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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON XCI. SAINTETÉ NÉCESSAIRE (1).

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ANALYSE. — Quand Jésus-Christ demanda aux Juifs comment le Messie pouvait être appelé le Seigneur de David puisqu'il était son Fils ils auraient pu répondre facilement par les  témoignages de l'Écriture. Mais ils étaient trop attachés à la terre, ils n'aimaient pas Dieu assez purement pour mériter de, connaître l'incarnation merveilleuse du Verbe. Aussi le Sauveur leur reproche-t-il aussitôt leur ambition et leur vanité. Afin donc de comprendre les mystères et d'arriver à la vision intuitive, il faut s'attacher à Jésus-Christ pour ne faire avec lui qu'une seule personne morale et s'exercer aux oeuvres de charité envers le prochain.

 

1. Nous venons d'entendre, à la lecture de l'Evangile, que le Sauveur demandé aux Juifs comment Jésus Notre-Seigneur, peut être le fils de David, puisque David l'appelle son Seigneur, et ils ne pouvaient répondre. Ils connaissaient bien dans le Seigneur ce qu'ils voyaient; ils voyaient en lui le Fils de l'homme, mais ils n'y voyaient pas le Fils de Dieu. Voilà pourquoi ils se crurent capables de triompher de lui et pourquoi ils le raillèrent quand il était suspendu à la croix : « S'il est le Fils de Dieu, disaient-ils, qu'il descende de la croix et nous croyons en lui (2). » Ils voyaient donc en lui une nature et en ignoraient une autre; car s'ils l'avaient connu réellement, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de la gloire (3).

Ils savaient toutefois que le Christ serait fils de David, et aujourd'hui encore ils l'attendent sous ce titre. Ils ignorent qu'il est venu, mais leur ignorance est volontaire ; car s'ils ont pu le méconnaître quand il était suspendu au gibet, ils ne doivent pas lé méconnaître, maintenant que son règne est établi. Au nom de qui en effet toutes les nations sont-elles appelés et bénies, si ce n'est au nom de celui-là même qu'ils ne regardent pas comme le Messie? Fils de David, descendant selon la chair de la race de David, Jésus est sans aucun doute fils d'Abraham. Mais puisqu'il a été dit à Abraham : « Toutes les nations seront bénies dans un membre de ta race (4); » puisqu'ils voient aujourd'hui toutes ces mêmes nations bénies dans notre Christ, pourquoi l'attendre encore? pourquoi l'attendre, quand il est venu, et ne pas craindre plutôt ses menaces? Notre-Seigneur Jésus-Christ, en effet, s'est appliqué, pour se faire connaître, le témoignage d'un prophète qui le compare à une pierre, à une pierre qui brise quiconque se heurte contre elle, et qui broie celui sur qui elle tombe (5). Pour qu'on se heurte contre lui, il faut qu'il soit

 

1. Matt. XXII,       42-46. — 2. Matt. XXVII, 40, 42. — 3. I Cor. II, 8. — 4. Gen. XXII, 17. — 5. Luc, XX,17,18.

 

descendu, et c'est dans cette humiliation qu'il brise; mais if broie les' superbes quand il vient dans sa gloire. Déjà les Juifs en se heurtant se sont brisés contre lui; il ne leur reste plus qu'à être broyés au moment de son avènement solennel, à moins toutefois que pour échapper à la mort, ils ne le reconnaissent de leur vivant. Dieu en effet est patient, et chaque jour il les appelle à, la foi.

2. Les Juifs donc ne purent résoudre la question que leur adressait le Seigneur. Jésus leur avait demandé de qui le Messie était fils ; de David, avaient-ils répondu; et poursuivant ses interrogations il avait ajouté : « Comment donc David, au moment de l'inspiration, l'appelle-t-il son Seigneur en ces termes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je mette vos ennemis sous vos pieds ? Si donc David inspiré l'appelle son Seigneur, comment est-il son fils? » Le Sauveur ne dit point: Il n'est pas son fils, mais : « Comment est-il son fils? » Comment n'est pas une négation, mais une interrogation, et les paroles du Seigneur reviennent à celles-ci : Vous avez raison de regarder le Messie comme étant fils de David; mais David même le nomme son Seigneur; comment donc celui qu'il nomme ainsi son Seigneur pourrait-il être son fils? Si les Juifs étaient instruits de la foi chrétienne qui est la nôtre; s'ils ne fermaient pas leurs cœurs à l'Evangile et s'ils aspiraient à la vie spirituelle, ils trouveraient dans le trésor de la foi catholique la réponse à cette question, et ils diraient : C'est qu'au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu : « ce qui explique pourquoi il est le Seigneur de David. Mais il est vrai aussi que le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous (1); » ce qui fait comprendre comment il est aussi son fils. Les Juifs ne savaient point cela, et ils gardèrent le silence;

 

1. Jean, I, 1 , 14.

 

 

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pour eux ce fut même peu d'avoir la bouche fermée, ils fermèrent encore l'oreille, et par là ils n'apprirent point la réponse à la question qui venait de leur être adressée inutilement.

3. Mais c'est une grande grâce de pénétrer ce mystère; de comprendre comment le Christ est à la fois le Seigneur et le fils de David; comment dans ce Dieu fait homme il n'y a qu'une seule personne; comment à cause de sa nature humaine il est inférieur à son Père, et comment il est son égal à cause de sa divine nature; comment il dit en même temps, d'un côté: « Mon Père est plus grand que moi (1); » et d'autre part : « Mon Père et moi nous sommes « un z. » Or, plus ce mystère est grand, plus il faut, pour le comprendre, savoir régler ses moeurs. Il est fermé pour ceux qui en sont indignes, et ouvert seulement à ceux qui méritent de le connaître; et ce n'est ni avec des pierres ou des pieux, ni avec le poing où le pied que nous frappons à la porte du Seigneur; la vie elle-même se charge de frapper, et on lui ouvre si elle est bonne. C'est donc le coeur qui demande, le tueur qui cherche, le coeur qui frappe, et c'est au coeur que l'on ouvre.

Mais pour bien demander, pour bien chercher et pour bien frapper, il faut au coeur de la piété. Il faut d'abord aimer Dieu pour lui-même, c'est en cela que consiste la piété; il faut ne placer en dehors de lui aucune récompense ni l'attendre de sa main, car rien ne lui est préférable. D'ailleurs que peut-on demander à Dieu de précieux quand Dieu même ne suffit pas? Quoi ! s'il te donne une terre, tu te livres à des transports de joie! O ami de la terre, n'es-tu pas changé en terre? Si néanmoins tu te réjouis alors qu'il te fait don d'une terre, combien plus ne dois-tu pas te réjouir quand il se donne lui-même à toi, lui qui a fait le ciel et la terre? Il faut donc aimer Dieu pour lui-même. Ce qui le prouve encore, c'est qu'ignorant ce qui se passait dans l'âme du saint patriarche Job, le démon éleva contre lui cette grave accusation : « Est-ce pour Dieu même que Job sert Dieu?»

4. Ah! si l'adversaire a fait cette accusation contre lui, comment ne pas craindre qu'il la fasse aussi contre nous? Car nous avons affaire avec ce grand calomniateur; et s'il né craint pas d'imaginer ce qui n'est point, ne craindra-t-il pas encore moins de reprocher ce qui est? Réjouissons-nous toutefois, parce que notre Juge ne saurait

 

1. Jean, XIV, 28. — 2. Ibid. X, 30.

 

être trompé par notre accusateur. Si nous avions pour juge un homme, cet ennemi pourrait feindre devant lui tout ce qui lui plairait. Personne, pour feindre, n'est plus rusé que lui; et maintenant encore, n'est-ce pas lui qui répand contre les saints toutes ces accusations mensongères? Considérant en effet que ses calomnies n'ont aucune valeur devant Dieu, il les sème au milieu du monde. Mais, hélas! quel avantage y trouve-t-il encore ? L'Apôtre ne dit-il pas : « Notre gloire, la voici : c'est le témoignage de notre conscience (1) ? »

N'en concluez pas toutefois, qu'il ne met aucune adresse dans ces fausses imputations. Il sait le mal qu'elles produisent, quand une foi vigilante ne sait pas y résister. Si en effet il répand du mal sur le compte des bons ; c'est pour persuader aux faibles qu'il n'y a pas d'hommes de bien; c'est pour les porter à se livrer à leurs passions, à s'y perdre et à se dire en eux-mêmes: Qui donc observe les commandements de Dieu? qui donc garde la continence ? Et en croyant qu'il n'y a personne, ils deviennent ce qu'ils croient. Tels sont les desseins du démon.

Or il était impossible de rien persuader contre Job ; sa conduite était trop connue et trop éclatante. Cependant à cause de ses grandes richesses, le démon lui reproché un crime qui n'aurait pu être que dans le coeur, sans se manifester dans la conduite, lors même qu'il eût été réel. Job servait Dieu et faisait des aumônes; mais quelles étaient ses intentions ? Nul ne le savait, pas même le diable; il n'y avait que Dieu pour les connaître. Dieu donc rend témoignage à son serviteur; mais le diable calomnie le serviteur de Dieu. Dieu permet de le tenter, la vertu de Job est éprouvée, et le démon confondu. Il est ainsi constaté que Job sert et aime Dieu purement pour Dieu même; il le sert, non pas parce que Dieu lui a donné quelque chose, mais parce que Dieu ne refuse pas de se donner lui-même. « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté; comme il a plu au Seigneur, ainsi il a été fait : que le nom du Seigneur soit béni (2). » Le feu de la tentation s'est allumé : mais il a rencontré de l'or et non de la paille ; et sans le réduire en cendres, il a délivré cet or de ses scories.

5. Ainsi donc pour comprendre le grand mystère de Dieu, pour savoir comment le Christ est à la fois Dieu et homme, il faut se purifier le coeur, et on le purifie en purifiant ses moeurs et sa vie,

 

1. I Cor. I, 12. — 2. Job. 1.

 

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en pratiquant la chasteté, la sainteté, la charité et la foi qui agit par amour (1). Remarquez en passant que toutes ces vertus sont comme un arbre dont les racines sont fixées dans le coeur, car les actes ne sont produits que par les sentiments du coeur; et en y établissant l'amour-propre, on n'obtient que des épines; il en sort au contraire de bons fruits si l'on y cultive la charité. Afin donc de faire sentir cette nécessité de purifier le coeur, le Seigneur voyant les Juifs réduits à l'impuissance de répondre à la question qu'il venait de leur adresser, parla aussitôt de leur conduite. Il voulait leur montrer ainsi ce qui les rendait indignes de comprendre le problème qu'il venait de leur soumettre.

En effet, ces misérables orgueilleux auraient dû dire, en se voyant incapables de répondre Nous ne le savons; Maître, instruisez-nous. Mais non contents de ne rien répondre ils ne demandèrent rien. C'est alors que stigmatisant leur orgueil: «Prenez-garde, dit le Seigneur, aux Scribes qui aiment à présider dans les Synagogues et qui recherchent la première place dans les festins (2).» Leur crime n'est pas de l'accepter, mais d'y tenir. C'était donc ici accuser leurs sentiments secrets. Mais Jésus les eût-il dénoncés, s'il n'en eût été le témoin ? La première place est due dans l'Église au serviteur de Dieu qui est revêtu d'une dignité; mais ce n'est pas dans son intérêt.ll est donc nécessaire que dans l'assemblée des fidèles, les chefs du peuple occupent des sièges plus élevés, il est nécessaire que le siège même soit une distinction pour eux et mette suffisamment en relief leurs fonctions; mais ce n'est pas pour leur inspirer de l'orgueil, c'est pour les faire songer à la charge dont ils doivent rendre compte. Or qui sait s'ils aiment ou n'aiment pas ces distinctions ? C'est une affaire qui se passe dans le coeur, elle ne saurait avoir que Dieu pour juge.

Le Seigneur donc avertissait ses disciples de s'éloigner de ce mauvais levain. « Gardez-vous, dit-il encore ailleurs, du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » Et comme ils s'imaginaient qu'il faisait allusion à ce qu'ils n'avaient pas apporté de pains; « Avez-vous oublié, reprit-il, combien de milliers d'hommes ont été rassasiés avec cinq pains ? Ils comprirent alors que par levain il entendait la doctrine » de ces Pharisiens et de ces Sadducéens (3). Ceux-ci en effet aimaient ces sortes de biens temporels, et ils n'aimaient ni ne craignaient soit les biens soit les

 

1. Gal. V, 6. — 2. Matt. XXIII, 6 ; Marc, XII, 38, 39. — 3. Matt. XVI, 12.

 

maux éternels. Leur coeur était fermé de ce côté, et ils ne pouvaient comprendre ce que leur demandait le Seigneur.

6. Que doit donc faire l'Église de Dieu pour comprendre ce que la première elle a mérité de croire ? Quelle rende le coeur capable de recevoir ce qui lui sera donné. Or, c'est pour le rendre tel que sans anéantir ses promesses, le Seigneur notre Dieu en a suspendu l'exécution. Et s'il l'a suspendue, c'est pour que nous nous haussions, et qu'en nous haussant nous grandissions, et qu'en grandissant nous y atteignions. Vois comme s'étend, pour y atteindre, l'Apôtre Saint Paul : « Ce n'est pas, dit-il, que j'y aie atteint jusques là ou que je sois parfait. Non, mes frères, je ne pense pas y avoir atteint; mais seulement, oubliant ce qui est en arrière et m'étendant vers ce qui est en avant, je poursuis mon dessein, je cours à la palme de la céleste vocation de Dieu dans le Christ Jésus (1). » Il courait donc sur la terre, et la palme était suspendue au ciel. Il courait sur la terre, mais il montait en esprit. Vois comme il s'élève, vois comme il s'élance vers le prix suspendu sous ses yeux. « Je cours, dit-il, vers la palme de la vocation que Dieu me donne au ciel dans le Christ Jésus. »

7. Il faut donc marcher, mais sans se chausser les pieds, sans chercher de monture, sans équiper de vaisseaux. C'est l'affection qui doit courir, l'amour qui doit marcher, la charité qui doit monter. A quoi bon chercher la route? Attache-toi au Christ, car en descendant et en remontant il s'est fait notre voie. Veux-tu monter ? Attache-toi à lui quand il monte. Car tu ne saurais t'élever par toi-même, « personne ne montant au ciel que Celui qui est descendu du ciel, que le Fils de l'homme qui demeure au ciel (2). » Mais si nul autre n'y monte que Celui qui en est descendu, et si Celui qui en est descendu est le Fils de l'homme, Jésus Notre-Seigneur, comment dois-tu faire pour y monter si tu en as le désir? Devenir membre de Celui qui seul y est monté. Car il est le chef et avec ses membres il ne forme qu'un seul homme. Et personne ne pouvant monter si l'on n'est devenu membre de son corps, on voit l'accomplissement de cette parole : «Nul ne monte que Celui qui est descendu. » On ne sautait donc dire : « Si nul ne monte que Celui qui est descendu; » pourquoi Pierre, par exemple, y est-il monté? pourquoi Paul, pourquoi les Apôtres y sont-ils montés? Car on pourrait

 

1. Philip. III, 12-14. — 2. Jean, III, 13.

 

répondre: Eh! que sont, au témoignage de l'Apôtre, Pierre et Paul, tous les Apôtres et tous les fidèles ? « Vous êtes, leur dit-il, le corps du Christ, et les membres d'un membre (1). » Si donc le corps du Christ et ses membres ne font qu'une même personne, garde-toi d'en faire deux. N'a-t-il pas laissé soir père et sa mère pour s'attacher à son épouse et être deux dans une même chair (2) ? Il a laissé son Père, parce qu'il ne s'est point montré sur la terre égal à lui, parce qu'il s'est anéanti en prenant une nature d'esclave. Il a aussi laissé sa mère, la Synagogue, d'où il est né selon la chair. Il s'est enfin attaché à son épouse, c'est-à-dire à son Église.

Or en rappelant lui-même un passage de la Genèse (3), le Seigneur prouva que cette union doit être indissoluble. « N'avez-vous pas lu, dit-il, qu'en les formant dès le principe, Dieu les forma homme et femme ? Ils seront deux dans une seule chair, est-il écrit. Que nul donc ne sépare ce que Dieu a uni. » Mais que signifie « Deux dans une seule chair? » Le voici dans les paroles suivantes : « Ainsi donc ils ne sont plus deux, mais une seule chair (4). » Tant il est vrai que « nul ne monte au ciel, sinon Celui qui en est descendu ! »

8. Sachez donc que selon l'humanité et non pas selon la divinité, le même homme, le même Christ est à la fois époux et épouse. Je dis selon l'humanité, car selon la divinité nous ne saurions être ce qu'il est; puisqu'il est le Créateur et nous la créature; l'ouvrier et nous son oeuvre; l'architecte et nous l'édifice; et pour nous unir à lui et en lui, il a voulu devenir notre chef en prenant notre chair et afin de mourir pour nous. Sachez donc, je le répète, que le Christ est en même temps tout cela: aussi a-t-il dit par Isaïe : « Il m'a couronné comme l'époux et orné comme l'épouse (5). » Il est ainsi époux, et épouse; époux, comme chef, et épouse, dans son corps. N'est-ce pas ce que signifiaient ces mots : « Ils seront deux dans une seule chair; » et conséquemment, « non pas deux chairs mais une seule ? »

9. Conclusion, mes frères: puisque nous sommes

 

1. I Cor. XII, 27. — 2. Ephès. V, 31, 32. — 3. Gen. II, 24. — 4. Matt. XIX, 4-6.— 5. Is. LXI, 10.

 

ses membres et puisque nous désirons pénétrer ce mystère, vivons avec piété, comme je l'ai dit, aimons Dieu pour lui-même. Si pour le temps de notre pèlerinage, il fait paraître devant nous sa nature de serviteur, il se réserve de nous montrer sa nature divine quand nous serons parvenus au repos de la patrie. La première nature sera notre chemin, nous trouverons une patrie dans la seconde. Et comme il nous en coûte beaucoup plus de comprendre ce mystère que de le croire; comme on ne peut comprendre avant d'avoir cru, dit Isaïe (1), marchons à l'aide de la foi, tant que nous voyageons loin du Seigneur et jusqu'à ce que nous soyons parvenus au sein de là lumière où nous le verrons face à face (2).

Or en marchant par la foi, faisons le bien, et pour faire le bien, ayons envers Dieu une affection gratuite et envers le prochain une affection bienfaisante. Nous n'avons rien à donner à Dieu, mais nous pouvons donner au prochain, et nous mériterons, en lui donnant, de posséder Celui qui est l'abondance même. Que chacun donc donne de ce qu'il a ; que chacun verse dans le sein de l'indigent ce qu'il a de superflu. L'un a de l'argent; qu'il nourrisse le pauvre, donne des vêtements à qui n'en a pas, bâtisse une église, fasse enfin avec son argent tout le bien qu'il peut faire. Un autre a de la prudence; qu'il dirige son prochain et dissipe, à la lumière de la piété, les ombres du doute. Un autre encore est instruit; qu'il puise dans les trésors du Seigneur, qu'il distribue de quoi vivre à ses collègues dans le service de Dieu ; qu'il affermisse les fidèles, ramène les égarés, cherche ceux qui sont perdus et fasse enfin tout ce qu'il peut. Les pauvres mêmes peuvent se donner l'un à l'autre. Que celui-ci prête ses pieds au boiteux, que celui-là serve de guide à l'aveugle; que l'un visite les malades et que l'autre ensevelisse les morts. Ces services sont à la portée de tous, et il serait fort difficile de rencontrer quelqu'un qui n'eût rien à donner. Chacun peut accomplir enfin ce grand devoir rappelé par l'Apôtre : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous exécuterez ainsi la loi du Christ (3). »

 

1. Is. VII, 9. Sept. — 2. II Cor V, 6, 7; 1 Cor. XIII, 12. — 3. Galat. VI, 9.

 

 

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