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ANNOTATIONS SUR LE LIVRE DE JOB

Cette traduction est due à M. l'abbé JOYEUX.

 

In Oeuvres complètes de Saint Augustin, Tome Quatrième, p.590-641, Bar-Le-Duc, 1866

 

CHAPITRE PREMIER. —  Prospérité de Job; tentation du démon ; premières épreuves.

CHAPITRE II — Nouveaux malheurs ; résignation.

CHAPITRE III. — Cris arrachés, par la douleur: vanité des grandeurs humaines.

CHAPITRE IV. —  Eliphaz de Théman reproche à Job son peu de fermeté et l'injure qu'il fait à Dieu.

CHAPITRE V. — Suite du discours précédent: Dieu punit les méchants.

CHAPITRE VI. —  Paroles de Job ; sa justification.

CHAPITRE VII. — Nouvelles preuves de l'innocence de Job. —  Grandeur de ses maux.

CHAPITRE VIII. —  Job doit confesser ses fautes. —  Paroles de Baldad de Sueh.

CHAPITRE IX. —  Réponse de Job.

CHAPITRE X.. — Plaintes et prière de Job.

CHAPITRE XI. — Reproches outrageants. Paroles de Sophar le Minéen.

CHAPITRE XII. —  Paroles de Job

CHAPITRE XIII. —  Faux raisonnements des accusateurs de Job.

CHAPITRE XIV. — Brièveté et misères de la vie humaine ; espoir de la résurrection.

CHAPITRE XV. —  Job accusé de blasphème. —  Paroles d'Éliphaz de Théman.

CHAPITRE XVI. — Reproches de Job à ses consolateurs importuns; il est innocent. —  Paroles de Job.

CHAPITREXVII. — Exhortations à ses faux amis; la mort est l'objet de son désir

CHAPITRE XVIII. — Nouveaux reproches de Baldad : les maux ne sont infligés qu'aux méchants. Paroles de Baldad de Sueh.

CHAPITRE XIX. — Job veut exciter ses accusateurs à la compassion et les convaincre de son innocence. — Paroles de Job.

CHAPITRE XX. —  Sophar sur le point d'être persuadé de l'innocence de Job retombe dans ses invectives. —  Paroles de Sophar le Minéen

CHAPITREXXI. — La conduite de Dieu étonne Job, mais ne saurait prouver sa cupabilité. —  Paroles de Job.

CHAPITRE XXII. — Injures et calomnies d'Eliphax à ce sujet. —  Paroles d'Eliphaz de Théman.

CHAPITRE XXIII. —  Dieu seul connaît le coeur et les sentiments de Job. — Paroles de Job.

CHAPITRE XXIV. —  Jugements de Dieu cachés aux hommes.

CHAPITRE XXV. — Baldad taxe d'orgueil Job qui se dit pur aux deux du Seigneur. — Paroles de Baldad le Sueh.

CHAPITRE XXVI. — Job connaît la grandeur de Dieu; ce n'est ni à lui ni à Baldad à donner  des conseils au Tout-Puissant. —  Paroles de Job.

CHAPITRE XXVII. — Grandes leçons de Job.

CHAPITRE XXVIII. —  L'homme méconnaît la vraie sagesse, elle réside en Dieu.

CHAPITREXXIX. — Retour sur sa vie passée.

CHAPITRE XXX. —  Changement de fortune; la vue de ses malheurs attendrira le Seigneur.

CHAPITRE XXXI. — Job a observé toute la Loi.

CHAPITRE XXXII. —  Indignation d'Eliu deBuz, en entendant la justification de Job. —  Paroles d'Eliu de Buz.

CHAPITRE XXXIII. —  Autres reproches d'Eliu; il excité Job à l'humilité et à l'aveu de ses fautes.

CHAPITRE XXXIV. — Eliu indigné continue d'insulter Job ; il prie Dieu de ne le point épargner.

CHAPITRE XXXV. — Leçons d'Eliu à Job blasphémateur et impie.

CHAPITRE XXXVI. — Exhortations d'Eliu de Buz, pour amener Job à des sentiments de pénitence.

CHAPITRE XXXVII. —  Description de la sagesse, de la grandeur et de la puissance de Dieu par Eliu de Buz.

CHAPITRE XXXVIII. — Le Seigneur reproche à Job ses discours inconsidérés.

CHAPITRE XXXIX. — Interrogations du Seigneur à Job sur la nature et les propiétés de certains animaux.

 

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ANNOTATIONS SUR LE LIVRE DE JOB (1).

 

CHAPITRE PREMIER. —  Prospérité de Job; tentation du démon ; premières épreuves.

 

3. « Ses « travaux étaient grands sur la terre : » car il s'occupait de perfectionner ses travaux mêmes.

4. « Chaque jour, à tour de rôle, ils se donnaient un festin, » signe de charité.

5. « Il offrait pour chacun d'eux des victimes. » Les aveux de chacun d'eux étaient comme autant de victimes particulières et différaient des sacrifices généraux présentés pour les péchés de tous; c'est ce qu'il fait entendre, en disant : « Peut-être mes enfants ont-ils péché et maudit Dieu dans leur coeur. » Il a raison de dire : « peut-être, » car il ne fait que redouter ce malheur.

6. « Et voici que les anges de Dieu vinrent pour se présenter devant le Seigneur. » L'amour de l’âme pour la vérité ne peut s'exprimer qu'en faisant connaître de quelque manière le temps et le lieu. « Et le démon vint aussi avec eux. » Est-ce par ce qu'il ne pouvait entendre que par leur intermédiaire, qu'il est dit : « avec eux ? »

7. « Et le Seigneur dit au démon :D'où viens-tu ? » La réponse à cette question, c'est le rapprochement de et qu'il a fait et de la permission qui lui est donnée d'agir ensuite. La question elle-même est la puissance divine, qui ne permet pas de faire ce que l'on veut, car « l'impie sera questionné sur ses pensées (2), » pour nous le faire connaître.

11. «Mais étendez la main, et touchez à ce qu'il possède. » Donnez-en le pouvoir. «S'il ne vous bénit en face. » Suspension qui signifie: S'il ne vous bénit en face, quand vous aurez touché à ses biens, qu'ordonnerez-vous ? Ce dernier mot est sous-entendu.

12. « Et le démon s'éloigna de devant le « Seigneur. » Il va du conseil à l'action.

15. « Les ennemis vinrent et s'en saisirent ; »

 

1 Voir II Rétr. ch. 1(3). —  2 Sag.I, 9.

 

conformément, à cette parole : « Il agit maintenant dans les enfants de la défiance (1), » il excita également ces ennemis. Remarquez comment il exercé sa puissance sur les hommes et sur les éléments : mais il la tient de Dieu.

21. « Je suis sorti nu du sein de ma mère.» Notez combien ce langage est consolant, quoique d'ailleurs Job s'abandonne à la douleur, selon l'usage.

 

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CHAPITRE II — Nouveaux malheurs ; résignation.

 

6. «Je te l'abandonne, respecte seulement son âme, » c'était pour qu'il ne se crût pas autorisé à lui ôter la vie.

8. « Il se saisit des débris d'un vase, afin d'enlever le pus de ses plaies. » Figure de la Passion du Seigneur; par elle les péchés sont effacés à ceux qui les confessent.

 

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CHAPITRE III. — Cris arrachés, par la douleur: vanité des grandeurs humaines.

 

3. « Et la nuit dans laquelle on a dit : Un homme est conçu. » Ce sont quelques puissances supérieures qui ont tenu ce langage, car elles ont pu avoir connaissance de ce fait.

4. « Que cette nuit soit ténèbres : » pour que Job n'ait plus à souffrir ce qu'il a souffert. « Que cette nuit soit ténèbres, » c'est-à-dire, livrée à l'oubli. « Que d'en haut le Seigneur ne la recherche pas. » Qu'elle ne soit point reproduite dans l'immortalité, c'est-à-dire qu'elle périsse avec tout ce qui est mortel. « Que la lumière ne l'éclaire point; » la lumière du souvenir.

5. « Mais qu'elle entre dans les ténèbres et les ombres de la mort, » cette vie qui est l'ombre des châtiments futurs. Le sens serait donc: que le ,juste, qui est la vraie lumière, ne la voie point, mais plutôt les ténèbres, c'est-à-dire les pécheurs et les tribulations charnelles issues de cette vie. « Que le trouble lui vienne comme les

 

1 Eph. II,16.

 

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amertumes du jour. » Ces amertumes sont les préceptes d'une sainte vie ou le jour du jugement, qui épouvantent les hommes charnels.

6. « Que cette nuit entre dans les ténèbres, » éternelles. « Qu'elle ne compte plus parmi les jours de l'année, » pour les justes devenus spirituels qui jouissent du soleil et sont plus élevés, que les autres.       .

7. « Mais qu'elle soit douleur; » parce qu'elle apporte la douleur à ceux qui l'aiment. « Qu'elle ne compte plus dans les jours des mois, » pour ces justes qui, représentés dans l'Eglise par l'astre des nuits, sont inférieurs aux autres ; c'est à eux que s'adressent ces paroles : « Pour moi, mes frères, je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels (1). » Saint Paul alors serait au nombre des jours de l'année.

8. « Que celui-là la maudisse, qui maudira le jour. » C'est-à-dire le Seigneur, qui maudit les amateurs des plaisirs charnels.

9. « Que les astres de cette nuit s'obscurcissent; » les hommes les plus avancés dans le péché. « Qu'elle reste et ne vienne point à la lumière ; » parce qu'ils ne se convertiront point ; c'est une prophétie.

10. « Parce qu'elle n'a point fermé le sein de ma mère ; » de la cité terrestre que figure Babylone. Elle serait fermée si on ne louait point le pécheur dans les désirs de son âme (2). «Pourquoi ne suis-je point mort dans le sein maternel ? » Avant de me signaler en votre présence par quelqu'action, car la conception n'est qu'une espérance. « Que n'ai-je péri en sortant de son sein ? » Voyez dans ces mots la figure d'un homme qui aurait vieilli dans la concupiscence.

12. « Pourquoi mes genoux se sont-ils fortifiés, » afin de m'affermir ? « Pourquoi ai je sucé le lait, » de la doctrine qui prépare au péché ?

13. « Maintenant je me reposerais dans mon sommeil ; » en mourant pour ce monde.

14. « Avec les rois que la terre a mis en honneur, » dans l'Eglise. « Qui se glorifiaient dans leur épée ; » dans « le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire, la parole de Dieu (3). « Ou avec les princes qui possèdent beaucoup d'or; » beaucoup de sagesse. « Qui ont rempli leur palais d'argent; » de la parole de Dieu.

16. « Comme un avorton échappé du sein de sa mère ; » et qui n'a pas été remarqué. «Ou

 

1 II Cor. III, 1. — 2 Ps. IX, 2,4.   3 Eph. VI, 17.

 

comme les enfants qui n'ont pas vu la lumière ; » qui ne sont parvenus à aucun rang distingué.

17. « Là les impies ont déposé leur fureur ; » en mourant à ce monde. « Là reposent les forts épuisés de fatigue ; » fatigués dans leur corps, et non dans leur âme ; ou après avoir accompli la destinée des créatures périssables.

18. « Ils n'ont point entendu la voix de l'exacteur. » De là cette parole : « Le juge te livrera à l'exacteur (1); » c'est-à-dire que leurs péchés leurs sont pardonnés : il parlait des impies.

19. « Là sont le grand et le petit. » On peut bien ici ne voir qu'un seul homme, conformément à cette sentence : « Celui qui s'humilie sera glorifié (2). —  Et le serviteur qui ne redoute « point son maître ; » dans le sens de ce passage « Veux-tu ne pas craindre la puissance ? fais le bien (3); » ou de cet autre : « L'amour parfait chasse la crainte (4). »

20. « Pourquoi la lumière est-elle donnée à ceux qui sont dans le chagrin ? » C'est l'honneur accordé aux méchants. « Et la vie aux âmes qui sont dans la douleur ? » Dans ce qui produit la douleur, c'est-à-dire dans le péché.

21. « Qui désirent la mort, et elle ne vient point. » Ils ne recueillent point de fruit du péché. 23. « La mort est un repos pour l'homme dont la vie est cachée. » Parce qu'elle n'est vue que de Dieu, ou connue que d'un petit nombre. Cela s'entend de cette mort qui nous fait mourir au monde; en l'autre il n'y a point de repos. « Dieu l'a enfermé de toutes parts ; » en ne l'abandonnant pas aux désirs de son coeur.

24. «Avant de prendre ma nourriture, le gémissement est sur mes lèvres. » Avant la joie de la nourriture céleste, arrivent les tribulations. « Et je pleure dans les angoisses;» envoyant que je ne puis éviter ce que je redouté.

25. « Car la crainte queue redoutais est venue jusqu'à moi. » L'adversité qui nous vient de la miséricorde divine pour notre amendement.

26. « Je n'ai été ni dans la paix, ni dans le silence, ni dans le repos. » Car ce n'était que de faux biens dont il redoutait la perte. «Et la colère es venue jusqu'à moi. » La vengeance devant laquelle le juste à peine sera sauvé (5).

 

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CHAPITRE IV. —  Eliphaz de Théman reproche à Job son peu de fermeté et l'injure qu'il fait à Dieu.

 

3. « Qui soutiendra le poids de tes

 

1 Luc, XII, 58. —  2 Ib. XIV, 11. — 3 Rom. XIII, (3). —  4 I Jean, IV, 18. — 5 I Pierre IV, 18.

 

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paroles ? » Eliphaz se croit donc contraint de parler, parce qu'il ne peut supporter les paroles de Job.

6. « Ta crainte n'est-elle pas insensée ? » Si tu étais sincère en conseillant les autres, tu devais t'attendre à ce qui t'arrive. Tu t'effraies sans raison de ces maux, n'as-tu pas dit: «La crainte que je redoutais est venue jusqu'à moi (1) ? Et ton espérance, et la simplicité de ta vie ne  sont-elles pas comme la sottise, » celle qui fait croire que ces biens sont véritables ?

10. « Le rugissement du lion et le cri de la lionne; » c'est-à-dire le démon lui-même, et la cité orgueilleuse, souvent décrite parles prophètes sous les traits de la bête. « Et la joie du dragon sera anéantie; » celle des orgueilleux et des traîtres.

11. « Le myrmicoléon a péri, parce qu'il n'a plus de proie; » parce qu'au dernier jour le démon n'en pourra plus séduire pour les dévorer, car les bons seront séparés des méchants.Eliphaz se trompe en appliquant à Job les paroles prophétiques qui doivent s'entendre du démon. Celui-ci doit être ainsi appelé (fourmi-lion), soit parce que les traits de ces deux bêtes sont en lui

cet animal pille et enlève secrètement le  froment, et l'empêche de produire, en détruisant son germe; soit encore parce que le démon est le maître des avares et de ceux qui thésaurisent; soit enfin parce qu'il tourmente les justes, lesquels, semblables aux fourmis, rassemblent en été les provisions de l'hiver; mais il ne pourra les dévorer, car alors les bons seront séparés des méchants. « Et les petits du lion ont été dispersés. » Les princes issus de l'alliance de cette cité avec le démon avaient formé une ligue qui a été dissipé, ou bien, ils se sont détruits les uns les autres, selon cette parole : « Une nation s'élèvera contre un autre nation (2). »

12. «Aucun de ces maux ne te serait arrivé; » soit ces pertes, ces privations, ces plaies saignantes, soit les tristesses qui ont accablé ton esprit. Tu aurais su te consoler, si tes discours avaient été sincères.

13. « Ne m'a-t-il pas fait entendre de   magnifiques accents ? » Il annonce ici que ses paroles lui sont inspirées d'en haut.

15. « Et un esprit vint se placer devant moi. » Il veut nous faire entendre qu'un souffle l'a touché, et l'on voit, par ce qu'il ajoute, que ce n'était pas selon lui un vain fantôme. Rappelons-nous

 

1 Job. III, 25. — 2 Marc, XIII, 8.

 

que l'Esprit-Saint descendit de cette manière sur les Apôtres.

17. « Eh quoi ! l'homme sera-t-il jamais pur devant Dieu ? » Il veut dire ou qu'il a entendu énoncer cette pensée, ou qu'il a été saisi d'effroi en voyant que personne n'est pur devant Dieu, ou qu'il a eu ce genre de vision, parce que nul n'est assez pur pour voir Dieu tel qu'il est. Ici le mot pur signifie une pureté parfaite plus haut il s'entendait d'un pureté relative, et en ce sens il a pu dire que l'homme ne périrait pas.

18. « S'il ne croit pas le mal contre ses serviteurs. » C'est ce qui arriva lorsqu'Elie disait: « Seigneur, ils ont tué vos prophètes ; » il lui fut répondu : « Je me suis réservé sept mille hommes (1). » Non pas que ces sept mille hommes fussent déjà purs. Cela était dit des anges'et des prophètes. « Et dans ses anges même il a trouvé « le mal; » ou parce que le mal a été dit contre eux, ou parce qu'ils l'ont dit eux-mêmes. Ceci peut s'entendre même des bons anges.

19. « Ceux qui habitent des maisons de boue, » dont la conversation n'est pas dans le ciel. « Il les a frappés comme s'ils étaient rongés par les vers. » Ou bien quelque maladie les a rongés comme les vers; ou Dieu lui-même les a condamnés à être mangés par les vers, ou. enfin leurs coupables voluptés ont fait naître en eux-mêmes un germe de corruption qui les a rongés peu-à-peu ; c'est parce qu'ils habitaient une maison de boue.

20. « Nés le matin, le soir ils ne sont plus. » Cela veut dire qu'ils ne sont plus rien après cette vie, ou qu'ils arrivent promptement de la prospérité à 1a tribulation ; car le châtiment les a suivis de près. « Et parce qu'il n'ont pu s'aider, ils ont péri, » c'est qu'ils ont mis en eux leur espérance.

21. « Ils ont péri, parce qu'ils n'avaient pas la sagesse, »la sagesse de ne pas se confier en eux-mêmes.

 

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CHAPITRE V. — Suite du discours précédent: Dieu punit les méchants.

 

1. « Appelle à ton secours; peut-être quelqu'un répondra-t-il. » Dieu répond à ceux qui son purs à ses yeux.

2. « Car la colère tue l'insensé. » L'indignation qui le saisit à la vue de son malheur, comme s'il lui arrivait injustement : il oublie que les souillures de son âme, connues de Dieu, empêchent les Anges de répondre à sa prière, ou de

 

1 III Rois, XIX, 14, 18.

 

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se montrer à lui ; car n'ayant pas ces pensées, il est insensé, et son injuste colère le fait mourir. Ou bien encore l'insensé ne peut voir ni entendre les anges, parce qu'il est battu par sa colère, anéanti par ses emportements. « Et l'envie fait mourir celui qui se trompe, » quand il veut imiter les pécheurs.

3. « J'ai vu les insensés comme affermis par de profondes racines. » Les insensés sont ici les impies; et la sagesse de l'homme signifie sa piété, comme la suite nous le fera voir.

4. « Et qu'ils soient écrasés à la porte des faibles, » c'est-à-dire des humbles, lorsque ceux-ci seront reçus dans la chambre de l'époux et que les insensés seront laissés dehors (1).

5. «Le juste se nourrira de ce   qu'il aura amassé. » Ceci peut s'appliquer aux Juifs,      qui ont recueilli les prophéties, mieux reçues ensuite parles Gentils, ou bien à ceux qui nourrissent leur âme en faisant ce que d'autres prescrivent sans l'accomplir. « Pour eux, ils ne seront point délivrés de leurs péchés, » quoiqu'ils enseignent ce qu'il faut éviter. « Et que leur force soit anéantie ; » quand ils se prévalent contre le faible; qu'elle soit épuisée et qu'ils connaissent les fatigues.

6. « Car ce n'est point la terre qui produit la douleur. » Ils n'ont point à se plaindre des créatures, mais d'eux-mêmes.

7. « L'homme est né dans le travail.» On dit ici : « Il est né, » en ce sens que l'homme quitte un état de repos pour une vie laborieuse. « Et «les petits du vautour s'élèvent très-haut dans « leur vol. » Le vautour, c'est le Seigneur qui, des hauteurs de la Prophétie, voit notre condition mortelle : il vient s'en revêtir et nous changer en son corps. Les petits du vautour sont. les petits de l'époux; leur vol est très-élevé, puisque leur conversation est dans le ciel (2); aussi sont-ils délivrés du travail dans lequel l'homme vient au monde. Ils ont obéi à celte voix: « Venez à moi, vous tous qui travaillez (3). » Par les petits du vautour, on peut encore entendre, en mauvaise part, les puissances de l'air, à qui la mort, c'est-à-dire le péché, sert de pâture. Parce que ces anges prévaricateurs n'ont pas été abaissés à notre condition mortelle, condamnés à nos fatigues, ils s'en prévalent à l'excès : ils s'élèvent très-haut dans leur vol.

10. « Il répand la pluie sur la terre. » Il fait miséricorde à ceux qui s'avouent coupables.

 

1 Matt.XXV.   2 Phil. III, 20.   3 Matt. XI, 28.

 

12. « Afin que leur main n'accomplisse pas ce qu'ils ont médité; » qu'ils ne fassent pas ce qu'ils ont promis, quand ils ont menacé d'écraser le faible.

14. « Pendant le jour ils seront environnés de ténèbres ; » comme les Juifs qui n'ont pas connu le Seigneur. « Au milieu du jour ils tâtonneront comme pendant la nuit : » En voyant les miracles les uns disent . « Est-ce un prophète ? » les autres: « Il séduit le peuple (1). » Ils n'ont point voulu ouvrir les yeux à la lumière.

15. « Qu'ils périssent dans la lutte ; » dans les tentations. — « Que le faible échappe aux mains du fort; » à celles du démon. « Que l'espérance soit au coeur du faible ; » car ces forts cherchent ici la réalité même.

17. « Bienheureux l'homme que le Seigneur reprend. » Ici Eliphaz se trompe, il croit que Job souffre à cause de ses péchés : au contraire Job est bienheureux; parce que s'il est condamné en cette vie, il peut se purifier.

19. « Et le septième jour le mal ne pourra t'atteindre. » Désignation mystérieuse du sabbat.

20. « Au temps de la famine, il te préservera de la mort. » Par sa parole il nourrit et rend fort contre la tentation. « Au jour du combat il te délivrera de la main de fer; » de la puissance des chaînes.

21. « Il te dérobera aux morsures de la langue : » pour que tu ne ressentes pas les outrages, et non pour les détourner de toi.

22. « Tu te riras de l'injuste et du méchant; » comme il est dit que la sagesse se rira de la perte des méchants (2). « Tu n'auras plus à craindre les « bêtes cruelles, » c'est-à-dire, tu ne craindras plus les Juifs, car les gentils seront dociles à ta voix. Ceci doit s'entendre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Eliphaz se trompe ici en attribuant à Job ce qui lui est révélé ; tout doit s'appliquer au Sauveur.

23. « Parce que tu as fait alliance avec les pierres des champs. » Ces pierres des champs sont les Gentils. La Loi ne fut point promulguée parmi eux; ils étaient comme les pierres qu'on assemble pour l'édifice. « Les animaux féroces s'apprivoiseront devant toi. » On peut appliquer ceci aux Juifs comme aux        Gentils.

24. « Tu verras ensuite reposer en paix ta maison; » c'est-à-dire l'Eglise.

 

1 Jean, VII, 40, 12. —  2 Prov. I, 26.

 

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25. « Et tes enfants seront comme l'herbe des champs ; » préservés de la sécheresse.

26. « Et tu viendras dans le tombeau comme le froment bien mûr. » Après ta passion.

27. « Voilà ce que nous avons attentivement « médité. » Ces paroles confirment l'autorité de cette prophétie. « Pour toi, sache bien te connaître toi-même et ce que tu as fait. » Car Dieu n'a pas permis que ceci t'arrive injustement.

 

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CHAPITRE VI. —  Paroles de Job ; sa justification.

 

3. « Il te semble donc que mes paroles sont mauvaises. » Job n'a point parlé pour se plaindre des coups de l'adversité ; il n'a fait qu'exprimer sa douleur, moins la sienne propre que celle que lui fait éprouver le sort du genre humain tout entier.

4. « Les flèches du Seigneur se sont     fixées sur moi. » C'est la parole de Dieu qui transperce l'âme en lui faisant confesser ses fautes. « Leur fureur s'est abreuvée de mon sang; » car elles enlèvent le péché. « Dès que je veux parler, elles m'aiguillonnent. » Elles m'imposent ce que je dois dire.

5. « Eh quoi ! N'est-ce pas quand il a faim que l'onagre pousse de vaines clameurs ?» S'il souffre de la faim, c'est qu'il a voulu être libre. « Le boeuf mugira-t-il, quand il aura devant lui sa nourriture? » Le travail du boeuf préparé à l'âne sa nourriture. Ainsi fut-elle préparée aux Gentils parles Prophètes et les Apôtres, qui étaient Juifs. Ces paroles expriment donc le désir de manger; c'est-à-dire d'être secouru, et non l'impatience de souffrir.

6. « Le pain peut-il sans sel être mangé? » Comme si on lui disait: Pourquoi donc parles-tu ainsi en figures? Il répond que ces choses exprimées au propre seraient sans saveur. « Quelle « douceur y a-t-il dans les discours insensées ? » Il appelle insensés les discours des hommes ; la parole de Dieu est le vrai pain, mais le pain céleste. « Voilà pourquoi mon esprit ne peut se taire. » De même que sans le sel on ne peut goûter le pain, ainsi je me dois tout entier à la parole de Dieu, selon ce qui est écrit : « Comment entendront-ils, si personne ne les prêche (1) ? »

7. « Je le vois, ma nourriture est devenue fétide comme l'odeur du lion. » Mes paroles sont fétides comme le lion : ou parce que dans leur orgueil ils se sont prévalus de leurs pensées,

 

1 Rom. X, 14.

 

ou parce que s'attachant aux plaisirs charnels, ils ont répandu l'odeur du lion, eux qui se glorifient en leurs discours.

8. « S'il plaît au Seigneur que ma demande arrive. » Il appelle demande la chose même qu'il sollicite. « Et qu'il réponde à mes espérances. » L'épreuve est bonne pour celui qui a l'espérance d'être consolé après la tribulation,, Le mot espérance est ici bien choisi, car après avoir obtenu ce qu'il attend, l'homme n'a plus besoin d'être éprouvé.

10. « Que la cité dont je franchissais les murailles soit pour moi un sépulcre. » Il veut que la cité impie de Babylone soit pour lui un sépulcre, non pour qu'elle le couvre de ses ruines, mais afin qu'elle sache qu'elle ne renferme que des morts, elle où il se vantait de trouver son appui et sa défense. « Je serai sans pitié ; car je n'ai point dit le mensonge; mes paroles sont les paroles saintes de mon Dieu. » Il a seulement dit ce que le Seigneur lui a inspiré; savoir que l'humanité en général a besoin de se, cours pour le louer.

11. « Quelle est ma force pour tout supporter? » Voilà la blessure. « Combien de temps encore « mon âme doit-elle souffrir? » Aux approches de la mort les hommes sont pressés de se convertir et de faire à Dieu l'aveu de leurs péchés les plus honteux ; et cette considération l'a forcé à se reconnaître coupable.

12. « Ai-je la force des pierres ?» Il désigne les endurcis, que les traits de la parole divine ne peuvent pénétrer, que rien ne touche et ne détermine à confesser leurs péchés.

13. « Ai-je refusé de me confier en lui dans ma prospérité? » quand, à l'image de Dieu, j'étais immortel. « Et il m'a retiré son appui. » Je suis devenu mortel en voulant me confier en moi . « Dieu m'a visité et m'a dédaigné ; » selon ce, qui est écrit : « Qu'est-ce que le fils de l'homme; « pour que vous le visitiez (1) ?»

16. « Mes proches ont refusé de me voir. » J'ai fait horreur aux anges. « Comme le torrent qui s'écoule. » J'ai été comme inondé par la miséricorde; tout s'est desséché, et il n'y a plus de source pour me désaltérer. « Ils sont passés devant moi comme les flots . » Les consolations étaient donc pour lui comme un breuvage. «Ceux qui me craignaient sont venus fondre sur moi. A Le démon avec ses anges. « C'en est fait de moi, je suis exilé de ma propre maison ; » il veut

 

1 Ps. VIII, 5.

 

595

 

parler de la demeure éternelle ou de sa propre conscience : c'est pourquoi il était assis devant. sa porte,.

19. « Voyez les chemins de Théman, les sentiers de Saba. » Il désigne ici ceux qui n'aiment que les biens de ce monde, sur lesquels il assure ne pas s'appuyer lui-même, ou mieux l'humanité qu'il représente.

20. « Et vous aussi, vous vous êtes impitoyablement élevés contre moi, » pensant que l'homme est heureux s'il regorge des biens de ce monde. Ils l'insultaient en effet plutôt qu'ils ne compatissaient à ses maux.

21. «Mais voyez mes blessures et craignez ; » comprenez ce qu'elles signifient et craignez les châtiments à venir.

22. « Eh quoi? que vous ai-je demandé et qu'ai-je besoin de votre force ? » car il souffre en la présence de Celui qui peut le guérir.

24. « Instruisez-moi, et je garde le silence. » Ils devaient être attentifs à ses enseignements, puisqu'ils ne pouvaient l'instruire.

25. « Mais je le vois, les paroles de l'homme véridique ont été en petit nombre sur vos lèvres. » Il appelle l'homme véridique celui qui par sa conversion est devenu un vrai modèle de pénitence, et dont ses amis. imitaient peu le langage.

26. «Je n'implore point votre secours. » L'homme véritable n'implore que le secours de Dieu, et cet homme véridique aussi est celui qui avoue ses péchés :delà cette parole : « Celui qui pratique la vérité vient à la lumière (1). —  Je ne supporterai plus désormais les excès de votre langage ; » c'est la parole de Dieu qu'il veut seule accepter, c'est-elle qui doit le guider

27. « Et cependant vous vous attaquez à l'orphelin » voilà votre rôle : vous voulez m'injurier sans comprendre. ce que tout ceci signifie. Ils n'auraient pas dû insulter Job qui était en leur présence ; aussi dit-il: « Et cependant. »

28. « Maintenant, que vous me voyez, laissez-moi en repos ; » puisque vous ne pouvez m'instruire.

29 . « Et recherchez désormais la justice. » Il leur avait d'abord semblé que le bon droit les faisait parler

30. « Car l'iniquité n'est point sur mes lèvres, et mon coeur n'a-t-il point médité la sagesse ? » Il n'a point accusé Dieu, dit-il, mais il a fait parler un homme qui s'accusait lui-même, comme

 

Jean, III, 21.

 

déjà il nous l'a fait comprendre dans ses autres paroles. C'est ainsi qu'il a médité la sagesse.

 

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CHAPITRE VII. — Nouvelles preuves de l'innocence de Job. —  Grandeur de ses maux.

 

1. « La vie de l'homme sur la terre n'est-elle pas une épreuve? » Il dit ici plus clairement ce qu'il représentait plus haut dans son langage. La tentation pour lui est comme l'arène du combat, où l'homme doit être vainqueur ou vaincu. « Et son existence comme celle du mercenaire à la journée, » qui attend de ce monde son salaire. Par conséquent ceux qui attendent en l'autre vie la récompense de leurs vertus ne vivent plus sur la terre.

2. « Comme l'esclave qui redoute son maître et qui court à l'ombre. » Ceci rappelle la fuite d'Adam pour éviter la présence du Seigneur et le feuillage dont il se couvrit: il n'eut que l'ombre de ce feuillage, après avoir abandonné le Seigneur. « Ou comme le mercenaire qui attend le salaire de son travail. » Celui-ci diffère du précédent en ce que le premier possède les biens temporels, tandis que lui les désire.

3. « Ainsi ai-je eu des mois d'une attente stérile. » Il les a appelés stériles, parce qu'il y recherchait ou l'ombre, des biens temporels. « Et des nuits de douleurs m'ont été données. » Ce sont celles où l'on perd la lumière de la sagesse, et où on se prépare des châtiments pour l'avenir.

4. « Si je m'endors, je demande quand luira le jour; si je veille, je cherche aussi quand viendra le soir. » C'est bien là le désir du travail qui tourmente l'homme dans le repos, et celui du repos qui le tourmente dans le travail. « Du soir au matin je suis rempli d'amertume. » Voilà ou il est arrivé en se séparant de Dieu. Aussi Dieu s'avançant vers le soir, les chassa (1). Ce qui signifie que les malheureux n'ont d'espoir de soulagement que le matin, selon ce qui est écrit : « Le matin je me présenterai devant vous (2); » c'est-à-dire, quand après le jugement, Dieu, le véritable matin, se révèlera aux justes. C'est pourquoi Notre-Seigneur est enseveli le soir et ressuscite le matin (3). On peut donc comparer cette vie à l'étoile du matin.

5. « Mon corps est formé de la pourriture des vers: » d'un nombre infini de vers. « Et la terre s'est abreuvée de la souillure de mes plaies. » Tels sont les désirs et les soucis des méchants, quand ils racontent avec joie leurs péchés. Ils se

 

1 Gen. III, 7, 8. —  2 Ps. V, 5. —  3 Jean, XIX, XX.

 

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font une occasion de péché, de ce qui excite les autres au repentir, ce sont des chiens qui viennent lécher les plaies de Lazare (1).

6. « Et ma vie s'envole plus vite que la parole. » J'agis encore moins que je ne parle.

7. « Rappelez-vous donc que ma vie est un souffle, » c'est-à-dire qu'elle souffre une faim spirituelle. « Et que je ne puis retourner aux choses  visibles. »

8. « Celui qui me voit ne me connaîtra plus. » Parce que je changerai. Par celui « qui me voit » il faut entendre le démon qui nous regarde avec envie. «Vos yeux sont tournés vers moi, et je ne subsiste plus. » Vous avez anéanti en moi la vie charnelle, qui l'a fait régner sur moi.

9. « Comme une nuée chassée du ciel, » ou dissipée dans le ciel; comme on dit, chassée par le fer. Il enseigne ici qu'il a été secouru parle ciel pour purifier son âme, ou qu'il n'y a plus pour lui de nuée, parce qu'elle a été réduite en un air sans mélange, purifiée par les rayons du soleil, et ainsi l'obscurité de la chair et du sang n'est plus dans le ciel. Car la chair et le sang; ne possèderont point le royaume du ciel, après que ce corps mortel aura revêtu l'incorruptibilité, et que la mort aura été anéantie dans sa victoire (2). « Si l'homme descend aux enfers, il n'en remontera point. » Souviens-toi de ceci pour n'y point descendre.

10. « Et il ne reviendra plus dans sa maison; » c'est-à-dire, il ne retrouvera plus son premier repos.

11. « C'est pourquoi je ne retiendrai pas mes paroles: » j'avouerai mes fautes puisqu'il en est temps.

12. « Suis-je comme la nier ou le dragon ? » Car vous ne m'avez pas repoussé comme vous . repoussez les impies ou le démon. « Vous avez  chargé de veiller sur moi; » afin que je ne sois point agité comme les rivages de la mer.

13. « Je m'étais dit : Mon lit me consolera: » les jouissances charnelles où il se reposait. « Et « sur ma couche j'apporterai l'adoucissement à mes maux: » Et cependant je dois vous attribuer toute ma consolation.

14. « Vous m'épouvanterez dans mon sommeil, et vous me troublerez par d'horribles visions. » Par les tribulations delà vie présente, véritables songes aussi bien que sa prospérité.

15. « Vous délivrerez mon âme de ce genre de vie; » à cause de ces épouvantables visions

 

1 Luc, XVI. 21. — 2 I Cor. XV, 60, 63, 64.

 

dont sera délivrée toute âme craignant de les recevoir « Et j'ai de mes os repoussé la mort. » Ils allaient être saisis par la mort, si dans mon effroi je n'eusse montré plus de courage et de patience; ce qui est leur force.

16. « Je ne vivrai point toujours, pour toujours être patient. » La brièveté de la vie et la crainte de la mort ont servi à me corriger. Aussi le démon ne peut se convertir parce qu'il ne meurt point, et que son jugement est prononcé. De là cette parole : « La crainte est le commencement de la sagesse (1). — Retirez-vous de moi, ma vie « n'est que vanité; » parce que je n'en puis supporter les épreuves.

17. « Ou pour que vous étendiez  jusqu'à lui votre esprit. » Parce qu'il est doué de raison et qu'il est dit : « Nous avons l'Esprit du Seigneur (2). » Or, le propre de la raison est de développer l'intelligence.

18. « Et vous le jugerez dans le repos: » cligne de repos.

19. « Jusques à quand me tiendrez vous enchaîné ? » dans les liens de la tribulation. «Ne m'abandonnerez-vous pas, que je puisse respirer ? » afin qu'instruit par la tribulation, je puisse contenir et absorber, dans les douleurs  de mon supplice , le flot des voluptés charnelles.

 20. « Si j'ai péché, que puis-je faire pour vous? Cela veut dire; si j'ai péché, je ne puis rien faire pour vous. Est-ce que les hommes vous importunent par leurs discours? Vous qui connaissez sa pensée, auriez-vous donc formé l'homme pour que ses discours se tournent contre vous; soient pour vous un fardeau ? Et si le péché de l'homme, soit en parole, soit. en action, ne peut vous atteindre, pourquoi ne l’oubliez-vous pas? pourquoi pari fiez-vous celui qui l'a commis ? N'est-ce pas qu'il faut rapporter à votre bonté ce qui est dit plus haut: «Qu'est-ce que l'homme pour que vous l'exaltiez ? » Parce qu'ils ne comprenaient pas ceci, les amis de Job pensèrent qu'il avait accusé Dieu. Si les épreuves auxquelles vous me soumettez ne doivent point contenir en moi les mouvements désordonnés, si vous ne veillez point ainsi sur moi, quel autre motif avez,vous de châtier l'homme? Son péché ne peut vous nuire. Ou bien si vous voyez qu'il parle contre vous, puisque vous connaissez ses plus secrètes pensées, vous ne deviez pas établir ce qui est contre vous.

21. « Et pourquoi n'avez-vous pas oublié mon

 

1 Eccli. I, 16. — 21 Cor. II, 16.

 

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iniquité? » Si mes épreuves ne doivent point m'être utiles et que tout, le châtiment même, ne me vienne pas de votre miséricorde ? « Maintenant je retournerai dans la terre. » Tout purifié que je serai de mes péchés, il faudra que je meure et que mon corps soit mis en terre. « Je me lèverai et l'on ne me verra plus, » dans cette terre.

 

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CHAPITRE VIII. —  Job doit confesser ses fautes. —  Paroles de Baldad de Sueh.

 

 4. « Il a pris en « main leurs iniquités. » Il les a pris en main eux-mêmes ou pour les châtier, ou pour les supputer et les trouver ainsi ses débiteurs, parce qu'ils avaient péché.

6. « Il te rétablira dans la vie de la justice, » dans la vie qui est due à la justice, c'est-à-dire dans la vie bienheureuse.

7. « Et ta première prospérité paraîtra sans éclat, » en comparaison des biens à venir qui sont infinis.

10. « Ceux-ci ne pourront-ils pas t'instruire et te parler sagement ? » L'autorité de plusieurs est toujours plus grande : il va donc dire ce qui lui a été révélé du Christ, comme déjà Eliphaz a répété ce qu'il avait appris par inspiration.

11. « Est-ce que le jonc peut croître sans eau? , » Ainsi se dessècheront les impies loin de la divine miséricorde.

12. « Il s'arrête au moment de croître et personne ne vient le cueillir, » puisqu'il est sans eau. « Avant d'être arrosée l'herbe ne se dessèche-t-elle pas? » si elle n'est arrosée; jamais en effet l'impie n'a pu croître.

14. « Les araignées rempliront sa demeure. » Ce sont les oeuvres inutiles. Il semble parler ici des Juifs et de Notre-Seigneur.

15. « S'il veut étayer sa maison, elle s'écroulera. » L’étayer ou sur les saintes Ecritures, ou sur l'espérance des divines promesses : n'est-il pas ici question du royaume de Dieu ? « S'il commente, il ne pourra persévérer, » à suivre Dieu. C'est ce qui est arrivé aux Juifs, qui ne l'ont point suivi jusqu'à la fin.

16. « Il est humide devant le soleil. » Ils se corrompent sous le flot des passions humaines. Il dit : « devant le soleil, » sous le poids des tribulations. Devant, peut signifier sous; ainsi nous disons; fais cela devant moi, sous mes yeux. « Et en pourrissant il fait croître son germe. » S'ils n'avaient pas été si pervertis, la passion n'aurait pas élevé celui qui était né d'eux selon la chair (1).

 

1 Rom. IX, 5.

 

17. « Il s'endort sur des monceaux de pierres. » Ce sont ceux qui l'ont crucifié. « Et il vivra au milieu des cailloux; » au milieu des humbles, parmi lesquels étaient les Apôtres.

18. « Si on le fait disparaître, le lieu qu'il occupait ne le reconnaîtra plus. » S'il ne montre pas qu'il est le Fils de Dieu, on dira qu'il ne l'est point: il faut donc qu'il le déclare lui-même, car où il se trouve, on ne veut pas reconnaître les oeuvres de Dieu.

19. « Et un autre sortira de terre; » ou Notre-Seigneur en ressuscitant, ou une autre race de justes, celle des Chrétiens.

20. «le Seigneur ne mettra pas à l'épreuve « son innocence. » Dominos non probabit innocentem. Faut-il traduire : Le Seigneur ne réprouvera pas l’homme innocent? ou bien, ne trouvera pas innocent l'impie? « Aucun présent, » les sacrifices crue lui offraient les Juifs.

21. « Il mettra la joie aux lèvres des hommes sincères; » de ceux qui s'avouent coupables. « Et tente ne l'impie ne pourra se tenir debout; » ou leur temple, ou leur royaume.

 

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CHAPITRE IX. —  Réponse de Job.

 

« Je sais qu'il en est ainsi. » C'est-à-dire, qu'il m'a accablé de ces maux; à cause de mes iniquités, mais ce n'est point comme vous l'avez pensé, c'est plutôt parce qu'aucun homme n'est juste devant lui.

3. « De mille accusations on ne pourra répondre à une seule. » En toutes il prouvera qu'ils sont coupables.

5. « Il fait vieillir les montagnes et elles l'ignorent. » Il les affaiblit peu à peu, comme il est dit : « J'ai vieilli au milieu de mes ennemis (1). —  « Il les renverse dans sa colère. » Lorsqu'il est irrité contr'eux, il les renverse, pour qu'ils ne trouvent point ce qu'ils avaient cherché, puisque celui qui s'élève sera abaissé (2).

6. « Il ébranle le monde dans ses fondements; » ainsi quand il a appelé les hommes à lui, il a ébranlé ceux qui étaient au premier rang. « Et ses colonnes chancèleront. »

7. « Il commande et le soleil ne se lève point. » Ou la sagesse ne sera point connue, ou ceux qui écrivent rie seront point compris, selon cette parole: « Scelle le livre (3). »

8. « C'est lui seul qui étend les cieux; » l'Eglise siège, de sa puissance, qu'il répand par tout le monde. « C'est lui seul, » dit-il, pour exprimer

 

1 Ps. VI, 8. — 2 Luc, XIV, 11. — 3 Dan. XII, 4.

 

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l'unité de la Trinité, car tout a été fait par le Fils, dans le Saint-Esprit. « Il s'avance sur les flots comme sur la terre. » Sur la terre, c'est-à-dire en affermissant son Eglise sur de fermes appuis au milieu des agitations du monde, ou bien en soumettant à sa puissance les pécheurs qui ne peuvent l'engloutir; jamais il ne fléchit devant leurs efforts.

11. « S'il passe devant moi, je ne le verrai point. S'il est plus élevé que moi et qu'il m'étourdisse par la rapidité de sa course, je ne le connaîtrai pas. » Il faut donc qu'il compatisse à ma faiblesse et ne m'abandonne pas.

12. « S'il livre à la mort, qui pourra l'éditer? » Il livre à la mort, quand il passe avec dédain, ou sans être connu; et c'est bien la mort. — Pour l’âme que de ne pas connaître Dieu.

13. « Nul ne peut éviter les coups de sa colère. » Celle d'un autre peut être évitée par un plus puissant. « Il a assujetti tout ce qui est sous le ciel. » Il faut en excepter le ciel, c'est-à-dire la créature douée de raison, parce que si celle-ci s'était soumis à elle-même toutes les autres, jamais elle n'aurait pu être châtiée par les êtres qu'elle aurait soumis à sa puissance: mais comme c'est Dieu qui les lui a subordonnés, elle trouve en eux son châtiment, quand elle offense celui qui les lui a assujettis.

15. « Quand même je. serais juste, il ne m'exaucera pas ; » si, en le priant je; m'appuie sur ma sainteté. Car s'il compare mes mérites avec les saints qui sont près de lui immortels et immuables, il rejettera ma prière comme celle d'un criminel. Il est donc vrai que sa miséricorde m'est nécessaire. « J'implorerai son jugement, » parce que je ne puis me croire juste moi-même, selon cette parole : « Je ne me juge point c'est le Seigneur qui est mon juge (1). »

16. « Si je l’invoque et qu'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il ait entendu ma voix. » Lorsque je réclame son jugement, s'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il m'ait jamais exaucé, mais qu'il a prêté l'oreille à mes paroles pour des motifs secrets et non à cause de l'excellence de ma prière. Ou bien : je ne crois pas qu'il ne m'exauce point maintenant, puisqu'il m'a quelquefois exaucé. Voici encore une autre explication : S'il m'accorde ce que je demande, je croirai qu'il m'a exaucé, car si je ne le crois pas, bien que j'aie ce que j'ai demandé, je ne

 

1 I Cor. IV, 3, 4.

 

suis point exaucé; ainsi la foi de celui qui prie serait le signe qu'il a été exaucé.

17. « De peur que je ne sois brisé dans la tempête: » aussi ai-je réclamé son jugement, de peur qu'il ne me brise dans la tempête. « Il a multiplié sur moi les tribulations, sans motif; » je n'ai pu en connaître le motif. Voilà.. bien le langage d'un homme qui avoue que les châtiments de Dieu ne l'ont point changé, et qu'il peut être englouti par la tempête, c'est-à-dire, frappé d'un châtiment encore plus rigoureux.

18. « Il me laisse à peine respirer; » tant est grand le nombre de mes afflictions.

19. « Parce qu'il est le Tout-Puissant, il l'emporte. » Il m'a vaincu, afin que je fasse sa volonté et non la Arienne. « Quand même je serais juste, l'impiété serait encore sur mes lèvres : » si je me croyais juste.

21. « Néanmoins la vie me sera ôtée. » Quand même j'ignorerais si j'ai agi avec impiété, on m'ôtera la vie ; on me condamnera à souffrir ce que je redoute, et à ne pas faire ce que je désire.

22. « Je n'ai dit qu'une seule chose : la colère brise le fort et le puissant. » C'est-à-dire, sis les hommes sont affligés, c'est afin que nul d'entre eux ne s'appuie sur ses propres foras, pour se croire puissant et redoutable.

23. « Car une longue mort. est le partage du méchant; » et non une mort courte, comme celle du juste, lorsqu'il est dans la peine et tourné en dérision par les impies.

24. « La terre a été livrée aux mains de l'impie. » Les saints dans leur corps et non dans leur âme lui sont livrés, quand il les persécute, ou qu'il peut leur imposer ses volontés. On peut voir encore ici le pécheur tombant aux mains du démon dans sa nature mortelle. « Il prononce son jugement et ne le lui fait point connaître. » Le jugement du juste comme celui de l'impie n'est point connu en cette vie. Ou bien, il lui fait son jugement, il le punit en tenant pour lui cachés les décrets de sa. Providence, selon cette parole : « Dans l'excès de sa colère, il l'abandonnera (1). » Ou bien encore : il venge le juste en cachant à son persécuteur les décrets de sa justice, c'est-à-dire ceux de sa Providence, afin que l'impunité le conduise plus avant dans les pièges de son péché. « Et si ce n'est point lui, quel autre est-ce donc? » Tout ce            ceci peut s'entendre de Notre-Seigneur, qui fut tourné en dérision, et

 

1 Ps. IX, 26.

 

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dont la terre, c'est-à-dire le corps, fut livré aux mains des Juifs;. et c'est quand son jugement fut rendu, que sa majesté demeura inconnue. « Et si ce n'est point lui, quel autre donc » pour,rait montrer plus de puissance? Ou bien encore Site n'est point Dieu qui juge le juste et l'impie, quel autre pourrait le faire?

25. « Ma vie est plus rapide qu'un coursier. » Il regarde comme des fugitifs, ceux qui s'éloignent de la sainteté, pareils au jeune prodigue qui partit pour un pays lointain (1).

26. « Ou de l'aigle abaissant son vol et cherchant sa proie. » De ce rang élevé, où les créatures douées de raison goûtent le bonheur mérité par leurs actes de vertu, ils se sont abaissés jusqu'aux voluptés charnelles.

27. « Si je veux élever la voix, j'oublie à mesure que je parle. » De même que la parole ne s'adresse qu'aux objets extérieurs, ainsi l'âme se produisant au dehors, et séduite par les appâts de la créature, oublie son Créateur au dedans d'elle-même. « Je baisse la tête, et n'ai plus qu'à gémir. » Ces chutes en effet son suivies de douleurs.

 28. « Tous mes membres frémissent. » C'est la crainte qui prépare la conversion.

29. « Si je suis un impie, pourquoi ne suis-je point mort, plutôt que de souffrir? » Je le sais, tu l'entends, toi-même. Il veut dire peut-être encore qu'il souffre, parce qu'il n'est point mort à l'impiété.

30. « Et je serai purifié par des mains pures. » Par celles de Dieu ou les siennes, c'est-à-dire par les bonnes oeuvres après son retour à la grâce.

31. « Vous m'avez couvert de souillures; » jeté au milieu de cette vie mortelle. « Et mon vêtement m'a maudit : » celui de l'immortalité, dont nous voulons être revêtus (2). Mais parce que nous ne le pouvons dans cette vie de péché, il ajoute : « Et mon vêtement m'a maudit. »

32. « Vous n'êtes point un homme semblable à moi, que je puisse contredire. » Devant un homme je pourrais proclamer ma justice, mais à votre tribunal, je ne suis qu'un pécheur.

33. « Qu'un autre soit juge entre vous et moi! » Ce serait un blasphème, si on ne savait qu'il appelle ici le Médiateur de Dieu et des hommes (3), pour présenter ses prières. Placé entre l'un et l'autre, ce médiateur écoute l'homme pour le reprendre, car le Fils a reçu du Père le pouvoir

 

1 Luc, XV, 13.   2 II Cor. V, 4.   3 I Tim. II, 5.

 

de tout juger (1). « Qu'il m'accuse et se prononce entre nous deux! »

34. « Qu'il détourne de moi sa verge : » que la crainte de la Loi disparaisse, et que je lui sois uni par la liberté de l'adoption et l'amour.

35. « Car ainsi je ne suis point maître de mes pensées; » parce que je suis  attaché aux objets extérieurs.

 

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CHAPITRE X.. — Plaintes et prière de Job.

 

1. « Je parlerai contre moi. » C'est un humble aveu.

2. « Et je dirai au Seigneur : Ne m'enseignez pas à devenir impie. » Ne m'éprouvez pas au-delà de mes forces, et lie laissez point venir à moi ce qui m'entraînerait à l'impiété:

3. « Vous semble-t-il bon que .j'aie commis l'iniquité? » Vous n'approuvez pas, assurément, que je l'aie commise; vous n'avez donc pas été injuste, en disposant ainsi de moi. « Puisque vous méprisez l'ouvrage de vos mains; » si néanmoins vous méprisez après l'ouvrage de vos mains. « Considérez-vous les desseins des impies? » Il n'est point question de l'impiété qui se montre aux hommes. Ces mots : « Considérez-vous les desseins des impies? » ne signifient pas que Dieu se plait à les voir commettre l'iniquité.

4. « Regardez-vous comme l'homme regarde? » Evidemment vous ne voyez point comme l'homme. C'est pourquoi vous avez considéré les projets des impies; je veux parler de l'impiété connue de vous seul, et que les hommes ne peuvent voir.

5. « Ou votre vie est-elle la vie de l'homme? » , c'est-à-dire de peu de durée, de manière à ne pouvoir juger de ce qui est éternel.

6. « Vous avez sondé mes iniquités. » Car on ne peut vous cacher ce que l'on cache aux hommes.

7. « Vous savez que je ne suis pas un impie.» Jamais devant les hommes je n'ai agi avec impiété. « Mais qui peut s'échapper de vos mains? » lorsque vous jugez, car vous jugez en Dieu, vous voyez des impiétés que l'homme ne peut découvrir.

8. « Mais ensuite changeant vos desseins, vous m'avez frappé. » C'est lui et non pas Dieu qui a changé : mais l'homme, en se pervertissant, croit que Dieu change à son tour, pareil aux yeux longtemps habitués aux ténèbres et pour qui le soleil semble ensuite être changé.

9. « Souvenez-vous donc que vous m'avez pétri

 

Jean, V, 22.

 

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d'argile. » Ainsi j'ai besoin de votre miséricorde. « Et que vous me ferez retourner en terre, » par la mort qui est la peine du péché.

10. « N'avez-vous pas épaissi ma substance comme le lait? » C'est que Dieu témoigne sa miséricorde aux mortels, dès le moment même où il les forme de la substance informe de leurs parents.

13. « Vous contenez tous ces trésors en vous-même, et vous pouvez tout. » Telle est leur bonté, qu'ils produisent les principes vivants de la chair.

14. « Si je commets le péché, vous me protégez encore, » soit pour ne point me perdre, soit pour ne point me laisser ignorer mon péché.

15. « Et si je suis juste, à peine osè-je respirer, » devant les autres hommes: car vous découvrez des péchés qu'ils ne peuvent connaître. « Je suis couvert de confusion, » en votre présente.

16. « Je suis pris comme le lion que l'on conduit à la mort. » C'est le péché d'orgueil que les hommes ne voient point, et qui peut se glisser même dans les actions dignes de louanges. « Et « vous avez changé de nouveau pour me tourmenter cruellement. » Après.la peine du péché qui a soumis l'homme à la mort. Il parle ici des maux que les hommes ont à souffrir ici-bas : la plupart nous arrivent subitement, et troublent le repos que donnent à la vie présente la santé et la paisible possession des biens temporels, qu'on reçoit de la bonté divine.

17. « Ranimant contre moi mon supplice. » Car c'est déjà une peine que d'être sujet à la mort, et cette peine produit les autres tribulations.

18. « Pourquoi donc m'avez-vous tiré du sein de ma mère? » D'une condition obscure à un rang illustre; ce rang est à lui seul la source d'une misère plus grand, quand. on en est précipité. Il a déjà plus haut rappelé cette naissance.

19. « J'eusse été comme n'étant point, » complètement ignoré. De là cette parole : « Il appelle ce qui n'est pas, comme ce qui est (1), » au point de vue de la réputation.

20. « Est-ce que ma vie n'est point de courte durée? » Si je ne suis point mort, ce n'est pas que ma vie soit longue, car elle est assurément peu de chose. « Laissez-moi donc me reposer quelques instants; » après la bonté que vous

 

1 Rom. IV, 17.

 

m'avez témoignée en me formant de l'argile, en me condamnant à mourir quand je me suis corrompu, en me consolant après cette condamnation même et en m'éprouvant' ensuite par les afflictions. Souffrez donc que je me repose en vous.

21. « Avant d'aller dans ces lieux de tourments d'où l'on ne peut revenir. » On peut échapper à ces. autres peines dont il a été question, si l'on revient à Dieu. Il veut donc se reposer avant d'endurer les supplices éternels, c'est-à-dire, pour ne pas les endurer. Comme si l'on disait à quelqu'un corrige-toi avant d'être puni, évidemment, s'il se corrige, il ne sera point puni.

22. « Terre sans lumière, où l'on ne peut voir la vie de l'homme. » Cette vie de l'homme est là seulement où est la vraie lumière qui éclaire tous les hommes (1). Ici donc est la terre des vivants, et là la terre des mourants.

 

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CHAPITRE XI. — Reproches outrageants. Paroles de Sophar le Minéen.

 

2. « Suffira-t-il de bien parler, pour paraître juste? » Sophar croit que Job est plus riche en paroles qu'en oeuvres. « Bienheureux l'homme né pour peu de jours. » Il répète ce que l'autre vient de dire, pour lui montrer que ce n'est qu'une maxime vaine et insensée.

3. « Puisque personne ne te contredit. » Quand il parlait, personne ne le contredisait effectivement.

5. « Et comment Dieu lui-même pourrait-il te parler? » Dis plutôt ce qui peut attirer sur toi sa miséricorde.

6. « Il se fera sentir à toi doublement : » par ses châtiments,, par ses consolations. « Et tu le verras, le Seigneur n'a fait retomber sur toi que la juste punition de ton péché. » Après son châtiment, tu recevras ses lumières.

7. « As-tu pénétré dans le sanctuaire de la divinité? » pour oser la condamner.

8. « Le ciel se perd dans les hauteurs ; que pourras tu faire ? » pour en découvrir les secrets. Tu ne dois donc pas condamner Celui dont tu ne peux comprendre les oeuvres.

10. « Qui peut lui dire: Qu'avez-vous fait? » En vérité, tout est bien, si c'est Dieu qui l'a fait il ne peut faire que ce qui est bien.

11. « Il connaît les oeuvres des méchants : » sans rien faire de méchant. Il veut faire comprendre combien Job, qu'il croit mauvais, a été insensé d'accuser Dieu : c'est ainsi qu'il interprète ses paroles.

 

1 Jean, I, 9.

 

601

 

12. « L'homme au contraire hésite toujours en ses discours : » Tour-à-tour il aime Dieu et le condamne : quoique Dieu ne change pas. « L'homme, né de la femme, est comme l'onagre au désert : » avide de liberté, ne voulant être ni dominé ni dompté.

13. « Tu lèves vers lui des mains suppliantes, » afin qu'il accepte tes oeuvres.

14. « Si en tes mains il y a quelque souillure. » Il reprend les deux mêmes idées, mais dans un ordre différent. « Que l'iniquité n'habite point en ta maison. » Il veut dire dans son coeur.

15. « Alors ton visage resplendira comme une eau limpide. » Sa conscience sera pure.

16. « Comme le flot qui s'arrête, et tu ne seras plus effrayé; » à moins que Dieu ne frappe tous les vivants.

17. « Et ta prière s'élèvera brillante comme Lucifer. » Elle marchera avant la grande lumière. On dirait que tout ce qui précède lui a été révélé ou inspiré comme aux autres amis de Job, dans un sens prophétique, relatif à la cité sainte ou au peuple de Dieu.

19. « Et beaucoup viendront t'implorer. » Tout ceci,se rapporte à l'Église.

 

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CHAPITRE XII. —  Paroles de Job

 

4. « Mais l'homme juste et saint est tourné en dérision. » Cet homme juste est Notre-Seigneur, et voici le sens : il n'est donc pas étonnant si moi aussi je suis tourné en dérision.

5. « Sa demeure dévastée parles méchants. » C'est l’Eglise aux mains des persécuteurs. « Mais que nul dans sa méchanceté ne se flatte de rester impuni. » Car le jugement commence par la maison de Dieu (1).

6. « Comme s'ils ne devaient pas subir un sévère examen : » qu'ils ne soient point rassurés.

7. « Interroge les animaux des champs et ils te répondront. » Dans sa justice il recherche les oeuvres des méchants, parce qu'ils ont pu reconnaître le Créateur dans ses oeuvres et le servir. Ce n'était point aux créatures à les instruire, puisque la raison dont ils étaient doués devait les amener à cette connaissance.

10. « A moins que tous les êtres vivants ne soient point sous sa puissance. » On peut donc savoir qu'il a tout créé, puisqu'il tient en ses mains la vie de tout ce qui respire. « Et le souffle qui anime le corps. de l'homme, » tout

 

1 I Pierre, IV, 17.

 

corps humain ; ce souffle, l'âme raisonnable.

11. « L'oreille discerne les paroles. » De même que les objets sensibles tombent sous nos sens, ainsi les choses spirituelles sont aperçues de l'esprit. L'esprit doit donc connaître les oeuvres de Dieu, puisqu'il est sous sa main.

12. « La sagesse vient après un long temps : »  non après un long temps, mais elle est près de Dieu à qu'il faut la demander.

14. « S'il détruit, qui pourra rebâtir ? » Sa puissance a détruit, sa sagesse a fermé l'entrée, pour qu'on n'arrive point jusqu'à elle.

15. « S'il retient les eaux, la terre sera desséchée. » L'eau, c'est la sagesse, et la terre, c'est l'homme. « S'il leur livre passage, elles bouleverseront. » Quand beaucoup deviennent sages, les pécheurs se troublent.

17. « Il retient captifs les conseillers. » Il subjugue ceux qui ne prennent conseil que d'eux-mêmes. « Il jette l'effroi parmi les juges de la terre. » Ce sont les Juifs ou Pilate, ou ceux qui jugent selon les maximes du monde.

18. « Il place les rois sur leur trône, » ce sont les Apôtres ; « et les ceint du baudrier, » des austérités de la continence.

19. « Il laisse enchaîner ses Pontifes, » pour qu'ils soient menés par les hommes : il désigne ici les Juifs.

20. « Il change les lèvres de ses fidèles serviteurs. » Il les change pour le bien, afin que ceux-ci s'appuient, non sur leur sainteté, mais sur sa grâce. « Il connaît l'expérience des vieillards. » Il s'y complaît. D'où cette parole : « Vous êtes connus de Dieu (1); » et cette autre, tout-à-fait, contraire : « Je ne vous connais point (2). » C'est ainsi qu'il nous conduit sagement de la foi à l'expérience des vieillards.

22. « Il découvre les profondeurs des ténèbres, » en expliquant les prophéties. « Il produit à la  lumière les ombres de la mort. » C'est-à-dire, il fait connaître ce que vaut la vie présente : ce n'est que l'ombre de la mort.

23. « Il trompe les nations et les abandonne. » Elles croyaient perdre l'Église ; elles se sont perdues elles-mêmes : ceci s'applique aux impies. « Il renverse les peuples, puis les dirige; » pour les humilier, comme l'âne dont il est parlé.

24. « Il a réconcilié les coeurs des princes de la terre. » Il s'est réconcilié les Juifs ou les rois de la terre, qui d'abord avaient persécuté son Eglise. « Il les a conduits sur une route nouvelle

 

1 Gal. IV, 9. — 2 Matt. XXV,12.

 

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qu'ils ne connaissaient point : » en abrogeant la Loi il n'a parlé qu'à leur intelligence; aussi l'ont-ils regardé comme un pécheur.

25. « Ils se sont égarés en ces ténèbres comme un homme ivre. »

 

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CHAPITRE XIII. —  Faux raisonnements des accusateurs de Job.

 

3. « Et s'il le veut, j'accuserai en sa présence; » c'est pour s'accuser lui-même : c'est encore un aveu.

4. « Tous vous n'êtes que les médecins des méchants. »Vous ne pouvez apporter de consolations aux justes.

6. « Ecoutez donc les reproches de mes lèvres, » contre vous.

7. « Et vous ne dites que mensonge en sa présence; » lorsque, sans être justes, vous voulez le paraître.

8. « Prétendez-vous ne plus vouloir juger? » Pouvez-vous encore dissimuler, et ne pas convenir que j'ai parlé de vous selon la vérité?

9. « Et quand vous avez tout accompli, vous lui êtes encore redevables ; » c'est-à-dire, quand même vous observeriez tous ses commandements, il trouverait encore en vous de quoi vous condamner ; car personne n'est juste devant lui.

10. « Quand même vous admireriez les personnages ; » eux-mêmes, en se justifiant à leur propres yeux comme devant les hommes.

12. « Votre corps est de boue ; » sachez donc craindre en considérant votre néant.

14. « Et mes dents ont déchiré mes chairs. » Je ne veux point m'épargner, m'accusant comme je vous accuse. « Je prendrai mon âme dans ma main, » pour la regarder, pour ne rien cacher et compter le nombre de mes fautes.

15. « Si le Tout-Puissant me fait mourir, comme il a commencé; » s'il fait mourir mes péchés. « Je parlerai et me condamnerai devant lui. » Je ne me justifierai point en cachant mes fautes.

18. « Me voici près de mon jugement: , je dois me juger moi-même. C'est un acte de justice de ne pas s'épargner en avouant ses fautes.

20. « Je ne fuirai point votre présence, » à l'exemple des pécheurs.

21. « Retirez de moi votre main; » que rien en moi ne mérite plus vos châtiments, et que j'aie votre amour. « Et ne m'accablez plus de vos terreurs. »

23. « Quelles sont mes iniquités? » Ce qui fait voir que c'est pour les compter qu'il a dit : « Je  prendrai mon âme dans ma main. »

24. « Pourquoi me croyez-vous révolté contre vous? » Je suis si faible 1 Croyez-vous que ma justification me rende votre égal, moi qui suis comme la feuille ? Il y a donc une autre cause cachée de votre colère, car ce n'est point celle-ci.

26. « Vous m'avez accablé des péchés de ma jeunesse. » S'il n'a point connu ses péchés, c'est qu'il a écouté l'orgueil, le péché de sa jeunesse.

27. « Vous avez mis des entraves à mes pieds; » les liens de la mort. « Vous avez suivi la trace de mes pas : » observé mes désirs coupables.

28. « Je suis comme une outre vieillie : » qui ne peut contenir le vin nouveau. « Ou comme le vêtement rongé par les insectes, » rattaché à une étoffe nouvelle.

 

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CHAPITRE XIV. — Brièveté et misères de la vie humaine ; espoir de la résurrection.

 

1. « L'homme né de la femme vit peu de jours, et il les passe dans la colère, » dans la douleur.

3. « Et vous l'appelez en votre présence pour le juger. » Malgré sa fragile existence, il a encore à vous rendre compte de sa vie. On exige de lui ce qu'il peut, quoique ce soit bien peu.

5. « Vous avez compté le nombre de ses mois. » Cette existence si limitée est la preuve de son péché, car vous l'avez créé immortel.

6. « Retirez-vous de lui, laissez-le, qu'il se repose. » Ainsi raisonne l'homme charnel; esclave de ses sens, qui place son bonheur dans la vie présente. Il demande qu'on l'épargne afin d'en jouir.

7. « L'arbre n'est pas sans espérance. » Il faut prononcer d'un ton ironique, car c'est l'homme surtout qui doit espérer, mais les hommes charnels ne peuvent le croire.

10. « L'homme meurt et ne revient pas: » nouvelle ironie.

11. « La mer diminue pour un temps et se remplit bientôt. » En parlant du flux et du reflux de la mer, il veut dire ou que sur tous les rivages, quand ce phénomène a lieu, l'eau décroît et augmente insensiblement, à des instants fixés par le mouvement de la lune, ou bien que pour nous, ou pour d'autres régions, l'eau s'élève jusqu'au milieu du jour, puis redescend.

12. « Tant que le ciel subsistera, un autre ne sera point créé, » ne sera point ajouté au premier.

13. « Que ne m'avez-vous conservé dans le  tombeau? » Telles sont mes espérances de résurrection, que je voudrais n'être plus en proie aux incertitudes de cette vie. « Pourquoi ne (603) m'avez-vous point caché, jusqu'à ce que votre colère soit apaisée ? » De là cette parole: « Cache-toi jusqu'à ce que la colère de Dieu soit passée (1) ; » c'est-à-dire jusqu'à ce que finisse cette vie mortelle, et qu'arrive la résurrection.

14. « Car si l'homme meurt, il vivra : » cette vie n'est point la vraie vie. « Quand tous ses jours seront finis, » alors il vivra.

15. « Si vous m'appelez, je vous répondrai: » je vous obéirai, sans être arrêté par la mort.

17. « Vous avez scellé dans un sac mes iniquités, » afin de me les rendre. « Vous avez pris note de celles que l'ignorance ma fait commettre: »oui, même de celles-là. Ces égarements involontaires sont la peine du péché.

18. « La montagne s'affaisse, et disparaît. » Ainsi l'homme tombe, si haut placé, si ferme qu'il soit. « Et le rocher s'en va vieillissant, au lieu même qu'il occupe. » Comme l'homme dans sa famille, dans le rang où il est.

19. « Par le débordement de ses nombreux abîmes. » Ainsi l'homme est-il réduit à la misère, lorsqu'il est miné par les débordements continuels de ses désirs. « Vous avez confondu les espérances de l'homme . » Il y a ici gradation de la montagne au rocher, du rocher aux pierres, des pierres au grain de sable ; les hommes charnels subissent en effet toutes ces vicissitudes; et c'est avec raison qu'il est dit : « Vous avez confondu. »

20. « Vous l'avez ébranlé pour toujours, » afin qu'il périsse . pour anéantir ces espérances qui réjouissent l'homme charnel. « Vous avez changé son visage et l'avez éloigné de vous. » L'image de Dieu a été détruite en lui.

21. « Ses fils sont nombreux, mais il l'ignore. » Il meurt pendant que sa postérité augmente. 22. « Sa chair a frémi de douleur. » L'esclave de la chair déplore son sort, il en gémit comme l'animal; l'homme spirituel, au contraire, sait bien que si l'extérieur se détruit, l'intérieur se renouvelle de jour en jour (2) : il l'éprouve en lui-même.

 

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CHAPITRE XV. —  Job accusé de blasphème. —  Paroles d'Éliphaz de Théman.

 

2. « Il a multiplié les douleurs en mes entrailles. » L'esprit de science allège plutôt par ses consolations le poids de la douleur, mais toi qui remplis de douleurs les entrailles, ce n'est point l'esprit de science qui t'inspire.

4. « N'as-tu pas repoussé la crainte? » Tu n'avais pas la crainte de Dieu, en lui adressant ces reproches.

 

1 Is. XXVI, 20.   2 II Cor. IV, 16.

 

5. « Et tu as préféré le langage des méchants; »celui de la malédiction.

7. « Eh quoi ! serais-tu le premier appelé à la vie? » Puisque tu es si superbe. « As-tu été formé avant les collines? » Par les collines, il faut aussi entendre les montagnes : c'est donc dire, avant toutes les Vertus et les Puissances.

10. « Nous avons aussi des vieillards, des hommes chargés d'années. » Il en est parmi nous qui savent ce que nous ne savons pas.

12. « Quelle n'a pas été la fierté de ton coeur, l'audace de ton regard? »Que n'espérait-il pas? 14. « Qu'est-ce que l'homme pour qu'il soit innocent ? » Tu l'as dit toi-même.

15. « Si la fidélité n'est pas dans ses saints même. » L'avenir est si incertain ! il nous trompe, et nous annonçons beaucoup de projets sans les accomplir. « Le ciel n'est point pur devant lui : » il veut parler de ceux qui habitent le ciel, ou des saints eux-mêmes, parce que Dieu habite en eux.

18. « Ce que les sages ont dit, et ce qu'ils ont appris à leurs pères. » Car les Apôtres ont annoncé la vérité aux Juifs eux-mêmes.

19. « A eux seuls la terre a été donnée, » pour qu'ils l'habitent. « Parmi eux n'est venu aucun étranger, » aucun saint, ni même aucun ange; ils y seront dans une profonde sécurité.

21. « Lorsqu'ils se croiront en paix. » On dirait que selon lui Job s'est cru dans cet état.

22. « Il n'espère point sortir des ténèbres : » il n'espère pas sortir du péché.

23. « Il a été donné en pâture aux vautours. » Aux puissances aériennes qui se repaissent de la mort des pécheurs.

24. « Pareil au général qui succombe au premier choc. » Il est plein d'audace, mais il succombe devant la tentation.

25. « C'est par là qu'il a levé le bras contre Dieu. Qua elevavit. » N'est-ce pas plutôt « Quia elavit, parce qu'il a levé? »

26. « Il l'a poursuivi de ses outrages : » faisant le contraire de ce qu'il lui avait prescrit. « Confiant dans l'épaisseur de son bouclier : » Se croyant assez fort pour se défendre.

27. « Il a caché dans sa graisse la face de Dieu. » La graisse est cet orgueil triomphant qui a détourné Dieu de lui. « Il a placé une muselière sur sa cuisse. » Ses passions l'enchaînent et le traînent comme un captif à la mort.

28. « Car d'autres enlèveront   ce qu'eux ont amassé. » La souveraine puissance elle-même,

 

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comme toute autre espérance temporelle, sera avec le monde entier le partage du juste.

29. « Il ne pourra s'enrichir, ni même conserver ce qu'il possède. » C'est-à-dire, l'impie. « Il ne répandra aucune ombre. » Il ne prospérera pas.

30. « Le vent dessèchera sa racine,» Le vent de la tentation.

32. « Il sera coupé avant l'heure, et périra, » avant de pouvoir espérer.

33. « Qu'il tombe comme la fleur de l'olivier . » Qu'il perde la paix; ou bien encore: une situation meilleure s'établira après eux, comme le fruit après la fleur.

34. « Le témoignage de l'impie, c'est la mort. » Le signe de son impiété. « Et le feu consumera la demeure de ceux qui reçoivent des présents. » — Ce sont les impies qui préfèrent à la justice les faveurs temporelles.

35. « Elle concevra en son sein les gémissements. » L'objet de ses espérances sera l'instrument de son supplice.

 

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CHAPITRE XVI. — Reproches de Job à ses consolateurs importuns; il est innocent. —  Paroles de Job.

 

2. « Déjà j'ai entendu beaucoup de ces discours; » d'autres encore que ceux que vous tenez. «Consolateurs des méchants. » Vous pouvez consoler les méchants, puisqu'ils sont vos imitateurs, mais non les justes. Je n'ai entendu de vous aucune parole sage.

3. « Eh quoi! est-ce que la beauté des discours est l'esprit? » d'orgueil. « Et qui pourra t'importuner?» quoique tu n'aimes point ce que tu as dit.

4. « Moi aussi je parle comme vous. » Je tiens un langage digne de vous. « Si votre âme prenait la place de la mienne; » si vous souffriez les tourments que j'endure, je vous parlerais sans vous faire des reproches; que son des paroles contraires aux actions ?

7. « Si j'élève la voix, je ne me plains pas de ma blessure. » Vous n'avez été prudents ni dans vos discours, ni dans votre silence. En effet si le sage veut parler, c'est pour prendre en pitié le malheureux et le consoler; s'il parle de lui-même, c'est pour pleurer sur ses blessures; et s'il se tait, il se tait à propos.

8. « Il m'a épuisé de fatigue, il a égaré mon esprit et m'a réduit en poussière. » Afin que je n'élève point la voix contre vous, Dieu a brisé mon orgueil; il veut que ma folie devienne sagesse.

9. « Vous m'avez saisi, et j'ai rendu témoignage. » Vous m'avez convaincu de mes péchés, et je suis devenu mon accusateur. « Et mon mensonge s'est élevé contre moi; » lorsque je me croyais juste. « Je m'élèverai contre moi-même. » De là cette parole: « Je t'exposerai à tes propres regards (1). »

10. « Il a pris la colère pour me rejeter. » C'est bien dit : « Il a pris la colère, » car il n'en subit pas les excès. Il a rejeté, comme il rejette l'orgueilleux. « Il a grincé les dents contre moi. » Il m'a accablé de ses reproches; les dents, ce sont ici les paroles. « Les flèches de ses pirates sont venues me frapper. » Ce sont les puissances de l'air : instruments à qui Dieu permet d'éprouver les justes et de châtier les méchants elles sont appelées des pirates, car elles nous harcèlent dans notre course sur la mer de ce monde.

11. « Il m'a percé de son regard. » Loin d'atténuer mes péchés, il a ordonné de me châtier. Il est comme le trait de lumière qui, découvre aux ministres de ses vengeances ceux qu'ils doivent punir; son regard a été ma condamnation. Voici un autre sens : Il m'a fait voir mon péché auparavant je ne l'avais pas aussi vivement ressenti. « Il m'a violemment frappé aux genoux, et tous sont accourus sur moi. » Dès que Dieu l'eut frappé, près de lui accoururent les anges de Satan.

13. « Lorsque j'étais en paix, il m'a brisé. Il m'a ravi à mon repos, ou à moi-même; j'ai été déchiré par mes. ennemis, ceux mêmes qui se déchiraient entr'eux. « Il a saisi et arraché ma chevelure; » à cause de mes péchés, il a mis la division en moi. « Il m'a choisi comme le but de leurs flèches, » pour qu'ils les lançassent sur moi. Comme on place un but auquel doit viser l'archer qui lance ses flèches.

14. « Ils m'ont assailli de leurs lances, m'ont percé les reins et ont été pour moi sans pitié. En punition des désirs charnels dont il se voit tout pénétré, et que lui suggèrent les tentations des mauvais anges. Ils ont répandu mon fiel à terre, » afin que la vue des biens temporels excitât mon envie contre ceux qui les possèdent.

15. « Ils m'ont entraîné à des chutes énormes: » n'entendons point ici les chutes de son corps.

16. « Ils ont cousu un cilice sur ma peau. » Ce sont les péchés intérieurs qui lui rappellent son ancien bonheur.

 

1 Ps. XLIX, 2

 

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17. « Et sur ma paupière est venue l'ombre de la mort. » Je veux arriver à la lumière, et je me sens arrêté par  les habitudes coupables.

19. « Que la terre ne recouvre pas le sang de mes veines. » C'est-à-dire, si ma prière n'a pas été pure, à cause de mes désirs charnels, que la terre amoncelée ne recouvre pas le lien de ma mortalité; c'est ce qu'il désigne par le mot « sang, » comme s'il disait : qu'un malheur plus grand que ces désirs coupables, celui d'un péché volontaire, ne tombe pas sur moi : ce péché nous porte la nature condamnée à mort. « Et que mes cris soient étouffés. » Que ma prière demeure privée de mérites.

20. « Et maintenant j'ai dans le ciel un témoin. » Il semble parler de Notre-Seigneur, qui n'était pas encore descendu sur la terre. « Et au plus haut des cieux celui qui connaît mon « coeur, » parce qu'il doit partager ma condition mortelle.

22. « Que l'homme entre en jugement avec son Dieu. » Que le Seigneur vienne, et que l'homme lui soit comparé, comme saint Jean avec le Christ. Une telle comparaison fera clairement ressortir toute la différence entre l'homme le plus parfait et le Dieu fait homme. « Comme le fils de l'homme vers son semblable : » comme le Seigneur dans son humanité vers celui qui était tombé entre les mains des voleurs (1).

23. « Les années qui m'avaient été comptée me sont arrivées . » Et le Christ me secourra à la plénitude des temps (2). « Et j'entre dans une voie par laquelle jamais je ne reviendrai. » Celle du renoncement au monde.

 

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CHAPITREXVII. — Exhortations à ses faux amis; la mort est l'objet de son désir

 

1. « Defeci agitatus spiritu. » Voici l'ordre de cette phrase : l'esprit en moi s'est éteint : Defeci spiritu; brisé que j'étais parle travail, laboribus concussus. — « Je désire être mis au tombeau, et je ne suis point exaucé; » afin que la mort soit anéantie par la vie. Nous gémissons sous le poids de ce corps, ne voulant pas en être dépouilles, mais recevoir par dessus un nouveau vêtement (3) : c'est-à-dire nous préférons changer plutôt que de mourir; mais l'homme éprouve en vain ce désir, la mort est pour lui une dette à laquelle le péché l'a condamné.

2. « J'unis la prière au travail, et qu'ai-je fait? » J'ai fait quelque chose, puisque j'ai été exaucé.

 

1 Luc, X, 30.   2 Gal. IV, 4.   3 II Cor. V, 4.

 

« Les étrangers m'ont dépouillé de mes biens. » L'immortalité dont il fut dépouillé est figurée par celui que les voleurs laissèrent à demi-mort.

3. « Quel est-il? » Celui qui doit me secourir; il veut parler de notre Seigneur : et il dit : « Quel est-il? » Car il sera tellement confondu avec les autres hommes, qu'à peine on pourra le reconnaître. « Qu'à ma main il soit attaché, » par le lien de la charité; qu'il me protège et me conduise où il lui plaît.

4. « Vous avez fermé leur coeur à la sagesse; » vous les avez empêchés de le reconnaître. « C'est pourquoi vous ne les glorifierez point. » Ils ne se sont point humiliés, c'est la cause de leur aveuglement, et ils mont pu,être exaltés dans l'humilité du Christ.

5. « Une partie a reçu les maux en partage. » Une partie en .Israël a été frappée d'aveuglement (1); c'est. ou bien parce qui le regardaient comme mauvais ce que le Christ leur avait annoncé, au point de dire : « Il séduit la multitude (2);» ou bien parce que les prophéties, qui prédirent à Israël son aveuglement, ne s'accomplirent point dans tout le peuple, mais seulement en une partie. « Et les yeux de ses enfants se sont obscurcis. » Ceux que les prodiges confondaient, et à qui il fut dit : « Si c'est au nom de Béelzébud que je chasse les démons, au nom de qui vos enfants les chassent-ils (3). »

6. « Vous m'avez rendu fameux parmi les nations : » l'homme que vous avez racheté, c'est-à-dire l'Eglise, dont devaient parler les nations, ou qui devait elle-même leur parler. « Je suis devenu leur fouet; » ou celui des Gentils qui devaient l'insulter; ou celui des Juifs qui en parlaient aux Gentils.

7. « La colère obscurcit mes yeuix. » Les yeux de l'Eglise, c'est-à-dire les Apôtres, sont comme obscurcis lorsqu'ils ne sont point compris de ceux qui ont mérité ce châtiment. « Et je suis vivement pressé de toutes parts. » En effet, et Juifs et Gentils, tous ont fait la guerre à l'Eglise.

8. « Les amis de la vérité ont été stupéfaits; » ou de ce que les impies ont pu attaquer l'Eglise, ou de ce qu'ils n'ont point connu l'Évangile. « Mais que, le juste s'élève au-dessus de son ennemi : » s'il succombe pour un temps sous les coups de la persécution, il dominera ensuite les infidèles.

 

1 Rom. XI, 25. —  2 Jean, VII, 12. —  3 Matt. XI, 27.

 

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9. « Et que l'homme dont les mains sont pures s'arme de hardiesse, » de celle que donne l'espérance pour confesser Jésus-Christ, même dans la.persécution.

10. « Car il n'a point en vous trouvé la vérité. » A tous la grâce est nécessaire , non-seulement aux Juifs, mais encore aux autres peuples.

11. « Toutes les fibres de mon âme ont été vivement secouées, » parce que je ne dissimule point mes péchés.

12. « Ils ont pris la nuit pour le jour, » les impies. C’est pourquoi il est dit : « Malheur à ceux qui appellent mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ; qui changent la lumière en ténèbres, et les ténèbres en lumière (1). »

13. « Si je soutiens encore, l'enfer sera ma demeure. » Si je porte le poids de mes péchés, pour ne point les avouer.

14. « J'ai appelé le trépas mon père. » Je ne serai point fils de la vie. Le Seigneur pourtant l'a appelé ainsi. « La pourriture, ma mère et ma soeur. » Entre la mort et la pourriture, il y a l'union d'une étroite parenté.

15. « Quelle est désormais mon espérance? » Il faut sous-entendre : Si je continue à porter le poids de mes péchés. « Pourrai-je jouir de mes biens d'autrefois ? » du bonheur qui l'a séduit, qui l'a retenu dans son péché, et qui a retardé sa conversion.

 

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CHAPITRE XVIII. — Nouveaux reproches de Baldad : les maux ne sont infligés qu'aux méchants. Paroles de Baldad de Sueh.

 

«Et le flambeau des impies s'éteindra. » Ne sois donc pas étonné si ton flambeau s'éteint comme celui de l'impie.

6. « Les ténèbres ont éclairé sa maison. » Elle a été éclairée par le diable ou l'antéchrist. « Et son flambeau s'est éteint sur lui ; » c'était le faible éclat d'une lumière terrestre.

7. « Que sa fortune soit donnée aux derniers des hommes, » Que les humbles possèdent ce qu'il a voulu posséder.

8. « Son pied s'est engagé dans le piège. »Il a été lui-même saisi en faisant la guerre au Seigneur.

9. « Celui qui a soif s'est affermi contre lui. » Il est vaincu par ceux qui ont faim et soif de la justice.

10. « Son héritage a été caché sur la terre, » pour le perdre. Son héritage est ce qui lui est comme accordé. « Et il a été saisi dans le chemin, » qu'il suivait,

 

1 Is. V, 20.

 

11. « Que les douleurs l'entourent et le perdent;» qu'elles lui arrivent de tous côtés. « Que beaucoup se jettent sur lui, »

12. « Dans les angoisses de la faim. » Soit ceux qui le suivent, soit ceux qui lui obéissent.

13. « Que les traces de ses pieds soient dévorées, » celles de ses enseignements, partout où il va.

14. « Qu'en sa demeure la santé soit à jamais ruinée ; » la tranquillité de la vie. « Et qu'il soutienne le poids d'une accusation royale. » Châtié en temps opportun, il procure la gloire de Dieu ; c'est pourquoi on l'abandonne quelque temps à ses désirs. Il a dit : une accusation royale, de lèse-majesté, parce qu'il s'est vanté d'être le Christ.

15. « Qu'il soit dans sa tente environné de la nuit. » Le tourment de cette accusation agitera sa conscience; son désir de dominer le dévore. « De la nuit, » du supplice de son aveuglement, après sa condamnation. «Que sa beauté soit couverte de souffre. » Il s'y complaisait; qu'elle soit la proie d'une flamme impure.

16. « Qu'il soit d'en haut subitement moissonné : » par Dieu.

17. « Et que son nom soit oublié sur les places publiques où il était connu. » Que le peuple n'en garde aucun souvenir.

19. « Qu'il ne soit plus reconnu parmi son « peuple. » Qu'il descende à un tel degré d'abjection, que les siens ne puissent le reconnaître. « Et que sa maison ne reparaisse plus sur la terre : » car il y en a qui reparaîtront.

20. « Que d'autres vivent parmi son peuple. » Que son peuple subisse une domination étrangère.

 

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CHAPITRE XIX. — Job veut exciter ses accusateurs à la compassion et les convaincre de son innocence. — Paroles de Job.

 

2. « Vous m'anéantissez par vos discours: » vous me découragez, vous qui devriez me consoler. « Sachez que c'est Dieu qui m'a ainsi traité. » C'est en sa présence que je dois être convaincu de péché, et non devant les hommes.

6. « Et qu'il a fermé son rempart autour de moi. » C'est le fossé qui entoure les murs. Aussi suis-je contraint de m'avouer coupable.

7. « Je me ris des opprobres et je reste muet. ». Il reconnaît l'utilité de ses aveux; car s'il voulait se rire de son péché et ne pas l'avouer, il prierait sans être exaucé.

8. « Il m'a obscurci le   visage.  » Il m'a enlevé la splendeur de mon visage : c'est le sort de ceux qui se détournent de lui.

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9. « Il a dépouillé ma tête de sa couronne; » de l'éclat surnaturel que lui donne la sagesse.

10. « Il m'a détruit de   part en part, et j'ai disparu. » Je possédais tout, il m'a tout ravi. Sa peine est qu'il aurait pu tout conserver.

11. « Il m'a traité comme son   ennemi. » Il m'a cru capable de lui nuire, comme si j'étais son égal. « Et ils ont cerné ma demeure; » mon coeur et ma conscience.

13. « Mes frères se sont éloignés. » C'était pour me corriger, parce qu'ils sont mes frères. Toutefois ils ont dédaigné d'abord de me reprendre, à l'exemple de ceux qui ont   suivi des conseils étrangers, de mauvais conseils. « Et mes amis ont été pour. moi sans entrailles. » Dans les afflictions spirituelles ils ne consolent point leurs amis, ils ne savent que les tourner en dérision ; jamais il ne le feraient pour les afflictions charnelles.

14. « Ceux qui répétaient mon nom m'ont oublié. » Ils ne me connaissent plus, tant je suis changé.

15. « Mes voisins, mes servantes elles-mêmes. » Ceux à qui je confiais mes secrets, c'est-à-dire, les flatteurs qui abandonnent celui qui s'humilie devant Dieu; car on dit des flatteurs qu'ils sont serviles

16. « J'ai appelé mon serviteur; il ne     m'a point répondu. » C'est son corps, ou ceux qui voulaient lui faire faire le mal. « Ma voix le suppliait.

17. « Et je conjurais mon épouse; »      comme s'il disait: « Pourquoi être triste, ô mon âme, et a pourquoi me troubler (1) ? » car il voulait son assentiment. « J'ai adressé de tendres prières à mes propres enfants. » Ceux qu'il avait engendrés en leur inspirant les espérances de ce monde.

19. « Et ceux que j'avais aimés, se sont soulevés contre moi, » dans ma vie passée.

20. « Mes chairs en ma peau se sont corrompues. ». L'attachement aux objets extérieurs a corrompu l'intérieur de mon âme. Ce serait trop peu d'entendre ce passage à la lettre d'une maladie de peau. « Et dans ma bouche ne sont plus que mes os. » Ma fermeté et mon courage sont plus dans mes paroles que dans mes actes.

21. « Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, ô mes n amis. » Il semble invoquer les Anges, afin qu'ils demandent grâce pour lui, ou assurément les saints pour qu'ils unissent leur prière à sa pénitence.

 

1 Ps. XLI, 12.

 

« Car la main du Seigneur m'a touché. » Il se dit touché par la,main du Seigneur, qui veut lui faire sentir une blessure qu'il ne ressentait pas d'abord.

22. « Pourquoi me persécutez-vous comme le Seigneur? » Vous me détestez : je suis pour vous comme pour Dieu un objet d'horreur; ou bien, vous m'adressez vos reproches, quoique je me reconnaisse coupable. « Et n'êtes vous point rassasiés de ma chair ? » Vous ne seriez point réjouis, si je vivais selon la chair.

24. « Avec un stylet de fer, et sur le plomb. » De même que le plomb se laisse graver par le stylet de fer, ainsi le coeur de l' homme doit se laisser impressionner par mes discours. « Ou que comme un souvenir ils soient gravés sur la pierre, » afin qu'ils soient connus de ceux qui annoncent la vérité sans jamais faiblir.

25. « Car je le sais, il est éternel, Celui qui doit opérer ma délivrance. » Il peut réparer ma nature.

27. « Ils sont présents à mes pensées, » parce que je les ai mérités. « C'est mon oeil et, non celui d'un autre qui les a vus. » C'est-à-dire « Nul ne sait ce qui se passe en l'homme, sinon l'esprit qui est en lui (1). — Et toutes ces choses se sont accomplies en mon coeur, » dans le secret de mon âme, où personne ne peut voir, dans ma conscience.

28. « Peut-être direz-vous : quelle accusation « élever contre lui ? » C'est dans ce sens qu'il est dit aux spirituels : «            Refléchissant sur toi-même, de peur d'être aussi tenté (2). —  Nous trouverons en lui le principe de ses discours. » Pour lui en montrée la témérité.

29. « Car la colère viendra sur les méchants. » Il appelle méchants, ceux qui s'élèvent au-dessus des pécheurs, et se croient incapables de devenir eux-mêmes pécheurs.

 

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CHAPITRE XX. —  Sophar sur le point d'être persuadé de l'innocence de Job retombe dans ses invectives. —  Paroles de Sophar le Minéen

 

2. « Vous ne comprenez pas mieux que moi. » Il se tourne vers ces autres qui avec lui cherchaient à consoler Job.

3. « J'écouterai les enseignements qui doivent me confondre. » Il veut indirectement amener Job à écouter ce qui doit le confondre : car il pourrait acquérir ainsi l'esprit de la sagesse. C'est une locution distinguée, analogue à celle-ci : Il est bon que je sois sur mes gardes, afin qu'il ne m'arrive pas de mal ; quand, nous parlons

 

1 I Cor, II, 11. — 2 Gal. VI, 1.

 

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ainsi pour que les autres se mettent sur leurs gardes.

4. « As-tu connu ceci dès le commencement? » Le connais-tu dès le commencement des siècles? Il croit que Job l'ignore, comme impie.

9. « L'oeil verra, et ne cherchera plus » à voir. On ne le verra plus.

10. « Que l'impie disperse ses enfants. » Ceux qui l'ont suivi, ou ceux qu'il a séduits. « Et que le feu de la douleur consume ses mains. » Qu'elles souffrent de ses oeuvres.

11. « Le feu de la jeunesse a    pénétré ses os. » Il est fier de sa force.

12. « Il ta cachera sous sa langue. » Dans sa ruse, il saura ne point la faire paraître, afin de mieux en jouir secrètement.

13. «Il la ménage et ne cesse de la goûter. » Plein d'attachement pour elle et ne voulant point en être privé, il ne la tourmente point en lui. Ou bien, le Seigneur l'épargnera, et fort de cette impunité, il ne voudra point s'en séparer. « Et il l'a retenue au fond de sa bouche: » parce qu'elle fait son bonheur.

14. « Mais il ne pourra se mettre à l'abri du danger. » Il n'accomplira point sa délivrance. « C'est le fiel de l'aspic dans ses entrailles. » Dans son intérieur, dans le secret de son coeur, il cache ses projets coupables.

15. « Il faut vomir les richesses injustement acquises, » avec l'inquiétude au fond de l'âme, le tourment dans le coeur. « L'ange l'entraînera à hors de sa maison, » lorsque les tribulations feront connaître ce qu'il avait dissimulé.

16. « Il fera éclater en lui la fureur du dragon. » Il a su d'abord se cacher; mais désormais, trahi par la tribulation, il fera éclater aux yeux de tous la fureur du dragon. « Que la langue de la vipère le fasse mourir. » Que le démoule séduise.

17. « Qu'il ne recueille jamais le lait de ses troupeaux. » Le produit des troupeaux, ce sont les actes de justice; qu'il ne les accomplisse point, afin qu'il apprécie mieux le bienfait de la rédemption. « Ni le miel ni le beurre : » les bonnes oeuvres conçues dans la charité et dans la joie du coeur et généreusement accomplies car le beurre est comme la graisse du lait.

18. « C'est donc en vain qu'il s'est fatigué. » En agissant ainsi il n'a point voulu faire des oeuvres de miséricorde; ainsi est-il dit que le Seigneur se nourrit de beurre et de miel (1), et ces

 

1 Is. VII, 15.

 

aliments lui sont donnés par ses humbles fidèles. « Ils ont fait quelque chose de dur; » quel que chose quine se peut ni mâcher ni manger. Que représente cela ? L'iniquité, peut-être, ou  l'orgueil.

20. « Ses désirs ne l'ont point sauvé; parce qu'ils étaient injustes.

21. « Il n'a rien laissé de sa nourriture. » Ses convoitises n'on fait que passer.

22. « Il croira être rassasié et sera dans les  étreintes. » Ses passions assouvies lui ont donné moins de contentement que d'inquiétudes,

23. « Pourra-t-il même contenter son appétit ? » Il tombera dans une telle misère, qu'il ne saura plus s'il pourra contenter son appétit. et cependant on ne recherche ces aliments que pour apaiser la faim. Ce langage signifie donc que plus l’homme possède, plus il désire. « Et il fera descendre sur lui le feu de sa colère : » parce qu'il ne lui a point vu accomplir de bonnes oeuvres.

24. « Qu'il soit blessé d'une flèche d'airain. » qui demeure toujours dans la plaie.

25. « Que le trait le perce de part en part. » Que la tentation pénètre en lui de telle sorte qu'il soit blessé et dans ce qu'il espère, et dans ce qu'il perd et comme percé de devant en arrière. « Que les éclairs soient dans sa tente. » Que l'épouvante vienne subitement troubler ; ses pensées.

26. « Que l'étranger ébranle sa maison. » Le démon qui vient du dehors pour nous tenter; car chacun a aussi ses tentations propres.

27. « Et que le ciel découvre ses iniquités; » le jugement qui vient du ciel.

29. « Et qu'il tienne ses biens de Celui qui veille sur ses actions. » C'est ce que Dieu lui réserve.

 

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CHAPITREXXI. — La conduite de Dieu étonne Job, mais ne saurait prouver sa cupabilité. —  Paroles de Job.

 

2. « Que je n'aie point de vous cette consolation, » qui vous fait.mettre le bonheur dans les biens temporels, communs pourtant aux impies et aux justes, et dire que si quelqu'un était méchant, il en serait puni. Job dit au contraire que les impies conservent ces biens temporels jusqu'à la mort et que conséquemment ils ne sont point punis dans ce monde.

4, « Eh quoi ! mon châtiment m'est-il infligé par les hommes ? » C'est Dieu qui me châtie, lui aussi peut. me consoler et non pas vous. « Pourquoi ne serais-je pas irrité ? » Ne me donnez (609) donc pas ces consolations, car j'y vois le bonheur des impies.

5. « Jetez les yeux sur moi et soyez étonnés, » âmes vains discours.

6. « Car si je rappelle mes souvenirs, je suis dans le trouble. » Il avoue ici les misères de la vie humaine, en comparant ses dispositions actuelles, avec celles du passé. « Et ma chair est saisie par la douleur . » Je m'afflige d'une manière charnelle.

7. « Pourquoi vivent les impies ? » Il fait cette question parce que les autres affirmaient que les impies étaient punis ici-bas.

11. « Et leurs troupeaux subsistent, autant que le permet la vieillesse. » Autant que le permet la vieillesse, car ils ne seront pas toujours.

16. « Et ils possédaient de grands biens. » Il ne leur a pas enlevé leurs biens, quand ils parlaient ainsi.

17. « Et même le flambeau de l'impie s'éteindra. » Leur célébrité acquise dans le monde, quoique ce ne soit point dans le même sens que ceux-ci l'entendaient.

19. « Que jamais ses fils ne recueillent ses biens. » Ceux qu'il leur a fait aimer, les biens de ce mondé, ceux de l'antéchrist ou du démon.

20. « Que ses yeux se voient mourir. » Il veut dire que cette prospérité n'est point       appréciée même de ceux dont elle fait le bonheur, et que dans l'avenir elle fera souffrir les impies.

21. « Après lui nul ne commandera dans sa maison. » Car, au sein de la tribulation, ils n'ont point trouvé le Seigneur dans leur conscience. « Quoique la moitié de ses mois ait été retranchée. » Quoiqu'il ait reconnu la présence de Dieu, il n'a point espéré le bonheur à venir, ce qui eût été pour lui la plénitude des années.

22. « Lui-même juge les homicides. » Parce que les impies excitent à l’impiété par les joies charnelles qu'elle procure, ils tuent pour la vie éternelle. Ce ne sont point les hommes qui jugent de tels homicides ; c'est Dieu seul.

23. « Celui-ci mourra dans la force de sa simplicité. » Il semble ici désigner les homicides secrets, rappelant que l'un est            prodigue, l'autre avare ; car les hommes dans l'abondance sont réputés bons et généreux.

24. « Ses entrailles sont chargées de graisse, » il est dans la joie. « Et la moelle y est surabondamment répandue, » dans les entrailles. Il retient et ne cache pas en luises trésors, mais il les rend utiles soit à lui-même soit aux autres.

27. « Aussi je le sais, vous vous êtes audacieusement élevés contre moi. » Vous ne parlez point avec mesure.

28. « Car vous dites : qu'est devenue la maison du prince ? » Celle des impies ou celle de l'orgueilleux. Ils pensaient que les biens étaient enlevés ici-bas, quoique la plupart meurent avec tous leurs biens, et doivent y trouver leur propre châtiment. « Où est le voile étendu sur la tente des impies ? » leur honneur.

29. « Interrogez ceux qui passent sur le chemin. » Ceux qui ne s'y amusent pas, mais le franchissent sans s'y arrêter. « Et vous saurez à quels signes les reconnaître. » Ce sont ou les traits d'impiété signales par ceux qui passent en prédisant aux impies leur destinée, ou les signes auxquels on reconnaît ces impies.

31. « Qui, en sa présence, publiera ses voies ?» Nul autre que Dieu n'ose devant les impies redire l'impiété de leurs voies, car ceux-ci peuvent répondre.

32. « Et cependant le Seigneur lui-même est conduit au tombeau, » tant il est vrai qu'il n'y a point ici-bas de récompense à espérer pour la piété. « Et il s'éveillera sur la masse des cadavres. » Il est en effet ressuscité avant tous ceux qu'il doit faire sortir du tombeau.

32. « Les pierres du torrent lui ont été douces; » celles que, le monde n'a point fait rouler ; ses disciples. « Après lui tout homme le suit et beaucoup marchaient avant lui : » ou bien, dans ce passage, tout homme, a le même sens que, un homme, le premier homme, et « beaucoup » désigne ceux qui depuis ont pris rang parmi les hommes. Ou bien encore, après lui la foule des croyants, avant lui les Patriarches et les Prophètes.

34. « Comment donc me donnez-vous de si vaines consolations ? » en dirigeant mes pensées sur les biens ou les maux présents.

 

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CHAPITRE XXII. — Injures et calomnies d'Eliphax à ce sujet. —  Paroles d'Eliphaz de Théman.

 

« N'est-ce pas le Seigneur qui donne l'intelligence et la sagesse? » Comme si Job avait dit que ses jugements n'étaient point droits: assurément il ne peut  être jugé que par l'intelligence, et sous ce rapport il l'emporte sur l'homme qui tient de lui ce qu'il en a.

4. « Et qu'il entre en jugement avec toi. » Pour que tu lui sois comparé.

 

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11. « Ta lumière s'est changée en ténèbres ; » ta dignité. «Et pendant ton sommeil les eaux t'ont recouvert. » La tribulation, qui vient inonder celui qui est en paix.

13. « Où peut-il distinguer au milieu des brouillards ? » comme s'il ne pouvait voir à travers les brouillards.

14. « La nuée est sa retraité, nul ne peut l'y découvrir. » Il ne fait rien de ce qui est sur la terre. « Et sa course embrasse l'orbite des cieux ; » et non pas la terre ; stylé figuré.

15. « Veux-tu donc suivre la route des siècles?» Comme si Job croyait que Dieu ne s'occupe pas des choses de ce monde?

16. « Ils ont été emportés avant le temps. » Avant le temps, selon leur manière de voir, car ils croyaient demeurer éternellement. Ou mieux, avant de parvenir à la vraie sagesse. Les amis de Job avaient entendu répéter ceci, mais ils ne le pensaient point.

18. « Loin de lui est la pensée des impies : il a comblé de biens leur maison. » La pensée de l'impie est loin de lui; car il n'agit point selon les espérances du méchant, qui voudrait que Dieu se plût dans son impiété, ou qu'il ne pût la voir.

19. « Ceux qui verront seront plus justes. » Ceux qui comprendront: ceux-ci n'avaient point; compris ; ils croyaient que justice est faite ici aux impies. « Et l'homme sans tache se rira d'eux ; » des impies.

21. « Sois dur, si tu peux supporter patiemment, » les amertumes.

23 . « Et tu éloigneras de ta maison d’iniquité : » ta conduite ou ta vie coupable. Toutefois ils disent ceci avec leurs vues charnelles.

24. « Tu la poseras sur la pierre, au haut de la « muraille. » C'est le contraire de ce qu'il a dit : « Un fleuve coulant au pied de leurs murailles. »

26. « Car il s'est humilié. » La lumière elle-même s'est humiliée. « Et tu diras ; il s'est élevé contre l'orgueil : » contre les orgueilleux.

30. « Délivre l'innocent, et la pureté de tes mains sera ton salut; » ne cesse point d'accomplir les bonnes oeuvres, car Dieu s'occupe de nos actions.

 

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CHAPITRE XXIII. —  Dieu seul connaît le coeur et les sentiments de Job. — Paroles de Job.

 

2 « Je le sais, sur mes mains tombe le reproché; » sur « mes péchés. Ma main s'est appesantie sous le poids de mes gémissements. » Vous m'avez frappé afin que je me repente.

3 . « Et arriver jusqu'à son trône. » Que je sois assez saint pour prendre place parmi ses trônes. Alors je pourrai dire la vérité et l'entendre. Aussi les cieux sont-ils appelés saints.

5. « Afin que je sache ce qu'il pourrait me répondre : » qu'elles preuves il me donnerait de l'équité de ses jugements. « Et que j'aie l'intelligence de toutes ses paroles : » étant rapproché de lui.

6. « Viendrait-il avec beaucoup de force discuter avec moi? » Pour m'accabler par sa puissance? Nullement. « Néanmoins qu'il n'abuse point contre moi de mes terreurs. » A cause de mes péchés qui m'inspirent ces terreurs, qu'il ne me traite pas ans pitié. « Et lorsque je viendrai à lui ; » en possession de cette liberté qui m'associera à la gloire de son trône, j'aimerai tout, et sa puissance ne me résistera plus, quoique maintenant il puisse me traiter sans pitié à cause de mes péchés. C'est-à-dire, qu'il agisse à mon égard, au gré de sa volonté, dût-il me châtier, c'est juste.

7. « La vérité accompagne le reproche de sa bouche. » Il ne condamne jamais injustement. « Et il juge ma cause tout entière. » Si maintenant il châtie, plus tard il fera tout connaître,

8. « Si je veux marcher le premier, bientôt je ne serai plus. » Que j'espère sans présomption, que le désespoir ne me rende pas infidèle; c'est-à-dire que je ne m'écarte ni à droite, ni à gauche. De là cette parole : « Si je monte vers les cieux, vous y êtes (1). » Qui pourra m'en chasser? etc.

9. « Que fait-il ? à gauche, je ne puis le savoir. » Il reprend ce qu'il a dit plus haut. Il ne peut rien connaître en restant à gauche attaché aux choses de ce monde. « Il se tournera à droite, et je ne « le verrai point. » Je ne dois donc pas me placer à gauche. Il est dit « qu'il se tournera, » parce qu'avec lui sont les biens spirituels dont je me suis écarté en me plaçant à gauche.

10. « Il connaît lui-même la voie que je suis, » afin de me faire marcher après lui, lorsqu'il me conduit par les tribulations. « Il m'a éprouvé comme l'or, » au sein de ces tribulations.

11. « Je sortirai, dans ses commandements. » Je sortirai de mes ténèbres, mais fidèle à ses commandements.

13. « S'il l'a ainsi résolu, » de m'éprouver comme l'or par les tribulations.

14. « Ainsi me suis-je hâté de venir à lui ; »

 

1 Ps. CXXXVIII, 8.

 

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parce qu'il ma affligé, j'ai négligé tous mes intérêts temporels, pour accourir vers lui. « Et ses avertissements ont ramené vers lui mes pensées. » Ces châtiments, éprouvés en ma chair, m'ont fait éviter les supplices éternels.

15. « C'est pourquoi je me troublerai en sa présence. » Peu importe que je sois troublé, pourvu que mes pensées me mettent en garde contre le jugement à venir, où tout sera manifesté devant lui.

16. « Le Seigneur amollit mon coeur. » Et cette crainte elle-même, qui lui fait éviter les peines à venir, est à ses yeux un bienfait de la miséricorde divine : les maux qu'il endure ne pourraient lui faire pressentir les peines et les ténèbres de l'autre vie, si le Seigneur n'adoucissait son coeur parles tribulations de la vie présente : dans un autre sens il est dit que Dieu endurcit le coeur de Pharaon (1).         

 

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CHAPITRE XXIV. —  Jugements de Dieu cachés aux hommes.

 

1. « Pourquoi le Seigneur a-t-il connu les heures ? » Pourquoi? ou, c'est pourquoi.

2. « Ils ont franchi la limite : » le Christ.

4. « Ils détournent les pauvres de la bonne voie, » afin que ceux-ci marchent sur leurs traces, ou qu'ils ne croient plus désormais au jugement de Dieu, en voyant impunie la malice de ceux qui les persécutent au mépris de la justice. « Et ils ont fait disparaître les hommes doux de la terre. » Ces derniers ont été confondus avec ceux qui s'étaient écartés de la bonne voie, afin qu'aucun secours ne me soit donné. Car il y a trois sortes d'hommes dans l'Eglise, au jour de la persécution.. Les uns l'autorisent, les autres la fuient, et d'autres en endurent les rigueurs. Job est la figure de ces derniers.

5. « Ils se sont élancés sur moi dans la campagne, comme des ânes en furie. » Les insensés et les insoumis, que leurs vices rendent orgueilleux, se sont précipités sur moi tandis que je confessais votre nom, c'est-à-dire sur l'Eglise. « Ils accomplissaient leur oeuvre. » C'est leur oeuvre de se précipiter sur moi ; c'est-à-dire, ils en ont reçu de Dieu la mission. « Le pain lui a été doux contre les jeunes gens. » là appelle un pain doux pour l'impie et le persécuteur, cette persécution à laquelle il se livre plus volontiers quand il la dirige contre les jeunes gens. Entendons ici par jeunes gens ou ceux qui aiment les voluptés charnelles, parce que la jeunesse s'y

 

1 Exod. VII, 3.

 

abandonne plus facilement, ou bien ceux, qui, dans l'Eglise, à peine sortis de l'enfance spirituelle, ne possèdent pas encore cette force virile qui brave le persécuteur.

6. « Ils ont moissonné prématurément le champ qui n'est point à eux. » Ou il désigne ce genre de persécution qui menace de la confiscation des biens; ou par ce champ il faut entendre l'Eglise,que la persécution veut moissonner avant le temps, c'est-à-dire avant que l'ivraie n'ait grandi pour être séparée à l’époque de la moisson (1).

8. « Ils seront mouilles de la pluie des montagnes ; » lorsque, dépouilles de leurs vêtements ils s'abriteront dans les cavernes où l'eau coule à travers le rocher.

9. « Ils ont dépouillé l'orphelin à la mamelle. » Les orphelins et les veuves désignent ordinairement l'Eglise : c'est le peuple persécuté. —  « Et ils ont humilié celui qui était tombé » ; soit que Dieu l'ait abandonné, on que tout autre secours lui ait manqué : c'est une extrême dureté de ne pas ménager de telles infortunes.

11. « Ils ont injustement tende leurs pièges à ceux qui étaient dans les angoisses; », dans le besoin.

12. « Ils étaient chassés de la ville et de leurs maisons. » D'autres étaient chassés par eux. « L'âme des petits a eu beaucoup à gémir.

13. « Dieu en a pas eu pitié,     » des impies en les abandonnant aujourd'hui, il les expose à désespérer des jugements divins ; car ils commettaient le mal impunément.

14. « C'est pourquoi il les a livrés aux ténèbres. » Il leur a laissé ignorer le jugement de Dieu. « Et tout à coup comme un voleur : » ce jour les saisira.

15. « Les yeux de l'adultère épient les ténèbres. » Il veut ici montrer dans quelles ténèbres l'impureté jette les impies : ce n'est point en celles que recherchent les adultères et tout les autres pécheurs, celles de la nuit, pour ne pas être vus pendant le jour mais en ces ténèbres que le matin n'a point dissipées.

16. « Il perce les maisons dans les ténèbres. » Il rappelle ici d'autres actions coupables. «Pendant le jour ils se sont voiles, » pour se cacher. « Ils n'ont point connu la lumière. »

17. « Parce que toujours l'ombre de la mort habite en eux. » Quand la nuit se retire, l'ombre de la mort ne les abandonne point.

 

1 Matt, XIII, 29, 30.

 

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18. « Il est léger à la;surface de l'eau : » c'est, opposer ici, aux hommes purement terrestres, les hommes spirituels que pénètre la lumière et une céleste agilité, et sur lesquels la mort, à laquelle ils sont condamnés par la nature viciée de leur corps, détend que des ombres légères. On pourrait dire aussi que ces mots : « Il est léger à la surface de l’eau, » s'entendent de ceux qui confessent la foi en recevant le baptême. « Que leur part soit maudite ; » que ce qu'ils ont recherché soit à jamais stérile.

19. « Ils ont ravi ce qui était déposé dans le sein de l'orphelin. » Par de coupables insinuations ils ont enlevé au coeur du faible la parole qui le soutenait.

20. « Bientôt leur péché a été recherché, » lorsqu'ils le croyaient complètement oublié. « Qu'on brise le méchant comme l'arbre qui dépérit, » et qu'on ne peut rajeunir.

21. « Il a maltraité la femme stérile ; » celle que des enfants ne consoleront point.

22. « Il s'est levé, ne se confiant point en sa propre vie » Cette vie ne le rassure point, car il sait que pour lui elle est mauvaise. C'est pourquoi il a dû se lever.

23. « Qu'il n'espère point guérir dans ses « maladies ; » dans ses afflictions. « Qu'il aille s'affaiblissant chaque jour. » L'impie au sein de l'adversité recherche parmi les consolations, celles qui l'accablent davantage.

24. « Sa grandeur s'est affaissée comme la mauve sous le poids de la chaleur. » Il n'a pu supporter le poids de la tribulation : la mauve indique sa faiblesse. « Ou comme l'épi qui tombe sans secousse de la tige.» Le matin, il était au faite de la grandeur : il s'est choisi les consolations qui ont rendu sa chute plus honteuse.

25. « Autrement qui pourra m'accuser de mensonge ? » S'ils sont autrement.

 

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CHAPITRE XXV. — Baldad taxe d'orgueil Job qui se dit pur aux deux du Seigneur. — Paroles de Baldad le Sueh.

 

2. « Quel autre commencement que la crainte de son nom? » Cette interpellation paraît se rapporter aux paroles suivantes de Job « Je me troublerai en sa présence, je considérerai, et je serai saisi de crainte (1). »

3. « Que personne ne croie retarder les pirates. » Quand Dieu le permet, ils attaquent sans délai. « Contre ceux qui n'ont pas tendu leurs embûches? » lorsqu'il l'a permis. Par embûches il entend les tentations.

 

1 Job. XXIII, 15.

 

4. « Comment l'homme devant le Seigneur pourra-t-il être juste? » Il permet donc sans injustice la tentation contre lui. « Ou comment pourra se purifier celui qui est né d'une femme? » Il sera impur, tant, que Dieu ne l'aura pas purifié.

5. « S'il le commande, la lune est sans lumière. » Si l'ordre établi par sa divine Providence exige que la lune ne luise point, il le lui commandera, et elle sera sans lumière. Et pourquoi? Est-ce pour dire seulement que la lune est sans clarté devant lui, dès qu'il lui défend de briller? Ou ne pourrait-on pas voir ici une figure de l'âme raisonnable, éclairée par ce soleil de l'intelligence qui éclaire tous les hommes (1) ? La lune répand sur la terre une lumière d'autant plus grande, qu'elle s'éloigne davantage du soleil: dès qu'elle s'en rapproche, elle disparaît complètement à nos regards. Comprenons par là ce que Dieu veut pour notre âme : qu'elle s'élève au-dessus de notre nature terrestre et mortelle, où sa beauté ne se révèle qu'aux impressions de la chair, qu'elle recherche la sagesse, qu'elle s'en approche et accepte son joug; alors .remplie d'une joie secrète en face de cette lumière, elle évitera d'accomplir les oeuvres de justice devant les hommes, pour ne point être vue par eux (2). Si elle se glorifie, que ce soit dans le Seigneur (3). Car en se montrant aux hommes, elle ne recherche que le don du Créateur. « Ni les étoiles ne sont pures devant lui; » comparées à lui.

 

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CHAPITRE XXVI. — Job connaît la grandeur de Dieu; ce n'est ni à lui ni à Baldad à donner  des conseils au Tout-Puissant. —  Paroles de Job.

 

2. « Pour qui viens-tu, et à qui veux-tu porter secours? » Les croyant injustes, il s'indignait contr'eux et voulait que Dieu les punît; mais réfléchissant en lui-même, il revient à de meilleures pensées et laisse à Dieu le soin de les juger. Il ne prétend point l'aider ni lui porter secours, comme s'il était trop faible pour arrêter à punir les coupables ; il ne veut point non plus lui tracer sa conduite à son égard, ni le suivre et rechercher pourquoi il laisse vivre les trompeurs; car les secrets de sa puissance sont impénétrables à toutes les recherches de notre intelligence. Il veut encore moins lui apprendre ce que sont ces hommes, car c'estde lui que l'homme tient le souffle, lorsqu'il exprime quelque pensée.

5. « Les géants seront-ils anéantis ? » Ne nous étonnons point si Dieu épargne ceux-ci, puisqu'il

 

1 Jean, I, 9. — 2 Matt. VI, 1.   3 I Cor. I, 31.

 

 

 

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n'a pas anéanti les géants. Et pour qu'on ne lui objecte pas qu'ils sont' précipités en enfer, il ajoute que Dieu voit les enfers. Cependant il leur a assigné cette place qu'ils occupent selon leurs mérites; connu e il établit les justes, soit où ils sont aujourd'hui, soit où ils doivent- être un jour. Mais jamais il ne les éloigne de sa présence, car à ses yeux tout est à découvert. Il faut donc ici entendre dans le même sens, et les géants dont il vient de parler, et les orgueilleux consolateurs. « Sous les eaux aussi ceux qui leur ressemblent; » après ces mots, « sous les eaux, » faut-il sous-entendre : sont retenus, ou quelqu'autre expression analogue?

6. « Et la perdition n'est point pour lui voilée. Même ce qui se perd n'échappe point à son regard.

7. « Il lance l'aquilon dans le vide. » L'aquilon peut signifier ici le démon, et la terre le pécheur, car ni pour l’un ni pour l'autre il n'y a aucune solide, espérance. « Il suspend la terre sur le néant ; » dans l'air.

8. « Il retient les eaux dans ses nuées. » Ce sont les obscurités des prophéties. « Et les nuées ne se sont point divisées sous sa main. » La vérité contenue dans la nuée n'a point échappé à ceux qui out l'intelligence des Écritures. Il n'y a en elles aucune contradiction, comme le prétendent ceux qui n'en ont point l'intelligence.

9. « Il tient cachée la face du soleil (1). » Pour que les impies ne connaissent point le soleil de justice. « Et il étend sur lui sa nuée; » la chair qu'a revêtue Notre-Seigneur.

10. « Il a partout répandu sa loi sur la surface des eaux. » Parmi les peuples. « Jusqu'où finit la lumière; » jusqu'à la fin de cette vie, c'est-à-dire, jusqu'à la fin du monde, ou jusqu'à ce que soient consommés, c'est-à-dire perfectionnés ceux à qui il a été dit : « Vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur (2). »

11. « Les colonnes du ciel ont tremblé; elles se sont ébranlées au bruit de ses menaces. » Ce qui est arrivé à Pierre par la voix de Paul (3).

12. « Sa puissance a calmé la fureur des flots. » Il a mis fin dans le monde à l’acharnement des persécuteurs contre l'Eglise. Ces mots : « Les colonnes du ciel ont tremblé au bruit de ses menaces, » peuvent signifier : Les plus courageux

 

1. Le manuscrit à saint Augustin était sans doute fautif,car le Grec porte thronu, solii, du trône, et non pas solis, du soleil. — 2 Eph. V, 8. — 3 Gal. II, 11.

 

dans l'Église ont tremblé pour les plus faibles, quand Dieu a permis les épreuves de la persécution. Une de ces colonnes s'écriait : « Qui est faible, sans que je sois faible avec lui ? Qui est scandalisé, sans que je brûle (1)? — Sa main habile a blessé la baleine. » C'est la douleur qui blesse au vif le démon, quand les justes lui ont résisté.

13. « Et les secrets du ciel l'art redouté. » Ce sont les anges, ou ceux qui tiennent les clefs du royaume des cieux. « Il a commandé, et soudain est tombé le. dragon apostat. » Il en a dit autant de la baleine, mais ici il montre comment , celui-ci a été blessé ; c'est quand on l'abandonne et qu'on accepte les divins commandements.

14. « Tout ceci n'est qu'une partie de la route, » qui conduit à Dieu. « Et qui connaîtra la puissance de son tonnerre, quand il le fera gronder? » Son tonnerre est la voix qui retentira au jour des manifestations, ou bien encore cette parole qu'il nous a révélée par le fils du tonnerre « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu» (2) ; de sorte que ordre de la phrase serait celui-ci : « Quand il fera entendre soit tonnerre, » quelqu'un pourra-t-il « en connaître la puissance ? »

 

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CHAPITRE XXVII. — Grandes leçons de Job.

 

3. « Et dans mes narines le souffle de Dieu. » Il montre ici que tontes ses paroles lui sont inspirées d'en haut, et que cette lumière divine lui découvre la mauvaise foi de ses consolateurs.

5. « Que Dieu me garde jusqu'à mon dernier soupir de croire à votre justice! » Quand même vous me persécuteriez jusqu'à la mort, à cause de ma liberté à vous condamner. « Et jamais je « ne cesserai de soutenir mon innocence. » Je ne soutiendrai pas la vôtre.

6. « Car je ne sens en moi le reproche d'aucun crime. » Ordinairement on pardonne beaucoup aux autres, quand on craint pour soi-même quelque reproche mérité.

8. « Quelles sont les espérances de l'impie ? C'est qu'il attend. » De peur qu'on ne l'accuse, de faire contre ses ennemis de coupables imprécations, il nous découvre l'intention qui le fait ici parler. Il veut que leur impiété soit confondue, et leur orgueil anéanti, ce qui arrive, quand une âme enchaînée, par son crime est enfin

 

1 II Cor. V, 29. — 2 Jean, I, 1.

 

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délivrée des liens de l'impiété : ces liens sont brisés par l'aveu de l’homme repentant et la grâce du Dieu qui pardonne. Donc, demande-t-il, « quelles sont les espérances de l'impie ? » Il répond : « C'est qu'il attend : il met sa confiance en Dieu, afin d'être délivré. »

9. « Et que le Seigneur exauce sa prière. » On peut encore donner un autre sens à ces paroles; mais il.s'accordé moins avec l'ensemble du livre et les principes de la foi. Il consiste à dire que le désespoir est la seule,cause que l'impie vît sans espérance; or le contraire est écrit danse passage : « Si quelqu'un croit en Celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice (1). » Par conséquent ce qui suit paraît s'appliquer à la grâce divine  « Ou il se trouve pressé par la nécessité. » Nous devons donc attendre la grâce de Celui qui pardonne. Est-ce que dans la nécessité, c'est-à-dire dans la tentation, il a mis sa confiance en des mérites acquis devant Dieu.?

10. « Ou s'il l'invoque, sera-t-il exaucé? » Puisqu'il a mis sa confiance en ses oeuvres qui ne sont rien.

11. « C'est pourquoi je vous dirai ce que Dieu tient réservé en ses mains; » ce qu'il prépare.

12. « Vous le savez tous désormais, vous avez « inutilement tenu de vains discours. » C'est pour cela qu'il faut implorer votre pardon. Comment pourra-t-il présenter les mérites de ses actions, celui qui ne dit que des choses vaines

13. « Et par la volonté du Tout-Puissant, ils sont devenus le partage des forts; » pour être au pouvoir des forts, du démon et de ses anges. Il les appelle les forts, parce qu'en suivant la vanité, les autres se sont affaiblis et laissé dominer par les, chefs et les princes de la vanité :le Seigneur aussi ne parle du fort armé (2), que parce qu'il tient les faibles enchaînés.,

14. « Si ses fils sont nombreux, ils seront mis à mort. » Il appelle ses fils ceux qui l'imitent, et cherchent à séduire, en propageant les faux enseignements de la perdition. « Et s'ils grandissent, ce sera dans la misère, » c'est-à-dire, sils s'affermissent dans l'erreur, ils seront malheureux ; et leur vanité ne pourra les rassasier.

15. « Et tous ceux qui l'entourent auront la mort en partage. Ses plus fidèles imitateurs dans la voie de la séduction. « Nul n'aura pitié de leurs veuves. » Ce sont les populations séduites comme eux, et laissées sans secours comme

 

1 Rom. IV, 5. —  2 Luc, XI, 21.

 

me les:femmes qui ont perdu leur mari; car ils avaient cimenté entr'eux, dans ces promesses de l'erreur, une fidélité semblable à celle des époux.

16. « S'il amasse l'argent comme la poussière. » Si les prudents et les sages, encore semblables à la terre et à la boue, à cause de leurs rêveries insensées, suivent ses conseils, plus tard éclairés par leur châtiment, ils se tourneront vers les justes.

18. « Leur maison sera pareille à celle du ver, ou de l'araignée qui a su conserver. » C'est leur coeur ou leur conscience; ou bien il appelle . leur maison les retranchements derrière lesquels ils s'abritent; ils sont habilement élevés et pleins de détours, mais excessivement fragiles, pareils à l'enveloppe où se cache le ver-à-soie, au trou où s'enferme l'araignée, après l'avoir fermé de toutes parts. « Qui a su conserver; »; se conserver elle-même dans cette retraite , car toutes les araignées ne le font point. On fait ici allusion à la corruption si subite et si profonde des pensées coupables, et aux oeuvres inutiles que l'impie se plaît à conserver dans sa demeure.

19. « Le riche dormira sans rien ajouter. » Après sa mort, il ne pourra ajouter les richesses à son impiété. « Il a ouvert les yeux et il n'est plus. » A la résurrection il ne se verra plus au sein des richesses, comme il se l'était promis. « Ce vent l'emportera et il disparaîtra. » Ce mot désigne ou l'agitation des flots de la mer, c'est-à-dire les inquiétudes de ce monde, ou bien ce vent brûlant qui dessèche les herbes dénuées de racines profondes. « Il le jettera loin de sa place; » loin de ses espérances, ou bien Dieu le vannera, pour qu'il n'occupe plus sa place parmi le peuple où Dieu a daigné habiter.

22. « Dieu frappera sur lui à coups redoubles et sans aucune pitié. » Tous les maux tomberont sur lui.

23, « Il applaudira à son supplice, » comme il est écrit : « Et moi je rirai de leur ruine (1); » car il ne déplorera point la perte des impies.

 

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CHAPITRE XXVIII. —  L'homme méconnaît la vraie sagesse, elle réside en Dieu.

 

1. « Il est un lieu qui produit l'argent. » Ce sont les prudents, ceux de la vie active: « Il en est un autre où l'or s'épure. » Ce sont les sages, plus adonnés à la contemplation.

2. « Car le fer est le produit de la terre.» Ces différents métaux doivent être indistinctement

 

1 Prov.I, 26.

 

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pris dans un sens favorable. Si le fer est ici désigné, c'est qu'il importe peu qu'il l'ait été plus haut ; quoiqu'il puisse figurer tes forts. La sagesse est la même chez tous les hommes ; elle s'y trouve seulement à des degrés,différents. « L'airain en est extrait comme la pierre, » parce qu'il est purifié de tout mélange avec la terre. Il veut montrer que les bons ne sont mêles aux méchants que pour un temps : ils en sont séparés, ils sont même purifiés par leur contact, comme les métaux nécessaires aux arts aux constructions. Ils ont besoin d'être confondus et formés avec la terre, dont ils doivent ensuite être séparés ; alors la terre, ainsi dégagée, occupe la place et le rang qui lui sont assignés ; les impies sont réprouvés également d'après la perversité de leurs actes.

3. « Il a lui-même découvert la fin de toutes choses : »le terme où il devait conduire chacune d'elles. «Il a découvert, » est mis pour il a établi. « La pierre des ténèbres, et l'ombre de la

mort. » La pierre, c'est-à-dire, l'ancien Testament a été donné aux ténèbres et aux ombres de la mort, au peuple qui recherchait les biens charnels, tout en les espérant du vrai Dieu. Aussi ces superbes ne divisaient point les eaux du torrent, ils .ne pouvaient parvenir à rien de durable en s'élançant au-delà des biens temporels; mais ils étaient entraînés par les flots.

4. « Et le torrent a été séparé par la cendre: » par celui qui avoue ses péchés, et ne se confie as au mérite de ses actions. C'est l'effet produit par la grâce du nouveau Testament. « Le torrent séparé par la cendre, » séparé par les hommes. « Ils ont été ébranles par les hommes, » par les flatteurs, sans que Dieu les reprit, alors que pour ces biens temporels qui leur étaient promis, ils perdaient le premier rang.

5. La terre d'où est venu le pain. » Comme s'il y avait : Je dis que seront ébranles ceux mêmes du milieu desquels est sorti, comme d'une terre féconde, le pain du Seigneur. «. Et il doit la livrer aux flammes; » y livrer l'infidèle au jour du jugement.

6. « Parmi ses pierres se trouve le saphir; » il est là, et il désigne ces âmes pures qui sont nécessaires pour former l'édifice de la sainte cité. « Et l'or pour lui s'est amoncelé. » Il h'est point pour lui en petite quantité, il en a de véritables monceaux.

7. « Son sentier que n'a point connu l'oiseau. » C'est l'humilité de Notre-Seigneur. « Que n'a point aperçu le regard du vautour; » celui du démon.

8. « Le lion n'y passe point; » celui que la force enflé d'orgueil.

9. « Il a étendu sa main sur le roc le plus dur. » La puissance divine peut, des pierres mêmes, susciter des enfants à Abraham (1).

10. « Il a détruit la rive des. fleuves, » pour tout submerger. Les fleuves sont ici les prédicateur de sa parole. Ils voulaient d'abord se contenir dans leurs rives et ne prêcher qu'aux circoncis. «Et mon regard a découvert tout ce qu'il y a de précieux ; » mon regard humain, celui du Verbe fait chair. « Il a découvert la profondeur des fleuves. » Le courage nécessaire pour supporter les souffrances du martyre est caché dans les profondeurs de l'âme, jusqu'à ce que l'épreuve de la. persécution le fasse connaître. « Il fait paraître au grand jour sa puissance; » dans ceux à qui il a été dit : « Vous êtes la lumière du monde (2) : » et dont le ministère a servi à convertir beaucoup de Juifs mêmes.

14. « L'abîme a dit : Elle n'est point en moi. » C'est pourquoi ries hommes plongés dans l'abîme ne pourront la trouver, puisqu'elle n'est point en lui.

15. « Elle ne se donne point en échange de à l'or enfermé avec soin; » pour des trésors.

16. « Elle n'est point inférieure à l'or d'Ophir. » Comme s'il disait : Cherchez-la comme l'or d'Ophir, puisqu'elle ne lui est point inférieure.

17. « L'or et le verre ne sauraient lui être comparés. » Il faut entendre ceci d'un verre d'une beauté parfaite : ou bien l'auteur veut dire qu'il y a des hommes qui préfèrent l'éclat du verre à la beauté de la sagesse. « Et les vases d'or donnés en échange. » C'est-à-dire : Ne sont point « donnés en échange. »

18 « Pour elle on oubliera le Gabis et ce qu'il y a de plus exquis. » Tout cela comparé à la sagesse sera mis de côté. Ou bien encore: le Gabis et ce qu'il y a de plus exquis, image des orgueilleux, sont complètement oubliés, afin de tirer la sagesse de l'obscurité, par l'humilité.

20. « D'où vient donc la sagesse? » L'homme en effet ne peut la trouver qu'avec le secours de la grâce, aussi son coeur doit se tourner vers Dieu.

21. « Elle se dérobe aux regards de tous. » Elle n'est pas pour les indifférents.

22. « La perdition et la mort ont dit : » les

1 Matt.III, 9.   2 Ib. V, 14.

 

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hommes livrés à la perdition et à la mort, en vivant dans les délices.

23. « C'est le Seigneur qui lui a tracé sa voie. » L'humilité, qui est cachée aux oiseaux du ciel. « Et il connaît son séjour. » Quel est le siège de la sagesse, sinon le Père? Car il est écrit

« Je suis en lui, et lui en moi (1). » Ils sont l'un pour l'autre comme une demeure réciproque.

24 Il a vu tout ce qui est sous le ciel. » Il connaît tout, comme il a tout créé, d'une manière invisible.

25. « Le mouvement des vents et la mesure des eaux (2). » Il désigne sous un de ses aspects la création tout entière. N'est-il pas écrit que tout a été fait avec nombre, poids et mesure (3 ) ? A ces traits nous reconnaissons le Créateur.

26. « En créant, il a compté comme il a vu. » Pour créer, il n'a point regardé au-dehors, mais en lui- même, comme le véritable architecte. « Et la voie au bruit des tempêtes. » Les tempêtes désignent ici les tentations, et les tentations, ceux qui sont éprouvés par elles; comme on dirait les cris du naufrage, pour les cris des naufragés.

27. « Alors il l'a vue, et l'a manifestée. » Dieu en prédestinant les hommes a vu dans quelle voie ils s'engageraient au moment de la tentation. « Il l'a préparée et recherchée; » en prédestinant et non en agissant.

 

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CHAPITREXXIX. — Retour sur sa vie passée.

 

2. « Qui me ramènera aux mois de mes premiers jours ? » Ceci parait s'appliquer à l'Eglise unie à Jésus-Christ son chef; comme si elle se trouvait au temps où abondent les tribulations et les épreuves, en ces jours annoncés par le Seigneur en ces termes : « Les jours viendront où vous désirerez voir un des jours du Seigneur, et vous ne le verrez point (4). » En effet quand le Sauveur était sur la terre, nulle inquiétude ne venait trouer le peuple chrétien naissant : il se composait des premiers croyants, parmi lesquels plus de cinq cents frères, à qui, d'après le témoignage de l'Apôtre, le Seigneur daigna apparaître après sa résurrection (5). On n'avait point alors à redouter de voir l'Eglise mal gouvernée, ni divisée par les trahisons de l'hérésie ou du schisme. Elle n'avait pas non plus à souffrir les persécutions extérieures : il n'y avait encore pour elle aucune épreuve ni au dedans,

 

1 Jean, X; 38. —  2 Le texte de saint Augustin porte le mouvement des vents et leur mesure: en Grec on lit: a emon stathmon udatos metra, 57 — 3 Sag. XI, 21. — 4 Luc, XVII, 22. —  5 I Cor. XV, 6.

 

ni au dehors. Job parle donc ici au nom de l'humanité, c'est-à-dire du peuple du nouveau Testament, désirant revoir ces jours, comme le lui avait prédit le Sauveur. Il les appelle des mois et non pas des années, parce que depuis le moment où le Christ choisit ses disciples, jusqu'à sa mort, on ne peut guère compter que des mois, et non pas des années.

3. « Lorsque sa lumière brillait au-dessus de ma tête. » C'est le Seigneur visible en sa chair, ou sa parole rendue sensible par cette présence corporelle.

4. « Pendant que 1a parole de Dieu gardait ma maison, » pour en conserver pure la conduite.

5. « Et que mes serviteurs autour de moi. » Ceux qui, humbles et soumis, savaient pourvoir à tous mes besoins,

6. «Pendant que le beurre coulait le long de mes voies. » Mes moeurs faisaient éclater ma foi et mes bonnes oeuvres. « Et que pour moi le lait coulait en abondance des montagnes. » Que les prophètes étaient parfaitement compris des petits.

7. « Lorsque le matin je parcourais la ville. » Ou bien lorsque la lumière chassait les ténèbres de la crainte, ou bien veut-il dire qu'au berceau de son Eglise il n'était ni assez caché, ni assez connu? « Et sur la placé publique un siège m'était préparé. » La multitude me donnait l'autorité pour instruire.

8. « A ma vue les jeunes hommes se cachaient : » ceux qui suivaient leurs mauvais désirs. « Mais les vieillards se levaient, » les prudents.

9. « Et les puissants cessaient de parler : » ceux qui se prévalaient d'une vaine science.

11. « L'oreille qui m'a entendu m'a proclamé bienheureux. » Un peuple que je n'ai point connu, m'a servi, il a prêté une oreille attentive à ma voix (1). « Et l'oeil qui me voyait s'est  détourné. » Celui des Juifs qui n’ont point voulu croire.

13. « Et la langue de la veuve a proclamé mes louanges. » L'âme qui a renoncé à l'alliance du démon. Voilà qu'on sortait un mort, fils unique d'une mère qui était veuve (2).

14. « Je me suis vêtu de la justice, comme d'un manteau. » Lorsque tu préfères aux actions

 

1 Ps. XVII, 45. —  2 Luc, VII, 12 .

 

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charnelles les oeuvres spirituelles, que ta main gauche ignore ce que fait ta droite (1), qu'elle ignore l'intention qui t'a dirigé. La main gauche demeure fermée sous le manteau, la droite reste ouverte; ainsi agissons-nous, lorsque nous savons à. qui il faut rapporter nos actions.

16. « J'ai médité avant de juger ce que j'ignorais. » Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre; qu'y aura-t-il pour nous (2) ? Il se croit heureux d'avoir pu interroger quelqu'un sur le jugement à venir.

17.. « J'ai brisé la mâchoire des méchants, » afin qu'ils cessent de dévorer le peuple qui était devenu leur pâture.

18. « Je parviendrai à la vieillesse, et comme le palmier je vivrai de longues années. » Ma vie sera prolongée, je serai toujours en honneur comme le palmier, justement admiré pour ma droiture et mon élévation.

19. « Et la rosée reposera sur mes moissons. » On appelle moisson ce qui croit dans un. champ depuis qu'il est ensemencé.

20. « Et ma gloire me sera conservée toujours nouvelle; » celle du nouveau Testament. « Et mon arc en mes mains continuera son oeuvre. » J'accomplirai ce que je commande.

22. « Ils n'ont rien ajouté à mes discours. » Il désigne ici la perfection de l'Evangile. La Loi donnée à la Synagogue dut être complétée. « Mais ils se réjouissaient de m'entendre. » La Loi ancienne inspirait la crainte; la Loi nouvelle, l'amour.

24. «Si je souriais devant eux, ils ne le croyaient point. » Il disait en paraboles des choses qui n'étaient point comprises, et dans lesquelles pourtant on entrevoyait plus de grandeur qu'il n'en paraissait. C'est le rire de Sara (3) ; il indiquait que tout ce qui se passait avait un sens prophétique. Ainsi en est-il, quand on parle en figures.

25. « J'ai choisi leurs voies, et je me suis assis à la première place. » Ou en me faisant homme, ou en mangeant avec les publicains et les pécheurs; mais toujours j'étais au premier rang pour leur salut. « Et j'étais comme un roi entouré de ses vaillants défenseurs; » de ceux qui ont tout quitté pour me suivre. « Et je consolais ceux qui étaient tristes. » Il parle de ceux à qui l'espérance donnait de la joie, au milieu des tristesses de la vie présente, comme il est écrit : « Bienheureux ceux qui pleurent (4), »

 

1 Matt. VI, (3). —  2 Ib. XIX, 27. — 3 Gen. XVIII, 10. —  4 Matt. V, 5.

 

et ailleurs : « Nous paraissons tristes, mais toujours nous sommes dans la joie (1). » Ils ne peuvent encore atteindre cette haute perfection dont il est dit : « Celui qui pratiquera et enseignera, sera appelé grand dans le royaume des cieux (2). »

 

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CHAPITRE XXX. —  Changement de fortune; la vue de ses malheurs attendrira le Seigneur.

 

1. « Et maintenant les plus faibles me tournent en dérision ; les plus jeunes me reprennent de mes fautes. » C'est que dans la suite l'Eglise eut de tels enfants; ils font peu de progrès. « Ils me reprennent, » est-il dit; car revêtus des honneurs de l'Église, ils ont reçu le pouvoir de prêcher au peuple ce qu'ils ne font point eux-mêmes. « Ceux dont je méprisais les pères. » Il leur donne pour pères ceux dont ils sont les fils par imitation, et à qui il a été dit : « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites (3).»

2. « Et la force de leur bras n'était rien pour moi, » la puissance de leurs pères, qui alors ont pu crucifier le Seigneur . « En eux la vie s'en allait tout entière. » Car jusqu'à la fin ils refusèrent de se convertir.

8. « Sans cesse en proie à la faim et à la misère, » tourmentés par une foule d'insatiables désirs. « Hier encore ils fuyaient dans le désert, » cherchant sans cesse à éluder la Loi qu'ils ne voulaient point entendre avec droiture. « Fuyant hier dans le désert, » parce qu'ils l'avaient reçue dans le désert. Si aujourd'hui s'applique au nouveau Testament, hier s'applique à l'Ancien. C'est du Nouveau qu'il est dit: « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos coeurs (4); » et ailleurs : « Vous êtes mon fils, je vous ai engendre aujourd'hui (5). »

4. « Ils rongeaient l'écorce des arbres. » Ils avaient pour nourriture les figures de la Loi qui en voilaient les réalités. « La racine des plantes était leur nourriture; » les mystères qu'ils devaient célébrer d'une manière charnelle, quine paraissaient pas s'élever de terre :toutefois une intelligence droite pouvait en tirer des fruits de salut, et s'élever de terre, vers la vraie liberté, mais eux n'ont pu y parvenir. « Sans honneur, sans considération, et privés de tout bien. » L'honneur du premier rang était perdu pour eux, avec les espérances de la promesse. Ils ont par leur propre faute perdu les bénédictions temporelles, et le royaume des cieux n'est point à eux. « Pressés

 

1 II Cor. VI, 10. — 2 Matt. V, 19. — 3 Ib. XXIII, 13. — 4 Ps. XCIV, 8. — 5. Ib. 11, 7

 

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ses par la famine, ils dévoraient la racine des arbres. » Ce qui est dit de la racine des plantes pour le froment, il faut l'appliquer à la racine des arbres pour le vin et l'huile. Car ces produits s'entendent des biens spirituels de l'Eglise. Leurs racines plantées en terre étaient les rits sacrés que les Juifs devaient extérieurement célébrer, tels que le sabbat, la circoncision, les sacrifices et tous les autres actes destinés à alimenter la piété.

5. « Les voleurs se sont levés contre moi. » Ceux qui par la fraude et le mensonge obtiennent injustement les honneurs réservés aux justes:

6. » Leurs habitations étaient les antres des rochers. » Ils voulaient justifier leurs coupables désirs par les passages obscurs des Livres saints.

7.  « Ils criaient parmi les arbres. » Leurs péchés paraissaient au grand jour, malgré leurs efforts pour les cacher sous les obscurités des Ecritures, comme sous le feuillage des forêts. Aussi est-il écrit : « Les cris des habitants de Sodome sont montés jusqu'à moi (1). » En plusieurs endroits, l'Ecriture parle des clameurs du péché, pour en signifier la publicité. En ce sens la parole est la pensée coupable conçue au fond du coeur, le cri est l'action extérieure. « Ils s'abritaient sous les tiges dans la terre : » ceux qui accomplissent la Loi d'une manière charnelle, s'abritent non pas seulement sous les tiges, mais sous les, tiges les plus basses. Ces tiges onces troncs d'arbres ne sont point les fruits eux-mêmes, mais c'est sur eux ,que poussent les branches à fruits, soit des plantes, soit des arbres, si toutefois il s'agit d'arbres fruitiers, puisque les arbres qui ne portent pas de fruits ont aussi des tiges.

8. « Enfants d'hommes insensés, et vulgaires. » Des Juifs, que plus haut il leur a donnés pour pères, parce qu'ils les ont imités : car eux aussi se glorifient du nom d'un Dieu qu'ils ne servent point. Il appelle les Juifs insensés et vulgaires eux au contraire se vantent non-seulement d'être les guides des aveugles, mais encore d'être les fils d'Abraham, et tirent vanité de cette noble origine. Dans ces paroles : « Ils sont aveugles, et guides d'aveugles (2), » ils voient leur sottise démasquée ; et ces autres : « Si vous êtes fils d'Abraham, faites les oeuvres d'Abraham (3), » les montrent dégénérés et avilis. « Leur nom et

 

1 Gen. XVIII, 20. —  2 Matt. XV, 14. — 3 Jean, VIII, 39.

 

leur honneur     ont disparu de la terre. » Ils existaient, mais ils ont disparu.

9. « Et maintenant je suis l'objet de leurs chants, » de ce derniers, dont les autres sont les pères; ma voix retentissait à leurs oreilles, elle ne touchait point leurs coeurs. « Ils me tournent en dérision; » s'ils partent de moi, s'ils entendent mes enseignements, leurs discours, leur attention sont inutiles et complètement perdus.

10. « Ils m'ont en horreur, et fuient loin de moi. » Ils se sont éloignés de la sainteté, en commettant l'iniquité et en repoussant de leurs coeurs corrompus les préceptes de la sagesse. « Ils ont osé me cracher au visage. » Ils maudissent réellement le visage du Christ, ceux qui repoussent avec méprisses commandements; ou bien leur vie dépravée a empêché que je fusse bien connu.

11. « Il a ouvert son carquois pour me percer; » les secrets de la nature, sources de tentations. « Et ils ont mis un frein à ma bouche, » afin que malgré moi je les approuve, que je les porte où il leur plaît de me conduire, vers l'objet de leurs honteuses passions.

12. « Ils ont grandi en s'élevant à ma droite. » Pour contenter leurs désirs ils sont venus, la bonté sur les lèvres, la douceur dans les paroles, sans recourir a la violence. « Ils ont retenu mes pieds par des entraves : » par les dignités ecclésiastiques qui les empêchaient de fuir.

13. « Mes sentiers sont rompus ; » on veut qu'ils ne soient plus connus des,justes qui savent y marcher sans rechercher leurs intérêts, mais ceux de Jésus-Christ (1). « Il m'a dépouillé de ma robe ; » de mon ancienne autorité, devant laquelle tout doit plier. C'est ce qui arrive, quand les péchés sont devenus trop nombreux, et sont passés en habitude. « Il m'a blessé de ses traits,» de ses préceptes qui me découvrent l'iniquité, sans que je puisse l'arrêter.

14. « Il m'a traité au gré de ses caprices. » Dieu fait servir, comme il l'a voulu, mon malheur et ma misère au triomphe de la justice. « Je suis enveloppé de douleurs : » je souffre en moi et dans autrui; au-dehors les combats, les terreurs au-dedans (2) ; qui languit, sans que je languisse moi-même (3) ?

15. « Mes douleurs sont sans relâche, et mon espérance a été emportée comme le souffle. » Uniquement occupés des espérances du temps,

 

1 Philip. II, 20. —  2 II Cor. VI, 5. —  3 Ib. XI, 29.

 

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ils tiennent pour rien ce que je promets. « Et mon bonheur a passé comme un nuage. » L'attachement au bonheur présent les a détournés des promesses de celui de l'éternité.

16. « Mon âme se répandra au-dessus de moi, » par la prière.

17. « La nuit mes os ont été brisés. » Il enseigne que sa force d'autrefois lui a été ravie. « Et mes nerfs se sont affaiblis : » ses actions passées.

18. « Il a saisi avec force ma robe : » pour manifester sa puissance, il m'affligeait, puis me soutenait. « Il m'a entouré comme les bords de mon vêtement. » Il m'a laissé un peu de mon autorité.

19. « Mon partage est dans la poussière et la cendre. » Dans la pénitence, parce que c'est la fin de ma vie.

20. « Ils se sont arrêtés, pour mieux me considérer. » Devant mon humiliation les orgueilleux se sont arrêtés, cherchant à me condamner.

22. « Et vous m'avez enlevé tout espoir de salut. » Il plaint ceux qui n'espèrent plus être régénérés.

23. « La terre est la demeure de ce qui est mortel. » Il craint la mort, parce que sa conversation ne serait pas dans le ciel (1) ; comme celle des méchants, qui dans l'Eglise mènent une vie toute charnelle.

24. « Que ne puis-je donc me faire mourir! » Que je meure à ce monde ! « Ou conjurer un autre de me donner la mort ! » un ange meilleur que moi, ou Dieu pour me rendre meilleur.

26. « J'espérais les biens. » Il s'afflige parce que ces maux lui sont arrivés subitement.

27. « Un feu dévore mes entrailles, et ne peut s'éteindre : » l'intérieur de son âme, ou sa mémoire qui lui rappelle et son passé et l'affliction qui le fait gémir.

28. « Je me suis arrêté en criant au milieu de l'assemblée. » Car on ne l'entendait pas dans la foule de ceux qui ne voulaient point devenir meilleurs.

30. « Ma peau a été toute noircie, » à cause de mes maux extérieurs.

31. « Ma harpe n'a chanté que le deuil ; » la harpe désigne les bonnes oeuvres qui me faisaient louer Dieu avec joie.

 

1 Philipp. III, 20.

 

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CHAPITRE XXXI. — Job a observé toute la Loi.

 

1. « J'ai fait un pacte avec mes yeux. » Ai-je jamais espéré en ce monde visible ? « Pour ne point arrêter mes pensées sur une vierge. » Comme s'il disait : que cela ne m'arrive jamais. Ici il commence à retracer le triomphe de l'Eglise, en ceux qui persévèrent jusqu'à la fin, malgré les plus grandes tentations, pendant que l'iniquité abonde, et que la charité d'un grand nombre se refroidit (1). « Et je n'arrêterai pas mes pensées sur une vierge, » conduit par une sagesse et une sainteté incorruptibles.

2. « Quelle autre part pourrai-je attendre du « Très-Haut? » Il faut sous-entendre : je n'y penserai point; ou bien, quelle part, si ce n'est celle-ci ?

5. « Si donc j'ai fréquenté d'impies railleurs. » Il est bien difficile aux justes dans l'Eglise de ne point vivre avec eux. « Si j'ai hâté mes pas vers la fraude. » C'est l'hypocrisie.

8. « Que je sème, et que d'autres recueillent les fruits. » Ainsi qu'il est arrivé aux Juifs. Ils ont enseigné ce que d'autres ont mieux accompli. « Que je sois sans postérité : » que je sois rapidement desséché. Celui-là est ici-bas fermement établi sur la pierre, qui rend sa vie conforme à ses discours.

9. « Si les attraits d'une femme ont séduit mon coeur. » S'il a voulu chercher parmi le peuple de Dieu, à qui seul est due toute gloire. « Ou si j'ai veillé à sa porte; » si j'ai. habilement exploité les désirs de son peuple ou ses craintes, pour le porter à m'obéir plutôt qu'à Dieu.

10. « Que ma femme aussi soit séduite par un autre: » que mon honneur appartienne au démon, à qui nous sommes agréables en offensant Dieu, car il se réjouit de notre malheur. « Et que mes enfants soient méprisés de tous; » mes actions ou mes imitateurs.

 

11. « Il y a dans mon coeur une passion indomptable, qui me pousse à corrompre la femme d'un autre, » et de la garder près de moi.

13. « Si j'ai refusé de rendre justice à mon serviteur ou à ma servante, lorsqu'ils étaient jugés en ma présence, » selon cette parole « Si vous avez des procès pour les intérêts de ce « monde (2). » Il appelle ses serviteurs, ceux du peuple encore attachés aux biens temporels.

14. « S'il vient me visiter, que lui répondrai-je? » Dans la tribulation que me dira ma conscience, puisque j'ai méprisé ces avertissements?

15. « Est-ce qu'ils n'ont pas été conçus comme

 

1 Matt. XXIV, 12, 13.   2 I Cor. VI, 4.

 

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moi dans le sein d'une mère? » enfantés par les sacrements : tous ont reçu les mêmes enseignements, c'est la même foi pour tous. « Tous, n'avons-nous pas été formés de la même manière ? » L'un ne renonce pas au péché autrement que l'autre, quand c'est pour servir Dieu sans partage.

18. « Et dès le sein de ma mère j'ai été leur guide. » Dès son berceau l'Eglise a opéré ces merveilles.

19. « Si j'ai laissé sans le vêtir, l'homme nu près d'expirer. » Si je n'ai point inspiré la confiance en la rémission des péchés, et que je n'en- aie point couvert comme d'un vêtement la honteuse nudité du pécheur près de périr. Car la multitude de ses péchés le conduit au désespoir. De là cette parole : « Et dont les péchés ont été couverts (1). »

20. « Si les épaules. du malade ne me bénissent point. » L'espérance de l'immortalité les a couverts comme un manteau; mais de peur que la confiance produite par le pardon des péchés ne leur fasse oublier les peines passées, et, ne les porte à désirer les biens temporels, il ajoute: « La toison de mes brebis les a réchauffés. » Les espérances du monde n'attiédiront plus leur âme, si ces réflexions les conduisent à mépriser les biens temporels, à l'exemple des brebis dépouillées de leur toison (2).

21. « Si j'ai levé le bras contre l'orphelin, » qui ne rencontrant plus son père, pouvait suivre un homme ou une créature quelconque. « Fier de la puissance dont j'étais environné ; » voulant m'élever au-dessus de tous.

22. « Que mon épaule tombe séparée de mon corps. » Ainsi arrive-t-il à ceux qui se.séparent de l'Eglise. Pendant qu'ils veulent s'imposer au peuple, ils sont eux-mêmes retranchés. L'épaule ou le bras désigne ici les actions.

23. « La crainte m'a retenu, » pour ne point lever le bras contre l'orphelin. « Et je ne pourrais en soutenir le poids, » si je voulais opprimer l'orphelin.       .

24. « Si j'ai placé dans l'or ma puissance ai-je présumé de la science ou de la sagesse de Dieu? « Si j'ai mis ma confiance en.mes pierreries, » c'est-à-dire en mes œuvres.

25. « Si j'étais au comble de la joie, en voyant s'accroître mes revenus; » comme si tout venait de moi, car celui qui se glorifie doit se glorifier dans le Seigneur (3). « Si j'ai fait reposer le

 

1 Ps. XXX, 1. —  2 Cant. IV, 2. — 3 II Cor. X, 17.

 

bonheur de mon âme en mes innombrables richesses; » parce que j'étais aimé de tous. Après ces quatre membres de phrases, il faut sous-entendre: « que mon épaule tombe séparée de mon corps. »

27. « De secrètes déceptions ont affligé mon coeur. » Voici l'ordre de la phrase : « Si j'ai fait reposer le bonheur de mon âme en mes innombrables richesses, de secrètes déceptions ont aussi affligé mon coeur. » Si j'ai écouté les pensées d'une aussi coupable présomption. « Si j'ai porté la main à la bouche, pour la baiser : » si j'ai mis toute ma complaisance en mes propres.actions.

29. « Si j'ai triomphé de la ruine de mon ennemi. »Ainsi les ennemis de l'Eglise se réjouissent de ses malheurs.

30. « Que mon oreille entende les malédictions prononcées contre moi . » Que ces malédictions me pénètrent de douleur. « Que je sois un objet de mépris parmi mon peuple:» parmi le peuple saint qu'il en soit séparé avec dérision.

31. « Si mes servantes ont souvent répété: » les flatteurs. « Qui nous rassasiera de ses chairs? tant j'étais bon! » lis enviaient cette prospérité temporelle qu'ils voyaient en moi. On ne doit pas toutefois me rendre responsable de leur langage; car ce n'était point pour le leur inspirer que je me montrais bon.

32. « L'étranger ne restait point mouillé à ma porte: » je recevais celui qui était étranger dans le monde.

33. « Si après avoir. péché volontairement, j'ai caché mon péché. » Nos péchés sont volontaires depuis que nous avons connu la vérité (1).

34. « Ou si j'ai laissé sortir le pauvre les mains vides de ma maison: » s'il est sorti de ma maison, parce que rien n'a été déposé dans ses mains.

35. « Qui me donnera quelqu'un :pour m'entendre? » Qui pourra me faire écouter ? « Si je n'ai pas redouté la main du Seigneur : » celle qui a écrit : « Si vous ne pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas (2). —  Si j'ai ma sentence écrite : » Voici l'ordre : « Si j'ai ma sentence écrite;

36. « Et si je ne l'arrache point au-dessus de mes épaules, elle sera ma couronne, et je la lirai en l'élevant au-dessus de mes épailles : » j'en serai couronné et je la lirai publiquement, c'est-à-dire contre moi-même. « Je t'exposerai à tes propres yeux (3). » Je serai confondu par le

 

1 Héb. X, 25.   2 Matt. VII, 15.   3 Ps. XLIX, 21.

 

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peuple qui m'entoure, parée que je n'ai point accompli le précepte du Seigneur, comme je l'avais annoncé : j'ai d'abord refusé d'entendre la sentence qui m'a depuis été mise sous les yeux.

38. « Si jamais la terre a gémi sous mes pas : » les serviteurs de l'Église, parce que je suis mauvais. « Si avec elle pleurent les sillons, » où est répandue la semence, et où naissent les moissons, parce que je suis mauvais et que j'ai répandu de mauvaises semences; voilà pourquoi il est dit : « avec elle. »

39 Si j'ai seul épuisé les ressources, sans rien donner, » sans avoir cette bonté avec laquelle celui qui est instruit donne de ses biens à celui qui l'instruit (1). « Seul, » c'est-à-dire, ne laissant rien à celui qui donne. « Si j'ai par cette dureté contrasté le Maître de la terre : » en ne me rendant pas digne des souffrances de Celui qui pour moi a donné sa vie. Ne contrastez pas en vous l'Esprit-Saint (2).

40. « Qu'elle produise pour moi des orties au lieu de froment. » Au lieu de ces docteurs inspirés de Dieu, que j'aie pour maîtres d'indignes flatteurs, dont les disputes pernicieuses révèlent la corruption de leurs coeurs, et leur éloignement pour la vérité (3). « Et des épines pour de l'orge. » A la place des hommes charnels qui m'étaient soumis, que j'aie à combattre des pécheurs opiniâtres. « Job était juste à ses yeux; » dans sa conscience.

 

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CHAPITRE XXXII. —  Indignation d'Eliu deBuz, en entendant la justification de Job. —  Paroles d'Eliu de Buz.

 

13. «C'est Dieu qui l'a rejeté, et non pas l'homme; » je veux indiquer ainsi la cause véritable de leur silence.

14. « Et je ne lui répondrai point en répétant vos discours. » Ce que je vais dire l'empêchera de me répondre comme à vous.

16. « J'ai attendu, et ils n'ont point parlé ;» il paraît se tourner vers Job en disant ceci.

19. « Ma poitrine est comme l'outre remplie de vin. » L'Écriture représente Eliu comme devant prophétiser. « Ou comme le soufflet brisé du forgeron. » Pour vaincre son obstination, je parle avec violence, aussi paraît-il irrité. Je n'auras point dû prendre la parole, si vous aviez su lui répondre.

22. « Autrement je serai rongé par les vers; » comme vous, ou comme tous ceux qui considèrent les personnes.

 

1 Gal. VI, 6.   2 Eph, IV, 30.   3 I Tim. VI, 5.

 

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CHAPITRE XXXIII. —  Autres reproches d'Eliu; il excité Job à l'humilité et à l'aveu de ses fautes.

 

3. « Mes discours ont laissé mon coeur pur: » sans fausseté.

4. « L'Esprit divin qui m'a créé : » sous-entends, est celui, comme s'il y avait « : L'Esprit divin est celui qui m'a créé. »

12. « Comment oses-tu dire: Je suis juste, et vous ne m'avez pas exaucé ? » C'est Job qui aurait parlé ainsi à son ennemi:

14. « Dieu parle une seule fois. » Dieu, semble-t-il dire, n'a appelé qu'une seule fois tous les justes, et dans le temps, sa divine Providence renouvelle pour chacun d'eux cette vocation.

15. « Pendant le sommeil, dans les visions de la nuit. » Par ignorance, ou au temps de la tribulation. « Lorsqu'un terrible effroi s'empare de l'homme endormi sur sa couche, » se croyant en sûreté.

17. « Et que son corps échappe à la corruption, » comme ses os, dans un sens figuré.

18. « Il a préservé son âme de la mort, » quand il l'a converti, il lui pardonne. « La guerre approche »,

19. « Et dans sa faiblesse, sur son lit, il lui adresse encore ses reproches; » il l'éprouve encore après sa conversion, pour qu'il ne se confie point en lui-même. « Et tous ses os se sont desséchés, » la confiance qu'il avait en lui-même.

20. « Il ne pourra prendre aucune nourriture. » Aucune consolation dans les biens temporels.

24. « Tout son corps sera renouvelé comme le crépi d'une muraille: » dans un sens métaphorique ; ceci s'entend d'un changement de vie, le peuple est comparé à un édifice.

25. « Il amollira ses chairs comme celles d'un enfant, » afin que l'orgueil n'endurcisse pas son coeur, comme Eliu croit voir celui de Job, qui est éprouvé dans son humilité pour se perfectionner.

26. « Il s'est annoncé, le visage rayonnant de joie, » prêt à soutenir la tentation.

28. « Sauvez mon âme, afin qu'elle ne tombe point dans la corruption : » dans la tentation qui la ferait mourir.

29. « A trois reprises contre l'homme, » la conversion, l'épreuve et la mort.

30. « Mais il a préservé mon âme de la mort. » Il ne lui reste plus que le passage de la mort. « Afin qu'au sein de la lumière mon âme publie ses louanges; » alors il n'y aura plus de supplications, parce qu'il,n'y aura plus de misères,

 

622

 

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CHAPITRE XXXIV. — Eliu indigné continue d'insulter Job ; il prie Dieu de ne le point épargner.

 

1. « Eliu répondit encore: » comme il est dit ailleurs: Il continua.

2. « Vous qui possédez la sagesse, prêtez l’oreille à mes paroles: » l'oreille qui entend les vérités surnaturelles.

3., « Car l'oreille discerne les discours, » l'oreille charnelle.

4. « Qu'y a-t-il de bon ?

5. « Car-Job a dit : Je suis juste. » Qu'a-t-il dit de bon en disant cela?

6. » Le mensonge est dans la sentence qu'il a portée contre moi. » C'est pourquoi il disait « J'espérais les biens (1). » Mais cette espérance n'était pas fondée; aussi y avait-il mensonge.

7. « Qui est semblable à Job? » Voici toujours ses paroles.

9. « Il a dit : Celui qui marche en présence de Dieu ne sera point visité. » Il le croit trompé, parce qu'il suppose qu'il accomplissait toutes ses oeuvres dans cette espérance; ou qu'il pensait que Dieu n'éprouve point pour le récompenser, celui qui marche en sa présence.

10. « Loin de Dieu l'impiété, » qui refuserait la récompense à celui qui marche en sa présence; et s'il le visitait par la tentation, il n'y aurait encore ni impiété ni injustice.

18. « Il est impie, celui qui dit au roi : Tu agis injustement. » Tu ne dois pas, toi, parler ainsi, parce que tu n'es pas un impie. Remarquez, « celui qui dit, » et non pas celui qui a dit; il ne suffirait pas, pour être impie, d'avoir dit en passant; on est vraiment responsable quand on agit. habituellement. « Et aux princes : Vous agissez de la manière la plus impie. » Comme s'il disait aux Anges : Excepté Michel votre chef, vous agissez tous de la manière la plus impie. Et si l'on accuse de tant. d'impiété les princes, à plus forte raison le roi en sera-t-il accusé:

20. « Ils ont agi avec méchanceté, lorsque leur faiblesse les a fait chasser. » Leur exclusion les a étrangement aveugles, quand, à cause de leur faiblesse, ils ont été privés de cette vision qui découvre avec quelle sagesse Dieu conduit tout, et dispose de tout. Ils se sont égarés en leurs pensées, au point de croire que Dieu oubliait ses créatures. Aussi le vide s'est fait dans leur âme, quand au milieu de leurs épreuves ils ont imploré le secours des hommes au lieu de prier Dieu.

22. « Aussi aucun lieu, pas même l'ombre de

 

1 Job, XXX, 26

 

la mort, ne pourra cacher ces coupables: » l'ombre de la mort n'est point faite pour les cacher. C'est comme il est dit : « Les vieillards n'ont point la sagesse (1); » parce que la vieillesse n'apporte point nécessairement la sagesse. Et ailleurs: « Ne salue point l'hérétique (2) : » ce n'est point pour cela qu'il est hérétique.

25. « Ils soulèvera la nuit, et ils seront humiliés . » Qu'au-dessus d'eux soit ce qui était au-dessous ; c'est-à-dire qu'ils soient accables parce qui était à leurs pieds.

26. « Il a anéanti les impies qui se croyaient brillants de gloire.

27. «Ils n'ont point connu la justice de ses décrets. » Voici le bien que Dieu a su tirer de leur méchanceté.

28. « Afin que les plaintes du pauvre montent jusqu'à lui.

29. « C'est lui qui donnera le repos ; qui pourra le troubler ? » Ce repos n'est point comme celui que les hommes recherchent, et que trouble l'affliction. « Si Dieu justifie, qui peut condamner (3). — Et en même temps contre l'homme contre les Juifs et les Gentils.

30. « Il laisse dominer l'hypocrite à cause de « la perversité du peuple : » C'est à lui qu'il est dit : « Tu instruis les autres, et tu ne t'instruis pas toi-même (4). »

32. « Je ne verrai point ce qui se passe en moi, tu me le feras connaître. » En t'accusant, peut-être ne verrai je point ce qui doit être condamné en moi? C'est une interrogation. « Si j'ai commis l'iniquité, je me tairai, » devant tes accusations.

33. « T'en demandera-t-il compte, puisque tu l'as repoussé ? » parce que tu l'as accusé.

31. « Le sage entendra ma voix: » il saura que Dieu prend soin de tout.

35. « Job n'a point parlé avec sagesse, » lorsqu'il a dit que Dieu l'avait injustement éprouvé.

 

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CHAPITRE XXXV. — Leçons d'Eliu à Job blasphémateur et impie.

 

2. « Pourquoi as-tu voulu l'établir ainsi en tes jugements ? » Pourquoi as-tu ainsi jugé ? « Qui es-tu pour dire : Je suis juste devant Dieu? » En présence de Dieu, tu as dit : Je suis juste. De deux manières l'homme se rend ici coupable: d'abord, s'il le dit avec orgueil, ou sans avoir même cette justice vulgaire en honneur parmi les hommes; puis, jamais il n'est permis à l'homme de se proclamer juste devant Dieu, puisqu'en sa présence tous les hommes sont pécheurs.

 

1 Job XXXII, 9.   2 Tit, III, 10.   3 Rom. VIII, 33, 34. —  4 Ib. II, 2l,

 

623

 

3. « Tu dis encore: A quoi te sert-il,     ou que  ferai-je, si j'ai péché? » Il croit que Job a tenu ce langage, soit pour marquer que son péché pouvait être utile à Dieu, comme moyen de le porter par la douleur à l'impiété dont il dit : « Ne m'enseignez pas à devenir impie : vous plairiez-vous peut-être à me voir pécher (1) ? » soit pour faire entendre que le péché nuit à Dieu, et que conséquemment Dieu le poursuit et l'accable comme son ennemi, pour éviter ses atteintes; car auparavant il avait dit aussi: « Si j'ai péché, que puis-je faire contre vous (2) ? Quelle que soit sa pensée, Eliu y répond par ce qui suit :

4. « Je vais donc te répondre, ainsi qu'à mes « trois amis.

5. « Lève les yeux vers le ciel, et regarde. Vois « combien les nuées sont élevées au-dessus de toi. »

6. « Si tu as péché, qu'as-tu obtenu ? » C'est répéter ce que Job a déjà dit : « Si j'ai péché, que puis-je faire contre vous ? Et si tu as commis beaucoup d'iniquités, que peux-tu faire ? » Si tuas commis beaucoup d'iniquités : il y a ici gradation. Auparavant il avait dit: «Si tu as péché.» Que pourras-tu faire contre Dieu, puisque tu ne peux même toucher les nuées?

7. « Si tu es juste, que lui donneras-tu ? » Si donc ta justice ne peut lui être utile, sache-le bien, ton péché ne saurait l'atteindre non plus. « Ou que pourra-t-il recevoir de ta main ? » Quand même tu voudrais le lui offrir. Ainsi les insensés pensent que Dieu recherche nos sacrifices, comme s'ils lui étaient nécessaires.

8. « Que ton impiété soit pour l'homme semblable à toi, et que ta justice soit pour le fils de l'homme . » C'est alors que l'une est nuisible, et l'autre utile. Loin de réfuter, il confirme de nouveau par ces paroles cette pensée de Job : « Si j'ai péché, que puis-je faire contre vous ?» Il doit donc montrer pourquoi en cette vie les hommes sont en butte aux injustices des méchants, parmi lesquels il faut compter le diable avec ses anges, le véritable auteur de toutes les injustices et de toutes les iniquités. Puisque les pécheurs ne peuvent nuire à Dieu, pourquoi leur fait-il subir l'épreuve de tant de misères ? La réponse est dans ce qui suit

9. « Leurs lamentations s'élèvent du milieu de leurs ennemis, leurs cris déchirants, sous les coups de leurs nombreux persécuteurs.

 

1 Job. X, 23. — 2 Ib. VII, 20.

 

10. « Et nul ne dit : Où est le Dieu qui m'a créé ? » Voilà donc pourquoi ils souffrent, afin de chercher Dieu sans pousser de plaintes inutiles. Ces mots : « Celui qui m'a créé,          » sont une preuve qu'il n'abandonne pas sa créature, quand celle-ci le recherche. « Qui ordonne les «veilles de la nuit. » Les différentes époques de cette vie sont soumises à des puissances qu'il a désignées. Celui qui a fait l'homme ne peut le laisser sans guide dans la nuit de l'erreur.

11. « Il m'a distingué des animaux sans raison, et m'a: donné plus de sagesse qu'aux oiseaux du ciel. » Ainsi devons-nous chercher le Seigneur dans les afflictions de cette vie, non pour lui demander les biens temporels, car avant de les recevoir, nous sommes déjà supérieurs aux animaux.

12. « Là ils crieront et vous ne les entendrez point. » , dit-il, dans la multitude de ceux qui crient au sein de l'affliction, sous les coups de leurs nombreux ennemis. Ou bien ce mot : là, ibi, veut dire : à cause de cela, comme en ce passage « Là sont tombés ceux qui commettent l'iniquité (1). » S'il ajoute : « Et vous ne les entendrez point, » c'est toujours de Dieu qu'il veut parler. « A cause de insultes des méchants : » il faut sous-entendre : ils crieront.

13. « Dieu ne petit point voir les vanités insensées. » Il ne peut secourir ceux qui les lui demandent, et qui ne crient point dans la tribulation pour obtenir lesbiens éternels. C'est pour jouir de ces biens qu'ils sont distingués des animaux sans raison, et qu'ils ont reçu plus de sagesse que les oiseaux du ciel. Ils gémissent au contraire, parce qu'ils ne trouvent point le bonheur dans l'iniquité de ce monde.

14. « Le Tout-Puissant distingue ceux qui accomplissent la justice ; il me sauvera. » S'il voit le fond des coeurs et tonnait toutes nos actions, il saura aussi nous sauver et nous mettre en possession de ce. que seul il peut voir ; car l'oeil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu et son coeur n'a point compris ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment (2). Aussi quand toutes les espérances de salut semblent renversées en lui, le Père, qui voit tout dans le secret, sait le secourir dans la tribulation (3). « C'est donc lui qui juge, si tu peux le louer selon ses perfections. » Job a paru le dire dans ce passage : « Puisse-t-il être notre arbitre (4) ! »

15. « Maintenant il n'exerce point toutes ses

 

1 Ps. XXXV, 13.   2 II Cor. II, 9.   3 Matt. VI, 4. — 4 Job. IX, 33.

 

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vengeances, et ne recherche point les crimes avec sévérité. » Il les connaît néanmoins pour les punir; de là ces mots : « Parce que je connais mon iniquité. » Et plus loin : « Détournez vos yeux de mes crimes (1). » Il a donc connu nos péchés; telle est la cause de nos tribulations en ce monde : mais elles n'y sont point sans limites. Après que nous avons été punis, il y a encore place pour le repentir.

16. « C'est donc en vain que   Job a élevé la voix, et son ignorance lui a fait multiplier les paroles. »

 

 

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CHAPITRE XXXVI. — Exhortations d'Eliu de Buz, pour amener Job à des sentiments de pénitence.

 

2. « Ecoute-moi un instant, que je t'instruise; j'ai encore à te parler.

3. « Et je reprendrai mon discours de loin. » Tant que nous vivons en ce corps, nous sommes séparés du Seigneur (2).

4. « Je parlerai selon la sainteté de mes oeuvres; » afin qu'on ne lui dise pas, comme Dieu dira au pécheur. « Pourquoi annonces-tu mes justices, et pourquoi ta bouche répète-t-elle ma loi? Tu hais la vraie science (3). » Il faut donc ici parler d'après ses oeuvres. La science apprise de loin n'est connue qu'en partie, le reste est en énigme ; mais lorsque ce qui est parfait sera venu, ce qui n'est qu'en partie disparaîtra (4); et Dieu ne parlera pas toujours de loin, car nous le verrons un jour tel qu'il est (5). « C'est la vérité, et tu n'entendras pas injustement de sa part des paroles injustes. » Tous les maux qu'endure Job, Eliu les appelle des paroles de Dieu pleines de vérité et de justice; mais il lui semble que Job les croit injustes, puisqu'il se plaint de souffrir sans l'avoir mérité, comme s'il n'était pas dit des épreuves des justes : « Voici le temps où Dieu va commencer son jugement par sa propre maison (6). »

5. « Sache que Dieu ne repousse pas l'innocent ; » quoiqu'il châtie celui qu'il aime, et qu'il fouette l'enfant qu'il reçoit dans sa miséricorde (7).

6. « Il a le coeur fort ; et il ne fait point vivre l'impie : » quoiqu'il paraisse l'épargner pour un temps. Il dit avec raison: « Il a le coeur fort; » car il ne fera point vivre l'impie, quand celui-ci cherchera en pleurant, mais sans la trouver, une pénitence tardive, et qu'il ne pourra plus implorer la miséricorde d'un juge irrité, dont il méprisait naguère les tendres avertissements. « Il donnera le jugement aux pauvres; » eux-mêmes

 

1 Ps. L,5,  11. — 2 II Cor. V, 6. — 3 Ps. XLIX, 16. 17. — 4 I Cor XIII, 12 . — 5 Jean, III, 2. — 6 Pierre, IV 17. — 7 Hébr. XII, 6.

 

jugeront les auteurs des injustices qu'ils ont endurées. Remarquez ce mot : les pauvres; c'est ainsi que plus haut il fallait, par impie, entendre le riche, c'est-à-dire l'orgueilleux.

7. « Il ne privera point le juste de ses yeux. » Même lorsqu'il lui fait subir, comme dans une fournaise; l'épreuve de la tribulation (1), il ne prive point son esprit de cette lumière qui lui fait connaître Dieu pour l'adorer. Il montre suffisamment que l'aveuglement est le châtiment de l'impie, même lorsque Dieu semble l'épargner. « Et avec les rois sur leur trône : » il faut ici sous-entendre : « Il les fait asseoir, » c'est-à-dire les justes; il appelle rois ceux qui savent commander à la chair; d'où cette parole : « Quel est le roi qui veut combattre un autre roi (2) ? etc. Il les fera asseoir pour toujours, et ils seront exaltés. » Ici il faut ajouter ce qui précède « avec les rois sur leur trône. » Ils seront exaltés, est-il dit, parce qu'ils ont été humiliés.

8. « Ils ont les pieds enchaînés, » par ces liens dont saint Paul souhaite d'être délivré pour être avec Jésus-Christ (3), c'est-à-dire ces entraves de la vie présente, où le corps en se corrompant devient un fardeau pour l'âme(4). « Ils seront entourés des liens de la pauvreté; » saisis et retenus par l'habitude invétérée des jouissances sensuelles, excitées par la pauvreté même des biens qui soutiennent et conduisent l'homme en cette vie.

9. « Il leur fait connaître leurs oeuvres , » non pas les bonnes actions. Ce sont ou ces impressions de la concupiscence dont il est dit: « Je sais qu'il n'y a rien de bon en ma chair (5), » et dont nous ne sommes jamais exempts, quand même nous ne serions pas victimes de leurs coupables exigences : ou bien les tristesses produites en l'homme par le péché d'origine. « Et leurs iniquités, lorsqu'ils seront fortifiés. » Ce sont les oeuvres dont nous venons de parler. On ne peut aisément les faire connaître, c'est-à-dire les découvrir aux faibles; mais à ceux qui ont déjà fait assez de, progrès dans la vertu pour n'être plus esclaves des débauches et des crimes trop publics.

10. « Mais il exaucera le juste, » celui qui vit de la foi (6); afin qu'il attribue à la grâce, et non à ses propres mérites, non-seulement le degré de justice qu'il pratique actuellement, mais encore tout. ce qui lui reste à pratiquer pour être entièrement

 

1 Eccli. XXVII, 6. —  2 Luc, XIV, 31. —  3 Philip. I, 23. — 4 Sag. IX, 16.   5 Rom VII, 18.   6 Habac. II, 4.

 

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délivré de tout mal issu du péché; de ce, mal qu'enseigne la vérité aux fidèles affermis dans la foi, lorsqu'ils sont enveloppés dans les filets de la misère; car ils sont retenus dans ces entraves, avant d'être exaltés et de s'asseoir pour toujours sur leurs trônes avec les rois. « Il a dit : Ils se détourneront de l'iniquité. » Il a dit, il faut sous-entendre, Dieu.

11. « S'ils écoutent et observent ma loi, ils passeront leurs jours dans la joie et leurs années dans la gloire. » En l'homme il n'y aura plus alors de péché, parce qu'il n'y aura plus à lutter contre la mort. On ne sera plus condamné à mourir à cause du péché, car il est écrit : « Où est, ô mort, ton ardeur à combattre (1) ? »

12. « Il ne sauvera point-les impies, car ils n'ont point voulu reconnaître le Seigneur. » Ceci paraît surtout s'appliquer aux Gentils. « Ils sont restés sourds à ses avertissements. » Ces autres paroles s'entendent des Juifs et de tous ceux qui par leur révolte les ont imités, même au sein de l'Eglise.

13. « Les coeurs hypocrites déposeront leur méchanceté, » qui a crucifié Notre-Seigneur. « Ils ne crieront point, car il les a enchaînés, » par la gloire de son nom, qui s'élève au-dessus de toutes les nations.

14. « Que leur âme meure dès la jeunesse : » avec cet orgueil avec lequel ils s'attribuaient le mérite de leurs bonnes actions. « Et que leur vie soit frappée de mort par les anges. » On ne peut mieux appliquer ces paroles qu'aux prédicateurs de la vérité, qui sont pour les uns une odeur de vie pour la vie, et pour les autres une odeur de mort pour la mort (2).

15. « Ils ont tourmenté le faible et l'infirme. » Ce qui est faiblesse en Dieu, est plus fort que les hommes (3). » Mais il rendra justice aux pacifiques. », Le Seigneur, pour manifester sa douceur, diffère de venger ses imitateurs, mais il les vengera sûrement.

16. « Et parce que l'abîme vous a trompé par la bouche de.votre ennemi. » La malice profonde de ce monde a trompé Jésus-Christ par la bouche des faux témoins; ainsi l'ont cru ses persécuteurs. C'est en effet à Notre-Seigneur même qu'il s'adresse maintenant. « Ceux qui sont tombés au fond; » il faut sous-entendre vous ont trompé; entraînés par les passions de la vie présente, ils sont. tombés au fond de l'abîme.

 

1 I cor. XV, 66.   2 II Cor. 11, 16. — 3  I Cor. I, 25.

 

« Et vous avez préparé sur votre table un festin abondant. » Le Sacrement de son corps et de son sang, le vrai pain descendu des cieux (1).

17. « Le jugement ne trompera pas les justes. » Quoique les pauvres mangent et soient rassasiés, et que la plénitude de la charité les prépare à renouveler en eux les souffrants du Sauveur, il ne s'ensuit pas que Dieu ne doive leur rendre bientôt justice.

18. « La colère descendra sur les impies, à cause des présents qui ont été pour eux le prix de l'iniquité. » Par ces présents il désigne tous les avantages temporels pour lesquels ils commettent leurs injustices..

19. « Ne détournez point votre volonté. » Ce n'est pas ici un avertissement donné au Seigneur, ni un ordre qui lui soit imposé. C'est une manière de parler à l'impératif, usitée chez les prophètes pour prédire l'avenir, comme dans ce passage: « Ceignez-vous de votre glaive, ô Tout-Puissant (2). — De la prière des faibles, » qui crient vers vous du sein de leurs misères: « Malheureux que je suis! qui me délivrera du corps de cette mort (3)? —  Et tous ceux qui sont revêtus de force, » qui se confient en leurs oeuvres, s'efforcent d'établir leur propre justice (4).

20. « Ne les enlevez point pendant la nuit. » Montrez que vous séparez de votre peuple, soit ces orgueilleux qui se sont détachés de l'olivier, soit ces sarments retranchés de la vigne, qui produisent les hérésies et les schismes. « Afin de susciter à leur place de nouveaux peuples. » Afin de greffer ce qu'il y a de plus faible en ce monde, en confondant ce qu'il y a de plus de fort (5); car celui qui s'humilie sera élevé, et celui qui s'élève sera abaissé (6).

21. « Ayez soin de ne rien faire d'inconvenant; » de peur que le nom et la doctrine du Seigneur ne soient blasphémés, comme ils le sont, quand ceux dont le raisonnement est logique disent . « Faisons le mal pour qu'il en arrive du bien (7). — Vous avez préféré cela à la pauvreté. » Non-seulement vous avez choisi la pauvreté, mais vous lui avez encore préféré une vie sainte, des moeurs pures, afin que tout professe avec honneur la doctrine du salut.

22. « Et Dieu dans sa puissance se consolera, ou se fortifiera. » Car s'il a été crucifié dans sa faiblesse , il est vivant par la puissance de Dieu (8).

 

1 Jean. VI, 50. — 2 Ps. XLIV, 4. —  3 Rom. VII, 24. — 4 Ib. X, 3. — 5 I Cor. I, 27. — 6 Luc, XIV, 11. — 7 Rom. III, 8. —  8 II Cor. XIII, 14.

 

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23. « Qui l'égale en puissance, ou qui peut discuter ses oeuvres? » Le juger, tandis qu'il est le juge des vivants et des morts? « Qui osera dire qu'il a commis l'injustice?

24. « Souviens-toi que ses oeuvres sont grandes, et que les hommes en ont célébré la gloire : » les Evangélistes, les prédicateurs de sa parole, qui rendaient leur vie conforme à leur mission.

25. « Tous ont les yeux fixés sur lui, » n'oubliant point leur faiblesse humaine. « Tous les hommes sont dans la peine, » pénétrés de regret, à cause de leurs péchés.

26. « Dieu est riche et nous      l'ignorons. » Riche, multus, car là où le péché abonde, là a surabondé la grâce (1). « Nous l'ignorons. » Ce mot s'entend de ceux dont une partie sont tombés dans l'aveuglement, jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée (2). « Le nombre de ses années est infini. » Pour dire qu'il est éternel.

27. « Il a pu compter les gouttes de rosée. » En faisant prêcher son Evangile par les ministres, il les a comptés jusqu'à la consommation des siècles, lorsque finira la science imparfaite, et que ce qui est parfait le verra face-à-face (3). « La pluie se répand en ses sentiers: » les machinations des méchants ne pourront le surprendre.

28. « Les nuages s'écouleront, et leur ombre obscurcira une grande multitude. » Si l'Evangile est obscur, il ne l'est que pour ceux qui périssent. « Il a donné son heure à l'animal, qui connaît l'instant de son repos. » Le boeuf a « connu son maître, l'âne son étable (4). —  En tout « ceci son esprit ne s'est point troublé; » la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse (5). « Et la chair n'a point changé ton coeur, » qui doit s'élever de terre vers le Seigneur.

29. « S'il a voulu étendre sa nuée, » pour que ceux qui voient soient aveugles (6). « Il lui donne la même mesure qu'à son pavillon, » il habite en sa chair mortelle comme dans une tente: ses bourreaux ne l'y ont point reconnu, quand il la leur a abandonnée, et qu'il l'a étendue sur la croix.

30. « Voilà qu'il répand sur tous sa lumière: » il l'avait cachée, et quand une partie d'Israël

 

1 Rom., VI, 20.   2 Ib. XI, 25.   3 I Cor. XIII, 12. — 4 Is. I, 3. — 5 Ps. CX, 10. — 6 Jean, IX, 39.

 

tomba dans l'aveuglement, il la répandit sur toutes les nations. « Il a couvert les profondeurs  de la mer. » Il a confondu l'insatiabilité de ce monde, car la lumière se montre, non pour obscurcir, mais pour éclairer. Il a jugé les nations, en leur montrant leurs iniquités au flambeau de la vérité.

31. « Il a donné à beaucoup leur nourriture, » à ceux qui reconnaissent et confessent leurs péchés, à ceux qui ont faim et soif de la justice.

32.       « Il a dans ses  mains, in manibus (1), caché la lumière. » Si on veut lire immanibus, de immanes, les cruels, cela s'entend de ceux qui ne pardonnent pas aux hommes, tandis qu'ils réclament de Dieu leur pardon. Si on veut lire in manibus, de manus, les mains, cela s'entend de ceux qui se glorifient dans leurs mains, c'est-à-dire dans leurs oeuvres, et veulent y trouver leur justification. « Il leur a dérobé la lumière; » pour dire qu'ils ne le verront point, parce que leur coeur insensé a été endurci (2). « Il lui commande de reparaître au point opposé. » Ceux  qui agissent selon la vérité, soit en pardonnant pour être pardonnés, soit en avouant leurs misères, pour être secourus par la grâce divine, ceux-là viendront à la lumière, afin que leurs couvres soient mises au grand jour, parce qu'ils les ont accomplies en Dieu (3), et non pour eux-mêmes. Car l'opposé du ciel est l'homme miséricordieux, l'opposé de l'orgueilleux est le coeur humble.

33. « Afin de la faire connaître à son ami. » Cette même lumière qu'il a tenue cachée pour la dérober à la vue des hommes cruels et sans reconnaissance, il l'annonce, la fait voir à celui qui n'est plus esclave sous la Loi, mais s'est réconcilié parla grâce. « A son ami : » à son imitateur ; car le fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir (4). « Ceux qui s'efforcent de s'élever en face de lui la possèderont. » Ils jouiront de cette lumière, ceux qui s'élèvent au-dessus des biens de la terre. Elle leur est annoncée, tandis qu'ils travaillent encore à s'élever, car lorsqu'ils seront montés ils la verront face à face, sans qu'il soit besoin de les y appeler. Il est dit qu'ils s'efforcent de « s'élever en « face de lui, contra eum, » non pas pour l'attaquer, mais pour aller à sa rencontre, comme le

 

1 Autrefois on conservait la consonne N dans les mots composés où l'euphonie, nous l'a fait changer. Ainsi on lit dans les anciens manuscrits : inmensus, inbutus, inlatus, etc. pour immensus, imbutus, illatus, etc. Mais le texte grec tranche ici la difficulté, car il porte : epi kheiron in manibus. —  2 Rom. I, 21. —  3 Jean, III, 21. —  4 Matt, XXII, 28.

 

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dit l'Apôtre : « Au devant de Jésus-Christ (1). »

 

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CHAPITRE XXXVII. —  Description de la sagesse, de la grandeur et de la puissance de Dieu par Eliu de Buz.

 

1 «Et mon coeur en a été saisi, » d'admiration. « Il est comme sorti de lui-même ; »

des affections terrestres qui le charmaient, afin de s'élever vers le Seigneur.

2. « Ecoutez ses accents terribles, sa voix de tonnerre. » Il est ici évidemment inspiré. En effet il explique pourquoi son coeur est sorti de lui-même; c'est qu'il est soumis à l'autorité de l'Évangile, criant avec force dans le monde entier : « Faites pénitence; car le royaume de Dieu est proche (2). —  Le bruit de sa voix se répand en tout lieu : » et va jusqu'à ceux qui sont dehors, plongés dans les sensualités de la vie présente.

3. « Il parcourt l'étendue des cieux, il envoie sa lumière jusqu'aux extrémités du monde : » lorsque l'Église s'est répandue chez toutes les nations.

4. « Après lui on a entendu une voix frémir. » Après son premier avènement, la trompette du dernier jour retentira dans les clartés de son second avènement (3). « Ce sera la voix de son orgueil. » Par son orgueil il désigne sa grandeur, car il fut humble dans son premier avènement. «Et quand cette voix se sera fait entendre, tout sera fini sans retour. » Maintenant donc, cherchons le Seigneur, tandis qu'on peut le trouver (4); c'est-à-dire le posséder par une foi réelle et sincère. On ne le pourra plus, lorsqu'il viendra nous juger, et qu'on entendra de lui cette parole : « Allez au feu éternel (5). » La pénitence des infidèles sera alors trop tardive et sans fruit.

5. « Le Tout-Puissant fera ainsi éclater son tonnerre. » Ce n'était point sa puissance, mais notre faiblesse communiquée à sa vie mortelle qui s'annonçait dans son premier avènement. C'est de lui qu'il est écrit : « Ce qui est faible en Dieu est plus fort que les hommes (6). —  Il a « accompli des prodiges que nous avons ignorés : » ceux de son premier avènement. Aussi pour nous demander compte de ses dons il viendra nous juger. « Que nous avons ignorés. » Ceci s'applique à ceux qui n'ont point connu la divinité de Notre-Seigneur ; ils ne le voyaient que dans l'infirmité de la chair.

6. « Il a dit à la nuée : Descends sur la terre. » il l'a dit à sa chair, que nous devons recevoir

 

1 Thess. IV, 16.   2 Matt. III, 2.   3 I Cor. XV, 52 ; I Thess. IV, 15. — 4 Is. IV, 6. —  5 Matt. XXV, 41. —  6 I Cor. I, 25.

 

dans le Sacrement, en mémoire de Lui (1), pour imiter son humilité, et établir en nous sa charité. « Les pluies abondantes, et les tempêtes excitées par sa puissance. » La nuée est à la vérité sur la terre; mais ce n'est point à nous, c'est à sa toute-puissance d'en faire sortir la rosée et la pluie de la parole, qui donnera à nos coeurs l'intelligence des mystères.

7. « Il met comme un sceau sur la main des hommes : » il leur fait comprendre par leurs actes combien ils sont coupables, afin qu'ils reconnaissent leur faiblesse, et, s'écrient : « Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort 2? »

8. « Les bêtes sauvages trouvent un abri, et se reposent dans leurs tanières. » Les pécheurs conduits par la grâce ont trouvé cet abri, et leur conscience a été en repos, après le pardon de leurs fautes.

9. «La tempête s'est élevée du fond de leur retraite. » La tentation lui est venue par des voies tout-à-fait mystérieuses. « Le froid est sorti des hauteurs. » Le jugement est secrètement venu sur ceux qui n'ont point persévéré: leur charité s'est refroidie, à cause de l'abondance de leurs iniquités (3). Châtiment bien mérité, puisqu'ils ont mis leur espoir non en Dieu, mais en l'homme.

10. « La glace se forme au souffle de Dieu. » Non seulement l'abondance de l'iniquité attiédit ceux qui mettent en l'homme leurs espérances, mailles bonnes oeuvres elles-mêmes de ceux qui ont l'esprit de Dieu endurcissent les coeurs glacés par l'envie : pour eux saint Paul est une odeur de mort pour la mort (4). Et qui saura comprendre comment la glace se forme au souffle du Seigneur? De même que les hommes charnels, qui louent leurs semblables, se refroidissent et se laissent aller au désespoir, en face de l'iniquité; de même ceux qui désirent être loués, s'endurcissent et s'abandonnent à l'envie, si la justice des hommes leur refuse ce tribut de louanges. « Il conduit l'eau comme il lui plait ; » faisant tomber la pluie sur une ville et non pas sur l'autre (5) ; ce qui doit s'entendre de la rosée de la grâce, qu'il répand dans les âmes selon qu'elles sont soumises ou ne le sont pas.

11. « Et la nuée a arrosé le froment : » soyons ce froment, si nous voulons être arrosés. « Elle a répandu la lumière. » La bonne nouvelle de son Incarnation.

 

1 Luc, XXII, 19, 20.   2 Rom. VII, 24.   3 Matt. XXIV, 12, 13.   4 II Cor. II, 16. — 5 Amos, IV, 7.

 

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12. « Elle tourne dans le cercle qui lui est tracé : » elle parcourt l'univers tout entier. « Prête à exécuter ce que lui commandera le Maître suprême. » Ces commandement; qui dirigent la nuée, sont les prédicateurs qui gouvernent l'Église pour faire accomplir les préceptes divins.

13. « Ainsi en a-t-il disposé sur la terre : » Notre-Seigneur. « Soit dans sa tribu, soit dans sa patrie. » D'abord dans la tribu de Juda, d'où il est né selon la chair, pour souffrir, ressusciter et monter, au ciel : de cette tribu étaient les Apôtres et beaucoup de frères qu'il trouva près de lui, et qui furent alors sauvés. D'autres furent encore appelés par lui avant sa passion, ou après son ascension, par les Apôtres, tant à Jérusalem, que dans les Églises de la Judée attachées au Sauveur, selon cette parole de l'apôtre saint Paul : « A cause de la vérité divine, pour confirmer les promesses faites à nos pères (1). —  « Soit qu'il ait voulu la trouver dans sa miséricorde. » Il a voulu que la miséricorde apportât cette nuée aux Gentils qui croiraient en lui, car saint Paul ajoute : « Que les Gentils glorifient Dieu à cause de sa miséricorde (2). »

14. « Écoute et retiens ceci, ô Job. » Il veut réveiller l'attention, car il va parler de la vocation des Gentils. « Arrête-toi pour considérer la puissance de Dieu. » Ne sois pas inquiet en ton esprit, et ne t'attribue rien.

15. « Nous savons comment Dieu accomplit ses oeuvres, » en condamnant ceux qui se glorifient dans leurs actions « Quand il fit sortir des ténèbres la lumière:»       quand il justifia les impies. Vous avez été autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur (3).

16. « Il connaît les routes différentes des nuées : » des prédicateurs de son Evangile ; les uns ont cru eu lui avant sa Passion, les autres après. « Et les chutes immenses des méchants. » Il  n'est pas ici question de ceux qui l'on crucifié et qui depuis ont fait pénitence, ont été baptisés en son nom : mais de ceux qui ne se sont point relevés de leurs chutes, et ont persévéré dans leur haine contre l'Église. Leur chute en effet ne fut point légère, mais des plus énormes.

17. « Ton vêtement est solide (4): » ton allure annonce l'orgueil ; il parle ainsi contre celui qui ose se vanter de ses actes.

 

1 Rom. XV, 8, 9. — 2 Ib. XV, 9. — 3 Eph. V,8. — 4 En grec therme chaud.

 

18. «Tandis que la terre du midi est en repos, est-ce toi qui affermiras avec lui les cieux, et leur feras répandre partout la lumière dans la même mesure ? » La terre du midi s'entend parfaitement ici de ceux d'entre les Juifs qui ont cru en Jésus-Christ. Le soleil en effet semble plus éloigné des régions septentrionales et se rapprocher davantage des pays méridionaux. Voilà pourquoi ceux qua saint Paul dit plus rapprochés,de la lumière de l'Évangile (1), sont ici appelés avec raison la terre du midi. De plus, si nous appelons cieux les Evangélistes, comme dans ces mots : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, » car c'est d'eux qu'il est dit : « Par tout l'univers ont retenti leurs accents : leur parole est allée jusqu'aux extrémités de la terre (2); » ainsi pouvons-nous désigner sous le nom de terre, les multitudes à qui fut apportée la bonne nouvelle. Quoique les peuples de la Judée qui crurent au Christ soient entrés dans leur repos en sortant de ce monde, l'autorité des prédicateurs de l'Évangile ne s'en affermit pas moins dans les Eglises issues de la Gentilité ; ce fut donc par la miséricorde divine et non par l'autorité de l'Eglise chrétienne de Judée. Aussi faut-il voir une interrogation dans le passage que nous expliquons, et l'entendre en ce sens : Quand la terre du midi fut en repos, c'est-à-dire lorsqu'il n'y eut plus en ce monde de société chrétienne parmi les Juifs, est-ce toi qui avec lui affermissais les prédicateurs de l'Evangile, établissais l'autorité des divines Écritures, dont Dieu dans sa miséricorde répandait les lumières également parmi les Juifs et parmi les Gentils? Il attribue ce bienfait à la grâce et à la bonté de Dieu, afin que personne ne se glorifie de ses mérites et ne tombe dans ce triste orgueil qui perdit les Juifs.

19. « Dis-moi donc ce qu'il faut lui répondre pour terminer nos longs discours. » Que lui dire en voyant que nous sommes par nous-mêmes dépouillés de tout,mérite, et que nous ne pouvons rien sans sa bonté ?

20. « Es-tu pour moi un livre ou un secrétaire ? et est-ce moi qui impose le silence à l'homme? » Pourquoi ne dis-tu rien, si tu sais que répondre ? Tu n'es pas chargé de recueillir ma parole, sans parler toi-même. Nous conversons tous deux.

21. « Tous ne peuvent voir la lumière qui « brille. dans les nues. » Il reprend ce qu'il a dit

 

1 Eph. II17. — 2 Ps. XVIII, 2, 5.

 

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de l’espérance du pardon pour le pécheur et de la grâce que la divine miséricorde fait briller dans son âme. C'est la lumière qui reluit dans la nuée. Les nuages n'ont point essentiellement cette propriété; leur éclat leur vient d'ailleurs. Autre chose est de briller de sa propre lumière, autre chose de refléter l'éclat d'une lumière étrangère: mais tous ne font pas cette distinction, et beaucoup s'imaginent que les âmes brillent de leur propre lumière, lorsque la sagesse est en elles. Aussi est-il écrit qu'il en est qui se disent sages et sont devenus insensés (1). «.L'esprit passe et les purifie : » c'est l'esprit dont il est dit: «A votre menace, au souffle, de votre colère (2); » et ailleurs : « Où irai-je pour échapper à votre esprit (3) ? » L'épreuve des tentations révèle aux hommes ce qu'ils valent ; elle leur apprend que par leurs péchés ils ne sont que ténèbres, et ont besoin de la gloire de Dieu (4). Qu'ils cherchent donc à refléter sa lumière, et lui en attribuent tout l'honneur, jamais à eux-mêmes; et désormais, ayant déposé tout orgueil; ils seront purifiés du plus grand péché ; car l'esprit de sanctification ne passe pas, mais demeure.

22. « De l'aquilon vient la nuée aux couleurs d'or. » C'est en quittant l'impiété la plus coupable la plus éloignée de Dieu, qu'ils arrivent changés, purifiés, éclairés par la sagesse. Comment le sont-ils, si ce n'est par la grâce qui remet les péchés sans peser les mérites ? Aussi quand le Psalmiste voulait recevoir son pardon, il disait : « Que j'enseigne vos voies aux méchants, et que les impies se tournent vers vous (5); » comme les nuées venant de l'Orient ou de l'aquilon, lorsque leur obscurité à disparu aux couleurs du soleil. « Elle publie la gloire et l'honneur du Tout-Puissant. » Il y a plus d'amour, là où plus de péchés sont pardonnés : car le Tout-Puissant peut justifier l'impie.

23. « Et nul autre ne saurait égaler sa puissance : » seul il n'a point commis le péché, et jamais le mensonge n'a été sur ses lèvres (6) ; car Dieu seul est vérité et tout homme est menteur (7). Aussi le Dieu fait homme fut-il vainqueur, même quand on le jugeait. « Puisque ses jugements sont justes, crois-tu qu'il n'exaucera pas la prière? » Que l'homme n'ajoute donc point péchés à péchés en désespérant de son salut, comme s'il était condamné sans ressource, parce que Dieu est juste et ne peut le laisser impuni. Il

 

1 Rom. I, 22.   2 Ps. XVII, 16.   3 Ib. CXXXVIII, 7. — 4 Rom. III, 22. — 5 Ps L, 15. — 6 I Pierre, II, 22.

 

est juste dans ses jugements, mais sans laisser d'exaucer celui qui implore son pardon ; plus même sa justice est rigoureuse, plus il .se montre généreux en pardonnant; car ce ne serait pas justice que de confondre l'humble repentir avec l'orgueil qui refuse de s'humilier et de faire pénitence.

24. « C'est pourquoi tous les hommes le redouteront; » s'ils se souviennent qu'ils sont hommes. « Et les sages eux-mêmes le redouteront ; » pour ne devenir pas insensés, en se glorifiant de ce qu'ils ont reçu et en se vantant de leur sagesse : car on peut enlever aux orgueilleux ce qui est donné- aux humbles. Donc que les sages, dont la sagesse est un rayonnement intérieur de la grâce, et n'éclate pas en vains discours, que les rois qui jugent selon les lumières de l'esprit et ne sont jugés par personne (1), servent Dieu avec crainte et qu'ils se réjouissent avec tremblement, pour ne point périr hors de la voie droite (2) ; car c'est Dieu qui opère en eux et le vouloir et le faire, selon sa bonne volonté (3).

 

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CHAPITRE XXXVIII. — Le Seigneur reproche à Job ses discours inconsidérés.

 

 1. « Et quand Eliu eut cessé de parler, Dieu dit à Job du milieu d'un tourbillon. » Si cette voix se fit entendre alors comme autrefois à Moïse, ou bien comme aux trois disciples le jour où le Seigneur se manifesta à eux sur la montagne (4); il n'est point dit simplement que ce fut du milieu de la nuée, mais du milieu d'un tourbillon de nuée. Cela signifie que Job fut interrogé, c'est-à-dire tenté, non dans sa chair saine et vigoureuse, mais au milieu des afflictions qui accablaient cette chair.

2. « Qui prétend me dérober le secret de ses pensées, les cacher au fond de son coeur, et veut croire que je les ignore? » Personne ne doit se croire frappé par le malheur sans l'avoir mérité. Si ce n'est point en action, c'est en paroles qu'il a péché : si ce n'est point en paroles, au moins y a-t-il eu trop de présomption en son coeur, en ses pensées trop de témérité.; et puisque rien n'échappe à Dieu, que nul ne se plaigne des coups de l'adversité, comme si elle ne pouvait lui être profitable. Sachons-le bien, si au commencement de ce livre, Dieu a fait au démon l'éloge de Job, si à la fin il le renouvelle en présence de ses trois amis, ce n'est pas qu'il ignore

 

1 I Cor II, 15. — 2 Ps. II, 11.12. — 3 Philip. II, 13. — 4 Matt. XVIII, 1-5.

 

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combien il manque à sa perfection, à cette perfection vers laquelle des hommes dignes de louanges en ce monde et agréables au cœur de Dieu, sont conduits par les coups de sa main paternelle. L'Apôtre lui-même n'en fut pas exempt, car il lui fut dit : « Ma grâce te suffit, la vertu se fortifie dans la faiblesse (1). »

3. « Ceins tes reins comme un homme vaillant. » C'est-à-dire, que les serviteurs de Dieu supportent de lourdes peines, d'amers chagrins, afin de détacher leur coeur de toute affection aux plaisirs sensuels et d'en réprimer tous les égarements. « Je t’interrogerai, réponds-moi.

4. « Où étais-tu quand je jetais les fondements de la terre? » Ici on voit qu'il exalte la souveraine perfection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est lui qui est venu guérir tous ceux que le venin du serpent avait frappés de mort, et nul ne doit vouloir trouver en soi-même son salut. Ce Dieu n'est point comme ceux dont il est dit : « Vous êtes des Dieux et les Fils du Très-Haut (2). —  « Il n'a point usurpé, en se proclamant l'égal de son Père (3). » Il n'est point fils des hommes comme les enfants des hommes en qui il n'y a point de salut, mais il est au-dessus de tous ceux dont il est devenu l'égal (4). Il n'est point saint comme Job, comme Paul, comme l'Eglise; il sanctifie les autres, car il est le Fils unique du Père, rempli de grâce et de vérité (5). Afin donc d'établir ce qui distingue là divine humanité de Celui en qui le prince de ce monde n'a rien trouvé (6), car il payait dans sa passion ce qu'il n'avait point dérobé (7); afin d'enseigner aussi que la rémission des péchés opère la justification des saints et que ceux-ci réunis en un seul corps forment, l'Eglise, dont Job, dans le sens historique, n'est qu'une faible partie depuis qu'il est justifié, mais qu'il représente           tout entière dans le sens prophétique ; il commence par ces mots : « Où étais-tu quand je jetais les fondements de la terre ? » Est-ce parce qu'il n'existait pas encore ou parce qu'elle n'a pas été fondée par lui comme par le Fils unique ? Est-ce la terre, ou l'Eglise elle-même? Car c'est l'Eglise qui a reçu la pierre angulaire dont il va être question (8). « Dis-le moi, si tu en as l'intelligence. » Tout ce que Dieu a fait pour nous dans le temps est l'objet de notre science.

5. « Sais-tu qui a établi ses mesures? » qui a distribué les dons spirituels. « Le grâce a été

 

1 I Cor. XII, 9.   2 PS. LXXXI, 6.   3 Philip, II, 6.   4 Ps. XLIV, 8. — 5 Jean, I, 14. —  6 Ib. XIV, 30. —  7 Ps. LXVIII, 5. —  8 Eph. II, 20.

 

accordée à chacun de nous, selon la mesure du don de Jésus-Christ. C'est pourquoi il est dit qu'en montant au ciel, il a conduit une foule de captifs et a répandu ses dons sur les hommes (1); » car si tout le corps était oeil, où serait l'ouïe (2)? Selon la fonction propre à chaque membre le corps prend son accroissement et se développe dans la charité (3). « Ou qui a étendu sur elle le cordeau? » afin d'en faire son partage, la séparant de ceux à qui il est dit : « Je ne vous sonnais point (4); » car. le Seigneur connaît ceux qui sont à lui (5).

6. « Qui retient ses anneaux?» Les livres sacrés qui reposent sur Dieu même et qui préservent de la dissolution. Quiconque, sans le Seigneur, veut, les comprendre, est condamné au doute et à l'erreur. « Qui a posé sa pierre angulaire? » Cette pierre que des constructeurs ont mise au rebut (6).

7. « Quand les astres furent crées au même instant. » Tant de milliers d'hommes baptisés avec la parole de vie, et brillants de gloire parmi les pécheurs comme au milieu des ténèbres. « Tous mes anges ont publié à haute voix mes louanges. » Les prédicateurs de l'Evangile.

8. « J'ai renfermé la mer entre ses portes. » Les peuples dont la fadeur s'attache à la terre. Pourquoi : « Dans ses portes? » Est-ce d'abord afin qu'elle sache s'arrêter quand elle persécute les justes? Est-ce aussi afin que les justes puissent en sortir? « Lorsqu'elle frémissait comme l'enfant qui veut s'échapper du sein maternel. » Lorsque dans les assemblées de cette Babylone souillée par toutes les voluptés de la vie, elle voulait, en frémissant de colère, persécuter et anéantir ceux dont il est écrit : « Je ne vous demande pas de les enlever de ce monde, mais de les préserver du mal (7). »

9. « Je l'ai enveloppée de nuées comme d'un  vêtement. » Ce ne sont pas seulement les bons, mais encore une foule de pécheurs attachés aux biens de ce monde que retient le mystère du corps de Jésus-Christ. Son autorité les empêche de persécuter les saints.    « Je l'ai entourée de brouillards; » ceux de l'ignorance qui leur fait aimer les biens de ce monde, en redouter les misères. Aussi craignent-ils les bons, qu'ils persécuteraient s'il n'en était pas ainsi. Car il n'est pas seulement écrit : « Les pauvres mangeront et seront rassasiés; ceux qui recherchent le

 

1 Eph. IV, 7, 8. — 2 I Cor. XII, 17.   3 Eph. IV, 16.   4 Matt. VII, 23. — 5 II Tim. II, 19. —  6 Ps. CXVII, 22. —  7 Jean, XVII, 15.

 

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Seigneur célèbreront ses louanges ; » mais encore : « Tous les grands de la terre mangeront et adoreront (1). —  Je lui ai fixé ses limites, j'y ai mis des barrières et des portes. » Ses limites, pour arrêter sa fureur; elle exercera ses ravages, mais dans une enceinte déterminée. « Des « barrières, » pour empêcher les méchants de s'avancer plus loin. « Des portes, » pour que les justes puissent s'en séparer.

10. « Et je lui ai dit : Tu viendras jusqu'ici, pas au delà. » Il a été dit au démon jusqu'où il devait frapper Job. Ainsi a-t-il été dit à la mer jusqu'où elle peut persécuter l'Eglise. « Et dans ton sein se brisera la fureur de tes flots : » au sein des discordes civiles ou dans le tumulte des combats.

12. « Est-ce avec toi que j'ai fait paraître la lumière du matin? » M'as-tu aidé de tes conseils pour fixer d'avance le jour de la résurrection? « Ou que j'ai tracé sa route à l'étoile du matin? » sous-entendu : Est-ce avec toi? Il donne à Notre-Seigneur le nom d'étoile du matin, Lucifer, à cause du lever de la résurrection qui se fit au matin. Car c'est à lui seul que s'appliquent ces paroles : « Jusqu'à ce que l'étoile du matin, Lucifer, se lève dans vos coeurs (2). » Il a connu sa route, pour devenir les prémices de ceux qui dorment, le premier-né d'entre les morts (3), le chef de l'Eglise, dont le corps doit le suivre à la future résurrection des saints.

13. « Pour saisir les ailes de la terre.     » Ailleurs il est écrit : « Si je prends mes ailes pour m'élever (4): » Ce sont les vertus surnaturelles des, justes qui les élèvent au-dessus des séductions de ce monde. « Et en secouer les impies. » S'il est ressuscité le premier, connaissant d'avance la route à suivre, c'était afin d'établir la foi en sa résurrection. Puis il a été annoncé en tout lieu par les ailes de l'Eglise, c'est-à-dire par ses ministres, aussi rapides que l'oiseau dans son vol. Enfin il les a chargés de juger les douze tribus d'Israël, lorsqu'il viendra secouer, chasser les impies de son Eglise, où ils se trouvent confondus avec les fidèles jusqu'au jour du jugement.

14. « Est-ce toi qui avec un peu de boue, créas le corps vivant ? » Il faut appliquer ceci ou à la création d'Adam au sixième jour, ou bien à ce qui se passe maintenant au sixième âge du monde, quand tiré de la multitude des pécheurs, comme du limon de la terre, l'homme est formé à

 

1 Ps. XXI, 27, 30.   2 II Pierre, I, 19.   3 I Cor. XV, 20.   4 Ps. CXXXVIII, 9.

 

l'image de Celui qui l'a créé (1). Ce n'est point l'œuvre de l'Eglise, mais elle-même a été créée; pour recevoir cette grâce par Celui qui a tout créé, par le Verbe incarné au temps favorable (2). « Et publier son nom par toute la terre. » Ce caractère désigne plutôt l'homme du sixième âge que l'homme du sixième jour créé avant que ceux de sa race ne puissant le faire connaître, à moins toutefois que l'on rie dise que c'est surtout au sixième âge que son nom s'est ainsi répandu.

15. « As-tu ravi la lumière à l'impie ? » comme celui qui est venu, afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles (3). « As-tu brisé le bras des superbes ? » leur vaine puissance, à l'exemple de celui qui a choisi ce qu'il y avait de plus faible pour confondre ce qui était le plus fort (4).

16. « Es-tu allé aux sources de la mer ? » comme celui qui en revenant parmi nous a découvert tous les secrets du coeur des impies; lesquels, en les avouant et en croyant en lui, ont été justifiés. Que pourrions-nous plus exactement appeler les sources de la mer, que cette malice secrète d'où s'échappe une noire impiété, dont les actes mauvais roulent dans le monde comme les eaux d'un fleuve immense ? Les hommes en voient la malice extérieure, mais ils ne peuvent apercevoir la source secrète qui les produit. «As-tu marché sur les traces des abîmes! » « L'abîme désigne ici la vie charnelle tout entière, plongée dans le mal, où le pécheur une fois qu'il y est, descendu, s'abandonne au mépris (5). Car une fois rentrés en grâce avec Dieu par le pardon de leurs fautes, les pécheurs les plus désespérés se sont élevés en quelque sorte au dessus de cet abîme et ont reçu le Christ; ils l'ont reçu non pas pour se replonger dans l'abîme où ils gémissaient, mais pour le suivre lui-même, ayant pour hôte glorieux Celui qui les pressait de son aiguillon. « Sur les traces des abîmes ; » les souvenirs de leurs anciens péchés : car en se rappelant ce qu'ils ont été, ils aiment davantage Celui qu'ils ont reçu et qui leur a tout pardonné (6).

17. « Les portes de la mort se sont-elles ouvertes avec effroi devant toi ? » Devant tous ceux qui meurent s'ouvrent les portes de la mort; mais ce n'est point avec crainte, comme devant Celui-là seul qui est mort pour détruire l'empire

 

1 Gen. I, 27; II, 7. — 2 Jean, I, 3.   3 Ib. IX, 39.   4 I Cor. I, 27.   5 Prov. XVIII, 3.   6 Luc, VII, 41-47.

 

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de la mort: ou   veut-il dire qu'elles s'ouvriront sûrement pour la résurrection ? « A ta vue les gardiens de l'enfer ont-ils tremblé? » comme à la vue de Celui en qui le prince de ce monde n'a rien trouvé qui méritât la mort. Ils n'avaient point demandé sa mort, ils le rendirent promptement à la vie. Par les gardiens de l'enfer il faut entendre quelques puissances inférieures chargées de veiller sur la mort.

18. « As-tu mesuré tout ce que les cieux entourent? »comme Celui qui a répandu partout son Eglise. « Dis-moi donc ce que sont toutes ces choses. » Qui peut le savoir, si Lui ne l'a pas enseigné?

19. « En quelles régions habite la lumière? » C'est encore Lui qui l'enseigne, car sa parole répand la lumière, et donne l'intelligence aux petits enfants (1). « Quelle est la demeure des ténèbres ?» Nous le savons aussi de Celui gui a dit : « Approchez-vous de lui et vous serez éclairés (2). » C'est nous apprendre qu'on devient ténèbres quand on s'éloigne de lui en refusant d'être comme les petits enfants. Car le commencement de l'orgueil de l'homme, c'est de se séparer de Dieu (3). Aussi ceux qui ne l'ont point glorifié, et ne lui ont pas rendu grâces, se sont perdus dans la vanité de leurs pensées, et leur coeur insensé s'est obscurci (4); ils sont devenus l'habitation des ténèbres. Peut-être faut-il entendre encore par demeure des ténèbres le lieu où tombent les pécheurs obstinés : ceux-ci seraient alors les ténèbres et ils habiteraient un séjour réellement inconnu de tous les hommes. Pareillement le séjour de la lumière serait cette terre des vivants ; la félicité donnée en partage à ceux qui persévèrent dans la foi, l'espérance et la charité ; qui étaient autrefois ténèbres et qui sont maintenant lumière dans le Seigneur (5).

20. « Me conduiras-tu à leurs limites ? » jusqu'au terme où arrivent ces pécheurs. Qu'y a-t-il où ne pénètre pas la sagesse de Dieu, qui atteint avec force d'une extrémité à l'autre et dispose tout avec douceur (6) ? Aussi nul homme ne peut lui être comparé. « Si tu as connu les traces de leur passage; »

21. « Savais-tu que tu devais naître ? Connaissais-tu le nombre de tes années ? » Tu as pu connaître la route suivie par les impies qui sont ténèbres, ou demeure des ténèbres, parce que ceux qui se sont attachés à Dieu ont d'abord suivi

 

1 Ps. CXVIII, 130. — 2 Ib. XXXIII, 6. —  3 Eccli. X, 14.  4 Rom. I, 21. — 5 Eph. V, s. — 6 Sap. VIII, 1.

 

vi ces sentiers de l'impiété avant de recevoir la grâce divine, source de leur justification : mais as-tu pu savoir quel motif il y avait de t'appeler à la vie périssable de ce monde, alors que nos premiers parents entraient déjà dans ces sentiers par l'impiété de leur désobéissance, et que, de leurs mains et de leurs lèvres coupables, ils appelaient la mort qui nous a tous fait mourir en Adam ? Ce n'est donc point à partir de notre naissance, qu'il faut compter le nombre si restreint de nos années, mais à partir du jour où parut au monde le premier qui devait mourir. Ainsi par exemple, lorsque Abraham vint au monde, en lui naquirent tous les Hébreux. Le nombre de nos années est donc grand, si on part du jour où la mort commença dans les sentiers de l'impiété. Or, qui se souvient d'avoir été à ce moment? qui se rappelle d'avoir existé réellement dans le sang de ses aïeux ? Car nul ne se rappelle l'époque même de sa propre naissance; et cependant il est certain qu'alors il avait l'être, la vie et le sentiment. Mais toutes ces choses sont connues de la Sagesse éternelle, qui a tout créé, non-seulement ce qui vit dans le ciel; mais encore ce qui est sujet à la mort. Or le Christ est la Force de- Dieu et la Sagesse de Dieu (1); il connaît donc tous ces mystères. Il est né pour mourir, non parce qu'il y était condamné, mais, libre parmi les captifs de la mort, il en eut pitié et brisa leurs chaînes.

22. «As-tu pénétré dans les trésors de la neige? » As-tu possédé la science de Celui qui connaissait les causes secrètes et cachées, mais nécessaires, des scandales dont le monde était menacé ? Il les appelle des trésors, parce qu'ils doivent éprouver le tueur des saints, exercer leur patience. « Malheur au monde, est-il dit, à cause des scandales! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales, mais malheur à l'homme par qui ils arrivent (2) ! » « Enflés d'orgueil, ils vont comme la neige se congeler dans les hauteurs, d'où ils retombent bientôt, et l'abondance de leurs iniquités refroidit la charité d'un grand nombre. Vous qui attendez le Seigneur avec un courage inébranlable (3), et dans la ferveur de l'esprit (4), persévérez jusqu'à la fin et vous serez sauvés (5). « Où as-tu vu ceux de la grêle ? » La grêle, ce sont les pécheurs qui, non contents de languir loin de la ferveur, la poursuivent sans relâche et cherchent à l'anéantir.

 

1 Cor. I, 24. — 2 Matt. XVIII, 7. —  3 Ps. XXVI, 14. — 4 Rom. XII, 21. — 5 Matt. XXIV, 13.

 

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23. « Qui te sont réservés pour le temps de tes ennemis, pour les jours de guerre et de combat. » Comment ne pas voir quel est ici le rôle prophétique de Job ? Ce n'est point effectivement en vue de lui seul que tout cela est tenu en réserve pour le temps des ennemis, pour les jours de guerre et de combat, mais plutôt pour le peuple de Dieu. Le temps des ennemis est celui pendant lequel l'iniquité suit son cours : plus elle abonde, plus vivement doivent être soutenus les combats et les luttes contre le démon, pour que la charité de ceux qui persévèrent ne se refroidisse pas.

24. « D'où vient le givre des frimas ? » Comment le connaître, si ce n'est en le considérant comme le commencement des douleurs ? Car le givre est une espèce de grêle extrêmement fine. « Par quelle voie le vent du midi se répand sous le ciel ? » Quoi que ce vent tienne nos corps appesantis, il n'est, je crois, aucun passage des Livres saints où il soit l'image du mal, comme jamais l'aquilon n'y est la figure du bien. La. raison en est, que celui-là vient des régions où apparaît la lumière, celui-ci des pays dont elle est plus éloignée. « Il se répand sous le ciel; » image des secours que Dieu nous accorde contre toutes ces calamités, tant que nous vivons, non pas au ciel mais sous le ciel.

25. « Qui a tracé, aux pluies impétueuses, le lit d'un fleuve, livré passage aux cris des tempêtes ? » Voyons ici avec quelle brièveté le Seigneur énumère en trois mots tout ce que doivent mépriser dans la tentation ceux qui bâtissent sur le roc, ce que doivent redouter, au contraire, ceux qui bâtissent sur le sable (1). Il nomme la pluie, le lit du fleuve, la voix de la tempête ou le souffle du vent. Être tenté par la pluie, c'est s'exposer au péché, en comprenant mal ce qu'il y a de plus relevé dans les saintes Ecritures ; si      par exemple à l'occasion de ce passage : « Celui à qui il est moins pardonné aime moins (2), » quelqu'un s'avisait de dire : « Faisons le mal, afin qu'il en arrive du bien (3), et qu'il demeurât dans le péché afin de faire abonder la grâce (4). Il y a une foule d'autres passages où les téméraires interprètent mal la parole de Dieu, et se perdent en se promettant l'impunité, sous le prétexte que les Ecritures exaltent sans cesse la bonté divine. Être tenté par le fleuve, c'est suivre les auteurs de ces funestes interprétations. Il appelle fleuve le torrent

 

1 Matt. Tb. VII, 24, 27.  2 Luc, VII, 42, 43.   3 Rom. III, 8. — 4 Ib. V, 20.

 

formé des eaux de la pluie . « Qui a tracé, dit-il, le lit d'un fleuve aux pluies impétueuses, » c'est-à-dire le lit où elles se rassemblent et s'écoulent ? Il y a donc des vases de colère préparés pour la perdition (1), qui entendent les Ecritures comme nous venons de le dire. Ils donnent libre cours aux flots de leurs pernicieux enseignements, que néanmoins les champs fertiles savent repousser; ils agitent renversent et entraînent tout ce qui est sans consistance avec d'autant plus d'impétuosité, qu'ils paraissent conduits par l'autorité de Dieu. Être tenté par les vents, c'est prêter l'oreille à la voix des orgueilleux dont les discours vides de sens n'ont d'autre appui que leur faible raison. Lorsqu'un homme, en résistant aux préceptes divins, a préparé sa condamnation au jugement de Dieu, et bâti sur le sable, il ne pourra résister au souffle de ces vents, et sa chute livre passage, aux voix de la tempête. Je crois que ces mots: « pluies impétueuses, » désignent lest passages difficiles à fixer, à comprendre.

26. « Afin qu'il pleuve où n'habite aucun homme. » Sous-entendez ce qui précède. Par l'homme il faut entendre ici la Loi donnée aux Juifs ; et sur les Gentils serait tombée la pluie de l'Evangile. « Dans le désert entièrement inhabité. » Chez les gentils, où nul ne possédait assez d'autorité pour faire connaître Dieu.

27. « Pour désaltérer les terres arides et désertes, et y faire germer l'herbe de la prairie. » L'épouse abandonnée a plus d'enfants que celle qui a un époux (2). Dans ces quatre phrases, il faut sous-entendre . « qui a préparé » etc.

28. « Qui est le père de la pluie ? » comme l'Epoux qui envoya ses fils féconder les campagnes par la prédication de l'Evangile. « Et qui « fait naître les glèbes de rosée ? » Ceux qui ont bien reçu cette prédication. On dit glèbes de rosée, comme on appelle vases de vin ceux qui sont destinés à recevoir le vin.

29. « De quel sein est sortie la glace ? » Faut-il prendre le mot glace en bonne part, à cause de sa solide consistance ? alors cette phrase : De « quel sein est sortie la glace? » serait comme cette autre : « qui est le père de la pluie ? » Le mot sein ne signifie-t-il pas ce qui est secret ? alors il serait dit que le glace est sortie de son sein, comme il est dit que Dieu les a livrés à un sens réprouvé (3). Ou plutôt encore, la glace n'est-elle pas sortie du sein de celui qui répandant

 

1 Rom. IX, 22. — 2 Is. LIV, 1. — 3 Rom. I, 28.

 

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partout l'impiété qui déborde en lui, refroidit et endurcit les coeurs qui n'ont plus la ferveur de la charité ? Et qui l'a bien connu, si ce n'est Celui qui a dit aux adversaires obstinés de son Évangile : « Vous avez le démon pour père (1)? »

30. « Et qui produit dans l'air la gelée ? Elle descend comme les eaux d'un fleuve. » Il faut prendre le mot gelée dans le dernier sens que nous avons donné à la glace. C'est avec raison qu'il est dit : « dans l'air, » car ces paroles s'appliquent aux coryphées de l'impiété, qui imitent les prédicateurs de la vérité et se transforment en ministres de la justice (2). Voilà pourquoi il dit ensuite : « Qui descend comme les eaux d'un fleuve. Ou qui a fait sécher le visage de l'impie ? » l'a couvert de confusion ; quel est-il, si ce n'est Celui qui a glorifié ceux qu'il a justifiés (3) ?

31. « Est-ce toi qui as su distinguer les liens des Pleïades, ouvrir le cercle des étoiles de l'Orion ;

32. « Faire lever Mazuroth au temps fixé, et amener l'étoile du soir au lieu qui lui fut préparé ? » Pour comprendre ce passage, faut-il étudier, dans l'astronomie, les propriétés de toutes ces étoiles ? Je serais étonné que cela fût nécessaire : ce serait d'ailleurs un long travail, nous ne nous y arrêterons pas. Ne doit-on pas plutôt, sous le nom de quelques étoiles, comprendre tous les astres, en prenant la partie pour le tout ? Je suppose que Mazuroth est une étoile, car il n'y a point de mot en Grec qui lui corresponde; on voit assez que c'est une expression hébraïque. Dans le passage suivant : « Je t'ai engendré avant Lucifer (4), » la partie est également prise pour le tout. Lucifer n'a pas été la première de toutes les créatures, et avant Lucifer ne signifie pas avant toute créature. Mais Lucifer désigne ici tous les astres; c'est, je le répète, la partie pour le tout, et par tous les astres, il faut entendre tous les temps ; car c'est des astres qu'il est dit : « Ils serviront de signes pour marquer les temps (5). » Par conséquent le Seigneur est né avant tous les temps, et non dans le temps ; ainsi est-il coéternel au Père. Nommer seulement les Pléïades, l'Orion, Mazuroth et l'étoile du soir, c'est donc citer tous les astres par le nom de quelques-uns. Puisqu'ailleurs avec Lucifer on les désigne tous, à plus forte raison pouvons-nous le faire ici, où tant

 

1 Jean, VIII, 44. — 2 II Cor. XI, 16. —  3 Rom. VIII. 30. —  4 Ps. CIX, 3. — 5 Gen. I, 4.

 

 

d'étoiles sont nommées. Mais pourquoi est-il dit des unes : « distinguer les liens, » des autres « ouvrir, disperser ; » de celle-ci : « faire lever au temps fixé ; » de celle-là : « amener au lieu  qui lui fut préparé ? » Ces expressions sont-elles exclusivement propres aux astres qu'elles distinguent? Ne pourrait-on pas dire : As-tu, avant le cercle des Pléïades, distingué les liens des étoiles de l'Orlon ? On peut quelquefois changer les mots de deux phrases ; par exemple dans ce passage des Psaumes : « Celui qui habite dans les cieux se rira d'eux, le Seigneuries tournera en dérision, » la pensée resterait absolument la même si l'on disait : Celui qui habite dans les cieux les tournera en dérision, le Seigneur se rira d'eux; car le Seigneur est le même que celui qui habite dans les cieux. Par une raison semblable le nom des Pléïades a ici la même signification que celui de l'Orlon, parce que l'un et  l’autre désignent tous les astres, et les étoiles que nous venons de nommer nous représentent dans les mêmes rapports les fidèles de l'Eglise dont la conversation est dans le ciel (1). Leurs liens consistent à s'attacher les uns aux autres et à Dieu, pour ne point tomber. Or la charité ne tombe jamais (2). Qui la  connaîtrait, si elle n'avait été enseignée par Celui qui a dit: « Je vous donne un commandement nouveau, c'est que vous vous aimiez les uns les autres (3); » et encore : « Celui qui m'a aimé est , aimé de mon Père (4) ? » Le cercle qui les enferme est celui des divines Ecritures, d'où ils ne sortent point. Qui a pu l'ouvrir si ce n'est celui qui fait tomber le voile quand on s'attache à lui ? Le temps arrivera d'ouvrir ces livres, c'est-à-dire de manifester la vérité, lorsque le Seigneur viendra éclairer les secrets des ténèbres, découvrir les pensées les plus intimes du coeur. Alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due (5). Lui seul accomplira ces mystères en son temps : lorsqu'il apparaîtra, lui qui est notre vie, nous apparaîtrons aussi avec lui dans la gloire (6). Il les conduira au lieu qui leur fut préparé, quand il les mettra en possession de la demeure bâtie par leurs mérites. « Celui qui aura bâti sur ce fondement des oeuvres qui subsistent, en aura la récompense (7). »

33. « Connais-tu les changements du ciel ? » Faut-il prendre ce passage en mauvaise part, et l'appliquer à ceux qui ont connu Dieu, et ne l'ont point glorifié comme Dieu ? Ils n'ont point voulu

 

1 Philip. III, 20.   2 I Cor. XIII, 8. — 3 Jean, XIII, 34. — 4 Ib. XIV, 21   5 I Cor. IV, 5.   6 Col. III, 4.   7 I Cor. III, 14.

 

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le faire habiter en eux; ils ont été changés, et se sont évanouis en la vanité de leurs pensées (1). Lui donnerons-nous une signification meilleure? Car tous nous ressusciterons, mais nous ne serons pas tous changés. Il y en aura qui changeront, puisqu'il est dit : « Et nous changerons (2). » Quand les justes changeront, ce sera le ciel qui subira un changement. Le ciel en effet est le trône de Dieu (3); de plus la Sagesse est le Verbe de Dieu, et le Verbe était Dieu :or, le trône de la sagesse, c'est l'âme du juste. Peut-être vaut-il mieux adopter les deux explications, car il n'est point dit : le changement, mais les changements du ciel. « Ou ceux qui s'accomplissent de la même manière sur la terre ? » De même que les changements du ciel lotit sentir leur influence sur tout ce qui est ici-bas; ainsi les justes, lorsqu'ils changent soit en mal, soit en bien, produisent sur les hommes charnels la même impression de bien ou de mal.

34. « Appelleras-tu la nuée ? » soit dans ta pensée, soit à haute voix, lui disant : « Suis-Moi (4); » ou bien : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter (5)? — Et les grandes eaux saisies d'effroi « t'obéiront elles?» Les peuples puissants, quand ils entendront cette voix de Dieu : « Faites votre « salut avec crainte et tremblement ; car c'est « Dieu qui produit en nous la volonté et, l'action selon son bon plaisir (6). »

35. « Donneras-tu aux fleuves leur impétuosité, et ils iront ? » Des fleuves d'eau vive couleront de son sein (7). Cette impétuosité, c'est la confiance avec laquelle ils ont affronté les persécuteurs. Ceux qui combattent avec ce courage enlèvent d'assaut le royaume des cieux (8). « Et ils te diront: « Qu'y a-t-il? » Chercheront-ils à savoir comment exécuter tes ordres, comme Saul quand il disait: « Seigneur, que voulez-vous que je fasse (9) ? » ou quelle récompense ils ont à espérer de toi, comme d'autres quand ils s'écriaient : « Nous avons tout abandonné pour vous suivre, qu'y aura-t-il pour nous (10)? »

36. « Qui a enseigné à la femme l'art de former les tissus, l'habileté à les enrichir des couleurs les plus variées ? » Salomon parle aussi d'une femme qui sut tisser des vêtements à son mari (11). Il faut appliquer ceci aux Eglises qui travaillent à la gloire de Dieu. Les faibles sont comme la trame d'une laine délicate :

 

1 Rom. 1, 21.   2 I Cor, XV, 51, 52.   3 Matt. V, 34. —  4 Jean, XXI, 19. —  5 Act. IX, 4. —  6 Philip. II, 12,13. —  7 Jean, VIII, 38. —  8 Matt. XI, 12. — 9 Act. IX, 6. —  10 Matt. XIX, 27. — 11 Prov. XXXI, 10-24.

 

les frères affermis dans la grâce sont comme le fils de la chaîne destinée à resserrer le tissu. C'est là le travail le plus précieux des Eglises. Elles y mettent la variété des couleurs d'une riche broderie, sans que jamais cette variété détruise l'unité du travail. Les fidèles, malgré la variétés des dons faits à chacun, savent s'unir sans j aurais exciter aucune envie : tous se supportent les uns les autres avec charité, et travaillent à conserver l'unité d'un même esprit dans le lien de la paix (1).

37. « Qui sera assez instruit pour compter les « nuages? » Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui (2), mais quel homme possède la même science ? « Qui fait descendre les voix du ciel sur la terre? » Les anges du ciel qui annoncent les divins oracles. Ils n'ont point été précipités contre le premier des rebelles, mais l'attrait de l'obéissance les a fait descendre jusqu'à nous, surtout aux jours du Sauveur : « Les anges le servaient, » dit l'Evangile (3).

38. « La cendre a été dispersée comme la terre ; il l'a attachée comme la nourriture à la pierre. » Partout au loin a été prêchée l'humilité . c'est pourquoi le Seigneur qui résiste aux superbes, et donne sa grâce aux humbles (4), en se faisant homme, s'est étroitement attaché les hommes par le lien de la charité; est devenu médiateur entre Dieu et les hommes (5), s'est donné à eux pour nourriture dans le Sacrement de son corps et de son sang, et a choisi comme pierre de l'édifice ce qui est insensé dans le monde, pour confondre les sages (6). Comme Verbe de Dieu, demeurant en Dieu, il est la nourriture des Anges; mais pour être la nourriture des pierres, le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous (7). Il s'unira donc étroitement avec les hommes, quand la pénitence les y aura préparés, comme si la cendre était répandue pour lui tracer la route. Et quand il s'écriait: « Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne dites pas : Nous avons pour père Abraham ; « car Dieu est assez puissant pour faire sortir, de ces pierres, des enfants d'Abraham (8), » il montrait avec quelles pierres il voulait s'unir comme nourriture. Mais si l'humilité du repentir n'y prépare point, jamais cette union ne pourra s'accomplir, car il regarde de loin ceux qui s'élèvent (9).

 

1 Eph. IV, 2, 3.— 2 II Tim. II, 19.   3 Matt. IV, 11. —  4 I Pierre, V, 5. — 5 I Tim. II, 5. —  6 I Cor. I, 27. — 7 Jean, I, 14. —  8 Matt. III, 8, 9. —  9 Ps. CXXXVII, 6.

 

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39. « Trouveras-tu au lion sa pâture,    apaiseras-tu la faim du dragon ? » Ceci s'applique au démon. « Tu fouleras aux pieds le lion et le dragon (1), » à cause de ses perfidies et de sa rage. Tous ses anges sont donc comparés au lion et au dragon. Celui-là trouve leur pâture et apaise leur faim, qui livre à leur puissance tous les hommes convaincus d'impiété. Ceux-ci voudraient sans doute qu'on ignorât leur vie impie; mais en paraissant devant Dieu, ils ne peuvent plus échapper au pouvoir du démon et de ses anges, dont ils ont suivi les pernicieux conseils.

40. « Ils tremblent dans leurs cavernes, » pendant qu'ils préparent secrètement leurs embûches : s'ils ne tremblaient pas, qui pourrait leur résister ? Ils redoutent la puissance de Celui à qui ils disaient : « Pourquoi êtes-vous venu nous perdre avant le temps » ? Et s'il est vrai que jamais, sans sa permission, ils ne fussent entrés dans le corps des pourceaux (2), il est également certain que sans cette permission, ils ne pourraient nous faire aucun mal. Celui qui dispose de tout dans sa justice leur a donné ce pouvoir, pour nous éprouver, pour se venger, nous faire expier nos fautes, ou nous en faire subir le châtiment éternel. « Ils guettent leur proie, cachés au fond des forêts. » Jamais en eux l'amour du mal n'est en repos, même lorsque  Dieu arrête leur malice. Les occasions charnelles sont comme la forêt ténébreuse où sont tendus leurs pièges ; ils épient ceux qui se laissent prendre à la loi de Dieu, ceux qui ne peuvent nier leurs péchés, et il les réclament comme leur pâture.

41. « Qui a préparé au corbeau sa nourriture, pendant que ses petits errent çà et là, et que cherchant à manger ils crient vers le Seigneur ? » C'est exactement la pensée contenue dans ces paroles d'un Psaume : « Les petits du corbeau poussent des cris vers lui (3).» Ce passage ne peut être pris en mauvaise part, puisqu'ils invoquent le Seigneur. Ils sont noirs, représentent les . pécheurs quine sont pas blanchis encore par la rémission des péchés; petits, parce qu'ils sont humbles; errants çà et là, ils ne connaissent pas encore la vérité qu'ils cherchent avec piété puisqu'ils crient vers le Seigneur. La nourriture peut être prépa rée au corbeau lui-même, car la prescience divine peut découvrir la conversion future de celui qui. ne s'humilie pas encore; mais ce sont les petits, c'est-à-dire les humbles, qui crient vers le Seigneur.

 

1 Ps. XC,13. — 2 Marc, I, 24; V, 11-13.   3 Ps. CXLVI, 9.

 

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CHAPITRE XXXIX. — Interrogations du Seigneur à Job sur la nature et les propiétés de certains animaux.

 

1 « Sais-tu quand enfantent sur les rochers les chèvres sauvages, Tragelaphi ? » Ce mot vient de tragos, bouc, et de elaphos, cerf. Le tragélaphe est donc un animal qui tient du bouc et du cerf : il figure l'âme qui obéit à la loi de Dieu dans son coeur, mais qui sous l'impression des passions dont le bouc est l'image, sent encore dans ses membres une autre loi qui s’élève contre la loi de son esprit et qui la tient captive sous la loi du péché (1). Il enfante sur les rochers au temps marqué, s'il appuie ses actes de vertu sur les saintes Ecritures. C'est ainsi que vivent tranquilles au sein de l'espérance ceux dont la chair lutte contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, jusqu'à ce qu'enfin, avec la rapidité du cerf, ils échappent aux ruses du serpent, vivent de l'esprit et obéissent à ses lois (2). Désormais le péché, dont le bouc est la figure, ne règne plus dans leur corps mortel, parce qu'ils n'en suivent plus les désirs déréglés (3). « As-tu  observé l'enfantement des biches ? » Ce sont les sociétés des hommes vraiment spirituels, qui nous proposent avec un soin tout maternel l'imitation de leurs vertus. Ils n'ont point à craindre les captieuses doctrines du serpent, parce qu'ils s'appuient pour s'en défendre, sur Dieu et non sur eux-mêmes.

2. « As-tu compté les mois qu'elles portent leur fruit ? » Si les Eglises enfantent à la grâce, c'est par l'Evangile, que prêcha le Seigneur, pendant les mois destinés à sa mission de docteur, depuis son baptême jusqu'à sa Passion et son Ascension. « As-tu fait cesser leurs douleurs ?» C'était dans la douleur qu'on s'écriait « Mes bien-aimés, que j'enfante de nouveau jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous (4). » Ces douleurs sont apaisées après l'enfantement, c'est-à-dire quand ceux qui font ainsi gémir ont reçu la vérité en suivant l'impulsion donnée à leur conscience par la parole de Dieu.

3. « As-tu nourri leurs jeunes faons sans leur inspirer de crainte ? » nourri du lait des sacrements, les disciples exempts de l'esprit de frayeur? Car ils n'ont point reçu l'esprit de servitude pour secondaire par la crainte (5). « As- tu séparé d'elles leurs petits? » pour les abandonner en liberté dans les gras pâturages de la vie spirituelle.

 

1 Rom. VII, 22, 23.   2 Gal. V, 17, 18. —  3 Rom. VI, 12. —  4 Gal. IV, 19.—  5 Rom. VIII, 15.

 

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4. « Leurs petits se sont échappés. » Ils ont bris, les liens de la concupiscence. « Ils grandiront en se nourrissant de froment ; » en recevant les leçons d'une sagesse plus parfaite, après le lait des premiers enseignements. « Ils s'en « iront et ne reviendront plus vers elles. » Ils  sortiront des limites étroites de l'enseignement donné par les hommes à ceux qui débutent. Ils ne reviendront plus vers leurs mères, parce qu'ils n'auront plus besoin du lait de la doctrine des enseignements de leurs maîtres. Evidemment ces trois phrases ne doivent pas être sous forme d'interrogation.

5. « Quel est celui qui adonné à l'âne sauvage sa liberté ?» Je m'étonnerais que l'âne sauvage ne figurât point ici le petit nombre de ceux qui s'affranchissent du soin de toute affaire pour servir Dieu. « Qui a brisé ses entraves ? » les liens des affections charnelles et vulgaires.

6. « Je lui ai donné pour demeure le     désert, et pour retraite les plaines arides. » C'est pour quoi il s'écrie : « Mon âme a soif de vous (1). »

7. « Il dédaigne le tumulte de la ville,» que l'Ecriture appelle Babylone, et qui marche par la voie large de la perdition (2). « Et n'entend point les cris de l'exacteur. » Il ne doit rien à personne.

8. « Il contemple les montagnes où sont ses pâturages : » les beautés de la Révélation. « Et recherche les collines verdoyantes : » tout ce qui dure éternellement.

9. « Est-ce-toi que la licorne veut servir ? » celui qui s'enorgueillit ici-bas de son rang élevé? Le Christ a su soumettre de tels hommes à sa puissance, il les a établis ministres de son Eglise. Le mot grec employé, monokeros, signifie bien «Qui n'a qu'une corne; » il désigne les orgueilleux. « Viendra-t-il reposer dans son étable? » Comme on se repose sur l'humilité de Celui qui fut en naissant déposé dans une étable (3). On y est heureux du pardon de ses péchés, on y oublie les inquiétudes d'une conscience en désordre.

10. « Attachera-t-il son joug par des courroies? » Le joug doux à porter est attaché par des courroies, c'est-à-dire, il est annoncé par ceux qui domptent et mortifient la chair. C'est pourquoi Jean portait une ceinture de cuir (4), et non le fouet sanglant dont se frappent les pécheurs. « Et tracera-t-il les sillons dans ton champ ? » Il ouvrira le coeur du peuple docile

 

1 Ps. LXII, 2. —  2 Matt. VII, 18. —  3 Luc, n, 7. —  4 Matt. III, 4.

 

pour le mettre en possession du royaume de Dieu.

11. «Est-ce toi qui as mis ta confiance en lui, parce que sa force a été changée ? » Parce qu'il ne recherche pas dans l'Eglise ce qu'il avait recherché dans le monde, les vains honneurs et les louanges des hommes. « Lui confieras-tu tes travaux ? » Comme les lui confie celui dont l'Apôtre se dit l'ambassadeur, quand il exhorte au nom du Christ à se réconcilier  avec Dieu (1).

12. « Crois-tu qu'il te rendra tes semailles ? » Il ne réclame rien au profit de sa puissance. Le mot semailles signifie ici l'action  d'ensemencer. « Et qu'il les apportera dans ton aire ? »  Il sera au nombre de ceux que le Seigneur chargea de prier le maître des récoltes pour envoyer des ouvriers à sa moisson (2). Il ne voudra point construire d'aire pour lui comme le chef des hérésies et des schismes, et tous ceux qui ne recherchent point la gloire de Dieu, mais leur propre gloire. Il serait bien difficile de conduire ainsi le  rhinocéros; mais cette merveille s'accomplit dans le coeur des hommes par l'auteur de toutes les merveilles (3), par celui qui détruit tout raisonnement humain, toute hauteur élevée contre la science de Dieu, par celui qui réduit tous les esprits sous le joug de son obéissance (4).

13. « Le plumage de l'autruche se mêle aux ailes du héron et de l'épervier. » L'autruche, qui ne peut voler, est la figure des esprits lents. Ceux-ci néanmoins ont reçu assez de grâces de Celui qui a choisi les insensés de ce monde (5), afin qu'ils puissent marcher avec une vitesse égale à celle des plus belles intelligences, figurées par les deux autres espèces d'oiseaux. Tel est le sens de, ce passage.

14. « Elle abandonne ses veufs sur la terre. » Il commence par l'autruche, ou plutôt il parle de celui dont cet oiseau est la figure. Il ne pourrait avec ses lourdes ailes imiter le vol rapide des plus agiles, s'il ne laissait sur terre les premières espérances figurées par les oeufs. « Ils s'échauffent dans la poussière. » Quoiqu'il méprise désormais ce qu'autrefois il recherchait dans le monde, ce qu'il dédaigne prospère souvent à la faveur des amis du monde, comparés ici à la poussière.

15. « Elle oublie que le passant les dispersera ; que l'animal les foulera aux pieds. » Si l'envie de ses rivaux, ou la malice du siècle vient troubler et confondre ses espérances qui sont pour

 

1 II Cor, V, 60. — 2 Luc, X, 2. — 3 Ps. LXXI, 18.   4 II Cor. X, 4, 6.   5 I Cor. I, 27.

 

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lui comme les oeufs laissés à terre, il n'en a aucun souci, et reste insensible à la perte de ce qu'il a oublié.

16. « Elle se montre dure envers ses petits, comme s'ils n'étaient pas les siens. » Si , au lieu de ces espérances, désignées par les oeufs, il possède la réalité figurée par les petits éclos ; c'est-à-dire si la prospérité temporelle lui arrive, il méprise courageusement et repousse cette prétendue félicité, ne voulant pour lui que la véritable. « Et rend son travail inutile, sans aucune inquiétude. » Ceci a lieu avant sa conversion : alors il travaille avec l'espérance du siècle, sans rien recueillir, et ce qui est plus insensé encore, sans rien craindre, en se promettant l'incertain.

17. « Parce que Dieu lui a refusé la sagesse « et ne lui a pas donné l'intelligence. » Quoi de plus insensé que de mettre sa confiance dans la vanité et de travailler a acquérir des biens périssables, sans craindre de les perdre ? Tel est cependant le vice de beaucoup d'hommes habitués aux faveurs de la fortune, surtout si cette prospérité remonte à plusieurs générations : il leur paraît impossible d'arriver subitement à la misère. Ils occupent un rang distingué dans le monde; mais comme ils ne peuvent aller sur les ailes de leurs vertus converser dans le ciel, on ne saurait même les comparer qu'à l'autruche ; mais notez ce qui suit

18. « Au temps marqué, elle s'élèvera dans les airs, et se rira du cheval et de son cavalier. » Quand viendra la plénitude des temps (1), où il sera ordonné aux riches de n'être point orgueilleux, de ne point mettre leur confiance en des richesses incertaines, mais dans le Dieu vivant (2), ils élèveront leur coeur au Seigneur, dédaigneront les tyrans superbes que Dieu aura précipités dans la mer. Alors les plumes de l'autruche se mêleront, en s'élevant vers le ciel, à celles des oiseaux plus agiles, et tout ce qui est dit de cet animal aura son accomplissement.

19. « As-tu donné la force au cheval? » On dirait ici le portrait du martyr, intrépide et ardent témoin de la foi qui nous sauve : sa force pourtant ne vient point de lui, c'est le Seigneur qui l'en a revêtu. « Lui as-tu appris à pousser ses hennissements ? » Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de vous défendre au jour mauvais (3).

 

1 Gal. VI, 4. — 2 I Tim. XV, I7.   3 Eph. VI, 11.

 

20. «L'audace est la gloire de son poitrail, » L'audace qui faisait parler et agir Isaïe (1). Notre gloire , c'est notre, conscience (2), quand elle trouve bonnes nos actions, afin que chacun ait de quoi se glorifier en lui-même et non dans un autre (3).

21. « Il s'avance avec orgueil dans la plaine. » Il marche au flambeau de la liberté; tressaillant de joie, parce que tes voies larges de la charité lui ont rendu le bien facile à accomplir. « Il marche plein de courage au combat. » Contre les épreuves de l'adversité,

22. « Il affronte les traits de l'ennemi. » Parmi ses armes est le bouclier de la foi, où viennent s'éteindre tous les traits enflammés de l'ennemi (4). « Et n'évite point le glaive. » Ou la mort visible elle-même, ou bien ces hommes opiniâtres à repousser la vérité, ardents à la persécuter. Il ne s'en détourne point, parce qu il lui est ordonne de les aimer.

23. « Sur lui l'arc et l'épée sont dans la joie. » Sa profession de foi annonce les châtiments encore invisibles dont Dieu menace de loin le pécheur; elle rend témoignage à la parole qui de près renverse toutes les erreurs. Il y a donc ici deux idées bien distinctes : la menace qui découvre dans l'avenir les châtiments du pécheur, c'est le trait que l'arc lance au loin; la parole qui dompte les passions du moment, c'est le glaive avec lequel on repousse de la main. « Effrayés à l'aspect de la lance et du javelot. » Comment se fait-il qu'effrayés par la lance et le javelot, l'arc et le glaive soient dans la joie? N'est-ce point parce que, s'il ne tremble, s'il ne redoute la mort éternelle dont frappe la justice divine, le martyr ne pourra affronter celle dont il est menacé par le tyran, ni confesser hardiment sa foi, ni prêcher avec confiance les vérités auxquelles ne pourront résister les ennemis? C'est ainsi que la parole de Dieu en lui se réjouit; il la publie en toute liberté, et pour annoncer aux impies la triste fin dont ils sont menacés, et pour condamner leurs iniquités présentes. Si les joies de l'espérance ne s'unissaient point en nous aux craintes de la damnation, elles dégénéreraient bientôt en une coupable sécurité, en une présomption téméraire, et il ne nous serait point dit par le Psalmiste : « Réjouissez-vous en lui avec tremblement (5). » Il s'indigne contre lui-même; il veut détruire les ardeurs de la concupiscence, et

 

1 Is. LXV, 1 ; Rom. X, 20. —  2 II Cor. I, 12. — 3 Gal, VI, 4. — 4 Eph. VI,16. — 5 Ps. II, 11.

 

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les craintes de la chair, qui nous font repousser les souffrances et les combats. C'est probablement en ce sens qu'il est dit: « Entrez en colère et ne péchez point (1). » C'est avec une salutaire indignation, qu'il doit se condamner lui-même et se dire : « Pourquoi es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je veux le louer encore; » puis qu'il faut confesser de bouche pour obtenir le salut (2) . Puis le Psalmiste ajoute : « C'est mon Sauveur, c'est mon Dieu (3). —  Il reste immobile en entendant le signal de la trompette. » Avant quel la tentation n'arrive, même lorsqu'il s'est affermi contre les défaillances de la nature,. il attend , car il ne faut pas s'engager facilement, à moins que le jour de l'épreuve ne l'ait dit.

25. « Mais lorsque la trompette a sonné la charge, il dit : Allons. » Lorsque le temps de la tentation arrivera, il sera content de lui-même, s'il se glorifie au sein de la tribulation, parce que la tribulation produit la patience , la patience, la pureté et d'espérance (4). Désormais il ne dira plus à son âme, en repoussant le mal : « Pourquoi me troubles-tu? » Mais heureux de sa victoire. il s'écriera : « O mon âme, loue le Seigneur (5). —  De loin il flaire le combat. » Il n'a pas en vue,les persécuteurs; qu'il a sous les yeux; mais il flaire de loin ceux que son oeil ne pourrait découvrir; car il le sait, « Nous n'avons point à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l'air (6). » Voilà le sens donné à ces mots

« De loin. » Il est dit: « Il flaire, » expression bien choisie, à cause du prince de la puissance répandue dans l'air. L'odorat perçoit toutes les odeurs bonnes ou mauvaises. Il flaire donc le combat, celui qui s'aperçoit que le prince des puissances de l'air agit sur les fils de la défiance 7. S'ils le poursuivent de leur haine ou veulent le faire tomber dans leurs pièges, il attend ces esprits méchants, les combat avec les armes spirituelles, et non avec les armes qui protègent le corps, car il ne lutte pas contre la chair et le sang, c'est-à-dire contre les hommes méchants et corrompus que son oeil peut apercevoir. « Le tonnerre et les clameurs des chefs. » Il faut sous-entendre : « il flaire. » Le tonnerre, je pense, est ici nommé, à cause de l'air où sont répandus

 

1 Ps. IV, 5. — 2 Rom. X, 10.   3 Ps. XLI, 6,7. — 4 Rom. V, 3, 4.   Ps. CLV, 2.   6 Eph. VI, 12. — 7 Ib. II, 2.

 

les esprits méchants. Ces esprits ne sont point appeles les maîtres du monde, comme s'ils gouvernaient le ciel et la terre; mais dans le sens indiqué par l'Apôtre. Afin qu'on n'entende point ainsi sa pensée, il explique aussitôt en quoi ils sont les maîtres du monde . « De ce monde de « ténèbres,» c'est-à-dire des impies. A ceux d'entre eux qui s'étaient convertis au Seigneur il écrivait : « Vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes « maintenant lumière dans le Seigneur (1). » Il dépend donc de chacun de nous d'être ou ténèbres ou lumière : toutefois l'homme est ténèbres par lui-même, par les péchés qu'il commet; tandis. qu'ils est lumière, non en lui-même mais dans le Seigneur, qui a répandu en lui une si vive lumière, que ses ténèbres. dit Isaïe, sont comme l'éclat du midi (2). Le Psalmiste dit aussi : « Vous éclairerez mes ténèbres, (3). » Ceux donc que l'Apôtre appelle les maîtres du monde, rectores, sont en ce passage appelés les chefs, duces. C'est sous leur conduite que les ténèbres, c'est-à-dire les impies, persécutent les justes, ceux qui souffrent persécution pour la justice, non ceux qui recueillent dans la souffrance les fruits de leur impiété ou de leur malice. Le martyr flaire les cris de ces chefs, non pas comme s'ils retentissaient à ses oreilles; c'est la foi qui les fait vibrer au fond de son coeur, et lui révèle toutes les manoeuvres secrètes du démon et de ses anges contre les serviteurs de Dieu. D'où cette parole de l'Apôtre : « Nous n'ignorons pas sa malice (4). » Mais à ces cris des chefs sont toujours fermées les oreilles des infidèles.

26. « Est-ce ta sagesse qui a donné à l'épervier son plumage? » comme la sagesse de Dieu, qui est le Christ, forme peu à peu en nous l'homme nouveau qui doit avoir sa conversation dans les cieux? « Il reste immobile, les ailes étendues, et les yeux fixés vers le midi. » La charité dégagée de tout bien charnel, s'attache à son double objet : il demeure inébranlable dans la foi, et loin de se confier en lui-même, il met en Dieu toutes ses espérances, rapportant tout à Celui dont l'amour embrase son coeur ; afin de conserver en lui tout son courage (5), il s'écrie : « Ne seras-tu pas soumise au Seigneur, ô mon âme? Il est mon refuge, oui, le Seigneur est mon refuge et m'on appui : je ne serai point ébranlé (6). »

21. « Est-ce à ton commandement que l'aigle

 

1 Ephés. V, 8. — 2 Is. LVIII, 10. —  3 Ps. XVII, 29. — 4 II Cor. II,11. — 5 Ps.LVIII,10. — 6. Ib.LXI, 2, 3.

 

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s'élèvera dans les nuées? » Comme le lui a commandé Celui qui a dit : « Et quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi (1). » Il allait mourir pour nous, et après sa résurrection monter au ciel : « Partout où sera le corps, dit-il, là se rassembleront les aigles (2). » Car il a rassasié de biens surnaturels celui dont la jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle (3). L'élévation de l'aigle peut se rapporter aussi à ce passage de saint Paul : « Si nous sommes « emportés comme hors de nous-même, c'est pour « Dieu; » comme le passage suivant relatif au vautour se rapporte à cet autre du même l'Apôtre « Si nous sommes plus retenus, c'est pour vous (4). » Le voici : « Et que le vautour attendra près de son nid perché sur les rochers? » Il n'exprime plus l'état d'une âme qui s'élève dans les contemplations d'un saint ravissement, mais le dévouement de celle qui, en des voies moins élevées, s'occupe avec patience du salut des hommes et qui veut que les impies morts à la grâce soient justifiés parla parole, comme dévorés par elle, pour entrer dans le corps de l'Eglise. On sait que le vautour se nourrit de cadavres. C'est pourquoi il est près de son nid où il dépose ses veufs, figure des oeuvres qu'il faut accomplir en cette vie. Il est « sur le rocher; » car après avoir dit : « Si nous sommes plus retenus, « c'est pour vous, » l'Apôtre ajoute immédiatement : « Car la charité du Christ nous presse (5). » « Or, la pierre était le Christ (6). — Il attendra immobile. » C'est bien la même pensée que dans ce passage : « Je me sens pressé des deux côtés je voudrais mourir et être avec Jésus-Christ, ce qui est sans contredit le meilleur, » et se rapporte à l'élévation de l'aigle. D'un autre côté, comme le vautour attendant près de son nid « Je veux vivre encore, ce qui est nécessaire pour vous (7). » Or, comme la pierre désigne encore l'Eglise tout entière, la pointe du rocher, c'est le chef de l'Eglise. Voilà pourquoi Simon fut appelé Pierre par Notre-Seigneur (8). Les expressions qui suivent expriment cette pensée

28. « Dans les cavités, sur la pointe des rochers. » La pointe désigne notre chef, le creux du rocher signifie la vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ (9). « Et là il cherche sa proie, » selon ce qui fut dit à Pierre : « Tue et mange (10); » afin d'incorporer à l'Eglise ceux d'entre les Gentils qui devaient croire.

 

1 Jean, XII, 32. —  2 Matt. XXIV, 28. —  3 Ps. CII, 5. —  4 II Cor. V, 13. —  5 Ib. V, 13, 14. — 6 I Cor. X, 14. — 7 Philip. I, 23, 24.  8 Marc, III, 16. — 9 Colos. III, 3. — 10 Act. XI, 7,

 

29. « Son regard plonge dans le lointain;

30. « Et ses petits roulent dans le sang, » L'espérance d'une vie immortelle dans le séjour de l'éternité dirige au loirs son intention, quoique ses actes extérieurs semblent se traîner dans les défaillances de la nature : le doute vient quelquefois l'agiter; l'ignorance, inhérente à l'esprit humain, l'empêche de voir le mérite réel que. Dieu attache à son dévouement et à son zèle; mais comme son regard découvre dans le lointain le salut éternel, il sait toujours agir avec une charité entièrement désintéressée. Et s'il a donné ses soins, distribué ses trésors à des hommes qui, en renonçant au démon, sont complètement morts au monde, il s'empresse autour d'eux par le ministère de la parole et multipliant ses discours, il unit au corps de l’Eglise ces hommes si bien disposés. Aussi est-il dit encore : « Ils apparaissent soudain, là où gisent les cadavres. »

31. « Alors le Seigneur répondit, et dit. » Si le Seigneur semble se répéter en parlant, c'est que Job, saisi de crainte à ces discours, est reste muet, et n'a osé rien répondre. Dans les deux versets qui suivent, Dieu l'engage à parler.

32. « Celui qui discute avec le Très-Haut sera-t-il en repos? » C'est-à-dire : Pourquoi gardes-tu le silence en discutant avec le Tout-Puissant ? « Celui qui osait reprendre Dieu lui répondra-t-il ainsi ? » C'est bien une interrogation, et voici le sens : Reprend-il Dieu, celui qui en discutant sait lui répondre ? On peut discuter avec le Tout-Puissant, en lui adressant ses questions, sans l'attaquer ni le réfuter. Ce n'est point parce qu'il est Tout-Puissant qu'il faut éviter toute discussion avec lui. On ne l'accuse pas non plus, si dans cette discussion on l'interroge comme la vérité  même. Quant à ces paroles « Celui qui discute avec le Seigneur sera-t-il en repos ? » en voici donc le sens : puisque celui qui discute avec le Seigneur n'est pas en repos, il ne faut pas entrer en discussion avec lui pour se mettre en repos ensuite. Ordinairement celui qui discute propose quelques objections : or, celui qui en fait à Dieu ne peut être en repos, il ne peut trouver aucun repos, qu'en conformant ses pensées à la volonté de Dieu, sans rien contredire. Car «celui qui reprend Dieu lui répondra ainsi : » c'est-à-dire, s'il répond en discutant avec lui, c'est pour le reprendre, et il ne peut être en repos. D'où cette parole : « O (641) homme, qui es-tu, pour contester avec Dieu (1) ? » Toutefois Job avait-il agi ainsi ? Dieu ne l'avait point considéré comme un contradicteur, ainsi que l'avaient fait ses amis sans le comprendre, et il lui rend ce témoignage au commencement et à la fin du livre. Si donc il lui a adressé ces paroles, n'est ce point à cause du rôle tout spécial qu'il joue ici ? Il est la figure du corps de Jésus-Christ, de son Eglise, dont un grand nombre de membres sont faibles, et quoiqu'ils ne désespèrent point, ils sont sans cesse exposés à tomber. A peine osent-ils avancer : leurs pas sont peu multipliés, et la tranquillité du pécheur excite leur envie. Ils disent : « Dieu les voit-il? « le Très-Haut en a-t-il connaissance ? Voilà que « ces impies, ces heureux du siècle accroissent « leurs richesses. C'est donc en vain que j'ai purifié mon coeur, et lavé mes mains dans l'innocence : j'ai été flagellé durant tout le ,jour et « condamné dès le matin (2). » De là cette réponse de Job dans les deux versets suivants.

33. « Job alors répondit :

34. « Pourquoi donc être jugé, après avoir entendu ces avertissements et ces reproches du  Seigneur, puisque je ne suis rien ? » C'est-à-dire, pourquoi demanderais-je à être jugé, puisque le Seigneur m'arrête et me condamne, si, je veux le contredire ? « Après avoir entendu ces reproches. » C'est-à-dire, j'ai compris

 

1 Rom. IX, 20. —  2 Ps. LXXII, 2-14

 

combien il a été envers moi juste et miséricordieux, puisque par moi-même je ne suis que néant. «Que lui répondrai je ? » Que pourrai-je opposer à la vérité ? « Je porterai ma main à ma bouche ; » je saurai me contenir et m'empêcher de parler.

. 35. « Je n'ai parlé qu'une seule fois ; je n'ajouterai plus rien. » S'il n'y a pas un. sens caché dans cette phrase, comment Job peut-il dire qu'il n'a parlé qu'une seule fois, puisque tant de fois il a pris la parole ? Comment dit-il qu'il ne la reprendra plus, puisqu'il va encore parler? La parole doit ici s'entendre de la disposition de l’âme qui, recherchant les objets extérieurs, abandonne son Dieu et ose lui résister. Et quand elle s'y précipite avec plus d'ardeur, l'Ecriture appelle son action un cri. Ainsi le Seigneur dit que le cri de Sodome est monté vers lui (1). A cette parole, à ce cri est opposé le saint et pieux silence dont il est dit : Il sera dans le silence, exempt de toute crainte, loin de tout péché. Job a donc raison de dire qu'il n'a parlé qu'une seule fois, toujours le même langage dans toute sa vie de vieil homme, alors qu'il n'était qu'un souffle qui va et ne revient plus (2). Maintenant qu'il met la main à la bouche pour ne plus parler, il promet de ne rien ajouter à ce langage d'autrefois, pour ne plus se séparer de Dieu. Ainsi-soit-il.

 

1 Gen. XVIII, 20. — 2 Ps. LXXVII, 39.

 

Cette traduction est due à M. l'abbé JOYEUX.

 

 

 

FIN DU TOME QUATRIÈME.

 

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