : « Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de

 

1. Jean, VI, 42. — 2. Id. IX, 39. — 3. Rom. VIII, 25. — 4. Num. XIV, 14. — 5. Ex. XV, 23-27. — 6. Id. XVII.

 

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l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (1) ». Tout cela ne crie-t-il pas? Les coeurs endurcis sont-ils tellement sourds? La pâque consiste dans l'immolation d'un agneau; le Christ est mis à mort et l'Évangile dit de lui : « Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde (2) ». Il est défendu à ceux qui font la pâque de briser les os; on ne brise pas les os du Seigneur attaché à la croix. L'Evangéliste atteste que c'est pour cela qu'il a été dit: «Vous n'en briserez aucun os (3) ». On arrose de sang les montants des portes, pour éloigner le fléau : les peuples sont marqués au front du signe de la croix du Seigneur, pour être assurés de leur salut. La loi est donnée le cinquantième jour après la célébration de la pâque; l'Esprit-Saint est descendu cinquante jours après la passion du Seigneur (4). Là, la loi est dite avoir été écrite du doigt de Dieu (5); ici le Seigneur dit de l'Esprit-Saint : « C'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons (6)». Et Fauste crie, les yeux fermés, qu'il n'a rien trouvé dans ces livres qui ait rapport au Christ ! Niais quoi d'étonnant, qu'il ait des yeux pour lire et n'ait pas l'intelligence pour comprendre, lui qui, placé devant la porte fermée du mystère divin, frappe avec l'orgueil de l'impiété, et non avec la foi de la piété ? Ainsi soit donc, ainsi soit-il : car cela est juste. Que la porte du salut soit fermée aux orgueilleux; que vienne l'homme doux de coeur, celui à qui le Seigneur enseigne ses voies (7), et qu'il voie cela dans ces livres, et tout le reste encore, ou en totalité, ou en des parties qui lui donnent l'idée de tout.

 

 

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CHAPITRE XXXI. JOSUÉ, RAHAB, JÉRICHO. TRIOMPHE DE L'ÉGLISE.

 

Qu'il voie Jésus introduisant le peuple dans la terre promise (8) : car ce n'est pas au hasard qu'il était d'abord ainsi appelé; mais c'est par une disposition de la Providence que son nom a été changé en celui de Jésus. Qu'il voie la grappe de raisin suspendue à un bâton (9). Qu'il voie dans Jéricho, image de ce siècle mortel, une femme publique, une de celles dont le Seigneur a dit qu'elles précéderont les orgueilleux dans le royaume des cieux (10), faire

 

1. Num. XXI, 9 ; Jean, III, 14. —  2. Jean, I, 29. — 3. Ex. XII, 46 ; Jean, XIX, 36. — 4. Act. II, 1-4. — 5. Ex. XXXI, 18. — 6. Luc, XI, 20. — 7. Ps. Josué, III. — 9. Num. XIII, 24. — 10. Matt. XXI, 31.

 

descendre par la fenêtre de sa maison, comme par la bouche de son corps, un ruban écarlate (1), ce qui est certainement un signe du sang répandu pour la rémission des péchés et confesser pour assurer son salut. Qu'il voie les murs de cette ville, comparables aux remparts mortels de ce siècle, tomber après que l'arche du Testament en a fait sept fois le tour (2); comme aujourd'hui, à travers les temps qui s'écoulent en une série de sept jours, le Testament de Dieu fait le tour du monde entier; pour qu'à la fin des temps le dernier ennemi, la mort, soit détruite, et qu'une seule maison, comme l'Église unique, soit délivrée de la peste des méchants, purifiée des immondices de la fornication, par l'aveu de la confession, dans le sang du pardon.

 

 

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CHAPITRE XXXII. ÉPOQUE DES JUGES ET DES ROIS. SAMSON, JAHEL, LA TOISON DE GÉDEON.

 

Qu'il voie les époques, d'abord des Juges, puis des Rois ; comme il y aura jugement d'abord, ensuite royaume ; puis dans ces mêmes époques des Juges et des Rois, qu'il voie le Christ et l'Église figurés en raille et mille manières. Qui donc, dans la personne de Samson, tue un lion qu'il rencontre en allant demander une femme chez des étrangers (3)? sinon celui qui, devant appeler l'Église du sein des nations, a dit: « Réjouissez-vous, car j'ai vaincu le monde (4) ? » Que signifie ce rayon de miel formé dans la gueule de ce même lion tué (5)? si ce n'est ce que nous avons déjà sous les yeux : les lois mêmes du royaume terrestre, qui ci-devant frémissaient contre le Christ, maintenant détruites dans leur cruauté et prêtant appui à la douceur évangélique qui doit être prêchée ? Qu'est-ce que cette femme qui perce d'un clou les tempes de l'ennemi (6), sinon la foi de l'Église qui détruit l'empire du démon par la croix du Christ? Que signifie cette toison mouillée de rosée quand l'aire reste sèche, puis restant sèche quand l'aire est mouillée (7)? si ce n'est la race des Hébreux, qui d'abord, seule, possède dans les saints le mystère de Dieu, qui est le Christ, tandis que le reste du monde en est privé ; puis, qui en est privée à son tour, quand il est manifesté aujourd'hui au monde entier?

 

1. Jos. II. — 2. Id. VI. —3. Juges, XIV. — 4. Jean, XVI, 33. — 5. Juges, XIV, 8. — 6. Id. IV, 21. — 7. Id. VI, 37-40.

 

 

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CHAPITRE XXXIII. NOUVEAU SACERDOCE ET NOUVELLE ROYAUTÉ ANNONCÉS. DIVISION DES TRIBUS.

 

Et pour ne dire qu'un mot de l'époque des Rois, le sacerdoce dès l'abord transféré à Samuel après la réprobation d'Héli (1), et le sceptre donné à David, après la réprobation de Saül (2), ne crient-ils pas bien haut qu'un nouveau sacerdoce et une nouvelle royauté apparaîtront dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'ancien sacerdoce, qui n'en était que l'ombre, ayant été réprouvé? David lui-même mangeant les pains de proposition, que les prêtres seuls avaient droit de manger (3), ne figurait-il pas le sacerdoce et l'empire réunis en une seule personne, c'est-à-dire en Jésus-Christ ? Et ces dix tribus séparées du temple, et ces deux tribus qui restent (4), n'expliquent-elles pas suffisamment ce que l'Apôtre dit de tout ce peuple : « Un reste a été sauvé; selon l'élection de la grâce (5) ? »

 

 

 

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CHAPITRE XXXIV. ÉLIE, LA VEUVE DE SAREPTA.

 

Elie est nourri pendant la famine par des corbeaux qui lui apportent du pain le matin et de la chair le soir (6) ; et dans ces livres les Manichéens ne voient pas le Christ affamé en quelque sorte de nôtre salut, à qui les pécheurs font leur confession, ayant déjà la foi comme prémices de l'esprit, puis attendant la résurrection de la chair à la fin des siècles, figurée par le soir. Elie est envoyé pour être nourri chez une veuve étrangère qui ramassait deux morceaux de bois pour mourir ensuite; ce qui nous représente le signe de la croix, non-seulement parce qu'on parle expressément de bois, mais parce qu'on en indique deux morceaux. La farine et l'huile de la veuve sont bénies (7) ; le fruit et la joie ne manquent jamais à la charité qui se dépense : car Dieu aime celui qui donne avec joie (8).

 

 

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CHAPITRE XXXV. ÉLISÉE. LE FER DE LA HACHE, IMAGE DE LA PASSION ET DE LA RÉSURRECTION DU CHRIST.

 

Des bêtes sauvages dévorent des enfants qui

 

1. I Rois, II, 27, 36. — 2. Id. XVI, 1-44. — 3. Id. XXI, 6. — 4. III Rois, XII, 16, 20. — 5. Rom. XI, 5. — 6. III Rois, XVII, 6. — 7. Id. 9-16. — 8. II Cor. IX, 7.

 

insultent Elisée et lui crient : « Tête chauve, tête chauve (1) » ; ceux gui, dans leur puérile folie, raillent le Christ crucifié sur le Calvaire, sont envahis par les démons et périssent. Elisée envoie son serviteur poser son bâton sur un enfant mort, l'enfant ne revient pas à la vie, il vient lui-même, il se couche sur l'enfant, applique ses membres sur les siens et la vie reparaît (2) ; Dieu a envoyé la loi par son serviteur, sans profit pour le genre humain, mort dans le péché; cependant elle n'a pas été envoyée sans raison, car celui qui l'a envoyée savait qu'elle devait l'être d'abord. Puis il est venu lui-même, il a pris notre forme, a participé à notre mort et nous avons été rendus à la vie. Pendant qu'on coupe du bois avec des haches, un fer échappe du manche et descend au fond du fleuve mais il revient s'emmancher au bois qu'Elisée a jeté sur l'eau (3); ainsi, quand la présence corporelle et les oeuvres du Christ abattaient les Juifs impies comme des arbres stériles (car Jean avait dit de lui : « Voilà que la cognée a été mise à la racine de l'arbre (4) »), il abandonne son corps à la suite de la passion qu'ils lui font subir, il descend dans les profondeurs de l'enfer après que ce corps a été déposé dans la sépulture ; puis son esprit rentre dans le corps comme le fer dans son manche et il ressuscite. Obligé de me restreindre, que de choses je passe sous silence ! Ceux-là seuls le savent, qui lisent l'Écriture.

 

 

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CHAPITRE XXXVI. SENS PROPHÉTIQUE DE LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE ET DE LA RECONSTRUCTION DU TEMPLE.

 

Et cette transmigration de Babylone, que l'Esprit de Dieu ordonne par la bouche du prophète Jérémie, en recommandant aux captifs de prier pour les peuples au milieu desquels ils seront en exil (parce que la paix des uns sera la paix des autres), et de bâtir des mai sons, de planter des vignes, de cultiver des jardins (5) : peut-on ne pas reconnaître de quoi elle est la figure, quand on voit les vrais Israélites, ceux en qui il n'y a pas d'artifice (6), passer au royaume des nations par la prédication des Apôtres avec le sacrement évangélique ? Aussi l'Apôtre, copiant pour ainsi dire Jérémie, nous dit-il : « Je veux donc en premier lieu que

 

1. IV Rois, II, 23, 24. — 2. Id. IV, 29-37. — 3. Id. VI, 4-7. — 4. Matt. III, 10. — 5. Jer. XXIX, 1-7. — 6. Jean, I, 47.

 

 

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tous fassent des supplications, des adorations, « des demandes, des actions de grâces pour  tous les hommes, pour les rois et ceux qui sont en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et charité ; car cela est bon et agréable au Sauveur notre Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité (1) ». C'est par là, en effet, que ces croyants se sont construit des maisons de paix, des basiliques pour les assemblées chrétiennes, ont planté des vignes, des peuples fidèles, cultivé des jardins, où s'élève au-dessus de toutes les plantes, ce grain de sénevé, sous le vaste ombrage duquel l'insolent orgueil des Gentils eux-mêmes vient, à la façon des oiseaux du ciel, chercher refuge et repos (2). Et si, après soixante-dix ans, suivant la prophétie de ce même Jérémie, on revient de captivité et que le temple se relève' : quel est le disciple fidèle du Christ qui ne comprenne qu'après la révolution des temps, qui s'opère par la répétition des sept jours, nous aussi, c'est-à-dire l'Eglise de Dieu, nous devons sortir du pèlerinage de ce monde pour retourner à la Jérusalem céleste? Et par qui, sinon par Jésus-Christ, le vrai grand-prêtre, dont Jésus, le grand-prêtre de ce temps, qui bâtit le temple après la captivité, était la figure? Le prophète Zacharie vit ce prêtre en vêtements souillés, vaincre le démon qui l'accusait ; après quoi on lui ôta ses vêtements souillés et on lui donna un vêtement d'honneur et de gloire (3) ; comme le corps de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, après avoir vaincu son ennemi au jugement, à la fin des temps, passera du deuil de l'exil, à la gloire du salut éternel. C'est ce qui est clairement exprimé dans le psaume de la dédicace du temple : « Vous avez changé mon deuil en joie, vous avez déchiré le sac dont j'étais enveloppé, et vous m'avez revêtu d'allégresse, afin que ma gloire vous chante et que je ne sois plus attristé (4)».

 

 

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CHAPITRE XXXVII. TOUT A UN SENS DANS L'ANCIEN TESTAMENT. TÉMOIGNAGE DE L'APÔTRE.

 

Qui pourrait indiquer, sinon dans un traité spécial, même brièvement, toutes les figures symboliques contenues dans les

 

1. I Tim. II, 1-4. — 2. Matt. XIII, 31, 32. — 3. Jer. XXIX, 10; Esd. I. — 4. Zach. III. — 5. Ps. XXIX, 12,13.

 

 

livres de l'ancienne loi et des Prophètes concernant le Christ ? A moins qu'on n'attribue à l'industrie humaine l'interprétation et l'application au Christ de tous les faits qui se sont passés dans l'ordre des temps. Peut-être des juifs ou des païens pourront-ils l'affirmer; mais tous ceux qui veulent passer pour Chrétiens doivent courber la tête sous l'autorité de l'Apôtre qui nous dit : « Toutes ces choses a leur arrivaient en figure » ; et encore : « Toutes ces choses ont été des figures de ce qui nous regarde (1)».Car si Ismaël et Isaac, qui étaient deux hommes, figuraient les deux Testaments (2) ; que faudra-t-il croire de tant de faits, qui n'avaient aucune utilité naturelle, et n'étaient nullement nécessaires? N'ont-ils aucun sens ? Si l’un de nous, qui ne savons pas l’hébreu, c'est-à-dire qui n'en connaissons pas même les caractères, en voyait un mur couvert dans un endroit honorable, serait-il assez sot pour s'imaginer que c'est une manière de peindre une muraille ? Ne comprendrait-il pas au contraire que c'est une écriture, que le sens de ces lettres lui échappe, mais qu'elles ont une signification ? Ainsi quiconque lira avec un coeur droit toutes les choses contenues dans l'Ancien Testament, en sera touché de manière à ne pouvoir douter qu'elles aient un sens.

 

 

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CHAPITRE XXXVIII. PAR EXEMPLE : LA FORMATION DE LA FEMME, L'ARCHE DE NOÉ, LE SACRIFICE D'ISAAC.

 

Par exemple : s'il fallait donner une aide à l'homme dans la personne de la femme, était-il nécessaire, était-il utile qu'elle fût formée du côté de l'homme endormi (3)? S'il fallait fabriquer une arche pour échapper au déluge, était-il besoin ou que les mesures en fussent exactement données et appliquées, ou qu'elles fussent mentionnées dans des écrits qui devaient passer à la postérité? S'il était nécessaire d'y enfermer des animaux, afin de propager les espèces, fallait-il ce nombre précis de sept couples d'animaux mondes, et de deux d'immondes? Sans doute, l'arche avait besoin d'une entrée; mais était-il nécessaire qu'elle fût pratiquée dans le côté et que l'écrivain en fît mention (4)? On donna à Abraham l'ordre d'immoler son fils; que le but de cet

 

1. I Cor. X, 10, 6. — 2. Gal. IV, 22, 21. — 3. Gen. II, 18, 21, 22. — 4. Id. VI, 14 ; VII, 3.

 

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ordre ait été de mettre son obéissance à l'épreuve pour la faire éclater aux yeux de la postérité; qu'il ait été convenable que le fils portât le bois plutôt que son père déjà vieux; que le père n'ait pas eu permission de frapper son fils et de s'infliger une perte aussi cruelle, soit : mais quand même il n'y aurait pas eu de sang répandu, Abraham en eût-il été moins éprouvé? Ou s'il était nécessaire qu'il y eût sacrifice, en quoi ce bélier embarrassé dans un buisson par ses cornes et qui apparaît tout à coup, peut-il suppléer à la victime (1)? Ainsi tout cela médité attentivement, toutes ces circonstances superflues mêlées aux nécessaires, avertissent d'abord l'âme humaine, c'est-à-dire l'âme raisonnable, qu'il y a un sens, et ensuite l'invitent à le chercher.

 

 

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CHAPITRE XXXIX. LES JUIFS LE NIENT. UNE OPINION ABSURDE DE PHILON.

 

Les Juifs eux-mêmes, qui se raillent du Christ dont nous reconnaissons la passion, ne veulent pas que tant de paroles et tant d'actions aient été des figures prophétiques; nous les forçons donc à en apprendre de nous la signification; et s'ils s'obstinent à nier qu'il y en ait une, ils ne pourront sauver ces livres d'une si grande autorité, de la honte qui s'attache à des fables absurdes. C'est ce qu'a bien compris un certain Philon, homme d'une vaste érudition, l'un de ceux que les Grecs n'hésitent pas à placer, pour l'éloquence, au niveau de Platon. Il s'est efforcé de donner quelques interprétations, non pour arriver au Christ, auquel il ne croyait pas, mais pour mieux faire ressortir quelle différence il y a entre tout rapporter au Christ, qui est réellement le seul but de ces Ecritures, ou hasarder, en dehors de lui, des conjectures quelconques, même avec tout le talent possible. Il démontre par là combien sont vraies ces paroles de l'Apôtre : « Lorsque vous serez passé au Seigneur, le voile sera enlevé (2) ». Pour citer un trait de ce Philon : voulant faire entendre que l'arche du déluge avait été construite sur le modèle du corps humain, il en donne la description détaillée, partie par partie. Tant qu'il ne s'agit que des règles des nombres, tout cadre à merveille; rien ne l'empêchant sans doute d'y voir le Christ, puisque le Sauveur

 

1. Gen. XXII. — 2. II Cor. III, 16.

 

du genre humain a apparu dans un corps humain, mais, au fait, rien ne l'y forçait, puisque le corps des autres hommes est aussi un corps humain. Seulement, quand il en vient à la porte, pratiquée au côté de l'arche, tout son génie humain se trouve à bout de conjecture. Et comme il fallait cependant dire quelque chose, il a osé croire, il a osé dire, il a osé écrire que cette porte signifiait les parties inférieures du corps par où sortent l'urine et les excréments. Il n'est pas étonnant que n'ayant pas trouvé la porte, il se soit ainsi égaré. S'il eût passé au Christ, le voile eût été enlevé et il aurait trouvé les sacrements de l'Eglise découlant du côté de cet homme (1). Car il avait été prédit : « Ils seront deux en une seule chair (2) » : c'est pourquoi, dans l'arche, certaines choses se rapportent au Christ, d'autres à l'Eglise, mais en somme, tout revient au Christ. On peut ainsi, dans les autres interprétations des figures répandues dans toutes les divines Ecritures, étudier et comparer le sens de ceux qui y voient le Christ, et le sens de ceux qui, en dehors du Christ, s'efforcent de les détourner à toute autre signification.

 

 

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CHAPITRE XL. OPINION DES PAÏENS SUR CE SUJET.

 

Là-dessus les païens ne nous inquiètent pas; ils n'osent s'opposer à ce que nous entendions comme figures du Christ, non-seulement les paroles, mais les faits, surtout quand nous démontrons que ce que nous regardons comme prophéties, a eu son accomplissement; tandis que, de leur côté, pour faire accepter leurs fables, ils tâchent de les ramener par interprétation à je ne sais quelle physiologie ou théologie, c'est-à-dire à des raisons naturelles ou divines : laissant, d'une part, assez voir ce qu'elles sont, et de l'autre, les tenant dans l'ombre, puisqu'ils se moquent sur leurs théâtres de ce qu'ils honorent dans leurs temples, tout à la fois trop libres en fait de vices, et trop serviles en fait de superstitions.

 

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CHAPITRE XLI. PROPHÉTIES PLUS CLAIRES. BÉNÉDICTION DE LA RACE D'ABRAHAM.

 

Du reste, si l'on nous dit que ces choses n'ont pas été faites ou écrites en vue du Christ: même

 

1. Jean, XIX, 34. — 2. Gen. II, 21.

 

206

 

en mettant de côté la parfaite coïncidence des figures avec leur accomplissement; nous pouvons encore confondre nos adversaires par d'autres prophéties claires, manifestes, comme celle-ci, par exemple: «En ta postérité toutes les nations seront bénies ». Cela a été dit à Abraham, à Isaac, à Jacob (1). C'est donc avec raison que Dieu s'écrie : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob (2)», puisqu'il devait accomplir, dans la bénédiction de toutes les nations, ce qu'il avait promis pour leur postérité. C'est aussi avec raison qu'Abraham, après le serment de son serviteur, lui fit poser la main sous sa cuisse (3) : sachant que de lui naîtrait la chair du Christ en qui nous ne prédisons plus que les nations seront bénies, mais en qui nous voyons qu'elles sont bénies suivant la prédiction.

 

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CHAPITRE XLII. PROPHÉTIE DE JACOB EXPLIQUÉE.

 

Je voudrais savoir, ou plutôt j'aime mieux ignorer avec quel aveuglement d'esprit, Fauste a lu le passage où Jacob, ayant appelé ses fils, leur dit : « Assemblez-vous, afin que je vous annonce ce qui doit arriver dans les derniers jours; rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob; écoutez Israël, votre père ». Ici personne ne peut mettre en doute que le rôle de Prophète soit en pleine évidence. Écoutons donc ce qu'il dit à son fils Juda, par la tribu duquel le Christ est venu de la race de David selon la chair », au témoignage de l'Apôtre (4): « Juda, que tes frères te louent; tes mains seront sur le dos de tes ennemis; les fils de ton père s'inclineront devant toi. Juda est comme un jeune lion, le fils de ma semence; tu étais couché et tu t'es levé, tu as dormi comme un lion et comme un lionceau; qui l'éveillera? Le prince ne manquera pas à Juda, ni le chef à sa postérité, jusqu'à ce que vienne ce qui lui a été réservé ; et il sera l'attente des nations, liant son ânon à la vigne et le fils de l'ânesse au cilice; il lavera sa robe dans le vin, et son manteau dans le sang de la vigne: ses yeux seront plus brillants que le vin et ses dents plus blanches que le lait (5) ». Que tout cela soit mensonge, que tout cela suit obscurité, si cela n'a pas brillé dans le Christ de tout l'éclat

 

1. Gen. XXII, 18, XXVI, 4, XXVIII, 14. — 2. Ex. III, 6. — 3. Gen. XXIV, 2, 9. — 4. Rom. I, 3. — 5. Gen. XLIX, 1, 2, 8-12.

 

de la lumière; s'il n'est pas loué par ses frères les Apôtres, et par tous les cohéritiers qui cherchent sa gloire et non la leur; si ses mains ne sont pas sur le dos de ses ennemis; si tous ses adversaires ne sont pas abaissés, courbés jusqu'à terre, par l'accroissement des peuples chrétiens; si les fils de Jacob ne se sont pas inclinés devant lui, dans le reste qui a été sauvé selon l'élection de la grâce (1) ; s'il n'est pas lui-même le lionceau, puisqu'il est devenu petit enfant par sa naissance : c'est pourquoi on ajoute : «Le fils de ma semence». On rend d'ailleurs raison de ce mot de lionceau, quand on dit dans un autre endroit : « Ce lionceau est plus fort que les bêtes de charge (2) » : c'est-à-dire, quoique petit, il est plus fort que des animaux plus grands. S'il n'est pas monté en se couchant sur la croix, quand il baissa la tête et rendit l'esprit; s'il n'a pas dormi comme un lion, puisqu'il n'a point été vaincu, mais vainqueur dans la mort même; et comme un lionceau, puisqu'il est mort dans ce qui était né; si celui qu'aucun homme n'a vu ni ne peut voir (3), ne l'a pas ressuscité des morts. Par ces mots, en effet : « Qui l'éveillera ? » on exprime assez l'idée de quelqu'un d'inconnu: si le prince a manqué à Juda, et le chef à sa postérité, jusqu'à ce que soit venu ce qui avait été promis et comme réservé. Il y a, en effet, des histoires authentiques et certaines, provenant des Juifs eux-mêmes, qui constatent qu'Hérode fut le premier étranger qui régna sur eux et dans le temps même où le Christ est né (4). Le roi n'a donc pas manqué à la race de Juda, jusqu'à ce que vînt ce qui lui avait été réservé: Mais comme les Juifs fidèles n'ont pas seuls profité des promesses, voyez ce qui suit : « Et il sera l'attente des nations». « Il a lui-même lié son ânon à la vigne », c'est-à-dire son peuple, en prêchant dans le cilice et en criant. « Faites pénitence : car le royaume des cieux approche (5) ». Or, nous savons que le peuple des gentils est comparé à l'ânon, sur lequel il s'assit, et qu'il conduisit dans Jérusalem (6), c'est-à-dire dans la vision de paix, en enseignant ses voies à ceux qui sont doux. S'il n'a pas lavé sa robe dans le vin : car c'est la glorieuse Église qu'il fait paraître devant lui, n'ayant ni tache ni ride (7); à qui il est dit par la voix d'Isaïe : « Quand vos péchés seraient

 

1. Rom. XI, 5. — 2. Prov. XXX, 30. — 3. I Tim. VI, 16. — 4. Matt. II, 3, 7. — 5. Id. III, 2. — 6. Id. XXI, 2-10. — 7. Eph. V, 27.

 

 

 

rouges comme l'écarlate, je les rendrai blancs comme la neige (1) ». Et comment, sinon par

la rémission des péchés? Et dans quel vin, sinon dans celui dont il est dit « qu'il sera  répandu pour beaucoup en rémission des péchés (2)? » Car il est lui-même la grappe de raisin suspendue au bois (3). Aussi voyez ce qu'on ajoute : « Et son manteau dans le sang de la vigne ». Or, que ses yeux soient plus brillants que le vin, ils le savent, ceux des membres de son corps à qui il est donné de voir, dans une sainte ivresse qui rend leur esprit étranger à tout ce que le temps entraîne dans son corps, de contempler, dis-je, l'éternelle lumière de la sagesse. C'est pourquoi nous avons cité plus haut ce mot de Paul «Car si nous sommes emportés hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu ». Cependant, comme il ajoute : « Si nous sommes plus retenus, c'est pour vous (4) », les petits enfants mêmes qu'il faut nourrir avec du lait ne sont pas délaissés (5), car on lit à la suite : « Et ses dents sont plus blanches que le lait».

 

 

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CHAPITRE XLIII. ON NE PEUT TOUT CITER. LE CHRIST PROPHÉTISÉ DANS LES PSAUMES.

 

Insensés, que répondez-vous à cela ? Car enfin tout cela est clair, cela ne réfute pas seulement vos objections calomnieuses, mais dissipe jusqu'aux moindres nuages. Cherchez d'abord dans ces livres des témoignages de ce genre, commencez par y ajouter foi. Je ne puis les rappeler tous, parce que cela dépasserait les bornes; je ne puis en citer beaucoup, parce que je serais long ; cependant je ne voudrais pas me contenter d'un petit nombre, de peur que ceux qui ne lisent pas les autres ne croient que tout se borne là, et aussi de peur que le lecteur fidèle et intelligent, en trouvant beaucoup d'autres passages plus clairs, ne me blâme d'avoir produit de préférence ceux qui ont pu me tomber sous les yeux. Vous en trouverez en effet beaucoup qui n'auront aucun besoin de commentaire, ou au moins d'un commentaire :-comme celui que je viens de faire sur les paroles de Jacob. Qui a besoin, par exemple, de commentateur, quand il lit: « Il a été conduit au sacrifice comme un agneau? » et tous ces textes si nombreux, si évidents : « Nous

 

1. Is. I, 23. — 2. Matt. XXVI, 28. — 3. Num. XIII, 24. — 4. II Cor. V, 13. — 5. Hébr. V, 12.

 

avons été guéris par ses meurtrissures; il a lui-même porté nos iniquités (1) ? » Qui ne croira pas entendre chanter l'Evangile, quand il lira: « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os; ils m'ont regardé, ils m'ont considéré attentivement; ils se sont partagé mes vêtements, ils ont tiré ma robe au sort ? » Qui donc, à moins d'être absolument aveugle, ne voit déjà l'accomplissement de cette prophétie : « Toutes les contrées de la terre se souviendront et se convertiront au Seigneur, toutes les nations se prosterneront en sa présence (2)? » Et ces mots de l'Evangile : « Mon âme est triste jusqu'à la mort (3) » ; et ceux-ci : « Maintenant mon âme est troublée (4) », ne les a-t-on pas déjà entendus dans le psaume: « Je me suis endormi tout troublé? » Et pourquoi s'est-il endormi ? Par le fait de ceux qui criaient : « Crucifiez-le, crucifiez-le ! » Le même psaume ne nous les désigne-t-il pas d'avance : « Enfants des « hommes, leurs dents sont des armes, leur « langue est un glaive aigu?, » Mais qu'ont-ils fait, en quoi ont-ils nui à celui qui devait ressusciter, monter au-dessus des cieux, et.posséder toute la terre par la gloire de son nom? Voyez si le Psalmiste a gardé le silence là-dessus: car il ajoute: « Elevez-vous, Seigneur, au-dessus des cieux, et que votre gloire éclate sur toute la terre (5) ». Qui a jamais hésité à entendre du Christ ces paroles : « Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui ; demandez-moi et je vous donnerai les nations pour héritage, et la terre entière pour empire (6) ». Qui a le droit d'appliquer à un autre les paroles de Jérémie sur la sagesse : « Il l'a donnée à son fils Jacob, et à Israël son élu : après cela, il a été vu sur la terre, il a habité avec les hommes (7) ».

 

 

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CHAPITRE XLIV. PROPHÉTIE DE DANIEL ACCOMPLIE. APPLICATION AUX JUIFS ET AUX MANICHÉENS.

 

Qui ne reconnaîtra ce même Sauveur dans Daniel, quand le fils de l'homme est offert à l'Ancien des jours et reçoit de lui un règne sans fin, pour que toutes les nations lui obéissent (8)? Bien plus, si vous faites attention au

 

1. Is. LVIII, 7, 5. — 2. Ps. XXI, 17, 18, 19, 28. — 3. Matt. XXVI, 38. — 4. Jean, XII, 27. — 5. Ps. LVI, 5, 6. — 6. Id. II, 7, 8. — 7. Bar. III, 37, 38. — 8. Dan. VII, 13,14.

 

208

 

lieu même dont le Seigneur a parlé d'après la prophétie de Daniel : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation, prédite par le prophète Daniel, régnant dans le lieu Saint, que celui qui lit, comprenne (1) » ; si vous supputez les semaines d'années et tenez compte de leur nombre, non-seulement vous trouverez là le Christ, mais même le temps où il a dû venir pour souffrir. Du reste, sans calcul de temps, par la seule évidence des faits accomplis, nous confondons les Juifs avec qui il s'agit d'examiner, non pas si le Christ est notre Sauveur, mais s'il est déjà venu. Or, ils sont convaincus parles faits les plus manifestes, non-seulement par la conversion si éclatante, si incontestable, de toutes les nations qui devaient  un jour lui être soumises, d'après les prédictions de l'Ecriture elle-même, (autorité irrécusable pour eux) ; mais encore par tout ce qui s'est accompli au sein de leur propre nation, par exemple, la destruction du Sanctuaire; la cessation des sacrifices, du sacerdoce, de l'onction primitive : toutes choses que Daniel avait prédites pour l'époque même où il annonçait clairement que le Saint des saints recevrait l'onction (2). Or, tomme tout cela s'est réalisé, on leur demande où est le Saint des saints, et ils ne savent que répondre. D'ailleurs comment discuteraient-ils avec nous, non pas sur la personne du Christ, mais sur le temps de son arrivée, s'ils ne savaient parfaitement qu'il a été annoncé dans leurs livres? Pourquoi demandent-ils à Jean s'il est le Christ (3)? Pourquoi disent-ils au Seigneur lui-même : « Jusqu'à quand tiendrez-vous notre esprit en suspens ? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement (4) ». Pourquoi Pierre, André et Philippe disent-ils à Nathanaël : « Nous avons trouvé le Messie ce qu'on interprète par le Christ (5) », sinon parce que ce nom était connu de ce peuple par les saintes Ecritures et était l'objet de son attente ? Car aucune autre nation n'a des rois et des prêtres appelés christs, et dont l'onction symbolique ne dût cesser qu'à l'arrivée de Celui dont ils étaient la figure (6). Les Juifs ne voyaient dans leurs christs que ce Christ unique en qui ils espéraient un libérateur ; mais, aveuglés par un secret dessein de la justice divine, en ne songeant qu'à sa puissance, ils n'ont pas compris l'infirmité dans

 

1. Dan. IX, 27 ; Matt. XXIV, 15. — 2. Dan. IX, 24, 27. — 3. Jean, I, 19. — 4. Id. X, 24. — 5. Id. I, 41. — 6. I Rois, X, 1, 2 ; Ex. XXIX.

 

laquelle il est mort pour mus..Aussi savons-nous que c'est d'eux que ces paroles du livre de la Sagesse ont été dites d'avance : « Condamnons-le à la mort la plus infâme : car il sera traité selon ses paroles ; s'il est vraiment Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera des mains de ses ennemis. Ils ont pensé ainsi et ils se sont trompés : car leur malice les a aveuglés (1) ». Et c'est avec la plus grande vérité qu'on peut aussi appliquer ce passage à ceux qui, au milieu de tant de témoignages, malgré un tel ensemble de prophéties, malgré tant de faits si visiblement accomplis, nous disent encore que le Christ n'a point été annoncé par les Ecritures. Et s'ils ne cessent de le .répéter, nous pouvons aussi leur donner sans fin des preuves, avec l'aide de Celui qui nous a procuré une telle abondance de témoignages contre les calomnies et les erreurs des hommes, que nous n'avons pas même besoin de revenir sur ce que nous avons déjà dit.

 

 

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CHARITRE XLV. INCONSÉQUENCE DE FAUSTE.

 

Passons, mais non sans répugnance, à un autre subterfuge de Fauste, qu'il regarde, ce me semble, comme un tour des plus heureux, et auquel le réduit l'éclat éblouissant des prophéties. Il ne faut pas qu'on s'imagine qu'il ait dit quelque choses parce qu'on se donne la peine de lui répondre. Quel est en effet l'homme assez insensé pour avancer que la foi est faible quand on ne croit pas au Christ sans témoignage? Je voudrais que les Manichéens me disent sur quel témoignage ils auraient eux-mêmes cru au Christ. Ont-ils entendu la voix du ciel dire : « Celui-ci est mon Fils (2)? » Fauste veut en effet que nous ajoutions surtout foi à cette voix, lui qui n'admet pas de témoignages humains sur le Christ, comme si la connaissance de cette voix avait pu nous parvenir sans le témoignage de l'homme, et quand il est manifeste qu'elle ne nous est pas parvenue autrement, au point de faire dire à l'Apôtre : «Mais comment invoqueront-ils Celui en qui ils n'ont point cru? Ou comment croiront-ils à celui qu'ils n'ont pas entendu ? Et comment entendront-ils, si personne ne les prêche ? Et comment prêchera-t-on, si on n'est pas envoyé?

 

1. Sag. II, 18, 21. — 2. Matt. III, 17, XVII, 5.

 

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Comme il est écrit: Qu'ils sont beaux les o pieds de ceux qui annoncent la paix, qui  annoncent le bonheur (1) ! » Vous voyez clairement comment le témoignage;des Prophètes appuie la prédication de la doctrine apostolique. Pour ne pas livrer au mépris et faire traiter de fables ce qu'annonçaient les Apôtres, on démontrait que les Prophètes l'avaient dit d'avance ; parce que, bien que les miracles vinssent à l'appui, il n'eût pas manqué de gens (comme on en entend encore aujourd'hui), qui les eussent attribués tous à la puissance de la magie, si le témoignage des Prophètes ne leur eût interdit une telle pensée. Personne, en effet, n'eût osé dire que les Apôtres s'étaient créé, à l'aide de la magie, longtemps avant leur naissance, des Prophètes pour les annoncer. Mais Fauste nous défend de croire au vrai Christ sur le témoignage des Prophètes hébreux, lui qui a cru aux erreurs des Perses sur le faux Christ.

 

 

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CHAPITRE XLVI. CARACTÈRE DE LA FOI SIMPLE.

 

Mais la doctrine catholique enseigne qu'il faut d'abord nourrir de foi simple l'esprit du chrétien, précisément pour le rendre capable de comprendre les vérités supérieures et éternelles. C'est en effet ce que dit le Prophète : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas (2)». Et cette foi simple est celle par laquelle, avant de connaître la science suréminente du Christ pour être remplis de toute la plénitude de Dieu (3), nous croyons que ce n'est pas sans raison que le mystère d'humilité, par lequel il est né et a souffert comme un homme, a été prédit si longtemps d'avance par des Prophètes, par une nation prophétique, par un peuple prophétique, par un royaume prophétique ; et que dans cette folie, qui est plus sage que les hommes, dans cette infirmité, qui est plus forte que les hommes (4), il se cache quelque chose de grand pour notre , justification et notre glorification. Là en effet sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science (5), qui ne s'ouvrent point pour celui qui a rejeté avec mépris la nourriture que lui transmettait la chair de sa mère, c'est-à-dire le lait nourrissant qui lui venait par les mamelles des Apôtres et des Prophètes; qui,

 

1. Rom. X, 14, 15. — 2. Id. VII, 9. — 3. Eph. III, 19. —  4. I Cor. I, 25. — 5. Col. II, 3.

 

dédaignant la nourriture de l'enfant, comme s'il était parvenu à la maturité de l'âge, s'est précipité sur les mets empoisonnés de l'hérésie plutôt que sur l'aliment de la sagesse, pour lequel il avait la témérité de se croire disposé. Ainsi donc, ce que nous disons de la nécessité de la foi simple, n'est point en contradiction avec ce que nous disons de la nécessité de croire aux Prophètes; bien plus, ces deux points se rattachent, car il faut que l'esprit soit purifié et fortifié par la foi aux Prophètes, pour être capable de comprendre Celui qui parlait ainsi par la bouche des Prophètes.

 

 

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CHAPITRE XLVII. LES MANICHÉENS NE PEUVENT JUGER LA CONDUITE DES PROPHÈTES. FOI D'ABRAIIAM PROPOSÉE POUR MODÈLE.

 

Mais, dit-on; s'ils ont prophétisé le Christ, ils ont vécu d'une manière peu digne et peu conforme à leur dignité de prophètes. Comment le savez-vous? Etes-vous dans le cas de juger ce que c'est que de bien ou mal vivre, vous qui faites consister la justice à ne pas manger un melon insensible, plutôt que de donner à manger à un pauvre qui meurt de faim ? Quant aux enfants catholiques, avant de savoir en quoi consiste la justice parfaite de l'âme humaine, et quelle différence il y a entre celle après laquelle on soupire, et celle par laquelle on vit ici-bas : il leur suffit de penser de ces hommes ce que nous recommande la saine doctrine de l'Apôtre: « Le juste vit de la foi (1). Abraham crut à Dieu et « cela lui fut imputé à justice. Car l'Ecriture, prévoyant que Dieu justifierait les nations par la foi, l'annonça d'avance à Abraham, en disant : Toutes les nations seront bénies en ta postérité (2)». Voilà ce qu'enseigne l'Apôtre. A cette voix si claire, si connue de tout le monde, si vous vous réveilliez de vos songes trompeurs, vous suivriez les traces de notre père Abraham, et, avec toutes les nations, vous seriez bénis en sa postérité. «Car», nous dit l'Apôtre, « il reçut la marque de la circoncision, le sceau de la justice de la foi, qui est dans l'incirconcision, afin d'être le père de tous les croyants incirconcis, pour que la foi leur fût aussi imputée à justice, et afin d'être le père de la circoncision, non-seulement des circoncis, mais aussi de ceux qui

 

1. Rom. I, 17. — 2. Gal. III, 6, 8.

 

210

 

suivent les traces de la foi qui est dans notre père Abraham, encore incirconcis (1) ». La justice de la foi d'Abraham nous ayant été offerte pour modèle, afin que nous aussi, justifiés par la foi, nous soyons en paix avec Dieu, nous devons étudier la vie de celui qui nous a donné cet exemple, et non le blâmer, de peur d'être rejetés du sein maternel de l'Eglise, comme des avortons, avant d'avoir été formés et perfectionnés par une conception solide.

 

 

 

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CHAPITRE XLVIII. CONCLUSION. LE SAINT DOCTEUR RÉPONDRA PLUS EN DÉTAIL AUX OBJECTIONS DE FRUSTE SUR LES PATRIARCHES.

 

Voilà la courte réponse que j'ai à faire à Fauste sur les moeurs des patriarches et des Prophètes, par la voix de nos petits enfants, au nombre desquels je me compte moi-même,

 

1. Rom. IV, 11, 12.

 

pourvu que je ne blâme pas la conduite des saints de l'antiquité, quand même je ne comprendrais pas le côté mystérieux de leur vie. Cette vie, les Apôtres nous l'ont recommandée avec éloge dans leur Evangile, comme ces Prophètes avaient eux-mêmes prédit les Apôtres ; en sorte que les deux Testaments se crient l'un à l'autre, comme les deux Séraphins : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées (1) ». Quand Fauste accusera, non pas d'une manière générale et vague, comme il l'a fait ici, mais précise et détaillée, les actes des patriarches et des Prophètes, alors le Seigneur leur Dieu, qui est aussi le nôtre, m'aidera à lui donner des réponses convenables et spéciales sur chaque point. Maintenant Fauste, le manichéen, blâme ces personnages, et Paul, l'apôtre, les loue : c'est à chacun de voir auquel ajouter foi.

 

 

1. Is. VI, 3.

 

 

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