PSAUME IX
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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DISCOURS SUR LE PSAUME IX.

LES ACTES MYSTÉRIEUX DE JÉSUS-CHRIST.

 

Ces actes secrets consistent dans son avènement, tellement humble que les Juifs ne l’ont point connu, et dans cette sagesse mystérieuse qui lui fait abandonner aux impies les prospérités temporelles; piège funeste auquel ils seront, pris! tandis qu’il attire à lui les justes en les châtiant dès ici-bas.

 

1. Ce psaume a pour titre: « Pour la fin, psaume de David, pour les secrets du Fils (Ps. IX, 1 )». On peut se demander quels sont ces mystères du Fils: mais comme ce Fils n’est point précisé, nous devons comprendre que c’est le Fils unique de Dieu. En effet, le psaume qui porte en inscription : Pour le fils de David, ajoute: « Quand il fuyait devant son fils Absalon (Id. III, 1) ». Nominer celui-ci, c’était ne laisser aucun doute sur le fils dont il était question; et toutefois il n’est pas dit seulement : « Devant la face du fils Absalon », mais bien: « De son fils ». Or, ici comme il n’est pas dit: «Son fils », et comme d’ailleurs beaucoup de passages regardent les Gentils, le psaume ne peut s’entendre d’Absalon ; et d’ailleurs la guerre que ce fils de perdition fit à son père, n’a aucun rapport avec les Gentils, puisque le peuple seul d’Israël se divisa contre lui-même (II Rois, XV. ). Ce psaume est donc le chant des mystères du Fils unique de Dieu. Car le Sauveur se veut désigner lui-même, quand il dit simplement: Le Fils, sans rien ajouter; ainsi dans ce passage: « Si le Fils vous délivre, vous aurez la vraie liberté (Jean, VIII, 36 ) », il ne dit pas: «Le Fils de Dieu », mais simplement : Le Fils, laissant à juger de qui il est fils. Cette expression ne convient qu’à ce Fils par excellence, que l’on peut reconnaître dans notre langage, quand même il ne serait pas désigné plus spécialement. C’est ainsi que nous disons : Il pleut, il lait beau, il tonne, -et autres manières de parler, sans préciser qui fait ces choses, parce que l’auteur par excellence s’offre de lui-même à notre esprit, sans être plus désigné. Quels sont donc les mystères du Fils? D’abord cette expression nous fait comprendre que le Fils a des actes connus, dont on distingue ceux que l’on appelle secrets ou mystérieux. Or, comme nous croyons à deux avènements du Sauveur, l’un accompli et que les Juifs n’ont pas compris; l’autre à venir, que nous attendons tous; comme le premier, ignoré des Juifs, a été avantageux aux Gentils, on peut fort bien entendre par les mystères ou les secrets du Fils, ce premier avènement, où l’aveuglement a frappé une pat-tic d’Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations entrât dans l’Eglise (Rom. XI, 25 ). Pour l’homme attentif, l’Ecriture insinue aussi deux jugements, l’un occulte, et l’autre évident. Le jugement occulte se fait actuellement, selon cette parole de saint Pierre: « Voici le temps où Dieu va commencer le jugement par la maison du (161) Seigneur (I Pierre, IV, 17 ) ». Ce jugement occulte est don la peine qui stimule chaque homme à se purifier, ou l’avertit de retourner à Dieu, ou le frappe d’un aveuglement qui le perdra. s’il méprise la voix et les corrections du Seigneur. On appelle manifeste, ce jugement dans lequel Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts, où tous confesseront que c’est de lui que viendront et aux bons la récompense, et aux méchants le supplice. Mais cette confession faite alors, loin de remédier au malheur, portera la damnation à son comble. Il est probable que le Seigneur parlait de ce double jugement, dont l’un est occulte et l’autre manifeste, quand il disait: « Celui qui croit en moi, a passé de la mort à la vie, et ne tombera point au jugement  (Jean, V, 24 ) » ; c’est-à-dire au jugement visible. Car, passer de la mort à la vie, par une de ces afflictions, dont le Seigneur châtie ceux qu’il reçoit parmi ses enfants, c’est là le jugement occulte. « Celui qui ne croit point », disait-il encore, « est déjà jugé (Id. III, 18 ) », c’est-à-dire, que le jugement occulte de Dieu le prépare au jugement manifeste. Le Sage nous parle aussi de ces deux sortes de jugements, quand il dit: « Votre jugement les a livrés à la dérision comme de jeunes insensés; et ceux que ce jugement n’a pas corrigés ont éprouvé le sévère jugement de Dieu (Sag. XII, 25, 26 ) ». Ils sont donc réservés aux châtiments justes et sévères du jugement manifeste, ceux que ne redresse point le jugement secret du Seigneur. Ce psaume alors nous entretient des mystères du Fils, c’est-à-dire et de cet avènement dans son humilité, si utile aux nations, quand il tenait les Juifs dans l’aveuglement, et de cette peine dont Dieu se sert dans le secret, non pour damner les pécheurs, mais soit pour exercer la foi de ceux qui se convertissent, soit pour déterminer les autres à se convertir, soit afin de préparer à la damnation par l’aveuglement ceux qui demeurent dans l’impénitence.

2. « Je vous confesserai, Seigneur, dans toute l’étendue de mon cœur (Ps. IX, 2 ) » Douter quelque peu de sa providence, ce n’est point confesser Dieu de tout son coeur; mais comprendre, dans les mystérieux desseins de la sagesse divine, combien se dérobe à nos regards la récompense de celui qui dit: « Nous goûtons la joie dans les afflictions (Rom. V, 3 ) » ; comment toutes les peines corporelles qui nous affligent doivent aboutir à exercer ceux qui se convertissent à Dieu, ou à porter les pécheurs à se convertir, ou à préparer à la dernière et juste vengeance les pécheurs endurcis; et de la sorte, rapporter au gouvernement de la divine Providence, tous ces événements que les insensés attribuent témérairement au hasard, et nullement à l’action divine; c’est là confesser Dieu. « Je publierai toutes vos merveilles ». C’est publier toutes les merveilles de Dieu, que découvrir la main de Dieu, non-seulement dans ce qu’elle opère de visible sur le corps, mais dans son action invisible et bien supérieure sur les âmes. Car les hommes terrestres et qui jugent par les yeux, verront une plus grande merveille dans la résurrection corporelle de Lazare, que dans la résurrection spirituelle de Paul le persécuteur (Jean, XI, 44 ; Act. IX. ). Mais comme un miracle visible est pour l’âme un appel à la lumière, et qu’un miracle invisible éclaire celle qui obéit à cet appel; c’est raconter toutes les merveilles de Dieu, que croire aux miracles visibles, et de là s’élever à l’intelligence des miracles invisibles.

3. « Je me réjouirai en vous, et en vous je tressaillerai d’allégresse (Ps. IX, 3 ) ». Ni ce monde, ni les voluptés de la chair, ni les saveurs qui flattent le palais et la langue, ni les odeurs suaves, ni l’harmonie des sons passagers, ni les couleurs si variées des corps, ni les vaines louanges des hommes, ni les épousailles et une postérité périssable, ni la surabondance des biens temporels, ni l’étude profane de ce que renferment les espaces, ou de tout ce qu’amène la succession des temps, rien de tout cela, Seigneur, « n’est le sujet de ma joie; mais en vous, je tressaille d’allégresse », ou plutôt dans ces mystères du Fils, qui a « marqué sur notre front l’empreinte de votre lumière, ô mon Dieu (Id. IV, 7 ) ». Car « vous les cacherez, dit le Prophète, dans le secret de votre face (Id. XXX, 21 )». C’est donc vous qui faites la joie et l’allégresse de ceux qui racontent vos merveilles ; et il racontera vos merveilles, celui que nous annonce le Prophète, et qui viendra faire, non sa propre volonté, mais la volonté de son Père qui l’a envoyé (Jean, VI, 38 ).

4. Nous commençons donc à voir que c’est Jésus-Christ qui parie dans ce psaume. Car le (162) verset suivant porte : « Je chanterai votre nom, ô Très-Haut, car vous avez fait rebrousser mon ennemi en arrière (Ps. IX, 4 ) ». Or, quand l’ennemi de Jésus-Christ rebroussa-t-il en arrière, sinon quand il lui fut dit : « Retire-toi en arrière, Satan (Matt. IV, 10 )?» Car alors celui qui voulait par la tentation se mettre en avant, dut reculer en arrière, puisqu’il échoua dans ses tentatives de séduction, et n’obtint aucun avantage. L’homme terrestre est en arrière, mais l’homme céleste, quoique venu le dernier, est néanmoins en avant. « Le premier homme est terrestre, et vient de la terre, le second est céleste, et vient du ciel (I Cor. XV, 47 ) ». C’est de la race du premier que venait celui qui a dit: « Celui qui vient après moi a été fait avant moi (Jean, I, 15 ) », et l’apôtre saint Paul, oubliant ce qui est derrière lui, se porte à ce qui est en avant (Philip. III, 13 ). L’ennemi donc rebroussa en arrière quand il échoua auprès de l’homme céleste qu’il tentait, et il se retourna vers les hommes terrestres qu’il pouvait dominer. Nul homme, dès lors, ne peut prendre le devant sur cet ennemi, et le fa-ire rebrousser en arrière, si ce n’est celui qui a échangé l’image de l’homme terrestre contre l’image de l’homme céleste (I Cor. XV, 49 ). Nous pouvons encore, sans absurdité, par « mon ennemi » entendre, si nous l’aimons mieux, ou le pécheur en générai, ou l’homme idolâtre. Alors ces paroles : « Vous avez fait rebrousser mon ennemi en  arrière», n’exprimeront point un châtiment, nais un bienfait, et un bienfait tel qu’on ne peut rien lui comparer. Quoi de plus heureux que d’abjurer son orgueil, et de renoncer à précéder le Christ, comme si nous étions en santé mais sans avoir besoin du médecin; mais de préférer suivre le Christ qui, appelant son disciple à la perfection, lui dit : « Suivez-moi (Matt. XIX, 21 )? » Il vaut mieux néanmoins appliquer au démon cette parole: « Vous avez fait rebrousser mon ennemi en arrière ». Car le démon a été forcé de reculer, même dans la persécution des justes, et il est plus avantageux pour nous de subir ses poursuites, que de le suivre, comme s’il était pour nous un guide et un chef, Chantons donc le nom du Très-Haut qui a fait rebrousser l’ennemi en arrière, puisqu’il est bien mieux pour nous de fuir ses poursuites, que de le suivre quand il veut nous conduire. Car nous avons une retraite et un asile caché dans les mystères du Fils : « Et le Seigneur deviendra notre refuge (Ps. LXXXIX, 1 ). »

5. « Ils seront abattus et anéantis en votre présence (Ps. IX, 5 ) ». Qui donc tombera pour être anéanti, sinon le pécheur et l’impie? « Il tombera », parce qu’il n’aura plus de force; « il sera anéanti », parce qu’il cessera d’être impie ; « en votre présence », c’est-à-dire, quand il vous connaîtra, comme fut anéanti celui qui a dit : « Je vis, non pas moi, mais le Christ vit en moi (Gal. II, 20 )». Mais pourquoi « l’impie sera-t-il abattu et anéanti en votre présence? » C’est, répond le Prophète: « Parce que vous m’avez rendu justice, et que vous vous êtes déclaré pour ma cause (Ps. IX, 5 ) » ; c’est-à-dire, vous avez tourné à mon avantage et ce jugement dans lequel je parus être jugé, et cette condamnation que les hommes prononcèrent contre moi, en dépit de ma justice et de mon innocence. Car tout cela servit au Fils de Dieu pour notre délivrance: ainsi le pilote appelle sien, le vent qui lui sert pour une heureuse navigation.

6. « Vous êtes monté sur votre siége, vous qui jugez avec équité (Id. 5 ) ». Tel peut être le langage du Fils à son Père, dans le même sens qu’il disait: « Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi s’il ne vous était donné d’en-haut (Jean, XIX, 11 ) », regardant comme un effet de l’équité de son Père et de ses propres secrets, que le juge des hommes ait été jugé pour le salut des hommes. Peut-être est-ce l’homme qui dit à Dieu : « Vous êtes monté sur votre trône, vous qui jugez dans l’équité » ; désignant son âme sous le nom d’un trône, et alors son corps serait la terre, appelée escabeau des pieds du Seigneur (Isa. LXVI. ) : car Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde (II Cor. V, 19 ). Peut-être est-ce l’âme de l’Eglise, déjà parfaite, sans tache et sans ride (Eph. V, 27 ), digne des secrets du Fils, parce que le roi l’a introduite dans sa demeure secrète (Cant. I, 3 ), l’âme de l’Eglise qui dit à son Epoux: « Vous êtes monté sur « votre trône, vous qui jugez avec justice » , parce que vous êtes ressuscité d’entre les morts, pour vous élever au ciel et vous asseoir à la droite du Père. On peut, sans blesser les règles de la foi, donner à ces paroles, l’une ou l’autre de ces trois interprétations.

7. « Vous avez châtié les nations, et le (163) méchant a péri (Ps. IX, 6 ) ». Il est mieux d’appliquer ces paroles à Jésus-Christ que d’en faire son langage. Quel autre a châtié les nations pour en faire disparaître l’impie, comme il le fit, après son-ascension? Car alors il envoya l’Esprit-Saint, dont furent remplis les Apôtres qui prêchèrent avec confiance la parole de Dieu et accusèrent avec liberté les péchés des hommes. Leurs réprimandes firent disparaître l’impie, qui fut justifié et devint pieux. « Vous avez effacé son nom pour le siècle, et « dans les siècles des siècles(Ibid.) », Le nom de l’impie a disparu, car on ne peut appeler impie celui qui croit au vrai Dieu; son nom est donc effacé pour le siècle, c’est-à-dire, pendant que s’écouleront les jours du siècle. « Et dans les siècles des siècles ». Qu’est-ce que le siècle du siècle, sinon la durée dont le siècle n’est que l’image et comme l’ombre? Car cette révolution des temps qui se succèdent, alors que la lune croît et décroît, que le soleil revient chaque année dans sa gloire, que le printemps, que l’été, que l’automne et que l’hiver ne s’en vont que pour revenir encore, tout cela nous donne une certaine image de l’éternité. Mais la durée qui subsiste dans une immuable continuité, s’appelle siècle de ces siècles qui s’écoulent; elle est pour eux, comme le vers que vous avez dans l’esprit à l’égard de celui que vous prononcez de la voix. Le premier se comprend, le second s’entend, a sa mesure dans le premier, qui est l’oeuvre de l’art et qui demeure, tandis que le second passe dans l’air avec le son de la voix. C’est ainsi que le siècle qui passe trouve son modèle dans le siècle immuable, que l’on appelle siècle des siècles. Celui-ci demeure chez le divin ouvrier, il est en permanence dans la sagesse et dans la puissance de Dieu : tandis que celui-là en mesure l’action dans chaque créature. Peut-être encore n’est-ce qu’une répétition, et qu’après avoir dit: « Dans le siècle», pour qu’on ne l’entendît point du siècle qui s’écoule, le Prophète aura ajouté : « Et dans le siècle du siècle ». Car il y a dans la version grecque : eis ton aiona, kai eis ton aiona tou aionos . Ce que plusieurs versions latines ont exprimé, non point en disant: « Dans le siècle, et dans le siècle du siècle»; mais bien: « Dans l’éternité et dans le siècle des siècles». Le nom de l’impie est donc détruit pour l’éternité, c’est-à-dire, que jamais à l’avenir il n’y aura plus d’impies; et si leur nom ne peut subsister dans ce siècle, il ne tiendra point dans le siècle des siècles.

8. « Les framées de l’ennemi ont fait défaut jusqu’à la fin  (Ps. IX, 7 ).  ». Ici, l’ennemi est au singulier, et non au pluriel. Or, cet ennemi, dont les armes ont fait défaut, quel est-il, sinon le démon, dont les armes sont les mille formes de l’erreur, qu’il emploie comme des glaives pour tuer les âmes? Mais à l’encontre de ces glaives, et pour les anéantir, il y a le glaive du Seigneur, dont il est dit au psaume septième : « il brandira son glaive, si vous ne retournez à lui ». C’est lui peut-être qui est le terme où doit échouer la force des glaives ennemis, qui doivent prévaloir jusqu’à lui. Aujourd’hui, il travaille en secret, mais au dernier jugement, il resplendira de tout son éclat. C’est lui encore qui détruit les cités; car, après avoir dit que la puissance doit être en défaut, le Prophète ajoute: « Et vous avez détruit leurs cités». Une âme devient la ville de Satan, quand les conseils artificieux et mensongers lui établissent en quelque sorte une cour, qui se fait obéir par ses membres chacun dans son usage, comme par autant de satellites et de ministres ; les yeux servent la curiosité, les oreilles ses instincts licencieux, et elles recueillent tout propos qui porte à la débauche, les mains exercent la rapine et toute violence criminelle, et les autres membres soumis à une semblable tyrannie, travaillent dans ces desseins pervers. La populace de cette ville consisterait dans ces appétits sensuels et ces mouvements tumultueux de l’âme, qui soulèvent journellement dans l’homme des conflits séditieux. Il y a donc une cité partout où vous trouverez un roi, une cour, des ministres et un peuple. Et dans les villes déréglées nous ne verrions point tant de maux,- s’ils n’existaient d’abord dans chacun des citoyens, qui sont pour les cités des germes et des éléments. Ces cités donc, Jésus-Christ les détruit quand il en chasse le prince, ainsi qu’il est dit : « Le prince de ce siècle a été chassé dehors (Jean, XII, 31 ) » : la parole de la vérité porte le ravage dans ces royaumes, y étouffe les pernicieux desseins, y réprime les affections honteuses, y réduit en servitude l’action des membres et des sens, qui doivent servir à l’oeuvre de la justice et du bien; et ainsi s’accomplit cette parole de l’Apôtre :  (164)  « Que le péché ne règne plus dans notre corps mortel (Rom. VI, 12 ) », et le reste du passage. Alors l’âme apaisée se trouve en état d’acquérir le repos et le bonheur éternel. « Leur mémoire a péri avec fracas (Ps. IX, 7 )»,c’est-à-dire, la mémoire des impies. « Avec fracas », l’impiété ne se détruit pas sans bruit. Car nul homme n’arrive au calme du silence, à la paix profonde, s’il n’a d’abord fait à ses vices une guerre bruyante. Ou bien, « avec fracas», signifierait que la mémoire de l’impie périt avec ce fracas que fait ordinairement l’impiété.

9. « Tandis que le Seigneur demeure éternellement (Id. IX, 8 ). A quoi bon dès lors ces frémissements des nations et ces vaines machinations des peuples contre le Seigneur et contre son Christ (Id. II, 1, 2 ) », puisque le Seigneur demeure éternellement? « Il a préparé son «trône pour le jugement, et il jugera l’univers dans l’équité Id. IX, 9 ) ». C’est quand il a été jugé qu’il a préparé son trône. La patience qu’il a montrée nous méritait le ciel, et ce Dieu caché dans l’homme, stimulait notre foi. C’est là le jugement occulte du Fils. Mais parce qu’il doit venir d’une manière visible et dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, il s’est préparé un trône par un jugement caché. « Et il jugera ouvertement le monde « selon la justice », c’est-à-dire qu’il rendra à chacun selon son mérite , en plaçant les agneaux à sa droite et les boucs à sa gauche (Matt. XXV, 33 ). «  Il jugera les peuples dans la justice », c’est la répétition de ce qui vient d’être dit, « qu’il jugera l’univers dans l’équité ». Dieu donc ne jugera point à la manière des hommes qui ne voient point le coeur, et qui en viennent plus souvent à renvoyer les coupables qu’à les condamner ; mais il jugera dans l’équité, selon la justice, selon le témoignage de la conscience, et selon que leurs pensées les accuseront ou les défendront (Rom. II, 15 ).

10. « Et le Seigneur est devenu le refuge du pauvre (Ps. IX, 10  ) ». Quelles que soient les poursuites de cet ennemi qui a dû rebrousser eu arrière, comment nuirait-il à ceux qui trouvent un asile dans le Seigneur? Il sera leur refuge, si dans ce monde, dont Satan est le prince, ils choisissent la pauvreté, ne s’attachant à rien de ce qui échappe à notre avidité pendant cette vie, ou que nous abandonnons à la mort. C’est à ces pauvres que le Seigneur  sert de refuge. « Il est leur appui dans les jours de bonheur, dans la tribulation (Ps. IX, 10 ) ». C’est lui qui fait le pauvre, puisqu’il chante celui qu’il reçoit au nombre de ses enfants (Héb. XII, 6 ). Car le Prophète nous explique « l’appui dans les jours de bonheur », quand il ajoute:

« Dans la tribulation ». L’âme, en effet, ne se tourne vers Dieu, qu’en répudiant le monde, alors que la fatigue et la douleur viennent se mêler à ses plaisirs si frivoles, si dangereux et si funestes.

11. « Qu’ils espèrent en vous ceux qui connaissent votre nom (Ps. IX, 11 ) », en cessant de mettre leur espoir dans les richesses, et dans les autres charmes de ce monde. L’âme qui se détache du monde, et qui cherche en qui mettre son espérance, se réfugie avec bonheur dans la connaissance du nom même de Dieu. A la vérité, ce nom se trouve aujourd’hui dans toutes les bouches; mais le connaître, c’est connaître aussi Celui dont il est le nom. Car un nom n’est pas tel par lui-même, il n’a de valeur que dans sa signification. Or, il est dit : « Le Seigneur est son nom (Jér. XXXIII, 2 ) ». Connaître son nom, c’est donc se mettre avec plaisir à son service. « Et qu’ils espèrent en vous, ceux qui connaissent votre nom ». Le Seigneur dit encore à Moïse « Je suis celui qui suis (Exod. III, 14 ), et tu diras aux enfants d’Israël : Celui qui est, m’a envoyé. Que ceux-là donc, Seigneur, espèrent en vous qui connaissent votre nom », de peur qu’ils ne mettent leur espoir dans les biens qui passent avec la rapidité du temps, qui n’ont rien que le futur et le passé. A peine ce qu’ils ont de futur est-il arrivé, qu’il est déjà passé. On l’atteint avec empressement, on le perd avec douleur. Mais dans la nature divine, il n’y a rien de futur qui ne soit point encore, rien de passé qui ne soit plus; être, c’est là tout ce qu’elle est, c’est l’éternité. Qu’ils cessent donc de mettre leur espoir et leur amour dans les biens du temps, qu’ils élèvent leur espérance jusqu’à l’éternité, ceux qui connaissent le nom de celui qui a dit : « Je suis celui qui suis », et dont il est écrit : « Celui qui est, m’a envoyé. Parce que vous n’abandonnerez pas, Seigneur, ceux qui vous cherchent ». Le chercher, c’est ne plus chercher des biens passagers et périssables, puisque « nul ne peut servir deux maîtres (Matt. VI, 21 ) ». (165)

12. « Chantez au Seigneur qui habite en Sion (Ps. IX, 12 ) », est-il dit à ceux qui cherchent le Seigneur, et qu’il n’abandonne pas. Il habite Sion, qui signifie contemplation, et nous offre l’image de l’Eglise actuelle, comme Jérusalem figure l’Eglise à venir ou la cité des saints qui jouissent déjà de la vie des anges, puisque Jérusalem signifie vision de la paix. Or, la contemplation précède la vision, comme l’Eglise d’ici-bas précède la cité immortelle et éternelle qui nous est promise; mais elle ne la précède que dans l’ordre du temps sans la surpasser en dignité, car la fin où nous tendons est plus honorable que l’effort que nous faisons pour y arriver; or, notre effort actuel, c’est la contemplation, par laquelle nous arriverons à la vision. Mais si dès aujourd’hui le Seigneur n’habitait dans l’Eglise. de la terre, la plus attentive contemplation pourrait aboutir à l’erreur. Aussi est-il dit : « Le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple (I Cor. III, 17 ) »; et : « Le Christ habite dans l’homme intérieur et dans vos coeurs par la foi (Eph. III, 16, 17 )». Il nous est donc ordonné de chanter au Seigneur qui habite en Sion, afin que nous chantions de concert les louanges du Dieu qui habite en son Eglise. « Annoncez parmi les peuples ses merveilles (Ps. IX, 12 ) ». C’est ce qui a été fait, et se fera toujours.

13. « Le Seigneur s’est souvenu d’eux, en recherchant leur sang répandu (Id. 13 )». Comme si les Apôtres, envoyés porter l’Evangile aux peuples, répondaient à cette injonction: « Publiez ses merveilles parmi les peuples », et disaient : « Seigneur, qui pourra croire à notre parole (Isa. LIII, 1 )? » et: « Chaque jour, votre amour nous fait égorger ? ». Le Prophète a raison d’ajouter que pour les chrétiens persécutés, le fruit de la mort sera la grande acquisition de l’éternité : « Parce que le Seigneur se souvient d’eux et venge leur sang ». Mais pourquoi le Prophète a-t-il choisi de préférence cette expression : « Leur sang ? » Répondrait-il à cette question que pourrait lui faire un homme ignorant et faible dans la foi: « Comment prêcheront-ils chez ces infidèles qui doivent les égorger (Ps. XLIII, 22 )? » et dirait-il : « Le Seigneur se souviendra d’eux, et vengera leur sang », c’est-à-dire, viendra le dernier jugement pour mettre à découvert la gloire des victimes et le châtiment des bourreaux? Car nul n’entendra cette expression: « Dieu s’est souvenu d’eux », comme s’il avait pu les oublier; mais parce que le dernier jugement ne doit arriver qu’après un long espace de temps, le Prophète s’accommode au langage des hommes faibles, qui s’imaginent que Dieu oublie, parce qu’il agit avec plus de lenteur qu’eux-mêmes ne voudraient. C’est pour eux encore qu’il est dit plus bas : « Il n’a point oublié le cri des pauvres (Ps. IX, 13 ) » c’est-à-dire, il n’a point oublié, comme vous le pensez; et comme si, après avoir entendu ce mot : « Il s’est souvenu », ils disaient: « Il avait donc oublié»: «Non», dit le Prophète, «il n’oublie point le cri du pauvre».

14. Mais quel est, dirai-je, ce cri du pauvre que le Seigneur n’oublie point? Est-ce le cri exprimé dans les paroles suivantes: « Prenez-moi, Seigneur, en pitié , voyez à quelle humiliation me réduisent mes ennemis (Id. 14 )?» Pourquoi donc ne disait-il pas au pluriel: « Prenez-nous en pitié, Seigneur, et voyez à quelle humiliation nous réduisent nos ennemis ? »  comme si tant de pauvres criaient ensemble; et dit-il: « Prenez-moi en pitié,  Seigneur », comme s’il n’y avait qu’un seul pauvre? Est-ce que celui-là seul parle au nom des saints qui, étant riche, s’est fait pauvre pour nous (II Cor. VIII, 9 ) ? Lui aussi dirait alors: « C’est vous qui me relevez des portes de la mort, afin que je publie vos louanges aux portes de la ville de Sion (Ps. IX, 15 ) ». Car c’est Jésus-Christ qui relève l’homme, non-seulement cet homme dont il s’est revêtu, et qui est le chef de l’Eglise ; mais chacun de nous, qui sommes les membres de son corps, et il nous élève au-dessus des convoitises dépravées qui sont les portes du trépas, puisque c’est par là que nous allons à la mort. Et la mort est déjà dans ces joies que procurent les jouissances, quand nous acquérons ce qu’il était criminel de désirer : « Car la convoitise est la racine de tous les maux (Tim. VI, 10 ) ». Aussi peut-on l’appeler porte de la mort, car une veuve qui vit dans les délices est déjà morte (Id. V, 6 ). Or, c’est par la convoitise que nous entrons dans les délices, comme par les portes de la mort. Mais les portes de Sion sont les saints désirs qui aboutissent à la vision de la paix dans la sainte Eglise. C’est donc dans ces portes qu’il nous faut publier toutes les louanges du Seigneur, afin (166) que l’on ne donne pas aux chiens ce qui est saint, ni les perles aux pourceaux (Matt. VII, 6 ), Les premiers préfèrent aboyer toujours, plutôt que de rechercher avec soin; les autres ne veulent ni aboyer ni chercher, mais se vautrer dans la fange de leurs voluptés. Mais quand on loue le Seigneur avec de saintes affections, alors il accorde à ceux qui demandent, il se manifeste à ceux qui le cherchent, il ouvre à ceux qui frappent. Ces portes de la mort s’entendraient-elles des sens du corps, des yeux qui s’ouvrirent en Adam, quand il eut goûté du fruit défendu (Gen. III, 7 ), et au-dessus desquels s’élèvent ceux qui ne recherchent point les biens visibles, mais les invisibles? « Ce qui est visible, en effet, n’est que temporel, tandis que les biens invisibles sont éternels (II Cor. IV, 18 ) » ; et alors les portes de Sion ne seraient-elles pas les sacrements et les principes de la foi que Dieu veut bien ouvrir à ceux qui frappent, afin qu’ils parviennent à connaître les secrets du Fils? « Car ni l’oeil n’a vu, ni l’oreille n’a entendu, ni le coeur de l’homme n’a compris, ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment (Id. II, 9 ) » ici finirait alors ce cri des pauvres, qui n’est point en oubli pour le Seigneur.

15. Voyons la suite. « Je serai dans la joie, à la vue du Sauveur qui vient de vous (Ps. IX, 16 ) » ; c’est-à-dire, je trouverai mon bonheur dans le Sauveur que vous m’avez donné , qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ, la force et la sagesse de Dieu  (I Cor. I, 24 ). Tel est donc le langage de l’Eglise, affligée ici-bas et sauvée par l’espérance: tant que le jugement du Fils est caché, elle s’écrie avec espoir : « Je tressaillerai dans s le Sauveur que vous m’avez donné »; parce que sur la terre, elle est sous le poids des violences ou des erreurs de  l’idolâtrie. « Les nations sont tombées dans la fosse qu’elles avaient creusée (Ps. IX, 16 ) ». Voyons ici comment le pécheur a toujours trouvé son châtiment dans ses propres oeuvres, et comment ceux qui ont voulu faire violence à l’Eglise sont demeurés dans la dégradation qu’ils voulaient lui faire subir. Ils voulaient tuer des corps, et eux-mêmes tuaient leurs âmes. « Leur pied s’est engagé dans le piège qu’eux-mêmes avaient «caché (Ibid. ) ». Ce piége caché, c’est la pensée fourbe, et par le pied de l’âme, on peut comprendre l’amour, qui s’appelle convoitise et débauche quand il est dépravé, affection et charité quand il est droit. C’est l’amour qui pousse l’âme vers le lieu où elle veut arriver; et ce lieu n’est point un espace occupé par une forme corporelle, mais le plaisir où elle se réjouit que l’amour l’ait fait aboutir. Or, la convoitise aboutit au plaisir dangereux, la charité aux chastes délices. De là vient que la convoitise est appelée une racine (Tim. VI, 10 ). La charité aussi est appelée racine, quand il s’agit de ces divines semences qui tombent dans les lieux pierreux, où elles doivent se dessécher sous les feux du soleil, parce qu’elles n’ont pas une racine profonde (Matt. XIII, 5 ) ; ainsi sont stigmatisés ceux qui reçoivent avec joie la parole de la vérité, mais qui cèdent facilement aux persécutions, parce que la charité seule peut résister. L’Apôtre dit encore : « Afin que nous ayons la charité pour base et pour racine, et que par là nous puissions résister (Eph. III, 17 ) ». Donc le pied des pécheurs, ou l’amour, s’engage dans le piége qu’ils avaient caché, parce qu’en goûtant le plaisir d’un acte trompeur, livrés qu’ils sont par le Seigneur aux désirs d’un coeur déréglé (Rom. I, 24 ), ils se laissent enlacer par ce plaisir, de manière à n’oser plus en dégager leur affection pour la porter à des objets sérieux. Au premier effort qu’ils tenteront, ils gémiront dans leur âme, comme le forçat qui veut dégager des fers son pied captif; et, succombant à la douleur, ils ne voudront plus se sevrer de ces plaisirs homicides. Ainsi donc, « dans ce piège qu’ils avaient caché », ou dans leurs desseins artificieux, «leur pied demeure « engagé », c’est-à-dire, leur amour est arrivé par la fraude à cette joie futile qui enfante la douleur.

16. « On reconnaît le Seigneur à l’équité de ses jugements (Ps. IX, 17) ». Tels sont en effet les jugements de Dieu, qu’il ne sort point du calme de sa félicité, ni des secrets de sa sagesse qui servent d’asile aux âmes bienheureuses, pour lancer contre les pécheurs le fer, la flamme, ou les bêtes féroces, et les livrer aux tourments. Comment donc sont-ils tourmentés, et comment le Seigneur exerce-t-il ses jugements? « C’est dans l’oeuvre de ses mains », dit le Prophète, « que le pécheur s’est enlacé».

17. Il y a ici : « Cantique de Diapsalma (Graec. LXX, ode diapsalmatos ) ». Autant que je puis en juger, c’est l’indice d’une joie secrète, causée par la séparation (167) actuelle, non de lieu, mais d’affection, entre les pécheurs et les justes, commise dans l’aire on sépare déjà le bon grain de la paille. Le Prophète continue : « Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer (Ps. IX, 18 )». Qu’ils soient livrés en leurs propres mains alors que Dieu les épargne, et enlacés dans leurs joies mortelles. « Ainsi que toutes les nations qui oublient le Seigneur (Ps. IX, 18 )», car elles ont refusé de connaître le Seigneur, et il les a livrées au sens réprouvé (Rom. I, 28 ).

18. « Car le pauvre ne sera pas éternellement en oubli (Ps. IX, 19 ) » : lui qui paraît oublié maintenant, quand le bonheur de cette vie semble s’épanouir pour les pécheurs, et que la tristesse est pour le juste; mais, dit le Prophète, « la patience des affligés ne périra pas éternellement ». Cette patience leur est nécessaire maintenant pour supporter les impies, dont ils sont séparés déjà par l’affection, jusqu’à ce qu’ils le soient tout à fait au dernier jugement.

19. « Levez-vous, Seigneur, et que l’homme ne s’affermisse point (Ps. IX, 20 )». Le Prophète appelle de ses soupirs le jugement dernier; mais avant qu’il arrive : « Que les nations, dit-il, soient jugées en votre présence », c’est-à-dire dans le secret et sous l’oeil de Dieu, puisqu’il n’y a pour le comprendre que le petit nombre des saints et des justes. « Seigneur, faites peser sur eux le joug d’un législateur (Id. 21 ) » ; qui serait, si je ne me trompe, l’Antéchrist, dont l’Apôtre a dit « que l’homme de péché se révélera (I Thess. II, 3 ). Que les peuples sachent bien qu’ils ne sont que des hommes» », et puisqu’ils refusent d’être délivrés par le Fils de Dieu, d’appartenir au Fils de l’homme, d’être enfants des hommes, ou des hommes nouveaux, qu’ils soient assujettis à l’homme, c’est-à-dire au vieil homme du péché, puisqu’ils sont eux-mêmes des hommes.

  

CONTINUATION DU PSAUME IX,

INSCRITE DANS L’HÉBREU SOUS LE NUMÉRO X.

  

20. Comme l’Antéchrist ou l’homme de péché s’élèvera, croit-on, jusqu’à un tel degré de vaine gloire, déploiera un tel pouvoir sua tous les hommes et sur les élus de Dieu, que plusieurs auront la faiblesse de croire que Dieu ne s’intéresse plus aux hommes; le Prophète, après un Diapsalma, exprime en quelque sorte les gémissements et les plaintes que soulève le retard du jugement. « Pourquoi dit-il, pourquoi, Seigneur, tant vous éloigner (Ps. IX, 1 ) ? » Et aussitôt l’interrogateur, comme s’il avait une illumination soudaine, ou comme s’il n’eût demandé ce qu’il savait bien que pour nous l’apprendre, ajoute: « Vous vous dérobez dans le temps propice, dans la tribulation »; c’est-à-dire, vous vous dérobes à propos, et vous suscitez la tribulation pour attiser dans les coeurs le désir de votre avènement; plus est longue la soif qui les dévore, et plus agréable sera la source de vie. Aussi le Prophète a-t-il pénétré la cause de ces retardements, quand il dit: « L’orgueil du méchant est un stimulant pour le pauvre ». C’est chose incroyable et vraie néanmoins, que la vue des pécheurs embrase les petits d’une vive ardeur, de sainte espérance qui les porte à une vie meilleure. La même raison mystérieuse  a fait permettre à Dieu qu’il y eût des hérésies. Tel n’est pas sans doute le dessein des hérétiques, mais la sagesse de Dieu sait tirer avantage de leur perversité, elle qui crée et qui règle la lumière, qui règle seulement les ténèbres (Gen. I, 3, 4 ), afin qu’en les comparant à la lumière, on trouve celle-ci plus gracieuse, (168) comme en face de l’hérésie on se trouve plus heureux de rencontrer la vérité. Cette comparaison fait découvrir dans le monde les hommes d’une vertu éprouvée, que Dieu seul connaissait.

21. «Ils se prennent dans les pensées qu’ils enfantent»; c’est-à-dire que leurs pensées perverses deviennent des liens qui les enchaînent. Mais pourquoi des liens? « Parce que le pécheur est loué dans les desseins de son âme (Ps. IX, 3 )». Les paroles de la flatterie garrottent l’âme dans ses péchés; car on se plaît à faire ce qui, non seulement ne laisse à craindre aucun blâme, mais attire les applaudissements. « Et parce que l’on applaudit à celui qui fait le mal; les coupables sont enlacés dans les pensées qu’ils enfantent ».

22. «L’impie a irrité le Seigneur ». Ne félicitons point l’homme qui prospère en cette vie, dont les fautes demeurent sans vengeance, et rencontrent l’applaudissement. C’est là le plus grand effet de la colère divine. Il faut qu’un pécheur ait bien irrité Dieu, pour être ainsi traité, pour ne point ressentir le châtiment qui corrige. « Il a donc irrité le Seigneur, qui, dans sa grande colère, ne le recherchera point (Id. 4 )». La colère de Dieu est à son comble quand il ne recherche plus nos péchés , qu’il paraît les oublier, n’y faire aucune attention, et qu’il permet que l’impie arrive à la richesse et aux honneurs, par la fraude et les forfaits c’est ce que nous verrons surtout dans l’antéchrist, que les hommes croiront heureux jusqu’à le prendre pour un Dieu. Mais la suite du psaume va nous montrer combien cette colère de Dieu est redoutable.

23. « Dieu n’est point en sa présence ses voies sont toujours souillées (Id. 5 )». Celui qui a goûté les vrais plaisirs et les joies de l’âme, comprend combien il est malheureux d’être privé de la lumière de la vérité. Si la privation des yeux du corps, qui nous dérobe cette lumière du jour, est regardée comme une grande calamité parmi les hommes, quel ne sera point le malheur d’un homme qui prospère dans ses péchés, jusqu’à n’avoir plus Dieu en sa présence, et ne marche que dans des voies souillées, c’est-à-dire que ses pensées et ses desseins sont criminels? « Vos jugements ne sont plus rien à ses yeux ». L’âme qui a conscience de sa culpabilité, et qui ne se voit point châtiée, s’imagine que Dieu ne la juge point; et ainsi les jugements du Seigneur ne sont plus devant ses yeux, ce qui est pour elle une terrible damnation. « Il se rendra maître de ses ennemis (Ps. IX, 5 ) ». Car on croit qu’il vaincra tous les rois, et régnera seul sur la terre; et même saint Paul qui nous l’annonce, va jusqu’à dire: « Il s’assoira dans le temple de Dieu, et s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, et adoré (II Thess. II, 4 ) ».

24. Et comme il est livré aux convoitises de son coeur, et destiné aux dernières vengeances, voilà que par de criminels artifices il va s’élever au comble de cette gloire vaine et futile, et à la domination. De là vient que le Prophète ajoute: « Il a dit dans son coeur: A moins de faire le mal, je ne passerai point de race en race (Ps. IX, 6 ) », c’est-à-dire, mon nom et ma gloire ne s’en iront pas d’âge en âge à la postérité, si la ruse du mal ne me fait acquérir une telle domination que les siècles futurs ne puissent en garder le silence. Car l’esprit pervers qui ne connaît pas le bien, qui est étranger aux lumières de la justice, cherche par des actions criminelles à se frayer le chemin d’une renommée si éclatante, qu’elle retentisse dans les siècles. Et ceux qui ne peuvent se signaler par le bien, veulent au moins se rendre fameux par le crime, et répandre au loin leur renommée. Tel est, je crois, le sens de ces paroles : « Ce n’est que par le mal que je passerai de génération en génération ». On peut encore appliquer ces paroles à l’homme dont l’esprit vain et plein d’erreur ne croit pouvoir passer de cette vie mortelle à la vie éternelle que par la voie du crime C’est ce qui est rapporté de Simon (Act. VIII, 9, 23 ), qui croyait pouvoir s’élever au ciel par les coupables artifices de la magie, et passer de la nature humaine à la nature divine. Faut-il s’étonner maintenant que cet homme de péché, qui doit personnifier en lui-même toute la malice et toute l’impiété, dont tous les faux prophètes n’ont donné que l’ébauche, qui aura le don des miracles au point de séduire les justes, s’il était possible, aille jusqu’à dire en son cœur : « Je ne puis que par le mal être fameux d’âge en âge? »

25. « Sa bouche est pleine de blasphèmes, d’amertume et de fourberie (Ps. IX, 7 ) » C’est en effet (169) un horrible blasphème, que d’aspirer au ciel par d’aussi coupables artifices, et de prétendre à la vie éternelle, avec de semblables mérites. Aussi n’est-ce que sa bouche qui est pleine de ce blasphème; car sa prétention ne peut aboutir, et ne demeurera dans sa bouche que pour sa perdition, de lui qui osait bien se promettre le ciel au moyen de cette amertume et de cette fourberie, c’est-à-dire au moyen de cette exaltation, et de ces embûches qui lui gagnaient la foule. « Sous sa langue est le travail et la douleur ». Nul travail n’est plus pénible que l’injustice et l’impiété; et ce travail engendre la douleur, parce qu’il est non-seulement sans profit, mais encore nuisible. Travail et douleur qui caractérisent ce langage: « Ce n’est que par le mal que je puis passer d’âge en âge ». Aussi est-il dit que cela est « sous sa langue», et non dans sa langue, parce qu’il renfermera ces pensées dans l’intérieur de son âme, et tiendra aux hommes un tout autre langage, afin qu’on le regarde comme le champion du bien et de la justice, et même comme le Fils de Dieu.

26. « Il se met en embuscade avec les riches (Ps. IX, 8 ) ». Quels riches, sinon ceux qu’il comblera des biens de ce monde? Il se mettra donc, est-il dit, en embuscade avec eux, parce qu’il fera ostentation de leur faux bonheur pour tromper les hommes ; et ceux-ci, pris du désir, fatal d’acquérir de semblables richesses, négligent les biens éternels et tombent ainsi dans ses piéges. « Il veut tuer l’innocent dans l’obscurité (Id. 9 ) ». Par « obscurité » il entend, je crois, l’état de l’âme qui discerne à peine ce qu’il faut désirer, de ce qu’il faut fuir; et tuer l’innocent, c’est amener au péché celui qui était sans tache.

27. « Ses yeux sont en arrêt sur le pauvre ». Car il s’attache principalement à poursuivre les justes, dont il est dit : « Bienheureux ceux qui sont pauvres de gré, car le royaume des cieux leur appartient (Matt. V, 3 ). Il les « épie en secret, comme le lion en sa bauge ». Il appelle lion dans sa bauge, celui qui emploie la violence et l’artifice. La première persécution de l’Eglise fut violente, car alors on contraignait les chrétiens à sacrifier, par la proscription, les tourments et la mort l’autre persécution soulevée par les hérétiques et les faux frères, et qui dure encore, est caractérisée par l’artifice; la troisième et la plus dangereuse sera celle de l’antéchrist, qui sera caractérisée par l’artifice et par la violence. Il aura la force par l’empire, et l’artifice de la séduction par les prodiges. La violence est précisée par cette expression, « dans sa bauge ». Les paroles suivantes nous expriment le même sens, mais dans l’ordre inverse: « Il tend des embûches pour enlever le pauvre ». Voilà bien la ruse; et « pour le ravir après l’avoir attiré », marque la violence; car « l’attirer » nous montre qu’à force de le tourmenter, il parvient à s’assujettir l’homme pauvre.

28. La suite répète encore ce qui vient d’être dit : « Il l’humiliera dans un piég », c’est la ruse. « Il s’inclinera et tombera, quand il aura les pauvres sous sa domination (Ps. IX, 10 ) », c’est la violence. Le piège désigne bien les fourberies, et la domination indique évidemment la terreur. « Il humiliera donc le pauvre dans son piége », dit avec raison le Prophète; car plus paraîtront merveilleux les signes qu’il entreprendra d’opérer, et plus les saints d’alors seront méprisés, et tomberont dans l’opprobre; et comme ils doivent lui résister dans leur innocence et leur justice, il passera pour les avoir vaincus par l’éclat de ses prodiges. Mais à son tour « il s’inclinera et tombera, après les avoir dominés», c’est-à-dire, quand il aura tourmenté par toutes sortes de supplices les serviteurs de Dieu qui lui résisteront.

29. Mais pourquoi sera-t-il abaissé jusqu’à tomber? C’est qu’ « il a dit dans son cœur : Dieu a tout oublié, il a détourné sa face pour ne rien voir à jamais (Id. 11 )». C’est pour l’esprit humain un abaissement et une chute effroyable, de trouver sa félicité dans le crime, et de croire à son pardon, quand il est frappé d’aveuglement, et réservé pour cette dernière et exemplaire vengeance marquée par le Prophète qui s’écrie : « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, étendez votre main (Id. 12 ) »: c’est-à-dire, manifestez votre puissance. Il avait dit plus haut : « Levez-vous, Seigneur, et que l’homme ne s’affermisse point, que les peuples soient jugés en votre présence (Psal. Prim. IX, 20 ) », c’est-à-dire, dans ce secret que Dieu seul peut pénétrer. C’est ce qui est arrivé quand l’impie est parvenu à ce que les hommes regardent comme un grand bonheur, et que Dieu les a soumis à un législateur, tel qu’ils le (170) méritaient, et dont il est dit : « Etablissez sur eux un législateur, et que ces peuples sachent bien qu’ils sont des hommes (Psal. Secun. IX, 14 ) ». Et après ce châtiment juste et secret, il est dit: « Levez-vous, Seigneur, ô mon Dieu, étendez votre main », non plus dans le secret, mais dans la splendeur de votre gloire. «N’oubliez point à jamais les opprimés», comme l’imagine l’impie qui dit: « Le Seigneur a tout oublié;  il a détourné sa tête pour ne rien voir à jamais (Psal. Secun. IX, 11 ). » Car c’est bien nier que Dieu voie à jamais, ou jusqu’à la fin, que dire qu’il ne prend aucun soin des actions des hommes sur la terre. La terre est, en effet, la fin des choses, comme le dernier des éléments, où les hommes travaillent dans un ordre admirable, mais ordre qui leur échappe dans leurs travaux, car il appartient aux secrets du Fils. Donc, au milieu du labeur pénible d’ici-bas, l’Eglise, comme un navire au milieu des flots et des tempêtes, semble éveiller le Seigneur qui dort, afin qu’il commande aux vents déchaînés et ramène le calme. « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, lui dit-elle, étendez votre  main, et n’oubliez point les pauvres sur la terre».

30. La connaissance du dernier jugement nous a fait dire avec joie : «Pourquoi l’impie  a-t-il irrité le Seigneur (Id. 13 )? » De quoi lui a servi de commettre ces forfaits? «  Il disait dans son coeur : Dieu ne les recherchera point. Vous le voyez, Seigneur», poursuit le Prophète, « mais vous considérez le travail et la colère, pour les livrer entre vos mains (Id. 14 )». Prononçons bien ces paroles pour en voir le sens; une fausse prononciation nous amène l’obscurité. L’impie a dit dans son coeur : «Dieu ne recherchera point les crimes », comme si le Seigneur voyant ce qu’il lui en coûtera de labeur et de peine pour les faire tomber entre ses mains, et dédaignant le labeur comme la colère, pardonne à ces impies, pour ne point prendre la peine de les châtier, ni se troubler par la colère. C’est ce qui arrive souvent aux hommes, qui dissimulent plutôt que de châtier, afin de s’épargner la peine de la colère.

31. « C’est à vous que le pauvre abandonne sa défense (Ibid. ) » . Car il n’est pauvre, ou plutôt il n’a méprisé tous les biens passagers de cette vie que pour mettre en vous seul son espoir. « Vous serez le protecteur de l’orphelin (Psal. secun. IX, 14 ) c’est-à-dire de celui pour qui le monde est mort, ce monde qui était son père, qui l’avait engendré selon la chair, de celui qui peut dire : « Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde (Gal. IX, 14 ) ». Dieu devient un père à de tels orphelins; et le Sauveur enseigne à ses disciples à le devenir, quand il dit: « N’appelez ici-bas personne votre père ( Matt. XXIII, 9 )». Lui-même en donne l’exemple tout le premier, en disant : « Quelle est ma mère, ou quels sont mes frères (Id. XII, 48 ) ? » C’est de là que certains hérétiques très-dangereux ont avoué qu’ils n’avaient pas de mère; ils n’ont point vu qu’en prenant ces paroles à la lettre, les disciples n’auraient point eu de pères. Car s’il dit lui-même : « Quelle est ma mère? » il leur donnait cet enseignement: « N’appelez ici-bas personne votre père ».

32. « Brisez le bras de l’impie et du méchant (Ps. IX, 15 ), de cet homme dont il est dit plus haut, qu’il se rendra maître de tous ses ennemis. Son bras, c’est sa puissance, à laquelle est opposée cette puissance du Christ, dont le Prophète a dit: « Levez-vous, Seigneur, mon Dieu, étendez votre main (Id. 5 ). On recherchera son péché; mais lui, ne reparaîtra plus » à cause de ce péché; c’est-à-dire, on le jugera sur ses crimes, et ces crimes l’auront fait disparaître. Alors qu’y a-t-il d’étonnant dans les paroles suivantes: « Le Seigneur sera roi des siècles et de l’éternité; nations, vous serez retranchées de la terre qui lui appartient (Id. 16 )?» Il désigne .par nations, les pécheurs et les impies.

33. « Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres (Id. 17 ) ». Ce désir dont ils étaient embrasés, quand au milieu des angoisses et des tribulations, ils soupiraient après le jour du Seigneur : « Votre oreille, ô Dieu, a entendu que leur coeur était prêt ». Cette préparation du coeur est celle que le Prophète a chantée dans un autre Psaume: « Mon cœur est préparé, ô Dieu, mon coeur est préparé (Id. LVI, 8 ) » ; et dont saint Paul dit: « Si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons par la patience (Rom. VI, 25 ) ». Par l’oreille de Dieu, nous ne devons rien entendre de corporel, mais cette puissance qui le porte à nous exaucer: et pour ne plus revenir à ce sujet,  (171) quand l’Ecriture attribue à Dieu ces membres qui sont en nous visibles et corporels, nous devons entendre sa puissance d’action. Car il ne faut rien voir ici de corporel, quand Dieu écoute, non plus le son de la voix, mais la préparation du coeur.

34. « Vous rendrez justice à l’orphelin et au pauvre (Ps. IX, 18 )»; c’est-à-dire à celui qui ne se conforme pas au monde, et qui n’est point superbe. Juger l’orphelin, n’est pas rendre justice à l’orphelin. On juge l’orphelin même en le condamnant, maison lui rend justice quand on prononce en sa faveur. «Afin que l’homme ne cherche plus à s’agrandir sur la terre (Ibid. ) ». Car ce sont des hommes ceux dont il est dit : « Seigneur, élevez au-dessus d’eux un législateur, afin que les peuples sachent bien qu’ils sont des hommes (Ps. Prim. IX, 21 ) ». Mais celui qu’il est question d’élever en cet endroit sera un homme aussi, et c’est de lui qu’il est dit «Afin que l’homme renonce à s’agrandir sur la terre ». Ce qui arrivera quand le Fils de l’homme viendra juger cet orphelin qui s’est dépouillé du vieil homme et qui a ainsi comme exalté son Père.

35. Les secrets du Fils dont il est beaucoup parlé dans ce Psaume, seront suivis des manifestations de ce même Fils, dont il est quelque peu fait mention à la fin. Mais le sujet indiqué par le titre, en occupe la principale partie. On peut même ranger parmi les secrets du Fils le jour de son avènement, quoique sa présence doive être manifestée pour tous. Car il est dit de ce jour qu’il n’est connu de personne, ni des Anges, ni des Vertus, ni même du Fils de l’homme (Matt. XXIV, 36 ). Or, quel secret est plus impénétrable que celui que l’on dit être dérobé au juge même, non qu’il l’ignore,  mais parce qu’il ne doit point le révéler? Si toutefois quelqu’un veut attribuer ces secrets du Fils, non plus au Fils de Dieu, mais au Fils de David même, dont tout le psautier porte le nom, car tous les Psaumes sont appelés Psaumes de David, qu’il écoute ces paroles adressées à Notre-Seigneur: « Fils de David, ayez pitié de nous (Matt. XX, 30 ) », et qu’il reconnaisse ce même Seigneur Jésus-Christ dont les secrets ont inspiré le titre du Psaume. Il en est de même de ces paroles de l’Ange: « Dieu lui donnera le trône de David son père (Luc, I, 32 ) ». Cette interprétation n’est point démentie par cette question du Christ aux Juifs : « Si le Christ est Fils de David, comment David inspiré de l’Esprit-Saint, l’appelle-t-il son  Seigneur, en disant: Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’abatte vos ennemis à vos pieds (Matt. XXII, 11 ; Ps. CIX, 1 ) ?» Cette parole s’adressait à des hommes ineptes qui, dans le Christ dont ils attendaient l’arrivée, ne voyaient qu’un homme, et non point la puissance et la sagesse de Dieu. Dieu donc les formait à croire selon la vérité la plus pure, que le Christ est le Seigneur de David, puisqu’il était au commencement le Verbe, Dieu en Dieu, par qui tout a été fait; qu’il est aussi le fils de David, puisque selon la chair il est né de la race de David, Le Seigneur ne dit pas que le Christ n’est point fils de David; mais bien : Si vous êtes certain qu’il est son fils, apprenez encore qu’il est son Seigneur; ne vous arrêtez pas à voir dans le Christ sa qualité de fils de l’homme, ce qui fait qu’il est fils de David, pour abandonner sa qualité de Fils de Dieu qui le rend Seigneur de David. (172) 

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