LIVRE QUATRIÈME.
QUESTIONS SUR LES NOMBRES.
QUESTION PREMIÈRE - (Nomb. I, 1-14). Sur
les chefs institués dans chaque tribu . D'où
vient que Dieu ordonne d'élire un chef dans chaque tribu, et que signifie le nom de Kiliarques,
imposé à ces chefs, nom qui semble venir de mille (1), et qu'un certain nombre
d'interprètes latins ont traduit par tribuns? Voici la réponse à cette question.
Jothor, beau-père de Moïse, ayant donné à son gendre le conseil, d'ailleurs approuvé
par Dieu, de répartir entre plusieurs princes le gouvernement de son peuple, afin que
toutes les causes des particuliers ne fussent point un fardeau au-dessus de ses forces
(2), Moïse établit des Kiliarques ou chefs de mille hommes, des écatontarques;
centurions, ou chefs de cent, des pentacontarques, ou chefs de cinquante, et des décardarques,
décurions, ou chefs de dix hommes, leur donnant à chacun un nom en
rapport avec le nombre de ceux à qui ils commandaient. Mais est-ce
à dire que chacun des Kiliarques n'était établi que sur mille hommes ?
Assurément non : car, à cette époque douze mille hommes ne formaient pas tout
l'effectif du peuple d'Israël. Moïse établit un chef de ce nom dans chaque tribu , et
chacune des douze tribus contenait certainement, non pas. un millier d'Hommes, mais bien
des milliers. Le nom de ces chefs leur est donc commun avec ceux que l'Exode appelle Kiliarques,
parce que chacun de ceux-ci avait mille hommes sous ses ordres ; mais qu'il y en ait mille
ou des milliers qui obéissent à un seul, le nom étant le même en grec, on
pouvait toujours les appeler Kiliarques.
II. (Ib. I, 20-46.) Sur les nombres
mystérieux quatre et cinq. On
demande, et à juste titre, ce que signifient les expressions suivantes, employées dans
le dénombrement de tous les enfants d'Israël en âge de porter les armes : « Suivant
(505) leurs parentés, leur peuple, les maisons de leurs familles, le nombre de leurs
noms, et leur tige, » et ces cinq expressions se trouvent répétées d'une manière
absolument identique- à chacune des tribus, depuis la première jusqu'à la dernière
comme s'il y avait quelque différence entre les parentés, les peuples, les maisons des
familles, le nombre des noms et la tige des enfants d'Israël, tandis que tout cela parait
plutôt ne signifier qu'une seule et même chose sous des termes différents. Ce soin
minutieux de répéter les mêmes expressions à propos de toutes les tribus, semble nous
marquer que nous ne devons pas juger ici à la légère, quand bien même nous ne
comprendrions pas le sens de ce passage. Le nombre lui-même voile ici quelque mystère :
car ce n'est pas sans raison que cinq fois la même chose est désignée sous des
noms différents. Le nombre cinq, qui est celui des livres de Moïse, jouit
effectivement d'une autorité considérable dans l'ancien Testament. Mais il y a
nécessairement de la différence entre les quatre particularités mentionnées plus loin,
savoir : que le dénombrement comprendra les mâles, depuis vingt ans et au-dessus,
tous ceux qui sont capables d'aller à la guerre; et reconnus pour tels: quoique la
même formule soit également répétée à propos de toutes les tribus. En effet, quand
il était question de fixer le nombre de toute la multitude appartenant à une tribu, il
fallait d'abord déterminer le sexe ; c'est pourquoi il est dit : « Tous les mâles . »
Et pour que les enfants n'entrassent point dans ce compte, l'Ecriture a ajouté : «
depuis vingt ans et au-delà. » Et pour que la vieillesse, qui est impropre aux armes,
n'entrât point non plus dans le dénombrement, il a été dit encore : « tout ce qui est
capable d'aller au combat. » Enfin il est un mot qui est la conclusion convenable de
cette opération « Et reconnus comme tels. » Cette reconnaissance complétait le
dénombrement des milliers d'hommes jugés propres au service militaire. Ces cinq choses :
la parenté, le peuple, les maisons de la famille, le nombre de noms et la tige, et ces
quatre autres : le sexe, l'âge, la force pour le service et la reconnaissance de ces
qualités, présentent donc peut-être un sens mystérieux. En effet si l'on multiplie ces
deux nombres entre eux, quatre par cinq, ou cinq par quatre, on aura vingt au produit. Ce
nombre désigne aussi l'âge des jeunes gens. Il est rappelé, au moment de l'entrée dans
la terre promise, et il est dit de cet âge de vingt ans, qu'il n'a penché ni à droite
ni à gauche. Je crois voir en ceci une image des Saints de l'une et l'autre Alliance, qui
ont conservé fidèlement le dépôt de la vraie foi. Car l'ancienne Alliance n'est-elle
point surtout remarquable par les cinq livres de Moïse, et la nouvelle, par les quatre
Evangiles?
III. (Ib. I, 51.) De l'étranger, dans
le langage de l'Ecriture. Après avoir prescrit la manière de détendre, de
lever et de dresser le tabernacle, Dieu ajoute : « Et l'étranger qui en approchera, sera
mis à mort : » cet étranger, c'est aussi l'Israëlite qui n'appartient pas à la tribu
de Lévi, chargée du service du tabernacle. Mais il est étonnant que l'Ecriture emploie
ici dans un sens abusif ce mot étranger, qui signifie proprement un homme d'une
autre nation, allogenes au lieu de allophulos, qui veut dire un homme d'une
autre tribu : tandis que, quand elle parle des hommes appartenant aux autres nations, elle
se sert préférablement de ce dernier terme, comme si elle voulait désigner des hommes
appartenant à d'autres tribus.
IV. (Ib. III, 5-7.) Sur les veilles que
les Lévites devaient observer autour du tabernacle. « Et le Seigneur parla à Moïse, et lui dit :
Prends la tribu de Lévi ; et tu les établiras devant Aaron grand-Prêtre, et ils le
serviront ; et ils seront sa garde, et la garde des enfants d'Israël, devant le
tabernacle du témoignage . » Nos traducteurs ont rendu, les uns par custodias,
garde, les autres, par excubias, faction, le mot phulakas du texte grec.
Mais je serais bien trompé, si le terme le plus convenable n'était pas vigiliae,
qui signifie les veilles observées de trois en trois heures dans les camps. C'est
en ce sens qu'il est écrit : « Il vint à eux à la quatrième veille de la nuit, marchant sur les flots de
la mer (1) : » c'est-à-dire, après la neuvième heure dé la nuit, ou après trois
veilles. Et en beaucoup d'autres endroits de l'Ecriture, nos interprètes ont traduit par
veilles, vigilias, l'expression phukas des grecs. Il est hors de doute qu'il
est question alors des divisions de la nuit: eh bien! selon mon sentiment, c'est de cela
aussi qu'il est fait mention dans ce passage. Pourquoi, en effet, cet ordre donné aux
Lévites, de faire la garde d'Aaron et la garde des enfants d'Israël, phulakas ?
Ne serait-ce pas dans la crainte qu'ils ne vinssent à croire que le privilège de servir
dans le tabernacle, les dispensait de garder les veilles qui
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s'observent â proprement parler dans les camps, tandis que le
service du tabernacle ne les exemptait nullement, en réalité, de veiller à leur tour
auprès des autres tentes des enfants d'Israël
V. (Ib. III, 10.) Sur la loi qui punit
de mort quiconque n'étant point lévite s'ingérera dans les fonctions sacrées.
« L'étranger, qui y touchera sera
puni de mort. » Il faut rechercher quel est le sens de ces paroles du Lévitique : « Celui
qui touchera le tabernacle, sera sanctifié (1);
» puisque nous lisons ici : « L'étranger qui y touchera, sera puni de mort, »
ce qui doit s'entendre de tous ceux qui ne sont pas de la tribu de Lévi. Toucher,
dans ce dernier passage, ne signifierait-il point : exercer les fonctions sacrées dans le
tabernacle, honneur qui était exclusivement réservé aux Lévites par Dieu lui-même ?
C'est de cela effectivement que traitait le texte.
VI. (Ib. III, 12-31. ) Sur le rachat
des premiers-nés. Comment Dieu
prend-il les Lévites à la place des premiers-nés des enfants d'Israël ? Le nombre des
premiers-nés du peuple s'étant trouvé plus considérable que celui des Lévites,
comment Dieu ordonne-t-il qu'ils soient rachetés au prix de cinq sicles chacun ? La même
chose n'eut pas lieu pour les troupeaux, quoique Dieu ait pareillement exigé pour
lui-même les troupeaux des Lévites en échange des premiers-nés des troupeaux
d'Israël. Comment ensuite leurs premiers-nés ou ceux de leurs troupeaux
appartenaient-ils à Dieu, puisqu'il fut prescrit d'échanger contre dés brebis les
premiers-nés impurs, même des hommes ? Comment les fils des Lévites n'étaient-ils pas
aussi, dans la suite, censés tenir lieu de ces premiers nés ; car cette tribu pouvait en
se perpétuant, tenir lieu des premiers-nés à venir : si ce n'est parce qu'il était juste que Dieu considérât comme siens
propres, les enfants nés de ceux qui lui appartenaient, et qui lui avaient été donnés
en place des premiers-nés sortis d'Egypte ? Ceux qui appartenaient déjà à Dieu,
pouvaient-ils, sans injustice, servir en échange pour d'autres premiers-nés ? Dieu
reçut en effet, à la place des premiers-nés, une portion tirée du peuple et des
troupeaux, et cette portion, c'était les Lévites et leurs troupeaux qui la formaient. Ce
qui en naissait, Dieu en était le maître ; le peuple ne pouvait plus le donner,
puisqu'il ne lui appartenait plus ; dès lors les premiers-nés appartenaient à Dieu et
devaient lui être présentés ; et les enfants
des
Lévites ou les petits de leurs troupeaux ne pouvaient en tenir lieu.
VII. (Ib. IV, 7.) Sur les pains de
proposition. Dieu veut qu'en
prenant la table, on prenne en même temps les pains : Vous prendrez encore, dit-il,
« les pains qui sont toujours sur la table. » Il est évident que ce ne sont
pas toujours les mêmes pains, mais de semblables, qui étaient placés sur cette table :
chaque jour on ôtait les anciens, pour les remplacer par de nouveaux ; il était
seulement prescrit de ne laisser jamais la table sans pains. Ces mots de l'Ecriture : «
qui sont toujours sur cette table, » signifient donc que la table était toujours
couverte de pains, mais non toujours des mêmes pains.
VIII. (Ib. IV,11.) Sur la manière de
couvrir l'autel quand on décampait ; difficulté littérale. « Ils couvriront aussi sur l'autel d'or un drap
d'hyacinthe, et ils étendront par-dessus une couverture de peau d'hyacinthe. » On
pourrait voir ici une locution dans laquelle les interprètes latins ont trouvé quelque
chose de bizarre et d'inachevé. Aussi se sont-ils refusés à la traduire, pensant qu'il
fallait dire : « Ils
envelopperont aussi l'autel d'or d'un drap d'hyacinthe. » Car « ils couvriront un
drap d'hyacinthe » semble signifier que le drap lui-même était enveloppé par quelque
autre chose, et non qu'il couvrait l'autel. Mais je vois moins ici une locution qu'un sens
un peu obscur. On peut croire, en effet, que dans le texte précité, Dieu commande de
couvrir d'autre chose le drap qui enveloppait l'autel, et qu'il prescrit en peu de mots, et de couvrir l'autel d'un drap
d'hyacinthe, et en même temps d'étendre sur ce drap une autre couverture. Il indique
ensuite de quelle couverture on devait envelopper le drap d'hyacinthe, quand il a ajouté
: « Et ils étendront par-dessus une couverture de peau d'hyacinthe. »
IX. (Ib. V, 6, 7, 8.) De la restitution
pour certains péchés. «
Lorsqu'un homme ou une femme auront commis quelqu'un des péchés ordinaires à l'homme,
et qu'ils auront été coupables de mépris, et auront commis un délit, cette âme
avouera le péché qu'elle aura fait et restituera pour son délit le capital, auquel elle
ajoutera le cinquième, et elle restituera à celui à qui elle a fait tort. Mais si cet
homme n'a pas de proche à qui on restitue le dommage, la restitution qui est due au
Seigneur appartiendra au prêtre, outre le bélier d'expiation par lequel le prêtre
priera pour (507) lui. » Il est ici question des péchés commis en des matières où la
restitution est possible à prix d'argent. Autrement l'Écriture ne dirait pas de quelle
manière il faut réparer des dommages qui échappent à une appréciation. La loi exige
donc la restitution du principal et le cinquième en surplus, c'est-à-dire la totalité
du dommage commis, et un cinquième en plus, outre le bélier qui doit être offert en
sacrifice pour l'expiation du délit. Elle veut, en outre, que l'objet de la restitution,
le capital plus un cinquième, appartienne au prêtre, dans le cas où la personne lésée
n'a point de proche. Il est évident que c'est à Dieu lui-même qu'on rend ce qu'on donne
au prêtre, lorsque le propriétaire est mort, sans laisser de proches, c'est-à-dire, je
pense, sans laisser d'héritiers. Mais l'Écriture ne parle point de l'homme lésé dans
ses propres droits; cependant lorsqu'elle dit : « S'il n'a point de proche, » elle
insinue suffisamment dans ce peu de mots qu'il n'est,question des proches, qu'à défaut
du possesseur lui-même. Et dans le cas où il n'existe point d'héritier, c'est à Dieu
lui-même qu'il faut restituer, parce que la faute ne doit pas demeurer impunie : la
restitution n'est cependant pas destinée aux sacrifices; elle appartient au prêtre.
Voici la saine interprétation de ces mots de l'Écriture : « Mais si cet homme n'a pas
de proche, à qui on restitue le dommage à lui-même : » ad ipsum est un
idiotisme particulier à la langue sacrée, ou bien il signifie que la restitution
appartient au proche lui-même, qu'il en devient le possesseur. L'Ecriture ajoute : « Le
délit qui est rendu au Seigneur, « sera pour le prêtre. » Elle entend par le délit la
chose restituée à titre de réparation pour le délit.
X. (Ib. V, 6, 7.) Encore sur la
restitution. On lit dans l'Exode
que si quelqu'un vole un veau ou une brebis, il doit restituer cinq veaux ou quatre
brebis, dans le cas où il les aura tués ou vendus; et que si ce qu'il a dérobé se
trouve encore vivant chez lui, il devra restituer le double (1). On peut demander comment
il est possible de concilier ce passage avec le précédent, où la loi n'exige à titre
de restitution que le principal et un cinquième en surplus, ce qui est bien éloigné du
double, et à plus forte raison du quadruple et du quintuple de la chose dérobée ? Dans
cette phrase : « Lorsqu'un homme ou une femme auront commis quelqu'un des péchés
ordinaires à l'homme, » l'Écriture n'a-t-elle point voulu parler
des péchés d'ignorance ? Il est possible, en effet, -qu'un homme, par défaut
d'attention ou par négligence, s'approprie ce qui ne lui appartient pas : et ce qui
prouve -qu'il y a péché dans ce cas, c'est qu'on n'y serait pas tombé, si l'on avait eu
la précaution de veiller sur soi-même. Tels sont les péchés que la Loi ne punit point
comme des vols, mais seulement par la restitution du capital et du cinquième. Pense-t-on
au contraire qu'il ne s'agit point ici de péchés d'ignorance, mais de vols et de fraudes
commis avec préméditation, péchés appelés humains, parce qu'ils se commettent
parmi, les hommes? Alors, sans erreur, voici la solution de cette question :si le coupable
n'est pas même tenu de rendre le double, c'est parce qu'il n'a pas été surpris en faute
ou convaincu de son délit, et qu'il est venu de lui-même faire l'aveu de sa faute à
ceux qui l'ignoraient ou n'en connaissaient point l'auteur. En effet, après avoir dit: «
Lorsqu'un homme ou une femme auront commis quelqu'un des péchés ordinaires,à l'homme,
et qu'ils auront été coupables de mépris, et auront commis un délit, » en d'autres
termes, quand ils auront commis ces fautes au mépris de la loi, l'Écriture ajoute : «
Cette âme avouera le péché qu'elle a fait, et restituera pour son délit le capital,
auquel elle ajoutera le cinquième : » l'aveu de la faute est donc peut-être le motif de
l'atténuation du châtiment ; c'est pour cela que le coupable n'est point condamné aussi
sévèrement que 'le voleur surpris en faute ou convaincu de son délit.
XI. (Ib. V, 21.) De la malédiction
prononcée sur la femme soupçonnée d'adultère. Quand le mari amène sa femme qu'il soupçonne
d'adultère, voici les paroles que l'Écriture met sur les lèvres du prêtre : « Que le
Seigneur la maudisse, et l'ait en exécration. » Or, le grec porte ici enorkion.
Ce mot paraît renfermer un serment imprécatoire, comme dans cette phrase : Que pareille
chose ne m'arrive point! et plus clairement : Que telle et telle chose m'arrive, si je ne
fais point ceci! C'est dans ce sens que le prêtre dit « Que le Seigneur te maudisse et
t'ait en exécration; » ce qui revient à dire : Que sur toi tombent les imprécations de
ceux qui jureront Que pareille chose ne leur arrive, ou qu'elle leur arrive s'ils ne font
ceci ou cela!
XII. (Ib. VI, 14-17.) La victime
reçoit son nom de la fin pour laquelle elle est offerte. « Il (508) présentera ensuite son offrande au
Seigneur, un agneau d'un an, sans tache, pour l'holocauste, et une brebis d'un an, sans
tache, pour le péché. » Plusieurs de nos interprètes n'ont pas voulu traduire
ici littéralement, dans la crainte d'introduire une locution contraire à lusage ;
ils ont dit: pro peccato au lieu de in peccatum, tandis que cette dernière
expression renferme un sens qu'il fallait respecter. En effet, in peccatum, a été
mis précisément parce que l'oblation présentée pour le péché, portait
elle-même le nom de péché. De là ce mot de l'Apôtre relatif à Jésus-Christ : «
Pour l'amour de nous, il a rendu péché Celui à qui le péché n'était point
connu (1); » c'est-à-dire, Dieu le Père a rendu, pour l'amour de nous, Dieu le Fils victime
pour le péché. De même donc que quand on offrait un agneau en holocauste,
cet animal était lui-même l'holocauste, ainsi la brebis pour le péché
doit être elle-même le péché; en d'autres termes la victime immolée pour le
péché plus loin, le bélier offert pour le salut porte aussi le nom de salut, parce
qu'il est la victime réservée à ce genre de sacrifice. La suite justifie cette
explication. En effet ce que l'Ecriture avait appelé péché, elle l'appelle
ensuite sacrifice pour le péché, et ce qui portait le nom de salut, elle le nomme
sacrifice du salut (2).
XIII. (Ib. VIII, 24.) Règlements pour
les Lévites. « Le Seigneur parla
à Moïse et lui dit : Ceci est pour les Lévites. » D'autres ont traduit : « Voici la
Loi pour les Lévites; » mais ces paroles Ceci est pour les Lévites, s'entendent
clairement en ce sens : Voici ce que j'établis pour les Lévites.
XIV. (Ib. VIII, 24-26.) Suite du même
sujet. Nous lisons ensuite: «
Depuis vingt-cinq ans et au-dessus, ils entreront pour s'occuper à leur ministère dans
le tabernacle du témoignage; et à partir de cinquante ans, il cessera de remplir ces
fonctions et ne travaillera plus ; (et son frère servira;) il fera la garde dans le
tabernacle du témoignage; mais il ne remplira plus ses anciennes fonctions. » Une
transposition malencontreuse met ici de la confusion dans le texte; il semblerait que la
charge de veiller dans le tabernacle revient au frère qui servira à la place du lévite
quinquagénaire; tandis que l'Ecriture dit formellement de celui qui se retire de ses
fonctions, qu'il demeurera là « pour faire la garde dans le tabernacle du témoignage,
et qu'il ne remplira plus ses anciennes fonctions; » mais son
frère, c'est-à-dire, celui qui a commencé de servir à vingt-cinq ans, et n'a pas
encore atteint la cinquantaine, servira à sa place. Voici donc le sens précis du texte :
« A partir de cinquante ans, il cessera de remplir ses fonctions, et ne travaillera plus,
et son frère servira. » Puis revenant au lévite quinquagénaire, l'Ecriture achève
d'exprimer en ces termes sa pensée à son sujet : « Il fera la garde, custodire,
dans le tabernacle du témoignage; mais il ne remplira plus ses fonctions. » Devant custodire,
il faut sous-entendre incipiet, il commencera à; c'est comme s'il y avait,
en un mot: « custodiet. » Cette sorte de locution, qui consiste à employer
l'infinitif au lieu d'un mode déterminé, est usitée même en latin.
XV. (Ib. IX, 6.) Quand devaient
célébrer la Pâque ceux qui étaient obligés de la différer. Au temps de la Pâque, plusieurs Israëlites,
devenus impurs au sujet de l'âme d'un homme, c'est-à-dire, pour avoir approché
d'un mort, demandèrent comment ils célébreraient cette fête : car ils devaient, aux
termes de la Loi, se purifier pendant sept jours de leurs impuretés. Moïse ayant
consulté le Seigneur, reçut pour réponse que tout Israëlite, a qui survenait un
accident semblable, ou qui se trouvait engagé dans un si long voyage qu'il ne pouvait
revenir, devait célébrer la Pâque le mois suivant, au quatorzième jour du cycle
lunaire. Mais si l'on demande ce qui se faisait, quand l'impureté se contractait dans le
second mois, je répondrai qu'à mon avis, la règle de conduite à observer dans le
second mois devait être également suivie dans le troisième, ou que sans aucun doute,
l'infraction à la Pâque dans une nécessité pareille ne constituait pas un péché.
XVI. (Ib. IX, 15-23.) Sur la Colonne de
nuée. (1). « Et au jour où le
tabernacle fut établi, une nuée couvrit le tabernacle, la maison du témoignage; et
depuis le soir jusqu'au matin, elle était sur le tabernacle comme une espèce de feu.
Ainsi en était-il toujours; la nuée-le couvrait pendant le jour, et pendant la nuit, une
espèce de feu. Et lorsque la nuée s'élevait au-dessus du tabernacle, les enfants
d'Israël levaient ensuite, et postea, le camp; et partout où s'arrêtait la
nuée, les enfants d'Israël établissaient leur camp. Les enfants d'Israël camperont au
commandement du Seigneur, et au commandement du Seigneur ils lèveront leur camp. Tous les
jours où la nuée (509) couvre le tabernacle de son ombre, les enfants d'Israël
resteront dans le camp, et quand la nuée sera demeurée plusieurs jours sur le
tabernacle; et les enfants d'Israël observeront la garde de Dieu, et ne décamperont
point. Et quand la nuée aura couvert le tabernacle un certain nombre de jours, il
arrivera qu'à la voix du Seigneur ils seront dans le camp, et au commandement du Seigneur
ils le lèveront. Et quand la nuée sera demeurée depuis le soir jusqu'au matin, et
qu'elle se sera élevée le matin, ils décamperont pendant le jour; si même elle
s'élève la nuit, ils lèveront leur camp : le jour ou le mois de jour pendant lequel une
nuée abondante couvrira le tabernacle, les enfants d'Israël seront dans le camp, et ne
se mettront point en marche. Car ils partiront au commandement du Seigneur. Ils
observeront la garde du Seigneur, suivant le commandement qu'ils en avaient reçu par la
main de Moïse. »
2. Tout ce passage demande une sérieuse
explication, parce qu'il est plein de locutions inusitées qui en obscurcissent le sens.
« Au jour, lisons-nous, où le tabernacle fut établi, une nuée couvrit le tabernacle,
la maison du témoignage (1) : » c'est le tabernacle que l'Écriture désigne sous cet
autre nom de maison du témoignage. « Et depuis le soir jusqu'au matin, elle était sur
le tabernacle comme une espèce de feu. Ainsi en était-il toujours (2). » Suit
l'explication minutieuse de ce qui arrivait toujours. « La nuée le couvrait pendant le
jour, et la nuit, une espèce de feu (3). Et lorsque la nuée se retirait de dessus le
tabernacle, les enfants d'Israël levaient ensuite, et postea, le camp. » Le sens
ici n'est pas obscur, pourvu qu'on supprime la
particule et. Car, sans cette conjonction, la phrase est complète, et peut se
construire ainsi : « Et quand la nuée se retirait de dessus le tabernacle, les enfants d'Israël
levaient ensuite le camp ; » même sans ce mot, ensuite, le sens serait parfait.
Le texte ajoute : « Et partout où la nuée s'arrêtait, les enfants d'Israël
établissaient leur camp. »
3. Or, tout ce qu'ils faisaient se
réglait sur les ordres de Dieu ; c'est ce que l'Écriture exprime en ces termes : « Les
enfants d'Israël camperont au commandement du Seigneur, et au commandement du Seigneur
ils lèveront leur camp (4). » Elle appelle commandement du
Seigneur, le signal donné par la nuée, de s'arrêter, quand elle
couvrait le tabernacle de son ombre, et de marcher à sa suite; quand elle s'élevait et
allait en avant. Il est vrai que le ton de la narration change en cet endroit et que
l'Écriture semble prédire et annoncer les choses comme si elles étaient à venir. En
effet, nous ne lisons pas : Les enfants d'Israël campaient au commandement du
Seigneur, mais camperont; ni : ils levaient leur camp au commandement
du Seigneur, mais ils lèveront leur camp. Et cette manière de parler,
tout-à-fait contraire à l'usage de l'Écriture, se poursuit dans le reste de ce passage.
Nous savons bien que les prophéties emploient souvent la forme du prétérit; par
exemple, quand il est dit : « Ils ont percé mes mains et mes pieds (1), » et encore :
« Il a été conduit comme une brebis pour être sacrifié (2); » il y a des passages
sans nombre semblables à ceux-ci; mais que le narrateur raconte au futur des événements
accomplis, comme nous venons de le voir, il serait extrêmement difficile d'en trouver un
exemple dans toute l'Écriture:
4. Or, après avoir dit à quel signe le
peuple doit, le jour et la nuit, se mettre en marche ou s'arrêter; dans la crainte qu'on
ne croie qu'il devait marcher pendant la nuit et faire halte pendant le jour, et que cela
se reproduisait uniformément, Dieu ajoute : « Tous les jours où la nuée couvre le
tabernacle de son ombre, les enfants d'Israël seront dans le camp (3) ; et quand la nuée
sera demeurée plusieurs jours sur le tabernacle. » Puis, voulant faire comprendre que
tout cela s'accomplissait d'après la volonté divine, et non pour satisfaire au besoin
qu'ils en avaient : « Et les enfants d'Israël observeront, dit-il, la garde de Dieu, »
c'est-à-dire la garde que Dieu leur a commandée ; « et ils ne décamperont point. » Et
comme pour aller au-devant de cette question : A quel moment partiront-ils donc ? « Il
arrivera, répond-il, que quand la nuée aura couvert le tabernacle des jours sans
nombre (4), » c'est-à-dire, un certain nombre de jours, qui est laissé au bon
plaisir de Dieu, « à la voix du Seigneur, ils seront
dans le camp, et au commandement du Seigneur, ils le
lèveront. » Cette voix du Seigneur, c'est vraisemblablement le signal de
s'arrêter ou de se mettre en marche donné au moyen de la nuée; car la voix de celui qui
parle n'est pour nous que l'expression de sa volonté. Je crois
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que ces mots : Son commandement, ont aussi le même sens. La voix
et le commandement du Seigneur pourraient néanmoins s'entendre encore en ce sens
que Dieu parlant à Moïse, selon sa coutume, avait ordonné qu'il en fût ainsi. Les
Israëlites, en effet, n'auraient pas su qu'ils devaient s'arrêter ou se mettre en marche
avec la nuée, s'ils n'avaient été instruits par avance de leur devoir.
5. Mais, dans tout ce qui précède, il
n'apparaît pas clairement encore si la marche n'avait lieu que pendant le jour, où si
elle s'opérait également pendant la nuit au signal de la nuée. Car bien que les
Israëlites aient pu rester plusieurs jours dans leur camp, à cause de l'immobilité de
la nuée, rien n'empêche que celle-ci ne se soit élevée que pendant le jour, pour
donner le signal du départ. Aussi lisons nous : « Et quand la nuée sera demeurée
depuis le soir jusqu'au matin, et qu'elle se sera élevée le matin, et ils décamperont
pendant le jour (1). » La conjonction copulative n'est placée là que par un usage
familier à l'Ecriture. Car, en la supprimant, cette phrase offre un sens complet : « Et
quand la nuée sera demeurée depuis le soir jusqu'au matin, et qu'elle se sera élevée
le matin, ils décamperont pendant le jour. » Puis, comme ils levaient le camp,
lors même que la nuée s'élevait pendant la nuit, et qu'ils se mettaient aussitôt en
marche à ce signal, voici ce que l'Ecriture ajoute : « Et si la nuée s'élève même
pendant la nuit, ils lèveront leur camp. » La locution employée ici : vel nocte et
si, est fort contraire à l'usage; car nous n'y trouvons pas seulement la particule
et, mais nous voyons qu'elle y occupe une place où elle ne se trouve pas d'ordinaire. Ce
renversement de l'ordre grammatical des mots me paraît donc une de ces transpositions
admises dans la langue latine elle-même. Ainsi qu'on dise: « Si la nuée monte même
encore la nuit, » ou bien : « si même la nuit la nuée monte, ils lèveront le
camp, » le sens est parfait dans l'un et l'autre cas.
6. Une autre question se présentait à
l'esprit. On sait que les Israëlites se mettaient en marche ou restaient campés des
jours et des nuits, suivant ce signal de la nuée. Il s'agissait de savoir encore s'ils
campaient seulement le jour, quand ils devaient marcher pendant la nuit. L'Ecriture me
semble avoir résolu cette question dans les paroles suivantes: « Le jour ou le mois de
jour
pendant lequel une nuée abondante couvrira le tabernacle, les
enfants d'Israël seront dans le camp, et ne se mettront point en marche (1). » Comme
elle venait de dire: « si la nuée s'élève la nuit, ils décamperont,. » elle devait
en quelque sorte achever la pensée en disant : mais si elle ne s'élève pas pendant le
jour, ils ne marcheront point, lors même qu'ils croiraient devoir continuer leur marche:
Cependant, comme il pouvait arriver que l'on marchât, pendant plusieurs nuits, sous la
conduite de la nuée, et qu'on s'arrêtât avec elle, le même nombre de jours, l'Ecriture
a voulu précisément l'indiquer dans ces paroles : « le jour ou le mois de jour. »
Elle n'a pas dit simplement : le mois, dans la crainte qu'on ne comprit les nuits
avec les jours de ce mois; mais elle a dit: le mois de jour, en prenant pour point
de départ, le jour, et non la nuit. « Donc le jour ou le mois de jour, lorsqu'une nuée
abondante couvrira, » en d'autres termes, donnera une ombre abondante, ou couvrira d'une
ombre très-abondante « le tabernacle, les enfants d'Israël seront dans le camp, et ne
le lèveront point. » Enfin l'Ecriture répète de nouveau que tout cela s'accomplissait
d'après les ordres de Dieu, contre lesquels ne devait s'élever aucune résistance :
«Car, ajoute-t-elle, ils marcheront au commandement du Seigneur. Ils observèrent la garde du Seigneur, suivant le
commandement qu'ils en avaient reçu parla main de Moïse. » A ces mots, ils
observèrent, le récit de l'Ecriture reprend la forme du passé, Enfin ces dernières
paroles : par la main de Moïse, sont un idiotisme fréquemment en usage dans le
langage scriptural, et qui signifie que Dieu se servait de Moïse pour communiquer ses
ordres.
XVII. (Ib. X,
7.) Sur l'usage des trompettes. «
Et lorsque tu auras assemblé le peuple, tu sonneras de la trompette, et ce ne sera pas un
signal. » Dieu ne fait donc point sonner de la trompette, pour assembler le peuple, sans
quoi ce serait un signal ; mais, une fois le peuple réuni, il veut que la trompette
sonne, et alors c'est comme un chant qu'elle entonne, et non un signal qu'elle donne pour
faire quelque chose. Quand un homme du Testament nouveau interprète dans un sens
spirituel ce concert des trompettes au moment où tout le peuple était réuni, ce fait
est un signe pour lui, parce qu'il en comprend la raison ; mais c'était une énigme pour
ceux qui ne comprenaient pas qu'on pût sonner de la trompette,
544
autrement que pour intimer l'ordre de faire quelque chose.
XVIII. (Ib. XI, 17.) Sur la
participation des soixante-dix vieillards à l'esprit de Moïse. « Je prendrai de l'esprit qui est en toi, et je le
ferai reposer sur eux : et ils supporteront avec toi le fardeau du peuple, et tu ne les
porteras pas seul. » La plupart des
traducteurs latins n'ont pas rendu fidèlement le texte grec ; ils ont dit : « Je
prendrai de ton esprit qui est en toi, et je le mettrai en eux, ou sur eux : » il en est
résulté un sens d'une interprétation difficile. On peut croire en effet qu'il est
question de l'esprit de l'homme, de cet esprit qu'on désigne également sous le nom
d'âme, et qui, uni au corps, constitue notre nature humaine. L'Apôtre en parle en ces
termes : « En effet, qui des hommes connaît ce qui est dans l'homme, sinon l'esprit de
l'homme qui est en lui? ainsi nul ne connaît ce qui est en Dieu, si se n'est l'Esprit de
Dieu (1). » Ce qu'il ajoute : « Or, nous n'avons point reçu l'esprit du monde, mais
l'Esprit qui procède de Dieu (2), » rend sensible la différence qui existe entre notre
esprit et l'Esprit de Dieu, dont l'esprit de l'homme est rendu participant par la grâce,
divine. Néanmoins on pourrait encore, avec certains commentateurs, admettre que ces mots
: « de ton esprit qui est en toi, »peuvent s'entendre de l'Esprit de Dieu de
ton esprit, parce qu'en effet l'Esprit de Dieu, venant en nous devient aussi nôtre ;
c'est ainsi que lEcriture attribue à Jean « l'esprit et la vertu d'Elie (3). » Ce
n'est pas que l'âme d'Elie se fût transportée en lui : car si quelques uns tombent dans
cette hérésie (4), comment expliqueront-ils ce passage de l'Ecriture : « L'esprit
d'Elie reposa sur Elisée (5) ? » Elisée n'avait-il pas déjà son âme ? Cela ne
signifie-t-il pas que l'Esprit de Dieu opérait par lui des merveilles semblables à
celles qu'il faisait par le ministère d'Elie ; sans qu'il eût besoin de se retirer de
celui-ci pour remplir celui-là, et en se partageant, d'être moins dans l'un, afin de
pouvoir être au même moment partiellement dans l'autre ? Car il est Dieu et par
conséquent il peut être avec la même perfection dans tous ceux en qui il daigne habiter
par sa grâce. Mais comme il est écrit : « Je prendrai de l'esprit qui est sur
toi, » et non « de ton esprit, » la question se résout dès lors
très-facilement : nous comprenons en effet ce que
Dieu a voulu faire entendre : c'est que les soixante-dix vieillards
recevront l'assistance du même Esprit de grâce qui soutenait Moïse, et qu'ils y
participeront autant que Dieu voudra, sans que les dons accordés à Moïse en soient
diminués.
XIX. (Ib. XI, 21-23.) Moïse a-t-il
manqué de confiance en Dieu ? «
Moïse lui dit : Il y a six cent mille hommes de pied, dans ce peuple au milieu duquel je
suis ; et vous dites : Je leur donnerai de la chair, et ils en mangeront pendant tout un
mois. Faudra-t-il égorger les brebis et les boeufs, afin qu'il y en ait assez pour eux ?
ou ramassera-t-on tous les poissons, pour qu'ils en aient suffisamment ? » On demande
ordinairement si Moïse parle ici én homme qui doute, ou en homme qui interroge. Si nous
admettons que son langage est inspiré par la défiance, alors se présente cette question
: Pourquoi Dieu ne lui en fait-il pas un reproche, comme il le reprit d'avoir semblé
mettre en doute sa toute-puissance, auprès du rocher d'où l'eau sortit (1)? Si au
contraire nous disons quil a voulu demander à Dieu la manière dont s'accomplirait
ce prodige, la réponse du Seigneur, formulée dans les termes suivants: « La main du
Seigneur ne pourra-t-elle y suffire (2) ? » semble renfermer un reproche adressé à la
foi de Moïse. Mais si Dieu lui fit cette réponse, je crois plutôt que c'était dans le
dessein de lui cacher ce qu'il voulait savoir, c'est-à-dire la manière dont ce fait
arriverait, se réservant de montrer à l'oeuvre sa toute-puissance. Lorsque Marie
s'exprimait en ces termes : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme (3) ? » des langues
mauvaises auraient pu aussi objecter qu'elle avait manqué de foi ; tandis qu'elle
demandait à Dieu le moyen dont il se servirait, sans pour cela mettre en doute , sa
toute-puissance. Quant à la réponse qui lui fut adressée : « Le Saint-Esprit viendra
en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre (4), » elle pouvait, sans que
rien fût changé au sens, se formuler comme dans le cas présent: Cela est-il impossible
à l'Esprit-Saint, qui descendra en toi ? Au contraire Zacharie fut repris de son manque
de foi, pour avoir tenu un langage semblable, et, en punition de sa faute, il fut privé
de la parole (5). Pourquoi ? si ce n'est parce que Dieu juge les coeurs, et non les
paroles.
Ainsi, les paroles de Moïse, au moment
où il
512
fit sortir l'eau du rocher, pourraient trouver une excuse, si nous ne
savions clairement par Dieu lui-même, qu'elles étaient l'expression d'un doute. En
effet, voici ces paroles: « Ecoutez-moi , incrédules : Ferons-nous sortir pour vous de
l'eau de cette pierre? » Et ensuite: « Moïse, ayant levé la main, frappa deux fois la
pierre avec la verge, et il en sortit une eau abondante, et le peuple en but ainsi que
leurs troupeaux (1). » C'est pour cela, sans aucun doute, qu'il rassembla le peuple;
c'est pour cela qu'il prit la verge, instrument de tant de miracles entre ses mains; il en
frappa la pierre, et l'effet miraculeux fut produit comme à l'ordinaire. Ces mots, dans
la bouche de Moïse : « Ferons-nous sortir pour vous de l'eau de la pierre? » pourraient
donc s'interpréter en ce sens : Vous ne croyez point qu'il soit possible de tirer de
l'eau de cette pierre; eh bien! en frappant le rocher, je vais vous montrer que ce que
votre incrédulité regarde comme impossible, peut se faire par la puissance divine. Ne
venait-il pas de leur dire: « Ecoutez-moi, incrédules ? » Tel est effectivement le sens
qu'on pourrait donner aux paroles de Moïse, si Dieu, qui voit au fond du coeur, ne nous
avait révélé dans quel esprit elles furent prononcées. Mais l'Ecriture ajoute :
« En même temps le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Parce que vous n'avez pas cru en
moi et ne m'avez pas glorifié en présence des enfants d'Israël, pour cette raison vous
n'introduirez point ce peuple dans la terre que je leur ai donnée (2). » On
comprend dès lors le sentiment qui inspira les paroles de Moïse : il frappa le rocher,
mais avec une certaine défiance ; l'effet miraculeux venait-il à manquer? on devait
croire que le prophète l'avait annoncé, quand il disait: « Ferons-nous sortir de l'eau
de cette pierre? » et cette faute serait demeurée dans le secret de son âme, si Dieu
n'eût porté contre elle un arrêt de condamnation. Ici; au contraire, nous devons croire
que Moïse ne douta point de l'accomplissement de la promesse divine, mais qu'il demanda
seulement la manière dont elle s'accomplirait : Dieu, en effet, ne le punit point en
cette circonstance, mais il lui fit plutôt une réponse instructive.
XX. (Ib. XII, 1. ) La femme de Moïse,
que l'Ecriture qualifie d'Ethiopienne, est-elle la fille de Jéthro ? On demande ordinairement si cette Ethiopienne, femme
de Moise, est la fille de Jothor ;
ou bien s'il épousa une autre femme, ou s'il eut en même temps deux
femmes? L'opinion la plus probable est que cette Ethiopienne est la fille de Jothor : car
elle était de la race des Madianites, que les Paralipomènes appellent Ethiopiens dans le
récit des batailles de Josaphat contre cette nation (1). II y est rapporté, en effet,
que le peuple d'Israël les poursuivit dans les contrées habitées alors parles
Madianites, aujourd'hui par les Sarrasins. Mais, de nos jours, c'est à peine si on leur
donne encore le nom d'Ethiopiens, en raison des transformations diverses que le temps fait
subir aux noms des pays et des nations.
XXI. (Ib. XIII.18-26.) Des espions
envoyés dans le pays de Chanaan. «
Et il leur dit: Montez de ce désert, et vous monterez sur la montagne, et vous verrez
quelle est cette terre, et quel est le peuple qui y est établi: s'il est fort ou faible,
s'il y a peu ou beaucoup d'habitants.» On comprend que ces mots: « s'il y a peu ou
beaucoup d'habitants, » expliquent la signification de ces autres paroles : « si ce
peuple est fort ou faible. » Comment en effet des espions pouvaient-ils se rendre compte
de la force de ce peuple, en se tenant sur le haut de la montagne ? On peut encore
admettre un autre sens, beaucoup plus en rapport avec la vérité: « Vous monterez sur la
montagne » désigne le pays même qu'ils devaient explorer. On ne comprend guère en
effet des espions qui se contenteraient de considérer tout comme en passant. Si nous
pensons qu'ils ont considéré et exploré le pays du haut de la montagne, comment ont-ils
pu se livrer à cette étude minutieuse et attentive commandée par Moïse ? Comment
ont-ils pu entrer dans ces villes où l'Ecriture nous dit qu'ils ont pénétré Comment
encore- ont-ils pu emporter une branche de vigne de cette vallée., qui fut dans la suite,
en souvenir de cet évènement, surnommée la vallée du Raisin (2)? L'exploration du pays
se fit donc sur une montagne, parce qu'en effet le pays formait un plateau élevé, et il
y avait là un Terrain légèrement incliné, une vallée d'où les espions rapportèrent
une branche de vigne.
XXII (Ib. XIII, 33.) Peur des espions.
« Et ils rapportèrent la peur du pays qu'ils avaient exploré. » Il n'est pas
question ici de la peur qu'éprouvait ce pays, mais de l'épouvante qu'en avaient conçue
les espions.
XXIII. (Ib. XIV, 9.) Discours de Caleb
et de Josué,
513
pour rassurer le peuple. Pour que le peuplé né
craignit pas d'entrer dans la terre promise, Caleb et Jésus fils de Navé, lui
adressèrent, entre autres, ces paroles. « Ne craignez point le peuple de ce pays, car
ils seront pour nous une bouchée. Le temps n'est plus pour eux, tandis que le Seigneur
est en nous ne les craignez point. » Quand ils disent: « Ils seront pour nous une
bouchée, » cela signifie: Nous les anéantirons. Ils ajoutent: «car le temps
n'est plus pour eux, tandis que le Seigneur est en nous; » ils ne disent point: Le Seigneur
n'est plus pour eux, et c'est de leur part une preuve de grand discernement, car ces
peuples étaient impies de longue date : or, comme Dieu, dans les secrets desseins de sa
providence, accordé à l'impie un temps de prospérité.et de triomphe « Le temps,
disent-ils, n'est plus pour eux, tandis que Dieu est avec nous. » Ils ne disent pas « Le
temps n'est plus pour eux, et commence pour nous, » mais: le Seigneur, et non le
temps, est pour nous. En effet, les premiers ont eu le temps pour eux, mais ceux-ci
ont pour eux le Seigneur Dieu, le créateur et l'ordonnateur des temps, celui qui s'en
réserve la dispensation selon son bon plaisir.
XXIV. (Ib. XV, 24-29.) Des péchés
involontaires. La loi, qui règle la manière d'expier les péchés
involontaires, donne lieu à cette question Qu'entend-on par péchés involontaires ?
Sont-ce ceux qu'on commet sans le savoir ? ou bien encore faut-il entendre par là ceux
qu'on commet sous l'impression de la contrainte? car on dit ordinairement de ces derniers
qu'ils se font contre le gré de la volonté. Mais, dans ce cas, on veut ce qu'on se
propose en péchant: quelqu'un, par exemple, voudrait bien ne pas se parjurer ; mais,
tenant à la vie, il fait un faux serment pour échapper à la mort dont on le menace en
cas de refus. Il veut donc se parjurer, parce qu'il veut vivre; non pas que de lui-même
il tienne à se souiller d'un faux serment, mais le faux serment est pour lui un moyen de
salut. D'après cet exposé, je ne vois pas qu'on puisse ranger ces fautes parmi les
péchés involontaires, dont la loi règle ici le mode d'expiation. En effet, à le bien
prendre, il n'est peut-être personne qui veuille le péché pour, lui-même, mais le
pécheur se propose quelque chose en dehors de son péché. Tous les hommes qui font le
mal sciemment voudraient qu'il fût permis : tant il est vrai que personne ne désire
pécher précisément pour le plaisir de pécher, mais pour arriver au résultat qu'il se
promet en péchant. S'il en est ainsi, les péchés involontaires sont ceux que l'on
commet sans le savoir: une différence tranchée les sépare des fautes volontaires.
XXV. (Ib. XV, 30. 31.) Comment
s'expient les péchés d'orgueil. «
Toute âme qui aura péché dans la main de son orgueil, soit des indigènes, soit des
prosélytes, celui-là irrite Dieu, et cette âme sera exterminée du milieu de son
peuple, parce qu'elle a méprisé la parole du Seigneur et foulé aux pieds ses
commandements cette âme sera brisée de douleur, son péché est sur elle. » L'Ecriture
elle-même explique suffisamment ce qu'il faut entendre par ces péchés commis dans la
main de l'orgueil, c'est-à-dire, par orgueil, quand elle ajoute : « Parce qu'elle a
méprisé la parole du Seigneur. » Donc, autre chose est de mépriser les commandements ;
autre chose, de les avoir en haute estime, en les transgressant par ignorance ou par
faiblesse. Ces deux circonstances atténuantes appartiennent peut-être aux péchés
involontaires, pour lesquels Dieu se laisse apaiser par le sacrifice expiatoire qui vient
d'être décrit ; c'est après cela qu'il parle des péchés d'orgueil, dont le caractère
propre est la perpétration du mal accompagnée du mépris des commandements. Pour cette
sorte de péché, il n'ordonne point de sacrifice comme moyen d'expiation: c'est à ses
yeux un mal en quelque sorte incurable; ou du moins, les sacrifices prescrits dans
l'Écriture ne sont pas capables d'y porter remède : il est vrai que ces sacrifices ne
peuvent par eux-mêmes remédier à aucune faute. Mais si l'on pénètre le mystère qui
est caché dans ces sacrifices, on pourra se convaincre qu'ils purifient du péché.
Ces mots de l'Écriture : « Quand le
pécheur est descendu aux dernières profondeurs du mal, il méprise (1), » s'appliquent
au même péché qu'elle décrit ici en disant : Cette âme a péché « dans la main de
son orgueil. » Ce péché ne peut être effacé que par le châtiment du coupable; il ne
peut rester impuni et c'est par la pénitence que s'en opère la guérison : car
l'affliction et le repentir sont le châtiment, quoique médicinal et salutaire, du
péché. Sans doute, le péché paraît grand, lorsqu'il consiste dans le mépris
orgueilleux des commandements; mais pour le guérir, Dieu ne méprise point « un coeur
contrit et humilié (2). » Et comme cette guérison ne se fait point sans douleur,
l'Écriture a
514
dit : « L'homme coupable de cette faute irrite Dieu (1),
parce que Dieu résiste aux superbes (2). Et cette âme, ajoute le texte sacré, sera
exterminée du milieu du peuple (3) : » car elle ne peut, à aucun titre, être classée
parmi ceux qui appartiennent à Dieu. « Parce qu'elle a méprisé la parole de Dieu, et
foulé aux pieds ses commandements, cette âme sera brisée de douleur (4). » Pourquoi ce
brisement et cette douleur? Ce qui suit en donne la raison: « Son péché, dit
l'Écriture, est sur elle:» par conséquent, si le pécheur superbe, se repentant de sa
faute, en éprouve une douleur suffisante, Dieu, nous le répétons, ne méprisera pas ce
repentir. Toutefois le grec ne dit pas dans ce passage : « Cette âme sera brisée
de douleur, contritione conteretur, » mais « sera entièrement broyée, extritione
exteretur, » ce qui peut signifier qu'elle sera pour ainsi dire broyée de toute
manière, au point d'être réduite au néant. Mais d'abord l'âme étant immortelle de sa
nature, il est impossible d'admettre cette interprétation. Ensuite, si tout ce qui est
broyé, exteritur, était entièrement anéanti, Dieu ne dirait pas en parlant du
sage : « Et que ton pied presse, exterat, souvent le seuil de sa porte (5).
» Quoiqu'il en soit, il est nécessaire d'étudier plus sérieusement la question de
savoir si l'on peut pécher autrement que par ignorance, ou par faiblesse, ou. par mépris
: sujet trop vaste pour que nous puissions nous en occuper ici.
XXVI. (Ib. XVI,13 , 14.) Sur la
révolte de Dathart et d'Abiron. Dathan et Abiron, révoltés et rebelles à la
voix de Moïse, lui adressent cette réponse aussi outrageante que superbe : « N'est-ce
pas assez que tu nous aies entraînés vers une terre où coulent le lait et le miel, pour
nous faire périr dans le désert ? Car tu es à notre tête, tu règnes sur nous: et tu
nous as conduits dans une terre où coulent des ruisseaux de lait et de miel, et tu nous
as donné en partage des champs et des vignes. » Ils ajoutent: « Tu aurais arraché les
yeux à ces hommes :nous ne montons pas.» Quel est le sens de ces mots? De qui veulent
parler Dathan et Abiron? Est-ce du peuple d'Israël? Alors le sens serait celui-ci : Si tu
avais procuré au peuple ces bienfaits, tu lui aurais arraché les yeux, c'est-à-dire, il
aurait pour toi tant d'affection, qu'il s'arracherait les yeux pour te les donner. Au
jugement de l'Apôtre lui-même, c'est là une
grande marque d'amour : « Car, dit-il aux Galates, s'il était
possible, vous vous seriez arraché les yeux, pour me les donner (1). » Ce qu'ils
ajoutent met le comble à leur révolte : « Nous ne montons pas, » c'est-à-dire : Nous
n'irons point, car Moïse les avait fait appeler. Ces rebelles faisaient peut-être, au
contraire, allusion dans leur réponse aux ennemis qu'on leur avait dépeints si forts et
si terribles; le sens reviendrait alors à ceci : Quand même tu leur aurais arraché les
yeux, nous ne t'obéirions point; un temps du verbe serait mis pour un autre, « Nous ne
montons pas, » au lieu de, Nous ne monterions point, par un tour de phrase particulier à
l'Écriture.
XXVII. (Ib. XXVI, 20, 21.) Dieu sépare
les bons des méchants, quand il punit ces derniers. « Le Seigneur parla à Moïse et à Aaron et leur
dit : « Retirez-vous du milieu de cette assemblée. » Chose remarquable ! lorsque
la vengeance divine est sur le point d'éclater contre les méchants, le Seigneur veut
qu'une séparation soit établie entre les personnes; c'est ainsi que Noë se sépare avec
sa maison des hommes condamnés à périr dans le déluge (2); que Loth et les siens se
séparent des habitants de Sodome destinés à être consumés par le feu du ciel (3); que
le peuple d'Israël lui-même s'éloigna des Egyptiens quand les flots de la mer allaient
les engloutir (4) ; et qu'enfin, dans la circonstance présente, Moïse et Aaron se
séparent de Choré, Dathan et Abiron, les premiers instigateurs de la scission et de là
révolte : ces saints personnages, vivant et demeurant au milieu de ces rebelles et de
ceux que Dieu réprouvait, comme il le dit lui-même en les reprenant, ne cédèrent point
cependant à l'entraînement de leurs mauvais exemples; le Seigneur ne leur donna pas non
plus l'ordre de se séparer des coupables, tout le temps qu'il différait sa vengeance, ou
que celle qu'il tirait d'eux laissait les innocents à l'abri de tout péril et de toute
atteinte : ainsi en fut-il de la morsure des serpents, ainsi en fut-il du grand massacre
dans lequel Dieu frappait celui qu'il voulait et comme il voulait, sans toucher aux
autres; alors ce n'était plus comme l'eau du déluge, ou la pluie de feu, ou les flots de
la mer, ou enfin la terre entrouverte, qui pouvaient engloutir toute espèce de personnes
à la fois ; sans doute, même dans ces circonstances, Dieu aurait pu conserver les siens;
mais
515
qu'était-il besoin d'opérer un miracle et de commander à l'eau, au
feu ou à l'abîme de dévorer toutes les victimes qu'ils trouveraient, dès lors que la
séparation d'avec les méchants était possible ? C'est ainsi qu'à la fin le froment
sera séparé de l'ivraie : les méchants brûleront dans les flammes, et les justes
brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (1).
XXVIII. (Ib. XVI, 30.) Sur le sens de:
in visione. Moïse dit, à propos
de Choré, Abiron et Dathan, que : « Dieu montrera manifestement, in visione, et
que la terre s'entrouvrant, les dévorera. » Quelques uns ont traduit : « Le Seigneur
montrera dans l'abîme ouvert; » je pense qu'ils ont lu khasmati à la place du
mot phasmati qui signifie : manifestation; en sorte que le sens de la phrase
est que le prodige frappera. tous les yeux. In visione ne signifie donc point dans
ce passage les visions qui apparaissent dans le sommeil ou dans l'extase : mais, comme je
l'ai dit, une éclatante manifestation. Plusieurs prenant le mot grec dans une autre
acception, ont voulu le traduire par « fantôme ; » mais cette expression est si
opposée aux habitudes de notre langage, que nous l'employons presque exclusivement pour
signifier les illusions dont le sens de la vue est victime; il est vrai que, selon
l'étymologie, il pourrait signifier la vue d'un objet véritable; mais, je le répète,
l'usage a prévalu de se servir d'un autre mot.
XXIX. (Ib. XVI. 32,33.) Que faut-il
entendre par l'enfer où furent précipités Choré, Dathan et Abiron? « Et ils descendirent vivants aux « enfers, avec
tout ce qui leur appartenait. » Il faut observer qu'il s'agit ici de l'enfer terrestre,
en d'autres termes, des entrailles de la terre. Car ce nom d'enfer revient souvent dans
l'Écriture et avec des acceptions très-différents, suivant l'objet auquel il se
rapporte ; on l'emploie surtout en parlant des morts. Mais comme l'Ecriture rapporte que
ces hommes descendirent vivants aux enfers, et que le récit fait assez entendre ce que
cela signifie, il est évident que les parties inférieures du sol reçoivent ici le nom d'enfer,
par opposition avec cette partie de la terre dont la surface est habitée : c'est ainsi
que l'Écriture dit, par opposition avec le ciel supérieur où demeurent les saints
Anges, que les Anges prévaricateurs furent précipités dans les ténèbres de l'air et
en quelque sorte réservés aux châtiments des cachots de l'enfer. « Car si
Dieu, dit-elle, n'a point épargné les Anges qui ont péché, mais,
les ayant refoulés dans les cachots ténébreux de l'enfer, les a livrés afin qu'ils
fussent tenus en réserve pour être punis au jugement (1); l'Apôtre Paul n'appelle-t-il
point aussi le démon « prince de la puissance de l'air, qui agit maintenant dans les
âmes incrédules (2)? »
XXX. (Ib. XVI, 36-40.) Dieu veut que
les encensoirs de Choré, Dathan et Abiron lui soient consacrés. « Le Seigneur dit ensuite à Moïse et au prêtre
Eléazar, fils d'Aaron : Prenez les encensoirs d'airain du milieu de ceux que les flammes
ont dévorés, et sème là ce feu étranger parce que les encensoirs de ces pécheurs ont
été sanctifiés parleurs âmes (leur mort) ; et fais-en des lames flexibles pour les
placer autour de l'autel, car ils ont été offerts devant le Seigneur et sanctifiés , et
ils sont devenus un avertissement pour les enfants d'Israël. » Voici, selon moi, la
raison pour laquelle Dieu ne s'adresse point ici, comme précédemment, à Moïse et à
Aaron, mais à Moïse et à Eléazar, fils d'Aaron. Il s'agissait de montrer de quelle
race devaient être les prêtres, car le crime de ces trois hommes fut précisément
d'avoir voulu, quoique étrangers à la tribu de Lévi, usurper le ministère sacerdotal;
de là le châtiment terrible et surprenant qui mit fin à leurs jours. Dans ce dessein,
Dieu ne veut point adresser la parole à Aaron, qui était déjà grand-prêtre, mais il
l'adresse à Eléazar, qui devait lui succéder et remplissait déjà les fonctions
secondaires du sacerdoce; par là il assure au sein de la même famille l'ordre de
succession dans le ministère sacerdotal. Aussi l'Écriture ajoute-t-elle : « Eléazar,
fils du prêtre Aaron, prit tous les encensoirs d'airain, dans lesquels ceux qui furent
brûlés avaient fait leur offrande, et il les plaça comme un nouvel ornement autour de
l'autel, afin de rappeler par là aux enfants d'Israël que nul étranger à la famille
d'Aaron ne doit s'approcher pour offrir de l'encens devant le Seigneur; c'est ainsi qu'il
éviteront le châtiment de Choré et de ses complices, selon ce que le Seigneur a dit
parla main de Moïse. » Le dessein de Dieu, dans cette démarche qu'il commande à
Eléazar, était donc d'assurer en sa personne, non point le sacerdoce, qui appartenait à
Aaron, mais le droit de succession dans le ministère sacerdotal. Quant à ces mots : « Sème
là ce feu étranger, » ils
516
signifient : Disperse ça et là. Ce qui suit : « Les
encensoirs de ces pécheurs ont été sanctifiés dans leurs âmes, » renferme, il
est vrai, une formule singulière de langage ; mais cette nouvelle manière de s'exprimer
veut dire que les encensoirs sont devenus une chose sainte par la punition de ceux qui ont
commis ce péché : car leur exemple est une leçon qui apprend aux autres à trembler.
Nous voyons ensuite le motif pour lequel Dieu veut que ces encensoirs soient placés
autour de l'autel; c'est « parce qu'ils ont été offerts devant le Seigneur, et que,
ayant été sanctifiés, ils sont devenus un avertissement, à Israël. » L'indignité de
ceux qui ont fait l'offrande n'est pas pour Dieu une raison de la rejeter, mais il
préfère attirer l'attention sur Celui à qui cette offrande à été faite,
c'est-à-dire, sur le Seigneur; afin de faire comprendre que le nom du Seigneur, à qui
les encensoirs ont été présentés, a plus clé vertu que le crime de ceux qui les
avaient offerts.
2. L'Ecriture ne suit pas toujours
l'ordre chronologique dans la narration du fait. Au
reste, l'Ecriture avait déjà mentionné le fait en question, au livre de l'Exode, dans
l'endroit où elle parle de la fabrication de l'autel (1) : on voit par cet exemple que
les saints livres ne s'attachent pas à décrire les choses suivant l'ordre des temps,
mais suivant la nature de leur objet. C'est ainsi que ce livre des Nombres rapporte
comment la verge d'Aaron poussa des fleurs et des fruits, pour confirmer le choix que Dieu
avait fait de lui comme prêtre (2). Or, au livre de l'Exode, quand Dieu donne ses ordres
pour l'érection du tabernacle, nous lisons déjà que cette verge doit être déposée
dans l'arche avec la manne au milieu du Saint des Saints (3). Il est évident que Dieu
prescrit cette particularité longtemps avant lérection et l'achèvement du
tabernacle : car le tabernacle fut dressé le premier mois de la seconde année après la
sortie de l'Egypte (4); et ce livre commence au premier jour du deuxième mois de cette
seconde année. Si l'on considère l'ordre des livres entre eux, il en résulte donc
manifestement que ces détails sont rétrospectifs et rappellent des faits anciens, tandis
qu'une attention superficielle ferait voir dans ces livres une narration des événements
dans l'ordre exact de leur date.
XXXI. (Ib. XVIII, 1.) Le mot péché
employé dans le sens de sacrifice pour les péchés. « Le Seigneur
dit à Aaron : Vous recevrez les péchés de ce qui est saint, toi et
tes fils, et la maison de ton père avec toi ; et vous recevrez les péchés de votre
sacerdoce; toi et tes fils. » Ces péchés sont ce qu'on appelle les sacrifices
pour les péchés. Par conséquent « les péchés de ce qui est saint », ne
veut pas dire les péchés des saints ; maison les appelle péchés parce que ce sont des
sacrifices pour les péchés: et on dit, de ce qui est saint, parce qu'ils sont
offerts dans le Sanctuaire; de là leur nom : « les péchés de ce qui est saint.
Les péchés de votre sacerdoce » signifient également les sacrifices offerts pour les
péchés, sacrifices dont les victimes, selon la déclaration formelle du Lévitique,
appartiennent de droit au prêtre (1).
XXXII. (Ib. XVIII, 12.) Tous les
premiers fruits, présentés au Seigneur, sont réservés aux prêtres. « Tous
les premiers fruits, primogenita, qui sont « dans leur terre, et qu'ils auront
apportés au Seigneur, seront à toi. » Primogenita ne signifie pas ici les
premiers-nés des animaux, car on les désigne en grec par le mot prototoka, tandis
que primogenita a pour terme correspondant protogenemata, Mais le latin n'a
pas deux mots pour exprimer ces objets. De là vient que plusieurs interprètes ont
traduit protogenemata par prémices: mais c'est à tort, car les prémices
se nomment en grec aparkhai, et renferment un sens différent. Voici donc la
différence tranchée qui distingue ces trois choses: prototoka désigne les
premiers-nés des animaux, et même des hommes ; protogenemata les premiers fruits
obtenus de la terre, soit des arbres, soit de la vigne; les prémices enfin, les
premiers fruits tirés de la terre, il est vrai, mais rentrés des champs, comme ce qu'on
ti rait d'abord de la pâte, du grenier, du tonneau ou de la cuve.
XXXIII. (Ib. XIX, 1-22. ) Significations
figuratives des prescriptions de la Loi, relatives à la Vache rousse et à l'eau
d'expiation. Nous ne pouvons nous
abstenir de parler de la génisse rousse, dont la cendre doit, aux termes de la Loi,
servir à l'eau d'aspersion et à la purification de ceux qui ont touché un mort; car
elle est une figure éclatante du nouveau Testament; et cependant nous ne pouvons,
pressés comme nous sommes, parler assez dignement d'un mystère aussi sublime. D'abord,
qui ne serait frappé du ton solennel avec lequel l'Ecriture aborde
517
ce sujet ? et qui ne se sentirait très-vivement excité à sonder
les profondeurs de ce mystère ? « Le Seigneur parla encore à Moïse et à Aaron, et
leur dit : Voici la distinction de la Loi entre toutes les choses que le Seigneur a
établies. » Il est évident qu'une distinction ne se produit qu'entre deux ou plusieurs
objets : une chose ne peut être distinguée d'elle-même. Or, il n'est pas question ici
d'une distinction par rapport à un objet quelconque, puisque l'Écriture ajoute ce mot :
« de la Loi; » ni par rapport à une loi particulière, quelle qu'elle soit ; car, quand
l'Écriture formule une loi, elle se sert toujours des expressions suivantes : Voici la
loi de telle ou telle chose; ce qui montre que cette loi n'est pas la Loi générale, où
sont contenus tous les commandements ; tandis que, dans ce passage, après avoir dit : «
Voici la distinction de la Loi, » le texte ajoute « : entre toutes les choses que le
Seigneur a établies, » non pas évidemment dans la création, mais dans ses
commandements. Aussi plusieurs des nôtres ont-ils traduit : « entre tout ce que le
Seigneur a commandé. » Si donc cette distinction se produit entre tout ce que le
Seigneur a prescrit par la Loi, il n'est pas douteux qu'elle ne soit d'une grande
importance et l'on doit voir ici la distinction qui.existe entre les deux Testaments. Ce
sont, il est vrai, les mêmes objets dans l'Ancien et dans le Nouveau ; mais dans l'un,
c'est l'ombre et la figure; dans l'autre, la révélation et le plein jour de la vérité.
Il y a de la différence, non seulement dans les Sacrements, mais encore dans les
promesses. Là, Dieu propose des récompenses temporelles, figure mystérieuse de la
récompense spirituelle; ici, ses promesses sont évidemment spirituelles et éternelles
à la fois. Mais où voyons-nous, entre les biens temporels et charnels d'une part, et les
biens spirituels et éternels de l'autre, une ligne de séparation plus certaine et plus
frappante que dans la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Sa mort nous dit assez que
la félicité terrestre et passagère n'est pas la grande récompense que nous devons
désirer et espérer du Seigneur notre Dieu : car en condamnant son Fils unique à
souffrir si cruellement, Dieu distingue manifestement cette félicité, du bonheur que
nous devons lui demander et attendre de lui L'immolation de la génisse rousse, racontée
dans l'Écriture, est donc un symbole assez frappant de la passion de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, ligne de démarcation entre les deux Testaments.
2. « Le Seigneur parla à Moïse et à
Aaron, et leur dit : Voici la distinction de la Loi entre toutes les choses que le
Seigneur a établies : » puis viennent les ordres de Dieu : « Parle, dit-il, aux enfants
d'Israël. » La phrase peut encore être construite de la manière suivante : « Le
Seigneur parla encore à Moïse et à Aaron, et leur dit: Voici la distinction de la Loi,
entre toutes les choses que le Seigneur a établies quand il disait. » Il n'est pas
question ici des choses que Dieu a établies, quand il créait, par exemple, le Ciel et la
terre et tout ce qu'ils renferment, mais de tout ce qu'il a établi par sa parole,
c'est-à-dire dans les deux
Testaments; puis nous lisons : « Parle aux enfants d'Israël, et qu'ils
t'amènent une génisse rousse sans défaut. » La génisse rousse est l'image de la chair
du Christ; son sexe marque l'infirmité de la chair, et sa couleur, le sang de la passion.
Ces mots : « qu'ils te l'amènent, » nous montrent dans Moïse la personnification de la
Loi : car les Juifs se sont imaginé être fidèles à la Loi quand ils ont mis le Christ
à mort, pour avoir, suivant eux, profané le sabbat et violé les observances légales.
Il n'est pas étonnant que cette génisse doive être exempte de défaut; car les autres
victimes destinées au sacrifice devaient être aussi sans défaut, et toutes figuraient
avec elle la chair du Christ. Or, cette chair, semblable à la chair de péché, n'était
pas cependant une chair de péché (1). Mais dès lors que Dieu a voulu établir
clairement ici la distinction de la Loi, c'était peu de dire que la génisse devait être
sans défaut, si l'Écriture n'eût ajouté « qu'elle n'aura pas de défaut en
elle: » cette répétition n'a pas été peut-être placée là sans dessein, car, en
insistant sur le même fait, elle eu est une confirmation sérieuse. Il est cependant une
autre interprétation, qui ne s'éloigne pas de la vérité : si l'Écriture dit d'abord
que « la génisse sera exempte de défaut » et ensuite « qu'elle n'aura pas de défaut
en elle, » cela signifierait que la chair personnelle du Christ n'a pas eu de défaut,
mais qu'elle en a eu dans les autres, qui sont ses membres. Quelle est en effet, dans
cette vie, la chair exempte de péché, sinon celle-là seule qui n'a pas de défaut en
soi ? « Et le joug n'a pas été posé sur elle. » La chair du Christ n'a point en effet
porté le joug de l'iniquité, elle est venue opérer la délivrance de ceux qu'elles y a
trouvés soumis et elle a brisé leurs fers, suivant ces paroles qui
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s'adressent au Christ. « Vous avez brisé mes chaînes, je vous
offrirai en sacrifice une victime de louanges (1). » Celui qui avait le pouvoir de donner
sa vie et de la reprendre (2), n'a point porté le joug sur sa chair.
3. Le texte ajoute : « Et tu la donneras
au prêtre Eléazar. » Pourquoi pas à Aaron ? N'était-ce point une annonce figurative
que la passion du Seigneur ne devait pas arriver dans ce temps-là, mais sous les
successeurs du sacerdoce d'alors ? « Et ils la jetteront hors du camp : » c'est ainsi
que le Sauveur fut conduit hors de la ville pour souffrir sa passion. Quant à ces
mots : « Dans un lieu pur, » ils signifient que le Christ est mort innocent. « Et
ils l'immoleront devant lui, » c'est ainsi que la chair du Christ fut immolée en
présence de ceux qui allaient devenir les prêtres du Seigneur sous le Testament nouveau.
4. « Eléazar prendra de ce sang, et il
en fera sept fois l'aspersion vers la face du tabernacle du témoignage. » Ce rit
est la preuve que le Christ a, conformément aux Ecritures, répandu son sang pour la
rémission des péchés (3). « Vers la face du tabernacle du témoignage, »
c'est-à-dire, que tout dans ce grand évènement, est arrivé selon le témoignage
que Dieu lui-même avait rendu par avance. Enfin « sept fois, » nombre sacré qui
signifie la sanctification spirituelle opérée parle sang du Christ.
5. « Et ils la brûleront en sa
présence. » Je pense que ce rit est un symbole de la résurrection. Car le feu tend de
sa nature à monter, et à transformer en sa substance ce qu'il brûle. Cremare,
brûler, vient d'ailleurs d'un mot grec qui veut dire : suspendre, entraîner après soi.
L'Ecriture ajoute : « en sa présence, » c'est-à-dire, en présence du prêtre :
paroles qui sont placées là, ce me semble, pour marquer l'apparition du Christ
ressuscité à ceux qui devaient avoir part au sacerdoce royal. Ce qui suit : « On
brûlera sa peau et ses chairs, et son sang avec ses excréments, » explique en détail
la manière dont on brûlera la victime; ce passage renferme en même temps de
mystérieuses significations : la peau, les chairs et le sang sont une figure de la
substance mortelle du corps de Jésus-Christ; et le mépris et les outrages du peuple,
figurés, à mon sens, par les excréments de la victime, doivent tourner à la gloire du
Christ, symbolisée à son tour par la flamme du bûcher.
6. « Le prêtre prendra ensuite du bois
de cèdre, de l'hyssope et de l'écarlate, et il les jet» fera au milieu du feu où
brûle la génisse. » Le bois de cèdre est le symbole de l'espérance, qui doit toujours
habiter dans les cieux. L'hyssope, plante modeste qui fixe ses racines dans le rocher, est
l'image de la foi. L'écarlate, qui emprunte au feu ses vives couleurs, figure la
charité, qui n'est autre que la ferveur de l'esprit. Voilà les trois choses, que nous
devons jeter dans la résurrection du Christ comme dans une sorte de foyer embrasé, afin
que notre vie soit cachée avec la sienne, selon ce mot de l'Apôtre « Votre vie est
cachée en Dieu avec le Christ (1). »
7. « Le prêtre lavera ses vêtements, et
son corps dans l'eau ; il entrera ensuite dans le camp, et sera impur jusqu'au soir. »
Que signifie cette ablution du corps et des vêtements, si ce n'est la pureté extérieure
et intérieure à la fois ? Voilà pour le prêtre. On lit ensuite : « Et celui qui la
brûlera, lavera ses vêtements et son corps dans l'eau, et il sera impur jusqu'au soir.
» Cet homme qui brûle la victime est, selon moi, la figure de ceux qui ensevelirent la
chair du Christ, la préparant ainsi à la résurrection comme à une sorte de bûcher
glorieux.
8. « Et un homme pur ramassera la cendre
de la génisse, et la placera hors du camp dans un lieu pur. » Que devons-nous entendre
par la cendre de la génisse, en d'autres termes, par les restes de la victime
immolée et livrée aux flammes, si ce n'est la renommée glorieuse qui a suivi la passion
et la résurrection du Christ ? « Car des restes demeurent à l'homme pacifique
(2).» En effet, le Christ était une sorte de cendre, parce qu'il passait, aux yeux de
ceux qui n'avaient pas la foi, pour un mort digne de mépris; et néanmoins il purifiait
en même temps les âmes, en qui existait la foi à sa résurrection. Et comme cette
renommée jeta son éclat le plus vif parmi ceux qui vivaient au milieu des gentils, sans
appartenir au peuple ,juif, j'estime que c'est la raison d'être de ces paroles : « Et un
homme pur ramassera la cendre de la génisse ; » cet homme sera évidemment pur de la
mort du Christ, qui fut le crime des Juifs. «Et il la placera dans un lieu pur, »
c'est-à-dire qu'il la traitera avec honneur ; cependant il la portera « hors du camp, »
parce que la gloire de l'Evangile a brillé en dehors des cérémonies célébrées chez
les Juifs. « Et l'assemblée des enfants d'Israël la
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conservera, c'est l'eau de l'aspersion, elle purifie. » Dieu
déclare ensuite avec plus de clarté la manière dont on faisait avec cette cendre l'eau
d'aspersion, qui effaçait l'impureté contractée au contact des morts : image
assurément de la purification des iniquités qui se commettent dans cette vie toujours
morte on mourante.
9. Ce qui vient ensuite est surprenant :
« Et celui, dit l'Écriture, qui ramassera la cendre de la génisse, lavera ses
vêtements, et il sera impur jusqu'au soir. »
Comment l'action de cet homme, qui était pur auparavant, le rendra-t-elle impur? N'est-ce
point une figure de ce qui se passe dans la foi chrétienne, où ceux-mêmes qui se
croient à l'abri de toute souillure apprennent à se connaître, car « tous ont péché
et ont besoin de rendre gloire à Dieu, parce qu'ils ont été justifiés gratuitement
parle sang du Christ (1)? » Cet homme n'est cependant pas tenu de laver son corps, mais
seulement ses habits : je crois que la démarche qu'il accomplit en ramassant la cendre et
la plaçant dans un lieu pur, entendue dans le sens spirituel,
signifie qu'il était déjà purifié intérieurement : c'est ainsi que Cornélius,
entendant Pierre et croyant à sa prédication, fut purifié d'une manière si parfaite,
que le Saint-Esprit lui fut donné, même avant le baptême visible, ainsi qu'à tous ceux
qui étaient là (2). Il ne négligera point cependant de recevoir le sacrement qui se
donne sous une forme sensible; ce fut pour lui la purification extérieure, une sorte
d'ablution de ses vêtements. « Et ce sera, dit le texte sacré, une loi éternelle pour
les enfants d'Israël et pour les prosélytes qui se sont joints à eux. » Qu'est-ce que
ces paroles nous font voir, si ce n'est que le baptême, figuré symboliquement par l'eau
d'aspersion, profitera également aux Juifs et aux Gentils, c'est-à-dire, aux enfants
d'Israël et aux prosélytes, les uns étant comme les rameaux naturels de l'arbre, et les
autres, une sorte d'olivier sauvage greffé sur le tronc vigoureux (3)? Mais qui ne serait
étonné de voir qu'il est dit de l'un et de l'autre, après qu'ils se sont lavés : « Il
sera impur jusqu'au soir ? » Et ce n'est pas seulement dans cette circonstance, mais dans
toutes ou presque toutes les purifications semblables, que l'Ecriture se sert des mêmes
expressions. Je ne sache pas qu'on puisse donner à cette particularité une
interprétation différente de celle-ci : c'est que tout homme, après la rémission la
plus entière de ses fautes,
contracte, en demeurant dans cette vie, les imperfections qui le
rendent impur ,jusqu'à la fin de cette même vie; qui est pour lui comme le soir d'un
jour.
10. L'Écriture décrit ensuite la
manière dont doit se faire, avec l'eau d'aspersion, la purification des hommes devenus
impurs : « L'âme, dit-elle, de quiconque aura touché un mort, sera impure pendant sept
jours; cet homme se purifiera.le troisième et le septième jour, et il sera pur. » Ici
encore je ne vois pas ce qu'on peut entendre par le contact d'un mort, sinon l'iniquité
de l'homme. L'impureté qui dure sept jours se rapporte, je pense, à l'âme et au corps;
à l'âme, pour le nombre ternaire ; du corps pour le nombre quatre . Le motif pour lequel
il en est ainsi demanderait de longs développements. C'est en ce sens que j'interprète
ces paroles du Prophète : « Je ne montrerai pas d'aversion après trois et quatre
impiétés (1). » Viennent ensuite ces mots: « S'il n'est pas purifié le troisième et
le septième jour, il ne sera pas pur. Quiconque aura touché le corps mort d'un homme, et
sera mort, et n'aura pas été purifié, » c'est-à-dire, sera mort avant d'avoir été
purifié de ce contact, «souillera le tabernacle du Seigneur : cette âme sera
retranchée d'Israël. » Il est extrêmement difficile de trouver dans les livres de
Moïse quelque chose de plus formel en faveur de la vie de l'âme après la mort. Ici, en
effet, l'Écriture nous dit que si cet homme est mort avant d'être purifié, son
impureté demeure, et que cette âme est retranchée d'Israël, en d'autres termes, de la
société du peuple de Dieu. Or, que veut-elle nous faire entendre par là, sinon que le
châtiment pèse sur cette âme, même après la mort, quand au temps de la vie elle n'a
pas été purifiée par ce sacrement qui est la figure du baptême chrétien ? « Il sera
impur, dit le texte sacré, parce que l'eau d'aspersion n'a pas été répandue sur lui;
son impureté est encore en lui. » Encore, c'est-à-dire, même après la
mort. Quant à ces mots, cités plus haut : « Il a souillé le temple du Seigneur, »
comprenez : autant qu'il était en lui de le faire. C'est ainsi que l'Apôtre dit: «
N'éteignez point l'Esprit (2), » quoiqu'il soit impossible à l'homme de réaliser ce
crime. Si le tabernacle eût été réellement souillé, Dieu n'aurait pas manqué
d'ordonner qu'on le purifiât.
11. Dieu prescrit ensuite la manière dont
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doivent être purifiés ceux qui sont devenus impurs au contact des
morts, image des oeuvres mortes ou du péché: « Ils prendront, dit-il, pour cet homme
impur de la cendre de la génisse brûlée pour la purification, et ils verseront sur
elle, » c'est-à-dire, sur cette cendre, « de l'eau vive dans un vase; puis un homme
pur, prenant de l'hyssope et la trempant dans l'eau, fera des aspersions sur la maison,
sur les vases, et sur toutes les âmes qui seront là, et sur celui qui aura touché un os
humain, ou un blessé, ou un mort, ou un tombeau; et le pur purifiera l'impur le
troisième et le septième jour; et celui-ci sera purifié le septième jour, et lavera
ses vêtements, et se lavera lui-même dans l'eau, et il sera impur jusqu'au soir. » Il
est évident que Peau d'aspersion n'est pas celle qui devait servir à laver les
vêtements. « Et il se lavera dans l'eau : »
cette eau, est, je pense, l'eau spirituelle, en figure toutefois, non en réalité. Car,
sans aucun doute, elle était visible, comme toutes les ombres des choses à venir. Mais celui qui reçoit en bonne
disposition la purification du sacrement de baptême dont l'eau d'aspersion était la
figure, acquiert même la purification spirituelle ou invisible de la chair et de l'âme,
devenant ainsi pur de corps et d'esprit. L'aspersion de l'eau devait se faire avec
l'hyssope, cette plante qui, disions-nous, est l'image de la foi . Or, ceci peut-il nous
rappeler autre chose que ce qui est rapporté dans l'Écriture : « Que Dieu purifiait
leurs coeurs parla foi (1)? » Sans la foi, en effet, le baptême n'est d'aucune utilité.
L'homme pur qui doit, aux termes de la Loi, faire cette aspersion, est la figure des
ministres qui tiennent la place de leur Seigneur, l'homme pur par excellence. Ce sont ces
ministres, en effet, qui sont désignés dans la suite du texte : « Et celui qui
répandra l'eau d'aspersion lavera ses vêtements, » c'est-à-dire qu'il sera pur, même
de corps. « Et celui qui aura touché l'eau d'aspersion, sera impur jusqu'au soir. Et
toute chose que cet homme impur aura touchée, sera impure ; et l'âme qui l'aura touché,
sera impure jusqu'au soir. » J'ai déjà dit plus haut le sens qu'il faut attacher à ces
mots : « jusqu'au soir. »
XXXIV. (Ib. XIX,16.) Ce que l'Ecriture
entend par ces mots : un blessé, un mort. «
Quiconque aura touché dans la campagne un blessé, ou un mort, ou l'os d'un homme, ou un
tombeau. » On peut demander ce que l'Écriture entend par « un
blessé et un mort. » Car si elle distingue le blessé du mort, on
pourra conclure que l'impureté se contracte au contacte d'un homme blessé, fût-il
encore vivant : ce qui est absurde. Mais comme on peut mourir des suites d'une blessure,
toute la distinction qu'elle a voulu faire et indiquer, est celle qui existe entre l'homme
mort en conséquence de sa blessure, et l'homme mort sans avoir été blessé.
XXXV. (Ib. XX, 11.) De l'eau du rocher.
L'Apôtre Paul a donné la
signification mystérieuse de l'eau sortie du rocher, quand il a dit : « Tous
aussi ont bu d'un même breuvage spirituel ; car ils recevaient ce breuvage de la pierre
spirituelle qui les accompagnait, et cette pierre était le Christ (1). » L'eau du rocher
signifiait donc la grâce spirituelle, dont la source est dans le Christ et dont les eaux
étanchent la soif intérieure. Quant à la verge qui frappa le rocher, elle est l'image
de la croix de Jésus-Christ. En effet la grâce a coulé, quand le bois sacré a touché
la pierre; les deux coups frappés avec la verge donnent eux-mêmes à ce symbolisme une
signification plus évidente : car deux morceaux de bois composent la Croix.
XXXVI.(Ib. XX, 13.) Même sujet.
L'Écriture dit à propos de cette eau tirée du rocher : « C'est là l'eau de
contradiction, où les enfants d'Israël murmurèrent en présence du Seigneur, et où il
fut sanctifié en eux. » Ainsi nous voyons d'abord qu'ils élevèrent des plaintes contre
le bienfait que Dieu leur avait accordé en les tirant d'Égypte; puis nous voyons que
Dieu est sanctifié en eux, quand l'eau miraculeuse du rocher l'ait paraître sa sainteté
à leurs yeux. Ceci n'est-il pas un Symbole figuratif de deux sortes de personnes : les
unes résistant à la grâce du Christ; les autres lui faisant bon accueil; ce qui fait
que la grâce est pour les unes l'eau de contradiction, pour les autres, l'eau de
sanctification ? L'Evangile ne nous dit-il pas, en effet, du Seigneur lui-même: « Il
sera encore un objet de contradiction (2). »
XXXVII. (Ib. XX, 17.) Mot sous-entendu.
Lorsque Moïse fait dire, entre autres
choses, au roi d'Edom : « Nous ne boirons point de l'eau de ton réservoir, » cela
signifie : Nous n'en boirons point, sans en payer le prix. C'est ce que prouvent ces
autres paroles de Moïse un peu plus loin : « Si nous buvons de ton eau, moi et mes
troupeaux, je t'en payerai le prix. »
XXXVIII. (Ib. XX, 17.) Sens de ces mots
: in
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dextera neque in sinistra. « Nous ne nous détournerons point à droite ni à
gauche ; » ces dernières expressions étant au pluriel dans le texte, elles signifient :
soit vers les choses qui sont à droite , soit vers les choses qui sont à gauche.
XXXIX. (Ib. XX, 24.) Les eaux de
contradiction appelées aussi eaux de malédiction. « Vous n'entrerez point dans la terre que j'ai
donnée aux enfants d'Israël pour qu'ils la possèdent parce que vous m'avez irrité à
l'eau de malédiction. » Dieu désigne ici l'eau de contradiction sous le nom d'eau de
malédiction. Le texte porte, en effet, loidorias au lieu de antilogias.
XL. (Ib. XXI, 2.) Sur le voeu
d'anathème. « Israël fit encore
un voeu au Seigneur, et dit : « Si vous me livrez ce peuple après l'avoir
assujetti, » c'est-à-dire, si vous me le soumettez en me le livrant, « je
l'anathématiserai, ainsi
que ses villes. » Il faut bien comprendre le sens de ce mot : anathème. Il
signifie que la chose, quoique vouée, devient maudite, comme ce peuple dont il est parlé
; de là ces mots : « Si quelqu'un vous
annonce un évangile différent de celui que
vous avez reçu, qu'il soit anathème (1). » C'est l'origine du mot vulgaire de votare,
car il n'est presque personne qui se serve de ce mot autrement que pour appeler sur soi
des malédictions.
XLI. (Ib. XXI, 3.) Même sujet.
« Et il l'anathématisa, lui et sa
ville : et ce lieu fut appelé Anathème. » De là vient que l'anathème est à
nos yeux quelque chose qui excite l'horreur et l'effroi. Quand une chose était livrée à
l'anathème, autrement en langage vulgaire, dévouée, le vainqueur ne devait rien en
détourner à son usage, mais livrer tout à la destruction. L'origine de ce mot en grec
vient de ce que les objets qui avaient été voués ou promis étaient fixés ou suspendus
aux voûtes des temples, quand on réalisait son voeu ou sa promesse.Ano tithenai.
XLII. (Ib. XXI, 13,14.) Sur les livres
apocryphes. L'Écriture, rapportant
en détail les campements des enfants d'Israël, dit entre autres choses : « De là ils
transportèrent leur camp au-delà d'Arnon, dans le désert, est sur les limites des
Amorrhéens. Car Arnon est la limite de Moab, entre Moab et l'Amorrhéen. « C'est
pourquoi il est écrit dans un livre : La guerre du Seigneur enflamma Zoob, et les
torrents d'Arnon, et Er habita les torrents. » Elle ne dit pas en
quel livre sont contenues ces paroles, et nous ne les lisons dans aucun de ceux que nous
regardons comme livres canoniques. C'est sur de tels passages que s'appuient ceux qui
prennent à tâche d'offrir des livres apocryphes aux âmes curieuses ou irréfléchies,
pour leur insinuer des impiétés déguisées sous des fables. Mais il est parlé ici d'un
livre en général, et non d'un livre sacré écrit par tel Patriarche ou tel Prophète.
Nous ne nions pas qu'il y eût déjà alors des livres, soit chez les Chaldéens, les
ancêtres d'Abraham; soit chez les Egyptiens, dont Moïse avait appris toute la sagesse;
soit chez d'autres nations, et que l'un de ces livres pût contenir ce récit; mais il ne
s'ensuit pas que le livre où cela était écrit acquière la valeur des Ecritures qui
sont- revêtues de l'autorité divine: pas plus que ce Prophète Crétois dont parle
l'Apôtre (1); pas plus que ces écrivains de la Grèce, Poètes ou Philosophes, dont le
même apôtre confirme l'autorité, quand il rapporte cette parole d'un des leurs, dans le
discours sublime et plein de vérité qu'il fit entendre aux Athéniens : « Car c'est en
lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être (2). » Il est bien permis à Dieu de
prendre où il lui plait les témoignages favorables à la vérité; mais il n'autorise
pas pour cela tout ce qui est rapporté dans ces livres. On ne voit pas clairement la
raison de la citation mentionnée plus haut : peut-être l'Écriture a-t-elle voulu dire
que la guerre eut lieu entre ces deux nations à l'occasion de leurs limites respectives,
et que les hommes du pays, pour peindre ce que cette guerre eut d'effroyable, l'ont
appelée la guerre du Seigneur; de là ces mots écrits dans quelqu'un de leurs livres :
« La guerre du Seigneur enflamma Zoob, » soit que cette ville ait été, dans cette
guerre, la proie des flammes; soit qu'elle y ait pris part avec ardeur; soit enfin qu'il y
ait quelqu'autre signification dans ce passage obscur.
XLIII. (Ib. XXI, 16.) Allusion de
l'Écriture à un fait qu'elle n'a pas rapporté précédemment. « C'est ici le puits dont le Seigneur parla à
Moïse, en lui disant : Assemble le peuple, et je leur donnerai de l'eau à boire. » Ce
fait est rapporté en termes tels qu'il semblerait qu'on doit en lire le récit dans
quelque chapitre précédent. Mais comme on ne le trouve nulle part, il faut entendre ce
passage en ce sens que le peuple,
522
après s'être plaint de la sécheresse, trouva de l'eau en cet
endroit.
XLIV. (Ib. XXI, 24,25.) De la victoire
des Israëlites sur les Amorrhéens. «
Israël le frappa du tranchant du glaive : et ils se rendirent maîtres de son pays,
depuis Arnon , jusqu'à Jaboc et ,jusqu'aux enfants d'Ammon : car Jazer est à la
frontière des enfants d'Ammon. Ainsi Israël prit toutes ces villes. Et Israël habita
dans toutes les villes des Amorrhéens, dans Esébon. » Il n'est pas douteux qu'Israël
posséda ces villes des Amorrhéens, après s'en être rendu maître par le droit de la
guerre, parce qu'il ne les livra pas à l'anathème : car s'il les eût anathématisées,
il n'aurait pu les garder en sa possession, ni faire servir à son usage aucune portion du
butin. Il est à observer que ces guerres s'appuyaient sur la justice. Car on refusait aux
lsraëlites un passage inoffensif, qui devait leur être ouvert, suivant les strictes
exigences du droit des nations. Dieu d'ailleurs fut fidèle à ses promesses, et vint en
aide aux Israëlites, à qui devait être donné le pays des Amorrhéens. Il n'en fut pas
de même lorsque Edom, lui aussi, leur refusa le passage
les Israëlites ne firent pas la guerre à
ce peuple, et les enfants de Jacob n'en vinrent pas aux mains avec les enfants d'Esaü,
son frère jumeau ; parce que Dieu ne leur avait pas promis cette terre, mais ils s'en
détournèrent (1).
XLV. (Ib. XXI, 27.) De ceux qui proposaient des énigmes,
autrement des poètes. « C'est
pourquoi ceux qui proposent des énigmes, diront : Venez à Esebon, etc. » On ne voit pas
clairement quel était le rôle de ces inventeurs d'énigmes, parce que leur nom n'est pas
usité dans notre langue, et que c'est à peine si on le retrouve quelque part dans les
divines Ecritures; mais comme nous les voyons célébrer dans une sorte d'hymne la guerre
des Amorrhéens contre les Moabites, et la victoire de Séon, roi des Amorrhéens, sur
Moab, il est permis de croire que l'on nommait alors inventeurs d'énigmes ceux que nous
appelons aujourd'hui poètes; car les poètes se donnent ordinairement la licence de
mêler à leurs poëmes des énigmes tirées de la fable, où se cache quelque chose de
mystérieux à deviner. Il n'y aurait pas, en effet, d'énigme possible, sans l'emploi de
quelque expression figurée, dont l'examen sérieux conduit à l'intelligence de ce qui
est voilé sous la forme énigmatique.
XLVI. (Ib. XXII, 4-6.) Des Moabites et
des Madianites. Suivant le récit
de l'Ecriture, après qu'Israël eut vaincu les Amorrhéens et se fut emparé de toutes
leurs villes, Batac, roi des Moabites, envoya des ambassadeurs à Balaam pour l'inviter à
maudire Israël. On voit assez par ce récit que les Moabites ne furent pas tous réduits
en servitude par Séon, roi des Amorrhéens, quand il les eut vaincus ; et que la nation
des Moabites se conserva jusqu'à l'époque du règne de Balac, roi de Moab. Or, Moab dit
aux plus anciens des Madianites : « Ce peuple va maintenant dévorer tous ceux qui sont
autour de nous. » Ils ne formaient pas une seule nation, mais deux nations voisines dont
l'une avertit l'autre de se tenir en garde contre un danger commun. Moab, en effet, était
fils de Loth et d'une de ses filles (1) ; Madian naquit de l'union d'Abraham avec Céthura
(2). Ce n'était donc pas un seul peuple, mais deux nations voisines et limitrophes.
XLVII. (Ib. XXII, 7-46.) De Balaam.
Que veut dire, l'Ecriture, quand elle rapporte que « des divinations
étaient dans les mains » de ceux que Balac envoya à. Balaam, pour l'amener à maudire
Israël? Est-ce que ces envoyés étaient aussi des devins? ou bien portaient-ils à
Balaam des objets dont il avait besoin pour prophétiser : ce qu'il fallait, par exemple,
livrer au feu dans les sacrifices, ou employer de quelque autre manière, objets qui se
seraient appelés divinations, parce qu'ils pouvaient servir d'instruments à Balaam ?
Cela signifierait-il quelque autre chose? car cette expression n'est pas claire. Il est.
bon de noter aussi ce passage : « Dieu vint à Balaam et lui dit: Que sont ces hommes que
tu. as près de toi etc? » L'Ecriture ne dit pas si cela se passa en songe, quoiqu'elle
fasse suffisamment entendre que ce fut pendant la nuit, comme il résulte des paroles
suivantes : « Balaam se levant le matin (3). » On peut s'étonner que Dieu ait favorisé
de révélations un homme pervers; car, quand même il serait constant que cet évènement
eut lieu en songe, la question serait toujours à poser à cause de l'indignité du
personnage. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ nous apprend un fait semblable de ce riche,
qui se disposait à détruire ses anciens greniers et à en remplir de nouveaux qui
seraient plus grands .» « Dieu lui dit : Insensé, cette nuit même on va te
reprendre ton âme; et pour qui sera ce que
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tu as amassé? (1) » Que personne ne se glorifie donc, si Dieu, qui
sait comment il faut parler à de tels hommes, lui parle de la même manière, car Dieu
peut accorder cette faveur à des réprouvés ; même quand il parle par un ange, c'est
lui qui parle.
XLVIII. (Ib. XXII, 42-38.) Cupidité de
Balaam et son endurcissement. Cette réponse de Balaam aux ambassadeurs plus
honorables qui lui sont députés de nouveau, est tout-à-fait irrépréhensible: «Quand
Balac me donnerait plein sa maison d'or et d'argent, je ne pourrai trahir la parole du
Seigneur, faire moins ou plus en mon âme. » Mais ce qui suit n'est pas exempt de péché
grave. Il devait en effet demeurer ferme dans son obéissance à cet ordre qu'il avait
reçu du, Seigneur : « Tu n'iras pas avec eux, et tu ne maudiras point ce peuple,
parce qu'il est béni. » Il ne devait point non plus leur donner l'espoir que Dieu
pouvait, comme lui Balaam, gagné par des présents et par l'appât des honneurs, changer
de sentiment à l'égard de son peuple, de ce peuple qu'il avait déclaré l'objet de ses
bénédictions. Mais Balaam se montra vaincu par la cupidité, du moment qu'il voulut
connaître encore une fois la volonté du Seigneur à se sujet, bien qu'elle lui eût
déjà été formulée expressément. A quoi ,bon, en effet, dire encore aux
ambassadeurs : « Vous aussi demeurez ici cette nuit, et je saurai ce que le
Seigneur me répondra de nouveau ? » Alors, voyant que sa cupidité était gagnée et
vaincue par des présents, le Seigneur le laissa partir, afin de le reprendre sévèrement
de son avarice par l'intermédiaire de l'animal qu'il montait: leçon sévère donnée à
cet insensé par une ânesse, celle-ci n'osant transgresser la défense du Seigneur
intimée par un ange, tandis que Balaam, malgré la crainte qui dominait en lui la
cupidité, s'obstinait dans une coupable résistance inspirée par cette passion. «Dieu
vint donc, la nuit, à Balaam et lui dit : Si ces hommes sont venus te chercher, lève-toi
et suis-les; mais tu feras tout ce que j'aurai dit. Balaam s'étant levé le matin, sella
son ânesse, et s'en alla avec les princes de Moab. » Pour quelle raison, une fois
autorisé à partir, ne consulte-t-il pas de nouveau le Seigneur, comme il avait cru
devoir le faire après la défense qui lui avait été adressée d'abord ? Ce trait ne
révèle-t-il pas sa coupable cupidité, tout entravée qu'elle était par la crainte ?
L'Ecriture ajoute enfin : « Et Dieu
fut animé d'une grande colère, parce qu'il s'en allait; et un ange
de Dieu se leva pour l'empêcher d'avancer, » et le reste qui suit jusqu'à l'endroit où
l'ânesse parla. Que Balaam, au lieu de se sentir pénétré d'effroi à la vue de ce
prodige, cède à sa colère et réponde à son ânesse, comme un homme accoutumé à de
tels prodiges ; en vérité, il n'y a pas au monde de chose plus surprenante. L'ange, lui
parle ensuite et lui reproche amèrement sa démarche ; en voyant cet ange, il tremble
cependant, et se prosterne devant lui. Puis il lui est permis d'aller en avant, Dieu
voulant faire entendre par sa bouche une des prophéties les plus éclatantes. Car il ne
fut pas en son pouvoir de parler selon son caprice, mais c'est l'Esprit divin qui parla
par ses lèvres. Il n'en demeura pas moins réprouvé de Dieu; l'Ecriture dit, en effet,
de lui dans la suite que plusieurs hommes coupables et réprouvés ont marché sur ses
traces : « Ils ont suivi, dit-elle, la voie de Balaam, fils de Béor, qui aima la
récompense de l'iniquité (1). »
XLIX. (Ib. XXII, 22,32.) Discussion,
grammaticale sur le mot DIFFERRE. Voici ce que l'Ecriture dit de l'ange qui
parla à Balaam dans le chemin, et à la vue duquel l'ânesse n'osa avancer : « Dieu fut
animé d'une grande colère, parce que Balaam s'en allait, et un ange de Dieu se leva pour
le retarder, differre, dans le chemin. » Remarquons d'abord le sens de ces
expressions: « Dieu se mit en colère, et un ange de Dieu se leva ; » l'Ecriture
n'insinue pas que Dieu envoya l'ange dans sa colère, mais elle semble dire que Dieu
lui-même était irrité dans la personne de son ange; que la vérité et la justice
divine avaient inspiré à l'ange une sainte colère. En effet, ce mot « il se leva »
doit s'entendre d'une émotion profonde. Ceux-ci qui viennent ensuite : « le retarder
dans le chemin, » que le grec a rendus par diabolein, reviennent plus loin dans le
discours de l'ange: « Je suis venu, dit-il, pour t'arrêter dilationem, et le grec
porte ici diabolen. Le sens le plus convenable de ce terme est peut-être
accusation ; « differre eum in via, » signifierait alors : « l'accuser dans
le chemin. » Le nom du diable vient aussi, à ce que l'on croit, du même mot
grec et signifie, par conséquent, dans notre langue: accusateur : Ce n'est pas que
nul ne puisse comme lui s'acquitter parfaitement de cette fonction; mais c'est que le
diable, agité par les aiguillons de l'envie, suivant le
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témoignage de l'Apocalypse (1) , met son bonheur à accuser. Cette
expression se retrouve dans une comédie, ce qui démontre qu'il est latin, avec une
signification identique ou certainement approchante; « Il espère, dit-on à un fils
contre lequel le père est irrité, avoir trouvé une harangue qui te remue
d'importance, differat te (2). » Or, on donne ordinairement à differat,
employé dans ce passage, le sens de : balloter en quelque sorte de côté et d'autre au
milieu d'une tempête de paroles, déchirer, mettre en pièces: résultat que le père
devait obtenir, ce semble, en accusant son fils. Cependant, si nous admettons que differat
eum in via, signifie que l'ange arrêta Balaam dans sa marche précipitée, afin de
lui faire entendre les leçons dont il avait besoin, cette autre interprétation ne sera
point à mépriser.
L. (Ib. XXII, 23-29.) Balaam et son
ânesse. L'ânesse ayant vu l'Ange de Dieu, qui se tenait debout dans le
chemin, ayant à la main une épée nue, se détourna du chemin, et allait à travers
champs. » Ces champs bordaient le chemin avant qu'on arrivât aux vignes enfermées de
murailles. « Et il frappa l'ânesse du bâton, afin de la ramener dans le chemin. Et
l'Ange de Dieu se tint dans les sillons des vignes, une muraille d'un coté, et une de
l'autre. » Si des murailles s'élevaient de chaque côté du chemin, comme c'est
l'ordinaire, on demande, et avec raison, comment l'Ecriture peut dire que l'ange s'y
tenait, et en même temps dans les sillons des vignes. Car ces sillons ne pouvaient être
dans le chemin entre les murailles. Mais voici la disposition qu'il faut donner aux mots:
« afin de la ramener dans le chemin bordé de murailles d'un
côté et de l'autre. » Balaam voulait donc forcer son ânesse à marcher dans le chemin
bordé de murs de chaque côté. Les paroles suivantes ont été intercalées dans le
texte: « Et l'ange de Dieu se tint dans les sillons des vignes, » c'est-à-dire, dans
une des vignes qui aboutissaient au chemin. « L'ânesse ayant vu l'ange de Dieu se serra
contre le mur : » évidemment contre le mur de la vigne où n'était pas l'ange, qui se
tenait de l'autre côté dans le sillon des vignes. « Et elle pressa le pied de Balaam
contre le mur, et il continua de la frapper. Et l'ange s'avança et se tint dans un lieu
étroit; » il n'était plus alors dans les sillons des vignes, mais entre les murailles,
dans le chemin; « où il n'y avait
1 Apoc. XI, 9, 10. 2
Térence, Andr. act. II, scène. 4.
moyen de se détourner ni à droite ni à gauche. L'ânesse ayant vu
l'ange de Dieu, s'affaissa , sous Balaam. » Accablée de coups, elle ne pouvait aller en
arrière ; elle ne se pressait pas non plus contre une muraille, parce qu'elle n'était
pas menacée de l'autre côté, et que l'ange était au milieu du chemin dans un endroit
resserré: elle ne pouvait donc que s'arrêter. « Alors Balaam, transporté de colère,
frappait son ânesse avec un bâton. Et Dieu ouvrit la bouche de l'ânesse, et elle dit à
Balaam : Que t'ai-je fait, pour que tu me frappes encore une troisième fois ? Et Balaam dit à l'ânesse : Parce que tu t'es moquée
de moi; et si j'avais en main une épée, je t'aurais déjà transpercée. » Telle est la
passion de Balaam, qu'il n'est pas effrayé d'un si grand prodige, et qu'il répond comme
s'il conversait avec un homme, tandis que Dieu assurément n'avait point transformé
l'ânesse en un être raisonnable, mais lui faisait prononcer les paroles qu'il voulait,
pour confondre la folie de son maître : c'était peut-être une figure de ce que Dieu
devait faire un jour, choisissant ce qu'il y a d'insensé pour confondre les sages (1), en
faveur de l'Israël spirituel et véritable, cet autre enfant de la promesse.
LI. (Ib. XXIII, 5.) FACTUS EST mis pour
FACTUM EST UT. « Et l'Esprit de Dieu
fut fait sur lui, » factus est, c'est-à-dire sur Balaam. L'Esprit de Dieu n'a pas
été fait, il n'est pas un être créé, mais il a été fait sur lui, en d'autres
termes, il arriva, factum est, qu'il fut sur lui. C'est dans le même sens qu'il
est écrit : « Celui qui vient après moi, a été fait avant moi, (2) »
c'est-à-dire, il était avant moi, il m'a été préféré, « car, ajoute le texte, il
était avant que je fusse.» Et encore : « Le Seigneur est devenu mon secours (3), » le
Seigneur en réalité n'est pas devenu tel ; cela veut dire: il est arrivé que le
Seigneur m'a fait sentir son secours. «Le Seigneur, est-il dit aussi, est devenu
le refuge des pécheurs, factus est (4), » c'est-à-dire il est arrivé, factum
est, que les pécheurs se réfugiaient en lui. Et enfin : « La main du Seigneur se fit
sur moi, 5 ,» en d'autres termes, il arriva que la main du Seigneur était sur moi.
L'Ecriture offre beaucoup d'autres exemples semblables.
LII. (Ib. XXV, 4,7,8.) Punition
exemplaire de l'idolâtrie et de la fornication par Phinées. « Le Seigneur dit à Moïse : Prends les chefs du
peuple,
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et expose-les devant le Seigneur en face du soleil ; et la colère
dont le Seigneur est animé contre Israël se retirera. » La colère de Dieu venait des
fornications charnelles et spirituelles de son peuple ; car il s'était prostitué par des
actions impudiques aux filles de Moab, et il s'était consacré aux idoles : de là le
commandement fait à Moïse d'exposer les princes du peuple devant le Seigneur en face du
soleil. Le sens de ce passage est, que les coupables furent condamnés au supplice de la
croix, et ces mots: « Expose-les devant le Seigneur en face du soleil, » signifient: en
plein jour, à la lumière de cet astre. En effet le grec porte ici : paradeigmatison,
terme qu'on peut rendre par : donne en exemple ; car paradeigma veut dire exemple.
Et, sans parler des Septante, la leçon de Symmaque porte: attache, ou plutôt: attache
eu haut, sens propre de anapexon ; et celle d'Aquila dit plus expressément
encore Pends. Il est fort étonnant que l'Écriture ait omis de nous apprendre si cet
ordre du Seigneur fut mis à exécution : pour moi, je ne vois pis qu'il ait pu être
méprisé, ou l'être impunément. S'il a été accompli, bien que l'Écriture n'en parle
pas, pourquoi rapporte-t-elle que le Seigneur fut apaisé et que la plaie cessa, aussitôt
que Phinées, fils d'Eléazar, eut transpercé les adultères ? Ne semblerait-il pas
qu'après le crucifiement des chefs, ordonné par le Seigneur, son indignation durait
encore et devait être apaisée d'une autre manière ? Et cependant les prédictions et
les promesses de Dieu contenues dans les paroles suivantes ne pouvaient sans doute être
mensongères : « Prends les chefs du peuple, et expose-les devant le Seigneur en face du
soleil; et la colère dont le Seigneur est animé contre Israël cessera. » Si donc cet
ordre a été exécuté, comment douter que la colère divine se soit retirée d'Israël ?
Qu'était-il encore besoin que Phinées tirât une telle vengeance des adultères afin de
fléchir Dieu, et
que l'Écriture lui rendit ce témoignage qu'il avait de cette manière apaisé le
Seigneur ? Peut-être pourrait-on s'en tenir à cette interprétation : au moment où il
se disposait à mettre à exécution le commandement de Dieu relatif aux chefs du peuple,
Moïse voulut en même temps punir, conformément à la Loi, ces forfaits énormes et
cette audace sacrilège ; or, tandis qu'il commandait à chacun de mettre à mort celui de
ses proches qui s'était consacré d'une manière infamante aux dieux de l'étranger,
Phinées accomplit son acte héroïque; la colère du Seigneur fut ainsi apaisée, et l'on
put se dispenser de livrer les chefs au supplice. Cette sévérité, qui se justifie par
elle-même pour des temps comme ceux-là, fait assez voir aux hommes qui joignent la
sagesse à la foi l'énormité de la fornication et de l'idolâtrie.
LIII. (Ib. XXVIII, 13,14. ) Moïse,
Aaron et Josué, types de l'avenir. Le
Seigneur assigne à la mort de Moïse la même, cause qu'à celle d'Aaron. Il leur avait,
en effet, prédit à tous deux « qu'ils n'entreraient point avec le peuple dans la terre
promise, parce qu'ils ne le glorifièrent point en présence du peuple aux Eaux de
contradiction (1); » en d'autres termes, parce qu'ils mirent en doute sa libéralité,
craignant que l'eau ne pût couler du rocher, comme nous l'avons fait voir en cet endroit
de l'Écriture (2). Or, il y a un sens mystérieux caché ici : c'est que ce n'est ni le
Sacerdoce, institué primitivement et représenté en la personne d'Aaron, ni la Loi
elle-même, représentée en la personne de Moïse, qui introduisent le peuple de Dieu
dans la terre de l'héritage éternel, mais Jésus (Josué), type de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, en d'autres termes, la grâce par la foi. Aaron mourut avant qu'Israël
fût entré dans une portion de la terre promise; au contraire, c'est du vivant de Moïse
que les Hébreux s'emparèrent et se mirent en possession du pays des Amorrhéens : mais
il ne lui fut pas permis de franchir le Jourdain avec eux. Une portion de la Loi s'observe
encore au sein du Christianisme ; ses préceptes demeurent et aujourd'hui encore sont
obligatoires pour les chrétiens, tandis que le sacerdoce lévitique et les sacrifices ne
tiennent aucune place dans la foi chrétienne, si ce n'est comme, d'anciens types qui
voilaient dans l'ombre les réalités à venir. Ce que Dieu dit de ces deux frères,
Moïse et Aaron, « qu'ils rejoindront leur peuple, » prouve évidemment qu'ils ne sont
pas sous le coup de celte colère divine, dont l'effet est de priver de la paix que l'on
possède dans l'éternelle société des Saints. Ainsi, évidemment, leu r mort, aussi
bien que leurs l'onctions, est la représentation symbolique des choses à venir, loin
d'être un châtiment de la colère divine.
LIV. (Ib. XXVII, 18, 19.) Pourquoi
Josué est-il consacré? « Le
Seigneur parla ensuite à Moïse, et lui dit : Prends auprès de toi Jésus, fils de
Navé, cet homme qui possède l'Esprit en lui : et tu imposeras tes mains sur lui, et
526
tu le placeras en présence du prêtre Eléazar, et tu lui donneras
des préceptes en présence de tout le peuple
etc. » Il y a ici une remarque à faire : Jésus, fils de Navé, possédait l'Esprit
en lui-même comme le déclare l'Ecriture, et cet Esprit que pouvait-il être, sinon
l'Esprit Saint ? car Dieu n'aurait pas parlé ainsi de l'esprit de l'homme, dont personne
n'est privé. Cependant Moïse reçoit l'ordre de lui imposer les mains : le dessein de
Dieu était de s'opposer à ce qu'aucun homme, quelles que fussent en lui les richesses de
la grâce, osât refuser de recevoir les sacrements qui nous consacrent à Lui.
LV. (Ib. XXVII, 20. ) Josué associé
à la gloire de Moïse. Que signifient ces paroles que nous trouvons dans les
recommandations de Dieu à Moïse à l'égard de Jésus, fils de Navé : « Tu lui
donneras de ta gloire ? » Le grec porter tes doxes ce qui revient à dire
« de la gloire. » Or, plusieurs interprètes latins ont traduit : tu lui
donneras ta gloire, et non : de ta gloire. Mais le texte eût-il dit : ta
gloire, il ne s'ensuivait pas que Moïse devait en être dépouillé pour cela ; comme
ces paroles : de ta gloire, ne prouvent pas que celle de Moïse dût souffrir la
moindre diminution. Car voici le sens qu'il faut admettre : Tu l'associeras à ta
gloire ; ces sortes de choses, pour être partagées, n'en sont point amoindries; mais
elles sont tout entières en tous et en chacun de ceux qui y ont part.
LVI.(Ib. XXX,3.) Des voeux par lesquels
on s'engage à se priver d'une chose permise par la Loi. « Tout homme qui aura
fait un voeu au Seigneur, ou aura fait un serment, ou aura déterminé quelque chose en
son âme, se gardera de profaner sa parole : il accomplira tout ce qui est sorti de sa
bouche.» Cette loi ne concerne pas toute espèce de serment, mais celui par lequel un
homme a fait voeu en son âme de s'abstenir d'une chose autorisée par la loi, mais devenu
illicite pour lui par suite de son voeu.
LVII.
(Ib. XXX, 4-6. ) Des voeux de la jeune fille encore dans la maison de ses
parents. « Mais si une femme
a fait un voeu au Seigneur, ou a déterminé quelque chose dans la maison de son père, au
temps de sa jeunesse, et que le père ait connu ses voeux et ce qu'elle a précisé contre
son âme,et qu'était gardé le silence. : tous ses voeux demeureront, ainsi que tout
ce qu'elle a précisé contre son âme. Mais si le père s'y est opposé , au jour où il
a connu tous ses voeux et ce qu'elle a précisé contre son âme, tout cela sera nul : et
le Seigneur la purifiera, parce que son père s'y est opposé. Comme il est parlé ici de
la femme qui, encore jeune fille, demeure dans la maison de son père, la question du voeu
de virginité se présente tout naturellement: tout le monde sait en effet, que, les
vierges elles-mêmes sont appelées femmes dans l'Ecriture ; et l'Apôtre, lui aussi,
semble parler du père, quand il dit : «qu'il conserve sa vierge, » et encore : «
qu'il marie sa vierge (1), »» et autres expressions semblables ; Plusieurs interprètes
ont pris ici « vierge » dans le sens de virginité; ruais ils n'ont pu appuyer leur
opinion sur aucun passage de .l'Ecriture, parce que cette locution y est tout à fait
inusitée. Quant à ces expressions : « contre son âme ,» il ne faut pas les entendre
en ce sens que les voeux formulaient quelque chose de nuisible à l'âme; mais « contre
son âme », signifie : contre la délectation animale; et le jeûne, prescrit plus haut
en ces termes : « Vous affligerez vos âmes (2) » ne signifie pas non plus autre
chose.
LVIII. (Ib. XXX,6.) Sens du mot: le
Seigneur la purifiera. Dans cette
phrase : « Le Seigneur la purifiera, parce que son père s'y est opposé ;» purifiera
veut dire : pardonnera l'infraction du voeu. C'est ainsi que nous lisons en beaucoup
d'endroits : « Le prêtre le purifiera; » cela signifie: le considérera comme pur, le
jugera pur. C'est ainsi que cette autre manière de parler : « Tu ne purifieras pas le
coupable , » signifie : Tu ne déclareras pas pur celui qui est impur.
LIX. (Ib. XXX. 7-9.) 1. Des eaux faits
par la jeune fille peu avant sort mariage, dans la maison de ses parents. « Mais si
elle se marie, et que les voeux qu'elle a faits contre son âme soient sur elle, suivant
tout ce qu'elle a précisé et défini de ses lèvres, et que son mari l'ait su et ne lui
en ait rien dit au jour où il l'aura appris; alors se voeux demeureront, et tout ce
qu'elle a précisé contre son âme demeurera aussi : « Que si son mari désavoue
tous ses voeux et ses déterminations au jour où il les connaît, tout cela ne subsistera
plus : parce que son mari l'a désavouée, et le Seigneur la purifiera.» La Loi n'a pas
voulu que la femme, soumise à son père avant d'être mariée, puis à son mari après le
mariage, fit des voeux à Dieu contre son âme, c'est-à-dire, promit de s'abstenir de
certaines choses permises et autorisées, et que le mari n'eût rien à voir dans ces
voeux,
527
mais la femme seulement : par conséquent, si le père accorde à
celle-ci, jeune fille encore, d'accomplir ses voeux, et qu'elle se marie avant de les
avoir accomplis, du moment que le mari ne les a pas agréés, quand il en a eu
connaissance, ces vux n'obligent plus, et la personne qui les a faits demeure
exempte de tout péché, parce que « le Seigneur la purifiera, » comme il le déclare,
c'est-à-dire; la jugera pure : et qu'on ne dise point que c'est aller contre la loi de
Dieu, puisque c'est
Dieu lui-même qui l'a prescrit, qui l'a voulu.
2. (Ib. 10-16.) Des voeux de la
femme veuve, séparée de son mari, ou en puissance de mari. L'Écriture par le ensuite des veuves ou des femmes
séparées de leur mari, c'est-à-dire, , qui ne sont plus sous la puissance d'un mari ou
d'un père, et formule dans les termes suivants l'obligation pour elles de s'acquitter de
leurs vux « La veuve et la femme répudiée demeureront chargées de tous les
vux qu'elles ont fait contre leur âme. » Puis il est question de la femme mariée
qui fait un voeu après qu'elle a pris possession de la maison de son mari. Précédemment
l'Écriture avait fait mention de la femme qui s'était liée par un veau dans la maison
et ne l'avait pas accompli avant son mariage. Voici donc maintenant ce qu'elle dit de la
femme qui se trouve dans la maison de son mari : « Si, étant dans la maison de son mari,
elle a fait un veau ou une promesse précise avec serment contre son âme, et que le mari,
quand il l'apprend, ne lui en dise rien et ne s'y oppose point tous ses vux demeureront, et toutes les
promesses précises qu'elle a faites contre son âme, demeureront contre elle. Mais si le
mari rejette tout ce qui est sorti de sa bouche, ses vux et les promesses précises
qu'elle a faites contre son âme, aussitôt qu'il en a connaissance, tout cela ne
demeurera plus; son mari l'a rejeté, et le Seigneur la purifiera. Son mari mettra devant
elle tous ses vux et ses promesses faites par serment d'affliger son âme, et il les
rejettera. Mais si le mari a attendu de jour en jour pour lui en parler, il mettra devant
elle et ses vux et les promesses précises qui l'engagent parce qu'il a gardé le
silence au jour ou il les a connus. Et s'il n'a rejeté ces engagements qu'après le jour
où il les a appris, il portera son péché. »
3. Suite. Evidemment la Loi
a voulu que la femme obéît à son mari, puisqu'il lui est défendu d'accomplir les voeux
d'abstinence qu'elle a faits, à moins d'y être autorisée par celui-ci. Sans doute le
mari partage le péché. s'il revient sur une permission qu'il avait donnée d'abord; mais
la Loi ne dit pas que la femme accomplira son veau, en raison de la permission reçue
antérieurement. Elle déclare que le péché retombe sur le mari, parce qu'il a retiré
sa concession; mais elle n'autorise pas pour cela la femme à mépriser la défense du
mari survenue après cette concession.
4. Suite. Ces dispositions légales doivent-elles s'étendre
encore aux veaux de garder la continence et de s'abstenir du devoir conjugal? Ou ne
faudrait-il pas admettre que le boire et le manger sont les seuls objets des voeux qu'on
fait contre son âme? Tel parait être le sens de ces paroles de Notre-Seigneur :
« L'âme n'est elle pas plus que la
nourriture (1) ? » Et voici en quel terme le jeûne est prescrit: « Vous affligerez vos
âmes (2). » Je ne sache pas, au contraire, qu'on lise quelque part que le veau de
s'abstenir du devoir conjugal soit un veau contre l'âme. Dans ces sortes de veaux, en
effet, la Loi donne autorité au mari, et non à la femme qui lui est soumise ; en sorte
que si le mari approuve les voeux de la femme, ils sont obligatoires; tandis que s'il les
désavoue, ils n'obligent plus. Au contraire l'Apôtre, parlant des devoirs entre
personnes mariées, ne donne point une autorité plus grande au mari qu'à la femme mais
« que le mari, dit-il, rende à sa femme ce qu'il lui doit, et la femme de même à son
mari. Le corps de la femme n'est point en sa puissance, mais en celle du mari: de même le
corps du mari n'est point en sa puissance, mais en celle de la femme (3). » Dieu donnant
en cette matière un pouvoir égal à chacun des conjoints, je pense donc que l'Apôtre a
voulu nous donner à entendre que cette règle relative au devoir dans le mariage, ne
regarde point les veaux précités, où la puissance du mari et de la femme n'est pas
égale, mais ou le mari l'exerce principalement, et presque exclusivement. La Loi en
effet, ne dit pas que le mari ne doit point accomplir ses veaux, si la femme s'y refuse;
mais elle exempte la femme, en cas d'opposition du mari. C'est pourquoi je suis d'avis
qu'il ne faut point assimiler à ces sortes de voeux, de promesses et d'engagements ayant
pour but d'affliger l'âme, la volonté que peuvent avoir de concert le mari et la femme
d'user ou: de n'user point du devoir conjugal.
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5. Conclusion. Au surplus,
comme ces dispositions légales sont appelées justifications, et que dans le nombre des
,justifications, comme nous l'avons vu au livre de l'Exode, il en est qui ne peuvent
s'observer à la lettre et sont délaissées dans le nouveau Testament: par exemple,
l'obligation de percer l'oreille de l'esclave et autres semblables; il n'est pas hors de
raison de voir encore ici un sens figuré. Peut-être en effet l'Écriture a-t-elle voulu
nous donner à entendre que plusieurs abstinences cérémonielles contraires à la raison,
et parfois même ennemies de la vérité, sont acceptables, quand elles deviennent
rationelles, c'est-à-dire quand elles sont approuvées par la raison, qui, à la manière
du mari, doit régler tout mouvement animal, manifesté aussi bien par l'abstinence que
par l'appétit : en conséquence que si l'âme et la raison se prononcent pour l'action,
on agit; mais si la voix de la raison désapprouve, on n'agit point. Et si, dans la suite,
la raison condamne ce qu'elle avait approuvé d'abord, c'est un défaut de prudence; mais
alors même c'est à la raison seule que le corps doit obéir.
LX. (Ib. XXXI, 5, 6.) Dans quel sens
est employé le mot force, virtus ? En quel sens l'Écriture dit-elle : «
Moïse envoya mille hommes de chaque tribu, avec leur force ? » Veut-elle
désigner par la les princes des tribus, ou la force qui leur fut donnée de Dieu,
grâce peut-être à la prière même de Moïse ? Ou mieux, cette force des Israëlites ne
signifie-t-elle point ce qui devait soutenir leurs forces?
LXI. (Ib. XXXl, 8.) Comment Balaam
put-il être tué dans le combat des Israélites contre les Madianites ? L'Écriture dit que Balaam, ce faux prophète qui
fut appelé pour maudire le peuple d'Israël, se trouva au nombre des morts dans la
bataille où les Israëlites triomphèrent des Madianites. On peut demander comment ce
passage se concilie avec le précédent, où l'Écriture après avoir montré cet homme
contraint de bénir, termine son récit en disant: « Après cela Balaam se leva et s'en
retourna en son lieu, et Balac s'en alla chez lui (1).» Si Balaam était
retourné dans sa patrie, comment donc a-t-il pu succomber dans cette bataille, car son
pays natal, la Mésopotamie, était extrêmement éloigné? Serait-il par hasard revenu de
son pays auprès de Balac, sans que l'Écriture en ait fait mention? Toutefois, on peut
entendre le retour de Balaam en
son lieu, dans ce sens, qu'il revint de l'endroit où il offrait des
sacrifices au lieu d'où il était parti à cet effet, et où il avait son logement comme
étranger. Il est positif, en effet, qu'on ne lit pas: dans sa maison, ou dans sa patrie,
mais « en son lieu. » Or, tout étranger a un lieu où il demeure quelque temps. Quant
à Balac, qui l'avait fait venir, il n'est pas dit qu'il revint « en son lieu, » mais « chez lui, » c'est-à-dire dans
le lieu où il avait sa maison et régnait. « En son « lieu, » eût pu se dire
également du souverain et de l'étranger; mais « chez lui, » ne me parait pas pouvoir
se dire d'un étranger qui revient à la maison de
son hôte.
LXII. ( Ib. XXXI, 9. ) Encore sur le
sens du mot « virtus eorum. » « Et ils prirent les femmes de Madian, et
leurs meubles, et leurs troupeaux, et tout ce qu'ils possédaient, et ils
« les dépouillèrent de leur force, virtutem eorum. »
L'Écriture parle des femmes, des meubles, des troupeaux et de tout ce que possédaient
les Madianites; puis elle ajoute : « et ils les dépouillèrent de leur force :»
pourquoi cette addition ? C'est qu'il faut en réalité donner ici au mot virtus le
même sens que dans le passage précédent, où il est dit que Moïse envoya mille hommes
de chaque tribu avec leur force. Ce que l'Écriture appelle leur force ne serait-il
pas la nourriture qui les fortifiait; cette nourriture
qui donne des forces, et sans laquelle les forces s'épuisent ? C'est ce qui explique les
paroles menaçantes que Dieu adresse par son Prophète « Je vous ôterai la force du pain
et la force de l'eau (1). » Moïse avait donc déjà envoyé les milliers de soldats de
chaque tribu, pourvus de provisions, avec leur force, comme porte le texte; et, après la
victoire qu'ils remportèrent sur les Madianites, ces soldats eurent encore en partage les
provisions de leurs ennemis.
LXIII. (Ib XXXI, 15, 16. ) Conseil
perfide donné par Balaam aux Madianites. «
Pourquoi avez-vous épargné la vie de toutes les femmes ? Car ce sont elles qui, selon la
parole de Balaam, ont été cause que les enfants d'Israël se sont égarés et ont
méprisé la loi du Seigneur pour s'attacher à Phogor. » L'Écriture ne lit pas à quel
moment Balaam donna aux Madianites le conseil perfide de se servir de leurs femmes comme
d'un appât pour entraîner les Israëlites, non-seulement dans la fornication corporelle,
mais encore dans la fornication spirituelle, ou
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l'idolâtrie: il le donna cependant, puisque ce fait est mentionné
ici. De la même manière, bien que l'Ecriture ne dise pas en quel lieu Balaam était
retourné, on peut croire, si l'on veut, que ce lieu n'était pas l'hôtellerie où il
logeait comme étranger.
LXIV. (Ib. XXXV, 14, 42.) A qui
s'ouvraient les villes de refuge? Pourquoi lEcriture dit-elle « Vous
aurez des villes qui serviront de
refuge contre le vengeur du sang, et celui qui est homicide ne mourra point,
jusqu'à ce qu'il
ait paru devant le peuple pour le jugement ? » Il s'agit ici de ceux qui ont tué
sans le vouloir; cependant, parlant ailleurs de tout homme réfugié pour une cause
semblable, elle dit qu'il sortira libre de la cité qui lui a servi de refuge, quand
arrivera la mort du grand-Prêtre ?Pourquoi donc s'exprime-t-elle ainsi : « Et celui qui
est homicide ne mourra point, jusqu'à ce qu'il ait paru devant le peuple pour le jugement
? » N'est-ce point parce qu'il fallait, pour qu'il pût demeurer dans une ville de
refuge, une preuve juridique qu'il avait tué sans le vouloir ?
LXV. (Ib. XXXV,19, 42.) Sur l'homicide
convaincu judiciairement de meurtre volontaire. Quel
est le vrai sens de ces mots : « Celui qui venge le sang, tuera lui-même l'homicide; il
le tuera quand il le rencontrera ? » Mal entendu, ce passage signifierait que, dans tous
les cas, le vengeur de la mort d'un proche parent peut tuer l'assassin sans forme
de procès. Mais on doit interpréter ces paroles conformément à ce qui a été dit plus
haut : que le meurtrier se retirera dans une des villes de refuge, jusqu'à ce qu'il
comparaisse en jugement, dans la crainte qu'il ne soit rencontré et mis à mort
auparavant par le parent de la victime ; car, lors même qu'il aurait commis un homicide
involontaire, trouvé par son adversaire en dehors des villes de refuge, il peut être mis
à mort. Mais quand il a paru en jugement en quelqu'une de ces villes et qu'il y a été
déclaré coupable d'homicide, alors on ne lui permet plus d'y demeurer, et une fois le
jugement rendu, quelque part qu'il soit rencontré par le parent du mort, celui-ci a le
droit de le tuer. Un nouveau jugement est inutile, puisqu'il a été déclaré coupable
d'homicide volontaire, et, à ce titre, chassé des villes de refuge.
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