DISCOURS SUR LE PSAUME XCII.
SERMON AU PEUPLE
LE SIXIÈME AGE DU MONDE.
Le titre porte le
sixième jour avant le sabbat, ou le jour de la création de lhomme, que
Jésus-Christ est venu reformer au sixième âge du monde, de manière à nous conduire au
véritable sabbat qui est le ciel. Il a consolidé la terre, ou les hommes dans la foi, et
pour la consolider il sest revêtu de beauté pour ses admirateurs, de force pour
ses contradicteurs, de manière à prémunir les fidèles Contre les contradictions des
hommes. Il sest ceint par devant, cest-à-dire quil a été humble,
comme hie fit en se ceignant dun linge pour laver les pieds à ses Apôtres.
Lhumilité est la pierre, dautant plus solide quelle est plus abaissée.
Mettre une ceinture devant nous, cest résister à ceux qui nous insultent face à
face, comme on disait à Jésus : Descends de la croix; car le courage est plus
nécessaire. Lunivers qui ne sera point ébranlé, cest le froment que le van
me chasse point de laire; lautre, cest la paille qui senvole. Si
donc nous ne pouvons nous séparer des injustes, séparons nous de leurs injustices.
Cest là préparer un trône à Dieu, qui sassied dans les saints ou les
humbles, bien quil ait un trône éternel. Les fleuves ou les Apôtres ont élevé
la voix quand lEsprit-Saint a soufflé sur eux; la mer sest soulevée contre
eux, mais le Christ la calmée par sa victoire sur le monde : quil en soit
béni à jamais.
1. A la lecture du psaume,
nous en avons entendu le titre; et daprès les saintes Ecritures, cest-à-dire
le livre de la Genèse, il nest pas difficile den connaître la signification.
Un titre est en effet comme linscription placée sur le seuil dune maison : il
nous indique ce qui est â lintérieur. Voici donc cette inscription : « Louange du
cantique à David, pour le jour qui précéda le sabbat, quand la terre fut
fondée ». Or, en considérant ce que Dieu fit chaque jour, quand il créa et
disposa toutes choses, du premier au sixième jour (car il sanctifia le septième jour et
le consacra par le repos, après toutes ses oeuvres, qui étaient excellentes), nous
voyons quau sixième jour (et cest bien celui de notre psaume, puisquil
est marqué, la veille du sabbat), Dieu créa tous les animaux sur la terre. Puis
le même jour, il créa lhomme à son image et à sa ressemblance. Or, cette
disposition des six jours nest pas sans raison, puisquelle annonce que les
siècles doivent sécouler, avant que nous nous reposions en Dieu. Et cest
nous reposer que faire des bonnes oeuvres. Cest pour cela quil est écrit que
Dieu se reposa le septième jour, après avoir tait des oeuvres excellentes . Car la fatigue ne lui faisait point prendre son
repos, et maintenant il nest pas inactif, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ nous
dit « Mon Père agit sans cesse ». Ainsi
parlait-il aux Juifs, qui avaient au sujet de Dieu des pensées charnelles, qui ne
comprenaient point que Dieu agit, bien quil se repose, quil agit toujours,
bien quil se repose toujours. Donc nous aussi, que le Seigneur a voulu personnifier
en lui-même, nous aurons le repos après les bonnes oeuvres. Il est vrai, mes frères,
que les oeuvres que nous faisons ici-bas avant le repos, sont des oeuvres laborieuses en
quelque sorte, et que Le repos dont il sagit nest quen espérance, et
pas encore en réalité; et sans cette espérance nous succomberions au travail. Mais
toutes ces bonnes oeuvres laborieuses passeront un jour. Quoi de meilleur que donner du
pain à celui qui a faim ? Et, comme nous lentendions tout à lheure à la
lecture de lEvangile, quoi de plus saint que ce conseil général : « Que tout
homme qui a deux tuniques en donne une à celui qui nen a point, et que celui qui a
de quoi manger
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en donne à celui qui a faim ? » Vêtir celui qui est nu, cest une bonne
oeuvre, mais cette bonne oeuvre subsistera-t-elle toujours? Elle est quelque peu pénible;
mais elle nous console, par lespérance du repos à venir. Et pourtant quelle peine
y a-t-il à vêtir un pauvre ? Une bonne oeuvre est presque sans peine, le mal est plus
laborieux. Vêtir un pauvre quand on peut le faire, nest guère pénible; si on ne
le peut : « Gloire à Dieu au plus « haut des cieux, et paix sur la terre aux a hommes
de bonne volonté ». Nais dépouiller celui
qui est vêtu, qui pourra nous en dire la peine? Et pourtant tout cela doit passer quand
nous arriverons à ce repos, où il ny aura ni affamé à nourrir, ni pauvre à
revêtir. Toutes ces bonnes oeuvres passeront donc, et ce sixième jour pendant lequel on
fait ces oeuvres excellentes, a un soir. Or, au jour du repos, il ny aura aucun
soir, puisque notre repos sera sans fin. Comme donc ce fut au sixième jour que Dieu fit
lhomme à son image ; ainsi trouvons-nous
que ce fut au sixième âge que Notre-Seigneur Jésus-Christ vint reformer lhomme à
limage de Dieu. Le premier âge, en effet, marqué par le premier jour, serait
depuis Adam jusquà Noé; le second âge, qui serait comme un second jour, depuis
Noé jusquà Abraham; le troisième âge, ou troisième jour, depuis Abraham
jusquà David; le quatrième âge, ou quatrième jour, depuis David jusquà la
transmigration à Babylone; le cinquième âge, ou cinquième jour, depuis la
transmigration à Babylone jusquà la prédication de Jean-Baptiste; et le sixième
jour, depuis la prédication de Jean-Baptiste jusquà la fin, et à la fin du
sixième jour arrivera le repos. Nous sommes donc maintenant dans ce sixième jour. Si
nous sommes dans ce sixième jour, voyez le titre du psaume: « Pour le jour qui précéda
le sabbat, quand la terre fut fondée ». Examinons le psaume lui-même, et voyons quand
la terre fut fondée, car elle ne le fut point peut-être ce jour-là. Ce nest point
en effet ce que nous lisons dans la Genèse. Quand donc la terre fut-elle fondée? Quand,
sinon, comme nous lavons lu tout à lheure dans lApôtre : « Si vous
demeurez dans la foi, fermes et inébranlables
». Lorsque dans toute la terre, tous les fidèles sont inébranlables dans la foi,
cest
alors que la terre est fondée, que lhomme est
fait à limage de Dieu ; ce que nous
figurait le sixième jour de la Genèse. Mais comment Dieu a-t-il fait cette oeuvre,
comment a-t-il fondé la terre? Le Christ est venu afin de fonder la terre. « Car nul ne
saurait poser un fondement autre que celui qui a été posé, qui est le Christ Jésus ». Cest donc de Jésus-Christ que le psaume va
parler.
2. « Le Seigneur a
régné, il sest couvert de gloire ; le Seigneur sest revêtu de force, et il
sest ceint ». Il a donc pris pour
double vêtement la gloire et la force. Pourquoi sen revêtir pour fonder la terre?
Car le Psalmiste continue : « Il a consolidé la terre qui ne sera point
ébranlée ». Comment la-t-il consolidée ? En se revêtant de gloire. Mais il
ne la consoliderait point sil ne sétait revêtu de force en même temps que
de gloire. Pourquoi donc la gloire, et pourquoi la force? Car le Prophète a précisé
lun et lautre: « Le Seigneur a régné, il sest revêtu de gloire; le
Seigneur sest revêtu de force et a ceint ses reins ».Vous le savez, mes frères,
Notre-Seigneur, venant dans sa chair et prêchant lEvangile du royaume, plaisait aux
uns, déplaisait aux autres. Car les Juifs étaient partagés à son sujet : « Les uns
disaient : Il est bon; les autres: Non, il séduit la foule ». Les uns parlaient donc de lui en bien, les
autres en parlaient mal, le déchiraient, le mordaient, le noircissaient de leurs
outrages. Il était donc revêtu de beauté pour ceux auxquels il plaisait, et de force
pour ceux auxquels il ne plaisait point. Prends donc, toi aussi, le Seigneur pour modèle,
afin que tu deviennes pour lui un vêtement. Sois revêtu de beauté pour ceux auxquels
plairont tes bonnes oeuvres, et sois fort contre tes détracteurs. Ecoute comment Paul,
cet imitateur du Christ, eut de la beauté, comment de la force: « Nous « sommes»,
dit-il, «la bonne odeur du Christ, en tout lieu, et pour ceux qui font leur salut et pour
ceux qui périssent ? » Ceux qui goûtent le
bien, se sauvent; les détracteurs du bien doivent périr. Autant quil était en
lui, Paul était le parfum du bien, il était même la bonne odeur. Malheur à ces
misérables que la bonne odeur fait mourir. Car lApôtre na point dit : Nous
sommes une bonne odeur pour les uns, une mauvaise odeur pour les
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autres; mais bien : « Nous sommes la bonne odeur du
Christ, en tout lieu, et pour ceux qui se sauvent, et pour ceux qui périssent ». Et il
ajoute aussitôt: « Aux uns nous sommes une odeur de vie pour la vie, aux autres une
odeur de mort pour la mort ». Il était donc
revêtu de beauté pour ceux auxquels il était une odeur de vie, et de force pour ceux
auxquels il était une odeur de mort. Si tu te réjouis quand les hommes te louent, quand
ils prennent goût à tes oeuvres; si leur blâme te fait manquer de courage, et ralentit
tes bonnes oeuvres, comme si tu en avais perdu le fruit en trouvant des détracteurs ; tu
nes pas immobile encore, et tu nappartiens pas encore à « cette terre ferme
qui ne sera point ébranlée, pour laquelle le Seigneur sest préparé en se
revêtant de sa force ». Saint Paul touche, à un autre endroit, cette force et cette
beauté: « Par les armes de la justice, à droite et à gauche ». Vois où il place
la beauté, où il place la force: « Par la gloire et par lignominie ». Il est beau dans la gloire, il est courageux
dans lignominie. Chez les uns on relevait en gloire, chez les autres on le
méprisait. Il apportait donc la beauté aux premiers, et la force à ceux auxquels il ne
plaisait point. Cest en ce sens quau même endroit il énumère tous ces
contrastes jusquà cette parole : « Comme nayant rien et possédant tout ». Posséder tout, cest la beauté ;
navoir rien, cest la force. Ne nous étonnons donc point si le Prophète a dit
: « Il a consolidé la terre qui ne sera point ébranlée». Comment lunivers
entier ne sera-t-il point ébranlé ? Cest parce que les fidèles du Christ sont
partout et prêts à tout: à se réjouir avec ceux qui louent, à sarmer contre
ceux qui blâment; à ne samollir point devant la louange, âne point se laisser
abattre par le blâme.
3. Peut-être
demanderons-nous aussi le sens de cette parole : « Il est ceint ». Se ceindre
désigne le travail, et un homme ceint ses reins quand il va travailler. Comment toutefois
le Prophète, au lieu de dire : Il est ceint, a-t-il dit: « Ceint par devant», praecinctus?
Dans un autre psaume il est dit: « Ceignez vos reins de votre épée, ô Tout- Puissant,
et les peuples tomberont sous vos coups ».
Ici, il nest point dit simplement, ceignez-vous, cingere, ni ceignez-vous par
devant, praecingere, mais accingere gladium
tuum, ceignez votre épée; et accingere
se dit lorsque la ceinture porte quelque chose aux flancs. Il a donc dit: Ceignez votre
épée, accingere. Or, le glaive du Seigneur, qui a vaincu lunivers entier,
cest lEsprit de Dieu dans la vérité de sa parole. Pourquoi ceindre ce glaive
autoùr des reins ? il est vrai, mes frères, que ce verset vient dun autre psaume,
et que nous avons expliqué la ceinture autrement ; mais continuons puisquil se
représente ici. Quest-ce que porter son épée à ses reins ? Les reins ont le sens
de la chair. Car le Seigneur naurait point soumis lunivers entier, si le
glaive de la vérité nétait venu dans la chair. Mais pourquoi dans notre psaume le
mot praecingere, qui semploie quand on met quelque chose devant soi? De là
vient quil est dit que Jésus « mit devant lui un linge, praecinxit, et lava
les pieds de ses disciples ». Il fut humble alors, ayant mis devant lui un linge
pour laver leurs pieds. Or, toute force est dans lhumilité, puisque tout orgueil
nest que faiblesse. A propos de la force, le Prophète sest servi du mot praecinctus,
ceint par devant, afin de te rappeler que ce même Dieu assez humble pour laver les pieds
des disciples était aussi praecinctus. Or, Pierre saisi de frayeur en voyant à
ses pieds son Seigneur, son Maître (et dire son maître, cest moins dire que son
Seigneur) , voyant son Seigneur se courber à ses pieds, pour les laver, fut dans la
stupeur et sécria: « Seigneur, vous ne me laverez point les pieds ». Mais le
Sauveur:
« Ce que je fais, tu ne le comprends point
maintenant, tu le sauras plus tard ». Et Pierre : « Jamais vous ne me laverez les
pieds ». Et Jésus: « Si je ne te purifie, tu nauras aucune part avec
moi ». Mais Pierre qui avait frissonné en voyant son Maître lui laver les pieds,
frissonna plus encore à cette parole: « Tu nauras point de part avec moi ». Tant
que le Seigneur nagissait point sans motif, et quil y avait là quelque
mystère, il sécria: « Seigneur, non-seulement les pieds, mais les mains et la
tête et tout le corps ». Et Jésus: « Celui qui a été lavé na plus besoin
de se laver une seconde fois, mais il est complètement pur». Si donc il leur lavait les
pieds, ce nétait pas tant pour les purifier que pour leur donner un exemple
dhumilité. Car il leur avait dit: « Ce que je fais, tu ne le comprends pas
maintenant, tu le sauras (382 ) plus tard ». Voyons si plus tard ils ont
compris, si plus tard il leur a exposé ce quil faisait alors, afin de voir le
Seigneur ceint de sa force, car toute sa force était dans son humilité. Quand il leur
eut lavé les pieds, il sassit de nouveau, et leur dit: « Vous mappelez
Maître, et vous dites vrai; je le suis en effet : vous mappelez Seigneur, et vous
dites vrai, car je le suis. Si donc moi, votre Maître et votre Seigneur, jai lavé
vos pieds, comment devez-vous agir les uns envers les autres ? » Si donc cest dans lhumilité
quest la force, ne craignez pas les orgueilleux. Les humbles sont comme la pierre;
elle paraît abaissée, mais elle est solide. Que sont les orgueilleux ? Semblables à la
fumée, ils ne sélèvent que pour sévanouir. Donc il nous faut rapporter à
lhumilité du Seigneur cette ceinture dont nous parle lEvangile, et quil
mit devant lui, pour laver les pieds à ses Apôtres.
4. On pourrait encore
donner un autre sens à cette parole. Nous avons dit que praecingere cest
mettre une ceinture, mais devant soi. Or, nos détracteurs parlent quelquefois en mal de
nous, mais en notre absence, et comme derrière nous ; dautres le font en face,
comme au Seigneur à la croix: « Sil est le Fils de Dieu, quil descende de la
croix ». Or, nous navons pas
réellement besoin de courage quand on ne médit de nous quen notre absence; car
nous nentendons pas, nous ne sentons rien; mais quand on nous outrage en notre
présence, il nous faut alors du courage. Quest-ce à dire du courage? Oui, pour
supporter ; car nallez pas croire quil y a du courage à vous laisser vaincre
par loutrage que vous entendez, et à frapper le coupable. Frapper un insolent, ce
nest pas être courageux, cest être vaincu par la colère. Or, il y a folie
à donner le nom de fort à un homme vaincu ; quand lEcriture dit que «
lhomme qui dompte sa colère, est plus fort que celui qui prend les villes ». Un preneur de villes est donc inférieur à
lhomme qui surmonte sa colère. Tu as dans toi-même un rude adversaire. Quand
loutrage soulève en toi la colère, et te pousse à rendre le mal pour le mal,
souviens-toi de cette parole de lApôtre: « Ne rendez à personne le mal pour le
mal, ni loutrage pour loutrage ».
Ces paroles
étoufferont ta colère et te fortifieront : et comme
ces paroles te sont dites en face, et non par derrière, elles seront une ceinture devant
toi.
5. Allons plus loin, le
psaume est court. « Il a consolidé la terre qui ne sera point ébranlée ». Vous le voyez, mes frères, beaucoup ont
embrassé la foi de Jésus, cest le grand nombre : et pourtant dans ce grand nombre,
lEvangile quon a lu vous le disait tout à lheure, le Seigneur viendra
le van à la main, et il purgera son aire, serrant le froment dans son grenier, et jetant
les pailles au feu inextinguible . Il y a donc
sur toute la terre des bons et des méchants, des bons qui sont le grain, des méchants
qui sont la paille. Le fléau dans laire brise la paille qui tombe et nettoie le
froment. Quest-ce donc que cet univers qui ne sera point ébranlé? Le Prophète ne
tiendrait point ce langage sil ny avait aussi un univers qui
sébranlera. Il y a donc un univers qui demeurera ferme, tandis quun autre
univers doit chanceler. On appelle univers, en effet, les bons qui demeurent fermes dans
la foi : et quon ne dise point quils sont en un endroit, ils sont partout; de
même que les méchants, qui doivent abandonner la foi au souffle de la moindre
tribulation, sont aussi partout, Il y a donc un univers mobile et un univers immobile,
dont parle saint Paul. Vois cet univers mobile : « De ce nombre sont Hyménée et
Philète, qui se sont écartés de la vérité, en disant que la résurrection est déjà
faite, et qui bouleversent la foi de quelques-uns »
: je vous le demande, quels sont ces hommes dont parle saint Paul? Appartenaient-ils à
cet univers qui est inébranlable? Ils étaient la paille : et ils bouleversent la foi,
dit lApôtre. Il ne dit point la foi de tous : et sil disait de tous, nous
devrions comprendre de tous ceux qui appartiennent à la cité de Babylone, qui doit être
damnée avec le diable. Néanmoins il dit la foi de quelques-uns. Et comme si lon
demandait: Qui pourra leur résister ? il ajoute aussitôt « Mais le solide fondement de
Dieu subsiste », Voilà que tu connais
lunivers qui sera inébranlable. « Voici quel en est le signe ». Quel est le
signe de ce fondement solide? « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui ». Tel est
lunivers qui ne chancellera point: « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui
». Et
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qua-t-il pour signe? « Que celui qui invoque
le nom du Seigneur, séloigne de liniquité». Quil séloigne
maintenant de liniquité, puisquil ne peut se séparer des injustes, à cause
du mélange de la paille et du froment, jusquau vannage. Que dis-je, mes frères?
Chose étonnante de la part du froment dans laire ! il se sépare de la paille
quand on len dépouille, mais lorsquon le bat, il ne sen va point de la
grange. Quand se séparera-t-il tout à fait? Quand viendra le vanneur . Lunivers entier est donc une aire : il faut,
quelque bon que tu sois, que tu vives parmi les méchants; mais si tu ne peux te séparer
des hommes injustes, sépare-toi de linjustice. «Que tout homme qui invoque le nom
du « Seigneur se sépare de liniquité », et il sera dans cet univers qui est
inébranlable.
6. «Cest de là, ô
mon Dieu, quun trône vous ma été préparé
» . « De là », quest-ce à dire? De ce moment: comme si le Prophète nous
disait: Quest-ce que le trône de Dieu? où sassied-il? En ses saints. Veux-tu
être pour Dieu un trône? Prépare-lui dans ton coeur un lieu où il sasseye. Quel
est en effet le siège de Dieu, sinon lendroit quhabite le Seigneur? Et où
habite le Seigneur, sinon dans son temple? Et quel est ce temple ? se compose-t il de
murailles ? Loin de nous cette pensée Son temple est peut-être ce monde, qui est vaste
et digne de la grandeur de Dieu. il ne saurait contenir celui qui la fait, Où donc
Dieu se repose-t-il? Lâme calme, lâme juste, voilà celle qui porte Dieu.
Chose étrange, mes frères ! Dieu est infiniment grand, il pèse à ceux qui sont
forts, il est pour les faibles un léger fardeau. Quels sont ces forts du Prophète? Les
orgueilleux qui ont confiance dans leurs forces. Et cette faiblesse, qui consiste dans
lhumilité, est une force plus grande. Ecoute ce que dit lApôtre : « Quand
«je suis faible, cest alors que je suis fort »
Voilà ce que je vous ai prêché, que le Seigneur sest revêtu de force, quand il a
enseigné lhumilité. Tel est donc ce siège de Dieu dont un Prophète nous a dit
ailleurs : « En qui reposera mon esprit ? » Cest-à-dire, où mon esprit
pourra-t-il reposer, sinon sur le trône de Dieu ? Ecoute la description quil fait
de ce trône. Tu timaginais peut-être un palais de marbre, damples parvis,
une hauteur démesurée, des toits étincelants. Ecoute
ce que le Seigneur se prépare: « Sur qui reposera
mon esprit? Sur lhomme humble et calme, sur lhomme qui redoute ma parole ». Es-tu humble? Es-tu tranquille ? voilà que Dieu
repose en toi. Mais Dieu, qui est élevé, nhabitera pas en toi si tu veux
télever. Tu veux être grand afin quil habite en toi ; sois humble, redoute
sa parole, cest là quil habite. Il ne craint point une demeure tremblante,
parce que lui-même la consolide. « Cest depuis lors, ô Dieu, quun trône
vous est préparé ». « Depuis lors », cest-à-dire depuis ce moment,
ce qui semble préciser un temps particulier. Depuis ce temps, quel temps? Peut-être le
jour qui précéda le sabbat. Dès lors, le titre nous dirait alors quel jour. Ce serait
le sixième jour, ou le sixième âge du monde, alors que le Seigneur vint en sa chair.
Cest de ce jour, oui de ce jour, quil sest fait homme, et quil est
sorti du sein virginal. Que lisons-nous dans un autre psaume? « Vous êtes dans la
splendeur des saints, dès les entrailles maternelles ». « Dans la splendeur des
saints», cest-à-dire que vous éclairez les saints afin quils voient Dieu en
sa chair, et que leur coeur se purifie afin quils le voient dans sa divinité. «
Dans la splendeur des saints, dès les entrailles maternelles ». Mais que dit
ensuite le Prophète ? Afin que lon ne simagine point que le Christ na
commencé son existence quau sortir du sein virginal, il ajoute : « Je tai
engendré avant létoile du matin ».
Ainsi, après avoir dit: « Dans la splendeur des saints, dès les entrailles
maternelles », le Prophète craint que lon ne vienne à penser que le Christ a
commencé au moment de sa naissance, comme Adam, comme Abraham, comme David, et il ajoute
: « Avant létoile du matin, je tai engendré »; avant tout ce qui est
éclairé. Létoile du matin, en effet, signifie toutes les étoiles, et par les
étoiles tous les temps, puisque Dieu a fait les astres pour marquer les temps , en sorte que Jésus-Christ serait né avant tous
les temps : or, celui qui est né avant tous les temps ne peut être regardé comme un
homme né dans les temps, puisque le temps est la créature de Dieu, Car si tout a été
fait par lui , le temps aussi est son ouvrage.
Peut-être encore : « avant létoile du matin», signifierait-il aussi, avant tout
esprit quéclaire la sagesse de Dieu. Que votre charité
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redouble dattention. De même que le Prophète,
après avoir dit: « Au sortir du sein virginal », craint pour notre foi que nous ne
venions à croire que le Christ a commencé à dater de sa naissance du sein de la Vierge,
et quil ajoute aussitôt: « Je tai engendré avant létoile du matin»;
de même ici, après avoir dit : « Depuis lors », cest-à-dire depuis un
certain temps, depuis le jour qui précède le sabbat, depuis le sixième âge du monde,
quand le Christ Notre-Seigneur vint en sa chair, parce quil voulut bien se faire
homme pour nous, lui qui est Dieu, non-seulement avant Abraham, mais avant le ciel et la
terre, lui qui a dit: « Je suis avant quAbraham fût », et non-seulement avant Abraham, mais avant Adam ;
et non-seulement avant Adam, mais avant les anges, avant le ciel et la terre, puisque
toute chose a été faite par lui : le Prophète craint que ce jour de la naissance du
Sauveur dans le temps, ne te fasse croire que cest alors seulement quil
commença son existence, et il ajoute : « Un trône vous a été préparé, ô Dieu ».
Mais quel Dieu? « Vous êtes de tout siècle », ou de toute éternité, apo
aionos : ainsi porte le grec qui se sert de aion, tantôt pour désigner le
siècle, tantôt pour désigner léternité. O vous donc que lon croirait né
de ce moment, vous êtes de toute éternité. Ne nous arrêtons pas àune naissance
humaine, élevons-nous à léternité divine. Sa vie du temps a donc commencé à sa
naissance : il a crû en âge, vous lavez entendu dans lEvangile; il a choisi
ses disciples, les a remplis de lEsprit-Saint, et ils ont commencé à prêcher.
Cest là peut-être ce qui est dit ensuite.
7. « Les fleuves ont
élevé leur voix ». Quels sont ces
fleuves qui ont élevé leur voix? Rien ne lindique: à la naissance du Sauveur,
nous ne voyons pas que les fleuves aient parlé, non plus quà son baptême et à sa
passion, nous nentendons pas la voix des fleuves. Lisez lEvangile, vous ne
verrez point que les fleuves aient parlé. Cest peu de parler, « ils ont élevé
leur voix » Non-seulement ils ont parlé, mais avec force, mais avec fracas. Quels sont
ces fleuves qui ont parlé? LEvangile nen fait pas mention, disons-nous,
cherchons-y néanmoins. Car où le trouver, sinon dans lEvangile? Je pourrais
peut-être inventer, mais au lieu dêtre un
fidèle dispensateur, je ne serais plus quun
fabuliste. Cherchons dans lEvangile, cherchons ensemble quels sont ces fleuves qui
élevèrent la voix. « Jésus se tenait debout et criait », lisons-nous dans
lEvangile. Que criait-il? Voilà déjà la tête de tous les fleuves qui crie; lui,
la source doù les autres fleuves doivent prendre leur écoulement, élève la voix
le premier. Et que disait Jésus en se tenant debout? « Celui qui croit, comme le dit
lEcriture, des fleuves deau vive couleront de son sein ». Et
lEvangéliste continue: « Il parlait ainsi à cause de lEsprit que devaient
recevoir ceux qui croyaient en lui. Mais le Saint-Esprit nétait pas encore
donné, car Jésus nétait pas encore glorifié ». Or, après que Jésus fut glorifié par la
résurrection et par lascension, comme vous le savez, mes frères, et que furent
écoulés dix jours qui étaient figuratifs, il envoya lEsprit-Saint, qui remplit
les disciples . Cet Esprit-Saint est donc le
grand fleuve qui remplit beaucoup dautres fleuves. Cest de ce fleuve que le
Psalmiste a dit ailleurs : « Un fleuve impétueux porte la joie dans la cité de Dieu ». Des fleuves séchappèrent donc du
sein des disciples, quand ils reçurent le Saint-Esprit. Ils devinrent des fleuves
dEsprit-Saint. Comment ces fleuves élevèrent-ils la voix? et pourquoi?
Dabord parce quils avaient craint. Pierre nétait pas encore un fleuve
quand la question dune servante lui fit renier le Christ jusquà trois fois :
« Je ne connais point cet homme ». La
crainte le fait mentir; il nélève pas encore la voix, il nest pas encore un
fleuve. Mais lorsquils furent tous pleins du Saint- Esprit, et que les Juifs les
firent comparaître pour leur défendre de parler aucunement de Jésus et denseigner
en son nom, Pierre et Jean leur dirent : « Jugez sil est juste devant Dieu, de vous
obéir plutôt quà Dieu; car nous ne pouvons pas taire les choses que nous avons
vues et entendues. Ces fleuves élevèrent la voix, et répondirent à la voix des grandes
eaux ». Cest à cette voix qui sélève que revient ce qui est écrit :
« Pierre se tenant debout avec les « onze, et élevant la voix, sécria: Hommes de
Judée » ; et le reste quil ajouta en
leur prêchant Jésus-Christ sans crainte et avec une grande confiance. « Les fleuves ont
élevé la
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voix, pour provoquer la voix des grandes
eaux »; car les Apôtres étant sortis du conseil des Juifs, ils vinrent trouver
leurs frères, et racontèrent ce que leur avaient dit les prêtres et les sénateurs. A
ces paroles, tous élevèrent une même voix vers le Seigneur, et dirent : « Cest
vous qui avez fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui est en eux »; et tout ce que dirent ces fleuves en
élevant la voix. « Les élévations de la mer sont admirables». Comme ces disciples
élevaient la voix, plusieurs embrassèrent la foi et reçurent le Saint-Esprit, et ces
fleuves peu nombreux commencèrent à se multiplier et à élever la voix. Aussi est- il
dit : « A la voix des grandes eaux, combien sont admirables les soulèvements de la
mer», ou de ce siècle. Lorsque tant de bouches prêchèrent le Christ, la mer aussitôt
sirrita, et les persécutions se multiplièrent, Ainsi donc, lorsque « les fleuves
élevèrent la voix,à la voix des grandes eaux répondirent les suspensions de la
mer».Ces suspensions sont des soulèvements, car le courroux de la mer fait soulever les
flots. Mais que ces flots se soulèvent à leur gré, que la mer frémisse dans la rage;
« ses soulèvements sont admirables» ,sans doute: effroyables menaces, effroyables
persécutions, mais vois ce qui suit : « Le Seigneur est admirable dans les
cieux ». Que la mer donc sapaise, quelle rentre dans le calme, et que
lon donne la paix aux chrétiens. La mer se soulevait jadis, la barque était
agitée; cette barque cest lEglise, et la mer cest le monde. Le Seigneur
vint, il marcha sur la mer, foula aux pieds ses flots .
Comment le Seigneur marcha-t-il sur la mer? En marchant sur la tête de ces grandes
ondées écumantes. Les puissants et les rois ont cru et reçu le joug du Christ. Ne
craignons donc point. Si « la mer a de terribles soulèvements, plus terrible encore est
le Seigneur dans les cieux ».
8. « Vos témoignages
sont devenus tout à fait croyables », Car,
si les soulèvements de la mer étaient effrayants, plus grand encore était le Seigneur
dans les cieux. « Vos témoignages sont devenus tout à fait croyables ».
Ce sont vos témoignages, car vous aviez dit
auparavant : « Je vous dis ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. « Vous
aurez de grandes tribulations dans le monde ».
Je vous en avertis donc, le monde se soulèvera contre vous. Or, ils furent persécutés,
et ces persécutions confirmèrent en eux la parole de Dieu et affermirent leur courage;
car en voyant saccomplir la promesse des persécutions, ils espéraient que
saccomplirait aussi la promesse des couronnes. Dès lors, « effrayants étaient les
soulèvements de la mer, et plus grand encore était le Seigneur dans les cieux.
Vous aurez la paix avec moi, mais des persécutions dans le monde ». Que
faisons-nous donc? La mer est en courroux, les flots se soulèvent avec fureur, nous
sommes dans la persécution, allons-nous défaillir? Loin de là. « Le Seigneur est
admirable dans les cieux ». Aussi quand il disait à ses Apôtres: « Vous aurez la
paix avec moi, mais le monde vous persécutera »; comme sils lui eussent
demandé : Pensez-vous quen nous foulant aux pieds, le monde ne nous exterminera
pas? Il ajouta aussitôt : « Mais réjouissez-vous, jai vaincu le monde ». Si
donc il dit : « Jai vaincu le monde», attachez-vous à celui qui a vaincu le
monde, qui a calmé la mer. Réjouissez-vous en lui, parce que le Seigneur est grand dans
les cieux, et que « ses témoignages sont devenus tout à fait croyables ». Et
quest il arrivé de tout cela? « La sainteté, Seigneur, convient à votre
maison». A votre maison, à toute votre maison. Non point ici, non point là, non point
ailleurs; mais dans toute votre maison, dans lunivers entier. Pourquoi dans
lunivers entier? « Parce quil a redressé lunivers entier qui ne sera
point ébranlé ». La maison du Seigneur sera
solidifiée dans le monde entier; beaucoup tomberont, niais la maison demeure; beaucoup
seront dans le trouble, mais la maison sera inébranlable. « La sainteté, Seigneur,
convient à votre maison ». Est-ce pour un peu de temps? Non, mais « pour de longs
jours ».
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