PSAUME LXXXIII
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 Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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DISCOURS SUR LE PSAUME LXXXIII.

ENCORE LES PRESSOIRS DE L’ÉGLISE.

 

Ces pressoirs désignent la vie d’affliction. L’olive et le raisin sont en paix sur l’arbre; ainsi l’homme avant d’entrer au service de Dieu. Mais dès que nous y entrons, il faut nous dépouiller du vieil homme, comme le raisin du marc. Les fils de Coré sont les fils du Calvaire ou les chrétiens. Dieu donc nous met sous le pressoir afin de nous forcer k porter nos désirs au ciel. Se détacher des richesses de cette vie, c’est être pauvre; on est, riche et condamnable quand on les désire, même sans les posséder. Au désir du vrai pauvre Dieu se donnera lui-même. Mais alors au lieu de regarder en arrière, jetons-nous en avant : nous serions plus coupables de chercher notre joie dans cette vie passée; dans le vieil homme dont nous avons dû nous dépouiller. C’est donc l’Eglise qui aspire aux demeures célestes, qui n’a ici-bas d’autre joie que dans l’espérance. Son coeur et sa chair tressaillent, celui-là par de saints désirs, celle-ci par les oeuvres extérieures. C’est la tourterelle qui cherche un nid, et ce nid est l’Eglise qui a la vraie foi, et qui nous sauve par nos oeuvres. Le Prophète nous porte par les aspirations dans la maison du Seigneur, où nous posséderons Dieu lui-même, ne faisant rien par contrainte, mais bénissant Dieu par amour. C’est là que doit nous conduire la grâce, et plus vif sera notre désir, plus haute sera notre ascension, dont les degrés sont dans notre coeur. La loi montrait le péché sans le guérir, l’eau de la piscine ne guérissait qu’un seul malade quand elle se troublait; ce trouble est l’image de la passion qui nous a guéris par la grâce, et le grâce nous conduira des vertus de cette vie à la vérité unique ou à Dieu, que nous verrons et vers qui nous élèvera l’humilité.

 

1. Le titre du psaume est « Pour les pressoirs 1 ». Et néanmoins, autant que votre charité a pu le remarquer avec nous, car je vous voyais écouter avec la plus vive attention, il n’est question dans le texte, ni de presse, ni de corbeille, ni de cuve, ni des instruments, ni même de la construction d’un pressoir; nous n’y avons rien vu de tout cela. Aussi n’est-il point aisé de voir ce que signifie ce titre : « Pour les pressoirs ». Mais assurément, si après un titre semblable, il était question de tout ce que nous venons d’énumérer, les hommes charnels s’imagineraient qu’il s’agit de pressoirs visibles : or, comme après ce titre : « Pour les pressoirs », il n’est plus question dans aucun verset de tout ce que nos yeux découvrent dans un pressoir, il n’est plus douteux que l’Esprit de Dieu ne nous invite à chercher et à comprendre d’autres pressoirs. Rappelons donc à notre mémoire ce qui se fait visiblement dans les pressoirs, afin d’en voir la réalisation dans l’Eglise d’une manière spirituelle. La grappe de raisin pend à la vigne, et l’olive à l’olivier, car c’est à ces deux fruits qu’est réservé le pressoir et pendant que ces fruits sont à l’arbre, ils jouissent d’un certain air libre; et avant le pressoir le raisin n’est pas du vin, l’olive n’est pas de l’huile. Ainsi en est-il des hommes, que Dieu avant tous les siècles a prédestinés à devenir

1. Ps. LXXXIII, 1.

 

conformes à l’image de son Fils unique 1, de cette grappe d’une admirable beauté foulée sous le pressoir de la passion. Ces hommes donc, avant d’entrer au service de Dieu, jouissent en cette vie comme d’une délicieuse liberté, ainsi que les raisins ou les olives suspendus aux branches. Mais comme il est dit . « Mon fils, lorsque vous entrerez au service de Dieu, demeurez ferme dans la justice et dans la crainte; et préparez votre âme à la tentation 2 » : tout homme qui se consacre au service de Dieu doit savoir qu’il arrive au dressoir; il sera foulé, pressé, broyé ; non pour périr en cette vie, mais pour coulerdans les urnes du Seigneur. Il est dépouillé de ces enveloppes des charnelles convoitises, comme le vin est séparé du marc: alors s’accomplit en lui à l’égard des terrestres désirs cette recommandation de l’Apôtre: « Dépouillez-vous du vieil homme, et revêtez-vous de l’homme nouveau 3». Mais cela ne s’accomplit totalement que dans le pressoir. Aussi donne-t-on le nom de pressoir à l’Eglise de Dieu sur la terre.

2. Mais qui sommes-nous dans ces pressoirs? Les fils de Coré. Car le Prophète ajoute : « Pour les pressoirs, aux fils de Coré ». Les fils de Coré se traduisent par les fils du chauve, autant que peuvent nous le dire ceux qui sont habiles dans cette langue, et qui ont voulu consacrer à Dieu leur

 

1. Rom. VIII, 29. — 2. Eccli. II, 1. — 3. Coloss. III, 9, 10.

 

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ministère qui d’ailleurs lui était dû : et je ne veux point échapper à la tâche de chercher avec vous et, avec le secours de Dieu, de trouver ici un grand mystère. Gardons-nous de railler tout homme chauve, avec les fils de pestilence; de peur qu’en raillant un certain chauve offert à notre respect, nous ne devenions la proie du démon. Elisée voyageait, et des enfants imprudents crièrent derrière lui : « Chauve, chauve » : et lui, pour nous donner un symbole de l’avenir, se tourna vers le Seigneur, et demanda que des ours sortissent de la forêt voisine pour les dévorer 1. Tout jeunes qu’ils étaient, ils perdirent la vie du temps; ils moururent dans l’enfance, eux qui seraient morts dans la vieillesse; et leur trépas devint pour les hommes un symbole effrayant. Car alors Elisée figurait celui dont nous sommes les enfants, nous, fils de Coré, ou de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Votre charité doit voir dans l’Evangile pourquoi un homme chauve figurait le Christ, et se rappeler qu’il fut crucifié au Calvaire 2. Soit donc que cette expression « aux fils de Coré », ait cette signification que nous lui avons donnée d’après les anciens; soit qu’elle en ait une autre qui nous échappe : voyez au moins dans ce qui se présente maintenant un rapport plein de mystères. Les fils de Coré sont les fils du Christ. Car l’Epoux nous appelle ses enfants, quand il dit: « Les fils de l’Epoux ne peuvent jeûner, quand l’Epoux est avec eux 3». Ces pressoirs donc, sont les pressoirs des chrétiens.

3. Or, Dieu nous met sous le pressoir et nous foule, afin que cet amour qui nous porte vers les biens du monde, biens terrestres, fugitifs et périssables, ait à souffrir dans ces mêmes biens, au milieu des misères qui nous accablent et des tribulations sans nombre, et afin que nous commencions à chercher ce repos, qui n’est ni en cette vie, ni en cette terre. Alors, comme il est écrit, le Seigneur devient le refuge du pauvre 4». Qu’est-ce à dire « le pauvre? » Celui qui est dénué de tout secours, sans appui, sans-assistance , sans rien qui soutienne ses présomptions. C’est à ces pauvres que Dieu vient en aide. Quelles que soient en effet leurs richesses ici-bas , ces hommes s’inclinent devant cette parole de l’Apôtre : « Ordonnez

 

1. IV Rois, II, 23, 24. — 2. Matth. XXVII, 33. — 3. Id. XXVII, 15.— 4. Ps. IX, 10.

 

aux riches de ce monde de n’être « point orgueilleux, et de ne pas mettre leur confiance en des biens sans consistance 1». Puis considérant combien est incertain ce qui leur causait de la joie, avant qu’ils entrassent au service de Dieu, c’est-à-dire avant qu’ils fussent sous les pressoirs, ils comprennent ou que ces richesses leur sont une cause de tourments, pour les gouverner avec prudence, pour les garder avec sûreté, ou s’ils ont eu pour elles quelque inclination, ils y ont trouvé plus de crainte que de vraie joie. Quoi de plus incertain qu’un bien avec cette inconstance? Ce n’est point sans raison que l’on a donné à la monnaie une forme arrondie, parce qu’elle n’est point stable. Ces hommes, quels que soient leurs biens, sont néanmoins pauvres. Ceux qui ne possèdent rien, mais qui désirent posséder, sont au nombre des riches que Dieu doit condamner. Car Dieu n’envisage point la possession, mais la volonté. Que ces pauvres donc, privés de tout bien terrestre, et qui en comprendraient l’instabilité, s’ils les possédaient, qui gémis. sent devant Dieu, qui n’ont rien ici-bas qui leur plaise et les attache, qui sont dans les peines et dans les épreuves comme sous un pressoir, qu’ils fassent couler une huile pure, un vin généreux. Quel est ce vin et cette huile, sinon les saints désirs? Dans leur détachement de la terre, ils n’ont plus rien à désirer que Dieu. Car ils aiment celui qui a fait le ciel et la terre. Ils l’aiment sans être encore avec lui. Dieu se refuse à leur désir, afin de l’accroître; et il s’accroît afin de pouvoir enfin posséder Dieu. Ce qui doit combler ce désir n’est pas un bien médiocre, et on doit être exercé pour s’élever à la hauteur d’un si grand bien. Ce que Dieu doit donner, n’est point une de ses créatures, mais lui-même qui a tout créé. Exerce-toi, ô chrétien, à posséder Dieu; désire longtemps ce que tu dois avoir toujours. Dieu condamna ceux des Israélites qui se hâtaient trop : partout l’Ecriture condamne la précipitation de ceux qui ne savent attendre. Quels sont, en effet, ces impatients? Ceux qui s’étant tournés vers Dieu, parce qu’ils ne trouvaient ici. bas ni le repos qu’ils cherchaient, ni les joies qu’ils se promettaient, manquent de courage au milieu du chemin, regardent comme trop long ce qu’il leur reste à vivre ici-bas, et

 

1. I Tim. VI, 17.

 

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cherchent en cette vie un repos trompeur même quand on l’obtient. Ils tournent la tête en arrière, ils quittent leurs résolutions sant considérer cette parole effrayante : « Souvenez-vous de l’épouse de Loth 1 ». Pourquoi est-elle devenue une statue de sel 2, sinon afin d’être le condiment des hommes, et de les amener à la sagesse? Son exemple pernicieux te deviendra salutaire, si tu évites sa faute. Souvenez-vous, est-il dit, de la femme de Loth. Elle regarda en arrière cette Sodome dont elle était délivrée, elle demeura à l’endroit où elle avait tourné la tête; elle doit y demeurer afin de servir de leçon à tous ceux qui passeront en ces lieux. Donc une fois délivrée de cette Sodome, de notre vie passée, ne regardons plus en arrière. Car, se hâter, c’est ne point regarder les promesses de Dieu qui nous paraissent éloignées, c’est envisager ce qui est proche, et dont nous avons été délivrés. Qu’a dit saint Pierre à propos de ces hommes? « Il leur est arrivé ce qu’a dit un proverbe très-véritable : Le chien retourne à son vomissement 3 ». Ta conscience était sous le poids de ses crimes, 1e pardon te les a en quelque sorte fait vomir, et a ainsi soulagé ta poitrine; une mauvaise conscience est devenue une bonne conscience; pourquoi retourner à ton vomissement? Si tu as en horreur le chien qui agit de la sorte, que seras-tu devant Dieu?

4. Chacun de nous retourne en arrière, mes frères bien-aimés, retourne en arrière, quand il abandonne l’endroit de la route où il s’était avancé, selon sa promesse au Seigneur. Tel, par exemple, a fait voeu de garder la chasteté conjugale, car tel est le premier pas de la vie pieuse; il a renoncé à la fornication et aux criminelles impuretés; mais pour lui, retourner à la fornication, c’est regarder en arrière. Un autre, inspiré par Dieu, a fait un voeu plus généreux encore, il a renoncé au mariage; il pouvait se marier sans se perdre, mais il se perd s’il se marie contre son voeu; il fait ce que font d’autres qui n’ont émis aucun voeu, et cependant il se damne, tandis que les autres ne se damnent point. Pourquoi, sinon parce qu’il a regardé en arrière? Il était en avant de beaucoup, et les autres étaient loin de l’atteindre. Ainsi une vierge, qui eût pu se marier sans péché 4, devient

 

1. Luc, XVII, 32. — 2. Gen. XIX, 26. — 3. II Pierre, II, 22. — 4. I Cor. VII, 28.

 

adultère du Christ, si elle se marie après lui avoir été consacrée. Car du lieu où cite était parvenue, elle a regardé en arrière. Il en est ainsi de tous ceux qui ont voulu renoncer àtoute espérance du siècle, à foute action terrestre, pour entrer dans la compagnie des saints, y vivre en commun, de manière à n’avoir plus rien en propre, où tous les biens sont communs à tous, où tous n’ont plus en Dieu qu’un seul coeur et qu’une seule âme 1; quiconque renonce à cette vie, n’est pins au niveau de celui qui ne l’avait pas embrassée. Celui-ci n’y était pas entré, celui-là regarde en arrière. Donc, mes frères, autant qu’il vous est possible, faites des voeux au Seigneur, et accomplissez-les, chacun selon votre pouvoir 2; que nul ne regarde en arrière, ne trouve sa joie dans sa vie passée, ne se détourne de ce qui est en avant, pour retourner à ce qu’il a quitté. Qu’il hâte sa course jusqu’à ce qu’il soit arrivé; ce ne sont point nos pieds qui se hâtent, mais l’ardeur de nos désirs. Que nul, tant qu’il est en cette vie, ne dise qu’il est arrivé. Qui peut se flatter d’être aussi parfait que saint Paul? Et pourtant il a dit « Mes frères, je ne pense pas encore être arrivé au but; tout ce que je sais, c’est que, oubliant tout ce qui est derrière moi, je m’avance vers ce qui est avant moi, pour atteindre le but et la palme à laquelle Dieu m’a appelé d’en haut, en Jésus-Christ 3 ». Voilà Paul qui court encore, et toi, tu te croirais arrivé?

5. Si donc au sein même de ta félicité, tu ressens les afflictions de cette vie, tu comprends que tu es sous les pressoirs. Pensez-vous en effet, mes frères, n’avoir à craindre que le malheur en ce monde, et non point la félicité? Au contraire, le malheur ne peut abattre celui que la félicité n’a pu corrompre. Comment donc éviter et craindre suffisamment cette prospérité corruptrice, pour te dérober aux séductions de ses attraits? C’est en ne t’appuyant pas sur ce bâton qui n’est qu’un roseau; car l’Ecriture nous dit que plusieurs prennent un roseau pour appui. N’y mets point ta confiance 4, cet appui est fragile, il se brise et te donne la mort. Si donc le monde a pour toi des félicités souriantes, songe que tu es -sous le pressoir, et dis : « J’ai rencontré la tribulation et la douleur,

 

1. Act. II, 44 ; IV, 32.— 3. Ps. LXXV, 12.— 4. Philipp. III, 13, 14.— 5. IV Rois, XVIII, 21.

 

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et j’ai invoqué le nom du Seigneur 1». Le Prophète ne dit point: « J’ai rencontré la tribulation », sans avoir éprouvé quelque malheur secret. Car il est en cette vie une certaine tribulation qui atteint ceux qui se croient heureux, alors qu’ils sont loin de Dieu. « Tant que nous sommes en ce corps, nous habitons hors du Seigneur 2 », dit saint Paul. Tu serais malheureux d’être séparé de ton père, et il n’est qu’un homme; et loin de Dieu tu peux être heureux? Il en est donc qui se croient heureux ici-bas. Mais ceux qui comprennent que, même au sein des voluptés et des richesses, quelque grandes qu’elles soient, bien que tout réponde à nos désirs, bien qu’on ne rencontre rien de fâcheux, qu’on n’ait rien d’affligeant à redouter, on n’en est pas moins dans la misère, dès qu’on est loin de Dieu, ont l’oeil assez clairvoyant pour découvrir la douleur et la tribulation, et pour en appeler au nom du Seigneur. Tel est celui qui chante dans notre psaume. Quel est-il? C’est le corps du Christ. Quel est cet homme? Vous, si vous le voulez; nous tous, si nous le voulons; nous, les fils de Coré, qui ne formons qu’un seul homme, puisqu’il n’y a qu’un seul corps du Christ. Comment ne serait-il point un seul homme, celui qui n’a qu’une seule tête? Or, Jésus-Christ est notre chef à tous, et nous formons tons le corps de ce chef divin; et tous en cette vie nous sommes sous les pressoirs. Oui, nous y sommes , à juger sainement des choses. Donc sous le pressoir de la tentation, élevons nos voix avec le Prophète, portons nos désirs jusqu’au ciel. « Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur Dieu des armées 3. » Le Psalmiste était alors dans un certain tabernacle, ou sous le pressoir, mais il soupirait après ces autres tabernacles, d’où toute pression est bannie. Des tabernacles de la terre, il soupirait après ceux du ciel, et voulait en quelque sorte y arriver par le canal de ses désirs.

6. Que dit ensuite le Prophète? « Mon âme aspire au parvis du Seigneur, elle a défailli  de désir 4 ». C’est peu des langueurs de son âme, peu de ses défaillances; où vient-elle à défaillir? « Dans les parvis du Seigneur ». Le raisin disparaît quand on le presse ; mais, où a-t-il disparu? C’est un vin qui a coulé dans la cuve, dans le repos du cellier, pour

 

1. Ps. CXIV, 3, 4. — 2. II Cor. V, 6. — 3. Ps. LXXXIII, 2.— 4. Id, 3.

 

être gardé dans une paix profonde. Ici le désir, au ciel la jouissance; ici les aspirations, au ciel la joie; ici la prière , au ciel la louange; ici les gémissements, au ciel l’allégresse. Que nul ne regarde mes paroles comme trop dures, que nul ne refuse de souffrir. Craignons que le raisin qui redoute le pressoir ne devienne la proie des bêtes ou des oiseaux. Une grande tristesse apparaît dans ces paroles du Prophète: « Mon âme aspire aux parvis du Seigneur, elle a défailli de désir » ; car il n’a point ce qu’il désire si vivement. Mais est-il donc sans aucune joie? Quelle joie? cette joie dont l’Apôtre a dit: « Réjouissons-nous dans l’espérance ». Ici-bas c’est l’espérance, dans le ciel ce sera la joie de la réalité. Mais comme ceux qui ont la joie de l’espérance sont assurés de la réalité, ils endurent dans le pressoir tous les tourments. Aussi l’Apôtre, après avoir dit : « Réjouissez-vous dans l’espérance », a-t-il ajouté aussitôt : « Soyez patients dans la tribulation »; et après la patience dans la tribulation, que dit-il encore? « Persévérez dans la prière ». Pourquoi « persévérer?» Parce que vous souffrez du retard. Vous priez, et Dieu tarde à vous exaucer, souffrez ces retards. Trouvons bon que Dieu diffère, car une fois que nous aurons notre récompense, nul ne nous l’ôtera.

7. Tu l’as entendu gémir sur le pressoir: « Mon âme aspire au parvis du Seigneur, elle  a défailli » : vois, maintenant, cette joie de l’espérance qui le soutient : « Mon coeur et ma chair ont tressailli vers le Dieu vivant». Ici-bas ils ont tressailli pour le ciel. D’où vient cette allégresse, sinon de l’espérance? Pour qui tressaillir ? « Pour le Dieu vivant ». Qu’est-ce qui tressaille en vous, ô Prophète? « Mon coeur et ma chair ». Pourquoi ce tressaillement? c’est que « le passereau a trouvé « une demeure pour lui, comme la tourterelle « un nid, où elle placera ses petits 2 ». Qu’est-ce à dire? Deux objets tressaillent, selon lui, et dans la comparaison il montre encore deux oiseaux; c’est son coeur qui tressaille ainsi que sa chair, double objet qu’il nous ramène dans le passereau et dans la tourterelle; le passereau serait l’image de son coeur, et la tourterelle de sa chair. Le passereau a trouvé une demeure pour lui, mon coeur a trouvé un abri. Il exerce ici-bas ses ailes, dans les vertus

 

1. Rom. XII, 12. — 2. Ps. LXXXIII, 4.

 

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de cette vie, dans la foi, dans l’espérance et dans la charité, pour s’élever ensuite dans sa maison; et quand il y sera arrivé, il y demeurera, et alors il n’aura plus cette voix plaintive qu’il a sur la terre. Car il se plaint, ce passereau dont le Prophète a dit ailleurs : «Comme le passereau solitaire sur un toit 1 ». Du toit il vole vers son asile; qu’il soit sur le toit, qu’il foule aux pieds cette maison charnelle, il aura dans le ciel une maison pour l’éternité ; et alors finiront ses plaintes. La tourterelle, selon le Prophète, a des petits, c’est-à-dire une chair. « La tourterelle a trouvé un nid pour y mettre ses petits». Au passereau une demeure, à la tourterelle un nid, et un nid où elle déposera ses petits. Dans une maison on demeure toujours; dans un nid, pendant un temps. Notre coeur s’élève à Dieu par la pensée, comme le passereau qui vole vers sa demeure de notre chair viennent les bonnes oeuvres. Voyez, en effet, pour quelle part entre la chair dans les bonnes oeuvres des saints. C’est par elle que nous accomplissons les oeuvres qui nous sont prescrites, et soulagent en cette vie : « Partage ton pain avec celui qui a faim, reçois sous ton toit le pauvre sans asile, et si tu vois un homme nu, couvre-le 2 » : ainsi des autres préceptes que nous n’accomplissons qu’au moyen du corps. Ce passereau, dès lors, qui songe à sa demeure, se tient uni à la tourterelle qui se cherche un nid où elle placera ses petits; car elle ne les place pas d’une manière indifférente, mais elle cherche un nid pour les placer. Mes frères, vous comprenez mes paroles: combien en est-il hors de l’Eglise qui paraissent faire de bonnes oeuvres: combien parmi les païens nourrissent l’affamé, revêtent celui qui est nu, reçoivent l’étranger, visitent le malade, consolent le prisonnier? Combien font toutes ces oeuvres? C’est la tourterelle qui devient mère, mais qui ne trouve point de nid pour ses petits. Combien d’hérétiques qui font de bonnes oeuvres en dehors de l’Eglise, n’ont point de nid pour leur couvée? Ils seront écrasés, foulés aux pieds; on n’en prendra aucun soin, ils périront. C’est de cette chair qui produit, que saint Paul a dit en figure : «Adam ne fut point séduit, mais la femme fut séduite 3 ». Adam accéda aux désirs de la femme qu’avait séduite le serpent 4. Et maintenant une pensée déréglée ne saurait tout

 

1. Ps. CI, 8.— 2. Isa. LVIII, 7.— 3. I Tim. II, 14.— 4. Gen. III, 6.

 

d’abord que stimuler vos désirs; que votre âme y consente, et le passereau tombe: mais si vous surmontez les désirs de la chair, vos membres sont astreints aux bonnes oeuvres, et la concupiscence est désarmée; et la tourterelle voit éclore ses petits. Aussi que dit l’Apôtre au même endroit? « Elle sera sauvée par les enfants qu’elle mettra au monde 1». Une veuve sans enfants ne serait-elle point plus heureuse de persévérer dans cet état 2? ne serait-elle pas sauvée parce qu’elle n’aurait point eu d’enfants? Une vierge, consacrée à Dieu, n’est-elle point plus parfaite? ne sera-t-elle point sauvée parce qu’elle n’aura point eu d’enfants? n’est-elle point le partage du Seigneur? Ainsi donc une femme, qui est ici la figure de la chair, sera sauvée par les enfants qu’elle mettra au monde, c’est-à-dire par ses bonnes oeuvres. Mais que la tourterelle ne choisisse pas indifféremment le nid où elle déposera ses petits ; qu’elle n’enfante ses bonnes oeuvres que dans la véritable foi, que dans la foi catholique, dans la société, dans l’unité de l’Eglise. Aussi l’Apôtre, après avoir dit : « Elle sera sauvée par les fils qu’elle mettra au monde », a-t-il ajouté : « Si elle demeure dans la foi, dans la charité, dans la sainteté, et dans une vie de tempérance 3». Si donc tu demeures dans la foi, cette foi sera le nid où reposeront tes petits. Dieu même, pour s’accommoder à la faiblesse des petits de votre tourterelle, a daigné vous préparer un endroit pour votre nid : il s’est. revêtu de votre chair, qui est une herbe, afin de venir à vous. C’est dans cette croyance qu’il faut mettre vos petits, dans ce nid qu’il faut faire vos bonnes oeuvres. Quels sont ces, nids, ou plutôt quel est ce nid? Le Prophète répond : « Vos autels, ô Dieu des vertus ». Et après avoir dit: « La tourterelle a trouvé un nid où elle déposera ses petits » ; comme si tu demandais: Quel nid? « Vos autels », dit le Prophète, «vos autels, ô Dieu des vertus, ô mon Dieu, ô mon Roi ». Qu’est-ce à dire, « ô mon Roi, ô mon Dieu? » Vous qui me gouvernez, qui m’avez créé.

8. Mais c’est ici-bas qu’est le nid, ici-bas le pèlerinage, ici-bas les soupirs, ici-bas l’accablement, ici-bas l’affliction, parce que ici-bas c’est le pressoir. Que veut donc la tourterelle? Où tendent ses affections ? Où veut-elle porter nos désirs ? élever nos voeux? Voilà ce

 

1. I Tim. II, 15. — 2. I Cor. VII, 40. — 3. I Tim. II, 15.

 

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que médite ici-bas le Prophète, au milieu des tentations, au milieu des maux qui l’accablent; et se trouvant comme sous le pressoir, il soupire après les promesses éternelles, il médite les joies du ciel, et s’entretient de ce qu’il y fera un jour. « Bienheureux », dit-il, « ceux qui habitent dans votre maison 1». D’où leur viendra ce bonheur? que feront-ils ? que posséderont-ils ? Tous ceux que l’on appelle heureux sur la terre font quelque chose, possèdent quelque chose. Bienheureux cet homme qui a tant de domaines, tant de serviteurs, tant d’or et tant d’argent; on l’appelle heureux à cause de ses possessions. Cet autre est heureux aussi, il a obtenu tels honneurs, il est proconsul, préfet; on le dit heureux à cause de ses emplois. C’est donc l’emploi, c’est la richesse qui nous fait paraître heureux. Mais dans le ciel, d’où viendra notre bonheur ? Que posséderons-nous ? Que ferons-nous? Ce que nous posséderons, je l’ai dit, tout à l’heure : « Bienheureux ceux qui habitent votre maison». Tu n’es point riche, si tu n’as que ta maison, mais c’est être riche que posséder la maison de Dieu. Dans ta maison, lite faut craindre les voleurs, le mur de la maison de Dieu, est Dieu lui-même. « Bienheureux ceux qui habitent dans votre maison ». Ils possèdent la Jérusalem céleste sans angoisse, sans chagrin, sans division et sans partage tous la possèdent et chacun la possède en totalité. Immenses richesses que celles du ciel ! Le frère n’y resserre point son frère, nul n’y souffre l’indigence. Que ferons-nous donc dans ce palais? Car c’est la nécessité qui est la mère de toutes nos actions. Je vous l’ai déjà dit en un mot, mes frères : examinez toutes nos actions et voyez si ce n’est la nécessité qui en est le principe. Voyez ces arts si nobles qui sont pour nous d’un grand secours, l’éloquence du barreau, la science de la médecine, ils s’exercent ici-bas par des actes excellents; mais qu’il n’y ait plus de procès, et de quoi serviront les avocats? qu’il n’y ait ni blessure, ni maladie, à quoi bon le médecin? Tous les actes qui sont nécessaires, et qui se font dans la vie quotidienne, ont aussi pour principe la nécessité. Labourer, semer, défricher, naviguer, quelle est la cause de ces travaux, sinon la nécessité? Que l’homme n’ait jdus faim, n’ait plus soif, ne soit pas nu, à quoi bon tout

 

1. Ps. LXXXIII, 5.

 

cela? Cette vérité s’étend même aux actions de charité que l’on nous commande; car jusqu’ici je n’ai parlé que des occupations honnêtes, communes à tous les hommes, et non de ces oeuvres criminelles, oeuvres détestables, comme les homicides, les adultères, les larcins et ces crimes énormes que je ne comprends point dans les actions des hommes: je me borne donc aux actes honnêtes, qui n’ont de principe que la nécessité, cette nécessité qui nous vient de la faiblesse de la chair. Ces oeuvres même de charité qui nous sont commandées, supposent la nécessité: « Donne du pain à celui qui a faim»; à qui en donneras-tu, si nul n’a besoin? «Reçois dans ta maison celui qui est sans asile 1 » ; quel étranger recevras-tu, si tous sont heureux dans leur patrie? Quel malade pourras-tu visiter, si chacun jouit d’une santé inaltérable? Quelle querelle devras-tu apaiser dans une paix profonde? Quel mort à ensevelir quand la vie est sans fin ? Tu n’auras donc plus à faire dans le ciel, ni ces oeuvres honnêtes communes à tous les hommes, ni ces oeuvres dc charité : les petits de la tourterelle auront déjà volé hors de leur nid. Que feras-tu donc? Tu nous a déjà fait voir ce que nous posséderons: « Bienheureux ceux qui habitent dans « votre maison u - Dis-nous donc, ô Prophète, nos occupations, car il n’y a dans le ciel aucune nécessité pour nous faire agir. Maintenant même, c’est la nécessité qui me force à parler, à instruire. Faudra-t-il encore dans le ciel cette instruction qui instruise les ignorants, ou qui stimule les mémoires oublieuses ? Lira-t-on l’Evangile dans cette patrie où nous contemplerons le Verbe de Dieu? Après nous avoir dit par ses soupirs et ses gémissements en notre nom, ce que nous posséderons dans cette patrie après laquelle nous soupirons : « Bienheureux ceux qui habitent dans a votre maison ; que le Prophète nous dise aussi ce que nous devons y faire. Ils vous béniront dans les siècles des siècles ». Telle sera donc notre occupation, un alléluia sans fin. Gardez-vous de croire, mes frères, qu’il y aura là quelque dégoût pour vous : mainte. nant ce chant de joie vous fatigue, pour peu que vous le prolongiez, et la nécessité vous force de l’interrompre. Et comme ce que l’on ne voit pas est moins touchant, si néanmoins, sous le pressoir, et dans la fragilité de la chair,

 

1. Isa. LVIII, 7.

 

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nous bénissons avec tant d’allégresse ce que nous montre la foi, que sera-ce quand nous verrons à découvert? Quand la mort sera absorbée dans sa victoire, quand notre corps mortel sera revêtu d’immortalité, et ce qui est corruptible devenu incorruptible 1, nul ne dira: J’ai été debout longtemps, non plus que: J’ai jeûné longtemps, veillé longtemps. C’est là que règne la stabilité parfaite, et que notre corps, devenu immortel, sera absorbé dans la contemplation de Dieu. Et si pour nous écouter, cette chair si fragile se tient debout si longtemps, quels effets ne produira point sur nous la joie du ciel ? Quel changement n’opérera-t-elle pas? Nous serons semblables à Dieu, parce que nous le verrons tel qu’il est 2. Une fois semblables à Dieu, pourrions-nous éprouver la défaillance, ou nous détourner de lui? Soyons sans crainte, mes frères, nous n’éprouverons aucune lassitude à louer Dieu, à aimer Dieu. Nous cesserions de le louer, si nous cessions de l’aimer; mais si l’amour doit être éternel en nous, puisqu’on ne pourra se rassasier de contempler cette beauté, ne crains point alors de ne pouvoir toujours bénir celui que tu pourras toujours aimer. « Bienheureux donc ceux qui habitent votre maison, ils vous béniront dans les siècles des siècles ». Puissions-nous soupirer après cette vie!

9. Mais comment y arriver? « Bienheureux l’homme dont vous prenez la tutelle, ô mon Dieu 3 !» Le Prophète a compris qu’en cette vie la fragilité de notre chair nous empêche de voler au séjour du bonheur; il a considéré ce qui nous pèse; car « le corps qui est  corruptible appesantit l’âme», est-il dit ailleurs, « et cette demeure terrestre ralentit l’esprit malgré la vivacité de ses pensées 4». L’esprit tend à s’élever, et la chair, à cause de son poids, à s’abaisser : ces deux mouvements établissent une lutte; et ce combat est une peine du pressoir. Ecoute l’Apôtre nous peindre cette pression qui vient de la lutte; car, lui aussi, en sentait le poids, en sentait l’oppression : « Selon l’homme intérieur, je trouve des charmes dans la loi de Dieu; mais je sens dans mes membres une autre loi, qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me tient captif sous la loi du péché, qui est dans mes membres ». Combat douloureux, mes frères, et quelle espérance d’en

 

1. I Cor. XV, 53, 54.— 2. I Jean, III, 2.— 3. Ps. LXXXIII, 6.— 4. Sag. IX, 15.

 

sortir, sans le secours dont il nous parle ensuite : « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort? La grâce de Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ 1 ». Voici donc les joies qu’a vues notre interlocuteur, qu’il a méditées dans son esprit : « Bienheureux ceux qui habitent votre maison, ils vous béniront dans les siècles des siècles ». Mais qui pourra s’y élever? que deviendra ce poids de la chair? « Bienheureux ceux qui habitent votre maison, ils vous béniront dans les siècles des siècles. En moi l’homme intérieur trouve des charmes dans la loi de Dieu ». Mais que faire? Comment prendre mon vol? Comment parvenir à ces hauteurs? « Je sens dans mes membres une loi qui est contraire à celle de l’esprit ». Il déplore son malheur, et il s’écrie : « Qui me délivrera du corps de cette mort », afin que j’habite la maison du Seigneur, pour le bénir dans les siècles des siècles? « Qui me délivrera? La grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur ». Ainsi d’une part, l’Apôtre ne trouve de remède à cet embarras, à cette lutte en quelque sorte inextricable que dans « la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur»; d’autre part, le Prophète, soupirant après la maison de Dieu dans l’ardeur de ses désirs, mais considérant et le poids de sa chair, et l’embarras du corps, semble se laisser abattre, puis reprenant l’espérance, il s’écrie : « Bienheureux l’homme dont vous prenez la tutelle, ô mon Dieu ».

10. Mais quelle est l’action de Dieu dans celui qu’il entreprend de sauver par cette grâce? Le Prophète nous l’explique en disant: « L’ascension est dans son coeur», Dieu lui fait des degrés pour monter, Où lui fait-il ces degrés? Dans le coeur. Donc, plus vif sera votre amour, plus haute sera votre ascension. « C’est dans le cœur », dit-il, « que l’ascension est disposée ». Par qui? Par celui qui le prend sous sa tutelle. « Bienheureux, Seigneur, celui dont vous êtes le protecteur ». Il ne peut rien de lui-même, il a besoin du secours de votre grâce. Et que lui fait cette grâce? Elle dispose des degrés dans son coeur. Où prépare-t-elle ces degrés? « Dans son coeur, dans la vallée des larmes ». Notre pressoir est donc la vallée des larmes; et les pieuses larmes de l’affliction sont le vin nouveau de ceux qui aiment Dieu. « Il a disposé

 

1. Rom, VII, 22-25.

 

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des degrés dans son coeur 1 ». Où les a-t-il disposés? « Dans la vallée des larmes ». Oui, c’est dans cette vallée des larmes que sont les degrés de l’ascension. Car pleurer, c’est semer. « Ils allaient », dit le Prophète, « et pleuraient en répandant leur semence sur la terre 2 ». Que Dieu, par sa grâce, dispose des degrés dans ton coeur. Elève-toi par l’amour; de là ce cantique des degrés. Où Dieu a-t-il disposé pour toi ces degrés? « Dans ton coeur, dans la vallée des larmes ». Ainsi donc, selon le Prophète, où Dieu a-t-il disposé? pour quel endroit? Qu’a-t-il disposé? « Des degrés ». Où? Intérieurement « dans le coeur ». Dans quelle contrée, dans quelle demeure? « Dans la vallée des larmes ». Pour s’élever où? « Au lieu que Dieu a marqué . » Qu’est-ce à dire, mes frères, « le lieu que Dieu a marqué? » Quel nom aurait donné le Prophète, s’il eût pu donner un nom? « Des degrés», vous est-il dit, « sont disposés dans votre coeur, dans la vallée des larmes ». Pour m’élever où? me direz-vous. Que va répondre le Prophète? « Que l’oeil ne l’a point vu, que l’oreille ne l’a point entendu, que le désir en s’en est pas élevé au coeur de l’homme 3 ». C’est une colline, une montagne, une terre, un pré; car ce lieu a reçu tous ces noms. Mais ce qu’il est en lui-même, et non en comparaison , qui nous le dira? car nous ne voyons maintenant qu’en énigme, et comme par un miroir, ce qu’est ce lieu, mais alors nous le verrons face à face 4. Cessez donc de me demander où est ce « lieu qu’il a désigné ». Il sait où il veut te conduire, celui qui a disposé des degrés dans ton coeur. Pourquoi ne monter qu’avec la crainte d’être égaré par ton guide? Le voilà qui a, disposé, dans la vallée des pleurs, des degrés pour arriver « au lieu qu’il nous destine ». Nous pleurons aujourd’hui. En quel endroit? En cet endroit où sont les degrés de notre ascension. Quel est le sujet de nos pleurs, sinon celui qui faisait gémir l’Apôtre, parce qu’il sentait dans ses membres une loi contraire à la loi de l’esprit 5 ? D’où cette contradiction? C’est le châtiment du péché. Avant d’avoir reçu la loi, nous nous imaginions qu’il nous serait facile d’être justes par nos propres forces; mais quand la loi est survenue, le pêche a repris sa vigueur, et moi je suis mort

 

1. Ps. LXXXIII, 7.— 2. Id. CXXV, 6.— 3. I Cor. II, 9.— 4. Id. XIII, 12. — 5. Rom. VII, 23.

 

Ainsi dit l’Apôtre. La loi a été donnée aux hommes, non plus pour les sauver, mais seulement pour leur faire comprendre combien grave était leur maladie. Ecoute une seconde fois l’Apôtre : « Si Dieu nous eût donné une loi qui pût nous donner la vie, la justice nous viendrait de cette loi; mais 1’Ecriture a tout renfermé sous le péché, afin que pour ceux qui croiront, la promesse fût accomplie par la foi en Jésus-Christ 1 » ; et qu’après la loi vînt la grâce qui trouvât l’homme non-seulement abattu, mais avouant sa misère en s’écriant : « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de cette mort? » et que le médecin descendît à propos dans cette vallée des pleurs, et pût dire à son malade Tu connais enfin ta chute, écoute-moi, afin de te relever, ô toi qui n’es tombé qu’à cause de ton mépris pour moi. La loi donc a été donnée afin de convaincre de maladie ce malade qui se croyait en santé; afin de mettre le péché en évidence, et non afin de l’effacer. Mais le péché étant mis en évidence par la loi écrite, a été ainsi augmenté; parce qu’il était péché, et parce qu’il était contre la loi. « Or, à l’occasion du commandement, le péché a produit en moi toutes sortes de convoitises 2 ». Qu’est-ce à dire que le péché a saisi « l’occasion du commandement? » Que les hommes ont essayé d’accomplir ce commandement par leurs propres forces; qu’ils ont été vaincus par leurs convoitises, et qu’ils sont devenus coupables de la violation de cette loi. Mais que dit encore l’Apôtre: « Où le péché a’abondé, a surabondé la grâce 3 », c’est-à-dire que la maladie s’est accrue et a fait ressortir l’efficacité du remède. Aussi, mes frères, ces cinq galeries de Salomon, au milieu desquelles se trouvait une piscine, pouvaient-elles guérir les malades? Et pourtant nous lisons dans l’Evangile que « deux malades gisaient sous ces cinq portiques 4». Or, ces galeries figuraient la loi de Moïse en cinq livres. Les malades ne sortaient de leurs maisons que pour être étendus sous ces galeries. Donc la loi montrait la maladie, mais sans la guérir; la bénédiction de Dieu troublait l’eau comme un ange descendant du ciel. A la vue de l’eau qui se troublait, le premier qui y descendait était seul guéri. Or, cette eau, environnée de cinq galeries, était le peuple Juif enfermé dans la loi. Dieu le

 

1. Galat. III, 21.— 2. Rom. VII, 7, 8.— 3. Id. V, 20.— 4. Jean, V, 3.

 

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troubla par sa présence afin d’être mis à mort. Le Seigneur eût-il été crucifié, s’il n’eût de sa présence troublé le peuple Juif? Cette eau troublée était donc la figure de la passion du Seigneur qu’amena le trouble de la nation juive. C’est en cette passion que le malade n mis sa foi, et il trouve sa guérison en se plongeant dans les eaux troublées. La loi ou les galeries ne le guérissaient point, il est guéri par la grâce, par la foi en la passion de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Un seul étau guéri, parce qu’il n’y a qu’une Eglise. Que dit donc le Prophète? « Il a préparé des degrés dans son coeur, dans la vallée, des larmes, au lieu qu’il a destiné ». C’est là que nous goûterons notre joie.

11. Pourquoi, « dans la vallée des larmes? » Et de quelle vallée des larmes irons-nous à ce séjour de la joie? « Car celui qui a donné la loi, donnera aussi la bénédiction 1 », dit le Prophète. Dieu nous a donné la loi, nous a humiliés par la loi, il nous a montré le pressoir; nous avons passé par l’affliction, subi la tribulation de notre chair, gémi sous l’aiguillon du péché qui se révoltait contre l’esprit, et nous avons crié : «Malheureux homme que je suis 2 ! » Nous avons donc gémi sous la loi : que reste-t-il, sinon que nous recevions aussi la grâce de Celui qui nous a donné la loi? La grâce viendra donc après la loi, telle est la bénédiction. Et quel bien nous a procuré cette grâce, cette bénédiction? « Ils iront de vertus en vertus ». Car Dieu par la grâce fait éclore les vertus. « L’un reçoit du Saint-Esprit le don de parler avec sagesse; l’autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science; un autre le don de la foi; un autre le don de guérir; un autre le don de parler diverses langues; un autre le don de les interpréter; un autre le don de prophétie 3». Combien de vertus, mais nécessaires ici-bas, et vertus qui nous conduisent à la vertu! A quelle vertu ? Au Christ, qui est la vertu de Dieu, la sagesse de Dieu 4. Dieu nous donne ici-bas plusieurs vertus, mais un jour, au lieu de ces vertus qui sont nécessaires dans la vallée des larmes, il nous donnera une seule vertu qui est lui-même. On met en effet au nombre de quatre les vertus nécessaires en cette vie, et nous les retrouvons dans l’Ecriture : la prudence, qui nous fait discerner

 

1. Ps. LXXXIII, 8.—  2. Rom, VII, 4.— 3. I Cor. XII, 8-10.— 4. Id. I, 24.

 

le bien du mal; la justice qui rend à chacun ce qui lui appartient, ne doit rien à personne et a pour tous la charité 1; la tempérance qui nous fait réprimer nos convoitises; le courage à supporter les afflictions. Telles sont les vertus que nous donne la grâce de Dieu dans cette vallée des pleurs, et qui nous font arriver à une autre vertu. Or, quelle sera cette autre vertu, sinon la contemplation de Dieu? Alors il n’y aura plus besoin de prudence, où il n’y aura plus aucun mal à éviter. Mais quelle pensée nous vient, mes frères? Il n’y aura plus besoin de cette justice, parce qu’il n’y aura plus aucune indigence qu’il nous faille secourir; il n’y aura plus de cette tempérance, puisqu’il n’y aura aucune passion à refréner; il n’y aura plus de cette patience, parce qu’il n’y aura point d’affliction à supporter. De ces vertus qui règlent toute action de la vie, nous nous élèverons à cette vertu de contemplation qui nous mettra en face de Dieu, ainsi qu’il est écrit: « Je me tiendrai devant vous au matin, et je vous contemplerai 2 ». Et pour te montrer que les vertus de cette vie active nous conduiront à la contemplation, le Prophète ajoute : « Ils iront de vertus en vertu ». A quelle vertu? A la vertu de contemplation. Qu’est-ce que contempler? « Le Dieu des g dieux se montrera en Sion». Le Christ des chrétiens. Comment « le Dieu des dieux » est-il le Christ des chrétiens? « J’ai dit : vous êtes des dieux, vous êtes tous les fils du Très-Haut 3 ». Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu 4, ce Dieu en qui nous croyons, cet Epoux incomparable qui a voulu apparaître sans beauté, à cause de nos laideurs. « Car nous l’avons vu », dit le Prophète, « et il n’avait ni grâce ni beauté 5». Or, quand la nature mortelle n’y mettra plus obstacle, il apparaîtra aux coeurs purs, tel qu’il est en Dieu, Verbe en son Père, et Verbe par qui tout a été fait. Bienheureux ceux dont le coeur est pur, parce qu’ils verront Dieu . « Le Dieu des dieux se montrera en Sion ».

12. De la pensée de ces joies, le Prophète revient à ses soupirs. Il considère ce qu’il entrevoit dans son espérance, et où il est en réalité. « le Dieu des dieux apparaîtra en Sion ». Le bénir dans les siècles des siècles,

 

1. Rom. XIII, 8.— 2. Ps. V, 5.— 3. Id. LXXXI, 6.— 4. Jean, I, 12. — 5. Isa. LIII, 2. — 6. Matth. V, 8.

 

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voilà ce qui comblera notre joie. Mais ici-bas nous sommes encore dans le temps des gémissements et des soupirs, et s’il y a quelque joie, ce n’est qu’en espérance, car nous sommes en exil et dans la vallée des larmes. Le Prophète revient donc en ce lieu des gémissements, et s’écrie : « Seigneur, Dieu des vertus, écoutez ma prière; prêtez l’oreille, ô Dieu de Jacob 1 ». C’est vous qui avez changé Jacob en Israël. Il s’appela Israël, ou qui voit Dieu 2, quand le Seigneur lui eut apparu. Ecoutez-moi donc, ô Dieu de Jacob, et changez-moi en Israël 3. Quand serai-je Israël ? Quand le Dieu des dieux apparaîtra en Sion.

13. « O Dieu, notre protecteur, jetez les yeux sur nous ». Ils doivent espérer à l’ombre de vos ailes 4, « car vous êtes notre protecteur, et regardez la face de votre Christ». Quand est-ce que Dieu ne regarde point la face de son Christ? Qu’est-ce à dire : «Voyez la face de votre Christ? » C’est par la face que l’on nous reconnaît, et dès lors: « Regardez la face de votre Christ », faites-nous connaître la face de votre Christ.  « Regardez la face de votre Christ » ; que nous connaissions tous votre Christ, afin que nous puissions aller de vertus en vertu, et que la grâce vienne à surabonder, parce que le péché a abondé 5.

14. « Un jour passé dans vos parvis vaut e mieux que mille autres jours 6 ». C’est vers ces parvis qu’il soupirait, pour eux que son coeur était en défaillance. Mon âme soupire après vos demeures, ô mon Dieu, elle en a défailli. Mieux vaut un jour dans vos demeures que mille autres jours. Les hommes veulent des jours par milliers, ils veulent vivre longtemps ici-bas; qu’ils méprisent des jours nombreux pour n’aspirer qu’au jour unique, sans lever et sans coucher; ce jour unique, jour éternel, qui ne remplace point le jour d’hier, et ne cédera pas au lendemain. Désirons ce jour unique. Qu’avons-nous besoin de jours par milliers? De ces milliers de jours passons au jour unique, comme des vertus à l’unique vertu.

15. « Mieux vaut être le dernier dans la maison du Seigneur, plutôt que d’habiter les tabernacles des pécheurs 7 ». Le Prophète a trouvé la vallée des larmes, il a trouvé l’humilité pour s’élever; il sait qu’il tombera,

 

1. Ps. LXXXIII, 9.— 2. Gen. XXXII, 28.—  3. Ps. LXXXIII, 10.— 4. Id. XXXV, 8.— 5. Rom. V, 20.— 6. Ps. LXXXIII, 11. — 7. Id.

 

s’il prétend s’élever lui-même; que s’il s’humilie, il sera relevé; et il choisit l’abjection afin que Dieu le relève. Combien en est-il qui veulent s’élever en dehors des tentes et des pressoirs du Seigneur, c’est-à-dire de l’Eglise catholique? combien qui aiment les honneurs, et ne veulent point connaître la vérité? S’ils avaient dans le coeur ce verset du Prophète : « J’ai préféré le dernier rang dans la maison de Dieu, plutôt que d’habiter les tentes des méchants »: ne renonceraient-ils point à ces honneurs, pour courir à la vallée des larmes, et y trouver dans leurs coeurs ces degrés qui les feraient monter de vertus en vertu, et mettre leur espérance dans le Christ, plutôt que dans tel ou tel homme? Parole sainte, parole pleine de joie, parole qui doit être toujours la nôtre que celle-ci: « J’ai préféré le dernier rang dans la maison de Dieu, plutôt que d’habiter les tabernacles des pécheurs ». C’est lui qui a choisi le dernier rang dans la maison du Seigneur : mais celui qui l’a invité au festin, lui voyant choisir la dernière place, l’appellera à la première, et lui dira: « Montez plus haut 1». Pour lui il ne se porte par son propre choix que dans la maison du Seigneur, quelque place qu’il occupe, pourvu qu’il ne soit point en dehors.

16. Pourquoi préférer le dernier rang dans la maison du Seigneur plutôt que d’habiter dans les tabernacles des pécheurs? « Parce que Dieu aime la miséricorde et la vérité 2». Le Seigneur aime la miséricorde, dont il m’a prévenu tout d’abord : il aime la vérité de manière à accomplir sa promesse envers celui qui croit. Ecoute cette miséricorde et cette vérité dans l’apôtre saint Paul, d’abord Saul et persécuteur. Il avait besoin de miséricorde, et il proclame que Dieu en a usé envers lui : « Qui fut d’abord un blasphémateur, un persécuteur, un ennemi, mais qui obtint miséricorde, afin que Jésus-Christ fît éclater en lui sa patience envers ceux qui croiront en lui pour la vie éternelle 3 »; afin que nul ne pût douter que tous ses péchés lui seraient remis, quand Paul obtenait la rémission de si grandes fautes. Telle est la miséricorde; mais Dieu ne voulut point manifester sa vérité dans le châtiment du pécheur. Punir le pécheur, ne serait-ce point exercer la vérité? Oserait-il bien dire : Je ne mérite

 

1. Luc, XIV, 10. — 2. Ps. LXXXIII, 12. — 3. I Tim. I, 13, 16.

 

aucun châtiment, lui qui ne saurait dire: Je n’ai point péché? Et s’il disait: Je n’ai point péché; à qui le dirait-il? Qui pourrait-il tromper? Le Seigneur a donc tout d’abord usé de miséricorde envers lui, et à la miséricorde a succédé la vérité. Ecoute maintenant comme il réclame cette vérité :  « Tout d’abord », dit-il, « j’ai obtenu miséricorde, moi qui fus d’abord un blasphémateur, un persécuteur, un ennemi ; mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis 1». Puis, quand il touchait à son martyre: « J’ai combattu un bon combat, j’ai terminé ma course, j’ai gardé la foi; il me reste à attendre la couronne de justice ». Celui qui m’a fait miséricorde me réserve la vérité. Comment réserve-t-il cette vérité? « C’est que le Seigneur, qui juge avec justice, me rendra cette couronne en ce jour 2». Il m’a accordé le pardon, il me donnera la justice; il m’a accordé le pardon, il me doit la couronne. Comment la doit-il? Qu’a-t-il reçu? De qui Dieu est-il débiteur? Nous le voyons, Paul regarde Dieu comme un débiteur; il a obtenu le pardon, il exige la vérité : « Le Seigneur », dit-il, « me rendra en ce jour». Que peut-il te rendre, sinon ce qu’il te doit? D’où vient celte dette? Que lui as-tu donné ? De qui a-t-il reçu quelque chose, qu’il doive rendre ensuite 3? Dieu s’est fait lui-même débiteur, non qu’il ait reçu, mais parce qu’il a promis. On ne lui dit point : Rendez ce que vous avez reçu; mais: Donnez ce que vous avez promis. Il m’a, dit-il, accordé miséricorde, afin de me rendre innocent, car tout d’abord j’ai été blasphémateur, ennemi acharné; mais je suis devenu innocent par sa grâce. Or, celui qui m’a fait miséricorde, pourrait-il me refuser ce qu’il me doit? Dieu aime la miséricorde et la vérité. Il « donnera la grâce et la gloire ». Quelle grâce, sinon la grâce dont l’Apôtre vient de dire : «C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ? » Quelle gloire, sinon cette gloire dont il a dit: « Il me reste à recevoir la couronne de justice? »

17. «Aussi», continue le Prophète, « Dieu ne privera pas de ses biens ceux qui marchent dans l’innocence 4 ». Pourquoi voulez-vous

 

1. Cor. XV, 10.— 2. II Tim, IV, 7, 8.— 3. Rom. XI, 35.— 4. Ps. LXXXIII, 13.

 

porter atteinte à l’innocence des hommes, sinon afin de vous procurer des biens? Tel aime mieux perdre l’innocence que rendre ce qu’on lui a confié: il convoite cet or et perd l’innocence. Que gagne-t-il, et que perd-il? li gagne un peu d’or, et l’innocence lui fait défaut. Or, quoi de plus précieux que cette innocence? Mais, dit-il, si je la garde, je vais demeurer pauvre. Est-ce donc un si mince trésor que cette innocence? Avec un coffre plein d’or, seras-tu riche, et pauvre avec un coeur plein d’innocence? En désirant donc les biens du Seigneur, demeure dans l’innocence, maintenant que tu es dans la pauvreté, dans la tribulation, dans la vallée des larmes, dans l’angoisse, dans la tentation, Tu recevras plus tard les biens que tu désires, le repos, l’éternité, l’immortalité, l’impassibilité : tels sont les biens que Dieu réserve à ses justes. Quant à ces biens qui stimulent ici-bas tes désirs, jusqu’à sacrifier ton innocence contre le péché, considère ceux qui les possèdent, qui en regorgent. Tu vois ces biens chez des voleurs, chez des impies, chiez des scélérats, chez des infâmes, chez les hommes les plus corrompus et les plus criminels : Dieu leur donne ces grands biens, à cause de la société qu’ils ont avec le genre humain, à cause de sa grande bonté, lui qui fait luire son soleil sur les bons, et sur les méchants, et pleuvoir sur les justes et sur les injustes 1. Donnera-t-il de si grands biens aux méchants, sans te rien réserver? La promesse qu’il t’a faite serait-elle mensongère? Sois sans crainte, il en tient en réserve pour toi. Lui qui t’a pris en pitié, quand tu étais impie, t’abandonnera-t-il, maintenant que tu es pieux? Lui qui a donné au pécheur la mort de son Fils, que n’aura-t-il pas pour celui qu’a sauvé son Fils expirant? Sois donc en buté sûreté; et regarde comme ton débiteur celui dont tu as reçu la promesse. « Le Seigneur ne privera point de ses biens ceux « qui marchent dans l’innocence ». Qu’avons-nous donc à faire sous ce pressoir, dans l’affliction, dans les extrémités de cette vie si pleine de périls? Que nous reste-t-il pour arriver au ciel? « Seigneur, Dieu des vertus, bienheureux l’homme qui espère en vous».

 

1. Matth. V, 45.

 

 

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