PSAUME XIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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DISCOURS SUR  LE PSAUME XIII

LES BLASPHÈMES

 Ici toute âme gémit quand retentissent à ses oreilles ces blasphèmes que l’impie vomit contre Dieu. Elle voit avec horreur l’impiété qui prévaut; elle en appelle à Dieu qui doit faire sortir de Sion le salut d’Israël ou des saints.

POUR LA FIN, PSAUME POUR DAVID (Ps. XIII, 1 )

         1. Il est inutile de redire si souvent le sens de cette expression « pour la fin », puisque l’Apôtre nous dit que « le Christ est la fin de la loi, pour justifier ceux qui croiront(Rom. X, 4 ). Nous croyons en lui quand nous commençons à prendre la bonne voie; et nous le verrons au terme de cette voie, dont il est ainsi la fin.

2. « L’insensé a dit dans son coeur : Dieu (181) n’est pas n. Certains philosophes, que leur impiété et leurs sentiments faux et pervers sur la divinité signalent à l’exécration, n’ont pas même osé dire : Dieu n’est pas. Cette parole se « dit donc dans le cœur », car celui-là même qui en a la pensée, n’oserait la prononcer. « Ils sont devenus pervers et abominables, par leurs affections », c’est-à-dire, parce qu’ils ont donné au monde leur amour, et non à Dieu ; ce sont les affections qui causent dans l’âme une corruption et un aveuglement tels que l’insensé puisse dire en son coeur: « Dieu n’est pas ». Comme ils n’ont pas fait usage de la connaissance de Dieu, voilà que le Seigneur les a livrés au sens réprouvé (Rom. I, 28 )». « Il n’y en a pas un qui fasse le bien, non, pas jusqu’à un (Ps. XIII, 1 ) ». Cette expression, « jusqu’à un », peut signifier ou avec celui-là seul, de manière à exclure tout homme, ou à l’exception de celui-là seul, pour désigner Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est ainsi que nous disons d’un champ qu’il va jusqu’à la mer, sans y comprendre la mer elle-même. Il est mieux d’entendre que nul n’a fait le bien jusqu’à Jésus-Christ, car nul homme, s’il n’est instruit par Jésus-Christ même, ne peut faire le bien, puisque ce bien lui est impossible sans la connaissance de Dieu.

3. «Le Seigneur, du haut du ciel, a jeté les yeux sur les enfants des hommes, afin de voir s’il en est pour comprendre et rechercher Dieu (Id. 2 ) ». Ceci peut s’entendre des Juifs, que le Prophète appelle enfants des hommes, parce qu’ils n’adoraient qu’un seul Dieu, ce qui les rendait supérieurs aux Gentils, dont le Prophète me paraît avoir dit : « L’insensé a dit dans son coeur : Dieu n’est pas », et le reste. Le regard du Seigneur s’effectue par le moyen de ces âmes saintes, et qui sont marquées par cette expression de « ciel » ; puisque pour lui, rien ne lui échappe.

4. « Tous se sont égarés, et sont devenus inutiles (Id. 3 ) », c’est-à-dire que les Juifs sont devenus comme les Gentils dont il est parlé plus haut. « Il n’en est aucun pour faire le bien, il n’y en a pas jusqu’à un ». Il faut donner à ces expressions le sens exposé plus haut. « Leur gosier est un sépulcre ouvert (Ibid. )». On peut voir ici les excès de l’intempérance, ou, dans un sens allégorique, les pécheurs scandaleux qui tuent et qui dévorent en quelque sorte ce qu’ils entraînent dans leurs dérèglements. C’est ainsi, mais dans un sens opposé, qu’il fut dit à Pierre; « Tue et mange», afin qu’il amenât les Gentils à sa croyance et aux saintes  moeurs. « Leurs langues distillent le mensonge ». La flatterie accompagne toujours l’intempérance et les autres vices. « Leurs lèvres recèlent un poison d’aspic (Ps. XIII, 3 ) ». Le venin désigne la fraude, et l’aspic tous ceux qui demeurent sourds aux préceptes de la loi, comme l’aspic à la voix de l’enchanteur (Id. LVII, 5 ), ainsi qu’il est dit dans un autre psaume; « Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume ». C’est le venin de l’aspic. « Leurs pieds se hâtent pour répandre le sang (Id. XIII, 3 )»; ce qui désigne l’habitude invétérée du mal. « La meurtrissure et l’infortune sont dans leurs voies ». Car toute voie du méchant est laborieuse et misérable. Aussi le Seigneur a-t-il dit : « Venez à moi, vous tous qui gémissez sous le poids du travail et de la douleur, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur; car mon joug est doux, et mon fardeau léger (Matt. XI, 28 ) ». « Ils n’ont point connu la voie de la paix », de cette paix que désigne le Seigneur, par la douceur de son joug et la légèreté de son fardeau. « La crainte du Seigneur n’est pas devant leurs yeux » ; sans dire que Dieu n’est pas, ils n’en craignent pas davantage le Seigneur.

5. « Ne comprendront-ils pas enfin, tous ces ouvriers d’iniquité?»Dieu les menace du jugement, « Ils dévorent mon peuple, comme on dévore un morceau de pain (Ps. XIII, 4 ) », c’est-à-dire chaque jour; car le pain est la nourriture quotidienne. Ces dignitaires dévorent le peuple, qui en tirent leurs avantages, sans faire tourner leur ministère .à la gloire de Dieu, et au salut de leurs subordonnés.

6. « Ils n’ont point invoqué le Seigneur ». Car c’est ne point l’invoquer, que désirer te qui lui déplaît. « ils ont tremblé, où n’était pas la crainte (Id. 5 ) » ,c’est-à-dire devant un dommage temporel. Car ils ont dit: « Si nous le laissons ainsi, chacun croira en lui, et les Romains viendront, et nous extermineront, nous et notre ville (Jean, XI, 48 )». Ils ont craint ce qui n’était point à craindre, la perte d’un royaume terrestre, et voilà qu’ils ont perdu le royaume des cieux, ce qu’ils auraient dû redouter Ainsi en est-il de tous les avantages temporels; plus les hommes en redoutent la perte, et moins ils arrivent aux biens éternels.

7. « Le Seigneur habite avec la génération des justes (Ps. XIII, 6 ) », c’est-à-dire qu’il n’est point avec ceux qui aiment le monde. Car il y a injustice à négliger le Créateur du monde pour s’attacher au monde, à servir la créature plutôt que le Créateur (Rom. I, 25 ). « Vous avez méprisé le dessein du pauvre, qui met son espoir dans le Seigneur (Ps. XIII, 6 ) », c’est-à-dire, vous avez méprisé l’humble avènement du Christ, parce qu’il n’étalait pas à vos yeux le faste du siècle; forçant ainsi ceux qu’il appelait à mettre leur espoir en Dieu, et non pas en des biens passagers.

8. « Qui fera sortir de Sion le salut d’Israël (Id. 7 ) ? » Sous-entendez, sinon celui-là même dont vous avez méprisé l’humilité! Car il viendra dans l’éclat de sa gloire pour juger les vivants et les morts, et mettre les justes en possession de son royaume; en sorte que si l’humilité de ce premier avènement a frappé d’aveuglement une partie d’Israël, pour donner lieu aux Gentils d’entrer complètement dans l’Eglise; dans le second, tout Israël sera sauvé, selon la prédiction de saint Paul. Car c’est encore en faveur des Juifs que l’Apôtre invoque ce témoignage d’Isaïe : « De Sion viendra celui qui détournera de l’impiété les enfants de Jacob (Isa. LIX, 20 )». C’est dans le même sens qu’il est dit ici : « Qui fera sortir d’Israël l’auteur du salut ? — Quand le Seigneur  aura brisé les chaînes de la captivité de son peuple, Jacob sera dans la joie et Israël dans l’allégresse (Ps. XIII, 7 )». C’est une répétition, comme beaucoup d’autres ; car je pense que la joie de Jacob est identique à l’allégresse d’Israël.

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