SERMON XLVI. LE PASTEUR UNIQUE (1).
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ANALYSE. Ce discours est l'un des plus remarquables qui
nous restent de Saint Augustin, et son but est de rappeler que l'Église catholique est la
seule Église dont Jésus-Christ soit le pasteur. Pour y parvenir il rappelle d'abord avec
le Prophète Ezéchiel dont il commente le texte, quels sont les devoirs des vrais
pasteurs et quels maux entraîne à sa suite la violation de ces devoirs. Il expose
ensuite que Jésus-Christ seul porte remède à ces maux, parce que c'est lui qui vit dans
la personne des bons pasteurs, ce qui n'a lieu évidemment que dans l'Église catholique.
I. Des maux, causés par les mauvais pasteurs. Le pasteur se doit à son troupeau.
Sans doute il peut recevoir de celui-ci le soutien de sa vie et dés témoignages
d'honneur ; cependant il ne doit pas travailler dans ce but. Mais le mauvais pasteur ne
s'en propose aucun autre, et son premier défaut est de se paître lui-même en
négligeant son troupeau. Secondement, il le tue par ses exemples scandaleux.
Troisièmement, il ne le fortifie pas en le prémunissant contre les tentations.
Quatrièmement, il ne travaille pas à le guérir-en l'excitant à combattre ses passions.
Cinquièmement, il ne court point après les brebis égarées. Aussi, en sixième lieu,
son troupeau se disperse et s'attache misérablement à tout ce qui est terrestre.
II. Quel remède à tant de maux? Premièrement, Dieu menace de sa colère les pasteurs
négligents qui laissent périr leurs ouailles. Secondement, il invite celles-ci à ne
s'attacher qu'à ce qui vient de lui dans les pasteurs indignes, c'est-à-dire à la saine
doctrine prêchée par eux. Troisièmement, il paît lui-même son troupeau, il le mène
dans les divins pâturages des saintes Écritures Quatrièmement, il vit dans les bons
pasteurs animés de son amour. Cinquièmement, la conduite des Donatistes et le texte de
l'Écriture prouvent manifestement que Dieu n'est pas avec ces schismatiques.
Sixièmement, ils essaient en vain de citer en leur faveur deux textes sacrés : ces
textes les couvrent de confusion et les condamnent, aussi bien que le sot argument
emprunté par eux à la conduite de Simon le Cyrénéen.
1. Toute notre espérance repose dans le
Christ; il est lui-même notre véritable et salutaire gloire et ce n'est -pas aujourd'hui
que votre charité l'a entendu dire pour la première fois; vous faites en effet partie du
troupeau de Celui qui veille sur Israël et le conduit (2). Mais comme il est des pasteurs
qui cherchent à se glorifier de ce titre sans vouloir accomplir les devoirs qu'il impose,
revenons sur ce que nous venons d'entendre lire, méditons ce que Dieu leur dit par la
bouche du Prophète. Ecoutez avec attention, écoutons nous-même avec tremblement.
2. « Et la parole du Seigneur s'adressa
à moi disant : Fils de l'homme, prophétise sur les pasteurs d'Israël. » Telle est la
lecture que nous avons entendue tout à l'heure, et nous avons résolu d'en entretenir
quelque temps votre sainteté. Dieu nous aidera à dire la vérité, en ne parlant pas de
nous-mêmes; car si nous parlions de la sorte, ce serait nous paître nous-mêmes et non
pas nos ouailles, au lieu que si nous disons ce qui vient de lui, il vous nourrira
lui-même par le ministère de n'importe qui.
«Voici ce que dit le Seigneur Dieu : O
pasteurs d'Israël qui ne paissent qu'eux-mêmes ! Est-ce que les pasteurs ne
paissent pas leurs ouailles? » C'est-à-dire les pasteurs ne se doivent pas paître
eux-mêmes, mais ils doivent paître leurs ouailles. Telle est la première cause des
reproches faits à ces pasteurs ; ils se paissent eux-mêmes, au lieu de paître leurs
troupeaux. Et quels sont ceux qui se paissent eux-mêmes?
Ceux dont l'Apôtre dit : « Tous
recherchent « leurs intérêts et non les intérêts de Jésus« Christ (1). » Nous en
effet que vous voyez dans cette dignité dont il nous faudra rendre un compte si
formidable et où le Seigneur nous a élevés par bonté et non à cause de nos mérites,
nous avons deux titres, celui de chrétiens et celui de supérieurs. Le titre de
chrétiens est pour nous, celui de supérieurs pour vous. Celui de chrétiens a en vue
notre avantage, celui de supérieurs n'a en vue que le vôtre. Or il est beaucoup de
chrétiens qui arrivent à Dieu par un chemin d'autant plus facile sans doute et d'un pas,
d'autant plus alerte qu'ils sont chargés d'un moindre fardeau. Mais nous, indépendamment
du titre de chrétiens qui nous oblige à rendre à Dieu compte de notre vie, nous sommes
aussi supérieurs et astreints par conséquent à répondre devant Dieu de notre
administration.
Si je vous expose cet embarras, c'est pour
exciter votre compassion et vous engager à prier pour nous. Viendra en effet le jour où
tout sera, mis en jugement (2). Et si pour le monde en général, ce jour est encore
éloigné, chacun de nous est proche du terme de sa vie. Dieu néanmoins a voulu nous
laisser ignorer et la fin du siècle et la fin de la vie de chacun. Veux-tu ne pas
redouter ce jour inconnu ? Fais en sorte qu'à son arrivée il te trouve préparé.
Les supérieurs étant donc chargés de pourvoir aux intérêts de
leurs subordonnés, ne doivent pas chercher dans leur dignité leurs propres
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avantages, mais les avantages des inférieurs dont ils sont les
ministres; et quiconque parmi eux met sa joie à être supérieur, cherche son honneur
personnel et n'a pour but que son utilité particulière, celui-là se paît lui-même au
lieu de paître ses ouailles. C'est à cette sorte de supérieurs que s'adresse le
Prophète. Vous, mes frères, écoutez-le comme étant les ouailles de Dieu et voyez
quelles sûres garanties vous a données le Seigneur. Quels que soient ceux qui vous
commandent, en d'autres termes quels que nous soyons, le Pasteur d'Israël vous met en
complète assurance. Il n'abandonne point ses brebis; les mauvais pasteurs subiront les
châtiments, qu'ils méritent et le troupeau recevra la récompense promise.
3. Examinons maintenant ce que dit aux
pasteurs qui se paissent eux-mêmes et non leurs brebis, cette parole divine quine flatte
personne. « Je vous vois: vous mangez le lait et vous vous couvrez de la laine, et vous
tuez ce qui est gras, sans paître mes brebis; vous ne fortifiiez point les faibles, vous
ne guérissiez pas les malades, vous ne pansiez pas les blessées; vous n'avez point
rappelé celles qui étaient égarées, ni cherché celles qui étaient perdues, mais vous
avez fait périr celles qui étaient saines et mon troupeau s'est dispersé parce qu'il
est sans pasteur. » Ici donc on montre aux pasteurs qui se paissent eux-mêmes au lieu de
paître leurs brebis, ce qu'ils convoitent et ce qu'ils négligent. Que convoitent-ils? «
Vous mangez le lait et vous vous couvrez de la laine. » Mais pourquoi l'Apôtre
dit-il : « Qui plante une vigne sans en recueillir du fruit? Qui paît un troupeau sans
profiter de son lait (1) ? » Le lait du troupeau est ainsi tout ce que donne le
peuple de Dieu à ses chefs pour soutenir leur vie temporelle : c'est de cela en effet que
parlait lApôtre quand il a écrit ce que je viens de rapporter.
4. Ce même Apôtre, il est vrai, a
préféré vivre du travail de ses mains, sans demander même du lait à son troupeau (2);
il enseigne toutefois qu'il en avait le pouvoir et que d'après l'institution du Seigneur
ceux qui annoncent l'Évangile doivent vivre de l'Évangile. Il ajoute que les autres
Apôtres profitaient de ce pouvoir vraiment légitime et non usurpé. Pour lui il faisait
davantage et ne recevait même pas ce qui lui était dû (3), accordant ainsi ce à quoi
il n'était pas obligé. Si les autres exigeaient davantage, ils y
avaient droit, Paul seulement était plus généreux. Peut-être
était-il désigné par ce Samaritain qui disait à l'hôtelier en lui confiant un malade:
« Si tu dépenses davantage, je te le rendrai à mon retour (1). » Que dire encore de
ces hommes qui n'ont aucun besoin du lait de leurs ouailles? Ils sont plus
miséricordieux, ou plutôt ils pratiquent plus largement le devoir de la miséricorde,
car ils le peuvent et ils font ce qu'ils peuvent. Qu'on les loue donc sans condamner les
autres.
Ce même Apôtre qui ne cherchait pas à
recevoir, voulait cependant que ses brebis fussent généreuses et non stériles pour
donner du lait. Aussi lorsqu'à une époque de sa vie où il était prisonnier pour avoir
prêché la vérité, il souffrait d'un extrême besoin, ses frères lui envoyèrent de
quoi subvenir à son indigence et à sa détresse, Or il leur répondit et les remercia en
ces termes « Vous avez bien fait de prendre part à mes tribulations. J'ai appris à me
contenter de ce que j'ai : je sais vivre dans l'abondance et souffrir la disette; je puis
tout en Celui qui me fortifie. Cependant vous avez bien fait de m'adresser des secours. »
Et pour montrer ce qui lui plaisait dans leur libéralité, pour n'être pas confondu avec
ceux qui se paissent eux-mêmes et non leur troupeau, il se réjouit moins d'être
soulagé dans sa misère qu'il ne se félicite de la munificence d'autrui. Que voulait-il
donc? « Je ne recherche pas vos dons, dit-il, mais je désiré le fruit » que vous en
recueillerez (2). Je ne cherche pas à m'enrichir, mais je veux que vous ne restiez pas
stériles.
5. Ceux donc qui ne sauraient imiter
l'Apôtre Paul en vivant comme lui du travail de leurs mains, peuvent accepter du lait de
leurs brebis pour subvenir à leurs besoins, mais qu'ils n'abandonnent pas ces brebis à
leur faiblesse; qu'ils ne recherchent pas non plus ce soulagement comme leur propre
avantage, car ils paraîtraient poussés par l'indigence à prêcher l'Évangile, il faut
au contraire que ce soit pour éclairer les hommes qu'ils fassent luire à leurs yeux le
flambeau de la parole de vérité. Ils sont en effet comme des flambeaux, d'après ces
paroles de l'Écriture : « Ceignez vos reins et tenez vos lampes allumées (3); »
et ces autres : « On n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur
le chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu'ainsi donc
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luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils: voient vos
bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux (1) .» Et maintenant, si
tu avais une lampe allumée dans ta de meure, n'y mettrais-tu pas de l'huile pour
l'empêcher de s'éteindre ? Et si après cela ta lampe ne luisait pas, c'est qu'elle
méritait, non d'être placée sur le chandelier, mais d'être brisée à l'instant même.
Ainsi donc la nécessité commande de
recevoir ce qui soutient la vie, et la charité, de le donner; non que l'Évangile soit
une chose vénale ni qu'on en voie le prix dans ce qu'acceptent pour vivre ceux qui
l'annoncent; car le vendre â ce prix serait donner pour rien un bien singulièrement
important. Aussi doivent-ils recevoir du peuple la subsistance nécessaire, et du Seigneur
la récompense de leur ministère; le peuple en effet est incapable de récompenser ceux
qui le servent avec la charité que prescrit l'Évangile. Que ceux-ci donc n'attendent de
récompense que de Celui qui peut seul assurer à ceux-là le salut.
Comment alors les mauvais pasteurs
sont-ils accusés? Que leur reproche-t-on ? De négliger le soin de leurs brebis quand ils
en mangeaient le lait et qu'ils se couvraient de leur laine, cherchant ainsi leurs
intérêts seulement et non ceux de Jésus-Christ (2).
6. Après avoir expliqué ce qu'on entend
par manger le lait, examinons ce que c'est que de se couvrir de laine. Donner le lait
c'est donner des aliments, et donner la laine c'est rendre honneur. Ce sont les deux
choses que demandent au peuple ceux qui se paissent eux-mêmes et non leurs brebis : ils
veulent la facilité de fournir à leurs besoins et les faveurs de la renommée et de la
gloire. Le vêtement en effet, parce qu'il est destiné à couvrir là nudité, désigne
assez bien l'honneur. Chaque homme est infirme, et votre supérieur est-il autre chose que
ce que vous êtes? Il est chargé de chair, il est mortel, il mangé, il dort, il se
lève, il est né et il mourra comme vous. Si donc tu le regardes en lui-même, il est
homme; mais en l'honorant comme un ange, tu couvres en quelque sorte sa faiblesse.
7. Saint Paul encore avait reçu du
fidèle peuple de Dieu cette espèce de vêtement, puisqu'il disait: « Vous m'avez reçu
comme un ange de Dieu, et je vous rends témoignage que si la chose eût été possible
vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. » Après néanmoins
avoir été accueilli avec de si grands honneurs, épargnat-t- il ces
chrétiens, quand ils s'égarèrent, dans la crainte qu'en les reprenant il n'en reçut
moins de gloire et de louange ? Cette conduite l'aurait luis au nombre de ceux qui se
paissent au lieu de paître leurs troupeaux et il se serait dit : Que m'importe? Que
chacun fasse ce qu'il veut; j'ai de quoi vivre et l'on me respecte; j'ai suffisamment de
lait et de laine, que chacun s'en aille où il pourra. Quoi! n'as-tu rien à perdre
si chacun va où il pourra? Mais lors même que tu ne serais point pasteur, quand tu
serais confondu avec le peuple, n'est-il pas vrai que « si un membre est souffrant tous
les membres « souffrent avec lui (1) ? » Aussi en rappelant aux Galates ce qu'ils
étaient par rapport à lui, et pour ne paraître point oublier les honneurs qu'ils lui
avaient rendus, l'Apôtre atteste qu'ils l'ont reçu comme un Ange de Dieu et que si la
chose eût été possible, ils auraient voulu s'arracher les yeux pour les lui donner.
Omet-il pour cela d'aborder la brebis languissante, la brebis déjà gangrenée et de
tailler au vif, de rejeter la gangrène? « Suis-je donc devenu votre ennemi,
s'écrie-t-il, en vous disant la vérité (2) ? » Lui aussi, comme nous l'avons rapporté
précédemment, a mangé du lait des brebis est s'est couvert de leur laine; mais il n'a
pas laissé de s'occuper d'elles; car il cherchait les intérêts de Jésus-Christ et non
les siens.
8. Ah ! gardons-nous donc de vous dire
Vivez comme vous l'entendez, soyez sans inquiétude, Dieu ne perdra personne, conservez
seulement la foi chrétienne; non, il ne perdra point ceux qu'il a rachetés, ceux pour
qui il a versé son sang; si vous voulez vous livrer même au plaisir des spectacles,
allez : quel mal y a-t-il ? Allez, célébrez ces fêtes que l'on fait par toutes les
villes, dans de joyeux festins, dans ces banquets publics où l'on croit puiser
l'allégresse tandis que réellement on s'y perd : la miséricorde divine est grande, elle
pardonne tout. Couronnez-vous de roses, avant qu'elles se flétrissent (3). Faites même
des festins dans la maison de votre Dieu quand il vous plaira; gorgez-vous avec vos amis
de viandes et de vin, ces aliments vous sont donnés pour en jouir, car Dieu ne les a pas
octroyés aux impies et aux païens sans vous les accorder à vous-mêmes. Si nous
parlions de la sorte, peut-être attirerions-nous de plus grandes foules et s'il était
des esprits pour comprendre
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que ce langage s'écarte de la vraie sagesse, ces esprits blesses
seraient en petit nombre et nous nous concilierons les faveurs de la multitude. Mais en
agissant ainsi, en prêchant notre parole et non, la parole de Dieu ni la parole du
Christ, nous serions des pasteurs qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître leurs
brebis.
9. Après avoir, dit ce que convoitent ces
pasteurs, le Prophète parle de ce qu'ils négligent. Les défauts des brebis ne sont,
hélas! que trop connus; il, n'y en a qu'un fort petit nombre de saines et de grasses,
c'est-à-dire qui soient constantes à se nourrir de la vérité, à faire un.bon usage
des pâturages célestes où les appelle la grâce de Dieu. Et pourtant ce petit nombre
même n'est pas épargné pour ces mauvais pasteurs. C'est peu pour eux, de ne prendre
aucun souci de celles qui sont languissantes ou infirmes, égarées ou perdues; ils tuent
autant qu'il est en eux, celles-mêmes qui sont, grasses et valides. Elles vivaient par,
la miséricorde de Dieu, et; ces misérables.leur, donnent la, mort, de tout leur pouvoir.
Comment, diras-tu, leur donnent-ils la
mort? En vivant, mal, en leur montrant le mauvais exemple. Est-ce en vain quil a
été dit à ce serviteur de Dieu, qui se distinguait parmi les membres du Pasteur
suprême : «Rends-toi pour tous un modèle de bonnes oeuvres (1) ; » et encore: « sois
l'exemple des fidèles (2); ? » La brebis même vigoureuse considère souvent la vie
coupable de son pasteur, et en détournant les regards des règles divines pour les
arrêter sur l'humanité, elle commence. à. dire en elle-même.: Si mon pasteur vit de la
sorte, est-ce à moi de ne pas faire ne qu'il fait ? Ainsi périt, la brebis saine. Or si
le mauvais pasteur lui donne ainsi la mort, si ses exemples coupables tuent ainsi celles
qu'il n'avait pas fortifiées, et qu'il, avait trouvées robustes et vigoureuses, que
deviendront les autres entre ses mains? Je le dis et je le répète à votre charité Oui,
quand même les brebis puiseraient la vie ou la vigueur, dans la parole de Dieu, quand
même elles seraient fidèles à cette recommandation de leur Seigneur: « Faites ce
qu'ils disent, gardez-vous de faire ce qu'ils font (3) ; » quiconque se conduit mal en
public donne autant qu'il peut la mort à celui qui le considère.
Qu'on ne se flatte pas d'ailleurs si
celui-ci échappe à la mort; il conserve la vie, mais celui-là n'en est pas moins
homicide. Lorsqu'un homme impur arrête sur une femme des regards de convoitise,
cette femme demeure chaste; mais lui n'est-il pas adultère ? Car le
Seigneur a enseigné cette maxime aussi claire qu'indubitable : « Arrêter sur une femme
des regards de convoitise, c'est être déjà adultère dans le coeur (1). » On ne la
souille point, maison se souille soi-même. Ainsi en est-il de quiconque donne mauvais
exemple à ses subordonnés ; autant qu'il le peut, il met à mort à ceux mêmes d'entre
eux qui sont forts: En imitant un supérieur coupable on meurt; on vit en ne l'imitant
pas; mais il tue, autant qu'il dépend de lui, dans l'un et dans l'autre cas. « Vous tuez
ce qui est gras, dit le texte sacré, et vous ne paissez point mes brebis. »
10. Ecoutez encore ce que négligent ces
pasteurs: «. Vous ne fortifiiez point les faibles, vous ne guérissiez pas les malades,
vous ne pansiez pas les blessées; vous n'avez point rappelé celles qui étaient
égarées, ni cherché celles qui étaient perdues et vous ayez tué celles qui étaient
fortes.»
Une brebis est faible quand elle ne
s'attend pas à éprouver des.tentations, et le pasteur négligeant ne lui: dit point
alors: « En te donnant, mon fils, au service de Dieu, demeure dans la justice et dans la
crainte, et prépare ton âme à l'épreuve (2). » Ce langage fortifie la faiblesse, il
affermit les infirmes et les empêche d'attendre les prospérités du siècle comme
récompense de leur foi. Sien effet on leur apprenait à compter sur ces prospérités,
ils y trouveraient leur perte, car au choc de ladversité ils seraient blessés,
peut-être même à mort. Bâtir ainsi n'est donc pas construire sur la pierre mais sur le
sable. Or Jésus-Christ était la pierre, dit l'Apôtre (3). Un chrétien doit donc
partager les souffrances de Jésus-Christ et ne pas rechercher les délices. Et le moyen
dé fortifier le faible est de lui dire: Attends-toi aux tentations de cette vie, mais le
Seigneur saura te délivrer de toutes, pourvu que ton coeur ne se détache point de lui.
C'est afin de fortifier ce coeur qu'il est venu souffrir et mourir, qu'il est venu pour
être couvert de crachats et couronné d'épines, pour recevoir des outrages et être
cloué à la croix. Ainsi donc c'est pour toi, qu'il atout enduré et ce n'est pas pour
lui, mais pour toi que tu souffres.
11. Que penser maintenant de ceux qui dans
la crainte de déplaire à leurs auditeurs, non-seulement ne les disposent pas aux
épreuves qui les attendent, mais encore leur promettent pour ce monde une prospérité
que Dieu ne promet pas
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Comment! Dieu prédit que jusqu'à la fin des siècles les calamités
succèderont aux calamités, et tu en veux exempter le Chrétien! Comme chrétien
cependant il souffrira davantage en cette vie ; l'Apôtre l'enseigne. « Tous ceux,
dit-il, qui veulent vivre pieusement dans le Christ, souffriront persécution. » Ainsi
donc, ô pasteur dévoué à tes intérêts et non à ceux de Jésus-Christ, tu laisses
dire à cet Apôtre : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffriront
persécution, » et tu dis : Veux-tu vivre pieusement dans le Christ ? Tu auras de tous
les biens en abondance; si tu n'as pas encore d'enfants, tu en auras et tu les élèveras
tous sans en perdre aucun. Est-ce ainsi que tu construis ? Attention à ce que tu fais, à
la place où tu bâtis : tu bâtis sur le sable, la pluie va tomber, le fleuve s'enflera,
le vent soufflera, tout se précipitera sur cette construction, elle s'écroulera et
grande sera sa ruine. Ote ta bâtisse de dessus le sable et place-là sur la pierre (1),
unis au Christ celui dont tu veux faire un chrétien. Considère les souffrances du
Christ, considère cet Innocent qui paie ce qu'il ne doit pas (2); considère ce texte
sacré : « Le Seigneur frappe de verges tout fils qu'il reçoit (3). » Ainsi
prépare-toi à être frappé ou ne demande pas à être reçu. « Il frappe de verges,
est-il dit, tout fils qu'il reçoit ; » crois-tu devoir être excepté ? Si tu ne
souffres pas la verge, tu ne compteras pas au nombre des fils; Est-il bien vrai, diras-tu,
qu'il frappe ainsi tous ses fils ? Il les frappe si bien tous qu'il a frappé jusqu'à son
Fils unique. Sans doute ce Fils unique engendré de la substance du Père, égal à son
Père dans la nature divine, ce Verbe par qui tout a été fait, ne méritait pas d'être
frappé de verges mais il s'est incarné pour nêtre pas exempt de cette épreuve.
Et Celui qui n'épargne pas son Fils unique innocent, épargnera-t-il son fils adoptif
coupable ? Nous avons été appelés, dit l'Apôtre, à devenir des enfants adoptifs; nous
avons reçu ce titre (4), afin que co-héritiers du Fils unique nous fussions aussi- son
héritage. « Demande-moi, et je te donnerai les peuples pour domaine (5). » Or il nous a
par son exemple appris à souffrir.
12. Pour empêcher la faiblesse de
succomber dans ses futures épreuves, on ne doit ni la tromper de fausses espérances, ni
l'abattre par la crainte. Dis-lui : « Prépare ton âme à la tentation.» Peut-être
alors commence-t-elle à pâlir, trembler, à refuser d'avancer? Voici autre chose :
« Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés
au-dessus de vos forces (1). » Donner cette assurance, en annonçant les futures
épreuves, c'est affermir la faiblesse ; et quand la crainte est extrême, quand l'avenir
épouvante, promettre la miséricorde de Dieu, donner la certitude, non pas qu'on sera
exempt de souffrances, mais que Dieu ne permettra point qu'on soit tenté au dessus de ses
forces, c'est aussi panser les blessés.
Il est des hommes qui à l'annonce des
futures afflictions s'arment d'un courage nouveau; ils ont soif en quelque sorte : c'est
peu pour leur ardeur des souffrances ordinaires destinées à purifier les fidèles, ils
ambitionnent aussi la gloire des martyrs. Mais il en est d'autres qui à la nouvelle des
contradictions particulières et indispensables que doit endurer tout chrétien et qui
sont réservées exclusivement au chrétien, se laissent accabler et chancèlent. Apporte,
apporte ici des consolations, bande cette âme qui se disloque, dis-lui : Ne crains rien,
tu ne seras point délaissée dans tes angoisses par Celui à qui tu as voué ta foi ;
Dieu est fidèle, il ne permettra point que tu sois tentée au dessus de tes forces. Ce
n'est pas moi, c'est, l'Apôtre qui le dit ; il dit encore : « « Voulez-vous éprouver
Celui qui parle en moi (2) ? » Ce langage est donc celui du Christ, c'est celui du
pasteur d'Israël. A ce pasteur il a été dit : « Vous les abreuverez de larmes dans une
mesure déterminée (3). » Dans une mesure déterminée, ces mots du prophète
n'ont-ils pas le même sens que ceux-ci de l'Apôtre : Il ne permet point que vous
soyez tentés au-dessus de vos forces ? Prends garde seulement de l'abandonner, soit
qu'il.te reprenne ou t'encourage, soit qu'il t'effraie ou te console, soit qu'il te frappe
ou te guérisse.
13. « Vous n'avez pas affermi les
infirmes. » Ceci s'adresse aux pasteurs mauvais, aux faux pasteurs, aux pasteurs qui
cherchent leurs intérêts au lieu des intérêts de Jésus-Christ, qui se plaisent à
recevoir le lait et la laine et ne travaillent pas à guérir les malades. Infirme vient
de non ferme, et quoiqu'on appelle infirmes les malades, voici, je crois, la différence
qui distingue les uns des autres; je l'établirai comme je pourrai dans ce moment, mes
frères. Peut-être me serait-il possible, en y réfléchissant davantage et serait-il
possible à un homme plus instruit ou plus capable que moi, de signaler plus exactement
cette différence. En attendant et pour ne pas vous priver
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de l'explication, que je vous dois, de l'Ecriture, voici mon
sentiment.
L'infirme doit craindre d'être attaqué et renversé par la
tentation : le malade est déjà travaillé par quelque passion et empêché par elle
d'entrer dans la voie de Dieu, de se soumettre au joug du Christ. Rappelez-vous ces hommes
qui ont la volonté de se bien conduire, qui en ont la résolution et qui sont moins bien
disposés à souffrir que préparés à faire le bien. Le caractère de la fermeté
chrétienne cependant est d'endurer le mal comme de faire le bien, De là il suit que
paraître ardent aux bonnes oeuvres sans vouloir ou sans pouvoir endurer les souffrances
qui surviennent, c'est être infirme ; tandis qu'aimer le monde et être éloigné des
bonnes oeuvres par une passion quelconque, c'est languir et être malade, c'est un
épuisement qui semble ôter entièrement la force de faire le bien. Tel était, dans le
sens spirituel, ce paralytique qu'on voulait porter près du Seigneur et qu'on ne put
mettre à ses pieds qu'après avoir ouvert une toiture (1); c'est-à-dire, en prenant ce
trait au figuré, qu'il faut aussi découvrir la toiture pour présenter devant le
Seigneur une âme paralysée, une âme quine peut plus rien sur ses membres, étrangère
à toute bonne action, accablée sous le poids de ses péchés et sous la langueur de ses
passions. As-tu donc affaire à des membres sans vie, attaqués de paralysie intérieure?
Veux-tu les approcher du médecin? Car il peut arriver que tu ne le voies pas, et qu'il
soit cachés; or le médecin ou le remède est le sens véritable et voilé dans les
Ecritures ; découvre la toiture en expliquant ce sens caché et descends-y le
paralytique. A quoi doivent s'attendre ceux qui n'agissent pas ainsi et négligent de le
faire? Vous l'avez déjà entendu. « Vous n'avez point guéri les malades ni pansé les
blessés. » Mais nous avons parlé de cela. Le paralytique était donc consterné à
l'idée des tentations. Or voici le remède, voici la ligature qu'il faut à cette âme
défaillante, ce sont ces paroles de consolation : « Dieu est fidèle, il ne permettra
point que vous soyez tentés au-dessus de vos forces, mais il vous fera sortir de la
tentation même, afin que vous puissiez persévérer. »
14. « Vous n'avez point rappelé celles
qui étaient égarées. » Voilà nos dangers au milieu des hérétiques. « Vous n'avez
point rappelé celles qui étaient égarées, ni cherché celles qui étaient perdues. »
Ainsi nous vivons entre les mains
des voleurs et sous la dent de loups furieux; aussi vous prions-nous
de prier pour nous au milieu de tant de périls. Il y 'a même des brebis qui
s'opiniâtrent parce qu'on cherche à les rappeler de leur égarement ; elles prétendent
que leur égarement même et leur perte nous les rendent étrangères. Pourquoi nous
désirez-vous? pourquoi nous cherchez-vous ? disent-elles. Comme si leur égarement et
leur perte n'étaient pas pour nous un motif de les rappeler et de les chercher!
Si je suis égaré, si je suis
perdu, dit-on, pourquoi me désires-tu ? pourquoi me cherches-tu ? Je veux te
rappeler précisément parce que tu es égaré, et te retrouver parce que tu es perdu.
Mais je veux rester ainsi dans mon égarement et ma ruine. Tu veux rester
ainsi dans ton égarement et ta ruine ! Et moi je ne veux pas : n'ai-je pas raison
davantage ? Je dis même plus, je ne craindrai pas de me rendre importun. J'entends en
effet l'Apôtre me crier : « Prêche la parole, insiste à temps et à contre-temps (1).
» Près de qui à temps et près de qui à contre-temps ? A temps près de ceux qui
veulent, à contre-temps près de ceux qui refusent. Je me rendrai donc importun et je ne
crains pas de te dire: Tu veux t'égarer, tu veux périr, et moi je ne veux pas; il ne le
veut pas non plus, Celui dont l'autorité m'épouvante. Et si j'y consentais, vois ce
qu'il me dirait, vois quel reproche il m'adresserait:« Vous n'avez pas rappelé celles
qui étaient égarées, ni recherché celles qui étaient perdues. » Te
redouterai-je plus que lui? Ne faut-il pas que nous paraissions tous devant le tribunal du
Christ ? Je ne te crains pas, car tu ne saurais renverser ce tribunal et y substituer
celui de Donat. Je rapellerai donc la brebis égarée, je rechercherai la brebis perdue;
que tu le veuilles ou ne le veuille pas, voilà ce que je ferai. Et si dans ma coeur, je
suis déchiré par les épines des forêts, je saurai me rapetisser pour pénétrer
partout ; je battrai tous les buissons, et si le Seigneur qui m'effraie me donne assez de
forces, j'irai de tous côtés, je rappellerai la brebis égarée, je chercherai la brebis
perdue. Pour n'avoir pas à être importun par moi, ne t'égare pas, ne te perds pas.
15. Il ne suffit même pas que je sois
attristé de ton
égarement et de ta perte ; je crains que prenant peu soin de toi je ne donne la mort aux
brebis même vigoureuses. Ecoute en effet ce qui suit : « Et vous avez fait mourir ce qui
était robuste. » Si je laisse à elle-même celle qui s'égare
191
et se perd, il plaira bientôt à celle qui est robuste de s'égarer
et de se perdre aussi. Je désire sans doute des conquêtes à l'extérieur, mais je
crains plus encore des pertes intérieures. Si je me montre indifférent à ton
égarement, ce qui est fort me regarde et s'imagine qu'il importe peu de tomber dans
l'hérésie. Voit-on dans le siècle quelque avantage à changer, de religion? En
considérant que je ne cours pas après toi, le chrétien même robuste me dit aussitôt
pour son malheur : Mais Dieu est là comme ici. Ces différences ne viennent que d'esprits
querelleurs; il faut adorer Dieu partout. Qu'un Donatiste vienne à lui dire : Je ne te
donnerai pas ma fille si tu n'entres dans mon parti, il est nécessaire qu'il puisse
répondre : Ah ! s'il n'y avait point de mal à en être, nos pasteurs ne parleraient pas
tant contre lui, ils ne feraient pas tant pour préserver de ces erreurs. Et si nous
cessions, si nous nous taisions, on dirait au contraire : Si c'était mal d'être du parti
de Donat, nos pasteurs parleraient contre ce parti, ils en montreraient le danger, ils
travailleraient à en retirer; ils rappelleraient ces brebis égarées, ils
rechercheraient ces brebis perdues. C'est ainsi qu'après avoir dit précédemment: «
Vous avez tué les brebis grasses, » il n'est pas inutile que le Prophète répète ici
en, concluant : « Et vous avez tué les fortes. » Ce ne serait qu'une simple
répétition si le sens n'était fixé par ce qui précède : « Vous n'avez pas rappelé
celles qui étaient égarées, ni cherché celles qui étaient perdues, » et en agissant
ainsi « vous avez tué les fortes. »
16. Aussi écoute ce que produit la
négligence de ces mauvais, ou plutôt de ces faux pasteurs. « Et mes brebis ont été
dispersées parce qu'elles sont sans pasteur, et elle sont devenues la proie de tous les
animaux des champs. » Quand les brebis ne demeurent pas autour du berger, elles sont
enlevées bientôt par le loup qui guette, ravies par le lion qui rugit. Il y a bien là
un pasteur, mais ce n'en est pas un pour ces êtres malfaisants ; c'est un pasteur qui
n'est pas pasteur, un pasteur qui se paît lui même sans paître ses brebis ; aussi
s'égarent-elles pour leur malheur, elles se jettent au milieu d'animaux qui les dévorent
et qui cherchent à se rassasier de leur sang. Tels sont les hommes qui se félicitent des
égarements d'autrui, ce sont des animaux qui vivent du sang des brebis dispersées.
17. « Et mes brebis ont été
dispersées, et elles se sont égarées sur toutes les montagnes et sur toutes les hautes
collines. » Les bêtes des montagnes et des collines désignent l'arrogance de la terre
et l'orgueil du siècle. L'orgueil de Donat s'est enflé et il s'est fait un parti.
Parménien l'a suivi, il a confirmé le mal. L'un est la montagne, l'autre est la colline.
Ainsi en est-il de tout hérésiarque vainement enflé : il promet aux brebis le repos et
de bons pâturages. Quelquefois, il est vrai, elles y trouvent des aliments produits parla
pluie du ciel et non parla sécheresse de la montagne ; car ces sectes égarées
possèdent aussi les Ecritures et les sacrements mêmes, ce qui n'appartient pas aux
montagnes et s'y rencontre néanmoins. On fait mal toutefois en y demeurant; car en errant
sur les montagnes et dans les collines, on s'éloigne du troupeau, on s'éloigne de
l'unité, on s'éloigne des troupes armées contre les loups et les lions. Que Dieu donc
les en retire, qu'il les en retire lui-même. Bientôt vous l'entendrez les rappeler.
« Mes brebis, dit-il, se sont égarées
sur toutes les montagnes et sur toutes les collines, » c'est-à-dire sur toutes les
folles élévations de l'orgueil du siècle. Car il y a aussi de saintes montagnes. «
J'ai élevé mes regards vers les montagnes d'où me viendra le secours. » Apprends
toutefois que tu ne dois pas mettre ton espoir en ces montagnes : « Mon secours, est-il
écrit, viendra du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre (1). » Ne crois pas outrager
ces saintes montagnes lorsque tu dis : « Mon secours viendra, » non des montagnes, mais
« du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. » C'est en effet ce que te crient ces
montagnes, car c'était une montagne qui disait « J'apprends qu'il se forme des divisions
parmi vous et que chacun dit : Je suis à Paul, moi à Apollo, moi à Céphas, et moi au
Christ. » Elève tes regards vers cette montagne, écoute ce qu'elle dit et ne reste pas
sur elle. Voici en effet ce qui suit: «Est-ce que Paul a été crucifié pour vous (2)?
» Oui donc, après avoir levé les yeux vers les montagnes d'où te viendra le secours,
c'est-à-dire vers les auteurs des divines Ecritures, écoute cet autre qui te crie de
toute sa, voix et de toute ses forces : « Qui est semblable à vous, Seigneur (3)? » et
sans crainte aucune d'injurier ces montagnes tu diras : « Le secours me vient du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre. » Non-seulement tu ne seras point blâmé par ces
montagnes ; elles t'en aimeront et te favoriseront davantage, au lieu qu'elles
s'attristeront si tu places en elles ton
192
espoir. Un ange montrait à un homme un grand nombre de divines
merveilles, et levant en quelque sorte ses regards vers la montagne, cet homme l'adorait.
Mais détachant de sa personne et conduisant au Seigneur, l'ange répondit: « Garde-toi
de le faire ; adore Dieu, car je suis serviteur comme toi et comme tes frères (1). »
18. « Elles se sont dispersées sur
toutes les montagnes, sur toutes les collines et sur toute la surface de la terre. » Que
signifie : Elles se sont dispersées sur toute la face de la terre ? Elles
s'attachent à tout ce qui est terrestre, à tout ce qui brille sur la face de la terre,
elles convoitent et aiment tout cela. Elles ne veulent pas de cette mort qui rendrait leur
vie cachée en Jésus-Christ. Sur toute la race de la terre; parce qu'elles aiment
les choses terrestres et parce que dans tout l'univers il y a des brebis égarées; non
que chaque secte hérétique soit répandue partout, mais il y a partout des sectes
hérétiques. Les unes occupent un pays, les autres un pays différent, il n'est point de
contrée où il n'y en ait ; elles-mêmes ne se connaissent pas toujours. Cette secte, par
exemple, est en Afrique, cette autre en Orient, celle-ci en Egypte et celle-là en
Mésopotamie. Différentes dans les différents pays, elles ont toutes une même mère,
l'orgueil : comme tous les chrétiens fidèles répandus dans l'univers ont pour unique
mère l'Église catholique. Rien d'étonnant sans doute que l'orgueil produise la division
et que la charité produise l'unité. L'Église mère cependant, c'est-à-dire ses
pasteurs, cherche partout les brebis égarées, elle fortifie les faibles, soigne les
malades, panse les blessées. Ces brebis sont séparées les unes dés autres et ne se
connaissent pas, mais l'Église les connaît toutes parce qu'elle est partout où elles
sont. Ainsi, par exemple encore, en Afrique est le parti de Donat et il n'y a point ici
d'Eunomiens ; mais l'Église catholique est ici avec les Donatistes. Il y a en Orient, des
Eunomiens et point de Donatistes ; là encore est l'Eglise catholique avec les Eunomiens.
Elle est donc comme une vigne qui étend partout ses rameaux, et les sectaires sont comme
ces sarments inutiles que la serpe du vigneron a retranchés à cause de leur stérilité,
pour tailler la vigne et non pour la détruire. Aussi ces sarments sont-ils restés au
lieu même où ils ont été coupés, tandis que la vigne s'étend partout, sentant en
elle les branches qui lui demeurent et voyant près d'elles les branches coupées. Elle ne
laisse
pas néanmoins de rappeler les égarées, car des branches même
retranchées l'Apôtre a dit: « Dieu peut les enter de nouveau (1). « Soit donc que tu
comparés les sectaires à des brebis écartées du troupeau ou à des rameaux séparés
du cep, Dieu n'est pas moins capable de rappeler ces brebis que d'enter de nouveau ces
rameaux, car il est le pasteur suprême et le vrai vigneron.
« Elles ont été dispersées sur toute
la face de la terre, et il n'y avait personne pour les rechercher, personne pour les
rappeler. » Personne parmi ces mauvais pasteurs ; personne, aucun homme, pour
les rechercher.
19. « Écoutez donc la parole de Dieu, ô
pasteurs. Je vis, dit le Seigneur Dieu. » Remarquez ce commencement. Cette affirmation de
sa vie est comme lé serment de Dieu. « Je vis, dit le Seigneur. » Les pasteurs sont
morts, mais les brebis peuvent être tranquilles : le Seigneur est vivant. « Je vis, dit
le Seigneur Dieu. » Et quels pasteurs sont morts? Ceux qui cherchent leurs intérêts et
pas ceux de Jésus-Christ (2). Il y aura donc et l'on verra des pasteurs qui chercheront
les intérêts de Jésus-Christ, et non les leurs? Oui, il y en aura et on les connaîtra;
il n'en manque pas aujourd'hui et il n'en manquera pas.
Examinons donc ce que prétend le Seigneur
en disant qu'il est vivant. Dit-il qu'il ôtera les brebis aux mauvais pasteurs, qui se
paissent au lieu de les paître, et qu'il les confiera à de bons pasteurs, à des
pasteurs qui les paîtront au lieu de se paître ? « Je vis, dit le Seigneur Dieu, parce
que, mes brebis sont devenues la proie de tous les animaux des champs, vu qu'elles
étaient sans pasteur. » Il a déjà fait entendre ce mot de pasteur, au singulier, il le
répète ici. C'est que pour ces brebis égarées misérablement et misérablement
perdues, il n'y a point de pasteur, fût-il près d'elles; comme la lumière, si présente
qu'elle soit, n'est pas lumière pour les aveugles. «Et ces pasteurs n'ont pas
recherché mes brebis; ils se paissaient eux-mêmes et ne paissaient pas mes brebis. »
20. « C'est pourquoi, écoutez, pasteurs,
la parole de Dieu. » A quels pasteurs s'adresse-t-il? « Voici ce que dit le Seigneur
Dieu : Je viens moi-même vers ces pasteurs, et je redemanderai mes brebis à leurs mains.
» Troupeaux de Dieu, écoutez et retenez. Le Seigneur redemande ses brebis aux mauvais
pasteurs, et de
leurs mains il redemandera leur sang; car il dit ailleurs par la
bouche du même prophète : « Fils de l'homme, je t'ai établi sentinelle pour la maison
d'Israël; je te parlerai et tu leur annonceras mes paroles. Quand je dirai au pécheur :
tu mourras de mort, si tu ne l'engages pas à se retirer de sa voie, le coupable mourra
dans son crime, mais je remanderai son sang à ta main. Si au contraire tu engages ce
coupable à s'écarter de sa voie et qu'il ne s'en écarte pas, il mourra dans son crime
et tu auras délivré ton âme. » Voyez vous, mes frères, voyez-vous combien il est
dangereux de se taire ? Ce coupable meurt et il meurt justement; il meurt dans son
impiété et dans son péché ; mais c'est la négligence de son pasteur qui l'a tué. Il
trouverait bien le Pasteur vivant, Celui qui s'écrie : « Je vis, dit le Seigneur; »
mais comme ce coupable est négligent et qu'il n'est pas averti par celui qui doit lui
servir de chef et de sentinelle, il est avec justice livré à la mort, et le pasteur
condamné avec justice. « Mais quand je menacerai l'impie du glaive, si tu lui dis : Tu
mourras de mort, et qu'il néglige d'écarter cette épée suspendue, et qu'elle tombe sur
lui et lui donne la mort, il mourra dans son péché, tandis que tu auras délivré ton âme. (1) » Notre devoir est
donc de ne pas nous taire, et le vôtre, si nous nous taisions, de chercher dans les
saintes Ecritures les paroles du divin Pasteur.
21. Examinons donc, comme je l'ai
proposé, s'il ôte ses ouailles aux mauvais pasteurs et les donne aux bons. Je remarque
d'abord qu'il les ôte aux mauvais pasteurs, car il dit : « Voici que je viens moi-même
vers ces pasteurs et je redemanderai mes brebis à leurs mains et je les éloignerai d'eux
en sorte qu'ils ne paissent plus ni mes brebis ni eux-mêmes. » En effet, lorsque je leur
dis de paître mes brebis, ils se paissent eux-mêmes et non pas elles. « Je les
éloignerai, » donc « afin qu'ils ne les paissent plus. » Et comment les éloigne-t-il
pour qu'ils ne paissent plus ses brebis ? « Faites ce qu'ils disent et gardez-vous de
faire ce qu'ils font (2). » Comme si nous lisions : Ils disent ce qui vient de moi, ils
font ce qui vient d'eux. S'il y avait
Faites tranquillement ce qu'ils font, je les condamnerai pour leur
mauvaise vie, mais je vous épargnerai parce que vous n'avez fait que suivre vos guides ;
si Dieu parlait ainsi, il intimiderait seulement ces pasteurs mauvais qui ne paissent
qu'eux-mêmes. Mais il menace également le guide aveugle et
l'aveugle qui le suit; il ne dit pas: Le guide aveugle tombe dans la fosse sans que s'y
précipite celui qui le suit; il dit : « Quand un aveugle conduit un aveugle, ils tombent
l'un et l'autre dans l'abîme (1); » c'est pourquoi il donne à son troupeau ces
avertissements « Faites ce qu'ils disent, gardez-vous de faire ce qu'ils font. » Quand
vous ne faites pas ce que font ces mauvais pasteurs, ce n'est pas eux qui vous paissent;
mais c'est moi qui vous pais lorsque vous faites ce qu'ils disent, car ce qu'ils disent
vient de moi, bien qu'ils ne le fassent pas.
Nous sommes sans inquiétude, dit-on,
parce que nous suivons nos évêques. C'est ce que répètent souvent les hérétiques,
lorsqu'ils sont manifestement convaincus par la vérité. Nous ne sommes que des brebis,
ils rendront compte de nous. Oui, ils rendront malheureusement compte de votre mort; le
mauvais pasteur rend malheureusement compte de la mort d'une brebis mauvaise; il montre en
quelque sorte sa dépouille cette brebis en est-elle plus vivante? On reproche au pasteur
de n'avoir pris aucun souci de la brebis égarée, laquelle, pour ce motif, s'est jetée
à la gueule du loup pour en être dévorée. Que lui sert d'en apporter la peau avec les
signes qui la distinguent? C'est de la vie de sa brebis que s'inquiète le Père de
famille. Au lieu de cela, le mauvais pasteur lui en rapporte la peau : qu'il rende compte
dé cette peau. Osera-t-il mentir ? Mais le Juge a tout vu du haut du ciel; en vain on
essaiera près de lui un langage trompeur, il connaît les pensées. C'est de la peau de
cette brebis qu'il a laissé mourir, que ce mauvais pasteur est obligé de rendre compte.
Je lui ai fait entendre vos paroles, elle a refusé de s'y montrer docile; j'ai pris soin
de l'empêcher de s'écarter du troupeau, elle ne m'a pas obéi. Parler de la sorte, si ce
langage était vrai, et Dieu sait s'il est vrai, ce serait assurément se bien défendre
de la perte d'une brebis mauvaise. Mais si Dieu a vu que ce pasteur a négligé la brebis
égarée et n'a point recherché la brebis perdue, que lui sert de pouvoir en rapporter la
dépouille ? C'est la brebis même qu'il faudrait montrer vivante et non la peau d'un
cadavre. Voilà ce qui fait son malheur au moment où il rend ses comptes. Mais s'il est
coupable de ne l'avoir pas cherchée quand elle s'égarait, que penser de celui qui a
causé cet
194
égarement? En d'autres termes, si pour n'avoir pas recherché la
brebis qui s'éloignait du divin troupeau, l'évêque qui demeure catholique doit être
condamné, que deviendra l'hérétique puisque loin d'avoir rappelé cette brebis errante
il l'a jetée dans l'erreur?
22. Examinons enfin, comme je l'ai dit, de
quelle manière Dieu ôte les brebis aux mauvais pasteurs. J'ai déjà rappelé ces mots :
« Faites ce qu'ils disent ; gardez-vous de faire ce qu'ils font. » Ce n'est pas eux qui
vous paissent alors, c'est Dieu; car bon gré mal gré, pour obtenir le lait et la laine
ils annonceront la parole de Dieu. « Toi qui prêches de ne point dérober, tu dérobes,
» dit l'Apôtre à ceux qui enseignent le bien et commettent le mal. Toi, mon frère,
écoute le prédicateur, ne dérobe pas, ne l'imite point dans ses larcins. Si tu l'imites
dans les actes coupables, ils te servent en quelque sorte de nourriture, mais cette
nourriture est un poison. Écoute plutôt ce qu'il te recommande non pas de lui-même mais
de la part de Dieu. On ne peut, il est vrai, cueillir le raisin sur les épines, car le
Seigneur a dit expressément : « Nul ne récolte le raisin sur des épines, ni la figue
sur les ronces (1). » N'en conclus pas toutefois que tu peux accuser le Seigneur et lui
dire : Seigneur, vous ne voulez pas de moi, car il est impossible de cueillir le raisin
sur les épines, et d'un autre côté vous m'avez dit de quelques-uns : « Faites ce
qu'ils enseignent, gardez-vous de faire ce qu'ils disent, » ce qui prouve qu'ils sont des
épines. Comment voulez-vous que sur ces épines je cueille le raisin de votre parole? Le
Seigneur en effet te répondrait : Ce raisin ne vient pas des épines. Ne voit-on pas
quelquefois une branche de vigne croître, s'entrelacer dans une haie et le raisin
suspendu au milieu d'un buisson d'épines, quoiqu'il ne soit pas produit par ces épines ?
Si tu es pressé par la faim et que tu n'aies pas d'autres ressources, avance la main avec
précaution, prends garde de te déchirer, c'est-à-dire d'imiter les actions des
méchants, cueille ce raisin porté parla vigne et suspendu au milieu de ces épines.
Profite de cette grappe, les épines sont destinées au feu.
23. « Et j'arracherai mon troupeau de
leur bouche et de leurs mains, et désormais il ne leur servira plus d'aliments. » On lit
de même dans un psaume : « N'auront-ils jamais d'intelligence, ces ouvriers d'iniquité
qui dévorent
mon peuple comme on dévore du pain (1) ? « Il ne leur
servira donc plus d'aliment, car voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens moi-même.
» J'ai soustrait mes brebis aux mauvais pasteurs en leur recommandant de ne pas faire ce
qu'ils font, de ne pas faire par témérité et par négligence ce que font ces indignes
pasteurs. Mais quoi! à qui confie-t-il ces brebis qu'il leur a soustraites ? Est-ce à de
bons pasteurs ? On ne le voit pas. Que concluerons-nous, mes frères ? N'y a-t-il pas de
bons pasteurs ? Les Écritures ne disent-elles pas ailleurs : « Je leur donnerai des
pasteurs selon mon coeur, « et ils les nourriront d'instruction 2? » Comment donc ne
confie-t-il pas à de bons pasteurs les brebis qu'il a ôtées aux mauvais ? Pourquoi
dit-il, comme s'il n'y avait plus nulle part de bons pasteurs : « Je viendrai les paître
? » II avait dit à Pierre: « Pais mes brebis. » Comment expliquer son langage? En
confiant ses brebis à cet Apôtre, il ne lui dit pas : Je les paîtrai et non pas toi; il
lui dit : « Pierre, m'aimes- tu? Pais mes brebis (3). » Parce qu'il n'y a plus
aujourd'hui de Pierre, parce que Pierre est parvenu au repos des Apôtres et des martyrs,
est-ce qu'il ne se trouve plus personne à qui le Seigneur puisse dire avec assurance: «
Pais mes brebis ? » Serait-il vrai que ne découvrant pas à qui confier son troupeau,
que néanmoins il ne 'veut pas abandonner, il est obligé de s'abaisser jusqu'à le
paître lui-même? On le croirait en lisant ce qui suit : « Voici ce que dit le Seigneur
: Je viens moi-même. »
Nous lui disions : « Écoutez-nous, ô
Pasteur d'Israël, vous qui conduisez, comme un troupeau, Joseph, » le peuple établi en
Egypte, c'est-à-dire Israël répandu parmi les gentils. Vous savez effectivement que
vendu par ses frères Joseph émigra en Egypte (4). Ainsi les Juifs ont vendu le Christ,
et ce n'est pas sans motif que le vendeur Judas était du nombre des Apôtres mêmes. Le
Christ commença alors à se répandre parmi les gentils; il y est honoré, son peuple s'y
est multiplié et le divin Pasteur ne l'abandonne pas. « Réveillez votre puissance,
disait le Prophète, et venez nous sauver (5). » C'est ce qu'il fait et ce qu'il fera
encore, puisqu'il dit : « Je viendrai moi-même et je rechercherai mes brebis, et je les
visiterai comme le pasteur visite son troupeau. » Si les pasteurs mauvais n'ont pas eu
soin de mes ouailles, c'est qu'ils ne
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les ont pas rachetées de leur sang. « Comme un pasteur visite son
troupeau au jour. » Quel jour? « Au jour de pluie et de nuages. » La pluie et les
nuages désignent les erreurs du siècle, les épaisses ténèbres des passions qui
couvrent le mondé comme un obscur nuage. Qu'il est alors difficile aux brebis de ne se
point égarer! Mais le Pasteur ne les délaisse point ; il les cherche, il perce les
ténèbres de ses yeux pénétrants, il voit nonobstant la profonde obscurité répandue
par les nuages de toutes parts, il rappelle les brebis égarées et s'accomplit alors ce
qu'il dit lui-même dans l'Évangile : « Celles, qui sont mes brebis entendent ma voix et
nie suivent (1). » « Au milieu des brebis dispersées, et je les délivrerai
de tous les lieux où elles s'étaient égarées au jour des nuées et de l'obscurité. »
Je les découvrirai quand il sera difficile de les trouver. La nuée est épaisse, les
ténèbres sont profondes; mais rien n'échappe à ses regards.
24. « Et je les retirerai du milieu des
nations, et je les recueillerai de toutes les contrées, et je les amènerai dans leur
pays et je les ferai paître sur les montagnes d'Israël. » Les montagnes d'Israël sont
ici les auteurs des divines Ecritures. Paissez là pour vivre en paix. Goûtez tout ce que
vous y entendez, rejetez ce qui n'en vient pas. Ne vous égarez pas au milieu des
ténèbres, écoutez la voix du Pasteur; retirez-vous sur les montagnes de l'Écriture;
là sont les délices de votre coeur et rien d'empoisonné, rien qui vous soit contraire,
mais de riches pâturages. Vous seules, brebis saines, venez et paissez sur ces monts
d'Israël. « Le long des ruas« seaux et dans toutes le régions habitables. » Car des
montagnes dont nous venons de parler ont coulé les ruisseaux de la prédication
évangélique, lorsque la voix des Apôtres s'est fait entendre à toute la terre (2); et
l'univers entier est devenu alors comme un riant et fertile pâturage. « Je les ferai
paître dans de bons pâturages et sur les hautes montagnes d'Israël. Là seront leurs
étables; » c'est-à-dire les lieux où elles prendront leur repos, où elles diront :
C'est bien, c'est la vérité, c'est clair, on ne nous trompe pas. Elles reposeront dans
la splendeur de Dieu comme dans des étables. « Et elles dormiront, » seront en paix, «
et se reposeront dans de douces délices. »
25. « Et elles paîtront dans de gras
pâturages sur la montagne d'Israël. » J'ai déjà expliqué
ce que sont ces montagnes, ces saintes montagnes d'Israël où nous
élevons nos regards pour appeler du secours. Mais le secours nous vient du Seigneur qui a
l'ait le ciel et la terre (1). Aussi pour nous empêcher de mettre notre espoir dans ces
saintes montagnes, après avoir dit : « Je ferai paître mes brebis sur les montagnes
d'Israël », et pour insister plus fortement, il ajoute : « Je les ferai paître
moi-même. » Élève donc les yeux vers ces montagnes d'où te viendra le secours, mais
écoute aussi Celui qui dit : « C'est moi qui les ferai paître; » car le secours te
vient du Seigneur qui a fiait le ciel et la terre.
26. « Et je les ferai reposer dit le
Seigneur Dieu. » Pour leur procurer ce repos il a dû les guérir, comme le prouvent les
mots qui suivent « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je chercherai celles qui étaient
perdues, je rappellerai celles qui étaient égarées, je banderai les blessées, je
fortifierai les languissantes, je garderai celles qui sont grasses et fortes. »
C'est ce que ne faisaient point les mauvais pasteurs, occupés d'eux-mêmes et non de leur
troupeau. Le Seigneur ne dit pas : J'établirai d'autres pasteurs, de bons pasteurs pour
faire cela; il dit : Je le ferai moi-même, je ne confierai mes brebis à personne.
Soyez donc tranquilles, mes frères, brebis, soyez tranquilles. N'est-ce pas nous qui
devons craindre comme s'il n'y avait plus de bon pasteur ?
21. Il conclut ainsi : « Et je les
conduirai avec justice. » Dieu n'est-il pas le seul qui conduise ainsi ? Quel homme en
effet est juste envers un autre homme ? Tout est plein de jugements téméraires. Nous
désespérions de celui-ci, il se convertit tout-à-coup et devient excellent chrétien;
nous espérions beaucoup de cet autre, tout-à-coup il succombe et devient très-méchant.
Nous ne sommes parfaitement sûrs ni de nos craintes ni de nos affections. Qui sait même
ce qu'il est aujourd'hui? et s'il le sait tant soit peu, nui ne connaît ce qu'il sera
demain. Dieu conduit donc avec justice, donnant à chacun ce qui lui appartient, une chose
à celui-ci, une autre à celui-là et à tous ce qui leur est dû. Il sait ce qu'il à a
faire et il dirige avec justice ceux qu'il a rachetés en souffrant injustement. Ainsi
nourrit-il avec justice.
28. Nous lisons dans le prophète
Jérémie: « La perdrix a crié, elle a rassemblé des petits dont elle n'est pas la
mère, réuni des richesses sans
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jugement. » Au lieu donc que cette perdrix s'enrichit sans jugement,
le divin Pasteur fait paître son troupeau avec discernement. En quoi la perdrix
manque-t-elle de jugement? En ce qu'elle rassemble des neufs qu'elle n'a pas produits. En
quoi se montre le discernement du divin Pasteur? En ce qu'il nourrit ses propres enfants.
Toutefois nous parlons encore du bon
Pasteur. Il n'y en a donc pas de bons ou il n'en est pas parlé. S'il n'en est pas de
bons, que faisons-nous ici? S'il n'en est pas parlé, pourquoi ce silence?
D'anciens Pères et des commentateurs de
l'Ecriture qui nous ont précédés ont vu le diable dans cette perdrix qui rassemble ce
qu'elle n'a pas produit. Le diable en effet n'est pas créateur, mais trompeur, et il
rassemble des trésors sans jugement. Peu lui importe de quelle manière on s'égare ;
tous les égarés et toutes les erreurs lui sont bonnes. Combien n'y a-t-il pas
d'hérésies diverses et de diverses erreurs ? Il veut que toutes servent à perdre
l'homme. Il ne dit pas: qu'on soit Donatiste, non pas Arien ; qu'on soit l'un ou l'autre,
on lui appartient, car il amasse sans discernement. Que celui-ci, dit-il, adore les
idoles, il est à moi ; que celui-là demeure attaché aux superstitions des Juifs, il est
à moi encore ; que cet autre, après être sorti de l'unité, tombe dans telle ou telle
hérésie, je le tiens également. Il amasse donc et s'enrichit sans discernement. Et
qu'arrive-t-il? « On le quittera au milieu de ses jours et à la fin on verra sa folie
(1). » Il vient rassembler ses brebis de toutes parts. « Au milieu de ses jours, » et
plus-tôt qu'il ne s'y attendait, plutôt qu'il ne pensait, « elles l'abandonneront « et
à la fin paraîtra sa folie. » Pourquoi paraissait-il sage au début tandis qu'à la fin
il paraît insensé ? Ecoutez, mes frères. La sagesse est dans l'Ecriture prise
quelquefois pour la ruse, c'est par figure et non dans le sens propre. C'est ainsi qu'il
est dit : « Où est le sage ? où est le scribe ? Où est l'investigateur de ce siècle?
Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde (2) ? » Or cette perdrix, ce
dragon, ce serpent semblait sage lorsque par Eve il séduisit Adam; il paraissait dire
vrai, donner un bon conseil et on le crut plutôt que Dieu. Ce qui prouve que le mot de
sagesse est pris improprement et en mauvaise part dans nos Ecritures; car peu nous importe
de savoir comment s'expriment les écrivains profanes, ce sont ces
paroles du même livre : « Le serpent était le plus sage de tous
les animaux. (1) » Plus sage, c'est-à-dire plus rusé, plus habile à tromper. Mais
dans la suite on n'a plus foi en lui, on lui dit Nous te renions, c'est assez que tu aies
surpris une première fois notre simplicité. Ainsi paraîtra-t-il à la fin insensé, ses
fraudes seront découvertes et ne seront plus alors des fraudes. On verra donc quelle a
été sa folie de recueillir ce qui ne lui appartenait pas et d'amasser des richesses sans
discernement. Notre Rédempteur au contraire paît avec jugement.
29. Voici un hérétique; s'il n'est pas
frère du diable, il en est l'aide et le fils, je puis dire aussi qu'il est une perdrix,
un animal rusé. La perdrix en effet, les oiseleurs le savent, se fait prendre parses
propres ruses; et les hérétiques rusent aussi contre la vérité, toujours ils ont rusé
contre elle, depuis qu'ils s'en sont séparés. Ils disent aujourd'hui: Nous ne voulons
pas lutter, mais c'est qu'ils sont pris, c'est qu'ils n'ont plus de prétexte pour tenir
ce langage. Vaincu, je te reconnais ; c'est bien toi qui dans les premiers moments de ta
rébellion accusais les catholiques de s'être faits traditeurs, condamnais des innocents,
en appelais au jugement de l'Empereur, ne te soumettais pas à la sentence des évêques,
ne cessais d'en appeler après avoir été tant de fois convaincu, plaidais devant
l'Empereur même avec une ardeur non pareille, et amassais ce que tu n'avais pas produit.
Où est maintenant ta fierté ? Où est ton éloquence ? Où est ton sifflet ? Toi aussi
tu as montré à la fin ta folie, tu t'es conduit sans discernement. Ce n'est pas un
jugement véridique que tu demandes ni sur ton erreur ni sur la vérité. Mais pour
s'opposer à toi le Christ paît avec jugement et discerne ses ouailles des tiennes. «
Celles qui sont mes brebis, dit-il, entendent ma voix et me suivent (2). »
30. Ici donc japerçois tous les
bons pasteurs dans l'unique Pasteur. Les bons pasteurs, à vrai dire, ne sont pas
plusieurs, ils sont un dans un seul. S'ils étaient plusieurs, ils seraient divisés; pour
recommander l'unité, il n'est parlé que d'un seul. Si dans notre texte en effet il n'est
point parlé de plusieurs bons pasteurs mais d'un seul, ce n'est pas que le Seigneur ne
trouve personne aujourd'hui à qui confier son troupeau comme il l'a confié à Pierre,
autrefois. S'il la confié à Pierre, c'était plutôt pour recommander en lui l'unité.
Les Apôtres étaient plusieurs et à l'un
197
d'eux seulement il est dit: « Pais mes brebis. Loin de nous, loin de
nous la pensée qu'il n'y ait pas aujourd'hui de bons pasteurs ; ne serait-ce pas outrager
la divine miséricorde, de prétendre que Dieu n'en forme ni n'en établit aucun ? S'il y
a de bons fidèles, il y a certainement aussi de bons pasteurs, puisque ces bons pasteurs
sont pris dans les rangs de ces bons fidèles. Mais tous ces bons pasteurs n'en forment
qu'un seul avec le Pasteur unique. Quand ils font paître, c'est le Christ qui fait
paître. Amis de l'Epoux, ils ne parlent pas en leur nom, ils sont si heureux de faire
entendre la voix de cet Epoux ! Quand ils paissent c'est donc lui qui paît; c'est
pourquoi il dit : « Je fais paître. » Ils font en effet entendre sa voix et sont
animés de sa charité.
C'est ce que l'on voit dans Pierre
lui-même. Lors effectivement que comme à un autre soi-même le Christ lui confiait ses
brebis, il voulait au préalable se l'unir intimement. Le Sauveur serait le Chef, Pierre
représenterait le corps même de l'Eglise, et tous deux seraient unis comme l'époux et
l'épouse dans une seule chair. Que lui dit-il en effet avant de lui commettre ces
fonctions et pour qu'il ne les reçoive pas comme un étranger ? « Pierre, m'aimes-tu ?
» demande le Sauveur. « Je vous aime, » répond l'Apôtre. Une seconde fois : «
M'aimes tu? » et, une secondé fois: « Je vous aime. » A une troisième fois: «
M'aimes-tu? » il est répondu une troisième fois : « Je vous aime. » C'était affermir
la charité, pour consolider l'unité.
Ainsi donc, Jésus-Christ veut paître
dans la personne des pasteurs, et les pasteurs dans la personne de Jésus-Christ. Il n'est
point parlé d'eux et il en est parlé. Les pasteurs se glorifient; mais qui se glorifie
doit se glorifier en Jésus-Christ. Paître pour le Christ, paître dans le Christ et
paître avec le Christ, c'est ne pas paître pour soi-même en dehors du Christ. Ce n'est
point la disette des pasteurs, ce n'est point la prévision de ces temps malheureux qui a
fait dire au prophète : « Je ferai paître mes brebis, » comme s'il n'y avait personne
à qui Dieu pût les confier. Lorsque Pierre était encore vivant, lorsque les Apôtres
étaient encore dans cette chair et dans ce monde, cet unique Pasteur en qui sont réunis
tous les Pasteurs, ne disait-il pas: « J'ai d'autres brebis qui ne sont pas encore de ce
bercail; il faut que je les y amène aussi, afin qu'il n'y ait qu'un troupeau et qu'un
Pasteur (1) ? » Tous les pasteurs doivent donc
être dans l'unique Pasteur, ils doivent tous ne faire entendre que
sa voix aux brebis, afin que les brebis suivent leur unique Pasteur, et non celui-ci ou
celui-là; tous doivent tenir en lui le même langage sans énoncer des maximes
différentes. « Je vous conjure, mes frères, d'avoir tous le même langage et de ne
point souffrir de schismes parmi vous (1). » Ce langage ne doit respirer aucune division,
il doit être pur de toute hérésie et entendu de toutes les brebis, afin qu'elles
suivent le Pasteur qui leur crie: « Celles qui sont mes brebis entendent ma voix et me
suivent. »
31. Veux-tu savoir, hérétique, combien
peu ta, voix est celle de ce Pasteur et combien il est dangereux aux brebis de te suivre,
couvert que tu es de .leur peau, mais à l'intérieur vrai loup ravissant (2) ? Fais leur
entendre ta voix, et considérons si elle est la voix du Christ. Voici une brebis
affaiblie qui cherche l'Eglise ; elle s'est écartée du troupeau, ne sait plus où il est
; elle voudrait s'y réunir, s'abriter avec lui. Parle ; écoutons si ta voix est celle du
Christ, celle d'un agneau ou celle de la perdrix. La brebis de Dieu cherche son troupeau :
c'est, je suppose, une brebis venue d'Orient en Afrique; elle cherche son troupeau, elle
te rencontre et veut entrer dans ton temple. Surpris à la vue de ce visage inconnu, toi
ou ton ministre; peu importe, debout ou assis à la porte du temple, tu interroges cette
brebis qui cherche son troupeau ou plutôt le troupeau du Seigneur, qui veut se réunir à
lui, entrer dans le lieu où elle croit qu'il s'abrite. Tu demandes donc à cet homme:
Es-tu païen, es-tu chrétien? Chrétien
répond-il; il est en effet une brebis de Dieu. Mais n'est-il pas Catéchumène? Ne
va-t-il pas profaner les sacrements? Je suis fidèle, répond-il encore. De
quelle communion? Je suis catholique. Il est chrétien, fidèle, catholique, et tu
le repousses. Quels sont alors ceux que tu laisses entrer? Oui, rejette-le, repousse-le.
Tu le réprouves, mais il est approuvé du Christ. Plaise à Dieu que tes sectateurs
viennent à te connaître aussi et à t'abandonner au milieu de tes jours!
Quelques-uns de nos frères se sont
présentés hier à leur temple; ils allaient chez des frères quoique ces frères fussent
mauvais frères. Ecoute quelle différence entre la confiance qu'inspire la vérité et la
crainte suggérée par le mensonge. Quelle joie ne ressentez-vous point lorsque vous
apercevez dans cette assemblée quelques uns
198
d'entre eux? C'est que parmi vous se trouve Celui qui cherche la
brebis perdue. On vous dit quelquefois - Il écoutera et sortira. Vous de répondre
: Qu'il écoute et sorte. Il écoutera et se moquera. Qu'il écoute et se
moque. Il finira par goûter et connaître la vérité; un jour il ne sera plus avec les
siens, il restera avec son coeur, il renoncera à son erreur et rendra grâces à son
Dieu. Voilà ce que vous dites. Et eux que dirent-ils'? Qui
êtes-vous ? Nous sommes chrétiens. Non, vous êtes des espions. Au
contraire, nous sommes des catholiques. Ils cherchèrent d'abord à les outrager ;
mieux avisés ils se repentirent. Puissent-ils se repentir tous de demeurer dans cette
voie comme se sont repentis ceux qui avaient commencé les outrages! Mais enfin quels sont
ceux qu'ils ont repoussés? Des chrétiens, des fidèles, des catholiques. Et quels sont
ceux qu'ils ont laissés entrer ? Je ne veux pas le dire. Je vois ceux qu'ils ont
empêchés, qu'ils nous disent eux-mêmes à qui ils ont permis d'entrer.
32. Qu'ils parlent donc; écoutons si leur
voix est celle du Christ, si c'est la voix du Pasteur que doivent suivre les brebis. Que
ces paroles soient prononcées par un homme de bien ou par un méchant, peu importe,
considérons seulement si c'est le langage du Pasteur.
Un chrétien faible, un chrétien égaré cherche l'Église. Que
réponds-tu ? L'Église est le parti de Donat. Ne e l'oublie pas, je veux
connaître le langage du Pasteur. Lis-moi donc cela dans les prophètes ou (tans les
psaumes, montre-le moi dans la Loi, dans 1'Evangile ou dans les Apôtres. J'y vois bien
que l'Église est répandue dans tout l'univers et que le Seigneur s'écrie : « Celles
qui sont mes brebis écoutent ma voix et me suivent. » Or, quelle est cette voix du
Pasteur : « Qu'on prêche en son nom la pénitence et la rémission des péchés
parmi toutes les nations, à commencer par Jérusalem (1). » Voilà la voix du Pasteur,
reconnais-là et suis-là, si tu es sa brebis.
33. Mais ces catholiques ont livré
les Écritures, ils, ont offert de l'encens aux idoles; c'est un tel et un tel. Que
m'importent tel et tel ? S'ils ont fait cela, ils ne sont pas des Pasteurs. C'est la voix
du Pasteur que je te demande, ce que tu dis ne vient pas de lui. C'est toi qui les
accuses, ce n'est pas l'Évangile; c'est toi, et non le Prophète ni l'Apôtre. Je chois
ce que
menseigne la voix de ce Pasteur, je ne crois rien autre chose.
Tu montres des Actes publics; j'en montre aussi. Tu veux que j'ajoute foi aux tiens; donc
aussi ajoute foi aux miens. Je ne crois pas les tiens; ne crois pas les miens. Laissons
ces écrits des hommes, entendons le langage de Dieu. Montre-moi dans l'Écriture un seul
mot en faveur du parti de Donat, je t'en montrerai d'innombrables en faveur de l'univers.
Mais qui pourrait les compter tous? Rappelons-en seulement quelques-uns.
Écoute d'abord la Loi, le premier
Testament divin : « Toutes les nations seront bénies dans ta postérité (1). » Voici
des psaumes : «Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage et pour domaine
jusqu'aux extrémités de la terre (2). Tous les peuples les plus reculés se
souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui, toutes les nations se prosterneront
devant lui; car à lui appartient l'empire, il règnera sur les peuples (3).
Chantez au Seigneur un cantique nouveau; que toute la terre bénisse le Seigneur (4).
Tous les rois de la terre l'adoreront, toutes les nations le serviront (5). » Qui
pourrait tout rapporter? Il n'y a presque pas une page où on ne voie partout le Christ et
l'Eglise répandue dans tout l'univers. Qu'on me montre un seul mot en faveur du parti de
Donat. Est-ce demander beaucoup? On prédit la ruine de cette Église partout répandue.
Elle périra? et tant de témoignages assurent sa permanence ! Mais cette seule assertion
n'est ni dans la Loi, ni dans les Prophètes, ni dans les chants du Pasteur; et sans le
Verbe de Dieu, sans le Christ, on ne peut rien dire de vrai.
34. Voici maintenant la parole du Verbe, elle sort de la bouche même
du Verbe. Il s'écrie donc, en admirant la foi du Centurion : « En vérité je vous le
déclare, je n'ai pas rencontré de si grande foi en Israël. C'est pourquoi je vous
l'assure, beaucoup viendront d'Orient et d'Occident, et reposeront avec Abraham, Isaac et
Jacob dans le royaume des cieux (6). » « Beaucoup viendront de l'Orient et de
l'Occident. » Voilà l'Église, voilà le troupeau du Christ, reconnais-les si tu es du
bercail, tu ne saurais méconnaître ce troupeau répandu partout Qu'auras-tu à répondre
à ton Juge, puisque tu ne veux pas de lui pour ton pasteur? qu'auras-tu, dis-je, à lui
répondre? Diras-tu : J'ai ignoré, je n'ai pas vu, je n'ai pas entendu? Mais qu'as-tu
ignoré?
109
«Personne ne se dérobe à sa chaleur (1). » Que n'as-tu pas vu ?
« Toutes les extrémités de la terre ont vu le Salut de notre Dieu (2). » Que n'as-tu
pas entendu? « Leur voix s'est étendue sur toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux
limites de l'univers (3). »
35. Nous devons pourtant exiger de vous
une parole du Christ, une parole du Pasteur adressée aux brebis et suivie par elles. Vous
ne trouvez que répondre; vous ne pouvez citer en votre laveur aucun témoignage du divin
Pasteur. Écoutez mieux et obéissez; laissez la voix du loup, suivez la voix du Pasteur,
ou enfin montrez-nous ce qui vous justifie.
Nous le montrons, disent-il.
Écoutons, car nous aussi nous citons pour nous le témoignage du Pasteur. Écoutons
cependant. On voit dans les Cantiques, disent-ils, l'épouse parler à l'Époux,
l'Église au Christ. Nous connaissons le Cantique des Cantiques, ces chants
sacrés, ces chants d'amour, d'amour saint, de sainte charité et de sainte douceur. Je
veux donc v entendre la voix du Pasteur, la voix de l'Époux aimable. Parle, si tu sais
quelque chose, écoutons. L'Épouse, répondent-ils, dit à l'Époux : « Toi que
chérit mon âme, apprends-moi où tu conduis ton troupeau, où tu le fais reposer. » Et
selon eux il répond : « Au midi. » Je te citais des textes clairs, tu ne pouvais
interpréter autrement que moi les suivants : « Demande-moi et je te donnerai les nations
pour héritage et pour domaine jusqu'aux extrémités de la terre. » « Tous
les peuples les plus reculés se souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui. »
Qu'est-ce main tenant que tu me cites du Cantique des cantiques? Un texte que peut-être
tu ne comprends pas; car ces cantiques sont des espèces d'énigmes, connus d'un petit
nombre d'hommes intelligents, ouverts à un petit nombre de ceux qui savent frapper.
Accepte, en t'y attachant avec amour, ce qui est clair, pour mériter de pénétrer dans
ce qui est obscur. Comment percer ce qui est obscur si tu foules aux pieds ce qui est
clair?
36. Nous allons néanmoins, chers frères,
discuter ce passage dans la mesure de nos forces; le Seigneur nous aidera à vous montrer
ici un sens irréprochable.
Tous, et même les esprits les moins
cultivés, peuvent d'abord le remarquer facilement, les Donatistes coupent mal la phrase;
vous allez vous en convaincre. Voici le texte exactement : l'Épouse
dit à l'Époux: « Toi que chérit mon âme, apprends-moi où tu
conduis ton troupeau, où tu le fais reposer. » C'est bien l'Épouse qui parle ainsi à
lEpoux, l'Église qui adresse au Christ ce langage; ni de notre côté ni du leur il
n'y a de doute sur ce point. Mais rapporte donc toutes les paroles de l'Épouse. Pourquoi
entreprends-tu d'attribuer à l'Époux un mot qui est encore de l'Épouse? Dis tout ce qui
vient d'elle, l'Époux répondra en suite. Sois attentif à la coupe de phrase suivante,
tu n'auras rien à répliquer. « Toi que chérit mon âme, apprends-moi où
tu conduis ton troupeau, où tu le fais reposer à midi. » Ces
derniers mots : « à midi, » sont encore de l'Épouse, ce qui le prouve c'est ce qui
suit : « Dans la crainte que je ne sois comme une inconnue auprès des troupeaux de tes
compagnons. » Tous sans doute, lettrés et illettrés, savent distinguer le genre
masculin du genre féminin. Or de quel genre est inconnue ? Je le demande à tous :
Est-ce du masculin ou du féminin? « Toi que chérit mon âme, annonce moi, » dit-elle. Toi
que, quem, est du masculin il désigne donc l'Époux. Et ce qui montre que
c'est l'Épouse qui parle ainsi, ce sont les mots suivants : « Apprends-moi où tu
conduis ton troupeau, où tu le fais reposer à midi, dans la crainte que je ne sois comme
une inconnue autour des troupeaux de tes compagnons. » Remarque ce mot inconnue,
pour bien connaître le sens. « Toi que chérit mon âme, apprends-moi où tu mènes ton
troupeau, où tu le conduis à midi, dans la crainte que je ne devienne comme une inconnue
autour des troupeaux de tes compagnons. »
Ici s'arrêtent les paroles de l'Épouse;
voici maintenant et évidemment celles de l'Époux « Si tu ne te connais toi-même, ô la
plus belle des femmes. » Il s'agit bien ici d'une femme « ô la plus belle des femmes.
Si tu ne te connais toi-même, ô la plus belle des femmes, sors, va sur les traces des
troupeaux et fais paître tes boucs près des tentes des pasteurs (1). » Considère ici
les menaces de l'Epoux; considère comment à l'heure du danger, il met de côté toutes
les caresses, malgré sa douceur. Avec quelle grâce l'Épouse lui disait : « Toi que
chérit mon âme, apprends-moi où tu conduis
ton troupeau; où tu le fais reposer à midi. » Car viendra le moment de midi, quand les
bergers courent chercher l'ombre, et j'ignorerais peut-être
200
où te conduis ton troupeau, où tu le fais reposer. Apprends-le moi
donc, afin que je ne sois pas comme une inconnue, comme une étrangère. Je suis connue,
il est vrai, mais je pourrais tomber, comme une inconnue et une étrangère, au milieu des
troupeaux de tes commensaux. En effet tous les hérétiques ont été chrétiens;
avant d'être mauvais pasteurs et d'avoir au nom du Christ leurs troupeaux particuliers,
ils étaient comme ses commensaux et mangeaient à sa table, ce que semble indiquer le
terme latin qui les désigne ici. (1). Entends d'ailleurs comment lui-même se plaint de
ces méchants en les regardant comme ses convives. « Si mon ennemi m'avait outragé,
dit-il, je l'aurais supporté; s'il avait élevé ces graves accusations contre .moi, je
me serais facilement dérobé à ses poursuites. Mais toi, mon intime, mon familier, le
chef de mes conseils, toi qui mangeais amicalement à ma table (2). » Il y a donc
beaucoup d'ingrats convives du Seigneur qui l'ont quitté, beaucoup de méchants qui ont
voulu avoir leur table à part, qui ont dressé autel contre autel. C'est parmi eux que
l'Épouse craint de s'égarer.
31. Tu crois peut-être que le mot midi
désigne ici l'Afrique. Je pourrais démontrer que le midi dans le monde est plutôt
l'Égypte et ces régions dévorées du soleil qui ne connaissent pas la pluie; c'est en
effet au moment de midi, au milieu du jour que la chaleur se fait le plus vivement sentir.
Or dans ces mêmes pays le désert est rempli, par milliers, de serviteurs de Dieu. Si
donc nous voulions prendre lexpression de midi pour une expression de lieu, pourquoi
ne dirions-nous pas plutôt que c'est dans ces régions que lEpoux conduit son
troupeau et le fait reposer ? N'a-t-il pas été prédit que « le désert sera fertile
(3) ? »
Mais j'y consens, par midi entendons
l'Afrique. Il y a donc en Afrique de mauvais serviteurs du Christ. Supposons maintenant
que représentée par quelqu'un de ses enfants qui fait voile vers l'Afrique, l'Église
d'outre-mer craigne de s'égarer; elle implore son Epoux et lui dit : J'apprends qu'il y a
en Afrique un grand nombre d'hérétiques, des rebaptisants en grand nombre; j'apprends
aussi que vous y comptez des, serviteurs fidèles: voilà deux choses qu'on me, dit, mais
je veux savoir de vous-même quels sont vos serviteurs. « Vous que chérit mon âme,
apprenez-moi où vous conduisez votre troupeau, où vous le faites reposer au midi; »
dans cette
région méridionale où il y a, dit-on, deux partis, le parti de
Donat et le parti qui demeure uni à tout votre univers. Dites-moi où je dois aller, «
dans la crainte que je ne sois comme une inconnue autour des troupeaux de vos commensaux,
» que je ne me jette au milieu des troupeaux d'hérétiques essayant de placer l'une sur
l'autre des pierres qui s'écrouleront, que je ne m'égare au milieu des rebaptisants.
L'Époux ne veut qu'un seul pasteur, puisqu'il a dit dans le texte que nous expliquons: «
C'est moi qui ferai paître; » et il réprouve ces pasteurs qui ont cherché à se
multiplier au détriment de l'unité. Il répond donc, non pas d'un ton doux, mais d'un
ton sévère et proportionné à la gravité du péril : « Si tu ne te connais toi-même,
ô la plus belle des femmes. » Tu es la plus belle des femmes, mais connais-toi. Où te
connaîtras-tu ? Dans tout l'univers; car si tu es belle, il y a en toi unité, la
division produisant la laideur, et non la beauté. « Si tu ne te connais toi-même. » Tu
as cru en moi; connais-toi. Comment as-tu cru, en moi ? Comme y ont cru ces mauvais
serviteurs; ils accordent que le Verbe s'est fait chair, qu'il est né d'une vierge, qu'il
a été crucifié, qu'il est ressuscité, qu'il est monté au cieux : ne crois-tu pas ces
vérités qu'ils publient? Connais-toi et connais-moi, moi dans le ciel et toi dans tout
l'univers. Le Christ parle donc à un membre de l'Eglise comme à l'Église même. Comment
en effet l'Église pourrait-elle chercher l'Église?
Je me mets à leur point de vue. « Toi
que chérit mon âme, apprends-moi où tu conduis ton
troupeau, où tu le fais reposer. » Que cherche ici l'Épouse ? Elle cherche l'Église.
Et comme, pour lui montrer cette Église, l'Époux répondrait, d'après eux: « Au midi.
»
Qu'ils me disent maintenant comment l'Église cherche l'Église. «
Toi que chérit mon âme, apprends-moi. » Qui parle ainsi? L'Église. Que demande-t-elle
à, savoir ? « Où est conduit le troupeau,
où il repose, » en d'autres termes, où est l'Église. Ainsi l'Église demande où est
l'Église, et l'Époux, estiment les Donatistes, répond qu'elle est au midi. Or si
l'Église n'est qu'au midi, en Afrique comme ils prétendent, comment peut-elle demander
elle-même où elle est ? N'est-ce pas plutôt une portion de l'Église d'outre-mer qui
demande à ne pas s'égarer dans le midi ? Le Christ alors s'adresse à chacun des membres
de son Église comme à l'Église elle-même : « Situ ne te connais toi-même; ô la plus
belle des femmes, (201) « sors. » Sortir est le caractère des hérétiques. Ou
connais-toi, ou sors; car si tu ne te connais pas, tu sortiras. Où sortiras-tu ? « Sur
les traces des troupeaux, » à la suite des troupeaux égarés. Ne t'imagine pas qu'en
sortant tu t'attacheras aux brebis fidèles, écoute ce qui vient ensuite. « Sors sur les
traces des troupeaux, et pais tes boucs, » non plus tes brebis. Vous savez, mes frères,
où seront placés les boucs. Seront placés à la gauche tous ceux qui auront quitté
l'Église. Pierre demeure et on lui dit : « Pais mes brebis; » l'hérétique sort et on
l'invite à paître ses boucs.
38. Nous avons, disent-ils, une autre
autorité. Elle ne te sera pas moins opposée. Quelle est-elle ? Ecoutons. Elle
combattra ton sentiment autant que la première, que néanmoins tu croyais l'appuyer.
Si parle midi, reprennent-ils, on entend l'Egypte. Nous donnons à ce mot
plusieurs interprétations et en le prenant pour un nom de lieu, nous pouvons y voir et
lEgypte et l'Afrique même. Mais voici ce que j'entends par le midi. Le midi selon
moi désigne la, ferveur spirituelle, la ferveur embrasée du feu de la charité, et
éclairée de la lumière de la vérité. Il est dit en effet dans un psaume : le
Faites-moi « connaître votre droite et ceux dont le coeur est rempli de sagesse. »
Votre droite, et non pas les boucs; ceux dont le coeur est rempli de
sagesse; ils sont le midi, c'est pourquoi ces mots du Prophète : « Vos ténèbres
seront comme le midi (1). » Nous pouvons donc interpréter diversement le mot midi; mais
je veux bien parce terme entendre ici, entendre absolument l'Afrique. Tu me fournis par
là une application meilleure peut-être que je ne l'aurais trouvée.
L'Église d'outre-mer craint donc de se
jeter au milieu des rebaptisants, elle craint de tomber comme une étrangère au milieu
des troupeaux qui ne sont pas de son Epoux, et elle lui demande où il conduit le sien,
où il le fait reposer dans le midi. C'est que dans le midi il y a des troupeaux que le
Christ conduit, il en est aussi qu'il ne conduit pas; il en est qu'il fait reposer, et
d'autres au milieu desquels il ne repose pas. Il faut donc prendre conseil, se joindre à
l'Église Catholique, ne passe jeter au milieu des sectes rivales et n'avoir pas à faire
paître des boucs. Mais enfin tu avais autre chose à dire, qu'est-ce ? Dieu
viendra du côté de l'Auster (Africus) ; par conséquent de l'Afrique. Quel
témoignage ! « Dieu viendra du
côté de l'Auster, » par conséquent de l'Afrique! Ainsi, d'après
les hérétiques, un second Christ naît en Afrique et se répand dans l'univers Que
signifient ces mots: « Dieu viendra de « l'Auster ? » Si vous disiez que Dieu est
resté en Afrique, il serait déjà honteux.de parler ainsi; mais vous allez jusqu'à
affirmer que Dieu viendra de l'Afrique ! Ne savons-nous pas où le Christ est né, où il
a souffert, d'où il est monté au ciel, d'où il a envoyé ses Apôtres, où il les a
remplis du Saint-Esprit, où il leur a commandé d'évangéliser le monde entier? Ils lui
ont obéi, l'Evangile remplit l'univers, et vous dites que Dieu viendra de l'Afrique !
39. Explique-moi donc toi-même,
ajoutes-tu, ce que signifient ces mots : Deus ab Africo veniet. Lis tout le
texte, peut-être alors comprendras-tu. « Deus ab Africo veniet et Sanctus de monte umbroso : Dieu viendra de l'Auster,
le Saint viendra de la montagne ombragée. » Explique-moi donc comment Dieu
peut venir à la fois de l'Afrique et de la montagne ombragée. Le parti de Donat est né
dans la Numidie ; des Numides ont été envoyés d'abord, par des Humides, porter la
division, le trouble, le scandale et faire une large plaie. Sécondus, évêque de
Tigisis, a envoyé des hommes pour cette oeuvre, et l'on sait où est Tigisis. Ces
envoyés étaient des clercs,-ils appelèrent leurs partisans hors de (Église, sans
vouloir se mettre en relation avec les clercs de Carthage; ils établirent un visiteur et
furent reçus par Lucille (1). Ainsi l'auteur de tous ces maux fut un hérétique de
Numidie. Mais dans ce pays de Numidie, d'où nous est venue cette calamité, on trouve à
peine de quoi ombrager les mouches, il faut s'abriter dans des trous. Comment donc voir la
Numidie dans cette montagne ombragée? Tout y est plaine, les campagnes y sont
fertiles, mais en Llé; on n'y voit point d'oliviers, on n'y rencontre point d'agréables
bocages. Comment doncvoirla montagne ombragée dans ces contrées de Numidie ? Comment,
expliquer cette difficulté ?
40. Expose-moi à ton tour,
répond-il, ce que signifie: « Dieu viendra du côté de l'Auster, le Saint viendra de la
montagne ombragée. » Avec la plus grande facilité.. Remarque d'abord ce que dit
le Seigneur : « Il fallait que le Christ souffrit et ressuscitât le troisième jour, et
qu'en son nom la pénitence et la rémission « des péchés fussent prêchées parmi tous
les peuples,
202
à commencer par Jérusalem (1). » Voilà d'où il viendra. Quand il
dit: à commencer, il fait entendre que c'est de là qu'il viendra avec ses saints
vers les autres peuples. Lis maintenant, au livre de Josué, le partage de la terre fait
à toutes les tribus des fils d'Israël; il y est dit en propres termes : « Jébus,
c'est-à-dire Jérusalem, du coté de l'Auster, ab Africo (2). » Lis, cherche, tu
le trouveras. Puisses-tu croire après l'avoir trouvé, puisses-tu alors déposer tes
préventions. « Jébus, c'est-à-dire Jérusalem, du côté de l'Auster. » Ainsi ces
expressions du Seigneur: « à commencer par Jérusalem, » ont le même sens que
celles-ci : « Dieu viendra du côté de l'Auster. »
Et la montagne ombragée ? Lis encore
l'Évangile. C'est du mont des Oliviers que le Christ est monté au ciel. Conclus. Et qu'y
a-t-il de plus clair ? D'une part: « du côté de l'Auster, » d'autre part : « à
partir de, Jérusalem; » le premier texte est dans la Loi, le second dans l'Évangile.
Non-seulement nous lisons : « à partir de Jérusalem, » dans le prophète, nous. y
voyons encore : « Parmi tous les peuples. » Poursuis la lecture de ces mots que tu as
méprisés, que tu as passés sous silence. « Dieu viendra du côté de l'Auster, le
Saint viendra de la montagne ombragée, son ombre couvrira les montagnes, sa gloire
remplira la terre (3). » N'est-ce pas ici : « parmi tous les peuples à commencer
par Jérusalem ? Dieu viendra du côté de l'Auster, le Saint viendra de la montagne
ombragée » et sombre; c'est-à-dire de la montagne des Oliviers; car de là il est
monté au ciel et il a envoyé ses disciples; là encore il leur disait avant de les
quitter : « Ce n'est pas à vous de connaître les temps et les moments que le Père a
réservés en sa puissance, mais vous recevrez la vertu d'en haut, et vous me servirez de
témoins. » Voyez comment débute la prédication : « Vous
me servirez de témoins à Jérusalem et dans la Judée, à Samarie et par toute la
terre (4). » Ainsi donc, quand Dieu, quand le Christ est venu, son nom et la prédication
de son Evangile sont partis de Jérusalem, c'est-à-dire du côté de l'Auster; de
la montagne ombragée, ou du mont des Oliviers, pour se répandre parmi toutes les
nations. « Son ombre, couvrira les montagnes, » son ombre, le rafraîchissement
qu'il donne à l'âme, sa protection; et sa gloire remplit la terre. Chantez donc,
avec toute la terre, le cantique nouveau, et non le cantique ancien
avec un coin de la terre.
41. Ils ont encore autre chose.
Simon le Cyrénéen, disent-ils, fut contraint de porter la croix du Seigneur (1).
C'est ce que nous lisons effectivement; mais quel argument est-ce pour toi? Je voudrais le
savoir. Les Cyrénéens poursuivent-ils, sont Africains; ainsi c'est un Africain
qui a été contraint de porter la croix. Ignorerais-tu où est Cyrène ? C'est à
la fois une ville de la Lybie et une ville de la Pentapole, elle touche à l'Afrique et
fait plutôt partie de l'Orient. Apprends-le au moins dans le tableau des divisions des
provinces de l'Empire; car c'est lEmpereur d'Orient qui envoie un juge à Cyrène.
D'où je conclus en peu de mots : où sont les Donatistes il n'y a pas de Cyrène; où est
Cyrène il n'y a point de Donatistes. Cette incontestable vérité démasque l'erreur.
Qu'on me montre Cyrène où sont les Donatistes, qu'on me montre les Donatistes où est
Cyrène. Il est en effet manifeste, mes
frères, que l'Église Catholique s'étend dans la Pentapole et que là n'est point le
parti de Donat.
Mais nous pouvons en toute sûreté rire
de ce qui doit provoquer nos larmes, et pleurer ce dont nous devons rire. Que dis-tu ? Tu
vantes ce Cyrénéen qui a porté la croix du Seigneur et tu veux qu'il soit de l'Afrique. Il est de l'Orient;
car il y a deux Lybies, l'une est vraiment en Afrique, et l'autre en Orient, tout près et
vraiment limitrophe de l'Afrique. Admettons toutefois que Simon fut Africain. Tu l'estimes
heureux d'avoir porté la croix forcément? Ne serait-il pas beaucoup plus juste de dire
que l'Église du Christ est restée à Arimathie? Ce n'est en effet ni par force ni par
contrainte que Joseph, ce riche d'Arimathie qui travaillait pour le royaume de Dieu,
s'approchera de la croix du Seigneur. Pendant que les autres diciples tremblaient, il
demanda à Pilate l'autorisation d'ensevelir le corps du Seigneur; il le déposa de la
croix, lui fit des funérailles, le mit dans le sépulcre et mérita d'être loué clans
l'Évangile (2). De ce que ce juste d'Arimathie rendit de si grands honneurs au corps du
Sauveur, s'ensuit-il que l'Église est restée à Arimathie? Ou bien encore, si vous
admirez davantage cet homme qu'il fallut contraindre à porter la croix, il s'ensuit que
les Empereurs catholiques ont eu raison de vous forcer à rentrer dans l'unité.
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