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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON CXXXIX. CONSUBSTANTIALITÉ DU FILS AVEC LE PÈRE (1).

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ANALYSE. — Si Dieu a un grand nombre dé fils adoptifs, il n'a pourtant qu'un Fils proprement dit : un Fils qui soit de même nature et de même substance que lui. Vainement les Ariens objectent qu'un fils en naissant est inférieur à son père. S'il lui est inférieur, c'est seulement en âge et parce qu'il est soumis aux mouvements du temps; mais il lui est égal en nature. Quelle injure donc les hérétiques ne font-ils pas et an Père éternel et à son Fils? En considérant celui-ci comme inférieur à son Père, ils l'accusent de n'être qu'un Fils dégénéré, comme ils accusent le Père de n'avoir engendré qu'un monstre.

 

1. Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, qui est né de Dieu le Père sans le concours d'aucune mère, et de la Vierge sa mère sans le concours d'aucun père mortel, Jésus-Christ a dit, vous venez de l'entendre : « Mon Père et moi nous sommes « un. » Accueillez, croyez cette assertion de manière à mériter de la comprendre; car la foi doit précéder l'intelligence et l'intelligence doit être la récompense de la foi, comme l'enseigne expressément un Prophète : « Si vous ne croyez, dit-il, vous ne comprendrez point (2). » Ainsi donc c'est à la foi que s'adresse la prédication en exposant simplement les mystères, et c'est l'intelligence que veut éclairer la discussion en les approfondissant. Aussi, afin de commencer par répandre la foi dans vos âmes, nous vous prêchons Jésus-Christ, Fils unique de Dieu.

Pourquoi dire unique? Parce que le Père de ce Fils unique s'est fait par sa grâce beaucoup d'autres enfants. Tous les saints en effet sont fils de Dieu par grâce, Jésus-Christ seul l'est par nature. Etre fils de Dieu par grâce, c'est n'avoir pas la nature du Père; voilà pourquoi aucun saint n'a osé dire jamais, comme le Fils unique : « Mon Père et moi nous sommes un. » Le Père toutefois n'est-il pas aussi notre Père? S'il ne l'est pas, comment lui disons-nous en priant : « Notre Père qui êtes aux.cieux (3)? » Il est vrai, nous sommes ses enfants; mais il nous a rendus tels par sa volonté, sans nous avoir engendrés de sa substance; et s'il est dit qu'il nous a engendrés, c'est pour exprimer qu'il nous a adoptés en nous communiquant ses bienfaits et non point en nous transmettant sa nature. Aussi portons-nous ce titre d'enfants pour avoir été appelés par lui à l'adoption de ses fils (4). Nous sommes des hommes adoptés par Dieu. Si Jésus-Christ est appelé Fils unique, c'est qu'il a la même nature que son Père; nous au contraire nous ne sommes que des hommes

 

1. Jean, X, 30. — 2. Isaïe VII, 9. sel. LXX. — 3. Matt. VI, 9. — 4. Ephès. I, 6.

 

et notre Père est Dieu. Or c'est parce que Jésus a la même nature que son Père qu'il a dit et qu'il a dit avec vérité: «Mon Père et moi nous sommes un. » Que signifie «nous sommes un?» Nous sommes d'une seule et même nature, d'une seule et même substance.

2. Peut-être ne comprenez-vous pas suffisamment ce que veut dire d'une seule et même substance. Appliquons-nous et que Dieu nous aide; moi à m'expliquer et vous à entendre; moi à mettre la vérité à votre portée, vous à la croire, ce qui est nécessaire avant tout, à la comprendre ensuite dans la mesure de vos forces. Que signifie donc d'une seule et même substance? Afin d'éclaircir par des exemples ce qui peut n'être pas suffisamment clair, j'emploierai des comparaisons.

Suppose que Dieu c'est de l'or, le Fils sera de l'or aussi. Et pourquoi des comparaisons tirées des choses de la terre ne serviraient-elles pas à nous élever vers les choses du ciel, puisqu'il est écrit : « La pierre était le Christ (1)? » Ainsi le Fils est tout un avec le Père; et si, comme je l'ai déjà supposé, le Père était de l'or, le Fils aussi serait de l'or. Dire que le Fils n'est point de la même substance que le Père, ne serait-ce pas dire, par exemple : Le Père est de l'or, et le Fils de l'argent? Mais si le Père est de l'or tandis que le Fils est de l'argent, c'est que le Fils unique du Père est un Fils dégénéré. Un homme engendre un homme; le père qui engendre est de même substance que le fils engendré par lui. Qu'est-ce à dire encore de même substance ? L'un est homme, l'autre aussi; l'un a une âme, l'autre en a une ; l'un a un corps, l'autre a un corps; l'un est enfin ce qu'est l'autre.

3. Mais j'entends l'hérésie Arienne. Que me dit-elle? — Souviens-toi de ce que tu viens de dire. — Et qu'ai-je dit? — Qu'on peut établir une comparaison entre un fils de l'homme et le Fils de Dieu. — Oui, une comparaison, mais une

 

1. I Cor. X, 4.

 

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comparaison de ressemblance et non une comparaison d'égalité. Mais qu'en veux-tu conclure? — Ne vois-tu donc pas, reprend-elle, que le père qui engendre est plus grand que le fils engendré par lui? Comment, dis-moi, comment osez-vous enseigner que le Père et le Fils, que Dieu et le Christ sont égaux, quand vous voyez parmi les hommes Je fils toujours inférieur au père? — O homme sage, tu vas donc chercher le temps dans l'éternité, la succession des âges là où il n'y a point de temps? Si parmi nous le père est plus grand que le fils, c'est qu'ils sont tous deux dans le temps, c'est que l'un grandit tandis que l'autre vieillit. Car, je l'ai déjà dit, ce n'est point par la nature que le père l'emporte sur son fils, c'est par l'âge. En veux-tu la preuve? Attends, laisse croire le fils et il sera égal à son père; si petit que soit un enfant, il pourra en grandissant atteindre la taille de son père. Mais toi, en représentant le Fils de Dieu comme inférieur à son Père, tu veux qu'il ne grandisse ni rie s'élève jamais à la hauteur de Celui qui l'engendre. Ainsi tu mets un simple fils d'homme dans une condition préférable à celle du Fils de Dieu. Comment? Parce qu'un fils d'homme grandit et parvient à égaler son père; tandis que le Christ, selon vous, naît inférieur à son Père pour lui rester inférieur, sans avoir même à espérer le développement de l'âge; et c'est ainsi qu'on lui donne une nature différente. Mais pourquoi lui donne-t-on une nature différente si.ce n'est pour ne pas croire qu'il est de même substance que son Père? Confesse au moins qu'il a la même substance que son. Père, et dis ensuite qu'il lui est inférieur.

Voyons les hommes: voici un homme. Qu'est-il par sa substance? Un, homme. Et le fils qu'il engendre? Un homme aussi, quoique plus petit. L'âge est différent, la nature est la même. Dis donc aussi : Le Fils est de même nature que le Père, mais il lui est inférieur. Dis cela, fais un pas en avant, dis que le Fils est de même substance que le Père, mais que pourtant il est moindre que lui; tu parviendras ainsi à voir en lui son égal. Oui, reconnaître qu'il est de même substance, quoique moindre, que lui, c'est avancer beaucoup, c'est se rapprocher beaucoup de la vérité qui nous le montre son égal. — Mais le Fils, prétends-tu; n'est pas de même substance que le Père. C'est dire que l'un est de l'or et l'autre de l'argent; c'est dire d'un homme qu'il a engendré un cheval, puisque l'homme n'est pas de même substance que le cheval. Or si le Fils est d'une autre substance que le Père, il s'ensuit que le Père a engendré un monstre. D'une créature, d'une femme qui enfante ce qui n'est pas un être humain, ne dit-on pas qu'elle a donné le jour à un monstre? Pour n'être pas un monstre, il faut que ce qui naît soit de même substance que ce qui le produit; que l'homme engendre un homme, le cheval un cheval, la colombe une colombe et le passereau un passereau.

4. Dieu donc a accordé à ses créatures d'engendrer ce qu'elles sont: à ses propres créatures, à des créatures mortelles et terrestres il a donné d'engendrer ce qu'elles sont; et lui, qui devance tous les siècles, n'aurait pu garder pour lui ce pouvoir? Il est sans aucun commencement, et son Fils ne serait pas ce qu'il est, il aurait un Fils dégénéré? Quel blasphème n'est-ce donc pas de soutenir que le Fils unique de Dieu n'est pas de même substance que son Père? Oui, c'est dire qu'il est dégénéré. Quelle injure de reprocher au fils d'un homme quelconque qu'il est dégénéré! Qu'est-ce qu'être dégénéré? C'est, par exemple, avoir un père courageux, et être soi-même lâche et timide. Quand on veut humilier ce lâche dont le père est d'un caractère généreux, que lui dit-on? — Arrière, fils dégénéré. Ton père était vaillant, et la peur te fait trembler. — Mais c'est par sa faute qu'un fils dégénère de son père, par nature il est son égal. Par nature il est son égal, qu’est-ce à dire? C'est-à-dire qu'il est homme aussi bien que son père. Sans doute le père est courageux et le fils est un lâche, le père est intrépide et le fils un trembleur; ils sont néanmoins tous deux des hommes, ce qui prouve que c'est le vice et non la nature qui fait du fils un fils dégénéré. Pour toi, quand tu accuses le Fils unique du Père d'être un Fils dégénéré, de n'être pas ce qu'est son Père, tu l'accuses, non pas d'avoir dégénéré après sa naissance, mais d'avoir été engendré dégénéré. Qui pourrait entendre un tel blasphème ? Ah! si les Ariens pouvaient en voir la gravité dune manière quelconque; comme ils fuiraient leur secte pour se faire catholiques!

5. Que dire pourtant, mes frères? Ne nous irritons point contre eux, mais pour eux demandons à Dieu le don d'intelligence. Peut-être en effet sont-ils nés dans cette erreur. Qu'est-ce à dire? Que peut-être ils ont reçu de leurs parents cet enseignement auquel il tiennent si fort. Hélas! ils préfèrent leur famille à la vérité. Ah ! (572) pour pouvoir rester ce qu'ils sont, qu'ils deviennent ce qu'ils ne sont pas; qu'ils deviennent catholiques, afin de pouvoir rester hommes; et pour ne pas perdre ce que leur a donné la création divine, qu'ils y ajoutent la divine grâce. Ils croient honorer le Père en outrageant le Fils, et si on dit à l'un d'eux: Tu blasphèmes; en quoi ? reprend-il. — En disant que le Fils n'est pas de même nature que le Père. — C'est toi plutôt qui blasphèmes, réplique-t-il. — Pourquoi?- Parce que tu prétends égaler le Fils au Père. — Oui, je prétends égaler le Fils à son Père; mais le Fils lui est-il étranger? Le Père n'est-il pas heureux de me voir lui égaler son Fils unique? Il en est heureux, car il ne connaît pas l'envie; et c'est parce qu'il n'a point d'envie contre son Fils unique que par la génération il lui a transmis tout ce qu'il est.

Toi au contraire tu outrages le Père en outrageant le Fils, car c'est pour honorer le Père que tu déshonores son Fils. Si en effet tu prétends que le Fils n'est pas de même substance, c'est pour ne pas manquer à son Père. Eli bien ! je vais te montrer en peu de mots que tu manques à tous deux. — Comment ? Si je dis à un fils : Homme dégénéré, tu ne ressembles pas à ton père; homme dégénéré, que tu es loin de ton père! Ce fils en m'entendant s'irrite et s'écrie : Est-ce en naissant que j'étais dégénéré? De son côté, le père en m'entendant s'irrite plus vivement encore, et que dit-il dans sa colère? Ai-je donc engendré un fils dégénéré? Si j'ai engendré ce que je ne suis pas, j'ai engendré un monstre. — Demanderas-tu encore comment tu outrages le Père et le Fils en honorant l'un au détriment de l'autre? Tu offenses le Fils sans te concilier le Père; en cherchant à faire profiter le Père du déshonneur du Fils, tu blesses le Père comme le Fils. Vers qui maintenant iras-tu te réfugier ? Si tu veux échapper à la colère du Père en courant vers le Fils, ne te dira-t-il pas : Quoi! tu recours à un Fils que tu supposes dégénéré? Et si tu recours au Père après avoir offensé le Fils, ne te dira-t-il pas aussi : Quoi ! tu recours à un Père que tu supposes avoir engendré un Fils d'autre, nature?

Contentez-vous de cela, mes frères: retenez-le, confiez-le à votre mémoire, inscrivez-le sur les tablettes de votre croyance, et pour le comprendre, adressez vos prières à Dieu le Père et à son Fils, car ils ne sont qu'un.

 

 

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