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SERMON CCXXXII. POUR LA SEMAINE DE PAQUES. III. EXHORTATION A LA VRAIE PÉNITENCE.

 

254

 

ANALYSE. — Avant de parler de la pénitence, saint Augustin n semble préoccupé que du mystère du jour, la résurrection de Jésus-Christ; il est manifeste cependant que tout prépare au but qu'il se propose. Effectivement il montre d'abord combien étaient déraisonnables les Apôtres en refusant de croire la résurrection du Sauveur. Le Sauveur avait devant eux ressuscité des morts, et sur la foi de témoins oculaires ils ne veulent pas admettre qu'il soit ressuscité d'entre les morts ! Ils avaient, par la bouche de Pierre, proclamé sa divinité, et maintenant il n'est plus à leurs yeux qu'un prophète ! En eux se révèle bien l'inconstance, la faiblesse de Pierre, dont l'incrédulité lui mérita d'être appelé Satan par le Fils même de Dieu qui venait de le proclamer bienheureux. Que dis-je ? Ils sont bien au-dessous du larron qui sur la croix confessa sa divinité et son éternel empire! — Cependant ces disciples ouvrirent les yeux et se convertirent ainsi au moment de la fraction du pain. Pourquoi ne les imiter vous pas, vous qui portez le nom de pénitents et qui ne faites aucunement pénitence? Vous comptez sur une vie longue? En êtes-vous sûrs ? Mais fût-elle longue, ne faut-il pas, pour ce motif même, qu'elle soit bonne ?

 

1. Aujourd'hui encore on a lu la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais d'après un autre Evangile, l'Evangile selon saint Luc. On a donc commencé à la lire d'après saint Matthieu, c'était hier d'après saint Marc, et c'est aujourd'hui d'après saint Luc : on a suivi ainsi l'ordre où sont placés les Evangélistes. Tous l'ont écrite comme ils ont écrit la passion; mais ces sept ou huit jours permettent de la lire d'après tous ces écrivains sacrés, tandis que la passion ne se lisant qu'un seul jour, c'est d'après saint Matthieu qu'on la lit. J'aurais voulu, il y a quelque temps, que chaque année aussi on lût la passion d'après, tous les évangélistes: on l'a fait d'abord; mais les fidèles, n'entendant plus uniquement ce qu'ils avaient l'habitude d'entendre, se sont émus. Il est vrai pourtant que celui qui aime les livres sacrés et ne veut pas rester toujours dans l'ignorance, connaît tous les textes et cherche avec soin à les comprendre tous. Mais chacun avance selon la mesure de foi qu'il a reçue de Dieu.

2. Examinons maintenant ce que nous venons d'entendre pendant la lecture sainte; il s'agit plus expressément du sujet dont j'ai déjà dit un mot à votre charité, de l'infidélité des disciples: et nous comprendrons combien nous sommes redevables à la bonté de Dieu, qui nous a accordé de croire ce que nous ne voyons pas.

Dieu donc les avait appelés et instruits lui-même, il avait fait sous leurs yeux des miracles éclatants, jusqu'à rendre la vie aux morts; il avait ressuscité des morts, et eux ne le croyaient pas capable de ressusciter son propre corps ! Des femmes étant venues à son tombeau n'y trouvèrent point ce corps sacré; mais des anges leur apprirent que le Seigneur était ressuscité, et elles vinrent l'annoncer aux disciples. Puis, qu'est-il écrit? Que venez-vous d'entendre? « Tout cela leur parut du délire ». Triste condition de la nature humaine ! Quand Eve rapporta ce que lui avait dit le serpent, on l'écouta sans hésiter; Adam ajouta foi au mensonge qu'elle redisait et qui devait nous donner la mort; et on ne crut pas ces saintes femmes qui publiaient la vérité où nous devions puiser la vie ! S'il ne faut pas croire les femmes, pourquoi Adam s'en rapporta-t-il à Eve? Et s'il faut les croire, pour quoi les disciples ne crurent-ils pas les saintes femmes? Ici donc contemplons l'immense bonté de Notre-Seigneur. Si Jésus-Christ Notre-Seigneur a voulu que le sexe faible annonçât le premier sa résurrection, en voici le motif: ce sexe avait fait, tomber l'homme, ce sexe dut servir à le relever; aussi une vierge fut-elle la Mère du Christ et une autre femme publia telle qu'il était ressuscité; si d'une femme nous est venue la mort, d'une autre femme la vie nous est venue.

Cependant les disciples n'ajoutèrent pas foi au témoignage des saintes femmes; elles disaient la vérité et eux les crurent en délire.

3. En voici deux autres qui faisaient route (255) ensemble et qui s'entretenaient de ce qui venait d'arriver à Jérusalem, de l'iniquité des Juifs et de la mort du Christ; ils voyageaient donc en causant et en pleurant comme mort Celui dont ils ignoraient la résurrection. A eux aussi apparut le Sauveur, il se joignit à eux j comme troisième et conversa amicalement. Mais leurs yeux étaient retenus de peur qu'ils ale reconnussent; car il fallait que leur coeur fût mieux préparé. Il diffère donc de se révéler à eux et leur demande de quoi ils s'entretenaient, afin de les amener à avouer ce que lui savait déjà. Vous l'avez remarqué, ils s'étonnent d'abord de ce qu'il paraît ignorer un événement si public et si frappant. « Etes-vous seul, lui dirent-ils, assez étranger à Jérusalem, pour ne savoir pas ce qui vient de s'y passer? Quoi donc? —  Relativement à Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en oeuvres et en paroles (1) ».

Est-ce bien vrai, chers disciples? Le Christ n’était-il qu'un prophète, lui, le Seigneur des prophètes? Donnez-vous à votre juge le nom de son serviteur? Hélas ! ils avaient adopté l'opinion d'autrui. Pourquoi dire l'opinion d'autrui? Ranimez vos souvenirs. Lorsque Jésus demanda personnellement à ses disciples : « Parmi les hommes, que dit-on de moi, fils de l'homme? » Les disciples rapportèrent différentes manières de voir. « Selon les uns vous êtes Elie; selon d'autres, Jean-Baptiste ; selon d'autres encore, Jérémie ou quelqu'un des prophètes ». C'étaient les opinions des étrangers et non la croyance des disciples. Il fallut pourtant que ceux-ci s'expliquassent. « Maintenant donc, qui prétendez-vous que je suis, vous? » Vous m'avez répondu d'après autrui, je veux savoir ce que vous croyez. Seul alors au nom de tous, car il y avait union entre tous, Pierre reprit: « Vous, êtes le Christ, de Fils du Dieu vivant » ; non pas quelqu'un d'entre les prophètes, mais le Fils même du Dieu vivant, l'inspirateur des prophètes et le Créateur des anges. « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Une telle confession méritait la réponse suivante que fit le Sauveur: « Tu es bienheureux, Simon, fils de dons, carte n'est ni la chair ni le sang qui iront révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Aussi je te dis à mon tour : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon

 

1. Luc, XXIV, 1-19.

 

Eglise, et les portes de l'enfer n'en triompheront pas. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux , et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi dans le ciel, comme tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel aussi ». Voilà ce que mérita d'entendre la foi de Pierre et non Pierre lui-même. Comme homme, en effet, qu'était Pierre, sinon l'un de ceux dont il est dit dans un psaume: « Tout homme est menteur (1)? »

4. Aussi le Seigneur ayant annoncé immédiatement sa passion et sa mort, Pierre trembla et s'écria : « A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera point. — Arrière, Satan », reprit le Seigneur. Pierre nommé Satan ! Où sont ces autres paroles : « Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas? » Satan est-il bienheureux? S'il est bienheureux, c'est par la grâce de Dieu; s'il est Satan, c'est par lui-même. Aussi le Seigneur explique-t-il pourquoi il lui a donné ce nom. « C'est que tu ne goûtes pas, lui dit-il, les choses qui sont de Dieu, mais celles qui sont des hommes (2) ». Pourquoi était-il heureux.d'abord? « C'est que ni la chair ni le sang ne t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Pourquoi ensuite devient-il Satan? « C'est que tu ne goûtes pas les choses qui sont de Dieu », ces choses qui faisaient ton bonheur quand tu y prenais goût, mais que «tu goûtes celles des hommes ».

Voilà comment flottait l'âme des disciples, montant et descendant, se relevant et tombant, tantôt éclairée et tantôt dans les ténèbres; car c'est de Dieu que lui venait la lumière et c'est en elle-.même qu'elle trouvait l'obscurité. D'où lui venait la lumière? « Approchez-vous de lui et vous êtes éclairés (3) ». D'où lui venaient les ténèbres? « Qui par le mensonge, parle de son propre fonds (4) ». Pierre donc avait proclamé Jésus le Fils du Dieu vivant, et il craignait qu'il ne mourût, tout Fils de Dieu qu'il était, quand néanmoins il était venu dans le dessein de mourir ! Ah ! s'il n'était venu pour mourir, comment pourrions-nous vivre?

5. D'où nous vient la vie, et d'où lui est venue la mort? Ecoutons-le d'abord : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». Est-il là question de mort? Où est-elle? D'où vient-elle? Comment viendrait-elle? Le Verbe était,

 

1. Ps. CXV, 11. — 2. Matt. XVI, 13-23. — 3. Ps. XXXIII, 6. — 4. Jean, VIII, 44.

 

256

 

il était en Dieu et Dieu même. Si tu découvres là de la chair et du sang, tu y vois la mort. Comment donc le Verbe a-t-il pu mourir? Et comment nous, qui sommes sur la terre, qui sommes mortels, corruptibles et pécheurs, pouvons-nous avoir la vie? Il n'y avait pas en lui de principe de mort, ni en nous de principe de vie; il. a donc pris la mort qui vient de nous, pour nous donner la vie qui vient de lui. Comment a-t-il pris la mort qui vient de nous? « Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous ». C'est ainsi qu'il a pris de nous de quoi offrir pour nous. Et nous, comment nous est venue la vie? « Et la vie, c'était la lumière des hommes (1) ». C'est ainsi qu'il est la vie pour nous et que pour lui nous sommes la mort. Mais comment? Par condescendance de sa part et non par nécessité; car, s'il est mort, c'est qu'il a daigné mourir, c'est qu'il l'a voulu, c'est qu'il a eu compassion de nous, c'est qu'il a eu la puissance de mourir : « J'ai, dit-il, le pouvoir de déposer ma vie et le pouvoir de la reprendre (2) ».

Pierre ignorait cela, lorsqu'il trembla en entendant le Seigneur parler de sa mort. Mais aujourd'hui le Seigneur avait prédit et sa mort et sa résurrection pour le troisième jour. Ses prédictions s'étaient accomplies, et ceux qui les avaient entendues n'y croyaient pas. «Voici déjà le troisième jour que ces événements sont arrivés ; et nous espérions que c'était lui qui devait racheter Israël (3)». Vous l'espériez ? Vous en désespérez donc? Vous êtes déchus de votre espoir? Il faut que vous relève Celui qui voyage avec vous.

Ainsi c'étaient ses disciples, ils l'avaient entendu personnellement, ils avaient vécu avec lui, l'avaient reconnu pour leur Maître, ils avaient été formés par lui, et il, leur était impossible d'imiter et de partager la foi du larron suspendu à, la croix !

6. Quelques-uns d'entre vous ignorent peut-être ce que je viens de dire du larron; pour n'avoir pas entendu lire la passion d'après tous les évangélistes; car c'est notre évangéliste actuel, saint Luc, qui a rapporté ce que je rappelle. Saint Matthieu rapporte aussi qu'avec le Sauveur furent crucifiés deux larrons (4); mais il ne dit pas que l'un d'eux outragea le Seigneur, tandis que l'autre crut

 

1. Jean, I, 1, 14, 4. — 2. Ib. X, 18. — 3. Luc, XXIV, 21. — 4. Matt. XXVII, 38.

 

en lui; c'est saint Luc qui nous l'apprend. Contemplons dans le larron une foi que le Christ ne trouva point dans ses propres disciples, après sa résurrection même. Le Christ était attaché à la croix, le larron aussi; le Christ était au milieu, les larrons à ses côtés, L'un d'eux insulte, l'autre croit, au milieu le Christ prononce la sentence. Celui qui insultait ayant dit : « Si tu es le Fils de Dieu, délivre-toi » ; l'autre répondit : « Tu ne crains pas Dieu. Nous souffrons, nous, ce que nous avons mérité, mais lui, qu'a-t-il fait? » Se tournant alors vers Jésus : « Seigneur, dit-il, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ». Foi admirable !  j'ignore ce qu'on y pourrait ajouter. Ils ont chancelé, ceux qui ont vu le Christ ressusciter les morts; et il a cru, celui qui le voyait près de lui suspendu au gibet. Quand ceux-là chancellent, celui-ci croit. Quel beau fruit le Christ a cueilli sur ce bois aride ! Ecoutons ce que lui dit le Sauveur : « En vérité, je te le déclare, tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis ». Tu t'ajournes, mais je te connais. Eh ! comment ce larron qui a passé du crime devant le juge, et du juge à la croit, espérerait-il monter de la croix au paradis ! Aussi bien, considérant ce qu'il a mérité,il ne dit pas : Souvenez-vous de moi pour me délivrer aujourd'hui même; il dit : « Lorsque vous serez arrivé dans votre royaume, alors souvenez-vous de moi » , afin que si des tourments me sont dus, je les endure seulement jusqu'alors. Mais le Christ : Il n'en sera pas ainsi; tu as envahi le royaume des cieux tu as fait violence, tu as cru, tu l'as enlevé. Aujourd'hui même tu seras avec moi dans, « le paradis ». Je ne te retarde pas; à une foi si grande, je rends aujourd'hui ce que je dois.

En disant : « Souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume », le  larron croyait, non-seulement à la résurrection du Christ, mais encore à son règne futur. C'est bien à un pendu, à un crucifié, à un homme tout sanglant et immobile, qu'il dit; « Lorsque vous serez arrivé dans votre royaume ». Et les Apôtres : « Nous espérions ». Ainsi donc le disciple a perdu l'espérance là où l'a trouvée le larron.

7. Voici maintenant, mes bien-aimés, le sacrement auguste que nous connaissons. Le Sauveur voyageait donc avec eux; on le reçoit dans une hôtellerie, il rompt le pain; où (257) reconnaît alors (1). Ne disons pas, nous, qu'ici nous ne reconnaissons pas le Christ; nous le reconnaissons si nous croyons. Ce n'est pas assez de dire que nous le connaissons si nous croyons; si nous croyons, nous le possédons. Eux possédaient le Christ à table avec eux, nous l'avons, nous, dans notre coeur. Ne vaut-il pas mieux avoir le Christ dans le coeur que de l'avoir dans sa maison ? Notre coeur ne nous est-il pas plus intime que notre demeure? On encore le fidèle doit-il le reconnaître ? Le fidèle le sait, mais le catéchumène l'ignore. Que personne toutefois ne ferme devant lui la porte pour l'empêcher de l'apprendre.

8. Je disais hier à votre charité et je répète aujourd'hui que la résurrection du Christ se reproduit en nous si nous nous conduisons bien, si nous mourons à notre ancienne vie, et si notre vie nouvelle prend chaque jour de nouveaux accroissements (2). Il y a ici des pénitents en grand nombre, la file en est fort longue quand on leur impose les mains. Priez, pénitents; ils vont prier. J'examine ce qu'ils sont, et je trouve qu'ils se conduisent mal. Comment se repentir de ce qu'on fait ordinairement? Si on a du repentir, qu'on ne recommence point; mais si on recommence, le nom est faux, le crime reste. Il en est quelques-uns qui ont demandé la place assignée aux pénitents; il en est d'autres qui ont été excommuniés par nous et réduits à l'accepter; mais ceux qui l'ont demandée veulent continuer de faire ce qu'ils faisaient, et ceux que nous avons excommuniés et forcés d'accepter cette place, ne veulent pas en sortir, comme si c'était une place de choix. Ainsi ce qui doit être le séjour de l'humilité devient un théâtre d'iniquité. C'est donc à vous que je m'adresse; vous qui portez le nom de pénitents pans l'être, je m'adresse à vous. Que vous dire ? Que si je vous loue, ce n'est pas de votre conduite; j'en gémis et je la déplore.

— Que faire, tant je suis décrié? —  Changez, changez, je vous en prie. Le terme de votre vie est incertain ; chacun marche avec le

 

1. Luc, XXIV, 21-31. — 2. Ser. CCXXXI, n. 2, 3.

 

principe de sa mort. Pourquoi différer de commencer à bien vivre en pensant que vous aurez une vie longue? Quoi ! vous pensez à une longue vie sans redouter une mort subite?

Mais supposons que votre vie doive être longue; je cherche en vain un pénitent, je n'en trouve pas (1). Ah ! une vie longue ne vaut-elle pas mieux, si elle est bonne, que si elle était mauvaise? Personne ne veut d'un long souper qui soit mauvais, et tous ambitionnent une vie longue et mauvaise ? Si la vie est une chose importante, rendons-la bonne. Que cherches-tu de mauvais, dis-moi, en actions, en pensées, en désirs ? Tu ne te soucies ni d'une terre mauvaise, ni d'une mauvaise récolte, tu veux cela bon; arbres, chevaux, serviteurs, amis, enfants, épouse, tu veux tout cela bon. Pourquoi parler de ces choses assez importantes? Un simple vêtement, une chaussure même, tu les veux bons et non pas mauvais. Montre-moi donc une seule chose que tu voudrais mauvaise, une seule que tu voudrais sans qu'elle fût bonne. Tu ne veux pas non plus une métairie mauvaise, il te la faut bonne ; il n'y a que ton âme que tu veuilles mauvaise.

Pourquoi t'outrager ainsi ? Quel châtiment as-tu mérité de t'infliger à toi-même ? De tout ce que tu possèdes, il n'y a que toi que tu aimes en mauvais état. Admettez que je dis comme toujours et que comme toujours vous agissez. Je secoue, moi, mes vêtements devant Dieu ; je craindrais qu'il me reprochât de ne pas vous avertir. J'accomplis donc mon devoir et je demande que vous portiez du fruit; je voudrais tirer de vos bonnes couvres, non de l'argent, mais de la joie. Qui se conduit bien ne m'enrichit pas; qu'il continue pourtant, et il m'enrichira. Mes richesses ne sont-elles pas dans l'espoir que vous établirez sur le Christ? Je n'ai de joie, de consolation, de relâche au milieu de mes tentations et de mes dangers, que dans la sagesse de votre conduite. Je vous en supplie, rues frères, si vous vous oubliez, prenez pitié de moi.

 

1. Ces derniers mots ne sont pas dans tous les manuscrits.

 

 

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