PSAUME XXVI
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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PREMIER DISCOURS SUR LE PSAUME XXVI.

ESPOIR EN DIEU.

 

David a pu, dans ce psaume, exprimer les douleurs de son exil, mais son langage convient parfaitement aux membres de l’Eglise militante, qui se consolent au milieu des fatigues de cette vie par l’espérance du repos et de la félicité dont ils jouiront dans la maison de Dieu.

 POUR DAVID, AVANT QU’IL AIT REÇU L’ONCTION 1.

1. Ce langage est celui du soldat du Christ qui arrive à la foi. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qu’aurai-je à craindre2? » C’est le Seigneur qui me fait la grâce de le connaître et de me sauver, qui pourra m’arracher à lui? « Il est le protecteur de ma vie, qui une fera trembler 3? » C’est le Seigneur qui doit repousser l’assaut et les embûches de mes ennemis, nul ne me fera peur.

2. « Des pervers s’approchent de moi pour dévorer ma chair 4 ». Des méchants s’approchent de moi pour me connaître, m’insulter, et se préférer à moi, quand je veux m’améliorer ; leur dent maligne va dévorer, Lion pas moi, mais bien maies désirs charnels. «Ces ennemis qui me persécutent». Non seulement ceux qui viennent au nom de l’amitié me blâmer et me détourner de mon dessein, mais encore mes ennemis « Ont chancelé à leur tour et sont tombés». En agissant ainsi, pour défendre leur propre sera-liment, ils sont devenus faibles pour embrasser une croyance meilleure, et se sont pris à haïr cette parole qui me lait agir contre leur volonté.

3. « Que des armées campent autour de moi, mon coeur m’en sera point ému 5 ». Que la foule de mes contradicteurs conspire et se soulève contre moi, mon coeur ne les craindra pas au point de se ranger avec eux. «Qu’on me livre un assaut, j’en redoublerai  d’espérance». Que les persécutions du monde viennent fondre sur moi, j’affermirai mon espoir dans cette prière que médite mon coeur.

4. « J’ai fait une demande au Seigneur. Et  

1. Ps. XXVI, 1. - 2. Id.2. - 3. Ibid. - 4. Ibid. - 5. Id.4.

je la lui ferai encore». Ce que j’ai demandé au Seigneur, je le demanderai encore. « C’est d’habiter dans la maison de Dieu, tous les jours de ma vie 1 ». C’est que, durant mon séjour ici-bas, nulle affliction ne me sépare du nombre de ceux qui gardent l’unité de la foi dans l’univers entier. « C’est que je contemple un jour la beauté du Seigneur». C’est que la persévérance dans la foi me découvre l’ineffable beauté du Seigneur, et que je la puisse contempler face à face. « Et que je sois protégé comme son temple », et que la mort, absorbée enfin par la victoire, me revête d’immortalité, et fasse de moi le temple du Seigneur.

5. « Parce qu’il m’a caché dans son pavillon, au jour de mes malheurs 2». Parce que datas cette chair mortelle, dont le Verbe s’est revêtu, il m’a ménagé un abri contre ces tentations auxquelles est assujettie ma vie mortelle. « Il m’a reçu dans le secret de son tabernacle». Il m’a protégé, quand la foi qui justifie était dans mon coeur3.

6. « Il m’a établi sur le roc». Et afin de m’amener au salut, par la manifestation de ma foi 4, il m’a donné la force de la confesser au grand jour. « Et voilà qu’il m’a fait grandir au-dessus de mes ennemis 5 ». Que me réserve-t-il pour l’avenir, puisque, dès aujourd’hui, mon corps est mort au péché, et que mon esprit, je le sens, est soumis à la loi de Dieu, sans se laisser assujettir aux rébellions de la loi du péché 6? « J’ai jeté les yeux de toutes parts, et j’ai offert à Dieu, dans son tabernacle, une hostie de louanges 7». J’ai vu que l’univers croit maintenant au Christ, et parce qu’il s’est un moment humilié pour nous, je l’aï béni dans mon allégresse: c’est

1. Ps.  XXVI, 1 - 2. Id. 5.— 3. Rom. X, 10 .- 4. Ibid. - 5. Ps. XXVI, 6 - 6. Rom. VIII, 10. - 7. Ps. XXV, 6.

 (229)

 là l’hostie que je lui ai offerte. « Je chanterai, je bénirai le Seigneur». Mon coeur et mes oeuvres lui témoigneront ma joie.

7. « Seigneur, exaucez la voix que j’élève jusqu’à vous1». Exaucez, ô Dieu, cette voix

du coeur, que mes vifs désirs élèvent jusqu’à vos oreilles. « Prenez-moi en pitié, exaucez-moi ». Ayez pitié de moi, exaucez ma prière.

8. « Mon coeur vous a dit : J’ai cherché votre face 2  » .Ce n’est point devant les hommes que j’ai prié; mais dans le secret où vous entendez seul, mon coeur vous a dit: Je

cherche une récompense, non point hors de vous, mais dans vos regards bienveillants, « C’est ce regard, ô mon Dieu, que je veux chercher». Ce regard, je le chercherai sans cesse; rien de vil ne saurait me plaire; mon amour pour vous sera sans bornes, parce que rien ne m’est plus précieux.

9. « Ne détournez point de moi votre face 3 », afin que je trouve ce que je cherche. « Ne vous éloignez point de votre serviteur dans votre colère»; de peur qu’en vous cherchant, je ne m’attache à d’autres objets. Quel châtiment plus douloureux pour celui qui vous aime, et qui cherche dans votre face l’éclat de la vérité ? « Venez à mon aide ! »Quand pourrais-je vous trouver, sans votre secours? « Ne m’abandonnez point, ne me méprisez point, ô Dieu, mon Sauveur 4 ». Ne méprisez point un mortel qui ose rechercher un Dieu éternel : c’est vous, ô mon Dieu, qui guérissez la plaie de mon péché.

10. « Voilà que mon père et ma mère m’ont abandonné 5». Voilà que le royaume de ce monde, que la cité d’ici-bas, qui m’ont donné pour un temps cette vie mortelle, m’ont délaissé parce que j’aspirais à vous posséder, et que je méprisais ce qu’ils pouvaient m’offrir; car ils ne peuvent me donner ce que je ne  cherche avidement. « Mais le Seigneur m’a recueilli». Il m’a recueilli, ce Dieu qui peut se donner à moi.

11. « Seigneur, montrez-moi les sentiers que je dois suivre 6 » Je m’efforce d’aller à

 1. Ps. XXVI, 7.— 2. Id. 8. — 3. Id. 9. — 4. Ibid. — 5. Id. 10. — 6. Id. 11.

 vous, je commence par la crainte la haute entreprise d’arriver à la sagesse; enseignez. moi, Seigneur, la voie que je dois suivre, de peur que je ne m’égare, et que votre croyance ne m’abandonne. «Daignez me conduire dans la voie droite, pour confondre mes ennemis ». Dans vos étroits sentiers, faites-moi prendre le chemin droit. Car il ne suffit point d’entreprendre, puisque l’ennemi ne cessera de me harceler, jusqu’à mon arrivée.

l2. « Ne me livrez pas à la rage de mes persécuteurs ». Ne souffrez pas que ceux qui m’affligent se rassasient de mes peines. « Voilà que de faux témoins s’élèvent contre moi 1 ». Des hommes se sont levés pour m’accuser faussement, afin de me détacher et de m’éloigner de vous, comme si je cherchais ma gloire parmi les hommes. « Et l’iniquité a menti contre elle-même ». Mais l’iniquité n’a pu s’applaudir que de sa fausseté; car elle ne m’a point ébranlé, et c’est de là qu’une plus belle récompense m’a été promise dans le ciel.

13. « Je suis certain de voir les biens du Seigneur dans la terre des vivants 2 ». Et parce que le Seigneur a souffert ces persécutions avant moi, si, à mon tour, je méprise les langues de ces hommes dévoués à la mort, « car la bouche qui ment, tue l’âme 3 », je suis certain de voir les biens du Seigneur, dans la terre des vivants, où il n’y a plus de fausseté.

14. « Attends le Seigneur , agis avec force; affermis ton âme, et attends le Seigneur 4». Quand donc s’accomplira cette promesse? Au mortel d’accuser la difficulté, à l’amour d’accuser la lenteur ; écoute néanmoins la voix infaillible qui dit : « Attends le «Seigneur». Souffre courageusement le feu qui brûle tes reins, et vaillamment celui qui brûle ton coeur, ne regarde pas comme refusé ce que tu n’as pas reçu. Contre le désespoir et la défaillance, écoute cette parole: « Attends le Seigneur ». 

1. Ps. XXVI, 12.— 2. Id. 13. — 3. Sag. I, 11.— 4. Ps. XXVI, 14. 

(230)

 

DEUXIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME XXVI

ESPOIR EN DIEU

 

Saint Augustin paraphrase le psaume en forme d’homélie, il s’empare des expressions et des sentiments du Prophète pour encourager les chrétiens en butte ici-bas à la persécution et attirer en eux le désir du vrai bonheur.

1. Le Seigneur notre Dieu, voulant nous adresser des paroles consolantes , en nous voyant réduits par sors juste arrêt à manger notre pain à la sueur de notre front 1, daigne emprunter notre langage pour nous parler, afin de nous montrer, non-seulement qu’il nous a créés, mais encore qu’il habite avec nous. Nous avons entendu et en partie chanté les paroles du psaume. Si nous disons que ces paroles sont les nôtres, craignons de n’être pas dans le vrai, puisqu’elles appartiennent plus à l’Esprit-Saint qu’à nous. Pourtant il y aurait une évidente fausseté à dire que ce sont là nos paroles, puisqu’elles ne sont que les gémissements d’âmes dans la peine ou bien ces cris pleins de douleur et de larmes, qui retentissent d’un bout à l’autre du psaume, seraient-ils de Celui qui ne peut être dans la détresse? Dieu est miséricordieux, mes frères, et nous misérables. Celui qui est assez compatissant pour daigner adresser la parole à des malheureux, a daigné prendre aussi le langage du malheur, Il est donc vrai de dire, que ces paroles sont les nôtres et qu’elles ne nous appartiennent point; que c’est la voix de l’Esprit-Saint, et que néanmoins elle n’est pas la sienne. C’est la parole de l’Esprit-Saint, puisqu’elle n’est dans notre bouche que par son inspiration; mais elle n’est point sa parole, en ce sens qu’il ne ressent ni la misère ni la fatigue, et ces paroles sont les cris de la douleur et du travail. Elles sont nos paroles, puisqu’elles témoignent de notre misère ; mais elles ne viennent point de nous, puisque c’est à sa grâce que nous devons de pouvoir gémir.

2. « Psaume de David, avant qu’il ait reçu l’onction 2 ».Tel est le titre du psaume: « Psaume de David, avant qu’il ait reçu l’onction ». C’est-à-dire, avant qu’il fût oint, car

il reçut l’onction royale3. Il n’y avait alors

1. Gen. III, 9. — 2. Ps. XXVI, I. — 3. I Rois, XVI, 13.

d’onction que pour le roi et pour le prêtre et ces deux hommes qui recevaient l’huile sainte, étaient la figure du Christ seul roi et seul prêtre, et appelé Christ, de l’onction qu’il a reçue. Et non-seulement notre chef a reçu l’onction, mais nous aussi qui sommes sont corps. Il est donc notre roi, parce qu’il nous dirige et nous gouverne; il est prêtre, parce qu’il intercède pour nous ( Rom. VIII, 31.). Il est encore le seul prêtre qui soit en même temps victime. Car la victime du sacrifice, qu’il offrit à Dieu, n’est autre que lui-même : et il n’eût pu trouver en dehors de lui une victime raisonnable, très-pure, capable de nous racheter par l’effusion de son sang, comme l’agneau sans tache, et de nous incorporer à lui comme ses membres, et de nous faire avec lui un seul et même Christ. C’est pourquoi tous les chrétiens participent à l’onction, qui, dans l’Ancien Testament, était l’apanage exclusif de deux personnes. D’où il suit que nous sommes le corps du Christ, puisque nous avons tous reçu l’onction ; et que nous sommes tous en lui des christs et un seul Christ, car la tète et les membres composent le Christ dans son intégrité. Cette onction doit perfectionner en nous la vie spirituelle qui notas est promise. Ce psaume est donc la prière d’une âme soupirant après cette vie spirituelle, et demandant avec instance la grâce qui sera parfaite en nous, à notre dernier jour. Aussi a-t-il pour titre: Avant l’onction. Car nous recevons, ici-bas, l’onction dans le sacrement, et le sacrement est la figure de ce que nous devons être un jour. Et cet avenir inconnu et ineffable, voilà ce que nous devons désirer, ce qui doit nous faire gémir quand nous recevons le sacrement, afin qu’un jour nous jouissions de cette réalité dont le sacrement est un symbole.

3. Voici donc le psaume : « Le Seigneur

(231)

est ma lumière et mon salut, que pourrai-je craindre 1? » C’est lui qui m’éclaire ; arrière les ténèbres! c’est lui qui est mon salut, arrière l’infirmité ! En marchant dans la force et dans la lumière, qu’ai-je à craindre? Ce salut qui vient de Dieu n’est point un salut qu’on puisse m’arracher; ni sa lumière un flambeau que l’on puisse éteindre. C’est donc Dieu qui nous éclaire, et nous qui sommes éclairés, c’est Dieu qui nous sauve, et nous qui sommes sauvés. Si donc c’est Dieu qui est lumière, nous qui sommes éclairés, lui qui est sauveur, nous qui sommes sauvés, sans lui nous ne serions que ténèbres et que faiblesse. Ayant donc en lui une espérance ferme, fondée, inébranlable, qui pouvons-nous craindre ? Le Seigneur est donc ta lumière, le Seigneur est ton sauveur. Crains encore, si tu trouves une puissance plus grande. J’appartiens donc au Dieu plus puissant que tous, car il est le Tout-Puissant; c’est lui qui m’éclaire, lui qui me sauve ; je le crains, et n’ai pas d’autre crainte. « C’est le Seigneur qui protège ma vie, qui pourrait me faire peur? »

4. « Des pervers s’approchaient pour dévorer ma chair, mes ennemis, mes persécuteurs ont chancelé, et sont tombés 2». Qu’ai-je donc à redouter? Qui serait à craindre pour moi? Qui me ferait peur, et pourquoi trembler ? Voilà que mon persécuteur chancelle et tombe. Et pourquoi me persécuter ? « Pour dévorer ma chair ». Qu’est-ce que ma chair? Mes affections charnelles. Qu’ils sévissent donc avec fureur en me persécutant, rien de moi ne peut mourir, que ce qui est mortel. Il y a chez moi quelque chose que la persécution ne saurait atteindre, c’est le sanctuaire qu’habite mon Dieu. Que mes ennemis mangent ma chair ; une fois ma chair consumée, je serai tout esprit, l’homme spirituel. Et même le Seigneur m’a promis un salut si complet, que cette chair mortelle, qui semble être pour un temps la proie de mes persécuteurs, ne périra pas éternellement, et que les membres doivent espérer pour eux-mêmes cette résurrection qu’ils ont admirée dans leur chef. Que peut craindre mon âme, quand le Seigneur y habite ? Que pourra craindre ma chair, quand ce corps corruptible sera revêtu d’incorruptibilité? Voulez-vous voir comment ces persécuteurs, qui dévorent

1. Ps. XXVI, 2. — 2. Ps. XXVI, 4.

notre chair, ne sont cependant point à craindre pour elle ? « Il est semé un corps animal, il ressuscitera un corps spirituel » .Quelle ne doit donc pas être la confiance de celui qui comprend: « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, que puis-je craindre ? Il protège ma vie, qui me ferait peur? » Un prince est environné de ses gardes et ne craint rien; un mortel gardé par d’autres mortels est plein d’assurance, et quand ce mortel sera gardé par le Dieu immortel, il craindra et tremblera?

5. Ecoutez maintenant quelle doit être la confiance de celui qui par-le ainsi : « Que des armées campent autour de moi, mon coeur n’en sera point ému 1». Un camp est fortifié, mais qu’y a-t-il de plus fort que Dieu? « Qu’on me livre un assaut». Que me ferait un assaut?Peut-il m’enlever mon espérance? Peut-il m’arracher le don du Tout-Puissant? Celui qui donne est invincible, et le don qu’il fait ne peut être ravi. Ravir le don, ce serait vaincre le donateur. Donc, mes frères, ces biens temporels eux-mêmes, nul ne peut nous les-ravir que celui qui nous les a don. nés. Pour les biens spirituels qu’il nous accorde, il ne les reprend que si tu les perds; mais les biens temporels, les biens de la santé, c’est Dieu qui nous les enlève, puisque nul autre ne le peut s’il n’en a reçu de lui le pou. voir. Nous savons, pour l’avoir lu dans Job, que le diable même 2, qui paraît avoir reçu pour cette vie le plus grand pouvoir, ne peut rien sans la permission de Dieu. Il a reçu quelque puissance sur les biens abjects, lui qui a perdu les plus grands et les plus relevés. Son pouvoir n’est pas même l’effet de sa colère, mais la peine de sa condamnation. Lui non plus n’a donc de pouvoir star nous que par la permission de Dieu. C’est ce que nous voyons dans le livre cité, et le Seigneur, dit dans l’Evangile : « Cette nuit, le démon a demandé de vous passer au crible comme le froment, mais j’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point 3 ». Dieu lui accorde ce pouvoir, afin de nous punir ou de nous éprouver. Donc, si nul ne peut nous ravir le don de Dieu, ne craignons que Dieu seul. Quels que soient les frémissements contre nous, quelle que soit l’insolence de tout autre ennemi, rassurons notre coeur.

6. « Qu’on me livre un assaut, c’est en elle que je veux espérer». Qui, elle? « J’en ai

1. Ps. XXV, 3. — 2. Job, I. — 3. Luc, XXII, 31.

(232)

demandé une au Seigneur 1 ». Il met au féminin le bienfait qu’il a sollicité, comme s’il disait: J’ai fait une seule demande. Dans la conversation, par exemple, nous autres latins mettons souvent deux au- féminin et non au masculin ; l’Ecriture a dit de la même manière: « J’en ai demandé une au Seigneur, je la réclamerai». Voyons ce qu’a demandé celui qui n’a plus aucune crainte. Quelle sécurité d’âme! Voulez-vous ne rien craindre aussi? Demandez cette seule grâce que demande uniquement celui qui ne craint rien mais qu’a-t-il demandé , afin de ne rien craindre? « J’ai fait une demande au Seigneur, et j’y reviendrai». Telle est l’occupation de ceux qui marchent dans la voie droite. Quelle est donc cette demande, cette grâce unique? « C’est d’habiter dans le palais du Seigneur tous les jours de ma vie». Elle est unique, parce qu’on appelle palais la demeure où nous devons être éternellement. On appelle maisons les demeures d’ici-bas, que l’on appellerait mieux des tentes, puisque les tentes sont pour les voyageurs, qui sont une certaine milice et qui livrent des assauts à l’ennemi. Donc, s’il y a des tentes, il est visible qu’il y a des ennemis. Car habiter les mêmes tentes, c’est être compagnon sous la tente, ce qui se dit des soldats, vous le savez. Donc ici-bas est la tente, là-haut est le palais. Mais on abuse de la ressemblance pour appeler tente ce qui est maison, et souvent encore, le même abus fait appeler maison ce qui est une tente. Toutefois, le ciel est à proprement parler le palais, ici-bas nous sommes sous des tentes.

7. Dans un autre psaume, le Prophète nous marque avec précision ce qui nous occupera dans cette demeure : « Bienheureux, ô mon Dieu, ceux qui habitent votre demeure, ils vous béniront dans les siècles éternels 2 ». Telle est la passion violente, pour parler ainsi, tel est l’amour qui dévore comme une flamme celui qui désire passer tous les jours de sa vie dans la maison du Seigneur, et par ces jours à passer dans la maison de Dieu, il entend non pins des jours qui finiront, mais des jours éternels. Il en est de ces jours comme des années dont il est dit : « Et vos années, Seigneur, ne finiront point 3». Car les jours de la vie éternelle ne sont qu’un seul jour sans fin. Il dit donc au Seigneur : « C’est là

1. Ps. XXVI,4. — 2. Ps. LXXXIII, 5. — 3. Id. CI, 28. 

mon désir, c’est là ma prière unique; celle que je répéterai». Et comme si nous lui disions : Que ferez-vous dans la maison de Dieu? Quel plaisir y goûterez-vous? Quelle joie y sollicitera votre coeur? Quelles délices alimenteront votre joie? Car vous n’y demeurerez point si vous n’y êtes heureux. D’où vous viendra cette félicité durable? Ici-bas les plaisirs de l’homme sont variés, et l’on appelle malheureux celui qui est privé de ce qu’il aime. Les hommes ont des goûts différents, et l’on appelle heureux celui qui paraît avoir ce qu’il aime. Toutefois, celui-là est vraiment heureux, non qui possède ce qu’il aime, mais bien qui aime ce qui est aimable. Il est quelquefois plus malheureux de posséder ce que l’on aime que d’en être privé. Il est malheureux d’aimer ce qui peut nuire, plus malheureux encore de le posséder. Quand notre amour est dépravé, Dieu met sa bonté à nous refuser ce que nous aimons; et c’est dans sa colère qu’il nous accorde ce que nous avons tort d’aimer. Saint Paul nous l’enseigne clairement, quand il dit des anciens que « Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs 1 ». Il leur a donc livré ce qu’ils désiraient, mais pour leur damnation. Il nous dit encore que Dieu rejette nos demandes: « Trois fois », dit-il, « j’ai prié le Seigneur de me délivrer (de l’aiguillon de la chair), et il m’a répondu: Ma grâce te suffit, car la vertu se fortifie dans la faiblesse 2». Dieu donc livra les philosophes aux désirs de leurs coeurs, et rejeta la prière de saint Paul. Il exauce les uns pour leur damnation, il refuse à l’autre pour son bien spirituel. Mais quand l’objet de nos désirs est d’accord avec la volonté de Dieu, sans aucun doute, il nous l’octroiera. Et ce que nous devons désirer uniquement, c’est d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de notre vie.

8. Il y a toutefois, pour les hommes, dans nos demeures terrestres, des délices et des joies bien diverses ; et chacun veut choisir pour l’habiter le lieu où rien ne blessera son âme, et où elle trouvera de nombreux agréments ; que ces agréments disparaissent et l’homme cherche ailleurs. Ayons la curiosité de demander au psalmiste, et qu’il veuille bien nous dire ce qu’il doit faire, ce que nous ferons avec lui, dans cette agréable demeure où il désire, où il souhaite si vivement, où il demande comme grâce unique au Seigneur 

1. Rom. I, 24. — 2. II Cor. XII, 8, 9 

(233) 

d’habiter tous les jours de sa vie. Que faites-vous là, dites-moi? quel est l’objet de vos désirs? Ecoutez sa réponse : « C’est de contempler la beauté du Seigneur 1 ». C’est là ce que je désire, et voilà pourquoi je veux habiter dans la maison du Seigneur, tous les jours de ma vie. Spectacle immense, contempler la beauté du Seigneur même! Quand la nuit d’ici-bas sera écoulée, il veut se reposer à la lumière de Dieu. Notre nuit sera passée alors, et le matin se lèvera pour nous. Aussi est-il dit dans un autre psaume : « Au matin je serai debout, et je vous contemplerai 2 » .Maintenant que je suis tombé, je ne puis vous contempler; mais alors je me tiendrai debout et je vous contemplerai. C’est l’homme qui parle ainsi, car c’est l’homme qui est tombé, et si nous ne fussions tombés, le Messie ne serait point venu pour nous relever. Nous sommes donc tombés, et il est descendu. Il est remonté, et nous sommes relevés: « Car nul ne peut remonter, si d’abord il n’est descendu 3». Celui qui était tombé est relevé, celui qui était descendu est remonté. S’il est remonté seul, n’allons point nous décourager. Car il n’est descendu que pou-r nous relever; et alors nous nous tiendrons debout, et nous contemplerons, et nous serons comblés de joie. Voilà tout ce que j’ai dit, et vous vous récriez sous le poids du désir de cette beauté que vous ne voyez pas encore. Elevez votre coeur au-dessus de tout ce qui vous est ordinaire, élevez votre intelligence au-dessus de toutes ces pensées Charnelles, qui vous viennent des convoitises du corps, et qui vous représentent je ne sais quels fantômes. Bannissez tout de votre esprit, renoncez à tout ce qui se présentera, et confessant la faiblesse de votre coeur, dites à propos de toute pensée qui vous viendra dans l’esprit : Ce n’est point cela; si c’était là ce que l’on me promet, il ne me viendrait point à la pensée. De cette manière, vous aspirez à quelque bien. Quel bien? Le bien de tout bien, d’où découlent tous les biens, et auquel on ne peut rien ajouter de bien. Partout ailleurs, tu diras un homme de bien, une bonne terre, un bon édifice, un bon animal, un bon arbre, une bonne santé, un bon naturel, tu ajoutes à la qualité de bien; mais ici, c’est le bien simplement, le bien d’où vient à tout le reste la bonté, le bien d’où découlent tous les autres biens: telle est la

1. Ps. XXVI, 4. — 2. Id. V, 5. — 3. Jean, III, 13.  

beauté du Seigneur que nous contemplerons. Voyez, mes frères: si tout ce que l’on appelle ici-bas des biens, a pour nous des charmes; si nous sommes épris d’un bien qui n’est pas le bien par lui-même; car tout ce qui est mobile n’est pas par lui-même un bien; jugez quel sera le charme du beau immuable, éternel, et demeurant toujours le même. Car ce que l’on appelle ici-bas des biens, n’aurait pour nous aucun attrait , s’il n’avait réellement quelque chose de bien; et il n’y aurait là rien de bien, s’il ne découlait de celui qui est simplement le bien.

9. Voilà pourquoi, dit le Prophète, je veau habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. Je vous ai exposé ce motif: « C’est pour contempler la beauté du Seigneur ». Mais pour que je contemple sans relâche, pour que rien ne me trouble dans cette contemplation, que nulle suggestion ne m’en détourne, que nulle puissance ne m’en arrache, que je ne sois en butte à nulle jalousie et que je goûte en paix les délices du Seigneur, mou Dieu, que doit-il m’arriver? La protection du Seigneur. Non-seulement donc je veux contempler la beauté du Seigneur, dit le Prophète, mais je veux être « protégé comme son temple ». Pour qu’il me protége comme son temple, je deviendrai son temple en effet, et je serai sous sa garde. En est-il d’un temple du vrai Dieu comme des temples des idoles? Les idoles sont à couvert dans leurs temples, mais le Seigneur notre Dieu protége lui-même son temple, et je serai en sûreté. Le contempler sera mon bonheur, sa protection sera ma sûreté. Autant ma contemplation sera parfaite, autant le sera sa protection; et plus sera parfait le bonheur de la contemplation, plus ma sainteté sera inaccessible à la corruption. A ces deux paroles : « Je contemplerai et je serai protégé », nous pouvons ramener celles qui commencent le psaume: «Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qu’aurai-je à craindre? » Le Seigneur est ma lumière, puisque je contemplerai sa beauté. Il est mon salut, puisqu’il me protégera comme son temple.

10. Mais pourquoi Dieu nous accordera-t-il cette grâce pendant l’éternité? « Parce qu’il m’a caché dans son pavillon au jour de mes malheurs (Ps. XXVI, 5) ». J’habiterai donc dans son palais tous les jours de ma vie, afin de contempler (234) la beauté du Seigneur et d’être protégé comme son temple. D’où me vient cependant la confiance d’y arriver un jour? « C’est qu’il m’a recueilli dans son pavillon au jour de mes malheurs ». Il n’y aura plus alors de jours mauvais pour moi, mais c’est dans les jours difficiles de cette vie que le Seigneur a jeté sur moi les yeux. Si donc il me regarde avec une telle bonté quand je suis si éloigné de lui, que sera-ce quand je jouirai de lui? Je n’agissais donc point avec témérité, quand je lui faisais cette prière unique, et mon coeur ne me disait point : quelle demande, et à qui la fais-tu? Oses-tu bien t’adresser à Dieu, misérable pécheur? Oses-tu bien espérer de contempler le Seigneur, faible créature au coeur souillé? Oui, j’ose bien l’espérer, non pas de moi, mais de son ineffable bonté; cet espoir n’est point une présomption chez moi, mais un gage de sa tendresse. Celui qui me témoigne tant de bonté dans le cours de mon pèlerinage, m’abandonnera-t-il au terme, « lui qui m’a recueilli dans son pavillon, en des jours mauvais?» Nos jours mauvais sont les jours de cette vie. Autres sont les jours mauvais pour les impies, et autres pour les fidèles. S’il n’y avait pas de jours mauvais pour ceux qui ont la foi, mais qui sont encore éloignés du Seigneur, car, selon l’Apôtre, « nous sommes loin du Seigneur, tant que nous habitons un corps 1 » ; que signifierait cette parole de l’Oraison dominicale : « Délivrez-nous du mal 2? » si nous ne sommes pas au jour des malheurs. Mais les jours mauvais sont bien différents pour ceux qui n’ont pas la foi : Dieu néanmoins ne les méprise pas, puisque Jésus-Christ est mort pour eux 3. Que notre âme donc s’enhardisse, et demande au Seigneur ce bien qui est unique; elle l’obtiendra et le possédera en toute sûreté. Si elle est tant aimée dans sa laideur, que sera-ce quand elle sera purifiée! « Il m’a recueilli dans son pavillon, au jour de mes malheurs, il m’a protégé dans le secret de son sanctuaire 4 ».Quel est le secret de son sanctuaire? Qu’entendre par là? Le tabernacle avait, ce semble, plusieurs parties à l’extérieur; mais il y avait, à l’intérieur du temple, un lieu mystérieux appelé sanctuaire secret. Qu’était ce sanctuaire? Le grand prêtre seul y pénétrait 5. Et peut-être est-ce le Pontife qui 

1. II Cor. V, 6.— 2. Matt. VI, 13. —   3. Rom. V, 6. — 4. Ps. XXVI, 5. — 5. Héb. XI, 3.  

est lui-même ce tabernacle secret du Seigneur. Car il s’est formé un corps du tabernacle de notre chair, et il est devenu pour nous un asile mystérieux; et de la sorte, les membres qui croient en lui, fouineraient le tabernacle, et lui-même en serait le lieu secret. « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ 1 », a dit l’Apôtre.

11. Veux-tu comprendre que tel est le sens de l’Apôtre? La pierre, c’est le Christ 2. Ecoute ce qui suit : « Il m’a recueilli dans son tabernacle au jour de mes malheurs, il m’a caché à l’ombre de son sanctuaire». Tu voulais connaître le secret de ce sanctuaire; écoute la suite : « Il m’a élevé sur la pierre mu. Donc il m’a élevé sur le Christ. Tu t’es humilié dans la cendre, et Dieu t’a élevé sur la pierre. Mais le Christ est au ciel, et toi sur la terre. Ecoute la suite : « Dès maintenant, il a élevé ma tête au-dessus de la tête de mes ennemis ». Dès maintenant, avant que je fusse arrivé à ce palais que je veux habiter tous les jours de ma vie, avant que je fusse arrivé à contempler le Seigneur, « dès aujourd’hui, il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis». Je suis persécuté , il est vrai , par les ennemis du corps de Jésus-Christ; il est vrai que je ne suis point complètement au-dessus de mes ennemis : toutefois « le Seigneur a élevé ana tête au-dessus de tous mes adversaires ». Déjà notre chef, qui est le Christ, est au ciel; et pourtant nos ennemis peuvent encore sévir contre nous, puisque nous ne sommes pas élevés au-dessus d’eux; mais notre chef est dans le ciel d’où il a dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter 3?» Il montrait ainsi qu’il est en nous ici-bas; donc, nous sommes en lui au ciel, puisque, « dès aujourd’hui, il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis». Tel est le gage que nous avons de notre union éternelle par la foi, l’espérance et la charité, avec notre chef qui est dans le ciel; c’est que lui-même demeure avec nous sur la terre, jusqu’à la consommation des siècles 4, par sa divinité, sa bonté, son unité.

12. « J’ai jeté les yeux de toutes parts , et j’ai offert dans son tabernacle un sacrifice de louanges 5». Nous offrons une hostie de jubilation, une hostie de joie, une hostie de félicitation, une hostie d’actions de grâces, 

1. Coloss. III,3. —  2. I Cor. X, 4. — 3. Act. IX, 4. — 4. Matt. XXVIII, 20 — 5. Ps. XXVI, 6. 

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qui demeure au-dessus de toute expression. Où l’offrons-nous? Dans son tabernacle, dans la sainte Eglise. Quelle est cette hostie? Une joie infinie , inénarrable , que nulle parole ne peut exprimer. Telle est cette hostie d’allégresse. Où la chercher et où la trouver? En cherchant de toutes parts. « J’ai jeté les yeux partout », dit le Prophète, et « j’ai offert dans son tabernacle une hostie d’acclamation». Que ton âme s’adresse à toute créature, et toute créature te répondra : C’est Dieu qui m’a faite. Tout le beau d’une oeuvre d’art fait l’éloge de l’ouvrier, et ton admiration pour l’Ouvrier suprême grandira, à mesure que tu considéreras ses oeuvres. Tu vois le ciel, c’est le chef-d’oeuvre de Dieu. Tu vois la terre, c’est Dieu qui l’a couverte de ces plantes sans nombre, de ces germes variés à l’infini, qui l’a peuplée d’animaux. Parcours une seconde fois les cieux et la terre, que rien ne t’échappe ; de toutes parts tu entendras publier la gloire du Créateur; et ces beautés si diverses des créatures forment un concert harmonieux en l’honneur de celui qui les a faites. Qui pourra nous expliquer toute la création? Qui en dira- les merveilles? Qui pourrait chanter dignement les cieux, la terre, les mers, et tout ce qu’ils renferment? Ce ne sont là toutefois que des créatures visibles. Qui chantera dignement les anges, les trônes, les dominations, les principautés, les puissances? Qui pourra louer dignement ce qu’il y a de vital en nous, qui anime notre corps, qui fait mouvoir nos membres, qui agit sur nos sens, qui embrasse tant de choses par la mémoire, qui nous fait discerner par l’intelligence? Si le langage humain devient si pauvre quand il s’agit des créatures de Dieu, comment louer le Créateur, à moins qu’à défaut de paroles, nous n’ayons recours à des acclamations? « J’ai cherché partout et j’ai offert au Seigneur, dans son tabernacle, une hostie d’acclamation ».

13. On peut donner à ces paroles un autre sens qui me paraît plus en harmonie avec la suite du Psaume. L’interlocuteur dit qu’il a été élevé sur le rocher, qui est le Christ; que sa tête, qui est aussi le Christ, a été élevée au-dessus de ses ennemis: il veut donc nous faire comprendre que lui-même, élevé sur le rocher, a été encore, dans son chef adorable, élevé au-dessus de ses ennemis; faisant allusion à la gloire de l’Eglise à qui ses persécuteurs ont dû céder la victoire; et comme cette victoire est la conversion de l’univers entier à la foi de Jésus-Christ: « J’ai jeté les yeux partout », dit le Prophète, « et j’ai offert à Dieu, dans son tabernacle, une hostie de bénédiction »; c’est-à-dire, j’ai considéré la foi de tout l’univers, cette foi qui élève ma tête bien au-dessus de mes persécuteurs, et dans le temple du Seigneur, ou plutôt dans cette Eglise qui embrasse le monde, je l’ai béni, avec une joie ineffable.

14. « Je bénirai le Seigneur, je chanterai des hymnes en son honneur » Tranquilles alors , nous chanterons le Seigneur sans crainte, et sans crainte nous le bénirons, quand nous contemplerons sa beauté, quand il nous protégera comme son temple, et quand la mort, absorbée dans sa victoire, nous aura délivrés de la corruption «. Que dire à présent que nous avons exposé les joies que nous devons goûter, quand notre prière unique sera exaucée? Que dire maintenant? Seigneur, exaucez ma voix 2». Gémissons donc maintenant, prions maintenant : pour le malheureux, il n’y a qu’à gémir, pour l’indigent, qu’à prier. La prière passera, et fera place aux jubilations; les pleurs passeront et feront place à la joie. Maintenant donc, pendant que nous sommes dans les jours mauvais, ne cessons d’invoquer le Seigneur, de lui adresser l’unique prière; que cette prière ne soit jamais interrompue, jusqu’à ce qu’en. fin, par sa grâce et sous sa direction, nous arrivions à le contempler. « Ecoutez, Seigneur, ma voix qui crie vers vous; ayez pitié de moi, exaucez-moi 3 ». Telle est sa demande unique, tant que puissent durer son invocation, ses gémissements et ses larmes, il ne fait qu’une seule demande. Il a mis fin tous ses désirs, il ne lui reste que celui d’être exaucé.

15. Voyez la prière qu’il a réellement faite : « Mon coeur vous a dit : J’ai cherché votre face 4 ». C’est le même sens qu’il exprimait tout à l’heure : « Je veux contempler la beauté du Seigneur, mon coeur vous a dit : J’ai cherché votre face ». Si nous mettions notre joie à contempler le soleil d’ici-bas, ce n’est pas notre coeur qui dirait : « J’ai recherché votre face ». Mais plutôt les yeux de notre corps. Mais à quel autre notre cœur peut-il dire : « J’ai recherché votre face »,

1. I Cor. XV, 54. — 2. Ps. XXVI, 7. — 3. Id. 7. — 4. Id. 8. 

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sinon à celui qui n’est visible qu’aux yeux du coeur? La lumière sensible est pour les yeux du corps, mais la lumière divine pour ceux du coeur. Or, voulez-vous voir cette lumière qui est faite pour les yeux du coeur? car c’est Dieu lui-même, comme l’a dit saint Jean . «Dieu est lumière, et il n’y a point de ténèbres en lui 1 » ; voulez-vous donc voir cette lumière? Purifiez l’oeil qui la voit : « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu 2. »

16. « Mon coeur vous a dit : J’ai cherché votre face; c’est votre face, ô mon Dieu, que je rechercherai ». Je n’ai fait au Seigneur qu’une seule demande, et je la ferai toujours, c’est de voir votre face : « Ne détournez donc point de moi votre visage » Voyez comme il s’arrête à cette unique demande : Voulez-vous aussi l’obtenir? N’en faites aucune autre. Fixez-vous uniquement à celle-là, puisque seule elle vous suffira. « Mon cœur vous a dit: J’ai cherché votre face; et cette face, ô mon Dieu, je la rechercherai. Ne détournez point de moi votre visage : dans votre colère, ne vous détournez point de votre serviteur 3». On ne pouvait rien dire de plus magnifique et de plus divin. Ils comprennent, ceux qui 1aiment véritablement. Tout autre mettrait son bonheur à jouir sans fin de ces biens terrestres qu’il aime par-dessus tout : il n’offrirait à Dieu ses adorations et ses prières qu’afin d’en obtenir de vivre longtemps dans ces délices, de ne perdre aucun objet de ses affections terrestres, ni son or, ni son argent, aises domaines dont la vue peut lui procurer une jouissance, de ne voir mourir ni ses amis, ni ses enfants, ni son épouse, ni ses clients; il voudrait toujours vivre dans la possession de ses biens. Mais parce qu’il ne le peut toujours, et qu’il sait qu’il mourra, dans le culte qu’il rend à Dieu, dans ses prières, liasses gémissements, il se contentera peut-être de lui demander ces biens pendant toute sa vieillesse. Que Dieu lui dise : Je te fais immortel avec ces biens; il acceptera l’immortalité comme un grand bienfait, et il ne pourrait contenir les transports de sa joie. Tel n’est point le désir de celui qui n’a fait au Seigneur qu’une seule demande. Que peut-il donc souhaiter? de contempler la beauté du Seigneur, tous les jours de sa vie. De même encore celui qui, dans le service de Dieu, ne se  

1. Jean, I, 5.— 2. Matt. V, 8.— 3. Ps. XXVI, 9.

proposerait aucun autre but et ne craindrait, dans la colère de Dieu, que de perdre quelqu’un des biens temporels qu’il pourrait posséder. Ce n’est point là ce que craint celui qui parle ici, puisqu’il permet à ses ennemis « de manger sa chair 1». Que craint-il donc de la colère de Dieu? Qu’elle ne le prive de l’objet de son amour. Qu’a-t-il aimé? Votre face, ô mon Dieu. Il regarderait comme un effet de la colère divine que le Seigneur détournât de lui son visage : « Ne vous détournez point de votre serviteur dans votre colère 2 ». On pourrait peut-être lui répondre : Pourquoi redouter qu’il se détourne de toi dans sa colère? S’il se détournait de toi dans sa colère, tu aurais moins à craindre ses vengeances; et si tu tombes entre ses mains dans sa colère, il la déchargera sur toi. Tu dois donc souhaiter qu’il se détourne de toi dans sa colère. Non, répond-il, car il sait ce qu’il souhaite. La colère de Dieu, pour lui, c’est de lui dérober sa face. Mais si Dieu te rendait immortel au milieu de ces délices et de ces joies voluptueuses? Ce n’est point là ce que je désire, nous répond le chaste ami de Dieu; tout ce qui n’est point lui-même n’a aucune douceur pour moi. Loin de moi tout autre don que le Seigneur voudrait me faire qu’il se donne à moi lui-même. « Ne vous détournez point de votre serviteur, dans votre colère ». Quelquefois le Seigneur se détourne de nous, mais sans colère aussi, plusieurs lui disent-ils : « Détournez votre visage de mes péchés 3». Détourner sa face de tes péchés, ce n’est donc point se détourner de toi dans sa colère. Qu’il détourne donc sa face de vos péchés, mais non de vous.

17. « Soyez mon aide, ne m’abandonnez  pas 4 », car je suis dans la voie ; je vous ai demandé uniquement d’habiter dans votre maison, tous les jours de ma vie, de contempler vos beautés, et d’être protégé comme votre temple. C’est là l’unique bien que je demande, et je suis dans la voie qui y conduit. Peut-être me direz-vous: Efforce-toi, marche, je t’ai donné le libre arbitre, tu as ta volonté; marche dans la voie, aime la paix, recherche-la; garde-toi de t’écarter du chemin 5, de t’arrêter en chemin, de regarder en arrière: marche avec persévérance, parce que « celui- 

1. Ps. XXVI, 2.—2. Id. 9.— 3.  Ps. LXX, 11. — 4. Id. XXVI,9. — 5. Id. XXXII, 15.

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sera sauvé, qui aura persévéré jusqu’à la fin 1». Avec le libre arbitre, tu crois pouvoir marcher; ne présume rien de toi-même; que le secours t’abandonne, et il n’y aura pour loi que défaillance en chemin, que chute, égarement, immobilité. Dites-lui donc : Il est vrai, Seigneur, que vous m’avez donné une volonté libre, et que sans vous mes efforts ne sont rien. « Soyez mon aide, ne m’abandonnez pas ; ne me rejetez pas, ô Dieu, qui êtes mon salut  2 » Vous m’aiderez, car je suis l’ouvrage de vos mains; vous n’abandonnez pas vos créatures.

18. « Voilà donc que mon père et ma mère m’ont abandonné 3 ». Il se fait petit enfant devant Dieu et le choisit pour son père, le considère comme sa mère. Dieu est un père, parce qu’il crée, parce qu’il appelle à son service, parce qu’il ordonne, parce qu’il gouverne ; il est une mère, parce qu’il réchauffe, qu’il nourrit, qu’il allaite, qu’il porte dans son sein, « Mon père donc et ma mère m’ont abandonné; mais le Seigneur m’a pris» pour me diriger et me nourrir. Des parents qui doivent mourir ont engendré; des fils mortels ont succédé à des parents mortels ; ils sont nés pour succéder, après le décès des parents: mais celui qui m’a créé, ne mourra point ; et moi, je ne me séparerai jamais de lui. « Mon père et ma mère m’ont abandonné, mais le Seigneur m’a recueilli». En dehors de ces deux parents, de cet homme et de cette femme qui ont été pour nous Adam et Eve, et nous ont donné une vie corporelle, nous avons, ou plutôt nous avons eu un autre père, et une autre mère. Le démon qui est le père de ce siècle, était notre père quand nous étions dans l’infidélité ; car le Seigneur dit aux infidèles : « Vous avez le diable pour père 4 ». Si donc c’est là le père de tous les impies qui agit sur les enfants rebelles 5, qu’elle sera leur mère? Il est une certaine cité que l’on nomme Babylone ; c’est la cité des enfants de perdition, depuis l’Orient jusqu’à l’Occident : à elle appartient l’empire de la terre. Elle est la capitale de ce que vous appelez la République, que vous voyez vieillir de jour en jour, et décroître. C’est elle qui fut d’abord notre mère, c’est en elle que nous avons pris naissance. Nous avons depuis connu un autre père, et nous avons quitté le

 1. Matt. XIX, 22. — 2. Ps. XXI, 5. — 3. Id. 10. —  4. Jean, VIII, 44. — 5. Eph. II, 2.

diable. Comment oserait-il approcher de ceux qu’a recueillis un Dieu tout-puissant? Nous connaissons une autre mère, la Jérusalem céleste ou la sainte Eglise dont une portion encore est en exil sur la terre ; et nous avons quitté Babylone. « Mon père et ma mère m’ont abandonné » : ils n’ont plus aucun bien à me faire; et quand ils paraissaient m’en faire quelqu’un, c’était vous qui me le faisiez, ô mon Dieu, et je le leur attribuais.

19. Qui peut, si ce n’est Dieu seul, faire en ce bas monde quelque bien à l’homme?Qui peut lui rien enlever, sans l’ordre ou la permission de Dieu qui nous a tout donné? Mais les hommes, dans leur folie, croient tenir ces richesses des démons qu’ils adorent, et souvent ils se disent en eux-mêmes que Dieu leur est nécessaire pour la vie éternelle, pour la vie éternelle, vie toute spirituelle, mais que pour les biens de cette vie, il faut rendre un ermite à ces puissances diaboliques. O hommes insensés t vous donnez donc la préférence à ces biens qui vous font adorer les démons; car ou vous préférez le culte des démons, ou si vous ne l’aimez mieux, c’est du moins autant. Dieu, cependant, ne peut souffrir que l’on partage l’encens entre ses autels et ceux du démon, dût-on lui rendre les plus grands honneurs, et pour eux, les restreindre de beaucoup. Comment? me diras-tu, ne sont-ils donc point nécessaires pour les biens d’ici-bas? Nullement. Ne devons-nous pas craindre au moins qu’ils ne nous soient nuisibles? Ils ne peuvent nous nuire que si Dieu le permet. Toujours ils sont prêts à nous nuire, et vos supplications ne fléchiront point leur désir implacable de faire le mal. Tel est le caractère distinctif de leur malice. Donc, le culte que vous leur rendrez ne peut aboutir qu’à offenser Dieu, qui dans sa juste vengeance vous livrera en leur pouvoir : impuissants à vous nuire, si Dieu vous eût été favorable, ils feront de vous vira jouet de leur malice, parce que vous l’aurez offensé. Pour vous montrer, ô vous qui avez ces pensées, que votre culte aux démons est inutile, même pour les biens temporels, n’y a-t-il donc jamais eu de naufrage pour aucun adorateur de Neptune? et nul de ceux qui l’ont en horreur n’est-il arrivé au port? Toutes les mères qui invoquent Junon obtiennent-elles un enfantement heureux, et toutes celles qui l’ont en horreur n’ont-elles qu’un enfantement malheureux? (238) Comprenez donc par là, mes frères bien-aimés, combien est grande la folie des hommes qui veulent adorer les démons pour en obtenir les biens temporels. S’il faut les adorer pour en obtenir ces biens, leurs adorateurs seuls devraient posséder les grandes fortunes. Et quand même il en serait ainsi, il nous faudrait encore renoncer à de pareils dons, pour faire à Dieu l’unique prière. Mais il y a de plus que Dieu seul peut donner ces biens, et qu’adorer les démons, c’est l’offenser. Arrière donc notre père et notre mère; arrière Salan, arrière la cité de Babylone! Vive le Seigneur qui nous recueille pour nous consoler par les biens du temps, et nous rendre heureux par ceux de l’éternité ! « Mon père et ma mère m’ont abandonné, mais le Seigneur m’a recueilli ».

20. Nous voilà donc recueillis par le Seigneur, après avoir fui Babylone et le démon qui la gouverne; car c’est le diable qui dirige les impies, qui est le prince du monde, le prince des ténèbres. De quelles ténèbres, direz-vous? Des pécheurs, des impies. Aussi l’Apôtre dit-il à ceux qui ont embrassé la foi : « Vous étiez autrefois ténèbres , maintenant vous êtes lumière en Jésus-Christ  1». Maintenant que Dieu nous a recueillis, que devons-nous dire? « Seigneur, établissez-moi la loi que je dois accomplir dans votre voie». Tu oses bien demander une loi? Et si le Seigneur te répondait: Cette loi, l’accompliras-tu? l’observeras-tu si je te la donne ? Il n’oserait la demander, si d’abord il n’avait dit : Le Seigneur m’a recueilli. Il ne la demanderait point, s’il n’avait dit d’abord : Venez à mon aide. Si donc vous êtes mon soutien, si vous me recueillez, « donnez-moi, Seigneur, une loi que j’accomplisse dans votre voie». Etablissez-moi une loi dans votre Christ. Car c’est la voie elle-même qui nous a parlé, et nous a dit:

«lestais la voie, la vérité et la vie 2». La loi dans le Christ est une loi de miséricorde. Il est la sagesse dont il est écrit: « Elle a sur la langue «une loi de clémence 3». Si vous êtes coupable d’infraction à cette loi, faites-en l’aveu, et vous en obtiendrez le pardon de Celui qui répandu son sang pour vous. Seulement, ayez soin de ne point abandonner la voie, et dites-lui : « Soyez-mon protecteur, et dirigez moi dans le sentier de la justice, à cause de mes ennemis 4». Donnez-moi une loi, mais

1. Eph. V, 8.— 2. Jean. XIV, 6.— 3. Prov. XXXI, 26.— 4. Ps. XXVI, 11. 

 ne me privez pas de votre miséricorde. Dans un autre psaume, le Prophète a dit : « Celui qui vous a dicté la loi, vous donnera aussi la miséricorde 1». Ces paroles donc : « Fixez-moi, Seigneur, une loi que j’accomplisse dans votre voie », regardent le précepte. Qu’est-ce qui nous désigne sa miséricorde? « Dirigez-moi », dit le Prophète, « dans la voie du bien, à cause de mes ennemis ».

21. « Ne me livrez pas aux volontés de mes persécuteurs 2 » ; c’est-à-dire, ne permettez pas que j’acquiesce à leurs désirs. Car si tu es uni d’âme et de volonté à celui qui te persécute, ce n’est pas ta chair qu’il dévore en quelque sorte, mais bien mon âme par la perversité qu’il t’inspire. « Ne m’abandonnez pas aux volontés de mes persécuteurs ». Abandonnez-moi entre leurs mains, si vous le voulez. Telle était la prière que faisaient les martyrs, et il les a livrés aux mains des persécuteurs. Mais que leur en livrait-il? La chair seulement. C’est encore ce qui est écrit dans le livre de Job : « La terre a été livrée aux mains de l’impie 3; c’est-à-dire, la chair est entre les mains des persécuteurs. « Gardez-vous de me livrer », non pas ma chair, mais moi. C’est moi l’âme qui vous parle, moi l’esprit qui vous parle. Je ne vous dis point: Gardez-vous de livrer ma chair aux mains de mes persécuteurs ; mais . «Gardez-vous de me livrer aux volontés de o mes persécuteurs». Comment les hommes sont-ils abandonnés aux volontés de ceux qui les persécutent? «Voilà que des témoins menteurs se sont levés contre moi». D’abord, par cela même qu’ils sont des témoins menteurs, qu’ils entassent les accusations contre moi, et me déchirent par une foule de calomnies, si- vous m’abandonnez à leurs volontés, je mentirai à mon tour, je deviendrai leur complice, et sans avoir aucune part à votre vérité , je m’associerai à leurs mensonges contre vous. « Des témoins menteurs se sont élevés contre moi, et l’iniquité a menti contre elle-même 4 ». A elle-même, non pas à moi. Qu’elle soit victime de ses faussetés, et non pas moi. Si vous me livrez aux volontés de mes persécuteurs, c’est-à-dire, si je m’associe à leur dessein, l’iniquité n’aura point menti pour elle seule, mais encore pour moi; qu’ils déchaînent au contraire toute leur 

1. Ps. LXXXIII, 8. — 2. Id. XXVI, 12.  — 3. Job, IX, 24. — 4. Ps. XXVI, 12. 

(239)

fureur, et s’efforcent d’entraver ma course, pourvu que vous ne m’abandonniez pas à leurs volontés, et que je n’embrasse pas leurs desseins pervers, alors je demeurerai ferme, je subsisterai dans la vérité, et les mensonges de l’iniquité tourneront contre elle et non contre moi.

22. Après tant de dangers, tant de fatigues, tant d’obstacles, accablé par les vexations de ses persécuteurs, haletant, harassé, mais toujours ferme et plein de confiance dans celui qui l’a recueilli, qui le soutient, qui le conduit, qui le gouverne, le Prophète en revient à sa demande-unique; il a parcouru des yeux toutes les créatures en tressaillant de joie, il a gémi sous le poids du labeur, il soupire enfin et s’écrie : « Je crois que je verrai les biens du Seigneur, dans la terre des vivants (Ps. XXVI, 13 ) ». O biens de mon Dieu, qui êtes si doux ! biens impérissables, biens incomparables, biens éternels, biens immuables! Quand vous verrai-je, ô biens de mon Dieu? Je crois que je vous verrai, mais non sur la terre où l’on meurt. « Je crois que je verrai les biens du Seigneur sur la terre des vivants». Il me délivrera de cette terre où l’on meurt, ce Dieu qui a daigné, par amour pour moi, venir sur la terre des mortels, et mourir entre les mains des mortels. « Je crois que je verrai le Seigneur dans la terre des vivants ». Telle est sa parole quand il sou pire, sa parole quand il est accablé, sa parole au milieu de dangers sans nombre; et cependant il espère tout de la bonté de ce même Dieu, à qui il a dit: « Seigneur, établissez-moi une loi ».

23. Et que lui dit celui-là même qui adonné la loi? Ecoutons cette voix du Seigneur, voix d’encouragement et de consolation qui nous vient d’en haut. Ecoutons la voix de celui qui nous tient lieu de ce père et de cette mère qui nous ont quittés. Ecoutons-la, car lui-même a entendu nos gémissements, il a compris nos sanglots , il a considéré nos désirs et la seule prière que nous lui faisons cette unique demande , il l’a favorable I ment accueillie par la médiation de Jésus. Christ , notre avocat; et tant que durera notre pèlerinage en cette vie, qui éloigne de nous ses promesses, sans toutefois nous en priver, il nous répète: «Attends le Seigneur». En lui tu n’attendras pas un Dieu menteur, un Dieu qui se trompe, un Dieu qui ne puisse trouver de quoi vous donner. C’est le Tout-Puissant qui vous a promis, celui qui est fidèle par excellence, celui qui est la vérité même. « Attends donc le Seigneur, et travaille en homme de cœur ». Ne te laisse pas abattre, afin de n’être point avec ceux dont il est dit : « Malheur à ceux qui ont perdu la constance 1». Attends le Seigneur, c’est là ce qu’il dit à tous les hommes, bien qu’il ne parle qu’à un seul. Nous ne sommes qu’un en effet, en Jésus-Christ, nous sommes le corps du Christ, nous qui n’avons qu’un seul désir, ne formons qu’un seul voeu, qui gémissons en ces jours de tristesse, qui croyons voir les biens du Seigneur dans la terre de la vie. C’est à nous tous qui sommes un, en un seul Jésus-Christ, qu’il est dit : «Attends le Seigneur, agis avec courage, affermis ton âme et attends le Seigneur ». Que peut-il dire encore, sinon répéter ce que vous avez entendu? « Attends le Seigneur, agis en homme de cœur ». Celui donc qui a manqué de confiance, est un efféminé, un homme sans vigueur. Que les hommes écoutent cette parole, que-les femmes la comprennent aussi, car l’homme et la femme ne sont qu’un en Jésus-Christ, qui est un seul homme. Mais il n’est plus ni homme ni femme, celui qui vit en Jésus-Christ 2. « Attends le Seigneur, agis en homme de coeur; affermis ton âme et attends le Seigneur». C’est par la confiance que tu posséderas le Seigneur, tu posséderas celui que tu auras attendu. Libre à toi de former d’autres désirs, si tu trouves un objet plus grand, plus digne, plus suave.

1. Eccli. II, 16. — 2. Galat. III, 28.

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