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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON XCIII. LES DIX VIERGES OU LA PURETÉ D'INTENTION (1).

 

ANALYSE. — La parabole des dix vierges ne saurait s'entendre à la lettre des vierges proprement dites ou des religieuses, mais de toute âme chrétienne qui s'abstient du péché et qui s'adonne aux bonnes oeuvres figurées par les lampes que toutes ces vierges ont à la main. Quelques unes seulement ont eu soin de remplir d'huile leurs lampes : cette huile désigne la charité proprement dite ou la pureté d'intention qui les anime dans leurs bonnes oeuvres, tandis que les vierges folles pratiquent le bien dans des vues humaines, par amour des louanges. Toutes s'endorment du sommeil de la mort; mais quand il faut paraître devant Dieu, c'en est fait des louangea humaines, l'huile manque, la lampe s'éteint, la vierge folle est réprouvée. En vain elle implore la compassion des vierges sages. Celles-ci ne peuvent rien pour leurs malheureuses compagnes; elles ont assez de leurs propres affaires. Ayons donc soin d'agir par un motif de charité véritable et n'attendons pas le réveil de la mort pour nous convertir : ce serait trop tard.

 

1. A vous qui étiez hier ici nous avons fait une promesse, et nous voulons, avec l'aide du Seigneur, nous acquitter aujourd'hui devant vous et devant toute cette multitude réunie.

Il n'est pas facile de découvrir quelles sont ces dix vierges parmi lesquelles il y en a cinq de folles et cinq de sages. En m'en tenant, toutefois, au texte qu'aujourd'hui encore je vous ai fait lire et autant qu'il plaît à Dieu de m'ouvrir l'intelligence, je ne crois pas que cette parabole on similitude concerne exclusivement les vierges qui sont proprement et éminemment consacrées à Dieu dans l'Église et que plus habituellement nous nommons les religieuses; cette parabole, si je ne me trompe, regarde l'Église tout entière, D'ailleurs, en l'appliquant uniquement aux religieuses, pourrions-nous dire qu'elles ne sont que dix ? Comment réduire à un si petit nombre une telle quantité de vierges? Dira-t-on que

 

1. Matt. XXV, 1-49

 

nombreuses quant au nom elles sont rares en réalité et qu'on pourrait à peine en compter dix? Ce serait se tromper, puisqu'en ne considérant que les bonnes sous ce nombre de dix, on ne saurait où placer les cinq folles. De plus, s'il est dans le monde tant d'âmes qu'on appelle vierges, comment se fait-il que les portes de la grande maison ne soient fermées qu'à cinq?

2. Comprenons donc, mes bien-aimés, que cette parabole concerne absolument toute l'Eglise ; elle ne regarde pas uniquement les supérieurs dont nous parlions hier, ni les simples fidèles uniquement, mais les uns et les autres, tous absolument. Et pourquoi cinq vierges d'un côté et cinq vierges de l'autre? Ces cinq vierges d'une part et d'autre part ces cinq autres représentent tous les chrétiens sans exception. Voulez-vous toutefois que nous vous exprimions un sentiment que Dieu nous inspire? Outre les âmes vulgaires, il y a dans l'Eglise de Dieu des âmes qui ont la foi catholique et qu'on voit s'exercer aux bonnes oeuvres : parmi elles cependant il y en a de sages et il y en a d'insensées.

Mais considérons avant tout pourquoi ces âmes sont appelées vierges et pourquoi ces vierges sont divisées en deux groupes de cinq chacun; nous étudierons ensuite les autres circonstances.

Ce qui fait que toute âme unie à un corps est figurée par le nombre cinq, c'est qu'elle a cinq sens à son service, car toutes les impressions sensibles entrent en nous par quelqu'une de ces cinq portes, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût ou le toucher. D'où il suit que s'abstenir de tout ce qui est illicite pour la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher, c'est rester pur et conséquemment mériter le titre de vierge.

3. Je le veux, il est bon de s'abstenir de toute sensation coupable et c'est avec raison que chaque âme chrétienne porte le nom de vierge. Mais pourquoi en admettre cinq et en repousser cinq? — Eh bien! elles sont vierges, et on les repousse; c'est peu qu'elles soient vierges, elles ont même des lampes. En se préservant des sensations mauvaises elles méritent le nom de vierges, et ce sont leurs bonnes oeuvres qui leur mettent la lampe à la main ; car c'est de ces œuvres que parle le Seigneur en ces termes « Que vos bonnes oeuvres luisent devant les hommes, en sorte qu'ils voient vos bonnes actions et glorifient votre Père qui est dans les cieux (1). » C'est d'elles encore qu'il dit à ses disciples

 

1. Matt. V, 16.

 

« Ceignez-vous les reins et que vos lampes soient allumées (1). » Se ceindre les reins, c'est pratiquer la virginité; avoir des lampes allumées, c'est s'exercer aux bonnes oeuvres.

4. Il est vrai on n'emploie pas le terme dé virginité quand il est question des personnes mariées; elles ont toutefois la virginité de la: foi qui produit la chasteté conjugale. Pour vous convaincre effectivement que considéré du côté de son âme, et par rapport à l'intégrité de la foi qui préserve aussi du mal et fait faire le bien, chaque chrétien ou chaque âme peut être appelée vierge; votre sainteté doit se souvenir que l'Eglise en général, toute composée qu'elle soit de vierges et d'enfants, de maris et de femmes, est désignée sous le nom de vierge au singulier. Comment, le prouver ? Ecoute l'Apôtre; il s'adresse, non pas seulement aux religieuses, mais à cette Eglise tout entière : « Je vous ai fiancés, dit-il, à un époux unique, au Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure. » Mais comme il faut se garder avec soin du corrupteur de cette espèce de virginité, c'est-à-dire du diable, ces paroles: « Je vous ai fiancés à un époux unique, au Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure, » sont suivies immédiatement de ces autres du même Apôtre : « Or je crains que comme le serpent séduisit Eve par son astuce, ainsi vos esprits ne se corrompent et ne dégénèrent de la chasteté qui est dans le Christ (2). » Peu possèdent sans doute la virginité du corps, mais tous doivent conserver la virginité du coeur. — Mais enfin s'il est bon de s'abstenir des sensations coupables, si cette abstinence même donne à la virginité son nom, si de plus les bonnes oeuvres, marquées parles lampes, sont sûrement dignes d'éloges, comment- voyons-nous cinq vierges admises et cinq autres repoussées ? Quoi ! cette âme est vierge, elle porte sa lampe, et elle n'entre point ! Que devient alors cette autre qui n'a pas soin de conserver sa virginité en s'éloignant du mal, et qui marche dans les ténèbres pour ne vouloir point s'exercer aux bonnes oeuvres?

5. C'est donc de cela, mes frères, c'est de cela surtout que nous devons traiter. Ne consentir ni à voir, ni à entendre ce qui est mal, se détourner des odeurs coupables et des coupables aliments des sacrifices païens, éviter tout contact avec une étrangère, partager son pain avec celui qui a faim, donner l'hospitalité au voyageur, et des vêtements à qui n'en a pas, apaiser les querelles,

 

1. Luc, XII, 36. — 2. II Cor. XI, 2, 3.

 

416

 

visiter les malades et ensevelir les morts, c'est être vierge et avoir la lampe à la main. Que nous faut-il de plus ? — Je veux pourtant quelque chose encore. — Quoi? dira-t-on. — Quelque chose, car le saint Evangile a excité mon attention. Oui, c'est parmi les vierges et les vierges qui portent des lampes qu'il en distingue de sages et d'insensées. Mais d'où vient cette distinction? Comment discerner les unes des autres ? Par l'huile; cal l'huile signifie quelque chose de grand et de très-grand. Ne serait-ce point la charité ? Mais c'est plutôt une question de ma part, qu'une affirmation précipitée. Je vous dirai donc pourquoi l'huile me semble être le symbole de la charité.

« Voici, dit l'Apôtre, une voie encore plus élevée. » Quelle est cette voie plus élevée ? « Quand « je parlerais les langues des hommes et des Anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain sonnant ou une cymbale retentissante. » La charité est donc cette voie plus élevée, et ce n'est pas sans motif qu'elle est désignée par l'huile, puisque l'huile surnage au dessus de tous les liquides. Mets dans un vase de l'eau d'abord et de l'huile ensuite : c'est l'huile qui prend le dessus. Au contraire, mots l'huile d'abord et l'eau après: c'est encore l'huile qui surnage. Elle surnage donc toujours, quelque ordre que tu suives. Ainsi « la charité ne succombe jamais (1).»

6. Maintenant donc, mes frères, considérons ce que font les cinq vierges sages et les cinq vierges folles. Elles veulent aller au devant de l'époux. Que signifie aller au devant de l'époux? C'est y aller de coeur, c'est attendre son arrivée. Mais il tardait de venir: ce fut alors que toutes s'endormirent. » Qui, toutes ? Et les folles et les sages « toutes s'assoupirent et s'endormirent. » Faut-il prendre ce sommeil dans un bon sens? Que faut-il en penser ? Ne devrions-nous pas l'entendre dans ce sens que l'iniquité se multipliant pendant que l'époux diffère de venir, la charité se refroidit ? Je n'aime pas cette interprétation et voici pourquoi : c'est qu'il est parlé dans la parabole de vierges sages, c'est qu'après avoir dit : « Et l'iniquité se multipliant, la charité se refroidit dans beaucoup, » le Sauveur ajoute: « Or celui qui persévèrera jusqu'à la fin sera sauvé (2). » Où donc voulez-vous placer les vierges sages? N'est-ce point parmi ceux qui ont persévéré jusqu'à la fin? Non, mes frères, non elles ne sont admises à entrer dans le palais, que pour avoir

 

1. I Cor. XII, 31; XIII, 1, 8. — 2. Matt. XXV, 12, 18.

 

persévéré jusqu'à la fin. II s'ensuit que leur charité n'a rien perdu de son ardeur, qu'elle ne s'est point refroidie et qu'elle a brûlé jusqu'à la fin. Et c'est parce qu'elle a brûlé jusqu'à la fin que l'époux a fait ouvrir ses portes, et que les, vierges ont été invitées à entrer, comme le fut cet excellent serviteur à qui il fut dit: « Entre dans la joie de ton Seigneur (1). »

Que signifie alors : « Elles s'endormirent toutes? » C'est qu'il est un autre sommeil auquel nul n'échappe. Ne vous souvenez-vous point de ces paroles apostoliques : « Mais je neveux pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance au sujet de ceux qui dorment (2): » c'est-à-dire au sujet de ceux qui sont morts ? Et pourquoi dire qu'ils sont endormis, si ce n'est pour rappeler qu'il ressusciteront en leur jour? Dans ce sens donc « toutes s'endormirent. » Crois-tu que la vierge prudente ne doit pas mourir? Vierges folles ou vierges sages, nous serons tous appesantis par le sommeil de la mort.

7. On se dit parfois : Voici bientôt le jour du jugement; il se fait tant de mal, de si douloureuses afflictions se multiplient ! Voilà presque entièrement accompli tout ce qui a été prédit par les prophètes; nous touchons au jugeaient.

Si ceux qui parlent ainsi parlent en vrais fidèles, ces pensées les mènent en quelque sorte au devant de l'Époux. Mais nous voyons guerre sur guerre, désolation sur' désolation, mouvement de terre sur mouvement de terre, famine sur famine et les peuples tombant sur les peuples, sans que l'Époux arrive encore. Et tout en attendant son avènement, on voit s'endormir tous ces hommes qui répètent: Il vient, le jour du jugement nous trouvera encore en vie. Mais puisqu'on s'endort en tenant ce langage, qu'on ait donc devant les yeux la perspective de ce sommeil, que jusqu'à ce moment on persévère dans la charité, et qu'on l'attende jusqu'à ce qu'il arrive. Figure-toi que ce sommeil de la mort est lui-même endormi. Mais « celui qui dort ne s'éveillera-t-il jamais (3)? » — « Toutes donc s'endormirent; » ceci doit s'entendre des vierges sages aussi bien que des vierges folles.

8. « Voilà qu'au milieu de la nuit un cri se fit entendre » Qu'est-ce à dire, au milieu de la nuit? C'est- à dire au moment où on ne s'y attendait point, quand on n'en avait pas la moindre idée. La nuit est ici synonyme d'ignorance. On fait donc son calcul. Voilà, dit-on, tant d'années

 

1. Matt. XXV, 21, 23. — 2. I Thess. IV, 12. — 3. Ps. XC, 9.

 

417

 

écoulées depuis Adam; nous voici au terme de six mille ans, et bientôt, d'après les supputations de quelques interprètes, arrivera le jour du jugement. Mais ces supputations passent aussi, et l'Epoux ne vient point, et ces vierges qui allaient au devant de lui s'endorment comme les autres. Et quand on ne s'y attend plus, quand on répète On croyait que ce serait au bout de six mille ans, elles six mille ans sont écoulés, comment savoir maintenant à quelle époque il viendra? il viendra tout-à-coup au milieu de la nuit. Qu'est-ce à dire, ait milieu de la, nuit? Il viendra quand tu ne l'attendras point. Et pourquoi viendra-t-il alors? Interroge le Seigneur lui-même: « Ce n'est pas à vous, dit-il, de connaître les temps et les moments que le Père a réservés en sa puissance (1). » — « Le jour du Seigneur, dit « encore l'Apôtre, viendra comme un voleur pendant la nuit (2). » Donc aussi veille durant la nuit, afin de n'être pas surpris par le voleur, car bon gré, mal gré, le sommeil de la mort finira par venir, après toutefois qu'un cri se sera fait entendre au milieu de la nuit.

9. Quel est ce cri, sinon celui dont il est question dans ces paroles de l'Apôtre: « En un clin d'oeil, au son de la dernière trompette; car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront, et nous serons transformés (3) ? » Et après que ce cri se sera fait entendre au milieu de la nuit, quand on aura crié: « Voici venir l'Epoux, » qu'arrivera-t-il? « Toutes se lèveront, » est-il écrit. Qu'est-ce à dire? « Viendra le moment, dit le Seigneur lui-même, où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et en sortiront (4). » Ainsi c'est au son de la dernière trompette que « toutes se lèveront. Or les « prudentes prirent de l'huile avec elles dans leurs vases, tandis que les folles n'en prirent point. » Que signifie: « Elles n'emportèrent point d'huile avec elles dans leurs vases? » — Dans leurs vases signifie dans leurs coeurs ; ce qui a fait dire à l'Apôtre: « Voici notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience (5). » Là en effet se trouve une huile, une huile mystérieuse qui vient de la bonté de Dieu; car les hommes peuvent bien mettre de l'huile dans un vase, mais ils ne sauraient créer une olive. — J'ai de l'huile, dis-tu. — Est-ce toi qui l'as créée? Elle est due à la bonté de Dieu. Tu as de l'huile? Emporte-la avec toi. Qu'est-ce à dire ? Garde-la dans ton âme; applique ton âme à plaire à Dieu.

 

1. Act. I, 7. — 2. I Thess. V, 2. — 3. I Cor. XV, 52. — 4. Jean, V, 98, 29. — 5. II Cor. I, 12.

 

10. Vois ces vierges qui n'ont point emporté d'huile avec elles. En gardant l'abstinence qui leur a fait donner le titré de vierges, en s'employant aux bonnes oeuvres qui font briller comme des lampes dans leurs mains, c'est aux hommes qu'elles veulent plaire. Mais si elles veulent plaire aux hommes, si c'est dans ce dessein qu'elles se livrent à tant d'oeuvres dignes d'applaudissements, elles ne portent point d'huile avec elles. Ah ! sois plus sage et portes-en, portes-en dans ton âme, dans ce sanctuaire que fixe 1'œil de Dieu; porte-là le témoignage d'une bonne conscience.

C'est ne pas porter d'huile, que de dépendre du témoignage et de l'opinion d'autrui. Et si c'est en vue des louanges des hommes que tu t'abstiens du mal et que tu fais le bien, tu ne portes pas d'huile dans ton coeur, et ta lampe s'éteindra lorsque ces louanges viendront à te manquer. Que votre charité fasse bien attention à cette circonstance.

Avant que ces vierges s'endormissent, il n'est pas dit que leurs lampes se fussent éteintes. Ce qui entretenait les lampes des sages, c'était l'huile intérieure, la paix de la conscience, la gloire invisible, l'intime charité. Les lampes des folles brillaient aussi. Pourquoi brillaient-elles ? C'est que les louanges humaines ne leur faisaient pas défaut. Après le réveil, c'est-à-dire à la résurrection des morts, elles commenceront à préparer leurs lampes, à se disposer à rendre compte à Dieu de leurs oeuvres. Mais alors plus personne pour les louer, chacun s'occupe de soi, chacun pense à soi; et il n'y a plus de vendeurs d'huile. Les lampes alors commencent à s'éteindre et les vierges folles se tournent vers les cinq vierges prudentes: « Donnez-nous de votre huile, disent«elles, car nos lampes s'éteignent. » Elles cherchent ainsi ce qu'elles ont cherché toujours, à brûler l'huile d'autrui, à vivre des louanges d'autrui. « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. »

11. « De peur qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous, répondent les sages, adressez-vous plutôt à ceux qui en vendent et achetez-en pour vous. » Ce n'est pas un conseil, c'est une dérision. Pourquoi cette dérision? Ces vierges étaient sages, la sagesse était en elles, car elles n'étaient point sages par elles-mêmes, elles ne l'étaient que par l'impression de cette Sagesse dont parlé un de nos livres sacrés et qui dit à ses contempteurs accablés des maux dont elle (418) les a menacés: « Moi aussi je me rirai de votre ruine (1). » Comment donc s'étonner que les vierges sages tournent les folles en dérision ? Que veut dire cette dérision?

12. « Adressez-vous à ceux qui en vendent, et « achetez-en pour vous : » car vous ne faisiez ordinairement le bien qu'autant qu'on vous louait, qu'on vous vendait de l'huile, en d'autres termes, qu'on vous vendait des louanges.. Et qui vend des louanges sinon les flatteurs? Ah! qu'il eût bien mieux valu ne pas vous fier à ces flatteurs, porter l'huile en vous-mêmes, et faire toutes vos bonnes oeuvres pour avoir la paix d'une bonne conscience! Qu'il eût été préférable de dire alors : Le juste me corrigera et me reprendra dans sa miséricorde, mais l'huile du pécheur ne pénètrera point dans ma tête (2). » Je préfère que le juste m'accuse, que le juste me soufflette, que le juste me corrige, plutôt que de sentir l'huile du pécheur sur ma tête. Et qu'est-ce que cette huile du pécheur, sinon les flatteries de l'adulateur?

13. « Adressez-vous à ceux qui en vendent: » c'était votre habitude. Quant à nous, nous ne vous en donnerons point. Pourquoi? « De peur qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous. » Pourquoi dire: « Qu'il n'y en ait pas assez? » Ce n'est pas du désespoir, c'est une juste et pieuse humilité. Si bonne en effet que soit la conscience d'un homme de bien, peut-il savoir comment1il est jugé par Celui que ne trompe personne ? Sa conscience est bonne; le souvenir d'aucun crime ne lui tourmente le coeur; mais en considérant certaines fautes où il tombe chaque jour en cette vie, et qui pourtant ne troublent pas sa conscience, il ne laisse pas de dire « Pardonnez-nous nos offenses; » et il parle avec confiance parce qu'il pratique ce qui suit: « Comme nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui nous ont offensés (3). » C'est de bon coeur qu'il a partagé son pain avec celui qui avait faim, et donné des vêtements à qui n'en avait pas; l'huile intérieure a alimenté ses bonnes oeuvres ; mais en face du grand jugement une bonne conscience ne peut que trembler.

14. Considère bien ce que signifie: « Donnez-nous de l'huile. » On répond: « Adressez-vous plutôt à ceux qui en vendent. » Habituées à faire le bien en vue des louanges humaines, vous ne portez pas d'huile avec vous; nous n'en donnons pas non plus, « de peur qu'il n'y en ait pas assez

 

1. Prov. I, 26. — 2. Ps. CXL, 6. — 3. Matt. VI, 12.

 

Pour vous et pour nous. » Nous avons peine à nous rassurer nous-mêmes; comment pouvons-nous vous rassurer ? Que veut dire: Nous avons peine à nous rassurer nous-mêmes? C'est qu'au moment où le Roi juste sera assis sur son trône, qui pourra se glorifier d'avoir le coeur pur (1) ? » Peut-être ne découvres-tu aucune tache dans ta conscience; mais peut-être aussi qu'il s'en découvre aux yeux de Celui dont la vue est plus perçante, dont le regard divin plonge dans les profondeurs extrêmes. Celui-là ne voit-il pas, ne voit-il pas quelque tache en ton âme? Ah ! qu'il vaut bien mieux lui dire: « N'entrez pas en jugement avec votre serviteur ? ; » ou mieux encore: « Pardonnez-nous nos offenses; » car en considérant ces flambeaux, ces lampes allumées, il te dit de son côté: J'ai en faim et tu m'as donné à manger (3).

Mais quoi! les folles n'ont-elles pas fait la même bonne oeuvre? Elles ne l'ont pas faite en vue de lui. Comment donc? Elles l'ont faite comme le Seigneur a défendu de la faire. « Gardez-vous, a-t-il dit en effet, d'accomplir votre justice devant les hommes dans l'intention d'en être remarqués; autrement vous ne recevrez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Ne soyez pas non plus, quand vous priez, semblables aux hypocrites. Car ils « aiment à se tenir debout dans les places publiques et à y prier pour qu'on les observe. En vérité je vous le déclare, ils ont reçu leur récompense (4). » Ils ont acheté de l'huile, ils l'ont payée, on ne leur a pas refusé les louanges humaines ; ils les ont cherchées et les ont obtenues. Mais que leur serviront-elles au jour du jugement?

Comment au contraire ont agi les vierges sages! Comme il est prescrit dans ces paroles: « Que vos bonnes, oeuvres luisent devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes actions et qu'ils glorifient votre Père qui est aux cieux (5); » votre Père et non pas vous. L'huile en effet ne vient pas de toi. Vante-toi, écrie-toi : J'en ai. Tu en as, mais elle vient de lui. Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu (6)? Telle fut donc la conduite différente et des unes et des autres.

15. Mais quand les insensées vont acheter de l'huile ; lorsqu'elles cherchent, mais en vain, qui les loue et qui les console; il n'est pas étonnant que la porte s'ouvre, que l'Epoux vienne avec l'épouse, c'est-à-dire avec l'Eglise déjà glorifiée

 

1. Prov. XX, 8, 9. — 2. Ps. CXLII, 2. — 3. Matt. XXV, 36. — 4. Matt. VI, 1, 6. — 5. Ibid. V, 18. — 6. I Cor. IV, 7.

 

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avec le Christ, et que chaque membre se réunisse à tout le corps. Les sages, est-il dit, « entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. » Les folles vinrent ensuite; mais sans avoir acheté de l'huile, sans avoir même découvert à qui en acheter. Aussi trouvèrent elles les portes fermées; elles commencèrent à frapper, mais c'était trop tard.

16. Il est écrit, et rien n'est plus vrai, plus infaillible : « Frappez, et on vous ouvrira (1); » mais c'est maintenant qu'il faut frapper, c'est à l'époque de la miséricorde et non pas au moment du jugement. On ne saurait effectivement confondre ces deux époques, puisque l'Eglise chante, devant le Seigneur, la miséricorde et le jugement (2). Nous voici au temps de la miséricorde ; fais pénitence. Veux tu différer jusqu'au jour de la justice? Ce serait éprouver le sort de ces vierges devant qui la porte s'est fermée. .

« Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. » N'est-ce pas se repentir de n'avoir pas porté de l'huile avec elles ? Mais de quoi leur sert cette pénitence tardive, en face des dérisions que verse sur elles la Sagesse véritable ? « La porte » donc « est fermée. » Et que leur dit-on ? « Je ne vous connais pas. » Quoi? Elles ne sont pas connues de Celui qui connaît tout? Que signifie donc : « Je ne vous connais pas ? » Cela signifie: Je vous désapprouve, je vous réprouve. Je ne vous reconnais pas comme conformes à ma règle ; car cette règle ignore les vices, et chose remarquable ! elle les juge tout en les ignorant. Elle les ignore, parce qu'elle ne s'y livre pas; elle les

 

1. Matt. VII, 7. — 2. Ps. C, 1.

 

juge, parce qu'elle les censure. C'est dans ce sens que « je ne vous connais pas. (1)»

17. Les cinq vierges prudentes se mirent en marche et entrèrent. Combien n'êtes-vous pas, mes frères, qui portez le nom de Chrétiens? Je voudrais voir parmi vous ces cinq vierges sages. Je ne dis pas : Je voudrais que vous fussiez cinq seulement;  mais je voudrais voir parmi vous ces cinq vierges prudentes, ces âmes prudentes que figure le nombre cinq. Car l'heure du jugement viendra, et elle viendra nous ne savons quand, puisqu'elle viendra au milieu de là nuit. Veillez donc, c'est la conséquence que tire l'Evangile. « Veillez, dit-il, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. »

Mais comment veiller, puisque nous sommes obligés de dormir ? C'est le coeur, c'est la foi, c'est l'espérance, c'est la charité, ce sont les bonnes oeuvres qui doivent veiller en nous. Du reste le sommeil du corps doit être suivi du réveil. Or à ton réveil, prépare tes lampes. C'est alors qu'il faut ne pas les laisser s'éteindre, mais les ranimer avec l'huile mystérieuse d'une bonde conscience; alors qu'il te faut mériter les spirituels embrassements de l'Epoux, et la grâce d'être introduit par lui dans ce palais où il n'y a plus de sommeil, où ta lampe ne pourra plus s'éteindre, au lieu qu'aujourd'hui nous nous fatiguons encore, pendant que les vents et les tentations de ce siècle agitent la flamme de nos lampes. Ah! Nourrissons si bien cette flamme, que le souffle de la tentation l'active plutôt que de l'éteindre.

 

 

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