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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON XXX. NÉCESSITÉ DE LA GRÂCE POUR ÉVITER LE PÉCHÉ. (1).

 

ANALYSE. — Comment pouvons-nous éviter d'être dominés par l'iniquité? 1° Il est certain que la loi ne saurait nous préserver du péché; nous avons besoin de la grâce du Rédempteur. 2° La nécessité de cette grâce nous apparaîtra mieux encore, si nous considérons lés penchants vicieux que nous ressentons malgré nous : Dieu seul peut les redresser ; lui seul aussi peut nous aider â n'en être point les esclaves. 3° Prétendre qu'on est capable de n'y pas céder; c'est un orgueil hautement condamné par le Fils de Dieu. Et nous sommes si peu capables, sans la grâce d'éviter, le péché, que nous ne pouvons sans le Christ faire le premier pas vers lui.

 

1. Sans aucun doute, mes frères, il désirait éviter le lourd fardeau, le joug pesant de l'iniquité, celui qui disait à Dieu: « Dirigez mes pas selon votre volonté, ne souffrez pas que je sois « dominé par aucune injustice. » Voyons donc quand est-ce que l'homme est dominé par l'injustice ; ainsi nous comprendrons la prière que nous

 

1. Ps. CXVIII, 133.

 

123

 

avons entendue et ce que nous avons demandé nous-mêmes en nous unissant à celui qui la faisait.

Je le crois en effet, nous suivions tous avec dévotion et fidélité le mouvement du psaume sacré lorsqu'en priant nous avons dit au Seigneur notre Dieu : « Dirigez mes pas selon voue parole, ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice. »

C'est le sang précieux du Rédempteur qui nous a 'affranchis de la domination de cette horrible maîtresse. Que nous servaient les ordres et les menaces de la loi que nous avions reçue, puisqu'elle ne nous aidait pas et que sous son empire et avant la grâce du Sauveur, nous n'étions pas moins coupables? La loi menace en vain, quand l'iniquité domine. Car la loi n'est ni corporelle, ni charnelle : le divin Législateur étant esprit, la loi sans aucun doute est une loi spirituelle. Or que dit l'Apôtre ? «Nous savons que la loi est spirituelle; pour moi je suis charnel, vendu comme esclave au péché (1). » O homme vendu et asservi au péché, ne t'étonne pas d'être dominé par le péché à qui tu appartiens. Ecoute l'Apôtre Jean : « Le péché est une injustice (2) : » mais c'est contre cet affreux tyran que nous implorons le Seigneur quand nous lui disons : « Dirigez mes pas suivant votre parole ; ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice. »

2. C'est l'esclave vendu qui crie ainsi : ah ! que le Rédempteur daigne l'exaucer. L'homme lui-même s'est vendu par son libre arbitre pour être asservi à l'iniquité, et ce qu'il a reçu en échange est le misérable plaisir d'avoir touché à l'arbre défendu. Aussi c'est ce même homme qui crie: Redressez ma voie; je l'ai courbée: « Dirigez mes pas; » je les ai égarés par mon libre arbitre « selon votre parole ; » qu'est-ce à dire : « selon votre parole? » Que mes pieds marchent droit comme est droite votre parole. Je suis courbé sous le poids de l'injustice ; mais votre parole est la règle de la -vérité: redressez-moi selon la règle, c'est-à-dire selon la droiture de votre parole. « Dirigez mes pas selon votre parole; ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice. » Je me suis vendu, rachetez-moi; je me suis vendu avec ma liberté, rachetez-moi avec votre sang. Confondez l'orgueil du vendeur; glorifiez la grâce du Rédempteur: car Dieu résiste aux superbes, tandis qu'il donne sa grâce aux humbles (3).

3. « La loi est spirituelle; et moi je suis charnel, vendu comme esclave au péché; car je ne

 

1. Rom. VII, 14. — 2. I Jean, V, 17. — 3 Jacq. IV, 6.

 

comprends pas ce que je fais et je ne fais pas ce que je veux. »  — « Je ne fais pas ce que je  veux, » dit l'homme charnel: ce n'est pas la loi, c'est lui-même qu'il accuse. Car la loi est spirituelle, exempte de tout vice ; et l'homme charnel qui s'est vendu est un homme coupable. Il ne fait pas ce qu'il veut ; quand il veut, il ne peut, parce qu'il n'a pas voulu lorsqu'il pouvait. En voulant le mal il a perdu le pouvoir de faire le bien ; aussi est-il captif quand il dit, captif quand il s'écrie: « Je ne fais pas ce que je veux: car le bien que je veux, je ne le fais pas, et je hais le mal que je fais (1). »

« Je ne fais pas ce que je veux, » dit l'Apôtre. Tu le veux au moins, réplique son adversaire. — « Je ne fais pas ce que je veux. » — Au contraire tu fais absolument ce que tu veux. — « Non, je ne fais pas ce que je veux; » crois-moi, frère, « je ne fais pas ce que je veux. » — Ah ! tu le ferais si tu voulais: si tu ne fais pas le bien, c'est que tu ne le veux pas. — « Non, je ne fais pas ce que je veux ; » crois-moi, je sais ce qui se passe en moi-même; « je ne fais pas ce que je veux. » Ennemi de la grâce, tu n'es pas l'arbitre de ma conscience. Je sais que je ne fais pas ce que je veux, et tu oses me dire que je fais ce que je veux! Nul ne sait ce qui se fait dans un homme si ce n'est l'esprit de cet homme qui est en lui (2).

4. Toi aussi, tu es un homme, et si tu ne veux pas m'en croire, regarde en toi-même. Dans ce corps corruptible qui appesantit l'âme (3), vis-tu sans sentir que la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair ? Cette lutte n'est-elle pas en toi ? N'y a-t-il aucune concupiscence charnelle qui résiste à la loi de l'esprit ? S'il n'y a point de partage en toi, où es-tu tout entier ? Si ton esprit ne lutté pas contre les concupiscences de la chair, n'est-ce point parce que ton âme s'y livre tout entière ? S'il n'y a point guerre en toi, n'est-ce point parce que tu as fait une paix honteuse? Oui, c'est peut-être parce que tu te livres entièrement à la chair qu'il n'y a en toi aucune lutte. Et comment espérer de pouvoir remporter la victoire quand tu n'as pas même essayé de combattre ?

Mais si tu te complais dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur et que tu voies dans tes membres une autre loi qui combat la loi de ton esprit (4); si la première te charme et que tu sois enchaîné par la seconde, libre dans Ion âme, tu es esclave dans ton corps ; dans ce cas, compatis plutôt au malheureux qui s'écrie : « Je ne fais pas ce que je

 

1. Rom. VII, 13, 16. — 2. I Cor. II, 11. — 3. Sag. IX, 16. — 4. Rom. VII, 22, 23.

 

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veux. » Toi aussi ne voudrais-tu pas ne sentir aucunement la convoitise qui se raidit contre la loi de l'esprit? Tu désirerais le mal situ ne souhaitais d'être délivré d'un tel ennemi. Pour moi, je te l'avoue, je veux sans réserve immoler tout ce qui se révolte en moi contre mon esprit, tout ce qui m'oppose des délectations qu'il condamne. Si par la grâce du Seigneur je n'y donne pas mon consentement, je voudrais encore n'avoir plus à combattre. J'aimerais infiniment mieux n'avoir pas d'ennemi que de vaincre. Car je ne saurais considérer comme m'étant étranger ce combat de la chair contre l'esprit, et ne suis-je pas violemment poussé par une nature ennemie ? Cette nature qui me pousse et la résistance que je fais sont à moi l'une et l'autre. Mon esprit tant soit peu libre se raidit contre des restes d'esclavage. Mais je voudrais que tout en moi fut guéri, parce que tout cela c'est moi-même. Je ne veux pas que ma chair soit éternellement séparée de moi comme si elle m'était étrangère, je veux qu'elle soit tout entière guérie avec moi.

Si tu n'as point le même désir, que penses-tu de ta chair ? Tu la crois donc un je ne sais quoi qui vient de je ne sais où, de je ne sais quelle puissance ennemie ? Idée fausse, hérétique, véritable blasphème. Un même ouvrier a formé ta chair et ton esprit; lui-même en créant l'homme, a fait l'une et l'autre, les a unis ensemble, soumettant la chair à l'âme et l'âme à lui-même. Si l'âme était demeurée soumise à Dieu, le corps serait resté soumis à l'âme. Ainsi ne t'étonne pas si celle-ci après avoir abandonné son Seigneur est châtiée par son propre sujet. « Car la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair ; ils sont opposés l'un à l'autre, en sorte que vous ne faites pas ce que vous voulez (1). » De là aussi cette parole de l'Apôtre : « Je ne fais pas ce que je veux. » Ma chair convoite contre mon esprit, et je ne voudrais pas de cette convoitise ; c'est pour moi un grand bien de n'y pas consentir, je souhaite néanmoins de ne la pas ressentir. Ainsi « je ne fais pas ce que je veux : » je veux que la chair ne convoite pas contre l'esprit, et je ne puis l'obtenir ; voilà ce que signifie : « Je ne fais pas ce que je veux. »

5. Pourquoi contester ici ? Je te dis que « je ne fais pas ce que je veux ; » et tu prétends que je fais ce que je veux ! » Pourquoi contester? Ingrat envers ton Médecin, pourquoi contrarier un malade? Laisse-moi prier ce Médecin et lui

 

1. Galat. V, 17.

 

dire : « Délivrez-moi des calomnies des hommes, et je pratiquerai votre loi (1). » Je la pratiquerai avec votre grâce, non avec mes seules forces. En implorant le médecin, je ne m'arroge point la santé que je n'ai pas encore. Pour toi, défenseur de la nature, et plût à Dieu que tu la défendisses véritablement, non en soutenant qu'elle est saine, puisqu'elle ne l'est pas, mais en réclamant pour elle le secours qui peut la guérir! pour toi donc, défenseur, ou plutôt ennemi de la nature, ne vois-tu pas qu'en louant le Créateur de son intégrité, tu empêches le Sauveur de prendre pitié de ses langueurs ? A celui qui l'a créé il appartient de la guérir; elle tombe par elle-même, et lui-même la relèvera. Telle est la foi, telle est la vérité, tel est le fondement de la religion chrétienne. Un homme d'une part et d'autre part. un homme; un homme l'a renversée, un autre homme la reconstruira; le premier l'a abattue, le second la rétablira ; le premier est tombé en ne demeurant pas fidèle ; le second n'est pas tombé et il relève. L'un s'est brisé en quittant Celui qui demeurait et l'autre en demeurant, est descendu vers ces ruines.

6. Si donc la chair convoite contre l'esprit, et si tu ne fais pas ce que tu veux, puisque tu veux en vain la cessation de cette lutte ; tiens au, moins ta volonté attachée à la grâce du Seigneur, et persévère avec son secours; répète ce que tu as chanté : « Dirigez mes pas selon votre parole, et ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice. »

Que signifie : « Ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice? » Écoute l'Apôtre: « Que le péché, dit-il, ne règne pas dans votre corps mortel. » Qu'est-ce à dire : « Ne règne pas ? Pour vous faire obéir à ses convoitises. » Il ne dit pas: N'aie aucun mauvais désir; comment en effet n'en avoir point dans cette chair mortelle où la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair? Applique-toi donc à empêcher le péché de régner dans ton corps mortel et à n'obéir pas à ses désirs. S'il est en toi de ces désirs, n'y cède point, ne te laisse pas dominer par l'iniquité.

« N'abandonnez pas non plus vos membres au péché, comme des instruments d'iniquité (2). » Que tes membres ne deviennent pas des instruments d'iniquité; et ne te laisse dominer par aucune injustice. Mais cette préservation même, peux-tu l'obtenir par tes propres forces ? Lorsque

 

1. Ps. CXVIII, 184. — 2. Rom. VI,12, 13.

 

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tes membres ne deviennent pas des instruments d'iniquité, l'iniquité est en eux, elle est dans les inclinations mauvaises, mais elle ne règne pas. Comment pourrait-elle régner sans instruments de règne? Une partie de toi-même, ta chair, la concupiscence de ta chair, se révolte contre toi dans sa mollesse. Cette mollesse est un tyran; si tu veux en être vainqueur, implore la légitime puissance du Christ.

7. Je sais ce que tu allais me dire, ce que peut-être tu dis maintenant en toi-même. Qui que tu sois, qui m'écoutes, je sais ce que l'iniquité te dit intérieurement; car tu es encore sous son joug, quand ta ne reconnais pas la grâce du Rédempteur : je sais donc que tu te dis ceci: La chair convoite en moi contre l'esprit, je l'avoue, elle convoite l'adultère ; mais je n'y consens pas, je ne l'accepte pas, je ne l'accorde pas ; non-seulement je m'abstiens, mais je ne consens pas de le faire ; non-seulement je ne l'accomplis pas au dehors dans mes membres, mais dans mon esprit je n'acquiesce pas aux ,mouvements de ma chair rebelle. Moi céder à ses convoitises, me soumettre à ses résistances ! Non. Ainsi je ne suis point dominé par l'iniquité. C'est vrai, c'est incontestable. — S'il en est ainsi, rends grâces à qui tu dois cette faveur. Ne te l'arroge pas; tu pourrais la perdre et la demander vainement ensuite. Ne crains tu pas cet oracle : « Dieu résiste aux superbes, tandis qu'il donne sa grâce aux humbles (1) ? »

8. C'est à toi que tu es redevable de n'être dominé par aucune iniquité? Si cette présomption est fondée, il nous est donc inutile de demander à Dieu : « Ne souffrez  pas que je sois dominé par aucune injustice ? » As-tu, oui ou non, chanté aujourd'hui ces paroles ? Étais-tu ici quand nous disions tous : « Dirigez mes pas selon votre parole, et ne souffrez pas que je sois dominé par aucune injustice ? » Tu étais ici, tu as chanté cela, tu ne le nieras point sans doute. Ainsi tu as chanté avec le peuple de Dieu, et tu as prié Dieu en ces termes : « Dirigez mes pas selon votre parole, et ne souffrez pas que je sois dominé pas aucune injustice. » Si tu l'accordais cette grâce, pourquoi la demandais-tu avec moi ? J'en ai la, preuve, tu pries, tu implores, tu prends de la peine ; donc écoutons ensemble Celui qui dit : « Venez à moi, vous tous qui prenez de la peine. » Écoutons-le et venons. Qu'est-ce à dire : Venons? Avançons par

 

1. Jacq. IV, 8.

 

la foi, approchons par l'action de grâces, arrivons par l'espérance. Venons à Celui qui dit : « Venez « à moi, vous tous qui prenez de la peine. » Tu prends de la peine, j'en prends aussi ; écoutons-le donc, allons à lui; pourquoi disputer entre nous ? Écoutons-le tous deux, puisque tous deux nous prenons de la peine; pourquoi disputer entre nous? Est-ce pour n'entendre pas le Médecin qui nous appelle? Quelle infirmité déplorable! Le médecin appelle le malade et le malade s'occupe à disputer ? Que dit-il en appelant ? « Venez à moi, vous tous qui prenez de la peine. » Où prenez-vous de la peine, sinon sous les fardeaux de vos péchés, sous le joug de l'iniquité qui vous tyrannise? « Venez » donc « à moi, vous tous qui prenez de la peine et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. » Moi qui vous ai faits, je vous referai; je vous referai, attendu que sans moi vous ne pouvez rien faire (1).

9. Comment vous referai-je? « Prenez mon « joug sur vous, et apprenez de moi. » - Qu'apprendrons-nous de vous? Nous connaissons, Seigneur, que dès le commencement vous êtes le Verbe, le Verbe Dieu, le Verbe en Dieu; nous savons que tout a été fait par vous, ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas. Que nous apprendrez-vous? Disciples de l'ouvrier, du Créateur du monde, nous n'avons pas à faire un monde nouveau. Vous en avez formé un, vous avez établi le ciel et la terre, vous les avez ornés des créatures qui les peuplent et qui les embellissent. Qu'apprendrons-nous de vous? — Le voici répond-il: Lorsqu'au commencement j'étais Dieu en Dieu, je vous ai créés; ce n'est pas ce que vous devez apprendre de moi; mais pour ne pas laisser périr mon oeuvre, je suis devenu ce que j'ai fait. Comment suis-je devenu ce que j'ai fait ? « Il s'est anéanti lui-même, prenant la nature d'esclave ; devenu semblable aux hommes, et reconnu pour homme par les dehors; il s'est humilié lui-même. » Voilà ce que vous devez apprendre de moi : « Il s'est humilié lui-même. Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur (2). » Si je vous l'enseigne, ce n'est point que jamais vous ayez eu la nature de Dieu ni estimé que sans usurpation vous étiez égaux à Dieu. Cette égalité de nature n'appartenait qu'à un seul ; à Celui-la seul qui la possédait par essence il était permis de la revendiquer sans usurpation. Il est né du Père égal au Père; et néanmoins qu'a-t-il fait pour toi? « Il s'est

 

1. Jean, XV, 5. — 2. Matt. XI, 28, 27.

 

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anéanti lui-même, prenant la nature d'esclave, devenu semblable aux hommes et reconnu pour homme par les dehors (1). »

Pour toi donc Dieu s'est fait homme, et tout homme que tu sois, tu ne veux pas le reconnaître? Pour toi il s'est fait homme exempt de péché, et pour venir à Lui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui prenez de la peine et qui êtes chargés, et je vous soulagerai » tu ne veux pas reconnaître que tu es pécheur?

10. « Prenez mon joug sur vous. » As-tu pris ce joug? l'as-tu pris? Sens-tu que quelqu'un pèse sur loi? Sens-tu que tu as un guide ? — Je le sens, réponds-tu. — Dis-lui donc : « Dirigez mes pas selon votre parole. » Il te conduit sous son joug et sous son fardeau. Pour te rendre ce joug doux et ce fardeau léger, il t'a inspiré son amour. Cet amour adoucit le joug; le joug est dur pour qui n'aime pas. Cet amour rend le joug doux, et c'est le Seigneur qui répand cette douceur (2).

Si tu es venu en entendant cette parole « Venez à moi, » ne t'attribuerais-tu pas d'être venu ainsi ? C'est par mon libre arbitre, dis-tu, c'est par ma volonté que je suis venu. Et par

 

1. Phil. II, 6-8. — 2. Ps. LXXXIV, 13.

 

ce que je suis venu, il me répare ; et parce que je suis venu, il m'impose son joug délicieux; en me donnant son amour, il m'impose aussi, son fardeau bien léger pour mon zèle et pour mon affection : il a fait tout cela en moi, mais parce que je suis venu à Lui.

Tu crois donc, en ta sagesse, que si tu es venu à lui, c'est à toi que tu en es redevable? Mais « qu'as-tu que tu ne l'aies reçu (1) ? » Comment es-tu venu? Tu es venu en croyant; mais tu n'es pas encore au terme. Nous sommes en chemin, nous marchons, mais nous ne sommes point arrivés. « Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement, de peur que le Seigneur ne s'irrite et que vous ne vous égariez de la droite voie (2). » Crains qu'en t'attribuant d'être entré dans la droite voie, ta présomption ne t'en éloigne. — C'est moi, dis-tu, qui y suis entré, grâce à ma résolution, grâce à ma volonté. — Pourquoi t'enfler? Pourquoi te gonfler d'orgueil? Veux-tu connaître que.tu lui dois encore d'être venu? Écoute sa voix : « Nul ne vient à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attires. »

 

1. I Cor. IV, 7. — 2. Ps. II, 11, 12. — 3. Jean, VI, 44.

 

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