PSAUME LXIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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DISCOURS SUR LE PSAUME LXIII.

SERMON AU  PEUPLE.

VANITÉ DE LA CRAINTE DES MÉCHANTS.

 

Les paroles de ce Psaume conviennent parfaitement à Jésus-Christ souffrant dans son corps et dans sa personne. Il demande à Dieu d’être délivré de la crainte de leurs ennemis, car ils ne sont pas redoutables. Les Juifs ont tendu des pièges au Sauveur ils ont mis en jeu toute leur malice, ils l’ont fait mourir mais en définitive, à quoi ont- ils réussi? à travailler à leur propre confusion, car Jésus-Christ est ressuscité, l’Evangile a été prêché dans le monde. Mais si la crainte de nos ennemis est vaine, celle de Dieu est nécessaire pour établir, dans notre coeur, la droiture qui nous préservera de la condamnation finale et nous sauvera.

 

 

1. Nous solennisons le jour anniversaire de la mort de saints martyrs : une telle fête doit nous combler de joie, en même temps qu’elle doit nous rappeler leurs souffrances, et les immortelles espérances qui les ont soutenus au milieu de leurs supplices. Jamais ils n’auraient eu assez de force et de courage pour supporter, avec un corps fragile, les tortures auxquelles ils ont été condamnés, s’ils n’avaient eu en vue les inénarrables délices du repos céleste. Pour entrer dans l’esprit de cette solennité, nous allons nous entretenir ensemble de ce psaume. Hier, j’ai entretenu bien longuement votre charité; et, pourtant, il m’est impossible de célébrer ce grand jour, sans remplir encore à votre égard les devoirs de ma charge. Le psaume qui nous occupe en ce moment, a particulièrement trait à la passion du Seigneur : il convient donc d’en donner aujourd’hui l’explication, car les martyrs n’auraient pu se montrer si fermes, s’ils n’avaient porté leurs regards sur celui qui a souffert le premier; ils n’auraient pu souffrir comme lui, s’ils n’avaient eu dans le coeur l’espérance de la résurrection glorieuse, dont il leur a donné la preuve anticipée dans sa personne. Du reste, votre sainteté ne l’ignore pas : Notre-Seigneur Jésus-Christ est notre chef, et tous ceux qui lui sont unis par la charité, sotit ses membres; et quand vous entendez sa voix, vous le savez très-bien, c’est tout à la fois la voix du chef et celle des membres, et cette voix concerne et regarde non-seulement le Seigneur Jésus, qui est déjà monté au c:el, mais encore les membres de ce chef sacré, qui doivent l’y suivre un jour. Reconnaissons donc, dans ce psaume, la parole du Sauveur et la nôtre : et que personne d’entre nous ne dise que nous sommes aujourd’hui exempts de souffrances et de tribu-la lions: car, je vous l’ai dit souvent, si l’Eglise était autrefois battue par la tempête dans la généralité de ses membres, elle est maintenant tourmentée en particulier dans chacun d’eux. Le Seigneur tient enchaînée la puissance du démon, et il n’est pas à même de faire tout le mal qu’il pourrait et voudrait faire ; mais le pouvoir de tenter les fidèles, autant qu’il est utile à leur avancement dans le chemin de la vertu, lui a été laissé. Il ne nous serait nullement avantageux d’être exempts d’épreuves; ne prions donc pas Dieu de nous en préserver, mais demandons-lui la grâce de ne point succomber à la tentation.

2. Disons-lui donc comme le Prophète « O Dieu , écoutez la prière que je vous  adresse dans mon affliction délivrez-moi de la crainte de mon ennemi ». Les ennemis du nom chrétien ont persécuté les martyrs quelle était alors la prière adressée à Dieu par le corps du Christ? li demandait que ses membres fussent délivrés des persécutions de leurs ennemis et n’eussent point, de la part de ceux-ci, à subir le dernier supplice. Leur prière a-t-elle été inutile, parce qu’ils sont morts au milieu des tourments? au sein de la douleur et de l’humiliation, ils ont espéré en Dieu et néanmoins, le Seigneur ne les a-t-il pas abandonnés, comme s’il méprisait

 

1. Ps. LXIII, 2.

 

 

leur fidélité et les témoignages de leur suprême confiance? Oh! non, mes frères. «Y a-t-il un seul homme qui ait invoqué Dieu, et se soit vu rejeté de lui? Où est celui qui « a mis son espérance dans le Seigneur, et e qui s’en est trouvé abandonné 1? » Leur prière était exaucée, ils succombaient, et néanmoins ils étaient délivrés de la puissance de leurs ennemis. Ceux d’entre les chrétiens qui cédaient à la crainte et aux menaces, on les laissait vivre, et par là même ils devenaient les victimes de leurs adversaires. En mourant, les uns triomphaient; les autres succombaient, même en continuant de vivre: aussi, dans les transports de leur joie et de leur reconnaissance, les martyrs disaient-ils « Si le Seigneur n’avait été avec nous, ils nous auraient dévorés tout vivants 2 ». Plusieurs sont devenus, de leur vivant, les victimes de leurs adversaires ; plusieurs autres étaient alors déjà morts. Ceux qui ont regardé comme indigne d’un homme sérieux la foi chrétienne, étaient déjà morts, quand ils ont été anéantis par leurs ennemis ; mais ceux-là ont succombé de leur vivant, au pouvoir des persécuteurs, qui ont reconnu dans l’Evangile l’expression de la vérité, qui voyaient dans le Christ lè Fils de Dieu, qui ont lait profession extérieure de cette vérité qu’ils croyaient de toute la force de leur âme, et qui néanmoins ont faibli au milieu des tortures, et sacrifié aux idoles. Les uns étaient déjà morts, quand ils ont été dévorés par leurs adversaires les autres sont morts, parce qu’ils ont été dévorés. Quoique dévorés vivants, ils n’ont pu survivre à leur défaite. C’est pourquoi telle est la prière des martyrs « Seigneur, délivrez mon âme de la crainte de mes ennemis » . Je ne vous demande pas qu’ils ne me fassent point mourir, mais je vous demande de ne point craindre mon ennemi, lors même qu’il me donnerait le coup de la mort. Le serviteur demande donc, dans cette prière, le courage que le divin Maître exigeait de ses disciples : « Ne craignez pas », leur disait-il, « ceux qui tuent le corps et ne e peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui a le pouvoir de tuer le corps et l’âme, et de les précipiter dans la géhenne du feu 3. Oui »,  ajoutait-il en un autre endroit, « oui, je vous le dis, craignez un tel  homme 4 » Qui sont ceux qui donnent la

 

1. Eccli. II, 11, l2. — 2. Ps. CXXIII, 3.— 3. Matth. X, 28.— 4. Luc, XII, 5

 

mort au corps? Ce sont les ennemis. Quelle recommandation fait le Seigneur? De ne pas les craindre. Prions-le donc de nous accorder ce qu’il exige. de nous. « Seigneur, préservez mon âme de la crainte de mon ennemi ». Que je sois à l’abri de la crainte de mon ennemi, mais que la crainte de votre saint nom me domine tout entier. Puissé-je redouter, non point celui qui tue le corps, mais celui qui peut tuer le corps et l’âme, et les précipiter dans la géhenne du feu! Me voir complètement à l’abri de la crainte, ce n’est point là l’objet de mes désirs : ce que je veux, c’est de ne pas craindre mon ennemi, c’est de vous servir, Seigneur, dans la crainte de vos jugements.

3. « Vous m’avez protégé contre l’assemblée des méchants, contre la multitude de ceux qui commettent l’iniquité 1». Ici, portons nos regards sur notre chef. Beaucoup de martyrs ont pu, à juste titre, se plaindre des procédés des méchants et des pécheurs, mais nul -d’entre eux n’a eu à souffrir, de leur part, autant que le Sauveur: en considérant ce qu’il a enduré, nous comprendrons bien mieux ce qu’ils ont supporté. Il a été protégé contre l’assemblée des méchants: Dieu lui accordait son secours; il n’a pas lui-même abandonné son corps à la volonté perverse des pécheurs : Fils de Dieu incarné, Fils de Dieu et Fils de l’homme tout ensemble, Fils de Dieu à cause de la substance divine qu’il possédait, Fils de l’homme, à cause de la forme d’esclave dont il s’était revêtu 2, il le protégeait: car il avait le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre 3. Quel mal ses ennemis ont-ils pu lui faire? Ils ont fait mourir son corps, mais ils n’ont pu faire mourir son âme. Veuillez remarquer ceci. C’eût été peu pour lui d’exciter de bouche ses disciples au martyre: il fallait qu’il leur prêchât d’exemple: ses leçons n’en devaient être que plus puissantes sur leurs coeurs. Vous savez quelles étaient ces assemblées de méchants: c’étaient celles des Juifs; vous connaissez l’iniquité de cette multitude de pécheurs: elle a consisté dans le dessein formé par eux de faire mourir Notre-Seigneur Jésus-Christ. « J’ai opéré sous vos yeux un si grand nombre de bonnes  oeuvres: pour laquelle voulez-vous me mettre à mort 4 ? » Il avait supporté patiemment          les indiscrets empressements de tous leurs

 

1. Ps. LXIII, 3. — 2. Phil. II, 6, 7. — 3. Jean, X, 18.—  4. Jean, X, 32.

 

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malades, guéri tous leurs infirmes, prêché au milieu d’eux la parole de Dieu; il avait mis le doigt sur leurs vices pour leur en inspirer la haine, et non pour leur faire détester le médecin, qui voulait leur rendre la santé de l’âme: au lieu de lui témoigner de la reconnaissance pour tant de guérisons, ils se montrèrent ingrats : à les voir s’emporter contre lui, on eût dit qu’une fièvre violente leur avait ôté le sens, et qu’une sorte de rage les animait à l’égard du bienveillant médecin, qui était venu apporter un remède à leurs maux : ils formèrent donc le projet de le perdre, comme s’ils voulaient s’assurer de ce qu’il était: un homme, comme les autres, sujet à la mort, ou un homme supérieur aux autres, et à l’abri des coups du trépas. Le livre de la Sagesse de Salomon a prédit les paroles qu’ils prononcèrent alors : « Condamnons-le à mourir d’une mort infâme : éprouvons si ce qu’il a dit est véritable. S’il est le Fils de Dieu, que Dieu le délivre 1 !» Voyons ce qu’il en est advenu

4. « Ils ont aiguisé leurs langues comme une épée. Les dents des enfants des hommes sont comme des armes et des flèches: leur langue est comme une épée perçante 2». Ce que le Psalmiste dit ailleurs, nous le retrouvons ici : « Il ont aiguisé leur langue comme une épée ». Que les Juifs ne disent pas : Nous n’avons pas fait mourir le Christ. Car s’ils l’ont traduit au tribunal de Pilate, c’était afin de rejeter sur le gouverneur romain l’odieux de la condamnation du Sauveur, et de n’être point eux-mêmes accusés. En effet, lorsque Pilate leur dit: « Faites-le vous-mêmes mourir», ils lui firent cette réponse: « Il ne nous est permis de faire mourir personne 3 ». Leur dessein était donc de faire peser sur un seul, sur le juge, toute la responsabilité de leur crime; mais pouvaient-ils tromper le souverain Juge ? Ce qu’a fait Pilate pèse donc sur lui dans la proportion de la part qu’il a prise à la perpétration du déicide. Mais, si l’on compare sa conduite à celle des Juifs, il est de beaucoup moins coupable qu’eux. Autant que possible, il insista en sa faveur pour le tirer de leurs mains : dans cette intention, il le fit flageller et le présenta tout ensanglanté à leurs regards. En le soumettant au supplice de la flagellation, ce faible juge n’avait certainement

 

1. Sag. II, 18-20. — 2. Ps. LVI, 5. — 3. Jean, XVIII, 31.

 

pas la volonté de se déclarer contre Jésus et de lui faire du mal : ce qu’il avait en vue, c’était de donner à leur fureur’ une sorte de satisfaction; il s’imaginait qu’en le voyant meurtri de la sorte, ils s’adouciraient un peu et se désisteraient de leur projet homicide 1. Il suivit donc ce plan de conduite, mais s’apercevant qu’ils persévéraient dans leurs idées sanguinaires, il lava ses mains, vous le savez, et il déclara qu’il n’était pour rien dans la condamnation de cet homme, et qu’il était innocent de sa mort 2. Néanmoins, il le condamna. Il agit contre son gré, et tout le monde lui impute l’injustice de celte condamnation; et ceux qui l’ont forcé à rendre l’inique sentence seraient innocents ! Oh ! non, Pilate a prononcé le verdict; il a donné l’ordre de crucifier Jésus; il l’a, en quelque sorte, tué de sa main : mais, en réalité, ô Juifs, c’est vous qui lui avez donné le coup de la mort. Et comment lui avez-vous ôté la vie ? De quel instrument vous êtes-vous servi? Du glaive de votre langue, car vous l’avez aiguisée comme une épée. Et à quel moment avez-vous frappé votre victime? C’est lorsque vous vous êtes écriés : « Crucifie-le, crucifie-le 3 !»

5. Mais je ne veux point passer sous silence une pensée qui me vient à l’esprit : je vais vous en faire part, afin que vous ne vous laissiez point troubler par la lecture de nos saints livres. Un évangéliste nous rapporte que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été crucifié à la sixième heure 4 ; selon le récit d’un autre écrivain sacré, il l’a été à la troisième 5 . Si nous ne comprenions point cette apparente contradiction, c’en serait assez pour nous jeter dans le trouble. Il est dit que dès le commencement de la sixième heure, Pilate moula à son tribunal, et, de fait, quand le Sauveur fut élevé en croix, il était six heures. Mais l’autre évangéliste, considérant les dispositions intérieures des Juifs, et leur désir ardent de détourner d’eux l’odieuse responsabilité de leur déicide, les condamne, par son récit, comme réellement coupables de la mort du Sauveur, puisqu’il nous dit que Jésus a été crucifié à la troisième heure. Si, en effet, nous pesons toutes les circonstances rapportées par l’écrivain sacré, nous voyons qu’au moment où ils firent comparaître le Christ au tribunal de Pilate, ils firent tous

 

1. Jean, XIX, 1, 5. — 2. Matth. XXVII, 24. — 3. Luc, XXXIII, 21. — 4. Jean, XIX, 14. — 5. Marc, XV, 25.

 

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leurs efforts pour le faire crucifier; de là on peut conclure que quand ils ont crié : « Crucifie-le, crucifie-le», on en était à peu près à l’heure de tierce. Par leurs cris ils devinrent donc les véritables auteurs de sa mort : les agents du pouvoir l’attachèrent à la croix à midi, et les violateurs de la loi demandèrent son supplice à la troisième heure : ce que les uns ont accompli au milieu du jour, les autres l’avaient commandé à neuf heures du matin:

le Christ a été mis à mort par la langue de ceux-ci, et par la main de ceux-là. Les plus coupables n’étaient certainement pas ceux qui agissaient par obéissance, c’étaient ceux qui par leurs clameurs arrachaient à Pilate une sentence capitale. Voilà donc le but où tendaient les malicieux efforts des Juifs ; voilà le résultat auquel ils voulaient parvenir: en finir avec Jésus-Christ, mais ne pas le condamner eux-mêmes; le faire mourir, et ne pas en assumer la responsabilité devant l’opinion publique. « Ils ont aiguisé leur langue comme une épée ».

6. « Ils ont bandé leur arc et empoisonné leurs flèches » Sous le nom d’arc le prophète veut désigner des embûches, des pièges. Celui qui se sert de l’épée pour se battre de près, attaque son ennemi en face ; mais employer des flèches, c’est vouloir le frapper en traître; car une flèche vient vous blesser avant même que vous ayez le temps d’y penser. Mais qui est-ce qui pouvait être dupe de ces artifices du coeur humain? Etait-ce Notre-Seigneur Jésus-Christ? « Mais il n’avait pas besoin qu’on lui apprît ce qui se trouvait dans le coeur de l’homme, car il savait parfaitement ce qui s’y trouvait ». C’est le témoignage que lui rend l’évangéliste 1. Ecoutons néanmoins leurs discours, voyons les projets qu’ils ont formés, dans l’idée que le Christ ignorait leurs desseins. « Ils ont bandé leur arc, et empoisonné leurs flèches pour en percer l’innocent dans les ténèbres». Vous savez de quelles ruses ils se sont servis : ils ont acheté à prix d’argent un homme de sa société, l’un de ses disciples, pour qu’il les aidât à mettre la main sur lui 2; des faux témoins ont été fournis par eux : tels sont les pièges et les artifices dont ils ont fait usage « pour percer l’innocent dans les ténèbres ». Abominable conduite ! se mettre dans l’ombre, en un lieu caché, pour lancer des flèches sur un homme innocent, pour frapper et faire mourir celui

 

1. Jean, II, 25. — 2. Matth. XXVI, 14, 15.

 

qui n’avait pas en lui-même une tache aussi large que la pointe d’une de ces flèches. Leur victime n’était autre que cet innocent Agneau, qui jamais ne fut souillé, qui toujours fut parfaitement pur et exempt de toute tache, et qui à aucune époque n’eut besoin d’être purifié, parce qu’en aucun temps il ne contracta de souillure. Il a rendu à beaucoup la robe blanchie de leur innocence en leur pardonnant leurs fautes; mais, pour lui, il n’a jamais cessé de porter ce vêtement d’éclatante blancheur, parce qu’il n’a jamais commis le péché. « Pour percer l’innocent dans les ténèbres ».

7. « Ils les ont lancées à l’improviste et sans rien craindre 2 » . Quelle dureté de coeur! Vouloir faire mourir Celui qui ressuscitait les morts ! « A l’improviste », c’est-à-dire, en traîtres, comme subitement, dans l’intention de surprendre leur victime. Notre-Seigneur se trouvait au milieu d’eux; il semblait ignorer leurs projets; pour eux, ils ne savaient jusqu’où allaient son ignorance et sa pénétration à leur égard : ils connaissaient même si peu ses pensées, qu’à vrai dire ils ne savaient pas qu’il n’ignorait rien de ce qui les concernait, qu’il était au courant de tout ce qui se passait, et qu’il était venu pour les laisser faire de sa personne ce qu’ils croyaient pouvoir attribuer à leurs propres forces et à leur volonté personnelle. « Ils les ont lancées à l’improviste et sans rien craindre ».

8. « Ils se sont affermis dans leurs desseins pervers » . « Ils se sont affermis » . Une foule de miracles s’est opérée sous leurs yeux: loin d’en être ébranlés, ils ont persévéré dans leurs projets et leurs discours pervers. Le Christ a été traduit devant le tribunal de Pilate: alors le juge a tremblé; mais ceux qui lui ont livré l’innocent n’ont ressenti aucune crainte. L’un a été effrayé, quoiqu’il fût investi du pouvoir ; parvenus au comble de la fureur, les autres n’ont ressenti ni trouble ni tourment : Pilate a voulu laver ses mains, les Juifs ont souillé leur langue. Pourquoi ? « Parce qu’ils se sont affermis dans leurs desseins pervers ». Pourtant, que n’a pas fait Pilate ? Que n’a-t-il pas dit? Quels moyens n’a-t-il pas employés pour les arrêter dans la funeste voie où la fureur les engageait? « Ils ne se sont pas moins affermis dans leurs desseins pervers ». Ils se sont écriés: « Crucifie-le, crucifie-le». Répéter ce qu’on a déjà

 

1. Ps. LXIII, 6.

 

dit, c’est donner à ses paroles une force nouvelle; c’est en augmenter la malice. Mais voyons comment ils se sont affermis dans leurs projets mauvais. « Faut-il donc.», s’écria le juge, « que je crucifie votre Roi ?» Et ils répondirent: « Nous n’avons point d’autre roi que César 1 ».  « Ils se sont affermis dans leurs desseins mauvais ». Pilate leur offrait pour roi le Fils de Dieu; pour eux, ils lui préférèrent un homme, et par ce choix ils devinrent dignes d’avoir César pour maître, et de n’avoir point le Christ pour roi. Voici encore comment « ils se sont affermis dans  leurs desseins pervers ». Pilate ajouta: « Je ne trouve en cet homme rien qui le rende digne de mort ». Et ces hommes « qui s’étaient affermis dans leurs mauvais projets », s’écrièrent: « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants 3 !» « Ils se sont endurcis dans leur injuste résolution. Ils se sont opiniâtrés dans leurs méchants projets », non au détriment du Sauveur, mais « pour leur propre perte » . Comment, en effet, ne seraient-ils pas devenus les victimes de leurs entêtements, puisqu’ils ont dit : « que son sang retombe « sur nous et sur nos enfants? » Leur endurcissement a donc tourné contre eux, car il est dit en un autre endroit de l’Ecriture: «Ils ont creusé devant moi une fosse dans laquelle ils sont eux-mêmes tombés». Loin de tomber vaincu sous les coups de la mort, Jésus-Christ en est devenu le vainqueur ; quant à eux, ils sont devenus les victimes de leur iniquité, parce qu’ils ont voulu y persévérer.

9. On ne saurait en douter, nies frères, car c’est une chose certaine; il faut que tu fasses mourir le péché en toi, ou que le péché te fasse périr à son tour ; mais ne t’imagine pas que le péché, dont je parle; soit un ennemi extérieur: reporte tes regards sur ton propre coeur, et tu verras que cet ennemi est intimement uni à ce coeur pour te combattre. Ah ! ne te laisse pas vaincre par ces passions intérieures, qui sont tes adversaires les plus dangereux, si tu n’en triomphes pas entièrement les luttes que tu dois le plus redouter, te viennent de toi-même ; ton âme te déclare la guerre: c’est là, et nulle part ailleurs, que se trouve pour toi le danger. Tu tiens à Dieu par une partie de ton être; par l’autre partie, tu tiens au monde et tu y cherches ton bonheur : et toutes les deux se livrent un

 

1. Jean, XIX, 15. — 2. Luc, XXIII, 14, 22. — 3. Matth. XXVII, 25.

 

continuel combat ; puissions-nous tenir à Dieu, y tenir chaque jour davantage, ne point nous en séparer, ne rien perdre de notre attachement pour lui; car il sera pour nous la source d’une force irrésistible; et si nous persévérons à coin battre avec courage, nous triompherons inévitablement de notre adversaire intérieur. Votre chair est comme la demeure dû péché:

puisse-t-elle ne pas en devenir le trône. « Que le péché», dit l’Apôtre, « ne règne point dans ton corps, pour lui faire accomplir ses mauvais désirs 1 ». Si tu ne cèdes point à ses convoitises, si persuasives, si en traînantes qu’elles puissent être, tù réussiras, en leur résistant, à les empêcher de régner en toi, et à les détruire par là, tu n’éprouveras plus de ces luttes intestines où se trouve compromise ton innocence. Mais quand se consommera ce triomphe? Quand la mort sera ensevelie dans sa défaite, et que notre chair mortelle sera devenue incorruptible 2. Alors, tu n’éprouveras plus aucune résistance de la part de la matière, et Dieu seul fera désormais ton bon heur. Les Juifs portaient donc envie au Sauveur, ils n’avaient d’autre désir que celui de dominer, et d’exercer le pouvoir souverain : aux yeux de plusieurs d’entre eux, Jésus leur enlevait ce pouvoir; aussi la soif ardente qu’ils ressentaient pour la domination les poussait-elle à se révolter contre lui. S’ils avaient résisté à leur désir coupable, ils auraient triomphé de leur envie : elle ne les aurait point vaincus, et le Seigneur, qui était venu pour les guérir, les aurait sauvés de la mort. Mais, parce qu’ils ont nourri la fièvre qui les consumait, ils ont repoussé leur médecin; ils ont agi selon les mouvements et les ardeurs de leur fièvre, et toutes les ordonnances de leur médecin, ils n’en ont tenu aucun compte; voilà pourquoi ils sont devenus les victimes de leur malice: le Sauveur, au contraire, y a échappé; car la mort a été détruite en lui, tandis que l’iniquité a trouvé la vie en eux; et parce qu’ils l’ont laissée subsister, ils sont morts eux-mêmes.

10. « Ils se sont concertés pour dresser leurs pièges en secret, et ils ont dit: Qui est-ce qui les verra? » Ils s’imaginaient que leurs projets homicides étaient ignorés de leur victime, de Dieu lui-même. Mais supposons que le Sauveur ne fût qu’un homme, et que pareil aux autres hommes, il ne connût pas les pensées

 

1. Rom. VI, 12. 2. I Cor. XV, 54.

 

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qu’ils nourrissaient contre lui; Dieu lui-même pouvait-il les ignorer? O coeur humain, pourquoi donc as-tu dit: Qui est-ce qui me verra? Oublies-tu que le Seigneur t’a créé, et qu’il ne te perd pas de vue? « Ils ont dit : Qui est-ce qui les verra?» Dieu les voyait; et le Christ aussi, parce qu’il est Dieu. Mais pourquoi s’imaginaient-ils qu’il ne les voyait pas? Ecoute ce qui suit.

11. « Ils se sont étudiés à former des projets criminels, mais ils n’ont pu réussir dans leur malice 1», c’est-à-dire dans leurs desseins cruels et malins. Ne le livrons pas nous-mêmes, ont-ils dit; servons-nous pour cela de l’un de ses disciples : ne le faisons pas mourir, mais forçons le juge à le condamner à mort. Faisons tout ce qu’il faut pour nous débarrasser de lui; mais ayons soin de ne point laisser même soupçonner que nous nous en occupons. Eh quoi! ne vous a-t-on pas entendus crier: « Crucifie-le, crucifie-le? » Si vous êtes aveugles, n’en est-ce pas assez? Faut-il encore que vous soyez sourds? L’innocence simulée n’est pas plus de l’innocence, que la justice feinte n’est de la justice. C’est une double injustice d’abord, parce qu’en soi il y a injustice, et qu’à ce péché vient se joindre la dissimulation. Voilà pourquoi ils n’ont pu réussir dans leurs mauvais desseins. Plus ils croyaient mettre de finesse dans l’élaboration de leurs plans, moins ils réussissaient, parce qu’en s’éloignant de la lumière de la vérité et de la justice, ils se précipitaient dans les abîmes des conseils méchants. La justice a un éclat qui lui est propre : elle répand ses rayons sur l’âme qui s’attache à elle, et elle lui communique son éclat: par une raison contraire, plus l’âme humaine s’éloigne de la lumière de la justice, et s’efforce de l’affaiblir par ses attaques, plus aussi s’éteint en elle ce flambeau divin, plus profonde est sa chute dans l’abîme des ténèbres. Ces hommes, qui scrutaient l’art de faire du mal au juste, s’éloignaient donc de la justice, et plus ils s’en écartaient, plus aussi ils défaillaient dans leur pénible travail. O l’adroit moyen de faire croire à leur innocence! Lorsque Judas, repentant d’avoir trahi le Christ, vint jeter à leurs pieds l’argent qu’ils lui avaient donné comme prix de sa trahison, ils ne voulurent point remettre cet argent dans le trésor, « car », dirent-ils, « C est le prix du

 

1. Ps. LXIII, 7.

 

sang : nous ne devons pas le faire entrer dans le trésor 1» . « Ce trésor » n’était autre qu’un coffre, consacré à Dieu, où l’on renfermait l’argent destiné au soulagement des serviteurs du Très-Haut qui manquaient du nécessaire. O homme! que ton coeur soit plutôt ce coffre divin où se con servent les richesses du Seigneur! Puisse-t-on y voir une monnaie divine! Puisse ton âme être cette précieuse monnaie, et porter sur elle l’image de ton souverain empereur! D’après cela, quel nom donner à ces sentiments de feinte innocence qui portèrent les Juifs à n’oser mettre dans le trésor du temple le prix du sang de Jésus-Christ, et à ne pas craindre de répandre ce sang lui-même, et d’en souiller leur conscience?

12. Mais que leur est-il advenu? «Ils n’ont pu réussir dans leurs malicieux desseins » -Pourquoi cet échec? Parce qu’ils ont dit « Qui est-ce qui s’en apercevra? » Ils s’imaginaient et tâchaient de se persuader que personne ne découvrirait le fil de leur trame. Remarque bien ce qui arrive à une âme méchante : elle s’éloigne de la lumière de la vérité, et par cela même qu’elle ne voit plus Dieu, elle se figure que Dieu ne la voit plus. Ainsi en est-il advenu des Juifs : ils se sont écartés de la vérité; ils se sont jetés dans les ténèbres, ils n’ont plus vu Je Seigneur et ils ont dit: Qui est-ce qui nous aperçoit? Celui-là même qu’ils attachaient à la croix, suivait la trace de leurs dissimulations méchantes; pour eux, ils ne pouvaient ni faire réussir leurs projets, ni voir désormais le Fils de Dieu et le Père éternel. Mais puisque le Sauveur n’ignorait rien de ce qui concernait ses ennemis, pourquoi s’est-il soumis à tomber en leurs mains, et à se voir par eux mis à mort? Pourquoi a-t-il laissé réussir les plans qu’ils avaient formés contre lui? Pourquoi? Parce qu’il s’était fait homme pour sauver les hommes, il avait caché sa divinité sous les traits de l’humanité pour donner à ceux qui ne le connaissaient pas un exemple de force d’âme et de courage: il connaissait lui-même la malice de ceux qui le persécutaient, mais il souffrait leurs mauvais traitements pour en venir à ses fins.

            13. Voyons ce qui suit : «L’homme et le coeur profond s’approcheront, et Dieu sera exalté 2 » Les Juifs avaient dit: Qui est-ce qui nous verra? « Ils n’ont pu faire réussir

 

1. Matth. XXVII, 6. — 2. Ps. LXIII, 8.

 

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leurs malicieux projets ». L’homme a pénétré tous leurs desseins, et- il leur a permis de s’emparer de son humanité sainte : s’il n’avait pas été revêtu de notre humanité, jamais ses ennemis n’auraient pu, ni mettre la main sur lui, ni le voir, ni le frapper, ni le crucifier, ni le faire mourir : par la même raison, il n’aurait pas été délivré de leurs embûches. « Cet homme, ce coeur profond », c’est-à-dire ce coeur secret, s’approcha donc aux regards d’un homme, il n’offrait que l’apparence des hommes; mais sous cette enveloppe mortelle, se dérobait- à leurs yeux la divinité : on n’apercevait donc point en lui cette nature divine qu’il partageait avec le Père et qui le rendait égal au Père; on n’y voyait que la forme d’esclave, par laquelle il lui était devenu inférieur. Il nous instruit lui-même de ces différents états où il se trouve, suivant qu’on le considère ou comme Dieu ou comme homme. Comme Dieu, il nous dit : « Mon Père et moi, nous ne sommes qu’un 1». Comme homme, il ajoute : « Mon Père est plus grand que moi 2 ». Mais pourquoi, comme Dieu, peut-il dire : « Mon Père et moi nous ne sommes qu’un? » Parce qu’étant de la nature de Dieu, il n’a pas cru « commettre un larcin en disant qu’il était égal à Dieu » Pourquoi encore a-t-il pu dire comme homme : « Mon Père est plus grand que moi? » Parce qu’ « il s’est anéanti lui-même en prenant la nature d’esclave 3 ». L’homme et le coeur profond se sont approchés, et Dieu a été exalté. L’homme a été mis à mort, et le Dieu a été glorifié. Qu’il ait été crucifié, ç’a été la suite de la faiblesse humaine : s’il est ressuscité et monté au ciel, ç’a été l’effet de sa puissance divine 4. « L’homme s’approchera, et aussi le coeur profond », c’est-à-dire le coeur secret, le coeur caché, qui ne faisait paraître ni ce qu’il savait, ni ce qu’il était. Aussi les Juifs supposaient-ils qu’il n’était autre que ce qu’il semblait être : ils le mirent donc à mort cet homme qui s’était retiré dans la profondeur de son humilité, mais Dieu fut exalté dans la grandeur de sa gloire par sa puissance infinie, et dans la suprême majesté de sa gloire, il s’est retiré dans ce séjour céleste, qu’il n’avait point quitté, même au temps de ses humiliations.

14. « L’homme s’approchera, et aussi le coeur profond, et Dieu sera glorifié ». Aussi, mes

 

1. Jean, X, 30.— 2. Id. XIV, 28.— 3. Phil. II, 6, 7.— 4. II Cor. XIII, 4.

 

frères, considérez la profondeur du coeur de l’homme. De quel homme? De celui dont le Prophète a parlé ainsi : « Un homme dira à Sion : Tu es ma mère. Et cet homme a été formé en elle : il est le Très-Haut qui l’a fondée 1». Le Très-Haut, qui a jeté les fondements de Sion, a été formé et s’est fait homme dans cette ville dont il est devenu le fondateur. « L’homme s’est donc approché, et aussi le coeur profond ». Considère la profondeur du coeur de cet homme, et, si tu le peux, et autant que tu le pourras, vois Dieu dans l’abîme de ce coeur. L’homme s’est approché ; et parce qu’il était Dieu, parce qu’il devait souffrir volontairement, parce qu’il devait encourager les faibles par son exemple, parce qu’enfin les efforts de ses ennemis et de ses persécuteurs devaient rester inutiles, vu que, malgré l’humanité et la chair mortelle dont il était revêtu, il était Dieu ; voici ce qu’ajoute le Psalmiste : « Leurs flèches sont devenues comme des traits lancés par des enfants ». Qu’est devenue la fureur des Juifs? A quoi ont abouti les rugissements du lion, les cris effrénés de ce peuple ivre de colère: « Crucifie-le! Crucifie-le ? » Les piéges, creusés par ceux qui ont tendu leur arc, ont-ils servi à prendre leur victime? Mais non, car « leurs flèches sont devenues comme des traits lancés par des enfants ». Vous le savez : les enfants se servent de roseaux pour faire des flèches. Avec de telles armes, qui pourraient-ils blesser? Comment pourraient-ils en blesser d’autres? Quels bras pour lancer un trait? Quels traits entre pareilles mains? Quelles mains? Quelles armes? «Leurs flèches sont devenues comme des traits lancés par des enfants».

15. « La malice de leur langue n’a pas réussi; elle s’est retournée contre eux-mêmes 2 ». Qu’ils aiguisent leur langue comme on aiguise un glaive, qu’ils s’affermissent, s’ils le veulent, dans leurs injustes résolutions; en vérité, ils ont eu raison de s’y affermir, puisque « la malice de leur langue n’a pas réussi, et qu’elle s’est  retournée contre eux ». Leurs projets pouvaient-ils réussir contre Dieu ? « L’iniquité », a dit le Prophète, « s’est menti à elle-même 3. La malice de leur langue n’a pas réussi ; elle s’est retournée contre eux ». Le Sauveur est sorti vivant du tombeau où l’avaient jeté ses ennemis. Ceux-ci avaient

 

1. Ps. LXXXVI, 5. — 2. Ps. LXIII, 9. — 3. Id. XXVI, 12.

 

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passé devant sa croix ou s’y étaient arrêtés, comme le Psalmiste l’avait prédit longtemps

auparavant en ces termes : « Ils ont percé mes mains et nies pieds, et compté tous mes os; ils m’ont regardé et considéré attentivement 1». Alors, ils secouaient la tête en disant: « S’il est le Fils de Dieu, qu’il descende donc de la croix ! » Ils avaient voulu, en quelque sorte, s’assurer s’il était le Fils de Dieu, et, à leur avis, ils avaient reconnu qu’il ne l’était pas, puisqu’en dépit de leurs insultes, il n’était pas descendu de la croix; s’il l’avait fait, ils auraient avoué sa

filiation divine 2. Pour toi, mon frère, que penses-tu de ce qu’il est resté sur sa croix, et de ce que, néanmoins, il est ressuscité? Quel profit ont-ils tiré de leur conduite à son égard? Et quand même il ne serait point sorti vivant de son tombeau, en auraient-ils été plus avancés? Non, car il leur serait advenu ce qui est advenu aux persécuteurs des martyrs. Les martyrs ne sont point encore revenus à la vie; leurs persécuteurs n’y ont rien gagné, puisque nous célébrons aujourd’hui le triomphe éternel des victimes. A quoi a donc abouti la fureur des ennemis de notre Dieu? « Leurs flèches sont devenues comme des traits lancés par des enfants ; la malice de leur langue n’a pas réussi, elle s’est retournée contre eux ». Jusqu’où ont-ils poussé cette malice, dont les calculs leur ont fait défaut? Jusqu’à placer des gardes auprès du tombeau du Christ; car bien qu’ils l’eussent fait mourir, qu’il fût enseveli, il leur inspirait encore des craintes. Ils dirent donc à Pilate « Ce séducteur ». Ainsi appelaient-ils Notre-

Seigneur Jésus-Christ, et ce devait être là un sujet de consolation pour tous les chrétiens que le nionde calomnie. Ils s’adressèrent donc à Pilate et lui dirent : « Etant encore en vie, ce séducteur a dit qu’il ressusciterait trois jours après sa mort. Ordonnez donc qu’on garde son tombeau jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent l’enlever, et qu’ils ne disent au peuple qu’il est ressuscité d’entre les morts; cette dernière erreur serait pire que la première. Vous avez des gardes, leur répondit Pilate: allez, et gardez-le comme vous voudrez. Ils s’en allèrent donc, établirent une garde près du sépulcre, en y plaçant des soldats, et ils apposèrent leur sceau sur la pierre 3 ».

 

1. Ps. XXI, 17, 18.— 2. Matth. XXVII, 40-43.— 3. Matth. XXVII, 63-66.

 

Les Juifs appostèrent auprès du tombeau de Jésus des soldats pour le garder: tout à coup la terre trembla, et le Sauveur sortit vivant du séjour de la mort, et il s’opéra, autour de son tombeau, de tels prodiges que les soldats, chargés de le garder, auraient pu en rendre témoignage s’ils avaient voulu rapporter les faits comme ils les avaient vus; malheureusement, l’amour de l’argent, qui avait aveuglé un compagnon de Jésus, dans la personne de Judas, paralysa la langue des soldats auxquels fut confiée la garde du divin tombeau. « Nous vous donnerons de l’argent, leur dirent les Juifs: vous direz donc que, pendant votre sommeil, ses disciples sont venus et l’ont enlevé 1 ». En vérité, « les profonds calculs de leur malice ont été déjoués ». O malheureuse astuce ! ne faut-il pas que tu aies perdu de vue la lumière d’une réflexion éclairée, que tu te sois précipitée dans les ténèbres d’une noire méchanceté pour tenir ce langage : Dites que, pendant votre sommeil, ses disciples sont venus et qu’ils l’ont enlevé? Comment I tu en appelles au témoignage de gens endormis ! Ne dormais-tu pas toi-même en imaginant une pareille combinaison, qui montre surabondamment ta faiblesse? Car s’ils dormaient, qu’ont-ils pu voir? Et s’ils n’ont rien vu, méritent-ils le nom de témoins? « Mais ils n’ont pu réussir dans leurs vains projets ».

Ils se sont écartés des rayons de la lumière divine; ils ont vu échouer leurs entreprises, et puisqu’au moment d’agir, ils n’ont pu venir à bout de rien, ils ont manifesté leur impuissance. Pourquoi cela? Parce que l’homme s’est approché, et aussi le coeur profond, et Dieu a été exalté. Oui, aussitôt que la résurrection de Jésus-Christ fut connue dans le monde, au moment où, par la descente du Saint-Esprit, des disciples, jusqu’alors découragés et dominés par la crainte, se montrèrent assez fermes pour annoncer la mort de leur Maître et tout ce qu’ils avaient vu, alors fut exaltée et glorifiée la grandeur du Dieu qui avait paru au pied d’un tribunal, et y avait subi une condamnation ignominieuse pour nous relever du milieu de notre bassesse jusqu’à lui: et quand les Apôtres, pareils â des trompettes divines, eurent annoncé à l’univers l’avènement futur de Celui qu’ils avaient vu jugé par des hommes, et qui viendra les juger à

 

1. Matth. XXVIII, 12, 13.

 

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son tour, alors « tous ceux qui les virent, furent plongés dans le trouble ». Dieu fut donc glorifié : le Christ fut annoncé; dès lors plusieurs d’entre les Juifs s’aperçurent que

leurs coreligionnaires avaient échoué dans la réalisation de leurs projets : une foule de miracles s’opéraient, en effet, sous leurs yeux, au nom de Celui qu’ils avaient crucifié et fait mourir de leurs propres mains. Ils se séparèrent donc de coeur et d’affection de leurs frères endurcis, trouvant dans l’opiniâtre impiété de ces malheureux aveugles un sujet de dégoût et d’horreur : et, mieux inspirés par rapport à leur salut, ils s’adressèrent aux Apôtres, et leur dirent : « Que ferons-nous? Tous ceux qui les virent, furent plongés dans le trouble 1». En d’autres termes, on vit tomber dans le trouble tous ceux qui s’aperçurent de l’inutilité de leurs projets, et comprirent que leurs malicieux complots tourneraient à leur propre confusion et à leur propre perte.

16. « Et tout homme fut saisi de crainte 2». Ceux qui n’éprouvèrent pas ce sentiment de crainte ne méritaient pas même le nom d’hommes. « Tout homme fut saisi de crainte » : c’est-à-dire, toute personne raisonnable et capable d’apprécier les événements: aussi, devrait-on donner le nom de bêtes, et même de bêtes brutes et sauvages, aux hommes qui demeurèrent alors insensibles à la crainte; et le peuple juif est encore aujourd’hui un lion qui rugit et fait des victimes. Mais la crainte s’empara de tout homme, c’est-à-dire, de quiconque voulut se soumettre au joug de la foi, et conçut une sainte frayeur à la pensée du jugement à venir. « Et tout homme fut saisi de crainte, et ils publièrent hautement les oeuvres de Dieu ». A celui qui disait : « Seigneur, délivrez-moi de la crainte de mes ennemis », s’appliquent donc ces paroles : « Tout homme a été saisi de crainte ». Il était délivré de la crainte de ses ennemis, mais il était sous l’impression de la crainte de Dieu. S’il redoutait quelqu’un, c’était, non pas celui qui peut tuer le corps, mais celui qui peut précipiter tout à la fois le corps et l’âme dans la géhenne du feu 3. Les Apôtres ont prêché l’Evangile. D’abord, Pierre fut saisi de crainte, il avait peur de l’ennemi : son âme n’était pas encore à l’abri de toute appréhension à

 

1. Act. II, 1-37. — 2. Ps. LXIII, 10 — 3. Matth. X, 28.

 

l’égard de ses adversaires. Questionné par une servante sur sa présence au milieu des disciples. du Sauveur, il renia trois fois son divin Maître 1. Après sa résurrection, Jésus affermit cette colonne de l’Eglise. Pierre annonce alors la bonne nouvelle sans trembler, et, néanmoins, sous l’influence de la crainte; sans trembler en face de ceux qui peuvent tuer le corps; sous l’influence de la crainte à l’égard de celui qui peut précipiter tout àla fois le corps et l’âme dans la géhenne du feu. « Tout homme a été saisi de crainte, et ils ont hautement publié les oeuvres de Dieu ». Dès que les Apôtres eurent commencé à publier les oeuvres du Très-Haut, les princes des prêtres les firent comparaître devant eux, et leur firent des menaces en leur intimant « la défense de prêcher au nom de Jésus-Christ. Mais ceux-ci leur répondirent: Dites-nous à qui, de Dieu ou des hommes, il vaut mieux obéir 2? » Que pouvaient-ils répondre à une pareille question? Auraient-ils osé dire qu’il vaut mieux obéir aux hommes qu’à Dieu? Non, et leur réponse n’était pas douteuse, et ils devaient déclarer que la soumission envers Dieu doit avoir le pas sur la soumission à l’égard des hommes;

aussi, parce qu’ils connaissaient la volonté du Tout-Puissant, les Apôtres dédaignèrent-ils les menaces des prêtres. « La crainte, dont l’homme fut saisi », devint donc la source de sa fermeté et de son courage, et « ils publièrent hautement les oeuvres de Dieu ». Si l’homme éprouve des sentiments de crainte, ce n’est point son semblable, mais son créateur qui doit les lui inspirer. Redoute ce qui est supérieur à l’homme, et jamais l’homme ne te fera trembler. Appréhende la mort éternelle, et tu ne t’inquiéteras nullement de la vie présente. Soupire après les immortelles voluptés du paradis; que l’immuable tranquillité du ciel soit l’objet de tes désirs, et tu te riras du monde entier et de tous ses faux biens. Aime et crains en même temps; aime ce que Dieu te promet, crains l’effet de ses menaces, et les promesses de l’homme ne corrompront point ton coeur, et ses menaces ne t’ébranleront pas. « Tout homme a été saisi de crainte, et ils ont publié hautement les oeuvres de Dieu, et ils les ont comprises ». Qu’est-ce à dire: « Ils ont compris ses prodiges? » Etait-ce là, ô Seigneur

 

1. Matth. XXVI, 69. — 2. Act. V, 27-29.

 

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Jésus, ce que vous taisiez lorsque, pareil à une innocente brebis, vous alliez à la mort, sans ouvrir la bouche pour vous plaindre de vos bourreaux, lorsque nous vous considérions plongé dans les souffrances et la douleur, et ressentant toute notre faiblesse? Etait-ce pour cela, ô le plus beau des enfants des hommes, que vous nous dérobiez la vue de vos charmes infinis 1, et que vous sembliez n’avoir ni grâce ni beauté 2? Attaché à la croix, vous supportiez les insultes et les ricanements de vos ennemis : « S’il est le Fils de Dieu », disaient-ils, « qu’il descende donc de sa croix ! »De tous vos serviteurs, de tous ceux qui connaissent votre suprême puissance, en est-il un seul qui ne se soit entièrement décrié : Oh ! si seulement il descendait du haut de sa croix pour la confusion de ceux qui le blasphèment de la sorte ! Mais il ne devait pas en être ainsi : il fallait que le Sauveur mourût pour le salut de ceux qui étaient condamnés à mourir, comme il devait ressusciter pour nous communiquer la vie éternelle. Voilà ce que ne comprenaient pas ceux qui le défiaient de descendre de sa croix; mais quand, après sa résurrection, il monta glorieusement au ciel, ils comprirent les oeuvres de Dieu : « Ils ont publié les oeuvres de Dieu, et ils les ont comprises ».

17. « Le juste se réjouira dans le Seigneur 4». La tristesse ne doit plus être aujourd’hui le partage du juste. Au moment où le Sauveur mourut sur la croix, les Apôtres étaient plongés dans la tristesse, ils s’en retournèrent, le coeur accablé de chagrin et d’ennui, car ils croyaient avoir perdu toute lueur d’espérance. Le Sauveur sortit d’entre les morts, et, malgré le prodige de sa résurrection, leur tristesse était toujours la même, quand il vint les visiter. Par un effet de sa volonté, les deux disciples qui voyageaient sur le chemin d’Emmaüs ne le reconnurent point: ils gémissaient et pleuraient ; il différa de se faire connaître à eux jusqu’au moment où il leur eut exposé le sens des Ecritures, et montré, par les passages de nos saints livres, que les événements devaient avoir lieu comme, ils avaient eu lieu effectivement. Il leur fit comprendre que, d’après les oracles sacrés, le Seigneur devait ressusciter le troisième jour. Mais serait-il ressuscité d’entre les morts le troisième jour, s’il était descendu de sa croix?

 

1. Ps. XLIV, 3.— 2. Ps. LIII, 2 - 7.— 3. Matth. XXVI, 40. — 4. Ps. LXIII, 11.

 

Aujourd’hui vous êtes tristes en voyageant mais combien vous seriez heureux et fiers si votre Sauveur, pour répondre aux insultantes provocations des Juifs, était descendu de sa croix! Vous seriez au comble de la joie, s’il leur avait, par là, fermé la bouche. Mais attendez que le médecin vous fasse connaître ses projets et agisse: il ne descend pas de sa croix; il veut mourir de la main de ses ennemis, pour vous préparer le remède qui doit vous guérir. Le voilà maintenant ressuscité; il vous parle, vous ne le reconnaissez pas encore, mais vous n’en ressentirez que plus de joie lorsque vos yeux s’ouvriront. Plus tard, et par la fraction du pain, il se manifeste à eux, et ils le reconnaissent 1, et leur joie se traduit en exclamation: « Le juste se réjouira dans le Seigneur». On annonce l’heureuse nouvelle à un disciple incrédule : le Seigneur a été vu , il est ressuscité ; la tristesse de cet Apôtre continue, car il ne croit pas à l’événement dont on lui parle : « Si je ne mets pas mes doigts à la place de ses clous, si je ne touche pas ses plaies, je ne croirai pas ». Le Sauveur lui donne son corps à toucher; il y porte la main, il le palpe et s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu! Le juste se réjouira dans le Seigneur». Ils se sont donc réjouis dans le Seigneur, les justes qui ont vu et touché, et qui ont cru. Mais les justes d’aujourd’hui, qui ne voient point et ne touchent point, peuvent-ils, eux aussi, se réjouir dans le Seigneur? Oui, car le Seigneur a dit à Thomas lui-même: « Parce que tu m’as vu, tu m’as cru; bienheureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru 2». Réjouissons-nous donc tous dans le Seigneur; que, réunis dans le sentiment d’une même foi, nous formions tous ce juste dont parle le Psalmiste : ne formons tous qu’un seul corps uni au même chef, et réjouissons-nous, non en nous-mêmes, mais dans le Seigneur ; car notre souverain bien réside, non en nous, mais en celui qui nous a créés: lui seul est notre bien et la source de notre joie. Qu’aucun d’entre nous ne se réjouisse en lui-même; que personne ne présume ou ne désespère de lui-même; que personne ne place son espérance dans son semblable, car nous devons nous efforcer d’amener les autres à partager notre confiance, mais jamais nous ne devons les considérer comme le motif et le principe de notre espérance,

 

1. Luc, XXIV, 16-46. — 2. Jean, XX, 25-29.

 

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18. « Le juste se réjouira dans le Seigneur, et il espérera en lui, et tous ceux qui ont le coeur droit seront au comble de l’allégresse ». Le Seigneur Jésus est ressuscité, il est monté au ciel, il nous a prouvé par là l’existence d’une autre vie, il a manifesté au grand jour les desseins qu’il tenait cachés au plus profond de soit coeur, et fait voir qu’ils n’étaient pas vains; il a répandu son sang comme prix de notre rédemption: la sagesse de ses plans divins a éclaté au grand jour: on a publié ses prodiges: le monde entier y a cru; le juste, n’importe en quelle contrée du monde il se trouve, « se réjouira donc dans le Seigneur, et mettra son espérance en lui, et tous ceux qui ont le coeur droit, seront au comble de l’allégresse ». Qui sont ceux dont le coeur est droit? Mes frères, nous vous le disons souvent, et il est bon pour vous de le bien comprendre. Qui sont ceux dont le coeur est droit? ce sont les hommes qui attribuent les tribulations, au milieu desquelles ils vivent, non à un défaut de sagesse de la part de Dieu, mais à sa sagesse, et qui les regardent comme un moyen providentiel destiné à la guérison de leur âme: de pareilles gens ne sont point infatués de la pensée de leur propre justice, au point de supposer qu’ils souffrent sans l’avoir mérité, ou d’accuser Dieu de ce que les plus grands pécheurs ne sont pas les plus affligés. Encore une fois, remarquez-le, car nous vous l’avons souvent dit. Souffres-tu quelque maladie dans ton corps, ou une perte dans tes biens, ou une séparation pénible occasionnée par la mort, dans ta famille? Parmi ceux qui t’entourent, tu en remarques de plus méchants que toi, et sans te croire vraiment juste, tu les reconnais moins bons encore; je t’en conjure, ne sois point jaloux de ce qu’ils réussissent, et se trouvent à l’abri des châtiments célestes. Puissent les desseins du Très-Haut ne point ébranler ta foi! Ne dis pas : Je suis pécheur, et Dieu me punit: pourquoi donc n’inflige-t-il aucune punition à cet homme, qui l’a évidemment offensé plus grièvement que moi? J’ai mal fait, je le sais bien; mais si coupable que je sois, le suis-je autant que lui? Si tu parlais ainsi, tu donnerais la preuve sans réplique de la fausse direction imprimée à tes pensées. Que le Dieu d’Israël est bon, mais pour ceux qui ont le coeur droit ! Tes pieds glissent sous toi, parce que tu t’irrites contre les pécheurs, envoyant la paix dont ils jouissent 1. Laisse agir le médecin ; celui qui connaît la blessure sait le remède qu’il doit y appliquer. Mais pourquoi cet autre n’est-il pas maltraité ? Pourquoi? parce qu’il est impossible d’espérer le sauver. On te fait de douloureuses incisions, parce que tu pourras guérir. Souffre donc, avec droiture de coeur, toutes tes épreuves. Le Seigneur sait ce qu’il doit t’accorder, et ce qu’il doit te refuser. Ce qu’il te donne doit servir à te consoler, et non à te corrompre ; s’il te refuse ses dons, supportes-en la privation et ne blasphème pas. Si la conduite de Dieu te déplaît et te fait blasphémer, si tu te complais en toi-même, c’est la preuve que tu as le coeur tordu et perverti; et le pis, en tout cela, c’est que tu veux faire du coeur de Dieu ce que tu fais du tien : tu veux lui imposer tes volontés au lieu d’agir selon son bon plaisir. Eh quoi! Voudrais-tu détourner aussi du bien le coeur de Dieu? Il est si droit! Prétendrais-tu lui communiquer la fausseté du tien? Ne vaudrait-il pas mieux, mille fois, ramener le tien à la droiture dc celui de Dieu? N’est-ce point là ce que t’a enseigné ce Dieu, dont les souffrances faisaient tout à l’heure le sujet de nos entretiens? Ne te montrait-il pas qu’il s’était revêtu de ta faiblesse, quand il disait : « Mon âme est triste jusqu’à la mort? » Ne te figurait-il pas en sa personne, quand il disait : « Mon Père, si c’est possible, que ce calice s’éloigne de moi? » Le coeur du Père et celui du Fils n’étaient pas différents l’un de l’autre : ce n’était, à vrai dire, qu’un seul coeur; mais en se revêtant de la forme d’esclave, il a pris ton coeur pour l’instruire par ses exemples. Or, voilà qu’en face de la tribulation, ton coeur est tout différent du sien : il voudrait ne pas être éprouvé; il se met en contradiction avec la volonté divine. Puisque le coeur de Dieu ne peut se prêter aux mauvaises dispositions du tien, conforme donc le tien à celui de Dieu ; écoute ce qu’il dit à son Père: « Toutefois, ne faites pas ce que je veux, mais faites ce que vous voulez 2».

19. Aussi, « tous ceux qui ont le coeur droit, seront loués ». Qu’en conclure? C’est que, si « ceux qui ont le coeur droit, doivent être loués »,ceux qui ont le coeur tordu et déréglé seront condamnés. Tu as à choisir de deux choses l’une : choisis donc tandis qu’il en est

 

1. Ps. LXXII, 1-3. —  2. Matth. XXVI, 38, 39.

 

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temps. Si ton coeur est droit, tu iras à la droite et tu seras loué. Comment cela? « Venez,  bénis de mon Père: recevez le royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde ». Si, au contraire, tu as le coeur tordu et déréglé, si tu te moques de Dieu, si tu te joues de sa Providence ; si tu dis en toi-même : Il est évident que Dieu ne s’occupe pas des choses de ce monde; car, s’il en prenait soin, ce scélérat serait-il dans l’abondance et moi dans la disette? il est sûr que ton coeur n’est pas droit. Viendra le jugement, et alors on connaîtra les motifs secrets de la conduite de Dieu : alors aussi, parce que tu n’auras pas voulu rétablir ton coeur dans la droiture et le rendre semblable à celui de Dieu, parce que tu auras négligé de te rendre digne d’aller à la droite du Seigneur, en cet endroit « où seront loués ceux qui ont le coeur droit », tu iras à la gauche, et tu y entendras ces paroles : « Allez au feu éternel, qui a été préparé au démon et à ses anges 2 ». Sera-t-il temps alors de redresser son coeur? Redressez-le donc maintenant, mes frères; redressez-le dès aujourd’hui. Quel obstacle pourrait s’y opposer? On chante le psaume devant toi; on te lit l’Evangile; tu entends de bonnes lectures, de saintes instructions; le Seigneur est patient : tu l’offenses et il t’épargne; tu renouvelles tes infidélités, et il ne te punit pas, et tu ajoutes encore au nombre de tes fautes. Jusques à quand le Très-Haut usera-t-il d’indulgence à ton égard? Prends-y garde! Tu pourrais bien éprouver à la fin les rigueurs de sa justice. Nous vous effrayons, parce que nous sommes saisis de crainte rassurez-nous, et nous ne vous troublerons plus. Mais j’aime beaucoup mieux trembler à la pensée de Dieu, que de puiser ma confiance dans la pensée de n’importe quel homme, « car tout homme a été saisi de crainte, et ils ont publié les oeuvres de Dieu ». Daigne le Seigneur nous compter au nombre de ceux qui ont tremblé et fait connaître ses ouvrages. Nous vous prêchons maintenant en son nom, mes frères, parce

 

1. Matth. XXV, 34, 41.

 

que nous craignons. Nous sommes témoins de votre empressement à écouter sa parole, du vif désir que vous avez de nous entendre, de votre bonne volonté. La terre de votre coeur est suffisamment imprégnée de la rosée du ciel. Puisse-t-elle produire du froment et non des épines, car si les celliers du père de famille doivent contenir le bon grain, les épines seront livrées aux flammes. Tu sais ce que tu dois faire de ton champ, et Dieu ne saurait ce qu’il doit faire de son serviteur? Pour une terre fertile, la pluie qui l’arrose est un bienfait du ciel ; et, si elle tombe sur un champ couvert de ronces et d’épines, en est-elle moins précieuse? Et ce champ peut-il rendre la pluie responsable de sa stérilité? La pluie elle-même ne rendra-t-elle pas témoignage contre lui, et ne dira-t-elle pas J’ai répandu partout, d’une manière égale, la douceur de mes ondées? Quelles sont tes oeuvres? Remarque-le attentivement, afin de juger de ce qui t’est réservé. Si tu produis du froment, sois-en sûr, tu iras dans le cellier du Père de famille; si tu produis des épines, le feu sera ton partage; mais le temps d’être mis dans les greniers célestes ou jeté dans te feu éternel n’est pas encore venu : préparons-nous donc à ce moment décisif, et nous n’éprouverons aucune crainte. Vous qui m’écoutez et moi qui vous parle au nom de Jésus-Christ, nous vivons encore; et puisqu’il en est ainsi, n’avons-nous ni le moyen ni le temps de réformer nos pensées, et de devenir de parfaits chrétiens? Et si vous le voulez, pourquoi cette conversion n’aurait-elle pas lieu dès aujourd’hui? Pourquoi ce changement de nos moeurs ne se ferait-il pas dès maintenant? Pour en venir là, faut-il faire de grandes acquisitions, des recherches pénibles, de lointains voyages aux Indes? Faut-il noliser des vaisseaux choisis entre tous? Non; change ton coeur au moment même où je t’adresse la parole, et ainsi sera accompli ce que, depuis si longtemps, on te presse de faire; et si tu ne le fais pas, ta mauvaise volonté sera pour toi la source d’une punition éternelle.

 

 

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