PSAUME CXVIII-XI
Précédente Accueil Remonter Suivante

Bibliothèque

 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

Accueil
Remonter
PSAUME CXVIII-I
PSAUME CXVIII-II
PSAUME CXVIII-III
PSAUME CXVIII-IV
PSAUME CXVIII-V
PSAUME CXVIII-VI
PSAUME CXVIII-VII
PSAUME CXVIII-VIII
PSAUME CXVIII-IX
PSAUME CXVIII-X
PSAUME CXVIII-XI
PSAUME CXVIII-XII
PSAUME CXVIII-XIII
PSAUME CXVIII-XIV
PSAUME CXVIII-XV
PSAUME CXVIII-XVI
PSAUME CXVIII-XVII
PSAUME CXVIII-XVIII
PSAUME CXVIII-XIX
PSAUME CXVIII-XX
PSAUME CXVIII-XXI
PSAUME CXVIII-XXII
PSAUME CXVIII-XXIII
PSAUME CXVIII-XXIV
PSAUME CXVIII-XXV
PSAUME CXVIII-XXVI
PSAUME CXVIII-XXVII
PSAUME CXVIII-XXVIII
PSAUME CXVIII-XXIX
PSAUME CXVIII-XXX
PSAUME CXVIII-XXXI
PSAUME CXVIII-XXXII

ONZIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME CXVIII.

LE PROGRÈS DANS LA PIÉTÉ.

 

Le Prophète qui a déjà couru dans la voie des commandements, supplie le Seigneur de lui poser comme une loi la voie de ces mêmes commandements, ou de l’aider à y courir jusqu’à ce qu’il arrive à la palme promise, Il recherche toujours cette voie, en s’efforçant de pratiquer ces préceptes, et comme cette voie est la vérité, il la possédera à jamais. Il ne veut pas connaître la loi selon la lettre seulement, mais encore selon ta pratique ; alors il supplie Dieu de le conduire en inclinant son coeur vers les préceptes, et non vers les convoitises qui firent tomber le vieil Adam.

 

1. Dans notre psaumes si étendu, voici ce qu’il nous faut considérer et exposer avec le

secours du Seigneur. « Faites-moi, Seigneur, une loi de la voie de vos commandements, et que je la recherche toujours 1 ». L’Apôtre nous dit: « La loi n’est pas établie pour le juste, mais pour les injustes et les rebelles », et le reste, puis il conclut ainsi : « Et pour tout ce qui est opposé à la saine doctrine, laquelle est selon l’Evangile de la gloire du Dieu de béatitude, qui m’a été confié 2 ». Or, celui qui nous dit: « Faites-moi, Seigneur, une loi », était-il de ceux pour qui saint Paul a dit que la loi était faite? Loin de là. S’il en était, il n’aurait pas dit plus haut : « J’ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous avez dilaté mon coeur».

Pourquoi donc demander que Dieu lui impose une loi, puisqu’il n’est point de loi pour

le juste? Ou bien n’y aurait-il pas de loi pour le juste, dans le même sens qu’elle est établie

pour le peuple rebelle, sur des tables de pierre 3, et non sur des tables de chair, qui

sont les coeurs 4; selon l’Ancien Testament, du mont Sinaï qui engendre pour la servitude 5 et non selon le Testament Nouveau, dont le prophète Jérémie a dit: « Voilà que viennent les jours, dit le Seigneur , et j’établirai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda: non pas l’alliance que j’ai formée avec leurs pères, dans les jours où je les pris par la main, pour les tirer de la terre d’Egypte et parce qu’ils ne sont pas demeurés dans cette alliance, je les ai punis, dit le Seigneur. Voici,en effet, l’alliance que j’ai faite avec la maison d’Israël : après ces jours-

 

1. Ps. CXVIIII, 33. — 2. I Tim. I, 9-11. — 3. Exod. XXXI, 18. — 4. II Cor. III, 3. — 5. Gal. IV, 24.

 

là, dit le Seigneur, je graverai mes lois jusque dans leurs entrailles, et je les écrirai dans leurs coeurs 1». C’est ainsi qu’il supplie le Seigneur de lui imposer une loi, non plus comme aux injustes et aux rebelles qui n’appartiennent pas au Nouveau Testament, une loi sur des tables de pierre; mais une loi qui convienne à la sainte génération de l’épouse libre, ou de la Jérusalem céleste, aux enfants de la promesse, aux fils de l’héritage éternel, dans le coeur desquels Dieu écrit sa loi, de son doigt par le Saint-Esprit; non plus pour qu’ils en conservent la mémoire pendant qu’ils la négligeront dans la pratique; mais afin qu’ils la connaissent pour la comprendre, qu’ils la pratiquent en l’aimant d’un coeur dilaté par la charité, et non resserré par la crainte. Agir, en effet, par la crainte du châtiment, et non par l’amour de la justice, c’est agir en quelque sorte malgré soi. Mais celui qui agit malgré lui, voudrait, s’il était possible, qu’il n’y eût point de commandement; et dès lors il est l’ennemi, et non point l’ami de cette loi, qu’il souhaite qu’on ne lui ait point imposée; son action, dès lors, ne saurait être pure, quand sa volonté est corrompue. On ne saurait dire alors ce que dit le Prophète dans les versets précédents : « J’ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous avez dilaté mon coeur»; puisque cette dilatation signifie la charité, qui est, selon l’Apôtre, la plénitude de la loi 2.

2. Pourquoi donc le Prophète veut-il encore qu’on lui impose une loi, puisque si cette loi ne lui eût déjà été donnée, il n’aurait pu, dans la dilatation de son coeur, courir dans la voie des commandements de Dieu?

 

1. Jérém. XXXI, 31-33. — 2. Rom. XIII, 10.

 

671

 

Mais comme l’interlocuteur s’avance dans la vertu, comme il sait que cet avancement il le doit à la grâce de Dieu; demander qu’une loi lui soit imposée, qu’est-ce autre chose que demander d’y faire de nouveaux progrès? Car, présentez, par exemple, une coupe toute pleine à l’homme qui a soif, il la boit et l’épuise, et en demande encore. Quant aux injustes 1, aux rebelles, qui n’ont reçu la loi que sur des tables de pierre, cette loi en a fait des prévaricateurs, et non des enfants de la promesse. Mais s’en souvenir et ne pas l’aimer, c’est être également coupable; car la mémoire est en quelque sorte une pierre écrite, et qui est plutôt un fardeau qu’un ornement: c’est un poids et non un titre d’honneur. Cette loi, le Prophète l’appelle une voie des justifications de Dieu, et elle ne diffère en rien de la voie des préceptes de Dieu, que le Prophète nous dit avoir parcourue dans la dilatation de son coeur. Il a donc couru, il court encore, jusqu’à ce qu’il atteigne cette manne céleste, à laquelle Dieu l’a appelé d’en haut. Enfin, après avoir dit : « Donnez-moi, Seigneur, pour loi, la voie de vos justifications »; le Prophète ajoute : « Et que je la recherche toujours ». Pourquoi demander ce qu’il a déjà, sinon parce qu’il possède cette loi en l’accomplissant, et qu’il en cherche les progrès?

3. Mais que signifie « toujours? » N’y aura-t-il point de fin à ses recherches? En est-il de même que dans ces paroles : « Sa louange e sera toujours en ma bouche 2 », parce qu’il n’y aura point de fin à la louange de Dieu? Car nous ne cesserons las de le louer quand nous serons parvenus au royaume éternel, puisque nous lisons: « Bienheureux ceux qui habitent votre maison, ils vous loueront dans les siècles des siècles 3 ! » Ou bien « toujours » doit-il s’entendre du temps de la vie, parce que c’est alors que l’on avance dans la vertu, et qu’après cette vie, celui qui aura fait des progrès sera parfait ? Cette expression reviendrait à ce que nous dit saint Paul de certaines femmes qu’ « elles apprennent toujours »; mais c’est alors en mauvaise part, puisqu’il ajoute qu’ « elles n’arrivent jamais à la science de la vérité 4 ». Celui au contraire qui va toujours en progressant arrive enfin où il s’est efforcé d’arriver, et où il n’y

 

1. II Tim. I, 9. — 2. Ps. XXXIII, 2. — 3. Id. LXXXIII, 5.— 4. II Tim. III, 7.

 

a plus de progrès, parce qu’on demeure éternellement dans cette perfection. Toutefois en disant de ces femmes qu’ « elles apprennent toujours », saint Paul n’a point prétendu qu’après leur mort elles continueront à étudier des choses vaines et sans profit, puisqu’à ces doctrines succéderont, non plus des études, mais les supplices éternels. Rechercher donc la loi de Dieu en cette vie, c’est y faire des progrès par sa science et par l’amour; dans l’autre vie, au contraire, il n’y aura plus à chercher cette loi dans sa plénitude, mais à en jouir. Mais voici ce qui est dit encore: « Cherchez toujours sa face ». Où sera-ce « toujours », sinon en cette vie? Car en l’autre nous ne chercherons pas la face de Dieu, puisque nous le verrons face à face 2. Si néanmoins on peut dire que l’on cherche toujours une chose parce qu’on l’aime sans dégoût, et qu’on le fait pour ne point la perdre, nous rechercherons sans fin la loi de Dieu, c’est-à-dire la vérité de Dieu; car il est dit dans ce même psaume : « Et votre loi est la vérité 3 ». On la cherche maintenant pour la posséder; alors on la possédera pour ne point l’abandonner; selon qu’il est écrit de 1 Esprit de Dieu, qu’il pénètre tout, même les profondeurs de Dieu 4 : non point pour apprendre ce qu’il ne connaît point, mais parce qu’il n’y a rien qu’il ne connaisse.

4. C’est donc proclamer bien haut la grâce de Dieu, que demander au Seigneur de nous poser une loi, comme le fait le Prophète qui connaissait la loi selon la lettre. Mais parce que la lettre tue, et que l’esprit vivifie 5, il demande à faire par l’esprit ce qu’il savait par la lettre, de peur que cette connaissance d’un précepte négligé ne le rende coupable d’une prévarication nouvelle. Toutefois, connaître une loi comme on doit la connaître, c’est-à-dire comprendre ce qu’elle ordonne, pourquoi elle a été donnée à ceux qui ne devaient point l’observer; quelle en était l’utilité en cela même qu’elle est survenue pour faire abonder le péché 6, c’est ce que ne saurait faire un homme, à moins que Dieu ne lui en ait donné l’intelligence. Aussi le Prophète a-t-il ajouté : « Donnez-moi l’intelligence, et je sonderai votre loi, et je la garderai de tout mon coeur 7 ». Lorsqu’en effet un homme a sondé la loi, qu’il est arrivé à ces

 

1. Ps. CIV, 4. — 2. I Cor. XIII, 12. — 3. Ps. CXVIII, 142. — 4. I Cor. II, 10. — 5. II Cor. III, 6.— 6. Rom. V, 20.— 7. Ps. CXVIII, 34.

 

hauteurs qui en font toute l’essence, il doit alors aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de tout son esprit, et son prochain comme lui-même. Ces deux commandements renferment la loi et les Prophètes 1. Voilà ce qu’il semble promettre à Dieu, quand il dit:

« Et je la garderai de tout mon coeur ».

5. Mais comme il n’en saurait venir là par ses propres forces, et sans le secours de celui qui fait ce commandement, voilà que le Prophète supplie le Seigneur de lui faire accomplir ce qu’il ordonne : « Conduisez-moi dans les sentiers de vos commandements, car c’est là que je me plais 2 ». C’est peu de ma volonté, si vous-même ne me conduisez où je veux aller. Or, c’est bien là le sentier, la voie des commandements rie Dieu, où il avait couru, disait-il, dans la dilatation de son coeur; et s’il l’appelle un sentier, c’est qu’elle est étroite, cette voie qui conduit à la vie 3; et comme elle est étroite, on ne saurait y courir, si le coeur n’est dilaté.

6. Mais parce qu’il s’avance toujours, qu’il court toujours; et c’est ce qui lui fait implorer le secours d’en haut qui doit le faire aboutir, ce qui n’appartient ni à la course ni à la volonté, mais à la divine miséricorde 4; enfin, parce que c’est Dieu qui produit en nous le vouloir 6, et que le Seigneur même nous prépare la volonté, le Prophète continue:

« Inclinez mon coeur vers vos préceptes, et non vers l’avarice 7 ». Qu’est-ce à dire, avoir le coeur incliné vers un objet, sinon le vouloir? Il a donc voulu déjà, et il demande de vouloir encore. Il a voulu, quand il a dit: « Conduisez-moi dans le sentier de vos commandements, car c’est là que je me plais »; il demande de vouloir encore, quand il dit: « Inclinez mon coeur vers vos témoignages, et non vers l’avarice ». Ce qu’il demande alors, c’est que sa volonté soit de plus en plus forte. Or, quels sont les témoignages de Dieu, sinon ceux par lesquels il se rend témoignage à lui-même? C’est avec le témoignage que l’on fait une preuve, et dès lors, c’est par des témoignages que Dieu prouve ses oeuvres de justice et ses préceptes; par ses témoignages qu’il nous persuade ce qu’il lui plaît; et c’est vers ces témoignages que le Prophète le supplie d’incliner son coeur, et non vers l’avarice. C’est par ces

 

1. Matth. XXII, 37-40. — 2. Ps. CXVIII, 35. — 3. Matth. VII, 14. — 4. Rom. IX, 16. — 5. Philipp. II, 13, 14. — 6. Ps. CXVIII, 36.

 

témoignages que Dieu nous amène à lui rendre un culte gratuit, ce que ne permettrait point l’avarice, qui est la racine de tous les maux. Il y a dans le texte grec un mot qui désigne l’avarice en général ou le désir excessif, car pleon signifie en latin plus ou davantage, et exis désigne ce que l’on possède, en latin habere. Ainsi donc, avoir plus a fait pleonexia, que plusieurs interprètes latins ont traduit ici par emolumentum, profit, d’autres par utilitas, avantage, d’autres mieux encore, par avaritia, avarice. L’Apôtre nous dit donc que u l’avarice est la racine de tous les « maux 1». Mais dans le grec, d’où ces paroles ont été traduites dans notre langue, l’Apôtre ne s’est point servi de pleonexia, que nous lisons dans notre psaume, il a employé celui de philaguria qui désigne l’amour de l’argent. Il faut voir dans cette expression l’espèce pour le genre, et dans l’amour de l’argent, cette convoitise universelle qui est véritablement la racine de tous les maux. Nos premiers parents n’eussent point été séduits et renversés par le serpent, s’ils n’avaient voulu avoir plus qu’ils n’avaient, être plus qu’ils n’étaient. C’est là en effet ce que leur avait promis le serpent : «Vous serez comme des dieux 2 », leur avait-il dit. Telle fut donc la pleonexia qui les fit succomber. Voulant avoir plus qu’ils n’avaient, ils perdirent ce qu’ils avaient reçu. Le droit civil nous montre une lueur de cette vérité répandue partout, dans cette clause qui déboute celui qui demande plus que son droit; c’est-à-dire qui fait perdre même ce que l’on doit à celui qui réclame plus qu’il ne lui est dû. Or, c’est retrancher de nous toute avarice, que rendre à Dieu un culte gratuit. C’est de là que cet ennemi tirait une accusation contre Job, dans le rude combat de l’épreuve, quand il dit « Est-ce gratuitement que Job sert le Seigneur 3? » Le diable croyait en effet que dans le culte qu’il rendait à Dieu, cet homme juste avait le coeur incliné vers l’avarice, qu’il ne servait Dieu que pour ces grands avantages des biens temporels, dont le Seigneur l’avait comblé, comme le mercenaire qui cherche une semblable récompense mais dans cette épreuve il montra qu’il servait Dieu gratuitement. Si donc notre coeur n’est point enclin à l’avarice, nous ne servons Dieu que pour Dieu, en sorte qu’il est

 

1. I Tim. VI, 10.— 2. Gen. III, 5.— 3. Job, I, 9.

 

 

lui-même la récompense de notre culte. Aimons-le en lui-même, aimons-le en nous, aimons-le dans le prochain que nous aimons comme nous-mêmes, soit qu’il possède le Seigneur, soit afin qu’il le possède. Et comme c’est par sa grâce que ce bien nous arrive, le Prophète lui dit : « Inclinez mon coeur vers vos témoignages, et non vers l’avarice ». Remettons la suite à un autre discours.

 

 

Haut du document

 

 

 

Précédente Accueil Suivante