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SERMON CXXXV. A PROPOS DE L'AVEUGLE-NÉ (1).

 

ANALYSE. —- Ce discours est la solution de deux difficultés qu'on élève devant saint Augustin à propos de l'histoire de l'aveugle-né. 1° Jésus-Christ disant alors qu'il était obligé de « faire les oeuvres de son Père, » n'est-ce pas une preuve qu'il est inférieur à son Père? Non, car d'autres textes prouvent clairement que les œuvres et la nature du Père son aussi les œuvres et la nature du Fils. 2° Est-il vrai, comme le dit l'aveugle-né, et dans un sens absolu, que Dieu n'exauce point les pécheurs? Non; autrement personne ne devrait prier, car tous les hommes, et les plus saints eux-mêmes, ont des fautes à se reprocher et en demandent pardon en priant.

 

1. La lecture du saint Evangile vient de nous rappeler que le Seigneur Jésus a ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si nous considérons, mes frères, le châtiment dont nous avons hérité, le monde entier est cet aveugle, et si le Christ est venu lui rendre la vue, c'est que le démon l'avait aveuglé; en trompant le premier homme, il a fait de nous tous des aveugles-nés. Courons donc à Celui qui nous rendra la vue, courons, croyons, recevons sur nos yeux la boue faite avec sa salive. La salive n'est-elle pas comme le Verbe même, et la terre, comme sa chair? Lavons-nous la face dans la fontaine de Siloé. Que signifie Siloé ? L'Evangéliste a dû nous le dire: Siloé, selon lui, « signifie envoyé. » Et quel est l'envoyé, sinon Celui qui a dit dans notre Evangile : « Je suis venu faire les oeuvres de Celui qui m'a envoyé? » Voilà le véritable Siloé lavez-vous y la face, recevez son baptême, recouvrez la lumière, et voyez, vous qui ne voyiez pas jusqu'alors.

2. Et d'abord ouvrez les yeux à ces paroles « Je suis venu faire les couvres de Celui qui m'a envoyé. » Voici un Arien qui se lève : vous voyez bien, dit-il, que le Christ ne fait pas ses propres oeuvres, mais les oeuvres du Père qui l'a envoyé. — Mais l'Arien ne parlerait pas ainsi, s'il

 

1. Jean, IX.

 

voyait clair, s'il se lavait la face dans Siloé, dans Celui qui a été envoyé. Que dis-tu donc, Arien ? — biais c'est lui-même qui l'affirme, répond-t-il. — Qu'affirme-t-il? — « Je suis venu faire les « œuvres de Celui qui m'a envoyé. » — Donc ce ne sont pas les siennes ? — Sans doute. — Pourquoi alors, pourquoi ce Siloé, cet envoyé, ce Fils de Dieu, ce Fils unique que tu regardes avec douleur comme un Fils dégénéré, pourquoi dit-il : « Tout ce qui est à mon Père, est à moi (1) ? » Tu prétends qu'il ne faisait pas ses propres oeuvres parce qu'il s'est présenté comme faisant « les œuvres de son Père. » Je pourrais répliquer, en m'appuyant sur tes principes, que le Père possédait le bien d'autrui. Comment prouverais-tu en effet que ces mots : « Je suis venu « faire les oeuvres de Celui qui m'a envoyé, » indiquent que ces œuvres n'étaient pas en même temps celles du Christ?

3. J'en appelle à vous, Seigneur Jésus, décidez cette question, finissez en avec cette dispute. Le Sauveur répond : « Tout ce qui est à mon Père, est à moi. » Si c'est à vous, s'ensuit-il donc que ce n'est pas à votre Père ? — Jésus ne dit pas Mon Père m'a donné tout ce qu'il possède, et toutefois ce langage n'aurait t'ait que prouver son égalité avec lui. Il dit : « Tout ce qui est à mon

 

1. Jean, XVI, 15.

 

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Père, est à moi. » Comment l'expliquer? Dans ce sens, que tout ce qui est au Père; est au Fils, comme tout ce qui est au Fils, est au Père. Voici en effet comme il s'exprime dans un autre passage : « Tout ce qui est à moi, est à vous ; et tout ce qui est à vous, est à moi (1). » Ainsi relativement à ce que possèdent le Père et le Fils, la question est tranchée; ils possèdent paisiblement en commun; pourquoi susciter des débats?

Quant aux œuvres du Père, le Fils dit aussi qu'elles sont ses oeuvres. Elles sont les siennes, puisqu'elles sont celles du Père à qui il disait « Tout ce qui est à moi est à vous; et tout ce qui « est à vous est à moi. » Ne s'ensuit-il pas en effet que mes œuvres sont les vôtres et que les vôtres sont les miennes? D'ailleurs, a-t-il dit encore, lui, le Seigneur même, le Fils et le Fils unique de Dieu, la Vérité suprême : qu'a-t-il donc dit? « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait aussi comme lui (2). » Quel trait de lumière! quelle vérité ! quelle égalité! Ne suffirait-il pas de dire « Tout ce que fait le Père, le Fils le fait aussi ? » — Non, j'ajoute : « Comme lui. » Pourquoi ajouter. : « Comme lui ? » Parce qu'il est des esprits peu intelligents et marchant sans avoir les yeux ouverts, qui aiment à répéter que le Père agit en commandant et le Fils en obéissant, d'où il suit qu'ils n'agissent pas l'un comme l'autre. Mais ces mots : « comme lui, » indiquent qu'ils agissent l'un comme l'autre, et que l'un fait ce qui est fait par l'autre.

4. Cependant, réplique-t-on, le Père commande au Fils d'agir. Quelle idée charnelle! Eh bien! sans préjudicier aux droits de la vérité, j'accepte. Le Père donc commande et le Fils obéit : s'ensuit-il que le Fils qui obéit n'est pas de même nature que le Père qui commande? Supposons deux hommes, un père et son fils. L'un commande, c'est un homme ; l'autre obéit, c'est un homme encore; ils ont tous deux une seule et même nature. Celui qui commande n'a-t-il point communiqué par la génération la nature à son fils ? Et celui qui obéit a-t-il en obéissant perdu cette nature ? Provisoirement donc considère comme deux hommes le Père qui commande et le Fils qui obéit, sans oublier toutefois que l'un et l'autre est Dieu. Mais il y a cette différence que les deux hommes sont deux hommes réellement, tandis que le Père et le Fils ne forment ensemble qu'un seul. Dieu; ce qui est une propriété merveilleuse et toute divine. Veux-tu

 

1. Jean, XVII,10. — 2. Ibid. V, 19.

 

donc que j'attribue avec toi l'obéissance au Fils? Admets d'abord avec moi qu'il est de même nature que son Père. Le Père a engendré un autre lui-même; son Fils autrement ne serait pas son vrai Fils. Le Père lui dit : « Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore (1). » Que signifie « avant l'aurore ? — Avant l'aurore » signifie avant le temps, et par conséquent avant tout ce qui est précédé par quoi que ce soit, avant tout ce qui n'est pas encore, et avant tout ce qui est déjà. Aussi l'Évangile ne dit-il pas : Au commencement Dieu a fait le Verbe, comme il est dit ailleurs: « Au commencement Dieu a fait le ciel et la terre (2). » Il ne dit pas non plus : Au commencement est né le Verbe; ni: Au commencement Dieu l'a engendré. Que dit-il alors? «Il était, il était, il était. » A ce mot, il était, crois. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu (3). » A chaque répétition de ce mot, il était, éloigne toute idée de temps, car c'est toujours qu'il était. Ainsi donc, comme Dieu a toujours été et toujours été avec son Fils, comme aussi il peut engendrer en dehors du temps, c'est lui qui a dit à son Fils : « Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore. » Que signifie, de mon sein ? Dieu aurait-il un sein? Lui donnerons-nous une forme et des membres corporels ? Nullement. Si donc il a dit : De mon sein, n'est-ce pas pour nous faire entendre qu'il a engendré de sa propre substance? Son sein a ainsi produit un autre lui-même; attendu que si le Fils était d'une autre nature que son Père, il ne serait pas un Fils, mais un monstre véritable.

5. Dans ce sens donc le Fils peut accomplir les oeuvres de Celui qui l'a envoyé, et le Père, les œuvres du Fils. Oui, le Père veut et le Fils exécute. Ne puis-je montrer aussi que le Fils veut et que le Père accomplit? — Comment, dis-tu, le montrerai-je ? — Le voici. « Mon Père, je veux. » Ne pourrais-je à mon tour accuser le Fils de vouloir et le Père d'exécuter ? Que voulez-vous Seigneur? « Que là où je suis, eux soient aussi avec moi (4). » Nous voilà tirés du danger, nous serons alors où il est; oui, nous y serons. Qui peut annuler ce vouloir du Tout-Puissant?

Après avoir constaté la volonté de sa puissance, constate maintenant la puissance de sa volonté.

« Comme le Père, dit-il; réveille les morts et les rend à la vie; ainsi le Fils vivifie ceux qu'il veut (5). » — « Ceux qu'il veut. » Ne dis donc

 

1. Ps. CIX, 3. — 2 Gen. I, 1. — 3. Jean, I, 1. — 4. Jean, XVII, 24. — 5. Ibid. V, 21.

 

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pas que le Fils vivifie ceux que le Père lui commande de vivifier. « Il vivifie ceux qu'il veut. »

Ceux par conséquent que le Père veut comme lui; car la puissance étant la même, la volonté est la même aussi. Ainsi donc n'ayons pas le coeur aveugle et reconnaissons au Père et au Fils une seule et même nature, car le Père est véritablement Père, et le Fils véritablement Fils. Le Père a engendré un autre lui-même, car le Fils n'est pas un Fils dégénéré.

6. Il y a, dans les paroles de l'aveugle-né, je ne sais quoi qui peut inquiéter, peut-être même porter au désespoir quand on ne les comprend pas bien. Après avoir recouvré la vue, il dit entre autres choses : « Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs. » Eh ! que deviendrons-nous, si Dieu n'exauce pas les pécheurs? Si Dieu n'exauce pas les pécheurs, oserons-nous le prier? — Eh bien ! montrez-moi quelqu'un qui prie, et je vous montre qui l'exauce. Montrez-moi quelqu'un qui prie, examinez le genre humain; allez des imparfaits aux parfaits, du printemps à l'été, car nous venons de chanter. « C'est vous qui avez fait l'été et le printemps (1); » c'est-à-dire : C'est vous qui avez fait les hommes qui sont déjà spirituels et ceux qui sont encore charnels ; car le Fils de Dieu dit lui-même : « Vos yeux voient ce qu'il y a en moi d'imparfait; » ils voient ce qu'il y a d'imparfait dans mon corps. Poursuivons. Ceux qui sont imparfaits ont-ils à espérer quelque chose? Sûrement, car nous lisons ensuite: « Et tous seront inscrits dans votre livre (2). »

Peut-être croyez-vous, mes frères, que les spirituels prient et sont exaucés, parce qu'ils ne sont pas pécheurs. Que deviendront alors les hommes encore charnels ? Que deviendront-ils? Ils seront donc perdus? Ils ne prieront plus le Seigneur? Loin de nous cette pensée ! Voyons te publicain de l'Évangile. Viens, publicain, arrête-toi au milieu de nous, pour empêcher les faibles de perdre tout espoir, montre-nous quelle espérance te soutenait. Ce publicain est monté au temple pour y prier avec le pharisien; il se prosterne la face contre terre, il reste éloigné du sanctuaire et se frappe la poitrine en disant : « Soyez moi propice, Seigneur, car je suis pécheur; » puis il retourne justifié, plutôt que le pharisien (3). En s'écriant: « Soyez-moi propice, car je suis pécheur, » disait-il vrai ou faux Puisqu'il disait vrai, il était pécheur; il fut néanmoins

 

1. Ps, LXXIII, 17. — 2. Ps. CXXXVIII, 16. — 3. Luc, XVIII, 10-14.

 

moins exaucé et justifié. Comment donc as-tu pu dire, toi dont les yeux ont été ouverts par le Seigneur: « Nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs ? » Nous voyons ici qu'il les exauce. Lave donc ton âme, fais pour ton coeur ce que tu as fait pour tes yeux et tu reconnaîtras que Dieu exauce les pécheurs. Tu es dupe d'une imagination vaine; tu n'es pas encore guéri complètement. Cet aveugle fut excommunié par, la Synagogue; Jésus l'apprit, vint à lui et lui dit : « Crois-tu au Fils de Dieu ? » — « Qu'est-il, Seigneur, pour que je croie en lui? » Il voyait donc et ne voyait pas; il voyait des yeux, mais non du coeur. « Mais tu le vois, » répliqua le Seigneur, tu le vois des yeux du corps; « c'est lui-même qui te parle. — Et se prosternant alors il l'adora. » C'était se purifier l'oeil du coeur.

7. Pécheurs, appliquez-vous donc à prier; confessez vos péchés, priez pour les effacer, priez pour en diminuer le nombre, priez pour obtenir qu'ils disparaissent à mesure que vous progressez : mais gardez-vous de désespérer et priez, tout pécheurs que vous êtes. Quel est, hélas ! celui qui n'a point péché? Commençons par les prêtres.

Il est dit aux prêtres : « Offrez d'abord des sacrifices pour vos péchés, et ensuite pour le peuple (1). » Ces sacrifices témoignaient contre les prêtres, et si l'un d'entre eux s'était prétendu juste et exempt de péché, on lui aurait répondu-: Je ne considère point ce que tu dis, mais ce que tu offres; la victime qui est entre tes mains sert à te confondre. Pourquoi offrir en vue de tes péchés, si tu es sans péché? Prétends-tu tromper Dieu, même en sacrifiant?

On objectera peut-être que si les prêtres de l'ancien peuple étaient pécheurs, les prêtres du peuple nouveau ne le sont pas. Croyez-moi, mes frères: puisque Dieu l'a voulu, je suis son prêtre, et pourtant je suis pécheur, je frappe avec vous rua poitrine, avec vous je demande pardon, j'espère avec vous que Dieu me fera miséricorde. Mais les saints Apôtres, les premiers chefs du troupeau chrétien, ces premiers pasteurs, membres du Pasteur suprême, n'étaient-ils pas sans péchés? Non, ils n'étaient pas sans péché, ils avaient réellement des péchés, et si nous le publions ils ne s'irritent point, attendu qu'ils l'avouent eux-mêmes. De moi-même je n'oserais l'avancer; ruais prête d'abord l'oreille à la voix du Seigneur;

 

1. Lévit. XVI, 6 ; Héb. VII, 27.

 

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il leur disait : « C'est ainsi que vous prierez. » Cette prière prouvera contre eux, comme les sacrifices déposaient contre les prêtres de l'ancienne loi. « C'est ainsi que vous prierez; » et entre autres demandes prescrites le Seigneur a inséré la suivante : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à qui nous a offensés (1). » Que disent donc les Apôtres ? Ils demandent, chaque jour le pardon de leurs fautes. Coupables, ils se présentent à la prière, ils en sortent absous et y reviennent de nouveau coupables. On n'est pas dans cette vie exempt de péché, puisqu'on en demande pardon toutes les fois qu'on prie.

8. Que dire encore ? Dirai-je qu'ils étaient encore malades quand cette prière leur fut enseignée ? Dirai je, comme on pourra le faire, qu'au moment où le Seigneur Jésus leur apprit cette prière, ils étaient petits encore, faibles et encore charnels, et non pas du nombre de ces spirituels qui ne commettent point de péché? Mais ont-ils, mes frères, cessé de prier quand ils sont devenus spirituels? Le Christ donc aurait dû leur dire qu'ils devaient pour le moment prier de cette manière, puis leur indiquer une autre formule de prière pour l'époque où ils seraient devenus spirituels. Mais non, il n'y a dans l'Eglise que cette formule donnée parle Sauveur, suivez-la en priant.

Portons contre l'objection le dernier coup. Tout en soutenant que ces saints Apôtres étaient spirituels, tu avoueras que jusqu'au moment de la passion du Seigneur ils étaient charnels encore. N'est-il pas vrai qu'ils tremblèrent quand ils le virent suspendu à la croix et qu'ils désespérèrent au moment même où le larron crut en lui? Pierre osa le suivre quand on le conduisait au supplice, il osa le suivre, arriva jusqu'à la demeure du pontife, entra tout fatigué dans la cour, se tint près du feu où son zèle se, refroidit; c'était la crainte qui le glaçait près du feu. Questionné par une servante, une première fois il renia le Christ; interrogé une seconde fois, il le renia

 

1. Matt. VI, 9,12.

 

encore; il le renia une troisième fois quand une troisième fois il fut questionné (1). Que Dieu soit béni de ce qu'on cessa de l'interroger ! Combien de temps encore n'eût-il pas continué à renier? Et ce ne fut qu'après sa résurrection que le Seigneur confirma ses Apôtres et en fit des hommes spirituels.

Mais alors n'étaient-ils pas sans péché? Ces hommes spirituels écrivaient et adressaient aux Eglises des lettres toutes spirituelles; ils étaient sans péché, prétends-tu. Je ne te crois pas sur parole, je les interroge eux-mêmes. Dites-nous donc, saints Apôtres, si vous n'avez plus commis de fautes depuis qu'après sa résurrection le Seigneur vous eut confirmés en vous envoyant du haut du ciel l'Esprit-Saint? Dites-nous cela, je vous en conjure. Ecoutons, mes frères, et les pécheurs ne désespéreront pas, et ils ne cesseront pas de prier pour n'être pas sans péché. Parlez donc. Voici l'un d'entre eux. Lequel? Celui que le Seigneur aimait spécialement, celui qui reposait sur sa poitrine (2) , et qui y puisait, pour nous les communiquer, les secrets du royaume des cieux. C'est celui-là que j'interroge. Etes-vous, ou n'êtes-vous pas sans péché? Voici sa réponse : « Si nous prétendons être sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n'est point en nous. » Remarquez : c'est le même Evangéliste Jean qui a dit: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu (3). » Quels espaces il avait franchis pour arriver jusqu'au Verbe ! Et bien! c'est ce grand homme, ce grand homme qui s'était élevé comme l'aigle au dessus des nues et qui d'un regard serein contemplait le Verbe qui « était au commencement; » c'est lui qui a dit : « Si nous prétendons être sans péché, nous nous faisons illusion et la vérité n'est point en nous. Mais si nous confessons nos fautes, Dieu est fidèle et juste pour nous les remettre et pour nous purifier de toute iniquité (4). » Ainsi donc priez.

 

1. Matt. XXVI, 69-74. — 2. Jean, XIII, 23. — 3. Ib. t, 1. — 4. Jean, I, 8, 9.

 

 

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