TRENTE-DEUXIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME CXVIII
LA FORCE DANS LÉGLISE.
Elle convient à
lEglise cette prière qui demande le salut, qui a pour objet de connaître les
ordonnances, puis de les publier, au milieu des contradictions. Afin de ne rien craindre,
linterlocuteur sattache aux préceptes de Dieu qui veut bien arracher son âme
dans la personne des martyrs, vivifier lEglise par cette mort. il est lui-même la
brebis égarée que cherche le bon pasteur.
1. Ecoutons maintenant la
voix de la prière, car nous connaissons celui qui prie, et nous devons nous reconnaître
parmi ses membres, si nous ne sommes point réprouvés. « Que ma prière
sapproche de vous, ô mon Dieu ».
Cest-à-dire, quelle sapproche de vous, cette prière que je fais en
votre présence. Car le Seigneur est proche de ceux qui ont le coeur contrit . « Donnez-moi lintelligence selon « votre
parole u : il demande à Dieu leffet de sa promesse. Car il dit, selon votre parole,
comme il dirait, selon votre promesse. Or, cest là ce que le Seigneur a promis en
disant : « Je vous donnerai lintelligence ».
2. « Que ma prière
sélève en votre présence, ô mon Dieu, délivrez-moi selon votre parole ».
Il reprend en quelque sorte sa prière. Car il avait dit dabord : « Que ma prière
sapproche de vous, ô mon Dieu » supplication semblable à celle-ci : « Que ma
prière, Seigneur, sélève en votre présence » ; et cette autre partie du verset
supérieur: « Donnez-moi lintelligence», revient à celle-ci: «Délivrez-moi
selon votre parole». Recevoir en effet lintelligence, cest être délivré,
pour celui à qui son ignorance est un piège.
3. « Mes lèvres »,
dit-il, « publieront vos louanges, quand vous maurez enseigné vos
ordonnances ». Nous savons comment
le
Seigneur instruit ceux qui écoutent ses leçons.
Quiconque, en effet, a ouï le Père et a appris, vient à celui qui justifie limpie
; afin de garder les ordonnances du Seigneur,
non-seulement par la mémoire, mais aussi par la pratique. Cest ainsi que tout homme
qui se glorifie, ne se glorifie point en lui-même, mais dans le Seigneur , et chante une hymne à sa louange.
4. Mais dès quil
est instruit, et quil en a béni Dieu, il veut à son tour enseigner, « Ma
langue », dit-il, « publiera vos paroles, parce que vos préceptes sont la
justice ». Dire quil publiera ces
paroles, cest se faire ministre de la parole de Dieu. Bien que le Seigneur, en
effet, nous instruise intérieurement, la foi vient cependant de ce que lon entend,
et comment pourrait-on entendre parler, si quelquun ne prêche ? Quoique Dieu seul donne laccroissement , il ne faut point négliger de planter et
darroser.
5. Le Prophète sait bien,
et quelles persécutions et quelles contradictions sélèveront contre lui quand il
prêchera la parole de Dieu; aussi a-t-il ajouté : « Que votre main sétende pour
me sauver; car jai choisi vos commandements pour mon partage ». Afin, dit-il,
de ne rien craindre, et davoir vos paroles, non-seulement dans le coeur, mais aussi
sur les lèvres: « Jai choisi vos préceptes », et
lamour a étouffé la crainte. Que votre main
dès lors sétende sur moi, et me sauve des mains étrangères. Or, Dieu a sauvé
les martyrs en arrachant leur âme à la mort; car sauver seulement le corps de
lhomme, est un salut futile . Cette
parole : « Que votre main se fasse», pourrait encore sentendre du Christ qui
est la main de Dieu, selon cette parole dIsaïe: « Et à qui le bras de Dieu a-t-il
été révélé ? » Le Fils unique de Dieu
na pas été fait, puisque tout a été fait par lui ; mais il a été fait de la race de David ,afin dêtre Jésus, ou Sauveur, lui qui était
déjà créateur. Mais comme cette expression: « Que votre main se fasse», ou «la main
du Seigneur se fit», se lit souvent dans lEcriture, je ne sais pas si lon
pourrait dans tous ces endroits lui assigner le sens dont nous parlons. Assurément, quand
nous entendons ce qui suit: «Jai désiré, Seigneur, votre salut », en dépit de tous nos ennemis nous devons
lentendre du Christ qui est le salut de Dieu. Cest lui que les anciens
appelaient de leurs soupirs, ils le proclamaient sincèrement; cest après lui que
soupirait lEglise, quand il devait sortir du sein de sa mère; cest lui encore
quelle appelle de la droite de son Père. A cette pensée le Prophète ajoute :
« Et votre loi a fait mes délices ». Car la loi rend témoignage au Christ.
6. Mais devant cette foi,
qui nous fait croire de coeur pour la justice, et confesser de bouche pour être sauvés , que les nations frémissent, que les peuples
forment de vains projets, que lon tue le corps pendant quil vous prêche; du
moins, « lâme vivra, et vous louera, et vos jugements seront mon soutien ». Ces
jugements en effet devaient commencer par la maison du Seigneur , le temps en était venu. Mais, dit le Prophète,
ils seront mon appui. Et quel aveugle pourrait ne point voir combien le sang de
lEglise a aidé lEglise? Quelle riche moisson une telle semence a fait germer
dans toute la terre?
7. Enfin
linterlocuteur se découvre, et nous montre celui qui parle dans tout le psaume.
« Jai erré»,dit-il, «comme une brebis perdue; cherchez votre
serviteur, parce que je nai
point oublié vos préceptes ». Dans certains exemplaires, on trouve, non pas
cherchez, mais vivifiez : ces deux expressions, en grec, ne diffèrent que dune
syllabe, Zeson et Zeteson ; aussi trouve-t-on des différences dans
les manuscrits grecs eux-mêmes. Quoi quil en soit, cherchons cette brebis égarée,
quon donne la vie à cette brebis perdue; cest pour la chercher que le bon pasteur abandonne les
quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, et se fait déchirer par les épines des
Juifs. Mais on la cherche encore; oui, quon la cherche toujours, et après
lavoir trouvée en partie, quon la recherche encore . Elle semble trouvée quand le Prophète nous dit:
« Je nai point oublié vos préceptes »; mais ceux qui ont choisi comme
leur partage les préceptes du Seigneur, qui les aiment, qui les méditent, ceux-là
cherchent toujours cette brebis, et la trouvent dans toutes les contrées de la terre, par
la vertu du sang que son pasteur a versé pour son salut.
8. Ce long psaume, je
lai parcouru, expliqué autant que je lai pu, autant que Dieu men n fait
la grâce. Dautres plus habiles et plus intelligents ont fait mieux, à coup sûr,
ou feront mieux; mais pour cela, je nai point dû me dispenser de
lentreprendre, surtout devant les sollicitations de mes frères, à qui je suis
comptable de ce ministère. Je nai rien dit de lalphabet hébreu, qui partage
tout le psaume en sections de huit versets pour chacune des lettres; et il ny a là
rien détonnant: cest que cette manière de procéder ne ma rien
suggéré, et ce psaume nest pas le seul dans ce genre de composition. Disons
seulement à ceux qui ne trouvent point ces caractères dans les versions grecques et
latines, parce quon ne les y a point conservés, que dans lhébreu, chacun des
huit versets commence par la lettre quils ont en tête, comme nous lassurent
ceux qui connaissent lhébreu, Cela sest fait ici bien plus exactement, que
nos auteurs, soit latins soit puniques, ne lont fait dans les psaumes appelés
abécédaires, Car ils ne commencent point par la même lettre, tous les versets
dune même strophe, mais seulement les premiers versets.
FIN DU TOME
NEUVIÈME.
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