FAUSTE XIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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LIVRE TREIZIÈME. LE CHRIST DE L’ÉVANGILE PRÉDIT.

 

C'est le Christ de l'Evangile que les prophéties ont annoncé, comme leur réalisation le prouve. — Manès n'est point son apôtre. — L'aveuglement des Juifs. — Les oracles païens. — Système absurde des Manichéens.

 

CHAPITRE PREMIER. FAUSTE REJETTE LES PROPHÉTIES SUR LE CHRIST. ON NE PEUT LES ADMETTRE SANS FAIRE UN CERCLE VICIEUX.

CHAPITRE II. COMBIEN L'OBJECTION DE FAUSTE EST RIDICULE.

CHAPITRE III. LE CHRIST ANNONCÉ PAR LES PROPHÈTES EST LE VÉRITABLE.

CHAPITRE IV. MANÈS N'EST POINT APÔTRE DU CHRIST; IL NE S'APPUIE SUR AUCUNE AUTORITÉ.

CHAPITRE V. LA RENOMMÉE QUE FAUSTE INVOQUE, LE CONFOND A L'ÉGARD DU CHRIST.

CHAPITRE VI. SYSTÈME ABSURDE DES MANICHÉENS, EXHORTATION A ENTRER DANS L'ÉGLISE.

CHAPITRE VII. LA LECTURE DES PROPHÉTIES ACTUELLEMENT RÉALISÉES, CONVAINQUERAIT UN CATÉCHUMÈNE.

CHAPITRE VIII. L'HOMME-DIEU PRÉDIT PAR LES PROPHÈTES.

CHAPITRE IX. LA CHUTE DES IDOLES PROPHÉTISÉE.

CHAPITRE X. LES PROPHÉTIES N'ONT POINT ÉTÉ FAITES APRÈS COUP.

CHAPITRE XI. EXPLICATION DE L'AVEUGLEMENT DES JUIFS.

CHAPITRE XII. LES HÉRÉTIQUES COMPARÉS A LA PERDRIX.

CHAPITRE XIII. LA VÉRITABLE ÉGLISE FACILE A RECONNAÎTRE.

CHAPITRE XIV. LE PAÏEN CONVAINCU PAR L'ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES.

CHAPITRE XV. ORACLES PAÏENS COMPARÉS AUX PRÉDICTIONS DES PROPHÈTES.

CHAPITRE XVI. LE PETIT NOMBRE DES FIDÈLES. L'IVRAIE TOLÉRÉE PARMI LE BON GRAIN.

CHAPITRE XVII. QUI NE CROIT PAS AU CHRIST CROIRA ENCORE MOINS A MANÈS.

CHAPITRE XVIII. DÉTAILS SUR LE SYSTÈME ABSURDE DU MANICHÉISME.

 

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CHAPITRE PREMIER. FAUSTE REJETTE LES PROPHÉTIES SUR LE CHRIST. ON NE PEUT LES ADMETTRE SANS FAIRE UN CERCLE VICIEUX.

 

Fauste. Comment honorez-vous le Christ, puisque vous rejetez les Prophètes, selon les prédictions desquels on dit qu'il a dû venir ? —A y regarder de près, je ne sais si l'on peut prouver que quelques Prophètes hébreux aient annoncé notre Christ, c'est-à-dire le Fils de Dieu. Mais quand cela serait, que nous importe? Ce reproche s'adresse à ceux qui, convertis du judaïsme au christianisme, sur le témoignage des Prophètes, dites-vous, les ont ensuite mis de côté, en véritables ingrats. Quant à nous, nous sommes gentils par nature, c'est-à-dire de ceux que Paul appelle incirconcis (1), nés sous une autre loi, sous ces autres Prophètes que le paganisme appelle vates, et plus tard convertis de ceux-ci au christianisme. Nous n'avons pas été Juifs d'abord, pour passer ensuite au christianisme, en ajoutant justement foi aux Prophètes hébreux; mais nous sommes venus, attirés par la seule renommée de l'éclat des vertus et de la sagesse de notre libérateur Jésus-Christ. Si j'étais donc encore attardé dans la religion de mes pères et qu'un prédicateur vînt me prêcher le Christ d'après les Prophètes, je le regarderais certainement comme un fou, lui qui s'efforcerait de prouver des choses douteuses par d'autres plus douteuses, à moi gentil et professant un culte bien différent du sien. Qu'eût-il fallu en effet, sinon me persuader que je dois d'abord croire aux Prophètes et ensuite au Christ par les Prophètes ? Or, pour cela, il faudrait d'autres Prophètes qui me fissent croire à ceux-ci. Par conséquent, si vous voulez que, j'admette le Christ sur la foi des Prophètes, sur la foi de qui admettrai-je les Prophètes eux-mêmes? Me répondrez-vous: Sur la foi du Christ, en sorte que l'un s'appuie sur l'autre, le Christ sur les Prophètes et les Prophètes

 

1. Eph. II, 11.

 

sur le Christ? Mais un païen, libre des deux côtés, ne croirait ni aux Prophètes parlant du Christ, ni au Christ parlant des Prophètes. Donc, quiconque passe de la gentilité au christianisme ne doit rien qu'à sa foi. Et pour éclaircir par un exemple ce que nous disons ici, supposons que nous avons un païen à instruire et que nous lui disons : Croyez au Christ parce qu'il est Dieu. Comment le prouvez-vous ? répondra-t-il. — Par les Prophètes. — Quels Prophètes? — Ceux des Hébreux. — Mais je n'y crois pas du tout, nous dirait-il en souriant. — Pourquoi, répliquerons-nous, puisque le Christ confirme leurs témoignages? —Eh ! répondra-t-il en riant encore plus fort, je ne crois pas au Christ. — Que résultera-t-il de tout cela ? Ne serons-nous pas embarrassés, et le païen, se moquant de notre maladresse, ne retournera-t-il pas à ses idoles? Donc, comme je l'ai dit, les témoignages des Hébreux sont sans utilité pour l'Eglise chrétienne, composée de païens beaucoup plus que de juifs. Sans doute, s'il y a, comme on le dit, quelques prédictions touchant le Christ, venant de la Sibylle, ou de Mercure, surnommé Trismégiste, ou d'Orphée, ou de quelque autre devin du paganisme, cela pourra un peu aider à notre foi, de nous qui passons de la gentilité au christianisme ; mais les témoignages des Hébreux, à supposer qu'ils soient vrais, nous sont inutiles avant la conversion, superflus après; parce que, avant, nous n'y pouvons pas croire, et que, après, nous n'en avons nul besoin.

 

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CHAPITRE II. COMBIEN L'OBJECTION DE FAUSTE EST RIDICULE.

 

Augustin. La longueur de notre réponse précédente nous autorise à abréger celle-ci. Je pense, en effet, que celui qui l'a lue doit rire d'un homme qui débite de telles extravagances et ose encore dire que les Prophètes hébreux n'ont pas annoncé le Christ ; quand le nom même du Christ n'a existé que chez ce seul peuple, qu'il y a été (212) exclusivement réservé au roi et au prêtre (1), et qu'il n'en a disparu que lors de l'avènement de celui qu'ils figuraient (2). Que les Manichéens eux-mêmes nous disent de qui ils ont appris ce nom. Si c'est de Manès, je demande pourquoi ils ont cru à Manès, pour ne rien dire des autres; je demande pourquoi dès Africains ont cru à un Perse, quand Fauste blâme les Romains, les Grecs, ou d'autres peuples d'avoir cru à des Prophètes hébreux, à des étrangers, en ce qui concerne le Christ, et prétend que les prédictions de la Sibylle, d'Orphée ou de tout autre oracle païen seraient plus propres à inspirer la foi au Christ-: oubliant qu'on ne récite celles-ci dans aucune église, tandis que les Prophètes hébreux sont connus de tous les peuples et amènent une foule innombrable de fidèles à la foi chrétienne. Mais dire que l'es prophéties hébraïques sont incapables de déterminer les gentils à croire au Christ, quand nous voyons toutes les nations croire au Christ à cause de ces prophéties, c'est porter la folie jusqu'au ridicule.

 

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CHAPITRE III. LE CHRIST ANNONCÉ PAR LES PROPHÈTES EST LE VÉRITABLE.

 

Le Christ annoncé par les Hébreux vous déplait; et cependant tous les peuples, chez qui, selon vous, les prophéties hébraïques sont sans autorité, croient au Christ que les Hébreux ont annoncé, en recevant l'Evangile « que Dieu », nous dit l'Apôtre, « avait promis auparavant par ses Prophètes dans les saintes Ecritures, touchant son Fils, qui lui est né de la race de David selon la chair (3) ». C'est pourquoi le prophète Isaïe a dit : « Il y aura un rejeton de Jessé, qui se lèvera pour régner sur les nations : les nations espèreront en lui (4) »; et encore : « Voilà que la Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel (5) ce qui est interprété par Dieu avec nous (6) ». Et que nos adversaires ne s'imaginent pas que les Prophètes hébreux n'ont annoncé le Christ que comme homme; ce à quoi Fauste semble faire allusion quand il dit : Notre Christ Fils de Dieu : comme si les Hébreux n'appelaient pas aussi leur Christ Fils de Dieu. Voilà que nous démontrons, d'après

 

1. Ex. XXIX ; I Rois, X, 1 ; Ex. XIX. — 2. Dan. IX, 24. — 3. Rom. I, 2, 3. — 4. Is. XI, 10. — 5. Id. VII, 14. — 6. Matt. I, 23.

 

la prophétie hébraïque, que le Christ-Dieu est fils de la Vierge. En effet, de peur que les Juifs charnels ne crussent qu'il n'y avait autre chose dans le Christ que ce qui est né homme pour nous de la race de David, le Seigneur lui-même les ramène à la prophétie de ce même David, en leur demandant ce qu'il leur semblait du Christ, de qui ils le disaient fils : comme ils lui répondaient: « De David », de peur, dis-je, que leur foi ne se bornât là, et qu'ils ne perdissent de vue l’Emmanuel, que l'on interprète par, Dieu avec nous, il leur répliqua : « Comment donc David lui-même l'appelle-t-il, au moment de l'inspiration, son Seigneur, disant: Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds ? (1) » Voilà, dis-je, que nous démontrons le Christ-Dieu par la prophétie hébraïque; montrez-nous, de votre côté, quelqu'une de vos prophéties qui vous ait seulement appris le nom du Christ.

 

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CHAPITRE IV. MANÈS N'EST POINT APÔTRE DU CHRIST; IL NE S'APPUIE SUR AUCUNE AUTORITÉ.

 

Car votre Manès n'a point été le prophète du Christ à venir : par le plus impudent des mensonges, il s'en dit l'apôtre ; quand il est constant que: cette hérésie est postérieure, non-seulement au temps de Tertullien, mais même à celui de Cyprien. Cependant toutes ses épîtres commencent ainsi : « Manès, apôtre de Jésus-Christ». Pourquoi avez-vous cru à sa parole pour ce qui concerne le Christ? Quel témoin de son apostolat vous a-t-il produit? Et le nom même du Christ, que nous savons n'avoir été porté que dans la nation juive par les, prêtres et par les rois, au point que ce n'est pas seulement tel ou tel homme, mais la nation entière et tout le royaume qui a été prophète du Christ et du royaume chrétien : ce nom, dis-je, pourquoi l'a-t-il pris, pourquoi. l'a-t-il usurpé, lui, qui vous défend de croire aux Prophètes hébreux pour faire de vous, faux et imposteur apôtre qu'il est, de faux disciples d'un faux christ? Qu'à la fin, pour ne pas s'entendre dire : Tu mens, il vous ait aussi produit quelques prophètes qui auraient, selon lui, annoncé son christ, j'y consens; mais que direz-vous à ce

 

1. Matt. XXII, 42-44.

 

213

 

catéchumène,dont Fauste parlait tout-à-l'heure, s'il ne veut croire ni à ces prophètes ni à lui? Invoquera-t-il en sa faveur le témoignage de nos apôtres? Ce ne seront pas eux qu'il produira, je pense, mais il ouvrira leurs livres : et tout en les ouvrant, il verra qu'ils se déclarent contre lui et non pour lui. Car là nous lisons et nous enseignons que le Christ est né de la Vierge Marie, que le Fils de Dieu est sorti de la race de David selon la chair 1. Dira-t-il que ces livres sont falsifiés? alors il attaque l'autorité de ses propres témoins. Mais s'il en produit d'autres, les livres de ceux qu'il appelle: ai Nos o apôtres», comment leur donnera-t-il l'autorité, lui qui repousse celle que les Apôtres du Christ ont eux-mêmes établie dans toutes les églises, pour être transmise à la postérité, appuyée sur leurs recommandations? Comment celui à qui je ne crois pas, me produit-il des Ecritures pour m'inspirer de la confiance en lui, et s'efforce-t-il de leur donner de l'autorité, alors que je n'ai aucune foi à sa parole?

 

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CHAPITRE V. LA RENOMMÉE QUE FAUSTE INVOQUE, LE CONFOND A L'ÉGARD DU CHRIST.

 

Si vous avez cru au Christ sur la foi de la renommée (c'est ce que, dans son extrême embarras, Fauste insinue en passant, évidemment pour ne pas être forcé à produire des livres dont l'autorité est nulle, ou à en accepter dont l'autorité lui est contraire) ; si, dis-je, vous avez cru au Christ sur la foi de la renommée, voyez si c'est là un témoin convenable, et prenez bien garde à l'abîme où vous vous précipitez, car la renommée publie de vous bien du mal auquel vous ne voulez pas qu'on croie. Et pourquoi voulez-vous qu'elle soit véridique quand elle parle du Christ, et mensongère quand elle parle de vous? Et si j'ajoute que vous êtes en contradiction avec la renommée même, à propos du Christ? En effet, il y en a une plus claire, une plus dominante encore, qui remplit les oreilles, les esprits, les langues de tous les peuples, celle qui nous fait voir dans le Christ né, suivant les Ecritures hébraïques, de la race de David, l'accomplissement de ce qui y est écrit et de ce qui a été promis à Abraham, à Isaac, à Jacob : « En ta postérité seront bénies toutes les

 

1. Matt. I, 22-25; Luc, II, 7 ; Rom. I, 3.

 

Nations (1) ». Que répondrez-vous ? A qui croirez-vous touchant le Christ, vous qui rejetez les témoins étrangers? Or, l'autorité de nos livres, fortifiée par le consentement de tant de nations, par la succession des Apôtres, des évêques et des conciles, vous est contraire ; et celle des vôtres est nulle, parce qu'elle n'est produite que par un petit nombre d'hommes et par des hommes qui adorent un Dieu faux et un Christ menteur. Aussi s'élève-t-elle contre leur doctrine mensongère, moins qu'on ne les regarde eux-mêmes comme de faux imitateurs de leur Dieu et de leur Christ. Or, la renommée, si on la consulte fait de vous des hommes très-mauvais, et elle ne cesse de prêcher contre vous le Christ né de la race de David. Vous n'avez pas entendu la voix du Père, descendant du ciel (2), vous n'avez pas vu les oeuvres que le Christ donnait comme des témoignages en sa faveur; pour tromper sous un masque de christianisme, vous avez l'air d'accepter les livres où ces choses sont écrites, mais pour échapper aux textes qui vous y condamnent, vous les dites falsifiés. Vous nous présentez le Christ disant : « Si vous ne me croyez pas, croyez à mes oeuvres (3) »; et encore : « C'est moi qui rends témoignage de moi-même : mais il rend aussi témoignage de moi, mon Père qui m'a envoyé (4) » :et vous ne voulez pas qu'on vous le cite quand il dit : « Scrutez les Ecritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle; car ce sont elles qui rendent témoignage de moi » ; et encore : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car c'est de moi qu'il a écrit (5)» ; et ailleurs, « Ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent » ; et encore

« S'ils n'écoutent: point Moïse et les Prophètes, quand même quelqu'un des morts ressusciterait, ils ne croiraient pas (6) ». Comment en êtes-vous venus là? Sur quoi vous appuyez-vous? Vous rejetez les Ecritures confirmées et recommandées par une si grande autorité, vous ne faites pas de miracles, et, quand vous en feriez, nous nous en défierions, d'après l'avertissement que nous adonné le Seigneur « Il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, et ils feront des signes et beaucoup de prodiges, en sorte qu'ils tromperont même les élus, s'il est possible : voilà que

 

1. Gen. XXII, 18, XXVI, 4, XXVIII, 14. — 2. Matt. III, 7; XVII, 5. — 3. Jean, X , 38. — 4.  Id. VIII, 18. — 5. Id. V, 39, 46. — 6. Luc, XVI, 29, 31.

 

214

 

je vous l'ai prédit (1) ». Tant il tenait à ce qu'on ne crût rien contre le témoignage des Ecritures, contre une autorité qui se démontre par les faits, qui nous montre accompli et réalisé dans la suite des temps ce qu'elle nous avait annoncé si longtemps d'avance !

 

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CHAPITRE VI. SYSTÈME ABSURDE DES MANICHÉENS, EXHORTATION A ENTRER DANS L'ÉGLISE.

 

Il ne vous reste plus qu'à présenter une raison, tellement certaine, dites-vous, tellement irréfutable, que la vérité s'en fait jour par elle-même, sans qu'il y ait besoin ni de l'appui des témoins ni de l'autorité des miracles. Que dites-vous donc? qu'enseignez-vous ? quelle est cette raison ? quelle est cette vérité? Une fable aussi longue que vaine, un jeu d'enfant, un caquet de femme, un conte de vieille : tronquée au commencement, putride au milieu, ruineuse à la fin. Quand, à propos du commencement, on vous demande ce qu'aurait fait le peuple des ténèbres au Dieu immortel, invisible, incorruptible, s'il avait refusé de combattre avec lui; quand, à propos du milieu, on vous demande comment peut être incorruptible, incapable de souillure, un Dieu dont vous mangez et digérez les membres dans les fruits et les légumes, et que vous broyez pour le purifier; quand, à propos de la fin, on vous demande ce qu'a fait une âme misérable, pour être punie d'une captivité perpétuelle dans un lieu de ténèbres, elle qui a été souillée par la faute d'un autre, et non par la sienne, et qui n'a pu se purifier, parce que son Dieu lui a manqué et l'a lui-même plongée dates le vice : quand on vous fait ces questions et que vous hésitez, et que vous ne savez que répondre, on repousse avec mépris vos livres si nombreux, si grands, si précieux, on déplore amèrement ces travaux d'antiquaires, ces misérables paperasses, ce pain mensonger. Si donc vous n'avez pour vous ni l'autorité des anciennes Ecritures, ni le pouvoir des miracles, ni la pureté des moeurs, ni l'appui de la raison, retirez-vous tout confus et revenez en confessant que le Christ est le Sauveur de tous ceux qui croient en lui ; car les temps présents nous montrent son nom et son Eglise comme les temps anciens nous les ont annoncés, non par quelque

 

1. Matt. XXIV, 24, 25.

 

imposteur sorti d'un antre ténébreux, mais par, une nation particulière, par un royaume spécial, établi et maintenu pour prédire de lui en figures tout ce que les faits expriment aujourd'hui, et afin que les Prophètes écrivissent alors ce que les Apôtres nous prêchent comme des faits accomplis.

 

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CHAPITRE VII. LA LECTURE DES PROPHÉTIES ACTUELLEMENT RÉALISÉES, CONVAINQUERAIT UN CATÉCHUMÈNE.

 

Prenez donc un gentil à instruire : tâche où Fauste a ri de notre impuissance et à laquelle il a lui-même défailli, non d'une manière ridicule, mais d'une manière déplorable. Si nous disons à ce gentil : Croyez au Christ parce qu'il est Dieu, et qu'il nous réponde: Pourquoi y croirai-je ? si de plus nous lui produisons l'autorité des Prophètes, et qu'il les répudie, parce qu'ils sont Hébreux et lui païen: nous lui prouverons alors que les Prophètes méritent confiance, parce que nous  voyons accompli ce qu'ils ont annoncé d'avance. Car il n'ignorerait pas, je pense, combien la religion chrétienne a d'abord subi de persécutions, de la part des princes de ce siècle ; ou s'il l'ignorait, on lui en donnerait facilement la preuve par l'histoire même des nations, par les lois, des empereurs ou écrites, ou connues par tradition ; et il verrait que cela avait été prédit longtemps d'avance parle Prophète: «Pourquoi les nations ont-elles frémi et les peuples ont-ils formé de vains complots? Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ » : paroles qui ne s'appliquent point à David même, comme le reste du psaume le fait voir clairement. Car on y lit ce qui doit confondre les hommes les plus opiniâtres, par l'évidence même des choses: « Le Seigneur m'a dit: Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui; demandez-moi et je vous donnerai les nations en héritage, et la terre entière pour empire  (1) ». Or, personne ne peut douter que cette faveur n'a point été accordée à la nation juive, sur laquelle régna David, tandis que le nom du Christ étant répandu dans le monde entier, il est évident que la prophétie se trouve accomplie. Le catéchumène païen serait, ce me semble, ébranlé en entendant cela et bien d'autres passages des Prophètes

 

1. Ps. II, 1, 2, 7, 8.

 

qu'il serait long de produire ici. Il verrait encore les rois mêmes de la terre heureusement soumis à l'empire du Christ, toutes les nations engagées à son service; et on lui lirait l'endroit du psaume qui l'a prédit si longtemps d'avance. « Tous les rois de la terre l'adoreront, toutes les nations lui seront assujéties (1) », et s'il voulait lire le psaume en entier, sous le nom de Salomon auquel il est appliqué figurément, il découvrirait le Christ, le vrai roi de paix, car c'est là le sens du mot Salomon, et il reconnaîtrait que c'est dans le Christ que se sont accomplies toutes ces choses, évidemment bien au-dessus du mortel appelé Salomon, roi d'Israel. Et dans cet autre psaume où Dieu est dit oint par Dieu, le Christ est clairement indiqué par l'onction même : et là encore on insinue très-clairement que le Christ est Dieu, puisqu'on y parle d'un Dieu sacré par l'onction (2). Si le catéchumène voulait considérer ce qui y est dit ensuite du Christ, de l'Eglise même, il verrait que les prophéties qu'il vient de lire sont accomplies dans le monde entier; il verrait aussi que les idoles des nations disparaissent de l'univers au nom du Christ, et il apprendrait que cela a été prédit par les Prophètes : il entendrait Jérémie dire : «Ainsi donc tu leur diras : Que les dieux qui n'ont point fait le ciel et la terre disparaissent de dessus la terre, et qu'on ne les voie plus sous le ciel (3)» . Il entendrait le même prophète dire encore ailleurs: « Seigneur, ma force et mon aide, et mon refuge au jour de la tribulation, les nations viendront à vous des extrémités de la terre, et elles diront : Combien étaient fausses les idoles qu'ont possédées nos pères ; il n'y avait aucun profit à en tirer. L'homme se fera-t-il des dieux, et des dieux qui ne sont pas des dieux? Pour cela voilà que je leur montrerai dans ce temps-là, je leur montrerai ma main et ma force, et ils sauront que je suis le Seigneur (4)». En entendant ces prophéties écrites, et en jetant un coup d'oeil sur le monde entier, ai-je besoin de dire comme il serait entraîné à croire, alors que nous donnons de tout cela des preuves de fait, quand nous savons que les coeurs des fidèles sont singulièrement affermis dans leur foi par ces prédictions écrites si longtemps d'avance et accomplies sous nos yeux ?

 

1. Ps. LXXI, 11. — 2. Id. XLIV, 3. — 3. Jer. X, 11. — 4. Id. XVI, 19-21.

 

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CHAPITRE VIII. L'HOMME-DIEU PRÉDIT PAR LES PROPHÈTES.

 

Et s'il était tenté de prendre le Christ pour quelqu'un de ces grands hommes qu'on a vus, le même prophète l'aurait bientôt tiré de son erreur. Car voici ce qu'il dit ensuite : « Maudit l'homme qui met sa confiance dans l'homme, qui s'appuie sur un bras de chair et dont le coeur s'éloigne du Seigneur ; il sera comme le tamarin du désert ; il ne verra pas venir les biens, car il habitera parmi les méchants dans une terre déserte, dans une terre couverte de sel et qui ne sera pas habitée ». Et encore : « Béni l'homme qui se confie au Seigneur : le Seigneur sera son espérance ; il sera comme un arbre fertile planté sur le bord des eaux et qui y étend ses racines ; il ne craindra pas quand viendra la chaleur, et ses rameaux seront épais et nombreux ; il ne craindra point au temps de la sécheresse et il ne cessera de donner des fruits ». Evidemment quand le Prophète appelle maudit celui qui met sa confiance dans l'homme, et rend cette malédiction sensible par des comparaisons prophétiques ; quand il appelle béni l'homme qui se confie au Seigneur, et explique également cette bénédiction par des comparaisons analogues : notre païen serait peut-être troublé de nous entendre dire que le Christ est Dieu, dans le but de l'empêcher de mettre sa confiance en l'homme, et affirmer ensuite qu'il est homme, non par nature, mais pour avoir revêtu notre mortalité. C'est ainsi, en effet, que quelques-uns ont erré en reconnaissant le Christ comme Dieu, mais en le niant comme homme : et d'autres au contraire, en l'admettant comme homme et en le niant comme Dieu, ou ont fait preuve de mépris pour lui, ou, mettant leur confiance en un homme, ont encouru la malédiction dont parle le Prophète. Si donc ce gentil se troublait, il dirait que ce même prophète est opposé à notre foi, puisque nous n'affirmons pas seulement, d'après l'enseignement des Apôtres, que le Christ est Dieu et que l'on peut en toute sécurité mettre en lui sa confiance, mais que Jésus homme est aussi médiateur entre Dieu et les hommes (1) ; tandis que le Prophète n'a parlé que de Dieu et n'a fait aucune mention de la nature humaine : si, dis-je, il se sentait troublé là-dessus,

 

1. I Tim. II, 5.

 

216

 

il entendrait immédiatement et au même endroit une voix l'avertir et redresser son erreur « Le cœur est lourd en toutes choses, et il est homme, et qui le reconnaîtra (1) ? » Car le Christ est homme, il a revêtu la forme d'esclave, afin que ceux qui ont le cœur lourd fussent guéris par la foi, et qu'ils reconnussent comme Dieu celui qui s'est fait homme pour eux, afin qu'ils missent leur confiance, non en l'homme, mais en l'Homme-Dieu. Et néanmoins « le cœur est lourd en toutes choses, et il est homme, prenant la forme d'esclave. Et qui le reconnaît ? lui qui étant dans la forme de Dieu n'a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu (2). Et il « est homme ; parce que le Verbe a été fait chair et qu'il a habité parmi nous. Et qui le reconnaîtra?» puisque: «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu (3) ». Et vraiment « le cœur est lourd en toutes choses», car il l'a été même chez les disciples, alors que le Christ leur disait: « Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas ? » Que signifient ces mots : « Il y a si longtemps que je suis

avec vous », sinon ce que dit le Prophète « Et il est homme ? » Et que veulent dire ces paroles: « Et vous ne me connaissez pas », sinon : « Et qui le reconnaîtra? » Et quel est-il, sinon celui qui dit: « Qui me voit, voit aussi mon Père (4) ? » Ainsi nous ne mettrons pas notre confiance en un homme, à cause de la malédiction formulée par le Prophète, mais nous la mettrons dans l'Homme-Dieu, c'est-à-dire dans le Fils de Dieu, le Sauveur Jésus-Christ, Médiateur entre Dieu et les hommes, moins grand que son Père en tarit qu'il a pris la forme d'esclave, et l'égal du Père en tant qu'il est dans la forme de Dieu.

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CHAPITRE IX. LA CHUTE DES IDOLES PROPHÉTISÉE.

 

Isaïe dit aussi: « Il sera humilié, il tombera sous l'injure des hommes, et le Seigneur seul sera grand en ce jour; ils cacheront dans les cavernes, dans les fentes des rochers et dans les profondeurs de la terre, toutes les idoles fabriquées de leurs mains, en présence de la colère de Dieu et de la majesté

 

1. Jer. XVII, 5-9. — 2. Phil. II, 7, 6. — 3. Jean,  I, 14, 1. — 4. Id. XIV, 9.

 

de sa puissance, lorsqu'il se lèvera pour briser la terre. Car en ce jour-là l'homme rejettera ses abominations d'or et d'argent, les idoles inutiles et nuisibles qu'ils avaient faites pour les adorer (1) ». Et peut-être ce païen, que nous catéchisons, qui ; selon Fauste, doit nous dire en riant: Je ne crois pas aux Prophètes hébreux, peut-être cache-t-il dans une caverne, dans une fente de rocher, ou dans le sein de la terre, quelques idoles fabriquées de sa main, ou sait-il qu'un de ses amis le fait, ou qu'on l'a fait dans sa ville, dans ses propres terres, en présence de la colère de Dieu, qui, au moyen des rois de la terre déjà engagés à son service et inclinés devant lui, selon la même prophétie, brise la terre par des lois très-sévères, c'est-à-dire réprime l'insolence du cœur humain. Comment donc dirait-il : Je ne crois pas aux Prophètes hébreux, quand il verrait accompli en lui-même ce que ces mêmes Prophètes ont prédit ?

 

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CHAPITRE X. LES PROPHÉTIES N'ONT POINT ÉTÉ FAITES APRÈS COUP.

 

Il serait bien plus à craindre qu'ébloui par une telle évidence des faits, il n'en vînt à dire que les chrétiens ont composé ces prophéties après que le monde a été témoin des événements qui en sont l'objet, afin de faire croire que ceux-ci avaient été prédits par inspiration divine, et d'empêcher qu'on les rejetât avec mépris comme des faits purement humains et arrivés par hasard. Cela serait à craindre, si le peuple Juif n'était répandu et connu partout: autre Caïn qui a été marqué d'un signe pour que personne ne le tue (2); autre Cham esclave de ses frères (3), qui porte des livres qui servent à instruire ceux-ci, et lui sont à charge à lui-même il. Car par ses livres nous prouvons que ces prophéties n'ont point été écrites par nous après les événements, mais qu'elles ont été faites autrefois et conservées dans ce royaume, et qu'elles sont maintenant manifestées et accomplies: et ce qu'elles pouvaient avoir d'un peu obscur (car toutes ces choses « leur arrivaient en figure, et elles ont été écrites pour nous, pour qui est venue la fin des temps (5) ») est maintenant éclairci et mis au jour, et ce qui restait caché sous les ombres des choses

 

1. Is. II, 17, 20. — 2. Gen. IV, 15. — 3. Id. IX, 25. — 4. Rétract. liv. II, ch. VII, n. 3. — 5. I Cor. X, 11.

 

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à venir, est aujourd'hui révélé par l'éclat des faits accomplis.

 

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CHAPITRE XI. EXPLICATION DE L'AVEUGLEMENT DES JUIFS.

 

Peut-être le catéchumène manifesterait-il sa surprise de ce que ceux dont les livres contiennent ces prophéties aujourd'hui réalisées, ne vivent pas avec nous dans la communion de l'Évangile. Mais quand on lui apprendrait que cette circonstance même a été prédite par ces mêmes prophètes, quel puissant motif de foi n'y puiserait-il pas? Or, qui est assez aveugle pour ne pas voir cela? assez impudent, pour feindre qu'il ne le voit pas? Qui peut, en effet, douter que ce fait ait été prophétisé des Juifs, quand Isaïe dit : « Le boeuf connaît son maître, et l'âne son étable ; mais Israël ne m'a pas connu et mon peuple ne m'a pas compris (1) » ; ou quand on lit ces paroles rapportées par l'Apôtre: «Tout le jour j'ai tendu les mains à ce peuple incrédule et contredisant (2) » ; et surtout ce passage : « Dieu leur a donné un esprit de torpeur, des yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre et ne pas comprendre (3)», et beaucoup d'autres de ce genre? Et s'il disait: Quel péché les Juifs ont-ils commis, pour que Dieu les ait aveuglés au point de ne pas reconnaître le Christ? nous montrerions, autant que possible, à cet homme encore peu instruit, que d'autres péchés secrets; connus de Dieu, ont justement attiré cet aveuglement; non-seulement que l'Apôtre a dit de quelques hommes : « Pour cela, Dieu les a livrés aux désirs de leurs coeurs, ou au sens réprouvé, en sorte qu'ils font ce qui ne convient pas (4) » :  voulant montrer que certains péchés manifestes sont la punition d'autres péchés secrets; mais encore que les Prophètes mêmes n'ont point passé le fait sous silence. Car, pour ne pas aller plus loin, le même Jérémie, dans l'endroit où il dit : « Et il est homme et qui le reconnaîtra ? » pour que les Juifs ne puissent être excusés par cause d'ignorance («Car », dit l'Apôtre, «s'ils l'avaient connu, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire (5) »), Jérémie, dis-je, continue et montre que-leur ignorance est la punition de quelques fautes cachées ;

 

1. Is. I, 3. — 2. Rom. X, 21 ; Is. LXV, 2. — 3. Rom. XI, 8 ; Is. VI, 10. — 4. Rom. I, 24. — 5. I Cor. II, 8.

 

car il dit : « Je suis le Seigneur, qui interroge les cœurs et scrute les reins, pour rendre à  chacun selon ses voies et selon le fruit de ses oeuvres (1)» .

 

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CHAPITRE XII. LES HÉRÉTIQUES COMPARÉS A LA PERDRIX.

 

Que si ce païen se scandalisait de voir ceux qui portent le nom de chrétiens se partager entre des sectes différentes et en grand nombre, nous lui apprendrions que les Prophètes hébreux n'ont pas manqué de nous en prévenir. En effet, comme si après avoir démontré que les Juifs sont aveuglés par leur faute, il dût nécessairement lui venir en pensée que beaucoup de gens, portant le nom de chrétiens, sortiraient de la communion chrétienne, Jérémie encore, nous traçant en quelque sorte l'ordre à suivre dans l'instruction, ajoute aussitôt : « La perdrix crie, rassemble des petits dont elle n'est pas la mère, en amassant des richesses sans jugement». On sait, en effet, avec quelle avidité de dispute la perdrix, animal querelleur à l'excès, se jette elle-même dans le lacet. Ainsi les hérétiques n'aiment point à disputer, mais à vaincre à tout prix et à force d'impudence et d'obstination, rassemblant, comme dit le Prophète, ce qu'ils n'ont pas enfanté. En effet, les chrétiens, qu'ils séduisent principalement par le nom du Christ, ils les ont trouvés déjà nés par l'Évangile du Christ, et ils en font leur butin, sans jugement, et avec une témérité irréfléchie. Car ils ne comprennent pas que la vraie société chrétienne, celle qui mène au salut, qui est naturelle pour ainsi dire et radicale, est précisément celle dont ils séparent ceux dont ils composent leurs richesses. Et comme c'est de tels gens que parle l'Apôtre quand il dit : « Or, de même que Jannès et Mambrès résistèrent à  Moïse, de même ceux-ci résistent à la vérité : hommes corrompus d'esprit, qui n'ont pas été éprouvés dans la foi; mais ils n'iront pas au-delà : car leur folie sera connue de tout le monde, comme celle de ces hommes le fut aussi (2) » : de même le Prophète continue et dit de la perdrix qui rassemble des petits qui ne sont pas les siens: « Ils la quitteront au milieu de ses jours, et à ses derniers moments, elle sera une insensée » : ce qui signifie : celui qui séduisait d'abord par des promesses et par une ostentation de haute

 

1. Jer. XVII, 10. — 2. II Tim. III, 8, 9.

 

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sagesse, sera insensé, c'est-à-dire apparaîtra insensé. Alors il passera pour insensé aux yeux mêmes de ceux qui le croyaient sage, quand on le verra tel qu'il est, parce que sa folie sera connue de tout le monde.

 

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CHAPITRE XIII. LA VÉRITABLE ÉGLISE FACILE A RECONNAÎTRE.

 

Et comme s'il prévoyait que notre catéchumène demandera : A quel signe manifeste, moi petit enfant, encore incapable de discerner la vérité de tant d'erreurs, à quelle marque évidente reconnaîtrai-je l'Eglise du Christ, à laquelle je me sens forcé de croire par l'accomplissement de tant d'événements prédits? Le même prophète continue et, comprenant parfaitement ces inquiétudes, il lui apprend que l'Eglise du Christ qui a été prédite, est celle-là même qui apparaît et brille au-dessus de toutes les autres. En effet, elle est cette glorieuse demeure dont parle l'Apôtre: « Car le temple de Dieu est saint et vous êtes ce temple (1) ». C'est pourquoi le Prophète dit : « Un trône de « gloire s'est élevé, le lieu de notre sanctification (2) ». En vue de ces émotions de petits enfants qui peuvent être séduits par des hommes, le Seigneur prévoyant l'éclatante manifestation de son Eglise, a dit : « Une ville ne peut être cachée, quand elle est située sur une montagne (3) » : parce que « la demeure glorieuse s'est élevée, le lieu de notre sanctification », afin qu'on n'entende plus ceux qui entraînent dans les schismes religieux, et disent : « Voici le Christ ici, le voici là ». Car ils indiquent des divisions, en disant : « Voici qu'il est ici, ou là ». Comme cette ville est sur une montagne (et quelle est cette montagne, sinon celle qui, d'après la prophétie de Daniel, s'est formée d'une petite pierre, et est devenue une grande montagne, de manière à remplir toute la terre (4) ?) comme cette ville, dis-je, est sur une montagne, qu'on n'écoute pas ceux qui, sous prétexte d'enseigner une vérité secrète, mystérieuse, destinée au petit nombre, disent : « Le voilà dans le lieu le plus retiré de la maison, le voilà dans le désert (5) »; parce que « une ville ne peut être cachée, quand elle est située sur une montagne», parce que « une demeure glorieuse s'est élevée, le lieu de notre sanctification ».

 

1. I Cor. III, 17. — 2. Jer. XVII, 10-12. — 3. Matt. V, 14. — 4. Dan. II, 34, 35. — 5. Matt. XXIV, 23, 26.

 

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CHAPITRE XIV. LE PAÏEN CONVAINCU PAR L'ACCOMPLISSEMENT DES PROPHÉTIES.

 

Le païen voyant donc, d'après ces témoignages des Prophètes et beaucoup d'autres de ce genre, les prédictions qui ont été faites et qui sont maintenant accomplies, touchant la persécution des rois et des peuples, la foi des princes et des nations, la destruction des idoles, l'aveuglement des Juifs, l'authenticité éprouvée des livres dont ceux-ci sont les gardiens, la folie des hérétiques, l'excellence de la sainte Eglise des vrais et légitimes chrétiens: ce païen trouverait-il rien de plus digne de confiance que ces Prophètes, auxquels il donnerait sa foi en ce qui touche la divinité de Jésus-Christ? En effet si, avant l'accomplissement des faits, j'essayais de déterminer un païen à croire, sur la parole de Prophètes hébreux, à des prédictions non encore réalisées, il me dirait peut-être et à bon droit : Qu'ai-je à faire avec ces Prophètes, quand on ne me donne aucun moyen de constater leur véracité? Mais comme de si grands et si nombreux événements prédits par eux sont déjà accomplis et frappent tous les yeux, certainement, à moins d'une perversité volontaire, il ne pourrait en aucune façon ne pas tenir compte soit de ces mêmes événements qui ont dû être prévus, annoncés et recommandés à l'attention si longtemps d'avance et avec une telle solennité, soit de ceux qui ont pu les prévoir et les prophétiser. Car personne ne mérite mieux notre confiance, ou pour le passé déjà accompli, ou pour l'avenir qui ne l'est pas encore, que ceux dont la véracité a été démontrée par de si nombreux et si grands événements, objets de leurs prophéties.

 

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CHAPITRE XV. ORACLES PAÏENS COMPARÉS AUX PRÉDICTIONS DES PROPHÈTES.

 

Or, ce que la Sibylle, ou les sibylles, Orphée, je ne sais quel Mercure, ou d'autres devins, théologiens, sages ou philosophes païens ont pu dire ou prédire de vrai sur le Fils de Dieu ou sur Dieu le Père, peut sans doute avoir quelque valeur pour confondre la vanité des païens, mais ne suffit pas à faire accepter leur autorité, quand nous démontrons que nous adorons ce même Dieu sur lequel ils n'ont pu (219) garder le silence eux qui osaient enseigner aux gentils, leurs frères, à honorer les idoles et les démons, ou n'avaient pas le courage de les en empêcher. Mais nos saints auteurs ont étendu et gouverné, par l'ordre et avec l'aide de Dieu, une république, un royaume où ce qui était un culte pour les païens, était considéré comme un sacrilège. Et si, là, quelques-uns se laissaient aller à adorer les idoles et les démons, ou ils étaient punis par les lois mêmes de l'État, ou ils étaient retenus par les accents de tonnerre que faisaient librement retentir les Prophètes. Car ils adoraient le Dieu unique qui a fait le ciel et la terre, par des rites prophétiques, il est vrai, c'est-à-dire figuratifs de l'avenir; et ces rites devaient être abolis, lors de l'accomplissement des faits dont ils étaient le symbole: puisque le royaume lui-même était comme un grand prophète, où le roi et le prêtre recevaient une onction mystérieuse et symbolique (1); royaume qui n'a disparu, à l'insu des Juifs, et par cela même malgré eux, que lorsqu'est venu le Dieu oint par la grâce spirituelle au-dessus de tous ceux qui devaient y participer avec lui, le Saint des saints (2), tout à la fois vrai roi par le soin qu'il prend de nos intérêts, et vrai prêtre parce qu'il s'est lui-même offert pour nous. Ainsi donc autant il y a de distance, à l'occasion de l'avènement du Christ, entre l'annonce des anges et la confession des démons, autant il y en a entre l'autorité des Prophètes et une sacrilège curiosité.

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CHAPITRE XVI. LE PETIT NOMBRE DES FIDÈLES. L'IVRAIE TOLÉRÉE PARMI LE BON GRAIN.

 

En vertu de ces considérations et d'autres de ce genre, que nous ne faisons qu'effleurer rapidement, mais qu'il faudrait peut-être alors développer davantage et appuyer de preuves plus nombreuses pour détruire une erreur invétérée, le païen que Fauste nous donne pour catéchumène, serait certainement déterminé à croire, s'il préférait son salut à ses péchés; et une fois croyant, et placé et réchauffé dans le sein de l'Église catholique, il serait ensuite instruit de la conduite qu'il aurait à tenir, des devoirs qu'il aurait à pratiquer. Et il ne se troublerait point en voyant

 

1. Deut. XVIII, 15; Ps. II, 6 ; Id. CLX, 4 ; I Rois, X, 1 ; Ex. XXIX. — 2. Dan. IX, 24; Ps. XLIV, 8.

 

la multitude de ceux qui n'observeraient point les lois qui lui seraient imposées, bien qu'ils fussent corporellement réunis à lui dans l'Église et qu'ils participassent aux mêmes sacrements. Il saurait que l'héritage céleste se partage avec le petit nombre, bien que ses signes extérieurs soient communs à beaucoup; que bien peu possèdent la sainteté de vie et le don de la charité répandue dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné (1) : source intérieure inaccessible à tout étranger; tandis que beaucoup prennent part au saint Sacrement dont il est dit que celui qui le mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement (2), et encore que celui qui dédaigne de s'en nourrir n'aura point la vie en lui (3) et, par conséquent, ne parviendra point à la vie éternelle. Il saurait que ce petit nombre est ainsi appelé par comparaison à la multitude des méchants; qu'en réalité ceux qui le composent sont nombreux, et répandus par toute la terre, qu'ils croissent parmi l'ivraie et avec la paille jusqu'au jour de la moisson et de la séparation (4). Cela est dit dans l'Évangile, cela a été prédit par les Prophètes. En effet, la prophétie avait dit d'avance « Comme le lis au milieu des épines, ma bien-aimée s'élève au-dessus des jeunes filles (5) ». Et aussi : « J'ai habité dans les tentes de Cédar ; j'étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix (6) ». Et encore : « Marque au front ceux qui gémissent et s'affligent des iniquités qui se commettent au milieu de mon peuple (7)». Ainsi ce gentil, affermi par ce langage, déjà devenu concitoyen des saints et de la maison de Dieu, n'étant plus séparé d'Israël (8), mais véritable Israélite en qui il n'y aurait plus d'artifice (9), apprendrait à prononcer, avec un coeur simple, les paroles que le même Jérémie ajoute à la suite : « Seigneur, l'attente d'Israël, que tous ceux qui vous abandonnent soient frappés d'épouvante ». En effet, après avoir parlé de la perdrix qui crie et assemble des petits qui ne sont pas les siens, il a fait ressortir l'excellence de la ville située sur la montagne et qui ne peut se cacher, afin que les hérétiques ne séparent point l'homme de l'Église catholique, et il a dit : « Une demeure glorieuse s'est élevée, le lieu de notre sanctification ».

 

1. Rom. V, 5. — 2. I Cor. XI, 29. — 3. Jean, VI, 54. —  4. Matt. XIII, 25, 26 ; III, 12. — 5. Cant. II, 2. — 6. Ps. CXIX, 5, 7. — 7. Ez. IX, 1. — 8. Eph. II, 19, 12. — 9. Jean, I, 47.

 

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Ensuite, comme s'il lui était venu en pensée de demander : Que ferons-nous de tant de méchants qui se mêlent d'autant mieux partout aux fidèles, que la gloire du Christ brille davantage dans l'unité de tous les peuples ? il ajoute aussitôt : «Seigneur, l'attente d'Israël». Car il faut supporter avec patience, suivant le mot du Sauveur : « Laissez l’un et l'autre croître jusqu'à la moisson (1)» : de peur que par défaut de patience à tolérer les méchants, les bons, qui sont proprement le corps du Christ, ne soient délaissés; et, quand ils le sont, le Christ l'est avec eux. Aussi le Prophète ajoute-t-il : « Que tous ceux qui vous abandonnent soient frappés d'épouvante; que ceux qui se sont retirés vers la terre soient confondus ». Car la terre c'est l'homme qui a confiance en lui-même et engage les autres à y en avoir ; aussi lit-on ensuite

«Ils seront détruits, parce qu'ils ont abandonné le Seigneur, la source de la vie ». Que crie, en effet, la perdrix, sinon que c'est en elle que se trouve et que se communique la source de la vie : afin que ceux qui s'assemblent à sa voix, s'éloignent du Christ, trompés par l'espoir de le trouver, vu que déjà ils connaissaient son nom? Car elle ne rassemble pas des petits qui soient à elle ; mais pour rassembler des petits qui ne sont pas les siens, elle dit : Le salut promis par le Christ est chez moi; c'est moi qui le donnerai. Mais voyez ce qu'enseigne le Prophète : « Guérissez-moi, Seigneur, et je serai guéri ; sauvez-moi et je serai sauvé ». Ce qui fait dire à l'Apôtre: «Que personne ne se glorifie dans l'homme (2) » ; puis Jérémie ajoute : « Car vous êtes mon titre de gloire (3)». C'est ainsi que nous instruisons l'homme d'après la doctrine des Apôtres et des Prophètes, afin qu'il soit bâti sur le fondement des Apôtres et des Prophètes (4).

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CHAPITRE XVII. QUI NE CROIT PAS AU CHRIST CROIRA ENCORE MOINS A MANÈS.

 

Or, comment Fauste convaincrait-il de la divinité du Christ le païen à qui il prête ce langage : Je ne crois pas aux Prophètes parlant du Christ, ni au Christ parlant des Prophètes? Croirait-il au Christ parlant de lui-

 

1. Matt. XIII, 30. — 2. I Cor. III, 21. — 3. Jer. XVII, 13, 14. — 4. Eph.  II, 20.

 

même, lui qui ne croirait pas au Christ rendant témoignage des autres? Il serait par trop ridicule de le penser. En effet, ou il ne croirait en rien à celui qu'il jugerait indigne de confiance, ou il le croirait plutôt parlant des autres que parlant de lui-même. Peut-être Fauste, accablé ici sous le poids du ridicule, lirait-il à son homme les sibylles, Orphée et autres païens de ce genre chez qui il au rait rencontré quelque prédiction relative au Christ? Mais non : il ne le ferait pas ; car il a avoué qu'il n'en connaît point, puisqu' a dit : « S'il y a, comme on le prétend, quelques prédictions de la Sibylle, ou de Mercure appelé Trismégiste, ou d'Orphée, ou « de quelque autre devin chez les païens, concernant le Christ ». Or, Fauste, qui ne connaît pas les écrits de ces personnages, qui n'en parle même que par ouï-dire, ne les lirait certainement pas à l'homme qui lui dirait : Je ne crois ni aux Prophètes, ni au Christ. Que ferait-il donc ? Citerait-il Manès, et prêcherait-il le Christ d'après lui ? C'est ce que les Manichéens n'ont jamais fait; au contraire, c'est au nom du Christ, ce nom qui brille partout d'un doux éclat, qu'ils se sont efforcés de faire valoir Manès, comme pour frotter de miel les bords de leur coupe empoisonnée. En effet, le Christ ayant promis à ses disciples de leur envoyer le Paraclet, c'est-à-dire le consolateur ou l'avocat, l'Esprit de vérité (1), ils prennent occasion de cette promesse, pour prétendre que ce Paraclet est Manès ou dans Manès, et s'insinuer ainsi dans l'esprit des hommes qui ignorent quand l'Esprit promis par le Christ a été envoyé. Mais ceux qui ont lu le livre canonique, intitulé les Actes des Apôtres, voient qu'on y fait mention encore une fois de la promesse du Christ, et qu'elle a été remplie de la manière la plus éclatante (2). Nous demandons donc comment Fauste inspirerait à ce gentil la foi au Christ ? Car je ne pense pas qu'il y ait un homme assez aveugle pour dire : Je ne crois pas au Christ, mais je crois à Manès. Ensuite, si ce n'était en riant, ce serait avec courroux, que le gentil dirait : Quoi ! tu veux que je croie à des livres persans et tu me défends de croire à des livres hébreux? Comment donc, ô hérétique, gagnerais-tu cet homme, s'il n'avait déjà une foi quelconque au Christ quand il tombe entre tes mains, en

 

1. Jean, XIV, 16. — 2. Act. I, 8; 11, 1-4.

 

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sorte que, déjà convaincu qu'il faut croire au Christ, il se laisse séduire par Manès qui

lui semble mieux prêcher le Christ ? Ainsi voilà la perdrix rassemblant des petits qui ne sont pas les siens. Et vous ne la quittez pas encore, vous qu'elle rassemble ? Et vous ne voyez pas encore un insensé dans celui qui vous dit que les témoignages des Hébreux, fussent-ils vrais, nous sont inutiles avant la foi, et superflus après?

 

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CHAPITRE XVIII. DÉTAILS SUR LE SYSTÈME ABSURDE DU MANICHÉISME.

 

Que les croyants rejettent donc tous les livres qui les ont rendus croyants. Car si nos adversaires disent vrai, je ne vois pas pourquoi les fidèles liraient même l'Évangile du Christ. En effet, il est inutile avant la foi, puisque le gentil que Fauste, dans son erreur ridicule ou plutôt déplorable, nous amène souriant, ne croit pas au Christ. Après la foi il est superflu, puisqu'on traite de superflus les témoignages, même vrais, que l'on produit touchant le Christ à ceux qui croient déjà au Christ. Mais, peut-être direz-vous ici : Le fidèle doit lire l'Évangile pour ne pas oublier ce qu'il croit. Eh ! insensés, il faut donc aussi qu'il lise les témoignages authentiques des Prophètes, afin de ne pas oublier les motifs de sa foi ; car, s'il les oubliait, sa foi cesserait d'être ferme. Ou bien rejetez les livres de Manès, sur la foi desquels vous croyez que la lumière a lutté avec les ténèbres et que la lumière était Dieu; que la lumière avant de pouvoir enchaîner les ténèbres, a d'abord été dévorée, enchaînée, souillée, mise en pièces par elles; et qu'en mangeant, vous la restaurez, vous la dégagez, la purifiez et la guérissez, afin d'en recevoir la récompense et de ne pas être condamnés à vivre éternellement sur un globe ténébreux, avec celte qui n'aura pu être délivrée. Cette fable ridicule, vous la préconisez tous les jours et en actions et en paroles: pourquoi donc chercher à l'appui des témoignages de livres, dévorer la substance d'autrui dans des choses superflues et pour la composition de vos livres, et tenir enchaînée la substance de votre Dieu ? Brûlez tous ces manuscrits, ces étuis élégants si artistement travaillés, pour vous débarrasser d'un poids de superfluités et dégager votre Dieu qu'un manuscrit même tient enchaîné comme un esclave que l'on punit. Et si vous pouviez manger vos livres, même bouillis, quel service vous rendriez aux membres de votre Dieu ! Si cela pouvait se faire, est-ce que l'impureté de la chair vous empêcherait de dévorer ces pages? Que la pureté de l'encre, qui a pénétré la peau d'agneau, se l'impute donc. Mais vous aussi vous avez fait cela, vous qui, comme au début de vos combats, avez souillé ce qu'il y avait de pur dans votre plume, en le fixant par l'écriture sur l'impureté du parchemin, à moins que les couleurs ne vous accusent en déposant du contraire. Car vous avez préféré attaquer la lumière des pages blanches avec les ténèbres de l'encre. Est-ce vous qui devez nous en vouloir de dire cela, ou nous qui devons nous fâcher contre vous de croire à des choses qui, bon gré mal gré, produisent de telles conséquences ? Pour nous, tant pour nous rappeler les objets de notre foi, que pour soutenir notre espérance et animer notre charité, nous lisons les livres prophétiques et les livres apostoliques, deux voix qui s'accordent parfaitement; et cet accord, comme une trompette céleste, nous arrache au pesant sommeil de cette vie mortelle et nous fait aspirer à la palme de la vocation d'en haut. En effet, après avoir rappelé ce passage des livres prophétiques : « Les outrages de ceux qui vous outrageaient sont tombés sur moi (1) », l'Apôtre parle ensuite de l'utilité de ces divines leçons : « Car tout ce qui est écrit », dit-il, « a été écrit pour notre instruction, afin que par la patience et la consolation des Écritures nous ayons espérance en Dieu (2) ». Mais Fauste dit le contraire. Qu'il subisse donc l'arrêt de Paul : « Si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème (3) ! »

 

1. Ps. LXVIII, 10. — 2. Rom. IV, 4. — 3. Gal. I, 9.

 

 

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