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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON CCXLII. POUR LA SEMAINE DE PAQUES. XIII. DE LA RESURRECTION DES MORTS . AUTRES OBJECTIONS.

 

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ANALYSE. — Aucun fait n'a été mieux, constaté que celui de la résurrection de Jésus-Christ. Cependant les hommes charnels ne laissent pas de le nier, parce qu'ils ne croient que ce qu'ils voient, et ils élèvent contre la résurrection du corps plusieurs objections. Ils demandent si les corps ressuscités mangeront, s'ils auront alors leurs difformités actuelles, si les enfants resteront éternellement enfants. Un mot suffit pour réfuter chacune de ces objections. — Il n'en est pas de même de celle qu'ils tirent des lois de la pesanteur. D'après elles, disent-ils, il est impossible à un corps ressuscité d'habiter le ciel. Le Christ cependant est monté. D'ailleurs ne confessent-ils pas eux-mêmes la toute-puissance de Dieu ? Enfin combien de faits même naturels opposés aux lois de la pesanteur ! Ne voit-on pas se soutenir au-dessus de l'eau le bois et le plomb même ? Les nuées se soutenir à leur tour au-dessus de l'air ? Des corps massifs se montrer beaucoup plus légers dans leurs mouvements que des corps très-légers. — Si l'on dit que les corps ressuscités des saints seront tout spirituels , c'est pour exprimer combien ils seront souples au moindres inspirations de l'âme. Ce qui doit enfin éloigner de notre esprit tout doute au sujet de notre résurrection future, c'est la fidélité de Dieu à accomplir toutes ses autres promesses.

 

1. Durant ces jours consacrés à la résurrection du Seigneur, traitons, autant que nous le pourrons avec sa grâce, de la résurrection de la chair. Telle est en effet notre croyance ; tel est le bienfait dont nous voyons la promesse et l'idéal dans la chair ressuscitée de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Car il a voulu non-seulement nous annoncer, mais encore nous montrer ce qu'il nous réserve pour la fin du siècle.

En effet ceux qui l'accompagnaient alors le contemplèrent, et comme ils étaient frappés de stupeur et croyaient voir un esprit, ils s'assurèrent au toucher qu'il avait un corps solide. Il parla donc, non-seulement à leurs oreilles en faisant entendre des mots, mais encore à leurs yeux en leur montrant la réalité; non content même de se faire voir, il permit qu'on le touchât, qu'on le palpât. « Pourquoi ce trouble, dit-il, et ces pensées qui montent dans votre coeur ? » C'est qu'ils s'imaginaient voir un esprit. « Pourquoi ce trouble et ces pensées qui montent dans votre coeur ? Voyez mes mains et mes pieds; touchez et reconnaissez, car un esprit n'a ni os ni chair comme vous m'en voyez ». Et c'est contre une telle évidence qu'on élève des doutes ! Que peuvent d'ailleurs des hommes qui goûtent ce qui vient de l'homme, que de s'élever contre Dieu en parlant de Dieu? Car Jésus est Dieu, et eux sont des hommes. « Mais Dieu sait combien sont vaines les pensées de l'homme (1) ». Toute la règle de l'homme char net est de ne croire que ce qu'il a l'habitude de voir. Eux donc croient aussi ce qu'ils voient,, mais non ce qu'ils ne voient pas. En dehors du cours ordinaire Dieu fait-il des miracles comme il le peut, puisqu'il est Dieu? Tant d'hommes qui naissent chaque jour, quand ils n'étaient rien, sont sans doute de plus grands prodiges que quelques hommes ressuscitant lorsque déjà ils existaient. On n'a pu considéré néanmoins ces premiers miracles comme miracles, l'habitude de les voir leu dépréciés. Le Christ est ressuscité; le fait est sûr. Il avait un corps; il avait une chair quia été suspendue à la croix, qui a rendu le der nier soupir et qui a été déposée dans un sépulcre. Lui qui avait vécu en elle l'a montrée ensuite pleine de vie. Pourquoi nous en étonner? Pourquoi ne croire pas? C'est Dieu qui a fait ce prodige; considère qu'il en est l'Auteur, et bannis le doute.

2. On demande si l'épuisement qui se fait sentir dans le corps, sera senti encore à la résurrection des morts ? —  Non. — Si c'est non, pourquoi mangera-t-on ? Et si l'on ne doit pas manger, pourquoi le Seigneur a-t-il mangé après sa résurrection ? On vient de lire l’Evangile et nous avons vu que ce fut trop peu pour lui, quand il voulut prouver avec évidence sa

 

1. Ps. XCIII, 11.

 

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résurrection, de se montrer plein de vie aux yeux de ses disciples et de se faire toucher par eux; il ajouta même : « Avez-vous ici quelque chose à manger? Et ils lui offrirent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel ; il en mangea puis leur donna le reste (1) ». On nous objecte donc : Si le corps ne perdra plus rien à la résurrection, pourquoi le Christ votre Seigneur a-t-il mangé ? — Vous avez lu qu'il a mangé; avez-vous lu qu'il ait eu faim? S'il a mangé, ce n'est pas par besoin, c'est qu'il le pouvait; au lieu que s'il avait eu faim, c'est qu'il aurait été dans le besoin. D'un autre côté, s'il n'avait pu manger, ne serait-ce pas une preuve de faiblesse? Des anges même n'ont-ils pas mangé en recevant l'hospitalité de nos pères (2), sans cesser néanmoins d'être incorruptibles?

3. Ou dit encore : Ressuscitera-t-on avec les difformités corporelles que l'on avait en mourant? Je réponds : Non. On ajoute : Pourquoi donc le Seigneur est-il ressuscité avec les cicatrices de ses plaies? — Que répondre, sinon encore qu'il l'a pu, sans que cela fût nécessaire? Il a donc voulu ressusciter et se montrer avec ses cicatrices pour dissiper bien des doutes; et ses plaies cicatrisées n'ont-elles pas fermé pour beaucoup la plaie de l'incrédulité?

4. On poursuit la discussion, on nous adresse encore cette demande : Les enfants qui meurent en bas âge ressusciteront-ils petits enfants, ou à la maturité de l'âge ? Nous ne voyons pas que cette question soit résolue dans les Écritures. II est bien promis que les corps ressusciteront incorruptibles et immortels; mais lors même que les enfants ressusciteraient en bas âge et avec leurs petits membres, s'ensuit-il qu'ils auraient la même faiblesse, qu'ils ne pourraient ni se tenir debout ni marcher? Il est plus croyable toutefois, plus probable, plus vraisemblable qu'ils ressusciteront dans la vigueur de l'âge et qu'ils recevront comme une grâce ce que devait leur procurer la prolongation de leur vie. Nous imaginerions-nous aussi que la vieillesse en ressuscitant sera essoufflée et courbée comme elle l'est? Enfin éloigne toute idée d'épuisement et suppose tout ce que tu voudras.

5. Pourtant, reprends-tu, est-il possible à un corps de terre de séjourner au ciel? C'est ici surtout que nous arrêtent ces grands philosophes de la Gentilité dont je vous ai rappelé les

 

1. Luc, XXIV 37-43. — 2. Gen. XVIII, 1-9; Tob. XII, 19.

 

opinions insensées, ou tout au moins humaines; attendu. qu'ils ont cherché à s'éclairer, 'non pas avec le secours dé l'Esprit de Dieu, mais d'après les conjectures de leur propre raison. Pour nous embarrasser ils discutent habilement sur les lois de la pesanteur et sur l'harmonie des éléments; ils disent,, ce que du reste constatent nos regards, que le monde est tellement disposé, que la terre en occupe comme le fond ; l'eau vient en second lieu et se répand au-dessus de la terre, l'air vient en troisième lieu, et l'éther en quatrième lieu s'élève au-dessus de tout. Ce dernier élément qu'ils nomment éther, est, disent-ils, un feu limpide et pur qui a servi à former les astres et où ne saurait, d'après les lois mêmes de la pesanteur, subsister rien de terrestre. Répondrons-nous que nos corps après la résurrection n'habiteront pas le ciel mais une terre nouvelle? Ce serait trop de hardiesse, ce serait témérité et parler même contre la foi. Car la foi nous enseigne que nos corps nous permettront alors de nous transporter partout et aussi rapidement que nous voudrons. D'ailleurs en affirmant, pour échapper à la difficulté tirée des lois de la pesanteur, que nous vivrons sur la terre, comment expliquer que Notre-Seigneur est monté au ciel avec sont corps?

6. Vous n'avez pas oublié ce que l'Evangile vient de vous rappeler encore : « Les mains élevées, il les bénit; et il arriva, pendant qu'il les bénissait, qu'il s'éloigna d'eux et monta au ciel (1) ». Qui montait ainsi au ciel? Le Seigneur, le Christ. Quel Christ, quel Seigneur? Le Seigneur Jésus. Voudrais-tu séparer en lui l'humanité de la divinité, faire en lui deux personnes, l'une divine, l'autre humaine, supprimer ainsi la Trinité et introduire une espèce de quaternité? Homme, tu es à ta fois un corps et une âme; ainsi le Verbe Notre-Seigneur est-il aussi un âme et un corps. Mais comme Verbe il n'a point quitté soif Père; il est venu parmi nous sans s'éloigner de son Père, et tout en prenant un corps dans le sein maternel il n'a point abandonné le gouvernement du monde. Qu'est-ce donc qui dans sa personne montait au ciel, sinon ce qu'il avait pris sur la terre, cette chair, ce corps dont il disait à ses disciples : «Touchez et reconnaissez, car un esprit n'a ni os ni chair, comme vous m'en voyez ». Croyons cela, mes frères,

 

1. Luc, XXIV, 51, 52.

 

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et si nous réfutons difficilement les objections des philosophes, ajoutons foi sans difficulté à ce que le Seigneur a montré dans sa personne. Laissons-les à leur babil et croyons.

7. Pourtant, reprennent-ils, un corps terrestre ne saurait habiter le ciel. — Et si Dieu le voulait? Attaque-toi maintenant à Dieu et soutiens qu'il n'a pas ce pouvoir. Mais tout païen que tu sois, ne confesses-tu pas que Dieu est tout-puissant? Ne lit-on pas dans un livre de Platon ce que j'en citais hier, savoir que le Dieu suprême dit aux dieux que lui-même a formés : « Dès que vous avez commencé, vous ne sauriez être ni immortels ni indissolubles. Toutefois vous ne tomberez pas en décomposition et les arrêts de la mort ne pourront vous atteindre; ils ne l'emporteront pas sur ma volonté, laquelle sera plus puissante pour vous conserver l'immortalité, que ces arrêts qui ont empire sur vous (1) ». C'est ainsi que Dieu soumet tout à sa volonté suprême, il peut même ce qui est d'ailleurs impossible. Quel' est en effet le sens de ces paroles : Vous ne sauriez être immortels, mais je ferai que vous le soyez, sinon celui-ci : Je fais, moi, ce qui ne se peut faire?

8. Toutefois je veux bien encore examiner les différentes lois de la pesanteur. Dis-moi, je t'en prie, la terre n'est-elle pas la terre, l'eau n'est-elle pas l'eau, l'air n'est-il pas l'air et l'éther ou le ciel n'est-il pas ce feu limpide dont nous avons parlé? Ce sont là en effet les quatre éléments qui ont construit et élevé le monde, ou plutôt qui ont servi à le former. Eh bien ! qu'y a-t-il en bas? La terre. — Au-dessus? — L'eau. —  Au-dessus de l'eau? —  L'air. — Au-dessus de l'air? —  L'éther, le ciel. — Que sont maintenant les corps solides qu'on peut saisir et manier? Je ne parle pas des liquides qui tombent et qui coulent; je parle des corps solides proprement dits : à quel élément appartiennent-ils? Est-ce à la terre, à l'eau, à l'air ou à l'éther? — A la terre, répondras-tu. — Le bois est donc un corps terrestre? Sans aucun doute. Il se forme dans la terre, il s'y nourrit, il s'y développe; c'est un corps solide et non un corps liquide. — Revenons maintenant aux lois de la pesanteur. En bas est la terre; suis bien la progression. Et au-dessus de la terre? — L'eau. —Pourquoi donc le bois nage-t-il sur l'eau? C'est un corps

 

1. Voir Cité de Dieu, liv. XXII, ch, 26.

 

terrestre, et d'après les lois de la pesanteur,on devrait le voir au-dessous et non pas au-dessus de l'eau. Voilà, l'eau qui sépare la terre de ce bois. Au-dessous, la terre, ensuite, l'eau; puis encore la terre au-dessus de l'eau, puisque ce morceau de bois est de la terre. C'en est fait de tes lois, attache-toi donc à la foi.

Ainsi quand le bois nage sur l'eau au lieu de s'y enfoncer, c'est un corps terrestre qui s'élève au-dessus du second élément de l'univers.

9. Observe un autre phénomène plus étonnant encore. Il y a des corps très-lourds qui pourtant viennent de la terre encore; ils s'enfoncent dans l'eau sitôt qu'on les jette dessus, et descendent jusqu'à ses dernières profondeurs : tels sont le fer et le plomb surtout. Qu'y a-t-il en effet de plus lourd que le plomb ? Toutefois entre les mains d'un ouvrier ce plomb prend une forme concave et il nage au-dessus de l'eau. Et Dieu ne ferait pas pour mon corps ce que fait un ouvrier pour du plomb ?

Où enfin placez-vous l'eau? Rappelez-vous dans quel ordre sont superposés les éléments. — L'eau , répondrez-vous , vient immédiatement au-dessus de la terre. — Mais pourquoi donc, avant de couler sur la terre, voit-on des fleuves suspendus aux nuées?

10. Reviens maintenant avec toute ton attention à ce que je vais dire encore, si Dieu m'en fait la grâce. Que voit-on se mouvoir plus facilement et plus rapidement s'élancer, d'un corps plus léger ou d'un corps plus lourd? Qui ne dirait que c'est le corps le plus léger? Il est bien vrai, les corps plus légers se meuvent avec plus de facilité, et s'élancent avec une rapidité plus grande que les corps lourds. Voilà bien la règle, et c'est après avoir considéra tout avec attention que tu as répondu: Les corps légers se meuvent plus facilement, et plus rapidement s'élancent que les corps lourds. Voilà ce que tu dis. Mais dis-moi encore : Pourquoi l'araignée légère se meut-elle si lentement, tandis que le lourd cheval court avec rapidité? Parlons des hommes eux. mêmes : Un grand corps n'est-il pas plus lourd et un petit corps plus léger, puisqu'il pèse moins? Saris doute, si un autre le porte. Mais si chacun porte son corps, l'homme vigoureux peut courir, tandis que l'homme épuisé de langueur peut à peine marcher. Pèse un homme maigre et un homme robuste;

 

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l'un languissant et à qui quelques as suffisent pour faire équilibre, et l'autre bien portant et pesant beaucoup plus : essaie de les soulever tous deux, tu trouveras lourd le bien portant et le malade plus léger. Eloigne-toi maintenant, qu'ils essaient de marcher; laisse chacun d'eux conduire son corps; mais l'épuisé fait à peine un pas, tandis que court le vigoureux et le robuste. Ah ! si telle est la puissance de la santé, que ne pourra l'immortalité?

11. Dieu donc donnera à ces corps une souplesse merveilleuse, une merveilleuse agilité, et ce n'est pas sans motif qu'on les nomme spirituels. S'ils portent ce nom, ce n'est pas qu'ils soient des esprits et qu'ils aient cessé de dire des corps. Ne dit-on pas de notre corps actuel qu'il est un corps animal? Pourtant il n'est pas une âme, mais un corps réel. Eh bien! comme on dit aujourd'hui que notre corps est un corps animal sans qu'il soit notre âme; ainsi on dit que seront spirituels les corps ressuscités, quoiqu'ils ne soient point des esprits mais des corps véritables. Pourquoi donc appeler ces corps spirituels, mes très-chers frères, sinon parce qu'ils obéiront au moindre mouvement de l'esprit ? Alors en effet il n'y aura rien en toi pour s'opposer à toi, rien en toi pour se révolter contre toi. On ne pourra plus dire en gémissant avec l'Apôtre : « La chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair (1) » ; ni : «Je vois dans mes membres une autre, loi qui résiste à la loi de mon esprit (2)». Il n'y aura plus de ces luttes; ce sera la paix, la paix parfaite. Tu seras où lu voudras, mais sans t'éloigner de Dieu ; tu seras où tu voudras, mais où que tu ailles, ton Dieu sera avec toi , comme tu seras toujours avec cette source de ta félicité.

12. Que nul donc n'essaie ni de tromper, ni

 

1. Gal. V, 17. — 2. Rom. VII, 23.

 

d'argumenter, ni de se livrer à des raisonnements qui l'égarent; et soyons invinciblement sûrs que se réaliseront les divines promesses. Mes frères, quand on voyait le Christ en personne et qu'on le croyait un esprit, non-seulement il se montrait aux yeux, mais de plus il se faisait toucher de la main pour prouver qu'il avait un corps véritable. Non content même, pour convaincre de la vérité de la foi, d'avoir mangé, non par nécessité mais par condescendance; comme ses disciples étaient en quelque sorte tout.tremblants de joie , il leur raffermit le coeur par les saintes Ecritures et il leur dit: « Je vous prévenais donc, quand j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l'intelligence, comme s'exprime l'Evangile qu'on a vient de lire, pour qu'ils comprissent les Ecritures, et il leur dit : Ainsi est-il écrit et c'est ainsi qu'il fallait que le Christ souffrît et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour, et qu'on, prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem (1) ». De ces deux événements nous n'avons pas vu l'un, nous voyons l'autre. Quand le Sauveur f lisait ses promesses, on ne les voyait pas encore réalisées. Les Apôtres voyaient bien le Christ, devant eux, mais ils ne, voyaient pas l'Eglise répandue par tout l'univers ; ils voyaient le Chef et ne faisaient que croire au corps. A notre tour, aujourd'hui; nous aussi nous avons la grâce qui nous convient et le cours des siècles est destiné à appuyer la même foi sur les plus solides arguments. Les Apôtres donc voyaient le Chef et croyaient au corps, pour nous, nous voyons le corps, croyons au Chef.

 

1. Luc, XXIV, 44-47.

 

 

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