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rte de l'église 38 - CH-1897 Le Bouveret (VS)

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SERMON CCLXIV. POUR LE JOUR DE L'ASCENSION. IV. POURQUOI L'ASCENSION.

 

ANALYSE. — Jésus-Christ en montant an ciel semble s'être proposé deux motifs. I. Ses Apôtres avaient pour lui une affection un peu trop humaine; ils voyaient plutôt en lui l'humanité que la divinité. Afin d'élever plus haut leur esprit et leur en, Jésus voulut disparaître du milieu d’eux et les habituer à considérer en lui le Seigneur plutôt que le frère. Car il est véritablement égal à Dieu; tant de passages de l'Ecriture le prouvent d'une manière péremptoire. II. Pour les confirmer dans la foi de sa résurrection il n'était pas nécessaire qu'il vécût avec eux quarante jours précisément. S'il n'est monté au ciel qu'après ce laps de temps, c'est que ces quarante jours. désignent toute la vie et que durant notre vie tout entière nous devons être fidèle à la foi de l'incarnation pour monter au ciel avec Jésus-Christ, pour y avoir comme lui, à la fin des siècles, notre corps glorifié. Gardons-nous donc de croire que Jésus-Christ soit réellement inférieur à son Père ; croyons pour être sauvés le mystère de la Trinité sainte.

 

1. Les divines Ecritures renferment de nombreux mystères; il en est que nous-mêmes devons étudier encore; il en est aussi que le Seigneur a daigné découvrir à notre humilité; mais nous n'avons point assez de temps pour les exposer aux regards de votre sainteté. Je sais que durant ces jours de fête principalement l'église est remplie d'hommes qui voudraient sortir avant d'être entrés, qui nous trouvent fatigants si nous prêchons un peu plus de temps qu'à l'ordinaire; et qui pourtant, quand il s'agit de leurs festins, se hâtent d'arriver, ne se plaignent pas d'y rester jusqu'au soir, n'en refusent aucun et n'en sortent jamais avec la moindre confusion. Nous ne voulons pas toutefois priver ceux qui viennent ici tout affamés, et tout en nous expliquant brièvement, nous dirons pour quel motif mystérieux Notre-Seigneur Jésus-Christ est monté au ciel avec le corps qu'il a fait sortir avec lui du tombeau.

2. Parmi les disciples mêmes du Sauveur, le démon ne manquait pas d'en porter quelques-uns à l'infidélité; il y en eut même un qui pour croire le Seigneur ressuscité avec le corps qu'il lui avait vu, ajouta plutôt foi à ses cicatrices encore toutes fraîches qu'à ses membres vivants (1). Par compassion pour leur faiblesse et pour les affermir, Jésus daigna, après sa résurrection, vivre avec eux durant quarante jours entiers, depuis le jour de sa passion jusqu'au jour actuel, allant et venant,

 

1. Jean,XX, 25.

 

mangeant et buvant, comme le dit l'Ecriture (1); et leur prouvant que ce qu'ils voyaient da leurs yeux après la résurrection était bien ce qui avait expiré sur la croix. Cependant il ne voulut pas les laisser dans la chair ni les retenir plus longtemps par les liens d'une affection charnelle. Les mêmes sentiments qui avaient porté Pierre à redouter pour lui les souffrances, portaient les Apôtres à désirer qu'il demeurât toujours corporellement au milieu d'eux. Ils voyaient avec eux un Maître qui les encourageait, un Consolateur et un Protecteur humain, de même nature qu'eut. Quand ils ne le voyaient pas de cette manière sensible, ils le croyaient absent, quoique néanmoins il remplisse tout de sa majesté, Sans aucun doute il les couvrait de sa protection, comme la poule abrite ses poussins sous ses ailes, ainsi qu'il a daigné s'exprimer lui même (2); car il s'est rendu semblable à la poule qui partage les faiblesses de ses poussins. Rappelez vus souvenirs : combien ne voyons-nous pas d'oiseaux se reproduire? Nul autre que la poule cependant ne s'affaiblit avec ses poussins, et c'est pour ce motif que le Sauveur s'est comparé à elle, lui qui en s'incarnant a daigné prendre sur-lui nos infirmités. Il fallait toutefois élever un peu plus haut l'esprit des disciples, les habituer à se faire de lui des idées plus spirituelles, à le considérer comme le Verbe du Père, Dieu en Dieu, et le Créateur de toutes choses. Le corps qu'ils voyaient

 

1. Act. I, 3, 4, 21. — 2. Matt. XXIII, 37.

 

était pour eux un voile. Sans doute ils avaient besoin d'être affermis dans la foi en vivant avec lui durant quarante jours; mais pour eux il était préférable encore qu'il se dérobât à leurs yeux, que du haut du ciel il leur vînt en aide comme leur Seigneur, après avoir vécu avec eux sur la terre comme leur frère, et qu'il les  accoutumât à le voir comme étant Dieu même. C'est d'ailleurs ce que fait entendre l'Evangéliste saint Jean à quiconque l'écoute avec attention et intelligence : « Que votre coeur ne se trouble pas, fait-il dire au Seigneur. Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi (1). — Mon. Père et moi, dit-il ailleurs , nous sommes un (2) ». Il s'attribue même, non pas en l'usurpant, mais parce qu'elle lui est naturelle, une telle égalité avec Dieu, qu'un disciple lui ayant dit « Seigneur, montrez-nous votre Père, et il nous suffit », il répondit : « Philippe, il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne connaissez pas mon Père? Qui me voit, voit aussi mon Père (3) ». Qui me voit? Mais ceux qui l'ont crucifié ne l'ont-ils pas vu de leurs propres yeux? Qui me voit ne signifie-t-il donc pas : Qui me connaît, qui me contemple de l'oeil du coeur ? S'il y a en nous une  ouïe intérieure qu'éveillait le Seigneur quand il disait «Entende, qui a des oreilles pour  entendre (4) », car il n'y avait alors aucun sourd devant lui; il. y a aussi dans notre coeur un oeil secret qui a vu le Père quand il a vu le Sauveur, car le Sauveur est égal à son Père.

3. Ecoute l'Apôtre : il veut mettre en relief celte immense miséricorde qui l'a porté à se rendre infirme pour l'amour de nous et pour réunir ses petits sous ses ailes ; enseignant à tous ses disciples de compatir aux faiblesses des faibles, quand ils se sont élevés tant soit peu au-dessus des communes faiblesses, attendu que lui-même est descendu du haut du ciel pour se charger de nos infirmités. « Ayez en vous, dit donc l'Apôtre, les sentiments qu'avait en lui le Christ Jésus ». Daignez imiter le Fils de Dieu par votre compassion pour les petits. « Il avait la nature de Dieu » ; c'était dire qu'il était égal à Dieu, la nature n'étant pas au-dessous de celui qui la possède, autrement elle ne serait pas sa nature. Afin toutefois d'écarter toute espèce de doute, saint Paul

 

1. Jean, XV, 1, 28. — 2. Ib. X, 30. — 3. Ib. XIV, 8, 9. — 4. Matt. XI, 15.

 

continue et emploie le mot qui doit empêcher de s'ouvrir les bouches sacrilèges. « Il avait la nature de Dieu, dit-il, et il n'a pas cru usurper en se faisant égal à Dieu ». — « Il n'a pas cru usurper? » Que signifient ces mots, mes très-chers frères? Que par nature il est l'égal de Dieu. Qui donc a usurpé l'égalité divine? Le premier homme, celui à qui il fut dit: « Goûtez et vous serez comme des dieux (1) ». Il voulut par usurpation s'élever jusqu'à la divine égalité, et par un juste châtiment il perdit son immortalité. Celui donc pour qui cette égalité était naturelle « ne crut pas usurper en se faisant égal à Dieu » ; et dès qu'il ne l'usurpa point, dès qu'elle était en lui naturelle, il était avec son Père dans l'union la plus intime, il l'égalait au degré suprême.

Cependant qu'a-t-il fait ? « Il s'est anéanti lui-même, continue l'Apôtre, en prenant une nature d'esclave; et devenu semblable aux hommes, reconnu pour homme dans son extérieur, il s'est abaissé en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix (2) ». Ce n'était pas assez de dire jusqu'à la mort, saint Paul indique encore le genre de mort. Pourquoi l'indiquer? Le voici. Beaucoup sont prêts à la mort; beaucoup disent : Je ne crains pas de mourir ; je voudrais seulement expirer dans mon lit, entouré de mes fils, de mes petits-fils et des larmes de mon épouse. Ce langage semble ne pas repousser la mort; mais s'ils choisissent un genre de mort spécial, c'est qu'ils éprouvent une peur qui les tourmente. Le Sauveur aussi a choisi sa mort, mais la plus horrible de toutes. Au lieu que les hommes cherchent la mort la plus douce, il a cherché, lui, la mort la plus cruelle, celle que tous les Juifs avaient en exécration. , Il n'a pas craint d'être conduit à la mort par de fausses dépositions et par sentence judiciaire, lui qui viendra juger les vivants et les morts: il n'a pas craint de mourir au milieu des ignominies de la croix, afin de délivrer tous les croyants de toute ignominie. Voilà pourquoi « il s'est fait obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix ». Par nature néanmoins il est l'égal de Dieu : fort de la puissance de la suprême majesté, il est devenu faible par compassion pour l'humanité ; fort pour tout créer, il est devenu faible pour tout,restaurer.

 

1. Gen. III, 5. — 2. Philip. II, 5-8

 

350

 

4. Revenons à ce qui est dit dans saint Jean « Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père ; car mon, Père est plus grand que moi ». Où est donc l'égalité dont parle l'Apôtre , dont parle le Seigneur même, soit en disant : « Mon Père et moi nous sommes un » ; soit en disant encore et ailleurs : « Qui me voit, voit aussi mon Père? » Comment expliquer ces mots: «Car mon Père est plus grand que moi ? » — Autant que le Seigneur daigne me le montrer, mes frères, ces paroles sont tout à la fois un reproche et une consolation. Les disciples étaient comme fixés dans l'humanité du Sauveur, et ils ne pouvaient penser à sa divinité. Pour qu'ils vissent Dieu en lui; il fallait éloigner l'humanité d'eux et de leurs regards, afin que rompant la familiarité qu'ils avaient avec l'humanité visible, ils apprissent, au moins en son absence, à s'occuper dé la divinité. Voilà pourquoi il leur dit: « Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père». — Pourquoi nous en réjouir? — Parce qu'en me voyant aller à lui, vous pourrez me considérer comme étant son égal (1). C'est pourquoi je vous rappelle qu' « il est plus grand que moi ». Oui, tant que vous me voyez dans mon corps, mon Père est sous ce rapport plus grand que moi. —Avez-vous compris ? N'oubliez pas que les Apôtres ne savaient guère penser qu'à l'humanité du Sauveur.

En considération de ceux de nos frères dont l'esprit est moins vif, je vais m'expliquer plus clairement. Que ceux qui ont compris supportent leur lenteur et imitent « ce Seigneur qui s'est humilié, quand il avait la nature de Dieu, et qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort ».

« Si vous m'aimiez » ; que veulent dire ces mots? « Si vous m'aimiez; vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père. — Si vous m'aimiez» , ne signifie-t-il donc pas: Vous ne m'aimez point? Mais alors qu'aimez-vous? La chair que vous voyez et que, pour ce motif, vous, ne voulez pas perdre de vue. Mais « si vous m'aimiez », moi, moi-même qui suis le Verbe existant dès le principe, existant en Dieu et Dieu même (2), comme le dit encore saint Jean; « si donc vous m'aimiez » en tant que je suis le Créateur de toutes choses, «vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon

 

1. Voir De la Trinité, liv. I, ch. 7. — 2. Jean, I, 1.

 

Père ». Pourquoi ? « Parce que mon Père est plus grand que moi ». Tant que vous me voyez sur la terre, mon Père est à vos yeux plus grand que moi. Je veux donc me dérober à vos regards, soustraire à votre vue cette chair mortelle que j'ai prise pour partager votre mortalité, vous empêcher de voir ce vêtement dont je me suis couvert par humilité, mais en l'élevant au ciel pour vous montrer ce que vous devez espérer. Le Sauveur effectivement n'a point laissé ici la tunique dont il a voulu s'y revêtir. Eh ! s'il l'y avait laissée, qui espérerait la résurrection de la chair? Aujourd'hui même qu'elle est montée au ciel avec lui, il y a des hommes qui doutent encore de cette résurrection. Comment ! si Dieu est ressuscité; il ne ressusciterait pas l'homme? Qu'on, ne l'oublie pas, c'est par compassion que Dieu a pris un corps, tandis que le corps fait partie de la nature humaine. Nonobstant, Dieu a repris ce corps, il a confirmé ses disciples dans cette croyance, puis il l'a porté au ciel. Une fois donc ce corps sacré soustrait à leurs regarde, ils n'ont plus vu l'homme dans le Seigneur. Ce qui pouvait rester dans leurs coeurs d'affection charnelle s'est senti attristé. Mais ils se sont réunis et se sont mis à prier.

Jésus, dix jours après, devait leur envoyer le Saint-Esprit, afin que le Saint-Esprit les embrasât d'un amour tout spirituel en les délivrant de leurs regrets trop charnels. Ainsi leur apprenait-il alors à considérer le Christ comme étant le Verbe de Dieu, Dieu en Dieu et le Créateur de toutes choses ; ce qu'ils n'au. raient pu saisir tant que l'objet de leur amour trop sensible n'aurait point disparu de leurs yeux. Pour ce motif donc le Sauveur disait: « Si vous m'aimiez; vous vous réjouiriez de ce que je vais à mon Père, car mon Père à plus grand que moi ». Il est au-dessus de moi, considéré comme homme; comme Dieu, il est mon égal ; égal par nature et supérieur si on a égard seulement à l'humanité à laquelle s'est uni le Fils par miséricorde. Dieu, à la vérité, l'a abaissé, non-seulement au-dessous de lui, mais encore au-dessous des Anges, comme le dit l'Ecriture (1). Il n'est pas toutefois inférieur à son Père vainement croiriez-vous qu'en s'incarnant il a perdu quelque chose de son égalité avec lui, il n'en arien perdu, et en prenant une chair, en s'unissant à

 

1. Ps. VIII, 6.

 

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l’humanité, il n'a éprouvé aucun changement en lui-même. Quand on se revêt d'un habit, on ne devient point cet habit, on reste intérieurement tout ce que l'on était. Supposé qu'un sénateur prenne un vêtement d'esclave, parce qu'il ne lui serait point permis d'entrer dans an cachot avec son costume de sénateur pour y consoler un prisonnier; le voilà couvert du vêtement de la prison ; c'est par humanité qu'il se montre sous ces vils lambeaux ; mais son caractère de sénateur ne brille-t-il pas en lui avec d'autant plus d'éclat que par un sentiment de compassion plus vive il s'est plus abaissé? Ainsi en est-il de Notre-Seigneur: il et toujours Dieu, toujours le Verbe, la Sagesse et la Vertu de Dieu ; toujours occupé à gouverner le ciel, à diriger la terre et à remplir les Anges de bonheur ; tout entier partout, tout entier dans le monde, tout entier dans les prophètes, tout entier dans les patriarches, tout entier dans tous les saints, tout entier dans le sein d'une Vierge pour s'y revêtir de chair, pour s'unir à cette chair comme à une épouse, afin d'en sortir comme un époux du lit nuptial et de se fiancer l'Eglise comme ce vierge immaculée. C'est ainsi qu'en tant qu'homme il est inférieur à son Père, tout en restant son égal en tant que Dieu.

Ah ! défaites-vous donc de vos désirs trop humains. Il semble que le Seigneur ait dit à ses Apôtres : Vous ne voulez pas me quitter ; tous êtes comme celui qui ne veut pas se séparer de son ami et qui lui dit en quelque verte: Restez avec nous encore un peu de temps, car notre âme se ravive en vous voyant; mais il vous sera plus avantageux de ne plus voir ce corps et de songer davantage à ma divinité. Je m'éloigne de vous extérieurement ; mais intérieurement je vais vous remplir. Est-ce comme ayant un corps et avec son corps que le Christ entre dans le coeur ? C'est par sa divinité qu'il occupe le coeur ; c'est par son corps qu'il parle aux yeux et aux oreilles pour aller au coeur. Il est au dedans de nous pour nous convertir sincèrement à lui, pour nous donner sa vie et nous modeler sur lui, car il est le modèle incréé et universel.

5. Si donc il a vécu avec ses: disciples quarante jours après sa résurrection, ce n'est pas mus motif. Vingt, trente jours lui auraient suffi peut-être; mais quarante jours figurent le cours entier de ce monde, nous l'avons montré quelquefois, parce qu'ils sont le pro duit de dix multiplié par quatre. Je ne ferai que vous le rappeler, puisque vous m'avez entendu.

Le nombre dix, denarius, symbolise la sagesse dans sa plénitude. Mais cette sagesse est prêchée aux quatre parties du monde, partout l'univers. De plus le temps est divisé en quatre parties ; car il y a quatre saisons dans l'année, comme il y a dans le monde les quatre points cardinaux. Multipliez maintenant dix par quatre, voilà quarante. Aussi bien est-ce durant quarante jours que le Seigneur a jeûné, pour nous montrer que les fidèles doivent éviter toute espèce de corruption, pendant tout le temps qu'ils passent en cette vie (1). Pendant. quarante jours encore a duré le jeûne d'Elie (2), le représentant des prophètes, pour montrer aussi qu'ils enseignent le même devoir. Quarante jours aussi a jeûné Moïse (3), en qui se personnifiait la loi, pour rappeler également que la loi trace la même obligation. La marche du peuple d'Israël dans le déserta duré quarante ans. L'arche ou l'Eglise a flotté quarante jours sur les flots du déluge. Elle était formée de bois incorruptible ; ce sont les âmes des saints et des justes. Elle renfermait des animaux purs et impurs; c'est que durant toute cette vie et pendant que l'Eglise se purifie dans les eaux du baptême comme dans les.eaux du déluge, il est impossible qu'il n'y ait en elle des bons et des méchants. C'est donc pour cela que l'arche contenait des animaux purs et des animaux impurs ; mais une fois sorti de l'arche, Moïse n'offrit en sacrifice à Dieu que des animaux purs (4); ce qui doit nous faire entendre que si dans l'arche mystérieuse il y a maintenant des méchants mêlés aux bons, Dieu n'acceptera, après le déluge, que ceux qui se seront purifiés.

Considérez donc, mes frères, tout le temps actuel comme une période de quarante jours. Durant tout le temps que nous passons ici-bas, l'arche est battue par les flots du déluge ; elle semble voguer sur les eaux où elle a vogué quarante jours, pendant tout le temps. qu'il y a des chrétiens pour recevoir le baptême et se purifier. Or, en demeurant avec ses disciples l'espace de quarante jours, le Seigneur a daigné nous faire entendre que durant toute cette vie la foi à son incarnation est nécessaire à tous, à tous à cause de leur faiblesse. Si l'oeil

 

1. Matt. IV, 2. — 2. III Rois, XIX, 8. — 3. Exod. XXXIV, 28. — 4. Gen. VI-VIII.

 

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avait pu voir ici le Verbe qui était au commencement (1) », le voir, le saisir, l'embrasser, jouir de lui, il n'eût pas été besoin que ce Verbe se fit chair et habitât parmi nous ; mais la poussière de l'iniquité s'étant répandue dans l'oeil du coeur pour le fermer, l'empêcher de saisir le Verbe, de jouir de lui et conséquemment de le connaître ; il a daigné se faire homme afin de purifier cet oeil qui ne saurait le contempler aujourd'hui: L'incarnation du Christ est ainsi nécessaire aux fidèles durant cette vie, afin de les élever jusqu'à Dieu ; et il n'en sera pas ainsi lorsque nous contemplerons, ce Verbe dans sa gloire. Si donc il a vécu dans son corps quarante jours après sa résurrection, c'est qu'il fallait nous apprendre que la foi à son incarnation est nécessaire durant tout le temps que l'arche sacrée flotte en cette vie comme sur les eaux du déluge.

Voici toute ma pensée, mes frères : Croyez-en Jésus-Christ, le Fils de la Vierge Marie; croyez qu'après avoir été crucifié il s'est rendu la vie. Quel besoin de le questionner après la vie présente? La foi nous a tout appris, elle nous rend sûrs de tout; son enseignement est indispensable à notre faiblesse. Représentez-vous donc l'affection de cette poule mystérieuse qui abrite nos défaillances, comme la monture sur laquelle a été placé, par le compatissant voyageur, le malade meurtri (2). Où ce voyageur a-t-il placé le malade? Sur sa monture. La monture du Seigneur est sa propre chair. Une fois ce siècle écoulé, que te sera-t-il dit? Puisque tu as cru comme il fallait l'incarnation du Christ, jouis maintenant de la majesté et de la divinité du Christ. Quand tu étais faible je devais pour toi être faible; maintenant que tu es fort tu auras besoin de nie voir dans ma force.

6. Aussi bien dois-tu à ton tour quitter ta faiblesse, ainsi que te l'a dit l'Apôtre en ces termes : « Il faut que corruptible ce corps se revête d'incorruptibilité, et que mortel il se  revête d'immortalité. Car ni la chair ni le sang ne posséderont le royaume de Dieu (3)». Pourquoi ne le posséderont-ils point? Est-ce que la chair ne ressuscitera pas? Loin d'ici cette idée; elle ressuscitera, mais qu'arrive-t-il ? Elle est changée, elle devient un corps tout céleste, tout angélique. Les anges ont-ils donc un corps de chair? Mais distinguons. La

 

1. Jean, I, 1. — 2. Matt. XXIII , 37; Luc, X, 30-34.   3. I Cor. XV, 53, 50.

 

chair qui ressuscitera sera cette chair qu'oc ensevelit, qui meurt; cette chair que l'on voit, que l'on touche, qui a besoin, pour s'entretenir, de manger et de boire; qui est malade, en proie à bien des souffrances; oui, c'est elle qui doit ressusciter pour l'éternel supplice des méchants et pour se transformer dans les bons. Et une fois transformée? Ce sera un corps céleste, et non plus une chair mortelle; car « il faut que corruptible ce corps revête l'incorruptibilité et que mortel il revête l'immortalité». On s'étonne que Dieu fasse; de cette chair un corps céleste, quand il a fait. tout de rien? Quand il vivait ici-bas, le Seigneur a changé l'eau en vin, et on s'étonnait qu'il pût changer la chair en corps céleste? Ne doutez donc pas que Dieu en soit capable. Avant d'avoir reçu l'existence, les Anges n'étaient rien; c'est à la Majesté suprême qu'ils doivent d'être ce qu'ils sont. Quoi ! Celui qui a pu te former quand tu n'étais pas, ne pourrait te rendre ce que tu étais, ni glorifier ta foi par égard pour son incarnation même?

Aussi, lorsque ce monde aura passé pour nous, se réalisera cette parole de saint Jean : « Mes bien-aimés, nous sommes les enfants de Dieu, et ce que nous serons ne paraît pas encore; nous savons seulement que quand le Seigneur apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est (1) ». Préparez-vous à jouir de cette vue; et en attendant, croyez au Christ incarné et croyez-y sans redouter d'être dupes de la moindre erreur. La vérité ne ment jamais; eh ! si elle mentait, près de qui irions-nous prendre conseil? Que ferions-nous? A qui aurions-nous fui? C est donc la Vérité même, le Verbe véritable, la véritable Sagesse, la véritable Vertu de Dieu; c'est « le Verbe qui s'est fait chair (2) » , chair véritable. « Touchez et ? voyez, dit-il lui-même, car un esprit n'a ni os ni nerfs comme vous m'en voyez (3)». Tout en lui était vrai, les os, les nerfs, les cicatrices, tout ce qu'on touchait et tout ce que révélait l'intelligence. — Si on touchait en lui l'humanité on y découvrait la divinité; si on touchait la: chair, on sentait la sagesse ; si on touchait la faiblesse, on adorait la puissance; tout était vrai: Ensuite pourtant sa chair est montée au ciel; mais il est notre Chef et ses membres le suivront. Pourquoi? C'est que ces membres

 

1. I Jean, III, 2. — 2. Ib. I, 14. — 3. Luc, XXIV, 39.

 

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ont besoin de s'endormir pour quelque temps, afin de ressusciter tous ensemble au moment fixé. Si le Seigneur aussi n'avait voulu ressusciter qu'à cette époque, en qui croirions-nous? Quand donc il a voulu offrir à Dieu dans sa personne les prémices de ceux qui dorment, c'était pour que la vue de ce qu'il a reçu te fît compter sur ce qui t'est promis. Le peuple entier dé Dieu sera par conséquent alors égal et associé aux anges. Ah ! mes frères, que nul ne s'avise de vous dire: Ces insensés de chrétiens croient la résurrection de la chair; mais qui ressuscite? qui est ressuscité? qui est revenu des enfers pour vous dire ce qui s'y passe? C'est le Christ qui en est revenu. O malheureux, ô pervers, ô inexplicable coeur humain ! Si un aïeul ressuscitait, on le croirait; le Seigneur du monde est ressuscité, et on refuse de le croire !

7. Ainsi donc, mes frères, attachez-vous à la foi véritable, pure, catholique. Le Fils est égal au Père; au Père est égal aussi le Don de Dieu, l'Esprit-Saint; voilà pourquoi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu; ils ne sont pas élevés graduellement au-dessus l'un de l'autre, ils sont unis par une même majesté et ne sont qu'un seul Dieu. Pour nous cependant, le Fils, « le Verbe, s'est fait chair et il a habité parmi nous ». Mais, « il n'a pas cru usurper en se faisant égal à Dieu; au contraire il s'est; humilié en prenant une nature d'esclave, et par son extérieur il a été reconnu pour homme (1)».

Voulez-vous vous convaincre encore, mes frères, qu'il y a dans la sainte Trinité égalité véritable, et que c'est uniquement en vue de son incarnation que le Seigneur a dit : « Mon Père est plus grand que moi (2)? » Pourquoi n'est-il dit nulle part de l'Esprit-Saint qu'il est inférieur au Père, sinon parce qu'il ne s'est point incarné? Réfléchissez à cela , sondez toutes les Ecritures , déroulez-en toutes les pages, lisez-en tous les versets, jamais vous n'y découvrirez que le Saint-Esprit soit au-dessous de Dieu. Si donc il y est dit que le Fils est au-dessous du Père, c'est que pour l'amour de nous il s'est amoindri, amoindri pour nous grandir.

 

1. Philip. II, 6, 7. — 2. Jean, XIV, 28.

 

 

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